‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.47Chapitre 79 sur 126 · SUR 100 MALADES · texte numérisé non relu

SUR 100 MALADES

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Les officiers ne sont pas compris dans cette statistique. La mortalité a été des plus faibles dans cette guerre que lord Derby qualifia avec tant de justesse : « une guerre d'ingénieurs et de médecins ». Grâce au rôle prépondérant joué dans cette expédition par les médecins anglais qui s'appuyaient sur une grande connaissance des conditions climatologiques du pays, celte guerre a démontré ce que peuvent ajouter aux chances de succès militaires la connaissfince et le respect des lois de l'hygiène (Rochefoi't) . L'expédition s'est .faite pendant la bonne saison.

Les conséquences que nous voulons faire ressortir ici sont relatives surtout à

l'influence très-différente des maladies selon les races et les provenances des individus. Les fièvres paludéennes attaquèrent avec une force très-inégale les blancs et les noirs. Les soldats noiis provenant des Antilles anglaises furent deux fois moins souvent atteints que les Européens et le furent deux fois plus que les indigènes.

La dysenterie et la diarrhée frappèrent avec une intensité à peu près égale les noirs et les blancs. Il faut toutefois tenir compte du grand nombre d'évacuations des soldats européens qui, dès les premières atteintes, étaient renvoyés en Angleterre, tandis que les noirs des Antilles restèrent dans le pays jusqu'à la fm de l'expédition. Les noirs indigènes gravement malades étaient renvoyés dans leurs villages, mais ils ne l'ont été que dans la proportion de iO pour 100, tandis que les Européens évacués furent au nombre de 59 et 45 par 100, selon les corps.

X. Etat sanitaire selon les saisons. La génération des maladies endémiques, à la côte d'Afrique, dérive essentiellement de la constitution du sol- L'insalubrité d'une localité tient au dégagement du miasme paludéen et lui est proportionnelle. Les éléments d'infection sont plus nombreux dans les localités oîi il y a mélange d'eau douce et d'eau salée, oià les vases découvrent à mer basse, où les sables arrêtent les cours des ruisseaux.

La transition d'une saison à l'autre favorise le développement des effluves terrestres. Au début de la saison pluvieuse, le sol desséché s'humecte. Il y a revivification des débris végétaux et putréfaction des produits organiques qui recouvrent le sol. A la fin de cette saison la terre dégage des vapeurs abondantes, la vase des marais est mise à nu. Dans le milieu des saisons, l'infection est moindre, les marais sont noyés ou complètement à sec.

S'il y a quelque perturbation dans la marche des saisons, si des pluies irrégulières, avec orages, viennent, dans la saison sèche, renouveler les phénomènes de l'humectation du sol, sans être assez abondantes pour noyer complètement tous les éléments de fermentation, les fièvres se développent exceptionnellement. Telle est l'opinion généralement admise sur la salubrité, selon les saisons, en Guinée. Cette opinion n'est pas justifiée par l'examen attentif des faits. Les auteurs des rapports que nous avons consultés se trouvent presque toujours forcés de considérer les années de leurs observations comme exceptionnelles. Si nous examinons les statistiques des malades dans nos postes français de la Côte d'Ivoire et du Gabon, nous voyons les variations de l'état sanitaire suivre une marche autre que celle indiquée par la théorie.

Les saisons sèches de la Guinée ne sont pas véritablement assez sèches pour jamais détruire l'influence pernicieuse des marais. Ces saisons fournissent des fièvres comme les hivernages.

Il y a de grandes contradictions entre les divers observateurs qui ont passé dans nos postes français de la Guinée. Le plus grand nombre d'entre eux affirment que dans l'hivernage les fièvres sont les plus nombreuses, mais quelquesuns ont prouvé que cette loi n'avait rien d'absolu et que la petite saison sèche était souvent l'époque où le caractère des fièvres présentait la forme la plus funeste. C'est quelquefois même pendant la grande saison sèche que les fièvres revêtent leur plus dangereux caractère de gravité. Ainsi, au mois de janvier 1861, au poste de Dabou, sous l'influence d'un vent de terre persistant pendant plusieurs jours, nous avons vu tous les soldats du poste atteints simultanément de fièvres très-graves; plusieurs cas furent des accès de fièvre bilieuse mélanu-

GUINÉE. î'55

rique. Jamais, dans les dix-huit mois de notre séjour à Dabou, les fièvres n'ont eu une gravité comparable à celle de ces fièvres observées à l'époque réputée la plus salubre de l'année.

D'une année à l'autre, il y a de grandes variations dans l'état sanitaire des Européens à la Côte d'Ivoire. Pour les médecins anglais, la meilleure saison est la grande saison sèche; c'est au milieu de la grande saison sèche que s'est faite l'expédition si heureuse entre les Aschantis.

Les dysenteries se montrent avec une fréquence à peu près égale dans tous les mois de l'année, mais très-inégale d'une année à l'autre. La dysenterie et l'hépatite nous ont paru être, en Guinée bien plus des maladies sporadiques dues aux refroidissements et par conséquent d'origine météorique que des affections telluriques. Chez les indigènes, la dysenterie nous a semblé soumise aux mêmes causes apparentes que les affections thoraciques. D'après Ilorton, la grande saison sèche est pour les indigènes l'époque des affections thoraciques et de la dysenterie, tandis que les fièvres paludéennes les plus nombreuses et les plus graves coïncident, à la Côte d'Or et dans la baie de Bénin, avec le milieu de la grande saison des pluies.

On possède pour la ville de Lagos les nombres mensuels des décès des indigènes pendant cinq années, de 1868 à 1873. Ces décès, au nombre de 5826, se sont répartis sur les différents mois de l'année, comme il est indiqué dans le tableau suivant, dans lequel nous avons eu soin de porter tous les mois à trente et un jours.

RÉPARTITION MENSUELLE DES DÉCÈS DANS LA POPULATION NOIRE DE LAGOS SUR 1200 DÉCÈS PAR AN, IL Y A EU :

En Décembre 101 décès.

Janvier 118 —

Février 129 —

Mars 98 —

Avril 105 —

Mai 110 -

Juin 107 —

Juillet 102 —

Août 83 —

Septembre 83 ^

Octobre 18 —

Novembre 84 —

ToT.u 1200 décès.

Cette statistique s'appuie sur un chiffre suffisant de décès pour nous donner la loi de la mortalité, selon les diverses époques de l'année. Janvier et février sont les mois de la plus grande mortalité. Les mois d'août à novembre, si redoutés des Européens, présentent au contraire une mortalité inférieure à la niovenne mensuelle 100. En se rappelant ce que nous avons dit du climat de la côte septentrionale du golfe de Guinée, on voit que c'est précisément au milieu dé la grande saison sèche que les indigènes succombent le plus souvent. Or c'est, d'une manière incontestable, la bonne saison pour les Européens, celle qui a été choisie, comme nous le disions plus haut, pour l'expédition contre les Aschantis. 11 y a donc, à la côte de Guinée, antagonisme entre la mortalité des indigènes et celle des Européens. Mais la mortalité générale dépend autant de la mortalité des enfants que de celle des adultes : or il y a souvent de grandes

différences dans les lois de la mortalité selon les âges. C'est ainsi qu'en Sénégambie il y a contraste entre la mortalité des adultes indigènes et celle des Européens adultes. Sous rinCluence du paludisme l'époque de la plus grande mortalité des Européens est aussi celle de la plus graude mortalité des enfants. Peut-être des documents plus complets sur la Guinée nous fourniraient-ils des résultats analogues à ceux que nous avons indiqués dans notre livre sur les maladies du Sénégal.

En 1805, Nicholl affirmait que la saison pluvieuse est, à la côte du vieux Calabar, celle que les naturels considèrent comme la plus saine. Cette afûrraation étonne à tort le traducteur qui se rapportait aux faits contradictoires relatifs aux Européens.

Les chiffres des décès de ces derniers, à Lagos, sont trop faibles (45 en cinq ans) pour nous donner la loi de la mortalité mensuelle chez les Européens, mais l'antagonisme entre les deux races n'en existe pas moins, au moins pour les adultes, car, la statistique ne portant pas sur la population entière, il n'est pas possible de savoir si la mortalité des enfants n'est pas, comme cela se présente souvent dans les régions palustres, tout à fait opposée à celle des adultes.

Les documents les plus précis sur l'état sanitaire du Gabon nous sont fournis par Griffon du Bellay, médecin en chef de l'hôpital (lottant la Caravane. Ces documents portent sur quatre aunées (1859 à 1863) et sur deux groupes d'Européens, l'un de 120 à 135 marins, formant les équipages des navires résidant dans l'estuaire du Gabon, l'autre de -45 hommes, soldats ou civils, formant la population blanche de notre colonie. Nous avons, à l'aide de ces documents, établi le tableau suivant dans leqliel tous les mois ont été portés à trente et un jours et l'effectif de chacun des deux groupes d'Européens à 100 hommes.

ÉTAT SANITAIRE DU GABON (hORS LE TEMPS d'ÉPIDÉMIe) NOMBRE DES ENTRÉES A l'hÔPITAL POUR MALADIES ENDÉMIQUES

Sur Sur

100 malins ItO Européens»

en rade. à iwie,

/ Décembre 15 9

Petite saison sèche . . . , ) Janvier 14 i'î

{ Février U 24

( îlars 15 0

Petit hivernaije | Avril 14 20

( Mai 7 2

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Grande saison sèche. . . . } Juillet 13 7

[ Août 9 56

( Septembre 8 22

Grand hivernage ) Octobre fi 11

( IN'ovembre 6 14

Année I2a 200

Les conclusions à tirer de ces chiffres sont très-significatives. On voit d'abord la haute insalubrité de l'habitation à terre, puisque la morbidité y est de 200 pour 100, alors qu'elle n'est que de 125 pour 100 sur les navires mouillés eu rade. Un certain nombre d'hommes qui ne descendaient presque jamais à terre ont même échappé complètement à l'infection paludéenne. Personne à terre ne fut épargné.

En rapprochant le tableau ci-dessus du tableau analogue qui termine l'article que nous avons consacré à la Sénégambie {voij. ce mot), on voit que l'état sanitaire du Gabon, même en rade, est plus mauvais que celui des villes de Saint- Louis et de Gorée.

En rapprochant les données de ce tableau des données météorologiques insérées plus haut, on remarque que, sous le climat à température très-uniforme du Gabon la loi que nous avions trouvée en Sénégambie ne se montre plus avec la même évidence. Cette loi établissait que l'insalubrité d'un point quelconque de îa Sénégambie augmente ou diminue très-régulièrement avec la température moyenne mensuelle. Au Gabon, le mois le plus favorisé, sous le rapport sanitaire (relativement aux Européens), est le mois de mai, le plus chaud. Viennent ensuite les mois de juin et juillet, qui sont frais, puis les mois d'octobre et novembre. Les données relatives au Gabon ne confirment donc pas la loi trouvée en Sénégambie. 11 est vrai que leur valeur absolue est moindre que celle des documents recueillis au Sénégal, qui portent sur un chiffre beaucoup plus considérable d'Européens et sur un plus grand nombre d'années.

Si nous nous reportons à ce qui a été dit du régime des pluies et des saisons du Gabon, nous ne trouvons aucune liaison bien évidente entre l'état sanitaire et la fréquence ou l'abondance des pluies. Le mois de janvier, qui a fourni le plus de malades, à bord comme à terre, appartient à la jjetite saison sèche. Les mois d'août et de septembre qui viennent ensuite, dans l'ordre de l'insalubrité, appartiennent à la grande saison sèclie, à l'époque où les marais devraient être desséchés, d'après la théorie généralement admise et dont nous avons parlé plus haut.

La direction des vents joue un rôle de premier ordre dans l'état sanitaire des localités. Les vents réputés salubres pour certains comptoirs peuvent être, au contraire, très-nuisibles à l'état sanitaire des navires mouillés devant'ces comploirs. A Lagos, dans les mois de décembre, janvier et février, lorsque le vent souffle de terre avec force, en traversant les marais, il infecte les navires à l'ancre, précisément au moment oij l'état sanitaire des Européens est le moins mauvais sur la côte. Les époques les plus favorables aux habitants des comptoirs ne sont donc pas toujours celles que devront choisir de préférence les navires pour aborder ces comptoirs. Les capitaines devront tenir compte de la position du mouillage qu'ils auront à choisir et de son exposition par rapport au vent dominant de la saison.

La plupart des considérations précédentes sont relatives aux maladies endémiques et surtout aux fièvres d'origine palustre. Ces considérations perdent leur valeur, s'il s'agit de la fièvre jaune. L'apparition de la fièvre jaune, en Guinée, n'est pas soumise aux lois climatologiques mais à celles de toutes les maladies infectieuses et contagieuses. L'importation joue le rôle le plus considérable dans l'apparition de la fièvre jaune sur ces côtes. La saison sèche, pendant laquelle le Sénégal jouit d'une immunité relative contre la fièvre jaune, ne s'oppose en rien, sur la côte de Guinée, à l'évolution épidémique de cette maladie. Ce qui s'explique assez bien par la siccité remarquable du Sénégal pendant cette saison, tandis que, en Guinée, la sécheresse n'est jamais que très-relative.

Tout ce que nous venons de dire s'applique à la Guinée septentrionale. Les documents s'occupant de la partie de la Guinée située au sud de l'équateur sont trop incomplets pour donner des notions positives sur la salubrité des diverses époques de l'année dans les possessions méridionales. Cependant tous les rap-

ports des navires de guerre de la station navale française de la côte d'Afrique s'accordent à reconnaître que l'hivernage est partout, au point de vue sanitaire, la mauvaise saison, et que la sécheresse, d'autant plus prononcée que l'on descend vers le sud, lait de la saison privée de pluie une époque très-favorable à la santé des équipages des navires qui croisent devant le Congo et sur les côtes d'Angucla et de Mossame'dès.

XI. Etat samtaiue selon lks localités. Si l'on veut n'avancer que des faits bien démontrés, il est difficile d'indiquer, d'une manière précise, quelle est la salubrité relative des divers points de la Guinée. Les statistiques médicales portent sur des chiffres trop faibles pour que les résultats soient comparables entre eux. Les jugements portés par les auteurs ne sont pas tous impartiaux ; ils ont parfois subi l'influence des rivalités existant entre les différents centres commerciaux. C'est ainsi que les habitants de Sierra Leone ont cru avoir intérêt à exagérer l'insalubrité de la Côte d'Or et de l'île de Fernando-Pô. Les médecins des navires de guerre français ou anglais croisant sur ces côtes ne peuvent juger que d'une manière bien imparfaite de l'état sanitaire de localités dans lesquelles ils passent seulement quelques jours, ;i dos époques différentes. L'aspect topographique des localités a servi le plus souvent de base aux appréciations contenues dans les rapports médicaux. 11 sera de toute nécessité pour ceux qui, dans l'avenir, voudront étudier cette intéressante question, de diviser l'étude de l'état sanitaire des comptoirs européens en deux parties. Il faudrait faire connaître l'état sanitaire hors le temps d'épidémie de fièvre jaune d'une part, et d'autre part la gravité des périodes 'épidémiques. Dans ces derniers cas, nous ne croyons pas qu'il y ait de grandes différences entre les divers points de la côte d'Afrique. Les îles basaltiques africaines comme Corée, les îles de Loss, Fernando-Pô et même de l'Ascension, ont été ravagées par la fièvre jaune avec autant d'intensité que les pays bas et marécageux et les voisinages des embouchures du iNiger et du Congo. Devant la fièvre jaune, toutes ces régions sont également funestes. Seules les hautes altitudes conservent leur supériorité sanitaire, et encore cette supériorité n'a-t-elle pas été suffisamment établie par les faits, les sanatoria n'ayant été établis nulle part, à la côte d'Afrique, d'une manière convenable et complète.

Hors le temps des épidémies, les diverses parties de la Guinée peuvent se anger, au point de vue de la salubrité, dans l'ordre suivant.

Les îles maritimes sont les plus favorables aux établissements des Européens. Malgré l'assertion de Boyle qui paraît s'être fait l'écho d'une opinion intéressée, l'état sanitaire de Fernando-Pô est bien supérieur à celui de Sierra Leone et des différents points de la terre ferme voisine. Les Portugais admettent une incontestable supériorité de San-Thomé et d'Annobon sur l'île du Prince, Cette différence s'expliquerait par des différences climatologiques. Annobon est baignée par le courant équatorial, l'île du Prince se trouve dans le courant du golfe, et San-Thomé, dans une position intermédiaire, est influencé par l'un ou par l'autre courant, selon la saison. Or le courant équatorial est plus froid de 5 à G degrés que le courant du golfe. De là un peu plus de fraîcheur pour les îles les plus méridionales. La plus légère différence de température constitue, sous ces latitudes brûlantes, une différence essentielle dès qu'il s'agit de l'état sanitaire des Européens.

Les maladies sont d'ailleurs les mêmes dans toutes ces îles. Les fièvres intermittentes y sont moins communes que sur la côte voisine. Les affections inflain-

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matoires de la poitrine, les rhumatismes, y sont fréquents chez les indigènes (W. Daniel!). Des équipages ont pu faire de longues stations devant ces îles sans avoir de malades, alors qu'il suffisait d'un court séjour des mêmes navires sur les côtes voisines pour que leurs marins fussent tous atteints de fièvres.

La Guinée méridionale, vers son extrémité inférieure, est incontestablement moins malsaine que le fond du golfe. L'embouchure du Congo est très-redoutée des marins.

L'estuaire du Gabon paraît être le point le moins insalubre de la Haute- Guinée; vient ensuite la Côte d'Ivoire, puis la Côte d'Or. La Côte des Esclaves présenterait le plus haut degré d'insalubrité, si les embouchures du Niger et le fond du golfe de Bénin ne méritaient, sans conteste, leur mauvaise réputation.

En se rappelant la description topographique que nous avons donnée du littoral, on voit que l'insalubrité ordinaire des diverses localités est en raison directe de la puissance et de l'étendue des causes de malaria. Nous l'avons dit, devant la fièvre jaune, tous ces pays jouissent d'une triste égalité.

Comparant l'état sanitaire de la Guinée à celui des contrées voisines, on peut dire que, si la fièvre jaune n'avait pris droit de domicile à la côte de Sierra Leone, ce dernier pays serait moins insalubre que la Guinée. La Gambie et le Sénégal sont loin d'offrir, pour la race blanche, la même intolérance que la Guinée. Les mulâtres et les noirs Sénégalais redoutent autant que les Européens du Sénégal les voyages et les missions au bas de la côte et surtout à la grande côte, comme ils appellent la Guinée. Ce que nous avons dit de la topographie des lieux et de la durée des hivernages, pendant lesquels les influences morbides agissent avec tant d'intensité sur les étrangers, rend suffisamment compte de ces différences très-accentuées.

Si les documents étaient suffisants pour permettre une comparaison entre la constitution médicale de la Guinée et celle de l'intérieur de l'Afrique, nous ne doutons guère que l'avantage fût tout pour l'intérieur du pays. Meredith et Dupuy disent que l'intérieur de Dahomey est extrêmement sain dans ses parties élevées. Les maladies des voyageurs ont toujours été contractées dans les régions basses et humides de la côte. Le sort des explorateurs africains nous renseigne mal sur l'état sanitaire de ces contrées. Les explorations se sont faites principalement dans les bassins inférieurs des fleuves. Sur environ quarante voyageurs, plus des deux tiers ont succombé, victimes des maladies ou de l'hostilité des indigènes. Ce dernier danger est celui que l'on doit le moins redouter. Sur la côte de Guinée sont venus mourir de nombreux pionniers de la civilisation. Rappelons les noms de Mongo-Park, Clapperton, Nicholi, Belzoni, Lander, Coulthurst ; deux seulement sont morts par suite d'altaques des indigènes : Mungo-Park, assassiné à Boosa, et Lander, qui mourut des suites de ses blessures à Fernando-Pô. On trouve aussi dans cette île les tombes du capitaine Bird Allen et du botaniste Vogel. A. Borius.

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GtlSARD. 543

SiERTv^ Leo!sè ; un grand nombre des ouvrages cités à ces articles s'occupent aussi de la Guinée. A. B.

GUimÉE (Nouvelle-). Voy. Papouasie.

OvmGUirv. Sous ce nom, Mérat et de Lens signalent de « très-petites (leurs desséchées, inodores, insipides, que l'on emploie en Chine pour remédier aux urines rares et épaisses, probablement dans les hydropisies. Elles sont grisâtres, à 5 lobes au calice, apétales, à étamines monodelphes, ou peut-être dioïques. » Pl.

Bibliographie. — Mkrat et de Lens. Dicl. Mat. méd., 111, 440. Pl.

GUIT^MA. Nom donné à une écorce du Brésil, d'une saveur désagréable, amère et un peu astringente. Quelques auteurs l'ont désignée sous le nom de Cortex China Bragil, quoiqu'elle n'ait pas de rapport avec les vrais quinquinas. Pl.

Bibliographie. — Mérat et de Lens. Dicl. Mat, méd., \\\, 440. Pl.

GUIOT (Daniel). Chirurgien suisse fort méritant, né à Pragelas, en 1704, mort en 1780. Il avait été associé de l'Académie royale de chirurgie. « Guiot, dit Sennebier, eut une pratique heureuse et considérable; sou génie dirigeait sa main et dictait ses conseils; il s'est surtout distingué dans l'art des accouchements ».

On lui doit les travaux suivants :

l. Mémoire histoi-ique sur l'inoculation de la petite vérole pratiquée à Genève depuis te mois d'octobre 1750, jusqu'au mois de novembre 1752, inclusivement. In Méni. de l'Acad. de chir., t. II, p. 552-5(32, iii-4", 1755. — II. Observation de polype utérin. Ibid., t. 111, p. 543, 1757. — 111. Essai sur les remèdes émoUicns. In Prix de VÂcad. de chir., t. 11, p. 45, in-4°, 1757. —IV. Mémoire sur les anodyns. Ibid., p. 157. — V. Lettre à M. Levret sur l'usage du forceps courbe dans les accouchements, signalée par Guérard, dans la Bibliographie de la France, t. III, p. 457. A. C.

GUISARD (Piehre). Docteur en médecine de l'Université de Montpellier, naquit à Salle dans les Gévennes, en 1 700. Né d'une famille protestante, il fut élevé dans la même reUgion. 11 fit ses études dans le collège des jésuites à Montpellier, et son goût pour la médecine s'étant déclaré de bonne heure, il prit ses de^^rés dans l'université de celte ville. Il alla ensuite prendre des leçons de pratique sous son père, Antoine Guisard, docteur en médecine, qui fut un habile praticien, et ne le quitta que pour exercer sa profession à Saint-Hippolyte, où la ville lui faisait une pension ; le désir de se perfectionner dans son art le détermina à aller à Lyon où il suivit la pratique de l'hôpital. Revenu à Montpellier, il étudia toutes les parties de la médecine et, en 1751, il se distingua au concours pour deux chaires vacantes par l'abdication de Didier et d'Astruc. Les thèses de concours sont imprimées. Le docteur Marcaut, ayant été appelé à la cour, le chargea d'enseigner pour lui dans les écoles de médecine, ce qu'il fit avec beaucoup de zèle et de succès. En 1742, il fut amené à Paris; il y séjourna un an et sut s'y faire estimer. On eût voulu l'y retenir, mais l'amour de la patrie le ramena à Montpellier. Dans l'espoir de faire ériger une chaire de physique expérimentale, il en fit dans cette ville un cours public et gratuit; mais le peu d'ardeur qu'on mit à le suivre lui causa un vif chagrin qui acheva

544 GUISLA-IN.

d'altérer sa santé déjà très-délicate. Il mourut le 13 septembre 1746, âgé de quarante-six ans (Dezeimeris).

I. Quaestiones medico-chirurgicae duodecim pro cathedra vacante. Monspelii, 1751. — II. Chirurgia theorico-praclka de vulneribus. Avenione, 1750, iii-12. — 111. Vart de guérir les plaies, traduit du latin des Préleçons de chirurgie, dictées dans l'Université de Montpellier par M. Guisard, etc. Nouvelle édition considérablement augmentée par l'auteur, enrichie de quelques observations et mise dans un plus bel ordre que celle qui a paru en 1753. Paris, i74'2, iu-12. — IV. Pratique de chirurgie, ou histoire des plaies en général et en particulier, contenant une méthode simple, courte et aisée, pour se conduire sûrement dans les cas les plus difficiles, o" édition, enrichie d'observations curieuses, et considérablement augmentée; avec un recueil de thèses du même auteur. Paris, 1742, in-12, 2 vol. — V. Essai sur les maladies vénériennes, contenant, avec les signes qui les caractérisent et le jugement qu'on doit porter sur les différents cas, un détail exact de la manière dont on les traite à Montpellier. La Haye (Avignon), 1741, in-8°. Paris, 1745, in-12, sous ce titre : Dissertation pratique en forme de lettres sur les maux vénériens ; seconde édition, revue, corrigée et augmentée considérablement. Autre édition. Paris, 1750, in-12. —

YI. Lettre de M écrite à M. D. M , au sujet d'un livre nouveau {le précédent], la

Mercure de France, mars 1745, et séparément, 5 p. in-12. — Vit. Notice sur Guisard, en tête de son Traité des plaies. L. Hn.

CiUISLAîlV (Joseph). L'un des plus célèbres mcJecins de la Belgique, né à Gand, le 5 février 1797, montra d'abord beaucoup de goi'it pour l'arcbitectiire et l'art de l'ingénieur, mais se décida subitement à embrasser la carrière médicale, et dans celle-ci cboisit une des voies les plus pénibles, la médecine aliéniste. Sans maître, Gulslain eut des difficultés énormes à vaincre pour se former une si baute compétence dans la psycbialrie. 11 publia son premier ouvrage sur la matière en 1826 : Traite sur V aliénation mentale et les hospices d'aliénés (Amsterdam, 2 vol. in-8", fig.). Cette publication fut le résultat d'un prix qu'il avait remporté en répondant à une question de psychiatrie mise au concours par la Commission de surveillance médicale de INord-Hollande. La profonde connaissance qu'avait Guislain de la plupart des langues modernes de l'Europe lui avait permis de puiser à toutes les sources.

Ce premier succès attira l'attention sur Guislain, qui obtint, en 1828, la nomination de médecin des établissements de Gand. Il avait élé reçu docteur en 1819. En 1854, il fut nommé professeur à l'Université de cette ville, et la même année la Société des sciences médicales et naturelles de Bruxelles le nomma membre associé. Le Traité des phrénopathies on doctrine nouvelle des maladies mentales.. . (Bruxelles, 1835, gr. in-8"; Bruxelles et Leipzig, 1855, in-8") eut un grand succès parmi les médecins aliénistes, particulièrement en Allemagne ofi l'on en publia deux traductions différentes: comment se fait-il qu'Esquirol, en France, n'en ait pas eu connaissance, ne l'ait pas cité dans son Traité des maladies mentales, paru en 1838? 11 n'en fut pas de même de ses Leçons orales sur les phrénopathies ou Traité historique et pratique des maladies mentales (Gand, 1852, 3 vol. in-8°; 2« édit., par B.-C. Ingels, Gand et Paris, 1881, 2 vol. in-8»), que toute l'Europe connaît et s'est appropriées par des traductions. Au moment de sa mort, Guislain avait préparé les matériaux d'une seconde édition. Ce livre est une œuvre d'observation et de synthèse; il est fondé sur l'expérience et les recherches faites tant au lit du malade qu'à l'amphithéâtre ; les points les plus difficiles y sont traités d'une façon magistrale. Guislain a fait paraître une foule de mémoires dans les i-ecueils scientifiques de son pays. L'un de ces articles mérite une mention spéciale, c'est YExposé sur l'état actuel des aliénés en Belgique, et notamment dans la province de Flandre orientale, avec l'indi-

GUITERA (Eau minkrale de). 545

cation des morjens propres à améliorer leur sort (Gand, 1858, in-8"; exlr. des Ann. Soc. niéd. de Gand).

Guislain mourut à Gand le 1" avril 1860, des suites d'un étranglement herniaire. « Au moins, avant de mourir, dit Purigot, il a vu son œuvre complète. Le premier magistrat de Gand, M. Kcrckliove vie Limon, a proposé et le Conseil communal a adopté à l'unanimité de nommer Asile-Guislain le résultat de ses travaux en architecture phrénique. »

En mouvant, Guislain a légué 50000 francs aux hospices de Gand, sa belle bibliothèque et son magnilique cabinet de tableaux à l'asile construit sur ses indications; enfin, sou buste, don de ses élèves, à li ville de Gand. Le gouvernement belge, qui n'avait pas gâté Guislain de son vivant — il n'était (|u'officier de l'ordre de Léopold — a décidé de faire exécuter son buste en marbre et de le placer dans la grande salle de l'Académie de médecine. Une statue en bronze lui a été érigée sur l'une des places de Gand.

Outre les ouvrages déjà cités de Guislain, on a :

I. LeUrex médicales sur l'Italie, avec quelques renseignements sur la Suisse, résumé d'un voyage fait en 1838. Gand, 1840, in-S", pi. — II. La nature considérée comme force ijislinvtive des organes. Gand, 1846, in-S". — Recherches slafisligucs faites dans les établissements d'aliénés à Gand. Gand, 1842, 111-8°. — IV. Nouvel établissement des hommes aliénés. Règlement d'organisation. Gand, 1856, in-S". — V. Lettres médicales sur la Ilol~ lande. Gand, 1842, in-8°. L. Un.

GUITARD (J.-F.). Médecin de Cordeaux, né vers 1778, reçu docteur à Paris en 1803, se fixa d'abord dans la capitale, où il fut médecin du bureau de bienfaisance du lll'' arrondissement, puis exerça son art à Bordeaux, où il fut reçu membre de l'ancienne Société de médecine clinique.

On a de lui :

I. Recherches sur les maladies héréditaires. Diss. inaug. Paris, an XI (IcSOô), in-8°. — II. Des passions considérées dans leur rapport avec la médecine, ou mémoire sur celle question : Déterminer quelle est l'influence des passions sur la production des maladies. Paris, 1809, in-8°. — III. Mémoire qui a remporté le prix, au jugement de l'Acad. des se,

arts et belles-lettres de Caen sur la question proposée en ces termes : Quels sont les

effets de la terreur sur l'économie animale. Uordeaux, 1811, in-S". — IV. Mémoire sur la fièvre jaune. C'trdcaiiK, 1814, iii-S". — V. Observ. sur une jnulité subite. In Rec. périod. de la Soc. méd. de Paris, de Sédillot, t. VI, p. 103. L.IIn.

GUITERA (Eau MIINÉRA.LE de), hyperthermalCy sulfurée sodique faible, azotée faible. Dans le département de la Corse, dans l'arrondissement et à 53 kilomètres d'Ajaccio, émerge d'une roche granitique par sept griffons une source très-abondanle, puisque son débit est de 360 000 litres en vingt-quatre heures. Son eau, claire et limpide après qu'elle a laissé déposer des flocons blancliàtres de barégine. a une odeur sulfureuse assez prononcée et un goût manifestement hépatique. Elle est traversée par des bulles gazeuses peu nombreuses et assez fines qui se déposent sur les parois des vases avec lesquels on la puisée. Elle vire légèrement au bleu les préparations de tournesol préalablement rou>ncs par un acide; sa température est de 45 degrés centigrade, saden.>itéest à peine difft rente de celle de l'eau ordinaire chauffée au même degré qu'elle. Henry (Ossian), qui en a fait l'analyse chimique au laboratoire de l'Académie de médecine de Paris, a trouvé dans 1000 grammes de l'eau de Guitera les principes fixes suivants ;

DicT. ENC. 4° s. XI. 35

546 GULDBRAND.

Clilolure de sodium 0,040

Biiarbonaie de chaux . 1

- /..apnésie .....'. ) ^'^^^

- soude I

Sulfate de soude \ "'"* '

Silice el .ilumine 0.010

Sulfure de sodium quant, indét.

Glairiae et matière organique traces.

Total des matières fixes ,, 0,082

Il existe à Giiitera un petit établissement thermal composé de deux piscines^ et d'une buvette. Le peu d'importance de la localité indique que cette station est peu fréquentée. Les habitants du voisinage viennent seuls s'y traiter d'affections catarrhales des voies respiratoires, digestives et vésicales.

A. ROTUREAU.

GiJIZOTlilL. Cass. Genre de plantes Dicotylédones, appartenant à la famille des Com[»osces, tribu des Sénécioiiidccs, et ne comptant qu'une seule espèce, le Guizotia oleiera DG. Cette piaule annuelle a des tiges pubescenles au sommet, des feuilles semi-amplexicauK'S, subcordées ou ovales lancéolées, marquées de distance en distance de dents en scie; des i.ivolucres à 2 rangs de bractées, les plus extéiieures au nombre de 5 largement ovales, dépassant les intérieures; des capitules composées d'une rangée extérieure de fleurs ligulées femelles, et de fleurs hermaphrodites lubuleuses au centre ; les corolles sont articulées audessus de l'ovaire et portent au milieu du tube une couronne de poils épais et articulés. Les fruits sont des acliènes comprimés, anguleux, glabres, complètement dépourvus d'aigielle, marqués d'un petit disque épigyne.

Le Guizotia oleifera est probablement indigène dans l'Inde, où on le cultive de même qu'en Abyssinie. Ses achènes fournissent une grande quantité d'huile, employée dans ces pays, pour l'usage de la table et pour l'éclairage. Elle porte aux Indes Orientales les noms de Ram-till, Ram-tilla, Kutrelloo, Kiits-Yelloo, Werninua, et eu Abyssinie celui deNooh. Pl.

BiBi.ioGRAPiriE. — Cassîm. Bull. Soc. philoin., p. 187, 1821. — De Candolle. jWm. Soc. hist. nat. Cenève, V, 7, et Prodromus, V, 551. — Ainslie. Mat.liidica, II, p. 256. — Buuce. Voyager i' édit., 111, 575. Pi"

GU.IPIPLX.. On débite sous ce nom, dans l'Inde, le fruit desséché et divisé du Pathos, Scindapsus officinatis Schott [voy. Pothos). D.

GUL-I-PISTA. Nom vulgaire, dans l'Afghanistan et le Beluchistan, de galles qui se développent sur un Pistacia et qui se vendent comme médicament astringent et balsamique {voy. Sakir). P.

GliLDBRi&IVD (Jean-Guillaume). Médecin danois, né à Nykjôbing, capitale de l'ile de Falster, le 25 juillet 1744, fit ses études médicales à Copenhague. Après sept années d'études dat.s l'hôpital Frédéric, aux clini(jues de Bang et de Saxtorph, il fut reçu docteur en médecine le 21 octobre 1774. En 1776, il fut nommé conseiller aultque et membre de la commission chargée de réformer l'enseignement de la chirurgie. Il devint, en 1781, médecin du roi; en 1782, membre de la direction de Ihôpital Frédéric. II contiibua, avec Aaskow, à améliorer et à agrandir la malemité royale de Copenhague. Il moiu'ut probablement dans les premières années de ce siècle (vers 1809j, car, comme le

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