HÔPITAUX VENTILÉS NATURELLEMENT
Morts. Malades.
Saint-Antoine 100 1116
Hôtel-Dieu 100 1116
Pitié 100 1188
Cochin 100 1256
Charité 100 lil8
MOÏE-NNE 100 122i
Pendant que, dans les hôpitaux ventilés artificiellement, 978 malades lournissent 100 morts, il en faut 1224 dans les hôpitaux ventilés naturellement, pour arriver au même chiffre de mortalité ; en d'autres termes, quand il mourait, toutes proportions gardées, 100 malades à l'Hôtel-Dieu, à la Charité, etc., il en décédait 125 à Necker, à Beaujou, à Lariboisière. Sans accuser les appareils de ventilation artificielle de pareils méfaits, on est donc, avec ces chiffres, plus qu'autorisé à en contester l'heureuse influence sur la salubrité des salles d'hôpital. Enfin, il est une dernière considération qui n'est pas de nature à faire répandre ces appareils : leur installation est fort coûteuse et leur entretien ne laisse pas que d'être dispendieux. D'après Husson, à Lariboisière, l'installation première a coûté 480 000 francs et l'entretien, charbon compris, revient à plus de 80 000 francs par an. Le système Léon Duvoir a coûté par lit 480 francs avec 51 francs pour le fonctionnement et l'entretien chaque année; le système l.ICT. ENC. i' s. XIV. ik
Thomas et Laurens 800 francs et ICI francs d'entretien annuel; enfin le système Van Hecke 250 francs et 23 d'entretien. — Tout en reconnaissant l'énorme supériorité de la simple ventilation naturelle sur tous les systèmes de ventilation artificielle, on aurait tort de les rejeter totalement, au moins tant qu'on n'aura pas généralisé les petits pavillons, indépendants, sans étages, comme mode d'hospitalisation. Aujourd'hui, on tend à associer la ventilation naturelle aux appareils de ventilation artificielle, on réunit même les deux systèmes principaux, l'appel et la pulsion : c'est ce qui existe en particulier au Johns Hopkins llospilal de Baltimore, qui est ventilé par la réunion de deux clieminées d'appel avec un ventilateur à pulsion. Â l'hôpital d'Utrecht, Fondation Amelia, la ventilation se fait aussi par aspiration et par pulsion. Au-dessous de chaque lit se trouve un large tuyau recouvert d'un large chapeau métallique protecteur communiquant avec les conduits d'appel et aspirant l'air souillé au voisinage immédiat du malade ; le renouvellement total de l'air peut se faire six ibis par heure.
C'est aussi un système douhle de pulsion et d'aspiration qui a été installé à l'hôpital Tenon où sont assurés 100 mètres cubes d'air par heure et par lit. Deux venlilatcuis centrifuges placés chacun dans une galerie d'arrivée distincte et mus par une machine à vapeur de six chevaux injectent l'air, tandis que l'appel se fait par des coffres d'évacuation situés sous le faux plancher du comble communiquant avec une cheminée centrale de G mètres de hauteur et de 4"", 50 de diamctie, à la hase de laquelle se trouve un calorifère à tuyaux de vapeur.
Au nouvel Hôtel-Dieu, l'air propulsé par 4 ventilateurs mus par la vapeur a préalablement, comme à Tenon du reste, passé à travers des trous garnis de coton qui doit être changé souvent et brûlé sur les grilles des générateurs de vapeur. L'air est échaufté avant d'arriver dans les salles par des poêles à eau placés au dehors. Chacun des ventilateurs peut faire pénétrer en moyenne 49 000 mètres cubes d'air par heure. Ceux-ci se composent de cinq grands cylindres juxtaposés dont les parois sont cannelées pour en augmenter la surface ; à l'intérieur de celui du milieu se trouve un serpentin dans lequel circule la vapeur ; les cylindres communiquent entre eux et sont remplis d'eau chauffée par la vapeur du serpentin. Chacun de ces poêles contient 900 litres d'eau à 60, 65 de<Trés, il est entouré d'un double manchon en tôle formant à l'air deux conduits dans l'un desquels il est en contact direct avec la surface des cylindres à ailettes, sur laquelle il se charge de calorique, tandis que dans l'autre, placé entre le premier et l'extérieur, il conserve à peu près sa température primitive. Un registre placé sur le trajet de l'air avant son arrivée au poêle rè"le son admission dans l'appareil de même qu'au-dessous de celui-ci se trouvent des vannes qui permettent, en laissant passer plus ou moins d'air chaud et d'air froid, de régler la température des salles à tous les étages et d'une façon indépendante pour chacune d'elles. Cet air pénètre dans les salles par trois orifices placés au centre des planchers et surmontés, au moins dans certaines d'entre elles, de poêles en fonte qui permettent au malade de «e chauffer à leur contact pendant la saison froide. Dans d'autres salles, au contraire, les bouches d'arrivée, placées au niveau du plancher, sont simplement recouvertes d'une grille. L'évacuation de l'air se fait par des bouches, naturellement plus nombreuses et plus petites que les bouches d'entrée et placées sur les parois verticales de chaque pièce. Ces bouches sont au nombre de 16,8 de chaque côté par salle de 24 lits; en réalité, il y en a 16 à la partie supérieure de la pièce et autant à la partie inférieure presque au niveau du plancher,
les premières devant servir exclusivement pendant l'été, les secondes pendant l'hiver. Celte disposition est rendue nécessaire par ce fait que l'air vicié par la respiration et la combustion est plus léger que l'air ordinaire, et que la bouche de sortie doit être placée au niveau où l'air est le plus vicié. Malheureusement ce niveau est aussi celui où se ressemble l'air chaud en hiver et, comme en cette saison le chauffage devient la principale préoccupation, on évacue l'air par les bouches inférieures pour conserver le calorique.
L'air est, en fin décompte, évacué par de grandes cheminées d'appel qui surmontent les bâtiments au nombre de six et à la partie supérieure desquelles sont installés des poêles à vapeur qui déterminent le tirage. Pour arriver dans ces cheminées l'air suit un trajet un peu différent suivant qu'il est évacué par les bouches d'été ou les bouches d'iiiver : dans le piemier cas, il est conduit dans les cheminées d'évacuation par le chemin le plus court et le plus direct ; dans le second cas, au contraire, il parcourt une galerie pratiquée dans l'épaisseur des murs et dans toute la hauteur de la salle (Du Cazal, La ventilation du nouvel Ilôtel-Dieu. In Gazette hebdomadaire, 1879, p. 17). Le prix de revient de ces appareils n'a pas été moindre de 500 000 à 600 000 francs. Les poêles à eau chauffés par la vapeur présentent de réels avantages hygiéni^iues et économiques, mais il sera toujours difficile, sinon impossible, de régler le système de vannes assez exactement pour introduire la quanlité d'air froid et d'air chaud nécessaire pour maintenir la température des salles à 18 degrés. Los boucjies d'évacuation ont 25 centimètres de côté, soit 0""',0625 de section qui, réduite d'un tiers par le fait du grillage, égale sensiblement 0'^i,04. La vitesse d'écoulement de l'air étant de l'",05 par seconde, la quantité d'air écoulé est de 0,104x1,05 = 0,6720; en multipliant ce chiffre par 3600, on a la quantité d'air débitée dans une heure. Cette quantité est de 2419 mètres cubes, soit environ 100 mètres cubes par heure et par malade dans une salle de 24 lits. Malgré ce chiffre élevé, il eût été préférable de ne pas placer les grillages ; le débit d'air eût été plus considérable et la vitesse d'évacuation moindre, ce qui eût été un double avan-
tage.
A l'hôpital militaire de Bourges, la ventilation est combinée au chauffai^e dans deux pavillons, ceux qui sont destinés au service de chirurgie. Les appareils sont dus à la maison Geneste et Herscher et ils se composent d'un poêle en fonte chauffé à la houille et enveloppé d'une chambre de chauffe pourvue de bouches de chaleur. L'air extérieur pris dans le jardin du pavillon, au niveau du sol, arrive par un tuyau d'appel dans la chambre de chauffe et s'échappe aune température assez élevée par les bouches de chaleur, après s'être hydraté en passant sur des réservoirs d'eau. Il monte alors vers le haut de la voûte ogivale et descend eu se refroidissant contre sa paroi. 11 est repris à peu près au niveau du sol et évacué par une cheminée d'appel. Celle-ci est chauffée en partie par le foyer qu'elle longe et en partie par le tuyau de fumée qu'elle enveloppe. Un de ces appareils est placé à chaque extrémité de la salle ; au milieu se trouve une double grille à foyer ouvert qui chauffe et ventile directement. Des clefs faciles à manœuvrer permettent de régler la ventilation. On peut fermer les bouches d'appel pratiquées au nombre de 24 vers le bas de la muraille, on peut aussi fermer la cheminée d'appel. En une heure, on devrait pouvoir élever de 10 degrés la température intérieure et obtenir 158 mètres cubes d'air nouveau par lit ; grâce à la multiplicité des bouches d'appel le renouvellement se produit sans qu'il y ait de courants d'air appréciables. La ventilation a lieu, comme
on l'a vu, par appel en contre-bas, elle est renversée; l'installation des appareils revient à 6000 francs par pavillon (Cli. Sarazin, L'hôpital militaire de Bourges. In Revue dlujgiène et de police sanitaire, dSTQ, p. 265).
Les résultats constatés jusqu'à présent n'ont pas été tout à fait satisfaisants; il résulte d'observations faites pendant l'biver 1879 par M. Dauvé et que j'ai pu moi-même renouveler que l'air pur du dehors passant par les conduits souterrains arrive en trop grande quantité dans les appareils et n'a pas le temps d'être échauffé suffisamment avant d'être versé dans les salles. Eln outre, les appels placés en bas des appareils ont paru trop énergiques et Tair pur à peine sorti des bouches de chaleur du calorifère se trouvait entraîné de nouveau par ces orilice-i avant d'avoir eu le temps de chauffer les salles.
Au nouvel hôpital de Saint-Denis, la ventilation est aussi combinée avec le chauffage; au centre de chaque salle se trouve un poêle en fonte, à feu nu et lariiement visible dont le tuvau vertical, de 8 à 9 mètres de hauteur, s'engage au centre d'une ciieminée circulaire vcntilatrice qui surmonte la voûte de plus de i mètre. Ce poêle assure un rapide renouvellement de l'air par le fait de l'ascension de la colonne échauffée au contact du tuyau de fumée. En outre, dans le sous-sol de chaque pavillon sont installés deux calorifères, du système Michel P<'rret, à élages multiples et qin' permettent de brûler toute espèce de combustibles purulents. Les conduites d'air chaud longent les parois des pavillons et aux deux extrémités de chaque trumeau correspond une bouche de chaleur (L. Dupuy, Le nouvel hôpital Saint-Denis. In Progrès médical, 1881, p. 842).
Enfin, au nouvel hôpital Saint-Éloi de Montpellier, outre la ventilation naturelle par les ouvertures, portes et fenêtres, deux calorifères établis dans le soubassement amèneront l'air chaud dans les salles à fleur de dallage. En outie, leurs tuyaux de cheminée établis dans les angles de la salle passeront le long des j>ignons dans deux manchons communiquant avec elle au niveau du dallage, dune section annulaire libre de 100 décimètres carrés et munis d'un registre de graduation à leur orifice. Ces deux manchons permettront d'évacuer chacun ."(600 mètres cubes d'air par heure à la vitesse de 1 mètre par seconde. Un troisième appareil pouvant se ti-ansformer à volonté en calorifère ou en cheminée à feu apparent, semblable à celui que M. ïollet a fait établir par la maison Geneste et Herscher à l'hôpital militaire de Bourges, sera en outre installé au centre de la salle collective. Le tuyau de cette cheminée est renversé et conduit audessous du dallage contre un angle de la salle pour remonter ensuite au-dessus des pignons. Gomme les tuyaux des deux autres calorifères, il est entouré d'un manchon ventilateur et un bec de gaz brûlant à l'intérieur en augmentera, s'il y a lieu, le tirage. Les trois manchons ventilateurs pourront évacuer ensemble 10 800 mètres cubes d'air par heure, soit près de 400 mètres cubes par lit, sans compter l'effet ventilateur de la cheminée quand le poêle fonctionnera à ce titre. Pour faciliter pendant l'été la ventilation de nuit au moyen des manchons, des becs de gaz pourront y être allumés dans leur partie supérieure ; une glace enchâssée sur ce point dans la paroi du manchon en laissera utiliser la lumière pour l'éclairage de la salle (Em. Bertin, Le nouvel hôpital Saint-Éloi de Montpellier, p. 33, 1879).
Gomme on le voit, si dans les deux grands hôpitaux de Paris, construits récemment, l'Hôtel-Dieu et Tenon, on a cru devoir recourir à des moyens com- 1 iexes et dispendieux de ventilation artificielle, dans les constructions les plus récentes composées de pavillons indépendants à un seul étage (Bourges, Saint-
Denis, Montpellier), on a pu se dispenser de ces appareils qui sont loin du reste, nous l'avons vu, de donner des résultats aussi satisfaisants que ceux qu'indique la théorie. En usant aussi largement que possible de la ventilation spontane'e, naturelle, par les ouvertures, et en lui venant en aide au moyen d'appareils simples où l'aspiration joue le plus grand rôle, on est parvenu à assurer aux salles de malades un air suffisamment renouvelé pour être toujours salubre.
Ces procédés simples de ventilation ont l'énorme avantage de fournir plus que de l'air pur, de l'air naturel et frais : c'est de cet air que les malades ont besoin et non d'air chauffé. Si la physique et la chimie n'y dénotent aucune altération, il n'en est pas moins vrai que, quand on se place près des bouches qui déversent l'air chaud dans les salles, on est affecté d'une manière désagréable : on respire mal dans les locaux chauffés par les calorifères. D'un autre côté, avec les systèmes de ventilation artificielle, l'air expulsé des salles est entrauié avec toutes ses impuretés, tandis que la ventilation naturelle aidée des cheminées à feu ouvert amène la destruction, au moins en grande partie, des substances miasmatiques de l'air vicié.
Pour présenter de bonnes conditions, l'air introduit dans une salle doit y arriver avec une certaine quantité de vapeur d'eau ; on admet généralement avec Darcet que pour être salubre l'air à 15 ou 16 degrés doit marquer environ 72 degrés à l'hygromètre, ce qui correspond à Ge'',4o d'eau par mètre cube d'air. D'après Bouvet {Des variations du degré hygrométrique de l'air chauffé. In Congrès d'hygiène de Paris, 1878, 1. 11, p. 235), pour contenir toujours la même* quantité d'eau qu'à 15 ou 16 degrés l'air des salles peut présenter des variations thermométriques de 10 degrés, ce qui est un écart maximum, tandis que l'hygromètre oscille entre 60 et 80 degrés. Dans leur mémoire sur La condition de Vair qu'il convient d' introduire dans les habitations chauffées et ventilées artificiellement, Genesie, Ilerscher et Somasco [Congrès international d'hygiène de Paris, 1878, t. I, p. 299), ont aussi posé en fait que le degré de saturation convenable de l'air était à 50 pour 100; on peut aller à 60 pour 100, mais jamais au-dessous de 40 pour 100 (baron deDerschau). — Les calorifères à air chaud, outre qu'ils subordonnent la ventilation au chauffage, sont inférieurs aux calorifères à eau chaude ou à vapeur, précisément parce qu'ils privent l'air de la vapeur d'eau qui lui est nécessaire; certains hôpitaux cependant, celui de Sainte-Eugénie à Lille, par exemple, reçoivent encore leur air de ventilation chauffé directement par un calorifère ordinaire à air chaud. On ne saurait trop répéter, avec M. Emile Trélat, qu'il faut s'attacher à modifier aussi peu que possible l'état dans lequel se trouve au dehors l'air que l'on y puise pour l'introduire dans les habitations, et il faut arriver, ainsi que le dit Bouvet, à amener l'air dans des conditions telles qu'il soit, comme au dehors, pur et sans cesse renouvelé.
L'air introduit doit se trouver à la température moyenne que l'on veut conserver dans les salles (Hudelo) : ventiler par de l'air préalablement très- échauffé, c'est réduire l'apport réel d'air neuf et déterminer la sursaturation hygrométrique dans les salles (Bouvet) ; d'un autre côté, l'accroissement de la température nécessite une ventilation plus énergique, et celle-ci étant augmentée nécessite à son tour un chauffage plus actif pour maintenir l'air à une température à peu près constante (Grassi). Pour toutes ces raisons le chauffage, qui peut et doit même être l'auxiliaire de la ventilation, ne saurait en être la condition indispensable, et il faut avant tout chauffer l'air, comme l'avait déjà dit Dennemont (thèse de
Paris, 1838), tout en le conservant pur. Aujourd'hui, les systèmes de ventilation artiQcielle par aspiration ou par pulsion ont évidemment fait leur temps, et des discussions comme celles qui ont encore eu lieu en 1 876 au Congrès d'hygiène de Bruxelles (Rapport de Bordian, t. I, p. 247), sur les meilleurs moyens de ventilation, de chauffage, etc., ne se reproduiront plus. L'appel lié au chauffage et l'introduction forcée par pulsion ne peuvent plus être considérés que comme des palliatifs insuffisants. Rien, on ne saurait trop le répéter, ne peut remplacer la ventilation naturelle, qui entre autres avantages présente celui de fournir l'air pris non-seulement au ras des murs de l'hôpital comme dans l'appel simple ou à quelques mètres, soit dans le sens horizontal, soit dans le sens vertical comme dans la propulsion mécanique, mais de Tair apporté de fort loin par l'action des vents (Gallard, Création, ventilation et chauffage des salles de malades dam les hôpitaux. In Mémoires de V Académie de médecine, 1865). Reconnaissant la puissance de la ventilation spontanée, naturelle, le général Morin lui-même en est arrivé à conclure que l'aspiration déterminée par de simples foyers et cheminées avec des ouvertures suffisantes et convenablement placées pour l'admission de l'air neuf en remplacement de l'air vicié et sans le concours d'aucun appareil mécanique constitue, sauf des circonstances exceptionnelles, le moyen le plus efficace pour obtenir une ventilation hygiénique aussi active qu'on puisse le désirer dans les lieux habités et en particulier dans les salles des grands hôpitaux, dans celles des hôpitaux de moyenne et de petite importance, susceptibles d'èlre chauffées par un foyer à feu apparent. Ces foyers constituent des moyens de ventilation aussi puissants qu'économiques; d'après le général Morin, avec un feu modéré, entretenu avec du bois ou avec de la houille, l'évacuation peut s'élever à 1200 mètres cubes par heure ou à 140 mètres cubes par kilogramme de bois brûlé et 200 cubes par kilogramme de houille brûlée. Gallard estime à 1400 mètres cubes la quantité d'air évacuée par heure par une cheminée. En bec de gaz n'est pas moins puissant : bien placé, par mètre cube de gaz consomme, il favorise l'évacuation d'au moins 2500 mètres cubes d'air.
Les avantages que présentent les cheminées à feu ouvert comme moyens de ventilation ne sauraient donc être contestés, et, oubliant les sommes énormes que coûtaient l'installation et l'entretien des appareils de ventilation artificielle, Husson objectait bien à tort que le chauffage des hôpitaux de Paris, qui, à l'aide des poêles, ne coûtait que o50 000 francs à l'Assistance publique, reviendrait avec des cheminées à 1 850 000 francs. Si l'on se rappelle les chiffres que nous avons indiqués en exposant les systèmes de ventilation de Lariboisière, on verra que l'économie du chauffage à l'aide des poêles n'est qu'apparente. Et du l'esté, étant donné la supériorité incontestable de la ventilation par les cheminées, les questions financières doivent être absolument reléguées au second plan. C'est donc à l'aide de simples cheminées que doit être assurée la ventilation dans les nouveaux hôpitaux et, lorsque la température extérieure est peu ilevée, au lieu d'introduire, comme le voudrait Gallard {Applications hygiéniques des différents procédés de ventilation. In Annales d'hygiène, 1868), de l'air pris par des cheminées d'appel dans certaines parties du bâtiment, les corridors, les cages d'escaliers où il aurait déjà, grâce à des calorifères, subi une certaine élévation de température, il est préférable de compléter le chauffage, s'il est insuffisant, par des tuyaux de circulation d'eau chaude, comme à l'hôpital de Gand. Les murs étant ainsi échauffés, le calorique rayonnant vient fournir à l'air de ventilation les quelques degrés qui lui manquent.
S'il importe d'introduire de l'air pur, aussi peu modifié que possible, il n'est pas moins nécessaire de l'amener en quantité suffisante. Les fixations auxquelles on s'était arrêté ne sauraient plus être admises aujourd'hui ; pour le général Moiin, le volume d'air à extraire et à introduire dans les salles de malades devait, suivant les circonstances, varier de 60 à 100 mètres par litre et par heure. Aujourd'hui on est devenu et, avec raison, encore hien plus exigeant : alors que la machine à Necker injectait jusqu'à 110 mètres cubes d'air par heure et par lit (Topinard, loc. cit., p. 50), on pouvait encore facilement constater dans la salle Saint- Pierre, réservée à la chirurgie, une odeur plus forte que celle que l'on trouve dans les salles des hôpitaux de Londres ventilés à l'aide de simples cheminées à foyer ouvert. Avec les bouches d'entrée suffisamment multipliées et les cheminées non-seulement on obtient une ventilation active, mais encore on renouvelle totalement l'atmosphère des salles, ce qui n'arrive pas avec les appareils de ventilation artificielle qui souvent amènent de l'air qui ne fait que traverser les salles sans se substituer aux couches viciées. S'il importe que l'air nouveau soit abondant, il n'est pas moins utile qu'il soit bien employé. Dans tous les calculs auxquels pendant longtemps on s'était livré pour fixer la quantité d'air nécessaire dans un milieu clos et habité, pour que l'atmosphère reste salubre on avait oublié un élément des plus importants : la capacité des locaux. Layet (de Bordeaux) s'est particulièrement occupé de cette question et il a établi des tarifs de ventilation ou, pour employer son expression, des coefficients de ventilation, en ne tenant compte que de la viciation due à l'homme vivant et en négligeant toutes les autres causes d'altération de l'atmosphère des salles.
Espaces Coefficient par heure
en mètres cubes. en litres d'air.
iO 61,000
Ces fixations, qui, sans être d'une exactitude mathématique, peuvent cependant servir de guide, ne sauraient faire oublier qu'il doit en être de l'air comme de l'eau dans les hôpitaux, c'est-à-dire que, pour qu'il y en ait assez, il faut qu'il y en ait trop. On a calculé que pour maintenir l'air à 0,5 pour 1000 d'acide carbonique il faut 200 mètres cubes d'air par heure et par tète ; pour le maintenir à 0,8 pour 1000, il en faut 50 mètres cubes (Roth et Lex).
On a non-seulement pensé à assurer la pureté de l'air avant son entrée dans les salles, mais encore à atténuer les causes de viciation pendant le séjour qu'il y lait et enfin à le débarrasser de ses impuretés à sa sortie. En faisant passer l'air à son arrivée à travers du coton, il s'y tamise et y laisse des germes morbides qu'il pourrait contenir (Pasteur) .#- Pour maintenir pendant l'été un degré d'hygroraétricité suffisant, HalIé avait déjà conseillé de faire passer l'air avant de l'introduire sur de grandes surfaces d'eau, ou bien encore de faire communiquer à l'aide de soupiraux les appartements avec des souterrains.
A Tenon, l'air n'est introduit qu'après filtrage à travers le charbon et une toile mouillée. Nous avons déjà indiqué le procédé à l'aide duquel à Lariboi-
sière on rafraîchit l'air pendant l'été dans les pavillons ventilés par propulsion. On a imaginé des appareils rafraîchisseurs et ventilateurs fort ingénieux ; nous citerons seulement ceux qui sont dus à de Garlaudat et Nézereaux (Josaglet, ingénieur, Moniteur scientifique du docteur Quesneville. — Ph- Delahaye. Rev2œ industrielle, 1877). Ils se composent d'une large plaque horizontale perforée de 60 000 à 120 000 trous par mètre carré; cette plaque est un crible à la surface duquel circule l'eau réfrigérante en couche mince et uniforme et au travers duquel l'air est insufflé par un ventilateur, ce qui fait passer l'air par jets continus à travers la nappe d'eau. On a constaté qu'en même temps il se produisait une certaine proportion d'ozone. On peut en outre imprégner l'eau ventilée d'une substance antiseptique, telle que l'acide phénique, et détruire ainsi les germes morbides que l'air introduit peut contenir. — Confiant absolument dans les découvertes récentes de la chimie, on crut à la fin du siècle dernier pouvoir rendre à l'air vicié des salles sa pureté et ses propi'iétés vitales à l'aide de procédés empruntés à la nouvelle science. Mais, on peut le dire tout de suite, les résultats obtenus étaient bien imparfaits et on ne pouvait obtenir qu'un replâtrage de l'air bien insuffisant. Il fallait rendre de l'oxygène et détruire les matières organiques : double but qu'on n'a jamais atteint que bien incomplètement.
Vicq d'Âzyr avait déjà vanté les fumigations avec l'acide acétique, lorsqu'en 1773 Guyton (de Morveau) eut recours aux fumigations chlorhydriques, d'abord à l'aide de l'acide chlorhydrique fumant, puis à l'aide du chlore luimême, comme le fît aussi Cruikshanks en 1797; c'est en soustrayant l'hydrogène aux matières organiques que ces fumigations peuvent contribuer à assainir un air vicié.
En 1780, James Carmichaël Smith avait employé les fumigations d'acide nitrique dans les hôpitaux de Winchester : il versait sur lo grammes de nitrate de potasse 15 grammes d'acide sulfurique pour une chambre de 27 mètres cubes. Pendant les dernières épidémies cholériques, on a pratiqué ces fumigations nitreuses pour purifier les salles, les objets de literie et les vêtements à l'usage des cholériques : comme les fumigations à l'aide du soufre, elles agissent en exerçant une action désoxygénante sur les matières organiques. Monat {Gazette des hôpitaux, 28 janvier 1862) a proposé de placer en permanence dans les salles quelques vases remplis de chlorure de chaux délayé dans une suffisante quantité d'eau. D'après Uamon (de Luna), l'acide hypoazotique, bien moins dangereux pour l'homme que le chlore et l'acide nitrique fumant, serait le type des agents chimiques susceptibles de détruire les miasmes atmosphériques.
Il s'est assuré au moyen du septomètrc de Smith (au permanganate de potasse) qu'en un moment donné l'acide hypoazotique était, de tous les gaz pouvant être employés dans ce but, celui qui réduisait le «plus la quantité de matières organiques contenues dans l'atmosphère.
A l'hôpital de Versailles, on a employé avec succès le moyen suivant pour obtenir un dégagement continu d'oxygène [Annales d'hygiène, t. XLIV, p. 202, 1875), On place à l'extrémité des salles un bassin contenant 500 grammes de peroxyde de manganèse, 5 kilogrammes de solution d'hypochlorite de chaux, pour obtenir un dégagement continu d'oxygène [Extrait du Rapport général sur les travaux du Conseil d'hygiène de Seine-et-Oise, par T. Rabot).
Au lieu d'oxygène simple, on a surtout cherché à dégager dans les salles de l'ozone. Si l'on en croit Œttler, Ebermeyer, ce corps détruit les gaz méphitiques,
tous les petits organismes, agit comme tonique sur la nutrition et stimule les fonctions d'innervation. Gallard, convaincu de l'efficacité de cet agent pour détruire les miasmes organiques, va jusqu'à poser en fait que 20 mètres cubes d'air ozonisé sont préférables ù 100 mètres cubes d'air privé d'ozone {Procédés de chauffage et de ventilation. In Annales dlujgiène, 1868). Cette opinion toute personnelle n'est rien moins que démontrée.
Il résulte de rechercbes entreprises par Saint-Pierre, agrégé de Montpellier {Montpellier médical, t. XII, 1864), que les ventilateurs, les machines à propulsion, ont en particulier pour action d'ozoniser une certaine quantité d'oxygène. Dès 1862, Ch. Delahousse avait proposé de dégager artificiellement de l'ozone dans les salles de malades pour y détruire les miasmes par le procédé Leroux. Il consiste à prendre un fil de platine en forme de spirale et à le rendre incandescent au moyen d'un simple élément de Bunsen. On ne tarde pas à sentir audessus de l'entonnoir qui concentre l'air échauffé pour le répandre ensuite dans la salle l'odeur caractéristique de l'ozone confirmée par la réaction du papier de Schœnbein {Ozonisation artificielle. In Gazette des hôpitaux, 1862). Richardsou et Backer ont proposé de développer de l'ozone en plaçant du phosphore dans une bouteille remplie deau et en mesurant lintensité du dégagement avec le papier iodé. D'après Ruff (Z,e/irè?/c/i der organischen Chemie. Erlangen, 1868, p. 244), on obtient un dégagement continu d'ozone par un mélange de permanganate de potasse et d'acide sulfurique.
Pour produire de l'ozone, H.-D. Hall a utilisé une machine auto-excitatrice de lloltz, modifiée et munie d'un passage pour l'air. L'admission de ce gaz se fait par des trous percés à l'une des extrémités, tandis que l'autre est munie d'un ventilateur. Au milieu du passage sont disposés des peignes entre lesquels s'opère la décharge électrique, et leur installation est telle que l'air forcé de circuler autour d'eux est rapidement saturé d'ozone.
Récemment M. Peyrasson {Journal médical de la Haute- Vienne) a proposé de purifier l'air des salles d'hôpitaux à l'aide de l'azotile d'éthyle qu'il considère comme un des meilleurs antifermentescibles et antiputrides. Il emploie à cet effet un mélange de 4 parties d'alcool à 90 degrés et 1 partie d'acide azotique à 56 degrés, en mettant chaque soir 50 grammes de ce mélange pour 100 mètres cubes d'air dans des capsules de porcelaine disséminées dans les salles et qu'on pourrait placer à la rigueur sur des vases d'eau chaude. Tout le monde sait que Polli a préconisé dans le même but les solutions de sulfite de soude. Enfin, pour désinfecter les salles, détruire les miasmes suspendus dans l'air, on a encore conseillé de recourir aux aspersions, aux pulvérisations phéniquées (Spray de Lister). Sait (de Birmingham [the Lancet, mai I871j) a proposé d'obtenir la volatilisation de l'acide phénique en le plaçant au-dessus d'une lampe à alcool disposée à cet effet. On peut aussi simplement mélanger de lacide phénique à de la sciure de bois et répandre cette dernière sur le plancher. Tous ces moyens de désinfection, de purification, peuvent avoir leur utilité dans certaines circonstances, mais on ne saurait leur accorder une grande puissance et une réelle efficacité; rien ne saurait, encore une fois, remplacer un renouvellement rapide de l'atmosphère de salle à l'aide d'un air pur pris au dehors et n'ayant subi aucune altération. Dans un mémoire lu le 14 mars 1870 à l'Académie des sciences {Sur les moyens de détruire les miasmes contagieux des hôpitaux tant dans l'air des salles que dans celui qui est expulsé sur les villes par les différents systèmes de ventilation en usage), C. ^Yœstyn préconise
l'emploi du feu pour brûler les germes organiques contenus dans l'air vicié des salles au moment de son évacuation, afin d'éviter qu'ils se répandent dans l'atmosphère extérieure. Félix (de Bruxelles), au Congrès d'hygiène, en 1876, a aussi insisté sur les avantages que présentait l'emploi des becs de gaz placés dans les cheminées d'évacuation non-seulement pour activer le tirage, mais encore pour détruire les miasmes contenus dans l'air vicié. Enfin, dans la séance du 4 avril 1870, à l'Académie des sciences, Piarron de Mondésir lut une note portant pour titre : Ventilation par l'air comprimé. Purification et rafraîchissement de V air nouveau; désinfection de Vair vicié, dans laquelle il propose dans le même but de pulvériser un liquide désinfectant au milieu du jet d'air qui est lancé à la base de chaque cheminée de ventilation. L'importance de cette disposition n'est pas absolument démontrée.
XI. CifAUFFAGE ET ÉCLAIRAGE. La température des salles de malades doit être uniforme, mais il n'est nullement nécessaire qu'elle soit aussi élevée qu'on l'a pendant longtemps supposé. A part certaines affections, la scarlatine, par exemple, dans lesquelles les refroidissements sont à redouter, une température modérée est préférable. En France, on estime que dans une salle d'hôpital on doit cnnsijimment trouver de 14 à 16 degrés; en Allemagne, d'après Roth et Lex, on exige de 10 à 20 degrés. De Chaumont demande de 64 à 65 degrés Fahrenheit (17 à 18 degrés centigrades, avec une différence seulement de 4 à 0 degrés entre le thermomètre sec et le thermomètre humide). En Angleterre, on se contente de chiffres légèrement inférieurs. INous avons déjà vu que sous les tentes et les baraques la température peut s'abaisser fortement sans qu'il en résulte d'accidents pour les blessés ou les malades, et dans certains hôpitaux, à l'hôpital militaire de Lille, par exemple, on a pu voir la température descendre jusqu'à -\- 5 degrés, et cependant les malades ne pas présenter de complications imputables à l'action du froid (J. Arnould).
Les cheminées à foyer ouvert, dont nous avons déjà énuméré les avantages comme appareils de ventilation, constituent aussi, sinon les plus économiques, au moins les plus agréables et les plus salubres moyens de cbauffage. Elles ont, il est vrai, le grave inconvénient de n'utiliser que 12 pour 100 du calorique développé par le bois qu'elles consument, mais rien ne saurait remplacer la chaleur rayonnée lumineuse qu'elles développent et qui, s'accumulant dans les murailles, est ensuite rendue à l'air nouveau introduit pour en élever la température. C'est avec beaucoup de raison que Michel Lévy a dit : « Autre chose est de recevoir la chaleur par l'intermédiaire de l'air qui sort de canaux chauffés, qui se dégage d'un poêle, la chaleur obscure, ou d'un foyer incandescent qui exerce sur l'organisme \\n peu de cette influence pénétrante et plastique qui est le propre de la radiation solaire ; l'air surchauffé à coup sûr n'est pas de l'air normal. »
En France, le chauffage par les cheminées ouvertes est loin d'être encore généralisé ; eu Angleterre, depuis longtemps on y a presque exclusivement recours. Chaque salle en possède au moins une, quelquefois trois ou quatre; il y a des cheminées allumées jusque dans les corridors, les escaliers, les vestibules d'entrée. En été comme en hiver on y fait du feu, au moins dans la cheminée de l'office, et toujours les fenêtres sont largement ouvertes ; l'air appelé par le puissant tirage des cheminées entre par les jointures des portes et fenêtres ; les malades jouissent ainsi de la. vue du feu, de l'utile impression du
rayonnement direct ; ils'se groupent autour des foyers et respirent un air qui n'a pas été modifié par le contact des surfoces de chauffe ou de conduites brûlantes.
Les calorifères à air chaud ont le grand inconvénient de dessécher l'air en l'apportant et les surfaces de chauffe sur lesquelles il doit passer peuvent apporter dans sa composition des modifications plus graves encore (production d'oxyde de carbone en particulier). En confectionnant les surfaces de chauffe et les tuyaux de conduite en briques ou en poteries vernissées, on peut atténuer ces dangers : c'est ainsi qu'on a installé les calorifères à la Maternité de Saint- Pétersbourg, en même temps qu'on a assuré à l'air le degré d'humidité convenable en disposant dans le haut de la chambre de chaque calorifère une nappe d'eau d'une surface de 9 mètres carrés (baron de Derscliau). Si, en Russie et en Allemagne, on conserve encore ce mode de chauffage, ce n'est qu'à cause de sa puissance calorifique et peut-être aussi de sa peu coîiteuse installation. Les appareils à air chaud, dans lesquels l'air envoyé dans les pièces retourne au calorifère, ne sauraient jamais être utilisés, car, si on supprime la prise d'air extérieure, on est exposé à faire circuler plusieurs fois le même air au contact du calorifère et à faire respirer par conséquent un air déjà vicié. Le lazaretbaraque de Berlin (Chanté) est chauffé par la circulation incessante d'air chaud ; cette installation mérite une courte description. Chaque appareil se compose d'un poêle dont le tuyau est recourbé en serpentin pour donner |dus de chaleur. Ces poêles sont enfermés dans une cheminée de faïence avec un luyau d'appel. L'air chaud s'échappe de cette cheminée par des bouches de chaleur pratiquées au milieu de sa hauteur et par sa partie supérieure ; de là il se l'épand dans la baraque. Après s'y être vicié, il pénètre au moyen d'orifices placés près du plancher dans l'espace vide qui sépare la double cloison des baraques, le traverse en entourant la baraque d'une couche chaude et est évacué jiar le tuyau d'appel; la chaleur développée tout à côté par le poêle y active le tirage et l'air vicié se répand dans l'atmosphère à une hauteur de 4 pieds au-dessus du Reiterdach. Les résultats donnés par ces appareils sont, paraît-il, satisfaisants (Chantreuil, loc.cit., p. 21).
Nous n'avons pas à décrire ici les appareils de chauffage par circulation d'eau chaude, dont il a déjà du reste été question à propos du système Léon Duvoir de ventilation et de chauffiige installé dans les pavillons de gauche de Lariboisière. Théoriquement, ces appareils, fonctionnant à basse pression, procurent une température égale, modérée, qui se conserve longtemps et qui ne souille l'air ni de poussières ni de fumée. Mais ils sont compliqués, d'une installation coûteuse, et exposés à des ruptures par suite de la pression que de grandes masses d'eau circulant dans un vaste bâtiment produisent sur les parties inférieures de l'appareil. On a pensé à utiliser dans les stations thermales les eaux minérales chaudes elles-mêmes pour assurer le chauffage des habitations. A Chaudesaigues (Cantal), de l'eau sortant de terre à 90 degrés est envoyée par des tuyaux dans les maisons particulières, et à Amélie-Ies-Rains l'hôtel Pereire est chauffé [à l'aide de la circulation de l'eau thermale dans des tuyaux en plomb de 55 millimètres à 5 centimètres de diamètre. Bouillard, pharmacien principal {Chauffage de l'hôpital militaire d'Amélie-les-Bains par la circulation d'eau thermale dans des tuyaux en fonte. In Annales d'hygiène, S*" série, t. XLVl, 1876), a proposé de chauffer ainsi l'hôpital militaire : avec 520 mètres cubes d'eau par vingt-quatre heures on pourrait, selon lui, maintenir une
température de 14 à 16 degre's, sans d'ailleurs détruire les propriétés thérapeutiques de l'eau minérale. Outre la dépense sérieuse que nécessiterait une pareille installation, on a objecté que les bâtiments n'étaient pas assez solides pour supporter partout des tuyaux d'eau thermale, et jusqu'à présent ce projet n'a pas été mis à exécution.
Les appareils de chauffage par la vapeur, commodes pour distribuer la chaleur à toutes les parties d'un grand établissement, ont l'inconvénient d'être d'un fonctionnement inégal : des condensations brusques et imprévues peuvent nonseulement rompre les tuyaux, mais encore déterminer des chocs bruyants. A Mo;ibit, les baraques sont ainsi chauffées par de la vapeur qui circule dans des tubes attenant à la paroi, à 1 pied environ du sol.
Aujourd'hui les appareils qui paraissent devoir être préférés pour amener ou plutôt compléter le chauffage des hôpitaux sont les appareils à chauffage combiné par l'eau et la vapeur. Un pareil système fonctionne à l'hôpital militaire de Vincennes, installé d'abord par Grouvelle tils et modifié en 1875 par Geneste et Ilerscher. Un modérateur envoie la vapeur circuler par un serpentin à travers l'eau d'un réservoir d'où elle revient, condensée par un tuyau descendant. Le réservoir ainsi chauffé devient lui-même le point de départ et l'aboutissant de retour d'un circuit d'eau chaude.
l\ous avons déjà décrit le système de chauffage de l'IIôtel-Dieu par circulation de vapeur et échauffement des poêles à eau. A l'hôpital Tenon, à Ménilmontant, on a installé à grands frais un système analogue où tout semble prévu pour obtenir les meilleurs résultats, et dont nous emprunterons la description à Iludelo :
Les appareils de chauffage sont des poêles à eau chauffés par la vapeur ; ils sont formés de tuyaux verticaux à nervures ; les uns sont à neuf tuyaux, les autres à cinq ; les appareils à neuf tuyaux sont enfermés dans une chambre en maçonnerie de 2"',70 de long sur 98 centimètres de large ; les tuyaux ont un diamètre intérieur de 25 centimètres -, leur diamètre extérieur est de 266 millimètres, les cannelures ont une saillie de 5 centimètres. Chaque tuyau a une hauteur totale de 5™, 20; il est formé de deux manchons cannelés réunis par un joint de caoutchouc; le premier manchon a une hauteui' totale de 1™,20; la hauteur du second, placé au bas du tuyau, est de l'",80 ; chaque manchon présente à chacune de ses extrémités une partie lisse de 10 centimètres de hauteur, le reste de sa hauteur est occupé par les cannelures. Le tuyau est complété par deux chapeaux lisses, l'un en bas, l'autre en haut, dont la hauteur est de 10 centimètres. Chaque chapeau est muni d'une tubulure ayant 50 millimètres de diamètre intérieur et 80 de hauteur. Les tubulures inférieures, ainsi que les tubulures supérieures, sont reliées par un tube en cuivre rouge de 8 centimètres de diamètre intérieur formant une couronne allongée; la couronne supérieure porte deux petits robinets destinés à l'évacuation de l'air ; aux deux extrémités de chaque couronne sont des tubulures destinées à relier entre eux par des tubes tous les appareils d'un même bâtiment. La circulation intérieure communique avec un vase d'expansion placé au rez-de-chaussée. Le tuyau à nervure placé au milieu et en avant des appareils de chauffage renferme, dans sa partie inférieure, un serpentin paz'couru par la vapeur et destiné à chauffer l'eau générale dans ce tuyau; ce serpentin a l'^jOO de hauteur.
Quant à la chambredans laquelle les tuyaux sont renfermés, ses parois sont
formées au fond par des poteries creuses embrassant les tuyaux de fond et laissant entre elles et ces tuyaux un vide de 10 centimètres dans lequel circule l'air ; sur les côtés d'un mur en briques creuses de 20 centimètres d'épaisseur, jointoyé en ciment ; en façade d'un coffrage en tôle s'appuyant sur un poitrail en fer et qui est destiné à laisser passer l'air froid sans contact avec les tuyaux; ce coffrage est divisé en cinq compartiments, dont quatre cintrés embrassant les tuyaux de face comme les tuyaux du fond et un cinquième plus étroit au centre et dans lequel passe le tuyau qui amène la vapeur dans le serpentin. Le coffrage et les neuf tuyaux reposent sur des poitrails posés sur fondation en meulière, à 80 centimètres au-dessous du sol du sous-sol. Les deux murs latéraux en briques creuses s'appuient sur ces mêmes fondations; celles-ci forment une cbambre inférieure dans laquelle viennent déboucher deux pénétrations voûtées de 40 centimètres de large sur 60 de hauteur percées dans la galerie de ventilation, et amenant l'air dans l'appareil et dans le coffrage antérieur. L'air qui a traversé l'appareil, ainsi que celui qui a traversé le coffrage, arrivent à la partie supérieure de l'appareil dans deux compartiments spéciaux et sont lancés dans les gaines de ventilation où ils se mélangent ; en réglant au moyen de registres chacun de ces deux courants, on obtient la température convenable et on la maintient constante. Quand la température varie peu, au lieu d'agir sur les registres d'air, on ouvre plus ou moins les conduits de vapeur.
Le ciiauffage est obtenu au moyen de quatre chaudières de 75 chevaux chacune du système Thomas et Laurens, munies de réchauffeurs et fournissant la vapeur à la fois aux machines et aux appareils de chauffage. La vapeur est prise sur chaque chaudière au moyen d'un tuyau en cuivre rouge de 10 centimètres de diamètre; ce tuyau suit la galerie en sous-sol dans un caniveau en meulière, construit dans l'axe du chemin de fer et dans lequel se trouve également le tuyau de retour; ce caniveau passe sous les cuisines et vient s'ouvrir dans un autre caniveau qui lui est perpendiculaire et qui traverse l'hôpital. En outre des branchements destinés aux pavillons isolés (femmes en couches, varioleux), ce dernier caniveau reçoit quatre branchements perpendiculaires pour les quatre bâtiments principaux. Ces tuyaux ont 6 centimètres de diamètre et se divisent en d'autres tubes de 3 centimètres qui fournissent la vapeur à chacun des appareils de chauffage. Ces tuyaux montent au devant de chaque appareil dans le coffrage dont il a déjà été parlé; l'eau de retour s'échappe par un tuyau de cuivre de 2 centimètres de diamètre qui vient se réunir à un tuyau disposé parallèlement à la conduite de vapeur et qui a 5 centimètres de diamètre; les tuyaux de retour se réunissent définitivement en un tuyau de 5 centimètres de diamètre (Peclet, Traité de la chaleur, A" édition par Hudelo). — Le chauffage du Barnes Hospital est aussi assuré par la circulation de l'air neuf autour de poêles à eau ; ce système y donne des résultats satisfaisants et permet de maintenir par tous les temps une température d'environ 70 degrés Fahrenheit (Hunlington, loco citato, p. 20).
Quels que puissent être les avantages présentés par des appareils aussi compliqués, ils ne sauraient être destinés à se généraliser, et dans les nouveaux hôpitaux, à l'hôpital militaire de Bourges, à l'hôpital civil de Saint-Denis, au futur hôpital Saint-Éloi de Montpellier, ce sont, nous l'avons déjà vu, de simples cheminées ou poêles ventilateurs, du système Michel Perret ou du système Geneste et Herscher, qui suffisent à assurer le chauffage des salles. Avec des pavillons isolés, sans étages, et des salles peu étendues, ces appareils simples,
agréables et économiques, paraissent répondre à tous les besoins. A l'hôpital Herlford à Levallois-Perret, l'air, après s'être échauffé au contact de surfaces de chauffe produites par un calorifère placé dans les caves, s'élève jusqu'à une chambre de chaleur oiî différents conduits en permettent l'ascension dans les locaux où l'on doit élever la température, l'admission de l'air chaud étant réglée par des bouches de cbaleur à ouverture variable placées au niveau du parquet dans l'axe des petites fenêtres; les tuyaux d'eau chaude qui parcourent longitudinalement les salles Sir Edward et Lady Alexandra, tout en concourant au chauffage de ces pièces, ont surtout pour but de remédier à l'irrégularité toujours possible de la conduite du feu, la température de l'air chaud amené par les bouches de chaleur variant immédiatement avec l'activité du foyer (Samson). A Berlin, dans les hôpitaux civils et militaires de construction récente, on utilise un appareil simple de chauffage qui assure en même temps la ventilation; il se compose de deux poêles ventilateurs ordinaires à double enveloppe, à travers laquelle circule en s'échauffant l'air neuf qui arrive du dehors par un conduit placé sous le plancher; les tuyaux de fumée qui ont leur orifice assez près du sol vont obliquement l'un vers l'autre pour se réunir en un tuyau unique qui monte directement vers le toit. « Ce tuyau unique est entouré d'une large gaîne concentrique en tôle qui, partant du plancher, va s'ouvrir au-dessus du toit, et qui à sa partie inférieure est percée d'une fenêtre grillagée par laquelle l'air de la salle est aspiré dès que les poêles sont allumés et que l'air de la gaîne est échauffé. Cette disposition combine l'extraction de l'air vicié avec l'introduction de l'air neuf, elle enlève l'air vicié par la partie la plus voisine du sol, et enfin l'air neuf, étant plus chaud que celui de la salle, monte directement vers le plafond, d'où il est constamment déprimé vers le bas par les couches qui suivent, et n'est évacué qu'après avoir servi à la respiration et au chauffage » (Richard, Le musée d'hygiène de Berlin. In Revue d'hygiène, 1886, p. 1023).
L'éclairage artificiel au moyen de lampes à huile ou à pétrole, qui sont pour l'atmosphère dans un lieu clos une cause puissante de viciation, tend à disparaître dans les hôpitaux. L'éclairage au gaz, en adoptant toutefois certains dispositifs particuliers, lui a été substitué. Employé pour la première fois par l'ingénieur Lebon, à la fin du siècle dernier (Chaptal, Industrie française, 1819), ce fut précisément dans un hôpital de Paris, à Saint-Louis, que Pauwels l'installa tout d'abord d'une façon complète (Germinet, Le chauffage -par le gai, p. 1).
On a imaginé des appareils destinés à porter directement au dehors les produits de la combustion du gaz. On peut citer en particulier le dispositif de Faraday, perfectionné par Piutter, dans lequel la flamme est enveloppée d'un globe de verre portant à sa partie supérieure une ouverture par laquelle les produits de combustion s'échappent dans un tube de métal qui les conduit à l'extérieur. Dans les casernes et hôpitaux anglais, ainsi que dans les hôpitaux de l'Allemagne du Nord, un entonnoir renversé de 25 centimètres de diamètre est suspendu à 1 mètre au-dessus de la flamme, et de son fond part un tube qui se termine au dehors ou aboutit à une cheminée d'appel. Parfois la grande quantité d'eau qui se condense le long des tubes d'évacuation vient entraver le fonctionnement de ces appareils.
A Tenon, tous les services de l'hôpital sont éclairés au gaz. L'éclairage des salles présente seul une disposition particulière : le gaz est enfermé dans un dtuble tube, le second tube étant destiné à recueillir les produits de la combus-
lion ; le gaz non biùlc aboutit à un tuyau noyé dans la plancher supérieur et en communication avec les gaines d'extraction de l'air vicié des salles.
A l'hôpital militaire de Bourges, l'éclairage au gaz a été aussi adopté. Dans les salles de malades, il y a appliquées contre les murs trois grandes lanternes vitrées bien fermées et pourvues de volets mobiles. Le cliapiteau de ces lanternes se termine par un tuyau de fumée qui aboutit à une cheminée percée dans la muraille, allant s'ouvrir au niveau du toit et contribuant à la ventilation de la salle. Les gaz de la combustion s'échappent par ce conduit et, si une fuite avait lieu par le robinet ouvert, le gaz suivrait nécessairement la même voie d'échappement.
L'éclairage électrique est destiné à se substituer à l'éclairage au gaz. A l'hôpital de Sabbatsbeig à Stockholm l'éclairage électrique établi depuis 1884 et comprenant 228 lampes à incandescence a fourni des résultats satisfaisants. Le Landessanitàtsrath de la Basse-Autriche a résolu d'employer dans les hôpitaux de Vienne la lumière électrique. On doit d'abord faire un essai dans un petit hôpital. — Au nouvel hôpital du Havre, pour la première fois en France ce mode d'éclairage a été installé. L'administration a utilisé les deux générateurs de vapeur et la machine de 15 chevaux établie dans le sous-sol de la buanderie pour les besoins de ce service. Ces appareils fonctionneront de jour pour le service du blanchissage et la nuit pour celui de l'éclairage. Les générateurs électriques se composent de trois machines du système Gramme à double enroulement. Ils alimentent 47 lampes de 2 carccls réparties dans les salles et 20 lanternes réprésentant 59 lampes placées dans les jardins, soit en tout 106 lampes de 2 carcels ou de 20 bougies. Chaque appareil est pourvu d'un commutateur permettant l'extinction séparée de chacune des lampes. 11 y a également un commutateur général pour l'allumage de toutes les lampes ou pour leur extinction simultanée. Des bouchons de sûreté ont, en outre, été placés à différents endroits du parcours, en vue de parer aux accidents, s'il s'en produisait, dans le circuit.
Les appareils sont reliés aux dynamos par des fils et câbles recouverts de gutta-percha établis, partie souterrainement, partie en élévation, au moyen de potelets scellés sur les murs d'enceinte. Les fils sont divisés en quatre circuits convergeant au local des machines d'où l'on peut surveiller l'intensité de la lumière des lampes branchées sur chacun de ces circuits et régler aussi la force motrice proportionnellement au nombre de lampes allumées.
XII. Locaux ACCESSOIRES. A.. Latrines. L'installation défectueuse des latrines est bien souvent encore pour les hôpitaux une cause sérieuse d'infection. Suivant l'emplacement de l'hôpital et aussi selon qu'il doit être permanent ou temporaire, on peut adopter l'un des trois grands systèmes de vidange : par canalisation ou conduite à l'égout, par enlèvement ou par enfouissement. Ce n'est pas sans étonnement que l'on trouve dans le Rapport sur les travaux des conseils d'hygiène et de salubrité du département du JSord pendant Vannée 1879 les fosses fixes considérées comme^étant seules de nature à satisfaire aux exigences de la salubrité et aux conditions économiques (Meurein). La conduite directe des matières à l'égout lorsqu'elle est possible et convenablement pratiquée — le doute ne saurait être permis aujourd'hui — constitue le mode d'évacuation le plus hygiénique : un égout collecteur bien disposé dans lequel viennent se rendre les tuyaux des fosses d'aisances, des bains, des cuisines, des buanderies, et qui débouche, se déverse dans un cours d'eau, présente des avantages supé-
l'icurs à ceux de tout autie système. Possible dans un grand nombre d'hôpitaux permanents, il peut parfois être utilisé même pour des hôpitaux provisoires : ainsi à l'hôpital de Sedgwich, pendant la guerre de la Sécession, les vidanges étaient déversées directement dans le lac Ponchartrain. Le système de l'enlèvement à l'aide de tinettes, en d'autres termes, le système des fosses mobiles, parait devoir être tout particulièrement utilisé pour les hôpitaux ; d'une part, il peut facilement se combiner avec la désinfection des matières et il permet mieux que tout autre la séparation des matières solides et des matières liquides. Les systèmes Goux, en France, MûUer, Schûr, en Allemagne, trouvent dans les hôpitaux leur meilleure application. Les tonneaux mobiles doivent être garnis préalablement de substances désinfectantes, soit simplement de terre sèche, soit de matières variées, comme dans le système Goux (poussières et balayures des greniers à fourrages, déchets de graine, crottin sec de cheval, débris de tourbe, de fanes sèches), ou dans le système Pétri (tourbe, débris de charbon de terre et de goudron de houille, que l'on étend en [)Oudre sur les matières conjointement avec les cendres et les balayures). En Allemagne, un système analogue dit système Suvern a pris une certaine importance : les matières tombent dans un récipient contenant un liquide désinfectant particulier qui détruit instantanément tout dégagement méphitique et toute mauvaise odeur (J;eger et Sabouraud, loc. cit., p. 47). Dans plusieurs hôpitaux, à Leipzig, à Dresde, de semblables latrines peuvent être placées dans les salles elles-mêmes, sans qu'on puisse y constater aucune odeur particulière, si ce n'est celle de l'acide phénique. Le mélange de l'architecte Suvern se compose de : chaux 50 kilogrammes, goudron 7 kilogrammes 1/2, chlorure de magnésium 7 kilogrammes 1/2. La chaux est éteinte dans de l'eau chaude et l'on y verse tout de suite du goudron en ayant soin d'agiter le mélange et en versant dessus de l'eau chaude pour l'empêcher de se prendre en masse compacte, puis on y ajoute le chlorure de magnésium que l'on a fait dissoudre à l'avance dans un vase fermé. Le poids d'eau est égal à cinq fois celui des autres matières. A Montpellier, les récipients seront en tôle galvanisée qui contiendront des matières absorbantes et désinfectantes mises en mouvement après l'entrée des matières par des clapets automoteurs.
Dans les établissements provisoires, l'enfouissement entouré de certaines précautions peut rendre des services ; les fosses improvisées doivent avoir au moins trois pieds de profondeur ; à Cuba, les Espagnols durent réglementairement les creuser à une profondeur de 7 à 8 mètres ; chaque jour et même plusieurs fois par jour de la terre mélangée de tourbe, de charbon, de sable, de cendres, de chaux, est projetée sur les matières, puis foulée solidement. Bien surveillés, changés assez souvent, ces earth-closets peuvent, dans des établissements temporaires, être utilisés avec avantage.
Jusqu'à une époque rapprochée de nous, les lieux d'aisances dans la plupart des hôpitaux étaient établis d'après le système dit à la turque. Celte disposition d'une simplicité toute primitive avait pour avantages de pouvoir être utilisée et comme lieux d'aisances et comme récipient de tous les liquides, de toutes les matières provenant des salles de malades, mais la communication directe et permanente avec la fosse, l'imprégnation du sol et des murs par les matières et les urines, étaient autant de causes inévitables de mauvaises odeurs et même d'émanations putrides qui se répandaient jusque dans les salles voisines et les escaliers. C'est pour parer à ces graves inconvénients qu'ont été successivement installés à l'hôpital Saint-Louis, à Saint-Antoine, à Necker (docteur Mandard,
i864, Gazette des hôpitaux, p. 484), à Lariboisière, à la Chanté, ;i la Pilié tt à la Maison de santé, des cabinets d'aisances avec siège en cliène ciré et munis d'abord de cuvettes anglaises du système .lennings. Cette cuvette en faïence est pourvue d'un siphon renversé aboutissant au tuyau de chute. La communication entre la cuvette et le siphon peut être établie ou interceptée à volonté par la manœuvre d'un tampon qu'on soulève à la main au moyen d'une tige et d'un bouton. La cuvette est maintenue à moitié pleine d'eau, de telle sorte que les matières tombent directement dans l'eau et ne peuvent que très-rarement salir les parois. Lorsqu'on soulève le tampon, l'eau existant dans la cuvette se précipite dans le siphon et de là dans le tuyau de chute entraînant les matières, sans qu'il puisse s'établir avec la fosse de communication pouvant donner issue aux gaz. Lorsque le tampon retombe sur son siège, la soupape d'admission de l'eau s'ouvre d'elle-même et donne passage à un ilôt d'eau qui vient de nouveau remplir à moitié la cuvette. Cet appareil prévient d'une manière complète les émations insalubres, mais il a l'inconvénient de consommer 7 à 8 litres d'eau par manœuvre. Afin de réduire le volume d'eau, le tampon de fermeture qui se trouve dans un cylindre latéral à la cuvette a été remplacé par une valve qui vient s'appuyer sur la cuvette elle-même; le volume d'eau est ainsi réduit à 5 ou 4 litres et de plus le départ des matières devient plus facile. Dans les nouveaux appareils, le siphon et le cylindre dans lequel se meut la tige de manœuvre sont tous les deux en fonte galvanisée. La cuvette seule est en }X)rcelaine et est mastiquée dans une rainure ménagée dans la fonte ^A. Husson, Notice sur les lieux d'aisances perfectionnés établis dans les hôpitaux de Parix \ Annales d'iujgiène publique, 1870, avril, p. 296 ). A l'hôpital d'Homerton, i'oriûce de la cuvette se trouve continuellement en contact avec l'air extérieur, par le fait du mécanisme du à un suiiple couvercle à bascule. Cette même planche à bascule ferme l'orifice de ventilation lorsqu'on se sert de la cuvette.
A l'exposition sanitaire et médicale de Londres en 1881, on pouvait voir dans les galeries de Soulh-Kensington un système de water-closet encore plus ingénieux sans soupape et à siphon hydraulique. La cuvette présente sur la paroi antérieure verticale une vaste ouverture par laquelle l'urine et les matières fécales se rendent dans une des branches du siphon hydraulique servant d'intermédiaire au tuyau qui communique avec l'égout ou la fosse. Dès qu'on s'assied sur le siège, une grande quantité d'eau formée par de petits jets convergents s'écoule tout autour du récipient, de façon à le laver continuellement pendant toute la durée de l'oiiération et ù ne permettre aucun dépôt de matières. Cet appareil, entre autres avantages, a celui de ne pas nécessiter un acte volontaire pour son fonctionnement; c'est lorsque le malade s'assied que l'eau s'écoule et vide la cuvette. Depuis longtemps fonctionne à l'hôpital de la garnison de Berlin un mécanisme qui rend aussi l'irrigation indépendante de la volonté du malade ; au moyen d'un ressort, la porte de chaque cabinet est mise en communication avec la bascule de la cuvette, de telle sorte que chaque fois que la porte s'ouvre elle fait tomber la bascule et ouvre un réservoir qui déverse de l'eau en abondance dans la cuvette. La porte se refermant toute seule, la bascule remonte et l'irrigation se trouve interrompue (Bonnafont, Bulletin de l'Académie de médecine, 14 février 1862).
A l'hôpital Saint-Eugènie à Lille fonctionne un système singulier dû à M. Léon Dehaudt. Les cabinets sont ventilés par un courant d'air qui pénètre dans la cuvette de haut en bas et qui s'élève ensuite par un conduit jusque sur DiCT. ENC. 4° s. XIY 25
le toit. Les cheminées de ventilation qui assurent l'appel de l'air sont cliauffées par le passage de tuyaux de fumée des calorifères en hiver et en été par un foyer spécial. Pour assurer l'occlusion hermétique de l'ouverture du siège, il y a un couvercle à charnière, muni d'un poids à son centre et d'un tuyau de caoutchouc disposé en couronne. Quand on soulève le couvercle verticalement, il se trouve retenu dans celte position par une déclinche qui est en communication avec la porte d'entrée par un simple mouvement de sonnette, si hien que lorsque le visiteur quitte le cabinet d'aisances et qu'il ouvre la porte d'entrée la déclinche se lève et laisse retomber le couvercle sur le siège avec une vitesse proportionnée au poids qui garnit le centre de ce couvercle. Ce brusque mouvement donne un refoulement d'air dans les tuyaux de chute et de ventilation et sert à rendre i)lus active la circulation du courant (J. Aniould, Revue d'hygiène. 1885, p. 05C).
Dans nos hôpitaux militaires, où les latrines à la turque sont encoi;e bien nombreuses, pour s'opposer au reflux des gaz d'une façon assez incomplète du reste, on adapte à chaque trou une soupape ou clapet automoteur du système Rogier-Mothcs, dont le fonctionnement est loin d'être irréprochable. Les siphons hydrauliques avec chasse d'eau représentent le dernier progrès de l'hygiène sur ce point. — pour présenter de bonnes conditions de salubrité, les cabinets d'aisances doivent avant tout être séparés des salles ; ce point important de l'hygiène hospitalière était à peu près constamment négligé dans les anciennes constructions. A. Tenon, les latrines «ont placées au centre des pavillons autour de l'ascenseur et ils n'ont qu'une fenêtre par laquelle pénètre l'air extérieur qui arrive facilement dans les salles. En Angleterre, depuis longtemps l'installation des waler-dosets existe dans de bien meilleures conditions : ils sont contenus dans des tourelles à ventilation, bien indépendantes des salles et entourées de couloirs bien ventilés. Au nouvel hôpital Saint-Denis, les cabinets d'aisance sont établis dans des petits édicules qui sont reliés aux extrémités du pavillon par des couloirs aux parois vitrées et mobiles, et cependant, bien qu'ils soient munis de sièges avec cuvettes à l'anglaise et de fosses mobiles avec système diviseur, ces cabinets peu de jours après l'ouverture de l'hôpital ne présentaient pas toute la propreté désirable. A l'hôpital militaire de Bourges, les latrines occupent un petit bâtiment qui se trouve à l'extrémité des pavillons opposées à la galerie ; on v arrive par un couloir long de o mètres pourvu de 2 fenêtres et de ventilateurs. Les latrines situées à 4 mètres des pavillons sont à 7^,50 des salles de malades dont elles sont séparées par trois portes ; il est difflcile de faire mieux et plus pour s'opposer à la pénétration des mauvaises odeurs dans les salles.
Dans les hôpitaux de Paris, dans les hôpitaux de récente construction, les sièges sont en chêne poli et ciré ; rien ne saurait leur être préféré, mais malheureusement l'entretien de leur propreté exige une surveillance qu'il n'est pas toujours facile d'exercer. Les parois au moins dans une certaine hauteur doivent être recouvertes de briques émaillées ; c'est ce qui existe à Lariboisière, par exemple, et qui existera au nouvel hôpital Saint-Eloi, à Montpellier. A Rotterdam les parois des cabinets sont aussi revêtues de carreaux de faïence, ce qui rend le nettoyage très-facile (R. Marjolin, loc. cit., p. 9). A l'hôpital Saint-Martin, à Paris, les cabinets sont uniquement revêtus de plaques de verre provenant de la maison Geneste Herscher. Le dessus du siège est en verre d'un seul morceau et au devant de lui est posée une grille à rigoles et pointes de verre. Ballotta (Progetto del niiovo o^pedaïe di Liigo) recommande le i-iége de marbre. Les
portes et les cloisons de séparation des cabinets ne doivent pas descendre jusqu'au plancher, le vide ainsi ménagé près du sol devant faciliter l'aération du cabinet. En même temps que de larges fenêtres destinées à éclairer et à permettre une large ventilation, des becs de gaz installés dans mie cheminée d'appel pratiquée dans la muraille peuvent être utilisés à la fois pour l'aération et l'éclairage. En Russie, dans les hôpitaux et ambulances, les latrines sont pourvues d'une cheminée constamment allumée. Dans les hôpitaux de Suède et de Danemark, on installe souvent un siège ou tonneau mobile dit closet marino où l'aspiration des gaz odorants se fait par suite de la communication de la cuvette avec un petit conduit ventilateur dans lequel brûle un bec de gaz et allant déboucher dans une cheminée générale de ventilation (Schleisncr, loc. cit.).
On peut placer sur le trajet des gaz qui traversent le tuyau d'évent des substances capables de détruire chimiquement les émanations nuisibles. C'est ainsi que MM. Girard et Pabst {Désinfection des vidanges par les produits ailreux. In journal La Nature, 1881, p. 385) ont établi qu'en mettant les gaz des fosses et tous les gaz odorants produits par les fermentations en contact avec de l'acide sulfurique contenant une certaine proportion de cristaux de chambres de plomb {sulfate de nitrosyle) tous ces gaz sont décomposés par les oxydes nitreux mis en liberté sous l'action de la vapeur d'eau qu'ils contiennent. Ce système, qui a fonctionné au moins pendant une année à l'hôpital de la Pitié, est encore utilisé aux Enfants- Assistés.
Pour empêcher les malades de monter sur les sièges, au lieu de s'y asseoir, on a eu recours à divers artifices. C'est dans ce but que des lieux d'aisances, des baraquements prussiens, ont des sièges présentant au-dessus d'eux une barre transversale. Un médecin militaire, Paret, a imaginé, pour obtenir le même résultat, une cuvette sur laquelle se fixent deux planchettes étroites glissantes et inclinées de 30 degrés vers le centre de la cuvette. Ces planchettes constituent le siège ou point d'appni. Les parties antérieure et postérieure du siège sont remplacées par les coquilles de la cuvette qui remplissent l'écartement laissé entre les deux planchettes. Ces planchettes bien adaptées aux formes humaines ne permettent que la position nssise. ha partie antérieure de la cuvette se termine par un prolongement qui s'élève à 5 centimètres au-dessus de l'orifice supérieur de la cuvette. Ce prolongement est concave en forme de coquille et a 20 centimètres de lai geur et 4 centimètres de profondeur ; il a pour but de laisser une place suffisante pour éviter le contact de la verge avec les parois et permettre au jet d'urine de prendre toujours une bonne direction, quelle que soit l'obliquité de la verge {Recueil de mémoires de médecine militaire). Un dispositif analogue appliqué à l'école Monge pourrait aussi être utilisé : le siège est constitué par un anneau en bois de 5 à 6 centimètres de largeur appliqué immédiatement sur le bord supérieur de la cuvette. L'axe du siège regarde en bas et en arrière et tout point d'appui latéral a été supprimé, de sorte que le malade est obligé de s'asseoir sur ce siège à forme ovale dont la hauteur est de ■20 à 40 centimètres.
11 n'y a pas fort longtemps qu'on a l'econnu la nécessité d'adopter des dispositions spéciales pour chacun des usages auxquels les cabinets d'aisances avaient jusqu'alors servi. On a reconnu que l'installation des lieux d'aisancee devait comporter outre les cabinets : 1° un vidoir destiné à recevoir le contenu des bassins, des salles de malades, et les eaux de lavage ; 2" des urinoirs particuliers dans les services d'hommes ou une cuvette hydraulique pour la toilette des
femmes dans les services qui leur sont consacrés. LU vidoir doil se composer d'une grande cuvelle formée de quatre plaques planes en faïence, scelle'es au ciment sur les parois d'une enveloppe en tùle pleine et sur une devanture en Ibnte. Ces précautions sont nécessaires pour éviter les infiltrations par les joints des panneaux de faïence. Au bas de cette cuvette est un orilice carré muni d'une grille, au-dessus de laquelle se trouve un appareil à bascule qui s'ouvre automatiquement quand il est chargé de liquides. Les matières versées dans le vidoir tombent d'abord dans cet appareil et de là dans un siphon plein d'eau qui aboutit au tuyau de chute et intercepte comme dans l'appareil Jennings toute communication avec la fosse. Un tampon mastiqué sur le haut du tuyau de chute permet le nettoyage du siphon quand il s'engorge. Une porte est ménagée dans la devanture pour donner accès au siphon. Au-dessus de la cuvette est un robinet pour le lavage des vases et des bassins. Les urinoirs doivent présenter un fond et des parois latérales en ardoise ou encore mieux en verre. Une cuvette en faïence est hxée sur le fond, à une hauteur convenable; sur tout son pourtour se trouve une espèce de boudin creux dans lequel l'eau arrive pour être projetée par de tiès-pelits orifices sur les parois de la cuvette et les laver. 1/arrivée de l'eau dans les urinoirs des hôpitaux de Paris est réglée automatiquement de la manière suivante : pour s'approcher de la cuvette, il faut monter sur une plaque en fonte cannelée placée au devant et qui s'abaisse de I centimètre environ sous le poids du corps. Ce léger mouvement suffit pour déterminer l'ouverture d'un robinet qui projette l'eau dans la cuvette ; lorsqu'on se retire, la plaque se relève et l'eau cesse d'arriver. 11 en résulte qu'il n'y a de consommation d'eau que pendant le temps où l'appareil est en service. Des leuilles de tôle galvanisée sont fixées sur les parois et sur le fond de l'urinoir ; elles sont inclinées vers la plaque et ramènent en avant les gouttes d'urine qui pourraient couler sur l'ardoise. A Paris, les cuvettes pour toilette établies dans les services de femmes sont en porcelaine enchâssée solidement dans un cadre en bois qui est supporté par trois pieds en fonte. Deux valves manœuvrées au moyen de tiges et de boulons de tirage permettent à volonté de faire arriver l'eau ou de vider l'appareil. Un siphon en fonte, placé sur le tuyau de vidange et constamment rempli d'eau, intercepte complètement l'arrivée des mauvaises odeurs s'exhalant des fosses ou des égouts. Dans les nouveaux hôpitaux, nous l'avons vu, les lavabos sont installés dans le cabinet attenant à chaque salle où se trouve une baignoire, mais dans un grand nombre d'anciens hôpitaux ils sont établis à proximité des cabinets d'aisances, dans une petite pièce (la souillarde) où se trouvent en outre des robinets destinés au lavage de la vaisselle. Pour remédier aux défectuosités de l'installation des lieux d'aisances, on a cherché à désinfecter chimiquement les matières fécales et les liquides qui les accompagnent. Sans parler du chlorure de chaux, les substances qui ont justement obtenu la préférence sont le sulfate de fer et le chlorure de zinc; les sels ammoniacaux et l'acide sulfhydrique qui se produisent sont à l'aide de ces agents transformés en sels relativement fixes, sulfate et chlorhydrate d'ammoniaque et sulfure de fer ou de zinc. La liqueur de Ledoyen et Beaulavon (au protonitrate de plomb) constitue aussi une excellente préparation dont l'emploi n'est peut-être pas assez répandu. Les matières telles que la suie, le goudron, vantées comme désinfectants, sont d'un effet insuffisant ; Émery Desbrousses a conseillé l'hydrocarbure phéniqué connu sous le nom d'huile lourde de houille <iui, outre l'effet ordinaire d'embaumeiuent, forme une couche mince à la sur-
face des matières de la fosse qui empèclie à In fois l'action de l'air et l'issue des gaz.
Antérieurement Maxime Paulet avait proposé, pour la désinfection des latrines, d'utiliser les eaux acides qui proviennent de la fabrication de la nitrobenzine.
B. Cuisines. Réfectoires. Machine à vapeur. C'est seulement dans les hôpitaux de peu d'importance ou se com|iosant d'un petit nombre de bâtiments que les cuisines sont et peuvent être installées au milieu des constructions destine'es aux malades. Comme dans un grand nombre de maisons particulières, les cuisines se trouvent encore reléguées au sous-sol en même temps que le cellier, la buanderie, dans les hôpitaux de Zurich, de Bàle, de Hanovre, de Cologne en particulier. Une semblable disposition ne saurait être approuvée et, au pis-aller, dans de petits hôpitaux, mieux vaudrait jilacer la cuisine sous le toit, comme cela se pratique dans certains « cottages » anglais, que l'installer dans le soussol. Autrefois même, et on peut le dire surtout dans les grands hôpitaux, au beau milieu de vastes salles existaient de vastes fourneaux utilisés pour les tisanes et de nombreuses préparations culinaires : il était impossible de méconnaître davantage les règles les plus élémentaires de l'hygiène. On pouvait encore il y a peu d'années rencontrer de semblables dispositions, mais aujourd'hui le procès de pareilles dispositions n'est plus à faire et, dans les nouveaux hôpitaux, les cuisines sont installées, avec les magasins qu'elles comportent, dans des bâtiments spéciaux, indépendants. Il est indispensable que les ciiisineo soient centrales par rapport aux salles qu'elles sont destinées à desservir, sous peine de rendre très-long et très-laborieux le service de la distribution des aliments et d'exposer les malades des pavillons reculés à n'avoir que des mets attiédis et insipides ou rendus rebutants par la couche de graisse figée qui les recouvre (Fonssagrives). D'une façon générale, les cuisines doivent être spacieuses, hautes de plafond, bien ventilées et tout particulièrement bien éclairées, le sol doit en •être dallé, carrelé ou en ciment, pour pouvoir se prêter à de fréquents lavages.
Il sera utile de recouvrir, jusqu'à une certaine hauteur, les parois latérales, <ie briques vernissées ou de carreaux de faïence. Les eaux ménagères doivent trouver leur écoulement dans dévastes éviers pourvus d'orilices garnis de soupapes etconduisantpardeiargestuyaux dans les égouts souterrains. Au-dessus des éviers des robinets d'eau en nombre suffisant doivent permettre de créer un courant •énergique.
Au nouvel hôpital de Montpellier, comme à l'hôpital militaire de Bourges, la cuisine se trouve installée dans un bâtiment central dit des services généraux. A Bourges, outre les caves destinées à la dépense et à la pharmacie, ce bâtiment se compose d'un rez-de-chaussée qui est occupé d'un côté par la pharmacie, la chirurgie, la salle d'opérations; d'un autre côté par la cuisine, la dépense, la jchambre des générateurs, la salle de bains généraux et l'hvdrothérapie.
L'aération des cuisines doit être facilitée non-seulement à l'aide de larses fenêtres munies de châssis mobiles, mais encore en faisant passer les tuyaux de fumée au centre d'une cheminée ventilatrice exerçant son appel au-dessus des fourneaux. Le général Morina, avec beaucoup de raison, proposé d'utiliser le bec de gaz brûlant à la base d'une cheminée ventilatrice pour favoriser la ventilation dans les cuisines, et en Angleterre, dans les étabhssements militaires, le gaz est ainsi employé en même temps pour l'éclairage et la ventilation.
Dans bon nombre d'hôpitaux, la vapeur ou le gaz sont utilisés comme moyen
de cuisson des aliments. A Rotterdam, à Coi>enliague (hôpital communal) en particulier, depuis bon nombre d'années, la cuisine est faite à la vapeur ; il en est de même au grand hôpital de Cologne. Dans la cuisine de cet hôpital, les bassines eu cuivre à double compartiment sont toutes enveloppées d'une cage d'osier, afin de prévenir les brûlures par contact fréquentes là oîi l'on n'a pas recours à cette précaution. Au nouvel hôpital militaire de Bourges, l'installation de la cuisine peut être citée comme un modèle : Les préparations culinaires doivent se faire à la vapeur dans des marmites à double fond au nombre de 16, placées sur quatre rangs : les plus grandes contiennent 150 litres, les plus petites 6 litres seulement. Des robinets mobiles d'eau chaude sont disposés entre chaque série de quatre marmites. Ces dernières sont suspendues sur pivots et on peut les incliner sans le moindre effort soit pour les vider, soit pour les nettoyer. Un vaste chauffe-plats chauffé à la vapeur permet de conservera une température convenable les aliments cuits prêts à être distribués. Un réservoir d'eau chaude surmonte le générateur, ses conduits aboutissent aux robinets des marmites et aux pierres à laver la vaisselle. Enfin un fourneau ordinaire chauffé à la houille est disposé dans un des coins de la cuisine; il doit servir pour les aliments tels que côtelettes, omelettes, beefsteaks, qui ne peuvent se cuire à la vapeur. On a pensé aussi à utiliser le gaz dans les cuisines des liôpitaux, comme il l'est déjà dans les grandes villes, dans bon nombre de maisons particulières : c'est ainsi qu'à l'hôpital Saint-Darthélemy de Londres les viandes sont rôties dans des fours chauffés par des flammes de gaz.
L'administration de l'Assistance publique de Paris utilise encore les fourneaux dits économiques système Giraud, qui sont alimentés à l'aide de charbon. Ces appareils sont munis de quatre foyers qui peuvent être isolément chauffés. Audessus des foyers placés aux deux extrémités du rectangle sont des plaques de fonte qui reçoivent directement l'action du charbon incandescent, etc'est sur ces plaques que se placent les ustensiles de cuisine, poêles, casseroles ou coquemars. Les deux foyers latéraux échauffent directement quatre grandes chaudières à bouillon et deux vastes i^éservoirs d'eau chaude s'alimentent d'eux-mêmes et maintenus à un niveau constant à l'aide d'un ingénieux mécanisme. Des robinets de déversement d'eau chaude se trouvent au bas du fourneau et servent à vider ces réservoirs. De grands robinets à cou de cygne en cuivre déversent, dans les chaudières à bouillon, l'eau que leur apporte un tuyau de conduite creusé sous dalles. Des échaudoirs faisant suite aux chaudières de bouillon reçoivent indirectement la chaleur des foyers, enfin quatre fours et quatre étuves sèches sont ménagés dans des points rapprochés de ceux-ci et servent les uns au rôtissage des viandes et des fruits, les autres à l'entretien de la chaleur des mets. Ce rôtissage à léluve est, il faut le reconnaître, bien inférieur au rôtissage à la broche devant un feu vif qui permet aux viandes de conserver leur arôme. Dans quelques hôpitaux on met en usage dans les cuisines des appareils particuliers qui ont pour but d'économiser la main d'œuvre et le temps : tels sont les hachoirs, les presses-mécaniques, les coupe-légumes, les coupe-pains et les coupe-soupes. Ce dernier appareil, adopté dans les hôpitaux militaires, se compose d'une boîte quadrangulaire en bois qu'une planche longitudinale divise en deux compartiments inégaux; le supérieur contient un tiroir dans lequel on introduit le pain à fragmenter qui glisse sur cette planche à la faveur d'un mouvement imprimé à une vis sans fin par une manivelle tournée à bras. Le pain est ainsi incessamment poussé vers une roue en fonte munie de quatre lames d'acier à tranchants
aigus et qu'anime un mouvement rapide de rotation. Des trous ménagés dans cette roue laissent passer les lèches aussitôt qu'elles sont taillées et elles tombent dans le compartiment inférieur de la boîte. Par ce mécanisme, le pain se taille avec une vitesse et une régularité remarquables.
Aux cuisines doivent être annexés des magasins de vivres ; les magasins à pain, aux légumes secs, au sucre, au café, ne demandent que de la sécheresse, inais pour le magasin à viande, la boucherie, on devra choisir un local particulièrement frais, exposé au nord, dans lequel les viandes seront accrochées et non posées sur des planches. Le sol en sera dallé comme celui des cuisines, légèrement incliné, et l'aération devra y être assurée par de larges fenêtres dépourvues de vitres qui seront remplacées soit par des treillis à mailles fines, soit par des jalousies à valves espacées. — La nécessité de réfectoires dans lesquels les malades convalescents peuvent prendre leurs repas ne saurait être contestée, et il est inutile d'insister sur les avantages de plus d'un genre que présentent de pareilles installations. Déjà en 1848, mais pendant quelque temps seulement, il exista à Paris, à l'hôpital Saint-Antoine, un réfectoire pour les convalescents ; en Angleterre, une semblable disposition existe dans bon nombre d'hôpitaux, à l'infirmerie de Blackburn en particulier. Nous avons vu que, à l'hôpital militaire de Bourges, à l'une des extrémités de chaque pavillon comme dans les pavillons américains, existe un réfectoire qui est malheureusement trop petit pour permettre aux malades capables de se lever de manger assis en dehors de l'atmosphère des salles ; les pavillons du nouvel hôpital Saint-Denis présentent aussi une pareille pièce à l'une de leurs extrémités.
En l'absence de réfectoire, dans beaucoup d'hôpitaux, une petite planchette mobile que l'on appHque sur la table de nuit remplit pour chaque malade l'office de table, mais il vaut mieux installer au milieu do la salle une table à deux battants autour de laquelle se groupent les malades et sur laquelle la dis tribulion des aliments et la surveillance peuvent être effectuées facilement.
Le mobilier du service de table doit être simple, solide et facile à entretenir. Les couverts en fer battu recouvert d'un bon étamage sont évidemment préférables aux couverts d'étain ; l'assiette de faïence commence à être un peu partout substituée à l'écuelle métallique et les verres ont remplacé avantageusement les gobelets.
Une petite carafe qui permettrait au malade de mélanger à sa volonté son vin avec de l'eau compléterait fort utilement le service de table.
Dans les hôpitaux de Paris, on a depuis quelques années n)is en usage des burettes graduées, présentant cinq traits parallèles destinés à indiquer le nombre des rations, et l'hygiène, autant que la propreté, se sont bien trouvées de cette modification. On tend, nous l'avons indiqué plus haut, à utiliser sur une vaste échelle la vapeur pour la préparation des aliments, et la machine qui doit la fournir doit autant que possible être installée à proximité de la cuisine, entre elle et la buanderie, par exemple. Non seulement cette machiue est nécessaire pour le fonctionnement de ces deux services : cuisiue et buanderie, mais elle remplace très-économiquement les fourneaux de la pharmacie, alimente les bains, sert à chauffer les bâtiments, concourt à la ventilation, fait parvenir l'eau dans toutes les parties de l'établissement et enfin peut servir au transport des malades et du matériel en donnant l'impulsion aux ascenseurs ou aux wagonnets sur rails.
C. Buanderie. Étuves à désinfection. La buanderie doit être installée
dans un bùliment spécial, bien isolé; la machine à vapeur non-seulement sert à échauffer l'eau nécessaire, mais encore elle permet de faire fonctionner des étuves à air chaud dans lesquelles le linge est rapidement essoré. Dans la belle saison, des séchoirs Itien installés à l'air libre et éloignés des salles de malades peuvent et doivent les remplacer; à l'hôpital Saint-Louis, où ce service est largement installé, la buanderie comporte un appareil à lessive, une machine à laver, une essoreuse et un séchoir à air chaud. Dans cette buanderie, 150 kilogrammes de linge peuvent être facilement chaque jour lavés et séchés (Husson, hco citato, p. 105).
L'hôpital communal de Copenhague, outre une machine à vapeur de 8 chevaux placée dans un bâtiment spécial et destinée aux divers services, en possède une autre de 3 chevaux seulement pour le lavage du linge (Max. Vernois, loco citato). Une calandre est aussi mue à la vapeur dans cet établissement.
Aujourd'hui le complément indispensable d'une buanderie est une étuve à désinfection. Tous les agents chimiques employés pour détruire les germes morbides qui peuvent être recelés par le linge et les vêtements ou sont insufiisants ou bien ils allèrent et décolorent les tissus, comme l'acide sulfureux en j)articulier. La chaleur est le seul agent, le fait est bien établi aujourd'hui, capable de tuer les vibrions et microbes tout en n'altérant pas les tissus qui les contiennent. Ilildenbrand {Du typhus contagieux. Paris, 18H, trad. par Gasc. l*rophyla.rie, p. 282) avait indiqué avec une précision remarquable les principes sur lesquels repose aujourd'hui la théorie de la désinfection. (( Le plus siir moyen, dit-il, sans contredit, de détruire le virus contagieux, est de brûler les objets qui le recèlent. Les fumigations sont un moyen désinfectant beaucoup moins certain. Le froid'est un moyen sûr, mais il doit agir à un haut degré et d'une manière permanente. Le degré de chaleur de l'eau bouillante anéantit le virus (du typhus). Les immersions dans l'eau chaude ou l'exposition des objets au même degré de chaleur sèche, comme dans un four, sont des moyens efficaces de désinfection, » D'expériences faites en particulier par E. Vallin il résulte qu'une température de 105 à 110 degrés est suffisante pour détruire les germes virulents et contagieux. Un des appareils qui méritent d'être recommandés est celui du docteur Ransom qui lonclionne à la Station de Nottingham et qui a été adopté dans les Ferer Hospitals {On the Mode of Disinfecting hy Heat. In the British Médical Journal, septembre 1873); dans ce système les étuves sont chauffées au moyen du gaz d'éclairage, et un thermo-régulateur automatique assure une température déterminée et constante (E. Vallin, Désinfection par l'air chaud, la Annales dliygiène publique., septembre 1877, p. 276).
A l'hôpital de University Collège de Londres, on a installé une chambre de désinfection qui se compose d'une salle en maçonnerie, à murs doubles laissant entre eux un certain intervalle. A l'intérieur de la chambre existent des tiges métalliques pour suspendre les effets et on y pénètre par une porte de fer fermant très-hermétiquement. Le calorique nécessaire' est fourni par un poêle de Jer forgé, chauffé au moyen de coke. Sous l'influence d'un chauffage énergique la température intérieure peut s'élever jusqu'à 150 degrés centigrades (F. Opperl, Heschreibungeiniger englischen Desinfection- Auslalten. In Deutsche Vierteljahrsschrift fur offentliche Gesundheitspflege, t. V, p. 358, 1875). Le système connu et employé en Angleterre sous le nom de Fraser est à peu près identique. A Stettin, pendant la guerre de 1870-1871, le docteur Petruschky avait fait installer des chambres spéciales de désinfection qui fonctionnaient de la manière
suivante : De l'eau chargée d'acide phénique était introduite dans un générateur de vapeur communiquant avec deux cylindres métalliques à double enveloppe; les vêtements étaient introduits dans la partie intérieure du cylindre, la vapeur circulait tout autour, les pénétrait complètement en les imbibant de vapeurs phéniquées. Au sortir des cylindres, les vêtements complètement mouillés étaient |>lacés dans un séchoir où de nombreux becs de gaz maintenaient une température voisine de 100 degrés, et en trois minutes ils étaient absolument secs {Rothund Lex. Handbuch der Militàr Gesundheitspftege. Ziveiter Band, Zweite Lieferung). Un appareil reposant sur les mêmes principes que celui du docteur Hansom est celui qui fonctionne à l'hôpital Moabit près de Berlin et qui est connu sous le nom de système du docteur Esse. Le récipient central est à double paroi €t dans l'espace laissé vide on enfouit de la sciure de bois pour empêcher la déperdition de calorique. La chaleur est fournie par un épais tuyau de cuivre qui traverse les deux parois et serpente le long de la paroi interne de la chambre; ce tuyau communique extérieurement avee une chaudière à vapeur et la vapeur arrive sohs une pression que l'on porte au point suffisant pour obtenir dans l'étuve une température de Itîo degrés marquée à l'extérieur par un pyromètre à cadran (H. Morke, Die Desinfecktionseinrichtung im Stâdtischen Baraclien- Lazareih zu Moabit. In Virrhow's Archiv, 24 septembre 1879). En Russie, on a employé des appareils à pulvérisation pour la désinfection dans les hôpitaux de Saint-Pétersbourg (H. Pœhl, Saint-Pefersburger médicinale Wochenschrift, 1877, n° 33).
Ces divers appareils de désinfection à air chaud ont été bien étudiés en France dans ces dernières années, spécialement par E. \a\[m {Des appareils à désinfection applicables auxhôpitaux etauxlazarets. In Revue d' hygiène et de police sanitaire, 1879, n°' 10 et 11) et par Ilersclier [Des appareils à désinfection par l'air chaud. Rapportait nom d'une commission composée de Marié Dav y, président ; 0. André, Hudelo, Napias, Rochard, Vallin, et Herscher, rapporteur). Ce dernier recommande pour la construction et l'établissement des étuves a désinfection par l'air chaud les diverses dispositions suivantes : 1'^ la séparation complète entre les objets à désinfecter et ceux déjà épurés; 2° l'emploi d'étuves à deux portes, l'une antérieure, l'autre postérieure, pour l'entrée et la sortie des objets traités, avec adaptation de châssis d'accrochage mobile; 5° l'emploi de matériaux mauvais conducteurs pour les parois de l'étuve, avec double revêtement intérieur en bois, tle manière à assurer une température uniforme dans toutes les parties de la chambre à désinfection ; -4" un agencement d'appareil tel que l'air de chauffage pénètre dans l'étuve à la région supérieure et traverse la chambre en couches isothermes se déplaçant successivement de haut en bas ; 5° l'usage du gaz comme moyen de chauffage à préférer, avec l'adaptation d'un régulateur automatique à air, tel que celui de d'Arsonval; 6° au cas où l'on ne pourrait pas disposer de gaz, ne recourir qu'à des appareils de chauffage agencés spécialement pour fonctionner avec une grande régularité; 7'* à défaut d'un régulateur automatique de température, employer un thermomètre à mercure faisant fonctionner une sonnerie électrique, lorsque la chaleur de l'étuve atteint la limite qu'il ne faut pas dépasser. Les appareils qui fonctionnent en Angleterre, en Allemagne, en Belgique, en Danemark, ne remplissent pas complètement les conditions désirables, spécialement au point de vue de la distribution égale de la chaleur dans toutes les parties de la chambre destinée à la désinfection ; quelques hôpitaux de Russie à Moscou, à Saint-Pétersbourg, paraîl-il, possèdent des appareils à circulation
d'air méthodique qu'a fait construire M. FJavitsky. La première étuve à désinlection en France a été installée à l'hôpital Saint-Louis d'après les plans de M. Lelaurin, ingénieur de l'administration de l'Assistance publique. Elle est cliauffée par le gaz ù température constante. Le régulateur dont l'étuve est munie permet d'entretenir une température uniforme de 120 degrés. En fonctionnant pendant deux ou trois heures par jour l'appareil suffit aux besoins de l'hôpital et des nombreux malades externes en traitement de la gale et de la phthiriase. L'appareil à gaz a coûté environ 2800 francs. 11 consomme au plus 6 mètres cubes à l'heure. L'administration de l'Assistance publique a l'intention de pourvoir chacun des principaux hôpitaux de Paris d'étuves à désinfection. L'liôpit;il Saint-Louis en aura une seconde pour le service exclusif du quartier des varioleux : elle aura deux portes, l'une pour l'entrée des objets contamines, l'autre pour la sortie après l'opération. Deux cours séparées permettront de compléter l'isolement. La vapeur sera fournie par la macliinc qui sert à alimenter les bains internes (E. Vidal, JSote sur ïéluve à lU'Hnfecln- de l'hôpital Saint-Louis. In Annales d'hygiène publique, Inin. 1881).
Aujourd'hui les étuves à air chaud et à vapeur sans pression de Pierron et Dehaître et à vapeur sous pression de Genoste et Ilerscher doivent obtenir la préférence: après un quart d'heure au plus les thermomètres placés au centre d'un matelas marquent de 100 à 115 degrés selon qu'on le désire.
En résumé, dans un hôpital, tout malade à son arrivée, quelle que soit du reste la maladie dont il est atteint, doit être dépouillé des vêtements qu'il porte ; ceux-ci seront immédiatement livrés à l'étuve et après un séjour de deux heures dans l'air chauffé à -|- 1 10 degrés ils seront rangés dans le vestiaire commun où le malade les retrouvera à sa sortie. On détruira ainsi du même coup les principes morbides, les germes virulents ou contagieux, ainsi que les parasites de toutes sortes qui pourraient y être contenus.
D. Bains. Salle d'hydrothérapie. Dans un grand hôpital, outre la petite salle de bains, attenante à chaque salle, et dont nous avons déjà parlé, il doit exister un bâtiment spécial dans lequel se trouvent réunis les bains simples et médicamenteux, les bains de vapeur et les appareils nécessaires pour les pratiques de l'hydrothérapie (consulter pour les détails de ces installations les articles Bains, Douches et Hydrothérapie). Beaucoup d'hôpitaux même à Paris sont loin d'être, à ce point de vue, pourvus d'une façon satisfaisante. L'hôpital Saint-Louis, réservé en grande partie aux maladies cutanées, est le seul qui présente une installation balnéaire'un peu complète. Les bains internes actuels, construits en 1861-1862, se composent de deux corps de bâtiments, le premier parallèle à l'un des côtés de l'hôpital, l'autre perpendiculaire au premier, au centre duquel il vient aboutir.
Le bâtiment transversal comprend : 1° au centre un vaste vestibule où se trouve le bureau du surveillant ; 2" à gauche une salle de trente baignoires pour les hommes ; 3° à droite une salle de trente baignoires pour les femmes. Au vestibule aboutit un grand corridor qui divise le bâtiment perpendiculaire en deux parties, à gauche on trouve successivement : l'' une petite lingerie et une buanderie spéciales au service de bains ; 2» les chaudières à eau chaude et les générateurs; 5° en avant des chaudières et sous la buanderie fonctionne la macliine qui fait mouvoir les appareils de la buanderie et la soufflerie des appareils hydrofères, elle sert aussi à élever l'eau nécessaire au service de l'hydrothérapie; A° une salle de repos servant aussi de déshabilloir ; 5" la salle d'hydro-
thérapie avec de nombreux appareils de douches et une piscine; 6" la salle des hydrofères, qui est divisée en six compartiments. — A droite on trouve : 1° des cabinets d'aisance ; 2"^ une salle pour les douches médicamenteuses; 5" une salle pour les douches de vapeur avec une douche froide; 4° unde'shabilloir très-vaste, qui ne sert pas, et que l'on pourrait transformer en une salle de douze bains; o" un déshabilloir, le seul utilisé et qui suffit; 6° les bains de vapeur, précédés d'une petite salle où il y a des appareils pour des douches froides et chaudes; 7° une salle de fumigation avec six boîtes pour fumigations différentes. Ce service est, on le voit, largement doté et dans d'excellentes conditions. Le nouvel hôpital militaire de Bourges contient une installation balnéaire très-suffisante : outre les petites salles de bains existant dans les pavillons, les bains généraux se composent de quatre salles d'inégales dimensions. L'une d'elles contient deux baignoires pour les officiers; la pièce principale est garnie de huit baignoires pour les soldats; une petite pièce isolée et ventilée d'une façon spéciale contient une baignoire pour les bains sulfureux ; la quatrième salle est destinée à l'hydrothérapie et aux bains de vapeur. — La quantité d'eau nécessaire dans un hôpital pour en assurer ton? les services est vraiment considérable. Parkes ne l'estime pas à moins de 40 à oO gallons, soit plus de 180 à "i^Io litres; le nouvel Hôtel-Dieu a été très-largement doté en eau et présente à ce point de vue de très-bonnes conditions. — Il est encore un service important, trop souvent négligé chez nous, mais bien compris en Angleterre, qui nécessite de l'eau en abondance : c'est celui des pompes à incendie que chaque hôpital nn peu considérable devrait posséder.
E. Pharmacie. Magasins. Lingerie, etc. Nous ne ferons que signaler ces divers locaux, en faisant toutefois remarquer que généralement on leur donne trop d'extension ; la pharmacie en particulier a des tendances prononcées d'envahissement : une tisanerie, un magasin de réserve pour les médicaments, un laboratoire et une salle constituant la pharmacie proprement dite, tels sont les^ locaux nécessaires. La bonne tenue, la propreté et la simplicité, doivent suffire à une officine qui n'a nullement besoin d'être transformée en salon pharmaceutique.
F. Salle (Vopérations. Il est une pièce infiniment plus importante dans un hôpital et dont les dispositions doivent être soigneusement surveillées. Tenon [Quatrième mémoire, p. 220) avait déjà, en termes émus et éloquents, signalé la déplorable situation des blessés à l'Hôtel-Dieu où les opérations étaient pratiquées au milieu des salles, sans qu'aucune précaution fût prise pour soustraire les opérés à la vue des autres malades ; lui-même avait insisté sur la nécessité d'avoir dans chaque hôpital une salle spéciale, bien isolée et bien éclairée, pour les opérations; il voulait qu'elle fût éclairée par en haut, le jour venant du côté Nord.
Aujourd'hui une pareille salle, se confondant avec l'amphithéâtre des cours dans les hôpitaux d'instruction, existe presque partout, mais elle ne présente pas toujours l'installation désirable. Elle doit être pourvue d'un sol absolument imperméable pour permettre les lavages à grande eau, d'une arrivée d'eau chaude et d'eau froide avec des bassins suffisants. L'éclairage doit se faire en face de l'opérateur derrière les spectateurs qui occupent des gradins extrêmement abrupts. On peut citer comme modèle du genre la salle d'opérations de la nouvelle clinique chirurgicale de Buda-Pest (Krishaber, Gazelle hebdomadaire, 1880, p. 710). Le malade qui doit subir une opération est transporté à
l'ampliithéâtre dans son lit même sans qu'il ail un mouvement à faire m un attouchement à subir. L'amphithéâtre est inondé do lumière, le toit est entièrement vitre' et de plus le jour pénètre par de larges baies late'rales. Pour permettre les interventions cliirurgicales même la nuit, en cas d'urgence, un immense lustre au gaz surplombe la table d'opération. On peut aussi à volonté obscurcir la salle complètement ou partiellement au moyen d'un système de stores à coulisses qui couvrent même le vitrage du plafond. L'opérateur intercepte ainsi la lumière, selon ses besoins, du côté où elle le gêne. La salle est exposée au midi et la ventilation se fait par un canal souterrain aboutissant au parc de la ville. En été, celte grosse colonne d'air, avant de pénétrer dans la salle, traverse une pluie artificielle qui l'humecte et la refraîchit; en hiver, elle passe au contraire à travers un espace chauffé par des tuyaux d'eau.
On peut encore rappeler les dispositions excellentes de l'amphithéâtre d'opération du grand hôpital municipal de Berlin : il se compose d'un petit bâtiment séparé comprenant un rez-de-chaussée surélevé d'un étage qui est destiné à loger deux garçons. Un large corridor précède la salle d'opérations et donne entrée de chaque côté dans une chambre : l'une à un lit pour une femme, l'autre à doux lits pour hommes. C'est dans ces chambres que les malades amenés sont endormis, puis transportés dans la salle d'opérations. Le parquet est fait de mosaïque moderne, le plafond d'un double vitrage qui permet l'accès de la lumière sans s'opposer à un chauffage convenable. D'ailleurs l'éclairage intense est encore assuré par le fait que la j)aroi antérieure de la salle est presque tout ontièro remplacée par un autre vitrage dont los carreaux sont soutenus par des croisillons de fer élégamment entre-croisés. Sur la paroi antérieure immédiatement au-dessous du vitrage il existe trois rayons : le premier supporte divers objets, des bassins des bocaux, etc.; sur le deuxième se trouvent quatre vases cristallisoirs usés à l'émeri sur les bords et recouverts d'une plaque de verre dépoli; ils contiennent dans de l'eau phéniquée des drains et des éponges; plus loin trois vases carrés en cristal traversés par une tige de verre autour de la quelle peuvent tourner des bobines qui déroulent des fils à ligature et a suture. Ces vases renferment de l'alcool, de l'eau phéniquée et du sublimé à 1/1000. Plus loin, on trouve de la ouate, du chanvre, des bandes de tarlatane, etc. Les |)arois latérales présentent deux lavabos munis chacun de quatre robinets qui donnent de leau froide, de l'eau chaude, de l'eau phéniquée et du sublimé au millième
A côté des lavabos se trouve un grand rayon de verre sur lequel reposent les jnèces de pansement. Enfin les murs latéraux portent sur de petits rayons à 2", 50 du sol quatre grands vases en porcelaine remplis d'eau phéniquée et de solution de sublimé à des titres différents. Un fil de fer traverse la salle attaché par ses extrémités aux rayons qui supportent les vases; sur lui s'appuient des tubes en caoutchouc qui partent des vases ; arrivés au-dessus du lit d'opération, ceux-ci passent de la position horizontale à la position verticale en traversant un manchon de verre recourbé à 45 degrés. Chacun d'eux présente une coloration qui correspond à un liquide antiseptique particulier. Leur extrémité porte une canule de verre à laquelle est jointe un petit mécanisme pour régler l'écoulement.
La salle d'opération possède encore deux lits en fer munis de roulettes, plus étroits et plus hauts que ceux dont on se sert à Paris. Un grand pulvérisateur à désinfection n'est utilisé que pendant l'intervalle^des opérations; pendant celles-ci
c'est à l'inigation inteimiltente qu'on a recours. Au centre du plafond existe un grand lustre à lumière électrique qui sert dans les opérations d'urgence faites pendant la nuit. Les malades doivent être ramenés dans leurs pavillons, et la route se fait en plein air et sans l'abri d'aucune galerie vitrée (Le grand hôpital municipal de Berlin, par Chantemesse et Clado, in Proc/rès médicaliSSO , p. 194). Kummel (de Hambourg) a tendu sa salle d'opérations de toiles faciles à laver, le sol est recouvert de dalles bien lisses et tous les objets sont en porcelaine ou en marbre.
A Fribourg la salle d'opérations de la Clinique est ventilée d'une façon éneigique et continue. La table d'opérations doit toujours être soigneusement désinfectée; les coussins et les oreillers doivent être recouverts d'un tissu imperméable. Les vases dans lesquels on met l'eau chaude et l'eau froide doivent être en métal et faciles à nettoyer. La table d'opérations, installée d'après le sjstème anglais, est munie de roues qui facilitent son déplacement dans tous les sen^. Un dossier à articulations multiples reçoit, pour ainsi dire, l'empreinte du corps humain, et permet de donner au patient les directions et les attitudes les plus variées, selon les besoins de l'opérateur. Celui-ci trouve à la portée de sa main une armoire contenant les instruments, les bandages et des robinets à eau cliaude et à eau froide.
F. Laboratoires. Musses. Bibliothèques. Dans le voisinajie de la salle d'opérations doivent être installés des laboratoires pour les recherches chimiques et micrographiques; nous n'avons point ici à entrer dans les détails de leur installation. Des musées destinés à recevoir les pièces anatomo-pathologiques, des moules de tumeurs, de difformités, des représentations photographiques, tloivent constituer le complément des laboratoires.
Déjà depuis longtemps installés en Angleterre, en Allemagne, en Belgique, ces musées commencent à s'établir dans notre pays ; qu'il nous suffise de citer le musée de Saint-Louis spécialement pour les affections de la peau, de Necker pour les affections des voies génito-urinaires, dû à l'initiative de M. Guyon,del;i Salpêtrière. Des bibliothèques, depuis quelques années, ont été créées dans les hôpitaux de Paris et leur accroissement rapide prouve bien qu'elles répondent à un réel besoin.
G. Salle des morts. Amphithéâtre de dissection. Ces deux pièces doivent être attenantes et placées aussi loin que possible de la masse hospitalisée; il est bon qu'un rideau d'arbres ou d'arbustes élevés les isole et en masque l'aspect, et que le petit bâtiment qui les renferme soit placé de telle façon que les vents habituellement régnants ne puissent en rabattre les émanations sur les pavillons de l'hôpital. Dans la salle de dépôt, les cadavres doivent reposer sur de larges dalles, légèrement, inclinées et faciles à laver à grande eau. L'amphithéâtre de dissection bien éclairé et largement aéré doit être abondamment pourvu d'eau. Les tables d'autopsie, de forme rectangulaire, doivent être composées d'une substance imperméable, de marbre, d'ardoise, par exemple. Elles doivent être inclinées dans tous les sens vers une ouverture située au centre, fermée par un opercule mobile et muni de trous communiquant par un pied creux avec l'égoùt. On a construit, dans ces dernières années, des tables ayant la foime d'une boîte rectangulaire un peu plate dont la paroi supérieure est à claire-voie, et dans la concavité de laquelle débouche un fort tuyau d'aspiration latérale correspondant à une cheminée d'appel. Les liquides cadavériques s'écoulent par le fond de la boîte et le pied creux de la table et les émanations odorantes sont aspirées
'>y8 HOPITAUX.
par le ventilateur. Au-dessus de la table une couronne de tuyaux de plomb amène l'eau avec une pression suffisante et de quatre points de cette couronne partent des tubes de caoutchouc munis d'un robinet en cuivre qui permettent d'avoir constamment à portée de la main l'eau nécessaire. Sur un des côtés de l'amphithéâtre, le long du mur, une hotte avec une table est installée pour recevoir des parties détachées du cadavre ou defs pièces pathologiques, un bec de gaz constamment allumé dans l'intérieur du conduit de la hotte en assure la ventilation. La chapelle voisine de l'amphithéâtre ne doit point prendre les proportions d'un monument et il est inutile qu'elle présente, comme à Tenon, un local spécial pour chacun des cultes reconnus.
H. Bureaux. Logements du personnel. Salle d'attente. Enfin, près de l'entrée de l'hôpital, doivent se trouver les divers bureaux et en particulier celui d'admission auquel doit être attenant le vestiaire destiné à recevoir les effets des entrants après leur désinfection. C'est dans le même bâtiment de l'administration que doivent aussi se trouver les logements de l'économe, des commis aux écritures et des divers autres employés. En 1847, A. Chevalier {Annales (riiygiène publiq^œ, t. XXXVII, p. 218) avait déjà insisté sur la nécessité d'étai)lir dans les hôpitaux une salle d'attente pour les personnes qui viennent visiter les malades; on continue à oublier une pareille pièce dans les nouveaux hôpitaux, mais là où il existe une salle pour les consultations externes rien ne serait plus facile que de la mettre à la disposition des visiteurs qui, surtout pendant la mauvaise saison, sont exposés à contracter une maladie grave, en attendant au dehors qu'il leur soit permis de pénétrer dans les salles de malades.
Enfin, non-seulement il faut assurer aux malades tous les soins matériels, mais il faut encore penser au côté moral; il est utile que les malades puissent se distraire à l'aide de certains jeux et que des livres bien choisis soient mis à leur disposition.
XIll. Régime alimentaire. Le régime alimentaire, qui pour un grand nombre de malades, les blessés et les convalescents en particulier, ceux, en d'autres termes, qui ont fait ou font des pertes excessives, a une énorme importance, est encore aujourd'hui fort défectueux dans la plupart des hôpitaux. Calculé souvent avec une parcimonie regrettable, il est insuffisant dans de nombreux établissements (Montagne, De V alimentation en particulier à l'hôpital du Havre. Thèse de Paris, 1885), mais il pèche surtout par le manque de variété, par l'uniformité.
Un projet d'alimentation variée conforme aux données physiologiques et laissant aux médecins une grande latitude pour leurs prescriptions, qui a été élaboré en 1882 pour les hôpitaux de Varsovie, pourrait être pris comme modèle (Lubelski, Tableau graphique indiquant la composition physiologique de l'alimentation, etc. In Revue d' hygiène, 1883, p. 1002). Dans les hôpitaux et hospices civils de Paris, la ration alimentaire est déterminée par le règlement du 28 décembre 1867 qui a modifié et amélioré, en bon nombre de points, le règlement antérieur du 23 février 1852.
A Paris la ration de pain est divisée en quatre portions : la première de 120 grammes, la deuxième de 240, la troisième de 560, la quatrième de 480; celle des enfants, de 90 grammes pour la première portion, croît de la même quantité pour chaque portion, jusqu'à concurrence de 560 grammes pour les garçons et de 520 pour les filles. Dans les asiles de convalescents, à Vincennes,
au Vésinet, les malades qui arrivent des hôpitaux sont placés au premier régime et reçoivent par jour 300 grammes de pain ; lorsque la convalescence avance et qu'ils passent au deuxième réfectoire, ils reçoivent une ration de pain qui s'élère à 580 «irammes. Des allocations supplémentaires sont données à Paris pour les hôpitaux du Midi, de Lourcine, de Saint-Louis, pour les hôpitaux d'aliénés, etc. En An'î^leterre, la ration de pain varie de 16 à 6 onces, mais elle est suppléée souvent par du riz ou de la farine donnée en nature pour la conl'ection du pudding. Dans certains hôpitaux, la quantité de pain allouée aux malades est la même, quel que soit leur régime, par exemple, à Saint-George, à Middiesex, à Saint-Mary Hospital, etc.
La quantité de pain, assez faible aussi en Allemagne, est complotée par des farineux, des pommes de terre en particulier. Les hôpitaux aussi ont deux sortes de pain, le pain de seigle pour les convalescents qui reçoivent la ration entière et le pain blanc pour les autres régimes.
Dans le tableau suivant, on peut voir combien sont différentes les quantités de pain allouées suivant les pays et les hôpitaux :
Hôpital civil lie Lille, hommes 310 giamiiies.
— — femmes 250 —
— d'Amiens. Besançon, Tours 375 —
Hôpitaux civils de Paris et Uouen, hommes i80 —
— — femmes 400
— de Dijon, Lyon, Strasbourg, Touluuse oOO
— d'Angei-s 560
— de Bordeaux, de Versailles. . tJOO —
Hôpitaux militaires, Je la marine, de Nantes, de Uenne^ 650 —
— de Londres (moyenne de 1-2 étabiissemenlsj 560 —
— Allemands (moyenne approximative) 400 —
— de Munich, de Prague 210 —
— de Bade, hôpital militaire 560 —
— de la Charité de Berlin, 5WJ à 730 —
— de Bruxelles (v compris le pain de soupei 600 —
— de Madrid. . ". 500 —
— de la Commune à Copenhague 270 —
^ de Sainte-Marie à Moscou (pain de seigle) S19 —
Les quantités de viande qui peuvent être allouées aux malades ne sont pas moins variables, suivant les hôpitaux, on trouve comme maxima les chiffres suivants :
Hôpitaux civils de Paris (viande cuite désossée) 18(1 grammes.
— de Dijon, Lyon, Nantes, Toulouse 25(t —
— de Boi'deaux 2i2 —
— d'Angers 200 —
— de Tours, Orléans, Rennes, Besançon 140 —
— de Lille 130
— de Churing-Cross (Londres) 152 —
— Royal Free Hospital (Londresi 280 ^
— de Baniberg 50(1 —
— de Hambourg 120 —
— .Ulemands (moyenne) 260 —
— de Bruxelles 200 —
— de la Princesse à Madrid, 250 —
— de la commune à Copenhague 300 —
— ■ Sainte-Marie à Moscou 409,5 —
La valeur nutritive de la viande varie, on le sait, considérablement, suivant son mode de préparation, et malheureusement, dans la plupart des hôpitaux la viande est encore en grande partie consommée sous forme de bouilli après avoir servi à faire le bouillon. La faible valeur nutritive de celte préparation n'est plus à démontrer [voy, Coulier, art. Bouillon de ce Dictionnaire), et il e-st aujour-
d"hui pailaitement établi que d'une part la cuisson prolongée de la viande dans l'eau diminue considérablement son pouvoir nutritif, et que d'autre part celte perte n'est nullement compensée par l'addition des propriétés alibiles du bouillon. Le bouillon constitue une excellente boisson alimentaire, mais il est prolondément regrettable de voir employé à sa confection des morceaux de viande qui seraient bien plus utilement employés sous forme de grillades ou de rôtis. Avec Blachez (Du bouillon et de la viande dans le régime des hôpitaux. In Gazette hebdomadaire, 1878, p. 270), nous voudrions voir employés pour la confection du bouillon nécessaire aux grands malades des bas morceaux, additionnés d'os qui pourraient être complètement épuisés à l'aide des procédés dits de Liebig ou de Piédagnel. Pour économiser la viande destinée à faire du bouillon, M. Lefèvre, directeur du service de santé de la marine, et Vincent, pharmacien en chef, ont ])ensé à faire servir deux fois la viande pour préparer du bouillon : avec 500 grammes de viande déjà cuite mise pendant deux heures dans '2 litres d'eau avec 100 grammes de carottes et 40 grammes d'oignons on peut obtenir i litre de bon bouillon. 11 va sans dire que le résidu n'est plus que de la viande réduite à l'état de (liasse et impropre dorénavant à tout usage alimentaire.
En Angleterre le bouillon de mouton, qu'il vaudrait mieux appeler soupe de mouton, est à peu près le seul employé; il est prescrit à la dose d'une pinte et constitue le régime désigné sous le nom de hroth diet. Le Mutton broth des hôpitaux anglais, dit Husson, est un aliment sui (jeneris auquel on chercherait vainement un analogue en France. Po\ir 85 centilitres d'eau on met dans une marmite 224 grammes de cou de mouton (os et graisse compris) ; on y ajoute du poivre, d'autres condiments du même genre, souvent même de la graisse provenant des autres parties de l'animal, jamais de légumes. La cuisson a lieu jusqu'à ce que les 85 centilitres d'eau soient réduits à 57 centilitres. C'est alors une sorte de purée épaisse et graisseuse au milieu de laquelle surnagent les os, les morceaux de viande, et qu'on sort telle quelle, sans en rien disti'aire (Husson, Examen comparatif du régime alimentaire adopté pour les malades dans les hôpitaux civils et militaires en France et les principaux hôpitaux des divers États de rEurope, in-4°. Paris, 1872, p. 95). Le thé de bœuf oa beef-tea est un bouillon extemporané d'un usage aussi habituel dans les hôpitaux de Londres ; il entre dans la ration réglementaire de certains établissements, de Westminster-llospital en particulier.
Dans les hôpitaux de France, le bouillon le plus souvent est consommé sous l'orme de soupe ; le pain de la soupe est encore dans un grand nombre d'hôpitaux prélevé sur la ration alimentaire ; il serait à désirer que partout comme à Paris une certaine quantité de pain (40 grammes pour les adultes, 30 pour It s enfants) fût allouée pour que la soupe soit préparée, trempée avant d'être distribuée. On pourrait remplacer, plus souvent qu'on ne le fait, pour la préparation de la soupe, le bouillon gras par le bouillon maigre au beurre et aux légumes verts ou secs. Suivant les pays, les habitudes, les soupes présentent des compositions singulièrement variables dans les hôpitaux. En Angleterre, les malades ne mangent que peu de soupe grasse et consomment les petites quantités de bouillon qui leur sont données sous forme de boisson. La soupe au lait [milk-porridge) , le gruau clair [tiiin gruel), le gruau d'orge, d'avoine ou de riz, sont les potages les plus usités. A l'hôpital Royal Frédéric de Copenhague, les malades reçoivent le dimanche et le jeudi 720 grammes d'un potage dit potage aux cerises
préparé avec de l'orge mondé, du sirop de cerises, du sucre et du vinaigre. Les lundi, mercredi et samedi, cette soupe est remplacée par des potages à l'orge, et les mardi par des soupes au sagou ou au gruau d'avoine. En Russie, les soupes des liôpilaux sont préparées avec du gruau d'avoine, de la semoule ou de l'orge mondé, des goujons, el quelques-unes sont acidulées avec le suc des baies de cannebcrge. Enfin, en Espagne, lu soupe a l'ail constitue une préparation culinaire habituelle qui comme le potage aux goujons aurait peu de chance de s'introduire dans notre pays. Outre le pain, la viande, le bouillon ou les soupes, pour varier le régime alimentaire, il est nécessaire d'y ajouter un certain nombre d'aliments, dits légers, parmi lesquels figurent en tète le poisson et les légumes de la saison. Dans les hôpitaux de Paris, la concession du poisson frais est iacultative et la ration de cet aliment est de 80 grammes pour les malades à une portion. Les œufs, la volaille, les fruits cuits ou crus, les pruneaux, les confitures, etc., doivent pouvoir être prescrits aussi libéralement que possible, et il serait bien à désirer que dans tous les hôpitaux, dans ceux de Paris en particulier, les bons supplémentaires d'aliments revêtus de la signature des chefs de service fussent délivrés sans jamais rencontrer la moindre entrave ni subir le moindre retard.
En temps ordinaire, dans les hôpitaux civils, on ne doit pour la nourriture des malades employer que des aliments frais ; toutes les conserves alimentaires, alimenlormn simulacra, doivent être rejetées dans ces établissements.
Dans les hôpitaux français, le vin et le lait constituent les seules boissons distribuées aux malades; la bière n'est accordée que d'une manière exceptionnelle. Le vin dans les hôpitaux et hospices civils de Paris est généralement, à moins de prescription spéciale, du vin rouge. Les malades au premier degré d'alimentation reçoivent une portion composée de 24 centilitres pour les hommes et les garçons, de 18 centilitres pour les femmes et les filles, de 16 centilitres pour les enfants des deux sexes. Les malades ou deuxième degré d'alimentation en reçoivent la même quantité; les malades au troisième degré oO centilitres pour les hommes, 27 centilitres pour les femmes, 24 centilitres pour les enlants. Les malades au quatrième degré de régime ont 48 centilitres pour les hommes, 56 pour les femmes et 24 pour les enfants. Les femmes enceintes reçoivent par jour 20 centilitres de vin ; les enfants, divisés par catégorie d'âge, n'ont de vin qu'à partir de deux ans, et depuis cet âge jusqu'à douze ans la quantité, qui en est uniforme, est de 8 centilitres par jour. Au Vésinet, les convalescents reçoivent 25 centilitres à chaque repas. Le lait est divisé également en trois portions et il peut être prescrit, ce qui, soit dit en passant, est d'une mauvaise pratique, simultanément avec le vin, mais les quantités réunies des deux boissons ne peuvent pas dépasser en tout cinq portions. En Angleterre le lait constitue une diète ou un degré particulier de régime sous le nom de milk diet, et aujourd'hui que la diète lactée rend dans de nombreuses maladies de si grands services, il est nécessaire que dans les hôpitaux le lait puisse être prescrit à doses Dour ainsi dire illimitées.
Dans les hôpitaux anglais, les autres boissons en usage sont la bière ordinaire, le porter, le thé, l'eau de gruau {water-gruel), les vins du Midi et l'eaude-vie. Ces deux dernières boissons ne sont accordées au malade que sur prescription spéciale du médecin. La bièie n'entre que dans la composition du régime le plus élevé {fuUor commondiet). En outre des vins généreux toniques, le vin de Saint- Pvaphaël en particulier, peuvent être prescrits à Paris. Les
DICT. ENC. 4' S. XIY. 26
hommes en reçoivent deux pintes et les femmes une pinte et demie. A Londoii llospital, la bière est remplacée par du porter qui se donne en quantité moitié moindre. Les maU\des réservent habituellement leur bière pour le dîner et se contentent pour le déjeuner et le souper d'eau de gruau ou de bouillon [broth). Le thé figure dans tous les degrés du régime et en même quantités. En France, on accorde la préférence comme boisson alimentaire au café et au chocolat préparés soit à l'eau, soit au lait. En Danemark et en Suède, le thé et la bière fonstituent les boissons accordées dans les hôpitaux, le vin est un objet de luxe qui ne se délivre que sur prescription médicale. En Russie, notamment dans les hôpitaux de la marine, les convalescents reçoivent comme boisson l''*,22 de kwass, sorte de bière aigrelette; pour les scorbutiques on accorde l/*2 litre de bière ordinaire et 50 grammes d'eau-de vie. Les malades reçoivent pour boisson de l'eau panée préparée avec du pain bis ou une sorte de limonade faite avec le jus aigre de la canneberge [Vaccinium o.rijcoccus), ou enfin du gruau acidulé avec le suc des mêmes baies. Le thé est aussi souvent employé ; le vin rouge n'est accordé qu'exceptionnellement.
Dans, les hôpitaux de Paris, la ration est divisée en 4 degrés : 1" la diète absolue; 2'^ la dicte simple ou bouillon; 7)° le régime de potages et de soupes; 4" le régime d'aliments solides subdivisé lui-même en quatre degrés depuis une portion jusqu'à quatre portions. La diète simple ou bouillon comporte de un à quatre bouillons ou de une à quatre portions de lait; les malades aux potages reçoivent selon la prescription deux bouillons ou deux potages soit au gras, soit au lait. Le régime des enfants malades est laissé à la discrétion des médecins, qui doivent n'accorder les quatre portions qu'aux adolescents. En Angleterre les degrés de la ration des hôpitaux sont fixés de la façon suivante : A Saint-Georges, par exemple, il y a 6 régimes : i" extra-diet; 2° ordinary diet; 5" fish diei ou régime de poisson; 4" fever diet; 5" broth diet; 6" milk diet.
L'extra-diet est une alimentation très-copieuse qui ne se donne guère qu'aux gens presque valides ; elle se compose de 12 onces de viande, H onces de pommes de terre, \2 onces de pain de froment, 2 pintes de bière aux hommes et 1 pinte 1/2 aux femmes, 1/2 pinte de lait, 1 pinte d'eau de gruau, 6 onces de beurre, 6 onces de sucre, 1/4 d'once de thé (Topinard, îoco citato, p. 52). A Guy's Hospilal il existe cinq régimes : 1° full diet ; 2" middle diet; "ô" low diet; 4" milk diet: 5° ferer diet. Ce dernier, bien fait pour choquer nos idées diététiques, se compose de 6 onces de pain, 1 once de beurre et de 1/2 linc de bœuf pour la préparation du beef-tea, dont la prescription est facultative avec ce régime. Dans les autres hôpitaux de Londres, à Saint-Thomas, à London Hospital, à University Collège Hospital, par exemple, le régime n'est pas moins succulent. Le beurre est un aliment presque indispensable aux Anglais ; il est fourni à discrétion, sauf à Saint-Georges. Les suppléments de toute sorte sont accordés avec la plus grande largesse sur la simple prescription du médecin.
Dans les hôpitaux du nord de l'Europe, en Danemark, en Russie, le régime abondant se rapproche beaucoup de celui qui est adopté en Angleterre {voij. Fonssagrives, llyyiène alimentaire, 5*= édition, p. 575).
D'après Grehm, quatre régimes sont nécessaires pour les hôpitaux : 1° le régime des blessés ou malades graves avec fièvre se compose de simples bouillons, de gelées ; 2° le régime des malades atteints d'anomalie de nutrition : scrofule, chlorose, scorbut, etc. Nécessairement variable, ce régime doit pouvoir admettre certains aliments particulièrement propres à restituer au sang quel-
<iues-uiis de ses principes : par exemple, les légumes verts, le cresson, les fruits acides, dans le scorbut; 3° le régime des affections de l'estomac; celui-ci doit prévoir, outre le lait, les peptones, les jus de viande, la viande crue, hachée, les œufs, etc. ; ¥ le régime des malades à blessures ou à maladies légères et des convalescents et qui peut se rapprocher beaucoup de celui des individus en bonne santé.
Pour les malades qui s'alimentent difficilement, ou dans des cas particuliers, les repas doivent être multipliés; en France, pour les malades qui peuvent être nourris, on se contente habituellement de trois repas : le repas du matin composé d'une soupe, de café au lait ou de chocolat; le déjeuner à dix heure* composé de soupe, viande et légumes, ou poisson, etc.; le dîner à cinq heures du soir composé à peu près de la même manière. En Angleterre, le déjeuner se compose généralement de potage au lait, de thé, pain et beurre; le dîner, de viande préparée, de pommes de terre, de pain et beurre, et enfin le souper de bière, pain et beurre. En Allemagne et en Suisse on fait quatre repas par jour dans les hôpitaux. AYiel conseille de les distribuer et d'y pourvoir de la façon suivante pour les malades qui tolèrent l'alimentation intégrale. Déjeuner à huit lieures : lait 500 grammes avec 50 grammes de pain et de 1 à 5 œufs, poivre et sel; dîner à midi, soupe, 250 grammes; viande (bœuf, mouton, veau, porc, volaille, plutôt rôtis que bouillis) et légumes; vin, 20 centilitres; goûter^ 50 grammes de viande fumée, pain, bière, 50 centilitres; souper, 250 grammes de soupe ou 120 grammes de viande rôtie, 20 centilitres de vin.
XllI. Exécution du service. Administration. Le personnel nécessaire pour l'exécution du seivice comporte des médecins, des pharmaciens, des administrateurs et des infirmiers.
Il est aujourd'hui peu d'hôpitaux importants dans lesquels les médecins ne soient pas nommés au concours, et cette saine et vivifiante institution doit s'appliquer aussi bien aux médecins chefs de service qu'à leurs aides immédiats (internes et externes). C'est aussi au concours que doivent être accordées les fonctions de pharmacien d'hôpital; ce service important doit toujours être confié au moins à des personnes pourvues d'un diplôme : les abandonner à des employés n'ayant pas fait d'études spéciales, à des religieuses, c'est non-seulement contrevenir aux dispositions légales, mais encore exposer les malades à d'irréparables méprises.
Quant aux employés d'ordre inférieur, aux infirmiers et infirmières, sans désirer le moins du monde que les personnes appartenant aux ordres religieux continuent à jouir d'une sorte de monopole, il me semble que les malades, — et ce sont leurs intérêts qui doivent être exclusivement consultés, n'ont pas tout h. gagner à la la'icimtion complète des hôpitaux, .le suis tout le premier à reconnaître que souvent les religieuses ont eu le grand tort de ne pas se contenter de leurs fonctions de garde-malades, qu'elles ont empiété d'une façon regrettable sur les attributions et du médecin et de l'administrateur, mais il faut bien dire aussi, sous peine d'être injuste, qu'elles ont rendu et peuvent encore rendre d'énormes services.
Tout en conservant les mêmes attributions, les religieuses n'ont plus du reste la même omnipotence dans les hôpitaux ; le jour où des médecins dignes de ce nom ont dirigé des services, leur puissance s'est forcément affaiblie. « II fallut, dit Marc-Antoine-Petit (éloge de Desault), toute l'énergie et même la violence de
Desault pour mettre un terme au despotisme des sœurs de l'IIôtel-Dieu, sans lesquelles le médecin ne pouvait rien faire et qui paralysaient ainsi le pouvoir de la science. Desault força les hospitalières à concevoir que le régime est un des objets essentiels du traitement des malades. 11 descendit dans tous les détails de la réception des malades, de leur distiibution dans les salles, de la manière de les déshabiller, de la disposition de leurs lits et des précautions à prendre en les y plaçant, du nombre des infirmiers, des soins avec lesquels ils doivent exercer leurs devoirs. »
Je ne mets pas en doute que le personnel laïque instruit par les soins de l'Assistance publique à Paris donne des résultats satisfaisants et que les infirmières montrent autant de dévouement que les religieuses, mais, pour des raisons sociales multiples que nous n'avons pointa apprécier ici, un certain nombre de femmes devant continuer à se retirer du monde, il est, à mon sens, préférable de faire profiter les malades de leur zèle charitable que de les condamner à rester confinées dans un cloître. Que l'on fasse appel à tous les dévouements, rien de mieux, et en provoquant une noble émulation on serait, il me semble, plus utile aux malades (ju'en rejetant totalement les services des religieuses. Tout ce qu'on est en droit d'exiger d'elles, c'est qu'elles obéissent passivement aux règlements et qu'elles exécutent et les ordres de l'admmistration et les prescriptions des médecins. Tout acte d'intolérance religieuse doit être sévèrement réprimé, mais, dans notre pays au moins, de pareils abus ne sont guère à craindre et les malades de nos hôpitaux jouissent bien certainement d'une grande liberté de conscience. Depuis bien longtemps il n'existe pas, que je sache, en France, de règlement analogue à celui que cite Thor dans son Aperçu sur la construction et ï organisation intérieure d'un hôpital d'après l'organisation de la maison municipale de santé de Munich, 1847, et qui rendait la confession obligatoire à l'entrée des malades. Les religieuses, si elles ont été attaquées en tant que sœurs hospitalières, ont eu aussi d'illustres défenseurs. Voltaire, qu'on ne s'attend certainement guère à voir en cette affaire, n'a-t-il pas écrit : « Peut-être n'est-il rien de plus grand sur la terre que le sacrifice que fait un sexe délicat de la beauté, de la jeunesse, souvent de la haute naissance, pour soulager dans les hôpitaux ce ramas de toutes les misères humaines dont la vue est si humiliante pour l'orgueil et si révoltante pour notre délicatesse ? » Nous ne pouvons que répéter avec de Polinière que a les sœurs soient pénétrées de la sainteté de leurs devoirs ; qu'elles les fassent consister dans l'obéissance, la ponctualité à suivre les prescriptions, et elles auront acquis, j'ajouterai, droit aux respects de tous, des malades, des administrateurs et des médecins ». Les règlements concernant l'administration des hospices délimitent du reste d'une façon précise leurs attributions. Les sœurs hospitalières sont chargées du service intérieur sous l'autorité et la surveillance de la commission administrative: elles soignent les malades, distribuent les vêtements et autres objets nécessaires au service, préparent les aliments et les distribuent, maintiennent l'ordre et la propreté dans toutes les parties de l'établissement (G. Tannberger, Guide des administrateurs et agents des hôpitaux et hospices, 1855, p. 34). Lorsqu'elles ne dépassent pas un rôle ainsi tracé et qu'un vrai dévouement les anime, les religieuses peuvent, personne ne saurait le contester, rendre de précieux services.
Dans la plupart des hôpitaux, l'administration se compose d'un conseil de surveillance ou d'administration et d'un économat. Eu France, ce conseil émane
presque toujours de l'autorité municipale ou départementale; à l'étranger, il est formé souvent par les délégués des membres fondateurs et des donataires. Le conseil d'administration a le contrôle du budget des dépenses, des marchés passés par l'économat ; il a aussi la hante direction disciplinaire et le droit de nomination de tous les employés sulbaternes (commis aux écritures, servants, infirmiers, etc.). C'est enfin le conseil d'administration qui décide des réformes et des améliorations à apporter soit aux bâtiments, soit au fonctionnement du service.
Il est une réforme bien utile à introduire dans le service des hôpitaux, et qui aura peut-être beaucoup de peine à être adoptée chez nous. Actuellement la principale visite des malades se fait le matin environ à huit heures l'hiver, à sept heures l'été. Pour qu'à une pareille heure les salles puissent être balayées, nettoyées, prêtes à recevoir le médecin, il faut que les infirmiers, les servants, aient depuis longtemps déjà bruyamment réveillé les malades, qui souvent n'ont pu sommeiller pendant la nuit, et ce motif seul est bien suffisant pour motiver une réforme complète dans les heures des visites médicales.
En Angleterre, c'est dans l'après-midi seulement qu'a lieu la grande visite journalière; en même temps que la visite, dans les grands hôpitaux a lieu une consultation faite très-régulièrement et qui est confiée à des médecins chargés exclusivement de ce service et distincts des médecins traitants de l'hôpital. Dans plusieurs établissements, à Saint-George en particuher, il existe en outre une coutume digne d'éloges : une fois par semaine, les chirurgiens ou les médecins se réunissent à l'amphithéâtre et y discutent, en présence des élèves, les cas difficiles de leurs services respectifs et la convenance des opérations non urgentes (Topinard, loc. cit., p. 25).
Dans la commission administrative des hôpitaux, la médecine est représentée par plusieurs de ses membres, mais il est une autre institution, aujourd'hui tombée en désuétude et qu'il serait bien utile de faire revivre. D'après l'article 18 du règlement de 1830, tous les ans les médecins, chirurgiens et pharmaciens des hôpitaux de Paris, doivent se réunir en assemblée générale, et une commission composée de quatre médecins, de deux chirurgiens et d'un pharmacien, doit être chargée de recueillir les observations relatives au service de santé pour en faire un rapport au conseil général. Le médecin en chef de chaque hôpital devrait toujours en faire partie; comme il est l'autorité qui peut le mieux éclairer le conseil sur les véritables intérêts des malades, il devrait avoir, sur certains points directement afférents à l'hygiène, un droit de veto.
A Paris, les hôpitaux sont administrés par l'Assistance publique, qui gère les biens et exerce toutes les attributions des conseils d'administration de province; l'institution connue en Angleterre sous le nom de Local government board a des fonctions moms étendues et se rapproche beaucoup plus du conseil d'hygiène et de salubrité que de l'administration de l'Assistance publique.
XIV. Répartitio:^ des malades. Hôpitaux spéciaux. Ce n'est pas seulement dans le but de faciliter le service que les malades doivent dans un hôpital être répartis par catégories. Tout d'abord la décence la plus élémentaire paraît commander la séparation des sexes, et ce n'est que dans de bien rares hôpitaux qu'ils se trouvent mélangés. A la nouvelle clinique chirurgicale de Buda-Pest, par exemple, hommes et femmes sont couchés dans les mêmes salles et séparés seulement par une cloison basse s'ouvrant à deux battants que ne ferment ni loquet ni serrure, et M. le professeur J. Kovacs, loin de redouter cette promis-
ouité, a trouvé au contraire qu'hommes et femmes avaient meilleure tenue et mettaient plus de re'serve et de décence dans leur conduite lorsqu'ils sont ainsi ;i côté les uns des autres. Sans nous croire beaucoup moins vertueux que les Hongrois, il ne me semble pas indiqué de tenter une pareille expérience dans notre pays. La séparation par catégories présente, au point de vue hygiénique, pour un grand nombre d'affections, de sérieux avantages, et on ne saurait approuver l'usage adopté dans de nombreux hôpitaux anglais de distribuer au hasard les malades dans les salles. Si les malades atteints d'affections vénériennes ou syphilitiques sont séparés, plutôt par mesure d'ordre que par nécessité hygiénique, si les affections chroniques, apyrétiques, non suppurantes, peuvent sans grands inconvénients être mélangées dans une même salle, il n'en est plus ainsi lorsqu'il s'agit de blessés, d'accouchées ou de personnes atteintes de maladies transmissibles. Non-seulement de semblables malades doivent être places dans des salles bien distinctes, mais caserait commettre une réelle imprudence que de mt'ltre des blessés dans une salle antérieurement occupée et infectée par des fébricitants : les salles doivent avoir toujours la même destination.
11 faut ajouter qu'il n'est même pas suffisant d'avoir des salles distinctes pour chaque catégorie de malades ; il faut des bâtiments spéciaux pour chacune d'elles : réunir à différents étages de la même construction diverses catégories de malades constitue une pratique dangereuse. Déjà en 166i Vezon, médecin 'i riIôtel-Dieu, avait attribué, et avec raison, l'énorme mortalité des accouchées dans cet hôpital à ce que leurs salles étaient placées immédiatement au-dessus de celles des blessés (Tenon). Déjà, à cette époque, des précautions fort sages étaient prises dans quelques hôpitaux, à Montpellier, par exemple, et les malades étaient réparties d'une façon judicieuse. Fournicr, dans une note portant pour titre : Précautions d'usage dans T Hôtel- Dieu de Montpellier pour empêcher la communication et arrêter les progrès des maladies {Recueil d'observations d<médecine des hôpitaux militaires, par Richard de Ilautesierk, t. I, p. 17, 1766), indique en particulier les mesures suivantes : « Les malades attaqués de maladies qui se peuvent communiquer, tels que les galeux, sont dans des salles particulières. Les blessés et ceux qui sont atteints de maladies graves sont pareillement placés dans des salles destinées à leur état. Toutes les salles sont disposées de manière que le vent du nord qui règne le plus fréquemment dans ce lieu a toujours la liberté de les enfiler et de changer à chaque instant l'atmosphère. Par là l'air qu'on y respire étant continuellement renouvelé y est bien plus pur. Pour le purifier cependant encore davantage on a soin de parfumer les salles deux fois par jour, le soir et le matin, avec du genièvre, de l'encens, du storax, etc. Pans les grandes chaleurs, on arrose les salles trois fois par jour. Les malades couchent seul à seul dans des lits à la duchesse qui sont tous de fer, la garniture est d'un cotonnat gris de fer. Chacun a une bonne paillasse et deux bons matelats. On a soin de changer les matelas des lits autant de fois qu'ils sont gâtés; on a également soin de changer tous les linges nécessaires aux blessés et aux autres malades autant de fois qu'ils en ont besoin. »
Pour maintenir, dans un hôpital, un état satisfaisant de salubrité, il est nécessaire de pouvoir évacuer de temps en temps quelques salles, de les laisser inoccupées. L'utilité des salles de rechange, reconnue déjà dans une instruction de l'ancien Conseil d'hygiène (Décret de la Convention nationale du 5 ventôse an 11), indiquée en 1802 par Cattet et Gardet [loc. cit.), établie tout
spécialement par Villore (de Rouen) cite' pas GIraldès {Discussion de la Société (le chirurgie), n'est plus contestée aujourd'hui.
Des pareilles salles existent en particulier à Toulouse, à Vienne ; on laisse aussi depuis longtemps reposer les salles à Varsovie (Chalvet, Gazette des hôpitaux. 1862, p. 85), et dans les hôpitaux militaires, où tous les lits ne sont qu'exceptionnellement remplis, cette pratique de l'alternance des salles donne les meilleurs résultats. On peut profiter du reste de l'évacuation momentanée des salles pour les assainir, les désinfecter et procéder même au flambage des murailles, dans les constructions composées de matériaux incombustibles, comme les pavillons ToUet.
Lorsqu'on ne dispose ni de nombreuses salles, ni de bâtiments assez multil>liés, Bouchardat recommande avec raison de disperser les grands blessés et les accouchées au milieu des malades atteints d'affections légères. Il est bien évident qu'il sera préférable de placer un seul blessé au milieu d'une salle ainsi occupée que de réunir plusieurs individus présentant tous des lésions graves; mais les malades, quels qu'ils soient, vicieront toujours l'atmosphère que doit respirer l'unique blessé, lui prendront S072 air, et l'hygiène moderne ne saurait se contenter de ce que l'on ne doit considérer que comme une demi-mesure.
Outre les salles de rechange, il est encore nécessaire de posséder des salles de convalescents au moins dans les hôpitaux des villes secondaires. Dans les grandes villes, il est infiniment préférable d'avoir pour les convalescents des asiles spéciaux. De pareils établissements permettent de disposer plus rapidement des lits dans les hôpitaux ; les convalescents y récupèrent plus vite leurs forces et ne sont pas en outre exposés à contracter des maladies contagieuses en prolongeant leur séjour à l'hôpital. Inspirée par les conseils de van Swieten, Marie-Thérèse la première dota Vienne d'un hospice de convalescents. Mazarin, dans son testament, avait laissé 70 000 livres à THôtel-Dieu pour construire une maison de convalescents et un particulier avait donné 100 000 livres dans le même but; mais, malgré ces dons et l'établissement des plans et devis par les soins des administrateurs, qui mirent aux préparatifs (seulement) de ce projet le plus grand zèle, on n'aboutit à aucun résultat satisfaisant. De 1652 à 1795, Paris ne posséda qu'une petite maison de convalescents de 22 lits, située dans la rue du Bac, près de la rue de Yarennes, et qui devait recevoir les malades de la Charité. « Excellente institution, dit Tenon, trop peu étendue pour les hommes et qui manque absolument pour les femmes. » Ce fut en vain qu'il demanda la création d'un asile de convalescents pour les malades de^l'Hôtel-Dieu; Goste (Dict. eu 60 vol., t. XXI, p. 441) exprima aussi inutilement le même vœu, et ce n'est qu'il y a une vingtaine d'années qu'il fut enfin réalisé par la création des deux asiles de Vincennes et du Vésinet. — Vers 1850 une maison de convalescence avait été installée pour les enfants à la Roche-Guyon. L'Allemagne sous le nom de Sanatorien, Recon valescentenhaiiser , Feriencolonieeti, possède des L'tablissements ayant la même destination. En Angleterre, on trouve les asiles de Groydon et de Highgate. — Les hôpitaux généraux, communs, destinés à recevoir des malades atteints d'affections internes et externes, outre qu'ils doivent fournir des salles spéciales pour chaque catégorie, doivent pour les services de chirurgie être disposés d'une façon un peu spéciale. 11 serait nécessaire qu'ils possédassent, suivant les conseils de M. U. Tréiat, une salle des blessés non accessibles à la contagion, une autre pour les malades exposés à être atteints pai' la contagion ou à en être la source. Si parmi ces blessés survient une affection
contagieuse, le malade pourrait être transporté dans la salle non accessible à la contagion ou dans un local d'isolement complet suivant le cas. Plus que tous les autres les blessés qui suppurent (ils sont rares aujourd'hui) ont besoin d'être traités à part, et c'est surtout pour eux que l'hospitalisation doit tendre à s'individualiser. Pendant la discussion de l'Académie de médecine sur la salubrité des hôpitaux, M, Briquet signala tout spécialement les bons résultats chirurgicaux obtenus à l'hôpital de Reims depuis longtemps, grâce à l'isolement rigoureux et à une large dissémination des blessés. Bien que ce fût, dit M. Briquet, le plus affreux hôpital qu'on piit imaginer, les grandes opérations, telles que taille, amputations, ablations de tumeurs, réussissaient presque toujours et la mort était une rare exception. Mais les opérés étaient placés dans une salie à part, de six lits, avec autant de croisées ; il y avait rarement plus de deux ou trois opérés à la fois; les autres lits étaient occupés par des privilégiés souvent peu malades. A côté de cette petite salle dite des opérés se trouvait une pièce bien éclairée, bien aérée, oii était un lit dans lequel on plaçait un des opérés sitôt qu'il avait quelque signe avant-coureur d'infection purulente. En 1876, au congrès d'hygiène, Mazzoni insista aussi sur la nécessité de disséminer et de séparer avec soin les blessés des autres malades et attribua avec raison à ces excellentes mesures les succès obtenus dans bon nombre d'hôpitaux italiens.
L'âge des malades, leur sexe, le genre d'affection surtout dont ils sont atteints, entraînent des variations nombreuses dans le système hospitalier et ont diî faire créer des hôpitaux spéciaux.
L'enfance, pour laquelle existent depuis longtemps des hôpitaux, est loin d'en retirer, au moins dans les conditions où ils sont établis, tous les avantages qu'on se serait cru en droit d'en attendre. Les enfants vicient rapidement l'atmosphère dans laquelle ils respirent, à nul âge on n'a autant besoin d'air pur ; un large espace leur est surtout nécessaire, et jamais les hôpitaux qui leur sont destinés ne devraient être construits dans l'intérieur des villes. C'est aussi pendant l'enfance que les maladies contagieuses exercent surtout leurs ravages, el les hôpitaux spéciaux aux individus de cet âge ne sauraient exister sans danger qu'à la condition de posséder pour les maladies transmissibles des pavillons bien isolés, complètement indépendants et pourvus de toutes les ressources que met à notre disposition l'hygiène moderne. On lit dans le rapport de la commission médicale de 1858, adressé aux membres du Conseil général, le passage suivant : « En 1835, la commission médicale vous disait que, faute tle salles destinées à isoler les maladies 'contagieuses, l'hôpital des Enfants offrait chaque jour le spectacle d'enfants qui, entrés pour la plupart pour une maladie légère, venaient y chercher, non la guérison, mais la mort. Elle vous exposait que dans une période de six mois, depuis le 1" octobre 1853 jusqu'au l''' avril 1834, on avait observé dans l'hôpital 155 fièvres éruptives, que sur ces 155 cas 88, c'est-à-dire près des 5 cinquièmes, avaient été contractés dans l'hôpital ; que sur ces 88 malades 52 avaient succombé, tandis qu'on n'en avait perdu que 21 sur les 77 autres venus du dehors. En résumé, plus du cinquième de la mortalité des enfants est dû à cette cause que l'Administration peut facilement détruire. Cette cause existe encore en 1859, avec toutes ses funestes conséquences. »
Lorsqu'un peu plus loin nous nous occuperons du mode d'hospitalisation des malades atteints d'affections contagieuses, nous verrons que la situation, quoiqu'améliorée, présente encore de nombreuses et importantes lacunes. En
Angleterre, après avoir reconnu combien était dangereuse et insalubre ta réunion d'enfants malades dans un même établissement, on a été jusqu'à proposer la suppression des hôpitaux spéciaux ' et la dissémination des enfants dans les autris hôpitaux, dans les hospices de vieillards en particulier, ces derniers étant peu exposés à contracter les maladies contagieuses de l'enfance et pouvant en outre surveiller et donner, dans une certaine mesure, des soins aux petits malades. Cette manière de faire présenterait h priori des inconvénients de plus d'un genre sur lesquels il est inutile d'insister. Les enfants au-dessous de deux ans n'étant pas admis à Paris dans les hôpitaux spéciaux, on les reçoit dans les hôpitaux communs avec leurs mères et ils constituent le service de crèche qui n'est qu'une annexe d'un autre service. 11 y aurait tout avantage à former de ces petits malades un service spécial, qui posséderait comme locaux indispensables des bains particuliers, une petite cuisine pour tenir chauds et préparer les aliments, et enfin une salle d'isolement pour les maladies contagieuses.
Les hospices de vieillards, d'infirmes, d'incurables, dont la nécessité n'est pas à démontrer, peuvent, sans trop d'inconvénients, réunir un grand nombre de pensionnaires. Comme pour les enfants, le chauffage, dans ces établissements, doit être bien assuré; une différence de quelques degrés thermométriques dans le chauffage des dortoirs suffit pour multiplier les pneumonies séniles et élever le chiffre de la mortalité. Les vieillards peuvent difficilement monter les escaliers et pour leur éviter la fatigue, les chutes, il est bon de n'avoir, dans les maisons qui leur sont destinées, que des rez-de-chaussée (Note relative à quelques conditions que doivent présenter les hôpitaux destinés à des individus âgés de soixante ans et infirmes, par Esquirol, Chevalier, Yillermé et Parent-Duchâtelet. In Annales d'hygiène publique, t. IX, p. 96, 1839). — Dansun rapportlu en 1877 à la Société de chirurgie, M. Nicaisc proposait, pour désencombrer les hôpitaux de Paris, de créer des asiles plus nombreux pour les vieillards, infirmes et incurables, et des hospices spéciaux pour les valétudinaires, les individus atteints d'affections chroniques, les phthisiques en particulier, de manière à ne recevoir dans les salles des hôpitaux que de vrais malades, atteints d'affections aiguës et ne devant occuper leur lit que pendant un temps limité.
En 1878, M. Ulysse Trélat, dans une conférence faite à la Sorbonne [Progrès médical, 1878, p. 673), a repris cette même question; il a démontré que la clientèle de phthisiques des hôpitaux ne représentait pas moins de 10 500 individus, et que chacun d'eux, avant de mourir, ne coûtait pas moins de 1000 francs à l'Assistance publique. L'humanité et l'économie se trouveraient bien de les envoyer à Nice, à Cannes, où l'on devrait fonder des stations permanentes, des sanatorium analogues à celui que le docteur Landowski a institué aux portes d'Alger. Deux médecins distingués, M. G. Daremberg (de Menton \Sur V établissement dans le Midi d'hôpitaux maritimes pour les phthisiques. In Gazette hebdomadaire, 1880, p. 584]) et M. de Musgrave-Clay [Sur la nécessité de créer des hôpitaux pour les phthisiques dans le midi de la France. In Gazette hebdomadaire, 1879, p. 589), ont récemment encore insisté sur l'urgence de pareilles installations. Aujourd'hui que les faits de contagion de la phthisie paraissent se multiplier, que la tuberculose est rangée parmi les maladies transmissibles, il y a encore là une raison de plus pour créer de semblables hôpitaux qui existent du reste depuis longtemps déjà à Naples en particulier, à Londres (Brorapton Hospital et Victoria Park) et à Berlin.
ilO
Kepuis
ipuis quelques années, ou a fait en France quelques tentatives dans ce ; à l'hôpital Laennec et à l'iiôpital des Mariniers, 400 lits sont réservés pour les phthisiques et il est question de créer un hôpital spécial à Arcachon. A Villepinto (Seine-et-Oise), un établissement dû à l'initiative privée pouvani recevoir 200 phthisiques fonctionne depuis six à sept ans (Riant, Les hôpitaiir pour phthmques. In Annales d'hi/giène, 1885).
11 est deux catégories spéciales de malades qui, plus que toutes les autres, ont besoin d'installations particulières; nous voulons parler des femmes en couches et des aliénés. Nous n'avons point à nous en occuper ici et nous hlpouvons que renvoyer le lecteur aux articles : Materînité et Asiles d'aliéjxés, de ce Dictionnaire.
Certaines maladies, surtout en raison de l'outillage particulier qu'elles exigent, se trouvent bien d'être réunies dans les hôpitaux spéciaux. C'est ainsi que les maladies cutanées, les maladies des oreilles, les maladies des yeux, justifient parfaitement la création, dans les grandes villes, d'établissements particuliers. Dans les hôpitaux destinés aux ophthalmiques, au lieu de confiner entre des rideaux hermétiquement dos les malades auxquels on doit éviter l'impression fâcheuse de la lumière, il est infiniment préférable de mettre aux fenêtres dos vitres colorées et de revêtir les murailles d'une peinture ou de tentures de la même couleur. Des liôpitaux spéciaux pour les maladies des yeux présentant toutes les conditions d'une bonne installation existent en particulier à Turin, à Berlin (celui de Graefe), à Vienne et à Glasgow.
C'est aussi avec beaucoup de raison qu'au Congrès d'hygiène de Bruxelles, en 1876, Gorski (d'Odessa) demanda des hôpitaux spéciaux pour les maladies nerveuses qui nécessitent un outillage thérapeutique tout particulier (hydrothérapie, appareils électriques, gymnases, etc.). A Londres, où l'initiative privée s'est, en grande partie, substituée à l'action d'une administration centrale, les créations particulières abondent et, outre les 20 hôpitaux généraux qui fournissent environ 5000 lits, il n'existe pas moins de 55 hôpitaux spéciaux, sans compter les asiles d'aliénés, les infirmeries, les workhouses, etc. On peut citer parmi les hôpitaux spéciaux, disséminés un peu partout dans la grande ville, le Poplar Hospital for Accidents, l'hôpital des cancéreux, des phthisiques (Brompton Hospital), le Samaritan Hospital. où Spencer Wells a pratiqué ses nombreuses ovariotomies (Delvaille, Gazette médicale de Paris, 1875).
Nous possédons en France pour les épileptiques quelques établissements hospitaliers spéciaux qui sont trop peu connus et qui peuvent rendre de grands services. Nous citerons en particulier l'asile de Pain (Drôme), fondé en 1857 par le comte de Larnage (Ch. Lasègue, Archives générales de médecine, déc. 1877. p. 74-i), et les deux asiles de Fben Hezer pour les filles, de Béthel pour les garçons dans la Dordogne, fondés tous les deux par le pasteur John Bost.
Aux États-Unis, l'initiative privée a établi des hôpitaux d'ivrognes [Driinkard's commons Houses-inebriate-Asylums) ; non contente de prévenir l'intempérance, elle a voulu guérir ceux qui s'y adonnaient; les résultats ont, paraît-il, été encourageants {Congrès d'hygiène de Bruxelles, 1876, t. I, p. 687).
Des installations spéciales sont nécessaires pour les enfants rachitiques, pour les scrofuleux. Kuborn, à ce congrès, avait insisté sur l'utilité d'établissements affectés aux rachitiques, et l'Italie, qui a précédé les autres nations dans cette voie ne possède pas moins de cinq établissements pour ces malades.
Récemment on a inauguré à Milan le nouvel Institut pour les enfants rachi-
tiques construit par le docteur Gaetano Fini et l'architecte Giovanni Giacchi, et dans peu d'années s'ouvrira à Bologne, d'après les plans du docteur Fini, l'établissement orthopédicjue pour la construction duquel Rizzoli a légué une somme considérable. L'institut de Milan se compose d'un bâtiment central flan- (jué de deux ailes qui comprend un sous-sol, un rez-de-chaussée et un étage. l'ne cour intérieure sépare les deux ailes de retour, elle est destinée à renfermer des appareils de gymnastique et une piscine de natation pour l'été. L'institut doit comprendre une école pour les enfants qui y sont gardés pendant toute la journée, une ambulance pour les traitements externes et une infirmerie pour les cas nécessitant une intervention chirurgicale et exigeant un séjour prolongé de jour et de nuit. Cette dernière se compose de o grandes salles voûtées situées au premier étage, qui contiennent chacune 10 petits lits et sont séparées entre elles par deux petites chambres pour les infirmières ou pour les cas spéciaux. Bans le sous-sol sont installés tous les services de cuisine, de chauffage et de ventilation, et les autres services accessoires: tout l'aménagement intérieur est irréprochable et l'installatiun parfaite des cabinets d'aisances mérite une mention toute particulière. — Des hôpitaux maritimes spéciaux ne sont pas moins utiles pour les enfants scrofuleux, et l'Italie est encore la première nation qui soit entrée largement dans cette voie. Le premier établissement de ce genre fut établi à Viareggio (Germond Delavigne) et maintenant il en existe plus de trente : les plus importants sont installés à Livourne, Porto d'Anzio, Gagliari, Venise, Palerme, etc. (Droixhe, Mémoire sur Vulilité des hôpitaux maritimes pour les enfants scrofuleux. In Congrès d'hijgiène de Bruxelles, 1876, t. I. p. 684). Aujourd'hui presque toutes les nations de l'Europe possèdent de semblables établissements (J. Uffelmann de Piostock. Vierteljahrsschrift flir Gesutidheitsplege, 1880) ; en Danemark un hôpital de 100 lits pour les enfants scrofuleux a été construit sous les auspices du professeur Engelsted, au fond d'un petit golfe, le Kallinisberg fjord, qui s'ouvre dans le Kattegat et dont le bassin intérieur communique avec la mer (P. Poulsea, Revue médicale de Danemark. In Journal de thérapeutique de Gubler, 1875). En Hollande, on trouve l'hospice maritime de Scheveningen, en Angleterre celui de Margate. L'Allemagne possède de nombreux établissements maritimeSj.ou de terre fermr auprès d'une source thermale sous les noms de See hospize, Soolbiider, et enfin on trouve aux États-Unis les hôpitaux maritimes de Cape May (Pennsylvanie) ; de Beverley Farms (Massachusetts), d'Atlantic City (Philadelphie). A Chicago existe le Floating Hospital sur le lac Michigan, et à New-York la Saint-John's Society a aussi fait construire un hôpital flottant. A Philadelphie, en particulier, the Childrens Sea shore Uouse, élevé par souscription, rend de très-grands services (docteur Bennett). En France nous ne possédons pour les enfants scrofuleux que deux établissements, ceux deBerk-sur-MeretdeForges-les-Bains. Commencé en I86I, sous forme d'hôpital d'essai, en bois, l'établissement de Berksur-Mer a été construit, à nouveau et définitivement, en 1869. Construit sur la plage, le gi-and hôpital contient 500 lits, non compris 80 lits d'infirmerie, et le petit, remis à neuf en 1879, en contient seulement 100. Le service des bains y est parfaitement aménagé et, outre la piscine d'eau de mer, il comprend une salle de bains d'eau douce, de bains de vapeur, et une salle d'hydrothérapie. Cet établissement fournit les résultats les plus satisfaisants. L'hôpital de Forges-les- Bains, installé auprès des sources thermales de cette localité, ne date que de 1860 ; il comprend 112 lits pour les enfants des deux sexes ; on n'y trouve aucun
luxe, mais partout des Ilots d'air et de lumière et cette méticuleuse propreté qui est le luxe et le légitime orgueil des religieuses qui soignent ces enfants (Bader et Charles Boissay. Les établissements hospitaliers parisiens. \n Journal la Nature, 1876).
Quelques villes de province paraissent songer à créer des installations analogues et le département du Nord en particulier a fait étudier récemment l'opportunité de la fondation d'une maison maritime d'enfants malades, qui s'élèvera probablement aux environs de Dunkerque (J. Arnould. Rapport sur un projet d'hôpital maritime pour les maladies chroniques de l'enfance dans le département du Nord. la Bulletin médical du Nord, 1880). Le littoral de la Provence serait tout particulièrement favorable à l'installation de pareils établissements: un asile maritime existe déjà à Nice (asile Freedland) ; les emplacements abondent et le docteur H. Rey signale spécialement le petit golfe d'Agaij, situé à l'ouverture d'une vallée comprise dans le massif de l'Estérel {Les hôpitaux marins pour les enfants. lu Annales d'hygiène publique, 1881, juin, p. 545).
Plus que toutes les autres les maladies transmissibles nécessitent des installations particulières. Un article spécial de ce Dictionnaire devant être consacré à l'isolement, nous n'aurons ici à indiquer que les dispositions qui doivent être prises pour la construction des hôpitaux destinés aux maladies contagieuses.
Ce fut pour la variole, qui avant la découverte de la vaccine produisait de si terribles ravages, (jue l'on songea naturellement tout d'abord à créer des hôpitaux spéciaux. Dans un Mémoire lu à l'Académie des sciences de Lyon en 1760, un médecin célèbre, Bast fils, demandait qu'on créât dans chaque ville un hôpital « où l'on transporterait les malades atteints de petite vérole et d'où ceux-ci ne sortiraient qu'après la chute dos crovitcs «. Tenon, en 1788, avait, nous l'avons déjà dit, proposé de réunir à l'Ecole militaire les malades atteints d'affections contagieuses, et en 1816 il avait fait séparer les varioleux et les scarlatineux; mais ces sages mesures tombèrent bientôt en désuétude et ce n'est que dans ces dernières années que cette importante question de l'isolement a été sérieusement agitée. L'Angleterre nous a, depuis bien longtemps, devancés dans cette voie; dès 1746, Londres possédait un hôpital pour la petite vérole et, depuis 1802, un hôpital pour les autres fièvres contagieuses, o A Londres, dit Foderé {loc. cit., t. VI, 528), il s'est élevé depuis cinq ou six ans, sous la direction de 11. Huygarth, des associations de bienfaisance pour l'établissement de maisons particulières dans chaque quartier pour recevoir le plus promptement possible les pauvres attaqués de fièvres contagieuses; par ce moyen, il y a plus de chances de guérison pour les malades et l'on met la maladie hors d'état de se propager. Depuis longtemps la même ville contient plusieurs hôpitaux particuliers pour la cure de la petite vérole soit naturelle, soit inoculée, dont il est résulté les plus grands avantages pour le public. Quand est-ce qu'en France on éprouvera le besoin de créer de semblables établissements? »
Bien des années se sont écoulées et jusqu'à présent les dispositions prises contre la propagation des maladies contagieuses sont restées fort insuffisantes. Malgré l'avis donné en 1856 par l'Académie de médecine, qui confirmait les principes déjà posés par Tenon, malgré le vœu exprimé par la Société médicale des hôpitaux (Vidal, 1864) demandant la création dans les hôpitaux pour les varioleux de chambres séparées à 2 ou 4 lits avec une ventilation de 120 à 150 mètres cubes par heure, aucune mesure réellement efficace n'a été encore largement appliquée dans notre pays et Joanny Piendu a pu encore écrire en 1 879 :
« Nous en sommes au point où en étaient, il y a un siècle, l'Amérique, l'Angleterre, l'Italie, la Grèce, etc. ; au point où en sont aujourd'hui les habitants de la Chine » {Lyon médical, 1875-1876). — Agitée, avec tout l'intérêt qu'elle comporte dans ces dernières années, l'importante question de la prophylaxie des maladies infectieuses a été tout spécialement étudiée dans un savant rapport présenté par MM. Fauvel et Vallin au Congrès international d'hygiène à Paris, en 1878 {Quelles sont les maladies transmissibles qui ne'cessitent l'imlement de malades dans les hôpitaux spéciaux et généraux et comment concilier cet isolement arec les exigences pratiques du service'^). Pour les deux rapporteurs, l'isolement est nécessaire pour les fièvres éruptives, la diphthérite, les différents typhus, les affections puerpérales, les septicémies chirurgicales et enfin les épidémies accidentelles. Ces conclusions étant admises, il nous faut faire connaître de quelle manière l'isolement peut être pratiqué le plus facilement et le plus avantageusement pour chaque maladie en particulier.
La variole, même dans notre pays attardé, fut à juste titre la première maladie contre laquelle on recourut à des mesures prophylactiques d'isolement. iJe 1815 à 1825, les malades atteints de variole furent, en vertu d'un arrêté du ijonseil des hospices, dirigés sur un seul hôpital, la Pitié, pour y être placés dans un quartier séparé, et le même arrêté concluait à l'obligation d'affecter dans les divers hôpitaux des pavillons isolés au service des varioleux. L'expression de ce vœu s'est renouvelée bien souvent, de bien des côtés et sous bien des formes (H. Guéneau de Mussy, Considérations sur Remploi de l'isolement, comme moyen prophylactique des maladies contagieuses. In Archives générales de médecine, octobre 1878). Plus que tout autre Ernest Besnier, dans ses rapports sur les maladies régnantes, a pu accumuler les faits pour démontrer la nécessité d'un isolement complet de varioleux. Pour donner une apparence de satisfaction aux demandes réitérées des médecins, on a dans les hôpitaux de Paris, pendant un bon nombre d'années, renfermé les varioleux dans les salles communes derrière un paravent entre deux lits vides : c'était praticjuer de l'isolement absolument illusoire, à la craie, comme le disait le regretté P. Lorain. Réunir les varioleux dans des salles spéciales, privées autant que possible de toute communication avec le reste de l'hôpital, semble à priori une pratique bien supérieure, et cependant l'expérience a démontré et démontre encore tous les jours qu'elle est bien insuffisante. Au Val-de-Grâce, où, comme dans tous les hôpitaux militaires, est pratiqué cet isolement imparfait, Yallin a relevé sur 170 cas de variole 70 cas intérieurs. A l'hôpital Saint- Jean de Bruxelles, où depuis plus de trente ans les malades varioleux ont une salle particulière, les résultats ne sont pas absolument satisfaisants (Crocq, de Bruxelles). Pour s'opposer eflicacement à la propagation de cette maladie, deux solutions soumises aujourd'hui à l'épreuve de la pratique ont été proposées : la création de pavillons isolés indépendants pour les varioleux installés dans les hôpitaux généraux, la construction d'hôpitaux spécialement affectés à ce genre de malades.
Des pavillons spéciaux pour les varioleux existent dans les hôpitaux de Venise, de Philadelphie, de Prague, de Gottingen, de la Charité de Berlin, à l'hôpital des Enfants de Saint-Pétersbourg, au Children's Uospital de Londres, à la nouvelle Infirmerie de Norwich, etc. Au nouvel hôpital Tenon, ou a construit un pavillon d'isolement pour 50 varioleux, 15 de chaque sexe, séparé par un mur du reste de l'hôpital ; à Saint-Louis et à Saint-Antoine depuis quelques années on a installé dans les jardins un pavillon spécial pour ce genre de malades.
41 i UOPITAUX.
Enfin un hôpital provisoire sous baraques pour 200 malades vient dïtru installé à Aubervilliers. A Lyon, il est question de construire un hôpital poiu les varioleux sur un terrain situé au nord de l'hôpital de la Croix-Rousse avec o pavillons à 2 salles-chambres d'observations distinctes toutes supplémentaires (C. Yinay, Lijon médical, 2 mai-s 1884); à Nantes, 2 pavillons ont été spécialement construits pour les varioleux en 1882.
Dans d'autres pays et notamment en Angleterre, en Suisse et aux Etats-Unis, on a fait plus et bien certainement mieux. A Londres, par exemple, il n'existe pas moins de 5 hôpitaux spécialement destinés aux varioleux {Small-pox Hospitah\ sans compter \es Fever-IIospitals auxquels sont annexés des services spéciaux de varioleux. Ces 5 hôpitaux sont répartis sur les divers points de l;i métropole : Stockwell au sud-ouest, avec 102 lits, Homerton à l'est, avec 101 lits, Hampstead au nord-ouest, avec 500 lits, Deptford au sud-est, avec 530 lits, et enfin Fulham à l'ouest, avec 240 lits. On trouve encore des hôpitaux uniquement destinés aux varioleux : 1 à New-York, 1 à Philadelphie, 1 à (jlasgo\Y, 1 à Naples et enfin 1 à Vienne (hôpital Margarethen).
Dans ces dernières années, à Londres en particulier, ces établissements ont été accusés non-seulement par le public, mais encore par des médecins, d'être une cause de danger pour le voisinage. M. Bertillon à. Paris a établi la fréquence de la transmission de la variole autour de l'Hôlel-Dieu annexe d'autrefois, de Ihôpilal des Enfants et de l'hôpital Saint-Antoine en particulier, qui possèdent des salles spéciales de varioleux ; des faits semblables ont aussi été signalés en Angleterre par le docteur Codrich {Revue dlnjgiène, \h juin 1880, p. 468). Le procès intenté par les liabitants voisins de Small-pox Hampstead Hospital, après avoir passé par toutes les juridictions, s'est terminé par un arrêt de la Chambre des Lords qui déclare que cet hôpital portait préjudice aux voisins et que le conseil métropolitain des hôpitaux [Local Government Board) n'était pas moins responsable qu'un simple particulier envers les intéressés qui réclament des dommages-intérêts. Les frais de justice ne se sont pas élevés à moins d'un million de francs et les habitants des rues avoisinant les autres k Small-pox hospitals » , le Fulham Hospital en particulier, se proposent d'actionner à leur tour les administrateurs de ces établissements. Si les juges anglais ont cru devoir déclarer dangereux les hôpitaux de varioleux, les hygiénistes ont de bonnes raisons pour ne pas s'associer à cette condamnation. En effet, Brouardel (Société médicale des hôpitaux, 1873) a fait remarquer qu'en 1870 l'hôpital de la rue de Sèvres, qui avait été affecté aux varioleux. n'avait pas été pernicieux pour le quartier comme on l'avait prétendu. S'il y avait eu plus de varioleux d'un côté de la rue de Sèvres que de l'autre, cela tenait non pas au voisinage immédiat de l'hôpital d'un côté, mais à ce que le côté opposé n'était pas habité, formé qu'il était de vastes jardins et d'un grand magasin de nouveautés où personne n'était logé. Enfin, au Congrès international de Londres en 1881, le docteur Tripe (de Londres), s'occupant spécialement de cette question de la propaga tionde la variole au voisinage des « Asylums Hospitals » , surtout au voisinage de Homerton Hospital, depuis 1871, a relevé les chiffres suivants de décès par variole :
Pour 1000 habitants.
Dans le voisinage immédiat de l'hôpital i,10
Dans un rayon de 400 mètres 2.75
Parmi les 47,000 habitants voisins de l'hôpital 1,90
Dans toute la population 0,26
HOPITAUX. Ub
Ce médecin fait en outre observer que ce n'est pas l'iiôpital qui est à blâmer, mais bien le manque de précautions nécessaires dans son administration : en etïet, pour un autre hôpital, en 1872, il n'était survenu que deux cas dans le voisinage immédiat et pas un seul dans les maisons dont les jardins étaient à 28 mètres de distance de l'hôpital. Le mauvais choix de l'emplacement d'une part, de l'autre les rapports trop fréquents et mal réglés entre les infirmiers, les amis ou les parents des malades et la population du quartier, peuvent permettre d'expliquer les cas de transmission. Et la preuve qu'il ne faut attribuer ces accidents qu'à des manques de surveillance, qu'à un isolement imparfait, c'est que là où toutes les précautions nécessaires sont prises les résultats sont très-satisfaisants. C'est probablement à des causes semblables qu'il faut attribuer les cas de variole observés récemment par Créquy sur les ouvriers de la r.ompagnie du gaz voisins de l'hôpitaltemporaired'AubGrvilIiers. En Angleterre, cette question est tout spécialement agitée, et dans un mémoire inséré dans le journal the Sanilary Record Ernest Tûrner en [)articulier a exposé les raisons qui militent en faveur d'hôpitaux spéciaux et celles qui leur semblent défavorables.
Pendant le siège de Paris, à Wcètre, où furent accumulés plus de 7000 varioieux, L. Colin a eu la preuve que cet hôpital n'avait créé aucun danger spécial pour les habitants du voisinage qui n'y pénétraient pas {De la variole au point de vue épidémiologique, p. li-4). A New-York, par exemple, l'hôpital des varioleux est placé dans l'île de Blakwell, non loin de la cité. Chaque malade est transporté dans une voiture d'ambulance ad hoc à un pavillon situé au bord de la rivière de l'Est; de là un steamer spécial le conduit à l'île de Blakwell. L'hôpital des varioleux est situé à l'extrémité sud de l'île et séparé de la Charité par une vaste plaine au milieu de laquelle se trouve un bâtiment où les [larents des varioleux viennent prendre de leurs nouvelles et dé[)Oser les objets qu'ils leur destinent. Le malade demeure dans l'île de deux à quatre semaines et fait pendant sa convalescence un usage libéral de bains et de savons désinfectants. Après son entier rétablissement, il obtient la permission de quitter l'île, mais il ne peut le faire que sur un bâtiment spécial. On ne rend les vêtements, lorsqu'on ne croit pas devoir les brûler, qu'après les avoir préalablement désinfectés au moyen de l'acide suliureux. En Suisse, dès que la variole apparaît dans un village ou dans une ville, la commission de salubrité publique prescrit, entre autres mesures, la création d'un lazaret parfaitement isolé dans lequel on transporte les malades qui dans leur logement ne pourraient être soignés convenablement ou suflisamment isolés.
Il peut se faire qu'en dépit de toutes les précautions on puisse encore signaler quelques cas de transmission dans le voisinage des hôpitaux de varioleux, mais, comme le dit E. Vallin {Revue d'hygiène, 1881, p. 278), y a-l-il moins d'inconvénient à laisser 100 varioleux dans des maisons communes en"eiidrer silencieusement autour d'eux lOOO cas nouveaux de variole qu'à les concentrer dans un hôpital, autour duquel viendront peut-être éclore 50 cas de variole? Poser ainsi une question, c'est la résoudre. En Angleterre même, où les (( Small-pox Hospitals » sont en défaveur, on n'a cependant pas songé à renoncer à l'isolement des varioleux. L'Amirauté a mis à la disposition du conseil des hôpitaux métropolitains des navires qui ont été transformés en hôpitaux flottants et qui sont destinés exclusivement aux varioleux : l'Atlas et le Castalia doivent servir d'hôpital, et YEndijmion relié aux premiers par un pont est affecté aux
-ii6 iiopit;aux.
services administratifs, bains, cuisines, magasins, buanderie, appareil de de'sinfection à la vapeur (système Lyon). Ces navires sont ancres à l'exlrémité de l'île des Chiens et l'embarcadère se trouve sur la rive gauche de la Tamise en face de Greenwich. Ils ont pour complément un camp de convalescents à Darcnth. Toutes ces dispositions paraissent devoir rendre efficace l'isolement des malades que recevra cet hôpital. De semblabes installations, outre qu'elles ne sont pas possibles partout, ne paraissent pas indispensables pour assurer l'isolement. En éloignant les hôpitaux de varioleux des quartiers populeux, en choisissant \)0\ir emplacement un vaste espace en rase campagne et en surveillant avec autant de soin qu'à Philadelphie les rapports des malades et des infirmiers avec les personnes du dehors, on doit obtenir des résultats fort satisfaisants delà création d'hôpitaux spéciaux pour les varioleux. L'Assistance publique avait d'abord fait étudier la création d'un hôpital de varioleux dans la commune d'Alfort, à 12 kilomètres de Paris; la distance est bien un peu trop grande, mais en pareille circonstance l'excès de prudence saurait difficilement être blâmé. Le nouvel hôpital Bichat installé dans le poste-caserne de la porte Saint- Oucn aurait pu être avec avantage utilisé comme hôpital de varioleux et, si l'on transforme d'autres postes-casernes en hôpitaux, il est à souhaiter que l'administralion de l'Assistance publique donne à un ou plusieurs d'entre eux une semblable destinalioii. D'autres projets sont actuellement à l'étude et la commission sanitaire du Conseil municipal propose de construire deux hôpitaux extra-urbains pour varioleux de 150 lits chacun.
11 ne nous semble pas discutable qu'un hôpital spécial, bien placé, bien surveillé, soit préférable à un pavillon particulier installé au milieu d'un hôpital général commun. Dans son rapport de 1864 à la Société médicale des hôpitaux, M. E. Vidal se bornait à demander dans chaque hôpital un pavillon isolé pour permettre de séparer aussi complètement que possible les varioleux et de les iraiter dans des conditions favorables à leur guérison. Ce système a été, nous l'avons déjà dit, mis en pratique dans de nombreux hôpitaux de l'étranger, à Saint-Louis et à Saint-Antoine à Paris, mais il ne saurait être considéré comme supérieur ni même équivalent à l'isolement dans un hôpital spécial. Le fait suivant est bien propre à montrer la supériorité de l'isolement complet. A Hordeaux, un service d'isolement institué dans l'intérieur de l'hôpital Saint- André semblait depuis longues années capable d'empêcher toute transmission de la variole dans les autres salles, mais, en 1875, une petite épidémie de variole éclate dans la ville, en peu de jours et pour ainsi dire en l'espace de quelques heures, 6 ou 7 cas se développent dans l'intérieur de l'hôpital et surtout dans les services les plus rapprochés des salles d'isolement des varioleux. H. Gintrac obtint de faire alors concentrer tous les varioleux de Bordeaux sur l'hôpital Pellegrin et celte mesure fut suivie des plus heureux résultats {Bulletin de la Société médicale des hôpitaux, 1875.) Point n'est besoin du reste, pour isoler les varioleux, de construire des hôpitaux composés de bâtiments solides et coûteux; comme le dit avec juste raison L. Colin, s'il est une affection qui réclame l'application de baraquements à la construction des hôpitaux temporaires ou permanents, c'est la variole. Les malades atteints de celte affection peuvent mieux que tous les autres supporter sans le moindre inconvénient une température médiocrement élevée, et on ne saurait par conséquent reprocher aux baraques de les proléger d'une façon insuffisante contre le froid. Les hôpitaux sous baraques ont en outre pour avantages d'être fort peu coûteux, de pou-
voir être facilement déplacés, transportés, ot enlin détruits, brûlés aux moindres indices d'inlection. Un mur d'enceinte de o à 5 mètres et un intervalle de 15 à 20 mètres de largeur planté d'arbres suftisent pour isoler un hôpital devarioleux.
De pareilles installations peuvent être préparées en très-peu de jours, lors- <iu'une épidémie apparaît, et les baraques peuvent s'élever rapidement en proportion de l'expansion du fléau. C'est ainsi qu'à Leipzig, en construisant successivement les baraques nécessitées par les progrès quotidiens de l'épidémie, on put, malgré la rapidité d'accroissement du nombre des malades, satisfaire toujours à temps aux exigences de leur installation (G. A. Wunderlich, Archiv lier Heilliiinde, i87'i).
Pour la scarlatine et la rougeole, point n'est besoin comme pour les varioleux d'établissements spéciaux: ces deux maladies à allures épidémiques, mais beaucoup moins permanentes que la variole, n'exigent que la réunion des malades dans des pavillons isolés d'un hôpital général. Déjà en 1876 Maunoir, dans sa thèse inaugurale, avait insisté sur l'urgence de combattre par l'isolement la propagation de la rougeole dans les hôpitaux d'enfants; dans une leçon clinique sur la scarlatine (Traité cliniqtie sur les maladies de Venfance, t. II, Paris, 1882), Cadet de Gassicourt a pu encore dire : « Malgré nos désirs, malgré nos précautions, l'isolement que nous cherchons à établir entre les diverses affections contagieuses est le plus souvent illusoire; ce n'est pas la mince cloison interposée entre les rougeoles et les scarlatines, ce n'est pas le couloir qui sépare ces fièvres éruptives de la salle commune, qui peuvent empêcher les enfants de contracter successivement ou simultanément plusieurs d'entre elles. » Dans une thèse inaugurale {De la contagion de la rougeole. Thèse de Paris, 1882, n° loi), Béclère insiste avec juste raison sur la nécessité de l'isolement, mais il a le tort de demander seulement une salle spéciale, ce qui est insuffisant. M. Aug. Ollier a insisté postérieurement sur la nécessité de créer des pavillons d'isolement pour les rougeoleux {Archives générales de médecine, t. II, p. 257, 1884). Il ne faut pas perdre de vue dans l'aménagement des salles que ces malades sont très-sensibles au froid et que les complications rénales dans la scarlatine, pulmonaires dans la rougeole, peuvent être facilement provoquées par l'action d'une basse température. Aussi les tentes et les baraquements en bois, qui peuvent rendre de grands services dans les épidémies de variole, ne sauraient trouver ici leur application. Les recherches de Panum ont prouvé le peu de diffusibilité du contage aérien de la rougeole; et, quant à la scarlatine, une distancr de 8 mètres suffit. pour protéger les rues de Londres placées au voisinage du pavillon affecte à cette maladie dans le London Fever-llospital (William Squire, ■0« Sanitary Précautions against the Infections Diseases).
B. N. Richardson, dans une conférence faite le 15 avril 1881 au Sanitary Institute : Sur les mesures à prendre au sujet des cas de variole et d'autres maladies infectieuses dans les grandes villes, a proposé la création de petits liôpitaux installés dans des conditions au moins singulières : chaque hôpital ne ilevrait pas recevoir plus de vingt-quatre malades à la fois, chaque malade devrait être absolument isolé de ses voisins, l'hôpital devrait être construit en fer, de telle sorte qu'il pût de temps en temps être purifié par le feu dans toutes ses parties; chaque hôpital serait placé à l'étage supérieur d'une construction; il formerait en réalité le dernier étage d'une ou plusieurs maisons communes et serait éclairé et ventilé directement par le toit; tout l'air sortant de l'hôpital, quand ce dernier serait occupé par des malades, devrait traverser un foyer
DIOT. ENC. 4* s. XIV. 27
incandescent destiné à le purifier, et enfin les personnes ne pourraient pénétrei dans l'hôpital que par un monte-charges à soupape, à travers une cheminée d'appel qui servirait à aspirer l'air pendant l'ascensiou et qui au besoin pourrait approvisionner d'air tout l'hôpital. Les locataires qui consentiraient à habiter les étages inférieurs de pareils bâtiments seraient probablement bien rares, et mieux vaudrait encore placer les salles de varioleux sous les combles dans les hôpitaux ordinaires que les installer à l'étage supérieur d'habitations particulières.
En Danemark, en Russie, en Suède, en Norvège, l'isolement des diphthéritiques est rigoureusement pratiqué ; il est loin d'en être de même en Angleterre et en Allemagne où, dans maints hôpitaux, ils sont laissés au milieu des autres malades. En France jusqu'à présent, comme mode prophylactique d'hospitalisation, il n'existe qu'un pavillon isolé dans l'hôpital Sainte-Eugénie, malgré les nombreuses réclamations des médecins des hôpitaux auxquelles se sont associés les membres du conseil municipal de Paris. Cette disposition constitue évidemment un progrès, mais elle est insuffisante; dans chaque grande ville, les diphthéritiques devraient être admis dans un établissement particulier, distinct des hôpitaux généraux. Non-seulement les locaux destinés à recevoir ces malades doivent être bien isolés et largement aménagés, mais à l'intérieur de sages précautions peuvent éviter les cas encore trop fréquents de transmission aux personnes qui donnent leurs soins aux petits malades. Au nom d'une commission nommée par la Société médicale des hôpitaux et dont il était rapporteur, M. Descroizilles a conseillé en particulier les mesures suivantes : 1° pratiquer largement les pulvérisations d'eau phéniquée comme cela s'effectue déjà à l'hôpital Trousseau ; 2° veiller avec grand soin à la propreté non-seulement des salles, mais des objets de literie et d'iiabillement ; il faut que les pièces de pansement soient rapidement détruites ou anéanties par les moyens employés en pareils cas ; 3" peut-être y aurait-il lieu pour les élèves et infirmiers, et particulièrement pour ceux qui font les autopsies, de se munir d'un respirateur à ouate inventé par llenrot, de Reims, destiné à arrêter les éléments figurés que contient l'air ; 4*^ peut-être y aurait-il encore lieu d'entourer le lit du malade d'un cadre fait de lattes et de papier collé; cette espèce de boîte serait munie d'une fenêtre latérale, pour les pansements et autres soins que réclame le malade, au plafond une lampe serait disposéî dans un orifice, de manière à appeler l'air à elle et à l'entraîner au dehors, non sans avoir grillé au préalable les germes exhalés par le malade. Malgré ce que cette installjilion peut avoir de disgracieux et même d'incommode et bien qu'il ne soit pas certain que tous les germes morbides passent par la lampe, la commission n'en crut pas moins devoir recommander l'appareil Latapie.
Pour pavillon d'isolement des diphthéritiques, MM. Fauvel et Vallin voudraient un bâtiment divisé en deux moitiés : l'une pour les garçons, l'autre pour les filles. Chaque moitié comprendrait des salles séparées : une chambre d'opérations, deux salles de quatre à six lits pour les cas en cours de développement et pour ceux dont la vue causerait de l'effroi aux malades moins gravement atteints et en voie de guérison; une autre salle pour les convalescents : dans cette ^dernière seulement les parents seraient admis sous certaines réserves, parce que la convalescence est longue, que les enfants ont besoin de distractions et que le danger de transmission diminue avec la durée de la maladie. Au centre se trouveraient les locaux de service, comprenant des chambres pour
les infirmières, la cuisine, les bains, et surtout une étuve à désinfection par l'air chaud où l'on ferait tomber par une trémie inclinée les vêtements, la literie, les linges souillés qui ont servi aux malades. En arrière de cette partie centrale se trouverait un petit corps de logis ne communiquant avec les locaux de service que par un couloir couvert, sans fermetures latérales, et comprenant les chambres indépendantes les unes des autres, destinées à isoler les malades atteints à la fois de diphthérie et d'une autre affection contagieuse (scarlatine, rougeole et variole).
Récemment M. Yerneuil a obtenu la création d'un pavillon spécial à la Pitié pour les malades atteints d'érysipèle. Un semblable pavillon existe déjà à l'hôpital d'Enfants de Budapest. L'hôpital des Enfants à Saint-Pétersbourg est le seul, que nous sachions, qui possède des salles spéciales pour les coquelucheu.x (E. Vidal, BuUetiti de la Société de médecine publique, séance du 28 juillet 1877, t. 1„ p. 24-4). Pour une maladie aussi franchement contagieuse, une semblable mesure ne peut qu'être approuvée. C'est aussi seulement à Copenhague (à l'hôpital de Blagdam) que l'on trouve des salles spécialement destinées aux dysentériques.
Dans les contrées où le typhus est endémique, en Irlande, en Ecosse, en Angleterre, et dans quelques parties de l'Allemagne, on a depuis longtemps mi^s en pratique l'isolement des typhiques et les bâtiments qui leur sont réservés sont même devenus le noyau des hôpitaux pour les maladies transmissibles. En France cette maladie, en temps ordinaire, ne survenant qu'accidentellement, on n'a point eu à s'en préoccuper à ce point de vue, et la lièvre typhoïde, bien que contagieuse parfois d'une façon évidente, n'a point paru nécessiter de pareilles installations, C'est surtout pour les lyphiqucs qu'un vaste emplacement, qu'une large aération, sont indispensables. A Nemours, en 1812, Lassis en particulier rapporte que, dans l'hôpital dont il était chargé, les malades ayant toujours été placés dans un étage élevé, où de larges fenêtres donnaient un libre accès à l'air et à la lumière, ces malheureux ayant d'ailleurs été l'objet de soins particuliers de sa part, on eut toujours la satisfaction d'obtenir les plus heureux résultats {Recherches sur les véritables causes des maladies épidéiniques appelées typhus, 1819, p. 286).
En Russie, les hôpitaux sous baraques rendent d'énormes services pour soigner les lyphiques; Berthenson a en particulier signalé les excellents résultats qu'on en avait retirés, et de semblables installations existent à Moscou, à Rio«% à Durpat, a Kharkoff, etc. — Nous n'avons point à insister ici sur les mesures rigoureuses de séquestration et d'isolement auxquels doivent être soumis les malades atteints de la peste. On les trouvera du reste longuement indiquées à l'article OuARAKTAOES de cc Dictionuaire dû à Léon Colin. Le terrible lléau n'a plus reparu dans notre pays depuis 1720 (peste de Marseille), et la maladie apparue en 1879 sur les bords de la mer Caspienne à Astrakhan a pu être, pour ainsi dire, grâce à une prophylaxie énergique, élouifée sur place.
II est une autre affection, endémo-épidémique sur certains points du fdobe, qui n'a fliit heureusement chez nous que de rares et bénignes apparitions et qui nécessite d'énergiques moyens prophylactiques : c'est la fièvre jaune, le typhus ictérode.
Trop souvent elle se voit dans nos possessions des Antilles et, en 1880, elle fit encore un nombre assez considérable de victimes à la Martinique. Les troupes furent dispersées dès le début de l'épidémie sur les hauteurs de l'île et, pour
^20 IlOPiTAlX.
éviter la concentration des malades dans les hôpitaux ordinaires, chaque déta- (hemeiit de troupes lut pourvu d'un hôpital provisoire : c'est ainsi que pour le détachement de Trianon un hôpital fut organisé dans une case en paille et en bambous; qu'au Gros-Moine, à égale dislance entre le camp de la redoute et celui de Yerl-Pré, on en installa un autre dans une baraque en bois. L'hôpitalannexe de la Donis situé à une altitude de 500 mètres, sur la route de Fort-de- Krance à Saint-Pierre, à 'JoUO métrés du camp de Balata, rendit aussi d'excellents services. 11 se composait d'un bâtiment carre en bois avec soubassement en maçonnerie et toiture en tuiles ; autour de lui on avait dégagé le terrain des broussailles qui l'encombraient dans une étendue de 30 mètres. Ce bâtiment contenait une salle de dix lits et deux cabinets à deux lits oscupés soit par des sous-olficiers, soit par des malades ayant besoin d'être isolés. Les locaux accessoires conquenaient une salie à manger installée en plein vent avec une toiture de paille soutenue par une charpente rustique de loiigères arborescentes, d'une cuisine faite en paille et en bambous, de latrines placées sous le vent de l'hôpital. Un aqueduc de 240 mètres fait de bambous bien ajustés amenait toute l'eau nécessaire pour alimenter les bains, une piscine, la cuisine, un lavoir, et |»our nettoyer abondamment les latrines. Ces installations si simples permirent de soustraire les malades à l'inlluence épidémique, sans les priver de soins, et de diminuer les foyers d'infection (Péthellaz, Note sur la création des hôpitaux annexes. In ArcJtlvesde médecine navale, 1881, t. XXXVI, p. 449).
L'isolement des cholériijues, lorsque la maladie sévit épidémiquement, est aussi impérieusement commandé. Sou apparition étant souvent, sinon subite, au moins fort rapide, il importe de pouvoir installer rapidement des hôpitaux provisoires, et dans ces circonstances les baraques, même les tentes, sont appelées à rendre les plus grands services. Dans les villes où le calcul a été le plus favorable au nombre des guérisons (de cholériques), disent MM. Gaimard et Gérardin, on doit attribuer cet heureux résultat à la bonne organisation des hôpitaux temporaires établis avant l'apparition de l'épidémie. 11 ne faut point qu'une épidémie vienne jirendre une administration liospitalière au dépourvu, et c'est à loisir, en faisant appel à toutes les compétences, qu'il faut discuter la possibilité d'approprier aux besoins accidentels tel hôpital ou tel hospice éloigné du centre de la ville et transformé momentanément en une sorte de lazaret. Il ne faut point se relâcher de sa sévérité avant que l'épidémie soit complètement éteinte, l'isolement doit être rigoureux, comme l'a bien montré M. Bucquoy, jusqu'à la fin [Sur l'opportunité de Visolement des cholériques dans les hôpitaux. In Bulletin de la Société médicale des hôpitaux, 1865).
A Saint-Pétersbourg, à Naples, l'isolement a été pratiqué d'une manière rigoureuse et avec le plus grand succès; à Munich en 1865, des mesures énergiques ont permis d'enrayer l'épidémie en un mois; en 1873, une épidémie qui fut peu sévère appela de nouveau en France l'attention sur les mesures d'isolement nécessaires.
La plupart des membres de la Société médicale des hôpitaux, reconnaissant linsuflisance de l'isolement pratiqué dans les bâtiments consacrés au traitement des maladies communes, demandèrent que, dans tous les hôpitaux oiî l'on ne pourrait disposer de pavillons isolés, on iustallât des baraques ou des tentes exclusivement consacrées, les unes aux cas de choléra douteux, les autres aux ras de choléra confirmés; et, au lieu de proposer, comme on l'avait fait à Berlin, !a transformation d'un ou plusieurs hôpitaux ordinaires en hôpitaux spéciaux
HOPITAUX. m
pour les cholériques, un certain nombre de membres de la Société, MM. Brouardel, Martineau, Isambert, partisans de l'isolement absolu, demandèrent la création d'hôpitaux particuliers, à la périphérie de la ville. En 1885, l'adrainistralion de l'Assistance publique à Paris, dès l'apparition du choléra, fit construire, dans le quartier de Plaisance, rapidement un hôpital, — l'hôpital des Mariniers, — composé de baraques, faites de bois et de briques, surélevées de 50 centimètres au-dessus du sol, et qui a rendu les meilleurs services {Étude sur les hôpitaw d'isolement, Lutaud et D. Hog";. Paris, 1886, p. 227).
La nécessité de pratiquer l'isolement dans certaines maladies d'une part et do l'autre l'impossibilité de créer au moins dans toutes les villes un hôpital spécial pour chaque maladie transmissible ont fait adopter certaines dispositions particulières que nous devons rapidement indiquer. Dans notre pays, nu moins, les deux catégories de malades pour lesquels l'isolement est nécessaire d'une façon permanente sont les varioleux et les accouchées; dans les nouveaux hôpitaux, à Tenon en particulier et au nouvel hôpital Saint-Éloi à Montpellier, on a ainsi installé, bien séparément, une petite maternité et un pavillon uniquement destiné aux malades atteints de maladies contagieuses. Au lieu d'un seul pavillon, si l'espace ne manque pas, on peut en installer plusieurs : c'est ainsi que le somptueux hôpital San Andréa Apostolo, à Gênes, doit posséder trois pavillons d'isolement. Ne créer qu'un bâtiment avec une seule salle pour les contagieux, comme au nouvel hôpital civil d'Oran, c'est se contenter d'une demi-mesure bien insuffisante.
On a proposé encore d'avoir dans une ville, dans chaque hôpital commun, un seul pavillon d'isolement, chacun d'eux étant affecté à une seule maladie transmissible. Mais aujourd'hui le dispositif le plus répandu dans les grandes \illes consiste à réunir dans un hôpital spécial plusieurs maladies infectieuses ou contagieuses, un ou plusieurs pavillons, indépendants, bien isolés, étant affectés à chacune d'elles. En Angleterre, en particulier, existent de nombreux établissements de ce genre; ù Londres, les « Metropolitan Azylums » qui reçoivent toutes les fièvres éruptives sont affectés aux malades non payants, et le London Fever Hospital est spécialement destiné aux fiévreux payants. Habituellement ces « Fever Ilospitals » ont un pavillon pour le typhus, un pour la fièvre typhoïde, un pour la scarlatine et un dernier pour les autres maladies infectieuses. Les hôpitaux de ce genre se multiplient dans ce pays : à Birmingham, à Glasgow, à Dublin, à Manchester, on trouve des hôpitaux pour les fièvres réunies; à Berlin, l'hôpital Moabit est spécialement consacré aux maladies infectieuses ; à Copenhague, l'hôpital de Dlegdam comprend trois pavillons séparés pour la variole, le typhus et la dysenterie. En France, nous ne possédons encore aucun établissement de ce genre. Récemment on a construit à Strasbourg un lazaret municipal, pour recevoir et isoler les malades atteints d'affections contagieuses. Avec 40 000 francs on a pu élever un bâtiment pour vingt-quatre malades, auquel il serait facile d'ajouter en cas d'épidémie quelques haraquements provisoires iWcisgerber, Le Lazaret des épidémies à Strasbourg. In Revue d'hygiène, 1886, p. 496).
Que les pavillons destinés à recevoir les malades atteints d'affections contagieuses soient simplement annexés aux hôpitaux communs ou qu'ils constituent seuls par leur réunion des hôpitaux spéciaux, ils doivent présenter certaines dispositions particulières que nous devons faire connaître. Le pavillon Tarnier, à la Maternité, peut être pris comme type de pavillon d'isolement ; il se compose d'un bâtiment en briques, carré, ayant à droite et à gauche d'un large
corridor central quatre chambres à un lit complètement indépendantes. Ces ([uatre chambres, à chacun des étages (il y en a deux), ouvrent isolément sur les fiiçades principales garnies de ve'randahs; des vitres dormantes placées dans un angle permettent la surveillance presque simultanée des chambres du même étage par une personne de garde, dans le corridor central. Deux, trois et même quatre pavillons semblables peuvent être rapproches, reliés à l'étage supérieur par un passage en forme de pont couvert, sans parois latérales pour laisser chaque bloc indépendant. — Au nouvel hôpital Tenon {Congrès international iVhygiène, t. Il, p. 455 [Billon, architecte; Ser, ingénieur]!, le pavillon des varioleux se compose d'un cor|)s de logis central qui monte à un premier étage et de deux ailes latérales qui sont à rez-de-chaussée seulement. Les ailes renl'erraent deux salles de seize lits chacune, l'une pour les hommes, l'autre pour les femmes. Le corps de logis central contient les services annexes des salles : office, salle de bains, cabinets de médecin et de surveillante, vestiaires, dortoirs d'infirmiers et d'infirmières. Le pavillon de la Maternité a un rez-de-chaussée, un premier étage, et pour la partie du milieu au second étage. Le rez-deihaussée et le premier étage sont desservis dans toute leur longueur par un rouloir ouvert sur lequel donnent à chaque étage huit chambres. Ces chambres isolées sont précédées d'un cabinet et d'une petite antichambre destinée à abriter les malades contre les courants d'air extérieur. Au second étage sont les dortoirs des nourrices, des infirmières et des veilleuses. — Au nouvel hôpital Saint-Éloi à Montpellier, la Maternité doit se composer d'un pavillon en croix, bâtiment avec deux pavillons distincts reliés au précédent par des galeries couvertes et se trouver à une distance minimum de 45 mètres du premier pavillon des malades. Ce quartier a ses divers services : réfectoires, tisanerie, water-closets complètement distincts; la salle d'accouchement et les chambres des surveillantes sont installées dans la branche courte de la croix qui sépare en deux parties égales la longue branche. De ces deux tronçons, l'un est affecté aux femmes enceintes, l'autre aux femmes en couches, ainsi complètement isolées. Douze lits sont destinés à chacune de ces deux catégories, huit établis dans un dortoir commun et les quatre autres dans deux chambres à deux lits. Ces lits sont disposés sur une seule rangée. Enfin, une infirmerie spéciale est réservée pour les femmes atteintes de fièvres puerpérales, et cette infirmerie doit être placée à une grande distance de la Maternité, à une extrémité opposée de l'hôpital.
En adoptant des dispositions spéciales, on peut réunir dans un seul bâtiment plusieurs maladies contagieuses, tout en les isolant. C'est ainsi qu'au nouvel hôpital des Enfants, à Saint-Pétersbourg, le bâtiment d'isolement est divisé en quatre sections, chacune ayant son escalier, son entrée, son jardin, son personnel, sa lingerie, sa literie, etc. Chacune de ces sections est destinée ;i une affection spéciale : diphthérie, variole, scarlatine et rougeole. Cet hôpital contient en outre des salles isolées pour les syphilitiques, les ophthalmies purulentes, les teignes, la coqueluche et le typhus.
L'hôpital d'Utrecht, Fondation Amalia, présente aussi un pavillon destiné à l'isolement de plusieurs maladies contagieuses : il se compose de quatre ailes réunies en croix sur les côtés d'une sorte de vestibule affecté au logement du personnel et aux services accessoires. Chaque aile comprend huit lits et se trouve assez bien séparée des ailes voisines, car celles-ci n'ouvrent pas directement sur le vestibule central, mais bien sur un couloir qui longe ses quatre côtés; cette disposition doit avoir l'avantage de rendre facile, avec un personnel
restreint, la surveillance des quatre ailes du pavillon. Chaque aile est pourvue d'un cabinet de bains, de latrines, etc.
Au nouvel hôpital Saint-Éloi, de Montpellier, neuf pavillons, ne comptant chacun que seize lits, seront affectés aux maladies contagieuses; ils doivent constituer trois sections comprenant chacune trois pavillons et chaque section, chaque groupe de pavillons aura ses divers services distincts. En outre, on leur adjoindra des pavillons de convalescence et des pavillons d'attente. Ces derniers doivent être au nombre de deux, de cinq chambres à un lit chacun, et placés à l'entrée de l'iiôpital. Des salles d'observation pour les cas douteux existent déjà à Londres depuis longtemps dans les Small-pox et les Fever-Hospitals. — A Copenhague, l'hôpital d'isolement d'Oresund, composé de baraques en briques, présente, outre les salles pour les malades, des bains, une étuve à désinfection et six chambres indépendantes pour les malades en observation (Schleisner). Ces chambres d'attente doivent constituer le complément indispensable de tout pavillon d'isolement. Il est nécessaire que le personnel habite un pavillon spécial; c'est évidemment à tort qu'à l'hôpital Wladimir, de Moscou, les surveillants sont installés dans le pavillon des suspects.
Un hôpital spécial, installé dans toutes les conditions prescrites par l'hygiène moderne, est évi<lemment préférable aux pavillons disséminés dans les hôpitaux généraux, et dans les grandes villes l'existence d'un pareil établissement placé en dehors, loin des quartiers popuhiux, ne peut qu'être favorable à la diminution des foyers d'infection, surtout s'il est destiné à recevoir des malades appartenant aux classes aisées qui viennent volontairement s'y isoler. A l'Exposition de 1878, M. Léon-Romain Jacur, architecte de Padoue, a présenté les plans d'un hôpital spécial pour maladies épidémiques et contagieuses qui, dans son ensemble, paraît fort bien conçu. Il doit se composer de six ou huit pavillons, en constructions légères, à un seul étage élevé sur des voûtes servant de magasin ou de remises ; ils sont disposés perpendiculairement sur les deux jambages d'un Y, disposition destinée à assurer une bonne orientation (nord-est, sudouest). Chaque pavillon est immense; il a 128 mètres de longueur et 17 mètres de largeur; sur cette largeur est compris un double balcon formant vérandah à l'aide d'un toit supporté par des colonnettes de fer; chaque balcon a 3"S50 de largeur, de sorte que la salle est réduite à la largeur très-suffisantc de 10 mètres. Cet énorrrie pavillon est découpé suivant sa longueur en six salles sans communication entre elles, si ce n'est par le balcon, et contenant chacune seize lits avec 64 mètres cubes par lit. Ce long balcon couvert, excellent d'une façon générale au point de vue de l'hygiène, aurait cependant dans un hôpital affecté aux maladies contagieuses et épidémiques l'inconvénient d'établir entre les six salles contiguës une facilité de communication dangereuse surtout pour le personnel de service, dans le cas où l'on voudrait placer dans ces salles des maladies d'espèce différente. La ventilation doit se faire à l'aide de feux brûlant dans l'intérieur même d'une haute cheminée aspiratrice placée au centre de l'hôpital. Lappel de l'air est en outre facilité par huit ventilateurs mécaniques, mus par une machine à vapeur et placés dans le collecteur souterrain qui amène l'air des conduits à la cheminée de tirage. Au-dessous de chaque lit se trouve un large tuyau, recouvert d'un chapeau métallique protecteur, communiquant avec les conduits d'appel et aspirant l'air souillé au voisinage immédiat du malade. Des orifices multiples et petits, brisant le courant d'air dans tous les sens, laissent pénétrer dans la salle de l'air neuf qu'on peut
Iiltrei-, purifier, chauffer, à l'aide d'appareils placés dans les mansardes. Le renouvellement de l'air peut se faire six fois par heure, chiffre le plus élevé '|uait pu obtenir Petlenkofer dans sa chambre pneumatique; des expériences très- probantes ont établi que celte ventilation ne causait aucune incommodité aux malades. Le blanchissage et la désinfection du linge se font avec des précautions particulières dans un bâtiment isolé, aménagé ad hoc.
Ce n'est pas seulwnent dans les grandes villes qu'un hôpital d'isolement j)eut rendre de grands services. Autant il faut blâmer les municipalités qui dans de petites localités croient employer utilement l'argent des pauvres en élevant comme à Issoudun de coûteux hôpitaux (Cachet, LliùpUal et la famille dana les villes secondaires. Paris, 1865), autant il faut encourager, dans les petites villes, où la population flottante est peu considérable et oii les secours à domicile peuvent être plus facilement distribués que dans les grandes villes, la création de petits hôpitaux qui, en temps ordinaire, peuvent être destinés à lous les malades, mais qui peuvent surtout, en temps d'épidémie, recevoir les malades atteints d'affections contagieuses et contribuer ainsi à supprimer des foyers disséminés d"infcction. Point n'est besoin dans ces petites localités de constructions monumentales, et pour leur installation on pourrait prendre modèle sur le spécimen de cottage exposé dans la section anglaise en 1878 . il ne se composait que de vin<;t lits (dix pour chaque sexe), et comprenait parmi les locaux accessoires une chambre de désinfection pour le matériel, et une I liambre de désinfection par laquelle le médecin doit passer et où il doit êtresoumis à une désinfection complète toutes les fois qu'il sort de l'hôpital.
Déjà, en 1835, Thiaudière avait émis les idées les plus justes relativement à la fondation d'hôpitaux dans les chefs-lieux de canton {Bulletin général de thérapeutique, t. Y, p. 159); en 1879, M. Lepère, ministre de l'intérieur, avait soumis au Conseil d'État un projet de loi sur les hospices cantonaux, mais jusqu'à présent les rares créations de ce genre n'ont été dues qu'à l'initiative privée. Tout récemment, 0. Du Mesnil vient de traiter cette question des hospices ruraux, et de proposer des modèles simples et peu coûteux [Revue d'hygiène et de police sanitaire, 1886, p. 27).
Depuis un certain nombre d'années ces petits hôpitaux se sont multipliés en Angleterre, et on y apprécie de plus en plus les services qu'ils peuvent rendre (Lulaud et Hogg, Des hôpitaux d'isolement. Paris, 1886. — Thorn-Thorn, the Use and Influence of Hospilals for Infections Diseases. London, 1882).
Eu Suisse aussi, de semblables constructions sont préconisées (Sonderegger, de Saint-Gall, Kleine Isolispitàler. Corresp. fiir schiveizer /Erzte, 1<^^ novembre 1884).
En Belgique on a de même, dans ces derniers temps, construit à Yerviers, à' Tournai, à Louvain, à Molenbeeck Saint-Jean, de petits hôpitaux dont le prix de revient a été très-peu élevé et qui rendent les meilleurs services.
On peut résumer en quelques mots les pages qui précèdent. Des hôpitaux temporaires, sous baraques, voire même sous tentes, indispensables pour les épidémies accidentelles, constituent encore la meilleure ressource lorsqu'une maladie contagieuse, endémique dans la contrée, vient à sévir d'une façon insolite. En temps ordinaire, sinon des hôpitaux spéciaux, au moins des pavillons bien isolés au milieu des hôpitaux généraux, doivent exister pour les malades iitteints de fièvres éruptives et les accouchées en particulier. Dans les grandes \ illes des hôpitaux destinés à une ou à plusieurs maladies contagieuses, chacune
étant reléguée dans des bâtiments spéciaux, peuvent rendre, surtout pour les enfants, les plus grands services. Boisseau.
HOQL'ET. Grec, >iuy;, y^v^^oç; latin, singultus; allemand, Schluchzen ; anglais, Hiccough; italien, sigkiozzo; espagnol, hipo.
Définition. De tous les points de l'histoire physiologique et clinique du hoquet, celui qui divise le moins les observateurs, c'est sa définition.
Qu'est-ce que le hoquet? Une contraction subite etspasmodique du diaphragme, déterminant une brusque secousse de la paroi abdominale et thoracique et s'accompagnant d'un bruit rauque et inarticulé causé par le resserrement et la vibration sonore des lèvres de la glotte. Cette définition donne satisfaction aux physiologistes et rappelle que dans la production de ce phénomène le diaphragme et la glotte interviennent activement.
11 est vrai que Mahon, et avant lui Boerhaave, attribuaient le hoquet à une autre cause, la convulsion de l'œsophage « ayant pour effet de tirer en haut l'estomac et le diaphragme, tandis qu'en même temps ce muscle est porté en bas par une contraction subite ». Cette opinion ne présente guère qu'un intérêt historique : la discuter serait superflu, car, selon la remarque de Raige Delorme, auteur de l'article Hoquet du Dictionnaire de médecine, elle reposait sur une erreur d'interprétation consistant à prendre un effet pour une cause.
La bibliographie du hoquet est relativement peu étendue. Dans l'ancienne Kcole, ce phénomène avait fait l'objet de quelques dissertations, entre autres celles de Hoffmann à Halle, en 1735, de Burning à Utrecht, en 1758, de Carlhenser, en 1754, de Thiel à Gottingue, en 1761, de Portefaix à Bàle, en 1724, de Tschudi à cette même Université, en 1767, de Pierre Despaux à Paris, en 1814. et plus récemment, à Paris, de la thèse de Noquet, en 1865. Haller a traité du hoquet dans ses Elementa pht/siologiœ, et, à son exemple, Longet, Béclard et tous les auteurs, lui consacrent un chapitre dans leurs traités classiques, mais l'étude physiologique complète du hoquet reste encore à faire. Au point de vue clinique, sa bibliographie est plus riche. Je signalerai seulement le mémoire de Debout Sur les inductions que Von peut déduire du hoquet dans /es maladies aiguës, mémoire déjà ancien, car il parut dans le tome XXXIV du Journal de médecine; les remarques de Frank dans ses Praxeos medicœ universalis prœcepta, un passage des Commentaires de van Swieten et du Traité physiologique de médecine pratique de Gendrin, et, parmi les nombreuses observations de hoquet que contiennent les divers recueils périodiques, celles d'Amédée Latour, dans le tome XII des Archives médico-psychologiques, et de M. Henri Huchard, dans l'Union médicale du 14 février 1876.
Physiologie et mécamsme du hoquet. Quelque malaisée que soit, en raison de leur rapidité, l'analyse des actes dont la succession constitue ce phénomène, ils se produisent dans l'ordre suivant : contraction du diaphragme, agitation convulsive de l'abdomen et du thorax, vibration de la glotte, production d'un bruit sonore.
La contraction du diaphragme constitue l'acte initial : elle est brusque, spasmo- (hque et involontaire; elle consiste dans la tension de sa masse et son abaissement, et a pour effet direct le refoulement des organes contenus dans l'étage supérieur de la cavité abdominale et l'ébranlement de la paroi antérieure de celte cavité.
Le mouvement d'inspiration détermine un appel d'air à travers les voies
aériennes. Ce dernier se précipite avec violence et vient frapper l'orifice glottique.
La vibration de la glotte a encore une autre cause : le resserrement de ses lèvres, qui est dû à la contraction de leurs muscles tenseurs, et ne concorde pas avec la contraction diaphragmatique. Par conséquent, dans le phénomène du hoquet, la dilatation glottique n'est plus isochrone avec l'abaissement du diaphragme comme dans l'inspiration normale. Par contre, on n'observe aucun bruit glottique durant l'expiration, de sorte que le hoquet est un trouble de l'inspiration.
Il se répète plusieurs fois, et pendant sa durée la respiration est anxieuse, de sorte que, à la manière de tous les phénomènes convulsifs, elle se produit par accès. On s'explique ainsi la forme anxieuse et le caractère bruyant de la respiration pendant la durée de ces accès.
Quelles en sont les causes au point de vue physiologique?
Sur ce point les observateurs n'ont pas toujours été d'accord. Les uns considéraient le hoquet comme un trouble dans les voies digestives; les autres l'attriliuent à un trouble dans les voies aériennes. En d'antres termes, est-ce dans l'estomac et l'œsophage qu'il faut en chercher la cause, ou bien seulement dans le spasme des muscles de la respiration?
Gomme Mahon, qui s'inspirait de son opinion, Bocrhaave, on l'a vu plus haut, de'clarait que le hoquet dépend d'une convulsion de l'œsophage : Conviihio œsojiltagi, écrivait-il, venlriculum et diaplirayina sursum trahens, dum simiil diaphragma sidnto seoi'sum convelldur .
Hippocrate faisait intervenir l'estomac, et cette théorie a été adoptée de nos jours par les auteurs du Compendium. L'estomac serait le point de départ « des secousses convulsives qui se transmettent jusqu'au cardia et à l'œsophage, en s'accompagnant de la contraction spasmodique du diaphragme,... Le premier phénomène qui se produit, ajoutaient-ils, est une sensation de constriction que l'on éprouve vers le cardia; souvent aussi plusieurs secousses irrégulières impriment des mouvements rapides à tout l'estomac : on sent bientôt comme une ondulation brusque et convulsive qui se communique de l'estomac à l'œsophage. »
Mieux inspiré dans sa thèse, De singidtu, Hoffmann mettait l'estomac hors de cause et accusait le diaphragme. De ce muscle venait tout le mal : Septi transversi, disait-il, et annexarum quarwndam partium conciissio spasmodica, convuldva, interrupta, molesta, sub inspiratione fada et cum sonora aeria per os explosione stipata. Cet avis était aussi celui de Haller, qui, d'accord avec les physiologistes contemporains, faisait consister le hoquet tout à la fois dans le spasme du diaphragme et dans le bruit provoqué par l'ébranlement des lèvres de la glotte recevant le choc de l'air inspiré.
Entre ceux qui localisent ces phénomènes dans les voies respiratoires et ceux ■qui les placent dans les voies digestives n'y a-t-il pas place pour une opinion moyenne? Voyons" si la clinique est venue au secours de la physiologie pour l'autoriser et la légitimer.
Diagnostic étiologique du hoquet. La valeur de ce phénomène, comme signe diagnostique, est secondaire, au témoignage deWoillez, et on pourrait ajouter de Ja plupart des chniciens, qui tous plus ou moins s'arrêtent peu à son étude.
Cependant le hoquet s'observe dans des affections fort diverses et, en l'absence d'une classification rationnelle, rappelons que les auteurs classiques distinguaient des hoquets symptomatiques et des hoquets idiopathiques. Certes, sans vouloir
sur ce point ouvrir un procès de tendance, reconnaissons que ces hoquets dits iJiopathiques rentrent dans la catégorie des manifestations aussi multiples i|ue variées du nérvosisme. Ce sont des accidents névrosiques, de sorte qu'on est en droit de rayer du cadre nosologique la catégorie des hoquets essentiels pour les rattacher sinon à une névrose dont ils seraient le symptôme, tout au moins à l'état neurasthénique, ce substratum de tant de névroses. Conséquomment on l^eut dire que tous les hoquets sont symptomatiques et dépondent d'un trouhle des voies respiratoires, des voies digestives, des organes génito-urinaires ou des fonctions du système nerveux.
Le hoquet dans les troubles des voies digestives est à coup sûr l'un des phis vulgaires. Dans les aphthes on a signalé la fréquence du hoquet, et van Swieten insistait sur la valeur diagnostique de ce symptôme. A son avis, il pouvait sm*venir au début ou à la fin de la maladie, et dans le livre 111 de ses Commentaires il s'attarde à répondre à cette question: Cur in pessimis aphthis moleslus et funestus singultus ? Il déclare que « le hoquet du commencement est de pire « espèce, qu'il indique que l'intérieur est affecté de nombreuses excoriations qui, « en remontant dans l'œsophage, viendront affecler les voies extérieures. » Relativement au hoquet tardif, il s'accorde avec Sydenham pour le déclarer '< moins fâcheux », quand le médecin n'abuse pas de médications intempestives ou d'une alimentation inopportune. Ajoutons que van Swieten semble reconnaître l'influence de l'état dyspeptique des individus, et semble, comme nous l'avons établi pour l'œsophagisme dans la Gaz. hebdomad. de 1880, admettre l'influence de l'embarras ou des dyspepsies gastriques sur la production de ce spasme et sa guérison après un traitement heureux des troubles dont l'estomac est le siège.
Le hoquet a été observé dans le cours des abcès du pharynx, et M. Noquet s'est demandé avec d'autres s'il ne fallait pas supposer dans ce cas une pression de cette tumeur sur le larynx. Ce serait là un hoquet de cause mécanique. Ne faudrait-il pas plutôt le considérer comme un hoquet symptomatique des troubles gastriques fébriles inséparables de la pharyngite phlegmoneuse?
Le hoquet symptomatique des rétrécissements œsophagiens a été signalé parfois. Gubler et Béliier en ont rapporté des cas intéressants, dans lesquels le svmptôme possédait une réelle valeur pronostique. Ce hoquet est peu tenace dans les rétrécissements de la portion susdiaphragmatique de l'œsophage. 11 est plus rebelle et surtout plus grave, quand la lésion œsophagienne est située audessous du diaphragme. Ainsi, par exemple, l'existence du hoquet fournit un renseignement de quelque utilité pour le diagnostic du cancer du cardia.
Néanmoins le hoquet pharyngien et le hoquet œsophagien sont rares : il n'en est pas de même du hoquet stomacal. Le rapport de contiguïté du diaphragme avec cet organe a été invoqué pour expliquer sa fréquence, et on rappelle volontiers, dans ce même but, la gêne respiratoire consécutive à un repas trop copieux. Dans ces circonstances, nul ne l'ignore, on observe des accès de hoquet de cause mécanique, et qui se terminent par l'éructation de quelques gaz.
L'ingestion excessive des eaux gazeuses provoque aussi ce phénomène. Par contre, on l'observe dans d'autres cas où il n'est pas possible de l'attribuer à la plénitude excessive de la poche stomacale : à preuve le hoquet qui survient à jeun chez certains individus après l'ingestion soit de boissons glacées, soit de liqueurs fortes, comme l'eau-de-vie, tandis que ce phénomène fait défaut lorsque l'estomac contient des aliments.
^28 UOQUET.
Le hoquet stomacal précède parfois les efforts de vomissement : il peut alterner avec eux, ou bien encore il peut les suivre. C'est alors que M. iXoquet l'a qualifié de phénomène « auxiUaire des vomissements ». Les anciens médecins avaient remarqué la coïncidence et la succession de ces deux phénomènes : témoin l'aphorisme hippocratique bien connu : Ex vomilione singultus, malum ; celui deCelse : Mali morhi signum esl post vomitum singultus, et cette conclusion du mémoire d'Hoffmann : Omnis ex inanitione singultus post alvum citam longasque vomitiones, malum.
Nul besoin n'est d'insister sur l'exagération de ces affirmations. Néanmoins constatons que leurs auteurs avaient voulu les justifier, et qu'à cet effet Haller faisait jouer un grand rôle au pilier du diaphragme et aux rapports anatomiques de ce rnuscle avec les viscères abdominaux : Nu7ic quidem, écrivait-il dans le troisième volume de sa Physiologie, gula inter carnes diaphragmatis ita transit, ut decussatis fasciculis carneis inferins etpnsterius comprehendatur, anterius plerumque tendineis lacertis terminetur, eademque ab iisdem fasciculis per inspirationem coniractis stringitur .
Il existe donc un hoquet a ventriculo pleno, fréquent après les libations copieuses ou par plénitude excessive de l'estomac : c'est le hoquet des ivrognes et des gros mangeurs. H existe aussi, mais il est plus rare, un hoquet a ventriculo vacuo : c'est celui des individus qui ingèrent à jeun des liqueurs fortes. parce que, dans les deux cas, en vertu de l'aphorisme d'Hippocrate : Convulsio fit aut a repletione aut ahinanitione, sic etiam singultus.
Le hoquet s'observe encore dans l'embarras gastrique, les gastralgies, l'ulcère simple et le cancer de l'estomac, en un mot, dans les diverses affections de ce viscère, où il existe un état de dyspepsie : c'est là un hoquet par dyspepsie.
Le hoquet des nouveau-nés est de même cause : il se produit après les tétées abondantes, et, de connaissance vulgaire, on le considère comme l'indice de la plénitude stomacale. 11 mérite donc bien le nom de hoquet ab ingluvione.
Les lésions intestinales provoquent aussi le hoquet. On rencontre ce hoquet intestinal dans letympanisme abdominal. Ici il est de cause mécanique. Il résulte de l'obstacle que la distension gazeuse oppose aux contractions du diaphragme. On l'observe dans la péritonite. Il est encore le symptôme de l'occlusion intestinale et des hernies étranglées, affections au cours desquelles il passe à bon droit pour assombrir le pronostic : Inter mala indicia est singidtus, disait Grunner, ubi ab hernia alicubi inclusa et retenta.
Parmi les variétés du hoquet intestinal, citons le hoquet vermiyieux, dans la patliogénie duquel on ne saurait plus invoquer la gêne mécanique du diaphragme, et où il faut bien faire intervenir la mise en jeu des réflexes et l'irritation de la muqueuse intestinale par les parasites. Il en est de même du hoquet de la dysenterie, dans lequel il faut chercher l'origine de l'irritation réflexe dans les altérations du gros intestin,
La congestion de la rate, i'hypermégalie, a été invoquée comme une cause de hoquet. Piorry lui attribuait les hoquets fébriles, et Noquet, dans sa thèse, a exposé cette opinion, dont l'intérêt, en l'absence de toute justification, est tout historique. Les affections du foie en sont aussi la cause provocatrice. On a signalé le hoquet dans les hépatites et les coliques hépatiques, llippocrate avait formulé cette relation de cause à effet dans un aphorisme : In jecoris inflammatione singultus malo est; et les anciens médecins expliquaient la fréquence relative du hoquet hépatique par les rapports anatomiques de voisinage
UOQUET. ■ 429
entre le foie et le diaphragme. De plus, on a fait intervenir l'action rétlexe, l'innervation du pneumogastrique, ses synergies morbides, et, comme l'écrivait Monneret dans sa Pathologie générale, la mise en jeu de l'excitabilité médullaire. Soit, mais ne serait- on pas aussi plus autorisé à se rappeler l'influence des troubles gastriques dans la production du hoquet, à invoquer l'existence des dyspepsies hépatiques et la coïncidence de ces dernières avec le trouble convulsif du diaphragme?
Le hoquet est un symptôme vulgaire des maladies des organes génito-urinaires. On l'a observé dans les néphrites, les calculs vcsicaux, les cystites, le cancer de la prostate, les abcès et les tubercules de cet organe. Civiale l'avait noté. M. Noquet en a publié des observations empruntées aux services de M. Desormeaux et du premier de ces savants chirurgiens. Cependant il ne faudrait pas, comme on a essayé de le faire, considérer ce hoquet comme un symptôme constant des affections prostatiques. Le hoquet rénal et prostatique ne saurait donc être mis en doute ; il est rare, c'est un hoquet de cause réflexe, dans la production duquel on s'étonne de voir des observateurs invoquer le témoignage de van Swieten en faveur des rapports anatomiques du rein avec le diaphragme.
Le hoquet utérin a été signalé dans les mélrites et les péritonites. Il diffère du hoquet de la gravidité par sa pathogénie. En effet, le premier est un phénomène réflexe, dont ou trouve la cause dans la réflectivité nerveuse; le second est un trouble mécanique de la respiration causé par la réplétion de la cavité abdominale et la gêne des mouvements du diaphragme.
Le hoquet est observé dans les maladies des organes respiratoires. Une opinion anciennement professée le considérait comme le signe constant d'une affection du diaphragme : c'était une exagération. Cependant le hoquet est un phénomène de la pleurésie diaphragmatique, et Guéneau de Mussy, dans son Mémoire sur la pleurésie diaphragmatique, fait remarquer que « souvent le malade est tourmenté de hoquets et que ce phénomène a pour cause l'irritation des terminaisons du nerf phrénique, ») car, dans l'étiologie de ce hoquet, cet habile clinicien faisait intervenir la névralgie ou plutôt la névrite.
Au reste, cette opinion n'était pas illégitime, car on a observé encore le hoquet dans la névralgie du nerf phrénique et dans celle du plexus cervical. L'irritation dans cette dernière portait sur la racine du nerf et non pas sur ses terminaisons, comme dans les cas de pleurésie diaphragmatique; mais la théorie n'est pas en défaut pour cela; l'un et l'autre de ces deux hoquets s'expliquent par cette loi de Wolkmann : « Dans les nerfs mixtes, l'irritation produite à un point quelconque du nerf se traduit par des mouvements réflexes dans la partie dépendante. »
Le hoquet s'observe dans les intoxications. On l'a signalé depuis longtemps dans les coliques de plomb, et ce hoquet des saturnins relève vraisemblablement des mêmes causes que les autres spasmes musculaires observés dans cet empoisonnement.
Un hoquet toxique moins connu est le hoquet tabagique, dont M. H. Huchard me signalait dernièrement un cas. On sait que la nicotine provoque le spasme musculaire, et le diaphragme n'échappe pas à celte action.
A côté de ces hoquets toxiques ne pourrait-on pas donner place aux hoquets des maladies fébriles, hoquet des fiévreux, dans les accès intermittents pernicieux (fièvres intermittentes singultueuses des Anciens), dans la fièvre typhoïde et à la période ultima du choléra et du scorbut? Qu'il soit un signe d'ataxo-
aclynamie au n^ême titre que d'autres troubles nerveux; qu'il soit dû à l'action de l'agent morbigène, microbe ou plomaïne, sur les centres nerveux, peu importe : il a pour cause, comme les hoquets toxiques, les altérations du sang et vraisemblablement l'intoxication.
Le hoquet se rencontre dans les maladies nerveuses, soit comme syndrome, soit comme phénomène isolé. Cette opinion était celle des observateurs qui admettaient l'existence d'un hoquet essentiel. Cette distinction n'a d'autre raison d'être que notre ignorance sur l'origine du hoquet dans certains cas, et à l'heure actuelle on peut rattacher les hoquets qualifiés d'idiopathiques au nervosisme, à la neurasthénie, sinon le plus souvent à l'hystérie.
Il existe dans les livres des cas de hoquet nerveux dont les accès se prolongeaient pendant des jours, des semaines et même des mois ou des années. Dans une observation citée par Pierquin (journal le Progrès, t. XVIII, p. 208), ils durèrent quatre années et se reproduisaient après chaque repas. Ce n'était pas un hoquet d'origine dyspeptique comme ceux que Gendrin signalait, en 1852, dans le Trailé philosophique de la médecine.
Dans une observation publiée par M. Huchard {Union médicale, 1874), le hoquet s'était montré au cours d'une sciatique et après des vomissements. Quelle en était la pathogénie? Vn état dyspeptique, ou bien l'état « d'inipressionnabilité du système nerveux du malade? » On le voit, la réponse n'est pas sans présenter quelques difficultés : car idiopathique ici, symptomatique là, ce hoquet dépendrait d'une même cause. Comment, dès lors, ne pas admettre ici comme ailleurs l'existence d'un lien entre ces phénomènes névrosiques, ou plutôt leur développement sur le terrain commun des névroses : la neurasthénie?
A côté de ces formes rares du hoquet névrosique il convient de placer le hoquet émotionnel. Il se manifeste à la suite d'un choc moral, d'une frayeur vive, d'une émotion subite. Ce hoquet, dont les anciens médecins se plaisaient à rapporter des cas, guérit le plus souvent comme il s'était manifesté, sans qu'il soit possible d'en donner la raison. C'est encore une forme du hoquet névrosique, dans la production duquel l'habitude intervient bien pour une part.
Le hoquet par imitation est encore du même ordre. Il suffit de rappeler l'exemple fameux, dont parle Sauvage, de trois jeunes filles qui furent prises d'accès de hoquet, trois jours après la venue d'une autre jeune fille dont le boquet était incessant. Et puis on n'a pas oublié l'épidémie de hoquet de l'hôpital de Harlem que Boerhaave avait observée. La contagion nerveuse et l'hystérie jouent le principal rôle dans la production de ces accidents.
Le hoquet /iysfeVigHe, manifestation fréquente de la capricieuse névrose, estun spasme du diaphragme et des muscles respiratoires. Il est parent avec le hoquet émotionnel et les autres hoquets névrosiques, cela ne fait aucun doute. Comme le remarque M. H. Huchard, à la page 1026 de la deuxième édition du Traité des névroses d'Axenfeld, il survient sous la forme d'accès et sous l'influence des causes les plus insignifiantes. Le hoquet hystérique est bruyant, sonore, rauque. C'est parfois une sorte de jappement ou d'aboiement, persistant depuis quelques minutes jusqu'à quelques heures. La succession et la violence des secousses peuvent être telles, au témoignage de RauHn {Traité des affections vaporeuses du sexe, 1758, p. 118), que le malade ne peut trouver un moment de répit pour avaler quelques gorgées de bouillon !
L'accès de hoquet présente encore une autre valeur diagnostique dans l'hystérie. Parfois, en effet, il précède les attaques convulsives de quelques jours
HOQUET. /t3t
ou de quelques heures ; certains auteurs autorisés le croient en quelque sorte leur pbénoaiène avant-coureur.
Enfin, c'est au hoquet hystérique, ou tout au moins au hoquet névrotique, qu'il faut rattacher ces épidémies fameuses, dans lesquelles on ne saurait omettre l'intervention pathogène de la contagion nerveuse et vraisemblablement la prédisposition névrosique de la plupart des individus qui en étaient atteints.
On peut aussi réunir dans ce même groupe et attribuer aux perturbations fonctionnelles du système nerveux par l'ischémie de sa circulation le hoquet de l'agonie, remarquable surtout dans la période agonique des hémorrhagies abondantes. Ici sans nul doute l'anémie des centres nerveux par ischémie en est la cause.
Valeur pronostique du hoquet. Ce phénomène a été considéré comme un symptôme de mauvais augure dans les affections viscérales et les fièvres. Cette appréciation pronostique ne paraît pas justifiable par l'existence seule du hoquet. Elle est l'indice de l'épuisement nerveux, de l'asphyxie commençante et de l'ensemble symplomatique dont le hoquet fait partie.
Le hoquet de la mort n'est-il pas de la même nature, et ne comprend-il pas un suprême effort du diaphragme. Debout l'a naguère étudié avec soin, et, d'après la description restée classique qu'il en donne, « ce phénomène consiste dans deux inspirations précipitées et fortes suivies d'une expiration longue et faible, n On le voit, il diffère quelque peu du hoquet du cours des maladies, et cet observateur tient compte de ces différences, quand il ajoute en forme de conclusion : « Ce mouvement convulsif que l'on connaît sous le nom de hoquet de la mort est une modification du hoquet. »
TRAiTEME>iT DU HOQUET. D'une manière générale on doit dire que la thérapeutique du hoquet n'existe pas. Certes les moyens de le combattre ne font pas défaut, mais accident contingent du cours d'affections fort diverses, sa médication est celle de ces états morbides. C'est donc au traitement étiologique qu'il faut donner le premier rang, en modifiant ces états morbides des voies digestives, respiratoires, génito-urinaires ou autres dont il dépend.
Le traitement sijmptomatiqiie a le plus souvent été inspiré par l'empirisme. De là le nombre et la diversité des moyens dont on a fait usage et des succès inexplicables ou inexpliqués qu'on en a obtenus. L'empirisme aidant, on a conseillé les tisanes plus ou moins délayantes, le quinquina, les ventouses et même la saignée, sans compter les antispasmodiques dont on a tour à tour épuisé la série. Cependant, quand on essaye de mettre un peu d'ordre dans cette anarchie thérapeutique, on voit que les résultats obtenus sont dus soit ù des moyens tout mécaniques, soit à la sédation du spasme, soit enfin à la mise en jeu de Y inhibition.
La m.é(Hcatioa mécanique est toute populaire. Faut-il la rappeler? Elle consiste à retenir sa respiration aussi longtemps qu'il est possible, ou bien à en modifier le rhythme par des moyens perturbateurs des mouvements du diaphragme, tels que, l'éternument ou la provocation au vomissement par l'ingestion d'une substance émétique.
La médication antispasmodique, calmante, sédative, dispose soit de moyens tout aussi vulgaires, l'ingestion de l'eau très-froide et l'administration de la glace, ou de préparations pharmaceutiques, au nombre desquelles on a recommandé les injections ^hypodermiques de morphine, l'ingestion du chloral ou du chloroforme ; celle-ci a été employée avec succès par Amédée Latour, dans le cas
«2 HORDÉINE.
qui a été rapporté dans le tome XII des Annales médico-psychologiques. Plus récemment, on a proposé l'administration de la cocaïne, dont l'action s'expliquerait, dans les cas de gastralgie ou d'irritation stomacale, par la provocation lie raneslhésie de la muqueuse gastrique ou les injections sous-cutanées de pilocarpine dont Ortill (de Lille), après Ruhfordeu et Stadler, a noté l'efûcacitisans expliquer toutefois le mécanisme de son action.
Mais, le hoquet étant un phénomène essentiellement nerveux, on interprète mieux la guérison, c'est-à-dire la suspension du spasme, par la mise en jeu de< actions inhibitoires. L'inhibition thérapeutique de ce spasme a été obtenue par la révulsion énergique de la peau, au moyen des vésicaloires, de la compression de l'épigastre, dont Rostan et Rayer, plus heureux que leurs imitateurs, obtinrent des succès, et par l'application du cautère actuel, comme dans un cas où Dupuytreu le fit cesser immédiatement et définitivement chez une femme atteinte depuis longtemps de ce phénomène morbide, jusque-là rebelle aux médications les plus diverses. Le récit de ce cas souvent cité se trouve à la page 151 du tome XVI des Archives générales de médecine.
Parmi tous les moyens d'inhibition il en est un qui emprunte sa valeur et sa raison d'être aux expériences si décisives de M. Brown-Séquard, sur la provocation d'actes inhibitoires par l'excitation cutanée que produisent des liquides irritants ap[»liqués sur la peau et entre autres le chloroforme. ,\aguère, en 1844. on en avait recommandé l'emploi pour suspendre la douleur des né^Talgies. Il ne serait donc pas irrationnel d'en faire usage contre les accès de hoquet. 11 consiste dans l'application sur la région épigastrique d'un linge imbibé de chloroforme et recouvert, pour prévenir l'évaporalion, d'un morceau de taffetas gommé. Cette médication est de toute simplicité et utilise les propriétés révulsives du chloroforme et non pas ses vertus anesthésiques. Telle est encore l'action de la compression des nerfs phréniques et pneumogastriques dont les effets curatifs ont été signalés par Grognot (de Milly), celle des pulvérisations d'éther, la galvanisation du nerf phrénique, un réophore étant placé au cou et l'autre sur les attaches du diaphragme, ou bien, comme nous le signale M. Hénocque, l'extension de la tète avec compression par le doigt des conduits auditifs externes.
C'est encore à l'inhibition qu'il faut attribuer les guérisons en apparence singulières du hoquet par une frayeur, une émotion, un choc moral, ou plus simplement par la fixation de l'attention sur un objet. Ces guérisons dont, aujourd'hui, — le mot est plus nouveau que la chose, — on ferait des triomphes de la suggestion, sont aussi du domaine de l'inhibition appliquée à la thérapeutique. En tout cas, si ces pratiques ne sont pas toujours efficaces, elles ont du moins l'avantage de ne pas condamner le malade à épuiser toute une matière médicale dans laquelle chacun en vain avait essayé empiriquement de découvrir le médicament du hoquet.
11 resterait à formuler les indications du traitement hygiénique du hoquet. Elles se trouvent mieux à leur place dans l'histoire thérapeutique de chacune des affections dont ce phénomène est la manifestation symptomatique.
Ch. Éloy.
HORDÉIIVE. Poudre insoluble qui reste lorsqu'on chauffe l'amidon de l'orge avec de l'eau acidulée. L'hordéine paraît être un mélange d'amidon, de tissu cellulaire et d'une matière azotée indéterminée. L. Hn.
HQRN (Les). 455
HORDÉIQL'E (Acide). C'-W'O'. Cet acide gras se produit en petite quantité lorsqu'on distille de l'orge avec l'acide sulfurique étendu. Il forme des cristaux fusibles à 60 degrés. Cet acide, dont l'existence est plus ou moins problématique, serait identique avec l'acide laurostéarique , d'après Beckmann. L. Hs.
HORDEVitt. Voy. Orge.
HORLOGER (IIygiÈi\e). Voy. Cl-ivre.
HORX (Les).
Horn (Johan>-Philipp). Accoucheur allemand distingué, ne' à Hadamar (Nassau), le 25 mars 1774. Il étudia à Bonn, puis entra au service de l'Autriche, fut nommé en 1806 premier médecin et accoucheur de l'hôpital de Graz, en 1811 professeur d'accoucliemenls au lycée de cette ville, enfin passa en 1822 avec le même titre à Vienne, où il mourut le 25 décembre 1845, laissant entre autres :
I. Beschreibung eities zii Unterhindungen sehr z-weckmâssigen Instruments. Griitz, 1811, in-S", lig. — II. Theoret.-praklisches Lehrbuch der Gcbuitshùlfe, etc. Wien, 1815, in-8 ; 2. Aufl., ibidem, 1858, in-8°. — III. Lehrbuch der Gcburtshïd fe , zum Unlerricht fi'ir Uebammen. Wien, 1813, in-8°; 3. Aufl., ibidem, 1846, in-8°, etc. L. Hx.
Horn (Ernst). Célèbre médecin allemand, né à Brunswick, le 24 aoiit 1774, reçu docteur à Kônigsberg en 1797, nommé en 1800 professeur de clinique pour les médecins militaires à Brunswick, passa en 1804 à Wittemberg comme professeur ordinaire de médecine et conseiller aulique ; encore la mèm^ année il accepta une chaire à Erlangen, puis en 1805 se rendit à Berlin oiî il fut nommé professeur à l'Académie militaire de médecine et de chirurgie, et devint en 1818 médecin à la Charité; enfin, en 1821, il obtint la chaire de médecine de l'Université et le titre de conseiller intime. Horn mourut à Berlin, le 27 septembre 1848. Il s'est surtout distingué dans la psychiatrie et la médecine légale. Ses ouvrages sont très-nombreux et estimés ; nous nous bornerons à citer :
I. Handbuck der praktischen Arzneimittellehre. Berlin, 1805, 1806, in-8°. — II. Handbuch der med. Chirurgie. Leipzig, 1804-180(3, 1810, 2 vol. in-8\ — 111. Beilrag zur med. Klinik, etc. Braunschweig, 1801), in-8'. — IV. Anfaiigsgriinde der med. Klinik. Gotlia, 1807-1808, 2 vol. in-8°. — Y. Ueber die Erkenntniss uiid Heiluug der Pneumonie. Frankfurt a. Main, 1812, in-S". — VI. Versuch ûber die Natur und Heilung der Ruhr. Golba, 1806, in-8°. L. Un. ^
Horn (WiLBELM vou). Fils du précédent, né à Brunswick, le 17 février 1805, fut reçu docteur à Berlin en 1827, privat-docent en 1850, passa en 1851 à Halberstadt comme médecin pensionné ; il fut appelé en 1840 comme conseiller médical à Erfurt, puis en 1847 à Berlin, et occupa encore diverses positions officielles élevées. En 1851, il obtint la direction de l'hôpital de la Cliarité, puis en 1860 prit celle de la section des aliénés. 11 mourut le 19 janvier 1871, laissant, entre autres, des relations de voyages scientifiques (Berlin, 1851-1855, 4 vol. in-S") et un important ouvrage : Bas Preussische Medicinalivesen, etc., Berlin, 1857-1858, 2 vol. in-S^; 5^ édit., 1874. L. Hîj.
DICT, E«C. i' S. XIV. 28
•454 HÔRNIGK.
nORiV (Cure de petit-lait). En Suisse, sur le lac de Constance, à un quart d'heure de la ville de Rorschach, le petit village de Horn, bùti à 400 mètres environ au-dessus du niveau de la mer, est avec Gais, Weisbad et Gonthen, l'un des principaux points oîi les malades viennent se traiter par le petit-lait des montagnes d'Appenzell. A l'établissement de Horn, on ajoute la plupart du temps à la médication séro-lactée quelques bains de piscine dans le lac de Constance et quelques douches. Le petit-lait, fabriqué à une température d'environ 57 degrés centigrade, arrive à Horn des environs dans des hottes de ferblanc enveloppées de linge, pour lui conserver autant que possible 50 à 52 degrés centigrade. La dose, variable suivant les sujets, est en général de quatre à cinq verres de 350 grammes chacun, pris de quart d'heure en quart d'heure, le matin avant huit heures. Nous avons donné dans l'article Gais {voy. ce mot) les principaux renseignements sur la cure séro-lactée et sur ses effets. A. R.
noR:vE (Yan). Voij. Hoorne (van).
IIOR^VER (Les deux).
iiorner (William-Edmonds). Médcciu américain, né à Warrcntou (Virginie), le 5 ']\ùn 1795, servit dans la marine et fut reçu docteur à Philadelphie en ISi^. Il fut professeur d'anatomie dans cette Université, dirigea des hôpitaux lors de l'épidémie de choléra de 1852, fit plusieurs voyages en Europe, enfin mourut à Philadelphie le 23 janvier 1853. Le musée d'anatomie connu sous le nom de « Horner and Wistar Muséum » est l'un des plus riches du globe. Il mourut le 25 janvier 1855, laissant un grand nombre de publications, entre autres : Lessons in Practical Anatomy, etc., Philad., 1825, 1827, 1856, in-8''; A description of a Muscle connected ivith the Eye, etc. [Lond. Med. Repository, 1822), mémoire dans lequel il décrit pour la première fois le muscle de l'œil connu sous le nom de « muscle de Horner » ; A Treatise on the Descriptive Anatomy, etc. Philad., 1826, 2 vol. in-8»; 1" édit., ibid., 1846.— i Treatise on Pathol. Anatomy. Philad., 1829, in-8°. — A System of Anatomy, etc.; 5« édit. Philad., 1830, 2 vol. in-8°; 7-^ édit., ibid., 1839; enfin une foule d'articles dans les recueils périodiques. L. Hn.
Horner (Johann-Friedrich). Médecin suisse, né à Zurich, le 27 mars 1831, mort le 20 décembre 1886. Il fut élève de A. von Graefe, fut reçu docteur en 1854, privat-docent en 1856, nommé professeur d'ophthalmologie à Zurich en 1862. Outre un grand nombre d'articles dans les journaux et les dissertations excellentes de ses élèves, il a publié dans le Handbuch der Kinderkrankheiten de Gerhardt : Die Krankheiten der Auges im Kindesalter. On trouve sur Horner un notice détaillée dans Correspondenz-Blatt f. Schweizer Aerzte, 1887, n° 7. L. H>-.
HÔRi^ïIGK (Ludwig). Médecin allemand, né à Leipzig en 1600, reçu docteur à Strasbourg, se fixa en 1625 à Francfort et fut nommé en 1628 comte palatin ( t peu après médecin pensionné. En 1644, il passa à Rôdelheim, en 1647 À Mayence, puis à Vienne. En 1652, il devint professeur de médecine à l'Université de Mayence, et il mourut dans cette ville le 2 août 1667. Dans son ouvrage : Politia medica, oder Beschreibung dessen was die Medici zu
HORST (Les trois). 435
thun, etc. (Frankfort, 1638, 1645, in-4°), il critique vivement le charlatanisme médical. On lui doit encore : Wûrgengel von, der Pestilenz, etc. Frankfurt, 1644, in-4». L. Hn.
HOROSCOPE. Voy. Divination.
HORSCn (Philippe-Joseph). Médecin allemand, né à Wurtzbourg , le 24 août 1772, reçu docteur en 1796, fui professeur de médecine à "Wurtzbourg, physicien de la ville, médecin des prisons, conseiller médical, etc., et mourut le 22 janvier 1820. Il a publié une topographie de sa ville natale (Arnstadt, 1805, in-S"), Kritische Blàtter f. d. Gesch. der Epidemien, etc. (ibid., 1805)^ mie élude sur les maladies régnantes de Wurtzbom-g en 1807 (tludolstadt, 1808, in-8"), puis : Einleitung in die Kîinik, etc. Wiirzburg, 1817, in-8°. — Ilandbiich de)- besonderen Krankheitslehre..., 1. T., Frankf. a. M., 1819, in-S". — Enfin un périodique : Annalen der Iditi.-techn. Scinde, etc., 1.-3. Heft. Rudolstadt, 1809-1812, in-S». L. Un.
HORSE-POX. Voy. Vaccine.
nORST (Les trois).
Horst (Jakob). Médecin allemand, né à Torgau, le l*"" mai 1537, lit ses études à Francfort-sur-l'Oder, puis obtint la place de médecin ordinaire des États de la Basse-Autriche; en 1584, il obtint une chaire à Helmsladt, où il mourut le 21 mai 1600. 11 a laissé un assez grand nombre de dissertations ; nous ne citerons que son opuscule étrange sur la dent d'or : De aiireo dénie maxillari piieri silesii, utrum ejiis générât io naturalis fuerit (Lipsiae, 1595, in-8"; en allem., ibid., 1596, in-8°). L. H.n.
Horst (Gregor.). Neveu du précédent, né à Torgau, le 5 novembre 1578, reçu docteur à Bâle en 1606, et nommé la même année professeur de médecine à Wiltemberg, puis en 1608 à Giessen,avec la charge de médecin du landgrave de Hesse; enfin, en 1622, il devint médecin pensionné à Ulm, où il mourut le 9 août 1656, laissant une foule d'écrits académiques. Le meilleur, quoique le moins connu, de ses ouvrages, a pour titre : Kurlze nothwendige Berichte. Erstens von den Urschlechten oder Kindshlaltern wie auch Masern, Rôteln, Rotesucht oder Kindsflecken. Zum Anderen auch von der Roten Ruhr, zum
Dritten von der in anno 1622 einreisenden neuen Hauptschivachheit.
Zum Vierdten wie man sich in einreissenden Pestzeiten zu verhalten habe. Giessen, 1624. La plupart de ses ouvrages furent réunis dans Opéra omnia, Norimbergae, 1660, in -fol. ; Gouda (Hollande), 1661, 2 vol. in-4«. La célébrité de Horst était telle qu'on l'appelait « l'Esculape de l'Allemagne. » 'L. Hn.
Horst (Johann-Daniel). Fils du précédent, né à Giessen, le 14 octobre 1616, reçu docteur à Tubingue en 1636, nommé professeur à Giessen et médecin du landgrave en 1637, médecin pensionné à Francfort en 1665, mourut dans cette ville le 27 janvier 1685. Il a publié entre autres : Positionum anatomicaruni décades X. Marburgi, 1658, in-4''. — Anatome corporis humani tabulis comprehensa, ibid., 1659, in-4*'. — Anatomia oculi, ibid., 1641, in-4°. —
'456 HOUBLON (botanique).
Decas observatiomim... anatomicanim.i'rtincoL , 1656, in-4''. Il décrit en outre les eaux d'Ems, de Tormisten, de Sclnvalbach et de Selters. L. Hx.
noRTELOUP (Be>j.-Jean-Fulge>ce). Médecin français, né à Dieppe en 1801, mort à Paris en septembre 1872. Reçu docteur en 1828 (Opérations du croup chez l'adulte, thèse de Paris, 1828, in-4°), médecin des hôpitaux au concours en 1851, il fut médecin de l'institution de Sainte-Périne et médecin par quartier du roi. Entre autres il a publié des mémoires Sur le renversement de Vntérus après l'accouchement [Répert. gén. d'anat., etc., 1826), Sur la nonrégénération des nerfs de lavie animale {Journ. conn. méd.-chir., 1855), Sur la vaccine développée chez les personnes inoculées (ibid.), etc. L. Hn.
UORTEKSIA. Voy. Hydrangea.
noS/tCK (David). Médecin américain, né à New-York, le 31 août 17G9, mort dans cette ville le 22 décembre 1855. Il fut reçu docteur à Philadelphie en 1791, et après un voyage en Europe devint professeur de botanique au Columbia Collège (1795), puis en 1797 professeur de matière médicale, et en 1807, lors de la création du Collège des médecins et des chirurgiens de l'Etat de New-York, professeur de chirurgie et d'accouchement à cet établissement, où il prit liiialement la chaire de médecine et de clinique. Hosack s'occupa beaucoup de fondations hospitalières, de police médicale, etc.; il fut en outre un écrivain très fécond, dirigea des journaux de médecine, y inséra des articles, etc. Nous nous bornerons à citer de lui :
1. A Syslem of Practical Nosology, etc. New-York, 1818, in-8°; 2' édit., ibidem, 1821, in-8°. — II. Essays on Varions Subjects of Médical Science. New-York, 1824-1850, 5 vol. in-8°. — III. Lectures on tite Tlieory and Praclice of l'hysic, etc. Pliiladelpliia, 1858, gr. in-S». L. Ils.
HOSPICES. Voy. IlôriT.u'x.
HOTTEXTOTS. Voy. Caffres,
noL^BLOiV [Humulus L.). § I. Botanicjue. Genre d'Ulmacées, de la série des Cannabinées, qui a des Heurs dioïques, analogues à celles des Chanvres. Les mâles ont 5 sépales et 5 élamines superposées, mais leurs liiets staminaux, au lieu de demeurer dressés, sont grêles et pendants, et leurs bractées florales femelles, ainsi que les bractéoles, considérées comme des stipules connées enveloppant la fleur, s'allongent plus ou moins autour des fruits. Ceux-ci sont des achaines dont la graine descendante contient sous ses téguments un embryon dépourvu d'albumen, à radicule ascendante et incombante aux cotylédons trèsdéveloppés et enroulés en spirale l'un sur l'autre. Les deux ou trois espèces connues de ce genre sont des plantes herbacées et vivaces, à rameaux annuels et volubiles, à feuilles opposées, 5-7-fides, accompagnées de stipules interpétiojaires et connées. Toutes leurs parties sont rudes, scabres, odorantes. Leurs fleurs mâles sont disposées en grappes lâches de cymes, et leurs fleurs femelles sont, ainsi que leurs fruits, rapprochées en capitules pédoncules (cônes), à nombreuses bradées étroitement imbriquées, dans l'aisselle desquelles les fleurs
HOUBLON (emploi médical). 457
sont géminées. Les Houblons, aujourd'hui cultivés dans les deux mondes, sont originaires de l'Europe et de l'Asie tempérée.
Noire espèce commune est VHumulux Lupuhis L. C'est une plante vivace, dont la souche épaisse porte des racines adventives et produit tous les ans des rejets ou rameaux aériens qu'on mange dans quelques pays du nord en guise d'asperges. La partie employée en médecine et pour aromatiser la bière est le cône, c'est-à-dire l'inflorescence femelle parvenue à maturité. C'est un court épi (2, .j centimètres de long sur 1 1/2, 2 de large) de cymes unipares, à petit axe principal et rachiforme, comprimé, à sailhcs alternatives, distique, qui supportent les fruits proprement dits. Ceux-ci sont accompagnés de deux sortes de bractées, membraneuses, veinées-réticulées, à nervation flabellée à la base. Les unes sont symétriques, et les autres, insymétriques inférieurement, présentent d'un côté un repli dans la concavité duquel se trouve un achaine (assez souvent avorté) induvié, à péricarpe mince et fragile, entièrement rempli par la graine. L'achaine est lenticulaire (large d'environ 5 millimètres). C'est son induvie et la base des bractées insymétriques qui donnent au cône du Houblon son arôme, et celui-ci est dû à la présence sur ces parties de petits corps à peu près globuleux, d'un beau jaune, auxquels on a donné le nom de lupulin. Chacun d'eux est une glande superficielle, monocystique au début et finalement polycystique. Supportée par un un court pédicelle, elle est cupuliforme, et ses parois sont formées de nombreux phytocystes dont la concavité fabrique un liquide huileux et jaunâtre, contenant à la fois une essence odorante et un principe amer, la lupuline. A mesure qu'il sort des phytocystes qui l'ont produit, au travers de leur paroi supérieure, le liquide soulève la cuticule dont la paroi concave de la cupule est tapissée et, s'accunmiant au-dessous d'elle, la distend de façon qu'elle forme un dôme sur la membrane duquel se trouvent imprimées les parois des phytocystes composant la cupule inférieure. En faisant absorber certains liquides, principalement de l'eau alcalinisée, aux glandes du lupulin encore concave, on détermine artificiellement le soulèvement de la cuticule supérieure et elle peut même, dans ce cas, se déchirer pour laisser échapper les liquides contenus dans ce petit appareil.
H y a au Japon deux Houblons, 1'//. japonicus S. et Zccc, et VH. cordifolius MiQ., qu'on dit usités dans le pays. IL Bs.
Bibliographie. — L., Gen., n. 301. — Juss., Gen., 404. — Lasik, lUustr., t. 815. — Neij, Geii. FI. gerni., 11,31. — Spach, Suit, à Buff., XI, 53. — E.ndl., Gen., n. 1891. — Gcib., Drog. sitnpl., éd. 7, II, 333. — JIér. et db L., Dict. Mat. méd., III, 5^0. — Payer, Leç. Fam. nat., 109. — Berc et Schji., Darst. off. Gew., t. -21 b. — A. DC, Prodr., XVI, I, 29. — Bentl. et Trim., Med. plant., IV, n. 250. — Rosekth., Syn. pi. diaphor., 202. — H. Bn, Hist. des pi. , VI, 162, 182, 216, fig. 157-145; Tr. Bot. méd. phanér., 1001, fig. 2810-2818. H. Bn.
§ H. Emploi médical. Sy.nonymie : anglais, Common Hops; allemand, Hopfen; italien, lupolo; espagnol, lupido. Les cônes des fleurs femelles du houblon et le lupulin, poussière jaune qui se détache de leurs écailles, sont employés depuis un temps immémorial dans l'alimentation et la thérapeutique. Au huitième et au neuvième siècle, comme le rappellent MM. Fluekinger et Hanbury, à la page 529 de leur histoire des drogues végétales, on cultivait ce végétal pour récolter ces produits, et un manuscrit anglais de 1050, l'Herbarium, mentionne les propriétés amères du houblon.
1° Matière méoicale. Les cônes de houblon du commerce sont constitués
438 HOUBLON (emploi médical).
par les strobiles arrivés à leur complet de'veloppement et formés eux-mêmes par des écailles imbriquées, chacune de ces dernières recouvrant deux fleurs.
Desséchés, ces cônes présentent une coloration verdùtre, exhalent un arôme agréable et possèdent une saveur à la fois amère et aromatique. Ils laissent échapper une poussière jaunâtre, le Uipulin, A la longue, ces cônes s'altèrent, deviennent brunâtres, et prennent une odeur désagréable d'acide valérianique.
Le liipulin est constitué par des grains verdàtres à l'état frais et jaunes à l'état sec. La nature de ces grains fut reconnue par Loiseleur-Deslongohamps, en 1819, et A. Weis (de New-York), eu 1820. Planche les étudia, puis Chevallier et d'autres établirent qu'on pouvait substituer leur emploi à celui des cônes de houblon.
Le lupulin, ou poudre formée par ces grains, possède une saveur aromatique et amère, est lentement humecté par l'eau et instantanément par l'éther et l'alcool. Le lupulin brîile avec une flamme éclatante, et, trituré, se réduit en une masse de consistance emplastique.
Au microscope, ce grain est formé de petites glandes constituées elles-mêmes par un sac contenant un liquide jaunâtre. Trécul et Méhu l'ont étudié, l'un en 1814, dans les Annales des sciences naturelles, l'autre dans une thèse soutenue à Montpellier en 1817, sous la rubrique de Étude du houblon et du lupulin.
Composition chimique. Les cônes de houblon contiennent, en plus du lupulin, les principes immédiats suivants : acide tannique 5 à 5 pour 100, suivant la provenance, de la chlorophylle, de la gomme, 2 à 15 pour 100, de l'eau, des sels, parmi lesquels les sels de potassium sont les plus abondants, et une résine soluble dans l'alcool, dont la proportion, d'après Siewert, serait d'environ 9 à 18 pour 100. De plus, les recherches de Personne, "Wagner et Lernier, y ont fait constater l'existence de la cire et d'une huile essentielle. Tous ces produits existent dans le lupulin.
h' acide tannique des cônes de houblon aurait pour formule : C^^H^'O'^, d'après Etti, mais Wagner le regardait comme de Yacide morintannique.
Vhuile essentielle est constituée par un mélange de valérol et d'un hydrocarbure isomère de la bornéine. C'est donc au premier de ces produits que les cônes de houblon empruntent leur odeur, et non pas, comme le pensait Personne, à la présence de l'acide valérianique. Cette huile a pour formule : C-^H'^0-. Elle possède une couleur verte et une faible densité qui la fait surnager au-dessus de l'eau.
La cire serait un palmitate myricylique, d'après Lernier.
La matière colorante présenterait de grandes analogies avec le quercitrin.
Enfin le houblon et le lupulin contiennent divers principes qui, au reste, sont assez mal définis : la lupulite qui en est le principe amer, la lupuline de Guesmayer et un principe cristallisable étudié par Lernier.
La lupuline, qui a été décrite par G. Pelletan, est blanche, jaunâtre ou rougeâtre suivant les échantillons. Elle ne cristallise pas, n'exhale aucune odeur, et possède l'amertum.e du houblon. Modérément soluble dans l'eau, l'alcool et l'éther, elle résiste aux alcalis et aux acides étendus, et contient une faible quantité d'azote. Elle aurait pour formule : C^^fP^O", et des analogies avec l'absinthine.
Le principe cristallisable, isolé par Lernier, possède des réactions acides, et se combine avec les bases pour donner des composés représentés par la for-
HOUBLON (emploi médical). 459
mule : M\C^^H-^0. L'eau n'en précipite pas les solutions alcooliques, mais l'éther, le chloroforme, le sulfure de carbone et les essences, le dissolvent.
Dans ces derniers temps, Wiliamson et Springmulh crurent isoler du houblon un autre principe : l'hopéine, que M. Grasset a étudié, le produit jiossédunt des propriétés narcotiques spéciales, comme nous l'avons fait remarquer, en 1885 et 1886, dans l'Union méd., n'est autre qu'un extrait de lupuliii obtenu par le pétrole. Cette hopéine brune diffère donc d'une autre substance dont certains médecins anglo-saxons ont vanté les mérites au même titre que ceux de la morphine. Les échantillons de cette hopeine blanche que nous avons examinés avaient les réactions de la morphine. On était donc en droit de se demander avec M. Dujardin-Beaumetz si cette hopéine blanche n'est pas une sophistication de la morphine.
2" Falsification dd houblon et du lupulin. Le houblon a été l'objet de deux falsifications. L'une consistait à vendre du houblon épuisé pour du houblon neuf. Cette fraude se reconnaît, d'après Chevallier et Ëaudrimont, à la pauvreté des échantillons en extrait sec. L'autre consiste à livrer au commerce du houblon dépouillé de lupulin. Enfin, sous le nom de houblon soufré, on a pu enlever aux houblons anciens et bruns leur odeur de moisi et leur donner une couleur plus pâle à l'aide de l'acide sulfureux. Cette fraude se décèle au moyen des réactions de l'acide sulfhydrique et par un procédé que Chevallier et Baudrimont exposent en détail à la page 610 de la sixième édition du Dictionnaire des falsifications alimentaires. Le lupulin contient souvent des substances pulvérulentes. La plus grossière des falsifications consiste à le mélanger avec du sable.
3° Propriétés physiologiques du houblon, du lupulin et de leurs dérivés. Il y a longtemps que l'on a observé l'influence narcotique et stupéfiante du houblon réuni en grandes masses sur les ouvriers qui le manipulent dans les magasins. Pereira déclare que la stupeur peut être produite par le séjour prolongé dans ces magasins : elle est précédée de vertiges ou d'éblouissements et suivie d'un sommeil profond. Dans quelques cas, cités par d'anciens auteurs, ces phénonomènes auraient abouti à l'asphyxie et se seraient terminés par la mort .
Le lupulin agit sur les centres nerveux. Après son ingestion à doses suffisantes, la tète deviendrait lourde et, d'après Debout et Magendie, éprouverait une tendance au sommeil. C'est un sédatif qui agit tout autant sur la moelle épinière que sur le cerveau, dont il diminuerait l'excitabilité : d'où sa réputation comme réfrigérant et anaphrodisiaque.
L'hopéine brune, la seule que nous ayons expérimentée sur les animaux, provoque aussi la stupeur, le sommeil et une notable diminution de la sensibilité à la douleur. Mais ces effets physiologiques sont atténués. A ce point de vue il existe entre elle et la morphine une telle différence d'effet, qu'on ne s'explique guère comment on a voulu en faire un succédané de cette dernière substance.
4° Usages et action thérapeutique du houblon et du lupulin. Ives, Barbier, Debout, Zambaco, Richard, Bazin et la plupart des auteurs classiques, considèrent le houblon comme un tonique et un sédatif. En outre, et avant eux, les anciens médecins le recommandaient tout à la fois comme apéritif ou pcptique, dépuratif et anthelminthique. De ces vertus deux seules subsistent, celles d'être un tonique amer et un anaphrodisiaque.
Comme tonique il est d'un usage populaire contre le lymphatisme et la scro-