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féminine de quatorze à soixante ans. Or, sur 1000 femmes libres de cet âge nous Irouvons que, dans la pe'riodc 1834 à 1839, 98 deviennent mères, et 91 seulement dans la période suivante. Cliez les esclaves ces chiffres sont plus faibles encore ; ils croissent du moins d'année en année pendant la période 1840 à 1847 (64 en moyenne dans la deuxième période, contre 86,1 pendant la troisième). Les mariages d'ailleurs ne sont nombreux, ni dans la population libre (17 en moyenne de 1834 à 1840; 20 de 1840 à 1847), ni surtout parmi les esclaves (à peine 1 sur 1000 femmes mariables en moyenne de 1854 à 1859, 2 pendant la période suivante). Tout cela n'était pas de nature à faire espérer un relèvement de la population dans l'une ni dans l'autre catégorie sociale; les renseignements qui nous sont fournis sur la mortalité ne sont pas beaucoup plus encourageants. Pendant la première moitié de celte deuxième époque, la mortalité ne varie pomainsi dire pas. Ainsi, de 1851 à 1859, on compte 50 décès annuels pour 1000 habitants libres, et 53 de 1840 à 1847 ; dans la population esclave, sur 1000 individus on compte d'abord 20, puis 50 décès annuels. Les deux chiffres tendent donc à se rapprocher. La natalité d'ailleurs ne compense qu'à peine le déficit. De 1831 à 1859, elle dépasse la mortalité dans l'un et l'autre groupe, mais elle est dépassée à son tour dans la période suivante : dans ces conditions, si la population continue à s'accroîlre, il est évident que celte augmenlation, bien faible, il est vrai (44, puis 20 pour 1000), est due à l'immigralion.
Au point de vue où nous sommes placés il nous paraît bien inutile de faire ressortir l'accroissement progressif de 1840 à 1847 de la population libre aux dépens de la population esclave : c'est là un fait d'ordre politique que nous n'avons aujouril'hui, je pense, nul besoin d'étudier. Il nous suflit de faire ressortir les faits les plus saillants constatés dans l'étude que nous venons de faire de la deuxième époque de l'histoire démographique de la Guadeloupe : augmentation de la population par rapporta l'époque précédente et accroissement progressif pendant l'époque actuelle; prépondérance marquée de l'élément féminin; natalité élevée de la population libre, 55 pour 1000; assez faible de la population esclave, 25 pour 1000; faible nombre des mariages de la population libre, 6 pour 1000; rareté extrême dans la population esclave, à peine 1 ou 2 pour 1000; enfin mortalité de 31 pour 1000 de population libre et de 25 pour 1000 sur les esclaves : différence assez difficile à expliquer, à moins que l'on n'admette que beaucoup de décès d'esclaves n'aient pas été enregislrés.
Il n'échappe à personne que les groupes considérés dans l'étude qui précède sont loin d'être des groupes naturels et des unités anthropologiques. Aux trois catégories de la première époque , les blancs, les esclaves et les affranchis, dont la première, du moins, correspondait à une division ethiiographiijue, ont succédé les deux groupes suivants : les libres, qui comprennent h la fois les blancs et les affranchis de plus en plus nombreux, et les esclaves dont le nombre décroît lentement. Il n'est donc plus possible de tirer de l'étude de ces groupes les renseignements qui résulteraient de l'étude des mouvements d'une population homogène. C'est là évidemment le motif de la réserve extrême dont sont empreintes les conclusions du travail de Rey. Il savait d'ailleurs tout aussi bien que Dulroulau (art. Antilles) les erreurs auxquelles on est exposé quand on manie des statistiques réunissant des nombres que les intérêts peuvent avoir altérés, en inspirant des déclarations inexactes. Tout le monde comprend fort bien, par exemple, que les propriétaires, qui payaient l'impôt par tète d'esclave, pouvaient être fortement tentés d'alléger leur charge en falsifiant les déclara-
lions. Nous suivrons l'exemple de nos prédécesseurs, et des faits qui viennent d'être relevés nous ne retiendrons que le suivant, qui nous paraît avoir une grande importance, c'est que la comparaison de la natalité et de la mortalité, soit dans chaque groupe, soit dans l'ensemble de la population, nous montre ■que Cftte population ne s'est pas accrue par ses propres forces, même pendant cette période de paix et de prospérité qui s'étend de 1854 à 1847 ; et cependant on constate un faible accroissement, mais il ne peut résulter que de l'immigration. On sait, en effet, que la traite n'a cessé qu'en 1845 et qu'elle a été tout aussitôt remplacée par l'immigration des travailleurs libres engagés sur la côte d'Afrique. Ainsi, pendant une des périodes les plus prospères de son existence, la population de la Guadeloupe ne trouvait pas en elle-même la force d'accroissement que doit posséder tout groupe ethnique dans les conditions normales d'existence; elle ne se soutenait qu'à la faveur d'une immigration continue,
La troisième époque étudiée par [tey comprend vingt-huit années comptées de 1848 à 1875 inclusivement; il l'a subdivisée en cinq périodes quinquen- «nales, plus une période formée des trois années 1875, 1874, 1875. Depuis le décret d'abolition de 1848, il n'y a plus d'esclaves, tout le monde a les mêmes droits et les mêmes devoirs, tout homme est citoyen français. Ainsi que le fait très-justement observer Rey, la statistique gagne en exactitude, les fimsses déclarations dont nous parlions tout à l'heure ne sont plus à craindre, mais la démographie y perd en ce que, toute distinction ayant disparu, il est désormais impossible d'apprécier la part qui revient à chacun des trois éléments dont se compose celte population, à savoir : les blancs, les noirs et les métis, dans les fluctuations diverses qu'elle va subir. Une étude minutieuse de ces mouvements généraux serait donc sans utilité pour nous, attendu que ce que nous cherchons à connaître, c'est précisément l'avenir réservé à chacune des races en présence, en nous basant sur sou passé. Quoi qu'il en soit, il est bon d'en avoir une idée générale. Pendant les vingt-cinq premières années, de 1848 à 1872, le chiffre total de la population demeure à peu près stationn;iire : il est d'environ 150 à 152 000; ce n'est que pendant la période triennale 1875 à 1875 qu'une ascension notable se produit, la moyenne de ces trois années fournit le -chiffre de 141000 habitants. Le nombre relatif des hommes tend à s'accroître il est en moyenne de près de 92 hommes pour 100 femmes, au lieu de 90 pour 100 pendant l'époque précédente. Il faut évidemment en chercher le motif dans l'immigration qui se continue pendant toute la période, introduction d'Africains ou d'Indiens. La population, sous le rapport de l'état civil, se répartit comme l'indique le tableau suivant, qui permet la comparaison avec l'état des choses en France :
En. France. ....
A la Guadeloupe chacunedecdS catéj;ories est conslilude comme suit
ENFANTS