GROSS
«ROSMAiN'rv (Les deux).
Grosniann ou Grossniann (Georg-Just-Philipp). Né à Biedenkopf (Ilesse- Darmstadt), le 21 octobre 1762, d'une lamillede pharmaciens, suivit d'abord la même carrière, puis, après a\oir exercé la pharmacie dans diverses officines, se rendit en 1781 à Giessen dans le but d'étudier la médecine et fut reçu docteur en 1786. H devint, en 17tJ(), médecin des bailliages de Biedenkopf et de Gladenbach et exerça son art, en particulier les accouchements, avec succès dans cette dernière ville. Il y mourut le 8 septembre 1794. On a de lui, outre sa thèse inaugurale {Diss. de nialo hysterico. Giessse, 1786, in-4»), divers articles sur des sujets de médecine dans le Baldinyers iieues Magazin et des articles de critique littéraire dans les Maimer yelehrter Anzeiger.
Grosniann (IIeinrich). Pharmacien et médecin, né à Boehlen (Schwarzburgïiiidolstadt), le 27 juin 1745. Après avoir servi comme élève dans diverses ofticines, il commença en 1770 l'étude de la médecine à Gotlingue, puis fut reçu docteur à Butzow en 1777 et devint médecin pensionné ù Boiizenburg. Un connaît de lui, outre sa thèse (Diss. de principiis morbonim recte cognoscendis et curandis , in-4'»), un Mémoire sur le camphre inséré dans le Hamburg. Magaz. L. Hn.
GROSS (Samuel-D.). Chirurgien américain, né à Easton, en Pennsylvanie, le 8 juillet 1805. Il commença ses études médicales dans sa ville natale sous la direction de J.-K. Swift, puis les continua à Philadelphie sous celle de Mac-Glellan. Enfin il prit le degré de docteur en 1828, au Jefferson Médical Collège, et se fixa à Philadelphie. Il consacra ses premiers loisirs à la traduction de plusieurs ouvrages français et allemands. Deux ans après avoir été reçu docteur, il publiait déjà un ouvrage original intitulé : Anatomy, Physiology ami Diseases, of the Bones and Joints (Philadelphia, 1850, in-8''). 11 passa alors à Easton, puis en 1833 fut nommé démonstrateur d'anatomie au collège médical d'Ohio, à Cincinnati ; deux années plus tard, il fut élu professeur d'anatomie pathologique au même collège; il fit là le premier cours d'anatomie pathologique professé aux États-Unis et écrivit à la même époque (1830) son second livre : The Eléments of Pathological Anatomy. Il passa ensnile à Louisville pour y occuper pendant dix ans la chaire de chirurgie. Il fut appelé peu après à la même chaire à l'Université de New- York, mais n'y resta qu'un an et revint professer à Louisville jusqu'en 1856, époque où il accepta la chaire de chirurgie à Philadelphie.
Là Gross fonda, peu après son arrivée, la Société pathologique de Philadelphie dont il fut le premier président. En 1867, il fut élu président de l'Association médicale américaine. 11 visita l'Europe pour la seconde fois en 1872; dans ce voyage l'Utiiversilé d'Oxfoi-d lui conféra ses grades honorifiques, exemple que suivit Cambridge en 1880, Edimbourg le 17 avril 1884, enfin l'Université de Pennsylvanie le 1" mai 1884. En 1876, il fut élu président du Congrès international de médecine de Philadelphie ; en 1880, il organisa l'association chirurgicale américaine qu'il présida jusqu'en 1883. Il mourut à Philadelphie, le 6 mai 1884.
Gross était membre d'un grand nombre de sociétés savantes américaines et étrangères. 11 a fait connaître un grand nombre de procédés opératoires nou-
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veaux. Le premier, il inaugura et pratiqua la suture de la clavicule avec le sternum ou l'acromion dans la luxation de cet os ; la suture nerveuse et tendineuse; l'opération destinée à la cure radicale des hernies par la suture des bords de l'anneau ; une opération particulière pour la guérison des névralgies chez les personnes âgées ; une modification de l'opération de Pirogov, etc. Le premier, il a décrit la prostatorrhée.
Tout le monde connaît son ouvrage capital, le System of Surgenj, Pathological, Diagnostic, Therapeutic and Operative (Pliilad., 1859), monument élevé à la chirurgie. La sixième édition de cet ouvrage a paru à Philadelphie en 1882.
Nous mentionnerons pprliculièrement de Cross :
I. The AiialoDty, Phyxioloç/ij and Discases of l/ie Boues and Joints. Philadelphia, 1830, in-S". — II. Eléments of Pal/wlogicai Anatoiny. Boston, 1859, 2 vol. in-8° ; i"* édit. Philad., 1H4.5, in-8°. — III. An Expérimental and Critical Impnry into the Nature and Treatvient of Woundi of the Intestines. Phiiad., 1843, in-8* (quarante ans plus tard il publia un autre ouvrage sur le même sujet). — IV. A Praclical Treaiise on the Diseuses, Injuries and Malformations of the Urinary liladder. Piiilad.,. 1851, in-S"; 5^ édit., ibid., 187G, in-8". — V. On the llesults of Suryical Opérations in Malignant Diseases. Phiiad., 1855, in-8°. — VI. A Practical Treaiise on Foreign Dodies in the Air Passages. Phiiad., 1854, in-S". — VU. Ilislory of Kenlucky Surgery. Phiiad., 1854, in-S". — VIII. Lives of Eminent Physicians and Surgeons of the Xineleenth Century. Phiiad., 1861, in-i". — IX. A Manual (if Mi/ilanj Siagciy, etc. Phiiad.. 18(51, in-lG. — X. Ilistory uf American Médical Literature from 1770 to the Présent Time. Phiiad., 1876, in-8°. — XI. A Century of American Su7'gery. Phiiad., 1876, in-8°. Etc. (Voy. sur Gross une notice dans New-York Med. Eecordy lOmai 188i, p. 541). L. Hs.
GROSSESSE [gestation, graviditas, Schwangerschaft, Pregnancy)- § I. Physiologie. La grossesse est l'état fonctionnel particulier dans lequel se trouve la femme pendant toute la durée du développement de l'œuf humain. Avec Stoltz, nous pensons que depuis longtemps on aurait dtj renoncer au mot banal et ambigu de grossesse pour le remplacer par celui plus scientiflque de gestation, mais, l'usage du premier ayant prévalu, nous nous conformerons à la tradition.
Notre définition diffère sensiblement de celle donnée jusqu'à présent par les auteurs classiques. Ces derniers assignent dans leur définition, comme terme ultime de la grossesse, l'expulsion du produit de conception : or il résulterait de cette manière de voir que, dans les cas de grossesse extra-utérine avec rétention de l'œuf, la grossesse chez certaines femmes durerait toute la vie. D'autre part, même dans la grossesse utérine, le fœtus peut mourir et séjourner plus ou moins longtemps dans l'utérus, et il se produit alors dans l'organisme maternel des phénomènes absolument différents de ceux qu'on observe pendant le développement de l'œuf normal.
Au moment oîi l'imprégnation des deux germes (ovule mâle et ovule femelle) a déterminé la fécondation (voy. Fécondation), la grossesse commence, c'està-dire qu'il va se développer chez la femme une triple série de phénomènes relatifs : 1° aux modifications si complexes qui surviennent dans l'organisme tout entier; 2" au développement du fœtus; 5" à la formation des organes de connexion et de nutrition, dits annexes du fœtus.
Nous nous occuperons surtout ici des modifications imprimées à l'organisme maternel [lar le fait de la fécondation, renvoyant pour la connaissance du développement du fœtus et de ses annexes aux articles Embryon, Fœtus, Pla.- CEJNTA, etc.
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Avant d'aborder l'élude de ces modifications, nous croyons utile de rappeler brièvement les divisions scolastiques de la grossesse.
Autrefois, on divisait la grossesse en grossesse vraie et en grossesse fausse Pajot s'est élevé avec raison contre cette division : « la grossesse est ou n'est pas » ; si elle n'est pas, c'est consacrer une erreur de diagnostic que de continuer à l'appeler du nom de fausse grossesse. Il y a des erreurs possibles pour tous les médecins, mais il n'y a pas défausse grossesse.
Tous les auteurs adoptent la division suivante : grossesse utérine et grossesse extra-ulérine : la première, ainsi appelée parce que l'ovule fécondé se développe dans la cavité utérine; la seconde, parce que l'oeuf se de'veloppe en dehors de l'utérus.
La grossesse utérine est dite physiologique, normale, bonne, naturelle, par opposition à la grossesse extra-utérine, qui est toujours pathologique. On l'a subdivisée elle-même en simple et composée ou multiple. Elle est simple, quand' l'utérus contient un seul fcftus, ce qui est la règle dans l'espèce humaine; composée ou multiple, quand l'utérus contient plusieurs fœtus, ce qui est l'exception, et, dans ces cas, la grossesse est appelée, suivant le nombre des fœtus, gémellaire ou double, triple, quadruple, etc.
Que la grossesse utérine soit simple ou composée, elle n'est pas toujours physiologique, auisi que tendrait à le faire croire celte division. Ainsi, pour n'en donner qu'un seul exemple, lorsque les organes de connexion et de nutrition se développent sur le segment inférieur de l'utérus, quand il y a, en un mot, ectopie placentaire, la grossesse est bien utérine : mais est-elle physiologique? Assurément non.
Nous croyons donc utile d'adopter la subdivision suivante : grossesse utérine physiologi(iue et grossesse utérine pathologique.
Enfui, la grossesse peut se développer sur un organisme malade antérieurement ou le devenant pendant le cours de la gestation, mais indépendamment d'elle : ce sera pour nous la grossesse compliquée.
Il résulte de cet exposé que nous étudierons successivement : 1° la grossesse utérine physiologique simple; 2" la grossesse utérine composée ou multiple;. 5° la grossesse utérine pathologique; 4" la grossesse extra-utérine; 5° la grossesse compliquée.
De la. grossesse utérine physiologique simple. La grossesse utérine physiologique simple représente le véritable type de la gestation en général. Les phénomènes dont elle se compose ou qu'elle provoque reparaissent dans tous les autres genres de grossesse avec des variations qui consistent plutôt dansl'intensité que dans la diversité de leurs manifestations sensibles. En un mol, l'histoire complète de la grossesse utérine physiologique simple constituera un véritable critérium auquel on pourra rattacher tout ce qui se rapporte à la connaissance des grossesses, de quelque nature qu'elles puissent être (Pajot).
L'organisme est .profondément modifié pendant la grossesse, et la science enregistre chaque jour de nouveaux faits qui font supposer que, chez la femme enceinte, il n'y a peut-être pas une seule fibre, une seule goutte de liquide qui n'éprouve quelque modification (Tarnier). Malgré ces modifications si nombreuses et si profondes, il est absolument inexact de dire que la grossesse est une maladie de neuf mois. Nous dirons, avec le professeur Tarnier, que la grossesse constitue un état physiologique par excellence.
Modifications de Vorganisme maternel pendant la grossesse. Ces modi-
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fications sont locales et générales, c'est-à-dire que, si on les observe plus prononcées sur l'appareil génital, elles n'en retentissent pas moiits sur les autres appareils et sont d'autant plus intenses que les organes sont plus intimement liés à la fonction de reproduction. De plus, elles sont anatomiques et physiologiques, ou organiques etfonclionnelles. IVous allons exposer d'abord les modifi- ■cations de l'appareil génital, puis ensuite les modifications des autres appareils; enfin nous étudierons les signes et le diagnostic de la grossesse, la durée de la grossesse et l'iiygiène de la grossesse ou des femmes enceintes.
Modifications de l'appareil génital. L'utérus, organe gestateur, subit les transformations les plus nombreuses et les plus importantes.
Afui de n'omettre aucun détail et pour mettre de l'ordre dans l'étude de ces changements, nous étudierons successivement les modifications de l'utérus survenant : i° au niveau du corps de l'utérus; 2" au niveau du col.
Modifications du corps de l'utérus. Il n'est pas difficile de comprendre que le corps de l'utérus, dont la cavité reçoit l'œuf fécondé et le conserve jusqu'à ce qu'il ait atteint sa maturité, soit le siège de transformations multiples et profondes. Le corps de l'utérus subit donc pendant la grossesse des changements de volume et de capacité, de forme, de consistance, de poids, de situation, de direction, de position, de rapports, de structure et de texture.
Augmentation de volume et de capacité. L'utérus, au- moment de la fécondation, présente déjà une hypertrophie de ses parois et, par cela même, une -augmentation de volume. L'accroissement des dimensions de l'organe gestateur continue pendant toute la durée de la grossesse. Pour comprendre combien ce développement expansif est considérable, il suffit de jeter un coup d'oeil sur le tableau ci-dessous qui indique les principales dimensions de l'utérus à l'état de vacuité et de l'utérus à terme :
UTLIlls A l'kTAT de VACUITÉ. UTÉRUS GRAVIDE A TERME.
Diamètre vertical ou la plus ^'rande
longueur de l'organe 65 millimètres. 575 millimètres (Pajot).
Diamètre transversal dans la partie la
plus large t,\ — 26i — —
Diamètre antéro- postérieur dans la
pallie la plus épaisse '25 — 213 — —
Suivant Levret [Art des accouchements, t. I, p. 509, ô*" édition) :
« La matrice, telle que nous l'avons fait graver à la lettre a (flg. 5) de la première planche (qui représente une matrice en vacuité), a, réduction à part, 10 pouces ou environ de superlîcie, et celle numéro 9 (qui représente une matrice à terme avec toutes ses parties) en a 539, en sorte que leur différence est, à peu de chose près, comme i est à 21 5/16.
« Le contenu du plus grand vuide delà matrice a peut être évalué à 11/14 de pouce cube ou au poids de 4 gros 15 grains, à raison de 72 livres pour le pied cube d'eau.
« Le contenu de la matrice numéro 9 peut être aussi évalué à 408 pouces cubes d'eau, ce qui fait 17 livres eu tout, tant pour l'enfant, ses eaux, le placenta et ses membranes.
K La différence du vuide de la matrice a est par conséquent à la matrice numéro 9 comme 11 est à 17 150, ou à peu près comme 1 est à 1557 pour les pouces cubes, et pour les poids de ces mêmes pouces cubes comme 1 est à 544, mêmes fractions négligées.
« Enfin le solide de la masse seule de la matrice a est d'environ 4 pouces 1/2
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cubes, celui de la matrice numéro 9 de 51 pouces, en sorte que la raison de la plus petite matrice à la plus grande est à peu près comme 9 est à 102 ou comme 1 est à \\ 1/5. »
Ainsi que l'ont fait justement remarquer Yelpeau, Dubois et Desormeaux, ces rapports sont trop élevés et Levret, d'ailleurs si exact, paraît ici avoir établi ses calculs plutôt d'après les deux figures qu'il a fait graver pour démontrer le mécanisme de la grossesse que d'après la nature, car l'évaluation du contenu de l'utérus à 408 pouces cubes ou à 17 livres d'eau se trouvera en général trop forte; l'ensemble du fœtus, du placenta, des membranes et du liquide amniotique, ne présente pas un poids aussi considérable. D'après Simpson, la capacité de la cavité utérine cbcz une femme multipare est, avant la conception, de 2 à 5 centimètres cubes et de 6 à 8 litres au terme de la gestation; mais cette dernière évaluation est exagérée et, en moyenne, cette cap;icité ne dépasse pas -4 ou 5 litres- La dilatation de l'utérus varie d'ailleurs avec le volume de l'enfant et la quantité de liquide amniotique. Deux causes concourent à la production de cette augmentation de volume ; la distension passive ou mécanique des parois utérines et leur hypertrophie. La distension des parois utérines est sous la dépendance du développement de l'œuf et joue le rôle de principal facteur dans l'augmentation de volume. Avec Dubois et Pajot, nous ferons remarquer que cette distension passive ne se produit pas d'une façon uniforme au niveau de toutes les régions du corps de l'utérus. L'expansion se fait surtout au niveau du fond de l'organe. C'est surtout, disent Dubois et Pajot, en comparant le peu d'élévation de ce fond au-dessus de l'orifice des trompes dans un utérus même de multipare non enceinte, avec le même fond chez la femme arrivée à terme, qu'on est frappé de l'agrandissement excessif de cette région. Le fond seul fournit environ un tiers des dimensions totales, le canal tubaire se trouve alors à peu près au niveau de l'union du tiers supérieur avec les deux tiers inférieurs du diamètre vertical, situation qui contraste singulièrement avec celle des mêmes organes dans l'état de vacuité. Vers la fin de la grosseses le segment inférieur présente à son tour une expansion plus ou moins irrégulière, et qui est en rapport avec l'engagement du pôle fœtal inférieur dans l'excavation. Nous reviendrons du reste sur ce point.
Cet accroissement excessif du volume de l'utérus se produit graduellement depuis la fécondation jusqu'au terme de la gestation.
Pour donner une idée de la marche de cet accroissement, nous allons donner les tableaux dressés par Cazeaux et Farre, dans lesquels sont indiquées les dimensions de l'organe aux différentes époques de la grossesse.