‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.47Chapitre 78 sur 126 · AD GABON · texte numérisé non relu

AD GABON

Première on pelilc saison j Demi-janvier. sèche 1 . . . 1 Demi-levi-ier.

( Demi-février.

Premier ou petit hiver- 1 Mars.

nage j Avril.

\ Demi-mai.

/ Demi-mai.

\ •'"'"• Seconde ou grande saison } ]y^\u^,^

■"''''"'' / Août. '

[ Demi-septembre.

[ Demi-septembre.

, , ■ \ Ocloln-e.

Second ou grand hiver- Novembre.

««f'''" / Décembre.

. Demi-janvier.

On voit que la durée des périodes de sécheresse qui séparent les deux hivernages n'est pas la même aux deux extrémités de la côte de la Guinée septentrionale. Une différence de 5 degrés en latitude, apporte de grandes modilications dans les époques auxquelles commence et se termine chaque saison. La première saison sèche est la plus longue à la Côte d'Ivoire, et la plus courte au Gabon. La seconde saison sèche est la plus petite à la Côte d'Ivoire et la plus grande au Gabon. Dans les deux localités, la petite saison sèche présente non-seulement une plus fi-ùble durée, deux mois ou parfois un mois seulement, mais encore il y a des années où les deux hivernages empiètent tellement siu' celte courte saison que cette dernière disparaît presque complètement. A la Côte d'Ivoire, le mois d'août et quelquefois celui de septcubre peuvent compter un grand nombre de jours pluvieux. On a alors un long et unique hivernage de huit mois, commençant en avril et se terminant à la lîn de novembre. Au Gabon, en 1870, la petite saison sèche a complètement manqué et l'année s'est composée d'un hivernage de huit mois commencé au milieu de septembre et terminé au milieu du mois de mai suivant.

La grande saison sèche, sans avoir la sécheresse de la saison du même nom au Sénégal, ne manque jamais. Elle correspond comme époque à notre hiver à la Côte d'Ivoire et, au contraire, à notre trimestre d'été au Gabon. A Fernando-Pô, les saisons se distribuent comme à la Côte d'Ivoire ; la petite saison sèche s'accuse à peine par une légère diminution des pluies en juillet et août.

On comprend que, telle étant la division des saisons aux deux extrétiiités de cette côte, sur les points intermédiaires, les saisons présentent une distribution intermédiaire à celle que nous avons indiquée pour ces deux localités. La grande saison sèche tend à se montrer d'autant plus vers le milieu de l'année civile que l'on se rapproche du Gabon. Il en résulte que les navires de guerre que leur service appelle sur la côte et qui sont pendant deux années consécutives chargés de la surveillance de ce vaste territoire et de la répression de la traiie des esclaves peuvent, en échelonnant convenablement leurs stations, suivre la saison pendant laquelle les pluies sont rares et l'état sanitaire favorable aux équipages européens.

Il ne faudrait pas se méprendre sur ce que la division que nous adoptons de l'année en saisons peut avoir d'arbitraire. Les phénomènes naturels ne cadrent

jamais parfaitement avec la division de l'année en mois. Il y a d'ailleurs, d'une année à l'autre, des avances et des relards semblables à ceux que l'on observe en Europe aux époques de transitions. Yoici quels sont, d'une manière générale, les caractères des saisons.

Grande saison sèche. C'est un temps de répit pour les Européens accablés par les cbaleurs, l'bumidité et les maladies de l'hivernage. La saison sèche est loin d'être, en Guinée, comparable à celle qui porte le même nom sur les rives du Sénégal, On compte, chaque mois, quelques jours pluvieux. Les nuits, ordinairement belles et sans nuages, déposent sur le sol une rosée extrêmement abondante. Dans la matinée, d'épais brouillards couvrent ordinairement les lacs, les fleuves et les côtes basses de ces régions. Les orages sont très-rares. Les vents du large présentent alors leur plus faible énergie; ils sont fréquemment remplacés p;ir des calmes. La faiblesse des courants généi aux du sud-ouest permet aux brises solaires de se faire sentir avec une grande régularité. Le vent vient de terre la nuit et le matin. Après un calme prolongé, la brise de mer se lève dans l'aprèsmidi pour tomber le soir. La température présente alors ses plus grandes oscillations. Ces variations, tout en devenant la cause de quelques affections sporadiques, agissent très-avantageusement sur la santé des Européens dont l'économie semble avon- besoin d'un excitant qui fait défaut pendant le reste de l'année où règne une désespérante uniformité cHmatologiquc. Les fraîcheurs du matin paraissent parfois irès-prononcées. Lorsque les calmes persistent un peu longtemps dans Laprès midi, la chaleur devient pénible; mais l'arrivée de la brise du large ne tarde pas à apporter un soulagement considérable.

Grande saison des pluies. Elle ressemble à tous les hivernages des régions tropicales : des pluies d'une extrême abondance, d'une durée parfois continue pendant plusieurs jours, des orages très-fréquents, surtout le soir, une humidité excessive, un ciel nébuleux. La température diurne et nocturne est constamment élevée, un peu plus faible ordinairement que dans la saison sèche, mais beaucoup plus pénible à supporter, à cause de sa permanence et surtout à cause d'un état hygrométrique de l'air constamment très-voisin du point de saturation. Les brises du large, assez énergiques le jour, faiblissent la nuit pendant laquelle il fuit calme et chaud. Le sommeil troublé est loin d'être réparateur comme celui de la saison précédente. Les orages s'observent au commencement et à la fin de la saison. Le début de l'hivernage coïncide avec la floraison des palmiers à la Côte d'Ivoire. C'est à la fin de cette saison que se fait la récolte du plus grand nombre des fruits, notamment de ceux des palmiers à huile.

L'influence de cette saison sur l'état sanitaire des Européens est pernicieuse. L'effet physiologique des chaleurs de l'hivernage est, dans celte partie de l'Afrique, la même que dans la Sénégambie, et la description que nous avons donnée d'une journée d'hivernage dans notre colonie du Sénégal peut s'appliquer aux journées de pénibles chaleurs humides de la côte de la Guinée {voy. le mot Sé-nkgambie). La seule différence entre ces deux contrées, c'est que l'hivernage, qui dure quatre mois au Sénégal, persiste, on peut le dire, pendant huit mois en Guinée. La petite saison sèche est trop courte et trop peu prononcée pour changer favorablement la constitution médicale si funeste de cette longue période. Il en résulte, sinon une plus grande insalubrité à un moment donné, au moins une persistance des mauvaises conditions de salubrité qui grossit, par la durée même des causes fâcheuses, les dangers de ces régions pour les Européens.

Petite saison sèche. Elle est souvent mal accusée. Sa durée est variable,

GUIiNÉlL. b09

elle comprend août et septembre à la Côte d'Ivoire et à la Côte d'Ûr, souvent le mois de septembre seul. Au Gabon, elle apparaît vers la fin de janvier et se termine avant la lin de lévrier. Souvent les pluies persistent dans ces deux mois avec assez de fréquence et d'abondance pour ({u'on ait pu nier l'existence de cette saison au Gabon. La petite saison sèche n'est qu'une trêve courte et jamais complète dans l'état atmosphérique propre aux hivernages. La tenjpérature s'est assez abaissée pendant cette saison à la Côte d'Ivoire pour paraître trop froide aux Européens anémiés et épuisés par les fatigues de la saison précédente.

Les brouillards froids du matin reparaissent. C'est surtout l'humidité excessive qui, malgré la diminution des pluies, empêche le rafraîchissement de l'atmosphère de procurer des sensations agréables. Au moment des brouillards de celte saison, comme à la suite des grandes averses de la saison précédente, c'est avec plaisir qu'à Dabou nous nous approchions des grands feux qu'allument les indigènes. Plus d'une fois nous avons compris l'importance hygiénique du feu que les noirs entretiennent à l'entrée de leur demeure et regretté la mauvaise disposition de notre habitation qui ne nous permettait pas d'imiter cette excellente pratique. Nous retrouvons les mêmes impressions décrites par G. Bosman dans ses récits sur la Guinée. Ce judicieux observateur écrivait en 1705, en parlant du climat d'Axini : « Les Hollandais qui ont passé ici plusieurs années n'ont pas sujet de se plaindre de la chaleur. J'ai même vu le temps que, si nous n'avions pas eu un peu de honte, nous nous serions approchés du feu avec autant de plaisir qu'on fait en Europe aux mois d'octobre ou de novembre. »

Petite saison des pluies. Le petit hivernage ne compte que deux mois à la Côte d'Ivoire : octobre et novembre. Au Gabon il dure de Ja moitié de février à la moitié de mai ; il est par conséquent plus long que dans le nord. Cette nouvelle saison pluvieuse peut s'allonger aux dépens des deux saisons voisines, le plus souvent aux dépens de la grande saison sèche, dont l'arrivée si impatiemment attendue des Européens est alors retardée. Le petit hivernage n'est pas seulement une reprise du grand liivernage ; que la petite saison sèche ait été ou non bien accusée, lu reprise des pluies abondantes se fait d'une manière toujours nettement marquée. La pluie tombe pendant un jour sur deux au moins et les orages et les tornades reparaissent. Cette recrudescence ou mieux ce retour d'iiivernage est d'autant plus pénible qu'en même temps la température s'élève rapidement. lien résulte une saison extrêmement malsaine, d'autant plus que la petite saison sèche n'a apporté qu'une amélioration tellement comte qu'elle n'est pas en réalité un soulagement. Il faut que ce second hivernage soit terminé, que la saison sèche soit décidément bien établie, pour que l'Européen cesse enfin de se plaindre du pénible climat auquel il est exposé.

Ce que nous venons de dire des saisons s'applique surtout à la Guinée septentrionale. Les observations sont trop rares pour que nous puissions bien connaître la Guinée méridionale. D'après les rapports médicaux des navires de la station française de la côte d'Afrique : à l'embouchure du Congo, les saisons sont à peu près les mêmes qu'au Gabon. A Saint- Paul de Loanda, la distinction entre les deux hivernages cesse, la petite saison sèche disparaît complètement, mais la grande saison sèche est plus longue et plus sèche. A la côte de Benguéla et du Mossamédès le climat tropical proprement dit est établi; il n'y a plus qu'un court hivernage et une longue saison sèche. Cette dernière gagne en durée à mesure que l'on s'éloigne de l'équateur. Au milieu de cette saison, au mois d'aoïit, les vents de terre soulflent avec énergie du sud-est et présentent une sécheresse

comparable à celle que nous avons décrite comme propre au vent de nord-est en Séaégambie. La présence de ces vents, la rareté des pluies, rendent ces climats beaucoup moins malsains que les climats équatoriaux proprement dits. Les régions situées au sud de Mossamédès, limitrophes d'un désert aride, ont un climat qui paraît analogue à celui du Sahara, à en juger du moins par l'aspect du littoral.

VI. Flore et faune. Sur 600 plantes recueillies par Smith sur les rives du Congo pendant les deux mois que dura l'expédition de Tuckey, R. Brown trouva 250 espèces absolument nouvelles ; environ autant d'autres étaient spéciales à la côte d'Afrifjue occidentale. 70 espèces seulement étaient communes aux autres contrées situées entre les tropiques. La collection de ce voyageur renferme environ 52 genres alors inconnus, mais il n'y avait aucune classe nouvelle ni aucune famille particulière à l'Afrique équinoxiale. D'après Brown, le plus grand nombre d'espèces, dans une étendue de pays donnée, ne se trouve pas en Afrique entre les tropiques, mais sous le parallèle du cap de Bonne-Espérance. En Guinée, les Dicolylédonées sont aux Monocotylcdonées dans la proportion de 4 à 1. Les Acotylédonées sont dans l'herbier du Congo, aux Phanérogames comme 1 à 18. On compte, dans cet herbier, 87 classes naturelles, mais plus de la moitié des espèces appartiennent à 9 classes, savoir : les Fougères, les Graminées, les Gypéracées, les Convolvulacées, les Rubiacées, les Composées, les Malvacées, les Légumineuses, les Euphorbiacécs.

R. Brown a trouvé, d'après l'herbier de Smith, les proportions suivantes entre les différentes familles recueillies au Congo : la lamille qui renferme le plus d'espèces est celle des Légumineuses, qui compte un huitième des espèces des Phanérogames. Les Graminées en comptent un douzième; les Rubiacées, le quatorzième ; les Gypéracées, le dix-huitième; les Composées, le vingt-troisième ; les Euphorbiacées, le vingt-huitième ; les Malvacées, le trente-quatrième.

La végétation des côtes de la Guinée ne nous est connue que d'une minière vague et fort incomplète. L'excessive insalubrité de ces contrées s'est opposée jusqu'à présenta ce que leur végétation fût aussi bien connue que celle de l'Asie et de l'Amérique. Nous nous bornerons à énumérer les familles les plus intéressantes signalées par Isert, R. Brown, le P. Ménager et quelques autres auteurs, ainsi que les plantes les plus remarquables, au point de vue de l'alimentation, du commerce ou de la médecine.

DicoTVLÉDONÉES. Ellcs iormcut les quatre cinquièmes des Phanérogames. Nous citerons :

Les Légumineoses, dont on connaît plus de 96 espèces parmi lesquelles les Acacias sont peu nombreux, si on compare la Guinée à la Sénégambie : le Cassia occidentalis aux fleurs jaune d'or, auquel on attribue des propriétés toniques et fébrifuges; le Cassia fistula, dont les gousses fournissent la casse, laxatif; des Sensitives, Mimosa piidica et M. aspera, qui bordent les sentiers, V Ahrus precatorius (pois d'Amérique) à graines rouges, avec un hile noir, l'Arachide ou pistache de lerre {Avachis hijpogœa], objet d'un commerce considérable. L'indigo pousse facilement. Citons encore plusieurs variétés de haricots indigènes. Dans notre jardin du comptoir de Dabou, il nous a suffi de faire, pendant chacun des mois de l'année, deux semis d'une variété de petits haricots, provenant des environs de Paris, pour obtenir d'excellents produits toute l'année. A certaines époques, les insectes nuisaient seuls à l'abondance de notre récolte quotidienne.

Les RuBiAcÉES, dont on connaît 26 espèces. Le café pousse bien en Guinée et pourrait y être cultivé.

Les Urticées fournissent 7 espèces dont un ficus produisant du caoatcliouc.

Les Artocarpées, l'arbre à pain [Artocarpus incisa L.).

Les EuPHORBucÉEs, dont on connaît 20 espèces parmi lesquelles le manioc [Manihot utilissima Pohl.), aliment cultivé en grand par les indigènes de la Gôled'Ivoire. Le médicinier cathartique {Jatropha curcas L.) est très-commun. Le ricin [Ricinus L. J.) est aussi très-commun. LeCrolontiglium, qui se reproduit par bouture avec une facilité si grande (ju'il sert à faire des baies pour séparer les plantations dans les environs de Dabou.

L vDRiNÉEs. Le cannellier {Cinnamomum zeylanicum) importé par d'anciens esclaves revenant du Brésil.

BixAcÉEs. Le Bixaorellana, dont la graine renferme une matière colorante résineuse, le rocou.

Anonacées. VAnona muricata^ dont le fruit, corosol, est estimé des Européens. h'Anona squamosa ou pomme cannelle, fruit parfumé beaucoup plus estimé que le premier, mais venant plus dilficilement.

Ampélidées. La vigne apportée par les Européens nous donnait chaque année à Dabou deux récoltes d'excellents raisins.

Crucifères. Elles ne viennent pas naturellement à la côte de Guinée; cependant on cultive dans les jardins européens les choux, les radis, mais il faut renouveler les graines en les faisant venir d'Europe.

Sterculiacées. Le Bonihax pentandrum ou Eriodendron anfractuosum de de Candolle est le géant de la végétation de ces contrées. Dans cette famille, il faut citer le Sterculia acuminata, qui fournit la noix de cola, fruit célèbre sur toute la côte et dans l'intérieur de l'Afrique par la propriété qu'il possède de tromper la foim, et de faire par son goût astringent, paraître très-fraîche l'eau que l'on boit après avoir mâché ce fruit. La noix de cola est un objet d'un grand commerce et même d'exportation pour le Brésil. D'après une note com muniquée à l'Académie des sciences par MM. Ileckel et Schlagdenhauffen, la noix de cola agit uniquement par la caféine et la Ihéobromine qu'elle renferme. Cette substance pourrait occuper en matière médicale un rang distingué, à côté de la coca et des autres antidéperditifs, sur lesijuels elle a la supériorité de renfermer une quantité notable de tannin qui lui donne des propriétés astringentes précieuses.

BoMBACÉEs. VAdansonia digitata, ou baobab du Sénégal, se trouve aussi sur toute la côte de Guinée; la pulpe du fruit de cet arbre ou pain de singe est féculente et comestible. Sous le nom de Lalo ses feuilles sont émollientes et remplacent la farine de lin pour la confection des cataplasmes.

Malvacées. Cette famille, dans laquelle certahis botanistes font entrer les deux précédentes, contient, en Guinée, plus de 18 espèces connues. La mauve commune se rencontre dans les chemins. VHibisciis esculentus ou Gombo est fort goûté comme aliment. Le coton {Gossypium) se rencontre partout à l'état sauvage.

AuRANTiACÉES. L'oraugc et le citron sont très-communs partout et excellents.

Papayacées. Le papayer [Carica papaya), bon fruit dont les graines sont employées par les indigènes contre le taenia.

Cactées. Elles pullulentetformentles remparts qui défendent certains villages.

CucuRBiTACÉEs. Le calcbassicr {Lagenaria) fournit aux indigènes leurs vases de ménage. Les courges (Cucurbita). La pastèque [Citrullus edulis). LeCitrulliis

vulgaris, dont la graine oléagineuse est, sous le nom de bcref, l'objet d'un grand commerce.

Térédinthacées. La noix d'acajou {Anacardhtm occidentale). Le manguier {Mangifera indica et M. gabonensis), dont les fruits sont excellents.

Rosacées. Sont rares. Le grenadier {Punica granatum L.). Les rosiers importés viennent parfaitement, et notre jardin de Dabou contenait plusieurs variétés de rosiers en Heurs à tous les moments de l'année. Myutackes. Le goyavier [Psulhim piriferum).

liHizoPHOiiACÉEs. Le WiizopJiora niangle L., manglierou palétuvier, croît dans les eaux saumàtres des embouchures des fleuves et sur les bords marécageux des lagunes. D'après R. Brown, les espèces de la côte de la Guinée diffèrent de celles de l'Inde et de l'Amérique.

Convolvulacées. Elles se rencontrent à chaque pas. La patate douce {Convolvulus batatas) sert à l'alimentation.

SoLANÉEs. Le Dalura stramonium est très-abondant. Le tabac est facilement cultivé, la tomate {Solanummelongena L.) se trouve partout. La pomme de terre, au contraire, vient très-mal.

Citons encore les familles suivantes : Hippocratéacées ; Chrysobalanées ; Mélas- TOM âgées; Ai'ociMÉEs; ScROFULAïuEs, 10 cspèccs ; Labiées, 7 espèces; Verbénacées, 7 esjjèces ; Olacinées ; les Composées représentées par 24 espèces ; les Ombellifères qui émaillent les cham}is de leurs fleurs abondantes.

Les Mo^ocoTYLÉDONÉEs forment un cinquième des Phanérogames. Nous citerons parmi les familles de ces \é^>'Laux:

Graminées. On en connaît 55 espèces appartenant au Congo. La plus grande partie des herbes de la Guinée appartiennent à la tribu des Pamcées. Le mais {Zea mays h.) est partout cultivé ; il donne deux récoltes par an, se sème à la fin de chaque saison sèche et mûrit en trois mois. Avec le manioc, l'igname, la banane, l'huile de palme et le poisson, il forme la base de la nourriture des indigènes. La Guinée est si riche en plantes alimentaires qu'on n'y a jamais connu le fléau de la famine. Le riz se trouve en beaucoup d'endroits, le gros mil [Holcus sorglium) est cultivé presque partout.

Dioscorées. L'igname {Dioscorea alata) est une des principales ressources alimentaires et l'une des plus riches ; elle alimente la population de la côte d'Ivoire du mois de juillet à celui de décembre.

Broméliacées. Les ananas [Bromelia ananas L.) sont communs et excellents à la Côte d'Ivoire. Leurs feuilles fournissent un excellent tissu.

Musacées. Le bananier {Musa) compte un grand nombre de variétés. L'une d'elles sert à l'alimentation ordinaire dans la lagune de l'Ebrié. A toutes les époques de l'année, on trouve des bananes mûres. Quelques variétés ne sont en rien inférieures à celles des Antilles et fournissent aux Européens un fruit sain et délicat.

Cypébacées. 22 espèces ont été recueillies en Guinée, parmi elles le Cyperus papyrus.

Amomées. Le gingembre [Amomuin zmgiber, VAmoiyium granum paradisii) connu dans le commerce sous le nom de graine de paradis, malaguette ou maniguette, est un important condiment.

Palmiers. La plus grande richesse de toute la côte de Guinée est certainement le palmier à huile {Elœis guineensis) : c'est le roi des végétaux de la Guinée. Il forme d'immenses forêts qui affectent de suivre les dépressions du sol et les

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endroits humides. Il se multiplie de lui-même et ne demande aucun entretien. Deux fois par an les indigènes font la récolte des fruits du palmier. Chaque arbre produit deux ou trois régimes et chaque régime est de 1000 à 1500 fruits. On estime généralement le produit annuel d'un elœis à 5 francs environ. La pulpe du fruit traitée par pression et par éballition produit l'huile de palme. Les noyaux du fruit donnent aussi une grande quantité d'huile. Cette huile est un excellent comestible qui accompagne tous les mets des indigènes. Mélangé à la cendre d'écorce de banane elle forme pour eux un bon savon ; mais c'est surtout comme denrée commerciale que l'huile de palme est une grande richesse. En Europe, l'huile de palme sert à la fabrication des bougies, à celle du savon, elle entre dans la composition des graisses destinées à adoucir le frottement des roues de wagons de la plupart des chemins de fer. Une seule maison de Marseille a expédié, en 1868, 42 navires à ses comptoirs de la côte des Esclaves et en a retiré 15 000 tonnes d'huile de palme ou d'amandes de palme. La Côte d'Ivoire, la Côte d'Or, celle du Gabon, ne sont pas moins richement partagées que la côte des Esclaves, et les richesses qu'elles contiennent pourraient facilement être décuplées. Le commerce de l'or et de l'ivoire est insignifiant auprès de celui de l'huile, qui remplace heureusement l'infâme commerce des esclaves. Ce dernier n'a enrichi, pendant des siècles, quelques individus, qu'en ruinant ces belles et riches contrées.

On connaît, en Afrique, 1 5 espèces de palmiers dont 5 se trouvent sur les rives du Congo (R. Brown). Le Raphia vinifera donne le vin de palme, boisson fermentée agréable ; il fournit aux indigènes les matériaux de leurs cases et de leurs meubles. Citons encore le Calamics macrocarpus, le Cocos biihjracea, le Borassus cethiopwn, le Cocos nucifera, le Borassus flabelliformis ou ronier, dont la jeune pousse est domestique, et le bois très-dur sert aux constructions. Brown fait remarquer la grande uniformité de la végétation de toute la côte équatoriale africaine. Plus d'un tiers des plantes recueillies par Smith sur les rives du Congo avaient été observées sur d'autres parties de la côte de Guinée.

Les indigènes de la côte de Guinée font usage d'un poison d'épreuves judiciaires. Cepoison nommé au Gabon « mbondou » provient d'un strychnos. D'après un mémoire fait en 1881 par MM. Ileckel et Schlagdenhaufen, ce poison ne renferme qu'un seul alcaloïde, la strychnine, et agit uniquement par ce prmcipe.Ce poison est en usage dans la lagune de l'Ebrié. Toutes nos tentatives pour assister à cette terrible épreuve qui tuait ordinairement 8 ou 10 individus sur 20 ont été impuissantes. D'après les descriptions que nous ont faites les indigènes témoins de ces scènes, les individus qui échappaient à la mort étaient ceux qui vomissaient abondamment au début de l'ingestion de la macération, qu'ils étaient forcés de boire. Ceux qui succombaient étaient pris au bout de quelques instants de convulsions tétaniques. La coutume des épreuves judiciaires existe sur toute la côte d'Afrique. Dans le rio Nunez; le poison d'épreuve le teli est une légumineuse dont les effets se rapprochent de ceux de la cicutine ou de l'aconitine. Dans d'autres pays on emploie la fève de Calabar.

L'énumération incomplète que nous venons de faire des quelques plaiites~qui ont jusqu'ici attiré l'attention des rares Européens qui, à la côle de Guinée se sont occupés d'histoire naturelle ne peut donner une idée de la richesse végétale de cette région, La température tiède qui y règne constamment, l'abondance des pluies, en font, au point de vue végétal, l'une des plus riches contrées du globe. Si l'on quitte les riches plantations qui entourent les villages des indigènes et si

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on pénètre dans l'inténeur des forêts, on est frappé d'admiration. Nous avons pu visiter les magnifiques forets des environs des comptoirs d'Assinie. Excepté sur la lisière des bois où l'on ne peut se frayer un chemin qu'avec la hache et le sabre, à travers les arbustes et les lianes : l'aspect général est celui des forêts du nouveau monde, tel que celui que nous avons vu au Brésil ou que celui des forêts décrites par notre vaillant et regretté collègue Grevaux dans sa relation de son beau voyage à la Guyane.

Dans les forêts d'Assinie, nous marchions entre d'énormes colonnes formées par des troncs d'arbres dont la ramification ne commence qu'à une hauteur de 30 mètres. La cîme morte des arbres forme un dôme continu que ne peuvent traverser les rayons du soleil. Le sol est complètement couvert d'une couche de feuilles mortes. Après avoir fait creuser à 1 mètre de profondeur, nous n'avons pu trouver le sol. On pourrait presque parcourir ces forêts à cheval, si, de temps en temps, un ruisseau courant sur la roche primitive, un arbre foudroyé ou tombé de vétusté, faisant trouée dans la voûte de verdure, n'eussent laissé pénétrer les rayons du soleil et permis à la végétation inférieure, aux lianes, aux plantes épineuses, de se développer en un fourré inextricable, qu'il faut contourner ou franchir en se servant du sabre. Cette arme indispensable servait à nos guides à laisser sur notre route des traces sans lesquelles il serait impossible de ne pas s'égarer au milieu de ces innombrables colonnes presque uniformes. Curieux rapprochement produit par la nature des choses : les noirs de Guinée se servent, dans les bois, des mêmes moyens pour reconnaître leur route que les indigènes de l'Amérique.

Aucune description de la faune des diverses parties de la Guinée n'a jamais été faite. Les descriptions des animaux les plus remarquables vus sur ces côtes manquent de précisions scientifiques, aussi préférons-nous laisser ici une lacune, cela vaut mieux que de vagues assertions. Une des choses remarquables, c'est que les bêtes de somme manquent sur toute la côte. Les chevaux de petite taille qui sont assez communs en Sénégambie ne se trouvent que par exception en Guinée. Ils ne peuvent vivre sur la côte, et ceux qu'on y transporte ne tardent pas à succomber. Il n'en est pas de même dans l'intérieur des terres, et les Aschantis qui n'ont que de l'infanlerie ont pour voisin au nord une population qu'ils redoutent à cause de sa cavalerie. L'àne est encore plus rare que le cheval. Le bœuf porteur, si utile en Sénégambie, est inconnu en Guinée. Le chameau ne s'éloigne pas de la rive sud du Sénégal. Il n'y a donc en Guinée aucun animal pouvant servir au transport et toutes les marchandises doivent être portées par les indigènes eux-mêmes.

Le bœuf est rare et fort petit, sa viande est sèche et maigre. La vache fournit à peine assez de lait pour son nourrisson. Les troupeaux sont plutôt une affaire de luxe que d'utilité. Les moutons sont assez grands et vivent mieux que les bœufs, mais leur chair est de fort médiocre qualité. Les chèvres s'élèvent assez bien sur la côte, elles sont de petite taille. Le porc y vit très-bien et est trèscommun. Le chien est très-commun, il sert à l'alimentation chez quelques populations de la Côte d'Ivoire et de la Côte d'Or, notamment sur les rives de l'Ebrié, chez les populations voisines de nos possessions. Le chat se trouve dans toutes les cases des noirs. Les rats abondent.

Le lion est inconnu en Guinée. Le tigre n'existe pas en Afrique. On trouve sur la côte l'once, la hyène, la panthère, le léopard ; les accidents causés par les fauves sont cependant relativement assez rares. Citons entre autres animaux :

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le rat palmiste, la civette, la souris, le pangolin, le chevreuil, la gazelle, l'antilope, la biche. L'éléphant s'éloigne de plus en plus des côtes par suite de la grande destruction qui en est faite par les indigènes. L'hippopotame est commun dans les marécages. Bosman a compté plus de vingt espèces de singes sur la côte nord. Au Gabon on trouve les grands singes, l'orang et le chimpanzé.

Parmi les oiseaux citons : le vautour, l'épervier, l'aigle, la chouette, le hibou; la poule, le canard, le dindon, les pigeons. D'après Bosman, plusieurs de ces espèces ont été introduites en Guinée par les Européens. La tourterelle, le pigeon vert, la perdrix, la bécasse, le canard sauvage, se chassent sur toute la côte. Les passereaux y sont très-nombreux. On y trouve aussi le corbeau, le héron, le pélican, le martin-pêcheur, les perroquets verts et gris, la perruche.

Les reptiles sont nombreux : caïman, iguane, un grand nombre de variétés de lézards, le caméléon, plusieurs espèces de tortues de terre. Les serpents sont nombreux. Les pithons sont adorés à Widah où ils ont un temple. D'énormes boas se rencontrent sur ces côtes.

Les insectes sont en grandes quantités et souvent fort incommodes pour les hommes. Les poissons de toutes sortes abondent sur les côtes et servent à l'alimentation des indigènes et des Européens.

Vil. Anthropologie. Nous parlerons successivement des indigènes de la Guinée, des Européens qui l'habitent accidentellement, des métis.

Les migrations qui étendent par couches successives les races humaines les unes sur les autres ont suivi la même marche en Afrique qu'en Europe. C'est de l'est et du nord-est vers l'Atlantique que se sont toujours dirigés, en Afrique, les peuples envahisseurs. Aussi les races noires les plus accentuées, celles qui peuvent être regardées comme se rapprochant le plus les autochthones de l'Afrique occupent-elles la côte occidentale. L'institution de l'esclavage qui règne dans toutes les parties de ce continent n'a pas peu contribué aux mélanges des peuples. Il en résulte que l'on trouve les types les plus divers dans une même localité et qu'au point de vue physique, comme au point de vue intellectuel, on trouve en Guinée, côte à côte, des peuplades essentiellement différentes. L'ethnographie de cette région est encore tout entière à faire. La meilleure description du type nègre africain est celle de P. Topinard. Elle donne non le type d'une race particulière, mais le type général du nègre de la Guinée. La peau du nègre est veloutée, fraîche au toucher, luisante et variée du noir rougeâtre, jaunâtre ou bleuâtre, au noir de jais. Ses cheveux et ses yeux sont noirs, sa sclérotique terne ou jaunâtre; des taches noires se voient sur sa langue, son voile du palais et même sous la conjonctive. Les parties génitales sont plus foncées, le dedans des mains et la plante des pieds sont plus clairs. La barbe est rare et pousse tard. Le corps est dépourvu de poils, sauf au pubis et aux aisselles, le crâne est <lolichocépliale (73 environ), par exception mésaticéphale et même sous-brachycéphal«; sa capacité, sur 85 nègres occidentaux cubés par P. Broca, était de 1372 centimètres cubes, 15 centimètres cubes de moins que chez les Auvergnats. Sa norma i)eriica/zs présente une forme elliptique. La portion sus-iniaque de son occipital est souvent saillante, ses parties latérales sont aplaties et verticales, ses lignes courbes temporales décrivent un arc étendu proportionnel à la masse des muscles temporaux qui s'insèrent au-dessous ; l'écaillé du temporal elle-même est plus grande que chez le blanc. Le frontal s'articule souvent avec le temporal, les grandes ailes du sphénoïde ne s'articulant plus par conséquent avec le pariétal. Les sutures crâniennes sont plus simples que dans le type blanc et s'oblitèrent

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plus tôt (Graliolet); la squamo-temporale et la sphéno-pariétale forment souvent une ligne droite horizontale. Le front est étroit à la base, tantôt fuyant et peu élevé, tantôt droit et bombé à son sommet ; les bosses frontales sont souvent confluenles ou remplacées par une bosse unique et médiane. Les arcades sourcilières sont peu saillantes et lisses, différence importante avec le nègre mélanésien, en sorte que par là les deux sexes tendent à se ressembler. 11 en résulte que les orbites deviennent moins profondes, ce qui contribue, avec le peu d'échancruie de la racine du nez et quelque chose de moins heurté dans tout le visage, à donner au nègre d'Afrique un aspect moins farouche qu'au nègre d'Océanie, Los orbites en outre sont microscmes, c'est-à-dire courtes de haut en bas, mais beaucoup moins que chez les nègres mélanésiens, ce qui concourt encore à les en distinguer.

Les globes oculaires sont à fleur de tête et les fentes palpébrales néanmoins petites, sur une même ligne horizontale. L'intervalle des yeux est moins aplati et moins large que dans le type mongol, mais plus que dans le type européen. Le nez est développé en largeur aux dépens de sa saillie ; sa base, grosse et écrasée par suite de la mollesse de ses cartilages, s'épanouit en deux ailes divergentes, à narines elliptiques plus ou moins découvertes. Cette extrémité est quelquefois trilobée. Le squelette nasal est plalyrhinien , ses deux os propres sont parfois soudes comme chez les singes. Le bord inférieur de son ouverture antérieure est effacé ou remplacé par une sorte de plate-forme, de façon que la limite entre les fosses nasales et la région sous-nasale est d'autant plus indécise que l'épine médiane est fort peu dévelopée.

L'ensemble du visage est ordinairement allongé comme le crâne, mais quelquefois raccourci et arrondi, et dans ce cas souvent aplati. Ses arcades zygomatiques et ses os malaires font une saillie latérale peu marquée, les premières sont plus fréquemment cryptozyges, d'après la méthode de Blumenbacb, que dans le type blanc et moins fréquemment que dans le type mongol.

Le prognathisme du nègre porte, dans certaines limites, sur toute la face ; toutes les parties du maxillaire supérieur y concourent et même les apophyses ptérygoïdes entraînées en avant par le développement de la mâchoire, mais il n'est réellement caractéristique et considérable qu'à la région sous-nasale et aux dents. A la mâchoire inférieure il existe souvent aussi, c'est-à-dire que le menton recule et que les dents se projettent obliquement en avant. Les dents elles-mêmes sont plus écartées que dans les races blanches, d'une belle coloration blanche, bien plantées et saines. Enfin les oreilles sont petites, arrondies, à contour mal ourlé, à lobule court et peu détaché et à conduit auditif large.

Le cou est court, les trois courbures du rachis sont moins prononcées chez le nègre que chez le blanc ; son thorax est relativement aplati d'un côté à l'autre et de forme un peu cylindrique. Les épaules sont moins puissantes que chez l'Européen, l'ombilic est plus rapproché du pubis, les os iliaques sont plus épais et plus verticaux chez l'homme, le col du fémur moins oblique. L'envergure est plus grande que la taille. La main est généralement petite, et plus effilée que celle de l'Européen, qui ne pourrait pas passer la main dans les bracelets en ivoire que des hommes de belle taille portent aux avant-bras dans les pays de Grand-Bassam et de Dabou. Les fémurs sont moins obliques, le tibia plus courbé que chez l'Européen. Le mollet élevé et peu développé. Le talon large et saillant, le pied allongé peu voûté en dessous et le gros orteil un peu plus court que chez le blanc.

Cette description a le défaut de toutes les descriptions générales. Il ne serait pas difficile, en prenant telle ou telle peuplade de la Guinée, de trouver des faits contradictoires. Ainsi, par exemple, les Kroumen ont la jambe bien faite, le mollet très-prononcé. Les hommes un peu âgés des rives de l'Ébrié portent de longues et belles barbes, et l'on rencontre, d'une localité à l'autre très-voisine, des types différant entre eux beaucoup plus profondément que ne diffèrent entre eux les habitants de deux villes voisines en Europe.

L'énuméralion des noms des principales peuplades de la Guinée, plus en rapport avec la distribution géographique de ces peuplades qu'avec leur caractère de race, ne nous apprendrait rien au point de vue anthropologique.

Les mœurs et coutumes de ces peuples ont été le sujet de nombreux récits, souvent contradictoires, de la part des voyageurs. Au milieu de toutes ces descriptions, ce qui nous a paru se dégager le mieux, comme expression de la vérité, ce n'est pas le caractère des mœurs de ces populations, mais celui du narrateur lui-môme.

Tandis que les missionnaires trouvent dans les croyances de ces peuples une démonstration de l'universalité de la croyance en un être suprême, d'autres voyageurs affirment l'absence de toute idée de la divinité chez quelques peuplades. L'esclavagiste trouve dans les mœurs qu'il prétend décrire des preuves de la nécessité de l'esclavage et, en donnant ces preuves, élève sa pensée philosophique peu au-dessus de celle des nègres eux-mêmes, qui ne comprennent que deux positions sociales possibles : celle d'esclave ou de maître d'esclaves, et pour lesquels Liberté est synonyme de possession d'esclaves. Le négociant ne voit que des races à exploiter, dans un pays duquel il faut vite tirer le plus de richesses possibles. Les gouvernements eux-mêmes ne semblent voir, dans leurs comptoirs de la Guinée, que l'avantage momentané de leur commerce. La plus grande masse des Européens qui passent sur la côte voient dans les nègres des brutes, €t les qualificatifs employés pour désigner leurs qualités morales sont un vocabulaire d'expressions méprisantes.

L'intelligence du nègre de la Guinée est fort variable. Elle est très-cultivable. Dans les écoles communes aux diverses races, il n'y a entre les enfants européens, noirs ou mulâtres, aucune distinction à établir. Les Européens sont loin d'être le plus souvent les premiers dans les compositions et les exercices des classes. A l'âge adulte, la différence deviendrait, a-t-on dit, considérable. Cependant, si l'on fréquente des ricbes commerçants indigènes, les chefs héréditaires ou ceux qui par leurs efforts sont arrivés à posséder une certaine autorité parmi les leurs, on trouve des hommes d'une intelligence parfois réellement supérieure et l'on reconnaît que la race nègre peut s'élever à un développement intellectuel remarquable. Il ne faut pas prendre pour mesure de l'intelligence ce qui provient des usages, des superstitions de familles ou de peuplades, préjugés auxquels nous sommes nous-mêmes soumis, nous qui pouvons si difficilement nous dégager des idées reçues dans l'enfance. Lorsque, dans certaines assemblées, on entend les avis émis, les discours des chefs se terminant à la manière de ceux des héros d'Homère par quelque phrase à effet, on est vraiment frappé d'étonnement et l'on se demande si l'état actuel de la civilisation de ces peuples n'est pas à comparer à celui de la civilisation des peuples primitifs de race blanche dont l'histoire a gardé la mémoire, et si même il n'y a pas identité parfaite entre ces états d'enfance des deux races.

Au miUeu des croyances du grossier fétichisme qui règne à la côle de Guinée

septentrionale, nous n'avons pas trouvé une superstition qui n'ait son analogue ou son identique dans les superstitions de notre vieille Europe.

L'éducation modifiera ces peuplades et rien ne permet d'affirmer que, races inférieures, elles soient condamnées à disparaître. Sous l'action du temps et de la civilisation, elles s'élèveront comme se sont élevées les races primitives de l'Europe qui ne se sont pas non plus élevées d'elles-mêmes, mais ont reçu les unes des autres l'éducation nécessaire au développement de leurs facultés intellectuelles.

Le retour à l'état sauvage de quelques noirs ayant reçu une éducation supérieure n'est qu'apparent. Un marin passe à Grand-Bassam, voit monter au haut d'un cocotier, pour en détacher un fruit, un noir à peu près nu ; ce noir était an ancien élève d'un lycée de Paris, et notre Européen s'empresse d'écrire, dans une revne, que cet homme est retourné à l'état sauvage. Nous pouvons affirmer qu'il n'tn était rien. Cet indigène, fils d'un chef dont toute la famille avait disparu par le poison des féticheurs, avait parfaitement compris la situation fausse que les français lui avaient créée, et, pour se réserver l'avenir que sa position personnelle lui promettait, il avait su se débarrasser du costume gênant des Européens pour vivre à la manière de ses compatriotes tout en conservant la supériorité de la culture intellectuelle qu'avait reçue son cerveau.

Les nègres, comme bien d'autres, jugent si souvent l'homme par l'habit, que ce n'est pas toujours à tort que les chefs indigènes s'affublent des oripeaux que leur vendent les Européens, d'autant plus que la plupart de ces oripeaux ont lait l'ornement de chefs militaires européens avant d'arriver à accroître le prestige des majestés noires.

L'état social de la côte de Guinée se résume en quelques institutions. Le fétichisme est la religion primitive de l'homme qui voit le surnaturel dans toutes les forces auxquelles il est soumis et qu'il n'a pas encore su comprendre ou analyser. Dans ces forces, dans ces esprits supérieurs; il invoque d'abord ceux qu'il craint. L'esclavage règne partout; c'est le résultat d'un état social où la raison du plus fort est encore la meilleure. La polygamie est un autre résultat de la loi du plus fort.

Les sacrifices humains, qui ont lieu encore aujourd'hui dans plusieurs parties de la Guinée, existaient autrefois comme institution chez les peuples de race blanche. L'anthropophagie a dû être en usage autrefois dans une grande partie des peuplades de la Guinée, bien qu'elle soit assez rave dans l'intérieur de l'Afrique pour que Livingstone etSpeke n'aient jamais rencontré de peuplades cannibales. Il n'y a plus de doute sur la réalité du cannibalisme de certains peuples de ces côtes. A 10 kilomètres de Dabou, l'anthropophagie existe chez les Boubùuris : vers 1860, cette peuplade tua et mangea sept de nos soldats. Dans un autre village voisin du poste français nous avons vu condamner à l'épreuve d'un breuvage empoisonné et mourir un homme accusé d'avoir assisté à un de ces repas de cannibales que font encore certaines peuplades ou certaines sectes de ces peuplades. Dans les environs de Grand-Bassam, il reste des traces d'un cannibalisme mitigé; plusieurs milliers d'individus se partagent les dépouilles d'une seule victime humaine et mêlent à leurs aliments une parcelle extrêmement faible de la victime. Ce repas paraît être une sorte d'initiation, une manière de s'attirer les bonnes grâces de certains de ces êtres supérieurs qui oppriment l'espèce humaine. L'abondance alimentaire au milieu de laquelle vivent les habitants de la Guinée, pays ou jamais la famine n'a été connue, prouve que l'an-

thropophngie ne provient pas d'un besoin, mais constitue une pratique religieuse.

On peut se demander pourquoi les populations nègres sont restées attardées et si elles sont susceptibles de former plus tard des peuples réellement civilisés. D'abord ce n'est pas vers l'équateur, mais vers les régions tempérées, que se sont toujours portées les races conquérantes initiatrices, et il y a eu là pour l'Afrique centrale une cause de retard dans la civilisation. Ensuite, en admettant que la civilisation arrive au même moment chez deux peuples primitifs habitant l'un l'Europe occidentale, l'autre l'Afrique occidentale, il est évident que le peuple qui aura le plus besoin des avantages de la civilisation en profitera le plus rapidement. Si l'on considère les facilités de l'existence tropicale où les premiers besoins de l'homme, la nourriture et l'abri, trouvent si aisément satisfaction, on comprend que la vitesse dans la voie du progrès doit être en raison inverse de la distance aux régions équatoriales. 11 y a une différence considérable eHtre le cerveau du Français actuel et celui du nègre de la Guinée ; nous avons dit plus haut que la différence des deux capacités cérébrales était de 151 centimètres cubes. En admettant ce chiffre moyen comme exact, il ne faut pas prendre pour cause ce qui est effet. Si le cerveau du nègre est resté attardé pendant que celui de l'Européen prenait de l'ampleur, c'est que pour assurer l'existence du nègre, dans le pays où il vivait, son cerveau était arrivé à un développement sulfisant . Rien ne peut faire penser que ce cerveau soit incapable d'un développement lent comme l'a été celui des races actuellement supérieures. La succession de siècles nécessaire pour que la race noire développée par nos connaissances actuelles s'élève ne sera peut-être pas plus longue que celle nécessaire à l'adaptation de la race blanche à un climat qui semble aujourd'hui vouloir la repousser d'une manière absolue. 11 n'est pas permis de croire que l'une des races doive, dans l'Afrique équatoriale, faire place à l'autre. La faculté d'invention appartient aux nègres comme aux Européens. Le docteur Nicolas a appelé l'attention sur l'écriture et le syllabaire inventé par un nègre. Cet alphabet compte plus de 161 caractères d'instincts. 11 n'a rien de commun avec aucun des alphabets connus.

Les Européens qui habitent la côte de Guinée sont en nombre infime et leur séjour est limité à quelques années seulement. Les Portugais sont les plus nombreux ; viennent ensuite les Anglais et les Français. Les troupes appartenant à ces nations et qui constituaient autrefois les garnisons des comptoirs ont été, après de rudes expériences, partout remplacées par des troupes nègres, 11 a été même démontré que nos soldats arabes d'Algérie ne pouvaient être employés dans nos comptoirs du Gabon et de Grand-Bassam, leur mortalité égalait à peu près celle des Européens. Nous avons assisté, il y a quelques années, à cette expérience. Quelques officiers et sous-officiers sont les seuls blancs faisant partie des garnisons actuelles françaises ou anglaises. Quelques commerçants provenant surtout des villes de Marseille et de Bordeaux font la traite sur la côte et luttent péniblement, pendant quelques années, contre de nombreuses chances de mort, puis finissent par fuir ou le plus souvent par succomber.

En lisant la description que nous avons faite plus haut de nos trois comptoirs français de la Côte d'Ivoire on se figure quelle doit être l'existence dans ces solitudes. La pêche, la chasse, les excursions en formeraient la base, n'était l'hostilité des peuplades voisines de nos postes. D'ailleurs la fièvre ne tarde pas à mettre fin à ces distractions et les courses hasardeuses sont vite abandonnées.

C'est alors dans les alcools sous forme d'absinthe, de vermout, d'ean-de-vie, ou sous la forme moins dangereuse du vin de palme, que l'Européen cherche trop souvent un moyen d'échapper à l'ennui qui le ronge, à la nostalgie qui l'accable. « Le vin, le jeu, les femmes, disait Isert en 1780, nos premiers bourgeois sur ees côtes s'y sont adonnés de tout cœur et ont expié leurs excès en ce genre par des morts prématurées ». 11 en est de même aujourd'bui sur toute la côte de Guinée. Quiconque n'a pas appris à se suffire à lui-même est en effet fort à plaindre. Même ailleurs qu'à Grand-Bassam ou à Dabou, la société est restreinte; chacun connaît à fond son voisin et, comme on fait malheureusement plus attention au mal (|u'au bien, on trouve peu de personnes avec lesquelles on désire entretenir des liaisons. Ajoutons que, sans être au temps où Isert voyait le commandement supérieur échoir, à la suite de nombreux décès, « à un sujet auquel on avait olferl la veille des coups de bâton », souvent la maLidie et la mort font passer l'autorité dans les mains d'individus qui soumettent l'existence d'un groupe d'Européens aux caprices de leurs hallucinations alcooliques et qui abusent d'autant plus de leur autorité despotique^ qu'il en sont moins dignes. Nous avons connu ces misères !

Métis. Sur toute la côte de Guinée, on ne trouve que quelques rares mulâtres d'origine française ou anglaise, venus pour la plupart de la Sénégambie, mais les mulâtres portugais sont très- nombreux. Ces mulâtres, beaucoup plus croisés de nègre que de blanc, sont généralement riches et habillés à l'européenne, souvent avec une certaine recherche. Descendant la plupart de Portugais ou de Brésiliens, ils parlent tous le portugais. La couleur de leur peau est souvent du noir le plus foncé, La famille des Souza peut être citée comme un exemple de ce que sont ces mulâtres portugais. Un Portugais fut le chef de cette famille. Il mourut à Whydah en laissant une centaine d'enfants issus des trois cents femmes de son harem. Ces métis s'unirent entre eux au début et, malgré ces mariages consanguins, la famille continue à prospérer et à donner de beaux produits : aujourd'hui le nombre des Souza s'élève à plus de deux cents. La couleur de leur peau devient de plus en plus foncée et ne rappelle leur ancêtre que d'assez loin ; néanmoins ils se disent blancs, et sont habillés à l'européenne. On ne peut considérer ces hommes comme formant une véritable race de métis; c'est par l'alliance avec les indigènes du pays que ces mulâtres se multiplient.

L'expérience du Sénégal semble démontrer que les mulâtres ne peuvent arriver à former une véritable race mixte ; lorsqu'ils tendent à conserver égale partie du sang des deux races primitives, ils finissent par ne plus donner que des filles qui finissent par être stériles (Bérenger-Féraud).

VIII. Pathologie. Les maladies qui s'observent à la côte de Guinée sont celles de toutes les régions tropicales où le paludisme règne d'une manière intense. S'il est peut-être possible de trouver des localités dans lesquelles se trouvent réunies les conditions d'insalubrité à un degré aussi considérable, il n'est pas de partie du globe présentant sur une aussi longue étendue de terrains la même intensité des causes morbides. Avant de chercher à déterminer, à l'aide des chiffres que nous fournissent les documents médicaux relatifs à ces côtes, quelle peut être leur insalubrité relative, nous allons énumérer les principales maladies qui y ont été observées par les médecins européens.

Maladies épidémiques . La fièvre jaune, par suite de la grande mortalité dont elle frappe parfois les établissements européens, est la première dont nous devons nous occuper. Il n'est guère de région présentant des conditions plus

favorables à l'expansion épide'mique de la fièvre jaune que la partie de la côte occidentale d'Afrique comprise entre les deux tropiques. Cette maladie est, sans aucun doute, la cause de l'effrayante mortalité épidémique dont furent victimes les marins qui, dans les derniers siècles, faisaient la traite des nègres.

Le nom de fièvre jaune n'est pas prononcé par les anciens auteurs qui ont parlé de la Guinée. Cependant cette maladie régnait sur la côte, à la fin du siècle dernier. Dans sa ix*' lettre, écrite du fort de Christianborg, en 1786, Isert dit : « Lorsque les Norvégiens arrivent dans ce pays, quoiqu'ils n'aient pas peut-être, en toute leur vie, essuyé une seule maladie, il leur arrive tout comme à un poisson transporté de l'eau salée dans l'eau douce... La maladie commence par des maux de tête suivis de vomissements ; au bout de vingtquatre heures survient le délire; dans les trente-six paraissent au front et au gras des jambes des boutons de pourpre ; enfin, dans l'espace de deux fois vingt-quatre heures, un homme, qui auparavant se portait très-bien, se trouve troussé. » Isert, dont les moindres descriptions nous ont paru d'une fidélité que l'on voudrait retrouver dans tous les auteurs qui ont écrit sur la Guinée, dit que cette maladie est une espèce de fièvre bilieuse putride. Quelques-uns des symptômes dont il parle, notamment la division de la maladie en deux périodes distinctes, font penser qu'il ne s'agit pas d'autre chose que de la fièvre jaune. Or cette dernière maladie est seule capable d'enlever aussi rapidement les Européens nouvellement débarqués en Afrique. Les fièvres bilieuses de nature paludéenne comme la fièvre bilieuse mélanurique, par exemple, n'attaquent jamais que les Européens qu'un séjour déjà prolongé dans le pays a soumis à de nombreuses atteintes de fièvre intermittente. La fièvre jaune, au contraire, attaque de préférence les nouveaux arrivants.

Est-ce d'Amérique que la fièvre jaune a été importée en Afrique ou, au contraire, est-ce de l'ancien dans le nouveau monde, comme on l'a prétendu ? Cette question ne nous paraît pas insoluble. Si la fièvre jaune a été parfois désignée aux Antilles sous le nom de fièvre de Boulame, c'est à plus juste titre qu'on a accusé les navires négriers revenant d'Amérique d'avoir été les introducteurs de la maladie sur les rivages africains. Un fait semble indiquer, pour la Guinée, une importation récente, un acclimatement encore incomplet de la fièvre jaune : c'est l'aptitude des noirs de la côte à contracter la maladie sur les points où elle apparaît pour la première fois et où l'immunité n'a pu être acquise par quelque épidémie antérieure (Dupont). Winterbottom remarque que les esclaves récemment importés de la côte d'Afrique furent tous attaqués par la fièvre jaune qui régnait à la Dominique de 1793 à 1796, tandis que ïcs noirs depuis longtemps dans l'île étaient épargnés.

Sierra Leone, le foyer le plus considérable des épidémies de fièvre jaune à la côte d'Afrique, a recruté sa première population parmi les habitants de l'île de Bahama. La colonie anglaise élait et est restée en communication permanente avec les îles du golfe du Mexique.

Un récent travail du docteur Luis Iglesias y Pardo sur les maladies de Fernando-Pô jette un nouveau jour sur cette question. Cet auteur démontre l'importation directe de la fièvre jaune de l'île de la Havane à Fernando-Pô, dans deux circonstances différentes que nous indiquerons plus loin.

Les navires négriers ont été les principaux agents de l'infection de la côte d'Afrique. Il est bien évident que leurs voyages extrêmement nombreux, du golfe du Mexique à la côte d'Afrique, dont ils exportaient jusqu'à 60 000 hommes

li'22 GUINÉE.

par année/ devaient multiplier les causes de contagion et d'infection. 11 serait même étonnant qu'ils n'eussent pas transporté une maladie aussi contagieuse que la fièvre jaune. Sierra Leone, où les navires négriers saisis par la Hotte anglaise chargée de la répression de la traite étaient conduits, vit augmenter pur cette nouvelle voie ses causes d'infection Les Européens ne formant que des groupes isolés sur la côte de Guinée, la maladie avait moins d'occasions de s'y répandre ou du moins d'y être signalée. Cependant la fièvre jaune régna plusieurs fois au Congo : en 1816, la malheureuse expédition scientifique du capitaine Tuckey dans le Congo est une démonstration de l'origne américaine de la fièvre jaune dans ces régions. Si l'on relit l'histoire de ce voyage et la description de cette maladie contagieuse par Tudor, le jeune médecin de l'expédition, il n'y a aucun doute, il s'agit bien de la fièvre jaune. Jamais les résultats d'une expédition ne furent plus désastrueux : 21 personnes, parmi lesquelles Tuckey, tous les savants de la Commission et le chirurgien lui-même, succombèrent. Or les deux navires, la Dorothée et le Congo, qui portaient le personnel, n'avaient touché, avant d'entrer dans le Congo, qu'aux îles du Cap-Vert, et n'avaient pas eu de malades avant leur entrée dans le fleuve. Mais à l'embouchure du Congo, officiers et matelots communiquèrent avec un navire négrier arrivant de la Havane, sous pavillon espagnol, avec un équipage d'Anglais se disant Américains. L'équipage du Congo fut d'abord infecté et communiiiua par contagion (dit le Hnpport) la maladie aux marins du transport la Dorothée.

La fièvre jaune a pris droit de cité à Sieira Leone où elle est devenue endémique pour éclater, de temps en temps, en bouffées épidémiques. Elle ne paraît pas pouvoir se développer spontanément sur les différents autres points de la côte d'Afrique.

En Sénégambie, c'est toujours de la côte plus méridionale qu'elle a été importée (Béreiiger-Féraud). En Guinée l'iniportation a eu plusieurs fois pour point de départ Sierra Leone. Cependant les îles de Loss ont été infectées par importation de Lagos.

En 1823, 1837, 1845, la maladie a été importée de Sierra Leone sur différents points de la Guinée. Elle atteignit toutes les îles du goHe de Guinée et même l'île de l'Ascension que ne purent protéger contre la contagion sa position extrêmement favorable au milieu de l'océan et la salubrité de son sol rocailleux. L'île de Sainte-Hélène est restée indemne jusqu'ici, mais elle ne peut être considérée comme inaccessible aux atteintes du typhus amaril.

La côte septentrionale du golfe de Guinée jusqu'aux bouches du Niger et à l'île de Fernando-Pô est, après la côte de Sierra Leone, la région où la fièvre jaune s'est le plus souvent manifestée.

Saint-Paul de Loanda et l'embouchure du Congo paraissent avoir été fréquemment infectés. Ce sont des foyers de traite de nègres en communications continuelles avec le golfe du Mexique. La fièvre jaune a fréquemment régné sur les navires de la flotte anglaise chargés de la répression de la traite (Dupont).

De 1823 à 1829, la fièvre jaune régna sur toute la côte entre la Gambie et Sierra Leone.

En 1829, deux navires de guerre anglais transportèrent la maladie de Sierra Leone à Fernando-Pô; on compta, au mois d'août de cette année, 77 cas dans, l'île et 39 victimes. La maladie reparut en avril 1830,

De 1831 à 1856, l'état sanitaire de la Guinée paraît s'être amélioré; la santé des équipages fut alors plus satisfaisante.

En 1837, la fièvre jaune e'clata avec violence à Sierra Leone et, par voie de mer, atteignit, en 1838, l'île de l'Ascension.

De 1859 à 1845, cette fièvre e'pidéniiqi)e semble confinée dans son foyer de Sierra Leone.

En 1845 et 1846, elle ravagea les équipages anglais.

En 1848, une épidémie enleva la moitié de la population européenne de Sierra Leone. De cette époque, la fièvre jaune semble devenue endémique sur tout le littoral de la Guinée. Presque chaque année les médecins de la flotte française signalent sa présence entre la Gambie et les embouchures du Niger et sur tous les établissements que l'on tente d'y fonder.

Nos comptoirs français de Grand-Bassam et Assinie furent visités par la fièvre jaune, en 1852, 1857, 1863. Dans l'épidémie de 1852, les trois quarts de la population européenne succombèrent; les noirs des villages voisins de Grand- Bassani, ceux du Sénégal et de la côte de Krou servant dans nos comptoirs, subirent les atteintes de la maladie (Huart). En 1863, sur 28 Européens composant la population blanche de Grand-Bassam, 21 succombèrent. La maladie dans cetle dernière épidémie avait manifestement été importée par une corvette française revenant de Saint-Paul de Loaiida alors infesté.

En 1862, la fièvre jaune fut importée de la Havane à Feriiando-Pô par le vapeur le Ferrol, parti le 10 juin de la Havane avec 200 noirs congos émancipés (Iglesias y Pardo).

De 1862 à 1866, la Côte d'Or et Fernando-Pô restent des foyers d'infection qui rayonnent douloureusement sur notre colonie du Sénégal, par importation maritime.

En 1866, le navire de commerce le Rosa del Turia part de la Havane et débarque à Fernando-Pô 200 criminels déportés. Une nouvelle épidémie de fièvre jaune éclate dans l'île et fait de nombreuses victimes (Iglesias).

En 1868, troisième importation du vomito de la Havane à Fernando-Pô par un navire, le Général Alava.

La fièvre jaune reste dès lors en permanence sur un grand nombre de points de la Guinée, tels que le cap Coast, Elmina. La dernière épidémie qui ravagea, en 1878, notre colonie du Sénégal, et fit périr 18 médecins de notre marine, n'a encore envahi notre possession que par suite d'une importation de la côte plus méridionale.

Ainsi actuellement le golfe de Guinée doit être considéré comme un foyer de fièvre jaune presque aussi redoutable que le golfe du Mexique, d'où cette maladie a été importée. Les foyers s'y rallument à des intervalles irréguliers et la propagation sur toute la côte par les voies commerciales est un danger incessant. On ne saurait donc jamais trop mettre en suspicion les divers points de la Guinée et les navires qui en proviennent.

Choléra. Le choléra épidémique n'a pas visité la Guinée. La carte de la distribution de cette maladie sur le globe laisse en blanc toute la côte occidentale d'Afrique située au sud de la Sénégambie. On ne peut toutefois espérer que la Gumée présente une immunité réelle l'elativement à cette maladie, quand on se rappelle combien le choléra a causé de ravages dans les populations indigènes du Sénégal et quand on pense aux invasions qu'il a faites sur la côte orientale du même continent.

Variole. Il n'est pas de maladie dont l'apparition cause une plus grande terreur aux populations de la Guinée, La variole a détruit, dans certaines

épidémies, plus des deux tiers des habitants de la côte de Bénin (W. Daniel!).

Du temps de la traite, elle enlevait parfois presque complètement des cargaisons d'esclaves. Vogel dans sa dernière expédition au sud du lac Tchad rencontra un campement de 4000 esclaves , la variole et la dysenterie s'abattirent sur ces malheureux et 500 à peine atteignirent Kouka (J. Rochard).

En IS2A, les Ashantis, après avoir battu sir Ch, Mac-Carthy, assiégèrent le fort de Cap-Coast, mais ils durent se retirer devant la variole et la dysenterie. En 1861, la variole ravagea la Côte d'Or (Ilorton). En 1864, elle sévit avec force sur la population de Grand-Bassam (Jubelin). En 1873, celte maladie dépeupla la ville d'Agoué, à la Côte des Esclaves, elle tua plus de 1300 habitants de cette ville. Il existe à Lagos un hôpital spécial pour les varioleux.

Aujourd'hui, grâce aux nombreuses vaccinations faites par les médecins français et anglais, la variole paraît avoir diminué dans la Guinée septentrionale, l'inoculation connue des habitants de la Sénégambie et de ceux de Sierra Leone est inconnue des côtes méridionales. La variole sévit fréquemment sur les populations de l'intérieur, le docteur Ballay la rencontra sous forme épidémique, en 1877, au milieu des populations de l'Ogowé.

La grippe épidémique a été observée sur les navires de la station du Gabon (Dumay).

La dengne ne doit pas être inconnue sur la côte de Guinée, cependant nous n'avons trouvé aucune indication d'épidémie de cette affection dans les auteurs que nous avons interrogés.

La rougeole n'était pas très-rare sur les navires négriers et y produisait une grande mortalité.

La scarlatine, que Lombard considère comme n'ayant pas atteint l'Afrique équatoriale, est citée par Ilorton comme observée sur la côte.

Maladies endémiques. La topographie et la climatologie de la Guinée expliquent su ffisamment l'intensité extrême de la malaria qui règne, d'une manière permanente, sur tous les points de cette côte. Toutes les formes de l'infection maremmatique y sont observées. La malaria puise ses sources dans deux sortes de terrains : dans les marécages et les forêts. Si les rideaux d'arbres sont une condition d'assainissement de quelques localités, une protection évidente de certaines autres contre les marécages voisins, les grandes forêts tropicales n'en sont pas moins pour ceux qui les habitent ou les traversent une source intense de fièvres.

Les hautes montagnes de la Guinée peuvent servir d'asiles protecteurs contre les invasions de la lièvre jaune, mais elles ne sont de véritables sanatoria pour les Européens qu'à la condition d'être largement déboisées autour des lieux habités. C'est l'oubli de celte condition ou l'habitation trop hâtive des refuges construits dans les montagnes couvertes d'épaisses forêts vierges, sur les terrains trop récemment défrichés, qui ont laissé des doutes sur l'avantage pourtant incontestable des hautes altitudes, en Afrique comme sur le reste du globe.

Toutes les formes de l'infection malarienne s'observent en Guinée. Les fièvres quotidiennes sont les plus fréquentes chez les Européens, les tierces chez les Indigènes et surtout chez les jeunes enfants. Le type tierce, assez rare actuellement chez les Européens, était très-souvent signalé par les anciens auteurs. Isert était atteint de fièvre tierce. Il est à remarquer que le type tierce, si difficile à vaincre, s'observait surtout à l'époque où les préparations de quinquina

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n'étaient pas employées ou l'étaient peu, et qu'il se montre actuellement de préférence sur les indigènes, chez lesquels le sulfate de quinine est plus rarement administré.

Les accès pernicieux sont fréquents, et l'on voit toutes les variétés de ces fièvres décrites par les auteurs classiques. La fièvre bilieicse mélanurique, cette forme d'infection malarienne si bien décrite par Bérenger-Féraud, et qui représente pour nous le plus haut degré de l'empoisonnement chronique par la malaria, s'observe sur toute la côte. Nous avons recueilli à Dabou des observations de cette redoutable pyrexie, si souvent suivie de rechutes ou de récidives. La lièvre bilieuse mélanurique de Dabou, de Grand-Bassam, est identique à celle que nous avons observée sur plusieurs points de la Sénégambie, semblable à celle que nous avons eue à combattre à Sainte-Marie de Madagascar. Dans les cas graves que nous avons eus à traiter à Dabou, les vomissements noirs incoercibles, les hémorrhagies qui accompagnaient ces accès, auraient pu nous faire penser à la fièvi^e jaune, si ces fièvres n'avaient eu, chez les mêmes sujets, des récidives qui ne s'observent jamais dans la fièvre jaune. Dans l'espace d'un an nous avons vu un soldat européen être atteint trois fois de fièvre bilieuse mélanurique très-grave.

De tous les noirs sénégalais faisant partie de la garnison d'Assinie, aucun n'était exempt de fièvre intermittente, Jubelin a même observé chez un d'entre eux des accès pernicieux. Nous avons constaté la même prédominance des fièvres chez les noirs Sénégalais de la garnison de Dabou, alors que les accès de fièvre étaient relativement rares chez les Kroumen engagés à notre service. Le tableau donné par Laveran {voy. art. A?(tagomsme), résumant l'histoire médicale de l'expédition anglaise faite sur le Niger, en 1841-1842, montre bien l'antagonisme existant, selon les races, relativement à la fièvre intermittente et les chances d'infection par la malaria auxquelles étaient soumis les marins noirs recrutés en Angleterre, soit relativement aux Européens, soit relativement aux noirs recrutés sur la côte. Les noirs recrutés en Angleterre furent atteints de fièvres intermittentes dans la proportion de 50 pour 100, tandis que les noirs l'ecrutés sur la côte n'eurent pas de fièvres et que les Anglais furent presque tous atteints. Quelques Arabes d'Alger faisant partie de nos troupes d'infanterie étaient presque aussi souvent malades que les Européens eux-mêmes, et nous fûmes forcé de rapatrier ceux qui ne succombèrent pas.

V anémie, suite de cachexie paludéenne, est une des formes d'infection qui nécessite le plus souvent le renvoi des hommes en Europe. L'anémie tropicale peut cependant avoir d'autres causes que le paludisme. Sur un jeune mulâtre qui rentrant de la côte de Guinée est venu succomber à l'hôpital de Gorée, quelques jours après son débarquement, nous avons trouvé une atrophie remarquable de tous les organes glandulaires, y compris la rate.

L'insolation s'observe assez souvent chez les Européens. Elle se complique des effets du paludisme et, lorsque les malades ne succombent pas dans les premières heures aux suites de la congestion cérébrale, les accidents prennent la forme des accès pernicieux et sont justiciables du sulfate de quinine.

La dysenterie est endémique sur toute la côte, souvent elle affecte la forme épidémique et ravage les populations. A la Côte d'Ivoire, la dysenterie nous a paru être la plus grande cause de la mortalité des Indigènes. Cette maladie est tellement redoutée des noirs qu'ils se considèrent comme perdus dès qu'ils voient survenir des selles sanglantes. De simples liémorrhoïdes suffisent pour

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leur inspirer cette frayeur. Les indigènes traitent la dysenterie par les astringents, qui réussissent assez bien dans les diarrhées ou dans les dysenteries Irès-legères, mais qui donnent presque toujours des insuccès dans les cas graves.

Les noirs de la côte septentrionale du golfe de Guinée emploient comme moyen préventif contre la dysenterie, des lavements composés d'une bouillie de piments [Amoinum gionum paradîsii) et d'huile de palme. Les noirs font pénétrer cette mixture dans le rectum à l'aide d'un procédé fort simple. L'instrument est une sorte de gourde ou calebasse [Cucurbila lagenaria) en forme de poire dont l'extrémité est allongée et qui est percée d'un trou à ses deux ^ixtrémités. La mixture pimentée est insufllée dans le rectum. A Dabou, cet usage est tellement répandu que, depuis le nouveau-né jusqu'au vieillard, chaque personne fait un usage à peu près qjuotidien de cette médication, qui nous a paru utile. Lorsque les noirs ont à faire un travail pénible, quand il s'agit, par exemple, de passer à la nage les brisants de la barre de la côte, ils ont recours à ce singulier stimulant avant d'entreprendre leur périlleux travail.

Cet usage est loin de s'étendre aux populations situées plus au nord de l'Afrique ; il est presque impossible de faire accepter la prescription d'un médicament par le rectum aux habitants des rives du Sénégal. On sait que les populations musulmanes ont toutes cette même répugnance pour ce genre de

remède.

L'hépatite est assez fréquente chez les Européens. Il est rare que ceux qui ont fait un séjour un peu prolongé sur la côte n'aient pas le foie hypertrophié et douloureux. La terminaison par suppuration de l'organe s'observe d'une façon relativement fréquente quelquefois chez les indigènes, plus souvent chez les Européens. Bourse a cité un cas d'abcès du foie qui s'est ouvert dans le péricarde. Le pronostic est plus favorable quand la suppuration se fait jour spontanément à travers le poumon ou l'intestin que lorsque l'abcès est ouvert à l'intérieur. Les succès que nous avons obtenus ou vu obtenir à la suite soit des ponctions, soit des larges ouvertures des abcès hépatiques, sont assez rares. La ponction capillaire du foie présente une innocuité chirurgicale remarquable, mais ne fournit pas, comme moyen thérapeutique, des résultats comparables aux ponctions de la plèvre dans la pleurésie. Les beaux résultats obtenus dans l'hôpital de Shang-Haï, par le docteur Slromey Litlle, par la combinaison de l'ouverture des abcès du ioie avec le bistouri et l'application de la méthode antiseptique de Lister, ceux que nous venons d'obtenir au Tonkin en imitant cette pratique avec succès dans trois cas sur quatre, ne laissent aucun doute; cette nouvelle méthode donnera, en Afrique, des résultats plus favorables que l'ancienne.

A'ous n'avons observé, à Dabou, qu'un seul cas de colique sèche. L'origine de ■cette maladie qui se compliqua d'accidents encéphalopathiques, puis de paralysie, était certainement saturnine. La colique sèche était souvent portée sur les états des malades du Gabon, mais son nom disparaît des statistiques depuis les travaux de Lefèvre sur l'identité de la colique sèche des pays chauds et l'empoisonnement saturnin. Les statistiques du docteur Iglesias yPardo sur l'hôpital de Fernando-Pô portent un certain nombre de maladies sous le nom de coliques végétales et d'autres sous le nom de coliques saturnines. Il est en effet certains cas de coliques sèches douloureuses dans lesquelles le plomb ne paraît pas pouvoir être incriminé.

GUINEE. 5-27

La fièvre, la dysenterie et l'hépatite forment la trilogie morbide qui fait, des Européens qui habitent la côte de Guinée, des valétudinaires aussi souvent couchés que debout.

Maladies sporadiqiies. Les trois maladies endémiques dont nous venons de parler remplissent presque exclusivement les colonnes des relevés des maladies des Européens. Les maladies sporadiques ou chroniques sont surtout observées sur les populations noires. Les affections thoraciques sont assez communes ; les bronchites simples fréquentes. Nous avons vu quelques pneumonies, rarement des pleurésies.

La phthisie pulmonaire s'observe assez souvent chez les indigènes. D'après W. Daniell, la phthisie est, avec la dysenterie, la plus grande cause de mort chez les naturels de la côte de Bénin. Livingstone a fréquemment observé la phthisie dans les peuplades qu'il a traversées. A Grand-Bassam et Assinie, sur 100 soldats noirs sénégalais, en vingt mois, 5 hommes sont morts de phthisie pulmonaire et 4 ont été renvoyés dans leur pays.

Les troupes noires anglaises de la Côte d'Or et de Sierra Leone ont une mortalité par phthisie pulmonaire de 6 pour 1000. Quelle est l'influence du climat de la Guinée sur la marche de la phthisie pulmonaire? Bien que l'attention ait été vivement attirée sur cette question par J. Rochard, qui conclut dans un savant mémoire à l'influence défavorable des pays chauds sur la marche de la phthisie pulmonaire, nous ne croyons pas que l'on puisse encore l'épondre nettement à la question ainsi posée. Les avis des médecins qui ont bien observé sur ces côtes sont tout à fait partagés. D'après Griffon du Bellay, Quétand, le cUmat du Gabon paraît favorable aux phthisiques. Lorsque la phthisie n'est pas avancée au moment de l'arrivée de l'Européen sur la côte, la marche de la maladie est favorable, et, ce qui est plus important, on ne voit pas se démasquer de nouveaux cas de phthisie dans les équipages de nos navires de guerre. D'après Iglesias y Pardo, Fernando-Pô serait très-défavorable aux phthisiques. Nous n'avons pas vu la phthisie suivre à la Côte d'Ivoire une marche rapide ; les quelques tuberculeux indigènes que nous avons vus à Dabou ne nous ont rien présenté de particulier dans la marche de leur maladie chronique et lente comme en France. D'après Winterbottom, la maladie serait plus commune dans l'intérieur que sur les côtes.

Le croup est rare, un cas a été observé par Winterbottom sur un enfant de Krouman.

La fièvre thyphoïde s'observe assez fréquemment à Fernando -Pô (Iglesias). On la trouve à la Côte d'Or (Lombard). Elle a été observée au Gabon et le diagnostic fut vérifié par l'autopsie (Dumay).

Les rhumatismes sont très-communs sur toute la côte. Les indigènes portent de nombreuses cicatrices des incisions et des ventouses qu'ils s'appliquent contre les douleurs rhumatismales ou névralgiques. Le lumbago était très-fréquent chez nos travailleurs indigènes de Dabou.

L'aliénation mentale est peu fréquente. Loin de laisser, comme on l'a dit, mourir de faim les aliénés, les noirs ont pour eux en général une sorte de respect, beaucoup de charité et une grande indulgence.

{l'alcoolisme est l'une des plaies des populations noires de la côte de Guinée.

L'idiotisme paraît assez rare. Cependant Winterbottom a vu deux ou trois idiots qui étaient en même temps atteints d'épilepsie. Cette dernière maladie

est assez fréquente pour avoir son nom dans les différentes langues des peuplades de la Guinée.

Le suicide est considéré chez les noirs comme infamant (Mereditli). D'après Monrad, dans les montagnes d'Aguapim, le suicide serait au contraire un titre d'honneur.

La maladie du sommeil possède des noms particuliers dans les différentes langues de la côte. Elle paraît plus commune dans l'intérieur du pays, plus fréquente chez les esclaves que chez les hommes libres, très-rare chez les enfants. Les marchands d'esclaves considèrent les tumeurs scrofuleuses comme une prédisposition à la maladie du sommeil (Winterbottom). Celte maladie est fatale en trois ou quatre mois. Le docteur Gauvin aurait cependant observé un cas de guérison chez un enfant de sept à huit ans, à Gorée. On a constaté la présence de la maladie du sommeil sur tous les points de la côte de Guinée : les esclaves de Bénin y sont très-sujets (Winterbottom). Elle a été observée par les médecins de la marine à Grand-Bassam, à Lagos, au Congo (Carlos), au Gabon (Griffon du Bellay), à la côte de Crow (Santelli), dans l'État de Libéria (Bacon), à Boulame (Mac-Carthy), à Loanda et dans les îles du golfe de Guinée, sur les navires transportant les émigrants de la côte d'Afrique aux Antilles (Danguis).

La maladie du sommeil peut affecter la forme épidémique. En 1870, la ville de Musura, au sud du Congo, ville propre, ordinairement saine, bien bâtie, sur un terrain sec, élevé, bien aéré, fut atteinte, sans cause connue, de la maladie du sommeil. En quelques mois, près de 200 habitants périrent, la ville fut évacuée et la maladie s'éteignit d'elle-même. Aux environs il n'y avait eu aucun cas (G. Menteiro).

La filaire de Médine ou dragonneau est aussi nommée avec juste raison ver de Guinée. Elle est beaucoup plus commune à la côte nord de Guinée qu'à Sierra Leone et qu'en Sénégambie. Elle fait quelquefois sur la Côte des Esclaves des ravages incroyables ; plus de la moitié de la population s'en est vue attaquée,, tellement qu'on craignait parfois que les bras ne vinssent à manquer pour travailler les cultures (Féris).

D'après Parkes, le chiffre annuel des atteintes par le ver de Médine aurait été sur 1000 hommes d'effectif, à la station anglaise du cap Coast, de 246 en 1860,. de 285 en 1861, de 115 en 1862. Le ver est ordinairement solitaire, mais on en a vu jusqu'à seize sur le seul sein d'une négresse. Les Européens n'en sont pas exempts. Isert fut atteint d'une filaire et ne s'aperçut de la présence de ce parasite que huit mois après avoir quitté la Guinée. Winterbottom a vu \xn marin atteint, un an après son départ de la côte d'Afrique. Les noirs admettent que ce ver vit dans l'eau et pénètre à travers la peau des membres inférieurs le plus souvent attaqués. Roupe cite un équipage allemand dont le tiers fut infecté de filaires pour avoir fait, dit-il, usage d'eau prise en Guinée. Winterbottom raconte le fait d'une personne habitant La Rochelle (en France) qui, n'ayant jamais été en Afrique, fut atteinte de dragonneau après avoir bu de l'eau d'un n-wire qui venait de la côte de Guinée.

Sous le nom de kraw-kraw, les médecins anglais enregistrent comme trèsfréquente une affection parasitaire qui parait due à la présence d'une filaire de très-petite dimension.

Le tœniaesl commun, mais moins peut-être qu'au Sénégal. Les indigènes le traitent par les graines du papayer {Papaya carica).

Les maladies de la peau sont Irès-fréqucntes. Le. psoriasis, Veczéma, Vherpès circiné, se montrent chez le noir et chez le blanc. Ce dernier est constamment atteint de bourbouilles [Lichen tropicus) et très-fréquemment de furoncles. La gale est extrêmement commune.

Les ulcères des membres inférieurs sont fréquents et parfois tellement graves que l'amputation devient nécessaire. A l'hôpital de Gorée^ nous avons été obligé d'amputer un sergent européen revenant du Gabon, atteint d'ulcères de la jambe. La fréquence plus grande de ces ulcères en Guinée qu'en Sénégambie leur a fait donner au Sénégal le nom d'ulcères de Guinée.

La lèpre se voit sur toute la côte. Les noirs amputés des doigts, des mains et des pieds, par la lèpre dactylienne, sont avec les aveugles les seuls mendiants que l'on rencontre dans ces pays, où le moindre travail suffit à assurer la subsistance de l'homme.

Les aveugles nous ont paru beaucoup moins nombreux qu'au Sénégal, La cataracte est fréquente dans la baie de Biafra (Daniell).

Véléphantiasis est très-commun. Les indigènes le considèrent comme héréditaire.

h'hydrocèle est très-fréquente, les hernies ombilicales sont très-communes. La gravelle est rare.

Les maladies vénériennes sont communes sur la côte, la blennorrhagie surtout. Le docteur Ballay a remarqué dans son voyage que la syphilis diminuait de plus en plus à mesure qu'il s'éloignait de la côte.

La scrofule est extrêmement fréquente chez les peuplades de la Guinée visitées par ce voyageur.

Le pian attaque les nègres de la Guinée. Jubelin l'a observé sur des enfants de deux à dix ans, à Assinie. Les indigènes traitent cette maladie avec des lotions de jus de citron et avec le suc astringent d'une Mimosée. Cette affection nous paraît d'origine syphilitique.

Béotien a décrit une affection connue au Gabon sous le nom à'Aboukoué et qui a beaucoup de rapport avec le pian, décrit par Rollet (de Lyon). Les Pahouins appellent celte maladie « mebarrha », c'est cependant le frambœsia de la côte du Calabar, ce serait le « yav » d'autres parties de la Guinée.

La circoncision est une pratique répandue chez un grand nombre des peuplades de la Guinée, où la religion musulmane n'a pas cependant encore pénétré. Sur la côte du vieux Calabar, l'excision d'une partie du clitoris et du capuchon des petites lèvres se pratique sur toutes les filles, aussitôt qu'elles ont atteint l'âge de la puberté. L'instrument est un rasoir et l'opérateur invariablement une femme. L'hémorrhagie complique rarement l'opération (Archibal d'Hévan). Sur la côte de Bénin, l'opération a lieu entre quatre et neuf ans. On pratique quelquefois l'occlusion des lèvres, surtout entre onze et douze ans, « pour conserver aux esclaves leur valeur ». Dans le golfe de Bcnin, la même opération sert à punir la prostitution des femmes de haute naissance.

L'apparition des menstrues a reçu, dans toutes les langues de la côte de Guinée, des noms rappelant la périodicité lunaire. La période menstruelle survient en effet, chez la négresse, après une durée de vingt-huit jours comme en Europe. La première apparition des règles aurait lieu à huit ou neuf ans, chez les femmes Eboes, selon Oldfield; de onze à douze ans dans le golfe de Bénin, selon Daniell.

Un usage curieux, commun à toutes les populations de la Guinée septen-

trionale et que les voyageurs ont retrouvé dans plusieurs contrées de l'Afrique, est celui de la séquestration des femmes, dans une partie de leur village, pendant la menstruation. Dans la lagune de l'Ebrié, une palissade entoure les cases réservées aux femmes dans cet état et l'entrée en est sévèrement interdite aux adultes et est défendue par de nombreux fétiches que notre qualité de médecin ne nous donnait même pas le droit de franchir.

Nous pouvons, avec Winterboltom et plusieurs des auteurs qui ont sérieusement écrit sur la côte d'Afrique, rejeter les préjugés médicaux relatifs à la parturition chez la négresse. Elle ne diffère en rien de ce qu'elle est dans les populations d'Europe. Si l'usage empêche les femmes de crier au moment de l'accouchement, elles n'en sont pas moins exposées aux mêmes souffrances et aux mêmes accidents que les Européennes. Il n'est pas rare de voir le travail durer vingt-quatre et trente-six heures. Parmi les signes de la grossesse chez la négresse, il liiut signaler une coloration blanc-cendré de la face et de la partie supérieure de la poilrine avec mélange de taches jaunâtres; enfin le brunissement de l'aréole du mamelon. Ce dernier signe est bien connu des indigènes ; il a, à leurs yeux, une valeur pathognomoniquc.

L'enfant à sa naissance n'est pas noir, mais fortement rougeàtre, avec un cercle noirâtre autour du nombril et la peau du scrotum plus foncée.

Les naissances gémellaires sont assez fréquentes et tantôt regardées comme un événement heureux, tantôt au contraire déterminent la condamnation à moit de la mère et des enfants.

Les difformités sont rares dans ces populations dont beaucoup mettent à mort, à la façon Spartiate, tout enfant né difibrme. Un soldat sénégalais qui avait à la main un doigt supplémentaire était un objet de scandale pour les indigènes de Dabou, qui exprimaient leur étonnement qu'on eût laissé vivre cet homme.

Les albinos ne sont pas l'objet de cette réprobation. L'albinisme est assez fréquent en Guinée. Tous les voyageurs disent avoir vu des albmos. Ceci provient de ce que ces nègres blancs ne manquent jamais d'être présentés aux voyageurs européens par leurs compatriotes comme un objet de curiosité. Le nom donné aux Européens est souvent celui qui sert à désigner ces nègres dépourvus de pigment. Le teint blafard, laiteux, les cheveux rouges, s'harmonisent mal avec les traits africains, nous avons trouvé hideux les albinos africains qui nous ont été présentés et toujours été peu flatté des rapprochements faits par les assistants entre les albinos et nous-même. Geoffroy de Villeneuve dit qu'il existait en 1786, dans le voisinage de Corée, une famille nègre dans laquelle l'albinisme était héréditaire.

Les traumatismes présentent, comme dans la plupart des régions tropicales, une tendance remarquable vers la guérison. Les opérations réussissent facilement et promptement. Le tétanos est la complication la plus à craindre. Un fait bien remarquable, c'est l'inégalité pour les blessés, du danger de mort par tétanos selon la race. Beal cite le fait suivant : après la bataille de Dialmalh, on apporta à Saint-Louis (du Sénégal) 150 blessés environ, dont une centaine d'Européens et une cinquantaine de noirs. Sur ces derniers, 7 ou 8 eurent le tétanos du troisième au cinquième jour et moururent; pas un seul Européen n'eut le tétanos.

Les blessures faites par les indigènes présentent ceci de particulier que leurs armes à feu sont plus fréquemment chargées de pierres, de fragments de fonte,

de fer ou de cuivre, que de plomb, ce qui rend l'extraction des projectiles parfois très-difficile et complique le diagnostic des plaies.

L'amputation de l'avant-bras est pratiquée par les indigènes de Fernando-Pô comme châtiment de l'adultère. On voit dans les rues de Clarence des femmes ainsi mutilées. L'hémorrliagie artérielle est arrêtée par le fer rouge le plus souvent, quelquefois en plongeant le moignon dans de l'huile bouillante.

IX. Morbidité et mortalité. Les documents imparfaits que l'on possède sur l'état sanitaire de quelques points de la Guinée ne permettent pas d'établir les lois générales de la morbidité ou de la mortalité dans cette vaste région. Nous dirons seulement ce qui est aujourd'hui connu sur quelquesuns des points de cette partie de la côte d'Afrique. Nous suivrons l'ordre géographique.

La lecture des écrits des voyageurs à la côte de Guinée montre que, de tout temps, l'insalubrité des différents points de cette côte a été considérée comme excessive. Les efforts des Fiançais pour s'établir en Guinée eurent peu de succès, dit Isert : « en 1744 ils commencèrent à bâtir un fort à Anamabou, dans le voisinage de Christiansborg; en un an, les deux tiers des ouvriers étaient déjà morts ». Labarthe, qui écrivait au commencement de ce siècle, parle des nombreuses fièvres putrides qui régnent à la Côte d'Or. « Le tiers de la garnison du fort de la Mine est toujours à l'hôpital, dit-il. La cour de ce fort est carrelée et sert de sépulture aux gouverneurs généraux ; on n'y fait pas un pas qu'on n'y foule aux pieds une épitaphe ».

La réputation d'insalubrité de la côte de Bénin est proverbiale chez les marins et une vieille chanson des matelots anglais dit : « Prends garde à la baie de Bénin : on y entre vingt, il en sort un ». Lorsque l'île de San-Thomé appartenait à la Hollande, « il y mourait tant de monde, dit M. Bosman, qu'en Europe on appelait cette île le cimetière des Hollandais ».

On ne peut faire de statistiques probantes avec des chiffres aussi faibles que ceux fournis par les petites garnisons européennes de nos possessions de la .Côte d'Ivoire. De ce que les 15 Européens qui habitaient avec nous le fort de Dabou ont fourni, en un an, 105 entrées à l'infirmerie pour fièvres paludéennes, nous ne pouvons, sous peine de tomber dans les erreurs dont on accuse si souvent les statistiques médicales, donner un chiffre exprimant la morbidité des Européens dans cette région. La haute insalubrité de ce comptoir reste seule en évidence, mais elle ne peut être représentée par un chiffre. De ce que, au moment 011 une épidémie de fièvre jaune détruisait, d'une manière presque complète, la garnison des postes de Grand-Bassara et d'Âssinie et les équipages des avisos français de la lagune de l'Ebrié, l'état sanitaire de Dabou est resté bon, est-on en droit de conclure à la supériorité sanitaire réelle de cette dernière localité en lemps d'épidémie? S'il est digne de remarque que des hommes contaminés ont pu venir mourir à Dabou, sans infecter la garnison, alors que pas un Européen ne pouvait mettre le pied à Grand-Bassam, sans être promptement atteint, rien ne permet d'aflirmer qu'à une autre époque les faits se passeront de la même manière. ' ■

Au moment de la création du poste de Dabou, en octobre 1855, le premier groupe d'Européens débarqués dans ce comptoir se composait de 9 hommes : un lieutenant, un médecin, un sergent, un caporal et 4 soldats. Huit mois après 3 soldats étaient morts. Le médecin, le sergent et un soldat étaient renvoyés en France pour maladie. Le soldat succomba en route; le médecin Bérenger-Féraud,

père du futur historien de la pathologie de la côte d'Afrique, mourut des suites d'un abcès du foie en arrivant à Toulon, Des trois Européens restés à Dabou, le lieutenant et le dernier soldat mouraient six mois plus tard. Le caporal succombait l'année suivante. De sorte qu'un seul Européen, le sergent, échappa à la mort, grâce à son départ pour la France. Ce triste épisode s'est passé en dehors de toute influence épidémique. Il serait, hélas! facile d'en citer de semblables pour les différents comptoirs de la Guinée.

Le poste de Dabou est cependant considéré comme moins insalubre que les postes voisins. Ce qui résulte évidemment de sa situation topographique.

Les postes de Grand-Bassam et d'Assinie présentent une haute insalubrité. D'après Forné, la fréquence des fièvres y varie selon les mois de 38 à 87 pour 100 des hommes de la garnison. Mais c'est bien plus le caractère de gravité des fièvres que leur nombre qui démontre l'insalubrité des postes que la France a abandonnés et va reprendre.

L'insalubrité du Cape-Coast Caslle est depuis longtemps signalée. Norris cite, comme les époques ayant été les plus fâcheuses dans le dernier siècle, les années 1755 et 1750. Le gouverneur Melville et la plupart des Européens périrent. Les années 1765 et 1709 furent si funestes « qu'il resta à peine assez de vivants pour enterrer les morts » (Lind).

Les possessions anglaises de la Côte d'Or étaient d'une effrayante insalubrité, avant que les Anglais eussent renoncé à y entretenir des troupes blanches. C'est ainsi que Athy, pharmacien et lésident anglais à la Côte d'Or, rapporte que, entre le i" janvier 1812 et le 1" avril 18!25, 95 officiers arrivèrent à la Côle d'Or ; 4 moururent, 4 furent tués dans un combat, 4 restèrent sur la côte, et 28 retournèrent en Angleterre ; 9 de ces derniers avaient quitté la côte avant 1816. Le sort des 15 autres n'est pas indiqué.

Du mois d'avril 1822 au même mois de 1825, 111 individus débarquèrent sur la côte, savoir: 77 olficiers militaires, 21 marchands, 8 femmes, 5 enfants; 55 périrent, 4 furent tués, 1 se suicida, 26 partirent du pays, 15 survécurent. Parmi les morts on comptait: 55 militaires, 17 particuliers, 5 femmes, 2 enfants.

Le chirurgien en chef Swiney rapporte que, depuis décembre 1825 jusqu'à septembre 1826, 529 Européens et 100 Africains furent admis à rhô[iital du cap Coast. 52 Européens succombèrent et seulement 2 Africains. Mortalité relativement peu considérable, surtout si l'on considère la saison traversée. Ces slalisli(jues ne font malheureusement aucune distinction entre les maladies épidémiques et les maladies endémiques. Elles correspondent à des périodes pendant lesquelles la fièvre jaune fit certainement des apparitions.

Voici d'après le StatisticcU Pieport of Ihe Army Médical Department, publié en 1865, quelle a été la proportion des morts dans les troupes noires qui formèrent les garnisons de la Côte d'Or, pendant quatre années :

En 1839 et 1860 16,89 pour 1000 hommes.

En 186)J 42,64 —

En 1862. 28,74 —

Le tableau suivant montre la mortalité de ces troupes dans cette période de quatre années et les causes de cette mortalité. On pourra le rapprocher du tableau analogue que nous avons donné pour Sierra Leone [voy. ce mot).

PROPORTION DES ENTRÉES AOX HÔPITAUX ET DES MORTS, SUR 1000 HOMMES DE GARNISON DANS UNE PÉRIODE DE QUATRE ANNÉES (1859-1862) (tROUPES NOIRES)

Maladies. Entrées. Morts.

Miasmatiques , 105 4,96

Diathéfiques -44 »

Parasitaires 225 »

Tuberculeuses .S 5,51

De l'innervation 12 5,51

De la respiration et de la circulation. . , 29 i,96

De la dige^tion 24 2, 47

Génito-urinaires 9 »

De la locomotion 12 »

De la peau 99 »

Cliirurgicales (il 7,44

La mortalité des troupes noires anglaises, à la Côte d'Or, dépasse donc 26 pour 1000. Ce chiffre est extrêmement considérable. La mortalité dans les armées européennes n'est en Europe que de 10 pour iOOO environ, d'après L. Colin. La Côte d'Or est donc fort insalubre pour la race nègre elle-même.

L'expédition anglaise contre les Aschantis, en 1874, fournit des chiffres qui traduisent les effets du climat de la Guinée sur les Européens, sur les noirs étrangers an pays, provenant des Antilles et sur les noirs indigènes. Bien que l'expédition eût été très-rapide et faite dans les conditions médicales les plus favorables, elle permet de reconnaître très-nettement l'influence du climat de la Guinée, selon les l'aces.

.mortalité et morbidité DES TROUPES ANGLAISES DANS l'eXPÉDITION CONTRE LES ASCHANTIS

(janvier et février 1874)

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