HOULLIER
18G0 agrégé de chirurgie, suppléa Nélaton à sa clinique. L'Académie des sciences lui décerna un prix pour son Mém. sur les névroses et l'Académie de médecine pour ses recherches Sur V étranglement interne (1860). 11 fut nommé en 1868 directeur du Musée Dupuytren, qu'il agrandit, et en 1876 du musée Orfila. Il a public les catalogues de ces deux musées, celui du musée Dupuytren en 1877- 1880, 5 vol. in-8», et celui du musée Orfila en 1881, in-S". Enfin, outre une multitude de communications à la Société anatomiquc et à la Société de chirurgie, Houcl a mis au jour un Manuel d'anatomie pathologique, etc. (Paris, 1857, in-8''; 2^ édit., 1862, in -8°), qui consiste essentiellement dans la description des pièces du musée Dupuytren, L. H.\.
HOUILLE. La houille ou charbon de terre est un charbon fossile, d'un noir brillant, opaque, imprégné de bitume et de matières terreuses et provenant de l'oxydation lente de divers végétaux appartenant aux familles des Équisétacées, des Fougères, des Lycopodiacées, etc., qui se sont trouvés enfouis dans le sol à des époques géologiques antérieures ; cette origine végétale est attestée par les empreintes de tiges, de feuilles ou de frondes, de fruits, etc., qu'offrent certains fragments de houille. Les houilles se rencontrent presque exclusivement dans le terrain dit houiller ou carbonifère, faisant partie de l'époque secondaire.
La houille renferme de 75 à 90 pour 100 de carbone; elle s'allume aisément et brille avec une flamme fuligineuse. Calcinée en vase clos, elle dégage d'une part des gaz combustibles et de l'autre des produits condensables, formant deux couches liquides, dont l'une est aqueuse et ammoniacale, l'autre consiste en goudron {voy. ce mot) ; comme résidu on obtient du coke. Les parois des vases clos se recouvrent d'un charbon dur, gris, sonore, bon conducteur de la chaleur et de l'électricité, le charbon des cornues à gaz, qui provient de la décomposition des hydrocarbures riches en carbone. On divise les houilles en : grasses, maigres et sèches. Les [)remières sont à longue flamme et produisent le plus de chaleur.
Dans quelques contrées on emploie la houille mêlée à de l'eau-de-vie conire lu dysenterie, hliuile de houille ou de charbon de terre, obtenue dans la fabrication (lu gaz de l'éclairage, est formée de benzine mélangée avec de la naphtaline, de l'aniline, du phénol, etc. Elle a été conseillée contre la paralysie, la goutte, l'hystérie, etc., mais n'est plus d'aucun emploi aujourd'hui. L. Hn.
HOUILLEL'RS. Voy. Anthracose, Mixes.
IIOULGATE (Station marine). Dans le Calvados, à 1500 mètres de Beuzeval, Houlgate est, avec Dives, Gabourg et Yillers, le poste marin le plus fréquenté sur cette portion de la côte normande qui s'étend de l'embouchure de l'Orne à Deauville. A. R.
HOLXLIER (Jacques). Médecin français, né à Étampes, reçu docteur à Paris en 1556, devint en 1538 professeur à la Faculté et en 1546 doyen. 11 était très-versé dans la connaissance de la médecine ancienne, et particulièrement d'Hippocrate. Ses ouvrages ne furent publiés qu'après sa mort arrivée en 1562. En voici les litres :
I. Ad libros Galeni de compositione medicamenlorum, etc. Parisiis, 1543, in-16», et autres édit. — II. De maleria chirurgica libri II[. Parisiis, 1544, in-fol., et nombreuses
442 HOUX (botanique).
éditions. — III. De morborum curatione, etc. Paris, 1505, in-S". — IV. De morbis înternis libri IL Paris, 1571, in-8% et autres éditions. — V. Magni Hippocratis coaca j^raesagia. Lugduni, 1576, in-fol., commentaires remarquables. — VI. In Aphorismos Hippocratis comment. VU. Paris, 1579, in-S», et nombreuses éditions. — VII. Opéra practica. Paris, 1612, in-12, et autres éditions. L- Hs.
HOULQUE {Holcus L.). Genre de plantes de la famille des Gramine'es et du groupe des Avénace'es, caractérisé par les épillets pédicellés, renfermant deux fleurs dont la supérieure est mâle et l'inférieure hermaphrodite. Les glumelles sont au nombre de deux : l'inférieure est obtuse et munie d'une arête au-dessous de son sommet, la supérieure est tronquée et dentée au sommet. Le caryopse est glabre, comprimé par le côté et convexe sur les faces latérales.
UH. lanatus L., ou Monique laineuse , Doucette des prairies, est une espèce Irès-commune en Europe dans les prairies, les lieux herbeux, les clairières des bois, etc. Elle constitue un fourrage très-recherché des bestiaux. 11 en est de même de 1'//. mollis L.
Les H. sorghum h., H. halepensis L. et H. saccharatusL., appartiennent au genre Sorghum Pers. {l'oy. Sorgho). Ed. Lef.
moL'RDEL (Station marine). Dans le département de la Somme, près de Saint- Valéry, à l'embouchure et sur la rive gauche de la Somme, Hourdel ou le Hourdel est peut-être destiné, par suite de l'envahissement continuel des sables dans la baie, à remplacer Saint-Valery et le Crotoy. A. R.
nousTOiv (Les deux).
lioaston (John). Médecin irlandais, né en 1802, fit ses études à Dublin et devint conservateur du Musée du Collège des chirurgiens, dont il publia deux catalogues, en 1854 et en 1840. Il fut en outre prosecteur à l'école de médecine du Collège, membre de l'Académie royale d'Irlande, chirurgien de l'hôpital de Dublin, professeur de chirurgie à l'école de médecine de Park-street; il publia également le catalogue du riche musée de cette école, en 1845. Houston mourut à Dublin, le 50 juillet 1845, laissant un grand nombre de mémoires insérés dans les Dublin Hosp. Reports, le Dublin Journal of Médical Science, le Dublin Med. Press, le Dubl. Hosp. Gazette, le Lancet, etc. C'était un anatoniiste de premier ordre, un opérateur habile, un clinicien distingué. L. Hn.
Houston ou Houstoun (William). Médecin et botaniste anglais, né vers 1695, mort en Amérique eu 1755. 11 servit comme chirurgien de la marine dans les Indes Occidentales, termina ses études à Leyde en 1820, fut reçu la même année membre de la Société royale de Londres, puis retourna en Amérique et s'occupa exclusivement de botanique; on a de lui : Reliquiae Houstonianae, seu plantarum in America merid. collect. icônes. Londini, 1781, in-4". Il est connu en outre par des expériences faites avec van Swieten sur les suites de la pénétration de l'air dans les plèvres. L. Hn.
HOUX [Ilex L.). § I. Botani(|ue. Genre de plantes, qui a donné son nom à la famille des Ilicinées ou Aquifoliacées, famille qui est comme à la limite des Dicotylédones gamopétales et dialypétales. On peut considérer comme type du genre et même de la famille le Eoxix commun [Ilex Aquifolium L.),
HOUX (emploi médical). 445
ou Alqnifoux, Âgrifous, dont les fleurs sont re'gulières, hermaphrodites ou polygames-dioïqucs. Dans le premier cas, elles ont, sur un re'ceptacle convexe, un calice gamosépale à 4 divisions profondes, imbriquées; une corolle gamopétale dans une faible étendue, à 4 lobes imbriqués, surtout unis entre eux par les 4 étamines alternes (stériles dans les fleurs femelles) et à anthères introrses, 2-loculaires. Le gynécée (stérile el rudimentaire dans les fleurs màles) se compose d'un ovaire à 4 loges oppositipétales et est surmonté d'un corps stigmatifère déprimé et 4-lobé. Le fruit est une drupe dont les 4 noyaux renferment chacun une graine à épais albumen charnu, à petit embryon apical. C'est un arbuste rameux, à feuilles alternes, persistantes, glabres, coriaces, généralement découpées de grandes dents épineuses et terminées aussi par une forte épine. Les fleurs, petites et blanches ou un peu rosées en dehors, sont groupées en petites cymes axillaires. Les feuilles de cette espèce, commune dans tous nos bois, surtout ceux de nos régions montagneuses, ont été vantées comme fébrifuges et diaphorétiques. On en a retiré (Deleschamps) de Vilicine, principe cristallisé, amer, qu'on a proposé comme succédané de la quinine. On prépare beaucoup de glu avec l'écorce de cette espèce.
Il y en a deux autres qui ont beaucoup plus occupe les médecins. L'une est le Thé des ApalacheSy ou Ilex vomitaria Ait., de l'Amérique du Nord, qui, à faible dose, sert à préparer des infusions toniques, diurétiques et sudorifiques, mais en quantité plus grande elles provoquent des vomissements et des évacuations alvines souvent exagérées. L'autre est le Maté, ou Thé du Paraguay [llex paraguainsis A. S. U.), arbuste des régions tempérées de l'Amérique méridionale, à feuilles d'ordinaire alternes, oblongues, obovales-lancéolées, généralement longuement atténuées à la base, irrégulièrement dentées ou serrées ; à petites fleurs blanches réunies en cymes. Au Paraguay, comme dans le sud du Brésil, on coupe ses feuilles, qu'on fait griller, après quoi on les pile ou on les broie avec des meules de pierre, puis la poudre est abandonnée sous des toiles pendant plusieurs mois et empilée dans des peaux cousues. Elle sert à préparer des infusions théiformes, vomitives quand elles sont trop concentrées, mais d'ailleurs digestives, stimulantes et qui renferment (Âbrauch) de la théine (0,45 pour 100) et de l'acide caféitannique (21 pour 100), de sorte qu'elles agissent probablement comme les médicaments dits d'épargne, au même titre à peu près que le café, le thé, la coca et le Catha edulis. La plante au Maté est cultivée dans nos jardins botaniques. H. B-\.
Bibliographie. — L., Gen., n. 172. — DC, Prodr., II, 13. — Endl., Gen., n. 5705. — Guib., Drog, simpl., éd. 7, III, 545. — Mér. et de L., Dict. Mat. mêd., III, 588. — Benth. et HooK. F., Gen,, I, 556. — Rosesth., Sijn, pi. diaphor., 795. — H. En, Tr. Bot. méd. phanér., 1519, fig. 2397-3301. H. B.v.
§ IL Emploi médical. Synonymie : allemand, SfecAj^a/me; anglais, //o% ; italien, agrifoglio; espagnol, acebo. Houx épineux, Grand houx, Housson, Greon, Agrifous, Agrion, Agaloussé, Bois-franc et Grand-pardon.
Les vertus médicinales du houx ont été atttribuées à ses feuilles desséchées, à son écorce et à ses baies. Naguère même elles firent quelque bruit à l'Institut; c'était le temps où ce corps savant couronnait le mémoire de Rousseau sur le houx, et l'époque où Magendie mettait ses propriétés à l'essai.
Composition chimique. Les feuilles du houx possèdent une saveur acre et, d'après les analyses de Lassaigne et de Deleschamps, contiennent une substance
•444 IIOUX (emploi médical).
amère, ViUcine, des matières grasses et rolorantos, des acides et des sels, parmi lesquels l'acétate de potasse, le sulfate et le phosphate de chaux,
L'ilicine a été considérée comme un principe immédiat ; c'est plutôt un extrait brunâtre, soluble dans l'eau et l'alcool faible, et donnant, dit-on, au houx ses vertus thérapeutiques.
L'ccorce de houx fournit la glu, substance visqueuse bien connue, liquéfiable par la chaleur, soluble dans l'alcool ou les huiles et employée dans la préparation de quelques emplâtres.
Action physiologique. A doses modérées, d'après Barbier, l'ingestion stomacale des feuilles de houx provoque du malaise, de la gène et des douleurs s'irladiant dans le tronc et les membres. Après deux ou trois heures, il survient des coliques, des nausées et des vomituritions. Toutefois on n'observerait pas la diarrhée, que provoquent les baies de houx, qui sont purgatives. Ce sont là les propriétés communes à toutes les substances acres.
Emploi thérapeutique. Parmi les usages médicamenteux des feuilles de houx, les plus vulgaires sont leur administration comme sudorifiques et fébrifuges. Comme sudorifiques, elles ont été prescrites contre la pleurésie et les affections catarrhales, et par l'aracelse, lleyer et Werlhof, contre le rhumatisme : comme antipériodiques, elles ont été administrées par Durand (de Dijon), Bodin, Saint- Araand, Bousseau, Delormel, Serrurier, Hubert, Baymond, Constantin et Magendie, à la dose de 7, 8, 10 et 15 grammes de feuilles en décoction dans l'eau ou en macération dans le vin. On faisait ingérer la dose en une seule fois avant l'accès, ou, en cas d'intolérance stomacale, on l'administrait en lavements. Les résultats heureux obtenus par ces observateurs ne furent pas confirmés par les essais de Chomel. Cazin n'en retira que de douteux bénéfices.
Vihcine a été recommandée par Bertini comme un succédané du quinquina dans les cas où pour une cause quelconque ce dernier était contre-indiqué.
L'action drastifjue des baies de houx a été utilisée à l'instar de celle des baies de nerprun. Cazin les considérait comme plus acres, et Dodonée, avec les humoristes du dernier siècle, les regarderait comme utiles pour évacuer les humeurs bilieuses.
La racine et Vécorce ont été prescrites contre la toux et les affections des voies respiratoires sous la forme de décoction.
A l'extérieur et comme résolutives la médecine populaire emploie ses feuilles fraîches et pilées, sous forme de topique, appliquées à la surface des tumeurs articulaires et scrofuleuses.
La glu a été recommandée contre les briilures, et Dioscoride en faisait usage en solution dans l'eau, pour former un enduit protecteur à la surface de ces plaies. Chomel en faisait usage comme topique contre les douleurs arthritiques. Aujourd'hui elle entre encore dans la composition de taffetas adhésif.
Mode d'administration et doses. Cazin, qui a fait des recherches sur l'emploi de cette substance, mentionne les préparations suivantes :
La décoction de feuilles de houx, obtenue avec 30 ou 40 grammes de feuilles sèches par kilogramme d'eau.
Le vin de feuilles de houx préparé par la macération d'une partie de feuilles dans vingt-quatre parties de vin. On le prescrivait aux doses de 100 à 200 grammes.
]S extrait aqueux s'ordonne à raison de 2 à 4 grammes.
IIOYIUS (Les delx). 445
Les baies s'administrent en nature à raison de 10 à d2 pour provoquer des effets purgatifs.
Les lavements sont préparés par h décoction de 15 grammes de feuilles fraîches ou sèches, et les cataplasmes avec les feuilles fraîches écrasées.
L'iliclne a été donnée en pilules à raison de 5 centigrammes, 1 et même 2 grammes par jour. Cu. Éloy.
HOUX (petit-). Voy. Fragon.
HOUZÉ DE L'ALXîVOlT (Alfred-Parfait-Désiré). Né à Lille, le 15 mai 1827, fut en 1849 élève à l'hôpital d'instruction de santé mihtaire à Lille, puis vint à Paris et y fut reçu docteur en 1854; sa thèse, qui fut remarquée, avait pour titre : Recherches anatomiqnes et physiologiques sur les valvules des veines. 11 fut successivement professeur d'anatomie, puis professeur de physiologie à l'Ecole secondaire de Lille, puis professeur de clinique chirurgicale à la Faculté en 1876. 11 occupa aussi les fonctions de chirurgien de l'hôpital Saint-Sauveur et d'expert près les tribunaux. En 1872, dans une Note sur les avantages et la description d'un nouveau procédé opératoire applicable à toutes les amputations des membres (Lille, in-8"), il proposa de recouvrir l'os sectionné avec une lame de périoste conservée à la face interne des lambeaux. Il mourut à Lille le 21 novembre 1882. Outre un certain nombre de notes et mémoires sur l'hygiène infantile, on doit à cet auteur :
I. Chirurgie expérimentale. Elude historique et critique sur les amputations sous-périostées, etc. Paris, 1875, in-8', avei; pi. — II. Thérapeutirjue chirurgicale. Nouvelle méthode de la cure radicale de l'hydrocèle, etc. Paris, 1880, in-8°. Ce mémoire est suivi de la liste des principaux travaux de l'auteur, de 1854 à 1880. — III. Clinique chirurgicale : De la viéycthométrie, etc. Paris, 1881, in-8°. — IV. Thérapeutique chirurgicale. Des pansements à la période iscliémique à l'aide de l'élévation verticale du membre, etc. Paris, 1881, in-8°. A. D.
HOVAS. Voy. JLadagascar, p. 636.
HOVEX (Frieddrich-Wilhelm von). Médecin allemand , né à Ludwigsburg, eu 1760, mort à JN'ôrdlingen, le 6 février 1858. Reçu docteur à Stuttgard en 1785, il fut médecin pensionné de sa ville natale, puis en 1803 professeur ordinaire de médecine à AA'urtzbouig, en 1805 premier médecin de l'hôpital Julius. On le retrouve en 1806 à Ansbach, en 1807 à Nuremberg comme directeur des hôpitaux. D'abord partisan de Stahl, il se rallia au brownisme. Il a pubhé : Versuch iiberdas Wechselfieber, etc. Winlerthur, 1 789-1 790, 2 vol, in-S". — Gesch. eines epidemischen Fiebers, etc., léna, 1795, in-8'^'. — Handbuch der prakt. Heilkunde, etc., Heilbronn, 1805, 2 vol. in-8°; ibid., 1808. — Prakt. Fieberlehre. Niirnberg, 181 0, in-8''. — Versuch Uber die Nervenkrankheiten. Niirnberg, 1813, in- 8°. — Plus divers ouvrages destinés à la défense du brovvnisme. L. H-\.
HOVirs (Les deux).
Hovius (Jakod). Né à Enkhuizen, reçu docteur à Utrecht en 1702 {Diss. de circulari humorum ocularium motu; nouv. édit., Leyde, 1716, 1740); la priorité de la découverte du « cercle veineux » paraît acquise à Hovius, malgré les réclamations de Ruysch. L. Hn.
446 HOYER.
Ilovîas (Jakob). Souvent confondu avec le précédent, né à Amsterdam, le 11 mars 1710, reçu docteur à Leyde en 1736, se fixa dans sa \ille natale et s'occupa beaucoup d'anatomie pathologique. Il donna en 1772 sa belle collection de pièces osseuses pathologiques au Collège chirurgical ; elle fut décrite par Bonn en 1775 et on l'admire encore aujourd'hui dans le muse'e de l'Université d'Amsterdam. Il mourut le 6 avril 1786, laissant des opuscules Stir les médicaments (1762) et Sur la variole des enfants (1767). L. Hn.
nowARD (Les deux).
Howard (John). Né à Ilackney, le 2 septembre 1726, mort à Cherson (Crimée) le 20 janvier 1790, a consacré son existence à améliorer la situation des prisonniers et l'organisation des prisons. Il a publié en 1777, à Londi'es, un ouvrage sur l'État des prisons en Angleterre, et en 1789 un autre Sur les principaux lazarets d'Europe, avec mémoires sur la peste, etc., trad. en français. Paris, 1801. L. Il>.
Howard (John). Chirurgien de mérite, né vers le milieu du dix-huitième siècle, mort à Londres vers 1810, était un élève de Percival Pott. Il a publié un traité Sur les propriétés du mercure (Londres, 1782, in-8"), des observations Sur le traitement de Vhydrocèle par le séton (Londres, 1785, in-8"), d'autres Sur les maladies vénériennes (Londres, 1787-1797, 3 vol. in-S"), des mémoires Sur le cancer (Londres, 1792, in-8°; ihid., 1811, in-8«). L. Hn.
HOWITZ (Fr.vntz-Gotthardt). Médecin danois, né à Copenhague, le 25 décembre 1789, mort en 1826, fut professeur de médecine et de pharmacologie à l'Université et membre du Conseil de santé de sa ville natale. II a publié un ouvrage remarquable Sur la responsabilité (1824) dans lequel il se place sur le terrain du déterminisme psychologique à l'encontre des vieilles théories idéalistes qu'il eut à combattre dans une polémique très-vive. L. Un.
HOWSHIP (John). Chirurgien et anatomo-pathologiste distingué, mort à Londres, le 22 janvier 1841, fut d'abord cliirurgien adjoint à l'hôpital Saint- Georges, puis professeur au même, passa ensuite à l'hôpital de Charing-Cross et tint l'oraison huntérienne en 1855.
Howship, outre une foule d'articles dans les journaux et les transactions de sociétés, a mis au jour des ouvrages importants :
1. Practical Observation in Surgery and Morbid Anatotmj, etc. London, 1816, in-8°. — II. Practical Observations on tlie Diseases of the Urinary Organs. London, 1816, 1825, in-S». — III. Practical Observations on the Symptoms... of t/ie most Important Diseases ofthc Lower Intestines and Anus, etc. London, 1820, 1821, 1824, in-8">. — IV. Practical Remaries on tlie Discrimination... of Spasmodic Striclure in the Colon. London, 1850, in-8°, etc. L. Un.
HOYEB (Johann-Georg.) Médecin allemand , né à Mûhlhausen , le 23 août 1665, reçu docteur à Halle en 1694, mort à Mûhlhausen le 4 avril 1757, est cité pour des travaux d'une certaine valeur sur la matière médicale et sur la médecine. Nous mentionnons seulement :
Ausfûhrliche Untersuchung der ansteckenden pesiilenzialischen Seuche, etc. Halle, 1705, ia-4°. L. Hx.
HUBBENET. 447
HRABA]\US (Rhabanus, Raban), encore appelé Magnentius Maurus. Né à Mayence, en 774 ou 776, fut un élève d'Alcuin (de Tours), vint à Fulda en 804 et y créa une école monacale avec bibliothèque, la première de l'Allemagne. En 822, il devint l'un des abbés du monastère et en 847 passa comme archevêque à Mayence et mourut le 4 février 856. Ses écrits sont extrêmement nombreux, mais restés la plupart à l'état de manuscrits. Une partie en a été imprimée à Cologne, 1626, 6 vol. in-fol., sous le titre de Physica, sive de itniverso, encore connue sous celui de Liber etymologiarum. C'est une encyclopédie dont le 6<' livre [De homine et partibus ejus) énumère les différentes parties du corps humain sous leurs noms allemands et latins, et le 18" {De medicina et morbis) est consacré aux maladies. L. Us.
HUB (Eau minérale, cures de raisin et de petit-lait de la). Eau hypothermale, chlorurée sadique moyenne, carbonique moyenne. En Allemagne, à 4 lieues à peu près au sud de Baden-Baden, à 180 mètres d'altitude, émerge du grès bigarré superposé à un terrain principalement formé de gneiss, de granit et de houille, une source connue depuis le seizième siècle, dont le débit est d'environ 1400 hectolitres en vingt-quatre heures.
La saison commence le 15 mai et finit le 15 septembre. Le climat est doux. L'eau est limpide, sans odeur, à saveur légèrement salée. Sa température est de 27 degrés centigrade. Bunsen a trouvé dans 1000 grammes les principes suivants :
Chlorure de sodium 1,4621
— potassium 0,0802
— lilhine 0,00i6
Sulfate de cliaux 0,4637
— soude 0,2636
— magnésie ■ 0,0633
Bicarbonate de chaux 0,5074
— magnésie 0,0093
— protoïyde de fer 0,0052
Silice 0,0269
lodure et matières organiques tr. sensibles.
Total des matières fixes 2,6845
Gaz acide carbonique libre 0,048
— azote 0,029
Total des gaz 0,077
On emploie en boisson et en bains cette eau qui a des qualités sédatives et résolutives. L'établissement hydrothérapique passait autrefois pour un des mieux installés d'Allemagne.
On peut faire aussi des cures de raisin et de petit-lait.
On XV exporte pas l'eau de la source de la Hub. A. R.
BLIBBEIMET (âkt.-Christ.-Aug. von). Médecin russe, né le 15 mai 1822 à Ulpich (Livonie), reçu docteur à Dorpat en 1847, avec une excellente thèse : De acido arsenicoso viaximeque ejus cum toxicologia et medicina publica ratione, fut nommé peu après professeur adjoint de médecine légale à Kiev, où il enseigna jusqu'en 1870. Depuis 1850 il possédait la chaire de chirurgie et la direction de la clinique chirurgicale, et portait surtout son attention sur les maladies des yeux et la syphilis. En 1854-1855, il prit part à la guerre de Crimée. En 1870, il passa à Pétersbourg comme membre du comité de médecine
448 IlUDSON.
au ministère de la guerre. Outre un grand nombre d'ouvrages et d'articles en langue russe, citons de lui :
I. Berichl iiber die im Kiew'schcn Militârhospitale im Jahre 1848 bcobachtete Cholera- Epidemie. Riga, 1850, in-8°. — II. Die Beobachlung und das Experiment in der Syphilis. Leipzig, 1859, in-8°. — III. Bie Sanitâtsverhâltnisse der russischen Yerwundten wâhrend des Krimkrieges in den Jahren 1854-1856, Berlin, 1871, gr. in-8°. L. 1I>-.
HliBER (Johams-Jacob). Analomiste et bolanisle allemand, né a Bàle le 11 septembre 1707, mort à Cassel le 6 juillet 1778. Reçu docteur dans sa ville natale en 1755, il fut nommé médecin de la maison de Baden-DurJach, fut nommé en 1756 prosecteur, en 1751) professeur extraordinaire à Gottingue, enfui en 1742 professeur ordinaire d'anatomie et de chirurgie à Cassel. 11 fit plusieurs grands voyages scientifiques et publia divers travaux d'anatomie, en particulier sur la névrologie. L. Hx.
nL'BERT-VALLEROUX (Marcellin-Ému-e). Médecin aurisfe, né à Paris en 1812, reçu docteur en 1858, a publié de 1845 à 1859 une série de mémoires et d'ouvrages sur les maladies de l'oreille, sur la surdi-mutilé, etc. Il mourut en mars 1884. L. Hn.
nL'CiiER (Jean). Né vers le milieu du seizième siècle à Béarnais, reçu docteur à Montpellier en 1567, fut professeur en 1570, doyen de la Faculté en 1578, chancelier en 1585, et passe même pour avoir été le médecin de Henri IV. Il mourut en 1605, laissant entre autres : De febrium differentiis et ciiratione libri IV. Lugdini, 1601, in-S°. — De sterilitate lihri IV, etc. Genovae, 1609-1610, in-8°, etc. L. Hx.
HUCK (Alexaxder-Friedrich). Né à Reval, le 7 décembre 1802, reçu docteur à Dorpat en 1826, a été nommé professeur extraordinaire en 1850. 11 avait été prosecteur et il est l'auteur de plusieurs manuels estimés de son temps : Ueber das Sludium der Anatomie. Rigau, Dorpat, 1855, in-8" ; Gerûste der Anatomie. Dorpat, 1855, in-S"; Lehrbuch der Anatomie des Menschen. Dorpat, 1855-1855, in-S". Il estaussi l'auteur d'un mémoire anthropologique sur le crâne des Eslhoniens, mémoire très-recherché aujourd'hui. Il a pour titre : Decraniis Esthomnn (Dorpat, 1858, in-fol. avec pi.). On lui doit enfin deux mémoires sur les mouvements particuliers de l'appareil visuel : Die Achsendrehung des Auges (Dorpat, 1858, in-8°,avecpl.), et Die Bewegung der lirijstallime (Dorpat, 1859, in-8% avec pi.). Il est mort à Dorpat, le 28 juillet 1842. A. D.
HVDSO^ (Alfred). Né à Bromwick, dans le comté de Stafford, en 1808, a fait ses études à Dublin, à Edimbourg, et au retour d'un voyage à Paris a pris ses grades à Dublin. Membre du Collège des médecins du roi et de la reine, il fut nommé médecin da l'hôpital des Fiévreux et a publié plusieurs mémoires sur le typhus, qui ont été souvent consultés, entre autres : On Certain Remédies in Typhus Fever (Dublin, 1857, in-8") ; On the Origin and Mode of Diffusion oftheFever Poison, 1847-1848; Lectures on the Study Fever (Dublin, 1867, in-8° ; Philadelphie, 1869). Devenu président du Collège des médecins, membre du conseil général médical anglais, professeur à l'Université, etc., il a occupé
UUGIIES. 449
les plus hautes lonclions de la corporation, et il est mort à Dublin, le 19 novembre 1880. , A. D.
HL'ERTA. Voy. OPvTA.
Hl'FEL.W'D (Christopii-Wilhelm). Célèbre médecin allemand, né à Langensalzn, le 12 août 1762, mort à Berlin, le 25 août 1856. Il fit ses études à léna et à Goltingue et fut reçu docteur en 1 785 [Diss. innug. sistens iisum vis electricae in asphyxia experimentis illustralum. Gottingae, in-4°), 11 exerça ensuite jusqu'en 1795 à Weimar, o\i son père était médecin de la cour; il l'ut le médecin de AVieland, de Herder, de Goethe et de Schiller, qui à cette époque résidaient à Weimar. En 1795, il fut nommé professeur à léna, puis en 1798 vint à lierlin où il fut chargé de la direction du Collegium medicinn et de la surveillance de l'hôpital de la Charité. Le roi de Prusse le choisit pour son médecin et l'Académie des sciences le reçut au nombre de ses membres; lorsque fut fondée en 1809 l'Université de Berlin, il fut chargé d'y enseigner la patliologie spéciale et la thérapeutique. Il créa en outre un grand nombre d'établissements utiles et de bieufaisance et s'occupa particulièrement de la réorganisation sanitaire du royaume de Prusse.
Hufeland a joui d'une réputation égale comme professeur et comme praticien. 11 s'est tenu éloigné de tous les systèmes exclusifs; ses livres respirent partout le bon sens et le jugement sain et réfléchi; ils ont été lus de leur temps nonseulement par les médecins, mais encore par tout le grand public. Il a fondé plusieurs recueils périodiques parmi lesquels le plus important, qui a pour titre : Journal des prakt. Arzneikunde und Wundarzneikunst, parut depuis 1795 jusqu'à l'époque de sa mort, en 1856, et comprend plus de 80 volumes. Les publications de Hufeland sont presque innombiables; Callisen en cite plus de 400; beaucoup se rapportent à la variole, à l'inoculation et à la vaccinalion, beaucoup à des comptes rendus hospitaliers ou d'épidémies, etc. Nous citerons seulement :
I. Mahrohiolik, odei- die Kunsl das menschliche Leben zit verlângern. Jena, 1796, in-S", et nombreuses éditions dans toutes les langues. — H. Uebcr die Ursachen der Ski-ofelkrankheit. Berlin, 1785, in-S", nombr. éditions et trad. en fiançais. Paris, 1821. — 111. System der prahl. Hrilkunde. Jena u. Leipzig, 1800-1805, -' vol. in-S". — IV. Encheiridion medicum, oder Anleilunq zur medicini&cken Praxis, etc. Berlin, 1856, in-8°, nombr. édit., la 10° en 1857. L. Hn.
Hufeland (Friedrich). Frère du précédent, né à Weimar le 18 juillet 1774, reçu docteur à léna en 1797, exerça d'abord à \Yeimar où il fut médecin pensionné, puis fut nommé professeur extraordinaire de médecine à léna en 1812 et encore la même année professeur ordinaire à Berlin, où il mourut le 21 avril 1859, laissant un ouvrage : Ueber Sympathie (Weimar, 1811, in-S"), et des articles dans les périodiques. L. 1I.\.
HL'GHES (Henry-Marshall). Médecin anglais, néàAshford (Kent) en 1,805, reçu docteur à Glasgow en 1829, fut reçu en 1854 membre du Collège des médecins de Londres, dont il fut élu fellow en 1844. Il fut attaché à divers hôpitaux de la métropole et s'occupa d'enseignement avec beaucoup de zèle.
Hughes a publié un grand nombre d'articles, surtout sur les affections de la DICT. ENC. 4° s. XIV. 29
^î)0 HUILES.
poitrine, dans les recueils périodiques, et un excellent Manuel d'auscultation (Londres, 2« édit., 1854), classique en Angleterre. L. Hn.
nuGUlER (Pierre-Charles). Anatomiste et chirurgien distingué, né à Sézanne le 4 septembre 1804, mort à Paris le 12 janvier 1873. Aide d'anatomie en 1830, prosecteur en 1853, il soutint sa thèse inaugurale en 1834, fut reçu agrégé en 1835, chirurgien des hôpitaux en 1856, et eut un service à l'iiôpital de Lourcine de 1840 à 1847, puis à l'hôpital Beaujon, où il resta jusqu'en 1866. En 1865, il accepta la chaire d'anatomie à l'école des Beaux-Arts. Il fut chirurgien consultant de l'Empereur et dirigea des ambulances pendant la guerre.
Iluguier a publié un grand nombre de travaux sur l'anatomic et la chirurgie. Nous nous bornerons à mentionner :
L Mérn. swr l'estliiomcHP ... de la région vidvo-anale. Paris, 1849, avec 4 pL, couronné par l'Académie de niéd. — II. Traité des maladies de la glande vulvo-vaginale, etc. Paris, 1850. — III. Traitcmint des kystes de l'ovaire. Paris, 1856. — IV. De la descente ou précipitation de la matrice confondue avec rallongement hijpcrtrophique du col, elc. Paris, 1859, avec 15 pi. — V. De VInjstérométric et du cathélérisme utérin. Paris, 1865, avec •i pi. — VI. Trav. variés sur les luxations du pied (1848), sur l'ablation du maxillaire inférieur (1857), Sî<r la chirurgie du pouce (1875), etc. L. Ux.
IIUII.ES. On a désigné sous ce nom des produits d'origine végétale ou animale de nature diverse, n'offrant de commun que des caractères plus ou moins vagues, par exemple, celui d'être liquides ù la température ordinaire, onctueux, insolubles dans l'eau, solubles dans l'éther, et surtout le caractère de s'enllammer et de brûler. On peut diviser ces substances en huiles fixes ou huiles proprement dites, huiles essentielles ou essences {voy. ce mot), huiles pyrogénées ou empyreumatiques ; ajoutons les huiles médicinales, qui sont des médicaments composés. Enfm, en chimie, on donne encore le nom d'huiles à des substances d'apparence plus ou moins oléagineuse, telles que Vhuile d'arsenic, qui est du chlorure d'arsenic, Vhuile artificielle de fourmis ou huile de son, qui est du furfurol, Vhuile de chaux, constituée par le chlorure de calcium en déliquium, Vhuile légère du vin ou éthérol, Vhuile de soufre, qui n'est autre chose que l'acide sulfureux liquide, Vhuile de tartre par défaillance, formée par le sous-carbonate de potassium tombé en déliquescence, Vhuile de Vénus, qui constitue le nitrate de cuivre en déliquescence, enfin les huiles minérales, huiles de Gabion, de pétrole, de houille, de Médie (naphtc), etc., etc. Tous ces corps se trouvent traités dans des articles particuliers. Nous ne nous occuperons ici que des huiles fixes, des huiles pyrogénées et des huiles médicinales.
I. Huiles fixes ou huiles grasses naturelles. Les propriétés physiques et les caractères chimiques des huiles ont été indiqués à l'article Corps gras. Nous n'en rappellerons ici rapidement que les caractères essentiels.
Les huiles fixes sont insolubles dans l'eau, très-peu solubles dans l'alcool, sauf l'huile de ricin, très-solubles dans l'éther, le chloroforme, la benzine, le sulfure de carbone, le pétrole et les huiles essentielles naturelles ou pyrogénées. Toutes les huiles sont plus légères que l'eau et leur densité varie beaucoup avec la chaleur. Exposées à l'air, elles s'allèrent plus ou moins rapidement, prennent une saveur acre, deviennent acides, c'est-à-dire rancissent. Un certain nombre d'entre elles s'épaississent, se résinifient par perte de carbone et d'hydrogène et
par addition d'oxygène (Cloëz); ces huiles sont dites siccaiivea : telles sont les huiles de lin, de noix, de chènevis, d'œillelte, de ricin, de croton, de belladone, d'épurge, de poisson, etc. Les huiles d'amandes douces et d'olive ne sont pas siccatives et d'autre part rancissent difficilement. Les huiles grasses supportent une température de -h 250 degrés sans s'altérer, elles se décomposent à l'ébullition. Saturées d'oxygène et exposées longtemps à la lumière solaire directe, elles constituent les huiles ozonisées, employées avec succès, paraît-il, dans la phthisie ; elles diminuent notablement la iVëquence du pouls.
Chez les végétaux, les huiles grasses se trouvent généralement renfermées dans les semences, quelquefois dans le sarcocarpe, comme dans l'olivier, les lauriers, le cornouiller sanguin et quelques palmiers, très-rarement dans la racine {Cyperus escidentus, quelques fougères). Les huiles sont renfermées dans les tissus sous forme de gouttelettes. Dans les semeuces, l'albumine accompagne généralement l'huile et, quand on les broie avec de l'eau, la maintient en suspension sous forme d'émulsion. Généralement les huiles entraînent une portion des principes actifs des plantes; une exception remarqualjle, c'est celle de la belladone et du tabac, qui fournissent des huiles comestibles. On obtient les huiles par expression des graines, on les dépure par le repos et par la lillration. L'action de la chaleur et surtout celle du sulfure de carbone, qui dissout presque toutes les huiles, facilitent cette extraction; le sulfure de carbone sert aussi à l'épuration. Les huiles animales se retirent des Cétacés, baleines, cachalots, dauphins, phoques, marsouins, etc., de divers poissons, etc. Les abatis de bœufs, de moutons, etc., fournissent une huile incolore, Yhuile de pieds de bœuf ou de mouton.
Toutes les huiles grasses sont des éthers de la glycérine ou des glycérides [voy. Corps gras) ; la plupart sont formées d'oléine et de margarine, parfois de valérine, entre autres les huiles de poisson.
On donne encore le nom d'huiles à des substances qui, par leur consistance, mériteraient plutôt le nom de beurres : telles sont les huiles de palme, de coco, de laurier.
Les usages des huiles sont nombreux en médecine, dans l'industrie, dans l'économie domestique, elc. ; elles servent pour la table, l'éclairage, la fabrication des savons, la peinture, la préparation des onguents et des pommades, etc.
1" Huiles végétales. Huiles d'abricotier. Extraite des semences du Prunus brigantiaca Vill. (Rosacées). Douce, limpide, incolore, d'une odeur d'amandes amères, sert dans l'alimentation mélangée à de l'huile d'olives, à cause de la petite portion d'acide cyanhydrique qu'elle retient et qui cause une sorte de torpeur quand elle est pure. Recueillie en Dauphiné et au Piémont. Elle est connue surtout sous le nom àliuile de marmotte.
Huile d'amandes. Extraite des amandes douces et amères {Amijgdalus communis L.), très-douce, sans odeur ni saveur, jaune clair, D = 0,917 à 15 degrés, se fige à — 25 degrés. Sert en médecine pour la préparation des émulsions, des potions huileuses, du savon médicinal, etc. ; s'emploie comme laxatif chez les nouveau-nés. L'huile du commerce renferme toujours une certaine proportion d'huile d'abricots {voij. Amandes).
Huile d'arachide. S'extrait de VArachis hypogœa L. ou pistache de terre. Contient les glycérides de l'acide arachique, C^^IPO-, et de l'acide hypogéique, QiejjôOQs. Ne se congèle qu'à — 5 degrés, a une odeur de noisette ; succédané de
l'huile d'olives et de l'huile d'amandes douces dans un grand nombre de pre'parations destinées à l'usage externe, les emplâtres, par exemple.
Huile de Bassia ou huile (Vlllipé. Se retire des semences de Bassia longifolia L.; se solidifie vers -h 22 degrés {voy. Illipé).
Huile de Ben ou Behen. S'extrait des semences du Moringa oleifera Lamk, se fige à -j- 19 degrés {voy. Moringa).
Huile de cameline. Extraite des semences de Camelina sativa L., appelée quelquefois par corruption huile de camomille. Jaune d'or, D = 0,925 à 15 degrés, solide à — 18 d'egrés; fraîche, elle peut servir pour la table et l'éclairage.
Huile de chanvre ou de chènevis. On la retire des graines de chènevis {Cannabis saliva L.). Jaune \erdâtre, très-siccative, d'odeur désagréable et de saveur fade, D = 0,925 à 15 degrés, solide à — 27", 5, soluble en toutes proportions dans l'alcool bouillant. Souvent falsifié par Vhuile de lin colorée par l'indigo.
Huile de coco. Voy. Beurres médicamenteux et Cocotier.
Huile de colza. L'extrait des graines de Colza {Brassica napus oleifera DC), qui en renferme 40 pour 100, donne par saponification de V acide brassicique, solide et cristallisable. Jaune, limpide, d'une odeur forte et d'une saveur peu agréable, D = 0,915 à 15 degrés. Se congèle à — 6», 25. Sert à l'éclairage.
Huile de coton. Obtenue par expression des graines de cotonnier, qui en renferment 15 à 18 pour 100. Uougeâtre, î)== 0,950 à 15 degrés; analogue à l'huile de palme, s'emploie pour l'éclairage et dans la fabrication des savons; constitue la base d'une émulsion pectorale.
Huile de Croton tiglium. Voy. Ckoto^.
Huile d'épurge. Provient des graines d'Euphorbia lathyris L. Purgatif violent [voy. Eoi'HOUbe).
Huile de fougère mâle. Oléo-résine, s'obtient par lixiviation à l'éther des rhizomes de fougère mâle, sécbés et pulvérisés, ou encore des bourgeons de fougère; elle est ténifuge {voy. Fougères, p. l'ùi).
Huile de faine. Tirée du fruit du hêtre, est jaune clair, de saveur fade; D = 0,922 à 15 degrés, solide à — 17", 5, se conserve bien; alimentaire.
Huile de glaucium ou de pavot cornu. S'obtient par expression du Glaucium corniculatum Curt. Jaune clair, D = 0,915. Douce, comestible, propre à l'éclairage.
Huile de lin. Se tire des semences de lin {Linum usitatissimum L.). Jaune clair, d'odeur spéciale, D = 0,959 à 12 degrés, se dissout dans 5 parties d'alcool bouillant, 40 parties d'alcool froid, ôd'éther; solide à — 27 degrés; rancit aisément lorsqu'elle a été exprimée à chaud; c'est le type des huiles siccatives.
Huile de madi. S'extrait des graines de Madia saliva Mol. (Composées) ; elle est soluble dans 6 parties d'alcool bouillant, 50 parties d'alcool froid, et sert dans l'éclairage.
Huile de marron d'Inde. Extraite du marron d'Inde {Mscidus hippocastanum L.), dont on a détruit la fécule au moyen d'eau acidulée bouillante. Brun verdâtre, de saveur amère, se conserve bien, employée en médecine dans le traitement de la goutte, des rhumatismes, des névralgies, etc. {voy. Marronnier d'Inde).
Huile de médicinier. S'obtient par expression des pignons d'Inde. Inodore, D = 0,910 à 19 degrés, se figea — 8 degrés, donne par saponification de l'acide isocétiqiie. On en fait un excellent savon dur {voy. Curcas).
Huile de moutarde. Fournie par des graines de moutarde blanche et noire. Jaune, inodore, sert aux mêmes usages que les huiles de colza, de navette, etc.
Huile de navette. Se retire des graines de Brassica râpa L. et de B. napus L. Visqueuse, jaune pâle, D= 0,914 à 15 degrés, se fige à — 6 degre's.
Huile de noix. Obtenue par expression des amandes du noyer [Juglans regia L.) ; l'Iiuiledepremière expression, huile vierge, sert à l'usage alimentaire; incolore, d'odeur faible, solide à 27°, 5 ; sert en médecine et dans la peiiitnic fine {voij. Noyer, p. 724).
Huile d' œillette. Extraite des semences du pavot {Papaver somnifenun L.). Deux variétés : Vhuile blanche, de première qualité, sert dans l'alimentation, D ^ 0,925 à 15 degrés, solide à — 18 degrés, se dissout dans 25 parties d'alcool froid et 6 d'alcool bouillant, rancit difficilement. Très-siccative, employée dans la peinture fine; l'huile rousse sert dans l'industrie [voy. Pavot, p. 751). ^
Huile d'olive. Voy. Olivier.
Huile ou beurre de palme ou huile de Lagor. Provient du fruit d'un grand palmier épineux, YElseis Guineensis Jacq. Solide à la température ordinaire, jaune rougeâtre, de saveur douce et parfumée, d'une odeur d'iris, fond entre 30 et 35 degrés, se saponifie aisément et donne un savon jaune; solabic dans l'éther froid et dans l'alcool bouillant {voy. Beorres médicamenteux).
Huile de raisiii. Extraite des graines de raisin, inodore, de saveur fade, solide à — 16 degrés ; brûle sans fumée.
Huile de ricin ou huile de palma-christi. Voy. Ricin.
Huile de seigle ergoté. Voy. Ergot de seigle.
Huile de sésame. Se retire du fruit du Sesamum orientale L. ((S. oleiferum Mœnch). Jaune doré, inodore, de saveur faible, solide à — 5 degrés, D=z 0,923 à -h 15 degrés. Comestible, se mélange ordinairement avec l'huile d'arachide.
2° Huiles animales. Huile de baleine. Extraite des vastes cavités de la tète de la baleine et du pannicule adipeux de cet animal. Liquide dans l'animal vivant, se fige à Pair et laisse déposer le blanc de baleine brut; la partie liquide, huile de baleine, surnage. Contient un homologue de l'acide oléique, l'acide dœglique, C"'H^*'0'. Jaune rougeâtre, transparente, d'odeur désagréable, solide à 0 degré, D = 0,927 à 20 degrés. Soluble dans son volume d'alcool à 75 degrés. Entre dans la fabrication des savons mous, sert dans la préparation des cuirs et à l'éclairage.
Huile de cachalot. Jaune orangé clair, transparente, solide à — 8 degrés, D = 0,884 à 15 degrés.
Huile de dauphin ou de marsouin. Jaune citron, d'odeur de poisson, contient de la trivalérine;D = 0,918 à 20 degrés, très-soluble dans l'alcool.
Huile de foie de morue. Voy. iMorue.
Huile d' œufs. S'extrait des jaunes d'œufs ; semi-solide, jaune foncé, d'une odeur agréable, d'une saveur douce, se fige entre 8 et 10 degrés, rancit vite. Sert à panser les gerçures au sein.
Huile de phoque. Analogue à l'huile de dauphin.
Huile de poisson. Voy. Morue, Haie, etc.
II. Huiles pyrogénées ou empyreumatiques- Celles qu'on obtient par la distillation sèche des matières animales ou végétales. Elles sont généralement épaisses, noirâtres, volatiles, douées d'une odeur forte et désagréable, plus légères que
l'eau, solubles dans l'alcool concentré, l'éther, les huiles grasses et volatiles. On les rectifie par distillation. Les Anciens préparaient des huiles empyreumatiques avec diverses résines et gommes-résines.
On faitencose usage en médecine de Vhiiile animale de Dippel {voy. Dippel), de l'huile de cade (voy. Cade), et de la créosote [voy. ce mot); voy. encore Pyroléike.
III. Huiles médicinales. Synonymes : Éléolés, Êlseolés ou Oléolés. Médicaments officinaux liquides, obtenus par l'action dissolvante des huiles fixes et particulièrement de l'huile d'olive sur une ou plusieurs substances, de nature animale ou végétale, résines, corps gras, essences, chlorophylle, pigments, alcaloïdes, etc. On se sert de préférence de l'huile d'olives, dont la conservation dans les vases bien bouchés est presque indéfinie. Pour préparer l'huile phosphorée, on se sert de l'huile d'amandes douces. L'opération se fait par solution directe, macération, infusion, digestion ou décoction.
La solution s'emploie pour les substances directement solubles dans l'huile, telle que le camphre, le phosphore, etc. La macération s'applique surtout aux substances odorantes fraîches dont l'odeur se dissiperait par l'élévation de température. La digestion s'applique aux substances sèches; la chaleur favorise la dissolution et chasse l'humidité; on opère dans un vase couvert à la température du bain-marie. Cette métliode s'applique aux sommités d'absinthe, aux semences de ienugrec, aux fleurs de camomille et de millepertuis, aux pétales de roses pâles, aux cantharides. Quand on emploie les plantes iraîches, on fait une sorte de coction après contusion, puis on laisse digérer plusieurs heures; ce procédé réussit bien avec les feuilles fraîches de ciguë, de belladone, de jusquiame, de morelle, de stramoine, etc.
Les huiles médicinales qui ne renferment qu'une seule substance active sont dites simples, celles qui en contiennent plusieurs sont les huiles composées. Nous donnerons l'énuméralion suivant l'ordre alphabétique desprincipales huiles médicinales:
Huile d'absinthe. Sommités sèches d'absinthe 1 partie, huile d'olive 8 parties ; on chauffe au bain-marie couvert, on exprime et on filtre; vermifuge, dose 50 à 60 grammes.
L'huile de rue se prépare de la même manière.
Huile d'aconit, de belladone, de ciguë, de jusquiame, de morelle, de nicotiane, de stramoine. Feuilles contusées 1 partie, huile d'olive 2 parties ; oTi chauffe sur un feu très-doux, on laisse digérer, on exprime et on filtre.
Huile de camomille, de fenugrec, de mélilot, de millepertuis, de rue, de aureau. Fleurs sèches (pour le fenugrec les semences), 1 partie, huile d'olive 8 parties; on fait digérer pendant deux heures à la chaleur du bain-marie couvert, on exprime et on filtre.
Huile camphrée. Camphre 1 partie, huile d'olive 9 parties; on filtre après dissolution; pour obtenir ïhuile de camomille camphrée, on remplace l'huile d'olive par l'huile de camomille.
Huile de cantharides. Cantharides pulvérisées 1 partie, huile d'olive 8 parties ; on fait digérer pendant six heures au bain-marie couvert en remuant, on exprime et on filtre.
Huile de castoréum. Castoréum 1 partie, huile d'amandes douces 16 parties ; on fait digérer au bain-marie pendant quatre heures et on filtre.
L'huile d'ambre gris, de civette et de musc, se prépare de la même manière.
HUILLICIIES. 455
Huile d'euphorbe. Euphorbe 1 partie, huile d'olive 10 parties; on filtre après quelques jours ; s'emploie en frictions contre la paralysie.
Huile de fourmis. Fourmis 1 partie, huile d'olive 4 parties; on fait digérer pendant un mois et on passe; en frictions dans la paralysie.
Huile de garou. Écorce de garou sèche 1 partie, -huile d'olive 2 parties; passez en exprimant fortement.
Huile iodée. Iode 5 parties, huile d'amandes douces 1000 parties; on fait dissoudre à l'aide du mortier l'iode dans l'huile et on chauffe au bain-marie jusqu'à décoloration. Contient 50 centigrammes d'iode par 100 grammes.
Huile iodo-phosphorée. Iode 5 parties, phosphore 0,1 partie, huile d'amandes 100 parties. Proposée comme succédané de l'huile de foie de morue.
Huile de lin soufrée ou baume de soufre simple. Fleur de soufre 90 parties, huile de lin 575 parties; on chauffe doucement jusqu'à épaississemeiit, parle refroidissement on obtient une gelée brun rouge qui doit être entièrement soluble dans l'essence de térébenthine ; 1 partie d'huile de Hn soufrée et 5 parties d'essence de térébenthine donnent le baume soufré térébenthine.
Huile de lis, de roses rouges. Fleurs fraîches pilées 1 partie, huile d'olive 4 parties. Après macération pendant plusieurs jours, on exprime et on décante; on peut recommencer l'opération plusieurs fois avec de nouvelles quantités de fleurs.
Huile de morphine. Chlorhydrate de morphine 1 partie, huile d'amandes douce 1000 parties. Dissolvez. Sert aux usages interne et principalement externe.
Huile de mucilage. Semences contuses de lin et de fenugrec 1 partie, racine de guimauve 1 partie, eau bouillante 10 parties; après infusion pendant vingt- ([uatre heures et filtration, ajoutez huile d'olive 2 parties. Chauffez jusqu'à disparition de l'eau.
Huile de narcotiques ou baume tranquille. Voy. Baume.
Huile d'opium. Opium pulvérisé 4 parties, huile de jusquiame 500 parties ; on fait digérer quelques jours et on filtre.
Huile phéniquée. Acide phénique solide 1 partie, huile fie lin bouillie 5 parlies. En mélangeant avec du blanc d'Espagne, on obtient Vemplâtre phénique.
Huile phosphorée. Phosphore 1 partie, huile d'olive 50 parties. On chauffe au bain-marie et on décante.
Huile purgative. Scammonée 1,27 parties, huiles d'amandes 5 parties. Dissolvez. On en prend 15 à 50 grammes en émulsion.
Huile rosat ou de roses pâles. Pétales mondées de roses pâles 1 partie, huile d'olive 4 parties. On fait macérer en remuant, on exprime et on décante; on peut recommencer plusieurs fois avec des quantités égales de pétales de roses, enfin on filtre. On prépare de même les huiles de giroflée, d'iris, de jasmin, de violette.
Huile de suie. Suie préparée 1 partie, htiile d'amandes 10 parties; on chauffe au bain-marie clos et on filtre chaud. Succédané de l'huile de cade.
Huile de vératrine. Vératrine 4 parties, huile de jusquiame 500 parties. En frictions à la dose de 4 à 8 grammes.
Huile verte ou baume vert de Metz [voy. Baume). L. Hahn.
HVILLICUES. Voy. Chili.
^5G HUITRE.
HUÎTRE. ^ ]. Zoologie. Sous la dénomination d'Ostrea, Linné et les anciens zoologistes comprenaient, outre les Huîtres proprement dites, un grand nombre de Mollusques-Bivalves, dont la plupart sont devenus plus tard les types de génies spéciaux comme Spondylus L., Perna Brug., Peclen Larak, Avicula Klein, Plicatnla Lamk, Maliens Lamk, Lima Brug., etc. Cependant, dès 1655, Martin Lister, dans son Si/>io;;sismei/iotii7uec/es Mollusques, avait fait des véritables huîtres une section très-nette de ses Conchyliorum bivalvium imparibus testis, section correspondant à peu près exactement au genre Ostrea, tel qu'il lut, mais longtemps après, circonscrit par Lamark. Quoi qu'il en soit, les Huîtres proprement dites constituent aujourd'hui, dans l'ordre des Lamellibranches-Peclinacos, un groupe spécial, celui des Ostréadés, renfermant seulement les genres Ostrea L., Eeligmvs Deslongch., JSaiadina Mun.-Ch., et Pernostrea Mun.-Cli., ces trois derniers ne comprenant que des espèces fossiles.
Chez les Huîtres, la coquille, de forme irrégulière, mais généralement ovale,
n, partie supériem-c du manteau cou\iaut la liouclie et enveloppant les palpes labiaux. — b, manteau. — c, branchies. — d, portion tics lobes du manteau entre lesquels vient déboucher l'anus. — e, muicle adducteur des valves. — f, charnière.
allongée ou quadrilatère, est de structure lamelleuse, rude à l'extérieur, souvent foliacée, plus rarement lisse. Elle est adhérente par sa valve gauche (ou inférieure), plus grande, plus profonde que la valve droite (ou supérieure), et pourvue d'une charnière sans dents, à ligament demi-interne, inséré dans une fossette cardinale triangulaire ou oblongue. Par suite du déplacement de la valve droite, la fossette de la valve gauche croît avec l'âge et prend parfois une grande extension. L'impression musculaire, subcentralc, est bien visible, tandis que l'impression palléale est à peine sensible.
L'animal, désigné par Poli sous la dénomination de Peloris, l'un des anciens noms de l'huître, est de forme ovale, arrondie ou allongée; il est dépourvu du
IIL'ITRE. 4o7
pied si caractéristique des autres Lamellibranches. Il occupe la partie profonde (on peut dire centrale) de la valve gauche de la coquille et est placé de telle sorte que l'ouverture buccale correspond aux crochets et au ligament qui réunit les valves. 11 est maintenu par un seul muscle adducteur, très-puissant, qui prend naissance immédiatement au-dessous du cœur, traverse le manteau des deux côtés et vient s'insérer au milieu de chaque valve ; c'est lui qui permet à l'animal d'ouvrir et de fermer sa coquille. Le manteau, très-développé, se compose de deux lames superposées, libres dans la plus grande partie de leur étendue, mais se réunissant en avant et formant ainsi iine sorte de capuchon au-dessus de l'ouverture buccale. Les bords épaissis du manteau sont pourvus de plusieurs rangées de cils ou tentacules doués d'une extrême sensibilité et rétractiles au moyen de muscles très-fins partant, en rajonnant, du muscle adducteur de la coquille.
Th. Willis, dans son remarquable ouvrage intitulé : De anima brutorum exercit. diiœ, 1672, p. 17, est le premier auteur qui ait fait connaître l'organisation interne des huîtres. Cette organisation est d'ailleurs à peu près la même que celle de tous les Mollusques-Lamellibranches.
L'ouverture buccale, très-grande et susceptible de se dilater largement, est située en avant dans la duplicature du manteau, sous la protection de l'espèce de capuchon dont nous avons parlé plus haut. Les lèvres en sont minces et lisses, avec deux paires de palpes allongés, lancéolés, dont les deux inférieurs présentent une structure analogue à celle des branchies. De la bouche part un court œsophage qui s'élargit ]iour former une sorte de poche ou estomac, entouré d'un foie volumineux, de couleur brune, et pourvu d'ouvertures nombreuses, de grandeurs différentes, destinées à lui fournir les produits de la sécrétion biliaire. A la partie inférieure de l'estomac commence l'intestin proprement dit, qui se dirige, en décrivant plusieurs circonvolutions, vers le muscle adducteur, remonte ensuite vers la partie dorsale de l'animal, derrière l'estomac, et débouche dans une papille de longueur variable, faisant librement saillie dans la cavité du manteau.
Les branchies se composent de deux paires de feuillets, dont la surface est couverte de cils vibratiles. La première paire prend naissance derrière les palpes labiaux externes et se continue, en arrière, le long des côtés du corps, jusqu'au voisinage de l'orifice anal, tandis que la seconde paire, partant des palpes labiaux internes, vient aboutir un peu au-dessus de la première; c'est en ce point que les feuillets branchiaux prennent, avec le manteau, une adhérence complète.
La circulation est entretenue par un cœur artériel, situé en avant du muscle adducteur, entre ce dernier et la masse des viscères, et formé d'un ventricule et d'une oreillette. Contrairement à ce qui existe chez presque tous les Lamellibranches, le ventricule, seul entouré par un péricarde, n'est pas traversé par le rectum. Il envoie le sang dans un gros tronc aortique, qui se dirige en avant et se divise presque à son origine en trois branches principales : la première se poursuit vers la bouche et les palpes labiaux; la seconde envoie de nombreuses ramifications dans le foie et les organes digestifs; la troisième, enfin, se répand dans toute la partie postérieure du corps. L'oreillette, d'un brun noir et de forme quadrilatère, est traversée dans toute son épaisseur par de nombreux et fins vaisseaux. De ses angles postérieurs partent cinq troncs volumineux qui se subdivisent presque immédiatement chacun en trois branches, dont les deux
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externes se rapprochent et se réunissent bientôt pour former un tronc unique. Ces cinq troncs principaux viennent s'abouciier aux vaisseaux brancliiaux; ceux-ci sont constitués par cinq branches principales, subdivisées latéralement en d'autres vaisseaux qui s'anastomosent à leur tour d'une manière régulière.
Le système nerveux est des plus simples. Une paire de ganglions ce'rébroïdes, située dans le voisinage de la cavité buccale, est reliée par des commissures très-fines, embrassant le foie et l'estomac, à une paire de ganglions viscéraux ou branchiaux , placée derrière le muscle adducteur, au-dessous des viscères. Les nerfs qui naissent des ganglions cérébrnïdes se distribuent autour de la bouche et dans la partie antérieure du manteau; ceux des ganglions branchiaux se dirigent, les uns, vers les branchies, les autres, vers les viscères et la partie postérieure du manteau.
A l'exception de quelques espèces, comme VOstrea virgimca Lamk et l'O. angidata Lamk, chez lesquelles les sexes seraient séparés, toutes les huîtres, au moins celles recherchées en Europe pour l'alimentation, sont hermaphrodites. Ce fait, que Méry [Mém. de l'Acad. des se, 1710) et Adamson {Histoire nalurelle des Coquillaç/es) avaient déjà soupçonné, a été démontré en ISoo par Davaine {Reche relies sur la (jénération f/es Huîtres) d'une manière tellement irréfutable, qu'on peut s'étonner à bon di'oit (jue certains auteurs l'aient révoqué en doute. D'après Davaine, l'orgaîie de la ie])roduclion, chez l'huître iiermaphiodite, occupe la partie moyenne et supérieure de l'animal. Recouvert extérieurement par la membrane du manteau, qui lui adhère, il entoure la masse formée par le foie, l'estomac et une grande partie de l'intestin. Cette glande sexuelle contient à la fois les ovules et les zoospermes. Aucun organe ne lui est annexé pour servir à la fécondation ou à l'incubalion des œufs. La fécondation s'opère dans la glande sexuelle même, par la désagrégation des masses de zoospermes. Après la fécondation, les œufs passent dans la cavité extérieure ou branchiale du manteau, dans laquelle ils séjournent un certain temps. Maintenus par ses lobes, répandus entre les lames branchiales, dans leur région antérieure et supérieure, les ovules y sont plongés dans une substance muqueuse sécrétée par ces organes, et qui est nécessaire à leur évolution et à leur accroissement. Après une incubation suffisante, l'huître-mère les rejette transformés en embryons, déjà pourvus d'une coquille et munis d'un appareil transitoire de natation. La masse des ovules ou des embryons ainsi agglomérés dans le manteau forme une sorte de bouillie blanchâtre, ressemblant à de la crème épaisse, à laquelle on donne le nom de lait ou àefrai [spat des pécheurs anglais), d'où est venue l'expression à'HuUres laiteu>^es qu'on emploie vulgairement pour désigner les huîtres dont le manteau renferme le frai. La présence de ce frai dans les huîtres pendant les mois d'été n'avait d'ailleurs pas échappé à l'attention des anciens naturalistes. Pline en parle dans son Histoire naturelle (trad. de Littré, t. 1, liv. ix, et t. 11, liv. xxxn) et le considère comme un liquide fécondant, mais les premières indications précises sur sa nature n'ont été fournies qu'en 1689 par Jac. Brach, dans les Épkémérides des curieux de la Nature (déc. ll,obs.20o, Deovis ostreorum). Plus tard, LeeuAvenhoeck [Arcana naturœ détecta, 1722, t. 111, p- 512), puis Job. Baster {Opuscula successiva de animalculis et plantis, 1762, liv. II, p. 65), complétèrent, en les corroborant, les observations de Jac. Bracb.Leeuweuhoeck découvrit même dans l'organe femelle les animalcules sperraatiques, dont il donne une bonne description; il constata
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en outre que ces animalcules sont d'abord réunis en masses arrondies, et qu'ils se désagrègent ensuite.
Sur les coles européennes, les huîtres frayent depuis le commencement du mois de juin jusqu'à la lin de septembre, mais le frai est assez variable, pour la quantité, dans les huîtres de même grandeur. D'un blanc de lait pendant un certain temps, il prend peu à peu, à mesure que l'évolution se poursuit, une teinte jaune clair, puis d'un jaunâtre plus obscur, qui liiiit par dégénérer en gris brun ou en gris violet très-prononcé. A ce moment, le frai a perdu de sa lluidité, probablement par suite de la résorption de la substance muqueuse qui enveloppait primitivement les oeufs, et cet état indique que les ovules, transformés en embryons, vont être prochainement expulsés.
A leur sortie du manteau maternel les embryons sont entourés d'une coquille calcaire plus ou moins colorée et pourvus d'un appareil transitoire de natation, au moyen duquel ils nagent et se dirigent dans toutes les directions à la recherche du corps solide qui leur servira d'appui. Cet appareil, découvert en 4855 par Davaine, est formé par une sorte de bourrelet cilié, muni de umscles puissants à l'aide desquels l'animal peut, à volonté, le faire sortir hors des valves ou l'y faire rentrer. Peu de temps après le moment oii l'embryon est parvenu à se fixer, le bourrelet ciliaire, devenu inutile, s'atropliic et finit par disparaître complètement.
La quantité d'œufs qui peut produire une huître est considérable. Plusieurs auteurs, notamment Leeuwenhoeck, l'évaluent à dix millions. D'autres, plus modestes et probablement plus près de la vérité, estiment qu'elle ne dépasse pas un million ou douze cent mille au plus, chiffre qui indiquerait le nombre d'œufs produits par une huître adulte, la ponte des jeunes, c'est-à-dire des huîtres âgées d'environ trois ans, étant de beaucoup inférieure à ce nombre. Mais, si la quantité des embryons expulsés est considérable, il ne faut pas en conclure que la reproduction s'effectue d'une manière continue et régulière, et que les huîtres adultes enlevées pour l'alimentation soient constamment remplacées. Il résulte, en effet, d'observations faites sur les côtes d'Angleterre et sur celles du Slesvig-Holstein, que les huîtres d'un même banc ne sont pas toutes fécondes, que le chiffre des pondeuses n'atteint guère que 50 pour 100 du nombre des individus et que parfois même cette proportion s'abaisse jusqu'à 10 pour 100. Enfin, d'après Moebius, la multiplication de ces Mollusques, dans une étendue de mer déterminée, serait en rapport direct avec les nécessités de l'alimentation et ne pourrait, dès lors, dépasser certaines limites, sans condamner à une mort assurée non-seulement les jeunes, mais encore les adultes.
Dès que les petites huîtres sont expulsées de la coquille maternelle, elles se répandent dans la mer et sont aussitôt dispersées par les mouvements de l'eau, tantôt par petits groupes, tantôt par individualités. Un grand nombre d'entre elles devient alors la proie de myriades de Poissons, de Mollusques, de Crustacés, etc., qui en détruisent des quantités considérables. D'autres, emportées sur des fonds vaseux, y périssent infailliblement. Celles, au contraire, mais en nombre relativement minime, qui parviennent à se fixer soit sur des corps solides, tels que des pierres, des coquilles, des morceaux de bois, etc., grandissent rapidement et dès la deuxième ou la troisième année deviennent aptes à la reproduction. Mais elles n'atteignent leur taille complète qu'après un temps souvent assez long, qui varie d'ailleurs suivant les localités et la plus ou moins grande abondance de nourriture, en un mot, suivant les circonstances dans les-
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quelles elles se trouvent placées. C'est ainsi que d'après Bureau de la Malle {Comptes rendus de l'Acad. dcssc, t. XXXIY, 1852, p. 596) déjeunes huîtres, dans la baie de Cancale, auraient atteint en un an et demi leur entière croissance, c'est-à-dire 9 centimètres de diamètre, tandis que d'autres, dans le banc d'Yellette, auraient mis cinq ans pour parvenir à la même dimension. En général, les jeunes huîtres qui, au sortir de la coquille maternelle, ont tout au plus, en diamètre, un cinquième de millimètre, atteignent, au bout de six mois environ, une taille de 8 à 10 millimètres, puis, au bout d'un an, de 4 à 5 centimètres de diamètre, et dans le courant de la troisième année leurs dimensions, comprises entre 8 et 10 centimètres, les rangent dans la catégorie des huîtres marchandes que l'on peut livrer au commerce.
§ II. CLAssiFiCATrox. Tel qu'il est délimité aujourd'hui, le genre Oslrea renferme une centaine d'espèces vivantes et plus de 500 espèces Ibssiles. Ces dernières ont des représentants dans tous les terrains coquilliers, depuis ceux à Cornes d'Ammon inclusivement jusqu'aux plus récents. Mais c'est dans la craie qu'elles semblent avoir atteint leur maximum de développement. Dans ([uelques terrains quaternaires, notamment sur les côtes du Sénégal et de la mer Houge, elles Ibrnient des bancs considérables et d'une grande puissance. Leurs coquilles sont parfois converties en une ciiaux d'assez mauvaise qualité analogue à celle que l'on retire de certains coquillages marins ou fluviatiles.
Les espèces vivantes, tantôt moyennes ou petites, tantôt de taille gigantesque, sont répandues dans toutes les mers chaudes et tempérées du globe ; elles manquent totalement dans les mers glaciales. En Europe, elles commencent à se montrer vers le 65" degré, sur les côtes occidentales de la Norvège, puis vers le 60'^ degré autour des îles Shetland, au nord de l'Ecosse. Elles reparaissent ensuite un peu plus au sud, dans le Skager-Rack, où elles sont tellement abondantes dans certaines localités que, d'après 0. Schmidt, on les sert à profusion en guise de hors-d'œuvre sur les tables d'hôte; il en est ainsi, du moins, dans la petite ville de Kragero. Non loin de cette station existent, dans le Liimfjord (portion du Jutland), des bancs d'huîtres assez considérables qui paraissent s'être développés assez récemment et dont la première constatation a eu lieu en 1851. D'un autre côté, les huîtres de Holslein ou de Flensbourg, que l'on consomme sur toutes les côtes de la Baltique ainsi que dans le noi'd de l'Allemagne, à Leipzig, à Berlin et même à Saint-Pétersbourg, proviennent de la région qui s'étend, sur les côtes de Danemark, entre les îles Sylt et Fôrhr, depuis Husum jusqu'à Tondern. Cette région, connue sous le nom de Watten ou Ouates, se compose d'une portion de mer à fond assez plan, découvrant largement pendant les marées et sillonné de rides profondes simulant des fossés ou des canaux. Les bancs d'huîtres se trouvent au long de ces fossés, dans lesquels le flux et le reflux produisent des courants dont la vitesse varie entre 4 et 6 mètres par seconde.
Sur certains points de la mer du Nord, les huîtres existent en grand nombre, d'abord dans la baie d"Ostende, dont les bancs sont si renommés, puis sur les côtes d'Angleterre, dans les estuaires de la Tamise et dans les criques de ses affluents. Commençant au rivage de Kent, ces bancs (ÏHuîtres natives, comme les appellent nos voisins d'Outre-Manche, s'étendent à des intervalles irréguliers, d'un côté depuis Ramsgate jusqu'à Sheerness et Queenborough, d'un antre côté sur la côte d'Essex et ses rivières, depuis Leigh jusqu'à la rade de Har-
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■wick. Ces bancs offrent ceci de remarquable qu'ils sont tous situés sur V argile de Londres ou sur des formations géologiques de même nature.
En France, sur le littoral de la Manche aussi bien que sur celui de l'Atlantique, les huîtres se trouvent presque partout, soit à l'état natif, soit cultivées artificiellement. A l'état natif elles se présentent tantôt isolées ou par petits groupes, comme sur les côtes du Morbihan, à Pornic, sur les rochers autour de la baie de Saint-Jean de Luz, etc., tantôt accumulées en bancs plus ou moins considérables, comme sur quelques points des côtes de la Normandie et de la Bretagne, à La Rochelle, autour des îles de Hé et d'Oléron, etc. Mais les plus estimées, celles qui font l'objet d'un commerce extrêmement important, proviennent surtout des parcs de Cancale, de Saint-Waast, de Courseulles, de la rivière de Belon, de Lorient, de Vannes, d'Auray, de Marennes et du bassin d'Arcacbon.
Les côtes d'Espagne et celles du Portugal nourrissent également de grandes quantités d'huîtres, surtout des huîtres dites portugaises {Ostrea angidata Lamk), bien moins estimées que les autres, mais qui tendent aujourd'hui à entrer de plus en plus dans la consommation, à raison de leur prix peu élevé.
Dans la Méditerranée, où les côtes, ne découvrant jamais, sont des plus susceptibles à s'envaser par suite de la stagnation des eaux à une certaine profondeur, les huîtres se trouvent un peu partout, mais seulement isolées ou par petits groupes. Il n'y existe pas, à proprement parler, de véritables gisements, excepté pourtant sur certains points, comme dans le golfe du Lion, à quelques lieux au large de Port-Vendres, où l'agitation continue des (lots, produite par les grands courants qui s'y brisent, empêche le dépôt des \ases. Cependant, ainsi que l'a démontré M. Bouchon-Brandely {Rapport sur la situation du littoral français de la Méditerranée au point de vue de la pèche, de la pisciculture et de la conchylioculture, 1880), l'élevage artificiel pourrait se faire avec succès et avantage sur un grand nombre de points de cette mer intérieure, notamment sur les côtes de la Corse, sur celles d'Afrique, dans les parages des îles Sanguinaires, sur tout le littoral de Cette à Aigues-Mortes, dans les lacs salés des environs de Cette et de Montpellier, dans la rade de Toulon (où existaient, au commencement du siècle, plusieurs gisements considérables, disparus presque complètement aujourd'hui par suite des travaux de dragages, exécutés par la marine en vue d'approfondir le port), dans l'étang de Thau (à l'embouchure duquel se trouvait, il y a quarante ou cinquante ans, un banc naturel d'une telle richesse que les huîtres ne valaient, à celte époque, pas plus de 5 à 4 sous le 100), enfin dans l'étang de Berie, dont les rives en pentes douces sont recouvertes d'un sable coquillier très-riche en calcaire, et tapissées en beaucoup d'endroits par des plantes aquatiques, analogues à celles des plus fertiles stations ostréicoles de l'Océan, comme Marennes, la Tremblade, l'île d'Oléron et le bassin d'Arcacbon.
Les grandes agglomérations d'huîtres sont également rares dans l'Adriatique, mais grâce à ses travaux et à ses soins l'industrie ostréicole a pu, dans cette mer, les faire se développer assez abondamment sur certains points qui paraissaient jusqu'alors leur être peu favorables : tels sont particulièrement les canaux de l'arsenal de Venise, où les huîtres sont entretenues depuis un peu plus d'un siècle, et aux environs de Trieste, l'angle le plus aigu et le moins profond du golfe de Muggia.
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Au point de vue systématique, les huîtres vivantes se répartissent dans les quatre sections suivantes :
1" OsTREA, sensu stricto (Môrcli., 1855). Valves à peu près de la même longueur, à bords non dentés intérieurement;
2" Ai.ECTRYOiMA (Fisclier de Waldheim, 1807). Valves de longueur presque égale; bords dentés et anguleux, s'emboîtant l'un dans l'autre. Cette section a pour espèce type l'O. crista-galli L., du grand océan Indien;
o» OsTREOLA (Monterosato, 188 i). Coquille obiongue, feuilletée, à valve supérieure bombée; bords dentés, mais non anguleux.
4" Gryph^a (Lamarck, J801). Valves de longueur inégale, la supérieure aplatie ou concave, courte, operculiforme ; crochet de la valve inférieure saillant, incurvé ou subspiral.
La section Ostrea renferme notamment l'O. edidis L. ou Huître commune, et YO. hippopus Lamk ou Huître pied de cheval. Cette dernière se reconnaît facilement à sa coquille grande, arrondie, très-épaisse, dont la valve supérieure, plane, est ornée de lamelles transversales nombreuses et peu saillantes. On la trouve dans toute la Manche et sur quelques points de la Méditerranée (côtes du Languedoc et de la Provence) ; seulement c'est un animal isolé, trop vieux, croit-on, pour se reproduire, et qui ne forme jamais d'agglomérations.
VHidtre commune, au contraire, existe dans presque toutes les mers de l'Europe. C'est elle que l'on cultive dans toutes les stations ostréicoles et qui constitue, sous ses diverses formes, les Huîtres d'Ostende, de Cancale, de Courseulles, d'Arcachon, de Marennes, etc. On la péchait anciennement en grand nombre dans la Méditerranée à Leucate, Narbonne, Cette, Port-de-Bouc, Aigues- Mortes, aux îles d'Iiyères ; elle se trouve encore aujourd'hui à Venise, à Brindisi et dans le golfe de Tarente. Sa coquille est arrondie ou ovalaire, avec la valve supérieure plane et les lames d'accroissement imbriquées, ondulées.
h'Osti'ea stentina Payraudeau, qui est l'espèce type de la section Ostreola, est une petite huître que l'on trouve sur les côtes de la Corse, puis en France dans la rade de Toulon, en Italie, dans le golfe de Gènes et dans le golfe de Naples ; on la voit aussi sur les côtes d'Afrique. Elle vit isolément ou par petits groupes, fixée à la paroi des rochers, et ne forme pas à proprement parler de gisements, du moins on n'en connaît pas sur les côtes de France et d'Italie. Sa coquille, irrégulière, rugueuse, ne dépasse guère la grosseur d'une forte noix; l'intérieur, bien nacré, a une teinte légèrement verdâtre ; la valve inférieure est profonde.
h' Huître portugaise [0. angidata Lamk), qui appartient réellement à la section Ostrea, a été placée à tort parmi les Gryphœa, dont les représentants sont essentiellement fossiles. Elle diffère notablement de toutes les espèces précédentes par sa coquille très-allongée, iri'égulière, un peu contournée, pouvant atteindre plus de 15 centimètres de longueur. Sa provenance est restée pendant longtemps inconnue et sa rareté dans les collections la faisait considérer jadis comme une coquille de grande valeur. Elle est extrêmement abondante sur les côtes de Portugal et remonte dans le nord jusqu'à l'embouchure de la Gironde. Voici, d'après M. Bouchon-Brandely, à quelle cause accidentelle sont dues son introduction et son acclimatation dans cette dernière localité, où elle n'existait pas il y a une trentaine d'années. Un navire venant du Portugal en rapportait un chargement. Entré en Gironde, après une longue traversée, le capitaine, croyant les huîtres mortes, fit jeter la cargaison à l'eau, sur un ancien banc
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a])pelé le banc du Richard. Ayant trouvé là un milieu presque identique à celui d'où elles provenaient, et des conditions favorables à leur propagation, elles s'y sont multipliées en telle proportion, que de la pointe de Grave jusqu'au-dessus du Richard, c'est-à-dire sur une étendue de près de oO kilomètres, elles forment un vaste gisement, dont la largeur n'est limitée que par les rives du fleuve. Depuis quelques années on l'élève artificiellement sur plusieurs points du bassin d'Arcaclion.
En dehors des Ostvea eduUs, 0. hlppopus et 0. angidata, dont on fait une si grande consommation en Europe, nous devons mentionner V(). parasitlca Gmel. on Huître des Maiigliers des Antilles, ainsi nommée parce qu'elle se fixe souvent aux racines des mangliers, VO. tuherculala du cap de Bonne-Espérance, 10. cornucoplœ de la mer Ilouge, toutes espèces utilisées pour l'alimentation, enfin les 0. virginica Lamk, 0. borealis Lamk et 0. canadensis Lamk, qui vivent sur les côtes orientales de l'Amérique du Nord et sont, aux États- Unis, l'objet d'un commerce extrêmement important.
L'O. virginica ou Huître de Virginie est la plus commune des trois. Sa coquille étroite, allongée, très-épaisse, avec les sommets très-pointus et légèrement recourbés, peut atteindre 20 centimètres de longueur. Les valves présentent de nombreuses lamelles de couleur plombée assez régulières ; la valve supérieure est presque entièrement plate et l'impression musculaire est de couleur violet foncé. Cette belle espèce, connue dans le commerce américain sous le nom à'HuUre de la Chesapeake, abonde sur toute la côte, principalement dans les États du Sud; elle remonte dans le Nord jusque dans les parages de l'île du Prince Edouard et à l'embouchure de la rivière de Saint- Lawrence.
L"0. borealis, connue habituellement sous le nom d' Huître de New-Yor/i, se rencontre également sur tout le littoral ; on en pèche beaucoup dans la baie de New-York et dans celle de Buzzard (Massachusetts). Sa coquille ovale-oblongue, à feuillets imbriqués, onduleux, de couleur verdàtre, est longue de 7 à 8 centimètres. L'intérieur dos valves est d'un blanc crayeux ou légèrement verdàtre ; la valve supérieure est convexe, rinféiieure encore plus creuse que celle de \'0. virginica.
L'O. canadenùs, qui n'est peut-être qu'une forme de la précédente, a la coquille large, étalée, blanche et extrêmement lamelleuse, avec les sommets très-arqués, arrondis, et la valve supérieure légèrement convexe. Elle est commune à l'embouchure du Saint-Laurent et sur une partie du littoral des États- Unis, notamment dans les parages de New-York.
En un mot, d'après P. de Broca {Étude sur Vindustrie huîtrière des États- Unis, 1865, p. -49), « les huîtres américaines, sans distinction d'espèce, existent, sur les côtes orientales de l'Amérique du Nord, en quantités vraiment prodigieuses. Depuis les provinces britanniques jusque dans le golfe du Mexique, elles forment partout des bancs inépuisables qui, sans une pêche continuelle, finiraient, dans certaines localités, par créer des écueils, modifier les courants, obstruer les passes et paralyser, en un mot, la navigation. Abondantes partout, quelques parages paraissent néanmoins leur convenir plus particulièrement encore, et de ce nombre sont les côtes de New-Jersey, de Long-lsland, du Connecticut, du Rhode-Island, les rivages de l'embouchure de la Delaware, et surtout ceux de la baie de la Chesapeake, où chaque année des centaines de navires viennent les pêcher pour les transporter sur tous les points du littoral. Dans la
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Caroline du Nord, les sounds d'Aibermale, dePamlico, etc., en fournissent également d'excellentes »,
§ III. Élevage artificiel des huîtres et ostréiculture. En dehors de l'exploitation des bancs d'huîtres naturels, qui est faite par des bateaux pourvus de dragues, il existe deux sortes d'industries ostréicoles bien distinctes. La première a simplement pour objet d'améliorer les huîtres pêchées sur les bancs naturels, en les déposant dans des réservoirs pleins d'eau de mer {viviers ou parcs), que des écluses et des vannes mettent, à chaque marée et à volonté, en communication avec la mer, et où on les laisse séjourner un temps plus ou moins long. Dans cette eau stagnante, chargée de principes organiques, à l'abri de toute agitation, les huîtres grandissent et grossissent rapidement; elles engraissent, perdent la saveur araèreet la consistance un peu coriace des hnîtres natives et ne sont livrées au commerce que lorsqu'elles ont acquis les qualités de goût, de forme et parfois de couleur, qui les font rechercher des consommateurs.
La seconde industrie consiste à recueillir les huîtres au moment où les embryons sont expulsés de la coquille maternelle, à favoriser, par des soins spéciaux, les premières phases de leur développement, et à préserver ainsi de la destruction une multitude, de ces embryons, qui périraient inf;iilliblement s'ils étaient ai)andonnés à eux-mêmes ; c'est ce ([ui constitue à proprement parler la culture des huîtres ou Ostréiculture.
L'élevage des huîtres, par la première des deux méthodes que nous venons d'indiquer, remonte jusqu'à l'antiquité. Pline raconte en effet (///sL 7iat., l, IX, cap. Liv) qu'un riche lîomain, nommé Sergius Orata, contemporain de Lucius Crassns et vivant par conséquent près d'un siècle avant l'ère chrétienne, eut le premier l'idée d'élever des huîtres dans des constructions disposées ad hoc sur les bords du lac Lucrin ; ce lac, situé au fond du golfe de Baia, entre le rivage et les ruines de la ville de Cumcs, communiquait avec la Méditerranée par l'ouverture d'une digue sur laquelle passait la voie Herculéenne. L'opération réussit complètement; les huîtres du lac Lucrin eurent bientôt une grande réputation et l'inventeur du procédé finit par réaliser des bénéfices considérables, ce qui lui valut le reproche de s'être livré à cette entreprise, non pour son plaisir, mais par amour du lucre : Ostrearium vivarium primus omnium Sergius Orata invenit in Bajano, œtate L. Crassi oratoris, ante Marsicum bellum; nec gulœ causa, sed avariliœ, magna vectigalia tali ex ingenio suo percipiens.
Les pratiques suivies par Sergius Orata dans le lac Lucrin paraissent s'être perpétuées jusqu'à nos jours sur les rives du Fusaro, étang salé d'une lieue environ de circonférence, situé à peu de distance du lac Lucrin et qui a été poétisé par Virgde sous le nom d'Achéron. C'est ce que M. Coste, à qui nous avons emprunté les détails qui précèdent, a très-bien observé lors de son voyage d'exploration sur le littoral de la France et de l'Italie. 11 a même constaté que cette industrie du lac Fusaro, toujours prospère depuis des siècles, se trouvait associée depuis longtemps, mais sans qu'il soit possible de préciser l'époque, à des pratiques d'ostréiculture proprement dite.
Il eût été intéressant de pouvoir suivre à travers les âges les progrès de l'industrie huîtrière, de connaître et de comparer les diverses méthodes usitées. Malheureusement les documents certains que nous possédons n'ont trait qu'à la période romaine : tels sont particulièrement les deux vases funéraires, décou-
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verts Tua dans la Fouille, l'autre aux environs de Rome, et sur lesquels sont représentés en perspective des viviers attenant à divers édifices et communiquant avec la mer par des arcades. Le premier de ces vases porte l'inscription : Stagnum palatium (nom de la villa que possédait Néron sur le lac Lucrin), et plus bas : Ostrearia ; sur le second vase, qui est conservé à Rome dans le musée Borgiano, se lit celte inscription : Stagnum Nero.nis, Ostrearia, Stag.nlm, Sylva, Baia. Et pourtant l'industrie huîtrière n'a pas dû être complètement abandonnée après l'invasion des Barbares, surtout pendant la période féodale, au cours de laquelle l'élevage artificiel du poisson fut poussé si loin. Quoi qu'il en soit, l'amélioration des buîtres par le parcage est connue et pratiquée depuis trèslongtemps tant en Angleterre qu'en France et en Amérique.
En Angleterre, les premières tentatives d'élevage eurent lieu, vers 1700, près des embouchures de la Tamise, principalement dans les parcs de Medway et dans celui du Firth of Forlh, près d'Edimbourg. Ce dernier exporte encore actuellement près de 12 millions d'huîtres par an. Celui bien connu de AVhistable, à l'embouchure de la Tamise, donne également lieu à un commerce considérable. Les huîtres qui le peuplent sont pèchées sur les bancs de Norgate, de Harvvich et de [la baie de Black-Water, près de Golchester, qui sont considérés comme fournissant les huîtres de meilleure qualité; celles, au contraire, qui proviennent d'Helgoland, sont peu estimées. Tous ces paies sont non-seulement des lieux d élevage, mais aussi de vastes dépôts pour des huîtres de toutes quahtés et de prix très-différents. Ainsi, de 1852 à 1862, le lot de 1400 à 1500 huîtres se vendait de 25 à 30 francs, mais à partir de 18t)3 la même quantité s'est vendue 110 francs et a même atteint, en 1868 et 1869, le prix de 200 francs.
En France, l'élevage artificiel des huîtres pêchées en mer sur les bancs naturels se fait dans beaucoup de localités des côtes de la Manche et de l'océan Atlantique. Les parcs principaux sont ceux de Marennes, de Saint-Waast-la- Hougue, de Courseulles, d'Étretat, de Fécamp, de Dieppe, du Tréport et de Dunkerque. A Marennes, sur les deux rives de l'anse de la Seudre, les parqueurs, désignés sous le nom A'amareilleurs^ élèvent des huîtres provenant soit de leurs pêches personnelles sur les bancs de la contrée, soit des côtes de Bretagne ou du bassin d'Arcachon, et les répandent dans des viviers spéciaux, en donnant la préférence à celles âgées seulement de douze à dix-huit mois, c'est-à-dire ayant de 5 à 7 centimètres de diamètre. Ces viviers, appelés claires, sont des sortes de bassins peu profonds, d'environ 250 à 300 mètres carrés de superficie, qui diffèrent des parcs ordinaires en ce que, au lieu d'être submergés à chaque marée, ils ne reçoivent d'eau nouvelle qu'aux grandes marées des zyzygies, ou grandes malines, à chaque nouvelle et pleine lune. Les meilleures claires sont celles qui boivent (c'est l'expression consacrée) pendant cinq à six jours, c'est-à-dire trois jours avant et trois jours après chaque grande marée. Chaque claii^e est entourée d'une levée ou mur de terre, appelée chantier, haute et épaisse d'un mètre environ, et pourvue d'une écluse destinée à régler la hauteur de l'eau et à la vider complètement au besoin. Lorsque la claire est construite, l'amareilleur y laisse pénétrer l'eau de mer, afin que la terre puisse s'imprégner du dépôt salé qui lui donne des qualités analogues à celles du fond de la mer. A l'époque oij elle doit être mise en exploitation, on la vide pour parer le sol. Cette opération s'exécute ordinairement en mars, avril ou mai ; elle consiste à sécher la claire, à la débarrasser des pierres ou des
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herbes qui la garnissent et à l'a'pJanir comme on ferait pour une aire à battre le blé. Au bout de deux mois environ, le fond, sous l'influence du soleil, a pris une consistance assez grande pour que les huîtres ne puissent s'y enfoncer : la claire est alors convenablement préparée et peut être mise en exploitation. Lorsqu'on septembre sont amenées, par des navires, les huîtres prises directement sur les bancs naturels ou dans les lieux de production, les amareilleurs les déposent d'abord dans des parcs spéciaux où s'opère le triage. Les plus grosses sont mises de côté pour être livrées à la consommation. Les plus petites, au contraire, celles qui n'ont pas plus de 5 à 7 centimètres de diamètre, sont répandues à la pelle dans les claires, puis espacées à la main, afin que rien ne puisse gêner leur développement. C'est là que, soumises à une surveillance assidue, « à une espèce de stabulation », elles acquièrent, après un séjour plus ou moins prolongé, non -seulement cette finesse de chair, cette délicatesse de saveur, qui les font tant rechercher, mais encore cette coloration verte foncée, qui est considérée comme l'estampille de la véritable huître de Marennes, bien^qu'elle ait été observée dans beaucoup d'autres endroits, notami ment à l'île d'Oléron, à Gourseulles, au Croisic, et en Angleterre dans le comté d'Essex, où elle était connue depuis très-longtemps, puisqu'on 1713 des huîtres vertes furent servies dans un dîner d'apparat donné par un ambassadeur à la llague.
Les causes de cette coloration verte ont été l'objet des recherches d'un certain nombre de praticiens et de savants. Les uns l'ont attribuée aux particules de plantes marines vertes dont se repaissent les huîtres pendant une partie du printemps et de l'automne, d'autres à une sorte d'ictère ou à une affection du foie, plusieurs à la présence de sels de cuivre ou à la nature même du sol, quelques-uns enfin à l'absorption de la chlorophylle répandue dans l'eau de mer, opinion sans fondement, attendu que la chlorophylle, qui est soluble dans l'alcool, l'éther, la benzine, etc., ne l'est pas dans l'eau. Mais il résulte des observations de M. G. Puységur {Revue maritime et coloniale, t. LXIV, 1880, p. 248) que la viridité des huîtres est due exclusivement à l'absorption, par ces Mollusques, de quantités considérables d'une Diatomée découverte par Benj, Gaillon et très-bien décrite par cet auteur, en septembre 1820, dans le tome XCl du Journal de physique, de chimie et d'histoire naturelle, sous le nom de Vibrio osirearius. Observée depuis lors, en 1877, dans les parcs de Gourseulles, par H, de Brébisson, qui l'appela Amphipleura ostrearia, puis dans les claires de Sissable près du Groisic par M.. G. Puységur, cette Diatomée fut communiquée à M. Grunow, le savant algologue autrichien, qui constata qu'elle n'était qu'une variété de son JSavicida fusiformis, h laquelle il a donné le nom d'osirearia (In Monthly Microscopic Journal, 1877, p, 178). Comme l'a démontré M, G. Puységur, le liquide cellulaire du Navicula ostrearia Grun., au lieu d'être incolore, est d'un très-beau bleu d'azur ; il appartient au groupe des pigments qui, à la différence de la chlorophylle et de la diatomine, sont solubles dans l'eau. A l'examen microscopique, l'estomac, l'intestin, les déjections des huîtres vertes, se montrent remplis des frustules siliceux de la Navicule. L'exactitude de ces observations a été confirmée, en 1886, d'abord par M. Ray Lankester, qui désigne la matière pigmentaire du ISavicula sous le nom de Marennine, puis par M. Certes dans les Annales de la Société zoologique de France, ISSQ, Proc.-verb., p. 21.
Dans l'Amérique du Nord, sur la côte orientale des États-Unis, l'élevage ou
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plutôt l'amélioration des huîtres provenant des bancs naturels se pratique sur une grande éclielle, mais suivant des procédés beaucoup moins compliqués que ceux en usage à Marennes, à CourseuUes et autres localités françaises. Il consiste simplement à déposer les Mollusques sur des terrains maritimes reconnus propres, par leur nature, à les faire croître et à les engraisser promptement, que ces terrains soient constamment couverts par la mer ou qu'ils découvrent plusieurs fois par jour ou seulement pendant les grandes marées. Ces dépôts artificiels, que l'on désigne spécialement sous le nom àe plantations, sont indiqués par des perches légères enfoncées dans le sol, et assez longues pour que leurs extrémités, garnies de menus branchages, puissent dépasser de deux pieds au moins le niveau des hautes mers. On en rencontre sur presque tous les points du littoral, mais plus spécialement à proximité des grands centres de production naturels, dans les endroits suffisamment abrités, tels que les baies, les criques, les étangs salés, les estuaires des fleuves, l'embouchure des rivières. Les huîtres y sont semées en mars et avril et y séjournent au moins trois mois avant d'être livrées à la consommation. Aux environs de New-York, les principales plantations sont situées sur les rivages de Staten-lsland, notamment à Prince-Bay, dans l'East-River, dans la rivière de Harlem, dans celle de Shrewsbury, etc. A New-IIaven elles sont très-nombreuses dans la baie et à l'embouchure du Quinipiac. A Boston, les plus en renom sont établies sur les plages émergentes des Bird-Island, de Hog-lslaud, ainsi que dans certaines parties du Charles-River et du Mystic-River {voy. P. de Broca, Étude sur l'industrie huîtrière des États- Unis, p. 75 et suiv.).
En résumé, l'amélioration des huîtres par le parcage est une industrie trèsancieime, qui est pratiquée à peu près partout où ces Mollusques tiennent une place plus ou moins importante dans l'alimentation publique. Il n'en est pas de même de V ostréiculture.
Cette dernière industrie consiste, comme nous l'avons dit plus haut, à recueillir, par des procédés artificiels, le frai des huîtres, autrement dit le naissain, au moment où il est expulsé des valves maternelles. Elle a réellement pris naissance en France il y a seulement une trentaine d'années, c'est-à-dire vers 1858. Antérieurement à cette époque, par suite de la lenteur des communications, qui empêchait d'en propager les produits, les gisements si nombreux et si abondants de nos côtes de la Manche et de l'Océan suffisaient aux besoins de la consommation. Mais, quand nos chemins de fer permirent d'en répandre au loin les produits, ces mêmes gisements ne purent résister à l'exploitation abusive dont ils furent l'objet.
L'industrie huîtrière ne tarda pas, dès lors, à péricliter, et il fut facile de prévoir que, si l'on n'y portait un prompt remède, on aurait bientôt épuisé la source naturelle de toute production. C'est ainsi qu'à La Rochelle, à 3Iai'eniies, à Rochefort, aux îles de Ré et d'OIéron, sur vingt-trois bancs naturels qui formaient naguère l'une des richesses de cette partie du littoral, il y en eut dixhuit de complètement ruinés. De même dans la baie de Saint-Brieuc, à Cancale, à Granville, à l'embouchure des rivières de la Bretagne.
Tel était, en 1858, le déplorable état de l'industrie huîtrière sur les côtes de France, et cet état, comme l'a très-bien dit M. Fraîche [Manuel pratique de V ostréiculteur, p. 4), « était d'autant plus menaçant pour l'avenir, qu'il coïncidait précisément avec le moment où le réseau de nos chemins de fer, achevant de se compléter, permettait de répandre en quelques heures sur toute la France,
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et jusque clans les de'partements les plus éloignés de la mer, les produits de 'Océan, et allait à coup sur en accroître la consommation, en mettant un grand nombre de nos populations à même de profiter de richesses comestibles que leur interdisait primitivement Téloignement des centres de production. »
C'est alors que M. Coste conçut la pensée d'appliquer en France les procédés qu'il avait observés tn Italie, dans les parcs du lac Fusaro, procédés consistant à recueillir artificiellement le naissain sur des pieux plantés autour des dépôts ou sur des fagots de menu bois, attachés par le milieu de leur longueur au moyen d'un filin à un lest de pierre qui les tient élevés à 50 ou 40 centimètres au-dessus des fonds producteurs. Grâce à sa haute position et à sa grande influence, M. Coste obtint du gouvernement l'argent et les moyens nécessaires à l'accomplissement des essais qu'il avait proposé d'entreprendre pour le repeuplement des bancs d'huîtres du littoral de l'Océan. Les premières expériences se firent dans la baie de Saint-Brieuc, où furent versées, sur divers points, près de trois millions d'huîtres achetées à Cancale et à Tréguier. Sur ces bancs improvisés on répandit à profusion des écailles d'huîtres, des valves de Cardium et autres coquilles, destinées à servir de collecteurs pour le naissain, et l'on y descendit, pour le même objet, des fascines longues de 2 à 3 mètres, maintenues par des lests en pierre à peu de distance des fonds. Cette première tentative réussit complètement, car, après la saison du frai, tous les collecteurs retirés des fonds ensemencés se présentèrent couverts d'un nombre considérable de jeunes huîtres. Encouragé par ce succès, le gouvernement n'hésita pas à poursuivre les expériences et fit même, dans ce but, des dépenses relativement considérables. La rade de Brest fut repeuplée. On créa, dans l'anse de la Forest, près de Concarneau, une réserve d'huîtres alimentée par d'énormes envois d'Angleterre et destinée à faciliter l'ensemencement des bancs environnants. Enfin, dans le bassin d'Arcachon, sur les crassats dits le Ces, le Crasiorbe et le Cahillon, furent établis trois parcs modèles, devant constituer autant de foyers de reproduction pour tout le bassin et servir à expérimenter les divers appareils collecteurs.
L'industrie privée suivit bientôt l'impulsion donnée par l'État. Sur les côtes de Normandie et de Bretagne, sur celles qui s'étendent de la Loire à la Gironde, dans rîle de Ré, dans le bassin d'Arcachon, de nombreux riverains sollicitèrent des concessions du ministère de la Marine, installèrent des parcs et se livrèrent avec ardeur aux essais de reproduction artificielle, si bien qu'en quelques années et malgré des déceptions souvent cruelles l'ostréiculture prit un développement considérable. Depuis 1885, les bancs du littoral de l'Océan sont en partie repeuplés et 25,000 concessions de parcs, couvrant 15,000 hectares, livrent chaque année à la consommation près de 600 millions d'huîtres, représentant une valeur d'au moins 12 millions de francs.
Tels sont les résultats immenses dus à l'initiative de M. Coste et à l'aide aussi puissante qu'efficace du gouvernement français, qui depuis 1861 n'a pas consacré moins de 2,600,000 francs à l'exécution de travaux d'ensemencement, à la reconstitution d'anciens gisements épuisés par une exploitation dérét^lée et à la création de nouveaux bancs dans plusieurs localités où il n'en avait jamais existé.
Actuellement les lieux de production les plus actifs sont : le bassin d'Arcachon, et, sur notre côte nord-ouest, les embouchures des rivières de Vannes, d'Auray et de Saint-Philbert. Le bassin d'Arcachon se fait remarquer surtout
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parla quantité et la qualité de ses produits. De 297 qu'il était en 1865, ]p nombre des parcs exploités par des particuliers s'est élevé successivement à 724 en 1871, 1153 en 1872, 1706 à la fin de 1874, et 2454 en 1880. Depui> celte époque, la progression ne s'est pas ralentie et le bassin, dont la superficifest de 15,000 hectares, compte aujourd'hui 6,000 hectares de parcs, qui livrent annuellement à la consommation près de 500 millions d'huîtres, représentani une valeur d'environ 4,600,000 francs, à partager entre 4,000 détenteurs de parcs.
Pour compléter ce rapide exposé du développement de l'ostréiculture en France, nous devons dire quelques mots des principaux appareils (autres qui' les pierres, les coquilles et les fascines) employés pour recueillir et fixer b' naissain. Le plus ancien de ces appareils est le plancher collecteur imagint' par M. de Bon. 11 consiste en quatre pieux enfoncés profondément dans le sol et reliés entre eux par des traverses de manière à former un carré d'environ 2 mètres de côté. Sur les traverses fixées à demeure, un peu au-dessus des fonds où sont parquées les huîtres, sont posées à plat des planches brutes, en bois de pin ou de sapin, dont la face inférieure est garnie de fascines formées de menues branches de châtaignier ou de chêne, de sarments de vigne, etc., sur lesquelles vient se fixer le naissain. A raison de la facilité avec laquelle on peut retourner les planches, cet appareil permet d'exercer une surveillance active sur les jeunes huîtres. 11 est encore en usage dans quelques localités, principalement dans celles qui se trouvent à l'abri des violences de la mer. Mais à Arcachon et même un peu partout, à Vannes, à Auray, à La Rochelle, à l'île de Ré, etc., on emploie presque exclusivement aujourd'hui les toits collecteurs, lesquels sont formés de tuiles concaves, semblables à celles que l'on place sur l'arête des murs pour les préserver de l'humidité. Ces tuiles, disposées en forme de toits et soutenues par des piquets à une faible hauteur au-dessus du sol, sont préalablement enduites d'une couche assez épaisse de mortier, composé de deux parties de sable pour une partie de chaux grasse. Les jeunes huîtres se fixent sur cet enduit friable et il est facile de les en détacher, sans risquer de les blesser, quand on procède à l'opération du délroquage, après quoi on les parque dans des claires, afin de les protéger contre les excès du froid et de la chaleur pendant les premières phases de leur développement. Mais, comme au moment où on les détache des collecteurs leurs valves sont encore trop faibles pour résister aux attaques des Crabes et autres animaux destructeurs, les parqueurs du bassin d'Arcachon ont imaginé de les placer dans des sortes de caisses jusqu'à ce qu'elles aient acquis assez de force pour être déposées dans les claires. Ces caisses sont constituées par un nombre indéterminé de châssis en bois, de forme rectangulaire, dont le fond est garni d'une toile métallique ou d'un treillage en laiton, à mailles très-serrées, fortement tendu au moyen de crochets vissés sur les côtés des châssis.
Du reste, les huîtres ont de nombreux ennemis, surtout lorsqu'elles sont jeunes. 11 convient de citer principalement :
l» Parmi les Poissons, le Carcharias [Prionodon) glaucus Rond., espèce de squ.ile appelée vulgairement Thouy, Touil ou Poisson bleu; les Vieilles de mer, surtout le Labrus viridis L. et le Crenilabrus melops Risso, qui détachent les jeunes huîtres des tuiles où elles sont fixées et brisent leurs coquilles; la Tère ou Pasténague [Trygon pastinaca L.), sorte de Raie très-redoutée des ostréiculteurs du bassin d'Arcachon, à cause des rava es qu'elle commet. On rap-
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porte, en effet, que quatorze de ces poissons auraient détruit, en une seule nuit, plus de 70,000 huîtres dans un seul parc,
2° Parmi les oiseaux, VHœniatopus ostralegua L., connu sous le nom caractéristique d'Huitrier;
ô" Parmi les Crustacés, le Crabe enragé {Carcinus mœnas Leacli), le Portunus piiber L. ou Crabe étrille, et le Polybius lîenslowii Leacb, auxquels les parqueurs font une guerre acharnée.
4° Parmi les Mollusques, plusieurs Gastéropodes carnivores, comme le Murex erinaceus L., le Purpura lapillus L. et le ?iassa reticulata ou Burgau, qui percent au moyen de leur trompe les coquilles des huîtres adultes. Les ravages causés sur le littoral de la Charente par le Nassa reticulata sont parfois même tellement considérables que la Commission administrative des parqueurs a voté des subsides en vue d'en encourager la destruction. Chaque litre de Burgaux apporté au garde juré de l'association est payé 50 centimes. Grâce à cette mesure, les femmes et les enfants en recueillent de grandes quantités et, s'ils ne sont pas encore parvenus à les détruire, ils en ont du moins considérablement diminué le nombre.
Les Crevettes grises {Crangon vulgaris Fabr.), les Palémons [Paîcemon serratus Penu. et P. sr/«i//aL.), les Étoiles de mer [Asteracanthion ruhens Pietz), l'Arénicole {Arenicola marina L.), une Annélide tubicole du genre Sabellaria et même de petites Éponges du groupe des Halicondries {Vioa [Clione] ccelata 0. Schm., V. typica Nardo), sont également considérés comme très-nuisibles aux huîtres.
Ajoutons, en terminant, que le succès des bancs artiticiels est souvent compromis par le développement considérable que prennent certains végétaux, comme les Zostères ou Rubans verts {Zostera marina L.), dans les quartiers d'Auray, de Vannes et d'Arcachon, le Ceramium riihrum Ag. ou Herbe à perruque, ti surtout YUlva lactucaL. ou Maërle, Algue-Confervacée extrêmement commune sur les côtes de >'ormandie et de Bretagne, où on l'emploie pour amender les terres.
§ IV. Bromatologie. Dès la plus haute antiquité, les huîtres ont servi à l'alimentation de l'homme. Une des preuves évidentes de ce fait ressort de la présence d'une énorme quantité de coquilles d'Ostrea edulis dans les Kjôkkenmôddings ou monceaux de débris de cuisine, si abondamment répandus sur la côte orientale du Danemark et même sur les côtes de la mer Baltique. Ces débris, observés avec grand soin par les savants Suédois et eu dernier lieu par le géologue Lyell, démontrent non-seulement que l'usage des huîtres et des moules, comme aliment, était connu à l'aurore de la période historique, mais encore que YOstrea edulis existait dans la Baltique, d'où il a complètement disparu aujourd'hui. D'un autre côté, s'il faut en croire la tradition, les Athéniens se seraient servis des coquilles d'huîtres en guise de bulletins de vot'? : d'où serait venu le mot Ostracisme, tiré du grec ouzçiuy.o-j. Mais il convient de remarquer que, si à une époque relativement récente les auteurs grecs ont employé le mot ôcrpav-ov pour désigner les huîtres, cette expression s'appliquait aussi, non-seulement à tous les Mollusques pourvus d'une coquille bivalve, mais encore et surtout à des poteries et autres ouvrages en terre cuite.
Quoi qu'il en soit, les Anciens appréciaient beaucoup les huîtres comme ali-
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ment. Celles des côtes de l'Hellespont, celles de Cyzique et d'Abydène, étaient particulièrement en renom chez les Grecs. Les Romains recherchaient surtout les huîtres qui venaient de Brindes, deTarente, de Terracine, de Circei [Civiia- Vecchia) et du lac Lucrin. lis leur attribuaient même des propriétés aphrodisiaques, et certaines de leurs orgies ne pouvaient avxiir lieu, si les huîtres et la Roquette {Eruca saliva L.) en étaient exclues. C'est du reste ce que racontent plusieurs auteurs latins, entre autres Juvénal, à qui nous empruntons cette seule citation :
Quid enim Venus ehria curât?
Inguinis et capitis quœ sint discrimina nescit, Grandia quœ mediis jam tioctibus Ostrea mordet.
Juvénal, Sat. sexla.
De tous temps l'huître, mangée crue, a été considérée comme un aliment très-sain. Dès 1689 P. Ign. Save écrivait, en terminant sa thèse inaugurale ; Ergo ostreum crudum esca saluherrima.
Cette manière de voir est justifiée d'ailleurs par les qualités digestives qu'offre l'huître, dont la partie comestible est presque exclusivement constituée par le foie. Par la mastication, le glycogène et le ferment hépatique arrivent au contact et déterminent en quelque sorte l'autodigestion de la glande, qui constitue dès lors un aliment immédiatement assimilable. D'après Payen, l'huître donne 7,915 pour 100 de substance charnue, représentant 0,165 pour 100 d'azote. L'eau que contient la coquille renferme également une certaine quantité d'azote que Payen évalue à 0,863 pour 100, et par suite offre également des qualités nutritives.
Mais l'huître ne constitue pas seulement un aliment léger et un stimulant de l'estomac, elle est aussi un médicament de premier ordre, car elle contient de l'iode, da brome et du chlore. Aussi en a-t-on recommandé l'usage dans beaucoup de maladies, notamment dans les affections chroniques de l'estomac et des voies digestives (Sainte-Marie), les dyspepsies (Pasquier), la scrofule et l'ostéomalacie (Ettmuller), le scorbut, la chlorose (Pasquier père), le lymphatisme et même la phthisie pulmonaire (Fonssagrives). Elle convient surtout dans la convalescence des maladies aiguës (ûèvres inflammatoires, dysenteries épidémiques, etc.).
Les huîtres cuites, frites dans la poêle ou accommodées à la poulette, sont considérées au contraire comme très-indigestes. Celles qui sont marinées, c'està-dire confites dans une saumure fortement acidulée de vinaigre, après avoir été plongées dans l'eau bouillante, ne sont usitées que comme hors-d' œuvre et n'entrent dès lors que pour une faible part dans notre alimentation. Elles nous viennent d'Angleterre, de l'Espagne, du Portugal et surtout des États-Unis. Dans ce dernier pays les huîtres sont mangées en quantité considérable, non-seulement crues, mais encore accommodées de diverses façons : en soupe, à l'étuvée, rôties, au gratin, en pâtés, etc. ; elles servent en outre d'accessoires à une foule de préparations culinaires. La soupe aux huîtres est même, paraît-il, une des préparations que les Américains affectionnent le plus; elle est tellement populaire qu'elle s'est introduite dans les grands bals, oii elle apparaît inévitablement vers le matin pour réparer les forces des danseurs (^voy. P. de Broca, loc. cit., p. 57).
En résumé, les huîtres crues constituent un aliment agréable, sain, de facile
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digestion, et même analeptique, dont on peut Ai ire usage en tous temps, malgré le préjugé d'après lequel on devrait s'abstenir d'en manger pendant l'été, parce que, à cette époque, elles sont laiteuses, et par suite malsaines. Leur digestibilité s'augmente encore sous l'influence d'acides faibles : c'est pourquoi on les assaisonne souvent de jus de citron ou d'une sauce faite avec du vinaigre, du poivre et des échalotes bâchées. On les mange le plus généralement, comme cela se pratiquait déjà du temps des Romains, au commencement des repas, pour exciter l'appétit.
Cependant l'ingestion des huîtres peut quelquefois donner lieu à des coliques et à une purgation plus ou moins sérieuse, mais sans que ces accidents aient jamais la gravité de ceux que déterminent les moules. Plusieurs auteurs, comme Chevallier et Duchesne, ont attribué de semblables troubles à des huîtres pêchées dans des eaux limoneuses ou imprégnées de substances délétères; d'autres à des huîtres détachées de roches renfermant dans leur composition une ceftaine quantité de cuivre, ou de navires dont la coque était doublée de ce métal; d'autres enfin, comme le professeur Duméril, à des huîtres laiteuses. Mais ces légers accidents, comme l'ont fait remarquer avec raison Gervais et van Beneden, sont imputables à l'eau vaseuse ou corrompue dans laquelle ont séjourné plus ou moins longtemps les Mollusques avant d'être livrés à la consommation, et non au frai dont ils sont remplis pendant les mois de mai, juin, juillet et août. En effet, le docteur llahn nous a dit avoir vu à la fin du mois d'août 1886, à Andernos, sur les bords du bassin d'Arcachon, l'ingestion d'huîtres, non laiteiises, provoquer des accidents cholériformes chez deux familles nombreuses. Ces huîtres, mangées le soir, avaient été pêchées dans les claires, puis déposées, paraît-il, la veille ou l'avant-veille, dans des réservoirs vaseux situés à peu de distance du rivage. Dans un autre cas, chez une de ses clientes, à Paris, le docteur Hahn a vu se produire un véritable empoisonnement par des huîtres très-fraîches venues de Bretagne. L'expéditeur avait mangé des mêmes huîtres et n'en avait pas été incommodé. Les symptômes furent les mêmes que dans les empoisonnements par les moules. Il y avait de la dysurie et un gonflement énorme de la face. Un traitement analogue à celui qui est usité dans les cas d'empoisonnement par les moules réussit en peu de temps à guérir la malade.
Les coquilles d'huîtres, réduites en poudre, étaient très-employées autrefois comme absorbantes et antiacides, contre les diarrhées, surtout la diarrhée infantile. On les prescrivait également comme apéritives, stomachiques, diurétiques, détersives et lithontriptiques. Elles sont avantageusement remplacées de nos jours par le carbonate de chaux et le carbonate de magnésie. Les Américains les utilisent pour macadamiser les routes et les allées des jardins d'agrément. En les brûlant dans des fours ad hoc, ils obtiennent une excellente chaux, très-employée dans la construction des maisons au bord de la mer et qu'ils préfèrent à la chaux ordinaire parce qu'elle ne contient pas de magnésie.
A Paris, le commerce des huîtres est assez important. Ce commerce, qui date déjà de très-loin, -Jut complètement libre et exempt de tous droits jusqu'en 1691, époque à laquelle Louis XIV créa six offices de pourvoyeurs vendeurs d'huîtres, qui avaient seuls le droit de faire ce commerce, de pêcher les huîtres, de les parquer, etc., mais à la condition de ne les vendre que six sols la douzaine, en tous temps, prises au bateau ou à l'arrivée des voitures. Depuis lors, ces conditions commerciales se sont singulièrement modifiées. Actuelle-
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ment les huîtres sont classées par les tarifs de l'octroi en quatre catégories et imposées comme il suit :
1" Huîtres ordinaires et de Marennes, à coquilles lourdes (c'est-à-dire pesant plus de 15 kilogrammes le 100), 6 francs les 100 kilogrammes;
2" Huîtres ordinaires à coquilles légères (c'est-à-dire pesant moins de 15 kilogrammes le 100), 18 francs les 100 kilogrammes;
5" Huîtres d'Ostende, 3G francs les 100 kilogrammes;
4° Huîtres portugaises, 6 francs les 100 kilogrammes comme celles de la première catégorie.
Malgré l'élévation de ces droits d'octroi, la vente des huîtres augmente d'année en année. D'après le rapport officiel sur les consommations alimentaires de Paris, les quantités introduites ont atteint 7,849,752 kilogrammes eu 1885, et 8,112,992 kilogrammes en 1886, savoir :
Kilogrammes. Kilogrammes.
Huîtres ordinaires à coquilles lourdes. . . . 207,907 252,873
— à coquilles légères . . . . 1,942,295 2,049,471
Huilres d'Ostende 15,796 20,094
Huîtres portugaises 5,683,734 5,790,554
Les huîtres portugaises ne figurent au tarif que depuis 1877. A cette époque, elles n'étaient consommées que par la classe ouvrière, mais depuis quelques années elles tendent à se répandre de plus en plus dans toutes les classes de la société, à cause de leur prix peu élevé, et peut-être aussi parce qu'elles possèdent certaines qualités qui avaient été d'abord méconnues.
Enfin, en 1885 et 1886, les prix moyens de la vente en gros et par centaine ont varié, pour les diverses sortes d'huîtres, dans les proportions suivantes :
Francs. Francs.
Huilres d'Arcachon 6,72 6,50
— portugaises 4,34 4,15
— de Marennes 9,78 9,20
— armoricaines 9,70 9,15
— deCancale 12,55 12,70
— de Courseulles 13,72 13,25
Ajoutons, pour terminer, qu'aux États-Unis le commerce des huîtres atteint des proportions inconnues en Europe. C'est ainsi que dans la seule ville de New-York la consommation de septembre à fin avril est de 20,000 bushels, soit, à raison de 500 huîtres environ par bushel, un total de 6,000,000 d'huîtres. H n'y a pas moins de 10,000 personnes engagées pour la vente en gros ou en détail. De plus, on compte 2,000 écaillers ou écaillères, répartis dans plus de 300 oyster-saloons (salons d'huîtres), où on débite les huîtres sous toutes les formes. D'un autre côté, pendant la saison huîtrière, New-York exporte en Angleterre environ 5,000 barils d'huîtres par semaine. Ces huîtres sont expédiées en bourriches convenablement enchemisées de glace, et elles arrivent à Loridres dans d'excellentes conditions de fraîcheur et de goût. Des exportations analogues se font dans l'ouest de l'Amérique jusqu'à Denver (Colorado), et chaque printemps la Pacific-Mail-Company emporte, pour la Californie, une certaine quantité d'huîtres destinées à la plantation sur les côtes du Pacifique. En résumé,
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d'après les calculs du capitaine Smith, l'un des cinquante ostréiculteurs d'York- River qui alimentent le marché de New-York, 500 schooners ou barques sont engagés pour le service du transport des huîtres entre la baie de Chesapeake et New-York, où elles apportent de 1200 à 3500 biishels d'huîtres à chaque traversée. Or, chaque barque faisant en moyenne de quatre à douze traversées pendant la saison huîtrière, c'est environ 8,000,000 de busheh d'huîtres qui sont ainsi apportées à New-York. Ed. Lefèvre et .1. Mabille.
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llUÎTRlEit. Les Huîtriers {Hœmatopus L.) sont des Échassiers de rivage {voy. le mot Échassiers) dont la taille surpasse notablement celle d'une Bécasse et qui portent, au lieu d'un costume bariolé, une livrée aux couleurs simples, d'un gris noirâtre uniforme, ou blanche et noire. Leur bec, beaucoup plus long que la tête, est élargi à la base, et au contraire fortement comprimé dans sa portion terminale, en avant des narines qui s'ouvrent par une fente allongée dans un sillon latéral; leurs ailes très-développées se terminent en pointe aiguë et atteignent, au repos, le milieu ou les deux tiers des pennes caudales, qui sont d'ailleurs assez courtes ; leur.s tarses sont robustes, de hauteur médiocre et complètement revêtus d'un réseau d'écaillés, et leurs doigts, au nombre de trois seulement par suite de l'atrophie du pouce, sont munis d'une sorte de semelle calleuse qui déborde de chaque côté et se terminent par des ongles courts et larges.
Par leur organisation et par leurs mœurs ces oiseaux se rapprochent assez des Pluviers, des Vanneaux et des Bécasseaux, pour que M. A. Milne-Edwards ait cru devoir les ranger dans la même famille sous le nom de Totanides ou Totanidés {voy. ce mot et les mots Pluvier et Vanneau), ou bien de les réunir simplement, comme l'a fait G. R. Gray, aux Tourne-pierres {Cinclus Mœhr ou Slrepsilas lUig.), de manière à constituer le groupe, beaucoup plus restreint, des Hématopididés.
Le genre Hsematopiis ne renferme que huit ou neuf espèces qui diffèrent l'une de l'autre par les proportions et par les teintes plus ou moins sombres du plumage et qui habitent l'Europe, l'Asie, une partie de l'Afrique, l'Amérique, la Nouvelle-Guinée, l'Australie, la Tasmanie et la Nouvelle Zélande. La plus
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connue de ces espèces, celle qui doit être regardée comme le type du genre, est l'Huîtrier pie {Hœmatopus ostralegus L.), qui est commun pendant toute l'année sur nos côtes de la Manche et de l'Océan. Comme son nom seul l'indique, cet oiseau porte une livrée blanche et noire, le noir occupant presque toute la tête, la région antérieure du corps, une partie des ailes et de la queue, et le blanc s'étendant sur les reins, l'abdomen, le milieu des ailes, la base des rectrices et le dessous des yeux. A l'âge adulte, il a les yeux d'un rouge vineux, les pattes d'un rouge mat, le bec brunâtre à la pointe et d'un jaune orangé tirant au rouge dans sa portion basilaire.
L'Huîtrier pie niche, à découvert, au milieu des coquilles roulées et des herbes rabougries sur les dunes ou les grèves et pond trois ou quatre œufs d'un roux sale ou d'un jaune verdâtre, maculé de brun. Il se nourrit, non pas d'huîtres, ainsi qu'on pourrait le supposer d'après son nom générique, mais de petits Mollusques, de Vers et de Crustacés, qu'il découvre en retournant les coquilles et les pierres avec ses mandibules aplaties latéralement comme des lames de ciseaux. Il court rapidement sur les sols les plus mous et fait entendre fréquemment un sifflement bref précédé d'ordinaire d'un cri prolongé. Sa vigilance est extrême : aussi sa chasse exige-t-elle une prudence exceptionnelle. Du reste, c'est un si médiocre gibier qu'il ne vaut pas un coup de fusil. E. Oustalet.
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HUiii. (Robert). Médecin anglais, mort le 15 avril 1856 à Saint-Michael-at- Plea, à l'âge de soixante-deux ans. Il était médecin à VEije Infirmary de Norwich et à l'hôpital de Norwich et Norfolk. Il publia plusieurs ouvrages et un grand nombre de mémoires sur les maladies des yeux, puis sur la congestion encéphalique, la phthisie, etc. Son principal ouvrage a pour titre ; Notes on the Morbid Eye. L. Hn.
HULME (NATH\^■IEL). Né à Holme-Torp, dans le comté de York, le 7 juin 1 752. II fit ses premières études médicales sous la direction de son frère, Joseph Hulme, médecin établi à Halifax, puis il fut envoyé à Londres, pour y suivre les cours du collège Hôpital Guy. En 1755, il sert quelque temps dans la marine comme médecin de vaisseau, puis il se rend à Edimbourg, où il est reçu docteur en 1765, ayant pris pour sujet de thèse De scorbuto, affection qu'il avait eu occasion d'étudier de près. Il alla ensuite s'établir à Londres, oîi il acquit bientôt une grande réputation. En 1768, il fut nommé médecin d'une maison d'accouchements, et il publia l'un des premiers ouvrages du temps sur la lièvre puerpérale, que l'on considérait alors comme une maladie due a au lait répandu » et qu'il attribue à une inflammation de l'intestin. Son ouvrage a pour titre : A Treatiseon the Puerpéral Fever wherein the Nature and Cause ofthat Disease so fatal ta Lying-in Women are represented in a neiu Point of View ; illustrated by Dissections and a Rational Method of Cure, etc. Londres, 1772, in-8^ Un autre de ses travaux couronné par la Société royale de médecine, sous le titre : Mémoire sur l'endurcissement du tissu cellulaire des nouveau-nés, inséré dans le tome IX des Mémoires de cette Société, eut un certain retentissement, et la Société royale de Londres l'élut au nombre de ses membres. Médecin d'un grand