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D'après cette description, la température semble n'être pas, en Guinée, sous
l'influence immédiate de la marche apparente du soleil. Le soleil passe deux fois au zénith de Grand-Bassam : une première fois le 3 avril. A ce passage peuvent être attribuées les fortes chaleurs d'avril et du mois suivant. Le second passage a lieu le 9 septembre. Or le mois de septembre est précisément le plus froid de toute l'année. Pendant tout le temps que le soleil s'éloigne vers le nord, du 3 avril au 21 juin, puis pendant tout le temps qu'il se rapproche du parallèle de Grand-Bassam, la température baisse d'une manière continue. Ce n'est qu'après septembre, alors que le soleil s'éloigne dans le sud, que la température devient ascensionnelle pour arriver à son second maximum en décembre, c'est-à-dire précisément au moment où le soleil est le plus éloigné, où ses rayons tombent le plus obliquement sur le sol, où les journées sont les moins longues. Nous ne pouvous entrer ici dans l'analyse des causes produisant cette apparente anomalie; elle trouve son explication dans le régime des vents et des pluies de cette partie du globe.
Sous le climat du Gabon et de San-Thomé, on observe encore la quadruple oscillation signalée pour le nord de la Guinée. C'est en juillet que la température est la plus basse. Elle s'élève le mois suivant, se maintient d'une égalité remarquable pendant les quatre mois de septembre à décembre, s'infléchit légèrement en mars, pour atteindre assez rapidement, en avril ou mai, son plus grand maximum, puis elle baisse jusqu'en juillet.
Ces divers mouvements de la température sont mis en évidence dans la planche ci-contre empruntée à notre livre sur les Maladies du Sénégal. Ils sont très-faibles, si on les compare aux oscillations constatées dans les latitudes plus élevées. A la Côte d'Ivoire, la différence entre le mois le plus chaud (avril) et le mois le plus froid (septembre) n'est que de 5", 2. Au Gabon la différence entre les mois extrêmes est encore moindre, elle n'est que de 2°,1. On voit que, sur toule la côte delà Guinée septentrionale, la température est constamment chaude et que les oscillations sont des plus faibles. L'uniformité de la température est la caractéristique de ces climats; elle ne contribue pas peu, par sa désespérante monotonie, à agir défavorablement sur l'état sanitaire des Européens. Cette uniformité est encore fortement accusée par l'examen de la marche de la température dans une même journée. L'oscillation diurne moyenne est, au Gabon, de 3 degrés, et jamais la différence entre les extrêmes d'un nyclhémère ne dépasse 10 degrés.
Les températures extrêmes observées à la côte de la Guinée septentrionale sont loin de présenter l'exagération de celles que l'on constate en Sénégambie. Les minima ne s'éloignent que peu et rarement de 25 degrés et les maxima de 28 degrés. Au Gabon 21», 8 et 31 degrés ont été les extrêmes absolus de l'année 1870. A la Côte d'Ivoire on a observé un minimum de 15 degrés à Grand- Bassam (Legrain); à Fernando-Pô, un minimum de 13°,7 (Iglesia y Pardo). On a cité un maximum de 35 degrés comme observé en septembre 1851 à Grand- Bassam. Ce n'est que tout à fait exceptionnellement que cette température peut être observée dans cette locahté sur un instrument bien exposé. Pendant un séjour de vingt-six mois, nous n'avons jamais vu la température dépasser à Dabou 51 degrés.
Tout ce que nous venons de dire, relativement à la température, s'applique à la Guinée septentrionale. Saint-Paul de Loanda est le seul point de la Guinée méridionale dont nous possédions des observations. Les moyennes données dans le tableau ci-dessus relativement à Loanda montrent que sous le 8" parallèle
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la température moyenne annuelle 23°, 8 est la même qu'à Corée vers le 15'^ parallèle nord. La marche annuelle de la température est symétrique à Loantia de celle de Corée. Il n'y a plus dans cette région qu'un seul minimum annuel et qu'un seul maximum. Les écarts entre les températures moyennes mensuelles atteignent 6 degrés.
Vents. Les alizés de l'hémisphère nord n'atteignent pas la zone dans laquelle se trouve la Cuinée. Cette région est dans la zone équatoriale dite des calmes et des vents variables. Cependant, malgré la dénomination donnée par Maury aux vents de cette partie du globe, rien n'est plus régulier que le régime des vents de la Guinée. Ils prédominent d'une manière très-nette dans une direction qui ne varie que de l'ouest au sud-ouest, pendant environ huit mois de l'année. Pendant les quatre autres mois, les calmes sont nombreux; les vents de sud-ouest alternent avec des vents de terre qui sont nord -est à la côte septentrionale du golfe et sud-est à l'extrémité méridionale du golfe, au voisinage de l'équateur.
Il existe, sur toute la côte, une alternance quotidienne fort régulière entre les vents de mer et les vents de terre. Ces brises, dues à l'inégale rapidité avec laquelle s'échauffent ou se refroidissent l'océan et le continent, sont surtout marquées entre les deux saisons des pluies, mais elles existent toute l'année, malgré la prédominance des vents de sud-ouest qui l'emportent en durée et en ■énergie, à l'époque des pluies où ils souillent comme une véritable mousson. La brise de mer survient dans l'après-midi. Elle dure jusque vers huit ou neuf heures du soir. Vers dix heures du soir surviennent les brises de terre ; elles sont peu fortes et soufllent du nord-est au nord du golfe et du sud-est dans le voisinage du Gabon : ce sont les vents de la nuit ; ils cessent à neuf ou dix heures du matin. Dans les intervalles qui séparent la cessation et le commencement de ces deux vents opposés, il fait calme. La durée des calmes varie selon l'époque de l'année. Les vents du large sont plus énergiques que ceux de terre. Ces derniers font fréquemment place au calme peu après le coucher du soleil.
Les propriétés des vents, au point de vue sanitaire, sont modifiées par la constitution du sol des pays qu'ils balaient. Venant de terre ils portent au large les vapeurs empestées des marécages. Ainsi à Lagos, à Grand-Bassam, à Wydha, des navires de guerre de notre flotte ont ressenti, à plus d'un mille de distance, l'influence de ces miasmes. Parfois ces vents sont non-seulement malsains, mais portent au large une masse d'air blessant l'odorat. Pour les navires mouillés sur la côte, les vents de terre sont toujours les plus malsains. Pour les comptoirs européens comme pour les navires, les brises de mer sont ordinairement les plus salubres. Cependant la situation des localités peut modifier cet état de choses : ainsi les vents du large, traversant, avant d'arriver aux lieux habités, des lagunes dont ils entraînent les effluves vers l'intérieur, peuvent être plus dangereux que les vents de terre. C'est ce qui arrive à Assinie, à Wydha, à Porto -No vo.
Au mois de janvier 1862, nous avons pu constater, à Dabou, le funeste effet des vents de terre. L'alternance des brises du large et des vents de terre fut mal marquée. Les brises du large arrivaient à peine au poste, et nous pûmes noter une série continue de cinq jours de vents de terre. Ces vents eurent sur la petite colonie d'Européens, de la santé desquels nous étions chargé, une action des plus fâcheuses. Ils coïncidèrent avec une véritable épidémie de fièvres paludéennes du plus mauvais caractère, aucun homme ne resta debout.
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Tous les Européens furent plus ou moins atteints. Une invasion d'une nuée de moustiques indiquait le passage de ces vents sur des régions boisées et maré-
cageuses.
La fraîcheur relative des vents de terre soufflant le matin précipite en un brouillard épais la vapeur d'eau. La sécheresse des vents de terre n'est en rien, en Guinée, comparable à celle de l'harmattan du Sénégal.
La prédominance des vents de l'ouest au sud-ouest, dans la Guinée septentrionale, rend en partie compte de l'inversion des saisons, par rapport à celles du reste de l'hémisphère nord. Les vents qui régnent avec force sur ces cotes viennent de l'hémisphère sud et, par conséquent, sont chauds quand le soleil est dans cet hémisphère et, au contraire, frais et en même temps plus énergiques quand le soleil se trouve dans le nord. De là les étés plus froids que les hivers malgré la situation géographique de la contrée. C'est à la prédominance des vents de la mer que la Guinée du nord doit les pluies qui l'arrosent presque toute l'année.
Les observations de Loanda montrent que la zone située vers le 8" parallèle sud n'appartient déjà plus aux climats équaloriaux, mais aux climats tropicaux. Pendant huit mois les vents soufllent du sud et du sud-est, direction des alizés de l'hémisphère sud, vents qui se rapprochent beaucoup plus de l'équateur que les alizés de l'autre hémisphère.
Pluies. La Guinée est située sous l'immense anneau de nuages qui, d'après Maury, entoure le globe dans sa zone équatoriale. Aussi le ciel est-il presque continuellement nébuleux et n'offre jamais la pureté du ciel des régions où soufllent les alizés. Quatre années d'observations de la nébulosité, faites à San- Thomé, montrent que cette nébulosité, estimée en chiffre de 0 à 10, est en moyenne de 8 et ne varie, d'un mois à l'autre, que de 7 à 9. C'est-à-dire que les huit dixièmes de l'horizon sont ordinairement couverts de nuages. Les vents dominants soufflent de l'océan : aussi la Guinée est-elle fortement arrosée toute l'année. Les mois les plus secs comptent eux-mêmes presque toujours un certain nombre de jours pluvieux. Les pluies jouent un rôle prédominant dans l'insalubrité de ces côtés. Là, mieux que partout ailleurs, on peut du^e, avec Michel Lévy, que « la rareté ou l'abondance des pluies est en rapport avec la tolérance du pays pour la vie humaine. » Ce sont les pluies qui jouent, dans la distribution des saisons, en Guinée, le rôle le plus important.
Les documents que nous avons pu réunir, relativement aux pluies de la Guinée, sont dispersés un peu partout, la plupart sont inédits : aussi croyonsnous utile de résumer, dans le tableau ci-contre, les principales données que nous avons recueillies sur ce sujet.
D'après ce tableau, les pluies sont abondantes partout, excepté dans la partie de la Guinée située au sud de l'équateur. Les irrégularités que signalent, d'un point à un autre, dans le régime général des pluies, les chilTres de ce tableau, proviennent de circonstances locales. C'est dans le fond du golfe et au Gabon que les pluies sont les plus abondantes et les plus fréquentes. Les quantités \arient de un demi-mètre à près de 5 mètres. Les plus grandes avei'ses sont toujours observées à la suite d'orage. Les quantités d'eau recueillies en vingtquatre heures ont pu atteindre la hauteur d'une couche de 60 à 70 millimètres au Gabon, et de 120 millimètres à Fernando-Pô. Au lieu d'être par grandes averses, la pluie tombe parfois d'une manière continue pendant une semaine, ainsi que nous avons pu le constater à Dabou. Malgré le nom de saison sèche donné à une
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partie de l'année dans ces régions, il est bien rare d'observer un mois sans pluie. La verdeur continuelle du sol, la richesse de la végétation, trouvent leur explication dans la continuité et dans l'abondance de l'eau météorique autant que dans la constance d'une température élevée. Le sud de la Guinée méridionale présente, au contraire, un caractère de sécheresse très-marqué. La rareté et le peu d'abondance des pluies y rendent le sol aride et très-analogue à celui des rives du Sénégal. ALoanda, la pluie fait délaut pendant près de quatre mois, d'avril au commencement d\ioùt. La quantité totale d'eau tombée en J878 n'a atteint qu'une hauteur de 145 millimètres. 11 est rare qu'au Sénégal la quantité d'eau tombée dans une année soit aussi faible. Nous manquons complètement d'observations sur la côte de Mossamédès qui doit être plus desséchée encore que celle d'Angola et de Benguéla. La neige blanchit les sommets des montagnes de Gamérons aux mois de septembre et d'octobre.
Orages. Les orages sont extrêmement fréquents dans toute la Guinée septentrionale. On a compté annuellement 47 orages à Assinie, 66 au Gabon, CO à San-Thomé, sans compter les orages fréquents dans les montagnes de cette dernière île. Les orages surviennent le plus souvent dans la soirée ou dans la nuit, ils sont parfois précédés du curieux phénomène des tornades que nous avons décrit en parlant de Sierra Leone {voy. ce mot). La foudre fait, cha(|ue année, d'assez nombreuses victimes à la côte des Esclaves où tous les villages possèdent un temple dédié au tonnerre (Feris). Dans ses récits pleins d'exactitude, G. Bosman cite des cas de chute de la foudre sur les postes d'Elmina en 1651, de Gormantin et d'Acra, en 1694. Un grand nombre d'arbres furent foudroyés par un orage, en 1691, aux environs du poste d'Axim. Nous avons vu des arbres foudroyés dans les forêts d'Assinie et dans les environs de Dabou.
Saimns. Pour les régions situées entre les tropiques, la division en saisons météorologiques portant les noms des quatre saisons astronomiques ne présente aucune importance locale. Depuis longtemps, on a divisé l'année, sous ces basses latitudes, en saison sèche et saison des pluies ou hivernage. Au voisinage des tropiques, cette division de l'année en deux grandes saisons est nettement tranchée. La saison sèche est la plus longue. A mesure que l'on se rapproche de l'éqaateur thermique, la durée de l'hivernage va en augmentant et celle de la saison sèche en diminuant. Puis il arrive un moment où le milieu de l'hivernage devient d'abord moins pluvieux, enfin en continuant à descendre vers l'équateur on voit l'hivernage se diviser en deux parties, séparées par une petite saison sèche. il résulte de cet état des choses que, si dans les climats tropicaux il n'y a que deux saisons, l'une sèche, l'autre pluvieuse, sous les climats éqiiatoriaux il y a quatre saisons : deux saisons sèches et doux hivernages. Maury a le premier donné une explication théoiique de ce dédoublement de l'hivernage, au voisinage de l'équateur. Cependant il ne faudrait pas croire que sous l'équateur géographique ces quatre saisons aient une égale durée. Toujours les hivernages empiètent sur la saison sèche qui est venue les séparer. La brève durée de cette dernière lui a mérité le nom de petite saison sèche. C'est au Gabon, c'est-à-dire sous l'équateur géographique, à la limite extrême de la Guinée septentrionale, que cette petite saison intermédiaire présente la plus grande durée, et dans le nord, à la Côte d'Ivoire et à la Côte d'Or, qu'elle est la plus courte. Le tableau suivant montre comment l'aimée se divise en saisons aux deux extrémités de cette longue côte :
GUINEE.