‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.50Chapitre 18 sur 71 · Sangsues au prix de · texte numérisé non relu

Sangsues au prix de

11,000 francs.

ui.om

ôl.tWtO —

148 HIRUDINÉES.

Ces faits sont encore démontrés d'une façon plus frappante et plus concise, si on calcule les moyennes annuelles pour les diverses périodes :

Consommation moyenne Dépense moyenne

par an. par an.

De 1820 à 18-2-i 183,000 10,000 francs.

De 1821 à 1830 508,000 40,000 —

De 1830 à 1842 828,000 90,000 —

De 1842 à 18o0 430.000 79.000 —

De 1850 à ISoo 223.000 43.000 —

De 1833 à 1803 138,0<J0 14,000 —

De 1863 à 1X70 93,000 6,000 —

De 1870 à 1875 52,000 1,800 —

A l'époque où le règne de la Sangsue était dans tout son éclat, cet animal était l'objet d'un commerce important et d'une industrie particulière, Vhirudiniciilture. Nous ne nous attarderons pas à donner des détails sur ce point ; on en trouvera de fort circonstanciés dans le livre de Moquin-Tandon, dans celui de Guibourt et dans quelques autres ouvrages que nous citons plus loin.

Les Ilirudinides, comme on sait, sont hermaphrodites. Lors de l'accouplement, deux individus se rapprochent ventre contre ventre et en sens inverse ; le coït est réciproque, comme celui des Escargots; d'après Valencienne, il dure plus de trois heures, pendant lesquelles les animaux gardent un repos absolu.

La ponte s'effectue trente à quarante jours après la copulation. Les œufs ne sont pas pondus isolément, comme dans la plupart des types précédents, mais sont réunis, au moment de la ponte, dans une coque qui prend les noms de capsule ou de cocon, suivant qu'elle est mince et nue {Trocheta, Nephelis) ou qu'elle est entourée d'un tissu spongieux [Hirudo, Aulastoma).

Quand la Sangsue veut former son cocon, elle sort de l'eau et se creuse une galerie dans la vase ou dans la terre humide. Elle laisse alors couler de sa bouche une bave écumeuse dont elle s'entoure complètement. Le clitellum, constitué par les somites 9, 10 et 11, se gonlle, et les glandes qui sont renfermées dans l'épaisseur de ses téguments produisent un liquide qui se condense à la surface en une sorte de pellicule. L'animal, fixé par sa ventouse postérieure, paraît souffrir : il se tord en tout sens, la partie postérieure de son corps demeurant immobile et servant de point d'appui. Au bout de quelque temps, un certain nombre d'ovules sortent par la vulve : ils se disposent entre la surface du corps et la pellicule ovoïde dont chaque extrémité étrangle fortement la Sangsue. Celle-ci se retire alors brusquement de la capsule, dont les deux orifices polaires se ferment aussitôt par un épais bouchon brunâtre qui tombera plus tard comme un opercule. Celte opération dure environ vingt-cinq minutes.

Dès que la capsule est achevée, la Sangsue sécrète une écume blanche, légère, mousseuse, semblable à celle de l'albumine longtemps battue à l'air, et la dispose autour de celle-ci. Cette écume se condense et finit par brunir et par constituer le réseau spongieux.

Chaque Sangsue médicinale produit ainsi 1 ou 2 cocons, rarement 5 ou 4. C'est à leur intérieur que se fait le développement des ovules, à la condition que les cocons soient maintenus dans un endroit humide, mais non submergés. L'éclosion a lieu au bout de vingt-cinq à vingt-huit jours : les petits font tomber l'opercule placé à chaque pôle de la capsule intérieure du cocon, serpentent quelque temps à travers les mailles du tissu spongieux et finissent par sortir par divers points de sa surface; ils sont alors longs de 17 à 20 millimètres.

IIIRUDINÉES. U9

Le genre Hinulo renferme un assez grand nombre d'espèces, dont plusieurs sont employées en médecine, en France ou à l'étranger. Nous en citeror.s quelques-unes :

1" H. troctina Johnson, 1816. Sangsue longue de 80 à 100 millimètres, large de 12 à 18 millimètres, à corps subdéprimé. Le dos est généralement verdàtre, avec six rangées de petites taches noires cerclées de rouge ou rouges cerclées de noir ; ces taches correspondent sans doute aux papilles segmentaires médianes et latérales; les papilles marginales sont noyées dans le bord, qui est orangé ou rougeâtre. La face ventrale est jaune verdâtre ou gris jaunâtre, plus ou moins maculée de taches noires, et porte deux bandes marginales en zigzag. Moquin-Tandon en décrit trois variétés. Celte espèce ne possède que 65 à 76 denticules à chaque mâchoire; Ebrard a reconnu qu'elle est incapable de donner des hybrides avec H. medicinalis.

Cette Sangue est employée depuis longtemps en Angleterre et dans les hôpitaux de Paris. Les Anglais l'appellent Trout-Leech, à cause de la ressemblance de ses taches avec celles de la Truite; en France, on la connaît dans le commerce sous le nom de Sangsue dragon ou Dragon d'Alger. Pelletier et Huzai'd la croyaient de provenance américaine, mais P. Gervais a prouvé qu'elle est originaire d'Algérie et du Maroc. On la rencontrerait encore en Espagne et en Italie, d'où on l'expédie en Angleterre, en France et dans l'Amérique du Sud. On la trouve dans les pharmacies du sud de la France presque aussi fréquemment que la Sangsue médicinale, bien que, d'après Ebrard, son pouvoir d'absorption soit très-inférieur à celui de cette dernière.

2» H. mysomelas Henry, Serullas et Yirey, 1829. Corps très-déprimé; dos d'un vert olivâtre très-foncé, avec trois bandes plus ou moins distinctes, jaunâtres, bordées de noir ; bords jaunes, ventre jaune avec des taches noires irrégulières. Bouche et ventouse anale noires. Moquin-Tandon admet deux variétés.

Cette Sangsue a été découverte par Keraudren au Sénégal, particulièrement dans les lacs Mboroo et Nghier. Sa taille est à peu près celle de la Sangsue médicinale, mais elle suce moitié moins de sang que cette dernière.

5" H. granidosa Moquin-Tandon, 1846 [Sanguisuga granulosa Savigny, 1820). Dos d'un vert brun, avec trois bandes plus obscures. Chaque anneau porte sur son contour 58 à 40 tubercules serrés, disposés sur un rang. Cette espèce est originaire de l'Inde. Elle est plus grande que la Sangsue médicinale et détermine assez souvent, surtout chez les enfants, des hémorrhagies qu'un traitement approprié suffit d'ordinaire à arrêter. Elle est employée par les médecins de Pondichéry, au dire de Leschenault, et s'expédie en grande quantité à Maurice et à la Réunion.

4° H. sinica de Blainville, 1827. Sangsue d'une teinte noire uniforme, de taille assez petite. Elle est originaire de la Chine, où on l'emploie pour des saignées locales.

5" H. quinquestriata Schmarda. Dos brun jaunâtre marqué de cinq lignes d'un vert foncé, dont la médiane est la plus étroite. Ventre d'un jaune verdâtre, unicolore. Corps long de 150 millimètres, large de 10 millimètres; ventouse postérieure très-développée. Mâchoires semi-lunaires, munies de 48 à 50 grands denticules.

Cette Sangsue se trouve en Australie, dans la Cooksriver, ainsi que dans les lacs situés au pied des montagnes Bleues. Malgré la puissance de ses mâchoires, on l'emploie à Sidney et dans d'autres villes de la Nouvelle-Galles du Sud. On a

^SO HIRUDIiNÉES.

récemment tenté Je l'introcluire en Angleterre, mais son usage n'a pas été adopté.

6" Citons encore quelques espèces asiatiques : H. maculosa de Singapour; H. sàigonensis, de Cocliinchine ; H, mullistriata, de Cejldn. Toutes sont remarquables par la grande taille de leurs papilles segmentaires, qui sont ovales et munies d'une crête médiane.

En outre des espèces médicinales, les auteurs ont décrit un certain nombre d'autres Hirndo, qu'il nous faut énumérer rapidement.

U. verhana Caréna, 1820, qui vit dans le lac Majeur et aux environs de Nice, n'est probablement qu'une variété de //. medicinalis. Il en est de même pour H. marcjinata Risso, \^'i^, qui se trouve aux environs de Nice dans les fossés et les ruisseaux, et pour //. alho-punctata Diesing, 1850, espèce créée pour une Sangsue d'un noir brun, que Wahlberg a fait connaître en 1842 et qui est utilisée,. en Suède, par les médecins.

En 1824, Say a décrit sous les noms de //. parasitica, 11. laleralis, 11. marmorata et //. décora, quatre Ilirudinées vivant dans les lacs et les marais du nord-ouest des Etats-Unis. La première est une Glossiphonie, la dernière est une Macrobdelle ; les deux autres sont encore species inquirendœ.

II. japonica de Blainville, 1827, au corps jaune pointillé de brun, serait grosse connue un œuf de Poule, dans la contraclion. Whitman a décrit sous le nom de //. nipponia une espèce commune dans les étangs et les marais des environs de Tokio et qui peut-être lui est identique; celte dernière n'a que 12 papilles segmentaires sur le premier anneau de chaque somite, les papillesmarginales faisant défaut à la face dorsale.

H. zeylanica de Blainville rentre dans le genre Haemadipsa, dont il est question plus loin.

H. senegalensis Moquin-Tandon, 1846, n'est peut-être pas distincte de H. mij&omelas ; elle peut servir aux usages médicaux et tire une quantité de sang égale au poids de son corps. Elle a été envoyée à la Guadeloupe pour y être naturalisée.

H. stagnorum Derheims, 1825, n'est vraisemblablement pas autre chose que E. {Haemopis) sanguimga, dont il sera question tout à l'heure; elle se rencontre dans les marais de Bretagne. De même, H. fusca Moquin-Tandon, 1846,. n'est probablement qu'une variété de la Sangsue de Cheval : elle est d'ane teinte brun foncé uniforme, vit dans le nord de l'Ecosse et s'attaque aux Chevaux.

Le genre Haemopis Savigny, 1817, est difficilement séparable du genre Hirudo, dont il est la copie exacte. Le seul caractère sur lequel repose ce genre tient à ce que les mâchoires sont petites et pourvues d'un petit nombre de denticules peu pointus et trop faibles pour permettre à l'animal autre chose que de pei'cer l'épiderme. C'est là, on en conviendra, un caractère de bien peu d'importance : aussi nous semblc-t-il convenable de supprimer le genre Haemojns et de reporter ses espèces dans le genre Hirudo.

L'espèce principale du genre est //. sangidsuga Moquin-Tandon, 1846, qui vit dans les cau.\ douces d'Europe et qu'on appelle ordinairement Voran ou Sangsue de cheval. Elle est très-commune en Espagne, en Portugal et sur tout le littoral nord de l'Afrique. Elle est longue de 80 à 100 millimètres, large de 10 à 15 miUimèlrcs ; ordinairement de teinte roussàtre ou olivâtre sur le dos et plus foncée sur le ventre, elle peut présenter de grandes variations de colo-

HIRUDINEES. 151

ration : Moquin-Tandon en décrit jusqu'à 11 variétés. Cette Sangsue suce le sang des Vertébrés, mais ses faibles niiiclioires lui permettent seulement d'entamer les membranes muqueuses; elle s'introduit dans l'arrière-bouche, le larynx et les fosses nasales des Chevaux, des Bœufs, des Chameaux et même de rHorame. Pendant la campagne d'Égyple,, en 1799, et pendant celles d'Espagne et de Portugal, nos soldats se mettaient à plat ventre pour boire dans les ruisseaux : leur bouche et leurs amygdales étaient liéquemraent piquées par le Voran. En Algérie, cette Sangsue n'est point rare dans le pharynx et le larynx de l'Homme; on la trouve même parfois dans le rectum, le vagin, l'urèthre, ou sur la conjonctive.

En France, ce même Ver a été vu dans la bouche des Chevaux par de nombreux observateurs, notamment par Mégnin. Pour en débarrasser les animaux on a recommandé de l'arracher avec des pinces ou de le couper avec des ciseaux; le meilleur procédé consiste encore à l'arracher avec la main entourée d'un linge sec. L'injection d'eau salée ou les fumigations de tabac donnent des résultats inconstants chez les grands animaux domestiques.

En l'absence de toule détermination spécifique, nous rapporterons à la Sangsue de Cheval l'observation publiée par Amat. Une colonne campée à Chellala, dans le sud-ouest du département d'Alger, n'avait à sa disposition que de l'eau renfermant un nombre considérable de Sangsues fines comme des Oxyures. Un zouave, qui éprouvait depuis cinq ù six jours une sensation de corps étranger sous la paupière supérieure de l'œil gauche se rendit à la visite. A première vue, on ne constatait rien d'anormal ou tout au plus un léger effacement de la gouttière orbito-palpébrale, mais, en relevant la paupière, on trouva une Sangsue dans le cul-do-sac conjonctival, fixée à la conjonctive bulbaire ; elle était longue de 25 à 50 millimètres, large de l'"'°,5, et avait été apportée au contact de l'œil par l'eau non filtrée ayant servi aux ablutions.

C'est plus vraisemblablement du Voran qu'il s'agit dans l'observation qui se trouve consignée dans la Gazette médicale de Montpellier.

Par suite de la sécheresse, tous les habitants d'un village avaient été contraints de faire usage de l'eau d'une source dans laquelle vivaient des Sangsues. 11 y eut alors une véritable épidémie d'implantation de ces animaux au palais, dans le pharynx, dans le larynx et jusque dans l'œsophage. Dans presque tous les cas, l'extraction du parasite fut facile, mais un cas présenta une gravité particulière. II s'agissait d'une femme de quarante-un ans, robuste et sanguine, qui, depuis trois jours, présentait les symptômes s\iivants : pâleur de la face, voix rauque, respiration haletante, dyspnée, toux croupale, crachats sanguinolents avec grumeaux fibrineux et noirâtres ; l'appétit était bon. Aucun signe physique n'indiquant une lésion thoracique, on crut à l'implantation d'une Sangsue dans le larynx. Après plusieurs jours de traitement sans résultat, on fit respirer à la malade des vapeurs sulfureuses provenant de la combustion du soufre amorphe sur des charbons ardents. Quelques inspirations suffirent à provoquer une forte toux et, par suite, l'expulsion d'une grosse Sangsue vivante. Le même traitement produisit des résultats analogues chez plusieurs autres malades. Chez un jeune homme de dix-neuf ans, la Sangsue étant im[ilantée sur l'œsophage, les inhalations de vapeur de soufre la firent tomber dans l'estomac, sans qu'il en résultât la moindre inconmiodité.

Ge^re Aulastoma 31oquin-Tandon, J826. Ce genre est représenté dans tout

1^2 IIIRUDLNÊES.

l'Europe par A. gido et clans l'Amérique du Nord par A. lacustre Leidy. L'espèce européenne est fréquemment confondue avec la Néphélis, dont elle est pourtant facile à distinguer. C'est une Sangsue longue de 60 à 90 millimètres, large de 10 à 15 millimètres; elle est dcmi-lerreslre et sort assez souvent de l'eau pour aller se caclicr sous les pierres qui sont autour des mares et des ruisseaux. Elle dévore les Lombrics et mange avec la même gloutonnerie les Nais, les petits Poissons, les larves aquatiques, les Néphélis, les Trochètes et même des individus de sou espèce. Elle pond dans la terre humide, de juin à fin août, des cocous ovoïdes, d'un tissu spongieux très-làche et mesurant 15 millimètres sur 12. Elle est d'un lirun noir très-foncé ou d'un noir olivâtre sur le dos, d'un olivâtre jjIus clair sur le ventre; Moquin-Tandon en distingue 7 variétés. Les mâchoires sont égales, ti'ès-petites, ovales, non comprimées et armées seulement de H à IT) denticules émoussés, dont le développement est trèsvariable suivant les individus. L'estomac ne présente que deux caecums dirigés en arrière et analogues aux derniers caecums d'Hirudo medicinalis. L'œsophage est parcouru suivant sa longueur par 1 2 plis très-saillants.

Les Aulastomes ne diffèrent que fort peu des liirudo quant à la constitution des somites. 11 y a identitéabsolue jusqu'au somite 23 : celui-ci est encore formé des Irois anneaux 94, 95 et 96 (fig. 7j, mais présente des dimensions relativement plus considérables. Les somites 24, 25 /'/'*/' 7//'P/ r7o ^^ "^^ ^°"'' ^ïïcore composés chacun de deux

f : — ^T- ■ — ;-7-i, anneaux, mais les deux derniers somites sont

,-\ • ~ • - >~ »«/■?■» un peu moins développés que chez les Hi-

'"\ l y rudo. Les anneaux 99 et 100, qui forment

■\ I le somite 25, monirent parfois des traces de

^*^'----}jr- ' ' ' ':^^^ dédoublement, indices d'une coalescence en-

^^' i.^^^^^^'-A^^ core imparfaite. L'orifice mâle est générale-

Page 1