‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.47Chapitre 113 sur 126 · GUYTON DE MORVEAU · texte numérisé non relu

GUYTON DE MORVEAU

lions utiles. Bientôt ses travaux le portèrent au premier rang parmi les chimistes, et soit qu'il préférât les suiïrages hononiLles de la postérité à l'éclat fallacieux des grandeurs humaines, soit que ses confrères au parlement, par une vanité ridicule ou par jalousie, fussent choqués de le voir associer si puhliquement l'exercice de la magistrature à la culture des sciences, il se défit de sa charge, obtint le titre d'avocat général honoraire, et se partagea entre Dijon et Paris, pour pouvoir se livrer d'une manière plus active à ses occupations favorites. A l'époque de la Révolution il en adopta les principes avec ardeur, et fut nommé député à l'Assemblée constituante, ainsi qu'à la Convention, où il vota la mort du roi. Cependant, même au milieu de cette carrière orageuse, il ne perdait pas de vue les objets de ses méditations, car ce fut lui qui désigna une partie des recherches qu'on lit pour seconder le génie de la guerre par celui des sciences, et qui, par exemple, en 171)4, étant commissaire près l'armée du Nord, essaya d'employer les aérostats pour reconnaître les dispositions de l'ennemi ; il monta lui-même dans une de tes machines à la bataille de Fleurus. Guyton eut une grande part à la création de l'École polytechnique; il y prit une chaire qu'il remplit pendant onze années. La place d'administrateur de la Monnaie, qu'il occupait aussi, lui procura l'Iionncur de contribuera l'établissement de notre système monétaire. Nommé membre de l'Institut, à l'époque de la création de cette compagnie, en 1796, il en fut l'un des membres les plus actifs. A la Restauration il perdit ses places, et le regret qu'il en éprouva, joint à son giand âge, hâta la fin de ses jours. Il mourut le '2 janvier 1816. On doit à Guyton le procédé de désinfection à l'aide du chlore, découverte qu'il fit à Dijon en 1775. On peut citer aussi ses expériences sur la combustion du diamant, ses recherches sur les ciments propres à bâtir sous l'eau, ses observations sur la théorie de la cristallisation en général et de celle des métaux en particulier, sur le dissolvant naturel du quartz, sur la fusibilité des terres, sur la congélation de l'acide sulfurique concentré, sur le spath pesant et la manière d'obtenir la baryte pure, sur l'acide succiniquc, sur les affinités, sur la composition des sels, sur celle de différents gaz, sur la nature de l'acier, sur le platine, le bleu de Prusse, le caméléon minéral et l'acide oxalique, son pyiomètre ou instrument pour mesurer les degrés très-élevés de chaleur, ses travaux sur la fabrication du rouge à polir les glaces et l'acier, son apphcation de la lampe d'Argant aux travaux chimiques, etc. Enfin, Guyton a senti un jour la muse de la poésie s'appuyer familièrement sur l'épaule, et le poème si célèbre de Gresset, Vert-Vert, lui mspira l'idée d'en écrire un analogue, dont les dames carmélites de Dijon seraient l'objet. Ce fruit de l'imagination du chimiste porte ce titre : le Rat iconoclaste, le Jésuite croqué. Poème héroïco-comique, en six chants. Dijon, 1763, in-12% 1820, in-8". Ses autres ouvrages portent ces titres :

I. Défense île la volatilité du phlogistique. Dijon, 1773, in-S". — II. Description de l'aérostat de l'Académie de Dijon. Dijon et Paris, 1784, in-8^ (en collab. avec Chaussier et Berti'and) — III. Digressions académiques , ou Essais sur quelques sujets de physique, de chimie et d'histoire naturelle. Dijon et Paris, 1772, in-12. — IV. Discours sur l'état actuel de la jurisprudence, 1768, in-8°. — Y. Discours sur les mœurs, 1770, in-i2. — VI. Discours publiés et Éloges. Paris, 1775 et 1782, 5 vol. in-12. — VII. Éléments de chimie théorique et pratique. Dijon, 1777, 5 vol. in-12. — VIII. Eloge de Charles V, 1767, in-8°. — IX. Éloge du président Jeannin, 1766, in-8°. — X. Instruction sur le mortier de Loriot. Dijon, 1775, in-8°. — XI. Mémoire sur l'éducation publique, 1764, in-12. — Xil Mémoire sur l'utililé d'un cours de chimie dans la ville de Dijon. Dijon, 1775, in^". — XIII. Mémoire sur les dénominations chimiques, la nécessité d'en perfectionner le système, les règles pour y parvenir; suivi d'un tableau d'une nomenclature chimique. Dijon, 1782, in-8°. — XVI. Méthode

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d'une nomenclature chimique, et essai sur le phlogistique, 1787, in-S". — XV. Nouveau moyen de purifier absolument et en très-peu de temps une masse d'air infecté. Dijon, 1773, in-S". — XYI. Opinion dans l'affaire de Louis XVI. Paris, 1795, in-8°. — XYII. Opuscules chimiques et physiques, trad. du latin de Bergmaini, 1780-1785. — XVIII. Plaidoyer pour la cause entre le général de l'ordre de Cttcaux cl les premiers Pires. Dijon, 177G, in-4°. — XIX. Plaidoyers sur plusieurs questions de droit. Dijon, 1785, in-4°. — XX. Rapport fait à l'Institut sur la restauration du tableau de Raphaël connu sous le nom de la Vierge de Foligno. Paris, 1802, in-4°. A, C.

GUZAiVJABiiv. Sorte de manne fournie par \m Tamamx qui se vend dans les bazars de Dnde, quoique n'étant pas un produit du pays. D.

GL'ZMAIM "¥ GO\'ZALEZ (Juan-Geronimo). Médecin espagnol du dixseptième siècle, né à Tarragone, dans l'Aragon, d'une famille de hidalgos, fut nommé professeur d'aphorismes à Saragosse en 1637 et de médecine en 1651 ; il était médecin de la chambre du roi Philippe IV, proto-médecin du royaume d'Aragon et de l'armée de Catalogue, diplomate habile et poète élégant, H était également ordonné prêtre et, en 1659, accepta la charge de recteur de la ville (l'Alloza. On a de lui :

I. Embargo al uso de los baîlos deliciosos, y motivos para que la nobilisima ciudad de Zaragoza no los admita. Zaragoza, 1641, in-fot. — II. Diverses poésies. L. Hn.

ewilvxE (Matthew). Médecin et poète dramatique anglais, né à Londres vers 1554, d'une ancienne famille du pays de Galles, mort dans cette capitale en octobre IC']?. Il commença ses études au Saint-John's Collège à Oxford, en 1574, y prit le diplôme de maître es aits en 1582, celui de docteur en médecine en 1595. Deux ans après, il accompagna, en qualité de médecin, à la cour de France, sir Henri Unton, ambassadeur de la reine Elisabeth. En 1596, il devint professeur au collège Gresham, qui venait d'être fondé, en 1600 licencié du Collège dos médecins de Londres, fellow du même, en 1605. La même année, il fut nommé médecin à la prison de la Tour de Londres. En 1607, il renonça à ses fonctions de professeur et exerça la médecine à Londres avec beaucoup de succès.

Gwinne, outre des tragédies écrites en vers latins, a laissé :

I. Epicedium in obilum illustrissimi heroîs Henrici, comilis Derbiensis. Oxfordiae, 1591, in-4°. — II. Orationes duae, Londini habilae in aedibus Greshamiis. Londini, 1603, in-i". — III. Aurum non aururn, sive in assertorem chymiae , sed verae medicinae desertorcm, Fr. Antonium adversaria. Londini, 1611, in-4°. Antverpiae, 1613, in-4''. L. Hx.

GTERGYAI (Arpad). Célèbre médecin hongrois, né à Hermannstadt, en 1845, fit ses humanités à Klausenburg, puis en 186i alla étudier la médecine à Vienne. Là il s'adonna particulièrement à la chirurgie et s'occupa en même temps avec ardeur de chimie pathologique et, sous la direction de Briicke, d'histologie microscopique. Reçu docteur en 1871, il alla fixer sa résidence à Klausenburg et se mit à exercer son art. 11 y remplit en outre les fonctions d'assistent près la chaire de chirurgie jusqu'en 1874, où il fut pris du désir de voyager. Il se rendit tout d'abord à Budapest, où il se livra à l'étude de la chimie pathologique avec le plus grand zèle sous la direction du professeur Plosz, puis en 1875 visita Leipzig et Paris, et l'année suivante Edimbourg, où il se retrouva dans son élément, à côté du chirurgien Lister. Enfin, il revint définitivement à Klausenburg et se distingua bientôt dans l'exercice de la chi-

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rurgle. 11 fut en outre nommé médecin des chemins de fer hongrois et accepta de faire un cours d'histoire naturelle au Gymnase unitaire. C'est cette trop grande activité qui l'a tué; il succomba à une pneumonie double dans l'espace de sept jours, en janvier 1881.

Les principales publications de Gyergyai sont parues en langue hongroise dans VOrvosi hetilap, puis en allemand dans ÏÂrchiv fur experimentelle Pathologie, le Centralhlait fur Chirurgie, VAllgem. medicin. Centraheitung et enlin le Dentsches Archiv fur Geschichte iler Medicin. Ainsi, en 1874, il a publié un mémoire sur la coagulation du sang dans V animal vivant; en 1875, un autre sur la transfusion ; en 187G, sur la réunion des lèvres des plaies ; en 1877, des travaux sur la perforation acquise du palais, etc., en 1878, une notice sur la vie et les ouvrages de Claude Bernard, un article sur les adhérences congénitales des doigts; en 1879, des vues sur l'opération de l'hydrocèle et une dernière et remarquable étude historique sur les hernies ; enfin il a laissé des fragments pour une histoire de la chirurgie (voy. sur Gyergyai, Deutsch. Arch. f. Gescli. der Medicin, Bd. IV, p. 255, 1881). L. ILn.

GYLLEIN'BAAL (Leonhard). Entomologiste suédois, né dans la paroisse d'AIguslorp (\Yestgolhland), le 5 décembre 1752, mort le 15 mai 1840. 11 servit d'abord dans l'armée, puis se livra à l'agricullure, et n'en continua pas moins à étudier l'histoire naturelle ù Upsal (17G9) sous Linné et Thunberg. Il a récolté de magnifiques collections d'insectes, qui l'ont fait connaître dans toute l'Europe. 11 était chevalier de Vasa (1807), membre de l'Académie des sciences d'Upsal (1792), de Stockholm (.1807), de la Société entomologique de France, etc.

Citons de lui :

l.Insecta Sitecica, t. I-III, Skara, 1808-181Ô; t. IV, Leipzig, 1827. —II. .Articles clans un grand nombre de recueils. L. H.v.

GTMIXASTIQIIE. HisToniQUE. L'histoire de la gymnastique, c'est l'histoire même de l'éducation et de la civilisation dont le premier effort est de perpétuer par la cullurcles résultats sociaux acquis grâce aux premières ébauches de l'organisation collective. L'avantage d'une bonne éducation corporelle n'échappe à aucun peuple sauvage : la natation, la course, la chasse, sont partout l'objet d'un véritable enseignement par l'exemple et le précepte et, dans les exercices simples ou compliqués, les peuples sauvages arrivent à un degré de perfection qui est rarement acquis par les civilisés. Les Fuégiens, les Polynésiens, les Dayacks, les Bochimans, donnent sur ce point de curieux exemples. Au rapport de Sparmann, les Bochimans, les plus déshérités des hommes peut-être, suivent pendant des heures le galop des chevaux. Barrow prétend que l'antilope les égale à peine.

Nombre de voyageurs disent des insulaires océaniens et plus spécialement des Malais et des Taïliens qu'un séjour de deux ou trois minutes dans l'eau est pour eux chose ordinaire; ces faits, dont on pourrait indéfiniment augmenter la liste, donnent une idée légitime des avantages de la culture corporelle.

Le jour où cette culture devient collective, le jour où elle s'organise par groupes, à l'aide d'un commandement et d'une méthode, la gymnastique est constituée ; c'est ce qui arrive là où des danses religieuses ou guerrières sont instituées, cérémonies religieuses ou civiles qui supposent une éducation spé-

ciale. Tel est le cas de nombre de races qui ne sont pas appelées à dépasser la première étape de la civilisation : les Natchez, les Hurons, les Séiniiioles, les Bantous, les Soudaniens, les Sibériens, sont dans ce cas.

11 faut arriver aux Égyptiens et aux Asiatiques occidentaux, qui sur tant de points ont été les inspirateurs des Grecs, pour trouver des documents positifs qui révèlent l'existence d'une culture corporelle collective. Dans l'ouvrage de Rosellini [Momimenti deW Egijplo) on trouve des planches nombreuses en partie reproduites et commentées par Krause [Gymnastik und Agonistik der Hellenen, t. II, p. 934) qui établissent qu'il y a quatre ou cinq mille ans les Égyptiens étaient en possession d'exercices collectifs appliqués aux pompes religieuses, aux rites funéraireset à l'agonistique guerrière, que nous montrent dans tons leiu's détails les monuments égyptiens; Champollion Figeac nous donne une rapide analyse de l'agonistique dan^ les lignes suivantes :

(( Tous les exercices se font à pied et sont dirigés selon les préceptes de la gymnastiqne la plus perfectionnée. Rien n'est plus varié que la pose des lutteurs attaquant, se défendant, reculant, se baissant, ou renversés se relevant et triomphant de l'adversaire par la force, la ruse et l'adresse. Dans ces exercices les lutteurs étaient nus ; une large ceinture soutenaient et favorisaient leurs efforts. Les exercices militaires proprement dits n'étaient pas moins variés; l'éducation du soldat était longue et sérieuse depuis la tèle à droite jusqu'à la petite guerre » {Egypte, p. 149).

L'Inde et la Chine nous fournissent, avec toute l'infériorité des textes sur les gravures lapidaires, des documents de moindre importance. N. Daily a le premier exhumé des textes anciens et modernes tout ce que l'on peut en extraire (voy. Cinésiologie, p. 77 et Hl). Les pratiques des bonzes de la doctrine du Tao-ssé paraissent constituer une espèce de gymnastique curalive fondée sur l'influence combinée des attitudes prolongées et de la respiration. Mais ni dans l'Inde ni en Chine il n'existe de danses guerrières et religieuses.

En Chine les exercices du corps tiennent pour l'obtention des grades militaires une place considérable.

Mais il faut en venir aux Hellènes, qui dès les temps homérique? praticjuaient les exercices du corps avec les divisions méthodiques qui plus tard ont pris un si prodigieux développement, pour reconnaître les rudiments d'un ar social trop négligé des historiens, qui eussent cependant dû être en éveil, car la statuaire, rarchileciure, l'épigraphie, nous en transmettent de nombreux et riches souvenirs. Quiconque a vu les Achilles, les athlètes, les discoboles, les lutteurs, les hercules, les coureurs, les gladiateurs de nos collections d'antiques, sera frappé de cette splendeur du vrai dans le beau que nous révèlent ces incomparables formes.

Nous trouvons d'ailleurs dans Homère de saisissantes descriptions des jeux gymniques funèbres qui se donnèrent aux funérailles de Patrocle. Les règles des combats, les prix des vainqueurs, l'action, rien n'est oublié; à la rapide course des chars succède le sanglant combat du ceste, puis viennent la lutte pénible, celle d'Ajax et d'Ulysse, la course à pied, agile comme des ailes légères, le duel au long javelot, le jet du disque qui promet au laboureuT du fer pour cinq années, la flèche qui frappe la colombe tremblante an haut du mat, la courte javeline d'airain {Ilio.de, ch. XXlll). Dans VOdy.^ée (VHP chant), nous trouvons encore l'admirable récit des fêtes données dans l'île de Phéaque (Corfou) en l'honneur d'Ulysse; le pugilat, le javelot, la balle, la course, le saut, la danse, viennent

tour à tour charmer les spectateurs. Au neuvième siècle Lycurgue fit de la gymnastique la base principale de l'éducation des Doriens, qui prit un caractère tout guerrier, et dès lors tout ce qui était grec, du détroit du Péloponnèse à la Macédoine, dans l'Asie Mineure comme dans les îles, s'adonna régulièrement à la somascétique qui pendant plusieurs siècles façonna la plus noble race qu'ait produite rimmanilé. Partout oiiune colonie s'établit, un gymnase s'élève.

Achille.

Fig. 2. — Jeune athlète.

et, quand la Grèce fut détruite par la destruction même de ses citoyens à Mantinée, elle transmit au monde romain, avec la dernière lueur de sa civilisation artistique, une part notable des institutions qui l'avaient rendue si grande et qui aidèrent à la grandeur même de Rome. Quelque multiples qu'aient été les éléments ethniques des races civilisées occidentales, le fonds commun de leur civilisation est grec; c'est la Grèce qui a tracé les grandes lignes imm)iables dont l'humanité ne s'est amais écartée sans péril, c'est elle qui a incarné dans

la forme tangible du beau éternel les abstractions idéales de la sagesse et de la vertu, c'est elle qui a reconnu que la beauté n'était pas dans la grandeur, mais dans la grâce, dans l'harmonie (îùojÇpa, sùapptoc-Tta). Parmi les facteurs de cet organisme social de la Grèce, si prodigieux dans ses étroites limites, qu'ayant été la moins nombreuse des races humaines elle en est la plus grande, la plus exemplaire, et qu'elle a fourni à l'humanité autant de grands hommes peut-cire que l'humanité entière, il n'y a aucun doute que la gymnastique ait tenu une place au premier rang. Le premier souci d'un Grec était d'être beau, fort et soigné. C'est Ulysse. Or la culture corporelle donne ces qualités, dont l'absence, même partielle, entame l'intégrité de l'harmonie humaine; l'organisme soiial des Grecs, Ioniens ou Doriens, assurait leur transmission. Loisqu'après une longue éclipse la civilisation renaquit, que vit-on? La résurrection même des

.Ji»''

Fis

Gladiateur.

idées grecques sur la somascétique. Tous ceux qui écrivirent en s'inspirant de l'antiquité, linguistes, historiens, munismates, médecins, pédagogues, moralistes, firent une place importante à la gymnastique : ainsi de Rabelais, de Montaigne, de Gazzi, de Champion, Fuchs, de A. Paré, et des érudits Budé, DuChoul, Joubert, et de Mercurialis qui travailla exclusivement dans la bibliothèque du Vatican à son grand travail De arte gymnastica, dont la première édition date de Venise, 1569, c'est-à-dire de près de trois siècles. Entre Mercuriali et Krause, qui en 1841 fit paraître son admirable ouvrage en deux volumes, Die Gymnastik und Agonistik der Hellenen, première partie des Hellenica oder Institule, Sitten und Branche des AUenhellena, il n'existe guerre de Duchesne à Tronchin que des mémoires inspirés bien plutôt par l'observation directe que par la tradition grecque. Si, comme je le crois, nous revenons un jour aux formes de la gymnastique grecque, quitte à mettre le funambulisme acrobatique

à son plan, fort en arrière, ce ne sera qu'après avoir traversé une période de tâtonnements et d'essais qui date déjî de près d'un siècle.

La gymnastique grecque jusqu'au cinquième siècle A. Ch. C'est sous le le nom à'ascésie (exercice, ««/lo-t;) et plus spécialement de somascésie, somascétique, que les Grecs désignèrent primitivement les exercices corporels; Vagonistiqne, Vathlélique, furent des parties de cet art. Plus tard, en Crète et à Sparte, l'usage s'étant établi de se dépouiller de ses vêlements pour s'exercer en pleine liberté, les Grecs joignirent ù l'idée de l'exercice l'idée de nudité (-/ypo;), et les termes de gymnastique et de gymnase (yvavâo-tov) s'imposèrent à la Grèce, le principal dominant l'accessoire, le sentiment artistique primant la donnée utilitaire, de même que plus tard l'idée de combat, l'athlétique, a dominé la gymnastique. C'est sous ce même nom qu'à la Renaissance l'histoire des exercices du corps chez les Anciens a été tracée et que depuis plus d'un siècle elle tient avec des phases diverses une certaine place dans les préoccupations des médecins, des pédagogues et des militaires.

N. Daily a dit excellemment dans sa Cinésiologie : « La période qui s'écoule entre la fin des temps héroïiiues et le commencement des guerres du Péloponnèse, c'est-à-dire entre l'an 600 et l'an 431 avant notre ère comprend les siècles de Solon et de Périclès. C'est l'époque où l'inlluence condensée de la gymnastique sur une longue suite de générations avait donné à la population libre des Hellènes un haut degré de perfection physique. Or cette perfection physique est contemporaine des plus belles productions de la science, de l'art, de la poésie, de la littérature ».

C'est de Platon (429-547), disciple de Socrate (469-599), et d'Aristote (384- 322), que nous savons ce qu'étaient les gymnases et la gymnastique, qui dès Solon et Clisthèncs (658-558) étaient entrés dans la période de pleine organisation.

Vitruve est le seul auteur ancien qui nous ait donné la description technique d'un gymnase, probablement celui de Naples, qui subsistait au commencement de notre ère et qui offre avec la restauration du gymnase d'Éphèse, d'après Piich, les plus frappantes analogies : une cour de forme carrée ou oblongue entourée de quatre portiques dont l'un donnait entrée dans VEphebeiim et dans la salle de bains chauds et froids, les trois autres donnant accès à de grandes salles garnies de sièges où lespéripatéticiens, philosophes et rhéteurs, dissertaient et péroraient. Annexées aux portiques se trouvaient des promenades plantées d'arbres et bordées de deux autres portiques. Ces portiques latéraux servaient aux athlètes qui subissaient un entraînement spécial poussé si loin, que les gymnastes ne pouvaient se prévaloir du plus léger cas rédhibitoire, si, ayant aclieté un esclave, celui-ci se trouvait impropre à un travail quelconque, ou en quoi que ce fût malade. Le gymnaste devait s'y connaître.

Le savant Curette, qui, tout en profitant des travaux de Mercuralis, s'est montré très-supérieur à son devancier, a puhlié dans les Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres (1707), t. I, et dans le tome III, une série de mémoires sur la gymnastique des Anciens, la Danse, la Sphéristique, l'Athlétique, VAgonistique. Il y reconstitue le gymnase grec et le divise en douze parties : i» le Portique; 2° l'Ephebeum, où tous les jeunes gens libres s'assemblaient de grand matin et s'exerçaient individuellement; 5° V Apodijterium ou gymnasterion, espèce de vestiaire; ¥ VEleothesium, Alepherion destiné aux onctions qui précédaient ou suivaient l'usage des bains, de la lutte et du pancrace; 5° le Conisterium, dans lequel on se couvrait de sable ou de poussière pour

sécher l'huile et la sueur ; 6° la Palestre proprement dite, où l'on s'exerçait à la lutte, au pugilat, au pancrace; 7° le Spheristerium ou Conjceiim, où l'on jouait aux divers jeux de balle, 8° les Grandes allées, qui occupaient le terrain compris entre les portiques ; 9° les Xystes, qui étaient les portiques sous lesquels les athlètes s'exerçaient pendant l'hiver ou le mauvais temps; 10" les Xystes d'été; 11" les bains et 12" le Stadluru, terrain spacieux, demi-circulaire, sablé, léger et profond. Les côtés d'un gymnase offraient un développement d'au moins 200 mètres.

Ces immenses édifices étaient nombreux. Â.thènes en comptait quatre grands : VAcadémiey le Lyceum^ le Ptolemahim, le Cynosarge, et d'autres plus petits. C'était à l'Académie que professait Platon; au Lycée qu'enseignait Aristote; quant au Cynosaige [chair à chiens), il était fréquenté par les artisans, les esclaves et les illégitimes. Dans leur ensemble les gymnases d'Athènes, qui furent les plus considérables de la Grèce, étaient élevés sur des espaces d'au moins 2000 mètres carrés.

Ils étaient des plus ornés. Les colonnes des portiques étaient en marbre blanc, les chefs-d'œuvre de la statuaire et de la peinture décoraient les murs et les entre-colonnes. Les plus belles ruines des gymnases grecs se sont rencontrées à Épbcse, à Uiérapolis, à Alexandrie de Troade.

Le gymnase était à certains égards la caractéiistique de la civilisation grecque comme l'hippodrome, de nos jours, caractérise la civilisation anglaise, la salle de concert l'allemande, le théâtre l'italienne, le « salon » d autrefois la française. C'est là que les hommes libi'es de tout âge aimaient disserter tout en pratiquant les exercices qui leur convenaient, et en recevant de leurs aînés et de leurs maîtres les éloges et les admirations parfois trop raffinés qu'ils méritaient. C'était aussi dans les gymnases que s'entraînaient les concurrents des jeux olympiques et des fêtes nationales et locales qui, des Panathénées aux Dionysiaques, se succédaient presque sans interruption dans les villes de l'Attique, On en comptait plus de quatre-vingts officielles consacrées à la rebgion, à la nation, aux aniversaires, qui se célébraient sous la forme de processions tant aux gymnases qu'aux tliéàtres. L'unité grecque, qui n'a jamais été politiquement réalisée, pour le plus grand malheur du genre humain, était cependant préparée par le système d'éducation et de fêtes gymniques étroitement liées à la vie de la cité. Tous les grands hommes d'Athènes, Eschyle, Sopliiocle, Euripide, Miltiade, Aristide, Thémistocle, Phidias, Périclès, Alcibiade, Socrate, Platon, Xénophon, s'étaient distingués dès l'adolescence dans les exercices de l'ephebeum, de la palestre et du stade. On peut en dire autant de Tlièbes et de

Sparte.

Les officiei's des gymnases étaient : le gymnasiarque, qui était souvent un médecin éminent, magistral et fonctionnaire; le xystarque, qui présidait au xyste et au stade ; le gymnaste ou directeur des exercices et du régime des athlètes, et enfin le pédotribe, simple démonstrateur; ces officiers avaient sous leurs ordx'es un nombre considérable d'employés subalternes, hypopédotribes, aliptae ou onctionneurs, etc. 11 semble qu'il dût y avoir aussi quelques spécialistes, tels que les sphéristiques mentionnés par Galien.

Le gymnasiarque était investi d'une juridiction étendue sur tous ceux qui fréquentaient le gymnase ou qui y étaient attachés ; cette charge était une des lithurgies régulières qui obligeait celui qui en était revêtu à de grandes dépenses; ils entretenaient et payaient certains athlètes, fournissaient l'huile et la

poussière, les torches et les (lambeaux, ils ornaient les gymnases. Ils claient à Atliènes au nombre de dix. Selon formula la discipline des gymnases d'Athènes. Les fenniies en étaient exclues; il n'en était pas de même à Sparte et dans les colonies d'Orieut où les jeunes fdles, revêtues de la C/iifone, étaient admises comme spectatrices et même comme gymnastes.

Les gymnases étaient placés sous la protection d'Hermès, le Mercurius des Romains, auquel les artistes grecs on donné un admirable et harmonieux développement musculaire. Les Ilermœa comptaient parmi les plus belles fêtes annuelles d'Athènes et de la Grèce.

La gymnastique était enlièi'ement liée à la vie privée et à la vie publique des Grecs. L'éducation d'un citoyen grec commençait dès l'âge de sept ou huit ans, elle comprenait, d'après Platon et Aristote, la grammaire, les belles lettres, la musique, le dessin ; c'était, on le voit, une éducation au sens intégral du juot, qui se donnait dans le même édifice. Les éphèbes ne passaient aux exercices de la palestre qu'après examen. Avant l'éphébie (de dix-sept à dix-neuf ans) les jeunes Athéniens étaient divisés pour les exercices en Trat^Eç vswT-e/jot, qui comprenaient les petits garçons, les TraîSs^ Tipec-^OTEpoi et les grands, -zp-itt -/{kv/la., qui tenaient aux dernières limites de l'éphébie {voy. A. Dûment, Essai sur l'éphébie attique (1876).

A mesure que par les progrès de l'âge les autres parties de l'éducation des Grecs se trouvaient enfin abandonnées, la gymnastique restait dans leurs habitudes individuelles jusqu'à l'âge le plus avancé, ce qui ne s'est rencontré qu'en Grèce.

Des divers genres d'exercices chez les Grecs. Il est d'usage, depuis Burette {Mémoires de l'Ac. des inscript, et belles-lettres, t. I, p. 95), qui lui-même s'appuyait sur Platon, de diviser les exercices des Grecs en trois genres : 1° V arches trique, 2" Vathlélique, agonistique ou paleslrique, et 5" ['hoplomachie ou larl de combattre en armes. « Nous appelons aussi exercices gyninastiques tous les exercices de corps utiles à la guerre, tels que l'art de tirer de l'arc et de lancer toutes sortes de traits, la pellastiquc (tté^t/j, bouclier échancré) et toute espèce d'hoplomachie, la science des marches, des campements, l'équitation » {De leg., MI).

Mais en réalité cette division est factice. Sous le nom d'orchestrique (opyj^aiz) ou de saltatoria, Platon, Lucien et .Mercuriali comprennent tous les genres de danses sur lesquelles Platon a si fréquemment insisté dans la République et dans les Lois, les divers jeux de balle {Spheristica sive pilce ludum, Mercurialis, l. II, ch. m) et la cubisténqiie, qui comprenait plusieurs danses à contorsions et dislocations réservées aux saltimbanques (V. Lucien, De la danse; Homère, Odyss., 1. IV; Athénée, 1. XIV).

De l'orchestrique de Platon il ne nous faut retenir que les diverses espèces de danses sacrées, déclarées telles non moins pour leur utilité somascélique que pour l'éclat qu'elles donnaient aux pompes religieuses. Meursius, dans son traité Orchestra sive de scdlationibus velerum, a distingué près de deux cents espèces de danses qu'il a rangées par ortire alphabétique, suns en donner une description suftîianle, celte espèce de catalogue n'étant fondée que sur une compilation de mots. Scaliger a été infiniment plus précis {De yoetis veterum). Mercurialis et Pierre du Faur n'ont eu qu'a annoter ses recherches. Burette {Mém. de l'Ac. des inscript., t. I, p. 95) et Krause, dans son ouvrage Gymnastik der Hellenen, ch. m, p. 807, Der Orchestik oder mimische Kunst der Hellenen,

ont en quelque sorte épuisé le sujet que nous cliercherons à résumer brièvement.

La danse est certainement le plus ancien des exercices de corps réglés. 11 faut lui appliquer la définition de Platon : « Pieproduisant tous les mouvements de nos organes, elle est destinée à donner au corps et à ses membres la santé, l'agilité, la beauté, leur apprenant à se fléchir et à s'étendre dans une juste proportion au moyen d'un mouvement bien cadencé, distribué avec mesure et soutenu dans toutes les parties de la danse. Noble et dolente, joyeuse ou triste, elle interprèle souvent par ses gestes les paroles de la musique qui l'accompagne. )) Le poète Simonide a eu raison, dit Biu'ette, d'appeler la danse une poésie muette et la poésie une danse parlée. A côté de la danse, dont le groupe constituait VEmmelia (harmonie, mesure, proportion), se plaçaient les danses comiques, satyriques, bacchiques ou pyrrhiques, c'est-à-dire guerrières.

Dans l'étude des premiers degrés de l'évolution des races humaines, j'ai souvent pensé que le degré de beauté et de développement des danses mesurait assez exactement le degré de civilisation ou plutôt d'aptitude à la civilisation. En tous cas elles sont tout à fait caractéristiques, guerrières et belliqueuses chez les Banlous, elles sont purement religieuses chez les Hébreux {et David saUabal totis viribns ante arcarn testamenti Domini), elles ont ce double caractère chez les Polynésiens et dans la race qui a porté au plus haut pouvoir la culture corporelle : chez les Grecs la danse devient ou mimique, ou esthétique.

11 semblerait que ce fût d'abord en Sicile, puis en Crète dans les temps homériques, que la danse cadencée fut d'abord cultivée. Homère, qui dans le dix-huitième livre de V Iliade et dans le huitième de Y Odyssée donne sur cet art de précieux renseignements, loue Merione de son habileté à la danse qui lui valut l'estime des deux camps; Pyrriuis, fils d'Achille, fut un de ceux qui se distinguèrent dans cette danse somascétique. Les Lacédémoniens allaient au combat en dansant au son des flûtes.

Mais c'est surtout Platon qui, dans son septième livre des Lois, décrit longuement ces exercices et détermine leur vraie signification ; on y trouvera des détails suffisants sur leur organisation au sein des diverses sociétés grecques ; il se pl.iint avec amertume des changements qui s'introduisaient de son temps dans les gymnases et de la licence que chacun prenait de varier à sa fantaisie la cadence et l'harmonie dans la musique et dans la danse. Il propose des lois sévères pour réglementer les moindres gestes des danseurs.

Dans le Festin de Xénophon, nous assistons à l'apologie de la danse par Socrate, que Charmide, uudes convives, avait trouvé dansant en cadence.

« Yous voulez rire à mes dépens ! reprit Socrate que les convives raillaient à l'envi. Est-ce parce que je veux fortifier ma santé par l'exercice, donner plus de saveur à mes aliments, plus de douceur à mon sommeil ? Est-ce parce que je désire m'exercer ainsi dans la crainte de ressembler ou aux coureurs qui ont de grosses jambes et des épaules maigres, ou aux lutteurs dont les épaules s'épaississent en même temps que les cuisses s'effilent, parce qu'enfin en exerçant tous mes membres à la fois je donne à mon corps de belles proportions... Cette salle vient de suffire à ce jeune garçon pour le faire suer : serai-je donc à l'étroit dans une maison de sept lits? Je danserai à couvert durant la saison des frimas et à l'ombre d'un bois dans les excessives chaleurs de l'été. Ayant un peu trop de ventre, vous étonneriez -vous que je voulusse en diminuer le volume?

Ignorez-vous qu'un de ces matins Cliarmitlc m'a Irouvé dansant? » Voilà la « gymnasti(jne de chambre » toute décrite.

Arislole, de même que Plutarque {voy. les Symposiaques, dernier livre), ne considéraient la danse que comme une forme de mimique et d'esthélique. D'ailleurs longtemps avant Plutarque, dans le commencement des guerres du Pélopoimèsc, la danse avait à peu près quitlé l'ephebeum et s'était, au théâtre, développée dans le sens de la volupté et de la licence. Le jour où la danse cessa d'être une forme de l'éducation corporelle, le jour où il y eut des danseurs de profession, elle devint un élément de corruption et de dépravation théâtrale. « La gymnastique et l'agonislique, arts constamment populaires, conservèrent leur pureté primitive chez les r.recs aussi longtemps que les principes de morale furent respectés. Il en fut de même de l'orchestrique. Longtemps les choréges tinrent à honneur de maintenir pure et intacte dans les fêtes sacrées la simplicité du premier âge, mais peu à peu, à mesure que le goût public se dépravait, il se forma des préjugés empêchant le public de prendre part lui-même aux danses: voilà pourquoi nous voyons l'orchestrique supplantée par la pantomime qui devint le métier de danseurs de profession tout comme la brillante alhléliijue avait remplacé l'agonistique pure et simple (Guhl et Koner, La vie antù/ue p. 390). C'est sous cette forme qu'elle se transmit aux Romains. La plupart des danseurs de théâtre, acrobates et funambules, étaient Grecs, et l'on peut suivre pas à pas la décadence de l'orchestrique des Grecs aux ballets de nos Opéras, dont les « étoiles )) ne sont bien accueillies d'un public blasé que si elles exécutent des mouvements antiphysiologiques par leur forme {les pointes, par exemple) ou par leur ridicule et disgracieuse vitesse. Aussi nos danseuses ont-elles les pieds déformées, la poitrine amaigrie et l'haleine courte, car au milieu de tous ces exercices elles respirent sans aucune méthode.

Les grandes scènes mimiques italiennes telles que les représente le théâtre de VEden à Paris donnent bien l'idée approximative de ce que pouvaient être les fêtes orchestriques et religieuses des Grecs, si l'on se représente que c'était là l'élite même de la population, fiuit d'une sélection continue fondée sur les plus nobles qualités humaines, qui formait les groupes nombreux que distinguaient les costumes les plus harmonieusement diversifiés. Mais nous laisserons la danse au théâtre, non sans quelque espoir qu'avec les progrès des études gymnastiques il soit possible de restaurer dans les sociétés modernes des danses plus agréables que la a polka » et la « valse », qui sont d'indignes sauteries ou de ridicules tournoiements. Le a menuet » est la dernière expression de l'orchestrique grecque.

La soraascétique palestrique, athlétique, agonistique, comprenait tous les exercices qui s'exécutaient dans la palestre, c'est-à-dire dans la salle (rcâln) qui servait à la lutte. Ils se composaient principalement de la lutte [K-jyy.-/]), de la course [Spéuo;), du saut (â\£/a), du jet du disque, du palet, des boules ; leur réunion conslilaait le pentalthe ; le pancrace {nx-jxpà.ro;, toute force) désignait les luttes et les pugilats.

Les palestres particulières étaient assez nombreuses dans les villes grecques, tandis que les gymnases étaient des édifices publics; les palestres servaient de lieux d'entraînement pour les athlètes qui eu sortaient pour disputer les prix aux jeux olympiques, pylhiques, néméens et islhmiques. « Les jeux et les exercices auxquels on se livrait dans les gymnases paraissent avoir été les mêmes Dour toute la Grèce, dit Renier, néanmoins chez les Doricns on ne les regardait DICT. EXC. i" s. XI. 51

guère que comme desùués à former le corps et à le préparer aux manoeuvres militaires, tandis que les Ioniens et surtout les Athéniens ajoutaient à ce but un autre but plus élevé et représentaient la gymnastique comme destinée à développer la beauté corporelle et en même temps les forces de l'esprit. »

Le livre second de Mercurialis et le sixième chapitre du premier volume de Krause sont entièrement consacrés à ces exercices du pcntalthe. Mercurialis y ajoute les exercices respiratoires {spirilus cohibilio), la vocifération, les différents genres de vectation, l'équilalion, la course en chars, la natation, etc. ; Krause, le jet du javelot, racrocliérisme; on pourrait multiplier de beaucoup le nombre des exercices spéciaux. Les différents genres de frictions, de massages, d'onctions, se pratiquaient soit dans des >alles spéciales, soit aux bains, qui n'ont pris de grands développements que chez les Romains.

La lutte est conservée de notre temps dans le midi de la France surtout et dans les foires où de temps en temps elle attire la faveur passagère du public sous le nom de lutte à mains plates. 11 était, il est encore interdit de se servir des pieds et de frapper. Le pugilat à mains nues répondassez bien à la boxeanglaise; le Ceste au pugilat à mains garnies de lanières de cuir recouvertes çà et là de i)laques de plomb ou de fer. Lien qu'on trouve dans Homère (//., cli. XXUI), dans Théocrile {i(l. XXII), des dcscriptious atroces des luttes du pancrace, composé de la lutte et du ceste, ils n'ont ligure que plus tard dans les jeux olympiques. Barthélémy, dans VAnacharsis, a brillamment tracé les fêles de ces grandes journées qui étaient encore en pleine vigueur sous Marc-Aurèle (Pausanias, n" 5).

La plupart des écrivains, politiques, médecins, moralistes, qui ont écrit sur la gymnastique, ont prouvé que c'était par l'excès même des qualités que donnaient au corps les exerciL-es continus de la palestre que cette institulioa déclina. On voulut pousser les choses à l'excès et l'entiaînement des athlètes, ancêtres des gladiateurs, « ces hommes au corps massif, monstrueux, tempérants, continents », qui ne vivaient que pour le combat et qui devaient plus tard mériter les imprécations de Galien. Le r(Me de la gymnastique éducative des Grecs cessa après la bataille de Cheronée (558), c'est-à-dire le jour où il n'y eut plus que des débris de Grecs que les guerres civiles devaient exterminer.

Le document littéraire grec le plus récemment découvert nous représente la gymnastique comme tout entière athlétique : c'est le Traité de Philostrate. En voici l'histoire littéraire assez curieuse.

En 1840, M. Minoïde Mynas futcliargéparle gouvernement françaisd'unemission en Grèce et en Asie Mineure d'où il rapporta divers manuscrits grecs et entre autres celui de l'hiloslrate, dont il parle dans les termes suivants : « Ce traité, dont quelques fragments viennent d'être publiés à Leipzig (c'est à Ileidelberg qu'il faut lire) par M. Kayser, consiste en un manuscrit de 20 pages trèsserrées... Pbiloslrate blànic la paresse de ses contemporains qui, amollis et efféminés, ne méritent pas le nom d'hommes, etc. » {Moniteur du 5 janvier 184-4, cité par Daremberg). Ce manuscrit n'a jamais été remis, paraît-il, à la Bibliothèque, mais une copie en fut remise à Daremberg qui en entreprit la traduction, dans le même temps M. Mynas en faisait une lui-même qui paraissait avant celle de Daremberg. Il semble donc qu'en mandataire infldèle M. Mynas ait disposé d'une première copie pour Kayser, qu'il ail fait une traduction du manuscrit qui appartenait à la France, sans citer un mot des obligations qu'il avait contractées {tinieo Danaos...). La traduction de Daremberg, qui se plaint énergiquement des procédés de Mynas, est plus littérale que celle de cet érudit grec.

GYMiNASTIQUE. 8C5

Philostrate passe en revue les exercices de la palestre usités de son temps : la course simple dans le stade, la course longue, les exercices en armes, la course redoublée, le piincracc, la lutte, le pugilat. 11 en étudie les origines grecques ; il en vante les mérites, et l'on voit que de son temps les érudits dissertaient sérieusement sur ces questions. Il établit que les gymnastes se composent de médecins et depédotribes. « Le pédotribe indiquera quelles sont les espèces de manœuvres dans la lutte, enseignant les tem[js opportuns pour agir et la mesure des mouvements, de quelle manière on se met en garde, comment on triomphe de quelqu'un qui s'est mis lui-même sur la défensive. Le gymnaste présidera à l'enseignement de l'athlète qui sait déjà ces choses-là... Mais purger les humeurs, enlever des matières superllues et assouplir lus parties endurcies, engraisser, transformer ou échauffer quelqu'une de ces parties, appartient à la science du gymnaste. La gymnastique est donc à cet égard [)lus complète que la pédotribie, mais avec la médecine elle a les altînités suivantes : les médecins font cesser par des affusions, des potions ou des topiques, toutes les maladies que nous appelons fluxion, hydropisie, phlhisie, et aussi les maladies sucrées ; la gymnastique, au contraire, réprime ces affections par le régime et par des frictions. » Le gymnaste devait être nu et porter un strigil qui à l'occasion lui servait d'arme contre l'athlète désobéissant. Faisons ici cette remarque que M. Mynas traduit pédotribie par l'art de frotter les corps. Daremberg adopte le sens d'éducation des garçons.

Philostrate, décrivant la mission du gymnaste, veut qu'il connaisse à fond les formes humaines non moins savamment que le statuaire et qu'il appropi ie le genre d'exercice qui convient au tempérament de son client. Une de ses plus grandes préoccupations doit être de s'assurer que les jeunes athlètes proviennent de parents jeunes, et il donne de ceux qui sont issus de gens âgés une description qui mérite toute étude, mais qui nous ferait empiéter sur l'ordre de ce travail. Galien (deuxième siècle) est le dernier auteur qui ait traité des exercices, et il l'a fait à un point de vue exclusivement médical, Oribase (561) n'a rien trouvé de mieux à faire que de copier Galien.

La gymnastique à Rome. Nous dirons peu de chose de la gymnastique des Romains. Elle n'y a existé que sous ses formes militaires et thérapiques, encore faut-il y comprendre les diverses frictions et manipulations qui prirent alors un grand développement. Les rares salles de gymnastique étaient des annexes accidentelles des Thermes dans lesquelles venaient se résumer tous les ralfmements de la civilisation des maîtres du monde. L'exercitus, l'armée romaine, a pris son nom même des travaux préparatoires du Champ-de-Mars, la marche, la course, l'escrime, la jaculation, l'équitation, la natation. Puis venait le maniement des catapultes, des balistes, des béliers, des tours, des échelles, des tortues, des claies et des ma,ntelets. Mais ce n'était qu'à dix-sept ans que la jeunesse romaine était appelée à fréquenter le Champ-de-Mars. Le reste de la population libre fréquentait les Thermes. Les Thermes, dit N. Daily, unissent à toutes les recherches de la volupté romaine toutes les richesses de l'art hellénique. Sur ces pavés de mosaïque, dans la piscine d'albâtre, sous ces voûtes peintes à fresque, entre ces murs incrustés d'ivoire, à la lueur de ce demi-jour qui descend à travers les pierres spéculaires, au milieu de tout un peuple d'esclaves qui va, vient, frotte, essuie, porte de l'un à l'autre la brosse, l'étrille, les parfums, le bain est le rendez-vous d'une liberté presque puérile. Là on cause, on joue, on danse même ; là Vexerce le chanteur l'orateur déclame,

80i GYMNASTIQUE.

les enfants scxcrccnl sons la direction d'un gymnaste, le lutteur éprouve ses forces; certains riclies viennent y clierclier des convives pour le souper et une foule de parasites un repas pour leur ventre affamé. « J'habite au-dessus des Thermes, dit Séi:è([ue. Iniaginez tous les sous qui peuvent nous faire niaudiiv nos oieilles; ces lutteurs qui s'exercent avec des cesles de plomb, leurs gémissements quand ils se portent des coups, le sifflement de leur poitrine quand ils se reposent; ce masseur qui frappe de sa main tantôt creuse, tantôt à plat, l'épaule des baigneurs ; l'ivrogne, le chanteur, l'épilateur, le marchand de boudin, le couliseur, chacun avec son cri! » Que nous sommes loin de Y Académie d'Athènes !

Et cependant Gicéron avait appelé Y Académie sa villa de Pouzzoles où il écrivit ses Questions acade)ni(]ues. u Cherche-moi, écrivait-il à Alticus, quelques appareils convenables pour un gymnase ! » Mais ces gymnases privés étaient peu nombreux; Suétone rapporte que Néron avait fait construire un gymnase public qui fut détruit dans l'incendie de Home. Commode en fit un second. Anlonin le l'ieux fit construire un grœco stadiiim qui selon Capitalonius était encore intact au temps de Dioclétien. Mais c'était plutôt des stades pour la course que de vrais gymnases qui se construisirent successivement à Rome. Cet historique sans grand intérêt est tracé par Pierre du Faur (Petrus Fabcr) avec une étonnante érudition dans son AgoiiiUicon sive de re alhUtica (p. 547).

« Dans l'ancienne république, les consuls, les sénateurs tous les personnages miporlants fréquentaient le Champ-de-Mars. Marius, déjà vieux et couvert de lauriers, y venait chaque jour faire assaut avec les jeunes gens dans ces exercices de la milice; Pompée s'exerçait au saut avec les plus légers, à la course avec les plus agiles, à porter des fardeaux avec les plus robustes, Caton à jouer de la paume avec ses amis; Octave ne cessa de s'y montrer avant son élévation à l'empire ; depuis il n'y parut plus. Mécènes, son ministre, y descendit quelquefois. mais cette antique coutume avait perdu sa raison dètre, son caractère sérieux, scientifique » (\. Daily).

La ijymnaMique ciirative et de V entraînement chez les Anciens. C'est de Platon à Galien qu'est née, qu'a prospéré et qu'a décliné celte forme de la gymnastique. Platon avait écrit dans le limée de Locns : « la respiration et le sau"' fortifiés par la gymastique triomphent de tous les germes des maladies. )> Dans le Tiniée sur la nature les préceptes, quoique rares, sont assez précis. Galien dans son Traité des exercices nous a donné des règles que la Renaissance s'empressera de mettre à profit.

Littré indique clairement les sources de la médecine grecque dans son Inlruduction à sa belle traduction d'Ilippocrate : « Les sources de la médecine ffrecque étaient au nombre de trois. La première était dans les collèges des prêtres-médecins qui desservaient les temples d'Esculape et qu'on désignait sous le nom d'Asclépiades ; la seconde dans les philosophes ou physiologistes qui s'occupaient de l'étude de la nature et qui avaient fait entrer dans le cadre de leurs recherches l'organisation des corps et l'origine des maladies ; la troisième dans les gymnases, où les chefs de ces établissements avaient donné une grande attention aux effets, sur la santé, des exercices et des aliments. »

Ces trois ordres de praticiens ou de théoriciens étaient plus ou moins rivaux, ainsi qu'on peut l'inférer de cette phrase de Platon : « La philosophie l'emporte autant sur la rhétorique que la législation l'emporte sur le talent d'avocat et la f^ymnastique sur la médecine » [Gorgias, 75).

GYJLNASTlQUIi. 805

Litlré appuie cette opinion quand il dit : « L'ap])lication de la gymnastique au ti'aitenicnt dos maladies eut une grande influence sur la médecine antique. Deaucou}) de malades, désertant les Asclépions, allèrent se faire soigner dans les gymnases, et les médecins grecs prirent l'Iiabitude d'étudier les effets des exercices, de les admettre dans le cercle de leur lliérapenlique et de les prescrire d'une manière conforme à l'art dans une foule de cas » {IbiiL, p. 25). On trouvera dans le traité de la Dièle uiliibre, rnnis surtout dans celui du Régime^ de nombreuses prescriptions très-digues de toute notre étude, (pii indiquent une fréquentation de la palestre et du xyste ainsi que des bains. L'article ii du livre I est très-saisissant :

« Les foulons foulent les étoffes sous leurs |)ieds, ils les nettoient, ils les battent, ils les travaillent, ils les lavent, ils les rendent plus fortes en leur ôtant leurs imj)urelés. Il en est de même à l'égard du corps de la nature humaine. Et voilà ce qu'on pra[i(|ue au gymnase. » Je n'aurais pas d'autre théorie à donner des résultats macroscopiques de la gymnastique, s'il ne fallait y joindie les effets de l'exercice en soi, c'est-à-dire de l'innervation volontaire, cérébralion, musculation. Encore ce fonctionnement intégrid du système nerveiu supposc-t-il l'intégrité des tubes nerveux, des cellules et de leurs enveloppes, ce que produisent les mouvements, selon l'image dllippocrate.

Mais les Ilippocra tiques n'entraient pas dans les détails des choses; leurs préceptes étaient péremptoires. Aussi la médecine gymnastique de cette époque ne nous donnera que l'expression des n'-sultals observés sans aucune observation ni groupe d'observateurs à l'appui. C'est cependant en se fondant sur ces écrits que le plus grand médecin du dix-septième siècle, Frédéi'iclloirmann (1060-1742), a l'crit ce merveilleux traité bien supérieur aux écrits des Anciens : Demotu, optima corporis medicatione, que N. Daily a traduit dans sa Clnésiologie. 11 est vrai que F. Hoffmann devait à l'exercice (car le mol de gymnastique n'est même pas prononcé dans sa dissertation) la guérison de dyspepsies etd'alfections de poumon qui le laissèrent eu belle santé au delà de quatre-vingts ans. Eu passant ainsi d'Uippocrateà F. Hoffmann nous montrons bien que ce n'est pas notre intention d'écrire ici l'histoire complète de la médecine gymnastique. D'ailleurs les documents manquaient, sauf pour les faits relatiîs h ïentrainemeiit des athlètes, sur quoi Burette a écrit de très-remarquables mémoires {op. cit.), ayant été précédé d'ailleurs par Du Choul (1.507), Mercurialis (lo69), Du FaurYl590) [Petrus Faber], Joubert (1582), et par F. Hoffmann même {De athletls veterum eorumque dieteta et habilu. Halle, ill). On consultera avec frnilles articles Athlètes du Dictionnaire des antiquités de Daremberg et Saglio.

C'est là, c'est à ces sources qu'il faudra refaire par le contrôle des auteurs, au point de vue moderne, la partie physiologique et didactique de la soraascétique. Quant à la médecine proprement dite, ce n'est ni chez les Asclépiades, ni chez Aristote, ni chez Plularque, qui ont çà et là, avec moins de clarté que Galien, traité de la gymnastique, que l'on trouvera grand'chose. Sans doute les Asclépiades pratiquaient et prescrivaient les exercices, mais ils n'ont rien écrit, ou du moins rien ne nous en est parvenu.

Je ne suis pas de l'avis de mon collègue M. Collineau, qui dans son excellent traité sur La gymnastique (1884) a si généreusement traité mes écrits, quand il présente Rome comme héritière de la gymnastique grecque, et j'ai dit plus haut que les exercices du corps y avaient un tout autre caractère. Ils y furent exclusivement militaires et théâtraux. Le soldat et le gladiateur, voilà ce qu'ont voulu incarner

les Romains. Cependant Asclépiade de Bithynie et Celse, qui vivaient au premier siècle de notre ère, paraissent avoir conservé dans leur pratique comme un e'cho de la médecine gymnastique des Asclépiades grecs. « C'était la diététique surtout, dit Jourdan à propos d'Asclépiade, qui lui fournissait le plus ordinairement ses remèdes q\i"il savait varier, combiner avec beaucoup d'art suivant les circonstances. L'abstinence, l'usage de l'oau froide, les frictions et l'exercice tant actif que passif, étaient les principaux moyens dont il se servait, et il y attachait tant d'importance qu'il insistait sur les circonstances les plus minutieuses, allait jusqu'à recommander en certains cas de faire des inspirations profondes, de se faire balancer dans \m lit suspendu, et soumettait la déclamation, le rire et léchant, la musique et les différentes sortes de gestations, à des règles précises. Il employait souvent l'exercice comme moyen perturbateur pratiiiue à l'égard duquel il mériterait d'êlre loué, s'il n'était pas tombé quelquefois dans les excès d'Hérodicus. Il fut aussi le premier qui proposa l'emploi des douches » [Biogr. médicale). Les écrits d'Asclépiade sont perdus, ce que nous en s:\vons, nous le savons })ar Aétius, par Celse, par Cœliiis Aureli.mus, et Jourdan nous en donne la substance. Quant à Celse, ses conseils sont en général excellents, mais un peu enfantins.

C'était dans les Thermes que la pratique de cette partie de la gymnastique curative, les manipulations, s'était amplement développée, et elle s'est transmise avec plus ou moins de précision jusqu'au siècle dernier par la corporation des chirurgiens étuvistes dont Malgaigne nous a laissé la curieuse histoire. Dans l'article Percussion du Dictionnaire des sciences médicales (1819) Percy et Laurent font mention, d'après Pline, d'établissements qui existaient dans les principales villes de l'empire et appelés àv^poTrc^ozâTslo;-, ce n'étaient que des succursales des Thermes où les esclaves à vendre étaient envoyés pour y subir le traitement de difformités ou acquérir les formes et les agréments qui leur manquaient. Là se rendaient aussi des malades de toute condition. « La palette allait grand train et son exercice n'était interrompu que par la paJpation, la contractalion et toutes les ressources de la psellaphie, mot que nous désirerions voir adopter pour exprimer élégamment ce qu'on appelle lourdement et grossièrement le massage, le massement. »

Quoi qu'il en soit, le nom même de la gymnastique disparut et il ne devait renaître que sous l'effort des érudits que nous avons cités plus haut.

Moyen âge et Renaissance. Au moyen âge, l'ascétisme corporel, les exercices du corps, furent dominés par les exercices de l'àme. Les ascètes (de «(7X£tv, s'exercer) se réunissaient pour s'exercer à la mortification. L'ascétisme mystique n'eut d'autre contre-poids que dans les exercices de chevalerie, les tournois, l'équitation, l'escrime, la jectalion, etc.

Il semble que ce fut au commencement du seizième siècle, d'après N, Daily, qu'Antonio Gazzi, de Padoue, ait le premier dans une espèce d'encyclopédie hygiénique intitulée : Florida corona, « couronne, dit l'auteur, des plus belles fleurs cueillies dans les champs d'Hippocrate, de Galien, etc. » rappelé les exercices des Anciens. Champicr, médecin des rois Charles Vlll et Louis Xll, reprit dans sa Rasa gallica, 1512, les vues hygiéniques de Gazzi; Fuchs, de Tubingue (1535), Ambroise Paré (1541), ouvrirent la série des médecins hygiénistes qui semblent avoir précédé les érudits. On lira dans l'encyclopédie gymnastique, publiée par N. Daily sous le nom de Cine'siologie, l'analyse des écrits des auteurs de la Renaissance. A. Paré, Joubert, Du Choul, Du Chesne,

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sont intégralement reproduits; chose remarquable, cette question des exercices du corps, qui venait de provoquer un si remarquable effort chez les érudits du seizième siècle, intéressa les hommes les plus distingués de ce temps, Bacon entre autres, qui donne sur la gymnastique les idées les plus sages en accusant les médecins de ne pas avoir encore spécifié et distingué les mouvements corporels [Œuvres, p. o, cité par N. Daily). Les pédagogues, Rabelais (1560), Montaigne (1560), et en sautant près de deux siècles J.-J. Rousseau (1761), se prononcèrent avec énergie presque dans les mêmes termes en faveur de l'application vigoureuse des exercices corporels à l'éducation de la jeunesse. La •célèbre phrase de Montaigne : « Ce n'est pas une âme, ce n'est pas un corps que l'on dresse, c'est un homme; il n'en faut pas faire à deux », pourrait servir d'épigraphe à cette catégorie de travaux. M. Duruya dit de nos jours, mais en vain : 11 faut faire des hommes avant de faire des bacheliers.

Période ynoderne. Bien qu'un assez grand nombre d'écrits sur la gymnastique se fussent produits pend.mt la seconde moitié du dix-huitième siècle et notamment VArs gymnai^tica nova de Ileisler, professeur d'anatomie à llelmstadt (1748), et que l'induence d'Andry (1741) et de Troncbin (1756), •chauds partisans des exercices corporels, lût de leur temps considérable, c'est sans doute au retentissement des écrits de J.-J. Rousseau qu'on doit l'essor vigoureux de la gymnastique éducative à la fin du dix-huitième siècle. « Voulez-vous cultiver l'intelligence de votre élève, dit l'auteur de VÉmile, cultivez la force qu'elle doit gouverner, exercez continuellement son corps, rendez-le robuste et sain, pour le rendre sage et raisonnable. » La première édition de ï' Emile eal de 1761.

Depuis lors, le mouvement pédagogique se produisit d'abord en Suisse sous J'influence de Peztalozzi, et ensuite en Allemagne sous l'influence de Basedow et de Gutsmulhs (1786), de Yieth et de Jahn; en Danemark, sous celle de JVachtigal.

La France, entièrement livrée à ses guerres civiles et étrangères, où pendant vingt ans ses plus belles races devaient être moissonnées sans profit, n'y participa que plus tard. « Ainsi, dit justement Bouvier, quand s'ouvrit le dix-neuvième siècle, trois États en Europe étaient seuls pourvus de gymnases : c'étaient la Suisse, l'Allemagne et le Danemark ».

En 1774 s'ouvrit à Dessau, sous la direction d'un professeur de l'Université d'Altona, Basedow, le Philanthropinwn, école normale destinée à former les maîtres du système d'éducation qui pour la première fois devait allier la gymnastique aux éludes intellectuelles. L'un des successeurs de Basedow fut Salztmann, et Gutsmulhs, né en 1759, fut spécialement chargé par ce dernier de la somascétique. Mais ce ne fut pas avant 1795 que | Gutsmuths publia à Schnepfental son ouvrage Sur la gymnastique de la jeunesse {Gymnastik fur die Jugend), dont la dernière édition allemande date de 1845, et qui fut traduit €t copié dans presque toutes les langues du monde et notamment en français par Amar et Jauffret [Gymnastique de la jeunesse, 1805). 11 est vrai que de son côté Gutsmuths s'était fortement inspiré de Tissot, à qui d'ailleurs il rend hommage. Gutsmuths est donc à juste litre considéré en Allemagne comme le fondateur de la gymnastique pédagogique, encore qu'il n'ait été que le continuateur de Basedow et le collaborateur de Saltzmann.

Dans le même temps, inspiré par notre érudit Burette, mort en 1747, paraît l'essai d'une encyclopédie des exercices corporels de Yiette, professeur de mathé-

niatiques à Dessaii (179 i à 1795). Quelques années plus tard parut le grand patriote alle/nand Jaliii (né à Lautz en 1778, mort en 1852), dont les nombreux ouvrages sur l'art des exercices corporels donnent à la gymnastique allemande {Die deutsche Turnhnnsl, Berlin, 1816) le caractère qu'elle a conservé et lui valurent le titre de Tnrnvater.

« Le premier gymnase de Jalin, dit Ilillairct (op. cit., p. 2), fut ouvert en 1810. Son but était le rétablissement de l'équilibre entre la force du corps tout en rendant à la o nature intellectuelle » la vie physique qui lui manque. Sa devise était : Liberté, autonomie, gloire de la pairie. Dans son traité, il clierclia à démontrer l'inllucnce de la gymnastique sur la formation du corps et de l'àme, sur le développement de l'intelligence et de la force de volonté d'où naissent toutes les vertus. Sa gymnasti(jue était toute militaire et athlétique. Ses préceptes lurent enseignés par plusieurs de ses élèves, Eiselen, Friezen, mais il eut de vigoureux adversaires, le professeur Kuensen entre autres, qui nièrent que sa méthode put jamais contribuer au développement intellectuel et moral de la jeunesse. Ce fut en 1819 que tous les gymnases de la Prusse lurent fermés à la suite de l'altental de Karl Sand (assassinat de Kotzebue) dans lequel .lalin fut à tort implique. Ils ne se rouvrirent qu'en 1828. Le premier, dirigé par Massman, élève de Jahn, lui institué à Munich par les soins du gouvernement bavarois. En même temps le docteur Klempf lut appelé à diriger le gymnase de Stutigard et plus tard, en 1840, un autre gymnase s'ouvre à Dresde sous la direction de Verner, dont la gyninastitjue par trop théâtrale et charlatanesque ne devait pas avoir grand succès. L'ouvrage de Lnrinzes {Protection delà santé dans les écoles) et celui de Koch contribuèrent à la répandre dans toute rAllcmagnc. Ce fut seulement en 1842 que le roi Guillaume décréta de nouveau l'enseignement de la gymnastique en Prusse et appela Massman à diriger le grand établissement de Berlin. Depuis lors, la gymnastique continua à se développer régulièrement et progressivement; elle y devint obligatoire. La Saxe comptait, en 1848, 150 établissements. »

Mais, outre ces noms très-connus, les Allemands, qui recueillent avec le plus grand soin les biographies de leurs gymnastes, citent volontiers ceux du célèbre patriote Arndl (1769 à 1842), auteur d'un important écrit {Die Turnesene, 1842), auteur aussi du Zum Rhein .' Ueber'n Rliein; Alhleidschland in Frankreich hinein! Dignes successeurs de Jahn, Harnish (1787 à 1818), Buhle (1806 à 1844), auteurs de plusieurs ouvrages de gymnastique pour les enfants, Diesterweg, autre patriote qui a prédit la grandeur de la Prusse et a rédigé un écrit Sur la gijranastique naturelle (1858); Durre, disciple de Jahn; Eiselen (1795 à 1846), auteur fécond; Flamming, médecin distingué, partisan zélé de la gymnastique « allemande » contre la « suédoise ». Feddern (1799), puis des contemporains tels que Friedrich, Otto Kluge, qui, de 1845 à 1857, n'a pas écrit moins de 50 ouvrages ou opuscules, Metz, et d'autres encore dont les Neue Jarbiicher fi'ir die Tiirnkunst de Kloss, donnent chaque année une liste étendue. Le traité de Cinésiologie de N. Daily (p. 250 et passim) est aussi très-complet sur la gymnastique allemande. En 1879, mon ami le docteur Roth (de Londres) envoya son fils dans les principales villes de l'Europe, pour se rendre compte de l'état de la gymnastique éducative. Le docteur B. lioth, dans son rapport, décrit les trois écoles normales de gvmnastique que possède cette ville : la première, sous la direction du docteur Euler, pour les ofticiers et les instituteurs de la Prusse; la seconde pour

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les institutrices; la troisième, municipale, sous lii direction du docteur Angerstein. Le même médecin vient ù Paris et il y rencontre partout M. Laisné, chef de tons les services, dont il dit, avec raison, beaucoup de bien, et une série de sous-ol liciers. Mais il ne faut pas oublier que M. Laisné était lui-même sous-officier du génie vers 1855. Ou n'accusera pas l'administration d'inconstance !

La gymnastique allemande telle qu'elle était sortie des conceptions de (rutsmulbs et de ses conteiTiporains était toute pédagogique et athlétique. Presque dans le même temps apparaissait le Suédois Ling, né en 1776, qui devait donner à la gymnastique une magnifique extension que compromirent pour un temps les exagérations de quelques-uns de ses disciples. Ling était professeur de mythologie et de poésie Scandinaves à l'Université de Stockholm, il s'était guéri d'une paralysie du bras droit, contractée dans un combat naval (à la bataille de Copenhague), par l'usage de l'escrime que lui avait enseignée à Copeidiague deux émigrés français, et il se fit nommer en 1805 maître d'escrime à l'Université de Lund. Après avoir pendant quelques années successives étudié les sciences médicales, il résolut de réaliser sa vaste conception d'un Institut ceyitral de (/ymnasliqiie, qui fut ouvert à Stockholm en 1815, avec l'appui de l'État. Les débuis de l'inslilul furent difficiles. Ling y ruina sa santé. Il mourut en 1859, et ce fut alors seulement que la Suède s'aperçut qu'elle avait perdu non-seulement un grand poëte, mais un grand homme qui a eu la gloire de fonder la gymnastique sur les bases les plus larges avec une sûreté de méthode et de perspective incomparable. Sans doute, il y a bien des lacunes à combler, bien des études partielles à conduire à bonne fin, bien des critiques ii vérifier, mais les grandes lignes sont tracées et l'on peut considérer que la cinésie a, depuis Ling, le caractère d'une science dont toules les pnrties sont constituées, quoique inégalement développées.

Ling a peu écrit. 11 a laissé de nombreux disciples : Georgii, Branling, Liedbeck, son gendre et son fils mort récemment, sont les principaux d'entre les Suédois. Georgii cite de Ling un petit traité Sur la gymnastique sans appareils (Stockholm, 1856) et le Traité sur l'escrime à la hdionnetle (Stockholm, 1858). Son grand Traité sur les principes généraux de la gymnastique n'a été achevé qu'après sa mort par Liedbeck et Georgii ; il a été traduit en allemand par Massmau et Georgii en a donné en France un résumé analytique dans sa Kinésithérapie (Paris, 1846). liais c'est surtout N. Daily qui, par sa Cinésiologie, l'a fait connaître en France. Chaque année des médecins de toute nationalité se sont rendus à Stockholm pour étudier le système de Ling, qui s'est rapidement propagé surtout en Danemark, en Allemagne, par llothstein et Neumann, en Russie par de Hou, en Angleterre par Géorgie cl P»oth.

L'œuvre de Ling s'est considérablement développée après sa mort. L'Institut central dispose aujourd'hui d'un budget de plus de 60 000 francs. Il forme des gymnastes, médecins, militaires ou instituteurs. Nous donnerons plus loin l'analyse de la méthode de Ling.

En France, ce fut par les timides essais d'Amar Duvivier et de Jauffret que le mouvement se produisit en pédagogie à la suite du livre magistral, mais exclusivement médical, de Tissot. Presque en même temps, Clias et Amoros vinrent à Paris provoquer l'attention publique sur la gymnastique pédagogique.

Ce fut vers 1815 que M. Amoros, qui avait épousé la cause du roi Joseph en . Espagne, après avoir servi dans un rang subalterne depuis 1799 jusqu'à ce

moment, se réfugia en France où il réussit à se faire naturaliser Français en 1816; mais cette circonstance, loin d'être avantageuse au colonel, commissaire, instituteur, conseiller des Indes du Bonaparte, Amoros, qui joignait à tous ces titres celui de « grenadier de la garde nationale de Paris », eut pour effet de lui faire supprimer la pension do 600 francs par mois dont il jouissait comme réfugié espagnol (voy. Lettre de M. Amoros, ré fiic/ié espagnol et naturalisé F rançais, à tous ceux qui ront insulté, calomnié, et qui ont cherché à F avilir dans son malheur. Paris, Impr. Rougeron, 1817). Ce fut alors qu'il songea à s'occuper de gymnastique dont il n'était pas question dans cette première publication; dès 1815, Amoros avait lu cependant à la Société pour l'instruction élémentaire un intéressant mémoire sur les avantages de la méthode d'éducation de Pestalozzi, que Jullien avait déjà fait connaître à la France en 1812, par un mémoire Sur Vesprit de la méthode de Pestalozù. Cliarles lY avait désiré expérimenter celle méthode à Madrid dès 1807, et Amoros, qui paraît avoir exercé les fonctions les plus diverses, avait été nommé directeur de l'Institut Pestalozzien, où se pratiquait le système de la gymnastique du pédagogue suisse. L'Institut de Madrid ne dura qu'une année. Les événements politiques chassèrent plus tard Amoros de son pays; devenu Français et légitimiste, il cessa à son grand étonnement de toucher son subside de bonapartiste espagnol et il dut chercher dans la pratique de la gymnastique des moyens d'existence. Il l'enseigna d'abord dans la pension Dourdan, puis dans d'autres institutions. A partir de 1820, on possède de nombreuses brochures oiî sont publiés les mérites du gymnase normal civil et militaire, situé place Dupleix et richement subventionné et qui paraît avoir été construit en 1819 et 1820. M. de Chabrol, préfet de la Seine, décida le 25 octobre de cette même année : 1° qu'un établissement d'éducation physique gymnastique et morale serait formé à Pai'is sous la dénoniiualion de Gymnase civil normal ; 2" que les élèves royaux et communaux y seraient gratuitement admis; 5° que M. Amoros en était nommé directeur. On créa un troisième gymnase en 1819 pour les sapeurs-pompiers.

lia faveur dont jouit Amoros à cette époque était telle, que non-seulement on lui concéda l'immense })arc de Grenelle, sa vie durant, et que, au rapport de M. Laisné, il fut dépensé sur ses demandes plus de oOOOOO francs de 1820 à 1826, pour réparation de machines et entrelien de bâtiments; attaché au gymnase de Grenelle, en 1855, en qualité de sous-officier du génie, ce dernier gymnaste en fait une amcre critique. Le gymnase de Grenelle, de plus en plus négligé, fut supprimé en 1808, mais, comme la concession du parc de Grenelle, constructions et machines, en avait été faite à Amoros sa vie durant, on n'y put toucher qu'à sa mort qui eut lieu en 1848. L'histoire de Clias est moins pittoresque. Clias, qui était capitaine d'artillerie suisse vers 1810, fut frappe, lorsqu'il se trouvait en détachement à Inlerlaken, de l'importance et de l'intérêt que présentaient les exercices athlétiques de l'Oberland bernois, qui sont aujourd'hui ce qu'ils étaient alors, et les introduisit parmi ses soldats. Bientôt il fut nommé directeur des exercices somascétiques de l'Académie de Berne, qui posséda un moment le gymnase le plus complet de l'Europe. C'est de cette école que sortirent les moniteurs qui introduisirent sa méthode dans l'Institut de Peslalozzi à Yverdun, alors en pleine renommée. Il paraît probable que c'est là que le grand patriote allemand Jahn Der Turnvater s'est formé et qu'il a pu répandre la gymnastique en Allemagne, où déjà le médecin Gutsmuths et Yielh avaient préparé le terrain. En 1819, alors qu'Amoros en était .

encore aux tâtonnements, Clias publiait un Traité de gymnastique élémentaire précédé d'un très -remarquable rapport de Bally, qui rend compte, à cette occasion, du premier gymnase d'Anioros. L'antériorité de Clias, en tant que gymnaste et propagateur de la gymnastique, est incontestable; depuis dix ans, Clias était gymnasiarque à Berne, tandis qu'Amoros, d'après ses états de service qu'il a publiés et que M. Lnpez a reproduits dans son intéressante broeburc [Documents pour servir à l'histoire de la gymnastique. Paris, 1885), Amoros était cbef de bureau, secrétaire de Charles IV, colonel, commissaire à l'armée de Portugal, etc.; mais la faveur inexplicable dont il jouit soudain en France de 1818 à 1850 ne laissait aucune place à Clias, qui fut appelé en Angleterre où on lui conféra le litre de « capitaine surintendant des exercices somascéliques de l'armée et de la marine ». U conquit dans celle position une fortune suffisante, et quand il revint en France vers 1840, Clias se consacra tout entier avec un complet désintéressement à la propagation de la gymnastique à Besançon d'abord, à Paris ensuite, où il fut chargé de l'enseignement de la gymnastique dans les écoles communales (Laisné, Application de la gijmn., etc., p. 216, 1846). Bientôt après, Clias reçut le prix Montyon et retourna dans sa patrie. Son premier Traité de gymnastique cxxi une seconde édition où peu de choses furent modifiées et qui porte le lilre de Somascétique naturelle (Besançon, 1842). En 1843 parut la Callisthénie on Somascélique naturelle appropriée à Véducation physique des jeunes filles. Cet ouvrage n'est guère qu'une copie des précédents avec quelques figures spéciales. L'œuvre du gymnaste bernois est, je pense, la première en date sous la forme de Manuel didactique (1819). Les exercices y sont clairement décrits, bien choisis, les gravures hors texte très-élégantes et fort exactes, surtout pour ce qui concerne les filles, grandes et petites. Amoros, dont l'ouvrage n'a paru qu'en 1856, a largement compilé les descriptions et copié les dessins. C'est du moins mon sentiment, ayant les pièces sous les yeux.

Quoi qu'il en soit, lorsque Triât vint à Paris en 1846, il n'était plus guère question de gymnastique. Dans tous les cas, ce qui restait de l'œuvre de Clias et d'Amoros était tout à fait insignifiant; Amoros lui-même succombait en 1847. M. Napoléon Laisné a depuis lors tenu officiellement la place de son maître et, jusqu'en 1885, il a été chargé par la ville de Paris et par l'Assistance publique de tout ce qui concernait la gymnastique. Malgré l'honorabilité très-connue du <;aractère de M. Laisné, il est permis de penser que cette spécialisation continue par le même gymnaste tout à fait étranger à ce qui se passait en Europe pendant près de quarante années n'a pas été avantageuse pour la gymnastique. M. Laisné a gardé de la méthode de M. Amoros les erreurs, le commandement militaire, brusque, saccadé, l'exclusion à peu près complète de la marche et de la course, le chant accompagnant d'un même rhylhme aussi antigymnastique qu'antiharmonique les mouvements du corps. On verra plus loin quelles sont les critiques qui peuvent s'adresser à cette méthode. Mais, ce qui est au-dessus de tout éloge, c'est le zèle qu'a montré M. Laisné dans l'application de la gymnastique et des manipulations au traitement de quelques maladies, principalement à Lhôpital des Enfants.

Cependant le ministère de l'Instruction publique, peu satisfait de l'avortement complet des tentatives d'Amoros, qui avait cependant réussi à intéresser à sa cause toutes les autorités (jusqu'au Comité des fortifications] et tous les partis sous trois gouvernements, commença à s'émouvoir. M. de Sal-

vaiidy nomma en 1845 une Commission composée de sept membres cliargés: i° de constater l'état actuel des exercices £;ymnasticjviesdans les lycées et collèges de P.iris et de Versailles; 2° de rechercher les causes qui ont tait délaisser ou négliger ces exercices; ô" d'apprécier l'influenco de la gymnastique, telle qu'elle a été pratiquée, sur les études, sur la sanlé et sur les mœurs des élèves; 4° d'examiner de quelle utilité il pourrait èlre de remettre les exercices gymnasliques en pratique.

On voit que la gymnastique était en pleine décadence, et il faut arriver jusqu'en 1854 pour retrouver (( la question n dans les bureaux d'où elle n'était ]ias sortie. A cette date, M. Fortoul nomma une nouvelle Commission dont M. Bérard fut rapporteur; cette Commission décida que « la gymnastique ferait partie de l'éducation des lycées ». Enfin, en 1866 et 1868, nouvelles commissions; liouvier et Hillairet qui en fut le rapporteur donnèrent une certaine impulsion à ses travaux; de nombreux gymnases s'élevèrent de toutes parts, le diplôme de maître de gymnastique est créé. La Commission centrale de gymnasti(pie devient permanente; M. Hillairet puLlieson second rapport fort étendu, très-complexe, et pour la première fois l'état de la gymnastique en Europe est clairement exposé. La guerre interrompt les travaux de cette Commission, mais peu après elle est renouvelée et jiuljlie trois manuels, dont les dernières éditions (1884), surtout en ce qui concerne les filles, peuvent être considérées comme indiquant très-sulfisanmient le caractère, la forme et la méthode des exercices nécessaires. Enfin, en 1880, une loi est promulguée, votée d'abord par le Sénat sur la proposition de M. Georges, membre de la Commission centrale de gymnastique. Feu après, M. P. Lert, ministre de l'Instruction publique, supprimait la Commission qui avait rendu de grands services et créait une Commission d'éducation civique et militaire qui était chargée de fonder et de propager le patriotisme avec des images, de la musique et des bataillons scolaires; les choses en sont là : aussi longtemps qu'il ne se trouvera pas au ministère un seul fonctionnaire qui s'intéresse à la cause de l'éducation corporelle à laquelle recteurs, proviseurs et professeurs sont généralement hostiles, celte cause sera singulièrement compromise. En tout cas le rôle de l'État en cette matière, loin de s'accroître, n'a cessé de diminuer.

L'initiative privée, beureusement, a ici. comme sur bien des points, suppléé à l'inertie de l'administration, et la gymnastique serait restée à l'état de souvenir, ainsi que le constate le ministre de 1845, si, en 1847, Triât (de Nîmes), homme d'un génie spécial qui s'était fait remarquer en sa jeunesse dans les palestres du Midi et dans les cirques par sa force extraordinaire et ses belles proportions, et qui avait fondé à Bruxelles et à Juilly de grands gymnases, n'était venu à Paris apporter sa méthode et ses plans. 11 fut heureusement secondé par N. Daily, qui n'avait guère étudié la gymnastique qu'en érudil, et le premier gymnase de dimension convenable fut construit en 1847. Malheureusement, les événements de 1848 survinrent et, tout en donnant une certaine impulsion à la gymnastique, ne favorisèrent point les intérêts privés des fondateurs de ce gymnase. Un des élèves de Triât, M. Paz, reproduisit plus tard (1868) le modèle de gymnase de son maître, enseigna selon sa méthode qui conserva un certain nombre d'adeptes influents, les Solcirol, les Daily, les Allix, les Dusart, etc., tandis que MM. Laisné et Pascaud, les derniers disciples d'Amoros, continuaient ses errements. Le nombre des élèves des écoles primaires de Paris soumis à la gymnastique a été en 188*2 de 56 041 garçons pourvus de 554 professeurs et

18555 lilles dirigées par 258 maîtresses. Entre temps, en 1852, l'école militaire normale de gymnastique fut organisi'e à la redoute de la Faisanderie. J'en donnerai plus loin une description étendue.

Mais c'est surtout par les sociétés que la somascétiqne se maintint et se propagea. Djus ses Evcursions pédagoçjujiies (1882), M. Micliel Bréal (cité par Collineiui) dit ([ue peu de temps avant la guerre on comptait en Allemagne loGO ïuniverein ou associations gymnasliques comprenant plus de 100000 membres actifs. Ce iionibie a plus que doublé aujourd'liui, tandis que c'est à peine si- la France compte 250 sociétés avec 15000 membres actifs. La Suisse, la Belgique, la Suède, l'Aulriclic, l'Italie, l'Espagne même, nous laissent notre pays loin derrière elles. La situation en France, au point de vue de l'éducation corporelle, est donc mauvaise. La tendance à la prématnration^ c'est-à-dire celte détestable manie qui consiste à demander à des enfants d'un âge donné des efforts et des travaux de deux années, quelquefois plus, au-dessus de leur aptitude, est manifeste pour l'éducation mentale et pour le service militaire. L'Université ne comprend absolument rien aux exigences de l'éducation corporelle. Pourvu qu'elle tienne les écoliers assis douze ou treize heures par jour et qu'elle lésait bourres de notions, de vues, d'idées, aux({uelles ils ne peuvent comprendre que peu de chose, elle se tient pour satisfaite. C'est en vain qu'on lui dit et même qu'on lui crie que six heures par jour bien employées représentent un maximum d'attention mentale et que le travail sans attention ne vaut rien, l'Université reste convaincue qu'en douze heures l'esprit humain, comme une locomotive, fait deux fois plus de chemin qu'en six.

L'éducation corporelle donnée par certaines municipalités, dans les écoles primaires, ofire des conditions toujours meilleures, mais les manufactures avec leur excès de travail, les ateliers avec leur prématuration alcoolique et tabagique, sont désastreuses. Reste la population dos campagnes : c'est par l'instituteur que la somascétiqne pourrait être introduite, mais l'instituteur n'a même pas été soldat et il ne prend aucun intérêt, en général, à ces questions. S'il existait deux ou trois écoles régionales de gymnastique par lesquelles eussent passé les instituteurs, ou du moins un grand nombre d'entre eux, et un centre supérieur dans un milieu très-éclairé, à l'Ecole de médecine de Paris, ainsi que je le propose plus loin, par exemple, tout serait pour le mieux et l'on pourrait instituer en France une culture corporelle qui doublerait les forces vives de la nation, à très-peu de frais, dans un pays où l'on dépense des millions pour l'enseignement du chant dans les écoles primaires, sans parvenir à faire chanter « la Marseillaise » en mesure. Mais il est à craindre que les puérilités des bataillons scolaires a sédentaires » n'aient longtemps le dessus.

D'autres millions ont été enfouis dans cette ridicule tentative, d'autres le sont pour l'éducation anliesthétique des danseuses aux pieds déformés, aux formes dévastées. Quels bienfaits pourraient réaliser quelques virements intelligents de dépense! C'est par en haut que la réforme doit s'opérer et, je l'espère, s'opérera. Toute lumière vient du soleil. Que les médecins instruits prennent la peine d'étudier les détails de la gymnastique éducative et qu'ils usent de leur autorité ou de leur intluence pour donner à la gymnastique toute l'importance qu'elle doit avoir dans la société, et à son étude tous les développements nécessaires, et peut-être sera-t-il possible de suppléer à notre stérilité collective par notre valeur individuelle.

Divisions du sujet. Diîfimtion. N. Hally avait proposé de réunir sous le nom de cinésiologle toutes les connaissances qui se rapportent aux mouvements, à l'exercice du corps Immain. Cme'sie, cinésilechnique, eussent désigné les mouvements eux-mêmes et leurs procédés (xii/vîfft;, mouvement). Déjà employé dans les sciences d'une façon correcte {acinésie, cinémalhique, cinéthnique) , et d'une façon incorrecte [hinésiatrie , kinésithérapie), ce terme générique eût été d'une grande clarté étymologique rappelant qu'en somme les exercices du corps évoquent nécessairement l'idée de mouvements fonctionnels et non l'idée de nudité : mais jusqu'à présent l'illogique tradition a prévalu.

La gymnastique comprend donc l'étude des exercices du corps en soi et çn vue d'un but déterminé. En soi, ces exercices relèvent directement de la physiologie dont ils forment un cliapitre important ; ce chapitre comporte spécialement la mécanique locomotrice, la musculation et les fonctions végétatives, respiration, circulation.

En vuecVun but déterminé \es exercices corporels doivent être étudiés :

i" Quant à leurs résultats physiologiques, et c'est là la gymnastiijue dans sa partie la plus scientifKjue, la plus essentielle;

2** Quant à leurs résultats thérapeutiques (gymnastique curative, orthomorphie) ;

5" Quant aux résultats esthétiques ou plastiques ;

4" Quant à leurs résultats professionnels : entraînement, aptitudes militaires, athlétique, escrime, natation, équitalion, etc.

L'hygiène individuelle et collective, la pédagogie, la médecine, l'esthétique, l'éducation professionnelle, trouvent donc un intérêt inégal, mais toujours considérable, dans l'élude des exercices coiporels qui comportent un grand nombre d'opérations mentales : le jugement, la décision, la mesure des efforts et des distances, etc.

Le premier chapitre de tout travail sur la gynmastique porte donc sur la cincsie physiologique, qui comprend la mécanique animale et la musculation. U est évident qu'à cette place cette étude ne peut être que très-sommaire, ayant d'ailleurs été faite aux articles Locomotio.n et Muscf^es.

Tout déplacement du corps ou d'une portion quelconque du corps en état d'équilibre suppose une force motrice et un changement dans les conditions d'équilibre. Ce changement d'équilibre entraîne un déplacement du centre de gravité dans la verticale duquel directement ou par les composantes doivent se placer les supports sur le sol. L'équilibre dans les différentes altitudes est donc un premier point à étudier. Du choix des altitudes dépend le ï^yslème d'équilibration et de ce système la valeur de l'exercice. Quant à la force motrice, elle est représentée par les nmscles constitués par des fibres très-élastiques, striées, transparentes pendant la vie, douées de la propriété de se raccourcir et par là même de rapprocher leurs extrémités inséi'ées par les tendons à des leviers solides formés par les os. Ce raccourcissement des fibres musculaires dont les extrémités terminales, les tendons, s'insèrent à des os différents munis d'articulations qui les maintiennent rapprochée, a pour résultat de rendre possible la flexion et l'extension, kl rotation de l'une de ces extrémités sur l'autre et parfois des deux simultanément. Le système des muscles du corps humain com|)rend donc l'existence de forces antagonistes permanentes dont l'équilibre parfait dont l'altitude du repos, d'autant plus complet que la base de sustentation est plus large. Ces forces, ces muscles antagonistes, ne sont point seulement tels par rapport à la direction du

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mouvement qu'ils produisent, flexion ou extension : ils sont antagonistes ou pour mieux dire modéraleurf. pendant la durée même de leur action. C'est ainsi que, pendant la flexion de l'avant-bras sur le bras, opérée par le concours du biceps, son antagoniste extenseur, le triceps bracbial oppose dans les mouvements de quelque intensité une résistance réflexe dont l'effet est d'empêcher une trop grande brusquerie dans le mouvement de flexion.

Aux actions antagonistes et modératrices il faut ajouter ici les actions synergiques {voij. Synergie), qui sont de règle dans les mouvements du corps, et qui représentent le concours de plusieurs muscles associés pour produire un même mouvement.

Les extrémités et parfois même les bords des muscles s'insèrent à l'aide des lendons ou des aponévroses aux leviers osseux qui dans l'économie humaine représentent les Irois genres de leviers dont la délinition dépend des positions relatives du point d'appui, lequel peut être placé : 1" entre la puissance et la résistance (le bassin dans ses mouvements sur la tète du fémur point d'appui; le ])ied soulevé sur les orteils, la résistance au cou-de-pied, l"^' genre); 2" à une extrémité, taudis que la résistance est entre les deux et la puissance à l'autre (cuisse fléchie sur le bassin, 2'' genre) ; 5'' à une extrémité, tandis que la résistance est à l'autre et la puissance entre les deux (flexion de l'avant-bras sur le bras, S** genre).

Les différents systèmes de levier, leur longueur relative et la puissance des muscles moteurs, expliquent en gymnastique le degré relatif de facilité des divers mouvements. En général, les points d'application de la puissance se trouvent au niveau des extrémités supérieures des os longs. La résistance est proportionnelle, toutes choses égales, à la distance de son j.oint d'application au point d'application de la puissance. Le point d'appui est placé d'ordinaire au niveau des articulations; il e^t parfois sur le sol, ainsi qu'on le remarque dans l'élévation du corps sur les orteils; la puissance s'applique à l'insertion du tendon d'Achille, la résistance est à l'astragale représentée par le poids du corps : c'est un levier de second genre.

Les articulations peuvent se diviser en complètes et incomplètes : synarthroses et diarlhroses. Les articulations complètes, les diarthroses possèdent des surfaces articulaires extrêmement variables dont dépend normalement l'étendue du mouvement dont la jointure est susceptible. Ces mouvements sont en effet généralement limités par des obstacles mécaniques tels que l'apophyse olécranienne ou la coronoïde, qui limitent la cavité sigmoïde et s'opposent à un retournement de l'avant-bras : mais les résistances mécaniques sont quelquefois tournées par des échappements latéraux : c'est ainsi que les vertèbres, quand elles supportent un excès de pression sur un point, tournent sur leur axe au lieu de fléchir et usent leurs cartilages dans le sens de la pression. Les mouvements sont donc naturellement limités dans leur sens normal et ne peuvent s'effectuer dans un sens anormal par l'action des muscles. Les mouvements gymnastiques ont donc pour effet de donner au jeu articulaire toute son extension, mais non une extension anormale.

Dans ces conditions, on voit que le jeu des leviers est réglé par deux facteurs principaux : le degré de la puissance motrice et la conformation articulaire.

Des attitudes actives en gymnastique. 11 faut distinguer les attitudes qui comportent un certain degré d'activité des positions qui impliquent le repos parfait. Les deux altitudes principales sont la station et la session [sessere,

sessum) ; on peut y ioimlve comme altitudes passagères l'accroupissenient avec ses nombreuses variétés : le hanclier qui est une station unipètle; la genustatiou; le décubitus est une position, non une attitude. L'importance des altitudes en gymnastique est telle que A. Nicolas a pu dire justement dans son beau travail sur ce sujet qu'elle était « l'éducateur de l'altitude ». Nous décrirons minutieusement l'attitude normale du corps. Les attitudes initiales, celles qui précèdent les commandements d'exercices, doivent être soigneusement indiquées dans leur description.

Un grand nombre d'exercices — cl ce nombre devrait, dans la pratique, être accru, — se composent d'atlitudés •prolongées ; les altitudes de la statuaire antique, le gladiateur, les lutteurs, les discoboles, les équilibres ou les attitudes de l'escrime qu'il faut conserver une ou deux minutes de suite, les muscles bien tendus, la respiration libre, les doigts allongés, forment un choix considérable d'exercices excellents ((ig. 4).

Fiç. i. — Atlilude de l'escrime. A fond.

La station normale [A^stare] donne au corps humain, comme base de sustentation, le polygone formé par la réunion des angles du pied portés sur le sol. On voit que celte base est d'autant plus grande que les pieds sont plus écartés. Quand les pieds sont contigus par leur bord interne, la base de sustentation est à son minimum, et l'équilibre n'est assuré qu'à l'aide d'une succession de contractions musculaires compensatrices dont l'habitude nous laisse inconscients. L'étendue et la force de ces mouvements diminuent dans certaines positions du pied sur le sol. La plus commode de ces positions est celle qui consiste, les talons étant rapprochés, à écarter les métatarsiens d'un angle de 30 degrés environ. La raison en est dans la direction de l'axe des deux articulations du pied avec la jambe, la supérieure et l'inférieure. L'articulation supérieure se fait entre l'astragale et le tibia; son axe horizontal est oblique en dehors; l'inférieure est oblique en dedans et chacune de ces articulations avec le calcaneum jouit de mouvements étendus qui permettent au corps une certaine mobilité en tous sens sur le pied et qui expliquent la très-grande fréquence des déformations acquises du pied, presque toutes dans une même direction, qui représente l'exagération de l'axe oblique en dehors de l'astragale, c'est-à-dire l'inclinaison de l'astragale en dedans (pied valgus) et, par suite, l'aplatissement de la voûte du tarse.

Dans la position intermédiaire à 50 degrés d'écarlement, les diverses directions articulaires sont à peu près compensées. La station verticale exige d'abord l'action simultanée et compensée antagoniste des extenseurs et des iléchisseurs du pied, faute de quoi le corps tomberait en avant ou en arrière, ainsi qu'on le

GYMiXASTlQUt. 8l7

voit chez les ataxii[ues qui ont perdu la sensibilité tactile monitrice des surfaces plantaires. Mats la condition pour ([ue ces muscles agissent et maintiennent les jointures dans la limite de leur champ d'excursion est que le genou soit raidi, les condyles de la face inférieure du fémur presque en équilibre horizontal sur les cavités glénoïdes du tibia. A cet effet, la cuisse doit être maintenue en extension sur la jambe, le fémur bascule légèrement de bas en haut, ce qui porte le centre de gravité du corps qui se trouve situé an niveau de la face antérieure de la V" vertèbre lombaire au-dessus de l'axe ({ui joint le centre du col du fémur et de la cavité cotyloïde au plan langent à la face postérieure de la rotule et au centre de l'articulation tibio-astragaliennc. C'est à l'aide des muscles fémoroiliaqiics et des fessiers, par la combinaisonsynergique de leurs contractions antagonistes, (|ue cet équilibre se réalise. La portion supérieure du corps vient se placer en équilibre pondéral autour de la verticale élevée du centre de gravité, de façon que, si les lombes se sont trop creusées faute de souplesse coxo-fémorale, le dos s'arrondira eu arrière; par compensation la face s'avancera par suite de l'inclinaison anlérieiu'e des vertèbres dorso-cervicalcs, tandis que, finalement, la tète se renversera, plaçant le menton en l'air. Nous représentons ici, dans

Station normale.

P.an vertical.

b. Station anormale.

Fig. S.

/iigLii^^

c. Hancher di'oit.

ces dernières lignes, un cas très-fréquent, quoique anormal. Normalement l'effort d'extension doit être suffisant au niveau de l'articulation coxo-fémorale pour que la 1'''' vertèbre lombaire n'ait pas à s'incliner de beaucoup en avant ; c'est la tète fémorale qui doit venir se placer dans le plan de gravitation et non le centre au-dessus de la tète. En d'autres termes, la courbe lombaire concave doit appartenir à une circonférence de grande dimension et comprendra un angle d'an moins 25 degrés. Plus on a les reins creux (ensellure), plus on a le dos rond, et moins on a d'étendue dans les mouvements de la cuisse sur le bassin. La réciproque est également vraie (fig. 5).

Nous venons de dire que la courbure lombaire à convexité antérieure entraîne la courbure dorsale à convexité postérieure ; ces courbures antéro-postérieures de la colonne vertébrale sont très-rigoureusement compensatrices ; réduites à leur minimum, elles rendent plus facile l'équilibre total, en limitant l'étendue des écarts, et assurent à chaque articulation son champ d'excursion légitime, très- DICT. ENC. i^ s. XL 52

compromis quanil,par un mouvement exagéré, une articulation vertébrale s'enraidit par suite de la diflicultédu retour vers le centre de gravitation. 11 s'ensuit que l'attitude normale de la station est celle dans laquelle la projection du polygone qui circonscrit les parties saillantes du corps, vu de profil, a, toutes choses égales, la moindre superficie.

L'attitude de la tête sur l'atlas est déterminée par l'horizontalité des surfaces articulaires de l'occipital et de l'atlas. Elle est sensiblement représentée par la situation dans un même plan vertical du trou auditif externe et du milieu de l'épaule, de la crête iliaque antéro-supérieure et du centre cotyloïdien (fig. 5). Malheureusement cette attitude normale n'est commune que chez les hommes à professions musculaires actives ou de belle conformation naturelle : aussi n'y a-t-il pas de vertèbres, sauf la dernière lombaire, dont on trouve les surfaces aussi souvent déformées que la cervicale ("Weber), tant l'habitude de mal équilibrer la tête est fréquente.

La ceinture omoplato-claviculaire repose sur les vertèbres cervicales et surtout sur les côtes supérieures, mais elle n'est en équilibre aisé que quand l'omoplate est placée très-près des vertèbres vers le quart postérieur des côtes, région où ces os plats jouissent d'une résistance considérable ; pour peu que les omoplates glissent en avant sur la surface costale plus aplatie, elles les dépriment aisément et favorisent par l'action puissante du tendon du pectoral la déformation du thorax, la voussure dorsale et la saillie huméro-acromiale connue sons le nom d'épaules « en porte-manteaux. » Mais il est facile d'éviter cette déformation par l'habitude et la pratique de l'attitude normale, qui consiste à rejeter les omoplates et l'humérus en arrière en faisant saillir la face thoracique.

L'ensemble de ces conditions réalisé, le corps humain se trouve dans la station verticale la plus économique pour les forces statiques et la plus esthétique (fig. 5 a). L'acquisition de celte attitude habituelle est le premier devoir de toute gymnastique sérieuse. On doit l'exiger des enfants dès l'âge de sept ou huit ans et s'assurer que, placés contre un mur vertical, ils peuvent le toucher aisément de tous les points du corps des talons à la limite inférieure du cou. La seule concavité tolérable est celle du cou à l'occipital. Il convient de laisser les sujets de tout âge dans cette attitude pendant plusieurs minutes (de six à dix). Elle procure aux muscles de l'abdomen un exercice extrêmement efficace pour effacer î'ensellure lombaire. Toute leçon de gymnastique doit donc être précédée de cette altitude. Le maître passera dans les rangs et s'assurera qu'elle est conforme aux préceptes ci-dessus, ce qui lui permettra de vérifier quatre points importants : l'attitude des pieds, celle des lombes, celle des épaules et celle de la tête.

La session n'est en usage que dans la gymnastique médicale et surtout dans la méthode de Ling où l'on fait grand emploi des mouvements imprimés par un gymnaste aux membres supérieurs ou au thorax pendant que le sujet résiste, ou pendant que, tout au contraire, c'est l'aide qui oppose de la résistance. Nous n'en parlons en ce moment que pour recommander d'éviter de creuser les lombes pendant la session, faute de quoi ou produit, plus sûrement encore que par la station, cette déformation grave surtout chez les femmes : les reins creux.

Le honcher, station unipède, est l'attitude habituelle du gymnaste dans les mouvements dits préliminaires. Il faut avoir soin d'exécuter le même nombre de mouvements dans la station hanchée gauche et dans la droite. Chez les iilles et généralement chez les garçons, le hancher droit est plus fréquent et plus

prolongé que le gauche. A lui seul il peut produire une inclinaison du bassin avec abaissement du côté gauche et saillir en avant de ce même coté, ce qui produit le même résultat mécanique que la session sur la fesse gauche d'un usage si universel. Pour que le hancher soit inoi'fensif, il faut qu'il soit également alterné.

D'autres attitudes initiales sont usitées en gymnastique; exemple : un grand pas en avant avec flexion du genou de devant, les deux pieds étant posés à plat, celui de derrière presque d'équerre avec l'autre qui doit èlre droit. Dans les pas, de même que dans la course, le pied ne doit pas rester tel qu'il est dans la station, c'est-à-dire oblique. Il doit se placer presque droit.

Les attitudes considérées comme exercices forment une partie de la gymnastique esthétique fort en honneur en Suède. Le gymnaste Triât a le premier introduit dans ses leçons la pose du gladiateur combattant, qui constitue pour la tension des muscles un excellent modèle. Mais au point de vue de l'art, — autres temps, autres climats, autres mœurs, — la nudité est indispensable pour associer aussi étroitement que l'étaient en Grèce la gymnastique, la sculpture et la musique. Les gardes et attitudes de l'escrime sont aussi fort recommandables.

De la respiration dans les exercices (jyninastiques. La condition préliminaire pour assurer la pleine efficacité des exercices est la possession d'organes respiratoires d'un jeu facile et d'une ample capacité ; au point de vue de l'éducation corporelle, d'ailleurs, ce que nous appelons ici une condition préliminaire ne doit pas cesser d'être le but principal de la gymnastique. Toute la locomotion animale gravite autour des poumons qui sont à la fois des organes importateurs du grand épurateur de l'organisme, l'oxygène, et exportateurs, pour une part importante, des résidus et produits excrémentitiels, suppléant la peau et les reins et réciproquement. Les exercices du corps, activant la circulation périphérique, augmentent la quantité de sang qni, dans un temps donné, traverse le cœur et les poumons; ils augmentent, en d'autres termes, les combustions, et peuvent élever la température du sang de plusieurs degrés. Le phénomène d'échange des gaz, l'hématose s'opère, il est vrai, dans toutes les parties du corps, où le sang circule, mais c'est dans les vésicules pulmonaires terminales que l'oxygène est absorbé. Si à chaque inspiration la quantité d'air absorbée est considérable, les inspirations seront proportionnellement moins fréquentes et V essoufflement sera évité. Quand le nombre des inspirations monte de 1-i à 50 et même à 60 par minutes, le cœur est en plein désordre; les poumons d'une capacité trop faible ne peuvent recevoir le sang des veines pulmonaires et l'hématose reste incomplète.

Je crois avoir été le premier, dès 1859, à faire de la respiration l'élément essentiel, le pivot de tout exercice gymnat-tique. 11 n'en est question dans aucun traité ancien, mais les auteurs contemporains et notamment Démeny, Proust, Yan Gelder, les colonels d'Eslands et Daily, Collineau, un grand nombre d'étrangers, ont adopté ce système. Le docteur A. G. Neumann (de Berlin), qui est de tous les médecins gymnastes allemands le plus remarquable, m'a même fait l'honneur de me dédier son important écrit sur l'art de respirer. Die Athmungskunsl des Menschens (Leipzig, 1859).

Le Manuel de gymnastique, publié par les ministres de l'Iustructiou publique et de la Guerre en 1884, reproduit dans les termes suivants une note que j'avais fournie pour un manuel antérieur en date : « Le développement des organes de la respiration est l'un des buts principaux de la gymnastique scolaire ; il est

820 GYMiXASTlUL'E.

aussi une des conditions essenlielles de la bonne exécution des mouvements; à une ample et facile respiration correspondent on général une circulation régulière et une aptitude considérable aux exercices musculaires; ces qualités diminuent en proportion de la faiblesse des organes respiratoires, il importe donc d'adopler pour respirer la métliode (jue la pratique, de même que la science, nous montrent la meilleure.

(( Rien déplus mauvais (|ue les respirations désordonnées et courtes qui caractérisent l'essoufflemeut et qui sont dues à l'absence de toute règle babituelle. II faut inspirer par le nez, la bouclie fermée ou entr'ouverte, il faut autant que )>ossiblc inspirer lentement et expirer à volonté selon les circonstanecs. Par là on évite l'introduction brus(|iie de l'air fioid dans la cavité liucciile et des poussières atmospbériques dans les broncbes. On utilise les voies natiu'elles eu laissant un cours libre à la colonne d'air introduite et à la colonne de gaz expulsée; enfin, l'arrivée plus lente de l'air inspire permet une utilisation plus complète de la surface pulmonaire dont une partie seulement entre en fonctions quand l'inspiration est buccale, courte et saccadée. On recommandera donc aux élèves dans toutes les babitudes de la vie, mais surtout pendant les exercices, d'inspirer par le nez et d'expirer par la boucbe. Dans les exercices à cadence très-lente, on commandera une inspiration profonde au moment où les bras seront dans l'exlensiou verticale au-dessus de la tète; à la suite des mouvements à cadence rapide, on picscrira également une inspiration profonde qui développe et présente à l'air toute la surl'ace des poumons, par là on é\itera ce qu'il faut constamment cliercber à éviter : V essoufflement ».

Ces quelques lignes contiennent les préceptes les plus essentiels pour la pratique de la gymnastique. On nous permettra de les développer, car nous y attacbons une importance fondamentale. Pour qui n'a ])as compris le rôle de l'exercice mélbodique de la respiration, les bienfaits des exercices corporeis seront toujours inexplicables. C'est autour de cette fonction que gravitent en quelque sorte, je le répète, tous les actes de la vie organique, et il est bien rare que la vie se maintienne ou qu'elle se prolonge dans ses limites légitimes, si la moindre lésion vient à en enlamer l'intégrité. Aussi importe-t-il de donner dès le jeune âge l'iiabitmle d'une ample et facile respiration; cette habitude se conservera durant la vie entière.

Il faut distinguer l'inspiration et l'expiration. La voie normale de l'inspiration est le nez, nous venons d'en donner sommairement les raisons auxquelles il laut ajouter la lenteur et la régularité avec lesquelles les vésicules pulmonaires se dilatent, sous la pression atmosphérique réglée par l'étroitesse relative des orifices et leur longueur.

Au Congres international d'hygiène de 1884. un médecin hollandais fort distingué, le docteur Guye, a formulé sur ce point des préceptes encore plus rigoureux; il veut non-seulement que l'on inspire, mais encore que l'on expire parle nez. C'est, paraît-il, Catlin, le célèbre voyageur américain, qui le premier a formulé le précepte respiratoire : « Si tu termes lu bouche, tu sauveras ta vie », et qui a développé le premier cette thèse que je croyais mienne, qu'un grand nombre de m;dadies sont dues à l'habitude de respirer et de dormir la bouche ouverte. Cassais (de Glasgow), W. Meyer (de Copenhague), Lœvenberg, Ward sont de cet avis. Hufcland a publié et annoté un opuscule du philosophe Kant, dans lequel il développe cette thèse que la volonté peut subjuguer les habitudes et sensations pathologiques de l'organisme, et il donne l'observation prise sur

lui-même d'uue loux rebelle qu'il guérit en s'habiluant à tenii" sa bouche liabituellemont fermée. Guye croit que loul le monde reï^jiircrait par le nez, si, dans renl'auce, les obstacles même légers et passagers qui surviennent accidentellement n'étaient souvent l'origine d'un trouble fonctionnel (|ui persiste après que la cause a cessé d'agir. Aussi a-t il imagine l'occlusion buccale, soit avec la main de la mère, soit avec un bandage exerçant une légère pression sur les lèvres. Le professeur Delstancbe (de Ihuxelles) préfère l'usage d'une mentonnière; un caillou dans la bouclio fait souvent le même office.

On voit (|ue la respiration nasale doit être l'objet d'ime éducation de l'enfance. Quant à l'expiration buccale, je n'y tiens pas absolument; je la crois sans inconvénients ; ce n'est pas l'avis de M. Guye, qui ne lui accorde qu'une valeur de transition; Il veut que l'on expire par le nez. La question mérite de nouvelles observations.

En tous cas, il est élabli que pendant l'inspiration le thorax se dilate et que ses trois diamètres, le vertical, le transversal et l'antéro-postérieur, s'agrandissent eu conséquence du mouvement des côtes qui sont animées d'un mouvement de rotation autour de la colonne vertébrale et de l'abaissement du diaphragme. La quantité d'air que peuvent contenir les |)Ounions varie selon l'âge, la taille ; chez l'adulte, on admet en général qu'à l"',54 de taille con-cspondcnt 2500 centimètres cubes et l'on attribue aux grandes tailles 4000 centimètres cubes et au delà. Pour une moyenne taille, quelle est la quantité d'air (jui entre à chaque inspiration ? On s'accorde à l'évaluer à 500 centimètres cubes, soit un demi-litre. Cet air, nous l'appellerons air courant. Mais le poumon ne se vide jamais complètement, il conserve normalement une couche d'air considérable au sein de laquelle se passent d'une manière ininterrompue les phénomènes deriiématose ; cette couche d'air est égale à environ la moitié de la capacité totale; cnlin entie une inspiration ordinaire et une inspiration profonde il existe une différence quantitative d'au moins moitié. De sorte que l'on peut doubler la quantité d'air qui entre dans le poumon à chaque inspiration ; et ce chiffre peut élre encore augmenté, si, à l'aide d'expirations forcées, on augmente la quantité d'air expulsé. On augmente par suite ou l'on diminue à volonté à l'aide de la gymnastique respiratoire l'intensité des phénomènes chimiques de la respiration, et cela d'autant plus sîirement que la volonté, le repos, l'exercice avec des différents rhylhmes, font varier considérablement le nombre des inspirations.

On évalue à 16 par minute en moyenne le nombre des mouvements respiratoires chez l'adulte dans l'attitude verticale. Mais cette moyenne est relevée sur des chiffres qui présentent des écarts très-sensibles, de sorte qu'elle a bien des chances de ne s'appliquer à personne ; c'est entre 10 et 25 termes extrêmes qu'il faut placer le nombre individuel des inspirations. L'âge, l'altitude, Texercice, les maladies, les habitudes, le modifient sensiblement. En général, à une grande fréquence du chiffre des inspirations répondent des conditions de développement actuel ou de faiblesse maladive, A la naissance, on compte 40 inspirations par minute, et ce chiffre va diminuant avec une certaine régularité. Dans certaines maladies accompagnées de lésions pulmonaires, on compte jusqu'à 60 inspirations par minute, mais alors la quantité d'air introduite à chaque inspiration est proporlionnellement moindre.

Dans la position assise, il fout, de toute façon, que 540 litres d'air traversent les poumons d'un adulte. Celte quantité étant représentée par I, elle varie, selon Smith, cité par Béclard, de la façon suivante :

Dehout l,3ô

Marche modérée i.90

Marche rapide 2,76

A clieval au pas 2,20

— ail galop 5,10

— au troi 4,5

Natation 4,.ïl

Course rapide 7,0

Or, si le nombie des inspirations devait être proportionnel à la quantité d'air nécessaire, dans ces diverses conditions il excéderait en certains cas le temps nécessaire à la contraction et aux relâchements des muscles l'espirateurs. On peut donc suppléer au nombre des inspirations par l'amplitude de l'inspiration. C'est le bienfait essentiel de la gymnastique méthodique. Une expérience de Marey faite à l'Ecole militaire de gymnastique de Joinville l'a démontré : « Le type respiratoire acquis par la gymnastique, dit cet éminent observateur, consiste en un accroissement énorme de l'amplialion de la poitrine et en un notable ralentissement des mouvements Ihoraciques. On jugera de l'importance de ces modifications par les tracés des courbes au moyen de l'instrument que je nomme pneumographe ; chacune d'elles exprime les phases d'une expiration et de l'inspiration suivante. La hauteur des courbes ou amplitude des mouvements est très-sensiblement proportionnelle au volume d'air respiré.

« Après avoir constaté que les sujets entraînés depuis quelques mois avaient, après la course, la respiration plus large et moins fréquente que ceux qui n'avaient pas encore fait de gymnastique, nous voulûmes voir comment se faisait cette transformation. A cet effet, nous avons choisi cinq jeunes hommes qui n'avaient pas pris part aux exercices. Nous avons inscrit la respiration de chacun d'eux au repos, puis immédiatement après une course de GOO mètres faite au pas gymnastique; la durée du tr.ijet fut de quatre minutes environ. Cette première expérience avait été faite le 19 août. Un mois après, nous en fîmes une autre dans les mêmes conditions. Le 21 septembre, le tracé fut pris avant et après la course. Le type au terme de la respiration s'était déjà modifié ; ï amplitude des mouvements Ihoraciques au repos avait plus que doublé. On a suivi de même, de mois en mois, les changements de la respiration des jeunes gymnastes. A travers les petites irrégularités qui s'observent toujours dans les mouvements respiratoires, on voit nettement se dégager l'accroissement de l'amplitude et la diminution de fréquence de ces mouvements. La comparaison des deux groupes de traces montre que dans les premiers temps la respiration s'était notablement modifiée par la course, mais vers la fin des expériences, c'est-à-dire après cinq mois d'exercices, il était à peu près impossible de constater un changement de respiration sous l'inlluence de la course, et pourtant celle-ci était devenue un peu plus rapide. On voit par les tracés que la modification des mouvements est permanente, c'est-à-dire qu'elle s'observe même sur l'homme au repos. Le nombre des respirations s'est réduit en moyenne de 20 à 12 par minute et leur amplitude a plus que quadruplé.

« On peut donc en conclure que ces jeunes soldats, après avoir subi les effets d& la gymnastique, respiraient au moins deux fois plus d'air qu'avant d'avoir été soumis à l'entraînement » {Académie des sciences, 10 juillet 1880).

On verra plus loin quelles sont les modifications subies par la cage thoracique chez 440 sujets placés dans les mêmes conditions.

L'expérience de Marey est fondamentale. Elle montre que l'on peut arriver à réduire le travail mécanique de l'inspiration tout en donnant la possibilité

d'absorber deux fois plus d'air, c'est-à-dire de fournir pour le travail musculaire «ne ration et par suite une force double dans la marche et dans la course. Jourdanet, dans ses belles études sur V Influence de la pression de l'a ir sur la vie de l'honime, a combattu l'opinion trop accrédite'e que la raréfaction atmosphérique pouvait être suppléée par la fréquence des inspirations. Il a établi que l'acide carbonique ex[)iré était en rapport, non avec la fréquence, mais avec la profondeur et la durée des inspirations. Lehman avait d'ailleurs montré que, si un air respiré par 12 inspirations à la minute contient 4,1 pour 100 d'acide carbonique, celui qui serait respiré dans le môme temps par le même sujet par 24 inspirations ayant la même ampleur ne contiendrait plus ce gaz que dans la proportion de 5,5 pour 100. De sorte que pour une respiration double de fréquence la quantité, au lieu d'être également double, ne donne plus pour excédant que la moitié du chiffre qui précède cliaque inspiration. En d'autres termes, si l'on suppose une quantité proportionnelle mensurable pour chaque inspiration à 2,5 pour IQO, une respiration à 12 par minute contiendra 2,5 -f- 1,5 d'acide carbonique; une respiration à 24,2, 5 + 075, c'est'à-dire 5,5 pour 100 {Chi7nie physiologique, p. 548).

D'ailleurs les conséquences d'une ample respiration, si évidentes dans l'état sain, prennent, aux points de vue thérapeutique, prophylactique et orthomorphique, une portée très-étendue que j'ai cherché à démontrer dans mon Mémoire sur l'exercice méthodique de la respiration {Bulletin général de thérapeutique, 1881), dans lequel j'ai analysé 52 observations prises sur des sujets atteints d'étroitesse thoracique et d'insuffisance respiratoire.

Plusieurs écrits, ceux de Sax Junior (1865), de F. Bernard, de Burcq (1875), sur la gymnastique pulmonaire, ont préconisé l'exercice des instruments à vent comme moyen d'éducation respiratoire et de prophylaxie contre la tuberculose pulmonaire; le fait est que Burcq a fait une enquête sur la mortalité par phthisie chez les musiciens des garnisons de Paris et de Versailles, et ({ue le résultat général de ses recberclies est que les musiciens fournissent trois fois moins de tuberculeux que la ti'oupe.

Mais le véritable exercice respiratoire est le chant et la déclamation. Il est extrêmement probable que les nombreuses maladies du larynx qui atteignent les professeurs, les avocats et les orateurs, tiennent le plus souvent au défaut d'éducation de la phonation Elles atteignent les chanteurs beaucoup plus rarement et ceux-ci font cependant un usage bien plus grand de leur larynx. C'est une fâcheuse erreur que de croire que les cris spontanés des enfants sont avantageux; dans les réunions d'enfants, ce sont les cris les plus stridents que l'on imite, ce sont les farces et les singeries les plus ridicules qui ont du succès. C'est de l'enfance que datent fort souvent les voix « éraillées » et les laryngites. D'ailleurs les professeurs crient à qui mieux mieux sans aucun souci de l'intonation et du registre de leur voix.

Amoros a imaginé de faire chanter les élèves en même temps qu'ils exécutaient des mouvements rhythmés. « Le chant, dit-il, est l'instrument de civilisation, de moralisation et de régénération le plus puissant qui existe >; : tant que l'on ne fait que chanter au pas gymnastique sur place, marquant la mesure, la chose n'a pas grand inconvénient, encore que rien ne me prouve que le chant soit corroboré par l'exercice.

Mais, quand il s'agit de chanter pendant la course de vélocité : « Atteignons le cerf rapide », le chant devient ironique, car le vrai moyen de ne pas atteindre

824 GYMMASTIQUE.

cet « animal timide » est ilc dépenser en diaiit l'air emmagasiné qui doit servir à la respiration des muscles extenseurs ci llécliisseurs. D'ailleurs, Âmoros, on l'a vu plus haut, ne voyait dans le cliant qui accompagnait ses exercices (|u'un moyen de moralisalion. Ses élèves, et notamment Laisné {Noie relative à V application du chant aux exercices gijurnastitjnes), persistent dans l'emploi de celte méthode, mais sans donner aucune laison physiologique : toujours la moralité et la vertu. (( La voix humaine, dit Chrislman, a besoin d'être exercée tout autant que les bras et les jambes ». Cebi ne fait pas de doute, mais la voix humaine méiitc être exercée isolément, pour elle-même et pour les poumons, et non pour l'amour de la patrie et au préjudice des muscles.

Toute éducation de la jeunesse conqncndrait d'ailleurs, indépendamment de la gymnastique, une leçon de eliant d'à peu près une heure chaque jour.

L'expiration en vue d'utiliser les forces élastiques et musculaires du poumon et d'assurer le renouvellement de la couche d'air de résidu doit être profonde. Il est probable que la perte de l'élasticité dos vésicules ti^iit en partie chez nombre de sujets à la rareté des expirations étendues. L'expiration et sui'toiit l'expiration forcée peut être buccale ou nasale, mais il n'y a aucun avantage à faire repasser par les cavités nasales un air vicié chargé de vapeur d'eau, de matières organi((ues en décom|)osilion et d'autres substances. La voie buccale est la plus courte, c'est-à-dire la meilleure.

La parole, le ch.Tnt, mesurent exactement chez les sujets exercés la capacité pulmonaire et la force élastique des vésicules, .l'ai décrit, dans le mémoire cité plus haut, un procédé de mensuration qui a été adopté par un savant expérimentateur, iJujardin-Beaumclz; ce procédé consiste à prendre une profonde inspiration et, après s'y être exercé un certain nombre de fois, à débiter l'air en conqitant tout haut. On verra que la cajiacité |)ulmonairo est assez exactement mesurée; chez les sujets atteints de lésions pulmonaires on arrive difficilement à 50. Les sujets sains comptent jusqu'à 40 et au delà, rarement jusqu'à 50. J'ai comparé les résultats ainsi obtenus avec ceux du spiromètre de Dupont et ils m'ont paru identiques. On peut, à l'aide de ce procédé, mesurer sommairement les progrès de ranq)litude respiratoire.

Des différents types de respiration. Il existe trois types de respiration : le premier, qui est propre aux Ruminants et aux Carnassiers, est caractérisé par l'action du diaphragme, c'est-à-dire par son abaissement ; le mouvement élévatoire des côtes est, dans ce type, presque nul, et l'agrandissement de la cage Ihoracique se fait presque exclusivement par le diaphragme.

La respiration est dite alors abdominale. Il n'est pas exact d'avancer que e'est dans ce mode de respiration que s'emmagasine la plus grande quantité d'air.

Dans le second type, eosto-inférieur ou latéral, l'abdomen reste presque immobile, tandis que les côtes inférieures se soulèvent et projettent un peu en avant l'appendice xiphoide. C'est le type attribué le plus ordinairement au sexe masculin.

Le troisième type, ccsto-supérieur ou claviculaire, présente une mobilité manifeste des côtes supérieures, tandis que l'abdomen s'efface par suite de la contraction si nécessaire des muscles droits et transverses qui fixent les côtes inférieures. Des faits cliniques observés dans la paralysie du diaphragme montrent que la région costo-supérieure est apte à un degré de mouvement fort étendu. C'est en effet par le diaphragme que la cavité thoracique s'agrandit le

GYMÎ^ASTIQUE. 82b

plus habituellement, en l'iibsence de toute éducation spéciale; mais le mouvement clcvatoii'c des côtes est au?si nécessaire que l'abaissement du diapbrogme. C'est une erreur de penser, comme semblent le croire les pliysiologi>tes, que la respiration soit, au point de vue mécanique, à peu près fatale. Ils attribuent la respiration abdominale aux lionmies et la res|)iration costo-snpérieure aux femmes. Il n'y a là-dessus rien d'absolu; en tout cas l'usage du corset, en fixant les côtes inférieures, la favorisent. Mais de nombreuses observations sur ce sujet me permettent de conclure que la respiration coslo-sopcrieure, qu'elle soit ou non plus commune chez la femme, e;t de boaiicoup préférable aux deux autres types. C'est à ce type respiratoire que nons devons la légère voussure antérieure de la poitrine cliez les cbanteurs et chez les gymnastes, laquelle contraste heureusement avec l'aplalissenunit de la l'égion tlioracique qui coïncide fréquemment avec la tuberculose pulmonaire et la débilité générale.

L'inspiration costo-snpérieure s'accomplit par l'élévation des côtes et par l'abaissement du diaphragme; ce muscle qni s'insère par ses deux tendons, par ses piliers, sur le corps des trois premières vertèbres dorsales, lend à passer de la forme convexe supérieurement à la forme jilane, mais il ne peut exécuter le mouvement (|uft si ses points d'insertion sont lixés.

Or comment ces points d'insertion, c'est-à-dire les vertèbres dorsales, peuvent- • elles le mieux s'immobiliser? C'est évidemment en limitant leur champ d'extension en avant, c'est-à-dire en exécutant un 'edressement de la conrbure sacrolombaire; de convexe en avant, il faut lendre la colonne aussi recliligne que ])0ssiljlc et la maintenir dans cette attitude. Eli bien, on obtient cette attitude vertébiale par la contraction siamilanée des muscles de l'abdomen, contraction qui, seule, redresse la courbure dorso -lombaire. 11 faut donc, poiu" favoriser la contraction du diaphragme, soulever les viscères abdominaux de façon à fixer le point d'insertion des piliers et à ne pas permettre à la courbure sacro-lombaire de s'accentuer, accentuation qui se juoduit déplorablement dans la respiration dite abdominale. En même temps que l'on respire, il est donc de rèi^le de contracter la paroi abdominale : ou obtient ainsi un maximum d'ampliation verticale et une véritable gymnastique des muscles abdominaux si nécessaires pour maintenir le tronc droit et pour contenir les viscères.

j'ai d'ailleurs démontré, à l'aide du spiromètre et de la numération parlée, que la pins grande quantité d'air s'obtenait par la respiration nasale costosnpérieure.

Les faits exposés dans ce paragraphe justifient la place que j'attribue à la respiration en gymnastique. Je saisis l'occasion qui se présente pour publier une formule de gymnastique respiratoire que j'utilise habituellement dans la gymnastique de chambre.

ExEncrcES libres. Exercices pulmonaires composés. \. Prendre et conserver l'attitude normale décrite ci-ilessus (p. 816) en s'appliquanl contre un plan vertical, de deux à dix minutes plusieurs fois par jour,

2. Les deux bras et les mains étant fortement tendus horizontalement en avant, écarter lentement les bras (abduction) en même temps que l'on penche la poitrine en avant. Rester dans cette position trente secondes. Inspiration nasale profonde... Retour à la position initiale. Expiration profonde; recommencer six fois.

5. Les bras étant abaissés le long du corps, les élever en avant, les doigts bien tendus, très-lentement dans la verticale, paume en dessous, puis en avant.

Inspiration profonde. Descendre lentement sur les côtés du corps, paumes en dessous, en expirant profondément.

4. Exécuter avec les bras des doubles cercles latéraux, d'arrière en avant, de bas en haut, aussi larges que possible, en ayant soin de pencher le corps en avant chaque fois que les bras sont rejetés en arrière et de ne jamais creuser les reins. Le mouvement doit se passer presque entièrement dans les arliculations scapulo-humorales. Inspiration chaque fois qu'on élève les bras, expiration quand on les abaisse.

5. Flexion latérale alternative du tronc, les bras étant en croix.

Effets des exercices sur la circulation et la musculation. A la suit e d'une série de contractions musculaires, on constate une augmentation du nombre des battements du cœur, qui par suite est traversé dans un temps donné par une plus grande quantité de sang : d'où la nécessité d'une plus grande quantité d'air oxydant. Pourquoi les contractions musculaires augmentent-elles le nombre des battements du cœur? On n'a jamais répondu clairement à cette question; la réponse est intimement liée à la connaissance des fonctions du muscle.

L'état d'activité des muscles n'est point uniforme. Quand on se sert du terme contraction, on a en vue le rapprocliemetit des insertions musculaires : mais quel nom donner à l'état de tension et de rigidité du muscle, alors que les insertions musculaires s'éloignent ou demeurent à même distance? On n'y a pas songé, et cependant c'est là un état de fait. Il n'existe pas de contraction musculaire qui ne soit accompagnée d'une élongation des antagonistes, avec ou sans rigidité. Neumann a donné à ce double état le nom de contraction concentrique et contraction excentrique, que nous adopterons faute de mieux, tout en faisant remarquer qu'une élongation (la contraction excentrique) ne peut pas être une contraction.

Or, pendant la contraction concentrique, la masse des tissus divers qui constituent un muscle change de forme. Tout ce qui, dans ces tissus, est élastique et plissable, la fibrille musculaire primitive, le myolemmc, lepérimysium, le névrilème, etc., se plisse; les tuniques des vaisseaux se resserrent, et c'est à l'instant même, au début de la contraction, que se dessine une dilatation veineuse, parfois ampoulaire, quand les veines superficielles sont très-développées ; il se produit une véritable chasse dans le courant veineux provoquée par la contraction et par Y aspiration du vide virtuel thoracique. A ce moment, le muscle respire; le sang que contiennent les artères capillaires ayant accompli ses actesd'oxydation devient noir : c'est là un fait expérimental. L'apport du sang artériel se continue, tandis que la veinosité augmente; la contraction musculaire est donc éminemment résorbante, c'est-à-dire qu'elle active le cours du sang veineux.

Mais la contraction concentrique est accompagnée d'une extension des nuisclesantagonistes, et cette extension peut être associée à une espèce de contraction perpendiculaire à l'axe des fibres qui produit un véritable resserrement; pendant que l'avant-bras fléchit sur le bras, le biceps et le brachial antérieur se contractent, leurs insertions se rapprochent, mais le triceps se durcit et se resserre en s' allongeant. Ici l'acte physiologique du resserrement qui n'est plus la contraction a une action sur les veines sans doute, mais non sur les artères dont les tuniquesrésistent parfaitement à la pression extérieure, de sorte que l'artérialisation n'est point entravée, le calibre du vaisseau reste entier. Je ne sais sur quoi est

fondée l'opinion courante que la circulation est interrompue pendant la contraction du muscle; le raccourcissement des vaisseaux augmente nécessairement le débit sanguin, c'est-à-dire la quantité de sang veineux à cours centripète, mais ne saurait entraver l'abord du sang artériel dans une artère dont la lumière ne peut pas être oblitérée.

Dans la portion de muscle que nous considérons, la circulation centripète est accélérée par l'aspiration pulmonaire et par les diflcrcntes forces qui déterminent le retour du sang vers le cœur. Or il est évident que, si la quantité de sang veineux chassée vers le cœur augmente, le cœur devra, pour s'en délivrer, augmenter le nombre des contractions auriculopulmonaires, et la quantité d'air requise sera proportionnellement augmentée; voilà le cycle accompli; on voit l'étroite connexité de tous ces phénomènes. Si, vers un point quelconque de ce cycle, une défectuosité se produit, toute la série est troublée, mais, si l'on intercale dans cette série les phénomènes respiratoires au sein des tissus, l'augmentation mécanique et physiologique de la circulation lymphatique, l'innervation cérébromotrice plus intense, on n'a pas de peine à comprendre le mode d'action des exercices et Timportance du point de départ de ces actions artificielles : la contraction musculaire.

11 n'est pas besoin de supposer un état de congestion habituelle pour expliquer l'accroissement, et il me répugne d'admettre un rapport direct entre l'état congestif et l'état nutritif; cette vue bizarre adoptée par quelques expérimentateurs à court d'explication ne mérite même pas qu'on s'y arrête, l'état congestif amènera plutôt la destruction des tissus que leur hypertrophie.

L'accroissement des tissus qui participent aux actes locomoteurs sous l'influence des exercices répétés n'est dû qu'à ce simple fait que ces exercices, en raison même de l'intégrité de la circulation du retour, ne permettent, sur aucun point, la formation et l'accumulation des déchets organiques, résult;its de la dénutrition ou d'une évolution nutritive interrompue, ce que Bouchard qualifie de ralentissement de nutrition. En empêchant la formation de ces accumulations interstitielles de produits organiques ou inorganiques, de graisse, de tissus conjonctifs et autres dont l'énumération serait longue, on laisse la place libre, on n'empêche pas les tissus de s'accroître, de même qu'on a augmenté la récolte sans augmenter la quantité de semence quand on a sarclé le champ.

La présence au sein des tissus normaux d'un tissu ou dune humeur, d'un produit anormal ou hétérotopique, est une cause d'arrêt ou de ralentissement de nutrition, et c'est le cas de tous les individus à toutes les périodes de leur évolution, qui ne sont pas suffisamment exercés. Considérons un gymnaste qui a dépassé la mesure légitime de l'entraînemeut, un rameur de Cambridge ou un ouvrier à profession musculaire énergique : à l'aide de quel artifice nutritif a-t-il obtenu ces muscles d'acier, ces reliefs prodigieux et sans grâce accompagnés de dépressions profondes autour des tendons et des insertions musculaires? En sacrifiant tout ce qui n'était pas rigoureusement nécessaire à la musculation purement mécanique et n'incorpoi'ant de l'apport alimentaire que les matériaux azotés. Nos éléments anatomiques se livrent un véritable combat pour l'existence, le genre de vie détermine la forme apparente.

Aussi l'art des mouvements corporels, la cinésie, comme on dit aujourd'hui assez communément, exige-t-il, pour être bien compris, des connaissances trèspositives sur les fonctions organiques et un jugement très-correct sur leur état

relatif. Il est infiniment plus commode et plus facile de prescrire ou juger un médicament que l'Iiabitude formule que de se rendre compte d;m3 les cas particuliers de l'opportunité des exercices et de leur choix. Aussi est-il regrettable qu'un si petit nombre de médecins consentent à se livrer a l'étude de la gymnastique et pas un seul, en France, du moins, à la pratique. Je ne parle ici que de la gymnastique générale, éducative, et non de la gymnastique curative, qui compte un petit nombre d'adeptes qui au titre de gymnaste préfèrent celui de « masseurs )).

Excrétions et sécrétions. L'augmentation en quantité et en vitesse de la circulation péiiphérique, la malaxation de la peau et des glandes sudoripares par le fait même des mouvements delà peau pendant les exercices, la production d'une grande quaiililé de calorique et son rayonnement périphérique, sont autant de causes qui augmentent dans des pro[)ortions considérables la quantité de sueur excrétée et assurent l'élimination do la matière sébacée qui, chez les individus non exercés et bien nourris, séjourne dans la peau ou s'étale en couche épaisse et visqueuse siu* les parties non soumises au frottement du linge. L'action de la gymnasti(pie sur les Innctions cutanées est fiuulamentale. L'excrétion intégrale de la sueur élimine une certaine quantité de chlorures de potassium et de sodium, l'urée, plusieurs acides et même des urates et de la graisse; une quantité d'eau qui, pour aller, après une heure d'exercice, en été, au delà de t)00 grammes, et (pii, dans certaines circonstances, s'est élevée chez quelques sujets jusqu'à 1500 grammes; celte sécrétion atteint habituellement de 200 à 500 grammes, après une heure d'exercice, évite aux reins d'ordinaire surchargés un surcroît de travail, et aux poumons la fatigue de l'élimination d'une grande quantité de vapeur d'eau qui, chez les animaux sans sueur, tels que le cliien, nécessite l'ouverture béante des voies de l'air. Quand on songea la superficie de la peau (|ui, selon Sappey, atteint chez l'adulte i'",50, et au nombre énorme de glandes sudoripares que l'on fixe à 2 millions, on voit quelles ressources énormes nous offre la peau comme voie d'élimination et d'éj)uration. On évalue à 650 grammes d'eau, à 20 grammes de substances solides et à 25 grammes d'acide carbonique par vingt-quatre heures, le poids des excrétions cutanées; c'est sur cette quantité qu'agissent en plus ou en moins les influences niorbigènes ou liygiéniques. Rappelons d'ailleurs la suppléance de ces trois oi'ganes excréteurs : la peau, les poumons et les reins, qui sont constitués, en dernière analyse, par une membrane organisée, humide sur l'une de leurs faces, et qui sépare le sang de l'atmosphère. La peau ne se borne pas à éliminer l'acide carbonique, elle importe de l'oxygène, elle l'élabore, elle respire au sens complet du mot.

C'est sur cet ensemble de propriétés (pi'est fondé l'emploi de l'eau froide et de frictions après les exercices, et c'est à Triât que l'on doit d'avoir, le premier dans les temps modernes, installé les appareils hydrolbérapiques dans ses gymnases. L'antiquité n'avait jamais séparé les deux méthodes.

Quant aux autres sécrélions, nous n'avons aucune donnée expérimentale précise à fournir. Le résultat général de la gymnastique paraît être d'en limiter la production aux nécessités de l'économie. Il est probable qu'il se produit chez les gymnastes entraînés moins de salive, moins de bile, moins de lait, moins de sperme, mais il est certain qu'il se produit et se consomme plus de synovie et plus de sucs gastrique et pancréatique, si l'on en juge par l'appétit et la faculté de digestion des individus soumis à la gymnastique bien réglée. Mais on note souvent l'anaphrodisie, l'anorexie et la dyspepsie, chez les sujets

soumis à l'enlraînemenl du pvigilat, cliez les coureurs comme chez les anciens athlètes; là commence la gymnasti(|ue vicieuse.

Système nerveux. Les gymnastes de l'école de Rousseau et d'Amoros, qu: l'aisaient de la morale, du patriotisme et des vertus humaines, une espèce d'annexé de la gymnastique, n'étaient pas, à vrai dire, très-pratiques, mais ils s'appuyaient sur un principe vrai, c'est qu'au fond les exercices musculaires ne représentaient que les suites d'une opération mentale et d'une conduction spinale. C'est ce que Un Bois-Reymond a e\])rimé d'une façon très-pittoresque dans une conférence Sur l'exercice oii ce mot est employé dans les sens les plus variés, depuis celui d'hahitude jusqu'à celui d'hérédité. « Il est liicile de prouver, dit-il, que les exercices du corps, la gymnastique, l'escrime, la natation, l'équitatioM, la danse, le patinage, sont plutôt des exercices du système nerveux central du cerveau et de la moelle épinière que des exercices musculaires. Sans doute, ces exercices exigent un certain degré de force musculaire, mais on peut se représenter un homme ayant des nmscles conmie l'hercule Farnèse et qui soit cependant incapable de se tenir debout, de marcher et à plus forte raison d'exécuter des mouvements plus compliqués. Pour cela, il faut simplement le suj)poser privé du pouvoir d'ordonner et de coordonner ses mouvements d'ime l'açon convenable, de le chloroformer ou de l'enivrer comme l*olyphènie.

«i: Cet exemple prouve clairement, si une démonstration était nécessaire, que chaque acte de notre corps considéré comme appareil des mouvements repose plutôt sur une coonération régulière des muscles que snr l'éneigie de leur raccourcissement. Pour exécuter un mouvement composé, par exemple, un saut, il faut que les muscles se mettent à agir dans une succession convenable et que l'énergie de chaleur en particulier augmente, persiste, ce-se d'après une loi déterminée, ahn que le résultat soit une position déterminée des membres et

une vitesse déterminée du centre de gravité dans la direction convenable On

a des raisons d'admettre qu'en général le muscle normal obéit ponctuellement au nerf et que ses contractions sont déterminées à chaque instant par l'état d'excitation du nerf dans un moment immédiatement antérieur. Or, comme les nerfs eux-mêmes transmettent seulement les impulsions [)rovenant des cellules ganglionnaires motrices, il est évident que le véiitable mécanisme des mouvements composés a son siège dans le sy>tème nerveux central. Par conséquent, s'exercer à de pareils mouvements revient, au fond, à exercer le système nerveux central. Celui-ci possède celte qualité précieuse que des séries de mouvements qui ont fréquemment lieu dans son sein d'après une loi déterminée se reproduisent facilement dans le même ordre, augmentant, diminuant d'intensité et s' enchaînant régulièrement, aussitôt qu'une impulsion de la volonté le demande. Tous les exercices corporels énumérés plus haut ne sont donc pas seulement une gymnastique des muscles, mais encore et spécialement une gymnastique des nerfs, si, pour abréger, nous entendons par nerfs le système nerveux tout entier » (trad. in Revue scientifique, 1880).

Ces considéi'ations assez exactes deviennent fantaisistes par suite d'une amplification paradoxale tout à fait germanique et d'une application aux arts; — il n'y a plus que les nerfs en effet, et l'on nous apprend que Raphaël né sans mains n'en eût pas moins été un grand peintre. PiécemmentCh. Feré, dans une communication à la Société de Biologie (4 avril 1885), a établi par une série d'observations curieuses que l'énergie musculaire est en rapport avec l'activité du système

nerveux, mais il paraît confondre plusieurs phénomènes distincts, quand il avance que le travail psychique pur qui ne s'accompagne d'aucune dépense de mouvement, l'audition d'une leçon, par exemple, est celui qui développe le plus l'énergie musculaire. Bien plus, ce physiologiste prétend que la leprésentation mentale et l'exécution même d'un mouvement sont également capahles d'accroître l'énergie musculaire. C'est ne tenir aucun compte de l'état du muscle lui-même qui devient une « quantité négligeable. » Si Du Cois-Reymond n'est pas dépassé, il est atteint. Oui, les mouvements gymnastiijuessont des Sv^ERGIES, et nous avons développé cette notion à cet article du Dictionnaire. 3Iais on peut très-bien dissocier pour l'étude des éléments à peu jirès inséparables dans la fonction. Dès 1805, d'ailleurs, nous avions soumis à la Commission de gymnastique un mémoire que Ilillairet a analyséavec quelque exactitude et avec la plus grande bienveillance dans son rapport magistral présenté au ministre en 1866 (p. 48). Ce mémoire, qui a été égaré, reposait sur l'idée fondamentale que le maximum des elfets à atteindre de la gymnastique dépendait du deçivé d'association des actes cérébraux aux actes musculaires. Yoilà pourquoi les exercices, la force et l'adresse, sont intimement liés aux notions d'espace, de durée, de force, de pression, de résistance, et que, finalement, il n'y a pas plus de mouvements sans action cérébrale qu'il n'y a de pensée sans langage. Allons plus loin dans cette comparaison et disons que la pensée est d'autant plus étendue, d'autant plus complète, que le langage est plus parfait, de même que notre jugement est d'autant plus sûr que nos sensations et nos actions nous ont donné des impressions plus exactes. C'est ce que Cabanis bien avant Du Bois-Ueymond avait clairement mis en lumière. « On sait, a dit justement Cabanis, qu'une bonne éducation physique fortifie le corps, guérit plusieurs maladies, fait acquérir aux organes une plus grande aptitude pour exécuter les mouvements commandés par nos besoins. De là plus de puissance et d'étendue dans les facultés de l'esprit, plus d'équilibre dans les sensations. De là les idées plus justes et les passions plus élevées qui tiennent au sentiment habituel et à l'exercice régulier d'une erande force, »

 ce point de vue, la gynmastique éducative nous apparaît avec de très-vastes horizons. Associer l'éducation corporelle à l'éducation mentale; coordonner les actes du cerveau et ceux des muscles de la vie organique, comme de la vie de relation, et, pour entrer dans le détail précis, enseigner toutes les notions concrètes, celles du nombre, de la durée, de l'espace, les mensurations, le système métrique, l'anatomie, la physiologie, au gymnase, en plein air, dans les champs, dans les bois, partout ailleurs que dans l'air méphiticjue d'une classe, quelle puissante réforme, quelle transformation des esprits et des corps dans le présent, dans l'avenir! iMais, quand on songe que l'effort éducateur considéré comme le plus glorieux de notre temps a été de confiner dans des salles plus ou moins spacieuses, plus ou moins aérées, enfants et adolescents de cinq à vingt ans, dix, douze et même treize heures par jour, assis! on mesure avecelfroi la distance à parcourir pour en revenir aux notions si judicieuses de l'éducation grecque.

En résumé, outre l'influence histologique sur le système nerveux qui participe comme tous les autres appareils et tissus aux bienfaits d'une circulation plus parfaite, d'une respiration plus complète et d'une nutrition plus régulière, les exercices gymnastiques ont la propriété de cultiver les synergies des cellules ganglionnaires qui, après avoir eu lieu souvent dans une succession déterminée, « se reproduisent maintenant delà même manière, avec une très-grande facilité,

s'enchaînant, s'arrétant, recommençant comme les sons dans une fugue artislement arrangée » (Du Bois-Reymond, loc. cit.; cf. Daily, De l'influence de la première éducation sur l'évolution iiitellectuelle. In Annales médico-psychoL, 1878).

Résultats physiologiques d'ensemble des exercices. Pour plus de clarté, nous dirons ici quelques mots au point de vue de la croissance. 11 serait fort erroné de supposer que dans notre civilisation l'enfant croît naturellement selon les meilleurs modèles. Eu dehors de ceux que le hasard d'une heuieuse parenté d'exemples excellents ou d'une éducation intelligente, n'a point façonnés, trèspeu offient une conformation irréprochahle. La cause en est, en général, dans l'inégalité du développement fœtal des diverses parties du corps et dans leur usage précoce. Il est vrai que les retards partiels dans l'état d'évolution fœtale se rattrapent très-rapidement, mais à la condition de ne pas avoir de trop bonne heure soumis les membres à l'exercice, lequel profitera toujours à la région la plus développée au détriment de l'autre. C'est ainsi que la luxation coxo-fémorale ditJ congénitale n'est qu'infantile dans la très-grande majorité des cas, et que le pied plat congénital résulte le plus souvent, même quand il est d'origine ethnique, comme chez les juifs, de la précocité de la marche chez des enfants dont le cerveau et le tronc sont plus développés que les membres inférieurs ou que l'un d'eux. Il me paraît donc de toute nécessité de relarder, autant qu'on le peut, le moment si désiré des mères où l'enfant peut marcher, et il est bien rare qu'il soit prudent de l'y engager avant l'âge de quinze mois! Avant l'âge de huit ans la gymnastique ne peut avoir pour applications que la mise en rang, en file ou peloton, la marche et la course modérée. Il faut apprendre aux enfants à marcher en surveillant l'attitude des pieds et en veillant à ce qu'ils ne marchent pas le ventre en avant ou le dos arrondi. Rien ne serait plus salutaire que d'habituer les enfants dès cet âge à exécuter un certain nombre de mouvements d'ordre, à marcher et à courir par sections, en mettant en pratique les principes d'inspiration nasale. Mais il paraît que c'est trop demander, car cela ne se fait nulle part. Le chant constitue aussi un excellent exercice pulmonaire, mais il doit être exécuté en dehors des autres exercices. Les sauts et les appareils de suspension doivent être réserves pour un âge plus avancé, de dix à douze ans.

Toutefois il est des cas où l'on ne saurait trop recommander la gymnastique, même très-active, à des enfants très-jeunes; ce sont ceux où la croissance s'opère avec une grande intensité, alors que les jeunes sujets offrent à huit ou neuf ans des tailles de 120 ou 125 centimètres. Rien ne retarde mieux la croissance en hauteur que les exercices gymnastiques pratiqués avec quelque énergie. On voit alors les enfants grossir, la distance bi-acromiale augmenter et les circonférences thoraciques et musculaires s'accroître, tandis que la taille reste slationnaire. Il s'opère évidemment une répartition nouvelle des éléments nutritifs de l'économie. L'expérience montre souvent aussi que le repos est nécessaire aux enfants qui paraissent relardés dans leur croissance, et rien ne favorise mieux que l'exercice la soudure prématurée des épiphyses. Il y a donc là une véritable contre-indication [voy. Croissance).

Il faut cependant faire remarquer qu'il y a en tout ceci une question de mesure. Par exercices gymnastiques j'entends surtout parler de ceux qui prennent chaque jour une heure ou deux consécutivement, mais non de ces simulacres d'exercice dont l'ensemble ne dépasse pas vingt minutes ou une demi-heure, deux ou trois fois par semaine. De ceci il ne faut parler que pour demander que

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l'on y renonce, parce que la cause de la culture corporelle est par cette prétendue gymnastique gravement compromise, les résultats étant nuls. C'est l'opinion unanime des hygiénistes qu'une heure au moins doit être consaciée chaque jour à la gymnasti(iue, indépendamment des uiarclios et des courses obligatoires du jeudi {voy. le Rapport de la section d'hrjcjiène [Conc/rès de Rouen, 188ô|, et le Rapport de la Conimisxion de l' hygiène scolaire, ïSSi), mais dans un avenir peu éloigné on pourra demander plus et obtenir que la moilié du temps de l'école soit consaciée aux travau\ ci exercices corporels. Il est insensé de demander aux jeunes sujets plus de six à huit heures au maximum de travail mental.

Celte condition réalisée, le premier ciTet des exercices gymnastiques consiste en une augmentation de la capacité respiratoire et de la circonférence thoraciquc, encore (|ue tes deux valeurs n'aient pas nécessairement une relation directe entre elles.

Le second résidiat, également Irès-manifosle, est un accroissement dans l'étendue des mouvements dos articulalions complètes telles que le bras, la hanche, le cou-de-picd, etc. La colonne vertébrale participe à cette extension dans une mesure notable, et tel qui conservait ses lombes en extension, même pendant la llexion du tionc par les hanches, voit au bout de quelques jours qu'il lui est possible de toycher le sol sans fléchir les jarrets. Chez nombre d'individus et même d'cnlants, le mouvement d'élévation veilicale du bras se passe au niveau de l'angle supérieur de l'omoplile et cet os est entraîné dans le mouvement, sans indépendance, do telle sorte que la tête humérale, bien peu maintenue cependant, se meut inconqjlélement dans sa cavité. D'autres, surtout les jeunes filles et les femmes, marchent en se tortillant les reins de façon à suppléera l'insuffisance du mouvement coxo-fémoral par le mouvement lombau'e. La gymnastique rétablit dims le mécanisme les proportions normales de mouvement. La loi à cet égard, loi dont les gymnastes doivent tenir le plus grand compte, est que, quand dans une jointure quelconque un mouvement est diminué, il s'opère dans une jointure voisine un mouvement excessif qui conduit à l'usure des surfaces et à la défoiinalion. L'augmentation de la densité du lissu musculaire et l'élimination presque complète, chez les gymnastes entraînés, des tissus et produits inlermédiaires, est. aussi des plus remarquables. Lorsque l'entraînement par la gymnastique est poussé trop loin, il ne reste plus guère aux gymnastes que des muscles avec leurs tissus fibreux et leurs nerfs, des vaisseaux et des os; cet état, fort avantageux à quelques égards, n'est pas sans inconvénients; dans la période de retour h l'état de repos relatif les muscles viscéraux, le cœur elles vaisseaux, conservent unétatmusculeux hors de proportion avec l'état des autres musciesqui ont repris uneceitaine proporliou de tissu conjonclif et de graisse, de sorte qu'il n'est pasraïc de trouver des athlètes qui, vers l'âge de quarante-cinq ans, deviennent obèses avec un cœur hypertrophié et des artères dont la couche musculcuse se contracte trop énergiquement pour les besoins locaux. C'est là un fait d'observation. Mais, s'il nous éclaire sur les inconvénients de la gymnastique alhlélique, il nous montre les avantages de la gymnastique non athlétique, quand il s'agit d'éviter l'encombiement organique des tissus, qui est le grand vice du régime contemporain, en dehors des agriculteurs et de quelques professions manuelles au grand air, que l'on rencontre au plus haut point dans les professions intellectuelles; le docteur Chassagne, dans un travail auquel j'ai collaboré, a publié un tableau qui montre l'énorme supériorité physique des

conscrits à profession rurale sur les conscrits urbains. Ainsi la circonférence tiioracique examinée à ce point de vue s'est trouvée être en moyenne de 91 chez les premiers et de 86 chez les seconds; elle s'abaisse à 85 chez les sujets à professions intellectuelles (Chassagne et Daily, Influence de la gymnastique sur le développement de f homme, 1881, p. 50).

Dans ce même travail qui repose sur 10 000 observations anthropométriques ou dynamométriques relevées à l'École militaire de gymnastique de Joinvillele-Pont, nous avons exposé les résultats obtenus par des élèves-gymnastes qui ont fourni chacun 16 mensurations diverses à leur entrée et à leur sortie de l'école, après cinq mois d'exercices gymnastiques conformes pour tous et généralement excessifs, eu égard surtout à un régime alimentaire peu varié et insuffisant. Ces résultats sont consignés dans des tableaux qui eonlienneut les proportions pour 100 des individus qui ont augmenté, diminué, ou qui sont restés stalionnaires à l'issue de cinq mois d'exercice; voici l'un de ces tableaux, le plus important, sans doute, de notre travail :

CincONFÉRENCE

THORACIQCE BI-MAMMAlRE.

MOMBIIK

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