Carreau émaillé
La porosité de chaque substance varie du reste suivant son degré d'humidité, que cette humidité provienne du sol, du dehors (pluies) ou du dedans (vapeur d'eau de la respiration). Le mortier est assez perméable quand il est sec, l'est beaucoup moins quand il s'humecte ; le béton et le ciment deviennent tout à fait impermédbks aux gaz par un séjour prolongé sous l'eau. Hudelo a constaté que les murs mouillés ne laissent passer que de 4 à 5 dixièmes de l'air qui peut les traverser à l'élat sec (Ptclet, Traité de la chaleur, 5*^ éd., t. 1, p. 254); Geneste et Ilerscher, se servant du même appareil que Hudelo, n'ont fait que confirmer ces résultats en variant et en multipliant les expériences.
Variable suivant la direction du vent et les différences de température extérieure et intérieure, celle ventilation de porosité, qui en somme peut être avantageuse pour les habitations privées, ne saurait être utilisée quand il s'agit d'hôpitaux. Non-seulement les murs donnent passage aux gaz de l'air, mais les substances volatiles éliminées par les êtres vivants et malades imprègnent à la longue les murailles, s'y accumulent, s'y multiplient même et, suivant le sens du courant qui s'établit dans leur épaisseur, elles s'échappent à Textérieur ou viennent se dégager dans l'intérieur et y apportent les germes infectieux qui trouvent dans l'atmosphère des salles un milieu favorable à leur développement. Humides pendant l'hiver et le printemps, les murs commencent à devenir secs avec les premières chaleurs ; à ce moment le mouvement de diffusion de l'air de l'extérieur vers l'intérieur doit s'affirmer davantage, et l'on ne peut s'empêcher de trouver une corrélation entre ces phénomènes de thermo-diffusibilité (Mergel) et l'explosion habituelle des maladies infectieuses pendant le second trimestre de l'année (Layet, Porosité des matériaux de construclion au. point de vue de iliygi.ène [Revue d'hijgièue et de police sanitaire, 1881, p. 461J).
Les enduits imperméables appliqués sur les deux faces des murailles permettent de supprimer totalement ces échanges gazeux entre l'intérieur des bâtiments et l'air extérieur. Au Congrès d'hygiène de Bruxelles, en 1876, Cacheux a spécialement conseillé de recouvrit- les murailles des salles de plaques de faïence ou de tôle, et le docteur llerpain voudrait [Bapport, p. 2l8) que les murs, les plafonds, fussent peints à l'huile et enduits de plusieurs couches de
vernis copal, « afm d'être imperméables et de ne pas devenir le réceptacle de ifermes conlasieux ». En recouvrant les murailles à l'extérieur d'un enduit silicate et à'I'iuléiieur d'une couche de stuc, de ciment, on se met à l'abri de ces d;mgers. Thomas Giiffitbs, de Silverdaic (Angleterre), a proposé un liquide pétrifiant composé d'une solution de silice provenant d'un sile\ du pays de Galles, exploité par une compagnie de Londres et de Liverpool, sous le nom de Silicate Point Company, et qui se compose de 79 pour 100 de silex pur, 15 pour lOO (l'eau, ô pour 100 d'oxyde de fer, i pour 100 d'aluminium et 1 pour 100 de magnésium. Ce liquide est avantageusement mis en usage dans les hôpitaux d'Angleterre [Congrès international d'iiygiène de Paris, 1878, t. I, p. 577).
Mais il importe de faire remarquer, avec M. Emile Trélat, que, en tant qu'enduits imperméables, les silicatisations sont impuissantes sur les matériaux pauvres, et qu'elles ne sont eflicaces que sur les bons matériaux, c'est-à-dire sur ceux qui n'en ont pour ainsi dire pas besoin. A ce point de vue, les briques vernissées, les carreaux émaillés, le stuc ou la peinture à l'huile, leur sont infiniment préférables. Ces divers enduits peuvent être soumis à de fréquents lavages et l'eau de condensation qui se dépose à leur surface, en tenant en dissolution des matières organiques, ne saurait les pénétrer. Comme il est très-facile de la faire disparaîtie, il laut voir dans ce fait plutôt un avantage qu'un inconvénient.
Pour remplacer les bâtiments massifs, on songea tout d'abord à construire les pavillons avec des matériaux légers, le bois en particulier, mais on ne tarda pas à |ienser qu'il serait avantageux de substituer au bois des matériaux incombustibles, imperméables et imputrescibles, tels que le ciment, les briques et le fer, ainsi qu'on le pratiquait déjà pour des constructions industrielles. La commission anglaise {Commission appointée for improving the sanitary Condition of Barracks and Hospilals, 18bl) avait déjà conseillé de construire des murs creux, l'espace laissé vide — vrai m;itelasd'air — devant servir d'écran thermique, et dans notre pays cette pratique fut suivie pour la première fois en 1867, à l'hôpital de Berck-sur-Mer, par l'architecte Lavizzari. Ce mode de construction a été presque exclusivement adopté depuis plusieurs années en Angleterre.
Un ingénieur français, M. Tollet, appliquant toutes ces données, eut recours de plus pour les pavillons à la forme ogivale, qui a l'avantage de supprimer tous les angles intérieurs oii les poussières s'accumulent et de donner le maximum d'espace cubique ; à dimensions égales, la forme ogivale donne un cube d'air supérieur d'un sixième environ. En outre, d'après M. Tollet, l'ogive serait préférable aux autres formes courbes (circulaire, elliptique ou à anse de panier), parce qu'elh' exerce moins de poussée et permet, sans assemblages spéciaux, l'adaptation directe de la couverture ; elle permet également de donner à cette couverture une direction à peu près parallèle à l'extrados de la voûte, tout en s'en rapprochant d'après lui de plus en plus vers le faîtage pour diminuer l'épaisseur du matelas d'air, ce qui doit favoriser beaucoup la ventilation naturelle. Les avantages de l'ogive, signalés par M. Tollet, sont loin d'être tous incontestables. On ne saurait tout d'abord admettre avec lui qu'en substituant l'ogive au plein cintre (style romian) les architectes du moyen âge eurent en vue autant l'aération que l'élégance de la forme des monuments ; les préoccupations hygiéniques deviiieut jouer un rôle bien effacé à cette époque. Si la forme ogivale . permet d'englober sur un espace donné un plus grand vulume d air que toute autre forme de construction, elle tend à faire négliger l'étendue eu surface.
Elle supprime, il est vrai, les angles morts, mais cet avantage peut être obtenu avec d'autres dispositions architecturales. Les pavillons ogivaux se prêtent mal aux divisions intérieures, soit pour les locaux accessoires des salles, soit pour les chambres à 1 ou 2 lits, destinées aux malades graves. On est dans ces petites pièces obligé, pour pouvoir les chauffer et par conséquent les rendre habitables, de plafonner : à l'hôpital militaire de Bourges, on a ainsi disposé le pavillon des officiers où des chambres ù un lit débouchent sur un couloir central forcement mal éclairé. Les châssis mobiles pratiqués dans la toiture en se rapprochant du faîtage ne peuvent qu'être d'un mouvement difficile et leur fonctionnement, s'il n'est pas convenablement réglé, peut devenir une cause de refroidissement pour la salle. La réduction de la couche isolante entre la voûte et la toiture, si elle peut favoriser la ventilation naturelle, a pour fâcheuse conséquence de ne pas mettre suffisamment à l'abri des influences extérieures : les pavillons s'échauffent trop en été, et pendant l'hiver, pour obtenir une température intérieure suffisante, on est obligé de consommer des quantités énormes de combustible. Ce sont là des faits qui, depuis plusieurs années, ont pu être constatés à riiopital militaire de Bourges. Poin' remédiera ce grave inconvénient on a dû appliquer sur l'ogive, comme à Saint-Denis, un toit à plans inclinés, et pour obtenir encore plus de résistance contre les influences extérieures on a, au Havre, par exemple, enfermé toute la construction courbe dans une autre limitée par des surfaces planes. Un matelas d'air de plus de 1 mètre doit exister entre l'ogive et le surtoit. — Quoi qu'il en soit, le système de construction ïoUet, susceptible de modifications, d'améliorations de détail, paraît devoir être adopté pour les nouveaux hôpitaux.
Nous empruntons à M. H. Larrey [Note sur le système de logements et d'hôpitaux mcombustibles de forme ogivale^ ToUet Comptes rendus de V Académie des sciences, \" octobre 1875 ), et à M. Ilillairet [Nouveau système de constructions de M. l'ingénieur Tollet [Galette hebdomadaire, 1870, p. 260]), les détails qui suivent sur le mode de construction de ces pavillons.
Chaque pavillon ogival, d'une longueur de 40 à 50 mètres au maximum, d'une largeur de 8 à 10 mètres et présentant une hauteur de 7 à 7"^, 50, à sa partie moyenne correspondant au sommet de la voûte ogivale, est surélevé du sol. Le plancher, appuyé sur un massif de béton qui repose lui-même sur un remblai en scories de forge ou sur un sable caillouteux, se trouve ainsi mis à l'abri de toute influence hygrotellurique.
On a pensé à remplacer le sous-sol complètement clos par un soubassement ouvert en élevant les pavillons sur des piles isolées en briques ou en meulière : c'est ainsi que l'architecte du nouvel hôpital Saint-Denis, M. Laynaud, a procédé, et les sous-sols à ciel ouvert, non-seulement permettent à l'air de circuler tout autour des bâtiments, mais ils servent à l'installation des calorifères dont les conduits d'air chaud circonscrivent presque complètement l'aire des pavillons. Ces sous-sols à l'hôpital Saint-Denis sont en outre parcourus par un chemin de fer et des wagonnets transportant des bâtiments administratifs à chacun des pavillons, les aliments, les médicaments, les objets de pansement, la lingerie, etc. Une disposition analogue doit exister au nouvel hôpital Saint-Éloi (de Montpellier) ; les sous-sols ne doivent pas y avoir moins de 2'", 10 de hauteur, les balayures des salles y seront jetées au moyen de trappes fermantes dans des caisses appropriées, le linge sale y arrivera de même dans des chariots d'attente, enfin un couloir absolument distinct y permettra l'enlèvement sans odeur des
HOPITAUX. o51
tinettes, des water-closets. Au Havre, les pavillons du nouvel hôpital sont établis sur un soubassement élevé dans lequel on a établi des promenoirs, des salles de lecture et de récréation, des magasins, les calorifères, etc. Il en est de même à l'hôpital civil de Bône. A la nouvelle clinique chirurgicale de Buda-Pest, deux gros cylindres eu fonte partent de même des salles de malades et aboutissent au sous-sol ; leurs ouvertures largement béantes se trouvent au niveau du parquet et reçoivent l'une le linge sale, l'autre les balayures.
Les parois des pavillons Tollet consistent en nervures ogivales en fer double T placées dans des plans verticaux et scellées dans des piles en béton ou eu pierre de taille. Ces nervures, généralement espacées de i'",50 et qui constituent l'ossature de la construction, sont reliées entre elles transversalement par un faîtage composé de tringles en fer boulonnées et formant entretoisos. Le remplissage entre les nervures est en briques pleines cuites, hourdées en mortier de ciment, sur une hauteur de 2 mètres, doublées à l'intérieur d'un revêtement on briques creuses qui viennent ajouter à la paroi un véritable matelas d'air.
La partie supérieure de l'ogive est en briques creuses revêtues intérieurement de plâtre. Entre la couverture et le coffrage existe un matelas d'air de 0'",20, et cette couverture est composée de tuiles plates de Montchanin, accrochées sur des liteaux en fer conoïde boulonnés eux-mêmes sur les arceaux qu'ils contribuent à entretoiser. L'épaisseur des parois de ces constructions qui ont une grande solidité est seulement de 15 à 22 centimètres. Le mode de coffrage des parois a déjà été plusieurs fois modifié. A Montpellier, il doit se composer d'une double rangée de briques creuses, posées à plat, unies en même temps que séparées par une couche médiane de ciment (Em. Berlin, Le nouvel hôpital Saint-Éloi, p. 29). M. Tollet a proposé encore d'autres coffrages : on peut les former avec trois épaisseurs de briques pleines ou creuses, placées de champ, ou bien avec deux épaisseurs de briques pleines embrassant une épaisseur de briques creuses placées également de champ ; on peut encore les former avec des briques pleines placées de champ et avec des briques panneresses, en ménageant dans l'intervalle de ces deux parois un intervalle de 55 millimètres oij l'air circule en toute liberté. Enfin, on peut les composer de deux parois en briques pleines séparées par un espace de 15 à 20 centimètres communiquant avec le soussol et la partie supérieure de la voiîte de l'ogive de manière à former une large couche d'air circulant librement. Cette dernière disposition d'après l'auteur permettrait de laver en temps opportun l'intérieur même de la paroi en projetant par la partie supérieure de l'eau qui s'écoulerait soit dans une excavation placée au-dessous du sol du pavillon, soit tout simplement dans le sous-sol, mais elle aurait l'inconvénient d'entretenir une certaine humidité autour des pavillons, et les autres dispositions plus simples et moins coûteuses atteignent parfaitement le but qu'on se propose d'obtenir : enfermer une couche d'air dans la paroi, afin de maintenir en toute saison un équilibre convenable entre la température extérieure et la température intérieure.
Les galeries placées latéralement aux salles de malades et formées par la prolongation du toit rendent d'énormes services. Elles permettent d'y placer des lits pendant la belle saison, de faire reposer les salles et d'y pratiquer des châssis d'air. Cependant on peut leur reprocher d'obscurcir les salles et de faire obstacle à la circulation de l'air de bas en haut ; mais il est possible de parer à ces inconvénients par l'emploi de larges chattières d'aération placées en grand nombre au niveau de la jonction du toit avec les murs latéraux et notamment au
droit de chaque croise'e. — Dans ces pavillons, l'aération naturelle et l'éclairage sont assures par de nombreuses et larges ouvertures. A Bourges, chaque pavillon possède 14 fenêtres à deux ventaux, situées à l'opposite et présentant 1™,20 de largeur sur 2"', 10 de hauteur; la surface vitrée atteint 2"«i,40 par lit. Ces fenêtres pourraient avec avantage être agnmdies, s'abaisser jusqu'au parquet et être transformées, en partie au moins, en portes-fenêtres avec imposte ouvrant à soufflet. A Montpellier, chaque pavillon doit présenter 7 croisées sur la façade postérieure, autant de portes-croisées sur celle de devant et deux rosaces aux extrémités longitudinales, sans compter les portes qui ouvrent sur le passage transversal : ce qui représente pour l'entrée de l air et de la lumière une surface totale de 57 mètres carrés, soit par lit plus de 2 mètres carrés.
VU. Superficie et cubage des salles. Pendant longtemps, méconnaissant l'importance de la surfiice dévolue à chaque malade, on crut pouvoir sans inconvénient augmenter la hauteur des salles d'une façon démesurée pour obtenir un cubage de place plus considérable. Ainsi que le font remarquer Wiel et Gnelim {Handhuch der Hygiène. Karlsbad, 1878), si lair n'est pas renouvelé assez rapidement dans un espace clos habile, les produits de l'expiration, portés d'abord vers les courbes supérieures, ne tardent pas à se répandre dans toute la masse aérienne et, du moment qu'on ne peut élever indéfiniment la hauteur des étages, il y a lieu d'assurer une large surface en même temps qu'un espace cubique suffisant à chaque malade. Deluc insista vivement sur ce point au Congrès de Bruxelles et on peut dire avec Tollet — quia cependant trop sacrifié à la hauteur — que le cube d'air d'une salle doit résulter de ses trois dimensions convenablement coordonnées entre elles. AViel et Gnehm proposent de donner 10 mètres carrés par lit dans des salles d'hôpital ayant une hauteur de 5 à 6 mètres, ce qui fournit par individu un espace cubique de 50 à 60 mètres. Commentant des expériences de Wood et de Cowles [Report on the State Board of Health. Massachusetts, 1879) , de Ghaumont a établi qu'au-dessus de 4 mètres le mouvement atmosphérique est faible ou nul, si ce n'est auprès des ventilateurs : l'espace supérieur à cette hauteur devient de peu d'utilité. Une hauteur excessive augmente le prix des constructions, ainsi que la dépense en chauffage, rend les soins de propreté plus difficiles et dans une certaine mesure gêne la ventilation (Encyclopœdla Britannica, 9"' Edition, art. Hospitai.s). Douglas Gallon et le docteur Sulherland (Principîes of Hospital Construclion. In The Lancet, 1874), estiment de 90 à 100 pieds carrés et 1400 pieds cubes l'espace et le cube qui doivent être alloués pour chaque lit dans un hôpital. Lincoln (de Boston) estime avec Billings (|ue 1000 pieds cubes (environ 28 mètres cubes) sont le minimum que l'on puisse allouer. Au Congrès d'hygiène de Bruxelles (Annales dliygiène, t. XLIX, p. 258 et 245, 1855), on n'exigea que 18 à 20 mètres, et H. Larrey en 1862, à l'Académie de médecine, fixait à 50 mètres cubes le minimum d'espace qui devait être fourni à chaque malade, en répétant à tort ijue la capacité cubique et non la superficie devait indiquer et fixer le nombre de lits à placer dans une salle, t. Degen [Bau der Krankenhâusern Miinchen, 1862) demandait, avec une salle ayant une hauteur de plafond d'au moins 4"',80, 55 mètres cubes par lit: c'était le chiffre qui avait déjà été fixé par Tenon. Richardson [Sanitary Review, juillet 1866), dans un article sur l'hygiène hospitalière, demandait 1500 pieds cubes, c'est-à-dire 42 à 45 mètres cubes par malade ; le général Morin en exigeait 60 mètres cubes, et
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enfin Boussingault {Revue des cours scientifiques, o'' année, n" 25, p. 577) avait cru devoir porter ce chiffre à 67 mètres cubes. Les hôpitaux civils de Paris présentent une moyenne de 45™%7 par lit (Léon Le Fort, Blondel et Ser). Les variations sont du reste fort grandes d'un hôpital à l'autre : tandis que Saint- Louis de Turin fournit 112 mètres cubes par malade, par exemple, l'hôpital de Rotterdam ne fournit que 34 mètres cubes. Le nouvel hôpital Tenon, à Ménilmonlant, fournit à chaque malade 55 mètres cubes, l'hôpital Sainte-Eugénie, à Lille, 55 mètres cubes, et le nouvel hôpital de Montpellier aura 56 mètres cubes à donner à chaque malade. L'hôpital militaire de Bourges ne fournit que 50 mètres cubes. La moyenne des hô[)itaux anglais est, suivant L. Lo Fort, de 52 mètres cubes; certaines salles de King's Collège liospital fournissent 70 mètres cubes; le nouvel hôpital Saint-Thomas, à Londres, donne 46'"%6 par lit. A Blackburn, on trouve 64"i%5 et à Boston Free Hospital 62""=, 3. A l'hôpital des princes Galitzin, à Moscou, ce chiffre s'élève à 66™<=,8.
Hœsecke a relevé de son côté [Tlieorisch pratisch Abhandlung iiber Ventilation in Yerhindung mil Ueizung. Berlin, 1877) le tarif de cubagfî de place par individu dans un certain nombre d'hôpitaux et il a trouvé les chiffres suivants :
Mf'tres cubes.
llopila\ Belhanian (Uerlin) 50, 50, 60
Hôpital la Cliarilé (Berlin) 40 à 50
Pavillon lie Lariijoisière, environ. . 30
Kpiscopal Hospilal (l'Iiiladelpliie) '0
Grand hôpital de .Milan 69
Hôpital de Wiedi/n (Vienne) 89
Hôpitaux de Turin el de Pavie 95 à 96
Hôpitaux de Florence 61
Grand hôpital de iMunirh 49
Hôpital Sainl-Jean de Bruxelles 48
L'élégant et si confortable hôpital Hertford, édifié à Levallois-Perret par sir Richard Wallace, assure de 50 à 60 mètres cubes par lit (Sansoo, L'hôpital Hertford. In Revue d'hygiène, 1881, p. 1045).
Le nouvel hôpital de Friedrichshain à Berlin, construit suivant les règles de l'hygiène moderne, fournit pour chaque lit un espace carré de 10 mètres et un espace cubique de 60 mètres (Frédéric Mouat et Saxon Snell. On Ilospitals Construction and Management. London, 1883). Ce sont là des chiffres qu'aujourd'hui on peut considérer comme suffisants et, si l'on admet que chaque pavillon d'hôpital ne doit pas contenir plus de 50 malades, avec cabinets, on arrive à en fixer les dimensions de la manière suivante : 4 à 5 mètres de hauteur, 8 à 10 mètres de largeur, 50 à 55 mètres de longueur.
Pour fixer le cube d'air individuel, il faut avoir égard au nombre de malades qui doivent se trouver réunis ; ce n'est pas proportionnellement, mais bien progressivement à ce nombre, que l'espace cubique doit être accru, si l'on veut ne pas compromettre la salubrité du milieu dans lequel les malades doivent respirer. On ne saurait poser de règle fi.xe, mais on peut adopter les chiffres auxquels s'est arrêté M. Tollet :
Mètres cubes.
Pour une salle de 1 lit 35
— 2 lits 37
— 4 lits . . 59
— 10 lits 45
— 20 lits 55
YlII. Co^sTRccTIOiS s LÉGÈRES. Baraques. Tentes. C'est après avoir constaté
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dans les grands hôpitaux massifs leur impuissance contre les influences nosocomiales que les hygiénistes pensèrent à installer les malades dans de petites constructions légères, dans des baraques, voire même sous des tentes. Ce fut la nécessité qui aux armées força de recourir à de pareilles installations, et les résultats satisfaisants qu'on eu obtint devaient amener à ne pas restreindre ce mode d'hospitalisation aux armées en campagne et a l'appliquer aux malades civils aussi bien qu'aux militaires.
Les hôpitaux-baraques ne sont pas du reste d'origine aussi lécente qu'on pourrait le croire. En 1629 et 1630, lorsque la peste désolait Montpellier, François Rauchin, qui était non-seulement chancelier de la Faculté, mais encore premier consul de la ville, fit avec succès l'expérience des baraques en bois. On lit en effet dans VOpuscule ou Traitée divers et curieux en médecine, de ce médecin (Lyon, 1640, p. 101), au chapitre xxxvi. Des ais, bois, clous pour faire des huttes : « Nous en fismes faire 100, mes compagnons et moy, lorsque « nous désinfectâmes la ville de Montpellier. Elles étaient tirées à la ligne avec « distance de 10 pas de l'une à l'autie en leur longueur et en leur largeur et « en cotte distance les rues paraissaient en droite ligne d'un col» et d'autre...; « on logea tout le menu peuple de la ville dans ces buttes où il demeura « jusqu'à ce que la désinfection fût parfaite. »
« C'est une matière à laquelle peu de gens pensent et qui me semble néant- « moins nécessaire et au général et aux particuliers. Il est tout certain que le « plus souvent les hôpitaux ni les maisons champestres ne suffisent pas pour « recevoir les malades et les infects, et il est expédient de faire des huttes et de « pierre et de bois à ceux qui ne trouvent pas de logement. »
Dans le chapitre vi du même ouvrage, ayant pour titre : Règlement politique, pour être publié dans les villes empestées, F. Rauchin dit : « L'un des consuls « aura le soing d'acheter cent douzaines d'ais et du bois et des doux pour la « construction des huttes, lesquelles il fera dresser par quelque bon maistre aux (( lieux les plus commodes pour la retraite des infects. »
Dans leurs Recherches sur les maladies endémiques, épidémiqties et contagieuse» qui ont régné à Metz et dans le pays Messin (Metz, ISey), MM. Félix Maréchal et Jules Didion reproduisent (p. 160), d'après l'histoire générale de la ville de Metz, que faisaient les religieux bénédictins, les détails suivants sur la peste de 1681 : « U y avait là oiî se voit aujourd'hui le parc ou Champ-de-Mars pour l'arlillerie, hors de la porte Chambière, quantité de petites loges de bois, dans lesquelles on conduisait les habitants dès qu'on savait qu'ils étaient infectés ; ils y demeuraient jusqu'à leur mort ou leur guérison et leurs maisons de la ville étaient cadenassées par les bannerets. Les trois ordres crurent, en 1680, que l'humanité exigeait quelque chose de plus en faveur de leurs concitoyens qui viendraient à être frappés de la peste. 11 fut convenu, d'une voix unanime, de construire à neuf la cour aux Gélines, non comme une ferme telle qu'elle était auparavant, mais de manière à pouvoir contenir commodément ceux des bourgeois qui seraient attaqués de la contagion, ce qui fut exécuté magnifiquement aux dépens de la cité. Chaque malade y avait sa petite chambre à part et tous étaient soignés avec exactitude par des personnes commises et payées par la ville ».
190 ans plus tard — pendant le néfaste siège de 1870 — on construisit sur le même emplacement un baraquement non pour les pestiférés, mais pour les victimes de la guerre ; le fléau seul était changé.
Ce fut pendant la gueri'e de Crimée que pour la première fois des tentes et des baraques furent largement utilise'es pour remplacer les hôpitaux permanents, et l'on sait les heureux résultats qui furent obtenus (Michel Lévy, art. Ambulances). Les Américains profitant de l'expérience acquise élevèrent pendant la guerre de la Sécession de nombreux hôpitaux baraqués et, grâce aux excellentes dispositions qu'ils adoptèrent, au confort qu'ils purent accorder à leurs malades et à leurs blessés, la mortalité ne dépassa jamais 8 pour 100 sous ces abris (Seifert, Schmitt's Jahrbûch., 1867). Ce fut seulement en 1808 que l'on installa dans le but de faire une étude comparative, à l'hôpital de la Charité de Berlin et à l'hôpital Augusta, une vaste baraque en bois destinée à recevoir des malades d'une façon permanente. Le lazaret-baraque, construit par le docteur G. -H. Esse [Dus BamckenLazareth der kôniglichen Charité zu Berlin, 1868), repose sur des piliers massifs qui élèvent son plancher de plusieurs pieds audessus de sol. Le bâtiment rectangulaire présente une longueur de 105 pieds enviroii et une largeur de 38 pieds; il se compose d'une salle de 84 pieds de longueur sur 29 de largeur. A chaque pignon se trouvent ménagés deux espaces de 10 pieds chacun; l'un de ces espaces, servant d'antichambre, est garni de bancs et de sièges et sert au repos des malades qui peuvent venir respirer l'air extérieur ; l'autre contient 6 lits destinés à recevoir des malades quand le temps le permet. De chaque côté du lazaret-baraque existe une galerie couverte longitudinale de 4 pieds et demi de largeur, garnie de rideaux de forte toile qui peuvent être relevés vers le toit. Les parois du bâtiment sont formées de trois couches : un plan médian est constitué par des bois de charpente entrecroisés; deux autres plans latéraux sont composés de planches disposés verticalement aune certaine distance du plan médian. 11 résulte de cet arrangement deux espaces libres, l'un extérieur qu'on remplit de briques concassées préférables à la tourbe, à la paille hachée, qui se tassent, l'autre intérieur dans lequel circule constamment une couche d'air préalablement échauffée.
Le toit, ainsi que le plancher, est formé de trois couches comme les parois latérales. Recouvert d'ardoises, il est interrompu à la partie supérieure dans toute sa longueur et surmonté d'un espace prismatique communiquant avec l'intérieur; cet espace est lui-même surmonté d'un petit toit qui se rattache à la couverture par deux cloisons verticales auxquelles sont adaptées des jalousies en verre qu'on peut ouvrir et fermer à volonté : c'est à l'ensemble de ces dispositions qu'on donne en Allemagne le nom de Reiterdach. De chaque côté du lazaret-baraque se trouvent 12 fenêtres s'ouvrant vers l'extérieur, disposition qui permet de placer en dedans des stores assez larges pour protéger entièrement les fenêtres et empêcher les courants d'air, tout en maintenant une certaine fraîcheur (G. Chantreuil, Étude sur quelques points d'hygiène hospitalière [Archives générales de médecine, octobre et novembre 18681). L'hôpital Moabit à Berlin [Baracken-lazareth), commencé en 1872, se compose de 16 pavillons en bois, posés directement sur une couche de ciment et de béton. Destiné tout d'abord à servir d'hôpital provisoire, il a été conservé comme établissement définitif.
En 1869, l'administration de l'Assistance publique fit élever dans le jardin de l'hôpital Saint-Louis un petit hôpital-baraque destiné à 8 ou 10 malades et 2 baraques d'isolement logeant chacune 2 lits, l'un pour le malade qu'il s'agit de veiller ou d'isoler, l'autre pour un convalescent. Au préalable, le sol naturel avait été enlevé et la terre végétale remplacée par des graviers et des débris de
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mâchefer -, le plancher de sapin rainé reposait solidement sur de nombreux piquets enfouis en terre : un vide de 25 à 30 centimètres avait été ménagé entre le sol et le planclier. Les parois latérales étaient formées d'une cloison simple en planches, s'élevant à une hauteur de o mètres environ ; au-dess\is celte cloison était remplacée par des châssis vitrés, basculant sur leur centre, de manière à permettre une très-large aération au-dessus du niveau des lits et de la tète des malades. Le toit était constitué par une double paroi, l'inférieure formée par des planches de sapin rainées, la supérieure par une toile à voile imperméable. Entre les deux existait un espace libre d'au moins 10 centimètres dans lequel l'air pouvait librement circuler. Dans son milieu et sur toute sa longueur, ce toit présentait un vide qui était comblé par un faux petit toit qui se prolongeait en recouvrement au-dessus du grand', en laissant toutefois une ouverture de 50 centimètres. La grande baraque à 10 lits mesurait 12 mètres sur 7"", 50 et fournissait par conséqui-nt 9 mètres carrés à chaque malade. Les petits bâtiments d'isolement avaient 5 mètres sur 5 mètres et étaient distants 1 un de l'autre de 16 mètres. Au devant de ces petites baraques existaient des galeries ou vérandahs constituées par des toiles mobiles tendues sur châssis de bois (Husson, ISote siu' les tentes et baraques appliquées au traitement des blessés. In Bulletin de l'Académie de médecine, t. XXXIV, 1869, p. 550).
La construction de ces baratjues, comme l'a lait remarquer M. Léon Le Fort [Des hôpitaux sous tente. In Gazette hebdomadaire, 1869), présentait plusieurs desiderata : la partie inférieure des parois latérales aurait dû être composée non d'une simple cloison de planches, mais d'une double couche enfermant un espace rempli d'air; de plus, la circulation de l'air entre les deux lames du toit était peu facile, car, si la toile et le bois se trouvaient séparés l'un de l'autre à l'arête inférieure du toit, ils étaient réunis à l'arête supérieure.
A Paris pendant le siège de 1870-1871 plusieurs hôpitaux sous baraques furent élevés à la liâte, à Gourcelles, à Longchamps, au Jardin des Plantes et au Luxembourg. Ce dernier, construit sous la direction de Micliel Lévy, présentait tout spécialement des conditions hygiéniques satisfaisantes.
C'est à Leipzig, en 1871, que fut construit le premier hôpital baraqué permanent destiné à remplacer un hôpital massif; l'ingénieur Dost était assisté des professeurs Thiersch et Wunderlich. La façade de cet liôpitalest formée par un bâtiment en pierres, réservé aux divers services accessoires et aux malades payants. A cet édifice se joignent du côté est, dans un vaste demi-cercle, les constructions auxquelles on a imposé la dénomination de baraques, bien que leurs parois soient fort solides; des hôpitaux-baraques américains on n'a conservé ici que la form.e spéciale du toit et les piliers des fondements. De l'angle sud-est du bâtiment principal un chemin large de 5 mètres et 1/2 conduit au raidi dans deux, à l'est dans six baraques placées les unes en arrière des autres, pendant que quatre pavillons appelés d'isolement se trouvent à une grande distance aux limites est et nord du terrain.
Chaque baraque est séparée de celle qui en est le plus rapprochée par une pelouse large de 17 mètres et un parc occupant tout l'espace compris entre la totalité des pavillons est ouvert aux convalescents. Chaque baraque forme une salle longue de 34 mètres sur 9 de large ; à la paroi, sa hauteur est de 4'°,25 ; au centre, jusqu'au faîte du toit, elle est de 6 mètres. Le plancher repose sur un soubassement de pierres de taille, haut de 2 mètres et 1/2, entre les piliers duquel l'air peut librement circuler à travers un grillage et se rendre dans les
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poêles par leur partie inférieure; ce plancher est soliJe et renferme, dons un espace ménagé entre les deux couches supérieures des planches, delà cendre de coke, dans le but d'amortir le bruit des pas. Treize fenêtres placées le long des faces latérales laissent largement pénétrer la lumière. Chaque pavillon enfin est pourvu d'une vérandah située du côté du parc.
En 1873, on a construit à Micheroux, près de Liège, surles plans du docteur Haré, un petit hôpital baraqué destiné à la colonie ouvrière des cliarbonages et qui est machiné de telle sorte qu'aux heures tièdes de la journée on peut en entrouvrir les flancs et y faire pénétrer à grands flots l'air et la lumière.
Comme intermédiaires entre les baraques et les tentes, on a mis en usage des constructions dites tentes-baraques, qui diffèrent des baraques seulement en ce qu'une partie des cloisons, au lieu d'être en bois, est remplacée par des rideaux de toile. Imaginées par Stromeyer, ces tentes-baraques furent pour la première fois employées à Kircbeilingen, àLangensalza,àTraulenau, en 1866 [Erfahrungen iiber Schusswimden im Jahre 1866). Dans un premier modèle, la paroi latérale est constituée par une cloison de planches dont la partie inférieure est fixe et dont la partie supérieure mobile peut se relever en forme d'auvent pour faciliter l'aération. Les pignons, fermés en haut par quelques planches, sont complétés par des rideaux pouvant s'écarter latéralement. Le toit est muni du Reiterdach et les lits sont placés directement sur le sol. Dans un second modèle, les parois latérales sont fermées complètement par des rideaux de toile à voile fixés par le haut, mais pouvant être relevés à volonté par le bas.
Pour faire bénéficier les malades d'un air pur et de la chaleur solaire, on pensa, à l'hôpital Bethanian à Berlin, à utiliser les terrasses, abritées par un petit toit situé aux différents étages; elles étaient adjacentes à des portes donnant sur un couloir qui permettait chaque matin, quand le temps le permettait, le transport des enfants qu'on rentrait chaque soir dans les salles.
C'est encore en Allemangne qu'on pensa pour la première fois à utiliser les tentes comme annexes des hôpitaux pour certains malades, et pour les blessés en particulier. Alors que cette pratique nous était encore inconnue, les services de chirurgie de Hambourg, Prague, Dresde, Francfort et Kiel, étaient transportés sous la tente pendant l'été. A l'hôpital de la Cliarité à Berlin et à l'hôpital Bethanian on avait installé de grandes tentes pouvant contenir jusqu'à 14 lits, et d'autres plus petites, dites d'isolement, destinées à un blessé grave et à un convalescent capable de s'occuper de son voisin. Dans les petites tentes de la Charité de Berlin, le sol était planchéié, et dans celles de l'hôpital Bethanian il n'était recouvert que d'un gros gravier. La grande tente qu'on avait élevée comme annexe à la Charité de Berlin, longue de 35 mètres, large de 7 mètres, était formée de deux toiles, l'une constituant la paroi propre de la tente, l'autre extérieure formant des stores qu'on abaisse quand le temps est beau, tandis qu'on les relève afin de garantir la galerie extérieure soit pendant la nuit soit pendant la pluie. A l'inverse des stores ordinaires, ceux-ci reposant sur le plancher de la galerie ferment en se relevant et non en descendant. Le toit de cette tente était formé par une toile gommée qui devait rendre moins facile la circulation de l'air et augmenter la chaleur intérieure.
Au professeur L. Le Fort appartient le mérite d'avoir fait installer et expérimente le premier à l'hôpital Cochin à Paris une tente-hôpital. Cette tente fut placée au milieu d'une prairie renfermée dans l'enceinte de l'hôpital. Le solléo^èrement exhaussé par l'apport de gravois de démolition et d'escarbilles reçut DICT. ENC. 4° s. XIV, 22
ensuite un lit de salpêtre battu. Dans cette tente, la charpente est constituée par 18 fermes, interceptant entre elles une travée de 4 mètres, ce qui donne à la tente une longueur de 20 mètres ; sa largeur est de 3 mètres. Chaque ferme est disposée de la façon suivante : un poteau carré de bois de sapin de 10 centimètres d'épaisseur et de 2™, 25 de hauteur au-dessus du sol, dans lequel il s'enfonce de 50 centimètres, donne attache à un arbalétrier formé par une forte planche de 4'", 80 de longueur s'entre-croisant en X au niveau du faîte avec celle du côté opposé; ces deux branches supérieures de l'X très-courtes servent à donner point d'appui pour le faux toit ou lanterne. Chaque ferme est réunie à sa voisine par une planche de 4 mètres de long sur 15 centimètres de largeur et 94 millimètres d'épaisseur, posée de champ et formant le faîte. Une seconde traverse, beaucoup plus mince, forme l'arête inférieure du toit et marque l'endroit où la toile se réfléchit pour former la paroi latérale. Entre chaque albalétrier quatre lames de bois viennent compléter le toit et soutenir la toile. Les toiles sont disposées de la façon suivante : la toile extérieure colorée en vert clair par son immersion dans le sulfate de cuivre est en coton et imperméable à l'eau, tout en restant perméable à l'air. Le faux toit est formé par une bande de toile retombant verticalement sur les côtés jusqu'au niveau du toit, mais relevée de distance en distance pour permettre la libre sortie de l'air. La toile qui forme le toit est divisée en deux parties : l'une pour le côté droit, l'autre pour le côté gauche. Elles ne se rejoignent pas au niveau du fdîte, mais sont séparées par un intervalle de 15 centimètres. A ce niveau, elles sont complétées par des sangles munies de boucles, sangles qui passent au-dessus de la pièce de faîte, de sorte que les toiles, tout en étant solidement maintenues, permettent, grâce à cet écartement, une large aération. De là elles descendent jusqu'à l'arête inférieure du toit où elles s'attachent au moyen de sangles cousues sur leur face inférieure à la barre horizontale qui existe à cet endroit. Le bas de la toile qui arrive jusqu'à terre, est garni de distance en distance d'anses de cordes dont on peut faire varier la longueur et qui vont s'attacher à des crochets vissés dans une pièce de bois scellée dans le sol. La toile intérieure blanche est formée de deux parties distinctes : l'une constituant le plafond, l'autre les parois latérales; à partir du centre du plafond, la toile s'étend d'abord horizontalement, puis elle descend obliquement le long des arbalétriers jusqu'à la base du toit où elle se termine. La fixité est très-simplement obtenue au moyen de cordes ou de fils de fer allant d'une extrémité à l'autre de la tente et passant dans une série d'anneaux cousus à la face supérieure et externe de la toile. Au centre, les moitiés droite et gauche ne se joignent pas et laissent une fente de 10 centimètres de large pour la sortie de l'air intérieur. Les parois latérales sont disposées en forme de rideaux glissant sur des tringles de fer. Lorsque le temps est beau, la toile extérieure, dans la partie qui forme les parois latérales, se relève horizontalement au moyen de bâtons fichés dans le sol et maintenus par des cordes de tension; elle constitue alors une galerie couverte sous laquelle les malades peuvent s'asseoir, se promener, et qui protège du soleil l'intérieur de la tente. Pendant la chaleur du jour les rideaux intérieurs sont largement ouverts et les malades sont tout à fait en plein air, non plus sous une tente, mais sous un vaste pfirasol. Grâce à l'écartement considérable qui existe entre le toit et le plafond intérieur, les rayons solaires ne parviennent pas à élever la température intérieure, et pendant la nuit la couche d'air interposée dans l'écartement des deux toiles empêche le froid de se faire sentir. L'absence de
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fenêtres ou d'ouvertures en tenant lieu pourrait laisser craindre qu'il ne règne dans la teate une demi-obscurité défavorable ou nuisible à l'exercice de la chirurgie ; il n'en est rien. La franslucidité des toiles est assez grande pour que le jour soit sufiisant, même quand les deux toiles sont abaissées et que les ouvertures servant de portes sont hermétiquement fermées.
A côté de ces grandes lentes-hôpital, on en a installé de plus petites, dites tentes d'isolement, destinées à 1 ou 2 malades. D'après les dessins qu'en donne Fischer, celles de la Charité de Berlin, de forme carrée, sont soutenues par quatre montants en bois qui se rejoignent au sommet de la tente. Deux des parois sont constituées par deux rideaux de toile s'écartaiit pour former portière ; les deux autres côtés sont formés par une toile qui en s'enroulant sur un cylindre permet de supprimer, lorsque le temps est beau, une ou plusieurs des parois latérales.
iModiliant, améliorant la tente d'ambulance anglaise, the Marquée, el la tente américaine, que nous avons déjà décrites à l'article Camp, Léon Le Fort a construit une tente d'isolement dont il donne la description suivante :
Le squelette de la toile se compose de deux tiges verticales réunies au niveau -du faîte par une barre horizontale glissée dans un fourreau formé par la toile intérieure. Les deux toiles descendent parallèlement jusqu'au bout du toit, puis elles gagnent le sol oii elles se fixent par le moyen de piquets. Les parois verticales correspondant aux pignons sont également formées d'une toile double et sont percées chacune d'une double porte qui s'ouvre en roulant la toile sur elle-même et en la tîxant au moyen de deux sangles. La toile extérieure porte de chaque côté au niveau du faîte trois fenêtres en soufflet; la toile intérieure est percée au même niveau d'un grand nombre d'ouvertures. Le compas qui sert à établir et à maintenir l'écartement des deux toiles est formé par deux tiges de bois, articulées au centre sur un cylindre métallique qui glisse librement le long des supports verticaux. A leur extrémité libre, les branches du compas se terminent par une broche de fer munie d'un pas de vis et de deux écrous. Cette broche passe au travers d'ouvertures percées dans les bords de la toile au niveau de l'arête inférieure du toit. La toile intérieure appuie sur le rebord iormé par l'extrémité de la tige de bois ; la toile extérieure repose sur un écrou vissé sur la broche métallique à la distance de 20 à 25 centimètres; le second écrou empêche la toile de pouvoir abandonner le compas. Le bord des deux toiles depuis le faîte jusqu'au sol est garni d'une corde ralinguée, comme on le fait pour les voiles, qui assure la fixité de la tente. Outre les deux portes percées sur chaque pignon, une large porte formant auvent est taillée dans la partie qui répond aux parois latérales. Une disposition très- simple peut permettre de placer le malade en plein air tout en le garantissant des rayons solaires : pour cela, il suffit de diviser la toile intérieure en deux parties, l'une répondant au toit, l'autre aux parois latérales celles-ci glissant alors comme le feraient des rideaux sur une corde horizontale allant d'une extrémité à l'autre de la tente et s'attachant aux deux compas vers les angles Dans cette tente, la verticalité des parois augmente notablement l'espace libre et on peut y circuler, approcher des lits, sans heurter nulle part le toit. En haussant ou en baissant les compas, on peut modifier à volonté la tension des toiles ; la double paroi protège efficacement les malades et la circulation de l'air soit entre les toiles, soit à l'intérieur, est aussi complète qu'on peut le désirer. Cette tente carrée présente 5 mètres de côté, par conséquent 25 mètres de superficie; en rapprochant les
unes des autres plusieurs de ces tentes, on peut constituer de vraies salles communiquant par l'intermédiaire des portes percées dans les parois formant pignon. Pour maintenir rapprochées plusieurs tentes, il suffit d'engager dans une lame de fer percée de deux trous les extrémités libres des compas de deux tentes contiguës. — Le mode de construction des baraques, tentes- baraques et tentes, nous étant connu, il faut rechercher la valeur comparative de ces installations et établir, autant que possible, l'avenir qui leur^est réservé.
En tant qu'installations permanentes, les baraques, avantageuses au point de vue économique, ne semblent pas appelées à se généraliser. Il est vrai qu'en leur accordant seulement une durée moyenne de quinze ans et en les détruisant après ce laps de temps, en brûlant la contagion, comme disent les Américains, on dépenserait en réalité beaucoup moins qu'en élevant des hôpitaux massifs. Mais un genre de constructions, intermédiaire entre l'hôpital-monument et la baraque, d'un prix de revient assez peu élevé, moins susceptible de s'infecter, pouvant par conséquent faire un plus long service, ne présentant pas en outre les mêmes dangers d'incendie, paraît devoir être préféré : nous avons désigné les pavillons, Tolletct les constructions analogues.
Ce n'est pas à dire cependant que les baraques ne doivent plus être utilisées. Bien chauffées, elles peuvent proléger contre le froid rigoureux, et rendre des services incontestables à titre d'hôpital temporaire pour l'été.
Les baraques en bois ont trouvé au Congrès international d'hygiène de Paris, en 1878, un ardent défenseur. Barthenson (de Pétersbourg) les admet même dans son pays pour la saison froide. En ayant soin de faire circuler un matelas d'air chaud entre les deux parois dont doivent se composer leurs cloisons, il a toujours pu maintenir une température suffisante et les a vus rendre d'excellents services dans le typhus. De pareilles baraques sont utilisées à Moscou, Dorpat, Kharkoff, Riga, etc.
Dans les pays à températures extrêmes, comme en Russie, à Moscou, Pétersbourg, en particulier, là où il ftiut pendant l'hiver garantir les malades contre un froid qui atteint de 50 à 55 degrés au-dessous de zéro, et les protéger pendant l'été contre une chaleur accablante, on a aussi depuis longtemps construit sous le nom d'hôpitaux d'été des chalets, le plus souvent en bois, où tout est disposé pour une énergique et large ventilation et qui ne reçoivent de malades que pendant la saison chaude.
Il nous reste à résoudre une dernière question : dans nos pays au moins, comme installations temporaires, doit-on préférer la baraque à la tente? Les tentes ont été employées pour les blessés aux armées il y a déjà fort longtemps avec beaucoup de succès et les résultats obtenus en Allemagne et en France, dans les tentes annexées aux hôpitaux civils, n'ont pas été moins satisfaisants.
Qu'il nous suffise de signaler les faits heureux relatés par Fischer et observés à la Charité de Berlin {Annalen tier Charité. Berlin, Bd. XIII, H. I, 1865) par Roze, assistant du professeur Vilms, à l'hôpital Bethanian {Annalen der Charité Krankenhàuser in Berlin, 1864, Bd. XII, H. I), par Bœrwindt {Die Behandliing von Kranken und Verwundeten Unterzellen im Sommer 1866. In Franfort-sur-Ie-Mein, 1867).
Fischer constata en particulier l'heureuse influence de l'installation des blessés sous la tente pendant une épidémie de pourriture d'hôpital. Sur 48 cas de blessures graves, Roze n'observa ni érysipèle, ni tétanos, ni gangrène noso comiale; une seule fois survint une infection purulente qui probablement pro-
venait de l'exte'rieur. Les blessés (53) et les lyphiques (51) soigne's parBœrwindt retirèrent aussi les plus grands avantages du séjour sous la tente, et on ne put attribuer qu'à la différence du milieu nosocomial jes guérisons de cas que dans les hôpitaux ordinaires on aurait considérés comme désespérés.
Les premiers résultats constatés par M. Le Fort furent aussi[très-encourageants, il ne survint chez les blessés aucun cas d'érysipèle, d'infection purulente, ni de pourriture d'hôpital, les plaies eurent constamment le meilleur aspect et des malades qui, dans les salles, avaient perdu l'appétit, le retrouvèrent sous la tente.
L'objection principale qu'on a faite aux tentes comme mode d'hospitalisation, c'est qu'elles ne mettent pas les malades suffisamment à l'abri des intempéries de l'atmosphère, qu'elles les exposent à des refroidissements. Les faits viennent s'inscrire contre cette crainte exagérée. Des blessés ont pu demeurer sans inconvénient dans des tentes construites en Hongrie, sous la direction de Krauss, jusqu'à 2 degrés Réaumur, et dans celles de Francfort jusqu'au-dessous de 0 degré, comme le rapporte Bœrwindt. Dans celles de l'hôpital Bethanian, la température, sans être arrivée à ce degré, était aussi, certains jours, descendue très-bas.
On a pu parfois accuser l'abaissement nocture de la température d'avoir déterminé quelques diarrhées légères, quelques affections thoraciques aiguës chez des sujets prédisposés, mais, comme on aurait pu le supposer à priori, le tétanos ne semble avoir jamais été favorisé par le séjour des blessés sous la tente.
La paroi des tentes d'Allemagne n'était du reste formée que d'une simple toile ; la tente proposée par M. Le Fort, à double toile avec une couche d'air intermédiaire, se trouve dans de bien meilleures conditions pour: s'opposer au refroidissement; la température ne paraît pas y être descendue plus bas que -1- 15 degrés même pendant des nuits froides et pluvieuses. A Paris, pendant le siège de 1870, on a toujours pu maintenir une température suffisante dans les tentes à toile double de l'ambulance américaine. Du reste, pour parer au refroidissement nocturne, il est bon que chaque malade ait sur le pied de son lit une seconde couverture qu'il attire à lui lorsque vers le matin il éprouve le besoin d'un peu de protection. Pendant la saison chaude, le séjour sous la tente est évidemment plus agréable que sous la baraque. Les parois latérales de la toile peuvent être relevées de manière à former une galerie couverte ; si l'on peut à la rigueur dans les baraques relever sous forme d'auvent la portion supérieure de la paroi extérieure, la partie inférieure subsiste au moins à moitié de sa hauteur. A Cochin, sous la tente la température n'a jamais dépassé 28 degrés alors qu'elle était plus élevée de quelques degrés dans les baraques de l'hôpital Saint-Louis. Enfin, la tente présente encore l'avantage de pouvoir être enlevée pendant l'hiver et assainie, désinfectée, toutes les fois qu'on le juge nécessaire.
Pour se trouver installée dans de bonnes conditions, une tente doit être protégée contre l'humidité, le froid et la chaleur. En exhaussant le sol préalablement débarrassé de la couche de terre végétale quand elle existe et en l'entourant d'une petite tranchée qui assure aux eaux pluviales un libre et facile écoulement, on met le terrain sur lequel doit reposer la tente dans de bonnes conditions el il ne reste plus qu'à le recouvrir soit d'une couche suffisamment épaisse de petits graviers, soit encore mieux d'une couche de bitume, si l'emplacement doit être occupé d'une façon permanente. La couche d'air, dans les tentes à double paroi, interposée entre les deux toiles, tend à s'opposer au refroidisse-
3^'^ lIOPITxVUX.
ment, et l'on pourrait au besoin, ainsi que cela a déjà été fait, installer dans la tente un petit poêle pour en élever la température. Enfin, on peut faciliter le renouvellement de l'air dans une tente en perçant des ouvertures dans la toile interne vers le sommet du toit, de façon que l'air sollicité à s'échapper au niveau du faîte par la différence de densité due à son échauffement soit entraîné par le mouvement plus actif de la couche d'air interposée entre les deux toiles. Il va sans dire que les tentes doivent être assez éloignées les unes des autres et placées de telle façon que les miasmes ne puissent être entraînés de l'une à l'autre. Baudens exigeait une distance de 15 mètres, et Fischer {Lehrbuch der allgemeinen Kriegs-Chirurgie. Berlin, 1868) considère cette distance comme un minimum.
En résumé, les tentes, préférables aux baraques comme installations provisoires, pour servir, soit d'annexés aux hôpitaux permanents, soit d'hôpitaux temporaires en cas d'épidémies, de guerre civile, etc., sont susceptibles de rendre de réels services à la pratique hospitalière, mais aujourd'hui, avec les nouvelles constructions légères, où tout est réuni pour combattre les influences nosocomiales, qui mettent à l'abri du méphitisme constant, fatal, des hôpitauxmonuments, baraques et tentes ne sont, en temps ordinaire au moins, destinées qu'à jouer un rôle utile sans doute, mais accessoire. Pour ne pas être pTise au dépourvu une administration prévoyante devrait toujours avoir un certain nombre de baraques et de tentes toutes prêtes à être installées en cas de besoin.
Depuis quelques années, le nombre des modèles s'est singulièrement accru et, au concours d'Anvers en 1885, il n'a pas été présenté moins de soixante types d'ambulances démontables et transportables, pouvant être utilisées aussi bien comme hôpital provisoire en cas d'épidémie que comme ambulance mobile en temps de guerre. On ne saurait ici entreprendre une description détaillée de ces divers spécimens, que l'on trouvera dans le livre de Langenbeck, Coler et Werner (Die transportable Lazareihe Baracke. Berlin, 1886). Le fer ou le bois ont été presque exclusivement employés pour l'ossature, mais des matières très-variées ont été employées pour constituer les parois et la toiture; on s'est tour à tour servi du bois (Collardot, Peacocke, Poitrineau), de la tôle (Jaeger et Saboureau, Humphreys, Defontaine, Danly et Félix, PutzeysSchrôtter, Port), du linoléum (Wiedemann et Arnoldi), de feutre (Dœcker), de liège (Emmerich, von Ivanka), de carton comprimé (EItze, Adt), de papier goudronné (Hugédé), de toile à voile (Ravencz, Ducker, Berthon, Rivolla et Barroni, Devos), de briques blanches d'Ândermark (Close, de Liège). Le'plus souvent ces constructions légères sont àdouble parois, présentant unécartement suffisant pour constituer un matelas d'air laissé vide ou rempli d'une substance isolante, susceptible de prémunir contre les influences extérieures, et ces deux parois dans plusieurs modèles sont formées de matériaux différents; dans la baraque de Innés, l'enveloppe extérieure est en tôle galvanisée et l'enveloppe intérieure en papier dit « Willesden ». — La forme rectangulaire est dans les divers modèles proposés de beaucoup prédominante, mais Tollet a conservé pour ses ambulances la forme ogivale ; la baraque de Wiedemann et Arnoldi constitue un polygone régulier de dix-huit côtés inscrit dans un cercle de 9°>,50 de diamètre, et la baraque de Berthon affecte la forme d'un gigantesque parasol qui par le prolongement de ses baleines recouvrirait un cercle de 9 mètres de diamètre.
A part les conditions de solidité, de durée, d'imperméabilité, il faut tout particulièrement tenir compte du prix de revient du mètre cube d'air clos dans
chacune de ces constructions : c'est là presque le critérium de leur valeur. On a réuni dans le tableau suivant la capacité, le poids et le prix de revient d'un certain nombre de ces baraques qui, d'après le programme du concours d'Anvers, n'étaient astreintes qu'à fournir 12 mètres cubes par malade.
Capacité l'oidi Prix
en mètres cubes. en kilogrammes. en francs.
Baraque Danly-Félix 182 5<X)0 5000
— Schrotter 297,5 13600 54(J0
— Close 204 10250 5100
— Arnoldi el Wiedemann. 255 7800 5<X»0
— Ellze 233 9915 1900
— Adt 160 8290 4000
— Tollet 187 6500 7800
— Pulzeys 029 6000 7300
— Ravenez 229,50 "900 4000
— Innés 147,30 5810 2423
— BoquiUon m 5860 2567
— Bucknall 146 5000 2204
— Peacocke. 150 5713 3000
— Dœcker 170 1070 5600
— Hugédé 550 9555 5335
— Kieden 245 7575 2100
— Dûcker 144 1270 1500
La baraque du capitaine danois Dœcker, perfectionnée par CliristophetUnmach, a été primée à Anvers; c'est à elle qu'ont été accordés le diplôme d'honneur et le prix de 5000 marks institué par l'impératrice d'Allemagne. Depuis plusieurs années déjà cette baraque est utilisée en Danemark comme hôpital provisoire, comme baraque pour les contagieux, et à Berlin on l'a mise à l'essai à l'hôpital Augusta et à l'hôpital militaire de Tempelhof. Depuis dix-huit mois, quelquesunes de ces baraques ont été aussi installées à l'hôpital d'Anvers comme chambres d'isolement pour les contagieux.
Les pavillons sont composés de cadres en bois (ou en fer), de carton-feutre, doublés de toiles. Extérieurement les panneaux sont rendus imperméables, intérieurement non inflammables; le tout est peint à l'huile, ce qui augmente la résistance et permet les pratiques de désinfection. Le parquet de la baraque est en planches de sapin clouées en panneaux reposant sur un gUage en bois créosote. Chacun des grands côtés est percé de fenêtres et de sept orifices ventilateurs, les petits côtés sont pourvus chacun d'une porte surmontée d'une imposte. A chacune des extrémités existe une chambre pour six malades et l'espace central est réservé d'un côté pour la chambre de l'infirmier, de l'autre pour les latrines et la tisanerie {Deutsches Wochenblatt fur Gesundheitspflege und Rettungswesen , août 1884). — La société Tollet, qui a obtenu le deuxième prix, avait exposé trois types de baraquements ayant tous pour base l'ossature en fer de forme ogivale. Dans deux de ces modèles les parois sont constituées par une toile imperméable que Ton peut doubler intérieurement d'une enveloppe de coton rendue ininflammable. Dans le troisième type, les enveloppes en toile sont remplacées par des panneaux de bois revêtu de métal : cette combinaison permet d'utiliser la légèreté et le faible pouvoir conducteur du bois tout en remédiant à sou inflammabilité. Revêtus extérieurement de feuilles de zincs, les panneaux sont recouverts à l'intérieur de papier goudronné. Huit châssis sur lesquels sont tendues des toiles transparentes tiennent lieu de fenêtres. Au sommet de l'ambulance, quatre panneaux pleins de 1 mètre sur 50 centimètres peuvent être ouverts pour faciliter l'aération. Le faîtage reçoit
un chapeau en bois doublé de zinc; les panneaux s'arrêtant chacun à H centimètres du faîtage, il en résulte une section libre de 22 centimètres en communication directe avec l'extérieur ; des volets mobiles permettent de réduire les dimensions de cet orifice pendant les pluies violentes ou dans la saison froide.
VIII. AméxagemeiM intérieur. Une salle d'hôpital ne doit présenter que des surfaces lisses, polies, imperméables, non hygroscopiques. Que les murs soient recouverts d'une couche de stuc, d'une peinture à l'huile ou de plaques de faïence, il faut qu'ils soient absolument réfractaires à l'imprégnation miasmatique et qu'ils puissent être débarrassés par des lavages fréquents de toutes les matières étrangères qui peuvent se déposer à leur surface.
Au lieu de se rencontrer à angle droit, les parois doivent se réunir en s'arrondissant de façon à ne présenter nulle part d'angles rentrants, d'angles morts dans lesquels l'air stagne et où les poussières peuvent s'accumuler : c'est ce que réalise la forme ogivale. En arrondissant le plus possible le faite, on le rend encore plus accessible aux lavages et à l'action des désinfectants. Au nouvel Hôtel-Dieu les parois des murs sont ainsi reliées au plafond par un raccordement cylindrique. — Le mode de recouvrement du sol, qui présente aussi une énorme importance, doit être établi d'après les mêmes principes. Un dallage en ciment de Portland ou en bitume, permettant un lavage facile à grande eau, présente incontestablement de grands avantages, mais il a l'inconvénient d'être trop bon conducteur du calorique et un parquet de bois paraît devoir lui être préféré. Dans un certain nombre d'hôpitauxanglais. à Saint-Barthélémy de Londres, par exemple, les parquets sont en bois non ciré et lavés fréquemment avec la plus grande exactitude (Topinard, Quelques aperçus sur la chirurgie anglaise, Thèse de Paris, 1860). Un plancher grossier, mal joint et non ciré, comme à l'hôpital général de Vienne, est tont simplement détestable. Si l'on a recours à ce mode de recouvrement, il faut que les planchettes soient bien ajustées, bien jointives, de manière que les poussières ne puissent s'introduire, s'accumuler et se décomposer dans leurs interstices. A l'hôpital militaire de Bourges, le parquet est du système Gourguechon et composé de planchettes très-jointives noyées dans le bitume; il a l'incouvénient en particulier de se gondoler pendant les chaleurs sous une pression forte et continue (le pied d'un lit de fer, par exemple). On a proposé de goudronner les planchers ; à Alger le docteur Trabut a recouvert d'une couche de coaltar le pavé en briques de son service hospitalier. R. Marjolin {Sur Vlujgiène des hôpitaux. Lettre adressée à M. Gosselin, 1862) accorde la préférence à un plancher composé de plaques en bois blanc imprégné de créosote, bien ajustées, et pouvant être soumis à de fréquents lavages phéniqués. A ces lavages on pourrait substituer avantageusement, comme le prescrit une Instruction ministérielle concernant le nettoyage des planchers des casernes {Journal militaire officiel, 1877, p. 456), des frictions répétées avec du sable humide phéniqué au besoin ; c'est le briquage à sec de la marine. D'une façon générale, le lavage des parquets ou du dallage des salles constitue une fâcheuse pratique; déjà à l'IIôtel-Dieu Desault, puis Dupuytren, s'étaient plaints avec raison de cette coutume ; et d'expériences faites par Marc {Compte rendu du service de chirurgie de l'Hôtel- Dieu, 1818) il résulte qu'après le lavage la température de la salle s'abaisse en moyenne de 5 degrés et l'hygromètre s'élève de 15 à 20 degrés. On a proposé pour le parquet des planchettes mobiles (système Guérin) dont les lames emboîtées l'une dans l'autre et reposant sur des appuis
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en fer peuvent être enlevées, lavées, désinfectées avec une grande facilité, tandis qu'on procède au nettoyage de l'aire sous-jacente construite elle-même en matières imperméables. On évite ainsi la possibilité de l'infection de l'espace sous-jacent au plancher, si bien démontrée par Emmerich et Michaelis en particulier.)
En Allemagne, en Russie, à Zurich, les parquets sont enduits d'une composition siccative particulière qui paraît fournir de très-bons résultats. Morache {Traité d'hygiène militaire, p. 287) préconise l'emploi de l'huile de lin bouillante qui pénètre dans les couches superlicielles du bois, en augmente la cohésion, le durcitet le rend absolument imperméable. On doit renouveler ce badigeonnage deux fois par an dans les pièces qui sont constamment occupés. Au moyen de linges humides on le débarrasse facilement de toutes les substances étrangères et au bout de quelques minutes toute humidité disparaît. Le docteur Langstaff de Southampton recommande spécialement la paraffine pour les parquets : on étale cette substance fondue sur le parquet dans lequel elle pénètre d'un quart de pouce environ ; avec une brosse rude on enlève ce qui reste en excès, puis on passe une couche de parafiine térébenlhinée, et le parquet se trouve ainsi préparé pour plusieurs années [Parke s Practical Hygiène). Lu plancher bien ciré, soigneusement entretenu, exactement ajusté, est encore, il faut le reconnaître, supérieur à tous les autres modes de recouvrement; il ne laisse pénétrer aucune matière étrangère et réalise les meilleures conditions de salubrité et de propreté. Mais, en raison du prix élevé de la cire, son encausticage au moyen de cire dissoute dans l'essence de térébenthine et son entretien ne laissent pas que d'être dispendieux. On a reproché, et non sans raison, aux parquets cirés d'exposer les malades aux chutes ; on peut facilement éviter ces accidents en leur donnant dos chaussons. A ce point de vue, il est un mode de revêtement du sol encore bien plus à redouter, c'est la brique de terre cuite cirée qui existe encore dans quelques anciens hôpitaux et qui est infiniment plus glissante que le parquet. Au nouvel hôpital de Montpellier, on n'a pas cru devoir se servir de bois; le sol sera recouvert d'un pavé en mosaïque reposant sur des briques ajustées. On a procédé de même à l'hôpital du Havre. Les tapis en sparterie, en laine, en linoléum, ne sauraient sans inconvénient recouvrir toute la surface du plancher sur laquelle ils favoriseraient le dépôt des poussières. Ils ne doivent qu'être établis en bandes étroites, en chemins, le long de chaque rangée de lits, et encore à condition qu'ils seront fréquem.ment battus et aérés. On a encore proposé des tapis d'amiante qui non-seulement ne se laisseraient pas pénétrer par les poussières, mais auraient encore l'avantage" d'être^incombustibles et de pouvoir être soumis au flambage. — Rien à l'intérieur d'une salle ne doit faire obstacle à la libre circulation de l'air; les cloisons qui en favorisent la stagnation, qui, suivant l'expression d'Emile Trélat, sont autant d'épongés miasmatiques, doivent être complètement supprimées. — Si un hôpital est d'autant plus salubre qu'il contient moins de lits; une salle présentera aussi des conditions hygiéniques d'autant meilleures qu'elle renfermera un plus petit nombre de malades. Ce n'est pas sans tristesse que l'on peut rappeler qu'aujourd'hui encore il existe des hôpitaux dont quelques salles renferment jusqu'à 150, 160 malades, comme à l'hôpital d'Atocha de Modrid et au srand hôpital de Milan, 120, comme à l'Hôtel-Dieu de Lyon, 80 à 100, comme à l'hôpital Saint-Esprit à Rome. En Italie, souvent, dit G. Millot [De l'hygiène publique en Italie, 1876), il n'existe aucune séparation entre plusieurs services, de telle façon qu'une division con-
tient quelquefois 500, 400 malades et plus, atteints de maladies différentes^ depuis les plus bénignes jusqu'aux plus contagieuses.
Viollot-le-Duc a retracé la disposition dos lils dans les hôpitaux au moyen âge; au onzième siècle, ceux de l'hôpital de Clermont-Tonnerre étaient disposés perpendiculairement au mur et isolés de la salle, moitié par une cloison en bois, moitié par des rideaux. Une autre cloison séparait chaque lit du lit voisin. Les lits à colonne possédaient une alcôve où la surveillance s'exerçait par une galerie supérieure à liauteur des fenêtres. Dans l'ancien Hôtel-Dieu, jusqu'à la fin du siècle dernier, les lits étaient disposés le grand côté parallèle au mur, et séparé de celui-ci par la ruelle; plusieurs rangées étaient ainsi alignées et empiétaient sur le couloir central. En 1787, Tenon s'était avec raison élevé contre la disposition de ces files parallèles au mur, établissant des ruelles obscures; il réclamait des salles de 25 pieds de largeur, io pieds pour les lils et la ruelle, 12 pieds pour les passages.
On en était arrivé à superposer les lits, à établir plusieurs couches de malades dans une même salle et, s'il n'en est plus ainsi aujourd'hui, il est encore loin d'être rare de voir des lits disposés sur trois ou quatre rangées, infiniment trop rapprochés, se suivant mutuellement et réalisant fatalement l'encombrement nosoconiial. Pour pouvoir accroître le nombre de lits dans un espace donné, on les a disposés de manières bien variées. Dans des salles rectangulaires, au lieu de se contenter de deux rangées de lits disposés perpendiculairement au grand axe de la salle, la tête vers le mur et dans l'intervalle des fenêtres, on a souvent ajouté deux autres rangées parallèles se rapprochant de la partie centrale et dans le sens de l'axe de la salle. D'autres fois, comme à l'ancien hôpital des cliniques à Paris, on a taillé dans un rectangle long et large des salles représentant elles-mêmes des rectangles perpendiculaires au grand, dans lesquelles les lits sont appuyés en rangs contre les cloisons intérieures et oiî il ne reste plus qu'une ou deux fenêtres en regard, ouvertes sur la plus courte paroi de la salle.
Dans quelques hôpitaux, dans certaines salles au rez-de-chaussée de l'hôpital Saint-Antoine de Paris, par exemple, le rectangle est divisé en deux par une cloison longitudinale et les lits sont placés sur un rang de chaque côté de la cloison, la tète contre ce mur intérieur: une pareille disposition annule complètement l'aération par les fenêtres opposées. Cette disposition a l'avantage de favoriser l'isolement des malades qui n'ont pas de voisins en face d'eux, mais elle n'est guère possible que dans de petits hôpitaux; dans un grand établissement, des salles ainsi disposées à une seule rangée de lits et devant servir à une vingtaine de malades seraient beaucoup trop longues. En outre, pour présenter de bonnes conditions hygiéniques, elles ne devraient pas avoir moins de 4 à 5 mètres de largeur et des portes nombreuses devraient être ménagées dans la façade opposée aux fenêtres. Assez souvent on a rangé les lits tout autour des murs le long des quatre parois dans des salles ayant des fenêtres sur deux et même trois côtés : c'est ce qui existe à Maubeuge, à Valenciennes en particulier ; ce plan a été adopté dans les pavillons circulaires ou octogonaux de certaiïis hôpitaux américains, de l'hôpital général de Massachusetts spécialement (Folsova). Enfin, non content de tapisser pour ainsi dire les murs des lits, on a eu parfois, comme à Arras, la fâcheuse idée de placer encore d'autres lits dans l'espace central qui reste libie. La seule disposition qui doive être acceptée aujourd'hui consiste en deux rangées de lits, placés perpendiculairement aux parois latérales des pavillons et installés dans l'intervalle des fenêtres; c'est
ainsi qu'ils sont placés en particulier à Lariboisière, à Sainte-Eugénie de Lille et dans les pavillons du système ToUet.
Le chiffre des malades que l'on peut réunir dans une salle doit toujours être assez peu élevé, mais il ne saurait être invariable ; suivant la nature des affections, ce chiffre peut différer. Si vous avez dix malades dans une salle, a dit Malgaigne {Bulletin de V Académie de médecine, 1862, p. 521), vous y avez dix foyers d'infections, vingt foyers à vingt malades et ainsi de suite. L'idéal évidemment consisterait à isoler chaque malade, à avoir uniquement des chambres et pas de salles, à mettre en pratique, en un mot, le système cellulaire. Mais, si pour de graves blessés, pour les accouchées, une pareille fragmentation de l'hôpital est nécessaire, il est un grand nombre de malades dont l'isolement est loin d'être indispensable et, sans compromettre leur guérison, on ]ieiit en réunir un certain nombre et faciliter amsi l'exécution du service. Lorsque le nombre de lits pour une salle a été fixé, on ne saurait sans danger le dépasser; Dupuytren avait déjà signalé l'influence fâcheuse de cette pratique à l'Ilôtel-Diou sur l'apparition de la pourriture d'hôpital et du typhus {Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1855. Rapport sur un travail de M. Costa). Marcel, à Londres {the London Médical Gazet i'or April, 1842, p. 219), indiqua aussi des Yaits analogues. On ne saurait trop s'élever contre l'usage des lits de sangle supplémentaires auxquels le manque de places oblige encore souvent de recourir dans les hôpitaux de Paris. Tout récomment encore {Semaine médicale, 1887, p. 514) le professeur U. Trélat a insisté sur les effets fâcheux de l'encombrement dans les services de chirurgie.
Pringle avait posé en règle qu'il fallait admettre dans chaque salle si peu de malades « qu'une personne qui ne connaît pas le danger de mauvais air croirait qu'elle en pourrait contenir le double ou le triple ». Ce mode de fixation, bien que manquant de précision, exprime cependant un fait bien réel : c'est que les malades doivent être largement espacés et que les personnes étrangères à la médecine ne s'en doutent guère. Tenon avait dans son troisième rapport (12 mars 1788), signalé qu'en Angleterre le nombre des lits ne dépassait pas 30 par salle, et Duchanoy en particulier avait insisté sur les dangers que créait l'accumulation de trop nombreux lits dans les salles.
En 1839, le Conseil général des hôpitaux, ayant pour rapporteur Sanson Davilliers, demandait des salles seulement de 10 lits. Chaque lit ayant environ 1 mètre de largeur et l'écartement qui doit exister entre chacun d'eux étant de 1™,50, 11 lits occuperaient environ 28 mètres, longueur de salle qu'il ne faut guère dépasser. Avec ces fixations, on arrive à former des salles de 22 lits : c'est le chiffre indiqué par miss Nightingale. L'écartement de 1"',50 entre chaque lit qui existe ù Lariboisière et qui a été accepté au Congrès d'hygiène de Bruxelles en 1855 doit être maintenu; malheureusement, il est loin d'exister dans la plupart des anciens hôpitaux. Dans les hôpitaux de Paris, l'espacement moyen entre chaque lit est de l'^/lO. Voici, d'après Husson, le tableau de ces intervalles :
Mètres.
Ancien hôpital des Cliniques 2,16
Maison d'accouchement 1^52
Lariboisière 1^50
Charité 1,45
Ancien Uôtel-Dieu 1,27
Beaujon 1,19
Necker 1,17
Midi
Mètre?.
Saint-Antoine 0,85
Cochin 0,80
Saint-Louis 0,70
Lourcine 0,57
Non-seulement les lits doivent être suffisamment espacés, mais chacun d'eux doit être éloigné du mur d'environ 25 à oO centimètres, de manière que la circulation de l'air ne rencontre aucun obstacle.
Dans un grand nombre d'hôpitaux, le chiffre de 22 lits par salles est encore dépassé: ainsi, à Lariboisière, il y en a 52, à Bourges (hôpital Militaire) et à Montpellier (nouvel hôpital Saint-Éloi), il y en a 28, à Boston Free hospital, 25, à Tenon et à Sainte-Eugénie de Lille, exactement 22.
Ulysse Trélat {loc. cit.) ne veut pas de salles de plus de 20 lits, et le général Morin {Études sur la ventilation. Paris, 1869) ne croit pas que des salles de malades doivent contenir plus de 12 à 18 lits. Les salles du nouvel hôpital Saint-Denis ne contiennent que 16 lits. Dans les nouveaux hôpitaux de Dresde et de Berlin, à Aix-la-Chapelle, à l'hôpital de Blackburn en Angleterre, les salles ne contiennent que 8 à 10 lits. Le nouvel hôpital de Saint-Pétersbourg (1876) dû à la générosité du Chambellan Békétow doit contenir 446 lits répartis dans des maisonnettes se rapprochant du type des maisons ouvrières et qui ne contiennent chacune que de 16 à 20 lits. L'hôpital des princes Galitzin à Moscou renferme 163 lits répartis en 46 salles et le nouvel hôpital d'enfants du prince d'Oldenbourg, à Saint-Pétersbourg, n'a que de petites salles pour 2 à 4 malades. Enfin, à l'hôpital comnmnal de Copenhague, les salles ne contiennent que 10, 5 et 2 lits. Si pour les grands blessés, les accouchées, les malades atteints d'affections contagieuses, une pareille dissémination est nécessaire, on peut sans danger former pour les autres malades des salles d'une vingtaine de lits et même un peu plus, à condition que plusieurs de ces lits resteront inoccupés et seront destinés à servir de lits de rechange.
Chaque pavillon isolé, indépendant, pour constituer pour ainsi dire un petit hôpital distinct, doit posséder outre les salles de malades un certain nombre de locaux accessoires indispensables à l'exécution du service. Outre l'installation générale des bains, il est fort utile d'avoir à portée des malades une ou deux baignoires ; chaque salle d'un hôpital, avait déjà dit Couzin [Essai sur l'hygiène des hôpitaux. Thèse de Paris, 1812), devrait avoir une salle particulière de bains, « afin d'éviter aux malades un trajet plus ou moins long et souvent dangereux ».
A la nouvelle clinique chirurgicale de Buda-Pest, non-seulement il existe une baignoire fixe dans un cabinet attenant à la salle, mais encore une baignoire mobile peut être facilement amenée auprès du lit.
A l'hôpital Saint-Louis de Gonzague, à Turin, derrière chaque lit se trouve une porte qui sert à conduire les malades avec leurs lits, soit aux bains, soit aux amphithéâtres d'opération ; celte même porte sert aussi à faire disparaître promptement le corps de ceux qui succombent et à éviter ainsi aux autres le triste spectacle d'un cadavre.
Dans les pavillons Tollet, à l'une des extrémités est installée une petite salle de bains, une ou deux baignoires, avec lavabos et une tisanerie d'urgence; un réfectoire destiné aux malades qui peuvent se lever complète cette extrémité du pavillon. Du côté opposé existe un cabinet destiné à la religieuse ou à l'infirmier de garde, avec vue par vasistas sur la salle des malades, et une petite salle
(levant servir soit à un malade isolé, soit à un agonisant pour le soustraire à la vue des autres malades. Même munis de ces locaux accessoires, les pavillons doivent être relie's aux divers services généraux et les galeries de communication méritent une attention spéciale. Les passages couverts ne doivent, autant que possible, pas avoir de parois latérales ; des colonnettes supportant la couverture suffisent, et en particulier les passages de communication qui conduisent des salles aux latrines ne doivent pas présenter de fermetures latérales, de façon à permettre largement la ventilation extérieure. — Dans de grands établissements, des sonnettes électriques peuvent mettre en relation les salles de malades et les divers services accessoires ; des téléphones pourraient être aussi avantageusement employés. — A l'hôpital communal de Copenhague, où tous les détails d'aménagement intérieur peuvent être pris pour modèle, des machines ascendantes mues à la main portent tout à chaque étage : à leur sortie de la plate-forme les objets sont placés sur des chariots à larges roues bordées de cuir ou de caoutchouc et conduits sans bruit et sans fatigue dans chacun des offices qui précèdent les salles de malades. A Tenon, au nouvel Hôtel-Dieu, des ascenseurs assurent la rapidité des communications entre les divers étages et, nous l'avons vu dans les nouveaux hôpitaux sans étages, des wagonnets sur rails placés dans le sous-sol facilitent le service.
IX. Literie. Mobilier. Nous ne sommes pas encore si loin qu'on pourrait le croire du temps oîi en parlant de l'IIôtel-Dieu de Paris on aurait pu répéter ce qu'avait dit un roi de France, François I" : « On veoit ordinairement huit, dix et douze pauvres en ung lict, si très-pressés que c'est grand pitié de les veoir » {Lettres-patentes, 14 mars 1515). Pendant le dix-septième siècle, cette situation ne s'améliora en aucune façon ; en 1650, Sauvai [Histoire et recherches des antiquités de la ville de Paris) s'exprimait ainsi : a On voudrait bien que les malades ne fussent pas tant ensemble dans un même lit à cause de l'incommodité, n'y ayant rien de si importun que de se voir couché avec une personne à l'agonie et qui se meurt. » En 1786, les rapporteurs de la Commission instituée par l'Académie des sciences, Bailly, Tenon et Lavoisier, signalaient encore des faits navrants : A l'Hôtel-Dieu, 4, 6 et jusqu'à 9 malades étaient réunis dans un même lit, les femmes enceintes légitimes ou de mauvaise vie étaient parquées ensemble dans la même salle, couchant 5 ou 4 dans le même lit, la paille des lits rarement changée, et quand elle l'était, cette opération insalubre se faisant au milieu même de la salle et y dégageant une odeur méphitique, des lits de paille réservés dans chaque salle pour les agonisants et pour les galeux, réunissant 4 ou 5 de ces malheureux ou servant de dépôt temporaire pour les nouveaux venus, trouvant toujours une salle encombrée, une odeur infecte, une humidité putride, une puUulation incroyable de parasites de toute espèce, des nichées de rats élisant domicile dans les paillasses, etc. » Ce n'est que lentement, même depuis cette époque, que les progrès se sont accomplis.
Au seizième siècle, l'Hôtel-Dieu ne possédait que 303 lits; les 100 lits donnés par le cardinal Duprat en 1520 étaient en bois, de 6 pieds de longueur sur 4 de largeur et munis d'un ais au chevet de 6 pouces de large et d'une petite forme (banc) de 6 pieds de long, où les malades se reposaient en attendant leur tour de sommeil. Vers 1700, les montants furent installés avec des rideaux sur ciel plein; en 1781, une ordonnance de Louis XVI prescrivit de diviser les lits à plusieurs places par une cloison, et les ciels de tous les lits furent garnis
d'une forte traverse à l'eifet d'y attacher une corde servant aux malades à se soulever. En 1778, il y avait à l'Ilôtel-Dieu 1219 lits, dont 755 grands ou de 52 pouces de largeur, et 481 petits ou de 5 pieds; les petits étaient entre-mèlés dans les grands. Lorsque les lits de 52 pouces, les grands lits, contenaient 4 malades couchés alternativement, l'un en haut, l'autre en bas, chacun d'eux avait 15 pouces à sa disposition pour reposer sur le dos, et, lorsqu'ils en contenaient 6, chacun n'avait que 8 pouces 1/2, alors qu'il faut pour être couché à peu près commodément au moins 18 pouces par individu.
Ce n'est qu'en 1799, lors de la fondation de l'hùpital des Cliniques, que fut adopté pour la première fois l'usage des lits en fer. Vingt ans plus tard seulement, ils furent mis en usage dans tous les hôpitaux de Paris, et en 1817 Coste (art. HÔPITAL, in Dictionnaire des sciences médicales en 60 volumes), regrettant cette lenteur, signalait le grand hôpital de Marseille, l'Ilùtel-Dieu de Lyon et plusieurs hôpitaux de Piémont et d'Italie, comme plus avancés sous ce rapport que ceux de Paris. On s'était servi jusqu'alors de lits en bois, véritables coffres dans lesquels on entassait les malades. Dans les hôpitaux de Paris, la caisse du lit est portée sur 4 pieds élevés de 40 centimètres au-dessus du sol; 4 montants supportent le ciel du lit carré entièrement découvert, en même temps qu'une barre transversale destinée à porter une corde qui sert de point d"appui au malade lorsqu'il veut se soulever. Quand le lit ne comporte pas de cadre supérieur, cette corde peut être fixée tout simplement au plafond.
D'une façon générale, un lit en fer doit être solide sur ses pieds, afin de n'éprouver ni secousses ni oscillations sous l'inÛuence des mouvements du malade ou de son entourage; il doit présenter des arêtes et des surfaces lisses, afin que ni les malades ni les infirmiers ne puissent s'y blesser ou y rester accrochés, être assez grand pour contenir un homme adulte et en même temps assez ramassé sur lui-même pour ne pas occuper une trop grande place; enfin, ■avoir une hauteur suffisante pour rendre commodes les pansements et le service général. Les armatures doivent être disposées de façon à pouvoir se démonter aisément pour être débarrassées des insectes qui peuvent s'insinuer entre les lames élastiques du treillis inférieur. On devrait même supprimer ces lames et les remplacer par un cadre sur lequel reposerait le châssis du sommier. La peinture noire dont les lits ont été pendant longtemps revêtus tranchait d'une manière presque lugubre sur la blancheur des rideaux; elle a été remplacée par une couleur vert clair beaucoup plus propre à reposer les yeux et sur laquelle les parasites peuvent moins facilement se dissimuler. — Les anciens lits de bois étaient très-bas, les lits actuels des hôpitaux anglais ont conservé ce défaut (Ch. Sarazin, Essai sur les hôpitaiu: de Londres. In Annales dliytjiène, 1866, t. XXV, p. 48); ils ne s'élèvent qu'à 45 centimètres du sol, à 70 au maximum, en comptant les accessoires (Topinard, loc. cit., p. 28), mais ils sont généralement plus larges que les nôtres, ce qui est un avantage.
Chaque lit, dans nos hôpitaux, porte habituellement au chevet une petite planchette sur laquelle le malade peut déposer les médicaments, les tisanes ; c'est à cette planchette qu'est fixée généralement la pancarte signalétique de la personne qui occupe le lit. Si elle peut rendre quelques services, cette planchette a l'inconvénient de se recouvrir de poussière ou de liquides qui en dégouttent sur la literie ou sur la tète des malades. Pour remplacer les malles, les caisses particulières, on peut, comme à la Salpètrière, installer sous le lit, à la traverse inférieure, un tiroir en tôle.
Dans plusieurs contrées où le bois est abondant, on n'a pas encore adopté les lits en fer; à Municli, les lits sont en bois, peints en brun clair pour les salles d'accouchement; à l'hôpital du Saint-Esprit à Francfort-sur-Mein, le bois est aussi préféré. D'après Ed. Meyer, les lits à l'hôpital de Venise sont en bois peint €n blanc, et à Zurich l'administration s'est arrêtée aux lits en bois peint à l'huile, dont les planches de côté fixées par des crampons se trouvent à 3 centimètres de la charpente du lit, disposition qui suflh'ait, dit-on, pour éloigner les insectes. — La paillasse, qui fournit un plan de sustentation dur et irrégulier et qui devient rapidement un réceptacle de mauvaises odeurs et de parasites, aura bientôt disparu dans les hôpitaux, et cette réforme, que F. Roubaud [loc. cit., p. 80) considérait comme bien difficile à opérer, peut être considérée aujourd'hui comme accomplie.
Déjà en 1788 le Conseil de santé avait proposé de substituer aux paillasses des fonds sanglés (Saby, Des hôpitaux militaires. Metz, 1789, in-S"). En Angleterre, le fond des lits est constitué par une forte toile sanglée au cadre ou tendue avec des ressorts très-doux, mais les sommiers élastiques, décrits à l'article Lit de ce Dictionnaire, présentent des avantages nombreux au point de vue de la propreté, de la commodité, de l'iiygiène, et leur usage, en France, est aujourd'hui général. Les sommiers formés de simples lames élastiques courbées (système Herbet) réalisent l'idéal de la simplicité et de la salubrité. En Allemagne, on utilise des sommiers formés d'une toile métallique double, dont les mailles sont formées de fils de fer contournés en tire-bouchon et qui ne méritent aussi que des éloges au point de vue hygiénique et économique.
Outre un pareil sommier, le lit d'hôpital doit se composer d'un matelas de crin et laine; pour soutenir la tète, le traversin cylindrique seul est insuffisant, l'adjonction de l'oreiller est utile. D'après les fixations actuelles de l'Assistance publique à Paris, chaque lit comporte 2 couvertures, 2 matelas, 5 oreillers, 1 sommier élastique, 1 traversin, 16 alèzes, 16 draps, 2 housses ou garnitures ■de lit, 10 taies d'oreiller, 14 cliemises, 1 serviette de bain. En Angleterre, où la literie fort sommaire ne se compose que d'une sangle bien tendue et d'une paillasse de 15 centimètres d'épaisseur ou d'un matelas, on se sert de traversins de plume qui présentent de nombreux inconvénients hygiéniques et devraient être supprimés aussi bien que les édredons que l'on rencontre encore dans quelques hôpitaux de Pai-is et de Londres.
D'après Ramon Torrès Munoz y Luna {Études sur l'air, etc. In Amïales dliygiène, t. XV, 1861), les divers matériaux qui peuvent entrer dans la composition d'un lit doivent, par rapport à leur pouvoir d'absorption des émanations gazeuses, putrides, être classés de la manière suivante :
Gutta-perclia 0
Paille de maïs |
Paille ordinaire et de maïs 2
Paille de froment et d'orge 5
Drap de fil 4
Drap de coton g
Couverture de coton 7
Couverture de laine g
Plumes 9
Laine 1q
Pour les malades atteints d'affections transraissibles, il serait évidemment préférable de substituer complètement à la laine et au crin, qui s'imprègnent de miasmes morbides, de la balle d'avoine ; à la sortie de chaque malade, la pail-
lasse serait vidée, Javée, désinfectée, et la balle d'avoine, d'un prix minime, livrée aux flammes. On a dans ces derniers temps proposé pour remplacer la laine et le crin une laine de bois consistant en copeaux très-déliés provenant des déchets de bois, particulièrement de bois résineux. Cette laine est élastique, n'absorbe pas l'humidité, éloigne les insectes, et est très-économique. M. Raige Delorme demandait déjà avec raison {Dictionnaire en 50 volumes, art. Hôpital, t. XY, p. 570) que les couvertures de laine et de coton fussent dégraissées et lessivées deux fois par an et que les matelas de crin, de laine, fussent aussi tous les six mois cardés ou rebattus. En Angleterre, l'assainissement des objets de literie est l'objet d'une attention toute particulière qui est loin, encore aujourd'hui, d'exister toujours dans notre pays : lorsqu'un malade vient à mourir, les matelas sont enlevés de la salle, la laine en est lavée, cardée, et c'est en quelque sorte un matelas nouveau qu'on rapporte dans la salle (Léon Le Fort, Aperçu général sur la salubrité des hôpitaux anglais. In Annales d'hygiène, 2* série, t. XVII, p. 257). — Tout hôpital qui est destiné à recevoir des blessés doit posséder, outre les lits ordinaires, un certain nombre de lits mécaniques et de lits hydrostatiques que rend nécessaires le traitement de certaines lésions graves. Enfin, on a proposé des lits pouvant se replier sur eux-mêmes, être démontés pendant le jour, et dont l'utilité est contestable dans des hôpitaux fixes permanents; à l'exposition de 1878, l'Angleterre avait ainsi exposé des lits tubulaires, permettant de réduire de moitié leur longueur quand ils n'étaient pas en service. — Si toute cloison intérieure constitue un obstacle à la libre circulation de l'air et favorise le dépôtdes poussières miasmatiques, les rideaux qui entourent les lits encore dans bon nombre d'hôpitaux, non-seulement s'opposent à l'aération de la salle, mais encore les tissus qui les composent s'imprègnent de miasmes et deviennent, plus encore que les cloisons, de vraies éponges miasmatiques. Cette question que l'hygiène permet, ce nous semble, de trancher si facilement, a été l'objet de nombreuses discussions et les avis sont encore partagés. Tenon demandait leur maintien pour les femmes et les enfants, tout en reconnaissant la gène qu'ils apportent à l'aération d'une salle ; il les considérait comme utiles « pour prévenir les refroidissements auxquels sont si sensibles les poitrines délicates », et il conseillait de les faire en toile forte, ou verte ou rembrunie, susceptible d'être lavée. Dès 1814, l'Hôtel-Dieu, la Pitié, la Charité, Necker, Beaujon, la Salpêtrière, avaient des lits à rideaux blancs en été, bleus en hiver, quelquefois ouverts en dessus comme à Beaujon (Pastoi'et). Raige Delorme [loc. cit.) considère aussi les rideaux comme « convenables sous le rapport de la décence, surtout pour les femmes; ils sont favorables au repos et au sommeil des malades, enfin ils permettent de soustraire à la vue le spectacle horrible de l'agonie, ou celui que présentent les attaques de certaines affections convulsives. » Mais on peut répondre avec Michel Lévy qu'ils servent indubitablement de barrière aux exhalaisons de chaque malade, les accumulent sur lui, et que, s'ils dérobent la vue de la douleur et de l'agonie, ils n'en interceptent pas les gémissements et les râles.
Pendant les discussions sur l'hygiène des hôpitaux, à l'Académie de médecine et à la Société de chirurgie, les opinions ont été très-variées sur ce point de détail. Tandis que MM. Depaul, Follin, Guersant, se montraient partisans de l'usagedes rideaux, MM. Giraldès, Trélat, L. Le Fort, Yerneuil, accumulaient les raisons qui doivent les faire rejeter. Alors que M. Depaul demande leur maintien, à condition qu'ils seront ouverts en dehors des cas où le malade a besoin de se
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cacher aux regards ou de se garantir des courants d'air; pour MM. Trélat et Le Fort, ils sont des réceptacles, des cribles où s'accumulent les miasmes; ils constituent des écrans qui gênent les mouvements de l'air et, s'ils sont un moyen de ménager la pudeur des malades pendant les soins de toilette, pendant les pansements, rien n'est plus facile que de les remplacer par un paravent mobile, qui intervient utilement dans toutes les circonstances où. on veut soustraire un malade à la vue de ses voisins. A l'Académie de médecine, M. Bonnafont ne s'était montré partisan des rideaux que sous conditions, et à la Société de cbirurgie, après quelques observations dans le même sens présentées par M. Larrey et Broca, on adopta cette conclusion : 11 est nécessaire que les chefs de service aient le droit de faire supprimer les rideaux des lits, lorsqu'ils le jugent convenable. F. Guyon {loc. cit., p. 4G8) ne les rejette pas, « mais à condition toutefois qu'ils seront changés fréquemment, et surtout lorsque le malade qui occupait le lit aura été atteint d'une des graves complications des plaies que nous voyons trop souvent apparaître dans les hôpitaux. » A la Maternité (Hervieux) ils sont tout à fait supprimés et l'année dernière, à la Société médicale des hôpitaux, Constantin Paul, revenant sur cette question, a établi une fois de plus que les rideaux, changés seulement deux fois par an, pouvaient servir et avaient à sa connaissance servi de moyen de transmission de maladies contagieuses. Aussi, malgré les avantages moraux qu'en certaines circonstances, dans les salles de femmes en particulier, semblent présenter les rideaux, je pense qu'ils doivent être partout supprimés, les avantages qu'ils peuvent avoir étant très largement compensés par les dangers qu'ils ne manquent pas de créer, et pour ma part je ne saurais me ranger à l'opinion conciliatrice du regretté Jacquemet {Des hôpitaux et des hospices. Paris, 1866, p. 86), partagée par M. Fonssagrives (art. Lit duDict. encyclop.), qui admettent les rideaux dans les salles de femmes, et pendant l'hiver, en prenant des précautions pour ne pas trop gêner l'aération des salles. A l'étranger, cette question des rideaux est depuis longtemps tranchée; quelques hôpitaux de Dublin en possèdent encore, mais bien autrement simples que chez nous; à Londres, on trouve dans quelques hôpitaux des rideaux légers de 1™,50 de hauteur, appendus à une tringle demi-circulaire fixée au mur et susceptibles de protéger le chevet du lit, c'està-dire ce qui est rigoureusement nécessaire pour éviter les regards dans l'occasion (Topinard, loc. cit.). Généralement, en Angleterre, les rideaux sont remplacés par des paravents mobiles (11. Guéneau de Mussy) qui permettent d'isoler momentanément les malades. En Allemagne, il n'y a de rideaux dans aucun hôpital, même aux hts réservés pour les sœurs ou les surveillantes; à l'hôpital de Munich, à la Charité de Berlin (L. Biegler, Construction et organisation intérieure des hôpitaux), l'emploi des paravents a été généralisé, bien qu'il ne soit pas accepté de tous : ainsi, J. Thorr {Darstellung der haulichen und innern Eînrichtungen eines Krankenhauses durch die Organisation verhdltnisse der Stiidlischen allgemeitien Krankenhauses inMunchen, 1847) rejette très-nettement les paravents et les cloisons aussi bien que les rideaux, tous nuisibles aux malades et gênants pour le service. A Botterdam les médecins insistent au contraire pour que l'on conserve les rideaux, à condition toutefois qu'on les simplifie et surtout qu'on les blanchisse plus souvent (B. Marjolin, loc. cit., p. 15).
A Saint-Jean de Bruxelles, à l'hôpital des Fate bene Fratelli de Milan, une tige demi-circulaire avance sur la moitié du lit et permet soit de le couvrir complètement, soit de l'entourer en partie; disposition bien préférable aux cadres avec DICT. ENC 4° s. XI V^. 25
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leur garniture double en haut et leurs 6 rideaux. Des cloisons fixes s'élevant à une certaine hauteur entre chaque lit constituent une disposition encore plus vicieuse que les rideaux : à l'hôpital du Saint-Esprit de Hambourg, à l'hôpital Chelsea à Londres, les lits sont séparés ainsi par des cloisons en planches de 6 pieds de haut dont il est inutile d'énumérer les inconvénients. En Belgique, le dortoir de l'infirmerie du pénitencier de Saint-Hubert est disposé d'une façon toute particulière. Chaque lit se trouve enfoncé dans une alcôve garnie d'un treillis en avant, en arrière et en haut; elles ont chacune 2 mètres de profondeur sur 2 mètres de largeur, et forment autant de chambi-ettes n'ayant de solides que les parois latérales. Elles plongent par tous les autres points de leur surface dans l'atmosphère de la salle, et on peut à volonté faire glisser le lit vers la partie libre centrale de la salle qui constitue en réalité un large corridor sur lequel viennent s'ouvrir chacune des chambrettes. Quelque ingénieuse qu'elle soit, cette disposition, s'opposant à une large et facile aération, ne saurait être adoptée dans un hôpital quelconque.
Chaque malade doit avoir une table de nuit garnie d'une tablette assez large pour qu'on puisse y déposer de menus objets. Au lieu d'avoir des parois complètes, cotte table de nuit devrait être composée seulement de colonnettes supportant la tablette; rentretien de la propreté serait bien plus facile. Une chaise et une gibecière ou pochette attachée à la tête de son lit compléteront, avec la vaisselle nécessaire aux repas, le mobilier qui lui est personnel. Dans chaque salle, deux fauteuils rembourrés de crin doivent être àli disposition des malades encore faibles qui peuvent se lever. Outre les baignoires, la petite salle de bains, annexée à chaque salle, devra contenir des cuvettes de formes variables pour les bains locaux (bains de pieds, bains de bras, appareils d'irrigation, etc.). Les armoires contenant le linge à pansement et le linge de rechange devront se trouver dans le cabinet du surveillant ou de la religieuse. Des chaises percées, des bassins plats, des urinoirs, des vases de nuit toujours maintenus dans un état de propreté absolue, compléteront le mobilier de la salle. A Pétersbourg, à l'hôpital d'enfants du prince d'Oldenbourg, les vases de nuit sont garnis d'un rebord rempli d'eau pour ne pas laisser échapper l'odeur. Les urinoirs d'étain, toujours malpropres, la plupart du temps non vidés, bien souvent renversés sur le lit, devraient être, suivant le conseil de F. Guyon, remplacés par des urinoirs de verre dont on peut surveiller plus facilement la propreté. Les vases de nuit et les bassins plats doivent au contraire être en e'tain, en raison des dangers qu'il y aurait à se servir de substances fragiles; après chaque garde-i'obe, ces bassins doivent être plongés dans une solution d'acide phénique ou de permanganate de potasse. En Allemagne, on a adopté des vases en verre, et le coffre de la table de nuit est remplacé par une simple planche, de sorte que le vase est toujours en vue et qu'on peut en constater à tout instant le degré de propreté.
X. Aération. Ventilation. Les salles d'hôpital doivent être par toutes leurs surfaces largement accessibles aux courants d'air et à la lumière ; elles doivent, suivant la pittoresque expression de Chassagne [Les hôpitaux sa7is étages, 1878), être comme « une île dans l'air », et ces deux toniques gratuits qu'on appelle l'air et la lumière ne sauraient jamais être assez libéralement dispensés. Si une pareille proposition avait besoin de démonstratien, il nous suffirait de rappeler le fait suivant : En 1718, un incendie partiel de l'Hôtel-
Dieu de Paris détruisit quatre maisons qui ne furent pas robàtios; il en résulta un espace libre qui permit aux courants d'air de se produire plus largement, ut depuis cette époque on observa que, la population de llinpital étant la même, il mourut par an 400 individus de moins, ce qui en 1772 permit à Marmontel de faire remarquer qu'en cinquante-ijuatrc ans ce courant d'air avait sauvé la vie à plus de 20000 citoyens. On peut rapprocher de ce fait l'observation suivante de M. Désormeaux (Remarques sur Vaératlon des hôpitaux, à propos des travaux exécutés à rhûpilal JSeclier. In Gazette des hôpitaux, 1862, p. 567), qui porte avec elle son enseignement : ce chirurgien avait été frappe du mauvais état sanitaire de la salle Saint-Pierre (chirurgie, hommes), comparativement surtout à l'état généralement très-salisl'aisant de la salle des femmes. La démolition d'un vieux bâtiment qui commandait cette salle et interceptait sa libre communication avec le jardin du nord, en livrant un vaste accès à l'air, qui maintenant vient battre librement les deux côtés, a suffi pour faire cesser les complications graves qui compromettaient si souvent jusqu'alors l'élat des blessés et les résultats des opérations, et pour replacer sous ce rapport cette salle dans les mêmes conditions favorables que celle des femmes librement aérée de tous côtés. — Non-seulement les bâtiments qui renferment les malades doivent être baignés d'air et de lumière, mais l'atmosphère des salles, exposée aux nombreuses causes de viciation que nous connaissons, ne saurait être trop souvent renouvelée. Plus le mode d'hospitalisation se rapproche de la vie en plein air, et plus les malades sont à l'abri des influences nosocomiales. Aikin, dans ses Thoughts on Hosfpifals, voulait des sailes vastes et aérées pour la journée, et Pringle avait toujours remarqué que « les salles dont on ne pouvait exclure l'air extérieur, parce que les fenêtres étaient brisées, se trouvaient les plus saines. — Qu'il s'agisse de maladies infectieuses, de lésions chirurgicales d'accouchements, une rapide et facile aération est toujours aussi avantageuse. Chambret, en 1814, guérissait ses typhiques en les plaçant dans des salles dépourvues de fenêtres. Félix Jacquot (Du typhus de Carmée d'Orient. Paris 1858, p. 295), voulait qu'on maintînt une aération continuelle, malgré l'incommodité que cela peut causer à quelques malades ; pour empêcher, dit-il ceux-ci de fermer obstinément les fenêtres la nuit, nous avions brisé un certain nombre de carreaux. M. Gambay et moi, dans nos salles de l'insalubre hôpital de Péra.
Lors de la peste de Marseille (Piorry, Mémoire sur la typhoémie. p. 12), le toit d'un vieil édifice renfermant un grand nombre de malades vint à s'écrouler et l'air put s'y renouveler largement; on y laissa les malades, et la mortalité qui y était énorme alla rapidement en diminuant.
Des observations faites à la Salpêtrière, en 1852, pendant l'épidémie de choléra, par Piorry, il résulte que chaque fois qu'on pi'atiquait la rénovation de l'air, tantôt dans une partie isolée du service, tantôt dans sa totalité, le lendemain aucun malade n'était frappé du choléra; qu'à dater du jour oij, du côté des indigents, on renouvela l'air pendant la nuit, l'épidémie sembla s'arrêter • qu'au contraire elle s'accrut énormément du côté des aliénés où il fut impossible de prendre les mêmes précautions, que l'épidémie reparut aux indi"-entes lorsque la ventilation nocturne fut moins exactement pratiquée, que l'épidémie arriva le même jour à son plus haut point de mortalité, mais que du côté ventilé on eut 7 morts sur 5289 malades, tandis que chez les aliénés on en eut 17 sur 1200; enfin que la mortalité fut très-grande aux loges, c'est-à-dire dans
les cellules où les aliénées étaient isolées, mais dont l'habitation était très-petite. En 1849, Michel Lévy, pendant répidémie cholérique, maintint dans son service une aération permanente de jour et de nuit par l'ouverture des compartiments supérieurs des fenêtres des deux rangées à l'opposite; sur 1218 cholériques, il eut 358 décès, c'est-à-dire la proportion la plus favorable de Paris, et seulement 21 cas intérieurs, tandis qu'ils se comptaient par centaines dans les hôpitaux civils. Dans un service de la Charité, tous les malades furent pris un jour d'accidents cholériques; on diminua de moitié la population du service et tous ces accidents cessèrent bientôt (Blondcl, Rapport sur répidémie cholérique de 1849).
Les maladies chirurgicales et leurs complications ne sont pas moins favorablement inlhiencées par une aération facile et permanente. En 1815, Delpech (de Jlontpcllicr), dans son célèbre mémoire Sur la complication des plaies et des ulcères, comme sous le nom de pourriture d'hôpital, s'exprimait ainsi : « Le renouvellement fréquent de l'air a été mis au nombre des moyens les plus efficaces parmi les soms préservatifs. Nous avons tiré de ce soin tout le parti possible. Nous n'avons pas craint de laisser les croisées des salles ouvertes pendant la nuit, et malgré la saison d'hiver. Nous avons remarqué que, s'il y avait des exemples de pourriture stationnaire, c'était auprès des ouvertures extérieures (ju'on les observait, et la pourriture se propageait moins subtilement dans le voisinage de ces mêmes points d'une salle... Nous avons même remarqué que les malades qui occupaient les lits voisins des ouvertures extérieures, surtout des croisées pratiquées aux extrémités d'une salle, étaient plus rarement affectés. » De Chaumont a signalé des faits analogues dans la salle des blessés (accident-ivard) de l'hôpital Sainte-Marie : / was informed that the Health of the Patients in the Beds hy the Screen was less good than those at Lhe ivindow Sides, and that Erysipelas frequently made its Appearance among them. M. Gosselin, le premier, dans les hôpitaux de Paris, a eu recours, à Thôpilal de la Pitié, à l'aération permanente qui lui a valu des résultats chirurgicaux supérieurs à tous ceux qu'il avait jusqu'alors obtenus. Les plaies, dit-il, marchent régulièrement, sans pourriture d'hôpital, sans diphthérite, sans anémie; les amputations réussissent [Discussions sur l'hygiène des hôpitaux à la Société de chirurgie, 1865, p. 89). Sur 12 amputations de cuisse il obtint 8 guérisons et sur 14 amputations de jambe 7 résultats favorables. Dans une communication au Congrès international de Paris en 1867, sur la Prophylaxie del'érjjsipèle et de l'infection purulente dans les salles de chirurgie, le professeur Gosselin établissait de nouveau que cette prophylaxie avait ses principaux moyens d'action dans une large répartition des malades et un renouvellement suffisant de l'air. Ch. Sarazin attribuait aussi à l'ouverture permanente de quelques fenêtres, même la nuit et pendant l'hiver, les heureux résultats qu'il avait obtenus dans son service à l'hôpital de Strasbourg [Clinique chirurgicale de l'hôpital de Strasbourg, 1870).
En s'inspirant des mêmes idées, M. Empis a retiré les plus grands avantages d'une large et permanente aération dans son service d'accouchements de la Pitié (De la statistique du service d'accouchements de la Pitié et des mesures hygiéniques instituées dans cet hôpital contre la fièvre puerpérale. In Gazette des hôpitaux, 1866), et on peut aussi rappeler que la salle d'accouchements du grand hôpital de Lyon, célèbre par l'absence de fièvre puerpérale depuis de longues années, est ventilée tout simplement au moyen de grandes fenêtres, d'ouvertures pratiquées de chaque côté dans les murs et de larges fenêtres au
plafond qui communiquent avec un grenier habituellement ouvert à tous les vents {Gazette des hôpitaux, 1867, p. oOl).
A Florence, à l'hôpital Santa Maria Nuova, les vasistas sont ouverts nuit et jour dans chaque salle et dans toute saison; c'est le meilleur de la ventilation. Les maladies nosocomiales y sont exceptionnelles (Millot, loc. cit.).
Au grand hôpital de Milan, qui ne contient pas moins de 2400 malades et dont les salles étroites fort longues sont remplies de lits très-rapproches, la mortalité est néanmoins très-faible, ce qui doit être attribué à l'énergique ventilation naturelle des salles (Guido Susani). Un millier de lits environ sont installés sous des porches dont on ferme du reste très-incomplétemcnt la devanture avec des toiles cirées ou des planches.
Cette influence bienfaisante de l'aération naturelle, spontanée, est reconnue par un savant non médecin, mais dont l'autorité en ces matières est incontestée, par le général Morin : «La purification des salles par l'aircxtcrieur est tellement salutaire, et même pour des malades elle offre un si grand agrément, que, tout en attachant une grande importance à l'établissement d'une bonne venlilaliou artificielle, il faut bien se garder de se priver d'un moyen simple. » Ainsi que ledisentMM. Labbé et F. Gu)-on {Rapports sur les progrès de la chirurgie, 1867), la ventilation naturelle est préférable à la ventilation artilicielle, son efficacité n'est plus à démontrer, elle a fait ses preuves. Déjà en 1786 Bailly et Lavoisier {Œuvres de Lavoisier, édition Dumas, t. 111, p. 466) avaient signalé la nécessité de la ventilation naturelle par les fenêtres : « L'air qui circule à l'Ilôtel- Dieu, d'une extrémité des salles à l'autre et du rez-de-chaussée au quatrième étage, n'est qu'une grande masse d'air corrompu. L'air extérieur n'y pénètre que difficilement et lentement, il y a peu de croisées, rarement elles sont opposées pour chasser directement l'air altéré des salles; il faut qu'il circule, qu'il fasse de longs détours avant de sortir, et l'air du dehors qui a le même chemin à faire n'arrive dans certaines salles que chargé de la corruption de toutes les autres; c'est la grande cause d'insalubrité de l'Hôtel-Dieu... Nous avons pensé que la chambre la plus aérée ne peut l'être qu'autant qu'on en ouvre les fenêtres et, lorsque le froid se fait sentir, nous savons bien qu'elles restent presque toujours fermées, quoiqu'on ordonne de les ouvrir à certaines heures. »
C'est par les différentes ouvertures, portes et fenêtres, que les courants d'air peuvent s'établir et qu'a lieu la ventilation naturelle; nous avons déjà indiqué les dispositions et les dimensions qu'elles doivent avoir : d'une façon générale, on peut dire que les ouvertures doivent représenter environ le tiers des surfaces pariétales. L'aération par les fenêtres, il faut le reconnaître, n'est pas sans entraîner quelques légers inconvénients; on a pu avec raison attribuer aux courants d'air froid quelques bronchites, même des pneumonies, mais ces accidents sont infiniment rares, surtout si on prend les précautions que nous indiquerons tout à l'heure. Des malades couchés et bien couverts dans leurs lits ne courent pas de dangers réels, tandis qu'ils retirent d'énormes et incontestables avantages d'une large et permanente aération. Déjà en 1849 Stromever {Maximen der Kriegheilkunst. Hannover, 1355, l'« édit., p. 255, et 2^ édit.. 1860, p. 216) avait cru devoir signaler l'infiiience des courants d'air froid sur les plaies qui se recouvraient d'une couche diphthéritique; pendant la guerre de 1870-1871, il eut l'occasion de faire d'autres observations analogues {Souvenirs d'un chirurgien d'ambulance, par Mac Cormac. Notes de Stromever, trad. par iMorache, p. 126). Avec lui, nous reconnaîtrons que pendant des
liivers rigoureux les salles de blessés ont besoin d'un bon chauffage, mais nous ne saurions admettre que « les courants d'air et le froid sont des ennemis aussi dangereux que l'agglomération. »
Les avantages de la ventilation naturelle étant reconnus et admis, ce qu'il faut établir, c'est sa valeur absolue et la façon dont elle peut et doit être pratiquée. Les calculs suivants peuvent donner une idée approximative de la puissance de la ventilation par les fenêtres. Le capitaine Douglas Galton a calculé qu'à l'air libre un homme présentant une surface de 1 mètre carré, quelle (jue soit sa position, si l'atmosphère qui l'entoure se meut à raison de 50 centimètres par seconde : vitesse maximum pour qu'il n'y ait pas de courant d'air sensible, en une heure, c'est-à-dire en 3600 secondes, il aura reçu sur son corps l'action de 1 mètre carré X o700 X 0,50 = 1800 mètres cubes. D'un autre côté, Ch. Sarazin a calculé qu'avec un courant d'air de 10 mètres à la minute, c'est-à-dire à peine sensible, il passe par deux fenêtres opposées de 1"',50 de largeur et de 5 mètres de hauteur par heure 1,50 X o X 10 X 60 = 2700 mètres cubes. 11 a en outre constaté que, lorsque des bourrasques l'obligeaient à n'ouvrir qu'une seule imposte, le courant d'air dépassant en général 2 mètres à la seconde, celte imposte versait dans la salle uu moins 12960 mètres cubes d'air irais par heure [Clinique chirugicale de Strasbourg, p. 11). Si ces chiffies représentaient la réalité, dans une salie ainsi ventilée les malades recevraient souvent plus d'air neuf qu'au dehors; mais il faut évidemment en rabattre beaucoup de ces évaluations théoriques. Tout d'abord, les fenêtres ne sauraient être tenues constamment ouvertes ; dans nos pays au moins, cette introduction naturelle de lair ne peut guère durer que huit à dix heures pendant la belle saison et beaucoup moins pendant l'hiver. En outre, pour que le renouvellement de l'air put s'effectuer aussi activement, il faudrait que le vent sonfnât toujours dans une direction favorable et qu'il n'existât aucun obstacle susceptible de briser la colonne d'air et de la ralentir. Malgré la réduction que doit subir évidemment ce chiffre énorme de 2700 mètres cubes par heure et par fenêtre, il n'en est pas moins certain que la simple ouverture des croisées constitue un moyen fort puissant d'aération. M. Tollet a calculé que dans ime salle d'une capacité de 1500 mètres cubes l'air peut être renouvelé par l'ouverture d'une seule croisée, en moins de trente minutes, avec une vitesse de 50 centimètres par seconde. On peut, il est vrai, reprocher à la ventilation par les fenêtres de ne pas déplacer suffisamment certaines couches, dans les angles, sous les lits, par exemple, où l'air sans être stagnant est loin d'être renouvelé aussi souvent et aussi complètement qu'en face des croisées.
Ce n'est pas timidement, comme on l'a fait pendant bien longtemps, qu'il faut ouvrir les fenêtres; pour employer les expressions de Miss Nightingale, elles doivent être ouvertes le plus souvent et le plus longtemps possible. Les fenêtres, d'une façon générale, doivent être ouvertes tous les jours, quelle que soit la température ; ce qui doit varier, c'est seulement le nombre de fenêtres ouvertes et la durée de leur ouverture. Si l'on n'ouvre que d'un côté, on ouvrira de préférence du côté oià donne le soleil. Lorsque le temps est mauvais, une seule fenêtre, une ou plusieurs impostes, seront maintenues ouvertes; on devra, cela va sans dire, ouvrir de préférence les fenêtres qui doiment sur des lits vacants ou occupés par les malades les moins gravement atteints et qui se lèvent une partie de la journée. Les malades restant sous leurs couvertures n'ont pas à redouter l'impression du froid, la respiration d'un air à une basse
température ne constitue pas par elle-même une cause de refroidissement. Mais il est prudent de fermer, au moins momentanément, les fenêtres voisines d'un malade qui aurait besoin de se découvrir, d'être examiné un peu longuement, de subir un pansement. Lorsque la température extérieure s'abaisse et que de l'air froid pénètre dans les salles, on peut sans interrompre la ventilation naturelle remédier à cet inconvénient en recourant à un chauffage puissant, lequel favorise aussi singulièrement le renouvellement de l'air.
Les fenêtres doivent toujours s'ouvrir directement sur les cours, et on ne saurait trop blâmer leur disposition à l'hôpital Saint-Louis de Gonzague à Turin et à l'hôpital de la marine, Saint-Mandrier à Toulon, oii elles prennent jour et lumière sur des corridors servant également de promenoirs. A l'hôpital communal de Copenhague, les croisées sont opposées à de larges portes donnant sur de vastes corridors ventilés eux-mêmes par des ouvertures allant du plancher au plafond.
Pour régler le renouvellement de l'air, on a imaginé divers dispositifs ingénieux qu'il est important de connaître. On a tout d'abord divisé simplement la fenêtre en deux compartiments dont l'un, le supérieur, est mobile (fenêtre à bascule, à hotte) ; au lieu de s'ouvrir d'un seul tenant, le plus souvent dans nos hôpitaux chaque fenêtre s'ouvre en deux parties, la portion la plus élevée «tant garnie d'impostes et de vasistas. Pour favoriser l'entrée de l'air, on peut remplacer l'un des carreaux de vitre par des lames de verre inclinées et distantes les unes des autres comme les lames de persienne, ou bien ménager au-dessus du vitrage un vasistas grillé que l'on ouvre et ferme à volonté et qui ne laisse pénétrer l'air qu'en le divisant avant qu'il s'étende en couches vers le plafond; c'est un mécanisme semblable que Louis Ser, ingénieur de l'Assistance publique, a établi dans plusieurs hôpitaux de Paris.
Dans le nouvel hôpital Tenon, les fenêtres s'ouvrent en trois parties, ce qui permet de faire descendre le vitrage à 60 centimètres du sol. Les tranches médiane et inférieure s'ouvrent d'après le système ordinaire et la partie supérieure est garnie de vasistas; la tranche intérieure ne peut être ouverte qu'à l'aide d'une clef, afin de ne pas la laisser à la disposition des malades.
Il serait à désirer, comme le demande F. Guyon {loc. cit., p. 465), que cette partie, qui a surtout pour but de permettre aux malades de jouir de la vue des jardins sans quitter leur lit, fût garnie de carreaux mobiles. On pourrait ainsi, lorsque l'ouverture complète ne peut être effectuée, assurer le mouvement direct des couches transversales inférieures. A l'hôpital de Bourges, toutes les fenêtres sont garnies de persiennes en fer dont les feuilles sont mobiles et permettent de graduer l'entrée de l'air suivant leur inclinaison. Dans les hôpitaux anglais, des fenêtres à guillotines, analogues comme mécanisme aux glaces des voitures de chemin de fer, sont utilisées pour permettre l'ouverture de la baie suivant le degré d'aération désirable. On trouve à l'hôpital de Middlesex, à Londres, un dispositif simple qui mérite d'être recommandé : les fenêtres sont formées par trois châssis mobiles qui basculent en soufflet vers l'intérieur de la salle et forment avec la verticale un angle de 45 degrés. Par suite de cette direction, l'air qui entre est poussé vers le plafond et les malades sont à l'abri de tout refroidissement. Une manivelle d'un mécanisme très-simple règle l'inclinaison des châssis que l'on peut en outre enlever tout à fait de la fenêtre lorsqu'on le juge convenable.
En Russie, souvent, dans les hôpitaux, chaque fenêtre est pourvue d'un
carreau en fer-blanc percé de (roiis; enfin, on peut]fixer dans l'un des carreaux un moulinet à vent qui, quand il fonctionne, représente un minuscule appareil de propulsion.
Pour compléter la ventilation par l'ouverture des fenêtres, pour la rendre plus efficace, Bailly et Lavoisier avaient déjà indiqué les moyens simples et pratiques auxquels on a encore recours aujourd'hui : « Nous observerons, disent-ils, que les ventouses d'Angleterre sont simples et seulement au plancher supérieur; celles que nous avons dessein de faire seront doubles, les unes au plancher inférieur, les autres au plafond pour les correspondre. Si l'on veut que la circulation soit complète, il ne suffit pas de ménager à l'air intérieur une issue pour sortir, il faut encore ouvrir à l'air du dehors un passage pour entrer et pour chasser l'air du dedans. On pourrait même perlêctionner ce mode de renouvellement et en obtenir un avantage de plus : ce serait de faire passer le tuyau qui apporte l'air à travers un poêle et, pendant l'hiver, l'air renouvelé serait à la fois pur et chaud. »
En pratiquant au niveau du plancher vers les parties inférieures de la muraille des ouvertures qui donnent accès à l'air extérieur en même temps que sont établis des orifices analogues au plafond ou à la partie supérieure des murs, destinés à la sortie de l'air échauffé et vicié, on favorise singulièrement la ventilation; la seule différence de température entre l'air du dehors et l'air échauffé de la salle suffit pour établir le sens du courant. On a proposé de laisser de légers vides (de 2 à 3 millimètres) entre chaque planche du parquet pour permettre à l'air extérieur de pénétrer librement, ainsi que cela a été fait à l'hôpital baraqué de la plaine des manœuvres à Bruxelles, mais il est préférable, comme l'a conseillé le docteur Bougard au Congrès d'hygiène de 1876, de ménager dans le plancher des rosaces grillées entre les lits, que l'on ferme et ouvre à volonté au moven de plaques tournantes. Heyfelder a approuvé et appliqué cette disposition. En multipliant les orifices d'entrée, on assure le renouvellement de l'atmosphère des salles dans toutes ses parties, et en donnant aux orifices d'entrée et de sortie (réunis) la plus grande section possible, on assure à l'air de ventilation la plus faible vitesse (Hudelo). De Chaumont [Reports on the Sanitary State of Saint-Mary s Hospilal, 1875) fixe à 60 pouces carrés les surfaces d'ouvertures {area sectional) qu'une salle doit fournir à chaque malade, et il estime que les fenêtres ne doivent pas en représenter plus d'un tiers, afin que la ventilation pendant la saison froide puisse avoir lieu même les fenêtres fermées.
En garnissant les ouvertures d'entrée de plaques criblées de trous, on brise les courants de façon à les rendre insensibles, et pour pouvoir les graduer à volonté, rien n'est plus facile que d'établir des registres mobiles dans la longueur des canaux d'arrivée. Fenêtres et ventouses bien disposées suffisent, au moins dans des contrées chaudes, pour assurer la ventilation en toute saison, et l'hôpital San José de Lisbonne en particulier {Da Costa. Aharanga-Apontamentos sobre os meios de ventilare e aquerer os edificios publicos e em particidar os liospitaes. Lisboa, 1857) ne possède pas d'autres moyens d'aération.
Les capuchons ventilateurs de tirage, désignés sous les noms de ventilateur de Boyle, de chapeau injectcur de Scott, de chapeau hollandais de Lloyd, destinés à aspirer automatiquement l'air des habitations, doivent aussi être signalés. Leur action dérive de ce que le vent en passant à travers le chapeau établit un courant d'air d'où résultent un vide partiel et un appel consécutif. Les vitres en verre perforé d'Appert, Geneste et Herscher, rentrent dans cette
catégorie de procédés. Ces vitres, formées de verres épais de 3 millimètres environ, sont perforées de trous coniques, à sommet dirigé vers l'extérieur, de manière que la veine fluide s'épanouisse au moment de son entrée dans la pièce. Ces vitres présentent le grand avantage de fonctionner constamment sans incommoder les occupants. Le ventilateur automatique Sterne, constitué par des soupapes très-mobiles en mica, comprend deux petits appareils l'un pour l'entrée, l'autre pour la sortie de l'air, qui se fixent dans les fenêtres ; sa fragilité doit en rendre le fonctionnement réiïulier difficile.
On a imaginé un certain nombre d'appareils fort simples pour favoriser la ventilation. Renvoyant pour leur description à l'article spécial qui sera consacré à ce sujet, nous ne ferons qu'indiquer les ventilateurs de Watsoii, de Mac-Kinnel, de Muir, qui ont une action douteuse et en outre toujours subordonnée à la direction du vent et à la température intérieure de la salle. En Angleterre, on utilise encore les tubes de ventilation ou valves mobiles de Sheringham, comme le propose M. Salter, en ayant soin de les multiplier et de les distribuer sur les côtés opposés, de façon à assurer la ventilation de quelque côté que souflle le vent. Papillon {Mémoires de médecine militaire, 2'' série, t. XLIX, p. 257) et Boudin {Annales d'hygiène, \'^ série, t. XLIX, p. 225) ont décrit des appareils très-simples et basés sur les mêmes principes. — Les miasmes humains plus fixes que les gaz expirés séjournent, nous l'avons vu, autour des malades qui les exhalent, et on a pensé à soustraire l'air vicié autour de chaque malade avant qu'il ait pu se répandre et exercer son action nuisible sur les malades voisins. Ramon de Luna a ainsi proposé sous le nom de ventilateur clinique un appareil qui, par simple aspiration, soustrait l'atmosphère propre du malade et spécialement l'air retenu dans le matelas. Le docteur Léon Romain-Jacur de Padouc {Projet dliôpital pourvu d'un système particulier de ventilation) s'est proposé d'isoler chaque malade de manière que ses émanations soient emportées de la salle avant d'arriver au lit du voisin. Pour cela, il établit sous chaque lit un gros tuyau d'appel ; tous ces tuyaux se rendent à une cheminée d'évacuation dans laquelle brûlent constamment des becs de gaz, en même temps qu'à sa base sont établis des ventilateurs aspirants.
Pour favoriser l'action de la chaleur, qui à elle seule, convenablement employée, suffit pour produire une ventilation énergique, on a depuis longtemps pensé à utiliser les cheminées d'appel ; c'est à Percy que paraît due la première idée de cette application {Dict. des sciences médiccdes en 60 vol., t. LIX, 1821, art. Ventilation). Il faut arriver jusqu'en 1842 pour trouver en France un projet de ventilation d'hôpital basé sur ce principe. A cette époque, d'Arcet indiqua un système pour l'hôpital Necker dans lequel les cheminées d'appel jouaient le rôle prépondérant {Sur V application du système de ventilation des magnaneries àV assainissement des hôpitaux. Lettre à M. Delahante, président de l'administration des hôpitaux de Lyon. In Annales d'hygiène, t. XXYII, p. 318, 1842). D'après ce projet, auquel il ne fut donné aucune suite, l'air devait arriver jusqu'en dessous de chaque lit et sans vitesse sensible; à la tête de chacun d'eux devait se trouver une table de nuit fixe servant de chaise percée et où le vase était soumis à une ventilation continuelle qui emportait toute mauvaise odeur au dehors tout en contribuant à l'assainissement de la salle.
Pour activer le tirage, déjà en 1849 (Z)e la ventilation appliquée à l'hygiène militaire, p. 51) Papillon avait songé à utiliser les lampes destinées à l'éclai-
l'âge. Il conseillait de « les placer dans des cages en verre, adossées au mur, ouvertes par le bas, surmontées, sans solution de continuité, d'un tube en zinc de 10 centimètres carrés de section et de 2 ou 3 mètres de hauteur verticale, lequel traverserait la première ouverture venue pour se terminer par une courbe annulaire. Un bec de lampe brûlant 15 grammes d'huile à l'heure consomme autant d'oxygène que la respiration d'un homme; sa puissance dynamique, mise à profit, emporterait avec les produits de la combustion de l'huile autant d'air qu'en usent deux malades. Double bénéfice, d'autant moins à négliger qu'il se recueillerait la nuit et en toute saison. » Ce ne fut que plus tard que le général Morin pensa à placer des becs de gaz à la partie inférieure des tuyaux d'évacuation pour activer le tirage, et il constata que 1 mètre cube de gaz brûlé correspondait à l'évacuation de 500 mètres cubes d'air. Au lieu d'être placés à la base des cheminées, les becs de gaz peuvent être placés dans les conduits ménagés dans les trumeaux des murs de face ou dans les murs de refend ; en les disposant de cette façon, Coulier en a retiré les meilleurs résultats [VeniUation économique et chauffage. In Annales d'hygiène, 1873). Ce procédé d'aération est mis en usage en particulier à l'hôpital Saint-Sauveur de Lille. Houzé de l'Aulnoit a fait élever à chaque extrémité des salles une gaîne qui ne sert que (le tuyau d'appel et d'évacuation et dans laquelle brûle constamment un bec de gaz derrière un verre dépoli, de façon à servir simultanément à la ventilation et à l'éclairage nocturne. A la Maternité de Saint-Pétersbourg, non-seulement l'aspiration est ainsi facilitée et entretenue à l'aide de becs de gaz, mais encore la ventilation s'y opère en sens inverse, elle est renversée; au lieu d'arriver au niveau du plancher et de s'élever ensuite pour être évacué par la cheminée d'appel, l'air est admis vers la partie supérieure; il refoule successiv-ement de haut en bas les couches viciées qui sont attirées dans une cheminée par laquelle elles sont expulsées; en d'autres termes, au lieu d'être en contre-haut, l'appel s'y fait en contre-bas. Appliqué d'abord dans les magnaneries, les filatures de soie, par l'ingénieur Aribert, ce mode de ventilation a été surtout préconisé par Félix Achard pour les hôpitaux [La réforme des hôpitaux par la ventilation renversée. Paris, 1(S05). Si la ventilation renversée a, comme le fait remarquer avec raison Hudelo, l'inconvénient de ramener l'air vicié vers les malades, la ventilation de bas en haut, lorsqu'elle est un peu active, soulève les poussières du plancher et, ce qui est infiniment plus grave, fait, ainsi que le dit Ch. Joly, passer dans la pièce à ventiler un volume d'air nouveau dans un temps donné, en déplaçant le moins possible l'air vicié préexistant. Enfin Angiboust, ingénieur des travaux hydrauliques à Rochefort, a soutenu, avec quelque apparence de raison, que dans un milieu clos un courant d'air se dirigeant verticalement de haut en bas était bien plus favorable au renouvellement de l'air sur toute la surface du corps humain qu'un courant à direction horizontale. En résumé, la ventilation renversée assure plus uniformément le renouvellement de la totalité de l'atmosphère d'une salle que l'appel en contre-bas et elle doit lui être préférée.
La cheminée d'évacuation à la Maternité de Pétersbourg, munie à sa base de becs de gaz qui sont allumés jour et nuit, est surmontée d'un tuyau à girouette qui s'oriente naturellement de manière à profiter de l'action du vent pour favoriser l'évacuation de l'air vicié. Un anémomètre à compteur électrique permet de constater automatiquement, et à toute heure, la régularité de la marche de la ventilation. Ce système établi par l'ingénieur François Baron de Derschau n'a
nécessité une dépense que de 46 000 francs et il assure à chaque malade 50 mètres cubes d'air par heure.
Pour augmenter l'appel, activer le tirage, on a pensé à faire déboucher dans les tuyaux des cheminées ou des poêles les gaines destinées à l'évacuation de l'air, mais il est préférable de simplement les y adosser : c'est ainsi qu'à l'hôpital Lincoln (Washington) le tuyau de fumée des poêles passe au centre d'une cheminée d'appel. C'est sur le même principe qu'est basé le ventilateur du commandant Renard. Il est constitué par une boîte métallique qu'on fixe dans le mur à côté de la cheminée qui par appel attire l'air à évacuer. Un petit rideau de soie mobile s'applique contre le grillage chaque fois qu'il y a tendance à l'établissement d'un courant d'air de la cheminée vers la chambre. — A l'hôpital Saint-Louis de Gonzague à Turin on raréfie l'air au moyen de tuyaux de cheminées installés dans les pilastres qui soutiennent le dôme de la chapelle; celleci est au milieu de l'établissement; à chaque angle est un pilier et une salle de malades. L'autel de la chapelle se trouve au-dessus d'un puits, lequel s'ouvre au-dessous par plusieurs ouvertures regardant les salles ; l'air se rafraîchit en passant par ce puits et donne ainsi un peu de fraîcheur à chaque salle (Millol, loco citalo,^. 115). — De simples cheminées à foyer ouvert constituent de puissants moyens de ventilation par appel; déjà en 1709 iMonro avait su les utiliser avec grand avantage et Luscunih, pendant la campagne d'Espagne conduite par Wellington, en avait signalé les bons résultats [Practical Observations on the Means of preserving the Health of Soldiers in Camps and Quarters. Edinburgh, 1820).
En Angleterre, actuellement dans les hôpitaux l'aération, en môme temps que le chauffage, est assurée presque exclusivement par des cheminées, des open-fires places. Dans chaque salle (Topinard, loco citato, p. 29) est une cheminée haute et large, comme celles du moyen âge, oii règne constamment un excellent feu de charbon de terre, dont la grille s'élève à 1 mètre environ au-dessus du sol : il en résulte que le tirage porte sur une hauteur qui atteint la têle d'un individu. Même pendant l'été, alors que l'ouverture des fenêtres permet une large aération naturelle, quelques-uns de ces foyers sont maintenus •allumés pour améliorer le renouvellement de l'air; de hautes cloisons mobiles placées devant ces cheminées s'opposent à réchauffement de la salle par rayonnement. On a calculé qu'une bonne cheminée évacuait par le tuyau de fumée et selon les étages les quantités d'air indiquées ci-dessous :
Hauteur du tuyau Mètres cubes
Étages. en mètres. à l'heure.
Rez-de-chaussée 15 730
Premier étage 15 663
Deuxième étage 9 575
Troisième étage 6 432
Outre qu'elles favorisent activement le renouvellement de l'air, les cheminées à feu ouvert brûlent, détruisent, au moins en grande partie, les substances miasmatiques que contient l'air des salles, mais elles ont l'inconvénient de nécessiter une grande dépense de combustible pour obtenir une faible quantité de calorique. Même dépourvues de feu, les cheminées constituent pendant l'été encore un moyen actif de ventilation qu'on peut du reste accroître en plaçant dans leur intérieur quelques becs de gaz allumés : c'est, paraît-il, ainsi qu'on procède dans les npuveaux hôpitaux d'Amérique ; outre un système général do
chauffage, ils possèdent des cheminées que l'on allume seules en hiver et en automne ; au printemps et en été, elles continuent à fonctionner pour la ventilation à l'aide d'un petit foyer d'appel [lockfeiier) que l'on entretient dans le tuyau de fumée.
On a depuis longtemps songé à utiliser les poêles aussi comme appareils de ventilation : autour du foyer du poêle et même du tuyau de fumée existe un espace annulaire, « chambre de chauffe » ; à sa partie inférieure débouchent les canaux de prise d'air extérieur et à sa partie supérieure sont des bouches par lesquelles l'air neuf chauffé se déverse dans la salle. La disposition de ces poêles ventilateurs peut du reste être facilement variée suivant la disposition des pièces, le mode de construction. La gaine d'hitroduction de l'air peut se continuer simplement avec la gaîue enveloppante du tuyau de fumée et s'ouvrir à la partie supérieure, ou bien la gaine qui amène l'air extérieur peut déboucher dans la salle après avoir parcouru le tuyau de fumée, tandis que l'air vicié s'échappe par un conduit spécial qui sert de cheminée d'appel. Dans certains liôpitaux, au Val-dc-Giàce en particulier, daus les pavillons, un dispositif assez simple permet d'assurer la ventilation pendant l'hiver. Les prises d'air extérieur ont lieu par des ouvertures de 20 centimètres carrés de section. Cet air, après avoir passé par des conduits qui enveloppent le foyer, se déverse dans la salle par des bouches dites de chaleur, s'élève vers le plafond et refoule par son élasticité les courants d'air dont il prend la place et que l'appel du foyer sollicite à descendre. La rapidité du renouvellement de l'air est réglée par celle de la combustion. Les cheminées dites à la Desarnod au siècle dernier possédaient de même des tuyaux de chaleur qui après avoir échauffé l'air du dehors le versaient dans l'appartement et facilitaient ainsi la ventilation intérieure {Hygiène d'Halle et Tourtelle). Les poêles-cheminées construits par la maison Geneste et Herscher frères fonctionnent d'après ces principes et ils ont été installés en particulier à l'hôpital militaire de Bourges. De même, à Vienne, le docteur Bohm a établi, à l'hôpital Rudolph, des poêles de faïence autour desquels circule l'air frais venant du dehors par de nombreux conduits. L'air chauffé se dégage dans la salle à sa partie supérieure et il est attiré vers le plancher par des cheminées d'appel qui s'élèvent jusqu'au-dessu'« du toit. Tous ces poêle>, outre l'inconvénient qu'ils ont de faire dépendre la ventilation du chauffage et d'échauffer directement l'air introduit et versé par les bouches de chaleur, évacuent trop peu de l'air vicié, provoquent des circuits partiels, dessèchent l'air intérieur, grillent les matières organiques à leur pourtour sans les éliminer et permettent au même air d'être respiré plusieurs fois. — Pour éviter les courants d'air et faire de la cheminée un vrai appareil de ventilation, il faut lui fournir un apport d'air équivalent à son débit d'évacuation ; c'est cette difficulté qu'ont résolue les cheminées dites ventilatrices, qui ont en outre l'avantage d'utiliser une bien plus forte proportion de calorique que les cheminées ordinaires.
On trouvera à l'article Chauffage la description de ces appareils et en particulier de la cheminée Fondet et de la cheminée dite de Douglas Galton, bien qu'on la trouve décrite à peu près exactement sous le nom de Belmas, en J8o2, dans un travail inséré dans l'aide-ménioire des ofliciers du génie. Cette dernière, avec un feu modéré et une consommation de 10 kilogrammes de houille au plus en douze heures, évacue 500 mètres cubes d'air par heure et en introduit environ 400 mètres cubes à 50 degrés. Deux de ces appareils peuvent fonctionner dans la même salle sans se contrarier dans leur tirage. Dans tous ces
procédés de ventilation le renouvellemeut de l'air se trouve subordonné au chauffage et, au lieu de chercher à rendre ces deux opérations, sinon absolument indépendantes, au moins aussi distinctes que possible, on crut bien à tort devoir les combiner, les associer intimement l'une à l'autre, et les appareils imaginés depuis une quarantaine d'années ont eu pour point de départ ce principe erroné : Chauffage et ventilation doivent toujours être, le plus possible, deux opëi'ations indépendantes. Faire respirer de l'air neuf n'ayant subi aucune modification et échauffer l'atmosphère intérieure des salles par rayonnement, en les enveloppant d'une sorte de ceinture de chaleur : tel est le problème à résoudre.
Dès le commencement du dix-huitième siècle, on trouve de sérieuses et nombreuses tentatives faites dans le but d'assurer la pureté de l'air dans les hôpitaux à l'aide d'appareils plus ou moins compliqués. J. Th. Désaguliers imagina ainsi des appareils aspirants et à pulsion {An Account of an Instrumenlor Machine for changing the Air of the Room of sick People in a Utile Time hy either drawing ont foui air, or forcing in fresh Air; or doingbolhsuccessivelg, without openning doors orwindoivs. In Philosoph. Tramact., i 755, p. 41). Haies, peu de temps après, avait conslruit ses tubes ventilateurs {A Description of Ventilators ivhereby a great Quantity of fresh Air niay with ease be conveyed into Mines, Goals, Hospitah, etc., in Exchange for iheir noxious Air. London, 174Ô) que Pringle conseillait d'employer pour l'usage des hôpitaux, lorsque les cheminées manquent. Duhamel en 1748 avait publié dans les Mémoires de V Académie des sciences un travail sur les Différents moyens pour renouveler l'air des infirmeries et généralement de tous les endroits oii le mauvais air peut incommoder la respiration, et en 17G7, à Nancy, Genneté avait traité longuement la même question dans une étude sur La purification de l'air croupissant dans les hôpitaux, les prisons et les vaisseaux de mer, par le moyen d'un renouvellement continuel d'air pur et frais qui en emportera aussi continuellement la mauvaise odeur et qui d'infects que sont ces lieux les rendra sains et habitables.
Malgré ces importantes publications, on s'occupa plutôt d'aérer les établissements industriels, les magnaneries en particulier, que les hôpitaux : à Londres comme à Paris, dit Grassi {Chauffage et ventilation des hôpitaux. Thèse de Paris, 1856), on installa des appareils ventilateurs d'abord dans le Parlement, les théâtres , les prisons ; les honnêtes gens n'eurent leur tour qu'après les détenus.
En Angleterre, déjà en 1784 cependant l'hôpital de Derby avait été ventilé par Whitehurst {Dictionnaire des arts et manufactures, 2" édition, 1854, t. II, article Ventilation par Grouvelle). D'après Peclet, il n'y avait en France, en 1843, qu'un seul hôpital, celui d'Âlais, qui fût pourvu d'appareils de ventilation dont il ne donne pas du reste la description.
En 1846, Léon Duvoir pensa à utiliser la circulation d'eau chaude non-seulement comme moyen de calorification, ainsi que Bonnemain l'avait déjà conseillé en 1777 et que cela se pratiquait depuis longtemps en Angleterre, mais encore comme mode de ventilation. Essayé d'abord à l'hospice de Charenton, il fut ensuite appliqué à l'un des pavillons de l'hôpital Beaujon. Ce fut seulement en 1855 que l'on installa le système de ventilation par appel avec circulation d'eau chaude de Léon Duvoir dans les pavillons de gauche de l'hôpital Lariboisière, tandis qu'on établissait dans les pavillons de droite le système par propulsion de Thomas, Laurens et Grouvelle. Dans le premier système, des chambres
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à air cliaufiees par des poêles d'eau chaude sont disposées dans les combles de chaque pavillon sous une cheminée d'appel; elles communiquent par des conduits verticaux ménagés dans les murs et par des bouches d'appel avec les salles de malades. L'air frais pénètre par des conduits horizontaux qui s'ouvrent au niveau du plancher; il s'échauffe en hiver au contact d'un système de tuyaux et de poêles d'eau chaude et sort par des bouches d'appel pour se rendre dans la chambre à air et de là dans la cheminée qui le disperse dans les couches supérieures de l'atmosphère. Grassi, dans sa thèse si souvent citée, a établi que, avec le système Léon Duvoir, la quantité d'air qui entre par les poêles est toujours beaucoup plus faible que celle qui pénètre par les joints des portes et fenêtres, que cet air entrant à peu de distance des orifices de sortie ne ventile pas utilement. Toute négligence dans le chauffage vient en outre inlluer sur l'activité de la ventilation qui, insuffisante pendant la saison froide, se trouve presque annulée pendant l'été quand l'équilibre tend à s'établir entre la température extérieure et celle des salles.
C'est un système analogue de ventilation par appel et de chauffage par circulation d'eau chaude qui fonctionne à Guy 's Hospital. Deux tourelles octogonales servent de cheminées d'appel et s'élèvent à 29 mètres au-dessus du sol de chaque côté du pavillon central. Au milieu de la façade postérieure du même pavillon s'élève une tour carrée surmontée par une lanterne octogonale et un clocheton en fonte à jour. Cette tour constitue l'unique cheminée d'évacuation et s'élève à 59"", 50 au-dessus du sol. L'air nouveau pris ainsi à une grande hauteur, afin d'assurer sa pureté, descend par les cheminées d'appel jusqu'au bas de l'édifice où il débouche dans de vastes galeries appelées chambres d'air frais qui régnent sous toute l'étendue du bâtiment. De ces chambres il se rend dans des conduits verticaux établis dans l'épaisseur des murs, mais après avoir passé entre des groupes de tuyaux horizontaux de circulation d'eau chaude pour le service des salles pendant l'hiver. L'air nouveau ainsi chauffé vient déboucher dans chacune des salles par des orifices ménagés près des plafonds. A chaque étage, il y a 79 conduits d'introduction d'air dans les salles et 63 conduits d'évacuation pour 150 lits, sans compter ceux de la salle de réunion pour le jour et des différents cabinets. A l'intérieur du grand conduit d'évacuation pour l'air vicié passe le tuyau principal de fumée dans lequel viennent déboucher tous les conduits de fumée des foyers des salles. Un tuyau de circulation d'eau chaude parcourt aussi ce grand conduit et assure la ventilation d'été. Outre l'effet direct de ventilation qu'ils produisent dans les salles, les tuyaux de iumée par le fait de la chaleur de leurs parois métalliques activent encore l'appel de l'air vicié qui les entoure dans le grand conduit. Enfin, au centre et dans l'axe de la cheminée générale, s'élève le tuyau de fumée des calorifères qui verse ses produits à une hauteur supérieure à celle des combles. On paraît ainsi avoir résolu le problème de n'avoir qu'une cheminée pour l'air vicié et pour la fumée. A ^Yashington, à l'hôpital Soldiers-home Hospital, la ventilation et le chauffage sont de même assurés par une circulation d'eau chaude et par des cheminées d'appel dont plusieurs sont alimentées par la combustion de becs de gaz.
Jusqu'en 1875 a fonctionné à l'hôpital de Vincennes, dans un des pavillons, l'appareil aspirateur de Grouvelle avec appel en contre-bas pour le rez-dechaussée et deux étages, l'appel en contre-haut pour le troisième étage. Ch. Sarazin le décrit de la façon suivante : Le foyer de deux chaudières à vapeur, destinées EU chauffage des salles, des bains, de la buanderie, etc., aboutit à un
tuyau de lôle vernissée qui monte par une cheminée d'appel à environ 27 mètres^ au-dessus du sol. De cette cheminée partent des conduits qui se ramifient dans les murs du bâtiment et qui s'ouvrent dans les salles par deux séries de bouches d'appel à 28 centimètres et à 2"", 50 du parquet, au milieu de chaque trumeau. L'air vient des caves dans des conduits placés dans les murailles et sous le plancher; en hiver, il est chauffé par les tuyaux de vapeur et les poêles à eau chaude des salles. Grâce à son excès de température, il monte vers le plafond, descend en se refroidissant, sort par les bouches d'appel et suit les conduits verticaux qui se réunissent et forment un égout collecteur qu'il traverse pour monter dans la cheminée d'appel chauffée par le tuyau de fumée des chaudières. Fonctionnant bien pendant l'hiver, ce système fournit 70 mètres cubes d'air à l'heure par malade; pour assurer la ventilation pendant l'été, on allume un foyer ouvert au point de jonction de l'égout aspirateur et de la cheminée. Les poêles à eau chauffée par la vapeur ont été remplacés par une circulation de vapeur mieux entendue, mais en conservant les gaines et collecteurs d'appel en contre-bas. On a en outre établi une petite machine de pulsion pour les pavillons extrêmes de l'aile gauche et l'on a substitué à la prise d'air des caves des prises d'air dans le jardin. Au troisième étage, l'appel se fait en contre-haut par des poêles à eau chaude comme à Lariboisière et des cheminées d'appel placées dans les combles. On a jugé non sans raison que l'aspiration de la grande cheminée ne se ferait plus suffisamment sentir à cette hauteur et à une aussi grande distance.
Dans le pavillon Est fonctionnent les appareils de V. Regnault : deux fourneaux de calorifères à air chaud sont établis dans les caves; les tuyaux du plus grand des deux aboutissent dans les salles à des poêles d'où l'air échauffé se dégage par des bouches de chaleur pour monter ensuite vers le plafond, redescendre en se refroidissant le long de la muraille et autour des lits. Il est ensuite aspiré par les cheminées d'appel qui passent dans les trumeaux et s'ouvrent derrière les lits à 28 centimètres et à 2", 50 du parquet. Le tirage s'établit dans les cheminées d'appel grâce à la chaleur que dégagent dans celles de la muraille Est un courant d'air chaud fourni par le plus petit calorifère et le tuyau de fumée de ce même appareil, dans celles de la muraille Ouest le tuyau de fumée du grand fourneau et un courant d'air chaud fourni par le plus grand calorifère.
Au sixième congrès des hygiénistes allemands, W. Roth a exposé un svstème de ventilation et de chauffage basé sur les mêmes principes et dû à l'ingénieur Kelling. L'air frais puisé à l'extérieur s'échauffe autour d'un calorifère, puis il pénètre dans les salles par une gaîue creusée dans un des murs latéraux et qui vient déboucher à la partie supérieure. Quand il s'est vicié, il s'échappe par un autre canal ou gaine d'extraction creusé dans l'autre mur latéral et qui s'ouvre au niveau du plancher. Dans l'intérieur de cette gaine passe un tuyau réchauffé en hiver par la fumée du calorifère et en été par un foyer entretenu exprès. Par un système de soupapes bien combinées, on peut, sans chauffer, favoriser l'entrée de l'air frais des deux côtés de la salle, tandis que l'air vicié plus chaud s'échappe par une ouverture spéciale munie aussi d'une soupape à la partie supérieure.
Dans les pavillons de droite, à Lariboisière, fonctionne l'appareil à propulsion du système fusionné de Thomas, Laurens et Grouvelle, construit par Farcot. Il se compose essentiellement d'un ventilateur à force centrifuge qui, mû par une machine à vapeur, aspire de l'air frais amené du haut de la tourelle de la
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chapelle et le pousse dans mi tuyau ramifié dans toutes les pièces à ventiler. Au moment où il entre dans les salles, cet air s'échauffe au contact des tuyaux de vapeur et des poêles à eau chauffés par de la vapeur. En été, l'air se rafraîchit en passant dans des tuyaux souterrains et un jet d'eau tombant sur les ailes du ventilateur qui opère 400 tours par minute enlève à l'air du calorique latent en se réduisant en poussière.
Un système plus simple de ventilation par propulsion a été imaginé par le docteur Van Hecke et est appHqué en France à l'asile du Yésinet et à l'hôpital Neclier (Vernois, Note sur le nouvel appareil de ventilation établi à Vhôpital Necker. In Annales d'hygiène, 2« série, 1859, t. XI, p. 50). Il se compose d'une ample cheminée établie dans les combles, contenant une hélice et communiquant par des conduits avec les diverses pièces à ventiler. Le ventilateur est mis en mouvement à l'aide d'un contre- poids qu'on remonte chaque matin à l'aide d'une manivelle. L'hélice dans son mouvement rapide enlève et expulse l'air vicié des salles, qui est sans cesse remplacé par l'air neuf pris au dehors et préalablement échauffé dans les tuyaux d'un calorifère.
En renversant le mouvement de l'hélice, cet appareil devait être à volonté aspirant ou soufflant. Mais d'expériences laites par Leblanc et Ser à Necker avec une température extérieure de 8 à 15 degrés il lésulte que, si l'on ne chauffe pas les calorifères, les volumes d'air introduit dans les salles et les volumes d'air vicié qui en sont évacués se réduisent à 58 ou 40 mètres cubes par heure et par lit, et que l'effet utile du ventilateur n'entre dans cette somme que pour 4"'<^,40, c'est-à-dire qu'en automne et au printemps il est à peu près insignifiant. Au London Fever Ilospital, un ventilateur qui a I",20 de diamètre doit de même théoriquement injecter pendant deux heures de l'air frais et en tournant en sens inverse aspirer pendant deux autres heures l'air vicié; mais rien n'est moins prouvé que l'efficacité de son double mouvement.
Pendant quelques années, on fonda les plus grandes espérances sur l'emploi de ces divers appareils de ventilation artificielle, mais les résultats pratiques ont été loin de répondre à ce que promettait la théorie et la période d'engouement ne fut pas de longue dui'ée. Nous avons déjà signalé les défectuosités de la ventilation par aspiration associée au chauffage par circulation d'eau chaude (système Léon Duvoir) ; nous pouvons ajouter que dans cet appareil la chambre d'appel constitue par elle seule un moyen très-actif de ventilation par aspiration, et ce résultat non prévu par les ingénieurs est peut-être celui sur lequel on peut le plus compter. Les appareils par propulsion ont encore fourni de plus mauvais résultats. Lorsque l'hôpital Lariboisière fut pourvu de système de ventilation artificielle, l'administration demandait 60 mètres cubes d'air par heure et par malade, que l'on considérait à cette époque comme un chiffre trèssatisfaisant. Cette fixation a été dépassée; l'anémomètre permet de constater que l'évacuation d'air atteint facilement jusqu'à 100 mètres cubes par heure et par lit, mais c'est de l'air qui passe, qui traverse la salle, et n'en renouvelle pas l'atmosphère. Dès 1867 {Rapports du jury, i. III, p. 556), l'ingénieur en chef Ser avait reconnu l'insuffisance de ces appareils et déclaré qu'ils n'assuraient pas une circulation régulière et efficace de l'air dans les salles. Le fonctionnement irrégulier de ce système de ventilation devait le priver presque complètement de toute valeur et, ainsi que l'a dit M. Emile Trélat, « en l'installant on n'a pas fait grand'chose de bon. » Le général Morin lui-même n'a pas craint d'avancer que la meilleure besogne dans le mécanisme propulseur de
Lariboisière était en réalité le fait de l'aspiration, et comme pour venir à l'appui de celte manière de voir on a depuis lors établi dans la cheminée d'évacuation de chaque pavillon un foyer de chaleur alimenté par la vapeur de fuite de la machine, afin d'aider à la sortie de l'air vicié au moyeu de l'appel et d'éviter les retours d'air qui s'étaient produits par les gahies d'extraction (Hudelo).
Sous l'inlluence de la pulsion, l'air ne peut arriver aux orifices de sortie; au lieu de déplacer l'air de la salle, il s'y mélange; au lieu de le renouveler, il ne fait que le diluer. Enfin, l'ouverture des fenêtres, possible avec le système par aspiration, contient le système par pulsion.
Les hygiénistes qui se sont le plus occupés de ces questions de ventilation artificielle ont hésité pour donner la préférence à l'un ou à l'autre des systèmes, et Boudin lui-même, leur partisan enthousiaste, déclare ignorer complètement s'il faut donner le pas à la ventilation mécanique par pulsion ou refoulement sur la ventilation mécanique par appel (ISoiivelles études sur le chauffage et la ventilation des édifices publics, 1855, p. 21).
Les résultats pratiques sont du reste venus démontrer tout ce qu'avaient de bien fondé les objections élevées contre l'efficacité des systèmes complexes de ventilation artificielle. Empruntant à M. Bouchardat les chiffres de mortalité dans les hôpitaux de Paris de 1860 à 1869, M. Wazon [Chauffage et ventilation des édifices publics et privés. In Rapports sur V Exposition universelle de 1878) a comparé à ce point de vue les ho[)itaux ventilés naturellement à ceux qui le sont artificiellement et il est arrivé aux résultats suivants :