FEMMES
ENFANTS
TOTAL
Créoles blancs
— métis
— noirs
MoYEiNNES
Ce qu'il faut surtout noter dans ce tableau, c'est d'abord le nombre moindre des enfants créoles blancs, puis le nombre relativement élevé des adultes de ce groupe par rapport aux deux autres catégories, enfin l'élévation du nombre des enfants métis comparé à celui de chiicun des deux autres groupes. Les deux premiers faits ainsi relevés sont en rapport avec cette autre constatation que, de tous les immigrants, ce sont les Européens qui amènent le moins de femmes (25 seulement pour 1000 hommes), tandis que les Africains en apportent 496 et les Indiens 253.
Quant aux naissances et aux décès dans chaque groupe, nous n'avons aucun moyen de les distinguer. Nous n'avons pas non plus la possibilité de comparer le nombre moyen des naissances à la portion de la population apte à les produire ; nous ne pouvons rapprocher ce chiffre que de celui de la population âgée de plus de quatorze ans. Le rapport ainsi obtenu est nécessairement trop faible, il vient à 44,6 naissances pour 1000 personnes âgées de plus de quatorze ans ; il doit être probablement de 45 à 46, supérieur par conséquent à celui de la France qui est de 42, inférieur à celui de l'Angleterre qui monte à 61.
Nous n'avons de renseignements ni sur la proportion des mort-nés, ni sur celle des illégitimes. Si l'on suppose, avec Rey, que chaque union matrimoniale donne de 3 à 4 naissances légitimes, on peut vaguement inférer, en comparant le nombre annuel des naissances à celui des mariages, que le chiffre des naissances illégitimes s'élève, année moyenne, à 1000 environ, c'est-à-dire au quart, à peu près, des naissances légitimes, proportion effrayante de 250 naissances illégitimes pour 1000 légitimes, qui mettrait la Guadeloupe au-dessous delà Bavièie (237 pour 1000), mais qui ne paraît pourtant pas trop exagérée, quand on réfléchit au petit nombre des mariages célébrés chaque année.
C'est encore à M. Walther que nous devons quelques renseignements sur la proportion des naissances par rapport au sexe. Pendant les neuf années comprises de 1856 à 1864, il a compté 4081 naissances dont 2057 garçons et 2044 filles, soit 497,5 naissances masculines et 502,5 naissances féminines pour 1000 naissances, ou, sur 1000 naissances féminines, 990 naissances masculines. C'est encore une anomalie d'assez mauv.tis augure, car partout où la population croît le nombre des naiss.mces mâles excède le nombre des naissances féminines (France, 1])55 garçons pour 1000 filles; Angleterre, 1045 pour 1000; Belgique, 1067 pour 1000). Enfin, c'est au même auteur qu'il faut demander
la répartition des décès suivant les sexes. La proportion est inverse, les décès masculins sont plus nombreux que les féminins (558 contre 442 pour 1000 décès). En France, la proportion est de même sens, mais elle est moins forte : on com[ite 504 décès masculins pour 496 décès féminins. Toutes ces constatations ne sont pas rassurantes. L'excédant des décès sur les naissances pendant la plupart des années de l'époque considérée, la prédominance des naissances féminines, rapprochée de l'excès des décès masculins, sont autant de signes graves du peu d'éneigie productive de la population, qui semble pourtant s'accroître, mais qui ne le fait que grâce à un apport constant. C'est, avec plus d'évidence, ce que nous avions constaté déjà à la fin de la deuxième époque qui se termine à l'abolition de l'esclavage.
Si nous n'avions envisagé qu'un petit nombre des années qui ont suivi ce grave changement social, nous pourrions être tenté de croire que les faits constatés sont encore les conséquences de Vinstitution aboheeu 1848, mais, en suivant d'aimée en année ou d'une période quinquennale à l'autre la marche des données fournies par les statistiques officielles ou dues à l'initiative privée, on voit qu'il s'agit bien de faits permanents et durables. L'examen de ce qui s'est passé depuis l'époque de la publication de l'intéressant travail de M. Rey ne fciit que confirmer ce que nous venons d'apprendre. Une période de vingthuit ans s'est écoulée, les institutions se sont modifiées, les mœurs elles-mênifs ont changé de caractère et l'influence politique est passée des mains des uns aux mains des autres. Les choses se sont-elles modifiées pour cela ? C'est ce que nous allons rechercher.
Le travail de Rey comprenait, de 1848 à 1875 inclusivement, cinq périodes quinquennales, plus une période de trois ans. En nous appuyant comme lui sur les Tableaux de population, etc., publiés par les soins du Ministère de la marine et qui vont jusqu'à l'année 1882, nous avons pu prolonger ses tableaux pour une période de sept années. Mais, pour rendre les comparaisons à la fois plus commodes et plus utiles, nous avons cru devoir emprunter au travail de notre devancier ses trois dernières années, ce qui nous a permis de constituer deux nouvelles périodes quinquennales de tout point comparables aux précédentes. Or ces deux périodes nouvelles nous permettent de constater d'abord une augmentation considérable de la population totale qui de 150 726, moyenne de 1868 à 1872, s'est élevée à 154 756, moyenne de 1878 à 1882. Mais, il faut le dire, cette augmentation ne paraît pas due à la force productive de la population, puisque la moyenne de la mortalité de cette période décennale (29,1) dépasse la natalité moyenne (28,6) correspondante. 11 faut donc de toute nécessité que cette augmentation résulte de l'introduction dans la colonie d'éléments venus de l'extérieur. Le nombre des hommes a augmenté par rapport à celui des femmes, au lieu de 90 hommes pour 100 femmes, il y en a 96. La répartition suivant les âges est sensiblement la même pendant les trois périodes quinquennales qui s'écoulent de 1868 à 1882. La natalité a progressivement diminué, elle est tombée pour la dernière période quinquennale à 27,4, chiffre inférieur même à celui de la période 1865 à 1867, marquée cependant parla grande épidémie de choléra de 1865. Le nombre proportionnel des mariages est allé en diminuant : il est au 6 pour lOOu de population générale pendant les trente-cinq années écoulées depuis 1847, il n'est plus que de 3 pour 1000 dans la dernière période décennale.
Les statistiques qui viennentd'ètreétudiées comprennent les chiffres d'ensemble recueillis sur toutes les îles du groupe géographique que nous avons défini au
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