HAÏ
varie de quatre-vingt-treize à cent soixante jours. Les observations faites à Léogane, non loin de Port-au-Prince, pendant vingt-six années, de 1761 à 1786, donnent une moyenne annuelle de 1546 millimètres d'eau. Les quantités ont varié dans cette période du minimum de 1052 millimètres en 1769 au maximum de 1645 en 1761. Le nombre moyen des jours de pluies a été de 94 par an. Il y a eu selon l'année de soixante-douze à cent vingt-quatre jours pluvieux. Léogane est une localité des terres basses. Les pluies sont plus abondantes dans les montagnes, d'après Moreau de Saint-Morv. Dans les monta^fues voisines du Breri, à Marmelade, à Limonade, à Sainte-Rose, les quantités annuelles de pluie dépassent 2 mètres ; elles atteignent 2700 millimètres.
Dans un vallon situé à 440 millimètres d'altitude dans la presqu'île de Tiburon, à l'ouest d'Haïti, des observations faites dans une localité nommée la Nouvelle-Plymouth ont constaté de 1781 à 1784 une moyenne annuelle de 3373 millimètres de pluie. Dans l'année 1784, la quantité totale avait atteint 5314 millimètres. Ainsi on peut dire en résumé que dans les parties basses de l'île la quantité annuelle d'eau tombée est ordinairement un peu inférieure à l'",50; que dans les régions montagneuses moyennes elle est double ou triple de celle qui tombe au voisinage et au niveau de la mer.
Tremblements de terre. Comme toutes les îles du golfe du Mexique, Haïti €st exposée à de redoutables tremblements de terre. Le plus ancien dont on ait conservé le souvenir fut celui du 2 mai 1661. La ville de la Conception de la Vega disparut dans un tremblement de terre en 1564. Voici les dates des principaux tremblements de terre qui furent observés pendant l'occupation de l'île par la colonisation européenne. En 1673, au mois de mai, et en 1684, tous les édifices furent renversés ; en 1691 tous les monuments furent détruits. Il y eut de forts tremblements de terre en 1701 au cap Léogane; en 1713 et 1734 au Cap. En 1751 la ville cl'Azua fut renversée pendant le mois de mai.
Du 15 septembre au 18 octobre de la même année, il y eut 25 secousses dans toute l'île ; du l^' au 21 novembre les secousses furent frappantes et violentes; du 19 au 22 la terre ne fut pas stable un seul instant, et pendant près d'un mois personne n'osa se placer sous un autre asile qu'une tente, mais aucune maison ne fut renversée. Citons encore les tremblements de terre de 1752 à 1764, 1755, 1764, 1765, 1766, 1767, 1768, 1769 ; en 1770, aux mois de janvier et d'avril. En juin de cette année, on compta en moyenne 100 secousses par jour. H y eut une catastropbe à Port-au-Prince, un grand nombre de personnes périrent. Depuis lors on ne construisit plus les maisons qu'en bois. En 1771, il y eut des tremblements de terre pendant cinq mois différents ; en 1772, pendant cinq autres mois. En 1771, un tremblement de terre eut lieu en juin: on lui attribua une épidémie. D'autres années de tremblement de terre furent 1775, 1776, 1783, 1784, 1785, 1786, 1787, 1789, 1795. Depuis cette époque les phénomènes ne sont plus enregistrés méthodiquement à Haïti, à en juger par la fréquence des mouvements du sol notés pour les îles voisines dans le catalogue chronologique des tremblements de terre dans les Indes Occidentales par Poey. Ces accidents ont dû être aussi nombreux dans ce siècle que dans le précédent. En 1842 une secousse détruisit complètement la ville du cap Haïtien. Deux maisons restèrent seules debout. Il y eut 4000 victimes. Les tremblements de terre ont lieu à Haïti comme dans toutes les Antilles dans tous les mois de l'année, quoiqu'ils aient été plus fréquents du mois d'août au mois d'octobre. Les mois qui avoisinent l'équinoxe d'automne seuls paraissent plus féconds en commotions terrestres.
On ne connaît en réalité aucune loi positive sur la répartition par saison des secousses de la terre. Les secousses ressenties pendant les douze heures de nuit dépassent sensiblement le nombre de celles ressenties le jour. Mais peut-être y a-t-il là une erreur due aux observateurs seulement. 11 n'existe aucun rapport constaté entre ces perturbations et les pliénomèncs météorologiques. L'effet des tremblements de terre sur l'état sanitaire est aussi complètement inconnu. Les maladies qui sont survenues après les grandes catastrophes produites par ces mouvements du sol trouvent leurs explications dans le bouleversement complet apporté dans l'existence des populations. La construction en bois nécessitée par la fréquence des mouvements du sol expose les villes à de fréquents incendies Sans compter les destructions de ville comme celle du Gap, résultant de l'action volontaire de ses habitants ou de celles des actions de guerre, on peut citer les incendies du 21 novembre 1794, du 15 août 1820, du 16 décembre 1822 à Port-au-Prince. Les incendies sont fréquents à la suite des ouragans et des tremblements de terre.
Les ouragans sont des grands fléaux de ce beau pays. Le mot ouragan n'est autre qu'une transformation du mot uracane, dont les insulaires se servaient pour désigner les cyclones si fréquents dans ce pays. Parmi les plus terribles ouragans qui ont passé sur l'île, on peut citer celui de l.')02 qui renversa la ville de Saint-Domingue et fit périr une Hotte de 21 navires. En août 150711 détruisit une flotte de 20 navires. De 1521 à 1555 aucune grande tempête ne se fit sentir sur les côtes d'Haïti, ce que les historiens attribuèrent à ce que : « on fit bâtir partout de belles églises » : aussi continua-t-on à avoir un soin tout particulier des églises qui, avant la Révolution, étaient toutes très-belles, fort riches et fort ornées. En juillet 1808, le plus grand nombre des maisons de la capitale furent renversées par un ouragan. En août 1831, la ville des Cayes faillit disparaître. La saison des ouragans est limité du 15 juillet au milieu d'octobre. Hors de cette période on n'observe jamais de cyclones. C'est surtout la côte sud de l'île qui est exposée à la plus grande rage de ce phénomène atmosphérique.
Pathologie. La pathologie d'Haïti a été relativement une des mieux étudiées des Antilles, à cause de l'importance des établissements européens et particulièrement des établissements français, qui y ont prospéré dans le cours du dix-huitième siècle.
Fièvres paludéennes. Comme dans la plupart des régions tropicales la malaria joue dans la pathologie d'IIaïli le rôle prédominant. Dès le début de la colonisation le paludisme atteignit les Européens débarqués dans l'île. Les Boucaniers de Saint-Domingue étaient, en 1665, fort souvent atteints de fièvres éphémères dont ils faisaient d'ailleurs peu de cas. « Quand on leur demandait comment ils se portaient, fort bien, répondaient-ils,je n'ai quela fièvre » (Gharlevoix). De nos jours les affections les plus communes régnant sur les habitants d'Haïti sont les fièvres ; elles sévissent surtout pendant les fortes chaleurs de la fin de mai à la fin de septembre. Les fièvres pernicieuses ne sont pas rares à celte époque de l'année, elles tuent rapidement. Les différenles formes de fièvres rémittentes ou intermittentes de longue durée sont toujours accompagnées d'hypertrophie splénique résistant souvent au sulfate de quinine. La fièvre, dit Aubry, est, d'une façon générale, la seule maladie dominante grave qui règne presque toute l'année surtout dans les villes du littoral. Les villes bâties sur les terrains bas et humides telles que Cayes, Aquin et une ou deux autres dont les rivages sont couverts d'épais palétuviers et dans une humidité permanente.
jouissent du triste privilège de voir leurs populations empoisonnées par la malaria. Mais à l'époque où les fièvres sévissent le plus (juin, juillet et août) les hauteurs ne sont pas à l'abri des fièvres. On en observe sur dos terrains calcaire?, crclacés ou sablonneux, complètement privés d'alluvions ou de détritus végétaux en décomposition comme dans les terrains bas et mouillés. C'est le cas de substituer avec L. Collin l'expression de miasme tellurique à celle de miasme paludéen, qui certes ne convient pas dans ces localités montagneuses. En dehors des causes telluriques les inlJuences météoriques paraissent au docteur Aubry jouer, en H;iïli, une très-grande paît dans l'étioiogie des fièvres. Les orages dépriment considérablement les iébricitanls et provoquent toujours une pernicieuse inUuence sur la terminaison de toutes leurs maladies.
Les hépaliles graves, les coliques sèches, la dysenterie, signalées comme endémiques dans les Antilles, n'existent, dit-on, en Haïti qu'à l'état sporadiquc. La dysenterie a cependant plusieurs fois régné épidémiquement dans les derniers siècles. En 16(36, année qui reçut le nom de la cruelle année des six, la dysenterie dépeupla la ville de Saint-Domingue. Elle éprouva les troupes du général Leclerc au début de l'expédition de l'an X.
La fièvre typhoïde est rare, les affections organiques sont comparativement rares, la péritonite, le diabète, sont exceptionnels, les bronchites sont quelquefois J'réquenles, les affections cataiiiiales sont très-communes dans les montagnes. La coqueluche, la grippe, ont apparu sous forme de légères épidémies.
La pneumonie est assez fréquente chez les noirs, rare chez les blancs ; il en est de même de la pleurésie. Les coliques sèches, dites du Poitou, étaient autrefois très-communes chez les Européens. Les accouchements sont en général faciles, les cas de dystocie fort rares.
Phlhisie -pulmonaire. La rareté de cette maladie dans la population actuelle d'Haïti est un des arguments des médecins du pays pour prouver les excellentes conditions de la salubrité de l'ilc. « Dans toutes ces petites villes si piltoresqucment assises sur les boids delà mer et aux pieds des montagnes, à Baïadères, à l'Anse à-Vean, pays béni où l'on vit dans un perpétuel enchantement causé par le spectacle d'une nature plantureuse et exceptionnellement dotée par Ja main du Créateur et où l'on respire un air délicieusement pur, à Miragôane, au Petit-Goave, au Grand-Goave, la phlhisie est relativement très-rare. 11 en est de môme à la côle nord-ouest; à l'Aichaie, à Saint-Marc, aux Gonaïves, où il n'y a pas de phthisie parmi les indigènes; au l'ort-de-Paix, au môle Saint-Nicolas et au Borgne. U en est de même dans ces lieux charmants admirablement exposés et clairsemés sur les pentes dts coteaux du nord et de l'Artibonite : les Serretles, Plaisance, le Limbe, le port Margot, l'Acul. Tous ces délicieux séjours où l'on se sent si joyeux de respirer et où la vue est une jouissance infinie ne connaissent que peu ou plutôt ne connaissent point les atteintes de ce mal cruel » (Louis- Joseph Janvier, Phthisie pulmonaire).
Fièvre jaune. S'il faut en croire Herrera, la fièvre jaune existait à Haïti lors du premier voyage de Cbristophc Colomb ; Rochefort et le père Dntcrtre l'épètent les mêmes assertions. Dans ses Lettres à M. de Jean sur les maladies de Saint- Domingue, ccr'des en 1752, le docteur Clievalicr dit: « Presque tous les blancs qui arrivent dans l'île, non-seulement d'Europe, mais encore des lies voisines et du continent de l'Améiique, sont attaqués peu de temps après d'une fièvre mali"ne que l'on appelait autrelois maladie de Siam parce qu'elle commença, dit-on, dans la Martinique peu de jours après l'arrivée d'un bâtiment qui venait
de ce royaume. » Cette maladie était caractérisée principalement, selon Chevalier, par des hémorrhagies. Les malades vomissaient des matières noires qui noircissaient les draps. Les selles étaient souvent chargées de cette matière noire, Irès-peu de malades en réchappaient. « Les anciens habitants sont quelquefois attaqués par cette ûèvre, mais la plupart en guérissent. Il est rare que les ■esclaves qu'on apporte de Guinée soient attaqués de cette fièvre. »
Le livre de Pouppé-Desportes sur les maladies de Saint-Domingue, bien que portant la date de i 770, a été écrit à peu près à la même époque que les lettres de Chevalier, car Pouppé-Desporles mourut à Saint-Domingue en 1748. Le livre de ce médecin fort instruit et très-consciencieux est très-intéressant malgré les théories du temps dont il est encombré. 11 contient des histoires de malades, ce que nous appelons aujourd'hui des observations, dont la lecture est encore aujourd'hui fort instructive. On y trouve une sorte de chronologie des maladies observées par l'auteur dans la ville du Cap. En 1755 « le mal de Siam a mis, dit-il, une indnité d'hommes au tombeau, surtout en mai. » En 1754 le mal de Siam reparut et fit périr plus delà moitié des marins. En 1755 le mal de Siam a régné avec fureur en novembre, décembre et janvier; réapparition en 1756 de la fièvre jaune. En 1757 elle attaque encore les nouveaux venus. Eu 1758 elle reparaît et se complique d'adénites. En 1740, 17 il, la fièvre jaune est trèsforte, il y a en même temps une grande mortalité chez les animaux. En 1742 peu de morts par fièvre jaune. En 1745 la fièvre jaune présenta un haut degré de malignité. D'après Pouppé-Desportes, la fièvre jaune a toujours été plus cruelle quand les années ont été sèches.
En 1797-1798 les Anglais au nombre de 25 000 hommes débarquèrent à Saint-Domingue. Ils occupaient les localités réputées les plus salubies, mais non les montagnes. Ils perdirent dans le cours d'un été fort sec les sept huitièmes de leur effectif Pendant une certaine période la fièvre jaune fit périr jusqu'à 1000 et 1200 hommes par jour. L'armée française sous les ordres du général Leclerc, beau-frère du premier consul, devait aussi être détruite quatre ans plus tard par la fièvre jaune. L'histoire médicale de cette armée a été faite par Gilbert, son médecin en chef. Les troupes partirent de Brest le 25 primaire an X (14 décembre 1801). L'armée arriva devant le Cap-Français le 5 janvier. Il y avait peu de malades sur les vaisseaux. L'armée s'établit le 4 sur les décombres de la ville du Cap incendiée. Les maladies furent en général des fièvres doubles tierces, des diarrhées bilieuses, des dysenteries. La campagne commença le 17 février et fut menée avec une rapidité extraordinaire pour être terminée avant la saison des chaleurs, but qui fut atteint. Au milieu d'avril l'armée victorieuse rentra au Cap, alors apparut la fièvre jaune. Son intensité s'accrut chaque jour, à mesure que la saison chaude s'avançait ; elle ne tarda pas à détruire cette belle armée. Gilbert affirme que la fièvre jaune ne fut pas importée à Saint- Domingue.
D'après le docteur Aubry « la fièvre jaune ne serait nullement endémique en Haïti, elle n'y fait, dit-il, son apparition que tous les cinq, dix ou quinze ans, importée presque toujours de Cuba, de New- York et de la Nouvelle-Orléans. Elle peut se montrer sur les non-acclimatés, à toutes les saisons, selon l'époque de son importation par les provenances de ces différents pays. » « Une autre preuve que la fièvre jaune n'est pas endémique en Haïti, nous écrit le savant directeur de l'École de médecine de Port-au-Prince, c'est que de toutes nos villes Port-au- Prince est la seule qui ait le monopole de ce fléau. Elle est exceptionnelle à
DrCT. ESC. i' s. XII. ^
Jacmel, aux Cayes, à Jérémie et au Cap. On ne la voit jamais apparaître à Saint- Marc, à Grand-Goave, aux Gonaïves et dans nos autres villes, à moins qu'un navire de passage dans un de ces ports n'ait dans son équipage un matelot atteint de cette fièvre. Pourtant le nombre de résidents étrangers et de nationalité différente est encore assez considérable dans ces différentes villes. » Tout en remerciant ce praticien expérimenté d'avoir bien voulu nous communiquer une opinion basée sur une longue et sage pratique, nous avouons que nous ne sommes pas convaincu et nous craignons qu'il n'y ait là une erreur d'observation, un peu une erreur par patriotisme.
Tous les documents qui ont trait à la fièvre jaune sont unanimes pour localiser ses foyers pathogéniques dans les grandes Antilles où chaque année se présentent des cas sporadiques plus ou moins nombreux, et presque tous les ans il y a des recrudescences épidémiques pendant l'hivernage. Quelques exemples d'importations qui ont pu se produire pendant une période heureuse de silence du fléau indigène ne suffisent pas pour ébranler une doctrine consacrée par une étude approfondie et une observation éclairée. Ces importations sont très-compréhensibles, mais nous repoussons l'interprétation qui en fait dériver le seul mode de genèse de la fièvre jaune en Haïti. Girard Labarcerie, médecin en chef de notre station maritime des Antilles, cite les faits suivants : Le Limier, venant de France, mouille sur la rade de Port-au-Prince le 16 novembre 1869 ; à terre comme à bord la santé publique était bonne alors. Le 8 décembre un premier cas de fièvre jaune se déclarait à bord, sans que dans l'intervalle aucune provenance suspecte ait été constatée dans le pays. Les cas se succèdent avec rapidité, 43 hommes succombent. Le Limier reçoit l'ordre de partir, se dirige sur Charleston oii enfin l'épidémie s'éteint après avoir causé 17 nouveaux décès. Le total des victimes fut de 60 sur un effectif de 152 hommes.
Le 9 mai le Latouche-Tréville arrive à Port-au-Prince, oii les déclarations officielles présentaient la santé publique comme satisfaisante. Cinq jours plus tard un cas de fièvre jaune se montrait à bord, le malade était envoyé à terre et le lendemain le La toMc/ie-rre'îJiV/e se rendait à New-York, perdait 14 hommes et ne parvenait à se débarrasser de la fièvre jaune qu'en remontant jusqu'à Terre- Neuve. Deux autres faits aussi probants sont relatés dans le rapport de Labarcerie. La conclusion de ce rapport est que Haïti est un foyer de fièvre jaune qui n'a pas besoin d'importation pour naître et exercer ses ravages et qu'en toutes saisons Port-au-Prince doit être le plus possible évité par nos navires. Les époques les plus défavorables pour visiter le pays, celles de recrudescences, sont de juin à novembre. Lorsque la fièvre jaune sévit fortement, l'épidémie ne se termine jamais avant la fin de l'hivernage.
Variole. S'il faut en croire les auteurs qui ont les premiers écrit sur Saint-Domingue, la variole n'apparut en Amérique que quinze ans après la découverte de cette partie du monde, elle y aurait été importée par les Espagnols. En 1518 elle désola toutes les grandes Antilles et y fît depuis de nombreuses apparitions. Pouppé- Desportes observa en 1738 l'importalion de la petite vérole à Saint-Domingue par les navires négriers. Cette maladie était un des fléaux les plus communs et les plus redoutés des négriers [voy. notre article Guinée).
La variole est encore aujourd'hui la maladie épidémique la plus redoutée de la population d'Haïti. Récemment, en 1882, l'île fut ravagée par la variole. Le gouvernement et les médecins d'Haïti font de grands efforts pour répandre les
pratiques de la vaccination et de la revaccination. Mais l'inoculation vaccinale trouve communément de l'opposition chez les campagnards, tandis qu'elle est généralement adoptée par les habitants des villes (Aubry).
Le choléra n'est jamais apparu en Haïti, malgré sa présence à la Jamaïque, à Cuba, à Saint-Thomas et aux Antilles françaises, anglaises et danoises. Quoique les mesures quarantainaires soient mises quelquefois en pratique, il n'existe pas de police sanitaire en Haïti (Aubry) .
Sous le nom de sérerapion ou salempien, Chevalier observa une espèce de rougeole très-dangereuse qui affecta la forme épidémique, atteignit les noirs et les blancs et surtout les enfants.
État sanitaire. H est assez difficile de se faire à distance une idée exacte de la salubrité d'un pays. Si l'on interroge les médecins haïtiens, ils répondent que le pays est salubre. Comment, nous écrit le docteur Aubry, directeur de l'École de Port-au-Prince, « ne pas reconnaître qu'un pays qui n'a que tous les huit, dix ou quinze ans, une épidémie, et dont la moyenne de la mortalité est de 2 à 5 pour 100 à Port-au-Prince, qui contient une population de 40000 âmes, n'est pas un pays salubre? A la campagne la mortalité est bien inférieure à celle de la capitale. Les centenaires s'y rencontrent très-souvent. » Tout en se défiant de l'enthousiasme patriotique des médecins haïtiens qui ont essayé de faire connaître leur pays aux étrangers, il est impossible de ne pas admettre que ce beau pays est favorable à la population qui est restée maîtresse de son sol ; il faut seulement espérer que la démonstration de la salubrité d'Haïti pourra être faite à l'aide de chiffres exacts, et que les éléments d'une statistique précise pourront être recueillis quelque jour. Si l'on considère les variétés climatologiques qu'offre cette île montagneuse, on doit reconnaître qu'Haïti présente des localités d'une salubrité remarquable même pour les individus d'autres races que la race noire.
La lecture des anciens auteurs qui ont écrit sur notre colonie de Saint-Domingue, celle des rapports médicaux, manuscrits rédigés par les médecins de la marine dont les navires fréquentent les Antilles, montrent au contraire qu'Haïti est une région souvent redoutable, parfois terriblement dangereuse pour les Européens. Encore faudrait-il établir pour les Européens eux-mêmes une distinction entre les périodes ordinaires et celles où sévissent les épidémies de fièvre jaune. Rien ne nous paraît plus faux que la méthode qui consiste à prendre comme réactif devant accuser l'état sanitaire des contrées tropicales la santé des équipages qui visitent ces contrées. H n'est pas juste de juger de la salubrité d'un pays par l'action de son climat sur des troupes expéditionnaires ou des équipages de passage dans ses ports. C'est malheureusement ce que l'on fait le plus souvent parce que ceux qui écrivent ne peuvent s'empêcher de se placer au point de vue de l'intérêt du groupe d'hommes au milieu desquels ils vivent et dont ils sont chargés de surveiller la santé.
Avant la Révolution, il existait à Saint-Domingue une population créole blanche acclimatée comme celle de nos autres possessions des Antilles, comme celle de l'île de Cuba.
De l'analyse des faits dont nous avons cité les principaux en examinant quelles sont les maladies qui régnent le plus souvent en Haïti, on peut tirer les conclusions suivantes : Les différentes parties de l'île présentent selon la situation des localités et surtout selon leurs altitudes des conditions de salubrité très- variables. Dans certaines localités basses et marécageuses, telles que les Cayes, Aquin et
quelques autres dont les rivages humides, bordés d'épais palétuviers, empoisonnent de malaria leurs habitants de quelques races qu'ils soient, l'état sanitaire est toujours mauvais. Le sol et le climat sont au contraire ordinairement trèsfavorables aux hommes de toutes races ; dans les hauteurs de l'intérieur du pays, les Européens qui s'y réfugieraient se trouvent hors d'atteinte des épidémies de fièvre jaune. Haïti est en somme très-favorable au développement de la race noire. Mais les nègres transportés d'Afrique dans le pays ne s'y acclimataient qu'après avoir fourni une forte mortalité.
En 1750 une sucrerie de Saint-Domingue eut pour noyau 78 nègres ou négresses acclimatés, faits au pays, selon l'expression du temps. En 1787 le propriétaire avait acheté, depuis 1780, 255 autres nègres de tout âge et de tout sexe. Il était né dans ce laps de temps 150 enfants. Au bout de trente-sept ans l'habitation ne comptait en tout que 205 nègres, ce qui offre une perte égale à près de quatre fois la première mise. La comptabilité se confondait dans ce temps avec la statistique, la vie humaine avait sa valeur vénale, la statistique était bien faite. Il ne serait pas possible de mettre aujourd'hui en face de ces chiffres des données statistiques aussi précises. Mais il est certain que la natalité l'emporte dans le pays sur la mortalité. C'est que les conditions sociales de l'esclavage sont essentiellement contraires au développement de l'homme et aussi fatales à la race qu'à l'individu.
La question de l'acclimatement des Européens dans ce pays rencontre la mèn)e obscurité que dans toutes les régions tropicales, et il est douteux qu'une population blanche puissante puisse y vivre et se multiplier sans recevoir de la mère patrie de nouveaux éléments de vitalité, ou sans métissage au moins partiel avec les races plus résistantes aux influences climatologiques. Tant qu'au passage momentané des Européens dans ce pays, il est toujours un danger, et les équipages de nos navires doivent en craindre les parages.
Tant que des statistiques probantes ne seront pas venues établir quel est le degré de tolérance pour l'espèce humaine que présente Haïti, il sera impossible d'être plus affirmatif dans ses conclusions que nous ne le sommes ici. 11 est probable qu'en Haïti comme dans toutes les régions tropicales la richesse du pays, qu'il s'agisse des populations, des animaux ou des plantes, est plus apparente que réelle. Dans ces régions la fécondité de tous les êtres semble être à son maximum d'intensité. Si les individus couM'ent le sol en masses serrées et donnent aux espèces une durée persistante, la destruction des individus y est rapide. Les êtres périssent plus rapidement que dans tous les climats tempérés. En résumé, la vie y est plus abondante, mais plus courte, la nature y change continuellement de forme : plantes, animaux, hommes, s'y renouvellent incessamment avec une effrayante rapidité. A. Borils ^
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» Cet article est le dernier travail de Borius ; il a été écrit au Tonkin pendant les couçts moments de loisir que lui laissait le service. Victime du devoir, Borius est mort au champ d'honneur du médecin, en soignant ses malades. La marine a perdu en lui l'un de ses plus vaJUants serviteurs, et la science un de ses plus laborieux pionniers.
HALANDAL. 53
— Pouppé-Desportes. Histoires des maladies de Saint-Domingue, 3 vol. in-12. Paris, 1770.
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HAI-TiJ. Un des noms indiens de YAnim escitlentum L. Pl.
HAJA. Voy. Aspic.
HAHEA. Genre de plantes Dicotylédones, appartenant à la famille des Protéacées. Les espèces qui entient dans ce groupe n'ont en réalité aucun intérêt pour le médecin. Elles ne méritent d'être mentionnées que parce que leurs feuilles, rouies, peuvent donner une espèce de filasse. Telles sont les Hakea clavata Labill., E. epiglottes Lab., H. gibbosa Cur., etc., etc. Pl.
HAliAA'DAL. HALAXDEL. Noms arabes de la Coloquinte {voy. ce mot).
Ed. Lef.
54 HALBERTSMA.
HALA1VTLAQUACUIT-LA.PIIXE. Nom mexicain du Ptptostegki Gomesi Mari. {Convolvuhis operculatus Gomès), plante de la famille des Convolvulacées, dont les racines sont employées comme succédané du Jalap. Ed. Lef.
HALB4CH (Daniel). Né le 11 décembre 1581, à Lablau, en Prusse. Il fut d'abord attaché comme professeur au collège de Kœnigsberg en 1608, puis se décida pour la carrière médicale, et se rendit à Bàle, en 16H, oiî il obtint le grade de docteur en médecine. Il revint ensuite à Kœnigsberg en 1614, et fut nommé professeur de physique et de médecine. L'électeur se l'attacha comme médecin et il mourut le 5 janvier 1655. Il a publié un grand nombre de mémoires sur la philosophie et la médecine, et de plus on lui doit 48 dissertations physiologiques. Nous citerons seulement de lui :
De cognoscendis et cuvandis animi morbis ex Galeni sententia. Konigsberg, 1615. iii-4.
HALBERSTAEDTER (Joseph). Né à Bonn en 1744, se fixa à Wurzbourg, oiî il fît, l'un des premiers, des cours publics de médecine vétérinaire. Il est mort dans cette ville le 17 août 1802. On cite de lui :
I. Ueber die Rindviehpesl und die Notliwendigkeit, durch frûhreitigen Schlagen und Schleunige Absonderung den Forlgang derselben zu hemmen. Wurzburg, 1796, in-8°. — II. Unterricht far den Landmann ûbcr die dermahlen herrschende Hornviehseuche. Wurzburg, et Francfort-sur-le-Mein, 1796, in-8°. A. D.
HALBERTSMA (HiDDE-JusTOsz). Médecin hollandais distingué, né le 20 mars 1820, à Boisvvard. 11 fit ses études à Leyde, de 1858 à 1845, sous Sandifort, Macquelyn, Boers et van der Ilœven, et fut reçu docteur sous la présidence de ce dernier {Dm. de Antonii Leemvenhoeckii merilis in quasdam partes anatomiae microscopicae, Lugduni Batav., 1845). Il alla se perfectionner à Paris sous Lisfranc, Blandin, Chomel, Cloquet, à Vienne sous Skoda et Hellor, enfin à Heidelberg sous Henle. De retour à Leyde, en 1845, il prit ses grades de chirurgie et d'accouchements, puis l'année suivante se rendit à Berlin, aux frais du gouvernement, pour continuer ses études d'anatomie et de physiologie ; là il suivit les leçons de Brùcke, d'Ehrenberg, de J. MûUer, de Schlemm, dont il fut pendant un an le prosecteur ; c'est à cette époque qu'il publia son remarquable mémoire sur le Nerous interosseus cruris [Miillers Archiv f. Anat., 1847). Enfin, en 1847, il alla à Leipzig, pour écouter les leçons des deux Weber et s'appliquer à la chimie physiologique sous Lehmann, et en 1848 à Prague, où il eut pour maîtres Dittrich, Oppoizer et Pitha. Sandifort étant venu à mourir en 1848, il fut appelé à le remplacer comme professeur de médecine à l'Université de Leyde. Son discours inaugural avait pour titre : De Alhini anatomiee tractandœ methodo comparala cum ea quam nostra tempora sibideposcunt. Il réorganisa l'enseignement de l'anatomie et de la physiologie et détermina le remplacement de la langue latine par la hollandaise à l'Université. Plus tard, il enseigna l'anatomie pathologique et microscopique avec un rare succès. En 1864, il tomba dans une sombre mélancolie et dut renoncer à ses travaux. Il mourut à Laubach, le 22 novembre 1865, laissant un grand nombre de travaux sur l'anatomie, l'anatomie pathologique, la physiologie, etc., écrits en langue hollaudaise. On les trouvera énumérés dans la notice que lui a consacrée G. Daniels dans Hirsch's Lexicon hervorrag. Aerzle, Bd. III, p. 24. L. Ih.
HAXCACAHLALT. Uu des noms mexicains de VArachis hypogœa L. [voy. Arachide). Ed. Lef.
HALDAT DU LYS (Charles-Nicolas-Alexandke). Me'decin et physicien distingué, né à Bourmont (Lorraine), le 24 décembre 1770. Il se livra de bonne heure à l'élude des sciences naturelles; en 1793, il prit du service comme chirurgien militaire ; après la paix de Campo-Formio, il revint dans ses foyers et obtint au concours la chaire de physique expérimentale à l'Ecole centrale du département de la Meurthe. En 1805, il prit le degré de docteur à Strasbourg {Diss. sur l'effort considéré dans son influence générale sur la vie, an XI [1805], in-4-°). Il devint ensuite professeur de physique au lycée de Nancy, fut nommé en 1824 inspecteur d'académie, et obtint sa retraite en 1851. Lors de la création de l'École secondaire de médecine de Nancy, Haldat en fut nommé le directeur, et conserva ces fonctions jusqu'en 1845. En 1805, il contribua au rétablissement de l'Académie des sciences, etc., de Nancy, et en fut le secrétaire jusqu'à sa mort arrivée le 26 novembre 1852. Pendant près de cinquante ans, il publia des mémoires sur la physique dans les recueils de cette société ; en 1845, l'Académie ■des sciences de Paris le nomma membre correspondant dans la section de physique. Il lut de nombreux éloges, entre autres ceux du botaniste Willemot, de ]\ic. Saucerotte,de Fr. Mandel, deL. Valentin, de SonninideManoncourt, etc., etc. Chaque année il entreprenait des voyages dans diverses contrées de l'Europe. 11 réunit de nombreuses collections et forma un riche cabinet de physique.
Le premier ouvrage qui commença la réputation de Haldat du Lys a pour titre : Rech. chimiques sur Vencre, etc., 5^ édit. Strasbourg, 1805; cet ouvrage •était destiné à mettre le public en garde contre les faussaires. Son dernier ouvrage qui résume la plupart de ses travaux sur le magnétisme est intitulé : Exposition de la doctrine magnétique ou traité philosophique, etc., sur le magnétisme. Nancy, 1852, in-8°. Le nom Du Lys qu'il portait lui venait d'un <le ses ancêtres qui avait épousé Catherine Darc ou Du Lys, fille de Pierre, frère de la pucelle d'Orléans. Il publia un Éloge de Jeanne Darc (Neufchàteau, 1820, in-S") et un Examen critique de l'hist. de Jeanne Darc, etc. Nancy, 1850, in-8°. Enfin, parmi les mémoires relatifs à la médecine publiés par Haldat, nous mentionnerons: Exp. sur la double vision [Journ. de phijsiq., 1806), Rech. sur les limites de la vision simple, etc. [ibid, 1807), Rech. sur les albinos, etc. {ibid., 1810), De la lymphe des ventricules du cerveau {ibid., 181 1), Obs. relat. à une surdité combattue par le galvan. [Ann. de la Soc. méd. de l'Eure, 1808, 3Iém. sur un mode de trait, de l'alién. mentale, etc. [Journal de Sédillot, t. LXV), Optique oculaire (Nancy, 1849, in-S"), etc., etc. L. Hn.
HAXEOE. Les qualités de l'haleine dans les maladies sont soumises à des ■causes nombreuses de variations. Les changements se rapportent principalement à l'état hygrométrique très-pur, à la température et à l'odeur.
De la sécheresse ou de Vhumidité de l'haleine, nous n'avons qu'un mot à dire. Elles dépendent à peu près entièrement de l'état delà bouche, et les conditions qui peuvent rendre celle-ci sèche ou humide ont été indiquées ailleurs {voy. BoccHE, p. 216). On comprend néanmoins que l'intensité de l'exhalation pulmonaire (comme après l'usage copieux de boissons chaudes) puisse être représentée dans le degré d'humidité de l'haleine, plus exactement que dans le degré d'humidité de la muqueuse buccale. C'est ainsi qu'à la suite d'un exercice
gymnastique assez violent, après une ascension pénible, on peut constater la présence dans Tlialeine d'une quantité très-notable de vapeur d "eau. François- Franck, qui a étudié ce phénomène (Th. Rouhel. Doct. Paris, 1881), s'est assuré par des expériences comparatives sur des chiens trachéotomisés que l'exagération de la proportion de vapeur d'eau exhalée par la bouche résultait bien d'un excès d'exhalalion pulmonaire : ainsi se trouve confirmée cette vue émise depuis longtemps que la surface pulmonaire concourt avec la surface cutanée à maintenir dans ses limites normales la température profonde que tend à élever l'exercice musculaire.
La température de l'haleine est en rapport plus rigoureux avec celle de la bouche, parce que l'équilibre de température doit s'établir entre l'air incessamment rejeté par les poumons et les parois des cavités qu'il traverse. Mais, si déjà les observations thermométriques faites dans la bouche donnent des résultats peu précis, à plus forte raison en serait-il de même de celles qui porteraient sur l'haleine, puisque l'air qui sort de la bouche est soumis à une cause spéciale de variations thermiques, qui est son mélange avec l'air ambiant. Néanmoins, en n'exigeant pas des évaluations thermométriques bien précises, la séméiologie peut encore tirer quelque parti d'observations sur la température de l'haleine. Il suffira de consulter sur ce point ce qui est dit à la Bouche (p. 216).
Nous ajouterons cependant qu'en prenant certaines précautions il est possible d'acquérir des notions assez précises sur la température de l'air provenant du poumon, en explorant celle de l'haleine. M. Marey montrait dans ses cours, il y a quelques années, la disposition qu'on devait donner à l'expérience : un sujet, inspirant à l'air libre, expirait dans un large tube de verre d'une certaine longueur, entouré d'une épaisse couche de ouate qui s'opposait à la déperdition de chaleur et contenant un thermomètre très-sensible. Chaque expiration provoquait une ascension du mercure et, la colonne n'ayant pas le temps de redescendre enire deux expirations successives, au bout de quelques instants on arrivait à un maximum qui variait suivant les conditions du sujet en expérience. En comparant ainsi l'état du repos à l'état d'activité circulatoire exagérée par l'exercice musculaire, on pouvait s'assurer des grandes différences que présente la température de l'air expiré. Dans les états algides, comme celui du choléra, la thevmométrie pulmonaire ne manquerait pas de fournir des indications très-positives, de même que dans les états fébriles où l'exhalation de vapeur d'eau par le poumon est insuffisante pour compenser l'excès de température acquis par l'air au contact de la muqueuse bronchique.
Relativement à ïocleur, le même article renferme des indications assez nombreuses {voy. Bouche, p. 2!24), mais qui, concentrées dans un paragraphe d'une longue étude de séméiologie, n'ont pas paru assez développées pour rendre superfiue une vue d'ensemble sur les modifications de l'odeur de l'haleine dans les maladies.
L'odeur de la colonne d'air qui sort de la bouche ou du nez dépend : 1" de l'état particulier de chacune des parties qu'il a traversées avant d'être rejeté par l'expiration ; 2° de l'influence exercée sur ces parties par des maladies éloignées ; 5" des matières étrangères qui y séjournent.
1° Parmi les conditions propres à altérer la pureté de l'haleine, il faut placer en premier ligne les maladies des fosses nasales, de la bouche et du pharynx.
Il n'est pas nécessaire, pour attribuer à cet égard un rôle à la dentition, de mettre en cause la question de l'influence de l'éruption dentaire sur la santé
des enfants. 11 n'est contestable pour personne que ce phénomène physiologique s'accompagne souvent d'inflammation, de turgescence des gencives et surtout d'un afflux exagéré de salive, non-seulement du liquide salivaire proprement dit, mais aussi du produit des glandes muqueuses. Or, l'altération de ce mélange an contact de l'air suffit pour communiquer à l'haleine une odeur fade. L'odeur des dents cariées est tout autre et swi generis, tout le monde la connaît. La gingivite simple de l'adulte et autres affections aiguës deiahouehe, aphthes, ulcérations, etc., agissent comme la dentition; mais alors les matières albuminoïdes accumulées en grande quantité peuvent exhaler jusqu'à l'odeur de putréfaction. C'est ce qu'on observe, par exemple, dans le muguet, dans l'angine diphthéritique. La gangrène vraie de la muqueuse buccale, le cancer ulcéré de la langue, se font sentir à de grandes distances. Il en est ù peu près de même quand du sang se mêle aux produits de sécrétion, comme dans la gingivite scorbutique. Inutile de rappeler l'horrible odeur de la punaisie [voy. Ozène), non plus que celle qui est exhalée par certains polypes pharyngiens ulcérés, ou par la nécrose des os du nez.
En descendant plus loin dans les voies respiratoires, on rencontre la bronchite aiguë à sa période de déclin, et la bronchite chronique simple, dans lesquelles l'haleine a quelquefois une odeur désagréable, mais sentie surtout par le malade. Encore cela est-il assez rare, à moins que les bronches ne soient le siège de quelque ulcération. L'haleine des phlhisiques ne devient très-odorante, quelquefois fétide, que lorsque les crachats sont restés en contact avec l'air dans quelques cavernes pulmonaires, et c'est un signe que le praticien ne doit pas négliger. Il y a d'ailleurs des bronchites fétides essentielles dans lesquelles on a constaté par l'analyse des crachats la présence de l'acide butyrique (Laycock, Lcbert). L'odeur de lait fermenté a été signalée par Leyden dans les crachats ayant pour origine un empyème vidé par les bronches ; il y a trouvé de la tyrosine. Le phénomène est plus prononcé dans le cas d'abcès des poumons. Mais, de toutes les maladies de cet organe celle qui infecte le plus horriblement l'haleine, c'est la gangrène. Quand on a senti positivement cette odeur, le diagnostic est à moitié fait. Il ne faut pas toutefois oublier que, selon les observateurs les plus dignes de foi, tels queBertail, Charcot, Griesinger, Lodeur gangreneuse fait complètement défaut dans le sphacèle pulmonaire des diabétiques; ce qu'on attribue à la non formation d'acide valérianique, agent spécial de l'odeur caractéristique.
2° Lorsque l'on constate chez un individu la mauvaise odeur de l'haleine, et qu'on n'en peut pas trouver la cause dans un état pathologique des parties qui viennent d'être indiquées, on est disposé à en accuser un état morbide des voies digestives, surtout l'embarras gastrique. Et l'imputation est souvent exacte. L'air expiré ne venant pourtant pas de l'estomac, à moins d'éructations ou de régurgitation, on se demande quel est le rapport existant entre ces deux ordres de faits. Une interprétation assez plausible est que l'embarras gastrique retentit par action réflexe sur les nerfs de la bouche. Ce qui donne ù le penser, c'est qu'ordinairement la fonction sécrétoire est altérée diversement dans les glandes salivaires et dans les glandes muqueuses ; la salive diminue de quantité et la bouche se sèche, pendant que les liquides muqueux deviennent plus abondants; ce qui s'accorderait assez avec l'hypothèse d'une action nerveuse s'exerçant aussi diversement sur des organes glandulaii-es différents. Un fait du même genre, dans lequel précisément cette action en quelque sorte élective semble
s'exercer dans un sens contraire de la précédente, c'est celui de la s^ialorrhée de la grossesse ou de la menstruation. Ici, l'hypcrcrinie porte sur les glandes salivaires de préférence aux glandes muqueuses. Souvent alors l'haleine ne répand pas de mauvaise odeur; cependant, chez les femmes qui trouvent à la salive une saveur de sel, l'haleine devient aigre. L'explication est plus embarrassante à l'égard de la mauvaise haleine des fébricitants, de ceux qui ne sont atteints que de fièvre éphémère, à moins qu'on n'assimile l'anorexie qu'ils présentent à l'embarras gastrique et qu'on ne lui fasse jouer le même rôle ; mais il est plus vraisemblable que l'état fébrile porte une atteinte directe à la sécrétion des liquides salivaires. Et quant aux fièvres graves, infectieuses, l'état septique du sang et la profonde perturbation des fonctions nerveuses autorisent à penser qu'il se produit dans la bouche tout à la fois un trouble dans la sécrétion de la salive et du liquide muqueux, et, comme le disait Vluxham, une exhalation de principes odorants fournis par le sang. Ce dernier phénomène est rendu d'ailleurs manifeste par l'odeur fécaloïde de l'haleine dans l'iléus, et peut-être aussi par sa fétidité dans ■certains cas de foyers purulents ou gangreneux situés loin du trajet des voies respiratoires. Max Simon dit avoir vu chez une jeune fille affectée d'ozène essentiel la plaie d'un vésicatoire exhaler la même odeur que les fosses nasales. On ne peut guère expliquer non plus d'autre manière l'odeur aigre, mais d'une aigreur si particulière, de l'haleine des diabétiques ; c'est par la circulation sanguine qu'arrivent à la surface des muqueuses les principes sucrés qui y subissent la fermentation lactique. Chez certains diabétiques, c'est l'aldéhyde que rappelle l'odeur de l'haleine. Et enfin, on se défend malaisément de l'idée de rapportera la même source, c'est-à-dire à des émanations ou à des dépôts fournis par le sang, •ces haleines fétides que l'on constate quelquefois chez des sujets exempts en apparence de toute maladie locale ou générale. Il est d'ailleurs des haleines dont la mauvaise odeur résulte de l'absorption de substances toxiques et de leur passage dans le torrent circulatoire : témoin les cachexies mercurielJes et saturnines. Il est encore douteux si le liquide de la sialorrhée mercurielle contient du mercure; les expériences faites sur ce point sont contradictoires; mais cela importe peu pour notre sujet, non plus que la question de savoir si le liséré bleu des gencives est produit ou non par une élimination du métal. Toujours est-il que la bouche subit des altérations telles que l'iialeine des mercureux présente une odeur cuivreuse et celle des saturnins une odeur un peu alliacée.
Nous ne mentionnons que pour mémoire les substances ou volatiles, ou •contenant des principes volatils, dont l'introduction dans le sang ne trahit pas l'odeur de l'haleine : éther, chloroforme, térébenthine, etc.
5° Quant aux matières étrangères dont la rétention dans la bouche ou les arrière-narines peuvent altérer l'odeur de l'haleine, ce sont principalement les débris d'aliments et la fumée ou le jus de tabac.
L'odeur produite par les débris de matières alimentaires est aigre, acide, sulfureuse, putride, ou sui generis, suivant la nature de l'alimentation. Dans l'aigreur de l'haleine, partout signalée, des enfants allaités, il faut faire une grande part au séjour de grumeaux de lait caillé au fond de la gorge ou sur la face interne des joues et des lèvres. Les mangeurs de choucroute ont généralement l'haleine aigre, le mangeur de choux l'haleine sulfureuse, s'ils n'entretiennent pas la propreté de la bouche. Les débris de viande ou de poissons donnent à l'haleine une odeur putride. C'est une opinion très-répandue que le fait de consommer beaucoup de viande gâte l'haleine, et c'est pour cela qu'on doit sévère-
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ment doser l'alimentation animale des chiens d'appartements. Pour savoir jusqu'à quel point cette opinion est fondée, il faudrait la vérifier parallèlement sur deux séries d'individus également adonnés à la viande, ceux qui ont soin de la bouche et ceux qui la négligent, les uns et les autres également bien portants d'ailleurs ; une bouche malpropre dégagera plus de mauvaise odeur chez celui qui consomme beaucoup de viandes fortes que chez celui qui se nourrira surtout de viandes légères et de légumes.
En ce qui concerne l'influence du tabac, on comprend les différences qui doivent naître du mode d'emploi de la plante. L'article Tabac donne l'indication des substances brûlées et des substances évaporées dans l'action de fumer. La nicotine est brûlée aux trois quarts; le reste est emporté par la fumée avec de l'ammoniaque et diverses autres substances. L'odeur de l'haleine cliez ceux qui fument beaucoup rappelle à la fois celle du charbon en combustion, de la nicotine et des substances pyridiques. Il est à remarquer que l'odeur laissée dans la bouche immédiatement après le fumage de la pipe ou d'un cigare varie beaucoup avec les individus; il en est dont l'haleine devient détestable, d'autres chez qui on soupçonnerait à peine l'opération à laquelle ils viennent de se livrer. C'est sans doute l'état antérieur de la bourhe, et surtout de son degré de propreté, qui produit la différence. Le priseur répand une odeur peu différente de celle du tabac fermenté, tel qu'il est introduit dans les narines : c'est une odeur ammoniacale mêlée d'odeur de nicotine. Chez le chiqueur enfin, le tabac n'étant pas brûlé, la bouche conserve l'odeur du tabac en nature ; mêlé à la salive qui se sécrète en abondance, il imprègne fortement les gencives et toute la muqueuse bucco-pharyngienne, et communique à l'haleine une véritable puanteur.
Nous terminons cet article par un résumé des caractères des diverses odeurs de l'haleine, indiqués par M. le docteur Monnin dans un petit volume intitulé : Essai sur les odeurs du corps humain (1885), et que nous avons, pour notre part, consulté avec beaucoup de fruit.
I- Odeurs nasales- i° Coryza aigu. Odeur fade, mais pénétrante, probablement due à l'ammouiaque. 2° Ozène. Dans l'ozène vrai, odeur de marécage, de putréfaction végétale. Un eczéma de la pituitaire, la présence d'un corps étranger dans les fosses nasales, peuvent produire une odeur semblable ou analogue; dans la rhinite scrofuleuse , odeur de punaise écrasie; dans la syphilitique, odeur spermatique écœurante. Dans la diphlhérie nasale, odeur intermédiaire entre la punaisie et la gangrène; dans les affections un peu anciennes des sinus maxillaires, odeur fétide très-marquée.
IL Odeurs buccales OU naso-buccales- Odeur du matin, aigre par suite des altérations qu'ont subies pendant la nuit le mucus bucco-pharyngien et les résidus alimentaires ; odeur des ingesla, alcool, ail, etc.; odeur de la menstruation (se produisant avant ou après les règles), rappelant le moisi; àdiXi^V urémie, odeur de poisson avancé; dans la fièvre simple, odeur difficile à définir, mais caractéristique; dans h fièvre puerpérale, odeur aigre; dans la fièvre hectique, la septicémie, la manie aiguë, odeur fade et nauséeuse de souris (l'absence de fétidité de l'haleine dans le délire aigu est un bon signe). Dans la gangrène des plaies, puanteur gangreneuse (probablement due à des émanations de valérianate d'ammoniaque, de carbures et de sulfures d'hydrogène). Dans les maladies à hyperthermie chez les enfants, odeur de chloroforme. Dans la dysenterie