I . \ l obtus Aidasloma
^ trois j pi^j Q^ moins [ Denticules \ . i peu nombreux.. Hxmopis.
[ développées.] ( P"'"'"* ( très-nombreux.. Hirudo.
f Denticules nuls Limnalis.
« Les Aiinélides qui composent cette section sont les vraies Hirudinées. A l'exception du genre Branchiobdelle, tous ces genres se ressemblent assez. Le genre Sangsue peut être considéré comme le type de la section. Le genre Néphélis est celui qui s'en éloigne le plus par sa structure et par ses mœurs, mais la Trochète et l'Aulastonie lont le passage entre ce genre et les Sangsues proprement dites. »
Depuis que ces lignes sont écrites, la connaissance des Gnathobdellides a fait des progrès considérables : on en a décrit un assez grand nombre d'espèces et de genres nouveaux, mais tous n'ont point été étudiés avec assez de précision pour qu'on puisse leur assigner une place dans la classification. D'autre part, les études morf^ihologiques de Whitraan sont venues jeter un jour nouveau sur la constitution du somile et fournir à la systématique des caractères nouveaux dont l'importance est considérable. En tenant compte de ces divers éléments, on est amené à reconnaître deux groupes principaux dans la famille des Gnathobdellides,-les Hirudinides et les Népbélides : nous les étudierons successivement; dans un troisième groupe, nous réunirons toutes les Sangsues dont la place ne nous semble point définitivement fixée.
A. Hirudinides. Toules les Sangsues de ce groupe sont pourvues de cinq paires d'yeux et ont le corps formé de 26 somites, composés chacun théoriquement de 5 anneaux ; la limite des différents somites est reconnaissable à ce que le premier anneau de chacun d'eux porte, à l'une et à l'autre de ses faces, un certain nombre de papilles sensorielles, dont nous aurons fréquemment à parler par la suite sous le nom de papilles segmentaires. C'est seulement à la partie moyenne du corps que les somites restent formés de o anneaux; à chacune des extrémités, un certain nombre d'entre eux, variable d'un genre à l'autre et même d'ime espèce à l'autre, subit une importante modification consistant en la suppression d'un à quatre anneaux; toutefois, cette disparition ne porte jamais sur l'anneau papillifère.
Le groupe des Hirudinides a pour type le genre Hirudo : il comprend encore les genres Aulastoma, Uirudinaria, Macrohdella, Whitmania, Hcemadipsa et Mof-juinia.
Nous proposons le nom de Whitmania pour le genre que ^Vhitman, en 1884, avait appelé Microstoma, puis Leptostoma, en 1886 : le premier de ces noms, donné déjà par Cuvier à un Salraonide, ne pouvait être appliqué à une Annélidc ; le second, donné à un Oiseau par Swainson, en 1857, doit également être rejeté. J\ous décrivons sous le nom de Moquinia les Sangsues que ^yhitman appelle Geohdella, nom déjà donné aux Trochètes par de Blainville, en 1828.
Ge>re Hirudo Linné, 1746. Les 6 premiers et les 4 derniers somites sont raccourcis; les 16 autres, compris entre la première et' la dernière paire d'organes segmentaires , sont demeurés normaux, c'est-à-dire fomiés chacun de 5 anneaux. Les 6 somites antérieurs renferment en tout 15 anneaux, savoir : les deux premiers ont chacun un seul anneau ; le somile 5 a '2 anneaux ; les somites
140 HIRUDINÉES.
4, 5 et 6, ont chacun 3 anneaux. Cela revient à dire que les somites 1 et 2 ont perdu chacun 4 anneaux ; que le somite 5 en a uerdu o et que chacun des somites 4,5 et 6 en a perdu 2, soit une perte totale de 17 anneaux pour les 6 premiers somites. Les 4 derniers somites renferment en tout 9 anneaux, savoir : le somite 23 a 5 anneaux ; les somites 24, 25 et 26, en ont chacun 2. En d'autres termes, le somite 23 a perdu 2 anneaux; les somites 24, 25 et 26, ont perdu chacun 3 anneaux, soit une perte totale du H anneaux pour les 4 somites postérieurs. Le nonihre total des anneaux compris dans les 26 somites est donc de 102.
Quelques observateurs comptent les anneaux par la face ventrale, en commençant par celui qui limite la ventouse en arrière; d'autre part, ils négligent l'anneau rudimenlaire sur lequel ou même en avant duquel s'ouvre l'anus. Us arrivent ainsi à un total de 95 anneaux, chiffre hahituellement indiqué pour Hirudo viedicinalls. On arrive à une appréciation plus exacte du nombre des anneaux, quand on les compte par la face dorsale : c'est ce que nous supposons dans tout le cours de cet article; nous considérons comme le premier anneau celui qui porte la première paire d'yeux.
Gomme on voit, les anneaux ont une tendance à se fusionner entre eux, d'où résulte un raccourcissement des somites. Ce raccourcissement se manifeste à chacune des extrémités, mais les anneaux porteurs de papilles sont conservés, tandis que les anneaux qui en sont dépourvus peuvent être supprimés en partie ou en totalité, comme de moindre importance. Les anneaux papillifères peuvent entrer en coalescence soit avec l'anneau précédent, soit avec l'anneau suivant. C'est ainsi que, chez //. medicinalis, l'anneau 5, qui porte la 4'= paire d'yeux, est en train de s'unir à l'anneau 6 ; l'anneau 8 est en train d'absorber l'anneau 7. Le processus de coalescence est mis hors de doute par ce fait, que les anneaux 6 et 7 sont comparativement étroits et que les sillons qui les séparent respectivement des anneaux 5 et 8 sont totalement oblitérés à la face ventrale; ces mêmes sillons sont encore bien marqués à la face dorsale, mais sans être aussi profonds que leurs congénères.
Nous venons de parler des yeux et des papilles segmentaires ; voyons en quoi ces organes consistent. Si on examine un somite normal, par exemple, le somite 15, qui comprend les anneaux 54 à 58, on observe sur le premier anneau des petites taches qui, à un faible grossissement, se montrent comme des papilles à sommet arrondi. Leur nombre et leur disposition présentent une remarquable fixité : on en trouve 8 à la face dorsale et 6 à la face ventrale, soit 14 sur le premier anneau de cLaque somite; aucun des autres anneaux n'en est muni, mais il est des espèces où on en trouve jusque sur la ventouse postérieure, signe certain que celle-ci résulte de la fusion et de la transformation d'un certain nombre d'anneaux.
Dans la série des somites, les papilles se répètent avec une grande régularité. Celles de la face dorsale se disposent en huit rangées longitudinales : deux rangées médianes (Gg. 8, m), deux rangées latérales inlernes, il, deux rangées latérales externes, ol, et deux rangées marginales, 7ng. De même, on voit à la face ventrale deux rangées médianes (fig 9, vi), séparées l'une de l'autre par un peu moins du tiers de la largeur du corps, deux rangées latérales, /, et deux rangées marginales, mg.
Les six rangées de papilles ventrales se poursuivent sans modification sur toute la longueur de l'animal. Celles de la face dorsale se comportent de même
IIIRUDINEES. 141
depuis l'anneau 11, par lequel débute le somite 6, jusqu'à l'extre'mité postérieure du corps ; en avant, il n'en est plus de même. Les papilles médianes restent intactes sur les anneaux 2, 3, 5 et 8, mais se transforment sur l'anneau 1 , de manière à constituer les deux yeux de la première paire. Les papilles latérales internes font défaut sur le premier anneau, mais deviennent également des yeux sur les anneaux 2, 3, 5 et 8 : ce sont les yeux des quatres dernières paires. Les papilles latérales externes se retrouvent sans modification sur tous les anneaux papillifères ; il en est de même pour les pajiilles marginales, à l'exception du premier anneau ^
Les yeux sont donc les homologues sériaires des ])a|)illes segmentaires : les deux premiers yeux ont jiris la place d'une })aire de papilles médianes ; les autres remplacent quatre paires de papilles latérales internes. Cela revient à dire que les rangées longitudinales de papilles médianes sont les équivalents métamériques de la i)remière paire d'yeux et que les rangées de pajiilles latérales internes ont la même signification par rapport aux quatre autres paires d'yeux.
Cette remarquable homologie, basée exclusivement sur la morphologie, se trouve confirmée par l'étude anatomique de l'œil et de la papille scgmentaire. L'œil de la Sangsue est une masse cylindrique de cellules trois ou quatre fois aussi longues que larges. La portion axile est formée de grandes cellules vitreuses, fort distinctes de toutes les autres cellules du corps : chacune d'elles présente en son centre une sorte de vacuole, que remplit sans doute un liquide incolore. Le protoplasma de ces cellules constitue une épaisse enveloppe qui, par l'un de ses côtés, se projette dans l'intérieur de la vacuole en une sorte de protubérance dont la base est occupée par le noyau cellulaire. Cette partie axile, formée de cellules claires, est entourée de toutes parts d'une épaisse couche de pigment noir, sauf du côté externe. Le capuchon épidermique qui recouvre ces cellules est convexe et totalement dépourvu de pigment. Un nerf optique pénètre dans l'œil au voisinage de son extrémité profonde et suit l'axe de l'organe sur une grande partie de sa longueur; il est probable que ses rameaux se mettent en connexion avec les cellules claires.
Les papilles segmentaires ont cette même structure et renferment tous ces éléments, à l'exception du pigment; une branche des nerfs latéraux se rend à chacune d'elles. L'absence de pigment permet de douter si ces organes perçoivent la lumière; leur fonction est problématique, mais leur structure et leur situation autorisent à penser que ce sont des yeux en voie de développement.
Nous avons noté que le premier anneau de chaque somite est caractérisé par la présence des papilles segmentaires ; le dernier anneau l'est lui-même j)ar les organes segmentaires, qui s'ouvrent dans son bord postérieur, à la face ventrale et latéralement. On peut dire encore que les pores néphridiaux se présentent par paires dans le sillon qui sépare deux somites consécutifs.
Les organes segmentaires sont au nombre de 17 paires : la première (fin-, 1, l"j9) s'ouvre entre les somites 6 et 7 ou entre les anneaux 15 et 14; la 17« ou
* Dans le diagramme (fig. 1), les papilles latérales externes et marginales se continuent en avant jusqu'au premier anneau; les marginales sont seules absentes sur celui-ci. Mais dans la plupart des espèces d'Hirudo, deux de ces rangées sont très-indistinctes ou même font défaut sur les trois premiers anneaux; elles existent au contraire dans le genre Aulastoma et sont très-distinctives dans les grandes Sangsues médicinales de Saigon, de Singapour, de Java et de Ceylan,
HiftuuiiNiit&.
dernière (fig. 1, \l^^p) s'ouvre entre les somites 22 et 25 ou entre les anneaux
93 et 94. Entre les deux paires extrêmes il y a donc exactement 16 somites complets ou 80 anneaux.
Le clitellum comprend les somites 9, 10 et il, soit les anneaux 24 à 58. L'orifice génital mâle se voit entre les anneaux 50 et 31, c'est-à-dire entre le deuxième et le troisième anneau du somite 10.
La vulve occupe une situation analogue sur le somite 1 1 et s'ouvre entre les anneaux' 55 et 56. L'anus s'ouvre au-dessus de la ventouse postérieure, entre les anneaux 104 et 102 ou sur l'anneau 102; ce dernier est très-rudimenlaire.
Uirudo medicinalis (fig. 2) est l'espèce principale du genre. C'est une Sangsue longue de 80 à 120 millimètres, large de 12 à 20 millimètres, qui habite les eaux douces de l'Europe et du nord de l'Afrique, particulièrement les fosse's, les marais, les petites rivières peu rapides. Son corps est déprimé ; le dos est généralement gris olivâtre, avec six bandes plus ou moins distinctes; le bord est olivâtre clair; le ventre est bordé d'une bande rectiligne. L'animal présente un grand nombre de variétés qui tiennent à des différences dans la teinte du pigment et dans la disposition des lignes ou des taches de l'une et l'autre fices. Déjà bien étudiées par de Blainville, en 1827, ces variétés ont été classées par Moquin- T.mdon de la façon suivante :
A. Dos olivâtre, plus ou moins gris et plus ou moins foncé ; ventre généralement maculé de noir.
C'est la Sangsue grise ou H. medicinalis, variété grisea de Blainville, Elle présente cinq formes distinctes.
B. Dos olivâtre plus ou moins vert; ventre généralement sans taches. Sangsue verte ou H. medicinalis, y SiW B di Blainville, Cinq formes distinctes.
Fig. 1. — Schéma de l'organisation d'Hirudo medicinalis, d'après C. 0. Whitman.
a, anus. — il, papilles latérales internes, —m, papilles médianes. — 7yig, papilles marginales. — ol, papilles latérales exiernes. — i".p, orilice de la première paire d'organes seginentaircs ou premier pore néphridial. — iV'.p, dix-septième pore néphridial. Les chiffres situés à droite indiquent le numéro d'ordre des anneaux; ceux de gauche indiquent le numéro d'ordre des somites.
IIIRUDINÉES.
C. Dos olivâtre plus ou moins jaune; ventre pointillé de roussâtre ou sans taclies. Deux formes.
D. Dos noirâtre ou olivâtre noir; ventre très-foncé, sans taches. Deux formes.
E. Dos couleur de chair ou rose; ventre un peu plus pâle; sans taches. Deux
formes.
F. Dos fauve; ventre un peu plus pâle, quelquefois légèrement verdàtre, sans
taches. Deux formes.
G. Dos brun, plus ou moins foncé; ventre généralement pointillé de noir. Sanguisuga obscura Moquin-Tandon, 1826. Trois formes.
La ventouse antérieure est peu concave, arrondie en avant, et présente inté-
Fig. 2. — Uirudo mcdicinalis.
Fig. 3. — A, ventouse antérieure de la Sangsue. — B, fragment d'une mâcheire vue par la tranche pour montrer les denticules.
Fig. l. — Tube digestif de la Sangsue.
a, anus. — C, caecums gastriques.— I, intestin. — o, œsophage.
rieurement quelques plis longitudinaux peu apparents. La lèvre supérieure est très-proéminente, presque lancéolée. La bouche, qui s'ouvre au fond de la ventouse, est grande, relativement à celle-ci (fig. 3, A); au repos, elle est limitée par trois lèvres, deux supéro-latérales et une inféro-médiane, dont les commiscures présentent l'aspect d'une étoile à trois branches.
Dans l'intervalle de ces lèvres, à l'intérieur de la bouche, on trouve trois grandes mâchoires égales, très-comprimées, ayant chacune la forme d'une petite scie demi-circulaire, pourvue d'un manche raccourci, par lequel elle se fixe dans les téguments, ainsi que par son bord rectiligne. La portion circulaire est donc saillante ; son bord convexe est tranchant et armé, sauf aux deux extré-
XIlll U Wlil li J'j o.
mités, d'une rangée d'environ 90 denticules (fig. 5, E), placés comme à cheval sur le bord tranchant de la mâchoire. Ces denticules sont de taille ine'gale : les plus petits se voient du côté antérieur ou externe ; ils augmentent graduellement de grosseur en se rapprochant du bord postérieur ou interne. Chaque mâchoire est animée par un petit faisceau musculaire dont les fibres divergent en arrière et vont se confondre avec les muscles longitudinaux du pliarynx; en avant, ces fibres se divisent et vont prendre insertion sur la mâchoire même.
A la suite de la bouche vient l'œsophage (fig. 4, o), canal petit, resserré et membraneux, pourvu de quelques rides longitudinales très-fines et peu marquées. Après un court trajet, il s'ouvre dans l'estomac, vaste poche qui se trouve subdivisée par des brides transversales en onze chambres successives qui pour la plupart correspondent chacune à un somite. Chaque chambre se dilate à droite et à gauche en un caecum avec lequel elle communique largement, C. Les deux derniers cœcums se distinguent entre tous par leur extrême longueur et par leur direction : ils s'étendent d'avant en arrière jusqu'au voisinage de l'anus. Les chambres gastriques et les caecums qu'elles portent latéralement augmentent de taille du premier au dernier.
L'intestin, 1, prend naissance immédiatement après les deux derniers caecums, entre lesquels il chemine. C'est un canal grêle et rectiiigne, qui va s'ouvrir à la région dorsale de l'animal, entre le dernier anneau et la ventouse postérieure. Celle-ci est un peu plus grande que Tantérieure et à disque très-légèrement strié.
Autour de l'œsophage se trouve un amas de petites glandes en tube, qui viennent déboucher dans la cavité de l'organe ; on les a considérées comme des glandes salivaires. Le liquide qu'elles sécrètent aurait, suivant Ilaycraft, non la propriété de digérer les aliments, mais celle d'empêcher la coagulation.
On sait qu'après une piqûre de Sangsue l'hémorrhagie est difficile à arrêter et que le sang contenu dans l'estomac de l'animal n'est pas coagulé; si on l'extrait de l'estomac après la mort du Ver, il a perdu sa coagulabililé. Ces phénomènes sont dus à l'action d'un ferment qui se déverse dans l'œsophage et dans la bouche et qui détruit le ferment du sang, sans amener d'ailleurs aucune modification appréciable de ce liquide. Injecté à un animal à sang chaud, il ne détermine que de faibles accidents et est éliminé par le rein. Il est sans effet sur la coagulation du lait; il accélère un peu celle de la myosine et la rigidité cadavérique. Il est soluble dans l'eau, pure ou salée, mais est insoluble dans le chloroforme, l'éther, le benzol et l'alcool.
Carlet a étudié la manière dont fonctionnent les ventouses au moyen de la méthode graphique. 11 fait marcher une Sangsue sur une feuille de papier enduit de noir de fumée. La Sangsue laisse en blanc les traces de son passage, correspondant à la fixation des ventouses.
La ventouse postérieure laisse deux sortes d'empreintes. Les unes (fig. 5, 1) sont des anneaux blancs à centre noir, qu'on obtient en détachant la Sangsue au moment même où elle Aient de se fixer. Les autres (fig. 5, 2) sont des cercles entièrement blancs, que laisse sur le papier la Sangsue qui se détache naturellement.
Ces deux tracés prouvent que la fixation de la ventouse postérieure se fait d'abord par le contact de la périphérie, qui dessine la circonférence blanche, puis par l'abaissement du fond, qui vient adhérer au papier et fait disparaître la tache noire du centre.
IIIRUDINEES.
Ii5
fig. 5. Traces laissées sur un p.ipicr ciit'uinô i^ar la veutouse posté iieure.
1, début de la fixation. — 2, adhérence complète.
La ventouse antérieure se fixe d'une façon plus compliquée et 'moins rapidement. La Sangsue explore tout d'abord l'emlroit où elle va se (îxer : elle se sert pour cela des deux bords de la lèvre supérieure, qui s'impriment en blanc sur le papier noirci, de manière à figurer deux lignes convergentes (fig. 6, \), puis la partie antérieure de la lèvre supérieure s'abaisse à son tour et les deux lignes précédentes s'unissent l'une à l'autre (fig. 6, 2). La lèvre inférieure vient ensuite au contact du papier et la figure inscrite prend alors l'aspect d'un triangle (fig. 6, 5). Le pharynx, qui n'a pas encore bougé, commence alors à s'abaisser, et le contour triangulaire de la ventouse s'élargit sur son passage en prenant la
forme circulaire (fig. 6, 4)
Enfin le fond de la ventouse touche Ja surface enlumcc, l'adhérence devient complète et se décèle par le tracé d'un cercle entièrement blanc (fig. 6, 5).
La fixation de la ventouse se fait donc suivant un mécanisme opposé à celui que l'on admettait généralement, puisque ce sont les bords qui s'abaissent d'abord, le centre venant adhérer en dernier lieu. Quand la Sangsue se détache, c'est encore par le pourtour de la ventouse que le phénomène commence.
Aussitôt après la fixation, la jiartic antérieure du corps de la Sangsue se redresse, de façon à simuler un sabot de Cheval posé sur le sol. Cette position, qui précède immédiatement la morsure, est obtenue par la contraction des muscles longitudinaux de la partie relevée, qui sert alors de point d'appui aux muscles des mâchoires. Dès que ceux-ci entrent en action, on les voit s'accuser par trois saillies, puis trois dépressions, qui se succèdent avec un synchronisme parfait, à raison de deux contractions par seconde, suivant qu'il y a contraction ou relâchement.
Four étudier la façon dont se fait la morsure, Carict applique des Sangsues sur la peau rasée d'un Lapin convenablement fixé, en ayant soin de les détacher à divers moments. Il peut alors constater ce qui suit :
Dès que la partie antérieure du corps s'est redressée en forme de sabot de Cheval, la peau se soulève à l'intérieur de la ventouse en un mamelon qui n'a subi encore aucune atteinte. Un peu plus tard, après que les mouvements de la région pharyngienne ont donné le signal de l'action des mâchoires, la peau présente trois incisions linéaires équidistaules, disposées en étoile et ne se rencon- Dicr. ENc. i' s. XIV. 10
fig. 6.
Graphique de la Ovation de la ventouse antérieure de la Sanjsue.
1, application des deux bords de la lèvre supérieure. — 2, appli cation de la lèvre >upérieure en entier. — 3, application des deux lèvres. — 4, abaissement du pharyux. — 5, contact du fond de la ventouse.
U6 IIIRUDLNÉES.
trant pas. Le sang ne coule qu'un instant après, quand les trois lignes se sont rejointes : par suite du retrait des lambeaux de la peau, la blessure prend la fornne d'un triangle dont les trois bissectrices correspondent aux màcboires. On voit alors celles-ci s'écarter l'une de l'autre, en même temps qu'elles s'enfoncent dans la blessure, puis se rapprocber en même temps qu'elles se relèvent. En somme, les dcnticules des mâchoires ne sont pas assez puissants pour produire d'un seul coup une blessure qui donne lieu à un écoulement de sang; il leur faut agir à plusieurs reprises.
Quand elles s'abaissent , les mâchoires dilatent l'orifice œsophagien, qui prend la forme d'un triangle dont chaque côté correspond à la base d'une mâchoire. L'œsophage devient lui-même un entonnoir béant, dont le sang vient combler le vide. C'est ainsi que s'accomplit la succion : elle ne commence qu'au moment où la morsure a pris la forme triangulaire.
La déglutition du sang sucé ne se fait pas par une sorte d'aspiration qui se produirait en arrière de l'œsophage, mais par un véritable mouvement de pompe foulante. En remontant, les mâchoires se rapprochent l'une de l'autre pour former une sorte de bouchon qui agit à la façon d'un piston et pousse le sang vers l'estomac. Les mâchoires sont donc tout à la fois les agents essentiels de la succion et de la déglutition.
Il est intéressant de rechercher quelle quantité de sang peut prendre une Sangsue. La question a été résolue par les expériences d'Alph. Sanson, puis de Moquin-Tandon, Voici d'abord le résultat obtenu par Sanson :
10 Sangsues grosses, pesant 30 gr. ahsoibent IGO gr. de sang, soit. .
— grosses moyennes 12,50 — 83,50 —
— petites moyennes 7 — 53 — .
— petites 5 — 19 —
Moquin-Tandon est arrivé à des résultats assez analogues :
20 Sangsues grosses, pesant 58 gr. absorbent 293 gr. de sang, soil. .
— grosses moyennes 29 — 150 —
— petites moyennes 15 — 61 — .
— petites 11 — 27 — .
La quantité moyenne de sang tirée par une grosse Sangsue est de 16 grammes d'après Sanson, de 158%7o d'après Moquin-Tandon. Si on admet que la quantité de sang qui s'écoule après l'application est à peu près égale à celle du sang absorbé, chaque Sangsue ferait donc subir au malade une perte de 31 grammes de sang.
Quand la Sangsue s'est gorgée de sang, elle reste immobile et dans une sorte de torpeur : la digestion est un labeur pénible, dont la durée varie de six mois à un an, suivant la quantité de sang absorbée et suivant l'âge et la vigueur de l'Annélide. Le sang garde pendant plusieurs mois sa fluidité et sa couleur accoutumées et certains observateurs ont même pensé qu'il reste complètement intact. Jolyet et Regnard ont reconnu, au contraire, que l'hémoglobine se dépose en beaux cristaux, phénomène que Stirling et Philip ont également étudié.
L'application des Sangsues présente-t-elle quelque danger? A part les cas où des individus mal surveillés se sont introduits dans des cavités naturelles, comme la bouche, le nez, le vagin, le rectum, Moquin-Tandon pense que la morsure en elle-même est absolument inoffensive, même dans les cas où on vient à réappliquer, après dégorgement ou après digestion, des Vers ayant sucé déjà d'autres malades. « Quand la digestion est commencée, dit-il, ou quand
fois
leur
poidî.
fois
leur
poids
IIIRUDLNÉES. 147
elle est sur son déclin, il ne paraît pas que l'emploi de ces animaux puisse entraîner de résultat fâcheux. »
Pour être juste dans la plupart des cas, cette assertion n'en est pas moins trop absolue. On a vu plus d'une fois la morsure d'animaux servant pour la seconde fois être suivie d'inflammations très-vives, de chancres, d'eschares, etc. Bien plus, les notions acquises récemment sur la nature et la propagation des maladies infectieuses nous permettent d'affirmer que les Sangsues, même lorsqu'elles n'ont jamais piqué l'Homme, peuvent transmettre le germe de maladies •aussi meurtrières que le charbon, la septicémie, etc.
11 s'agit évidemment d'un fait de ce genre dans l'observation suivante, rapportée par la Gazette des hôpitaux. Un habitant de Berne, qui souffrait du mal de dents, s'appliqua une Sangsue sur la gencive, d'après le conseil de son dentiste. Au bout de deux heures, il remarqua sur sa lèvre une petite enflure, qui s'étendit bientôt à la joue, au cou et à la poitrine. Le lendemain matin, la tète était tuméfiée, la respiration était difficile et la fièvre des plus vives ; les blessures produites par les morsures de la Sangsue s'étaient réunies les unes aux autres. Quelques heures plus tard, le malade fut pris de délire, de tremblements, de mouvements convulsifs, et mourut à la fin du second jour : la blessure s'était encore élargie, ses bords étaient noirâtres et gangrenés.
Cette observation, à laquelle il serait facile d'en ajouter un certain nombre d'autres non moins démonstratives, met bien en évidence les redoutables accidents qui peuvent résulter de l'emploi des Sangsues. Le danger est sans cesse menaçant : aussi convient-il de renoncer définitivement en médecine à l'usage de ces Annélides. Le scarificateur rendra les mêmes services, sans exposer aux mêmes dangers, à la condition expresse de ne l'employer que flambé ou trempé dans des solutions antiseptiques. Nos mécaniciens sont d'ailleurs assez habiles pour construire des instruments d'un maniement facile et dont le fonctionnement soit en quelque sorte calqué sur celui de la Sangsue : voilà vingt ans. Damoiseau proposait l'emploi de la térabdelle, instrument répondant à ce besoin.
L'intervention de la Sangsue en médecine en est du reste à son déclin, comme eela ressort de la statistique suivante, dressée par Lasègue et Regnauld et indiquant la quantité de Vers employés dans les hôpitaux de Paris, de 1820 à 1874 :
En 1820, la Pharmacie centrale achète
L'emploi des Sangsues a donc commencé à prendre de l'importance vers 1824. L'engouement arrive à son apogée de 1850 à 1842; à partir de 1842, le déclin se prononce; jusqu'en 1830, il est modéré, puis il s'accentue et se précipite avec un irrésistible entrain.