HAMMAM
iiA.:niilA (Eaux Mi-\Ép.ALES de). Ihjperthermales on mésothermales, amétallites, bicarbonatées ferrugineuses faibles, carboniques fortes. En Algérie, dans la province de Constantinc et à 6 kilomètres de la ville, dans une plaine riche et fertile où existent les traces non douteuses d'un établissement thermal romain, trois sources principales ont leur griffon. Leur eau se rend dans un très-grand bassin oià elle séjourne. Une seule de ces sources est importante à connaître et a été analysée. Elle n'a aucune odeur et son goût est fade, peu prononcé, et manifestement ferrugineux, elle n'a pas d'action sur les préparations de tournesol. La température dans le bassin où l'eau de toutes les sources est mêlée est de 51 degrés centigrade. On ne connaît pas sa densité. M. Guyon en a fait l'analyse chimique en 1859 ; il a trouvé dans 1000 grammes d'eau delà source principale de Ilamma les principes qui suivent :
Bicarbonate de soude 0,113
— chaux 0,136
— magnésie . 0,008
— oxyde de fer 0,li5
— manganèse traces.
Chlorure de sodium 0,19ï
Matières organiques 0,033
TOTAt. UES MATIÈRES FIXES 0,93"2
Gaz acide carbonique libre .... A peu près le volume de l'eau.
Les indications d'emploi de ces eaux ressortent assez de leur compositiort. Elles sont toniques, digestives, et conviennent surtout contre la chloro-anémie, la faiblesse déterminée par une longue convalescence, etc. A. R.
iiAiiUlAiti (mot arabe qui signifie bains et par extension source). Après la publication de nos premiers travaux sur l'hydrologie médicale, qui remontent à 1854, notre confrère Maichal de Calvi vint nous exposer un projet relatif à l'idée qu'il avait sur l'administration des eaux minérales. Il demandait qu'une société de capitalistes fondât aux Champs-Elysées ou au bois de Boulogne, moins fréquentés alors, un immense établissement destiné à recevoir les eaux minérales de tous les pays, qui auraient été, soit débitées aux pharmaciens ou aux particuliers, soit consommées sur place. L'établissement, eiit mis de vastes promenoirs couverts, ou en plein air, à la disposition des buveurs; une autre section de l'établissement devait être destinée à labalnéation par l'eau froide, tempérée, chaude ou en vapeur ; une autre à l'aménagement d'un Hammam proprement dit, avec sa vapeur, son eau courante et son hydrothérapie complète.
Nous crûmes devoir soumettre à M. Marchai les difficultés de plusieurs sortes que rencontrerait vraisemblablement la réalisation de son projet fort détaillé. Mais il fut repris en 1869, dans sa partie pratique, par un confrère et deux architectes, et il existe actuellement, à peu près au centre du Paris moderne, un Hammam, analogue aux établissements balnéaires de l'antiquité {voij- Bains), et tel qu'on en voit dans tout l'Orient. 11 s'en trouve maintenant dans toutes les grandes capitales de l'Europe, comme Londres; Vienne, etc.
En entrant dans l'établissement, on y trouve successivement : 1" une salle à voûte surbaissée, bordée des deux côtés de sièges de marbre blanc, qui dissimulent l'ouverture de bouches d'air chaud. Cette première pièce, dont la température est constante à 50" centigrade, est le tepidarium des Romains;
HAMMAMS (Eaux minérales). 155
2" deux autres pièces, à une température plus haute (70 et même 100 degrés centigrade), qui ne tarde pas à déterminer une sueur profuse [caldarium et laconicum des Romains) ; 3" une salle de massage [alipterium) , où le baigneur est étendu sur une plaque de marbre chaud ; ¥ une salle d'ablution [Lavatorium), avec une mousse aromatique euleve'e ensuite à l'eau tiède; 5» une salle de douches froides et une piscine à eau courante froide, qu'on peut traverser à la nage. La douche et le bain froids ne font pas partie ordinaire des pratiques des baigneurs; 6° on trouve enfin au Hammam de Paris une trinkhalle ou buvette de quelques-unes des eaux minérales les plus fréquemment usitées.
IIAUIVIAIIS (Eaux minérales d'Algérie et de Tumsie). Décrire les stations d'eaux minérales qui portent le nom de Hammam, c'est faire l'histoire de l'hydrologie minérale de l'Algérie. Ce pourrait être la matière d'un gros volume. Mais nous nous appliquerons ici à ne donner que les indications les plus utiles.
Hammam Aou Mâche. Hijpothermcdes, amétalUtes , non gazeuses. Dans la province de Constantine, au bord du désert, et dans le voisinage de Riskra, à 12 kilomètres de la montagne de Sel, énorme bloc qui ne le cède en grosseur et en hauteur à aucune des montagnes de la chaîne, et qui est en réalité constitué par du sulfate de soude, à Texception de certains filons réellement formés de chlorure de sodium à peu près pur, employé sur les tables et aux usages culinaires des habitants de Biskra. Au pied de la montagne et sur la route de Batna à Biskra, se trouvent les deux lacs salés dont l'eau pluviale a dissous les chlorures sodiqucs et calciques. C'est à côté de ces bancs que s'installent les Kabyles, qui vendent le sel gemme aux habitants de la contrée.
Au fond d'un ravin émergent deux sources, du volume du corps d'un homme, qui sortent de haut en bas d'un rocher autour duquel elles forment un grand lac. Leur débit, qui n'est pas exactement connu, est assez abondant pour faire tourner la roue d'un moulin silué à 80 mètres de leur point d'émergence. Aucune conferve ne prend naissance auprès ou au loin de ces sources, mais le lit du ruisseau par lequel elles s'écoulent, et dont les bords ont 3 et 4 mètres de hauteur, est recouvert de plaques blanches, semblables à celles que produit le salpêtre. L'eau d'Aou Mâche est très-claire et très-limpide, elle n'a aucune odeur et n'est traversée d'aucunes bulles gazeuses. Sa saveur est agréable : elle n'est ni fade, ni salée, et elle étanche promptement la soif. La réaction de la première source est presque neutre, elle vire cependant au rose les préparations de tournesol. La température de l'air étant de Z¥,8 centigrade à trois heures du soir, celle de la nappe d'eau, thermométrée à plusieurs endroits, est de 27°, 7 centigrade.
On se sert de son eau comme boisson ordinaire. Les Arabes viennent souvent s'y baigner et surtout y faire leurs ablutions.
La deuxième source, à 65 mètres à l'ouest de la première, ne sort pas du même rocher, mais il est probable qu'elle vient de la même nappe souterraine. Sa réaction est parfaitement neutre. Elle n'a aucune odeur et ne donne naissance à aucune conferve. La température de l'air étant de 56°, 2 centigrade, celle de l'eau de cette deuxième source est de 28", 1 centigrade. Elle est inutilisée.
^36 HAMMAMS (Ealx minérales).
La densité de l'eau de ces deux sources est de l.OO^T et leur analyse chimique, faite en 1876, a démontre qu'on trouve dans 1000 grammes ks principes fixes suivants :
Cliloiurc de sodium C,46i
Carbonate de chaux 0.569
— niagné»ie 0,091
Suirate de chaux ii,857
— mapnésie U,158
— souile i.250
Silieu 0,fJ83
Iode traces.
Total des matières fixes 9,232
Hammam Berda. Hijpothermales, amétalUtei!, carboniques fortes (Bains du Bât), Villa Seri'iliana. Dans la province de Constantine, à 5-1 mètres au-dessus du niveau de la mer, à 8 kilomètres de Guelma, sur la route de Bône, sur la rive gauche de la Sovbûuse, dont on traverse un pont avant d'arriver à Héliopolis, village qui est à 2 kilomètres de la source de Hammam Berda. II ne Amt pas confondre Hammam Berda avec Ain Berda, dont la source émerge sur la route d'Hammam Meskoutine. à 15 kilomètres de Guelma. Les griffons dllammam Berda sont très-nombreux, lis sortent au nombre de plus de 20 dans deux lacs thcrmorainéraux où viennent se baigner les habitants de Guelma, mais surtout les Arabes. 4 de ces griffons sont isolés. Dans toutes ces sources l'eau est traversée par des bulles gazeuses plus ou moins abondantes. La mare où se rendent les eaux des 16 ou 17 griffons non utilisés, habitée par les grenouilles, mais où nous n'avons pas trouvé de tortues, comme dans beaucoup d'eaux minérales et thermales de l'Algérie, était la piscine de l'ancien et important établissement romain, dont ou ne découvre plus que des vestiges, remarquables du reste, ^'ous y avons vainement cherché les dalles en mosaïque décrites par divers auteurs.
L'eau du grand bassin de Hammam Berda est naturellement chaude; elle est employée au nettoiement du burr.ou des Arabes, aux ablutions journalières, prescrites par leur religion, et à quelques bains généraux. Son caractère principal est d'être d'une extrême limpidité. Elle n'a aucune odeur, ni aucune saveur. Elle ne donue naissance à aucun dépôt et elle n'incruste pas, même à la longue, les objets avec lesquels elle est en contact ; elle ne produit de conferves dans aucun de ses ruisseaux d'écoulement, quoique sa composition chimique et sa thermalilé la rapprochent beaucoup de celle d'Évaux {voij. Évacx), où il s'en développe un gi-and nombre. Sa réaction est légèrement acide, ainsi qu'on le constate avec les préparations de tournesol.
Elle est gazeuse, de grosses bulles crèvent avec une explosion bruyante. La température de l'air étant de 26 degrés centigrade, celle de l'eau est de 50", 1 centigrade. Le débit exact de tous les griffons n'est pas connu, mais il est trèsconsidérable. La première source, à son point d'origine, a le volume de la cuisse d'un adulte. L'abondance de toutes les sources réunies explique la formation de la rivière chaude qui en provient, et qui va faire tourner la meule des moulins voisins.
Tripier, pharmacien militaire, a trouvé, en 18il, que 1000 grammes de l'eau du grand bassin d'Hammam Berda renferment les principes fixes suivants :
HAMMAMS (Eaux minérales). 157
Bicarbonate de chaux 0,20000
— maginésie 0,05725
— blronliane traces.
Chlorure de sodium O,0'21o5 •
— magucsium 0,01899
Sulfate de soude 0,0a2o4
— magnéiie 0,00755
— chaux 0,02000
Oxyde de fer traces.
Silice 0,01000
Matière organique azotée 0,02000
Total des ji.vTiÈnES fixes 0,58766
Gaz acide carbonique libre Quant, ind.
L'eau d'flammam Berda n'est jamais employée en boisson, quoiqu'elle n'ait aucun mauvais goût. Les Arabes s'y lavent et y prennent quelques bains, lorsqu'ils ont des douleurs rhumatismales ou qu'ils sont atteints de syphilis. Quelques Européens qui viennent à Iléliopolis, ou qui habitent Guelma, sont ceux qui se servent le plus souvent des eaux, d'ilaramam Rerda, quoiqu'ils n'y trouvent pas d'établissement. 11 est fâcheux que des eaux naturellement chaudes, d'un débit très-abondant et qui ont une composition élémentaire remarquable, n'aient pas encore un captage et un aménagement plus en rapport avec leur valeur. Leur voisinage de Guelma, station de chemin de fer et sous-préfecture importante, riche en antiquités, où les hôtes accidentels d'ilammam Berda trouveraient des hôtels publics, des logements particuliers, certaines distractions, certaines commodités de la vie peu habituelles en Algérie, faciliterait l'emploi du temps inutile à la cure thermale.
BiBLioGiiAPiiiE. — Annales de j?ie'decine et de chiru7'gie militaires depuis 1858. Passim. — Beriuerand (F.-L.). Les eaux minérales en Algérie. Paris, 1860, in-8°, p. 46. — Du même. Des sources fhei-niales et minérales de l'Algérie. Alger, 1875, 111-8°, p. 14-15. — Du même. Des sources thermales et minérales de V Algérie. Alger, 1878, in-8°, p. 13. — Duba>d-Fardel, Le Bret et Lefoht (J.). Dictionnaire des eaux minérales. Paris, 1860. — Rotureau (A.), ^oles manuscrites sur les eaux minérales et thermales des trois provinces de V Algérie et de la Tunisie, 1879-1880. A. R.
Hammam Bibera. loî/. PoRTES DE FER.
Hammam Ben Haroun. Protothemiales chlorurées, bicarbonatées moyennes ou ferrugineuses faibles, carboniques fortes. Dans la province de Constantine, dans la commune et à 5 kilomètres du village dont elles portent le nom. Ce village est à 4 kilomètres de la jonction des routes de Palestro et de Constantine, et à 10 kilomètres de Dra el Mizane; il a 35 maisons. L'émergence des deux sources a lieu sur le territoire de la tribu des Archouas, près de la ferme Guiganti. Le griffon de la [iremière source a 2 centimètres de diamètre à peine : aussi n'est-il utilisé qu'en boisson. D'autres filets coulent au voisinage et n'ont aucun emploi. Si celte- source était mieux captée, elle aurait un débit plus considérable et son eau pourrait être employée en bains et en douches.
L'eau de la première source de Ben Haroun est claire et limpide, pétillante dans le verre comme du vin de Champagne ; elle n'a aucune saveur ferrugineuse. Sa réaction est franchement acide. Le gaz qui s'en dégage n'éteint pas les corps enignition. La température de l'air extérieur étant de 20 degrés centigrade, celle de l'eau à tous les griffons de la première source est de 19",8 centigrade. Son débit est de 2880 litres en vingt-quatre heures. Les habitants des environs en
158 HAMMAMS (Eaux minérales).
font seuls usage. Quelques-uns d'entre eux m'ont affirmé qu'elle avait un effet purgatif à peu près constant. Elle est surtout employée dans la dyspepsie et les suites de fièvres.
L'eau de la deuxième source, à 50 mètres de la précédente, est moins gazeuse qu'elle et franchement ferrugineuse. Sa température est de 20", 4 centigrade. Elle est surtout réservée aux cliloro-anémiques et aux fébricitants de la contrée, à cause de ses qualités toniques et reconstituantes.
De Marigny, qui a fait l'analyse, a trouvé dans 1000 grammes les principes suivants :
Chlorure de sodium 1,1608
Bicarbonate de chaux 1,2960
— soude 0,9040
— magnésie 0,2088
— protoxyde de fer 0,0160
Sulfate de soude 0,9562
— magnésie 0.1588
— chaux 0,0354
Silice gclaliueuse libre 0,0360
Matière organique Q- ind.
Total des MAxiiinES fjxfs 4,7720
Gaz acide carbonique libre 1,2312
On exporte peu les eaux de Ben Ilaroun, et pourtant les qualités et la saveur agréable de la première source font prévoir qu'elle serait consommée en quantité notable à dislance, car toutes les eaux de table sont particulièrement recherchées en Algérie, où les bonnes eaux potables font si souvent défaut.
Hammam-Bou-Ghara (les Arabcs prononcent Rara). HyperthennaJes ou atJieimales, amétallites carboniques faibles. Dans le département d'Oran, dans l'arrondissement et à 32 kilomètres de Tleracen, sur la route de Lalla- Maghnia, émergent six sources, toutes sur la rive gauche de la Tafna que l'on vient de traverser à gué, et dont le lit est situé à 200 mètres seulement.
Les sources de Bou-Ghara, village d'une quarantaine de maisons, n'ont pas de nom spécial : nous les désignerons par des numéros. Le bassin a 4 mètres de longueur, 3 mètres de largeur et 50 centimètres de profondeur. L'eau de la source n° 1 est claire, limpide et gazeuse. Elle n'a aucune odeur. Son goiit est agréable. Elle ramène au bleu les préparations de tournesol rougies par un acide. Sa température est de 40 degrés centigrade.
La source n" 2, à 20 mètres de la précédente, sort par de nombreux griffons qui montent en bouillonnant. Elle est moins limpide que la source n" 1 et, comme celle-ci, sensiblement alcaline. Elle présente des rudiments de conferves. Sa température est de 43 degrés centigrade ; elle n'est presque jamais utilisée, soit en bain, soit en boisson.
La source n" 5 est captée entre quatre murs à ciel ouvert. Elle est recouverte de conferves nombreuses et épaisses, d'une couleur jaune verdâtre. Plus gazeuse que les deux premières, et transparente sous ses conferves, elle est également alcaline. Sa température est de 41 degrés centigrade. Elle est souvent employée en boisson, bien que son goût soit moins agréable que celui de la source n° 1, et elle alimente une piscine pour les femmes.
La source n" 4, qui est hyperthermale, n'est pas fréquentée. Il en est de même de la 5<^ et de la 6" source qui ne sont pas captées ; la température de la 5^ n'est
HAMMAMS (Eaux minérales). 139
que de 14°,8 centigrade, l'air étaiil. à 11 degrés centigrade; celle de la 6" est au contraire très-élevée ; elle n'est pas de moins de 69 degrés centigrade. 11 faut ajouter que celte dernière source est très-abondante (son griffon a la grosseur du bras d'un adulte), et qu'elle est ferrugineuse et gazeuse.
Outre ces six sources principales, ou trouve de distance en distance d'autres griffons qui forment des flaques d'eau minérale chaude, dans lesquelles nagent des grenouilles et des tortues de petite taille. C'est avec cette eau originairement thermale qu'on arrose certaiues piaules, comme les pastèques et les melons, qui acquièrent une grosseur inconnue ailleurs. Tous les griffons réunis ont un débit de 600 mètres cubes par jour.
L'établissement de Bou-Ghara contient trois piscines, dont une pour les officiers, qui est alimentée par la source n° i. Près d'elle est une piscine commune dans laquelle chaque membre du cercle de Lalla-Maghnia entre librement moyennant une souscription annuelle. Vient ensuite la piscine des femmes, qui y séjournent en général trois ou quatre heures. La durée du bain des hommes dépasse rarement une demi-heure.
Nous avons cherché en vain la densité et l'analyse chimique de l'eau des sources Ihermominérales de Bou-Ghara. Il serait pourtant curieux de savoir si la présence de principes fixes et gazeux spéciaux expliquerait ia saveur particulière de ces eaux minérales. Elles sont surtout employées en bain par les Arabes contre les douleurs rhumatismales et en lotions dans les ulcères anciens et atoniques. Les femmes indigènes les considèrent comme souveraines dans ia stérilité. La saison commence à Dou-Ghara le 15 avril et finit le 20 septembre.
La (hirée de la cure est de quinze à vingt jours pour les Européens. Elle est tout au plus de huit jours pour les Arabes.
On n'exporte pas les eaux de Bou-Gliara.
Hammam-Bou-Hallouf. Plusieurs auteurs qui ont traité des eaux de l'Algérie ont décrit l'aménagement des sources de Bou-Hallouf. Cependant nous n'y avons trouvé aucun griffon, et le sous-préfet et l'ingénieur des mines de Sétif nous ont déclaré d'ailleurs n'avoir jamais entendu parler des eaux de Bou-IIallouf. Nous devions mentionner cette confusion probable.
Hammam- Bou-Hanèfia OU Ben-Hanlfia. Hjjperthermales OU pvotothermales, hicarhonafées calciques moyennes, ferrugineuses faibles, non gazeuses ou carboniques moyennes. Dans la province d'Oran, dans l'arrondissement et à 28 kilomètres de Mascara, à 6 kilomètres de la station la plus rapprochée de la ligne de fer d'Arzew à Saïda, sur la route de Sidi-bel-Abbès et sur la rive droite de l'Oued el Hammam, émercfent huit sources dont l'eau alimente deux établissements.
1° La source qui est utilisée pour les piscines et les bains de l'établissement a une eau claire et limpide, qui laisse déposer pourtant une couche assez épaisse de rouille sur le rocher avec lequel elle est en contact. Des conferves vertes se produisent aussi en assez grande quantité dans son bassin. Elle n'a aucune odeur. Son goût est manifestement ferrugineux. Sa réaction est alcaline et sa température est de 60°, 2 centigrade.
L'eau d'un autre griffon bouillonne dans un endroit isolé du bassin et se mêle à ia précédente; elle est moins ferrugineuse. Température, 50", 3 centigrade.
140 HAMMAMS (Eaux mcnérales).
2° L'eau de la source n» 2, examinée à 2 mètres de son point d'émergence, est fumante et incrustante. Elle est sans odeur, d'un goût salé et peu ferrugineux. Sa réaction est alcaline, sa température est de 61", 5 centigrade, celle de l'air extérieur étant de 54°, 8 centigrade au soleil. Elle ne donne naissance à aucune conferve, et elle n'est jamais employée en boisson. Elle alimente seulement les piscines et les baignoires du bain arabe.
3° L'eau de la source n° o ne forme dans le bassin aucun dépôt, aucune incrustation, mais dans son ruisse;tu à ciel ouvert on constate une couche de sel calcaire. Il s'en dégage des bulles d'acide carbonique. Réaction acide ; goût salé et non ferrugineux. Température fiO degrés centigrade.
4° Le griffon de la source n" 4 est dix fois plus abondant que celui des trois sources précédentes. L'eau en est limpide, ne fume pas, et pourtant sa température est de 54*^,8 centigrade. Réaction alcaline. Aucune odeur. Sa saveur est moins salée que celle de la source précédente, elle n'est ni ferrugineuse ni gazeuse. Non incrustante; elle donne naissance à des conferves. Elle ne sert qu'à des bains partiels. Tout près de ce griffon et sortant du même rocher s'en trouve un autre qui a les mêmes caractères.
5" Les grillons de plusieurs autres sources émergent dans le lit de la rivière où ils sont recouverts d'une eau trouble et épaisse. Un de ces griffons a un volume plus considérable que le corps d'un homme. Leur eau est inutilisée, et nous n'en connaissons pas la température.
6" Source du Figuier. Son griffon sort d'une terre qui recouvre les roches superficielles d'un jardin potager. Débit très-peu considérable, température 40 degrés centigrade. Elle ne sert qu'à l'arrosement et au lavage du linge et des burnous, qu'elle blanchit aussi promptement que la lessive la plus active.
7° La source n" 7 est contenue dans un bassin recouvert d'une voûte de pierre comme les puits ordinaires; goût agréable, réaction alcaline, température 28 degrés centigrade. Elle est employée comme boisson de table et elle sert à tous les usages domestiques des habitants de la station.
8" Un huitième grillon dont l'eau sert également à l'arrosage alimente un petit bassin naturel creusé dans le sol du même jardin. Température 29%o centigrade.
Le débit de toutes les sources est en vingt-quatre heures de 19 200 litres.
L'heure où se prennent K-s bains n'est pas la même pour les deux sexes.
Occupons-nous d'abord de la description et de l'aménagement de l'établissement fréquenté par les Européens.
Établissement des bai.ns européens. On y vient chercher surtout la guérison des douleurs. Une maison est réservée aux colons français et espagnols ; dans la partie réservée aux femmes on trouve une salle de repos, des bains (baignoires encaissées dans le sol, bancs de pierre dans les cabinets) et une piscine.
La pièce de la piscine a 6", 50 de côté, et la piscine elle-même a 5 mètres carrés et 75 centimètres de profondeur. L'eau qu'elle contient, se renouvelant sans cesse, est apportée par un tuyau toujours ouvert à 1^,66 au-dessus du niveau de l'eau du bain en commun; ce qui permet de l'utiliser pour douches légères.
A droite de la porte d'entrée est la section des hommes, qui a une disposition identique à celle que nous venons de décrire.
Établissement des balns arabes. Il est composé aussi de deux parties dis-
HAMMAMS (Eaux minérales). 441
tinctes, pour hommes et pour femmes, mais il y aurait peu d'utilité à les décrire ici.
La coutume des baigneurs arabes à cette station est de rester peu de temps dans l'eau : ainsi les femmes n'y séjournent qu'un quart d'heure et les hommes dix minutes. M. le docteur Bertherand, d'Alger, dit que les eaux hyperthermales de Bou-Hanéfia sont renommées dans les affections de la peau, la syphilis, la dysenterie, la stérilité et les engorgements abdominaux. Nous sommes loin pourtant de garantir leur efficacité dans tous ces états maladifs, et nous n'avons à cet égard aucune expérience personnelle.
Hammam-Bou-Hadjar. H ijper thermales, pohjmétallites, chlorurées sadiques fortes, bicarbonatées calciques fortes, ferrugineuses faibles, carboniques moyennes. Dans la province et à 64 kilomètres d'Oran, dans l'arrondissement de Sidi-Bel-Abbcs, à 2 kilomètres d'Aïn-Temouchent. Une bonne route va d'Oran à Ilammam-Bou-IIadjar par Lourmel. Les vingt sources et les établissements de Bou-Hadjar sont à 900 mètres du village nouveau bâti par les colons. Le débit des sources de Bou-lladjar est en vingt-quatre heures de 115 200 litres. Les unes sont employées en boisson. Les autres servent en bains et en lotions. Leur captage était loin d'être terminé au moment où nous les avons visitées, ce qui nous a permis, en 1879, d'apprécier sans entraves les qualités physiques de l'eau des sources, et de la thermométrer d'une manière exacte. Nous allons dire ce que nous avons trouvé le 23 septembre 1879.
1" Source des bains Mesquine (gens bien malades). L'administration des ponts et chaussées, chargée du captage des diverses sources de Bou-Hadjar, a fait creuser plusieurs tranchées, dont la première est à 750 mètres de la mairie et à 150 mètres de l'établissement. L'eau des cinq griffons de la source Mesquine est reçue dans cette tranchée qu'elle remplit. Tous les griffons réunis n'ont pas un débit de plus d'un litre par minute. La réunion des eaux a une température de 38 degrés centigrade. Lorsqu'on a fait écouler l'eau de la tranchée, les griffons sortent du roc à des endroits distincts et à 5 mètres au-dessous du sol. La température de chaque griffon n'est pas la même. Celle dont le degré thermométrique est le plus élevé marque 47 degrés centigrade ; celle d'un gritfon voisin, 46 degrés centigrade ; la plus froide 55 degrés centigrade. De petites tortues nagent dans la tranchée, quelques-unes viennent mourir près du griffon le plus chaud.
L'eau de la source des bains Mesquine bouillonne à sa sortie, et le bruit de ses bulles gazeuses s'entend de loin. Elle est claire et limpide après que l'on a écarté la couche crémeuse et irisée qui la recouvre. Aucune odeur, goût salé, réaction alcaline [voy. l'analyse plus loin). Cette source est souvent utilisée en bains et en lotions par les Arabes des gourbis voisins.
2» Source sans nom, à 70 mètres de la précédente. Elle est recouverte d'une croûte calcaire. Goût ferrugineux plus prononcé, mais moins salé que celui de la source n° 1. Béaction alcaline; peu d'usage thérapeutique jusqu'ici.
0" L'eau de la troisième source sort en bouillonnant, les bulles gazeuses sont plus abondantes et plus grosses qu'aux autres griffons. Son débit d'ailleurs est plus considérable, et son eau plus claire et plus limpide. Des conferves vertes et épaisses, grises dans certains endroits, et une couche calcaire très-friable, recouvrent la surlace du bassin. Celte eau rougit les préparations de tournesol. Son odeur est un peu nauséabonde, son goût n'est pas très-agréable et rappelle celui
l'^2 HAMMAMS (Eaux minérales).
de la grande source de Bourbon-Lancy. Sa température est de 40°,2 centigrade.
4° Cette source ressemble à la deuxième par son volume et son alcalinilé. Elle a 49 degrés centigrade. Son goût est fade, un peu sucré et très-peu ferrugineux; aucune bulle gazeuse. Elle est sensiblement incrustante. Pas d'usage actuel.
5° L'eau de cette source, dite du Plateau, n'est pas utilisée non plus. Aucune odeur, saveur très-sensiblement sucrée ; elle rougit instantanément la teinture de tournesol. Sa température est de 55 degrés centigrade, quelques bulles gazeuses, couche épaisse de conferves et glacis calcaire sur toute la superficie.
6" La source n" 6 sort en bouillonnant au milieu d'une mare. Les bulles gazeuses sont d'un gros volume. Recueilli sous une éprouvette, le gaz n'éteint pas les corps en ignition. Réaction franchement alcaline, température de 50 degrés centigrade. La surface de l'eau est recouverte, comme à la source précédente, d'un glacis calcaire.
7" Les sources qui composent le groupe n" 7 sont au nombre de trois. Leur eau a un aspect physique différent de celui de la source n" 6. Elle est moins gazeuse; ses conferves et sa couche calcaire sont moins apparentes. Elle n'est employée à aucun usage médical.
8° Sources du Tam-tam. Leur nom vient du bruit intermittent que produit le gaz qui les traverse, et que l'on entend à plus de 20 mètres de distance. Elles sont .au nombre de deux; leurs grifl'ons sont à 10 centimètres l'un de l'autre. Ils soitent au milieu d'une touffe de joncs. Le griffon supérieur a 40 degrés cenligrade. L'inférieur est plus gazeux et plus chaud, 52 degrés centigrade. L'eau de ces deux sources ramène au bleu les préparations de tournesol préalablement rougies par un acide. Leur saveur est à peine sucrée, elle est plus fade que l'eau des autres fontaines d'Hammam-Dou-Iladjar. Les eaux des sources du Tam-tam sont administrées en boisson; elles n'ont pas d'autre usage thérapeutique.
9" La source Numéro 0 jaillit d'un rocher qui a une longueur approximative de 400 mètres, et une hauteur qui varie de 4 à 5 mètres, tout entier formé par le dépôt des sources chaudes qui émergent presque à chaque pas dans les palmiers de la Jou-Gail (plaine). On se croirait, si l'aspect du pays n'était si différent, au milieu de l'enceinte des sources de Saint-ÂIyre [voy. ce mot).
Toutes les sources hypertbermales de Bou-IIadjar alimentent un lac inférieur qui, au contact de l'air, se recouvre promptement d'une croûte calcaire, devenant à la longue assez épaisse pour donner naissance à de véritables pierres. Ces pierres, avec les années, constituent des rochers comme celui d'où sortent les deux griffons de la source n" 9.
Ces deux fdets sont très-limpides ; ils s'écoulent par un petit ruisseau où se forme un dépôt ocreux. Eau peu gazeuse, à réaction foi'tement acide; pas de conferves au griffon. Cette eau est fortement incrustante. Elle est usitée en boisson seulement.
10° La source Nuinéro 10 émerge du même rocher. Elle jaillit par plusieurs griffons, et la température de son eau varie de 55 à 56 degrés centigrade. Réaction acide. Propriété incrustante moins prononcée que celle du numéro 9. Goût moins fade et moins sucré. Pas d'emploi médical.
11° Source Galeuse. Le captage de celte source est terminé (1879). Elle est contenue dans deux bassins distincts dont l'un est réservé pour l'usage exclusif des Arabes. Elle coule constamment par un robinet qui a 5 centimètres de diamètre. Son eau est agréable, et est principalement utilisée à couper
HAMMAMS (Eaux mi:<érales;. liS
la boisson des habitants. Elle rougit légèrement les préparations de tournesol. Sa température est de 22 degrés centigrade. Cette eau sert à l'arrosement.
12° Source du Palmier. On lui a donné ce nom parce que son eau jaillit à 40 mètres seulement d'un grand palmier qui seul s'élève au milieu de la lande des sources. Son bouillonnement est intermittent. Les bulles gazeuses qui la traversent soulèvent l'eau à une hauteur de plus de 50 centimètres. Cette eau, très-claire et très-limpide, est la plus cliaude de toutes les sources de Bou- Hadjar; elle a 72 degrés centigrade, l'air extérieur marquant 50 degrés centigrade. Sa réaction est franchement alcaline. Elle donne lieu à un dépôt calcaire. Jusqu'à ce moment, elle n'a pas un usage bien défini.
L'analyse de la source Mesquine ou numéro 1, de la source Gazeuse ou numéro 11, et de la source du Palmier ou numéro 12, a été faite en 1876, et 1000 grammes de l'eau de chacune d'elles ont donné les principes suivants :
SOURCE SOURCE SOUnCE