FORTE .MORT.\LITE
Cri 26,5
Appenzell R.-E 2G,4
Appenzell li.-l 29,2
Saxe 28,6
llalic 29,1
Ravièie 29,0
Wurtemberg , . 50,0
Autriche 30,5
Comme ces chiffres ne sont pas seulement le résultat de la mortalité plus ou moins grande qui sévit parmi les classes d'âge d'une population, mais aussi de la proportion dans laquelle les âges fortement ou faiblement iTienacés sont représentés parmi la population totale, proportion qui varie considérablement selon les cantons et selon les pays et qui dépend beaucoup de la natalité, le chiffre de la mortalité générale ne peut être considéré comme l'expression exacte des risques de mort qui menacent l'individu dans différents états. Toutefois ce chiffre, conjointement avec celui des naissances, permet d'apprécier le mouvement plus ou moins intense et l'accroissement plus ou moins rapide du capital social qui est représenté par la population.
Mort-nés. Le nombre des mort-nés dépend, on peut le dire, des conditions sociales dans lesquelles vivent les mères; il est le résultat de certaines causes auxquelles il n'est pasiinpossible de remédier.
La statistique de la mortalité suisse laisse encore à désirer. Dans les états et les cantons catholiques, il arrive souvent que des enfants mort-nés sont baptisés et inscrits dans les registres de l'état civil comme nés vivants et décédés peu après la naissance; ce procédé fait baisser le chiffre des mort-nés et augmente d'autant celui des enfants morts pendant la première demi-heure d'existence. Ces motifs nous font croire que les chiffres peu élevés que fournissent les Etats et les cantons catholiques ne sont pas très-exacts, en ce qu'une partie des mort-nés n'y est pas comprise. Mais, comme on peut admettre que ceux qui ne sont pas comptés se répartissent également sur les légitimes et les illégitimes, les villes et les campagnes, etc., nous croyons néanmoins devoir adopter les observations du bureau de statistique suisse.
Nous remarquons d'abord qu'ici comme ailleurs les filles fournissent pour la période de 1877 à 1880 un moindre contingent de mort-nés que les garçons.
0,43 pour 100 : 4,27 pour 100=100 : 124). Nous voyons ensuite, et c'est encore une règle universelle, que les naissances légitimes fournissent un moindre contingent de mort-nés que les naissances illégitimes (5,74 pour 100 : 6,55 = 100 : 169).
En outre nous constatons que les mort-ne's sont moins fréquents dans les villes de plus de 7000 âmes (5,74 pour 100 : 4,51 pour 100 = 100 : 120). Mais, si nous décomposons encore ces chiffres alin de voir comment se modifie l'influence de Yhabitat parmi les légitimes et les illégitimes, les garçons et les filles, nous obtenons les résultats suivants :
Camp;\gnes Villes
pour 100. pour 100.
Mort-nés liigilimes des deux sexes ô,6i i,27
— parçoiis 4,03 4,6i
— 'illes 3,21 5,89
Morl-nùs ilirgiiimes des deux sexes 6,U 6,76
— sarçons 6,S7 6,91
— liiles. 5,59 6,C0
('es derniers chiffres ont cela de remarquable que dans les villes, où. l'enfant court le plus de risques de mourir avant de naître, les mort-nés illégitimes sont a peuie plus fréquents que dans les campagnes; nous voyons même que consid(Tés séparément les garçons risquent davantage dans les campagnes, tandis que ce sont les villes qui sont le plus futaies aux filles.
L'état de mariage constitue pour l'homme une situation des plus avantageuses, puisque la mortalité des mariés est à tous les âges beaucoup plus faible que celle des autres états civils. Les célibataires meurent plus tôt que les premiers. .Mais les veufs sont encore plus mal partagés ; à une certaine période, ils meurent deux fois plus que les gens mariés. (]hez les divorcés la mortalité peut être quatre fois plus forte.
Chez la femme, il en est à peu près de même. Pourtant chez les plus jeunes la mortalité des mariées dépasse celle des célibataires, à cause des périls qu'entraîne le premier accouchement; mais à partir de quarante ans l'avantage revient à la première catégorie, de sorte qu'en fin de compte la femme a tout intérêt à se marier. La mortalité des veuves dépasse celle des deux autres; à plus foite raison, il en est ainsi des divorcées. Mais pourtant dans ces deux derniers cas elle est loin d'égaler celle de l'homme; il semble que la femme supporte mieux que l'homme le veuvage et le divorce. Ces divers résultats sont à peu près identiques à ceux qui ont été constatés dans les divers pays où des statistiques ont été dressées.
Le mariage paraît exercer sur la vie morale une influence analogue à celle qu'il exerce dans le domaine physique : c'est ce que démontrent les tableaux dressés par le bureau de statistique pour la plupart des cantons et qui renferment des indications individuelles concernant l'âge et l'état civil des criminels entrés dans les maisons pénitentiaires de la Suisse pendant l'année 1874.
Mortalité enfantine. Pour mieux apprécier celle de la Suisse, il est bon de la comparer avec celle d'autres pays. Voici le nombre des décès pendant la première année de vie sur 100 nés vivants, de 1876 à 1880:
Suède. 12,63
Angleterre li, 16
France (1876 à 1879) 16.28
Suisse 18,83
Prusse 20,io
Italie 20,9ô
Autriche 24,91
Bavièi'e 29^79
Wurtemberg 30,20
Mais on peut considérer comme inférieurs à la réalité les chiffres de la France, oii la distinction des mort-nés se fait peu exactement et bien plus encore ceux de l'Angleterre, où les inscriptions ont lieu d'une manière fort incomplète, de sorte que la Suisse aurait un des rapports les plus favorables. Si l'on étudie de plus près les cliiffrcs de détail, on trouve que la proportion est bien différente suivant les districts: dans quelques-uns elle descend au-dessous de 15 pour 100, dans d'autres elle est supérieure à 25.
En Suisse comme partout, la mortalité pendant la première année de la vie est si considérable qu'il suffirait qu'elle se maintint un peu dans les années suivantes pour que la population adulte disparijt bientôt. Le nombre des enfants dont l'existence ne dure pas plus d'une année s'élève en Suisse à près de 1/5 de la totalité des naissances; les 2/5 de ce nombre meurent déjà pendant le premier mois et 1/4 de ceux-ci, soit environ 1/10 de tous les décès de la première année, pendant le premier jour de leur vie.
Quelles sont les causes delà mort prématurée chez les enfants. Elles sont multiples et forment dans tous les pays, et en France surtout, l'objet de la sollicitude de tous les gouvernements. Dans la Confédération helvétique, nous constatons d'abord que les cantons qui ont la plus forte natalité ont aus;>i la plus grande mortalité enfantine. C'est que, lorsque les enfants sont nombreux dans une famille, ils ne peuvent avoir des soins aussi assidus que dans le cas contraire ; c'est que ce sont le plus souvent les familles les plus pauvres qui sont les plus abondantes ; c'est qu'ime trop grande fécondité abaisse la santé et la vigueur des mères et partant celle des enfants.
Les enfants qui naissent mal à propos semblent être particulièrement menacés, surtout les enfants naturels, dont la mortalité pendant la première année de la vie est environ la moitié pltis forte que parmi les légitimes, soit 28,47 pour 100 des premiers contre 18,48 pour 100 des derniers dans les années 1876 à 1879 inclus. Pendant le premier mois, leur mortalité est même près du double de celle des enfants légitimes ; et, si nous considérons spécialement la mortalité des premiers jours de la vie, nous ne pouvons nous empêcher de soupçonner, avec le bureau de statistique fédéral, que les décès prématurés d'enfants naturels ne sont que trop souvent causés par la privation de la nourriture nécessaire à la vie. En effet, non-seulement la mortalité augmente parmi tous les enfants à la fin de la première semaine, mais la mortalité des illégitimes croit encore une fois vers la fin de la seconde semaine, et ce dans une telle proportion, que nous sommes obligés d'admettre que cette mortalité intempestive a encore d'autres causes que les dangers et les maladies qui menacent tous les nouveau-nés en général .
Le chiffre des suicides dans la Confédération helvétique est extrait du relevé général des décès suivant les causes de mort ; c'est la meilleure méthode de recensement. Il s'est commis en Suisse :
En 1876 340 suicides.
Oï'i HELVÉTIQUE (CONFÉDÉRATION).
Nous ne possédons pas de données antérieures embrassant la Suisse entière; elles accuseraient sans doute le même accroissement progressif que dans le reste de l'Europe.
Les chilfres proportionnels établis sur la fréquence du suicide dans les différentes classes d'âge et d'état civil sont une nouvelle preuve de l'influence favorable de l'état de mariage sur la vie et le bien-être des individus, influence qui s'est déjà manifestée dans les rapports de mortalité et de criminalité ; ces chiff.-es sont basés sur les résultats constatés en Suisse de 1876 à 1881.
Le suicide est constamment plus fréquent cbez les célibataires que chez les individus mariés; le chiffre augmente encore d'une façon considérable, si l'on considère les veufs et les divorcés.
On dirait presque que le divorce entraîne une prédisposition au suicide. Mais il est plus exact de dire que le divorce comme la mort volontaire est souvent sous l'inducnce d'un défaut d'équilibre dans le fonctionnement de l'intellect.
Les saisons ont une influence bien marquée sur la production des suicides. Cette influence est en Suisse à peu près la même que dans les autres pays. Ce sont les mois d'été qui sont les plus mal partagés; décembre et janvier sont les plus heureux.
Sous le titre d'homicides, la statistique suisse comprend non-seulement les meurtres et assassinats qui sont seuls indiqués dans d'autres statistiques, mais encore les coups et blessures ayant occasionné la mort et les homicides par iuq)rudence qui tombent sous le coup de la loi. Il serait sans doute à désirer que les deux premiers crimes (meurtre et assassinat), vu leur gravité, fissent l'objet d'une rubrique spéciale ; si le bureau fédéral n'a pas établi cette distinction, c'est parce que son mode de recensement ne lui permet pas d'attendre le résultat des enquêtes criminelles et des débals judiciaires, qui traînent souvent en longueur, tandis que la classification qu'il adopte n'offre généralement aucune dif liculté.
Morts accidentelles. En Suisse, le nombre des accidents mortels s'est élevé :
En 1876 à ITTo
En 1879 à 1719
Sans la terrible catastrophe d'Elm, l'éboulement du 11 septembre 1881, qui a ùté la vie à 115 personnes, il semble que le chiffre des morts accidentelles tend à diminuer chaque année. J'attribue ce progrès aux lois fédérales du l'"' juillet 1875 et du 23 mars 1877, qui rendent responsables les compagnies de chemin de fer et de bateaux à vapeur, ainsi que les fabricants, de tout accident qui a lieu dans leur exploitation, sans qu'il y ait eu faute de la part de la victime ; il en résultera aussi dans l'outillage des perfectionnements tendant à préserver les ouvriers contre les dangers de leur état.
11 est difficile de comparer à ce point de vue la Suisse à la plupart des autres pays, à cause des défectuosités de quelques statistiques européennes. Néanmoins on peut établir que l'Angleterre seule aurait des chiffres plus élevés, savoir, 621 par million d'habitants pendant la période de 187G à 1881, tandis que la Suisse n'en a eu que 601. La proportion de la Grande-Bretagne s'explique par les périls auxquels l'expose l'océan qui l'entoure de tous côtés, ainsi que la multitude de mines et d'entreprises industrielles; en Suisse, il faut compter avec la configuration du pays, ses hautes montagnes, ses piécipices, ses lacs, ses torrents, le développement de ses moyens de communication et de son industrie.
Les résultats des cantons diffèrent beaucoup les uns des autres. Si nous considérons la période quinquennale de 1876 à 1880, nous trouvons que les cantons ci-après sont bien au-dessus de la moyenne de 601 :
Lri..
Valais.
Tes~in
Nidwalden, Soleure. .
Berne. . .
/oo
Les cantons suivants au contraire sont notablement inférieurs à cette moyenne
beneve o02
Bâle-Campague 483
FribouifT iSl
SclialToiue iii
Bàle-Ville 427
Appenzell Rli. E 313
.\ppeiizell Rli. 1 25S
Ces résultats nous indiquent déjà les causes les plus fréquentes des accidents mortels : les victimes se composent pour la plupart d'individus — tués en tombant d'un arbre, d'un toit, d'un rocber, d'un char, d'une hauteur quelconque, — noyés dans un lac, une rivière, un étang, etc., — brûlés par le feu, l'eau bouillante, ex., — assommés par des pierres, des poutres, des arbres, — écrasés par des chars et voitures, — écrasés sur la voie ferrée, — tués par l'explosion d'une mine, — tués par un éboulement (avalanche), etc. Ces accidents sont indiqués dans l'ordre de leur fréquence. Le nombre des individus écrasés par des chars et voitures s'élève à plus du double des individus écrasés par des trains et dépasse le nombre de tous les accidents mortels provenant de l'exploitation des chemins de fer; et cependant les 550 locomotives de la Suisse transportent certainement plus de voyageurs et de marchandises que ses 100 000 chevaux.
Pathologie. Il est regrettable que 15 pour 100 des décès manquent encore en Suisse du certificat médical indiquant la cause de mort; consiatons néanmoins que cette proportion diminue toutes les années, grâce à la loi fédérale sur l'état civil, du 2i décembre 187-4, qui prescrit l'inscriplion dans le registre des décès de « la cause du décès attestée par le médecin, autant que possible ».
Il suffit de jeter un coup d'oeil sur le tableau suivant pour constater combien les maladies principales font plus de victimes dans les villes que dans les campagnes.