‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.48Chapitre 5 sur 59 · HAHNEMANN · texte numérisé non relu

HAHNEMANN

opiniâtre et consciencieux, en même temps que le spectacle d'un intérieur modeste où le pain de chaque jour n'arrivait que par les efforts constants du père de famille. Lorsqu'il fallut songer aux premières études, Samuel fut placé, à l'âge de douze ans, à l'école provinciale du pays natal, dirigée par un docteur Mûller. Là il parcourut le cercle des humanités, et à vingt ans il se trouva en état de choisir une profession libérale. Ses goiàts l'entraînaient vers la médecine; il quitta le toit paternel, emportant pour toute fortune vingt ducats que son père lui avait donnés. L'Université de Leipzig fut celle où le jeune étudiant vint débuter; c'était en 1775, c'est-à-dire à l'époque où la célèbre école recevait encore l'enseignement de J. D. Gaubins, Ernest Platner et Lambert Becker. Vienne, Leopoldstadt, Ilermannstadt, Erlangen, furent aussi visités par lui. C'est même dans cette dernière université que, le 10 août 1779, il fut reçu docteur, après y avoir soutenu une thèse portant ce titre : Conspectus affectuum spasmodicorum œtiologicus et therapeuticus. Pendant les premières années de sa pratique médicale, et après avoir été pendant quelque temps bibliothécaire du médecin privé du gouverneur de Transylvanie, Ilahncmann fut un peu nomade; il habita successivement liettstadt, Dessau, Gomniern, où il épousa Henriette Kuchler, fille d'un pharmacien (1785). En 1787, il se rendit à Dresde, où il se lia d'amitié avec le conseiller aulique Adelung, avec Dasdorfs et Wagner, médecin en chef des hôpitaux de la ville. A l'âge de trente-quatre ans (1789), il s'était acquis une position brillante et sa réputation commençait à se répandre en Allemagne. Cette renomn)ée était due en partie à la publication d'une série de travaux importants sur l'empoisonnement par l'arsenic (1789); sur les préjugés contre le chauffage par le charbon de terre (1787); sur les maladies vénériennes (1789); sur la préparation de l'alcali minéral (1789); sur l'influence que certains gaz exercent sur la fermentation du vin (1789); sur la bile et les calculs biliaires (1789); sur un moyen d'arrêter la putrél'action (1789) ; sur le spath pesant (1789) ; sur le principe astringent des végétaux (1789) ; etc., etc. Puis, presque tout à coup, sans que l'on puisse prévoir une telle volte-face, Hahnemann fonde la fameuse doctrine du similia similibus curantur, tendant à faire admettre qu'il y a un rapport très-serré d'analogie entre les effets pathogénétiques des médicaments et leurs effets curatifs, et (ju'il suffit de donner aux agents thérapeutiques un mode [larticulier de préparation, lequel, tout en diminuant considérablement les doses, augmente leur puissance. On sera curieux de savoir en quelle année et dans quel recueil le réformateur commença à faire connaître ses principes : on trouvera l'exposé de ces derniers dans le journal de Huftdand {Journal der practischen Arzneijkunde...), léna, t. 11, année 1796, in-S", pp. 391 et 465) ; la nouvelle merveille porte ce titre : Versuch ûber ein neues Prinzip zur Auffindung der Heilkràfte der Arzneisubstanzen, nebst einigen Blicken au f die Bisherigen.

A partir de ce moment, Hahnemann fit les plus grands efforts pour répandre sa doctrine : il y réussit au delà de ses espérances, et un assez grand nombre de médecins tant de l'Allemagne que de l'Angleterre et de la France l'adoptèrent. L'attrait de la nouveauté avait donné l'élan; la ténacité, l'ardeur de l'inventeur, firent le reste; on peut dire que pendant plus de quarante-cinq ans il se tint constamment sur la brèche, emplissant les recueils périodiques de ses élucubrations, publiant de nombreux ouvrages qui étaient aussitôt traduits dans toutes les langues du monde scientifique, fondant des sociétés, organisant des congrès, cherchant enfin à faire pénétrer partout l'horaœopathie, laquelle

52 IIÂHNEMANN.

pourtant ne franchit jamais les limites imposées par la médecine traditionnelle, la saine expérience, la logique et la raison,

Hahnemaun est mort à Paris, où, fort soucieux des profits matériels, il était venu saisir une nombreuse clientèle qui l'attendait, le 2 juillet 1843. Il était a^é de quatre-vingt-huit ans. On verra par la liste, pourtant incomplète, de ses écrits, que nous donnons, le labeur énorme qu'il dépensa au profit d'une doctrine qu'ont adoptée des aveugles ou des charlatans.

I. Conspectus adfectuum spasmodicorum aetiologicus et therapeulicus . Erlangae, 1779, in-4°. Thèse inaugurale. — II. Die ersteren kleinen Abhandlungen. In Krebs vtedic. Beobachiungcn, 1782. — III. Anleitung, aile Schàden und faule Geschwïire griindlich zu heilen; nebsl eineni Anhange iiber eine zweckmâssigere Behandlung der Fisteln, der Knochenfâule, des Winddorns, des Krebses, des Gliedschwamms und der Lungensucitt. Leipzig, 1784, in-8°.

lY^ l]ebcr die Arsenikvergiflung, ihre Hiilfe und gerichtliche Ausmiltelung. Leipzig,

1786 in-8°. — V. Veber die Schwierigkcit der Minerallaugensalzbereitung durch Potasche und Kochsalz. In Chem. Annal, von Crell, 1787, p. 387-596. — YI. Ueber die ûblen Zufâlle von Kinder entwôhnen. In Dresd. gel. Anzeig., 1787, p. 401-9. — VII. Yerhiilung der Geschwulst nach dem Scharlachficber. In Diesd. gel. Anzeig., 1788, p. 21-26. — VIII. Ueber den Einfluss einiger Luflarten aufdie Gâhriing des Weins. In Chem. Annal, von Crell, 1788, p. 141-142. — IX. Etwas ûber die Galle und Gallensteine. In Chem. Annal, von Crell, 1788,

p. 290-299. X. Veber die Weinpt-obe auf Eisen und Blei. In Chem. Ann. von Crell, 1788,

p. 291-505. — XI. Ueber ein ungemein kraftiges, die Fâu/niss hemniendes. etc. In Chem. Ann. von Crell, 17!^8, p. 485-486; analysé dans Jour?/, de méd., t. LXXXI, 1789, p. 255-257. — XII. Vnterricht fur Wundârzte ûber die venerischen Krankheiteni nebsl einen neuen Quecksilberprâparate. Leipzig. i'l>i9, in-8°. Trad. en hollandais, 1800, in-8''. — XIII. Versuch bei einigen angegebenen neuern Entdeckungen. In Chem. Ann. von Crell; 1789, p. 202-207. — XIY. Enldeckung eines neuen Bestandthcils ini Reissblei. In Chem. Ann. von Crell, 1789,

p. 291-298. XY. Bereilungsart des avflôslicheti Quecksilbers. In Chem. Annal, von Qy-ell,

1790, p. 258. — XVI. Etwas iiber das Principium adsti-ingens der Pfîanzen. In Chem. Ann. von Crell, 1790, p. 419-420. — XVll Das sicherste und gewissesle Hausmitiel gegen den kallen Brand. In Med.-chir. Zeit., 1791, p. 464. — XVIII. Unaufiôslichkeit einiger Melalle und ihrer Kalke im âtzenden Salmiakgeiste. In Chetn. Ann. von Crell, 1791, p. 117-123. — XIX. Mitlel dem Speichelfluss und den verwiistenden Wirkungen des Quecksilbers Einhalt zu thun. In BlumenbaM s Medic. Bibl., 1791, p. 543-548. — XX. Ueber. die Glaubersalzbereitung nach Ballenscher Ait. In Chem. Annal, von Crell, 1792, p. '22-23. — XXI. Beitràge ziir Weinprùfungslehre.ln Scherf's Beitr. zum Archiv. der medic. Polizei, 1792, p. 8-14. — XXII. Freund der Gesundheit. Francfort et Leipzig, 1792, in-8°. — XXIII. Apothekerlexikon. Leipzig, 1795-1799, in-8°. — XXIV. Ueber die neuere Weinprobe und den neuen Liguor probatorius fortior. In Chem. Ann. von Crell, 1794, n° 261. — XXV. Ueber den Ansprung (crusta lactea). \n Blumenbach's Med. Bibl., 1795, p. 701-705. — XXYI. Abschaffung der Bleiglasur. In A'. Hannôver. Magaz., 1795, p. 89-96. — XWII. Eine plôzlich geheilte Kolikodynie. In Journ. von Bufeland, t. III, 1796 , p. 136. — XXVill. Versuch ûber ein neues Prinzip zur Aufflndung der Heilkrâfte der Arzneisubstanzen nebst einigen Bhcken aufdie bisherigen. In Journal von Hafeland, t. II, 1796, p. 391-465. — XXIX. Handbuch fur Minier, oder Grundsâtze der erslen Erziehung der Kinder; nach dem Franzôsischen bearbeitct mit Anmerkungen. Leipzig, 1796, in-8''. — XXX. Einige Arten anhaltender und nachlassender Fieber. In Journ. von Hufeland, t. Y, 1797, p. 22-51. — XXXI. Neues Edinburger Dispensatorium. Leipzig, 1797-1798, 2 vol. in-ii°. — XXXII. Einige periodiscke Krankheiten und Septimanen. \n Journal von Hufeland, t. X, 1797, p. 52-59. — XXXIII. Sind die Hindernisse der Gewissheit und Einfachheit der practischen Arzneikunde unûbersteiglichY In Journ. von Bufeland, t. IV, 1797, p. 727-762. — XXXIY. Gegenmittel einiger heroischen Gewâchssubstanzen. In Journ. von Hufeland, t. V, 1797, p. 3-21. — XXXV. Prûfung des Pneumalkali. In Scherer's Journ. derChim., t. Y, 1800, p. 380-584. — XXXYI. Monita ûber die drei gangbaren Curarten. In Jnurn. von Hufeland, t. XI, 1800, p. 5-64. — XXXYII. Heilung und Yerhûlung des Scharlach fieber s. Gotha, 1801, in-8°. — XXXVIII. Bemerkungen zu John Brown Eléments of Medicine. In Journ. von Hufeland, t. XII, 1801, p. 52-76. — XXXIX. Ueber die Kraft kleiner Gaben der Arzeinen ûberhaupt und der Belladona insbesondere. In Journ. von Hufeland, t. XIII, 1802, p. 152-159. — XL. Der Kaffee in seinen Wirkungen, nach eigenen Bc' bachlungen. Leipzig, 1805, in-8°. Traduit en français par Georo-. de Brunnow. Dresde, 1824, in-S"; en danois. Kjôbenhavn, 1827, )n-8°; en hongrois, Pesth 1829. — XLI. Fragmenta de viribus medicamentorum positivis, sive in sano corpore humano observatis. Lipsiee, 1805, in-8°. — XLII. Heilkunde der Erfahrungen. In Journ.

HAIDENREICH. 33

9on Hufeland, t. XXU, 1803, p. 5-99. — XLIU. Aeskulap auf der Wagschaale. Leipzig, 181)5, in-8\ Trad. en danois. Kjôbcnhavn, ISôO, iii-8°. — XLIV. Scliorlachfuber und Purpurfieber, zweigânzlic/i verschiedene Krankheiten. in Journ. von Hufeland, t. XXIV, 1806, p. -ISQ-Ufi. — XLV. Heilkmde der Erfahruiigen. Berlin, 1806, in-8°. — XLVI. Veber Chinasurrogate. In Journ. von Hufeland, t. XXIIl, 1800, p. 27-47. — XLVII. Was sind Gifle? Was sind Anneien ? In Journ. von Hufeland, (, XXIV, 1806, p. 40-57. — XLVIII. Fhujerzeige auf den hom'ôopalhischen Gebrauch der Anneien in der bisherigen Praaris. In Journ. von Hufeland, t. XXVI, 1807, p. 5-43. — XLIX. Orr/a«t>n der rationnellen Heitkunde. Dresde elLeiiizig, 1810, in-S». Trad. en français parE. G. de Brunnow. Dresde, 1824, in-8°, et par Jourdin. Paris, 1852, 1845, 1856, in-8°; en anglais, par G. A. Ahner. London, 182i, in-S"; en italien, par Beni; Napoli, 1824, in-8°; en russe par Petersen. Kasan, 1824, in-8°. — L. Reine Arzneimittellchre. Dresde et Leipzig-, 1811-1821, in-8°; 1822-1820, 2° édit., in-8°; 1830, 5= édit., in-8°; Iradiiit en laiin pai- E. Stapf, G. Gross et G. A. Drunnow, sous ce litre : Materia medica pura . . . Di^esde et Leipzig, 1826-1828, in-8''; en français, par G. de Brunnow. Dresde, 1X24, in-8°; par Jourdan, Paris, 1854, 3 vol. in-S». — LI. Disserlatio hisloricomedica de helteborismo veterum. Lipsiœ, 1812, in-8''. — LU. De niedicamentoruin cnnfectione et exliibitione per pharmacopolas. leiiœ, 1818. — LUI. Die chronischen Krankheilen, ihre eigentliiimliche ISalur und Jiomôopathi.sche Heiiung. Dresde et Leipzig, 182S, 111-8°; trad. en français par Jourdan, Paris, 1852, 2 vol. in-8''. — LIV. Kleine medicinisclie Scliriflen von Sam. Hahnemann ; gesammelt und herausgegeben von Ernst Slapf. Dresde et Leipzig, 1829. in-8°. — LV. Slriche zur Schilderung Kiickenbrinq's wâhrend seines Triibsinns. In Deutsclie Monatsschr., 1829, p. 259-246. — LVI. Vorwort zu Geo. Ad. Weber Systemal. Darstellung der innern Arzneiwirkungen, 1851, in-8''. A. G.

ilAillMEllâlvni (Mercure soldble d'). Protoazotale ammoniaco-mercuriel.

2i Azotate (le protoxyde de mercure 278 grammes.

Eau distillée 750 —

Faites dissoudre et ajoutez goutte à goutte 13 grammes d'ammoniaque étendu de 125 grammes d'eau distille'e. Lavez le pre'cipité noirâtre qui se forme avec 150 gramnnes d'eau; faites sécher à une douce chaleur et conservez ù l'abri de la lumière (Pli. prussienne).

Ce sel, aujourd'hui à peu près iiiusilé en France, a joui d'une grande réputation. Ou l'employait à la dose de 2 à 5 centigrammes, ordinaiiement uni à ro[iium. Comme il est insoluble, malgré son nom, il doit s'administrer sous la forme piliilaire.

11 existe d'autres préparations mercurielles sous le nom de mercure soînble. Le mercure soluble de Mascagni s'obtient en faisant bouillir 1 gramme de calomel dans 160 grammes d'eau de chaux, lavant et faisant sécher. Dans le sel de Morelti, le calomel est remplacé par le sulfate de protoxyde de mercure ; dans le sel de Moscati, par l'azotate mercureux. Dans celte dernière préparation on substitue à l'eau de chaux une solution très-étendue de potasse caustique. D.

HAIDEIMREICH (Johann-Ludwig). Médecin hongrois, né à Engelsberg, dans la haute Silésie autrichienne, le 31 janvier 1747, fut d'abord médecin pensionné des districts de Jazyg et de Camau, puis du comté d'Arad, en Hongrie, avec résidence à Neu-Arad. 11 y vivait encore vers 1810.

Nous connaissons de lui :

I. Medicina Aradensis. Tractatus de morbis in Dacia frequentioribus et de singulari eos traclandi mclkodo. Pestini et Lipsia», 1785, in-4°. — II. Instructio medico-chirurgica in usuin gremialiun ruraliitm chirurgorutn conscripla, etc. Peslini, 1785, in-S». — III. Von der iSultrung ganz- kleiner Kinder und einige Arlcn von Convulsionen, etc. Wien, 1795, pet. iii-8°; neue .\ufl , ibid., 1790, pet. in-8°. — IV. Jedermann sollte sein Ant scyn. Pesth, 178 i, in-o°. — V. Hisloria astkeniae scorbulicae in comitatu aradieiisi 1803 saevientis. Temesvar, 1805, in-8°. L. Un.

DICT. Ii.\C. i" s. XII. 3

54 HAllNUL.

HAIGA]%IS (Les). Voy. Arménie, p. 153.

HAIGHTOIV (John). Chirurgien distingué de Londres, docteur en médecine et membre de la Société des médecins, vivait à la fin du dernier siècle et au commencement de celui-ci. Il a écrit un certain nombre de mémoires intéressants. C'est tout ce que nous apprend sur cet auteur le Dictionnaire historique de la médecine. On a de lui :

I. The History of Iwo Cases of Fractured Olecranon. In Med. Commentaries, t. IX, p. 582, 1785. — II. An Attempt to ascertain the Powers concerned in the Act of Yoiniting. In Mem. of Med. Soc. of London, t. II, p. 250, 1789. — III. Til'o Experiments on the Mechanism of Vomiting, etc. Ibid., p. 512. — IV. A Case of Original Deafness, etc. Ibid., t. III, p. 1, 1792. — V. Experiments mode on the Larijngeal and Hecurrent Branches of the Eighth Pair of Nerves, etc. Ibid., p. 422. — YI. An Experim. Inguiry concerning the Reproduction ofNerves. In Philos. Transact., 1795, p. 190, et Med. Facts a. Obs., t. VII, p. 155. — VII. An Exp. Inq. concerning Animal Imprégnation. \n Philos. Transact., 1797, p. 159. — VIII. A Case of Tic douloureux, etc. In Med. Records... selected from the Papers of a Priv. Med. Assoc. London, 1798, p. 19. — IX. An Inquiry concerning the True and Spurious Caesarian Opération, etc. Ibid., p. 242. — X. Lectures on Physiology and Natural Philosophy, 1796, ia-8°; manuscrit conservé à la bibliothèque de la Société médico-chirurgicale de Londres. L. Hn.

HAI-nouiVG. Un des noms chinois donnés à la rhubarbe. Pl.

nAIMARADA. Nom donné à la Guyane au Vandellia diffusa L. Pl. HAIMAI'ATI. Nom sanscrit donné à ÏAcoi^us calamus h. Pl.

HAimE (Auguste). Médecin français, reçu docteur à Paris en 1816, jouit pendant de longues années à Tours d'une réputation légitime comme praticien. Il s'est particulièrement occupé de chirurgie et a publié un grand nombre d'articles : sur l'acupuncture [Journ. univ. des se. med., t. XIII, p. 27, 1819), sur la fracture de l'humérus par contraction musculaire {ibid., t. XIY, 1819), sur la rupture d'une sonde élastique dans la vessie avec extraction heureuse des fragments [ibid., t. XIX, 1820), sur la grenouillette(ik"<i., t. XXIV, p. 255, 1821), sur la rupture du col de l'utérus et du vagin pendant l'accouchement {Journ. gén. de méd., décembre 1829), etc., etc. Nous citerons encore de lui :

I. Diss. sur les fractures comminutives des membres, précédée de considérations sur les os, sur leurs fractures en général et principalement sur la fracture du cal. Paris, 1816. — II. Réflexions générales sur les constitutions médicales. Tours, 1857, in-8°. L. Hn.

HAIIVDL (Anton-Franz). Médecin autrichien, né à Leitmeritz, le 14 septembre 1805, fit ses études à Prague. Il fut reçu docteur en 1829 et devint ensuite le prosecteur de l'analomiste 11g, à l'Université. En 1851, il fut nommé professeur d'anatomie à l'Institut chirurgical de Klagenfurt, puis en 1854 à Lemberg; mais il abandonna peu après ces fonctions pour celles de directeur de l'hôpital général de Lemberg, ainsi que de la Maternité et de l'asile d'aliénés qui y étaient annexés. En 1845, il partit en mission pour étudier l'organisation des asiles étrangers, siégea en 1846 à Vienne dans une commission chargée d'étudier l'érection d'un nouvel asile, puis revint à Lemberg et se distingua lors de l'épidémie de choléra en 1848; enfin, en 1851, il obtint la direction de l'hôpital général de Vienne. Il mourut du choléra le 25 septembre 1855. Il est l'auteur d'un opuscule destiné à la salle de dissection :

HAISZLER. 35

Anleitung zur Darstelluiig der Mmkeln des memchlichen Kôrpers. Prag, 1829, gr. in-8% ■2 pi. L. Hn.

HAIIVDORF (Alexaxder). Médecin allemand, né à Lehnhausen, en Westphalie, le 2 mai 1782. 11 fréquenta les universités de Wurtzbourg, Erlangen, Bamberget Heidelberg, où il fut reçu docteur en 1810. Il devint ensuite privatdocent dans la même ville, puis voyagea en France et visita particulièrement Paris, ses hôpitaux et ses écoles, et en 1815 vint se fixer à Minden qu'il quitta peu après pour s'établir à Gotlingue, où il fut nommé médecin assistant en chef à l'hôpital académique el privat-docent à l'Université; mais il ne remplit ces fonctions que très-peu de temps et reprit du service dans l'armée prussienne, en Westphalie, comme médecin d'ambulance. En 1816, il devint professeur de chirurgie, d'accouchement et de psychiatrie à Munster, et y enseigna jusqu'à la suppression de cette Université en 1825, pour occuper la même chaire à l'Institut chirurgical de l'Académie. En 1847, cet Institut fut supprimé à son tour, et Ilaindorf continua l'exercice de la chirurgie. En 1854, il se retira à Caldenhoff, |)rès de Hamm, et y mourut le 16 octobre 1862.

Haindorf était membre actif de plusieurs sociétés et dirigeait un établissement d'instruction pour les juifs fondé par lui en 1826. Grand amateur des beaux-arts, il réunit une magnifique collection de peintures et d'oeuvres d'art. Nous connaissons de lui :

I. Quaenam est vis quae dicitur nervea in corpore animali? quid est quo ea différât a vi vasorum? etc. Ileidelbergae, 1810, in-4° (mémoire couronné). — II. Thèses ex universa medicina. Heidelbergae, 1810, in-4". — III. Versuch einer Pathologie und Thérapie der Gemûths- und Geisteskrankheilen. Heidelberg, 1811, gr. in-8''. — IV. Beilrâge zur Culturgeschichte der Medicin und Chirurgie Frankreichs und vorzùglick seiner Haupistadt, mit einer Uebersicht ihrer sànimllichen Hospitâler, etc. GiUtingen, 1815, gr. in-S". — V. Des traductions, des articles dans les journaux et une part active à la rédaction du Nasse's Zeitsclirift fur psychische ^ersfe depuis 1818. L. Hn.

HAllVLliV (Sébastian). Médecin allemand, né à Nuremberg le 14 mars 1594, étudia dans plusieurs universités allemandes, puis se fit recevoir docteur à Bàle en 1618. Il devint ensuite membre du Collège des médecins de sa ville natale et en fut longtemps le doyen. Il mourut en octobre 1665, laissant la réputation d'un excellent praticien et un ouvrage intitulé : Pugilhis coJitroversiarum philosophico-medicarnm. Basileae, 1618, in-8°.

Son neveu, Johann-Carl Haiislin, né à Nuremberg en 1651, fut reçu docteur à léna en 1679, puis membre du Collège de Nuremberg. Ce médecin, qui mourut en 1685, exerça son art avec réputation, mais ne laissa aucun ouvrage. L. ILn.

HAIS. Nom arabe donné à VÉpeaiUre {Triticum spelta L.). Pl.

HAISZLER (Georg). Médecin hongrois, né en 1761 à Csepreg, dans le comitat d'Œdenburg; il se livra d'abord à la théologie, mais il y renonça pour étudier la médecine à Vienne. Il fut nommé médecin du comitat d'Œdenburg et conserva ces fonctions jusqu'en 1800, époque à laquelle il se fixa à Veszprim. Haiszler est mort en 1841, laissant divers ouvrages en langue hongroise, entre autres, un Mémoire sur la vaccination naturelle et artificielle (Presbourg, 1791), un autre Sur le choléra, qui parut aussi en allemand, en 1851. Ses œuvres de médecine, antérieures au siècle, parurent en 3 volumes à Veszprien, 1801-1803 {voy. Hirsch's Lexic. hervorrag. Aerzte, II, 22). L. Hn.

56 IJAiTJ.

DAÏTI. Géographie. L'île d'Haïti est l'une des grandes Antilles. Elle est située entre le 18* et le 20* degré de latitude septentrionale, entre le 61" et le 77* degré de longitude occidentale du méridien de Paris.

La plus grande longueur de l'île est d'environ 560 kilomètres de l'est à l'ouest. Sa largeur du nord au sud varie de 50 à 250 kilomètres. Haïti constitue le nœud central de la chaîne des grandes Antilles {voy. ce mot). C'est, après Cuba, la plus grande de ces îles. Sa superficie est de 77 254 kilomètres carrés, dont 25 911 kilomètres pour la partie la plus peuplée, celle de la République d'Haïti. Le reste appartient à la République de Saint-Domingue. L'île possède dans son voisinage immédiat et sous sa dépendance un certain nombre d îlots peu importants. Elle se trouve dans l'est sud-est de l'ile de Porlo-Rico dont la sépare un canal d'environ 20 lieues marines. A l'ouest sud-ouest se trouve la Jamaïque, distante d'environ 45 lieues, et Cuba, au nord-ouest dans un éloignement de 22 lieues. Les îles de Porto-Rico et de la Jamaïque sont traversées dans leur plus grande longueur par le parallèle de 18°, 50' qui longe la côte méridionale d'Haïti.

Topographie. Voici comment se présente l'ensemble physique d'Haïti : deux chaînes de montagnes dirigées à peu près de l'est à l'ouest et placées à distance égale des deux côtés nord et sud de l'ile parcourent sa longueur. Ces deux chaînes n'ont pas entre elles un parallélisme constant. De cette double arête partent des chaînes secondaires qui, courant dans divers sens, laissent des gorges plus ou moins profondes que coupent encore dans des directions différentes des mamelons contigus ou séparés. Ces montagnes secondaires forment autant de contreforts naturels. Les deux grandes chaînes de montagnes s'élèvent à mesure qu'elles s'éloignent de l'est. Cette progression, sensible pendant environ 150 kilomètres, s'arrête, et l'élévation est assez longtemps égale dans le prolongement de ces chaînes qui semblent s'élargir jusqu'à ce que, prenant le milieu de la bande de terre assez étroite de l'île qui s'étend le plus dans l'ouest, elles redeviennent moins larges, sans toutefois perdre de leur liauteur. A celte extrémité occidentale les montagnes sont comme amoncelées les unes sur les autres.

L'altitude des montagnes de Saint-Domingue n'est pas considérable, elle est évaluée en moyenne à 800 mètres. Mais le mont Cibao de la selle et de la halte ont une hauteur double. Le plus haut sommet atteint 2400 mètres. Au point de vue médical, ces altitudes ont une grande importance comme offrant des sanatoria où les habitants peuvent se mettre à l'abri des atteintes de la malaria, et oii les Européens trouvent des lieux de préservation en temps d'épidémie de fièvre jaune.

Dans son Histoire médicale de Varme'e française à Saint-Domingue en 1802, Gilbert, médecin en chef de cette armée, disait djns ses conclusions : « Ne laisser au Cap que les troupes indispensublement nécessaires au service; faire stationner les divisions de l'armée dans les mornes, pourvu qu'elles y soient à l'abri des chaleurs et des pluies trop fortes. »

Au bas de ces montagnes se trouvent des plaines fertiles d'étendue variable et séjiarées entre elles par les contreforts qui, partant des chaînes principales, se dirigent vers la mer.

De ces montagnes descendent plusieurs rivières et ruisseaux qui forment dans la saison des pluies abondantes des torrents entraînant les terres. Pas une de ces rivières n'est navigable au delà d'une quinzaine de kilomètres de son

nAÏTI. 37

embouchure. Les alluvions aussi dispersées par les rivières ont formé des terrains palustres qui entourent l'île; leur niveau est celui de la basse mer; ils sont couverts par le flux ; une moitié pour ainsi dire de l'île de Saint- Domingue consiste en ces terrains nommés esters. Ces plages marécageuses sont couvertes de palétuviers d'où s'exhalent des émanations délétères, sources inépuisables de malaria, et il en sort des quantités prodigieuses de moustiques.

On trouve dans les terrains du bord de la mer des lits de polypiers, des débris de crustacés et de testacés; presque partout on peut constater que le sol s'est formé aux dépens des montagnes sous l'inlluence des agents atmosphériques et des pluies. On rencontre des parties sableuses et des graviers. C'est tantôt une terre de rapport toute végétale, tantôt mélangée de sable ou de galets. On y voit aussi de la marne, de l'argile pure, du tuf.

Une partie des terrains bas est alleriialivement couverte et découverte par les marées; notons que la mer s'élève à bO centimètres au plus. Ce sol fangeux est couvert de palétuviers, il constitue un vaste foyer de décompositions organiques. A quelque distance de la mer, on trouve à de certaines profondeurs des couches de sel marin, des bancs de coquillages et des débris de plantes marines. Le sous-sol se compose d'une manière bien évidente de roches éruplives anciennes ayant soule\é des dépôts rudimentaires d'âges divers et d'alluvions récentes.

Le sol des parties montagneuses se compose de terrains granitiques, ' basaltiques, argileux, marneux, schisteux ou volcaniques. Il contient, dans certaines parties de l'île, de l'or, de l'argent, du cuivre, du fer, du fer magnétique, de l'étain, du soufre, du mercure, du charbon de terre. Il existe dans les montagnes un grand nombre de sources minérales, quelques-unes d'entre elles sont thermales et sulfureuses. A 8 kilomètres de Banica, village de l'intérieur, se trouvent quatre sources d'eau thermale sulfureuses. Mais ces sources manquent de bons établissements balnéaires. On pourrait faire usage de ces eaux d'octobre à mai; la température de ces quatre sources est de 15, 14, 16 et 21 degrés audessus de celle de l'air. Ces eaux sont comparables aux eaux de Baréges.

La conlîguration montagneuse de l'île rend des plus variables les conditions sanitaires des diverses localités. Certaines d'entre elles sont des plus insalubres, et celles situées dans les montagnes sont au contraire remarqu.ibles par leurs conditions sanitaires extrêmement favorables. Les grandes villes sont en général mal placées à cause de leur voisinage des plaines d'alluvions marécageuses.

De magnifiques forêts couvrent les régions montagneuses de l'île. Elles fournissent des bois de construction et d'ébénisterie et des bois à essences diverses, tels que l'acajou, le noyer, le cèdre, le gaïac, le campèche, le bois marbré. Le pin surtout forme de vastes forêts que la main d'aucun travailleur n'a encore touchées ni exploitées. Dans les parties habitées on trouve des arbres fruitiers : l'oranger, le pêcher, le pommier, l'abricotier, le sapotillier, le noisetier, le palmier à vin, le palmier oléifère, le dattier, le cocotier ; la canne à sucre, le cacaotier qui paraît indigène, plus un grand nombre de plantes médicinales. Le tabac est cultivé en Haïti. Les Espagnols y trouvèrent ce remède à deux grandes maladies de l'àme : le chagrin et l'ennui. Le tabac est aimé des marms parce qu'il fait oublier ou du moins jette le voile opalin de sa fumée entre la monotonie du présent et le tableau du passé regretté par ses joies et par ses amertumes mêmes. Le café et le coton, la pomme de terre, l'igname, la vanille, le millet, le maïs, sont le but principal des cultures.

De vastes prairies servent à l'élevage des bestiaux parmi lesquels nous ce-

rons : le bœuf, le mouton, le cabiot, le porc, et beaucoup d'autres espèces passées à l'état sauvage. Tous ces animaux ont été introduits dans l'île par lespremiers conquérants européens. Au moment de la découverte de l'île on n'y connaissait que quatre petits mammifères.

Le gibier y est à foison, les poissons de mer et de rivières ne trouvent pas assez de bras pour la pêche. Les homards, les crabes, les tortues, se trouvent sur les côtes. La flore du pays est en général celle de toutes les Antilles, et en décrivant la flore de cette partie du monde Descourtils, qui était médecin à Saint-Domingue, avait plus spécialement étudié cette île. Pouppé-Desportes a consacré un volume à l'indication et à la description des plantes usuelles de Saint-Domingue.

Les principales villes sont Port-au-Prince, le Cap, Gonaïves, Santiago.

Port-au-Prince est bâti au fond d'une vaste baie constituée par une vaste échancrure de l'extrémité occidentale de l'île d'Haïti. Celte baie a plus de 85 milles marins à son ouverture; elle se rétrécit de manière à n'avoir plus que 4 railles à son extrémité opposée qui aboutit à la ville. Entre les deux pointes correspondant à la plus grande largeur de la baie s'étend l'ile de la Gonave qui atténue en sa faveur la trop grande intensité des vents d'ouest. Les deux côtés de la baie sont dominés par deux chaînes de montagnes opposant une barrière aux vepts du nord et du sud. Ces montagnes répercutent et concentrent la chaleur qui devient extrêmement accablante en rade quand l'atmosphère est tranquille.

Le fond de la baie est parsemé d'îlots envahis par une végétation touffue de palétuviers qui bordent en outre tous les rivages voisins. La ville est construite sur le versant d'une colline qui regarde la baie de face. Suivant un plan commun à la plupart de nos colonies, toutes les l'ues se coupent à angle droit et l'ensemble de la cité se rapproche de la disposition du damier. Les maisons sont en bois, elles n'ont généralement qu'un étage, sont pourvues, au rez-de-chaussée comme au premier, d'une varangue qui, munie de rideaux de nattes mobiles, serait une protection contre le soleil, et qui, le soir, est toujours un poste avancé oià l'on vient chercher l'air manquant à l'intérieur. Malheureusement, la ville de Port-au-Prince est laissée dans un déplorable abandon. Le nettoiement des rues est nul, l'accumulation des boues et des immondices encombre les voies de circulation, des eaux infectes croupissent dans les ruisseaux, les places publiques et les marchés sont transformés en véritables dépôts marécageux d'oi'dures. Les conduits qui fournissent l'eau à la ville sont en très-mauvais état et la population ne boit qu'une eau trouble et malsaine.

Dans son rapport médical manuscrit sur la division navale des Antilles, Girard la Barcerie recommande aux équipages des navires européens qui viennent mouiller devant Port-au-Prince de ne pas faire usage de cette eau. Elle contient un surcroît de chlorures et une quantité considérable de matières organiques et terreuses.

Port-au-Prince possède une école de médecine et de pharmacie dirigée par des médecins distingués qui, dans plusieurs épidémies de fièvre jaune, ont donné leurs soins à nos nationaux et à nos marins avec un désintéressement qui égalait seul le dévouement.

Le gouvernement Haïtien accorde des bourses aux meilleurs élèves de son école de médecine pour aller perfectionner leurs études dans les Facultés de France et y acquérir le titre de docteur. On trouve à Port-au-Prince un hôpital

militaire, un hospice civil et un asile français pour les étrangers malades. Il existe aussi des hôpitaux militaires dans les villes de Cayes, de Jacrael, de Saint-Marc et du Gap ; à Gonaïves il y a un asile pour les indigents.

L'état actuel de ces villes autrefois grandes et belles, aujourd'hui amas de ruines faites par les tremblements de terre, les ouragans, les incendies et la guerre, est désolant. La végétation tropicale reprend le terrain qu'elle avait abandonné à la civilisation. Il ne reste plus au Cap un seul des monuments publics érigés par les Français.

Historique. Le 6 décembre 1492, Christophe Colomb découvrit Haïti; les insulaires lui donnaient ce nom, qui dans leur langue signifiait : terre haute, terre montagneuse. Cliarlevoix nous apprend qu'ils la nommaient aussi : Quis(iueya, c'est-à-dire, terre grande ou mère des terres. D'autres l'appelaient Babio, ou terre oii il y a beaucoup de villages. Colomb l'appela Hispaniolia. Elle reçut pendant tout le quatorzième siècle le nom d'île espagnole. La capitale qui y fut élevée prit le nom de S;into-Domingo. Donnant à l'île entière le nom de sa capitale, les Français l'appelaient Saint-Domingue. Elle conserva cette appellation jusqu'à l'époque de la révolution, qui, en 1804, rendit l'île indépendante; elle reprit alors son ancien nom d'Haïti.

Après la fondation, en 1493, de la colonie de Saint-Domingue, premier établissement des Européens en Amérique, l'île devint le centre d'où partirent les expéditions qui établirent la puissance dos Espagnols en Amérique. Une des causes de la décadence de « l'île espagnole » fut précisément la grande quantité de colonies qu'elle fonda. Elle fut la mère à toutes celles qui composèrent le vaste empire des Espagnols en Amérique.

En 1650, des aventuriers composés un peu de toutes les nations, mais surtout d'Anglais et de Français en majorité, s'emparèrent de la petite île de la Tortue, au nord d'Haïti. Ces aventuriers, boucaniers et flibustiers, grossis d'un certain nombre de colons Normands, se débarrassèrent de l'élément anglais, qui alla prendre la Jamaïque, et, luttant avec av;mtage contre les Espagnols, finirent par rester maîtres de l'ouest de l'île; ce fut l'origine de la colonie de la partie française d'Haïti.

Depuis lors, les deux parties de l'île, malgré les luttes sans cesse renouvelées, restèrent en possession des deux nations rivales. Lorsque le pays devint indépendant et que l'élément blanc en fut chassé par les noirs révoltés, la division entre ces deux parties de l'île subsista. Elle ne cessa jamais que momentanément. Aujourd'hui la Piépublique d'Haïti a succédé à la colonie française de Saint-Domingue, et la République de Saint-Uominguc ou Dominicaine occupe le territoire de l'ancienne partie espagnole de l'île.

Ces deux parties sont de dimensions et de population fort inégales.

La partie française occupait l'extrémité occidentale de l'île; elle a toujours été la plus petite, mais la plus peuplée et la plus riche. Actuellement la population de la République d'Haïti l'emporte encore de beaucoup sur celle de la République voisine, ainsi qu'on le verra par les chiffres que nous aurons à citer.

Population. Haïti a vu se succéder à sa surface, depuis la découverte de

Christophe Colomb, trois races d'hommes essentiellement différentes, avec cela

de particulier que chacune d'elles succéda entièrement à l'autre après l'avoir

exterminée.

Les premiers habitants de l'île, ceux du moins que trouvèrent les Européens

et qui reçurent le nom d'Indiens, parce que Colomb croyait avoir atteint l'Inde des Anciens, étaient de la race caraïbe.

Quinze ans après la découverte d'Haïti, les Espagnols avaient fait périr par la guerre et par le travail des mines les 19/20*^ de la population indigène, et ils furent obligés d'y transporter les habitants des îles voisines qui ne tardèrent pas à périr aussi misérablement. Cependant les conquérants ne furent pas sans mêler leur sang à celui des indigènes. Cela se comprend sans peine, les marins espagnols, les aventuriers anglais et français qui venaient tenter la fortune dans ces terres nouvelles, n'emmenaient avec eux qu'un bien petit nombre de femmes, elle Père Charlevoix affirmait, en 1751, que les trois quarts des Espagnols composant alors la colonie descendaient par les femmes des premiers habitants de l'ile.

La deslruclion des indigènes ne fut pas même aussi complète qu'on a bien voulu l'affirmer; en 1832, il restait encore quelques débiis aulhentiquos des anciens possesseurs du sol, et les traces du sang caraïbe parmi les habitants du village de Baya étaient encore Aiciles à reconnaître.

La seconde race qui peupla Haïti fut donc la race blanche. Dans la partie espagnole de l'ile, la population blanche se composait d'Européens Espagnols, Castillans, à l'exclusion formelle des Juifs et des Maures, auxquels il était défendu d'émigrer vers des terres destinées à devenir chrétiennes. On ne peut donc pas dire que ce fut le sang maure qui permit l'acclimatement dans ces régions tropicales de la race européenne conquérante. Ce furent des blancs qui, les premiers, défrichèrent le sol, y établirent la culture de la canne, importée en 1506 des îles Canaries. Cette culture prit avec une extension telle que les magnifiques palais de Madrid et de Tolède, que fit bâtir Charles-Quint, ont été entièrement élevés avec le revenu produit par le seul droit d'entrée des sucres provenant de l'île espagnole.

Il faut cependant tenir compte de ce que nous avons dit du métissage à peu près certain des Espagnols nés dans l'île. Plus tard, la culture régulière de la terre fut abandonnée aux mains des nègres. Les habitants de la partie espagnole d'Haïti ne se livrèrent plus qu'à l'élevage des bestiaux, qui, apportés d'Europe, s'étaient considérablement multipliés. Moreau de Saint-Méry nous décrit ces Espagnols demi-nus, menant la vie en même temps dure et indolente des pasteurs, exploitant leurs troupeaux à demi sauvages.

La race blanche ne devait pas rester maîtresse de ce sol si cruellement enlevé à ses premiers possesseurs. L'expérience de l'acclimatement plus ou moins complet des Européens devait être brusquement interrompue par une révolution mettant Haïti dans les mains d'hommes d'une autre race.

Les premiers Africains importés comme esclaves en Haïti par les Portugais, qui les vendirent aux Espagnols, arrivèrent dans l'île dès 1498 on 1500. L'origine de la traite des nègres est d'ailleurs antérieure à la découverte de l'Amérique. Il y avait à Séville un très-grand nombre de noirs esclaves avant cette découverte (Ardouin). L'introduction des nègres d'Afrique dans les colonies américaines ne fut donc pas la cause première de la traite des nègres, mais elle fut celle de l'extension sur une vaste échelle de ce cruel commerce.

La nécessité de cette importation d'Africains, en remplacement des populations indigènes détruites par l'avidité et la barbarie des Espagnols, est bien une preuve de 'impossibilité dans laquelle se trouvait la colonie de se recruter

suffisamment en Europe et des grandes difficultés que rencontrait l'acclimatement des Europe'ens sous ce climat.

Si les nè'^res transportes dans un climat très-analogue à celui de leur lieu de naissance finirent par s'y acclimater et par y prospérer de manière à pouvoir s'emparer du pays, il ne faudrait pas croire que cet acclimatement s'est fait du premier coup. La mortalité des nègres transportés d'Afrique à Saint- Domingue est évaluée par Moreau de Saint-Méry à 5 pour 100 par an, proportion précisément égale à celle de la mortalité des blancs, dits créoles, inférieure de beaucoup, il est vrai, à la mortalité des troupes envoyées par la métropole. La natalité du temps de l'esclavage était très-inférieure à la mortalité; on comptait plus de deux décès pour une naissance, de sorte que la colonie consommait rapidement sa population nègre, et n'aurait pu rester florissante qu'à la condition d'une importation incessante d'esclaves venant de l'Afrique.

Pour la partie française de l'île, on évaluait, du temps de Moreau de Saint- Méry, à 16000 par an le nombre de nègres qu'il eût fallu importer chaque année pour maintenir l'équilibre de la population de la partie française de l'île; ce nombre devrait être au moins doublé pour la totalité d'Haïti.

Les mulâtres issus des blancs et des négresses formèrent une caste en nombre assez considérable pour jouer un rôle important et particulier dans l'histoire de la révolution qui devait rendre l'ile indépendante. Plus tard, les mulâtres tendirent à disparaître et à se joindre dans la population noire. La guerre des noirs contre leurs anciens maîtres fut une guerre d'extermination. Haïti fut, selon l'expression de M. Thiers, « le théâtre des plus grandes horreurs dont l'histoire fasse mention. » Les blancs cherchaient à amener leur indépendance de la métropole. Les mulâtres aspiraient aux droits politiques qu'on leur avait toujours refusés. La guerre civile commença entre l'ancienne race des hommes libres et les affranchis. Les nègres se révoltèrent pour la conquête de la liberté. Les Anglais appelés par les blancs s'établirent dans une partie de l'île, puis en furent chassés. Les Espagnols vinrent encore compliquer le désordre. Enfin Haïti resta dans les mains des noirs. L'expédition du général Leclerc, à la tête de 20000 hommes, ne put rendre à la France son ancienne colonie. La fièvre jaune détruisit celte armée et au mois de janvier 1804 le peuple haïtien proclama son indépendance qui fut reconnue par le gouvernement français en 182.'i.

Comme la race primitive du pays, la race blanche disparut donc par la violence et les massacres, résultat d'une réaction que justifiaient incomplètement les iniquités de l'esclavage et les injustices de quatre siècles. Que devint la race noire en Hiiïti depuis l'indépendance? 11 est digne de remarquer que la suppression de l'esclavage fut immédiatement suivie, malgré les guerres de l'indépendance, malgré les guerres civiles, d'une augmentation de la population. On doit donc attribuer aux vices de l'état social que comporte l'esclavage, bien plus qu'à des influences climatologiques, le déficit continuel de la population avant qu'elle connût les bienfaits de la liberté. Le problème de l'acclimatement de l'Africain en Amérique se présente ainsi sous une forme très-complexe. Malgré une incessante immigration d'Africains en Haïti ayant atteint jusqu'à 32000 hommes dans certaines années du dix-huitième siècle, la population nègre diminuait toujours. C'est après un siècle d'effoi t sous un climat qui a dévoré des hommes par milliers qu'enfin s'est formée une génération o|)uleute.

En 1789, les recensements du temps, jugés fort inexacts d'ailleurs, portaient le nombre des hommes libres, colons blancs ou hommes de couleur affranchis, à

environ 40000 âmes, et celui des esclaves à plus de 500000. Aujourd'hui, les statistiques, dont, il est vrai, nous ignorons complètement l'origine, font monter la population de l'île à 822 000 habitants, 572 000 pour la République d'Haïti et 25 000 pour celle de Saint-Domingue. Un dixième seulement de la population se compose de mulâtres, le nombre des blancs est insignifiant.

Si l'on pouvait compter sur l'exactitude de ces chiffres, ils seraient une puissante démonstration du parfait acclimatement des Africains dans cette partie de l'Amérique. Malheureusement la question de la population d'Haïti est impossible à résoudre, disait en 1877 le message du président de la République en parlant des difficultés d'exécution des lois établissant la conscription militaire : (( 11 serait impossible à l'administration supérieure, dit le président, de retrouver dans presque toutes nos communes les registres de l'état civil des vingt dernières années. » Le pays ayant perdu complètement sa population blanche, on a vu sa population noire s'élever, sans aucune émigration nouvelle depuis soixante-dix-neuf ans et malgré les massacres de la révolution et les guerres civiles fréquentes. On peut, à certains points de vue, regretter la prospérité de cette belle contrée, mais il faut reconnaître qu'avec la liberté la population noire paraît avoir retrouvé sa fécondité et les conditions nécessaires à la propagation et au maintien de cette agglomération humaine; quoi qu'il en soit, il est regrettable que des statistiques précises ne permettent pas de suivre dans la vie de ce jeune peuple les lois de sa progression depuis qu'il a recouvré sa liberté.

La République d'Haïti possède une population double de celle de Saint- Domingue, sur un territoire n'égalant pas la moitié de la superficie de sa voisine. La langue française est celle de notre ancienne colonie, la langue espagnole celle de la Dominicaine.

La statistique oflicielle de l'instruction publique dans l'État d'Haïti, en 1880, fournit les chiffres suivants :

Les cinq départements de la République comptent un total de 585 écoles primaires publiques et gratuites, avec 18200 élèves, dont 12000 garçons et 6200 filles. Ces écoles se divisent en écoles rurales mixtes, quant aux sexes, au nombre de 205, et en écoles urbaines de garçons ou de tilles, au nombre de 180. Les écoles urbaines se subdivisent de la manière suivante : écoles laïques de garçons, 82; écoles congréganistes de garçons, 9; écoles laïques de filles, 82; écoles congréganistes de filles, 7.

Dans le nombre des écoles urbaines laïques de garçons sont comprises les écoles primaires supérieures, dites secondaires. Elles existent dans les principales villes, et préparent spécialement les jeunes gens qui se destinent au commerce et à l'industrie.

Il y a dans toutes les villes de la République des écoles primaires libres, soit laïques, soit protestantes. Elles sont presque toutes subventionnées par l'État.

L'enseignement secondaire est représenté par cinq lycées : ceux de Port-au- Prince, du cap Haïtien, des Gonaïves, des Cayes et de Jacmel, et par six écoles supérieures de jeunes filles. H y a en outre un certain nombre d'institutions libres, entre autres, le collège de Saint-Martial et l'école polymathique à Portau-Prince.

L'enseignement supérieur comprend une école de médecine et de pharmacie, une école de musique et deux écoles de peinture. On peut évaluer à 40 000 élèves le chiffre total de la population scolaire de la République d'Haïti.

Tel est, d'après les documents officiels, l'état actuel de l'instruction publique en Haïti. Mais dans ce pays plus que partout ailleurs il faut se défier des documents officiels. A en juger par l'enseignement primaire des villes, celui des campagnes doit être à peu près nul. Les seules écoles sérieuses sont cinq écoles tenues par des congrégations françaises. Ces écoles comptent 1100 élèves.

L'État ne possède pas une seule bibliothèque, les écoles, le lycée, n'ont pas de bibliothèque. L'art typographique est en Haïti dans un état arriéré vraiment bonteux, dit un message présidentiel, et la manière dont est imprimé ce message dans le journal officiel de la République est un certificat de la véracité des paroles du président.

La race qui a formé le caractère haïtien sort à peine de l'esclavage, il faudra encore longtemps pour qu'Haïti devienne quelque chose. Cependant, il suffit de lire les débats au Parlement haïtien pour reconnaître que, si la masse des descendants de ces anciens esclaves reste dans une infériorité qui place assez bas ce peuple dans l'échelle des nations civilisées, elle fournit aussi un grand nombre d'hommes à intelligences élevées, se rendant parfaitement compte de la situation de ce peuple et ne désespérant pas de son avenir. Il faut du temps pour faire d'une bande d'esclaves révoltés un peuple libre. L'éloignement systématique de l'île de tous les Européens a beaucoup nui à la prospérité d'Haïti. Le desideratum le plus grand de tous les hommes intelligents est une émigration de travailleurs de races différentes qui, venant se confondre avec les habitants, y amènerait une nouvelle sélection dans la population et rendrait à l'île son ancienne richesse.

Climat. La configuration montagneuse de l'île d'Haïti produit selon les localités de cette île de grandes variétés de climat, variétés nettement accusées par la diversité des cultures et des productions du sol. De bonnes observations météorologiques ont été faites par les colons français avant la Hévolution de 1 7(31 à 1 789. De 1781 à 1787 elles ont été recueillies sur une douzaine de points de l'île: quatre dans la plaine à l'est du Cap-Français et deux dans celle qui est à l'ouest ; deux à Port-au-Prince et environs; enfin trois dans la presqu'île de TiburoQ. De 1865 à 1869 Ad. Ackermann, professeur au Lycée national de Port-au-Prince, a fait des observations à Bois-Chène à 2 kilomètres au sud-est de cette ville. Un observatoire existe actuellement au petit séminaire de Saint-Martial, à Port-au- Prince, sous la direction de M. H. Weik. Ces observations sont insérées chaque semaine au Moniteur haïtien.

Température. Si nous consultons la belle carte de la température des eaux à la surface de la mer des Antilles que donne Ch. Sainte-Claire Deville dans son Voyage géologique aux Antilles, nous constatons que la température de la mer qui baigne Haïti est en moyenne de 26", 5 ; cette température est celle des terrains bas de l'île, c'est-à-dire des localités dans lesquelles sont bâties les principales villes.

Les climats des montagnes sont plus variables, les climats des plaines présentent plus d'égalité. Il est rare que dans les endroits habités des montagnes le thermomètre s'élève au-dessus de 18 ou 20 degrés. Les nuits y sont quelquefois assez fraîches pour que l'usage d'une couverture de laine y soit nécessaire. Il est même des montagnes où le feu est une vraie jouissance pendant certaines soirées. Le froid n'y est pourtant pas très-considérable, le thermomètre s'y soutient à environ 12 ou 14 degrés Réaumur, mais le contraste de cette température avec celle éprouvée pendant le jour produit une sensation

que les termes de chaud et de froid ne mesurent pas de la même manière que dans nos régions.

Sur le sommet des montagnes, telles que le Cibao, la Selle, la Tlottc, on éprouve dans la saison fraîche une sensation de froid encore plus vive. L'eau y prend une légère pellicule à sa surface. La fraîcheur du soir y est très-pénible. La végétation est essentiellement différente de celle des terres basses. Les arbres résineux peuvent seuls y croître et sont même rabougiis.

Dans les plaines le climat est beaucoup plus uniforme.

Vents. Haïti se trouve placé dans la zone des alizés de nord-est. D'après des observations faites en 1881 à Port-au-Prince par M. Weik, la direction la plus fréquente du vent, à huit heures du matin, est lest-nord-est, puis la direction est-sud-est ; les vents de l'ouesL sont très-rares à ce moment du jour. A une heure du soir, les vents de la partie est dominent encore, mais les vents d'ouest sont assez communs. Le soir à six heures, les vents soufflent de préférence de la partie est de l'horizon ; cependant les vents de l'est sont encore trop fréquents. La configuration montagneuse de l'île modifie la direction des courants atmosphériques, selon les situations des localités. Si l'on considère l'île en général, on constate que les vents de l'est-nord-est régnent durant la plus grande partie de l'année et pendant la plus grande partie du jour. C'est assez régulièrement entre neuf et dix heures du malin que commence la brise du hu-ge; elle augmente en force à mesure que le soleil se lève au-dessus de l'horizon jusque vers trois ou quatre heures du soir. La brise de terre rafraîchit les nuits; descendant des montagnes de l'intérieur, elle se fait sentir le plus souvent deux à trois heures après le coucher du soleil, se maintient jusqu'à ce que cet astre reparaisse.

Le règne alternatif des brises de terre et de mer n'est pas tellement réglé qu'il ne soit soumis à aucune variation. A certaines époques de l'année, surtout aux voisinages des équinoxes et des solstices, Ja brise du large est extrêmement forte. Elle souffle parfois avec énergie pendant plusieurs jours sans interruption. La brise de terre manque alors ou est remplacée par des calmes. Mais c'est toujours après le lever du soleil que la brise du large augmente d'énergie.

Dans la saison des orages, la brise de terre empiète au contraire. Les orages versent alors des déluges d'eau, puis le vent de terre conserve sa direction même pendant une partie de la mitinee.

Les alternatives des brises de terre et de mer agitent continuellement l'atmosphère. La brise du large affaiblit la chaleur, mais c'est surtout après le retour de la brise de terre que l'on soupire. Elle donne un relâche dont on avait besoin ; elle favorise le sommeil répaiateur.

Lorsque l'alternative des brises fait défaut et est remplacée par des calmes, la chaleur devient pénible. Il faut cependant remarquer que la brise manque rarement au moment des grandes chaleurs.

Pluies. L'année se divise en deux saisons, l'hivernage ou saison des pluies et la saison sèche et froide. Cependant les différences locales sont telles que ces dénominations sont souvent fort inexactes, si l'on considère une localité quelconque en particulier, surtout si l'on pénètre dans les montagnes. Les pluies sont très-abondantes et les rivières débitent à un moment donné un énorme volume d'eau. Elles ne tombent pas uniformément sur ce territoire accidenté, ni au même moment: en général les mois secs se trouvent janvier, février et mars; juillet et auùt sont relativement assez secs. Les mois pluvieux sont surtout avril et mai, puis septembre et octobre. Il n'y a aucun mois absolument sec; dans les

séries d'observations que nous avons sous les yeux, nous ne trouvons pas un seul mois absolument privé d'eau.

Dans presque tout l'été les pluies tombent pendant les orages qu'amènent les vents de sud et de sud-ouest. La côte exposée au nord présente cette partiLularité qu'elle est sujette à des pluies par vents de nord-ouest. Ces pluies s'appellent dans le pays les nords ; elles sont fines et froides. La saison du vent de nordouest commence à la fin d'octobre et dure presque jusqu'en mars. Elle est plus ou moins longue selon l'année, quelquefois même ne se fait point du tout sentir. On voit parfois les nords durer pendant plus de cinquante jours sans discontinuer. Elles tombèrent sur la ville du Cap en 1787 durant cent deux jours consécutifs. Ces pluies et les vents qui les portent sont arrêtés par les montagnes et ne se font pas sentir dans la partie méridionale de l'île. Les pluies d'orages sont au contraire communes à toute l'île. Elles versent un prodigieux volume d'eau. Quelquefois pendant un mois entier et presque à la même heure chaque jour un effroyable orage remplit l'air pendant plusieurs heures.

La quantité d'eau tombée pendant le plus fort orage de chaque année a varié en vingt-six années à Léogane de 54 à 148 millimètres. De là le régime torrentiel de tous les cours d'eau. Les forts orages sont souvent accompagnés de chute de la foudre. Les accidents occasionnés par elle sont assez communs. La grêle s'observe parfois, mais ce phénomène est rare et ne dure qu'un petit nombre de minutes. Les pluies fertilisent le sol des plaines et nuisent à celui des montagnes dont elles enlèvent la terre végétale. D'après Moreau de Saint-iMéry, les maladies auraient un caractère moins alarmants dans la saison pluvieuse que dans l'autre. Cette affirmation ne nous paraît pas conforme à ce qui existe en réalité. Pouppée, Despoites, Gilbert, considèrent les hivernages d'une sécheresse relative comme favorables à l'extension des épidémies de fièvre jaune. Les observations fuites à Port-au-Prince en 1776-1777, puis de 1803 à 1869 par A. Kermann, donnent pour huit années les moyennes suivantes exprimant en millimètres les hauteurs de l'eau tombée mensuellement sur le sol :

Janvier 2i millimètres.

Février 72 —

Mars 7« —

Avril 155 —

Mai 297 —

Juin 92 —

Juillet 95 —

Août 155 —

Septembre "185 —

Octobre Ufi —

Novembre 90 —

Décembre 55 —

Année entièke 1428 millimètres.

On voit qu'il y a cinq mois relativement secs de novembre à mars, et sept mois pluvieux d'avril à octobre, avec diminution dans l'abondance des pluies en juin et juillet.

La quantité annuelle des pluies, dont la moyenne est de 1428 millimètres, a varié pendant les huit années d'observation de 889 millimètres en 1780, à 1716 milliiuèlres en 1866.

Dans la plaine située à l'est du Cap-Français et exposée aux nords, la quantité annuelle de pluie a été de 1274 millimètres en 1784. Dans cette partie de lîle.il tombe plus d'eau pendant la moitié froide de l'année. Le nombre des jours pluvieux

Page 1