L. Us
niRTMA:\ (Carl-Johan). Médecin suédois, né à Gefle en 1790, reçu docteur à Upsal en 1822, exerça d'abord son art à Ulricsdal, où il était médecin des invalides, puis devint médecin provincial à Eskilstruna, et plus tard, en 1855, à Gène. Il mourut à Stockholm en 1849.
Harlman a laissé la réputation d'un médecin et d'un botaniste très-savant. Il a fait plusieurs voyages importants en Suède et en Norvège pour étudier la flore de ces contrées et a écrit des ouvrages qui ont joui d'une grande vogue en Suède. Nous ne citerons que les plus importants :
I. De krameria. Diss. bot.-med Upsaliae, 1822, in-i°. — II. [luslâkaren, eller
allmânna och enskilda foreskrifler i sundhetslâreii samt sjukdomslâra, etc. StocMiolm, 1828, in-S"; cet ouvrage a eu plusieurs éditions.— III. Korrt sundhetslâra, etc. Stockliolm, 1828, in-8°. — IV. Handbok i Skandinaviens Flora, innefatlandc Sveriges och Norges vàxler. Stockliolm, 1820, in-8°; 11= édit., ibid., 1879, 2 vol. in-S". — V. VlkaU till populâr Naturkunnighet. Stockholm, 1830, in-8»; 2» édit., ibid., 1849, in-8<>. — VI. Svensk och ^orsk Excursions-Flora. Phanerogamer och Ormbunkar. Stockholm, 1846, in-12. — VII. Articles dans le Recueil de l'Académie des Sciences de Suède, de la Société de médecine de Stockholm, dans les journaux périodiques. L- Un-
HARTMATWIX (Les).
Hartmann (Johann). Le premier professeur qui ait occupé une chaire publique de chimie dans une université d'Europe, naquit à Amberg, capitale du Haut-Palatinat, le 15 janvier 1568. Il fit ses études à Altdorf, léna, Hehnstadt et Wittemherg. Créé maître en philosophie à Marbourg, en 1591, et bientôt après nommé professeur de mathématiques dans la même université, il fut élevé au grade de docteur en médecine l'an 1606. Ce fut quelques années plus tard qu'il fut chargé- de l'enseignement pubhc de la chimie, science à peine connue de nom à celte époque, et qu'il commença à faire sortir du chaos de l'alchimie. Partisan du paracelsisme épuré, Hartmann fit des applications utiles de la chimie à la médecine. Dans les dernières années de sa vie il fut archiâtre de la cour de Cassel ; sa mort arriva le 7 décembre 1651 (Dezeim.).
492 HARTMANN (Les).
Hartmann avait pris pour devise : Dogmata non juro in Paraceïsi aut scila Galeni, vera iitrimque placent, falsa ntrimque jacent. Il n'y fut guère fidèle et ses ouvrages, dont nous n'indiquerons que les principaux, méritent de rester dans l'oubli.
I, Praxis chyinialria. à Joanne Michaële et Georgio Everhardo Aut. fil. édita. Lipsiae, 1633, in-4''; Francofurti, 1634, in-S"; Genève, 1047, 1659, 168'2, in-8°; Lugduni Batav., 1663, in-12; Francofurti, 1671, in-4''; Norinhergae, 1677, in-4°. — II. Diatribe de medico microcosmi, idesl.disquisitio quomodo et qualia e corpore humano vilenie, ejusque manente inlegritate, medicamenta in usum medicum transfeiri queunt.Er(oràke, 1655, in-fol. — III. Disputationes clupnico-medicac. Marpiirgi, 1609, in-8'. — IV. Philosophas, sive }ialurae-consullus medicus. Marpurgi, 1609, in-8°. — Y. Epintolae variae medicae, Norinbergae, 1G25, in-4». — YI. Opéra ontnia medico -chy mie a. Francofurti, 1664, in-fol; ibid., 1690, in-fol. L. Un.
Hartmann (Philipp-Jacob). Né le 26 mars 1648, à Straisund, en Poméranie, ce médecin oiïrit de bonne heure de grandes dispositions à l'étude, qui furent cultivées avec succès. Après avoir achevé ses humanités, il fut envoyé à Kœnig^berg, où il termina son cours de philosophie et reçut le grade de maître es arts le 21 avril 1672. 11 tourna alors ses vues du côté de la médecine et, après avoir suivi les cours de la Faculté de Kcenigsbcrg, il se rendit à celle do Valence, en Dauphiné, où il prit le titre de docteur en 1678. A la suite de sa promotion, il parcourut la France, la Hollande et l'Angleterre, cherchant partout à augmenter son instruction et à perfectionner ses connaissances. Oe retour à Kœnigsberg, en 1670, il fut nommé )>roresseur extraordinaire de médecine; en 1689, il devint professeur ordinaire d'histoire de la médecine, en 1701, professeur ordinaire de médecine, et se distingua dans toutes ces chaires par l'étendue de son savoir. En 1685, il fut élu membre de l'Académie des Curieux de la Nature, sous le nom d'Aristote, et en 1701 il devint correspondant de la Société royale de Berlin. Il termina sa carrière le 28 mars 1707, à l'âge de cinquante-neuf ans.
Les mémoires de Hartmann, qui sont au nombre de près de cent, roulent sur des faits curieux d'anatomie normale, d'anatomie pathologique, d'analoraie comparée. Dezeimeris les a relevés avec soin, et c'est dans l'excellent article qu'il a consacré à P.-J. Hartmann qu'il faudra les chercher. Notre médecin a encore publié les ouvrages suivants :
l. Succincta siiccini prussici hisloria. Francofurti a. M., 1677, in-S" ; Berolini, 1699, in-4°. — II. Dissertatio de generalione spirituum eorumque affeclionibus in génère. Regiomonti, 1C81, in-4°. — III. Dissertatio de sanguine alimento ullimo. Regiomonti, 1682, in-4°. — lY. Exercilalioncs IV analoniicae de origine analomiae. Regiomonti, 1683, in-4''.
— Y. De iis qiiae contra peritiam veterum anatomicam afferunlnr in génère. Regiomonti, Exercitatio 1, 1684; II, 1087, in-4°. — VI. De iisquae contra peritiam veterum anatomicam afferuntur in species. Regiomonti, Exercitatio I, 1689; II, III, IV, 1693, in-4°. Ces opuscules ont été réimprimés, par les soins de Godefroy Kurella, sous le titre de : Fasciciili dissertationum ad historiam medicam, speciatim anatomes spectantium. Berolini, 1754, in-8°.
— YII. Dissertatio de plioca, sive vitulo marina. Regiomonti, 1685, in-4^ — YIIl. Dissertatio de generatione viviparum ex ovo. Regiomonti, 1099, in-4°. Réimprimé dans les Disp. sélect, àe Haller. — IX. Synopsis primae partis ai-tis medicae de sanitate. Regiomonti, 1701, in-4°. L, Hn.
Hartmann (Melchior-Fhilipp). Fils du précédent, il naquit à Kœnigsberg, le 25 mars 1695, fit ses études dans l'Université de cette ville et alla prendre le grade de docteur à Leyde. De retour dans sa patrie, il y fut nommé, en 1714, professeur extraordinaire, et trois ans après professeur ordinaire, et termina sa
HARTMANN (Les). 495
carrière le 6 novembre 1765, laissant plusieurs opuscules, parmi lesquels les trois suivants :
I. Disserfatio de surnma succini in medicina cfficacia. Lugduni Batav., 1710, in-4°. — II. Dissertatio de vilriolo. Regioin., 1714, in-4''. — III. De marie sivc ferro. Regiom., 1714, m-¥. L. Hx.
Hartmann (Peter-Immanuel). Né à Halle le 7 juillet 1727, il obtint dans celte ville le grade de docteur eu me'decine en 1751, puis s'y fixa et y exerça la médecine avec le plus grand succès. En 1755, il devint membre de l'Académie des Curieux de la Nature et écrivit l'histoire de cette savante compagnie sous la signature du chancelier Biichner, son bienfaiteur; un grand nombre d'articles parus de 1754 à 1700 dans le Halle schen Inlelligeniblatter sur le nom de Bûchncr sont également de lui. Un nabab de Tranquebar lui fit des offres pour l'attacher à sa personne. Il refusa. En 1702, l'Université de ïlelmstaedt lui conférait le titre de professeur, et l'année suivante il remplissait les mêmes fonctions à Francfort-sur-l'Oder. 11 est mort le 1" décembre 1791, ne laissant que des programmes académiques ou des dissertations soutenues sous sa présidence, parmi lesquelles on remarque celles sur les eaux minérales de la Silésie ; il est cependant auteur d'une llore des environs de Francfort, qui n'est pas sans mérite. Plantarum prope Francofurtuni ad Viadrum sponle nascentium, Fasc. I. Francofurti, 1767, in-8°. Pour l'énumération de ses autres opuscules, voy. le Dict. hist. de la médecine de Dezeimeris.
Hartmann (Franz-Xaver, Ritter von). Né à Praunsdorff, dans la Silésie autrichienne, le 22 juillet 1757, fit ses études à Vienne, où il eut pour maîtres de Haen, Casser, Crantz, etc., et y fut reçu docteur en 1706; sa dissertation inaugurale renfermait l'exposé du système botanique de Crantz : Primœ lineœ institutionum botanicarum Crantzii, in-8°. Une nouvelle édition en fut publiée l'année suivante : Ed. II, cum Crantzii Additamento generum novorum, cum eornmdem speciebus cognitis etspeciebiis novis. Lipsite, 1767, in-8°. En 1768, il partit en voyage et visita notamment l'Italie, et <à son retour il pratiqua la médecine à Vienne jusqu'en 1771, époque à laquelle il fut appelé à prendre à Linz un poste de médecin pensionné. 11 devint conseiller de l'empire en 1776, conseiller sanitaire en litre et prolomédecin des provinces autrichiennes au-dessus de l'Eus en 1779, reçut le titre de chevalier en 1785 et mourut en 1791. Citons de lui :
Formulae remedioruyn in materiam medicam et chirurgicam cl. viri Crauzii. Viennae, 1779, gr. in-8°. Trad. en allem.: Med.-chirurg. Formeln. ans v. Craiiz Vorlesungen, ubersetzt'von J.-B. Hubner. Linz, 1787, zwei Ttieile gr. in-8°. L. H>-.
Hartmann (Philipp-Karl). Ce médecin distingué naquit, le 20 janvier Î775 à lleilio-enstadt (Eichsfeld). 11 fit ses études à Gottingue et à Vienne et obtint le diplôme de docteur dans cette dernière Université en 1799. H se fixa à Vienne dans le but d'y exercer la médecine, devint en 1801 assistent du docteur Barth et médecin de la direction de police pour le district auf der Wieden en 1805, médecin de l'établissement hospitalier de Mauerbach, près de la capitale, et fut appelé en 1806 comme professeur de pathologie an lycée dOlmûtz et obtint en même temps la charge de premier médecin de l'hôpital et de l'orphchnat; en 1811, il passa à Vienne avec le titre de professeur ordinaire de pathologie et de pharmacologie générales; il refusa des olfres bril-
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lantes que lui faisaient les universités de Pétersbourg, de Derlin et de Bonn, et prit en revanclie, en 1829, la chaire de médecine clinique de l'hôpital général de Vienne. Il mourut d'appoplexie foudroyante le 5 mars 1830.
Hartmann débuta dans la carrière littéraire par une critique du système de Brown et de la théoi'ie de l'irritabilité : Analyse der neueren Heilkunde (Wien, 1802, 2 Th. in-8°), et par une appréciation sévère du système de Schelling et de l'influence fâcheuse que la philosophie de la nature a exercée sur les progrès de la médecine dans Einfluss der Philosophie in der Théorie der Heilkunde [Salzburger med.-chir. Zeitung, 1805). Ces mêmes critiques se retrouvent dans Beitrdge zur Théorie der Heilkunde {Œi^ferr. med. Jahrb., 1813). L'opuscule suivant : Gliickseligkeitslehre fiir das phgsische Leben der Menschen, etc. (Leipzig, 1806, in-8"), l'un des travaux de sa jeunesse, eut un grand succès et arriva à sa S*" édition en 1841, et parut encore avec des additions de Schûck à Vienne en 1845, sans compter les traductions en danois (Copenhague, 1853), en hollandais (Rotterdam, 1837), en suédois (Stockholm, 1830). Vinrent ensuite deux ouvrages remarquables sur le typhus : Sicherungsanstallen und Verwahrungsmitlel gegen ansteckende JServen- tmd Faulfieber (Olmutz, 1810, in-S"), et Die Théorie des ansteckenden Typhus und seine Behandlung (Wien, 1812, in-S"). L'un de ses ouvrages les plus importants est sans contredit son Theoria morbi^ seu pathologia generalis (Vindobonse, 1814, in-S»; 2*^ édit., ibid., 1828; édit. allem. en 1825, hollandaise en 1827); ce livre comblait une lacune, car, depuis Gaub, rien n'avait été publié sur ce sujet: aussi restat-il classique en Allemagne pendant de longues années. Son traité de psychologie {Der Geist des Menschen in seinen Verhâltnissen zum physischen Leben, oder Grundiiige zueiner Physiologie des Denkens. Wien, 1820, in-S") forme le digne pendant et le complément du précédent; il y considère la psychologie comme une science pleinement expérimentale; la 2^ édition parut en 1832, une traduction hollandaise à Leyde en 1825, une traduction italienne à Florence en 1836-1837, en 2 volumes. Hartmann a encore mis au jour un bon traité de pharmacologie : Pharmacologia dynamica (Vindobona?, 1816, 2 vol. in-8°; 2'^ édit., ibid., 1829), et un traité de thérapeutique générale: Therapia generalis (Leipzig, 1835, in-S"), posthume, dont Knolz a publié une seconde édition augmentée, sous le titre de : Inslituliones medicœ therapiœ generalis (Viennae, 1835, in-8"). Il a pris part à la rédaction de la pharmacopée autrichienne en 1812 et en 1820, et dirigé les Beobachtungen und Abhandlungen aus dem Gebiete der praklischen Heilkunde von ôsterr. jErzlen (Wien, 1819- 1828, vol. in-8°), et les 9 premiers volumes des Medicinische Jabrbiicher des ôsterr. Staates, 1812 à 1826.
ÎNul mieux que Hartmann n'a compris les besoins de la médecine à son époque et il a fait tous ses efforts pour les satisfaire; il ne s'est pas laissé séduire par les théories et par les systèmes alors en vogue; ils les a combattus et est resté fidèle au sage éclectisme de son maître, Pierre Frank, et de l'ancienne école de Vienne. Ses adversaires mêmes ont rendu justice à Hartmann [voy Hirsch, Allg. deut. Biogr., Bd. X, p. 701). Outre les ouvrages déjà cités, mentionnons encore de lui :
1, De mente humana vita physica altiore. Oral. acad. Vindobonae, 1816, in-8°. — II. Hypothèse ûber die assimilalive blutbereitende Fonction der J^eber, a/s ein Beitrag iur Physiologie, dargesiellt von Ernsl Rud. Loeffler. Leipzig, 1838, in-8° (posttiume). — Ilï. Inslituliones medico-practicae. Edid. et contin. P.-J. Horaczek, P. L Doctrina de febribus.
IIARTSÔKER. 495,
Viennae, 4843, in-S"; P. II. Doclrina de inflammationibus. Sect. 1. Generalia de inft. contin., ibid., 1844, in-S". L. Hn.
HARTMAXX (PouDRE de). k\^\)e\é& &ncove. poudre cachectique, û\e?,e,coxixpose de safran de mars 4, cannelle 12, sucre 16. L. Un,
nARTSnORl\E (Joseph). Médecin ame'ricain, né le 12 décembre 1779 à Alexandrie (Virginie), étudia sousKraik, à Washington, puis en 1801 à l'hôpital de Pennsylvanie, à Philadelphie, sous Rush, Wistar, Physick, etc. En 1805, il prit le grade de docteur avec une thèse : On the Effects of Air upon Living Animais. A la même époque, il publia une traduction d'Alex. Boyer : Lectures on the Diseases of the Bones, etc. Philadelphia, 1805. Enfin, il imagina un appareil pour les fractures de cuisse.
Ilarlshornc fil plusieurs voyages à Bat;\via en qualité de médecin de vaisseau. Il se fixa ensuite à Philadelphie, y devint chirurgien de l'hôpital de Pennsylvanie et se distingua lors des épidémies de fièvre jaune (1820-1830) et de choléra (1849) qui ravagèrent cette ville. Il mourut le 20 août 1850. Il a laissé deux fils qui ont suivi tous deux avec distinction la carrière médicale ; l'un est chirurgien de l'hôpital de Philadelphie, l'autre professeur d'hygiène à l'Université, et tous deux sont les auteurs de publications remarquables. L. IIk.
nARTSOKER (iNicoLAAs). Célèbre physicien et micrographe hollandais, naquit à Gouda, en Hollande, le 26 mars 1656. De bonne heure il fabriqua, à très-|ieu de frais, des microscopes presque aussi parfaits que ceux de Lceuwenhocck et il se mil à étudier tous les objets d'Iiisloire naturelle qui lui tombèrent sous la main : c'est ainsi qu'à l'âge de dix-huit ans il découvrit les animalcules spermaliques, mais fut tellement surpris de cette découverte qu'il n'osa pas en parler. En 1678, Iluygens, à qui il confia sa découverte des ani malcules spermaliques, l'emmena à Paris et le mit en relation avec Cassini. Le même savant publia alors dans le Journal des savants la découverte de Hartsôker sans le nommer, mais, sur les réclamations de ce dernier, il y inséra un nouvel article dans lequel il lui rendit toute justice. En 1679, Hartsôker revint en Hollande, mais en 1684 il retourna à Paris et y fit un séjour de douze ans; il y publia son Essai de dioptriqne (Paris, 1694, in-4°; ibid., 1696, in-4°; trad, en holl. par Block, Amsterdam, 1699, in-4°) et ses Principes de physique (Paris, 1696, in-4''). Néanmoins le mauvais état de ses affaires le força, en 1696, à quitter la France et à se retirer à Rotterdam; en 1699, l'Académie le nomma associé étranger. Pierre le Grand, alors à Amsterdam, le choisit pour son professeur et lui proposa de l'emmener en Russie. Hartsôker refusa et les magistrats d'Amsterdam, pour le récompenser, lui firent élever une sorte d'observatoire dans un bastion. En 1704, il accepta une chaire de mathématiques et de philosophie à Dusseldorf et les fonctions de mathématicien de la cour palatine. A cette époque, il mit au jour les Conjectures physiques (Amsterdam, 1706, in 4»), les Éclaircissements sur les conjectures physiques (Amsterdam, 1710, iii-l"), \es Suites des conjectures physiques, etc. (Amsterdam, 1712,in-4°), et plusieurs autres ouvra"-es. En 1716, il se retira à Ulrecht, où il mourut le 10 décembre 1725, après avoir donné en 1722 un Recueil de plusieurs pièces destinées k montrer l'invalidité du système de Newton (Ulrecht, 1722, in-12); c'était une mauvaise inspiration. Enfin, outre un grand nombre de mémoires, insérés dans
496 llÂRVEY (Les).
le Journal des savants, la Bibliothèque ancienne et moderne, etc., dont plusieurs, importants pour la médecine et l'histoire naturelle, renferment des observations intéressantes faites avec le microscope, Ilartsokei a laissé ua Cours de physique, accompagné... d'un extrait critique des lettres de M. Leeuwenhoech (La Haye, 1750, in-4"), qui ne parut qu'après sa mort. L. Un.
nARTliriG (Christian -Adolph). Accoucheur de Leipzig, mort dans cette ville le 18 novembre 1791, est né à Meissen en 1755. On n'a de lui que sa thèse inaugurale : Diss. de nonnullis antimonii prœparatis eorurndemque usu medico, Lipsiac, 1783, in-4'', et un opuscule intitulé : Beautnortung der... Anfrage : Giht es ziiverlâssige und aiisserordentliche Merhnale ein noch gesundes Kind fi'ir einem Sterbling zu erkldren? inséré dans Fest's Beytrage, 1789, St. 3. L. H.N.
nilRL'SPICES. Vog. Divination.
HARVET (Israël). Médecin d'Orléans, grand chimiâtre , florissait au seizième siècle. La faculté de médecine de Paris et en particulier Riolan ayant rejeté complclcment l'application des principes chimiques à la médecine, Ilarvet publia plusieurs ouvrages à cet égard. Nous citerons :
I. Disc, contre le paradoxe de Laurent Joubert, ayant pour titre : Qu'il n'y a aucune raison que quelques-uns puissent vivre sans manger durant plusieurs jours et années. Niort, 1597, in-l^. — II. Coiifutalio causarum abstinentiae piiellae Confolentaneae, elc. Aiirel., 1602. — III. Dcfmsio chymiae adversus apologiani et censurant scholae medicorum Parisiensiuni, etc. l'arisiis, 1604, in-S". — IV. Denionslratio verilatis doctrinae chymicae, adversus J. Riolani comparationem veteris medicinae cum nova, etc. Hanovre, tCOS, in-8». L. Hk.
iiARVEY (Les).
ilarvcy (Gideon) . Yoici cc que dit Dezeimeris de ce célèbre médecin anglais. Il naquit dans la province de Surrey. Après avoir étudié la médecine à Leyde et à Paris, il prit dans une faculté de France le bonnet de docteur. Muni de ce titre, il se lit agréger au collège de La Haye, mais l'amour de la patrie le rappela en Angleterre, où il fut nomiué médecin ordinaire de Charles II. Il occupa le même poste sous Guillaume III. Il fut en outre médecin de la Tour de Londres, et jouit d'une grande vogue. Ilarvey mourut vers 1700.
Comme écrivain il s'est fait connaître par les traits satiriques, les sarcasmes mordants qu'il lança contre les médecins de son temps. Dans un ouvrage intitulé le Conclave des médecins, il les partage en six classes, selon qu'ils sont partisans du fer, du lait d'ânesse, du quinquina, des eaux minérales, de la saignée ou des purgatifs. Il désigne ces sectes par les noms de ferrea, asinaria, jesuitica (le quinquina portait en Angleterre le nom de poudre des jésuites], aquaria, laniaria et stercoraria. Les ouvrages de Gideon Harvoy montrent, comme ceux de tant d'autres, qu'il est plus facile de critiquer la mauvaise médecine que d'en faire de bonne.
I. 'New Principles of Philosophy. London, 1663, in-4'', — II. A Discourse of thc flague. Loiidon, 1665, in-4°; 1673, in-S". — III. Morbus anglicus, or the Anatomy of Consumption. London, 1667, 1672, 1673, in-8°. — IV. Tlie Great Venus unmasked, etc. London, 1666, in 8°; ibid., 1672, in-8°. — Y. Little Venus unmasked, or a Perfect Discovery of the
IIAHVEY (Les). 497
French Pox. London, 1670. in-8°; ibid., 1685, in-S". — VI. De febribm traclatus theoreticus et practicus. Loiidini, lb72, in-S"; en anglais. London, 167 i, in-8°. — VU. A New Treatise of the Scorhutic Pox; a Second Treatise of Ihe Maiigij Pox allered ofa Ileretic Pox; ami an Appendix of the Venereal Goût. London, 1675, in-8». — VIII. Disease ofLondoti, or a New Discovenjof the Scurvij. London, 1875, in-8°; ibid., 1685, in-S". — IX. The Family Physician and House Apothecary, in4rarts. London, 1078, in-8°. — X. Casus mcdico-chinirgicus, or a niost Mémorable Case of a Nobleman deceased. London, 1678, in-8°. — XI. The Co7iclave of Physicians ; detccting their Intrigues, Frauds and Plots against their Patients with a Discourse on the Jesuitee Bark. London, 1685-1886, in-8°. — XII. The Art of Curing the mosl Dangerous Wounds, by the First Intention. London, 1685, iii-12. — XIII. The' French Pox, ivith ail its Kinds, etc. London, 1685, in-8°. — XIV. Of the Sniall Pox and Malignant Fever, with the Varions Methods of curing them, and a Discoursc on the Scurvii. London, 1685, in-8°. — XV. Ars curandi morbos expectatione, item de vanitatibus. doits et mendaciis medicorum. Londin', 1694, in-12; Amsterdam, 16!)5, in-12; 1698, in-S". En anglais: London, 1689, in-8°; ibid., 1693, in-8°. En latin avec des noies de Stalil : Paris, 1750,
2 parties in-8°. — XVI. Treatise on ihe Small Pox and Mcasles. London, 1696, in-8\
XVIL Particular Discourse on Opium, Diacodium, and other Sleeping Medicines. London, 1696, in-8°. — XVIII. Discoui-se on the Vanities of Philosophy and Physic. London, 1699, 1700 et 1702, in-S". L. Hn.
Harvey (William). Cet illustre médecin naquit à Folkestone, dans le comté de Kent, le 1" avril 1578. 11 lit ses première études à Canterbury, puis suivit les cours de logique et de philosophie naturelle à Cambridge. En 1598, il se rendit à Padoue, qui était alors un important centre scientifique, où avait enseigné Colombo, 011 enseignait encoreFabricc d'Acquapemlente ; Harvey apprit l'anatomie sous ce maître et la chirurgie sous C^jsserius; c'est là évidemment qu'il fut initié aux théories de Colombo et de Césalpin sur la circulation. 11 reçut en 1602 le diplôme de docteur et retourna à Londres. Membre du Collège des médecins de Londres en 1604, il fut, en 1609, nommé médecin de l'hôpital Saint-Barthélemy. Il fut chargé en 1615 d'enseigner l'anatomie et la chirurgie au Collège royal ; dès cette époque il enseigna et démontra la circulation au sang; il continua cet enseignement pendant plusieurs années et en publia le résumé en 1628.
En 1623, Harvey fut nommé médecin suppléant de Jacques I" et, à la mort de ce roi, médecin titulaire de Charles l'"''. A plusieurs reprises il fut appelé à exposer devant le roi et les seigneurs de la cour le phénomène de la circulation. Pendant la guerre civile, il resta fidèle au roi, qui lui conlia la direction du collège de Merlon, à Oxford, en remplacement de Brent, destitué pour ses opinions politiques; mais le parti parlementaire, ayant triomphé, réintégra Brent, et la populace pilla et incendia la maison de Harvey, et détruisit ainsi plusieurs ouvrages manuscrits du grand physiologiste, traitant de diverses questions de médecine et de physiologie, l'un entre autres de la génération des insectes.
Gomme praticien, Harvey avait une clientèle considérable. La publication de son livre la diminua brusquement, paraît-il, et lui fit perdre beaucoup d'argent. La mort tragique du roi lui inspira un profond dégoût du monde et il passa les dernières années de sa vie à Lambeth ou à la maison de campagne de son frère, près de Bichmond. Il déclina, en 1654, l'honneur de présider le collège des médecins, mais il légua à cette savante compagnie sa bibliothèque et les revenus d'une ferme qui lui appartenait. 11 mourut, sans enfants, le 3 juin 1657, à Lambeth, 5gé de quatre-vingts ans, et fut enterré à Hempstead (Essex). Un monument a été élevé à sa mémoire dans cette localité.
Le nom de Harvey restera attaché à la découverte de la circulation. Cette découverte ne saurait cependant lui être attribuée exclusivement, sans Aiire tort
DICT. EiSC. 4' S. XII. 32
49S IIARVEY (Les).
à d'illustres prédécesseurs, à Servel, à Colombo, à Césalpin, à Fabrice d'Ac- (juapendente, etc. [voy. Circulatioin).
Le grand mérite d'IIarvey, c'est d'avoir établi d'une manière irréfragable ce qui n'était que pressenti par ses devanciers, et d'avoir réuni les faits épars, examiné, discuté et mis dans une nouvelle lumière les idées plus ou moins confuses de ses prédécesseurs ; c'est, enfm, d'avoir expérimentalement établi la "vérité. L'immortel livre de Ilarvey, qui consacre Ja découverte de la circulation, •a pour titre : Exercitatio anatomica de niotu cordia et sanguinis in anima- Hibiis, Francfort, 1628, in-4°.
« Ce qui constitue surtout la valeur de ce livre, le plus beau de la physiologie, dit Flourens, c'est que c'est un adieu définitif aux théories, aux dissertations théologiques, métaphysiques, scolastitjues. Ilarvey ne croit qu'à l'expérience, au phénomène visible, expérimental : c'est là sa supériorité sur Servet...
« Non-seulement Ilarvey est le premier qui ait prouvé la circulation du sang, mais c'est encore celui qui l'a vulgarisée. Jusque-là les érudits seuls connaissaient les écrits de Servet, de Césalpin, de Fabrice même. Après Ilarvey, on ne peut passer la doctrine de la circulation sous silence. Protestants et catholiques seront impuissants à l'étouffer et à la livrer aux flammes, comme ils ont fait pour la Restitution du christianisme. Rapidement l'ouvrage de Harvey se propage : les réfutations, les objections se présentent de toutes parts. L'idée de la circulation du sang, émise, comme nous l'avons dit plus haut, par Servet et Césal[iin, n'est plus spéciale à un petit groupe d'anatomistes de Padoue : elle entre dans le domaine général et, à partir de 1620, s'impose à toutes les doctrines médicales, à toutes les recherches physiologiques » (Ch. Richet).
La publication de la découverte de la circulation suscita à Ilarvey de nombreux contradicteurs, parmi lesquels les plus célèbres furent Riolan, Parisanus, Primrose, Plempius, Guy-Patin, Harvey jugea Riolan seul digne d'une réplique, mais la Faculté de médecine de Paris mit un entêtement ridicule à repousser la circulation du sang, et Patin poursuivit le physiologiste anglais de ses sarcasmes. Harvey fut vengé de la faculté par Boileau {arrêt hui'lexque) et de Guy- Patin par Molière. Ent réfuta Plempius, qui finit par accepter la circulation ; cette conversion (1652) en entraîna d'autres, et enfin Harvey put développer sa doctrine librement (1659). La postérité l'a suffisamment vengé des avanies et des misères qu'il eut à subir de son vivant.
Mentionnons encore les remarquables travaux de Harvey sur la génération ; le premier il a énoncé le principe de Vomne vivum ex ovo; il a découvert ou démontré le premier l'usage des diverses parties de l'œuf, en particulier de la cicatricule, où, selon son expression, sont contenues potentiellement [potentiâ insunt] toutes les parties du futur animal ; il a fait une série d'observations qui sont devenues le fondement de l'embryologie moderne. Il étudiait à ce point de vue non-seulement les animaux inférieurs, mais encore les Mammifères; Charles l""" lui fournissait, pour ses expériences, les biches et les daims de son parc.
Les ouvrages d'Harvey sont généralement écrits dans un style correct et élégant. Outre des lettres et deux manuscrits : De mtisculis et motu animalium locali. De anatome universali, on a de lui :
I. Exercitatio anatomica de motu cordis et sanguinis in animalibus. Francofurti, 1628, in-4°; Lugduni Batav., 1639, 111-4°, avec la réfutation de Tarisanus; ibid., 1G47, in-4°; Patavii, 1643, in-12;1646, in-4°; Lugduni, 1647, in-i»; avec Spigel, Amstelodami, 1645,
HAR\EY (Les). 499
iii-fol. ; Roterodami, 1661, in-12, dans la bibl. de Manget; ibid., 1671 -12, suivi de: Exercitationes duae anatomicae de civculatione satiguinis ad Johannem Biolanum filium. Roterodami, 1649, iii-1'2; Cantabrigiae, 1049, in-12; Parisiis, 1650, in-12. Nouvelle édition sous le titre de : Exercitaliones anatomicae très de niotu cordis et sanguinis circutatione. Roterodami, 1659, in-12; Londini, 1660, in-8"; Roterodami, 1661, 1671, in-12; Lugduni Batav., 1736, in-4» (édit. d'Albinus). Traduit en anglais, London, 1653, in-S"; Edinburgh, 1824, in-8°. Ces ouvrages ont été traduits en français par Ch. Richet, sous le titre de : La circulation du sang. Des mouvements du cœur chet l'komme et chez les animaux. Deux réponses à Riolan. Trad. franc, avec une introduction historique et des notes. Paris 1879, in-S». — II. Exercitationes de generatione animalium, etc. Londini, 1654, ïn-i"- Amstelod., 1651, 1062, in-12; Pataviae, 1666, in-12; Ilagae Comit., 1680, in-12. Trad. eii -anglais, london, 1653, in-12. — III. Analoinical Account concerning Thomas Parr, etc. In
Philos. Traiisacl., 1()69; Abridg., t. I, p. 519. — IV. Opéra omnia a Colleg. med.
Londinensi édita. Londini, 1766, in-4°, avec la vie de Harvey par Lawrence et son portrait par C. Jansen. — V. Une foule d'ouvrages ont été publiés sur Harvey; le plus récent est celui de M'illis : William Hai-vey. A Hisiory oflhe Circulation ofthe Blood. With a Portrait of Harvey, after Faithorne. London, 1878, in-S". L. jjj,^
HarTey (Re0ben-Joshu.4). Médecin irlandais, né à Cork, en 1845, était le fils de Joshua Reuben Harvey, professeur d'accouchements distingué du Queens Collège, à Cork. 11 fit ses études en Angleterre, puis au Trinity Collège de Dublin, enfin il étudia la médecine et en 1870 se fit recevoir bachelier eu médecine et maître en chirurgie. Il alla ensuite écouter les leçons de Stricker à Vienne et celles de Recklinghausen à Wurtzbourg, et à son retour à Dublin devint démonstrateur d'anatomie au Trinity Collège, et peu après professeur à l'École de médecine Carmichael. En 1872, il y succéda à Curran comme professeur de physiologie. Il y créa le plus beau laboratoire de physiologie de Dublin. Il devint felloiv du Collège des médecins en 1879, prit une grande part à ses travaux ainsi qu'à ceux de la Pathological Society de Dublin et de l'Académie royale d'Irlande. Harvey mourut prématurément, le 25 décembre 1881, d'une fièvre typhoïde contractée au Cork-Street-Fever Hospital.
Harvey n'a pas eu le temps de publier d'ouvrage de longue haleine ; on n'a ■de lui que d'excellents mémoires insérés dans les recueils périodiques, entre autres : Histologij of Tendon, dans Irish Hosp. Gazette, 1873; Ueber die Zwischensubstanz der Hoden, dans Centralblatt fiir die med. Wissench., 1875; On the Mode of Occurrence of Compensatory Emphy sein, dans Med. Soc. K. and Q. Collège of Physicians, 1879; enfin, On the cause of the Dicrotic Wave in the Puise and on Cardiographie Tracings, dans Brit. Med. Association, 1879, etc. L. Hn.
Harvey (Philip). Médecin d'origine anglaise, mort à Portland, dans rOrégon, le 23 mars 1883, à l'âge de soixanle-dix-neuf ans. Il arriva aux États-Unis après avoir terminé toutes ses études et pris tous ses grades en Angleterre et vint se fixer àRrooklyn, où il devint médecin du Dispensaire. Plus tard, il s'élablit à lowa, où il prit la direction de la Burlington Gazette, dont il fit un recueil modèle. Malgré ses fonctions très-pénibles de surveillant du port, il trouva le temps de déployer une grande activité littéraire et de satisfaire aux exigences d'une clientèle considérable. Nommé professeur de médecine the'orique et pratique à l'Université d'Iowa, il conserva ces fonctions jusqu'à la guerre de la Sécession et devint chirurgien d'un régiment dans l'armée de l'Union. Vers 1875, il se rendit à Orégon et y devint professeur et médecin consultant à l'École de médecine. Son principal ouvrage, qui est une œuvre de recherches originales, traite des aliments et du climat. L. Hn.
500 UASCHISCH.
Harvey (Johk). Le véritable inventeui- du système de Banting, mourut à Londres en 1877. On a de lui :
I. Corpulence, ils Diminvtion and Cure wilhout Injury to Health, 3" édit. London, 1864, in-8°. — II. The Resloralion of Nervous Funclion, etc., 3° ûdit. London, 1865, in-8°. L. Hn.'
IIARWOOD (sir Busick). Médecin anglais, né à Newmarket vers 174,5 fit ses classes à l'Université de Cambridge et termina ses études médicales à Londres. 11 passa ensuite aux Indes Orientales en qualité de chirurgien de l'armée, et y acquit une grande réputation. Le mauvais état de sa santé le força à revenir en Angleterre. En 1785, il devint professeur d'anatomie à l'Université de Cambridge, mais n'obtint le titre de docteur qu'en 179U. Dix ans après, il fut choisi pour enseigner la médecine domestique au Collège Downing. 11 fut créé chevalier eu 1800 et mourut le 10 novembje 1814.
Harwood était membre de la Société royale de Londres. L'un des premiers, en 1791, il fit des tentatives de transfusion du sang sur les animaux; il publia à cette occasion, dans le British Mercia^y (1791), un article qui a été traduit en allemand dans N. Ikmnôver. Magazin, Jalug. I, p. 197, 1791. On a encore de lui :
I. A Sijnopsis ofa Course of Lectures on Anatoimj and Physiology. London, 1787, in-S". — II. A System of Comparative Analomy and Physiology, Fascic. J, ioiidon, 1796, in-i», 15 pi. Trad. en allem. par Wdemann. Berlin, 1799, in-4°. L. H.\.
llAS.tR. Nom arabe de Y Indigofera oblongifolia Forsk., plante delà famille des Légumineuses-Papilionacées, dont la décoction est employée, en Arabie, contre les coliques. Ed. Lef.
IIASCUAERT (Pierre), en latin Haschardus. Né à Armentières, est surtout connu par la polémique qu'il eut avec François Rapardus, médecin de Bruges, au sujet des applications de l'astrologie à la médecine. Ce médecin astrologue a publié : Clijpeus astrologicus contra flagellnm astrologorum Francisci Rapardi, cwn declaratione et approbatione ulilitatis astroloyÙT (Lovanii, 1552, in-S"); c'était la réponse à un ouvrage de Rapardus paru à Anvers eu 1551 : Magnum et perpetuiim almanach, etc., empiricoritm et medicastrum flagellum. On a encore de Haschaert : Saluherrimae bonde valetudinis tuendae prœcepta Eobani Hessi, etc. (Francofurti, 1658, in-8°). L. Hn.
HASCHISCH. Allemand, Haischisch, India7iischer Hanf; anglais, Indian Hemp, Hashish; italien, liennip india, Caiiapa indien; espagnol, Indiacanapo; suédois, Eampa; chinois, Chu-trao; turc, Kendir. Sous le nom de haschisch les Orientaux désignent tout à la fois un végétal de la famille des Urticées et une substance qu'ils retirent des sommités de l'une d'elles. Ce végétal est le chanvre indien ou Cannabis sativa L., var. indica, des botanistes {voy. Chanvre). Cette substance n'est autre que le haschisch des livres de matière médicale, des historiens, des voyageurs et des médecins qui ont voulu en utiliser les vertus thérapeutiques.
En arabe, le mot haschisch veut vulgairement dire herbe et, quand il s'applique au chanvre indien, il signifie : Vherbe ou herbe par excellence. On a discuté assez longtemps sur la spécification botanique du chanvre utilisé en Orient pour la production du haschisch et sur son identité avec le chanvre cultivé ou Cannabis
saliva de nos pays. Les travaux de Husson, professeur de botanique au Caire, et de Christison en Angleterre, ont démontré expérimentalement cette identité et confirmé par conséquent l'opinion^^de Kœmpler, Forshall, Delille (de Montpellier), Figari, Gastinel et d'autres encore.
Les dilférences morphologiques de la variété asiatique avec la variété européenne du Cannabis résultent de l'iniluence du milieu extérieur et ne constituent pas des caractères spécifiques; elles consistent seulement dans des variations de la taille, du développement de la végétation et de la qualité industrielle de ses fibres textiles. Quant au principe actif des sommités de la plante, il varie de puissance aux Indes ou en Europe, mais non de nature, de sorte que, pour obtenir des effets pliysiologi(|ues ou tbérapeutiques [équivalents; à ceux du haschisch oriental, on doit prescrire l'extrait de Cannabis indigène à des doses trois ou quatre fois plus considérables. Telle a été la conclusion des recherches de M. Berthaut et des expériences de M. Yillard. Cette considération possède un intérêt pratique et, en partie, donne la raison des insuccès signalés par plusieurs expérimentateurs suivant la provenance du haschisch dont ils faisaient usage.
La culture et l'emploi du haschisch remontent à une époque éloignée de l'histoire. Dans les monographies qui sont consacrées à son étude, on invoque un passage du livre VI d'Hérodote, où il est parlé des propriétés excitantes de la vapeur du haschisch et de l'ivresse des Scythes qui la respiraient ou bien buvaient la décoction de ses graines vertes. MM. Virey et Guyon ont remonté plus haut encore dans l'histoire et en ont appelé à Diodore de Sicile pour démontrer que le nepenthès d'Homère était un breuvage à base de haschisch.
Dans cette voie des interprétations littéraires on peut aller fort loin. Ce sont là seulement des débats rétrospectifs actuellement sans issue. La curiosité s'y intéresse plus que la science n'en prohte.
On sait plus sûrement que les propriétés du chanvre indieu sont connues depuis un temps immémorial dans la vallée du Tigre et de l'Euphrate; que les antiques populations des Indes en faisaient usage; que d'abord sa culture s'étendit sur les plateaux de la Perse et du Turkestan, patrie des tribus scythes, et qu'à une époque moins ancienne elle^ s'introduisit en Asie Mineure et en Egypte, où les chroniqueurs du temps des Croisades en observèrent les effets sur les populations musulmanes. Plus tard, au milieu du moyen âge, de l'an 1090 à l'année 1270, les princes du Liban, surtout fun d'eux, Hassam-ben-Sabak- Homairi, surnommé le Vieux de la Montagne, en faisaient usage pour fanatiser leurs soldats. La légende a donné au Vieux de la Montagne le nom de prince des Haschischins et à ses esclaves une réputation aussi lugubre que romanesque.
Dans son voyage eu Asie, Marco Polo en avait remarqué l'emploi à la cour des émirs et des sultans orientaux. A la lin du seizième siècle, Pierre Alpin notait chez les Égyptiens l'usage et l'abus de diverses compositions narcotiques ou enivrantes, dont l'une, Vassis, était préparée par le broiement des feuilles du chanvre avec de l'eau. En 1768, Sauvages s'étend sur les effets d'un clectuaire indien dans lequel entrait le haschisch et dont Kaerapfer avait pris avec ses amis dans un but expérimental.
Quelques années auparavant, Linné avait donné la composition du malasch et du bangh, autres préparations narcotiques que les habitants de l'Inde et de la Perse préparaient avec le Cannabis. Enfin Chardin, Murray, Sonnerai et d'autres
voyageurs signalèrent les effets aphrodisiaques du haschisch, dont les caractères botaniques, jusque-là mal connus, furent fixés par Lamark.
()uoi qu'il en soit, c'est seulement depuis cinquante ans que le haschisch a été l'objet de recherches scientifiques. Les médecins anglais des Indes donnèrent alors des renseignements sur les phénomènes du haschischisme, la maladie des haschischins et les applications thérapeutiques de cette substance. On doit citer ici les noms d'O'Briest, de Raneigh et surtout d'O'Shangessy. En France,. Aubert Roche, Leautaud, Courlive, Personne, Gastinel, Grimaiix et surtout Moreau (de Tours), appelèrent sur elle l'attention des médecins et des sociétés savantes.
Parmi les travaux contemporains, les plus importants sont ceux de nos compatriotes MM. Liouville et Auguste Voisin, la thèse de M. Villard, monographie fort complète de ce produit, les remarques de M. Delasiauve sur le délire causé par l'abus du haschisch, les observations de M. Michel (de Cavaillonl, de Clot-Bey, de Racime, de Sainte-Marie, etc., etc. A l'étranger, aux Indes d'abord, puis dans les pays de langue anglaise, enfin en Allemagne, en Amérique, cette bibliographie s'est enrichie de nombreux mémoires, notes et observations, signés de Fronmùller, Pusinelli, M. Ilay, Brown, Oliver, Garrod, PoUi, Lussana, Bezencenet, Castelnuovo, Laurances et autres encore, dont l'énumération complète serait aussi longue que fastidieuse.
Malgré cette abondance de publications relatives au Iiaschisch, à sa nature, à ses principes actifs, à ses effets thérapeutiques ou toxiques et à ses abus, l'histoire médicale de ce médicament est incomplète, et l'accord des auteurs entre eux bien imparfait. Les différences de leurs conclusions s'expliquent bien par la diversité des prépai-ations qui portent le nom de haschisch et par la différence de leur richesse en principes actifs venant du Cannabis.
1"^ Compositions du haschisch. Quelles sont donc la nature et la préparation du haschisch? Remarquons d'abord que h composition du haschisch proprement dit n'est pas bien connue. On sait seulement qu'elle emprunte ses vertus aux sommités fleuries du Cannabis des pays chauds, qui en constitue la base, et que, par son association à d'autres corps, forme des mélanges désignés sous des noms différents, suivant les pays et suivant les usages auxquels on les destine. Les plus usités sont le Davmmesc (d'Arabie), le Mapouchari (du Caire) et le Majoon (de Calcutta).
Le dawamesc s'obtient, d'après M. Yillard, en réduisant en pâte, par le broiement, les feuilles et les fleurs de Cannabis. Cuite avec du beurre frais, du miel, du poivre muscade et des essences odoriférantes, cette pâte donne une confiture de couleur verdâtre et d'odeur nauséeuse, susceptible de s'altérer rapidement.
Les indigents préparent une infusion avec les sommités du chanvre, ou bien se contentent de fumer dans le narghilé un mélange de tabac avec la poudre des feuilles et des fruits de la plante. En Orient, les haschachs, mangeurs, buveurs ou fumeurs de ces préparations, lés consomment dans des établissements spéciaux ou maschéchels. Au reste, M. Villard déclare que ces cafés sont peu nombreux en Egypte, où la loi les prohibe maintenant.
Par l'association du haschisch au sucre et par son incorporation à d'autres ingrédients, les Orientaux obtiennent encore des électuaires et des pastilles. D'autres fument le Gunjah, c'est-à-dire la plante en nature après sa dessiccation et sa récolte au moment de la floraison . D'autres préfèrent le Ba7îgh ou infusion des feuilles avec
les graines vertes. Les habitants du iVcpaul récoltent sur les tiges le Charnis, chenis ou momea, en promenant, dit-on, des lanières de cuir sur les tiges de chanvre au moment de la floraison. Cette exsudation résineuse alors abondante est pétrie sous forme de petites boules. Enfin, les Persans obtiennent le Ganzar ou gaiija, substance résineuse, en exprimant à travers une toile grossière les parties vertes de la plante préalablement soumises à la tritur;ition. Telles sont encore les préparations fort actives, mais de composition plus mal connue, désignées sous les noms d'opiat de madjun essayé par Fronmûller, et de hirmingi employé par lleinrich, et venant tous deux de l'Orient.
On voit donc que les haschnclis trouvent les n)oyens de satisfaire leur passion avec les produits variés que l'on letiie du (Cannabis. Celte diversité des préparations témoignerait, à défaut il'autres preuves, de la vulgarité de l'emploi du chanvre indien, en Afrique, des rives de la Méditerranée jusqu'au cap de Bonne- Espérance, et dans les diverses parties de l'Asie où plus de deux cent millions d'hommes sont esclaves de cette habitude.
Les chimistes ont essayé de déterminer la composition chimique et les principes actifs du haschisch, dans l'espérance de doter la thérapeutique d'agents actifs. M. Courtive isola la cannahine, suhistance résineuse obtenue aussi par M. Gastinel sous le nom de haschischine. C'est une matière complexe, molle, brunâtre, acre, fusible à 68 degrés, et décomposable à une température plus élevée. L'eau pure, l'ammoniaque et les alcalis, ne la dissolvent pas. Avec l'alcool, l'éther et les huiles, elle donne des solutions verdàtres d'où une addition d'eau la précipite sous forme d'un magma poisseux; les acides la dissolvent en petite quantité.
On l'extrait du chanvre indien desséché par le procédé de MM. T. et H. Smith. Ce procédé consiste à mettre la plante en digestion dans l'eau tiède que l'on renouvelle jusqu'à ce que le liquide soit incolore. On la fait alors macérer pendant trois jours dans une solution de carbonate de soude. Traitée par l'alcool, additionnée ensuite de chaux pour précipiter le chlorophylle, décolorée par le noir animal et enfin soumise à l'évaporation, cette liqueur alcoolique abandonne la cannabine.
En 1856, M. Personne retira du chanvre indien une huile moins dense que l'eau, ambrée, odorante, et dont l'inhalation provoque du vertige et des éblouissements. 11 l'obtint par la distillation avec un même poids d'eau d'une grande quantité de chanvre indien. Refroidie à + 12 degrés, cette huile laisse déposer de petits cristaux qui, purifiés par l'alcool, ont la forme d'écaillés, l'aspect gras et une odeur faible de chanvre. Ils répondent à la formule C^^H**. La partie liquide est la cannabëne C*"!!'*, autre carbure d'hydrogène, incolore, très-odorant, bouillant à 255 degrés environ et distillant dans le vide. Dans l'acide sulfuri'iue elle donne une solution rouge; l'acide chromique la décompose, et les principaux produits de celte réaction sont des acides acétique et valérianique.
On s'est demandé quel était le rôle de cette essence dans l'action du haschisch? Ce médicament lui emprunterait-il ses propiiétés en totalité, comme les uns le pensent, ou bien faut-il admettre avec Gubler que les vertus du haschisch sont à la fois celles de l'essence et de la résine? Gastinel les attribuait à la résine; mais cette résine est elle-même chargée de l'essence, comme on peut s'en convaincre par la distillation. Quelle part d'action doit-on dès lors attribuer à l'un et ù l'autre de ces Lorps? Sur ce point, il y a donc des doutes que les travaux
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récents de Preobrascliensky et de Hay ne contribueront certainement pas à faire disparaître.
Preobrascliensky attribue les effets du haschisch à la râcoline dont il aurait retiré de notables quantités en traitant cette substance par la distillation sèche ou les alcalis. La nicotine existerait également dans le chanvre indien sec, dans son extrait et dans toutes ses préparations. Par conséquent, ce serait à cet alcaloïde et non pas à un principe particulier qu'il faudrait attribuer toute l'action du haschisch!
Plus récemment M. Hay en aurait isolé un autre principe : h tétano-cannabine, substance cristallisable en aiguilles incolores, soluble dans l'eau, l'alcool, l'éther et le chloroforme, et comparable par ses propriétés à la strychnine. Cet observateur en fait un alcaloïde secondaire du Cannabis et relativement au chanvre indien lui donne un rang équivalent à celui de la thébaïne par rapport à l'opium. L'acide sulfurique elle bichromate de potasse ne colorent pas en violet les solutions de ce corps, qui cependant précipiteraient avec le chlorure de platine, l'iodure de potassium et de mercure, le phospho-tungstate de soude, l'acide phosplio-molybdique, l'acide pliospho-woll'ranique et les réactifs alcalins des alcaloïdes. Kniin M. Richtcr a placé les propriétés du haschisch dans un autre corps, la cannabinone, l'un de ses principes actifs. Ce corps diffère de la cannabine, mais n'est pas bien défini dans sa composition.
Ce n'est pas tout. A côté de ces principes dont l'étude chimique laisse à désirer, le haschisch contient encore de la chlorophylle, des matières tanniques et colorantes, des carbonates et des malates alcalins, des traces de fer et de sels calcaires, du ligneux, elc, etc., etc., tous principes communs d'ailleurs à la plupart des produits d'origine végétale et très-insuffisants pour caractériser spécifiquement l'un d'entre eux.
L'analyse chimique ne donne donc qu'une réponse indécise et partielle pour fixer délinitivement le principe auquel le haschisch doit son action spéciale.
2" Effets physiologiques du haschisch. Le haschischisme aigu et le haschischisme chronique. Les voyageurs et les médecins de l'Inde furent les premiers à décrire l'action du haschisch sur l'homme sain. Plus tard, quelques expérimentateurs ont essayé ses propriétés sur les animaux, mais les récits des premiers, les légendes et l'imagination des romanciers, ont contribué à en exagérer les effets et à entourer ses vertus d'un voile trop souvent mystérieux. '
Chez l'homme les phénomènes provoqués par le haschisch sont loin d'être toujours identiques. Divers facteurs interviennent pour en modifier la manifestation : la nature des préparations de haschisch, les dispositions individuelles, le degré de culture de l'individu, ses habitudes, ses idées, de sorte que les hallucinations des Occidentaux soumis à l'action du haschisch ne sont pas identiques aux rêves voluptueux qui les font rechercher par les Orientaux. De là de grandes différences dans les récits des observateurs. De là aussi l'impossibilité de donner un tableau scientifiquement uniforme de l'action du haschisch.
M. Villard a observé les haschaschs dans les maschechels du Caire, cafés dont l'extérieur est celui de tous les bazars arabes, et dont l'intérieur, formé de quatre murs, est orné de dessins grossiers, reproduisant des hommes et des animaux fantastiques au milieu d'inscriptions murales, d'emblèmes lascifs, de chibouks e( de narghilés. Des conteurs et des chanteurs alternent leurs récits non moins fantastiques avec des romances plaintives et le son nasillard des
instruments de musique pendant que les consommateurs mangent, boivent et fument les préparations de chanvre.
Les haschachs prennent place sur des divans grossiers, pour absorber le duwamesc ou bien fumer le narghilé. C'est le cafedji qui prépare celui-ci, l'allume, et, après avoir aspiré quelques bouffées de fumée, le présenter chacun des assistants. Le même narghilé passe ainsi de mains en mains parmi tous les habitués, hommes, femmes et même enfants.
« Parmi ces gens, ajoute M. Villard, les uns faisaient éclater la joie la plus bruyante; ils parlaient avec une grande volubilité, et accompagnaient leurs discours de gestes rapides et de grands éclats de rire. D'autres étaient plongés dans un état de proslrjtion plus ou moins profonde. Une femme se faisait remarquer par ses excentricités, et avait les allures d'une personne soumise à une grande excitation; sa hgure était rouge, ses yeux brillants, ses cheveux en désordre; elle riait sans motif et parlait sans cesse. Elle s'agitait, se démenait, allait d'un individu à un autre... à la grande hilarité de .'assemblée, et poussait de temps en temps un ah très-prolongé. Les Arabes présents imitaient cette exclamation qui parmi eux est l'indice d'une volupté profonde. »
Il y avait plusieurs années que cette femme se livrait, irrégulièrement d'ailleurs, à l'usage du haschisuh. Entre tous ces individus, on observait une grande effusion : « Ils étaient frères et s'embrassaient les mains; ils se voyaient dans un monde où toutes les jouissances leur étaient assurées; l'un se disait sultan, un autre envoyé du Prophète. » La plupart avaient des hallucinations dont l'objet était emprunté aux fantastiques images représentées et grossièrement dessinées sur les murs. Ils étaient dans cette béatitude où les Orientaux éprouvent des sensations indicibles de bonheur et dans cet alanguissement oir ils sont sous le charme des créations bizarres de leur imagination. En un mot, ils étaient dans l'état de kief. La plupart de ces individus se livraient réguhèrement à l'usage du haschisch ou n'en usaient que depuis peu de temps.
D'autres, haschachs d'ancienne date, manifestaient à des degrés variables tous les phénomènes de la prostration. Leur attitude était tout autre. Accroupi dans un coin, drapé dans son manteau, étranger à ce qui se passe autour de lui, le haschach invétéré a, en effet, la figure sombre, les yeux fixes, les traits tirés, se redresse seulement pour saisir le narghilé, aspire brusquement quelques bouffées de fumée, puis laisse avec lourdeur retomber sa tète sur ses genoux. Sorl-il un instant desa torpeur, il jette autour de lui un regard hébété, ricane, articule quelques sons et répond à peine ou ne répond pas à celui qui l'interroge. Dans celte période d'hébétude et d'abrutissement, le haschach a perdu toute aptitude professionnelle et toute habileté manuelle. Sa vie est celle d'un automate, et M. Villard a vu l'un d'eux « obligé, pour vivre, d'aller tourner le bras de levier d'une sakié. »
De même que l'alcoolisme, le tabagisme, le cocaïsme, le morphinisme et l'opiophagie, l'empoisonnement par le haschisch se présente sous une double forme, aiguë ou bien chronique. En d'autres termes, il existe un haschischisme aigu et un haschischisme chronique. Quels en sont les caractères?
Lliaschiscldsme aigu varie dans ses manifestations et son intensité en raison des doses et de la nature des préparations de Cannabis.
Dans les premiers moments qui suivent l'ingestion d'une dose faible de haschisch ou l'inhalation de la fumée du chanvre indien desséché, on éprouve une tendance au mouvement, de l'ardeur stomacale et de la chaleur de la poitrine ; puis la tête s'alourdit, l'engourdissement musculaire s'étend des membres
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inférieurs aux membres supérieurs, et s'accompagne de fourmillements ou de picotements. L'acuité de l'ouïe s'amoindrit, on entend des bourdonnements d'oreilles que von Schroff a comparés au murmure de l'eau en ébullition ; on ressent de la pression au niveau des tempes et le pouls diminue quelquefois de fréquence. Après l'ingestion d'une infusion de 4 grammes de plante sèche, cet abaissement fut de 80 battements en cinquante minutes dans une des expériences de von Schroff. Dans une autre, ce même observateur ressentit ces effets une demi-heure après l'ingestion de 7 centigrammes de haschisch.
Après des doses modérées, le sujet accuse de l'oppression, du malaise, du vertige, de la constriction pharyngée, de la sécheresse buccale et une pesanteur générale. Parfois on a noté des nausées et des vomissements.
Von Schroff croyait que sa tète était ceinte d'une auréole lumineuse et qu'elle devenait transparente; le sentiment de sa personnalité lui paraissait plus vif; les idées se pressaient et se succédaient; il s'y arrêtait volontiers, passant rapidement de l'une à l'autre. 11 existait alors des tendances congestives au cerveau.
Cette excitation oérélirale porte principalement sur les facultés intellectuelles et sensorielles. C'est le plus souvent, d'après Moreau (de Tours), un délire gai, mais parfois aussi un délire furieux, dont Mehemet-Ali-Bey, Schroff, Mongeri, Arnaud Bey et Villard citent des e\emj)les. Les variétés de ce délire sont en rapport avec les passions, les tendances intellectuelles et la culture d'esprit du haschisché. Ses idées sont-elles riantes, le délire sera bruyant et hilarant; le rire sera saccadé et convulsif ; il se motivera par des illusions de l'ouïe ou des hallucinations fantastiques de la vue. La susceptibilité de l'oreille s'exagère au point d'être blessée douloureusement par une note discordante ou un bruit malsonnant et d'être charmée par de faibles sons musicaux.
Sous l'influence du haschisch, la mémoire de souvenirs anciens et perdus semble se réveiller, et, comme l'a écrit Moreau (de Tours), « l'esprit est porté à transformer toutes ses sensations, à les revêtir de formes palpables, tangibles, à les matérialiser, pour ainsi dire )>. M. Villard a éprouvé ces phénomènes durant l'une de ses expériences. Dans cette période d'état, les idées se succèdent avec rapidité, se heurtent, s'entre-choquent ; les paroles se pressent pour les exprimer, et l'expression en devient incohérente. Ici le haschisché entend le murmure d'une fontaine, là il se cioit au milieu de la mer, transporté et bercé sur un bateau avec de belles jeunes filles ; tout à l'heure il assistera à un brillant feu d'artifice ; à un autre moment, il croira porter autour de la tête une brillante auréole, ou flotter entre le ciel et l'eau, ou jouer avec les anges. Un autre haschisché éprouve un délire en action, chante, danse, saute, frappe avec violence les objets qui l'entourent ou, pris de manie destructive, se laisse contenir à grand'peine par de robustes assistants.
Ces phénomènes reviennent par accès. Des périodes de calme alternent avec des périodes d'exacerbation. Mais les actes délirants sont toujours en rapport avec le caractère moral du haschisché et les pensées de son esprit au moment de l'intoxication. Le délire produit par le haschisch est donc particulier à chaque individu ; on ne saurait en donner un tableau uniforme. On s'explique ainsi les différences entre les rêves voluptueux des haschiscliés orientaux et les hallucinations moins riantes, parfois même fort tristes, des haschischés de l'Occident, les extases poétiques des uns et les fureurs gueriières ou la rage homicide des autres.
Un autre caractère de ce délire consiste dans l'erreur sur le temps et la perte
de la notion de l'espace. Wood a soigneusement étudié ce phénomène. Pour le haschisché, la durée d'une minute représente celle d'un siècle ; une étroite chambre s'éUnrgit jusqu'à l'immensité; il franchit les mers et les continents, s'élève de la terre au milieu des airs, ou bien sa pensée flottante le transporte jusque dans les nuages. Son esprit a donc perdu tout sentiment de l'étendue.
L'intensité de ces phénomènes dépend du degré de sensibilité et du tempérament des individus. Tous les observateurs s'accordent pour attribuer aux femmes, aux enfants, aux nerveux et aux débilités, une grande sensibilité au haschisch, et pour reconnaître la résistance des gens apathii^uos à son action. Par analogie, on peut expliquer de même la variabilité de ses effets, suivant les races humaines et suivant les climats.
Quoi qu'il en soit, on doit conclure avec Lallemand que « la propriété la plus constante et la plus remarquable du haschisch est d'exalter les idées dominantes de celui qui en a pris, de lui faire voir d'une manière claire ses plans les plus compliqués se débrouiller sans difficulté, ses projets les plus chers se réaliser sans obstacle, enfin, de lui faire savourer par la pensée la possession anticipée et sans mélange de tout ce qui est suivant ses goûts, ses vœux, ses passions habituelles, ou plutôt suivant ses désirs et la direction de ses pensées au moment où le haschisch agit sur lui. »
A cette phase d'excitation succède un sommeil calme et paisible que, dans ses multiples expériences, Fronmûller comparaît volontiers au sommeil physiologique. Cependant cette phase de sommeil est quelquefois interrompue par des rêves et des cauchemars, dernières et fugitives manifestations d'une excitalion cérébrale qui s'éteint.
Après quelques heures, le haschisché entre dans la phase de réveil. Aucun trouble gastrique ne l'accompagne. S'il existe de l'étourdissement, celui-ci disparaît graduellement, sans aucun sentiment de fatigue et sans aucune altération de la mémoire. Le haschiscbé, à son réveil, se rappelle ses visions, et peut avec lucidité en donner le refit.
V empoisonnement aigu par des doses élevées de haschisch possède à ses diverses périodes un cortège symptomatique tout différent. Le délire est furieux, bruyant en paroles et violent en actions. La période d'excitation est abrégée. Heinrich l'a vue durer à peine quelques instants ; elle se termine par un état de stupeur et de coma, bien différent du sommeil. A doses physiologiques et modérées, le haschisch produit, comme on l'a vu plus haut, un véritable sommeil ; à doses toxiques, il provoque la narcose. Cette narcose 'haschischiqite peut débuter d'emblée, sans phénomènes initiaux d'excitation cérébrale, par un sentiment de vive angoisse et un ralentissement de la circulation générale ; le réveil est suivi de fatigue, d'abattement, d'affaiblissement musculaire persistant pendant plusieurs jours, et de perte du souvenir de ce qui s'est passé antérieurement.
L'usage habituel du haschisch et des préparations du chanvre indien détermine le haschischisme ou cannabisme chronique, dont les exemples s'observent rarement en Europe. Ses phénomènes ne ressemblent guère aux phénomènes du haschischisme aigu.
Le haschisché adonné depuis longtemps à cette passion possède une physionomie farouche ou mélancolique, un faciès stupide et indifférent. 11 se tient à l'écart, accroupi, immobile et silencieux. Il répond peu ou mal à ceux qui
l'ititerrogent, ne paraît ni les entendre ni les comprendre, et demeure profondément absorbé dans ses pensées.
Sa puissance musculaire est affaiblie et sa sensibilité obtuse. Ses mouvements sont lents, indécis et sans précision. Quelques baschiscliés ont les membres raides et la main tremblante. Beaucoup présentent la couleur ictérique de la peau; tous perdent l'appétit et s'amaigrissent.
En résumé, la pbysiologie pathologique du haschischisme chronique consiste dans un affaiblissement des activités intellectuelles et physiques, en rapport avec l'action toxique directe et répétée du baschisch sur les centres nerveux, en rapport aussi avec les troubles de la nutrition géuérale.
Sur les animaux, on a essayé de reproduire expérimentalement les phénomènes de cette intoxication aiguë ou chronique. Les plus célèbres de ces tentatives sont celles de MM. Liouville et Voisin, en 1868. Ils provoquaient l'empoisonnement aigu et rapide des cobayes en leur administrant par la bouche 1 gramme à U'^SO de haschisch. Après une heure au moins et quatre heures au plus, ces animaux perdaient leur vivacité ; ils devenaient somnolents et ne répondaient plus aux excitations douloureuses. Leurs mouvements étaient incoordonnés et, au réveil, les frissonnements qui agitaient les membres s'exagéraient par les excitations les plus faibles. Néanmoins, la sensibilité était conservée.
Ces animaux succombaient après trois ou quatre jours. On constatait la perte de l'excitabilité des nerfs au galvanisme, lorsque les muscles répondaient encore à la pince électrique. Les vaisseaux de la moelle et des méninges étaient encombrés de sang, et ces membranes maculées par des extravasations sanguines. 11 existait enfin des ecchymoses sous-pleurales et de l'hyperémie pulmonaire.
En soumettant, pendant trois ou quatre mois, des animaux de même espèce à l'administration quotidienne de petites doses d'extrait de haschisch, MM. Liouville et Voisin produisirent lehaschischisme chronique expérimental. Les cobayes s'émaciaient et devenaient moins actifs. Dans cet état de somnolence, ils [perdaient rapidement de leur poids, présentaient de l'incoordination motrice dans le train postérieur, tombaient en cachexie, étaient atteints de diarrhée et succombaient dans le coma. Les lésions anatomiques qu'ils préseutaieat ressemblaient à celles de l'empoisonnement aigu.
D'autres observateurs ont renouvelé ces expériences. Ils signalent aussi des phénomènes d'excitation et des effets soporifiques.
Ces phénomènes ont été provoqués par l'administration de l'extrait de baschisch. M. Ilay obtint des résultats différents par l'injection de la tétano-cannabine sous la peau des grenouilles. Ces animaux étaient agités de convulsions tétaniques comparables aux convulsions strychniques et l'excitabilité réilexe de leurs centres spinaux s'exagérait. Ces faits attendent un contrôle et les résultats de recherches nouvelles.
D'autre part, M. Richter attribue à la cannabinone une action différente encore. Elle produirait l'obnubilation des fonctions perceptives que la canuabine exagère. Elle est hypnagogue à petites doses de deux à trois grains, mais provoque des malaises, de l'épigastralgie, du météorisme et de l'irrégularité du pouls.
Tous ces faits sont lom de s'accorder entre eux. Néanmoins, essayons, avec ces données expérimentales et avec les observations cliniques, de préciser et de résumer l'action physiologique des préparations de haschisch.
Les troubles psychiques tiennent le premier rang. Suivant l'élévation des
doses, ils consistent en pliéiiomènes d'excitation : chez l'homme, délire en paroles, délire en actions et hallucinations variées; chez les mammifères, agitation plus ou moins vive. Plus tard viennent des phénomènes de dépression : sommeil, narcose, stupeur, puis coma; manifestations fort variables d'ailleurs, avec la nature aiguë ou chronique de l'intoxication.
L'aliénation mentale en est un des aboutissants. En Egypte, le nombre des aliénés a augmenté parallèlement avec l'usage de cette substance. La folie causée par le haschisch a la forme de monomanie avec des hallucinations. Les troubles psychiques s'accompngnent de tremblements des membres et des lèvres, mais rarement de symptômes de paralysie générale.
Les troubles sensoriels ne sont pas moins constants; hallucinations de la vue et de l'ouïe, perte du sens de l'espace et de l'étendue. La sensibililé générale est modifiée par les doses toxiques. Von Schi'off en a noté la diminution; Mongerie etCroudance ont signalé l'anesthésie et l'analgésie, que les Chinois ont mises, diton, à profit dans un but chirurgical. M. Villard a constaté aussi l'anesthésie partielle de la peau, après l'évaporation de quelques gouttes d'huile essentielle de cannabine sur la main, ^^éanmoins, la sensibilité des cobayes de MM. Liouville et Voisin demeurait intacte pendant toute la durée de leurs expériences.
Les troubles de motilité sont plus constants et plus importants. Après i'ingestion de doses moyennes, l'homme éprouve le besoin de locomotion, de l'agitation ou des tremblements musculaires et des mouvements convulsifs des fléchisseurs. Les grenouilles de Valeiilin et celles de M. Hay étaient agitées de convulsions tétaniformes, et les cobayes de MM. Liouville et Voisin, d'une incoordination dans les membres postérieurs. Après de hautes doses, on a noté la résolution musculaire ou bien des phénomènes choréiques ou cataleptiformes. D'après O'Shangessy, les membres modérément contractés conservent une flexibilité suffisante pour prendre les altitudes qu'on leur impose et les conserver longtemps. Les chiens sur lesquels Leautaud expérimentait avaient une démarche vacillante. Les cobayes et les lapins perdaient l'assurance de leurs mouvements et ces troubles étaient unilatéraux.
L'ingestion buccale du haschisch provoque aussi des troubles digestifs des premières voies : les nausées, les vomissements, l'épigastralgie et la gène de la déglutition. Les faibles doses augmentent l'appétit et, d'après Kaempfen, un sentiment de faim canine. U n'en est pas de même dans l'empoisonnement chronique ; la sensation du manger s'émousse et se perd. Cette action se limite aux parties supérieures du tube digestif. L'intestin ne paraît guère affecté, car aucun des auteurs ne signale ni la constipation ni la diarrhée. Celle-ci, quand elle se manifeste, est donc le résultat de la cachexie et de l'inanition consécutive à l'abolition du besoin de manger plutôt qu'un phénomène de haschischisme.
Ce sont seulement les hautes doses qui causent des modifications dans les mouvements re^nratoires : aiTèt de respiration par contraction des pectoraux, d'après Schrolf, gène et diminution des inspirations sur les animaux de MM. Liouville et Voisin, ou bien aphonie, au témoignage de Soubeiran.
Les troubles circulatoires offrent des difféeences nombreuses suivant les observateurs. Moreau (de Tours) signale l'exagération de l'activité cardiaque, Heinrich son atténuation; Berihault notait l'accélération du pouls, Schroff sa diminution passagère, puis son augmentation, tandis que Fronmuller ne constatait aucun changement de la circulation. M. Villard a observé le ralentissèment de la circulation des réseaux capillaires sur la membrane interdigitale
de la grenouille, après l'introduction delà cannabine dans le tube digestif. Plus récemment, M. Preisenderfer a étudié les modifications de l'activité cardiaque «DUS l'inlluence du haschiscb. Deux ou trois heures après l'administration d'une dose suffisante de médicament, il observait des palpitations plus ou moins intenses, ainsi qu'une élévation de la tension vasculaire suivie bientôt de son abaissement et de l'augmentation parallèle des battements du pouls.
Au reste, le haschisch a aussi une action sur la vaso-motilité. En effet, dans l'intoxication aiguë, on a vu parfois la face se colorer, la peau rougir et la température périphérique s'élever. C'est aussi, sans doute, de perturbations vaso-motrices que dépendent les éruptions haschischiques, sortes d erythème généralisé qu'on a signalé dans quelques empoisonnements par cette substance.
Sur ce point, l'histoire physiologique du haschisch présente des contradictions et des incertitudes qui n'autorisent pas une conclusion ferme. Il en est de même des changements de la température, augmentée selon les uns, 'abaissée momentanément d'après les autres, variable d'ailleurs aux diverses périodes du baschichisme aigu, et de Vaction sur la pupille, qui se dilate après l'ingestion stomacale du haschiscb, mais ne change pas quand on instille ses préparations entre les paupières.
Les modifications des sécrétions ne sont pas moins variables. Pereira signale la diaphorèse, Gilibert la fétidité des sueurs, Brian, Billard et Garrod, raccroissemcnt quantitatif des urines qui ont une odeur de chanvre, et Warning- Curran l'hypersécrétion du mucus bronchique. D'autres observateurs au contraire ne constatent aucun de ces phénomènes et tous s'accordent sur l'absence de flux diarrhéique.
Le haschisch exerce encore une action sur l appareil génital. Aphroàisiâciue a. doses faibles, anapbrodisiaque à hautes doses, il stimule ou ralentit les fonctions génitales suivant la période de l'haschischisme aigu. Dans le haschischisme chronique, ces fonctions se dépriment comme toutes les autres activités de l'organisme. A côté de cette propriété on doit placer son action sur les fibres musculaires utérines, dont il provoque les contractions.
Physiologiquement, le haschisch agit donc sur la totalité du système nerveux, encéphale, nerfs de motricité ou de sensibilité et système du grand sympathique. A petites doses, il stimule les facultés psychiques et les pouvoirs sensitifs et moteurs ; c'est un excitant, provoquant en quelq^ue sorte la dynamogénie des diverses activités nerveuses. A doses élevées, il les inhibe, atténuant la sensibilité, déterminant l'aneslhésie et l'analgésie, favorisant l'incoordination motrice. Cette phase d'excitation disparaît ensuite, laissant place au sommeil, à la stupeur ou bien au coma.
Les effets du haschichisme chronique ont été comparés à ceux delà morphinomanie et de l'opiophagie. Murray, naguère, assimilait les dangers du premier à ceux du second : Quin ah usu easdem pœnas, quales ah opio nimis larga manu ingesto luunt : nempe sopor inde enascitur, et, protracto nimis usu, stupiditas, aspecius deformisetferox, tremor artuum, dejectio virium corporis et animi, pariter ac opio. Cette opinion mériterait discussion, mais, nonobstant les différences d'action de ces deux poisons de l'intelligence, ils conduisent également tous deux, il est vrai, au même résultat terminal, au marasme, à la déchéance de la nutrition et à une fatale cachexie.
3° Action thérapeutique. Inébriant vulgaire dans les contrées où des millions d'individus, dit-on, le consomment avec passion et avec abus, le haschisch
n'a pris jusqu'à présent qu'une très-petite place dans la matière médicale européenne. C'est surtout aux Indes, en Angleterre et aux États-Unis d'Amérique, qu'on en a métliodiquement essayé l'emploi dans le traitement des maladies. Est-ce à dire qu'à litre de médicament il ne mérite pas un rang thérapeutique plus élevé? Trousseau et Pidoux en ont émis naguère le vœu, mais ce vœu paraît encore d'autant plus éloigné d'une réalisation qu'à défaut d'une préparation de chanvre uniforme décomposition, constante par ses propriétés physiologiques et aisée dans son maniement, il est dii'iicile de porter un jugement sur la valeur clinique actuelle de ce médicament.
Cependant son utilisation daterait de loin. D'après une note de M. Stanislas Julien, un ancien traité de médecine chinois, leKou-Kin-I-tong, enseigne le moyen de produire l'anesthésie chirurgicale par l'administration du Ma-yo, breuvage à base de chanvre indien. D'après d'autres témoignages, les Arabes utilisaient ce végétal dans le même but. Certes, il y aurait à discuter sur ce point, car d'autres breuvages simples ou composés ont été employés dans un but d'anesthésie chirurgicale, comme j'ai eu l'occasion de le prouver dans la Gazette hebdomadaire de l'année 1881, dans ma Note sur l'histoire de l'anesthésie chirurgicale au dix-septième siècle.
Un siècle plus tard, Muriay recommandait le haschisch comme un narcotique «utilisable aux malades ». Ce sont néanmoins nos contemporains seulement qui mirent à profit cet avis, espérant satisfaire à des indications morbides variées au moyen surtout de l'action hypnagogue, exhilarante, aneslhésique et antispasmodique des préparations de haschisch.
Gomme hypnagogue, c'est Fronmûller qui a surtout essayé d'en fixer la valeur thérapeutique. A cet effet, il proscrivit la teinture alcoolique aux doses minima de 5 décigrammes à de nombreuses séries de malades, et entre autres à 387 phthisiques, 216 blessés, 104 individus atteints d'inflammations diverses et 110 rhumatisants. Jugeant d'après 1000 observations, il reconnut que le haschisch avait provoqué un sommeil complet 150 fois, des effets partiels dans 255 cas, et qu'il avait échoué chez 255 malades pour la plupart rhumatisants.
Les accidents furent rares, car Fronmûller observa seulement chez quelques malades des vomissements, du vertige, de la céphalalgie, dans les moments qui suivirent l'ingestion du médicament et chez 12 pour 100 au moment du réveil. Cet observateur en conclut à l'utilité du haschisch pour remplacer l'opium et la morphine, quand ces substances sont contre-indiquées ou impuissantes. C'était beaucoup accorder au haschisch. Christison est allé au delà en déclarant qu'il l'administrait volontiers aux opiophages, et O'Sanghuessy en a vanté, sans justifier ses conclusions, l'efûcacité dans le rhumatisme.
A un titre tout différent, on l'a recommandé comme enivrant ou exhilarant dans le traitement de la mélancolie, de l'hypochondrie, de la lypémanie et des délires qui accompagnent les affections aiguës ou chroniques. Les essais de Moreau (de Tours) échouèrent cependant sur les déments et les idiots. Les résultats en furent incomplets et passagers dans la mélancolie, mais plus heureux contre l'excitation maniaque dans laquelle le délire médicamenteux se substituait en quelque sorte au délire pathologique. « C'est, écrivait Moreau (de Tours), un moyen de combattre les idées fixes des mélancoliques, de rompre la chaîne de ces idées et de briser la tension de leur attention exclusive sur tel ou tel sujet )).
Associé aux bromures alcalins, le haschisch a été plus efficace entre les mains
de Clouston, de Polli (de Milan), de Reisch (de Montpellier). Ils le prescrivaient surtout aux individus atteints de lypémanie. La cannabinone en injection souscutanée a été employée avec succès par hiciiter, Vogelsang, Blumentlial et Grauch^ dans ces dernières affections et dans l'Iiystérie.
Les essais thérapeutiques n'ont pas seulement porté sur diverses formes d'aliénation mentale confirmée. On a encore administré le haschisch contre les hallucinations des maladies aiguës, les délires fébriles et les troubles psychiques des affections chroniques. Clendinning, Conolly, Aubert-Roche, Brière de Boismont, Walshe, M. Voisin et d'autres cliniciens, en ont aussi observé l'efficacité contre ces troubles pathologiques. Pusinelli a recommandé dans ce but le tannate de cannabine, ([u'il prescrit encore contre l'insomnie des neurasthéniques et des maladies non douloureuses. Ces indications sont celles qu'avec M. Huchard nous avons attribuées depuis à luréthane et aussi à l'extrait de houblon, plante d'ailleurs de même famille que le chanvre indien. Par contre, nos essais avec la cannabine ont été sans résultat, soit sur les animaux, soit sur les malades.
Une autre affection, le deliritim tremens, a été parfois calmée après son administration. Beddoe a insisté sur l'utililé de cette médication. A cet elfet, Tyrel, Cunning (de Belfort) et Donand (de Bordeaux), l'ont prescrit sous forme d'extrait ou bien en teinture.
Ses propriétés hypocinétiques en ont motivé l'emploi dans le traitement des affections convulsives. Gubler et Bingcr en ont retiré quelque profit chez les hj'Stéiiques réfractaires ou intolérants à l'opium, et Salnion contre le hoquet de ces mêmes malades. Moreau (de Tours), Bouteille, M. Voisin, l'ont ordonné, mais sans grands succès, aux épileptiques ou plutôt contre les hallucinations terrifiantes de ces malades. On l'a prescrit aux choréiques. Corrigan, Robiuson, Walshe, leur administraient le haschisch par doses croissantes de 8 à 25 gouttes. Les tentatives de Moreau (de Tours) n'ont pas confirmé les résultais de ces observations.
Les médecins des Indes espéraient trouver dans le liascbisch un médicament contre le tétanos traumatique. Leurs essais nombreux ont donné quelques résultats partiels, et la discussion de leurs observations permet de conclure, sinon à son efficacité, du moins à son influence salutaire pour modérer les convulsions et ramener le sommeil. Il n'en est pas de même contre le tétanos spontané, contre lequel son impuissance est absolue d'après Babington. Enfin, mentionnons pour mémoire son emploi par Polli et O'Sanghuessy contre l'hydrophobie et contre l'éclampsie infantile.
Devait-on attendre de meilleurs effets du haschisch comme sédatif dans les névralgies? Des observateurs de talent l'ont pensé. Graves, Donovan, Crampton, Hubbard, Aubert Roche et autres, l'ont prescrit avec quelque utilité contre les névralgies faciales, dentaires, scapulaires, sciatiques et crâniennes ; Corrigan et Rubkaum contre le tic douloureux de la face. D'autres douleurs, les douleurs inflammatoires, rhumatismales, goutteuses, ont été calmées par l'administration quotidienne à doses réfractée de la teinture de haschisch, et Gilibert ordonnait dans le même but l'infusion de feuilles de chanvre. Enfin Arohnshon attribue à sa teinture des vertus anesthésiques locales et l'emploie, en badigeonnages sur les gencives, pour prévenir la douleur pendant l'extraction des dents.
Malgré le nombre des observations, il serait téméraire de regarder le haschisch à doses thérapeutiques comme un analgésique et un aneslhésique. S'il possède
une efficacité contre la douleur, c'est en modifiant la perceptivité des centres nerveux, plutôt qu'en agissant sur les terminaisons nerveuses. Il rentrerait donc, ce me semble, dans la catégorie des agents que j'ai appelés modificateurs des douleurs de cause centrale et non des douleurs d'origine périplie'rique {voy. art. Douleur).
M. Oliver se place à un autre point de vue pour le recommander contre la migraine et l'iiémicrànie par ischémie vasciiliire. 11 agit alors, dit-il, en vertu de ses propriétés vaso-dilatatrices. Il complète, dans l'intervalle des accès, l'action dunitrite d'amyle, dont les inhalations sont employées au moment des accès. Dans un cas, M. Renard fit appel à ses propriétés mijdriatique^, et put à la fois produire la dilatation pupillaire et atténuer la douleur oculaire dans une opération de cataracte.
C'est comme antispasmodique que Salmon, Garrod, Ringer etM. Viilard l'ont administré contre les accès d'asthme, le catarrhe suffocant et la coqueluche. Au reste, il convient de remarquer, avant de conclure des divers essais, nombreux surtout en Angleterre, que dans les fumigations on l'associe à d'autres agents thérapeutiques, la belladone, la stramoine et la jusquiaine. 11 y avait et il y aurait donc lieu de faire la part de chacune de ces substances dans l'efficacité qu'on attribuait à cette médication.
Christison a mis à profit ses propriétés de faire contracter les libres lisses pour le substituer à l'ergot comme ocytocique dans le travail de la parturilion; Michel (de Cavaillon), Denovan, Sylver, Brown, pour modérer les ménorrhagies et les métrorrliagies, et Batho, dans son engouement, l'a même proclamé un hémostatique. A cet effet, Churchill le prescrivait à la dose quotidienne, trois ou quatre fois répétée, de 5 à 6 gouttes de teinture, dose que Christison élevait à 15 ou 20 gouttes pour favoriser l'accouchement. Enfin, Ringer a pu arrêter par son emploi l'hématurie au cours de la maladie deBright. On a de plus recommandé le haschisch comme agent sédatif et modificateur de la contractilité utérine contre les douleurs de l'aménorrhée et de dysménorrhée membraneuse et contre celles du cancer utérin. Les effets, d'après Olivier, débutent deux heures après l'ingestion buccale et se traduisent d'abord par des symptômes cérébraux fit quelques troubles de motilité.
Ceux qui lui attribuent une influence sur les sécrétions l'ont ordonné comme expectorant et comme diurétique. Warning-Curran prescrivait aux vieillards atteints de catarrhes rebelles une potion additionnée de 2 centigrammes d'extrait de chanvre indien. Wood (du Kenlucky) l'a donné aux hydropiques et Brian faisait prendre chaque jour 24 gouttes de sa teinture contre l'anasarque des cardiaques et des alcooliques atteints d'ascite.
Est-ce à ce titre ou comme calmant de la douleur qu'il a été recommandé dans le traitement de la blennorrhagie? Murray, Debout, Delpeuch (de Bort) et Robert, le prescrivaient volontiers contre cette maladie, sans toutefois formuler nettement le mécanisme de cette action thérapeutique.
Au terme de cette énuraération je rappellerai aussi que le haschisch a été préconisé comme d'utilité dans le traitement du choléra et de la peste, par des observateurs qui s'appuyaient sur des considérations théoriques aujourd'hui sans fondement après les travaux modernes sur la nature parasitaire de ces maladies. M. Féréol a vu sa teinture calmer les vomissements des cholériques et, aux Indes, on le prescrit, d'après M. Roux, à la dose de 1 à 4 grammes. Aubert Roche regardait le haschisch comme un moyen héroïque contre la peste et les méde- LICT. ESC, i" s. XII. 55
cins de l'Orient comptaient sur ses propriétés stimulantes dans la période d'algidité du choléra.
Nonobstant les contradictions de son histoire clinique et les lacunes plus grandes encore de son histoire physiologique, le haschisch ne doit pas, ce me semble, être mis hors de la matière médicale. 11 est plus sage de dilférer tout jugement sur sa valeur médicamenteuse, et au lieu de le condamner à un oubli immérité, d'attendre les résultats nouveaux de recherches complémentaires sur la nature chimique, l'action physiologique et les vertus thérapeutiques de ses principes. On est autorisé à le désirer; car ces résultats permettraient sans doute l'utilisation thérapeutique de plusieurs Urticées de nos pays, végétaux fort riches en principes actifs analogues à ceux da Cannabis indica.
A° Mode d'administratioin. Dans l'administration de ses préparations on doit observer avec soin le principe de West, qui conseille d'éprouver la tolérance d'ailleurs très-variable des malades. Les doses initiales seront faibles, réfractées, espacées par des intervalles de temps, mais deviendront bientôt graduellement croissantes. Cette recommandation est d'autant plus opportune que le thérapeute ne dispose pas actuellement de préparations de haschisch dont la composition soit constamment uniforme. Cependant ces considérations ont encore une autre importance, car Michel (de Cavaillon), Pusinelli et d'autres, ont constaté, fait en rapport avec les données physiologiques, qu'une trop faible dose de tannate de cannabine, par exemple, augmente l'agitation, tandis qu'une dose moyenne est sédative.
Il n'existe pas de contre-poisons chimiques du haschisch. Ses antidotes physiologiques sont également inconnus. M. Polli a essayé de suspendre ses effets par l'administration de diverses substances. 11 a vu que le café, le thé et la coca, utiles pour combattre l'action de l'opium, augmentent au contraire celle du haschisch. Par contre, il a constaté qu'elle était paralysée par le jus de citron, le vinaigre et les acides acétiques, taitrique ou malique. Dans l'intoxication aiguë par ses préparations, Gubler recommande les alcaloïdes des strychnos, le froid et la faradisation par décharges intermittentes. Ce sont là des moyens thérapeutiques antagonistes du haschisch.
Jusqu'à présent, les formes pharmaceutiques les plus usitées ont été la teinture alcoolique et l'extrait de haschisch. En Orient, on emploie le gunja, Icbang, et le haschisch proprement dit, qui, mélangé aux corps gras, constitue des électuaires, la majoon (de Calcutta), le machpouri (du Caire), et le dawamesc (d'Arabie). Le dawamesc se prescrit à la dose de 10 à 15 grammes.
La teinture alcoolique employée en France se formule en portion et aux doses de 20 gouttes à 3 ou 4 grammes. Berthier l'associait au café qui en augmente l'action, et la faisait prendre en potion trois heures après le repas du soir pour provoquer le sommeil. Michel (de Cavaillon) la prescrivait aussi sous cette forme contre les métrorrhagies. En Allemagne, on prépare une teinture de Cannabis indica avec V extrait de haschisch, et on l'administre, soit en gouttes, au nombre de 5 à 20, soit en poids, par quantité de 3 centigrammes à 1 gramme. L'extrait alcoolique et résineux ou cannabine se donne aux doses de 5 centigrammes à 1 gramme ou 1 gramme 1/2. Soluble dans l'alcool, insoluble dans l'eaw, celte préparation résineuse s'accommode bien de la forme de pilules ou de solution alcoolique. Debout formulait des pilules contenant chacune 1 centigramme d'extrait, et en faisait prendre 5 par jour. Ingles l'administrait dans l'huile de cajeput.
HASCHISCH (bibliograph*e). 515
Cette huile à Vexirail de haschisch contenait 4 grammes d'extrait pour 32 grammes d'huile, et se donnait par doses de 2 gouttes sur un morceau de sucre. A l'extérieur on prescrit encore cette préparation en Uniment. Sous forme de fumigations et de cigarettes on a employé non-seulement les feuilles de chanvre, mais bien le papier imprégné de teinture de cannabis et de nitrate de potasse. On a essayé de rendre la cannabine plus maniable par sa combinaison avec l'acide tauuique. Le tannate de cannabine ainsi obtenu se prescrit à la dose de 1 décigramme à i gramme 1/2.
La cannahinone de Richler a été administrée par Vogelsang en injection souscutanée et à l'intérieur. Les solutions hypoderniicpies de cannahinone sont préparées par l'émulsion de cette substance dans l'huile d'amandes douces, et ordonnées quotidiennement aux peLites doses de 2 à 3 grains de principe actif. Parfois ces injections provoquent l'inflammation des tissus cellulaires souscufanés : pour ce motif, Vogelsang les remplace par l'ingestion buccale du médicament. Quant à la tétano-cannabine, dont l'existence est d'ailleurs contestée, elle n'a pas encore été l'objet d'essais thérapeutiques. Gha.ri.es Éloy.
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