HUMBOLDT
dispensaire, membre du Collège royal de médecine, il est mort à Londres, le "28 mars 1807. Nous citerons encore de ce médecin : A Safe and Easy Remechj propoxed for the Relief of the Stone and Gravel, Scurvy Goût, etc., and for the Destruction of Worms in the Human Body, etc. Londres, 1 778, in-4°. A. D.
HUMAXTIK. La Centrine ou Humantin [Oxynotus centrina L.) est un squale de nos côtes facilfîment reconnaissable à son corps épais, trapu, de forme prismatique, couvert de scutelles épineuses excessivement rudes, à son dos en forme de carène armé de deux épines, dont la première est dirigée en avant, à son ventre large, aplati, portant un repli cutané très-saillant; la bouche, trèspetite, est garnie à la mâchoire supérieure d'une plaquette de dents à pointe trèslinc, en crochets coniques, à la mandibule de dents relevées, aplaties, à bord libre triangulaire et dentelé; les narines sont très-larges, très-avancées; les yeux sont fort grands, les évents larges, les fentes branchiales très-petites. La coloration est noirâtre sur le dos, brunâtre en dessous. La seule espèce du genre liabite la Méditerranée et, dans l'Océan, ne remonte pas au-dessus de l'embouchure de la Loire.
La peau de la Centrine sert à faire un faux galachut; du corps on extrait une huile utilisée dans l'industrie et qui était autrefois employée dans la thérapeutique; Rondelet nous apprend, en effet, que « le foie se fond en huile, qui peut servir pour mollir la dureté du foie de l'homme. )i H.-E. Sauvage.
BiiiLioGnAPiiiE. — RosDELET. Libi'i de piscibus marhiis, 1554. — LACtPÈDE. Histoire des Poissons, t. VI, p. 56. — DuMÉBir, (A.). Histoire naturelle des Poissons, t. I, p. 444, 1865. — MoREAD (E.). Histoire naturelle des Poissons de la France, t. I, p. 555, 1881. E. S.
iiunBERT (François). Médecin orthopédiste, né à Châlons-sur-Marne, le 22 octobre 1776, mort à Morley (Meuse), le 4 juin 1850. Après des débuts trèspénibles, il vint à Paris où, âgé seulement de vingt-deux ans, il lit un cours d'anatomie très-suivi, puis servit dans l'armée, vint ensuite se fixer à Châlons, où il exerça la médecine avec succès, enfin se retira à Morley où il fonda un établissement orthopédique. Il inventa une foule d'appareils ingénieux qui sont restés dans la pratique. En 1831, il commença la publication d'un Mémoire qui prit les proportions d'un grand ouvrage : c'était un vTai traité d'orthopédie en 4 vol. in-8% avec Atlas (1831-1834). 11 publia en 1835, avec le concours de Jacquier, l'Essai et observations sur la manière de réduire les luxations spontanées, etc., et acquit tant de célébrité qu'une foule de sociétés savantes l'admirent dans leur sein. L. Hs.
HUMBOLDT (Friedrich-Heinrich-Alexander von). L'un des plus grands savants du siècle, né à Berlin, le 16 septembre 1769, mort dans cette ville, le 6 mai 1859. De bonne heure il témoigna beaucoup de goût pour l'étude des sciences naturelles. Ses parents le destinaient aux finances ; il les quitta bientôt pour l'étude de la géologie et fut de 1792 à 1797 directeur général des mines d'Anspach et Bayreuth. En 1799, il commença avec Bonpland son célèbre voyage dans l'Amérique du Sud et au Mexique, d'où il revint en 1804. II fit en 1829 un voyage en Sibérie et les régions de la mer Caspienne, puis remplit diverses missions diplomatiques.
De Humboldt cultiva avec un égal succès toutes les branches du savoir humain et publia un grand nombre d'ouvrages, entre autres son fameux Kosmos (1845-
HUMÉRUS (ANATOMiEj. 477
1858, 4 vol. m-8'*), puis le récit de son Voyage en Amérique en 50 volumes, plusieurs ouvrages sur l'Asie, enfui sou célèbre ouvrage, encore consulté, sur l'irritabilité des fibres musculaires et nerveuses, qu'il conçut à l'occasion des expériences de Galvani : Veber die gereiite Muskel. u. Nervenfaser, etc. Berlin, 1797-1799, 2 vol. in-8». L. Hn.
HUiTiELSBERG (Gabriel). Médecin du seizième siècle, né à Ravensburg, en Souabe. 11 a fait ses éludes médicales à Bologne. On lui doit plusieurs éditions, commentées par lui, d'auteurs anciens : Antonius Musa (Zurich, 1537, in-4°); Quintiis Serenus Sammonicus (Zurich, 1540 et 1581, in-4") ; Apicius. (Zurich, 1542; Amsterdam, 1709, in-8''), etc. A. D.
HOIÉRALES (Artère ET vEixEs). Foî/. Brachiale.
nunÉRO-CL'BiTALE (ARTICULATION). Voy. Coude.
HliDIÉRUS. § I. Anatomie chirurgicale. L'huméruS est un OS pair,
d'une longueur moyenne de 52 à 54 centinièlres, de forme générale cylindrique avec torsion sur l'axe. A sa partie supérieure, il se renfle et s'arrondit, tandis qu'à son extrémité inférieure il s'élargit, s'aplatit transversalement pour former la moitié supérieure de la charnière du coude. 11 présente à décrire un corps et deux extrémités.
1° Corps. Le corps de l'humérus dans la situation normale du bras est dirigé un peu obliquement de haut en bas, de dehors en dedans et d'avant en arrière.
La torsion de la diaphyse humérale sur son axe détermine à sa partie moyenne une gouttière qui se dirige de haut en bas et de dedans en dehors en contournant l'os à sa partie postérieure. Cette gouttière est généralement plus prononcée chez l'homme que chez la femme, elle loge l'artère humérale profonde et le nerf radial, ce qui lui a valu son nom (gouttière radiale).
Chez quelques sujets, cette gouttière serait tellement développée, tellement profonde, qu'elle suffirait, d'après M. Richet, pour gêner la section du nerf radial dans l'incision circulaire pour l'amputation du bras. 11 est certain que la saillie de ses bords peut s'exagérer beaucoup dans certains cas pathologiques ; à la suite de certaines fractures où sous l'influence des processus plastiques destinés à produire le cal, des dépôts osseux sont venus augmenter le relief des bords de la gouttière et quelquefois même encastrer et comprimer le nerf, nécessitant plus tard des opérations de dégagement, de débridement (Oilier, Trélat, Tillaux, etc.), opérations sur lesquelles nous aurons d'ailleurs occasion de revenir.
La diaphyse humérale présente à étudier trois faces et trois bords.
La face postérieure va en «'élargissant à mesure qu'on se rapproche de sa partie inférieure. C'est sur elle que nous rencontrons la plus grande étendue de la gouttière de torsion, qui empiète d'ailleurs également sur la face externe et sur les bords interne et externe de l'os.
Sur la face externe on remarque à la partie moyenne une empreinte rugueuse en forme de V à pointe dirigée en bas : c'est l'empreinte deltoidienne, au lieu de convergence et d'insertion inférieure dos fibres du deltoïde.
La face interne est lisse et n'offre de particulier que la présence du trou nourricier principal de l'os, et le commencement de la gouttière destinée à
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recevoir le tendon de la longue portion du biceps (coulisse bicipitale). Audessous existe l'empreinte marquée par l'insertion inférieure des fibres du muscle coraco-bracliial. C'est au-dessous de cette empreinte que se trouve le trou nourricier.
Le bord externe est interrompu à sa partie moyenne par une échancrure qui n'est autre chose que la coupe de la gouttière radiale. Ce bord se termine en bas en se confondant avec l'épicondyle.
Le bord interne s'étend, d'une part, en haut, de la petite tubérosité, de l'autre, en ban, à l'épitrochlée.
Enfin le bord antérieur n'est autre à la partie supérieure que le bord antérieur de la coulisse bicipitale, tandis qu'en bas il se confond avec le bord interne de l'empreinte deltoidieime.
Sur toute la hauteur du bord interne et du bord externe viennent se fixer les prolongements de l'aponévrose brachiale, séparant le bas en deux loges : une antérieure et une postérieure.
2" Extrémité supérieure. L'extrémité supérieure de l'humérus est arrondie et formée de trois renfiemenls : un, situé en dedans, forme à lui seul les deux tiers de rextrémilé supérieure de l'humérus : c'est le renflement articulaire, la tête humérale proprement dite ; les deux autres sont désignés sous les noms de grosse et petite tubérosités.
La tête humérale représente comme volume à peu près exactement les deux tiers d'une sphère régulière. Elle est séparée du reste de l'humérus par un sillon circulaire, un collet qu'on désigne sous le nom de col anatomique, pour le distinguer de la ligne circulaire située immédiatement au-dessous des tubérosités séparant la diaphyse de l'épiphyse et qui porte le nom de col chirurgical.
Des deux tubérosités, l'une est externe, c'est la plus volumineuse {grosse tubérosité). Elle présente trois petites facettes qui reçoivent chacune l'insertion tendineuse d'un muscle différent. La facette supérieure donne insertion au muscle sus-épineux, la facette moyenne au sous-épineux, enfin la facette inférieur au petit rond. On désigne quelquefois cette grosse tubérosité comme celle correspondante du fémur sous le nom de trochanter. La petite tubérosité est située à la partie antérieure. Elle donne insertion aux fibres tendineuses du sous-scapulaire.
Entre les deux tubérosités on trouve les séparant une gouttière verticale profonde, tapissée à l'état frais par une synoviale dépendant de la synoviale articulaire. Cette gaîne, dont nous avons déjà signalé l'origine sur la face antérieure, est la coulisse bicipitale destinée à loger le tendon de la longue portion du biceps. Cette gouttière présente encore une importante particularité. Les deux bords et le fond de son excavation donnent chacun attache à un muscle différent : sur le bord antérieur s'insère le tendon du grand pectoral, sur le bord postérieur celui du grand rond, et enfin dans le fond s'insère le tendon du muscle grand dorsal.
5" Extrémité inférieure. En se rapprochant de son extrémité inférieure, l'humérus s'élargit dans le sens transversal en même temps qu'il s'infléchit, se recourbe un peu en avant. C'est en raison de cette légère inflexion que les surfaces articulaires qui terminent cette extrémité humérale empiètent un peu dans le sens antérieur.
Ces surfaces articulaires se composent de deux pièces prmcipales : l'une, interne, est la trochlée (de trochlea, poulie); elle a, comme son nom l'indique, la
HUMÉRUS (anatomi«). 479
forme générale d'une poulie ; elle est beaucoup plus large que l'autre, enfin son bord interne est plus saillant, plus aigu, et descend plus bas que l'externe. La seconde pièce est externe, elle est plus petite, arrondie, elle est désignée sous le nom de condyle de l'humérus.
En arrière de la trochlée on trouve une large et profonde excavation destinée à recevoir l'apophyse olécrànienne dans les mouvements d'extension de l'avantbras sur le bras : c'est la fosse olécrànienne.
En avant, il existe également une autre dépression, moins accentuée, moins large, destinée à loger l'apophyse coronoïde du cubitus dans les mouvements de flexion de l'avant-bras : c'est la fosse coronoïdienne.
Sur la trochlée vient s'adapter exactement l'extrémité articulaire supérieure du cubitus pour y exécuter des mouvements antéro-postérieursj autour d'un axe transversal.
Le condyle repose sur la cupule de la tête du radius, permettant ainsi à cet os d'exécuter deux ordres de mouvements : d'une part, des mouvements d'extension et de llexion accompagnant ceux du cubitus, de l'autre des mouvements autour d'un axe vertical passant par les centres de la cupule et du condyle (mouvements de pronation et de supination) et s'exécutant indépendamment de l'os voisin.
Enfin, aux confins latéraux de cette extrémité humérale inférieure, se trouvent deux renflements osseux, apophysaires, destinés à donner attache à de nombreux muscles et ligaments : l'un, interne, très-saillant, surmonte latéralement la trochlée : c'est ['épitrochlée ; l'autre, externe, Ve'picondyle, un peu moins proéminent, est situé, comme son nom l'indique, immédiatement au-dessus du condyle.
Un rapport important à rappeler est celui de l'épitrochlée avec le nerf cubital qui passe immédiatement en arrière, sur la face externe et postérieure de cette apophyse.
Tels sont, rapidement passés en revue, les détails d'anatomie chirurgicale normale que l'humérus nous présentait à considérer, et sur lesquels nous n'insisterons pas davantage. Pour les détails complémentaires relatifs aux extrémités supérieure et inférieure de l'humérus, nous renvoyons le lecteur aux articles Epaule et Coude.
Comme variétés, MM. Beaunis et Bouchard font remarquer que l'humérus présente quelquefois à la partie inférieure de sa face interne, à 4 centimètres au-dessus du rebord supérieur de la trochlée, une apophyse osseuse circonscrivant parfois avec l'épitrochlée et un ligament une ouverture elliptique oià passent l'artère humérale et le nerf médian. Relativement à la situation par rapport aux parties molles, l'humérus est situé à peu près au centre de la circonférence représentée par une coupe horizontale du membre (Tillaux).
Le périoste de l'humérus est remarquable par son épaisseur, sa densité et sa solidité chez les enfants, à tel point que la plupart des fractures de l'humérus à cet âge sont sous-périostées et sans déplacement. Quelques chirurgiens ont même affirmé que le même fait pouvait se produire chez l'adulte. Sans nier la possibilité de ce fait aussi catégoriquement que M, Tillaux, nous pensons que dans les conditions ordinaires où se produisent les fractures de l'humérus, c'est-àdire à la suite d'une chute ou d'un choc violent, la fracture est extra-périostée et le déplacement et la mobilité en sont les témoins irrécusables. Mais, d'autre part, la fracture sous-périostée de l'humérus, surtout près des épiphyses, est
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Ijossible, même en dehors des cas de fractures spontanées par cause musculaire sur un os malade (Tillaux), et celte possibilité dépend surtout du degré de violence de la cause traumatique et des conditions de la statique de rimmérus au moment du trauma. Qu'une extrémité humérale soit fixée et que l'amplitude du déplacement angulaire produit sur le reste de l'os devenu partie mobile ne dépasse pas une certaine limite, et il se produira une fracture juxta-épiphysaire sous-périostée, sans déplacement. Ces faits-là ne sont pas très-rares.
Le canal médullaire de l'humérus a une longueur moyenne de 15 à 18 centimètres.
Développement et accroissement de l'humérus. C'est du 40^ au 50'^ jour de la vie embryonnaire que l'humérus commence à s'ossifier. La diaphyse humorale se développe par un seul point primitif d'ossification, et forme les 7/8 de l'os. Vépiphyse sitpérieure présente trois points primitifs qui ne se montrent pas en même temps : le point d'ossification de la tête ne paraît que pendant le cours de la 2' année; celui qui formera la grosse tubérosité pendant la 5^; enfin celui de la petite tubérosité est le point le plus tardif de l'épiphyse supérieure, il ne se montre qu'à la 5^ année. C'est à partir de la 3* année jusqu'à la o" que ces tro's points primitifs se soudent ensemble pour constituer définitivement la tête humérale et les autres dépendances de l'épiphyse supérieure, qui est dès lors reliée à la diaphyse jusqu'à l'âge de vingt à vingt-cinq ans, époque où l'épiphyse et la diaphyse se soudent définitivement.
L'épiphyse inférieure présente cinq points primitifs d'ossification qui apparaissent d'après l'ordre chronologique suivant ; le point du condyle à la fin de la deuxième année, celui de l'épitrochlée vers la cinquième année, celui du rebord interne de la trochlée à douze ans et celui de l'épicondyle vers la fin de la treizième année. C'est à partir de la quinzième année et avant la fin de la dixseptième au plus tard que ces points osseux primitifs se soudent entre eux d'une part et à la diaphyse de l'autre. Le point qui se soude le dernier est celui destiné à former l'épitrochlée, il se soude en général entre la dix-septième et la dix-huitième année.
Quant à V accroissement en longueur, il se fait, pour l'humérus comme pour les auti'es os longs, aux dépens du travail évolutif des cellules des cartilages de conjugaison reliant chaque épiphyse à la diaphyse. Mais, comme ce travail se répartit d'une façon spéciale à chaque extrémité d'un même os, chaque cartilage contribue, pour une part différente quantitativement de l'autre, à l'accroissement du même os, il y a donc inégalité d'accroissement pour chaque extrémité du même os, et de plus, pour les membres supérieur et inférieur, les extrémités de deux os homologues s'accroissent suivant un rapport inverse.
C'est à M. le professeur Ollier que revient le mérite d'avoir expérimentalement démontré le premier ces inégalités d'accroissement des os, et d'en avoir irréfutablement établi les lois si fertiles en conséquences, en déductions pratiques de la plus haute importance. C'est le 5 octobre 1859 qu'il fit sa première expérience sur de jeunes lapins, expérience consistant dans l'implantation de clous de plomb dans le milieu de ïhumérus, du radius et du cubitus, puis, sacrifiant ces animaux quelques semaines plus tard et mesurant de nouveau l'espace qui séparait, sur chaque os, le clou des deux extrémités épiphysaires, il constatait une inégalité d'accroissement très-marquée entre les extrémités du même os. Pour Yhuniériis, cette inégalité se traduisait en moyenne par un accroissement cinq fois plus actif pour l'extrémité supérieure que pour l'extré-
HUMÉRUS (vnatomie). 481
mité inférieure. Bisons pour complément qu'on observait une inégalité d'ordre similaire pour les extrémités de chaque os de l'avatit-bras : là c'était aussi pour chaque os l'extrémité la plus éloignée du coude qui s'accroissait le plus ; aux membres inférieurs, c'était précisément l'inverse qu'on notait.
M. Ollier a fait remarquer de plus que cette inégalité d'accroissement ne pouvait pas s'expliquer par la soudure plus ou moins précoce de telle ou telle épiphyse, puisque cette inégalité s'observait déjà dans les premiers temps de la vie bien avant qu'aucune épiphyse fût soudée. Cette proposition, qui paraissait avoir quelque valeur pour l'humérus, puisque l'épiphyse supérieure se soude près de huit ans plus tard que l'autre, tombe donc d'elle-même devant ce simple fait d'observation (Ollier). La soudui'e indique la fin du développement de l'os ; elle est un résultat et non une cause. L'inégalité d'accroissement des extrémités de l'humérus n'est due qu'à l'inégale activité des cartilages de conjugaison.
Nous devons encore signaler, et surtout à propos de l'humérus, la proposition suivante formulée par A. Bérard {Arch. gén. de méd., 1857) : Des deux extrémités d'un os long c'est toujours celle vers laquelle se dirige le conduit nourricier qui se soude la première au corps de l'os. Mais cette formule, qui est exacte pour l'humérus de l'homme seulement, ne repose que sur une simple coïncidence et ne peut nullement s'appliquer à l'accroissement des os, parce qu'il est impossible de considérer la soudure des épiphyscs comme un signe d'une plus grande activité de nutrition; c'est l'inverse qui est exact. Enfin, sur l'humérus du porc, le trou nourricier se dirige en sens inverse de celui de l'humérus de l'homme, et pourtant la soudure se fait chronologiquement de la même façon que chez l'homme, c'est dans les deux cas l'épiphyse inférieure, qui se soude la première (Ollier).
Une application chirurgicale qui ressort immédiatement des propositions précédentes, c'est la gravité inégale, au point de vue de l'accroissement ultérieur du membre supérieur, des résections pratiquées sur les extrémités articulaires supérieure ou inférieure de l'humérus, avant la soudure complète de ces extrémités. Mais nous n'insisterons pas davantage sur ce point qui est traité ailleurs {voy. art. Coude, Épaulk*).
Mais il est une autre application qui nous intéresse ici directement, c'est l'accroissement qu'on observe sur les os des moignons et sur ceux de l'humérus en particulier après les amputations de bras pratiquées chez les jeunes sujets. En 4858, cette question fut longuement discutée à la Société de chirurgie et néanmoins on y signala toutes les circonstances qui peuvent influencer cet accroissement, excepté celle qui est de beaucoup la plus importante de toutes, la persistance ou l'absence de l'extrémité d'élection pour l'accroissement physiologique de l'os (Ollier). Après une amputation du bras dans la continuité, le moignon s'accroît considérablement, puisque l'extrémité qui reste est celle qui contribue
1 La gravité de ces résections est moindre cependant qu'elle ne paraît devoir l'Otrc à priori. M. Ollier a remarqué qu'après ces résections, au moment où le sujet avait fini son accroissement, le raccourcissement de l'humérus était moins considérable qu'il ne s'y attendait. L'expérimentation sur les animaux lui a fourni la preuve et la cause de ce fait. En faisant la résection de l'extrémité inférieure d'un humérus chez un chien avant la fin de sa croissance et en plantant dans la diaphyse de cet os et de son similaire du côté opposé des clous témoins, il a vu que sur l'os réséqué l'extrémité osseuse laissée intacte avait subi un accroissement beaucoup plus considérable que l'extrémité symétrique de l'humérus du côté opposé. C'est ce que M. Ollier appelle accroissement compeiisateur, accroissement qui est proportionnel pour chaque os à l'activité normale du cartilage conjugué qui le produit.
DICT. ENC. 4' .S. XIV. 51
482 HUMÉRUS (anatomie).
normalement pour la plus grande part à l'accroissement de l'os (Ollier). A l'avant bras, le moignon ne grandit presque pas, puisque le mouvement d'accroissement se fait surtout par en bas.
Enfin, comme nous le verrons à propos des lésions de l'bumcrus, l'extrémité d'élection pour l'accroissement est aussi l'extrémité d'élection pour les lésions hyperplasiques, enchondromes, exostoses, sarcomes, et pour les inflammations, ostéites juxta-épiphysaires, etc.
Faisons remarquer encore que les cartilages de conjugaison supérieur et inférieur de l'humérus appartiennent à la variété de cartilages conjugaux mixtes, c'est-à-dire à la fois intra-articulaires et sous-périostiques. Ceux de l'épitrochléc et de l'épicondyle sont extra-articulaires.
Modes de régénération de l'humérus. On sait, depuis les magnifiques travaux de M. Ollier, que le périoste possède la remarquable propriété de refaire de l'os au-dessous de lui, quand on a enlevé les couches osseuses qui lui sont sousjacentes. Cette régénération, qui n'est en quelque sorte que la répétition du travail d'osléogenèse périphérique d'origine périostique, qui s'opère physiologiquement au moment de la croissance, a lieu sous l'influence du travail hyperplastique des couches profondes du périoste, et à l'occasion d'un certain degré d'irritation.
C'est précisément sur l'Iuimérus et les os de l'avant-hras du chien, du lapin, qu'ont porté les premières expériences de M. OHier, dont nous allons l'eproduire en quelques lignes les conclusions se rapportant plus directement à l'humérus {Traité de la régénération des os, t. I).
Quaud ou enlève la totalité de la diaphyse humérale chez le chien ou le lapin, la masse osseuse reproduite est plus épaisse vers les extrémités. Elle s'opère beaucoup plus lentement et moins bien vers la partie moyenne. C'est au niveau de la portion juxta-épiphysaire de la diaphyse que la quantité de matière osseuse nouvelle est la plus considérûble. En ces points, le périoste est resté plus riche en éléments ossifiables, en raison de la plus grande croissance de l'os ancien en épaisseur à ce niveau.
L'exagération de la reproduction à ce niveau pourrait quelquefois masquer la régénération des épiphyses, qui est pourtant des plus réelles.
D'autre part, M. Ollier a montré qu'il se reproduisait chez les jeunes animaux un nouveau et véritable cartilage de conjugaison, qui n'est que temporaire, disparaît au bout de quelque temps, mais peut contribuera donner à la longueur de l'os un certain degré d'accroissement (7 dix millièmes de mètre sur l'humérus du lapin).
Sur un humérus régénéré de chien, M. Ollier a constaté au bout de six mois un nouveau cartilage séparant les noyaux épiphysaires distincts, persistant encore.
La régénération des épiphyses s'opère en effet par des points d'ossification de nouvelle formation que M. Ollier désigne sous le nom de points de réossification. Ce sont d'abord une série de petits noyaux qui se fusionnent ensemble. A l'extrémité supérieure de l'humérus on les rencontre au niveau des tubérosités et au coude au niveau du condyle. Il faut remarquer que ce ne sont que les saillies épiphysaires sous-périostées qui se reproduisent ainsi ; les portions épiphysaires recouvertes de cartilage comme la calotte humérale ne sont pas reproduites. Le péi'ioste ne peut reproduire que ce qu'il recouvre.
Pourtant il se forme bien de nouvelles extrémités articulaires, mais c'est un produit complexe, pour l'extrémité supérieure, par exemple, de la capsule et des tissus provenant de la gaine périostique ; c'est une masse ostéo-fibreuse ou chou-
HUMÉRUS (pathologie). 485
droïde qui se moule sur la concavité de la cavité glénoïde et qui tient lieu de tête humérale osseuse (Ollier).
Quant à la diaphyse elle-même, elle est en général reproduite par plusieurs noyaux primitivement isolés, et, pendant un temps plus ou moins long, on trouvera une couche cartilagineuse entre ces centres d'ossification diapliysaire. Ce fait a été constaté deux fois sur l'humérus, une fois chez le chien, une fois chez l'homme. Dans ce dernier cas, on constatait la mobilité de l'ossification nou- A'elle sur la partie ancienne de la diaphyse trois mois après l'opération (Ollier).
Comme nous l'avons déjà dit, la diaphyse nouvelle est toujours plus grêle que l'ancienne, à moins que l'on n'ait opéré chez de très-jeunes sujets. Enfin, de même que pour les épiphyses, c'est l'extrémité diaphysaire qui est le siège du plus grand accroissement qui se reproduit le mieux et le plus vile : pour l'humérus c'est donc l'extrémité supérieure.
§ IT. Pathologie ciiiriirgicalc. Pour éviter des répétitions inutiles, nous prévenons le lecteur que nous ne décrirons dans ce paragraphe que les lésions intéressant directement la diaphyse humérale, celles qui se rapportent aux extrémités supérieure et inférieure étant largement exposées aux articles Épaule et Coude. D'autre part, nous passerons également sous silence les différentes lésions traumatiques, les fractures, même celles de la diaphyse de l'humérus : le lecteur les trouvera traitées à l'article Bras.
II nous reste donc à dire quelques mots des lésions inflammatoires aiguës et chroniques de l'humérus, simplement ce qu'elles présentent quand elles sont localisées au corps de cet os, puis nous étudierons les localisations humérales de certaines dialhèses : tuberculose, syphilis, etc., et nous terminerons ce chapitre par l'exposé des différentes productions néoplasiques qui peuvent se fixer sur l'humérus.
Nous ne pouvons que signaler les lésions traumatiques incomplètes ou complètes, les blessures de guerre par instruments tranchants et piquants, par coups de feu, balles, éclats d'obus, etc., qui ne présentent ici de particulier que leur siège.
Il en est de même des corps étrangers : balles, biscaïens, éclats d'obus, fragments d'étoffes, etc., etc., toutes lésions dont la gravité est des plus variables, lésions multiples (fractures compliquées, comniinutives), pouvant entraîner après elles toutes les complications de pareils traumatismes : accidents hémorrhagiques, infectieux, etc., plus tard pseudarthrose , nécrose, etc. {voy. art. Fractures et Bras).
Dans quelques cas les corps étrangers, surtout les balles, sont tolérés sans produire aucun accident, quelquefois même indéfiniment. Signalons aussi la fréquence de la pseudarthrose à la suite des fractures du corps de l'humérus, en raison du déplacement quelquefois considérable et surtout de la difficulté qu'on a d'empêcher les mouvements et d'obtenir une coaptation complète et durable des fragments.
Rappelons la compression du nerf radial enclavé dans un cal, signalée d'abord par M. Tailhé, puis par M. Ollier. Weir Mitchell en rapporte trois autres cas.
Poulet a donné la relation d'un cas de paralysie du nerf radial, consécutive à une ostéomyélite avec séquestre invaginé, a la suite d'un coup de feu; à rauto])sie, pratiquée quatorze ans plus tard, on trouva le nerf radial aplati sur la surface de l'os et atteint de névrite interstitielle; enfin Evelyn Little signale le cas d'un nerf radial qui présentait un renflement névromateux au voisnage d'une pseudarthrose de l'humérus.
484 HUMÉRUS (pathologie).
Sur 59 cas de lésions nerveuses dans les fractures du membre supérieur, rapportés par Avezou, celles de l'humérus figurent pour 1-i (Mondan).
Nous n'avons rien de particulier à noter au point de vue des lésions inflammatoires simples ou diathésiques (excepté pour lasyphilis), aiguës ou chroniques de la diaphyse humérale. La périostite, l'ostéite, l'ostéomyélite et leurs conséquences : la nécrose, les abcès, les trajets fistuleux, les lésions tuberculeuses, présentent les caractères ordinaires signalés à propos de leurs localisations sur la diaphyse des autres os longs. Les seuls points qui peuvent présenter ici quelque intérêt particulier sont ceux qui se rapportent à l'iuterveulion opératoire, à ses indications, son manuel dans tel ou tel cas. Nous y reviendrons d'ailleurs dans un paragraphe spécial. Il en est de même pour les lésions rachitiques que nous ne pouvons que signaler, en remarquant toutefois que les déformations sont beaucoup moins accusées que celles des os du membre inférieur, l'humérus n'ayant pas comme ces derniers à supporter le poids du corps.
Les déformations consécutives à Vosléomalacie sont au contraire à peu près développées également sur l'hmérus et les autres os longs, cette lésion survenant à l'âge adulte, moment où le bras fonctionne à son summum (Ribbert, Mommsen). L'altération ostéomalacique débute par la diaphyse et s'étend ensuite aux épiphyses; la tête humérale est prise ordinairement avant le coude (Langendorfj.
Tumeurs de l'humérus. Exostosea. Considérées au point de vue de leur origine, les unes tiennent à'unvice de formation, d'accroissement de l'humérus, exostoses ostéogéniqties, et sont les plus Iréquentes ; elles siègent surtout à l'extrémité supérieure, suivant en cela la loi générale indiquée par Ollier. Tout récemment, M. Poncet (de Lyon) en a présenté un remarquable exemple à la Société des sciences médicales. Dans ce cas, le siège était à l'extrémité inférieure de l'humérus.
Quelques-unes ont été attribuées au traumatisme, ce sont alors des productions de nouvelle formation consécutives à un processus inflammatoire (ostéite, ostéopériostite) .
Gibnev, dans un cas d'exostoses multiples du squelette et où l'humérus était intéressé, a signalé, au point de vue de l'étiologie de ces tumeurs, l'influence de l'hérédité. Dans ces cas, d'après Eberth, il faudrait surtout accuser le traumatisme.
Certaines exostoses de l'humérus ont été attribuées à l'ossification d'un muscle. M. Poulet, du Yal-de-Gràce, a présenté en 1885 à la Société de chirurgie une observation dont M. Nicaise fut rapporteur, observation relative à une exostose située à la partie antérieure et médiane do l'humérus, qui soulevait le nerf médian et causait ainsi des accidents qui nécessitèrent son ablation. M. Poulet concluait que, en raison du siège élevé de la tumeur, il ne s'agissait point d'une cxostosô ostéogénique, mais bien d'une ossification d'un des faisceaux du brachial antérieur au niveau de son point d'implantation.
Les exostoses ostéogéniques paraissent dues à un vice de développement partiel du cartilage de conjugaison. Elles sont en quelque sorte le résultat d'une végétation de ce cartilage (Broca, Virchow). Souvent elles sont entourées d'une bourse séreuse [exostosis bursala).
Elles sont cartilagineuses (A. Cooper) pendant un certain temps, puis subissent les transformations de l'os véritable. Leur développement s'arrête avec celui de l'épiphyse où elles se sont produites. On a prétendu avec quelque raison, du moins pour l'humérus, qu'elles se produisent surtout sur l'épiphyse qui se soude la dernière, elles sont en effet beaucoup plus fréquentes à l'extrémité supérieure qui se soude la dernière, mais c'est aussi celle qui s'accroît le plus.
HUMÉRUS (pathologie). 485
et celte prédominance d'accroissement nous paraît expliquer beaucoup mieux la fréquence des exostoses vers cette extrémité que lu soudure tai'dive qui expliquerait plutôt leur plus grand développement.
La plupart de ces exostoses s'enlèveront facilement; si elles sont petites et n'occasionnent aucun trouble, il ne faut pas les louclier.
Quelquefois elles provoquent par compression de filets nerveux des douleurs très-violentes qui nécessitent leur ablation. Enfin, par leur volume, elles peuvent être une cause de gêne des mouvements. Quelques-unes sont pédiculécs.
A l'extrémité inférieure de l'Iiumérus, les exostoses sont le plus souvent latérales, nées au niveau des cloisons intermusculaires ; elles sont saillantes et sous-cutanées (Ollier).
 l'extrémité supérieure, leur extirpation devient quelquefois délicate, à cause des rapports qu'elles peuvent affecter avec le paquet vasculo-nerveux. Dans les exostoses diaphysaires, juxta-épipliysaires, sûrement bénignes, M. Ollier recommande expressément la conservation de la tête humérale. Si la résection latérale est i)ossible avec conservation d'une lame diaphysaire, il faut la regarder comme l'opération de choix. Mais, si l'on a le moindre doute sur la nature de la tumeur, il faut enlever largement comme nous le verrous plus loin. Dans un cas, Roux vit une exostose de la partie interne de l'humérus faire saillie dans le creux de l'aisselle, l'artère axillaire repoussée était devenue le siège d'un anévrysme qui nécessita la ligature de l'artère. Dans un autre cas, Billroth vit la bourse séreuse d'une exostose de l'extrémité infcrienre de l'humérus s'enflammer, conununiquer l'inllammation à l'articulation dn coude et produire une ankylose. Quelquefois ces exostoses sont symétriques (Paget).
Chondromes. Les chondronies vrais sont peu fréquents sur l'humérus. Sur 104 cas de chondromes, Ileurtaux n'en trouva que 6 se rapportant à l'humérus.
Sur 267 cas, 0. Weber en note 19 pour l'humérus.
Cette rareté paraît être inexacte, et il est probable que bon nombre de chondromes ont été pris pour des exostoses à revêtement cartilagineux. 11 importe de distinguer au point de vue du traitement, ces chondromes pénétrant dans l'intérieur de l'os et entourés par places d'une paroi osseuse résistante. Le diagnostic se fera au moyen d'une épingle enfoncée dans la tumeur; si elle est arrêtée rencontrant un tissu osseux résistant, il s'agira d'une exostose justiciable de la résection latérale. Si l'épingle entre comme dans un cartilage, on aura affaire à un chondrome ou à un chondro-sarcome justiciable d'une opération plus radicale (Ollier).
11 arrive encore assez souvent que ces pseudo-exosloses, après être restées stationnaires pendant des mois, des années, prennent une consistance molle, élastique, et présentent les caractères cliniques des chondromes ou des sarcomes ossifiants. Il faut alors opérer tout de suite, et largement, si l'on veut éviter la récidive.
Fibromes. Osléomes. M. Gluch a présenté en 1885, à la Société de médecine berlinoise, une jeune fille qui s'était fracturé plusieurs fois le col de l'humérus droit. Les deux premières fois la fracture a guéri, la troisième fois il se forma au siège de la fracture une tumeur qu'on fut obligé de réséquer avec la tête de l'humérus. A l'examen microscopique on constata qu'on avait affaire à un ostéome spongio-fibreiix.
Sarcomes. Ces tumeurs offrent ici les caractères ordinaires des différents sarcomes des os longs. Nous ne pouvons que donner ici les résultats statistiques
486 HUMÉRUS (pathologie).
suivants empruntés pour la {ilupart à la tlièse de M. Schvartz (Paris, thèse d'agrég., 1880j.
1" Sarcomes myélogènes. Tumeurs à myéloplaxes, vaisseaux énormes, etc., comprenant les trois formes suivantes :
Nombre Extrémité Extrémité
de cas. supérieure. Diaphyse. inférieure.
a. Sarcomes myélogènes à cellules géantes
giganto-cf.llulaires 6 i 1 1
b. Sarcomes myélogènes puro-celluleux. . . 7 S 2 0
c. Sarcomes myélogènes globo-celluleux. . . 6 i 1 1
Le lieu d'élection de ces tumeurs est donc encore l'extrémité supérieure.
Dans son article du Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, M. B. Anger signale deux exemples de grosses tumeurs à myéloplaxes du corps de l'humérus.
2° Sarcomes périosiiques :
Nombre Eïtrémité Extrémité
de cas. supérieure. Diai)hyse. inférieure.
a. Sarcomes périostiques i cellules fusiforines, sarcome; l'ascioulés(rtanvicr), sarcomes
périostaux 2 0 2 0
b. Sarcomes périostiques à cellules rondes . i 1 3 0
c. Sarcomes périostiques ostéugèiies 5 2 1 0
Récemment W.-J. Conklein {Amer. Journ., 1885) a rapporté un exemple de sarcome ostéoïde où la diaphyse humérale était entièrement prise. Opération, récidive dans l'omoplate, désarticulation de cet os et guérison.
On a encore rapporté des cas de sarcome lymphadénoïde (Rindfleisch) ou sarcome alvéolaire de Billrolh.
MM. Tévillon et Bez {Ballet, de la Soc. anat., 1872, p. 56) ont publié un remarquable exemple de la généralisation d'un sarcome. Il s'agissait d'une femme de trente-huit ans qui, huit ans auparavant, avait été opérée d'une épulis à myéloplaxes du maxillaire inférieur. Elle présenta huit ans après deux fractures spontanées, l'une du tibia, l'autre de l'humérus. A l'autopsie, on trouva des tumeurs sarcomateuses à myéloplaxes, multiples, aux sièges des fractures et dans plusieurs os de la tête et des membres.
Mijxomes. Dans un sarcome de la tète humérale, Weil a démontré la transformation myxomateuse des cellules. Les vaisseaux eux-mêmes avaient subi cette transformation qui avait déterminé de nombreux foyers hémorrhagiques. Dans un cas de Lûcke, la tumeur était formée d'amas de cellules rondes, entourés d'une couche hyaline {Virchovo's Arch., 1886). On a démontré dans quelques cas la présence de la matière glycogène dans ces cellules. Récemment nous trouvions pour Textrémité supérieure de l'humérus un cas de Marchand (Soc. de chir., 1882) et un cas de Duplouy (de Rochefort [Assoc. franc, pour l'av. des sciences. Congrès de Rouen, 1885]).
Kystes, ^s'ous ne parlerons pas évidemment ici des cavités kystiques développées au milieu d'un néoplasme, consécutivement à un loyer hémorrhagique ou à un foyer de dégénéi-escence.
Les kystes proprement dits de l'humérus sont des plus rares; nous n'en connaissons que deux cas, l'un d'A. Cooper, l'autre de Jl. Monod.
Kystes hydatiques. Ces tumeurs, assez rares sur les os. sont relativement fréquentes sur l'humérus. Sur 41 cas relevés par Ilcydenreich, rhumérus était
HUMERUS (pathologie). 487
atteint 8 fois, autant que le fémur. Seul le tibia les dépassait un peu, il avait été trouvé malade dans jO cas.
Gangolphe ;(thèse d'agrég., 1886) a réuni 52 cas sur lesquels nous trouvons en première ligne l'humérus et le bassin atteints chacun dans 1 1 cas. Sur ces 11 cas, 7 fois la diaphyse humérale était atteinte d'un bout à l'autre. Pour tout ce qui concerne l'histoire anatomo-palhologique et chronique de ces productions parasitaires, nous renvoyons le lecteur aux articles Hydatiques [Kijsles) et Os {Tumeurs kijstiquei^).
Un point intéressant à noter dans l'étude des kystes hydatiques de l'humérus, c'est la fréquence des fractures spontanées consécutives à ces tumeurs.
Sur 14 cas de fractures spontanées de l'humérus, du fémur et du tibia, Gangolphe a vu l'humérus atteint dans 5 cas.
Ces fractures sont graves. Kùster [Berlin, klin. Wochenschr., 1870) rapporte un cas de fracture de l'humérus qui ne se consolida pas; toutes les tentatives de traitement n'aboutirent qu'à la suppuration, et finalement on fut obligé de désarticuler le bras. Au niveau de la fracture on trouva une poche purulente contenant des vésicules d'échinocoques libres, quelques-unes du volume d'une noisette, d'autres plus petites. Sur une coupe longitudinale, on voyait une cavité s'étendant depuis le niveau do la fracture au-dessus de l'cpiphyse inférieure jusqu'à une distance de 7 centimètres de la tête de l'humérus. Cette cavité était tapissée par une membrane lisse, possédant par places des saillies verruqueuses.
Demarquay a rapporté l'observation d'un homme qui, ayant reçu dans le bras la charge d'un fusil, présentait quatre ans plus tard tous les symptômes d'un kyste hydatique de l'humérus (Demarquay, Gaz. des hop., 1869).
La fracture peut se produire sous la seule inducnce d'une contracture musculaire. Dupuytren en a ropporté un cas où elle s'était produite chez un homme qui, voulant lancer une pierre, s'était brusquement arrêté dans ce mouvement [Leçons orales, 1859).
Dans le cas de Demarquay, il s'était formé des abcès et des trajets fistuleux; le stylet tombait sur un os rugueux, on crut à une nécrose, mais au lieu de séquestres on trouva un canal médullaire agrandi, rempli par une matière pulpeuse, grisâtre, constituée par des membranes d'hydalidcs.
Voici les résultats tliérapeutiques observés dans les 5 cas d'hydatides de l'humérus rapportés par Gangolphe et compliqués de fracture :
premier cas. Évidement, consolidation (Demai-quay) ;
2^ cas. Séton, consolidation (Dikinson) ;
3^ cas. Suture et résection de fragments, consolidation (Labbé);
4* cas. Résection de l'extrémité inférieure du fragment supérieur. Mort (Dupuy tren) .
5*^ cas. Désarticulation de l'épaule (Kûster). ^
On commence donc par l'évideraent, le curage, et, si l'étendue des lésions l'indique, on pratiquera la résection sous-périostée des fragments et on immobilisera avec soin au moyen d'une attelle plâtrée. Antisepsie rigoureuse et drainage complet.
Lésions syphilitiques. Ces lésions constituent certainement le côté le plus intéressant et le plus nouveau de l'étude des localisations pathologiques humérales. Autant on s'est occupé des lésions syphilitiques des os du crâne ou de la face, autant on a à peine effleuré les lésions de même nature intéressant les os longs.
Virchow, Rokitansky, Forster, Mieir, Siegmund (1858-1872), admettent bien
^88 HUMÉRUS (pathologie).
l'exislence de l'ostéomyélile gomraeuse dans les os longs, mais ils ne font que signaler cette possibilité et sont très-brefs sur ses caractères.
Siegmund cependant donne quelques détails d'anatomie pathologique; il admet la périostite gommeuse et l'ostéite et ostéomyélite de même nature dont les conséquences peuvent être tantôt l'hyperoslose, tantôt la carie, la nécrose.
Lancereaux pense que les gommes médullaires des os sont plus fréquentes qu'on ne le croit, et que la pénurie des faits tient à la négligence qu'on apporte à l'examen du squelette des syphilitiques. Zoissl, Orth, Baumler. qui, en 1876, ont publié des traités ou des travaux sur la syphilis, n'apportent aucun fait nouveau.
En 1879 M. Cornil, dans une série de leçons sur la syphilis, distingue rosléo-pcriostite et l'ostéomyélite gommeuse pouvant être diffuse ou circonscrite, mais là encore il ne s'occupe pas des os longs.
C'estàRicord que revient l'honneur d'avoir signalé, dès 1858, deux caractères importants de l'ostéomyélite gommeuse des os longs : la dilatation du canal médullaire et la transformation jaunâtre dans la substance médullaire. De 1876 à 1882, Chiari (de Prague), sur 29 autopsies de syphilitiques, a signalé 9 fois des lésions des os longs; sur ces 9 cas, l'humérus est signalé altéré 3 fois. Méricamp (1882) a publié dans sa thèse une autopsie où sont relatées des lésions syphilitiques humérales des plus intéressantes.
Enfin, en 1885, notre ami le docteur Gangolphe a fait paraître un travail original des plus remarquables sur celte intéressante question où, s'appuyant sur des observations personnelles les plus complètes, sur l'examen le plus minutieux macroscopique et histologique des différents os du squelette, il a pu établir nettement les caractères anatomo-pathologiques de ces lésions. C'est à sou mémoire que nous empruntons les quelques détails de ce paragraphe [Localisations osseuses de la syphilis tertiaire, ostéomyélite gommeuse des os longs, par le docteur Gangolphe, 1885). Au point de vue de la fréquence des lésions, l'humérus n'occupe que le troisième rang, venant après le fémur et le tibia.
La fréquence des localisations humérales de l'ostéomyélite gommeuse explique la fréquence des fractures spontanées du bras chez les syphilitiques tertiaires. Nous allons résumer brièvement les lésions humérales diaphysaires signalées dans l'observation de M. Méricamp et dans celles de Gangolphe.
Dans l'observation de Méricamp, la diaphyse humérale gauche avait conservé sa forme générale, mais elle était épaissie, légèrement mamelonnée. Le périoste était sain, se décollait avec facilité. Sous le périoste, à 10 centimètres au-dessus de l'épicondyle, on trouve une matière pulpeuse jaunâtre, sous laquelle l'os est creusé de vacuoles, tantôt régulières, tantôt irrégulières, superficielles ou profondes. A la face postérieure de l'humérus on trouve au contraire des cavités arrondies, régulières, ellipsoïdes ; à ce niveau, densité extrême de l'os. Dans l'épaisseur même de l'os se trouve une cavité allongée commençant à 4 centimètres au-dessus de l'interligne du coude, elle a 5 centimètres de hauteur sur 7 à 8 millimètres de large, irrégulière avec petits prolongements de droite à gauche. Cette cavité, qui communique avec celles plus petites de la face postérieure, est remplie par une matière pulpeuse jaunâtre avec des cloisons fibreuses. L'examen histologique a démontré les caractères de l'ostéite raréfiante la plus accusée; quant à la masse pulpeuse, elle était constituée par de petits éléments cellulaires plus ou moins altérés, englobés dans une substance d'apparence vaguement fibrillaire, des cellules embryonnaires encore vivantes et des vaisseaux oblitérés. Tout autour de ces lésions on observait une bande de tissus fibreux. Nulle part de cellules géantes.
HUMÉRUS (médecine opératoire). 489
Dans les trois observations de Ghiari, où l'Iiuraérus est signalé atteint, nous trouvons relatées des lésions analogues.
Dans les observations personnelles de M. Gangolphe nous trouvons dans la première peu d'altérations diaphysaires humérales; la moelle diaphysaire à droite présentait bien en un point une tache jaune, gélaliniforme, de la largeur d'une pièce de 50 centimes, mais c'était tout. Rien sur l'humérus gauche. Dans la seconde, au contraire (p. 10, loc. cit.), il s'était produit une fracture spontanée de l'humérus droit à 10 centimètres environ au-dessus de l'épicondyle. Sur chaque extrémité des fragments, sur une hauteur de 1 centimètre 1/2 environ, on remarque de l'ostéite raréfiante, une moelle rougeàtre indurée; ces fragments sont réunis par un lambeau de périoste très-épais, qui en se décollant emporte de petites masses osseuses, nombreuses, irrégulières.
a Sur une coupe parallèle au grand axe de l'os, on voit les néoformations périostiques s'étendre sur une hauteur de 15 centimètres pour le fragment supérieur et de 5 centimètres pour le fragment inférieur. Au niveau de la fracture l'os nouveau n'est pas très-épaissi, mais présente cependant une assez grande résistance; le périmètre de l'humérus, dans l'endroit le plus volumineux, dépasse de '2, centimètres le périmètre de l'humérus gauche pris dans un point correspondant. Ces couches d'origine périostique sont remarquables par l'irrégularité de leur consistance. Éburnées sur quelques points, elles sont ailleurs creusées de lacunes l'emplies d'une substance molle jaunâtre, qui perforent également l'os ancien et en diminuent la résistance. Le canal médullaire a disparu presque complètement sur le fragment au voisinage de la fracture ; il est seulement indiqué par des espaces lacunaires plus considérables. A 5 ou 4 centimètres plus loin le canal reparaît avec des caractères presque normaux » (Çangolphe). Dans la substance caséeuse de l'humérus on a recherclié en vain l'existence de bacilles tuberculeux.
Nous voyons donc, en résumé, que, dans l'humérus comme dans les autres os longs, l'ostéomyélite peut affecter une forme circonscrite, ainsi que nous l'avons vu dans la première observation de Gangolplie, oi'i la moelle de l'humérus ne présentait qu'un point jaunâtre, très-net, mais très-circonscrit, et une farine diffuse (syphilome diffus) qui peut envahir même les parties molles voisines.
Ces lésions sont le plus souvent multiples, occupent plusieurs points du même os ; elles sont caractérisées sur l'humérus par les porosités, les trous, les cavités, les sillons qui font communiquer les espaces sous-périostiques avec le canal médullaire, qui est généralement dilaté comme l'avait déjà remarqué Ricord. Ce sont des lésions sèches, on y rencontre très-rarement des séquestres. A coté des lésions de l'ostéite raréfiante on trouve des points éburnés très-durs. M. le professeur Ollier regarde ce mélange d'éburnation et de raréfaction comme un des caractères saillants des lésions syphilitiques osseuses. Enfin la prédominance des lésions de raréfaction, de porosités, explique la fréquence des fractures spontanées de l'humérus, ou au moindre choc, chez les syphilitiques tertiaires.
Z II[. De I interTcntion opératoire dans les affections chirurgicales de la diaphyse humérale. Résections de la diaphyse humérale. Les résections proprement dites de la diaphyse humérale sont de date récente, les premières furent celles de Lecat (1 762 [de Rouen]), qui enleva 5 pouces 10 lignes de la diaphyse humérale pour une ostéite tardive, consécutive à une plaie par
490 HUMÉRUS (médecine opératoire).
coup de feu; huit ans plus tard, celle de Ch. ^Yhite; enfin, un peu plus tard, Moreau faisait une resection de toute l'épaisseur de la diaphyse.
Dans la seconde moitié du siècle dernier on trouve les observations de Léopold, Sylvestre, Vogel, qui pratiquèrent quelques résections diaphysaires à la suite de fractures compliquées. Tlus tard Percy, Briot, Baudens, préférèrent l'esquillotomie et la résection à Tamputation dans les fractures par blessures de guerre.
La résection, pratiquée souvent dans la première guerre du Slesvig-llolstein, fut abandonnée ensuite par les chirurgiens allemands.
Mais il faut arriver à la guerre de la Sécession américaine (1861 à 1865) pour trouver un nombre considérable d'observations (Chenu) qui ont permis d'établir la valeur de cette opération.
Voici les résultats fournis par la statistique d'Otis pour les résections de la diaphyse humérale pratiquées pendant la guerre de la Sécession :
I^ébultals Mortalité Guérisons. Morts, inconnus, pour 100.
Résections primitives -i87 526 lia 16 50,7
— intermédiaires. . . 95 (U 9 » 31,1
— socondaires 41 56 5 » 12,1
— -j une époque indé-
terminée 75 » » " •
La mortalité île ces résections a été presque le double de celle de la conservation; elle est de 12 pour 100 plus élevée <|ue celle de l'amputation et, de plus, sur 477 guérisons on trouve 156 pseudarthroses, 65 fausses articulations, 91 fois où il y eut absence de réparation des parois osseuses, plus 57 amputalions secondaires.
Ces résultats, mauvais alors, ne signifient presque plus rien pour nous depuis l'introduction de l'antisepsie qui change complètement les suites opératoires, et qui elle-même réduit de plus en plus les indications delà résection, permettant la conservation dans une foule de cas où avant elle il aurait fallu réséquer ou amputer.
Dans la dernière guerre franco-allemande. Chenu rapporte 98 cas de résection de la diaphyse humérale qui avaient donné 84 morts.
M. OUier en a pratiqué trois dans cette même guerre et a eu trois succès.
Les résections orthopédiques ont été pratiquées depuis 1770 (Ch. ^Yhite, Résections pour pseudarthrose de l'humérus).
En 1845, Larglii pratiqua sa première résection de la diaphyse humérale pour une ostéomyélite. Opération remarquable en raison de la régénération osseuse cherchée et obtenue, mais absolument injustifiée, comme nous le verrons plus loin (Ollier, Traité des résections, t. U).
Enfin depuis ces vingt dernières années la question des résections de la diaphyse humérale a été reprise, complètement remaniée et définitivement établie par les beaux travaux de notre maître, M. le professeur Ollier. Déjà dans son traité : De la régénération des os, il formulait les indications de ces résections et décrivait ses différents procédés personnels. Mais c'est surtout dans le tome second de son Traité des résections. Paris, 1888, qu'il est entré dans tous les développements que comportait cette «question qui lui appartient tout entièi'e et dont nous ne pouvons donner ici qu'un court résumé.
Étudions d'abord la technique opératoire des différentes résections qu'on peut pratiquer sur la diaphyse humérale.
Procédé de M. Ollier pour l'ablation de la diaphyse humérale. Mise en
HUMÉRUS (médecine opératoire). 491
sûreté préalable du nerf radial. Larghi, qui dans unes de ses opérations coupa le nei'f radial imagina deux procédés, pour éviter cet accident. Ou bien faire une incision à la peau au-dessus ou au-dessous de la partie à extraire, scier l'os à ce niveau et le dégager à travers cette incision en le dénudant au fur et à mesure qu'on le fait saillir, ou bien faire deux incisions, une au-dessus, une audessous de la partie à enlever, scier l'os à chacun de ces points, dénuder l'os après l'avoir ainsi rendu mobile et l'cNtraire. C'est le procédé à tunnel.
M. Ollier regarde ce procédé comme excellent quand on veut faire une résection diaphysaire totale ou quand la pai tie à enlever est précisément celle croisée par le nerf, mais quand il s'agira de faire une opération plus économique, une résection latente. M. Ollier préfère le procédé suivant qu'il a imaginé et qui consiste à aller chercher directement le nerf radial pour l'écarter et le mettre en sûreté. 11 recommande expressément daller tiès-doucemcnt dans les lésions anciennes où il peut être retenu par des adhérences ou dévié par une tuméfaction de l'os. On pourra ainsi ne pas interrompre la continuité de l'os et se contenter de faire une résection latérale ou évidenient longitudinal.
« On fait sur la face externe du bras une incision d'une longueur proportionnée à la longueur d'os qu'on se propose d'enlever, mais, comme on ne peut déterminer cette longueur que lorsque l'os a été mis à nu, on commence par une incision de 10 centimètres, commençant à 5 centimètres au-dessus de l'épicondyle et remontant en haut dans la direction du bord interne de l'humérus. Le milieu de celte incision correspond au point où le nerf radial croise obliquement l'humérus et traverse la cloison intermusculaire externe. On incise l'aponévrose du brachial antérieur et en écartant les fibres du muscle on aperçoit le nerf qui vient de traverser la cloison. On incise alors l'aponévrose de la portion externe du triceps d;ms la direction du nerf, on dégage le nerf sans le dénuder et on le laisse entouré d'une couche musculaire pour éviter de le contusionner etde l'anémier. Le nerf est charge avec douceur surun crochet mousse, on incise le périoste au-dessous de lui ; si l'os est sain dans une partie de son épaisseur, on se contente d'un évidement longitudinal; s'il est altéré dans toute sa substance, on le scie sans être gêné par le nerf radial qui est mis à l'abri et on dénude chacun des segments à la hauteur voulue. On prolongera au besoin l'incision cutanée et intermusculaire en bas jusqu'à l'épicondyle et en haut jusqu'au col de l'humérus. On changera seulement la direction de l'incision cutanée au niveau de l'empreinte deltoïdienne pour passer sur le bord interne du muscle et remonter plus ou moins haut dans le sillon interdeltoïdo-pectoral » (Ollier, Traité des résections, t. Il, p. 128).
Procédé de M. Ollier pour fablation de la partie supérieure de la diaphyse de l'humérus. Deux voies permettent d'ai'river sur la portion de l'humérus à réséquer :
« 1" Voie deltoïdienne. L'incision doit suivre la direction des fibres du deltoïde aussi près que possible de son bord interne. On fera donc, suivant la proéminence de la tumeur, une incision interfasciculaire antéro-interne ou bien on passera entre le grand pectoral et le deltoïde. Si la tumeur est irrégulière, volumineuse et difficile à dénuder, on pourra en prolongeant l'incision obliquement en bas et en dehors détacher au ras de l'os l'attache inférieure du deltoïde pour soulever ce muscle et avec lui les vaisseaux et les nerfs circonflexes. On a alors ini large lambeau qu'on relève en haut et qui permet de réséquer le rentlement diaphysaire supérieur de l'humérus, sans exposer à la
^92 HUMÉRUS (médecine opératoire).
paralysie consécutive du deltoïde. C'est dans les cas difticiles le meilleur procédé pour bien voir ce qu'on fait et éviter la lésion de l'articulation et du paquet vasculo-nerveux.
L'humérus découvert, ou passe en arrière de lui une scie à lame étroite au niveau du point où l'on veut pratiquer la section inférieure. On soulève le fragment supérieur en le retournant en haut et on donne le trait de scie supérieur à la hauteur voulue.
î2° Voie axillalre. Quand la tumeur fait une saillie très-marquée dans l'aisselle et qu'elle a repoussé en avant ou en arrière le paquet vasculo-nerveux, on pourra, après avoir porté le bras dans l'abduction et l'élévation, attaquer l'humérus par la région axillaire, là où la tumeur proémine sur la peau. On fera une incision dans l'axe de l'humérus et, après avoir protégé et mis en sûreté le paquet vasculo-nerveux, on passera la scie à chaîne autour de l'humérus et on sciera comme précédemment. 11 faudra seulement se rappeler le trajet des vaisseaux et nerfs circonflexes postérieurs qui s'engagent autour de l'humérus à 6 centimètres de l'acromion et à 2 centimètres seulement audessous de la partie la plus saillante de la tète, c'est-à-dire des tubérosités qu'on devra reconnaître avec le doigt avant de déterminer la hauteur et la direction du trait de scie.
On suturera le fragment supérieur (tête hnmérale) au fragment inférieur et on immobilisera le membic dans un appareil plâtré.
La tète ayant de la tendance à être retournée en haut par les muscles qui s'insèrent sur les tubérosités. par le sus-épineux en particulier, on aura soin de laisser le bras écarté dans l'abduction, si cet accident vient ù se produire, afin de mettre le corps de l'humérus dans l'axe de la tête » (Ollier, Traité des résections, t. Il, p. 129).
Procédé de M. Ollier pour V ablation de Vhumérus entier. Pour enlever non-seulement la totalité de la diaphyse, mais la totalité de l'os, on n'a qu'à prolonger un peu en haut et en bas l'incision brisée qui a été indiquée. On la prolonge en haut jusqu'à la base de l'apophyse coracoïde et en bas on la fait descendre obliquement de l'épicondyle au cubitus : en d'autres termes, on la prolonge en haut et en bas dans le sens des incisions typiques des résections de l'épaule et du coude.
On peut alors employer ou le procédé à tunnel avec mise en sûreté préalable du nerf radial, qui a l'avantage de permettre de conserver tout ce qu'il y a de sain dans la diaphyse [Traité des résections, p. 150).
Relativement aux résections latérales, à Y évidement et à la trépanation de l'humérus, on ne peut donner, bien entendu, que des règles générales et pas de procédé déterminé d'avance. On abordera l'os par les espaces intermusculaires choisis pour les résections en ayant toujours grand soin de mettre en sûreté, de protéger les vaisseaux et les nerfs. Si l'on fait plusieurs trépanations, on les échelonnera suivant la ligne d'élection (ligne brisée antéro-inlerne en haut et externe en bas), qui sert à l'ablation totale de l'os (Ollier). La trépanation perforante complète favorise beaucoup l'écoulement des liquides, elle permet de placer un drain perforant dans le canal médullaire lui-même. M. Ollier recommande de trépaner loco dolenti dans les cas de douleurs osseuses excessives ayant résisté à toute médication, douleurs consécutives à d'anciens foyers d'ostéomyélites et produites soit par une nouvelle poussée inflammatoire profonde de l'os, soit à une ossification médullaire avec compression de filets nerveux ;
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dans les deux cas la trépanation est une opération de débrfdement qui fait cesser les douleurs presque immédiatement et peut seule dans les cas absolument rebelles produire une gucrison définitive. Relativement à l'humérus M. Ollier en rapporte deux observations extrêmement intéressantes; la première date de dixsept ans, la guérison a persisté complètement depuis cette époque. Nous avons vu opérer la malade qui fait le sujet de la deuxième observation, étant alors chef de clinique de M. le professeur Ollier.
Il s'agissait d'une ostéomyélite ancienne de l'humérus, ostéomyélite bipolaire remontant à huit ans, dont le foyer supérieur s'était ouvert spontanément et dont le foyer infériev r depuis cette époque ne s'était traduit que par des douleurs extrêmement vives et intolérables dans ces derniers temps. M. Ollier applique loco dolenti une couronne de trépan qui traverse une couche osseuse de 11 millimètres d'épaisseur, des plus dures, puis une couche de tissu spongieux, une autre couche mince de tissu compacte représentant l'os ancien, et tombe dans un petit foyer purulent à peine d'I centimètre cube. Le lendemain la malade souffrait encore un peu, mais tout autrement qu'avant, c'était une simple cuisson, sans lancées poignantes. Depuis toute douleur a complètement cessé.
Quelle doit être maintenant la conduite du chirurgien dans les cas de nécrose invaginée de la diaphyse humérale, dans tous les reliquats de l'inflammation aiguë? Avant toute chose, dit M. Ollier, il faut trépaner l'os dans toute la longueur nécessaire, élargir les cloaques, explorer toutes les cavités suppurantes, extraire les séquestres mobiles ou encore adhérents: alors les processus réparateurs commencent et la suppuration s'éteindra, à condition, on ne saurait trop le répéter, qu'on se crée des voies larges et nombreuses. On ne saurait donc trop condamner les opérations de Larghi, qui réséquait la totalité de l'épaisseur de la diaphyse sur une longueur atteignant quelquefois 17 ou 18 centimètres pour des foyers d'ostéomyélite qui auraient très-bien guéris à la suite de simples trépanations, de l'évidement, etc.
Les cas de Larghi, où la résection avait toujours été sous-périostée, ont été suivis d'une régénération parfaite, mais ce résultat, quelque brillant qu'il soit, ne légitime pas une opération dont l'inutile exagération est complètement démontrée. Toutefois ajoutons que dans ces cas il ne faut pas rejeter non plus systématiquement la résection totale, il ne faut pas commencer par elle, mais, si les trépanations et les évidements étendus ne suffisent pas à tarir la suppuration, alors elle sera indiquée (Ollier).
Nous devons dire maintenant quelques mots de l'intluence des résections et autres opérations pratiquées sur le centre ou sur un point quelconque de la diaphyse humérale au point de vue de son développement. Tous ces détails ont été étudiés avec le plus grand soin par M. Ollier, qui a vu :
1° Que les ostéites de la partie moyenne de l'os (cylindro-diaphysaires) et les diverses opérations qui ont pour but de les combattre (trépanation, cvidement) auront pour résultat général d'activer l'accroissement de l'humérus. On trouve quelquefois 15 à 17 millimètres d'allongement.
2° Les opérations qui interrompent la continuité de l'os arrêtent considérablement l'évolution des cartilages de conjugaison. Cependant les petites pertes de substance suivies de la réunion immédiate des fragments peuvent provoquer dans l'os une hypertrophie longitudinale, compensation qui diminuera le déficit laissé par la résection.
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Dans les pseudarthroses de l'humérus le défaut de consolidation est dû souvent à l'interposition d'une lame musculaire entre les fragments. C'est surtout dans ces cas que la résection des extrémités fragmentaires est indiquée. Sur 5 cas de pseudarthroses de l'humérus où M. Ollier pratiqua celle résection, quatre fois le défaut de consolidation reconnaissait la cause que nous venons d'indiquer; deux fois il y avait en même temps interposition du nerf radial. C'est dans ces cas que M. Ollier dissèque et conserve sur chaque fragment une manchette périostique, puis, la résection et la reposition des fragments faites, « il étale ces manchettes l'une contre l'autre de manière qu'elles se correspondent par leur face ostéogène et soient disposées comme un bourrelet saillant autour de la ligne de réunion osseuse (douhle colleretle périostique) ». 11 se produit en quatre ou cinq semaines un cal périostique (le fait a été démontré par une autopsie faite au bout de ce temps), alors qu'entre les fragments il n'y avait pas encore de cal, mais une simple couche de moelle fibreuse, qui aurait mis peut-être plusieurs mois à s'ossifier.
Enfin, relativement au traitement des paralysies du nerf radial à la suite de l'enclavement de ce nerf entre les fragments ou de son inclusion dans un cal, M. Mondan {Revue de cliir.), après avoir signalé les observations déjà publiées par Trélat, 'filiaux, Delens, etc., et ra|)porté plusieurs cas nouveaux de M. Ollier, expose la méthode suivie par ce dernier dans les cas de ce genre, méthode contraire aux idées soutenues par Lablancherie (thèse de Paris, 1880). « On peut, dit-il, après avoir diagnostiqué l'interposition nerveuse, dégager quelquefois le nerf par des mouvements de circumduclion ou d'extension imprimés au fragment inférieur, et faire cesser ainsi la paralysie, mais, si ces manœuvres échouent, on doit en usant de toutes les précautions antiseptiques, mettre à nu le foyer de la fracture et faire cesser l'interposition, sous peine de voir le nerl englobé dans le cal. Si cet accident vient à se produire, l'évidement du cal, quand le nerf le traverse en plein tissu osseux, ou son dégagement de la gouttière ostéo-périostique qui l'insère, s'imposent comme les seules ressources pour guérir la paralysie ». Dans une thèse récente M. Boularon s'est prononcé également en faveur de l'intervention en rapportant trois nouvelles opérations de MM. Le Fort, Polaillon et Terrier.
Dans un cas où le nerf radial avait été presque complètement divisé au niveau d'une fracture de l'humérus, où il y avait eu paralysie consécutive, M. Ollier trouva les deux bouts distants l'un de l'autre de 5 centimètres et réunis par deux minces filaments fibroïdes qu'on respecta; il était impossible de ramener au contact les deux extrémités nerveuses. M. Ollier aviva alors les deux extrémités, puis réséqua 5 centimètres de la diaphyse humérale et sutura les deux fragments; les deux bouts du nerf furent réunis au catgut. Cinq semaines après, la fracture était consolidée, mais la paralysie ne s'était pas modifiée et peu"de temps après le malade a succombé à une tuberculose aiguë. M. Ollier à la suite de ce fait ajoute que, dans le cas de vastes pertes de substances dont les bords ne pourraient être suffisamment rapprochés, on pourrait pratiquer une opération analogue. Dans un cas de ce genre au membre inférieur Martel a réséqué les os de la jambe [Bidlelin de FAc. de me'd., 1885).
Nous avons vu au commencement de cet article qu'à la suite des amputations de bras pratiquées chez les enfants avant la fin de l'accroissement de l'humérus le fragment de celui-ci continuait à croître par suite de l'activité du cartilage conjugal supérieur (Ollier) et pouvait perforer ou tirailler le moignon et
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produire une conicité disgracieuse et douloureuse. Or l'excision de ce bout saillant est très-simple, on circonscrit l'os par une incision circulaire, on détache et on relève les chairs jusqu'au niveau du point où doit agir la scie, et on retranche l'os avec son périoste pour éviter la régénération de la portion enlevée.
Nous devons, en terminant cet article et surtout ce paragraphe concernant le traitement des affections de la diaphyse humérale, dire quelques mots des résultats éloignés, définitifs, des résections de celte diaphyse.
Nous avons déjà rappelé les cas de Larghi où une régénération osseuse superbe a constamment suivi la résection de la totalité de l'épaisseur de la diaphyse humérale.
Les trois opérés de M. OUier, après le combat de Beaune-la-Rolande, ont guéri. Un seul fut revu seize ans plus tard, il se servait admirablement de son bras, mais son humérus ne s'était régénéré que sur une longueur absolument exacte de 22 millimètres. Dans ce cas, la blessure datait de cinq ou six jours seulement et élait gravement infectée, le malade avait alors vingt-trois ans. Or M. Ollier a démontré que chez un adulte et pour une résection primitive on intra-fébrile précoce on n'obtient jamais une régénération totale après l'ablation de dU centimètres d'os. Il faut toujours rapprocher les fragments de façon à diminuer des trois quarts environ l'espace à combler, et quelquefois les rapprocher encore plus, si au bout de deux ou trois semaines on ne sent pas le tissu intermédiaire se durcir. Dans une résection tardive on pourra ne diminuer cet espace que de moitié. Plus l'opération pourra être retardée, plus le périoste aura subi une irritation préparatoire, et plus on pourra compter sur la régénération osseuse. Ce retard est aujourd'hui beaucoup plus facile à obtenir grâce aux pansements antiseptiques. Une opération retardée de six semaines, de deux mois, sera dans les meilleures conditions de régénération; il n'est pas nécessaire que la plaie suppure pour que le périoste subisse la préparation plastique ; une irritation aseptique est toujours préférable (Ollier).
Aussi M. Ollier rapporte dans son livre une observation de Nicaise {Gaz. méd. de Paris, 1874), qui avait enlevé 14 centimètres de la diaphyse immérale à un blessé de 1871, dix-huit jours après la blessure. Après guéiison le bras ne présentait que 1 centimètre de raccourcissement. Onze ans plus tard des accidents graves nouveaux ayant nécessité la désarticulation de l'épaule, on put constater sur l'os lui-même un nouvel os interfragmentaire, dont on distinguait très-bien les limiles et qui mesurait exactement 12 centimètres de long.
Chez les enfants le périoste n'a pas besoin d'une irritation primordiale aussi accusée : aussi chez eux obtient-on de remarquables exemples de régénération. Dans certaines fractures comminutives il se produit quelquefois à cet âge undécollement périostique qui peut être assez étendu, l'os fracturé traverse les parties molles, tandis que le périoste décollé reste adhérent aux parties profondes avec lesquelles il était en rapport. Dans ces cas, si on résèque la partie osseuse herniée, on obtient de magnifiques régénérations.
M. D. MoUière a publié un intéressant cas de ce genre [Lyon médical, 1876). Enfin Bï. Ollier rapporte encore iji extenso la remarquable observation de Langenbeck suivie de l'examen ultérieur du malade pratiqué par Buchholtz, d'où il ressort qu'à la suite d'une résection totale de l'humérus, opération pratiquée en plusieurs fois, à la suite d'une fracture par coup de feu, une colonne osseuse de 25 centimètres s'est formée entre l'épaule et le coude, colonne d'os entièrement nouveau équivalant aux trois quarts de la hauteur enlevée (53 centimètres).
496 HUMORISME.
Cette longueur paraît à M. Ollier le maximum qu'on puisse espérer, quand il n'est pas resté dans la gaine périostique des esquilles longitudinales faisant attelle et maintenant la longueur du membre.
En 1872, Giiterboch a public un cas beaucoup moins brillant; il s'agissait d'une résection totale, pour ostéomyélite de la totalité de l'os. Il n'y eut comme régénération qu'une masse osseuse dont l'auteur n'indique pas la hauteur, développée dans la gaine de l'humérus représenté lui-même par une corde fibreuse sur laquelle les muscles s'inséreraient. Le périoste avait été conservé, mais il est probable que dans ce cas l'absence de régénération doit être mise sur le compte d'une dégénérescence amyloïde des organes, qui affaiblit progressivement le malade et l'emporta neuf mois après l'opération.
Tels sont, jusqu'à ce jour, les exemples absolument probants de régénération de l'humérus ; telles sont aussi les conditions nécessaires pour l'obtenir, conditions qui maintenant sont modifiées tellement par l'antisepsie, que toutes les anciennes statistiques défavorables n'ont plus aucune valeur, et qu'à ce point de vue toute la question devra être reprise. Re.né Duzéa.
Bibliographie. — Anatomie. — Consulter les traités spéciaux.
Pathologie chirurgicale et médecine opératoire. — Les indications Ijibliographiques ont toutes clé données dans le cours de l'article. R. D,
HUMEURS. Voy. HuMORiSME.
HUiuiXE. Partie constituante essentielle de l'humus, forme l'un des nombreux composés ulmiques {l'oy. Ulmine). L. H>'.
nu.MiQUE (Acide). Voy. Ulmi.xe.
HUmoPlQUE (Acide). C^^0^°0\ On l'obtient en chauffant la narcotine à 220 degrés. Elle forme un résidu amorphe, brun foncé, insoluble dans l'eau et les acides faibles, soluble dans les alcalis. Ce corps a été peu étudié. L. fl>'.
HUMORISME. HumEURS. Bien que reléguée dans le passé, après avoir régné en médecine pendant quinze siècles, l'ancienne doctrine de l'humorisme mérite que nous en rappelions ici les principaux éléments, ne fût-ce qu'au point de vue de l'intérêt historique qui s'y rattache par l'influence considérable qu'elle a eue pendant si longtemps sur les idées et les pratiques médicales. Mais c'est surtout parce qu'elle nous servira de point de départ pour montrer par quelle succession de progrès scientifiques graduels et presque ininterrompus s'est opérée la transition du système humoral tout hypothétique de nos devanciers à ce qu'on est convenu d'appeler aujourd'hui Vhumorisme moderne ou l'humorisme rationnel, dont l'objet est d'assigner expérimentalement aux diverses parties liquides qui entrent dans la constitution de notre organisme leur rôle respectif en physiologie et en pathologie, qu'il nous a paru utile d'en faire une sorte d'exhumation.
Historique. Les premières origines de l'humorisme médical remontent probablement à une haute antiquité, à laquelle Hippocrate en a dû emprunter l'idée, qui s'est transmise jusqu'à nos jours.
Yoici en peu de mots quelles étaient ses vues sur ce sujet.
Hippocrate admettait dans la nature, avec Erapédocle, les quatre éléments :
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le chaud, le froid, le sec et l'humide, et dans le corps animal quatre humeurs radicales : le sang, la pituite, la bile jaune et la bile verte ou l'atrabile, auxquelles il faisait jouer un rôle important dans les mouvements de l'économie, dans les maladies et dans leur terminaison.
Le mélange régulier, c'est-à-dire dans leurs rapports naturels et à l'état d'équilibre de ces quatre éléments, constituait la crase normale ou l'état de santé. Il y avait imminence ou état de maladie confirmé, lorsque, un ou plusieurs de ces éléments venant à prédominer sur les autres ou à s'altérer qualitativement, soit que l'alimentation eût péché par la quantité ou par la qualité, que des miasmes vicieux eussent pénétré avec l'air dans l'économie, ou que les excrétions eussent été rendues trop abondantes par la température ou qu'elles eussent été retenues au contraire, la crase ou l'état d'équilibre se trouvait dérangé. La constitution normale du corps était alors changée, il s'y développait diverses matières, les unes amères, d"autres salées, douces, aigres ou insipides, qui, suivant qu'elles étaient plus ou moins abondantes et plus ou moins fortes, devenaient plus ou moins nuisibles : d'oiî la pléthore, ou les premières manifestations d'un état cacochymique ou cachectique, provoquant des symptômes spéciaux.
La bile jaune ou la bile verte venait-elle à se répandre dans tout le coi'ps, les phénomènes morbides qui, en résultaient ne cessaient qu après qu'une évacuation naturelle ou provoquée par des remèdes appropriés et administrés à propos en avaient délivré l'économie ou affaibli les effets.
Il y avait plusieurs procédés par lesquels la nature médicatrice (yOo-t;) parvenait à ramener les choses à leur état normal. L'un de ces procédés consistait en une série de mouvements intimes s'effectuant au sein de l'organisme, sous l'influence d'une réaction de la nature, pour ramener par une sorte de mélasyncrise naturelle ou de récorporation spontanée la constitution chimique du corps à sa crase normale. C'était la solution par Lyse ou Lysis. C'était ce que les médecins hippocralistes cherchaient à provoquer en faisant usage des remèdes dits altérants.
Dans d'autres circonstances, la nature médicatrice procédait d'une autre manière à la récorporation de la constitution; c'était par l'épaississement ou la coction de l'humeur morbifique, suivie de son expulsion. Tout cela était dû à l'action des forces vitales, à l'intervention de la nature médicatrice, entrée en lutte avec le principe morbifique. Ce travail récorporatif s'accompagnait souvent d'un appareil symptomatique impétueux, pénible, souvent grave même en apparence et pouvant en imposer ,à des yeux mal prévenus ou peu clairvoyants pour une nouvelle invasion morbide aiguë, et se terminait par une évacuation de ce qui était superflu ou nuisible. C'est ce qu'Hippocrate a appelé la crise ou le jugement. La crise pouvait être bonne ou mauvaise : lorsqu'elle était bonne, les évacuations critiques pouvaient se faire par plusieurs voies, par le vomissement, par les selles, par les urines ou par la sueur.
Lorsque la nature était impuissante à chasser la cause du mal, il pouvait arriver quelquefois que l'humeur viciée, au lieu de se diriger vers les émonctoires, se portât vers les viscères oîi elle déterminait des dépôts nuisibles. Mais le plus généralement toutes les parties de l'économie concouraient, en vertu de l'unité et de la solidarité existant entre elles (consensus unus consentientia omnia), à l'œuvre complexe de la coction et de la crise; celle-ci s'effectuant favorablement était la fin de l'évolution morbide.
DICT. E.\C. i' S. XIV. 52
498 IIUMORISME.
Telle était, en résumé, la théorie humorale d'Ilippocrate. Mais cette théorie Lippocratique était loin de constituer à elle seule la véritable doctrine, ainsi que l'a si justement fait remarquer notre collaborateur Léon Boyer dans son article Médecine {Histoire de la), elle n'y occupait qu'une place restreinte. Ce n'est en quelque sorte qu'incidemment et comme en passant qu'il en est q\ieslion dans les écrits légitimes et authentiques du médecin de Cos. Sa véritable doctrine n'était ni l'humorisme, ni le solidisme ni le dynamisme exclusifs. Tenant également compte des solides, des liquides et des forces de réconomie (è'voppovTa), il ne saurait être considéré comme le chef de l'école humoriste, pas plus que des écoles solidistes ou dynamistes : sa doctrine, consistant dans la coordination de ces trois systèmes, était le naturisme, dont nous aurons à parler ailleurs.
C'est Galien qui, s'emparant de celte donnée, qu'il a développée, étendue, systématisée, peut être considéré à juste titre comme le véritable créateur de la doctrine humorale. La santé, selon Galien, dépend de l'harmonie des quatre humeurs. Tant que ces humeurs se tempèrent les unes les autres, qu'il existe un rapport complet et un équilibre parfait entre les éléments et leurs qualités, les humeurs, les esprits, les solides similaires et les solides orgaiiif[ues, l'économie est en pleine santé, elle jouit de toutes ses ressources, les fonctions organiques s'exécutent suivant les lois de leur constitution normale. C'est en partant de ces principes qu'il a établi la série des tempéraments en rapport avec les quatre humeurs, le tempérament sanguin, le phlegmatique, le bilieux et le mélancolique, chacun de ces tempéraments étant chaud ou froid, sec ou humide suivant la prédominance de l'une ou l'autre de ces qualités élémentaires sur les autres. La plupart des maladies, d'après lui, dépendraient primitivement ou secondaii'ement de l'excès, du défaut ou de l'altération de ces quatre humeurs fondamentales. Leur excès constituait la pléthore. La pléthore était sanguine, ou bilieuse, ou piluileuse, ou atrabilaire. Il y avait une différence entre la pléthore sanguine et les autres en ce que le sang qui la constituait pouvait se trouver en surabondance dans les vaisseaux sans altérer la qualité des autres humeurs, tandis que les pléthores bilieuse, pituiteuse ou atrabilaire, infectaient tous les liquides et jusqu'au sang, qui ainsi altéré pouvait produire consécutivement la cacochymie généi-ale. Celle-ci résultait aussi de ce que sous l'action de certaines causes morbitlques les humeurs deviennent ou plus chaudes, ou plus froides, ou plus sèches ou plus humides, ou plus douces ou plus salées, ou plus acres ou plus aigres qu'elles ne le sont dans l'état normal.
lialien admettait trois espèces de fièvres intermittentes : la quotidienne, qu'il faisait dépendre d'uu état putride de la pituite; la tierce, qui procédait d'une altération analogue de la bile jaune; la quarte, qu'il attribuait à la putridité de l'atrabile. Pour lui, les fièvres continues provenaient aussi d'une altération de la bile jaune. Les mflammations et les hémorrhagies relevaient aussi de conceptions hypothétiques analogues.
Les maladies envisagées sous ce point de vue réclamaient des moyens curatifs différents. 11 y avait lieu, tantôt à atténuer les humeurs ou à les délayer, tantôt à les épaissir, les rafraîchir ou les échauffer, à les purifier ou à les évacuer. Il avait établi, à cet effet, deux ordres de médications spéciales : l'une comprenant les remèdes doués de la propriété de purifier les humeurs et de les
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ramener à leur type normal, l'autre comprenant les remèdes destinés à l'évacuation des humeurs viciées ou surabondantes.
Enfin, comme conséquence de cette systématisation générale appliquée au plus grand nombre des maladies et pour répondre aux indications multiples des dépravations humorales, Galien créa la polypharmacie.
D'après Daremberg, le galénisme n'aurait cependant été ni aussi universellement, ni aussi longtemps triomphant qu'on l'a dit. Ce savant historien nous a appris, en effet, par la compulsion des manuscrits de l'École de Salerne, qu'après la chute de l'empire romain le prestige de l'autorité de Galien avait beaucoup diminué et que les livres des méthodistes avaient pris dans celte école le premier rang, d'oià ce mélange bizarre de méthodisme et de galénisme que révèlent ces manuscrits.
Ajoutons aussi que l'humorisme, bien qu'il jouât un rôle capital dans la doctrine de Galien, ne la constituait pas à lui seul, qu'il serait injuste et inexact de n'y considérer que ce point de vue systématique exclusivement. Véritable continuateur d'Hippocrate dont il a commenté et développé les idées principales, sa doctrine était en réalité un composé de naturisme, de solidisme et d'humorisme. Comme son maître, il admettait une force première, force-mère, source principale, ïvoppwv, impetiim faciens, cause et essence même de la vie. Il admettait en outre trois sortes d'esprits : les esprits naturels, les esprits vitaux et les esprits animaux, présidant — les premiers aux actions naturelles, les seconds aux actions vitales et les troisièmes aux actions animales, et enfin des parties contenantes ou solides et des parties contenues liquides. Il distinguait les parties eu similaires, c'est-à-dire toujours et en tout semblables à elles-mêmes jusque dans leurs dernières molécules, et parties organiques ou inlrumentales formées de la réunion de toutes ou de presque toutes les parties similaires, exécutant les mouvements et les fonctions vitales. Il a établi le premier cette distinction fondamentale qui est restée, depuis, comme l'un des dogmes de l'École de Montpellier, entre l'affection, viciation intime, générale, profonde, de l'économie, et la maladie qui n'en était que la manifestation 'ou l'expression phénoménale plus ou moins localisée. Il a admis, à l'imitation d'Hippocrate, la division des maladies en maladies épidémiques, endémiques, sporadiques, aiguës, chroniques, bénignes et malignes; il faisait, en outre, des maladies, trois ordres : le premier comprenait les maladies des parties "similaires ; le second les maladies des parties organiques ; le troisième celles] qui sont communes aux parties similaires et aux parties organiques. Ces divisions un peu subtiles peut-être, et dans lesquelles on peut retrouver le germeTde plus d'une proposition formulée dans ces derniers temps comme une découverte, montrent du moins que, tout en faisant une large part dans sa patboloo-ie aux humeurs, celles-ci n'absorbaient pas son attention au point de lui faire négliger la part des autres éléments.
De Galien il nous faut arriver aux Arabes pour voir ce que devint, à cette époque de réveil incomplet des sciences, la doctrine galénique. Malgré les efforts d'Oribase. d'Âétius,de Paul d'Égine, d'Alexandre de Tralles, pour relever la médecine dégénérée en pratiques grossières et superstitieuses, un voile profond semblait s'être étendu sur la tradition, lorsque les Arabes, à l'aide de quelques épaves sauvées de l'incendie de la Bibliothèque des Ptolémées, reconstituèrent une médecine fondée partie sur la philosophie d'Aristote, partie sur l'humorisme de Galien, amalgamée d'astrologie et de magie et de pratiques
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polypharmaques oii remèdes et arcanes étaient entassés et accumnie's sans choix comme sans raison. C'est ce galénisme dénaturé qui a régné durant tout le mojen âge et même jusqu'au début du dix-septième siècle. Cependant, déjà dès le quinzième siècle, une réaction provoquée par Fracastor avait commencé à se manifester contre l'astrologie. Fernel y avait puissamment contribué en restaurant la doctrine hippocratique. Le galénisme rencontrera un peu plus tard deux puissants adversaires en Paracelse et van Helmont. Les expériences d'Ilarvey, le véritable fondateur de la physiologie expérimentale, viendront à leur tour battre l'humorismc en brèche, et une nouvelle école, l'école chimiatrique, fondée par Sylvius de la Boë, va la transformer. Il y avait bien encore un fond de galénisme dans les idées de Sylvius, mais modifié et dominé par les notions chimiques de l'époque. Les divers temps des fonctions digestives ne sont que fermentations, effervescences, sous l'action d'acides et d'alcalis; les àcrelés acides ou alcalines des humeurs seront les causes essentielles de toutes les maladies, qu'elles siègent dans les solides, dans les liquides ou dans les esprits. Toutes les indications thérapeutiques se déduiront de ces mêmes principes et conduiront à combattre les effervescences de la bile, les àcretés des humeurs, les acidités lymphatiques, par des purgatifs, des narcotiques, des excitants des sécrétions.
Mais la chimiatrie pure ne tarda pas à être absorbée dans une conception plus large, l'iatro-mécanisme des Borelli, Bellini, Baglivi, Lancisi, Bamazzini, en Italie, des Pitcairn, Mead, en Angleterre, Hoffmann en Allemagne, Boerhaave en Hollande, Vieussens en France, tous inspirés par les progrès rapides que venaient de faire à cette époque les sciences physiques et dont ils espéraient, prématurément, pouvoir appliquer les lois à l'explication des phénomènes vivants. L'exagération même de ces théories iatro-mécaniques, qui s'étaient propagées dans presque toute l'Europe, ne pouvait manquer, tôt ou tard, de provoquer une réaction. L'humorisme et l'iatro-mécanisme avaient déjà suscité les contradictions des anatomistes Yésale, Faliope, Fabrice d'Aquapendente. Ils allaient rencontrer des adversaires plus puissants encore, en se heurtant, d'une part contre les doctrines dynamiques, l'animisme de Stahl, le naturisme hippocratique de Sydenham, de van Swieten, de Solano, de Bordeu, le vitalisme de Barthez, et, de l'autre, contre les doctrines solidistes, l'irritabilité de Haller, de Glisson, de Gaubius, le nervosisme de Cullen, d'Hoffmann, l'incitabilité de Brown, etc.
Mais la vive impulsion imprimée à la chimie par Lavoisier, en ouvrant une voie nouvelle à ses applications à la physiologie et à la médecine, est devenue le point de départ d'une nouvelle école scientifique qui a complètement transformé le point de vue sous lequel avaient été considérés jusque-là les liquides de l'économie et fondées les bases d'un nouvel humorisme, l'humorisme rationnel, désormais partie intégrante de l'anatomie et de la pathologiejgénérales. Bichat, de Blainville, Mirbel, Gruithuisen, Schwann, Schleiden, Chevreul, enont été les initiateurs, Bichat et de Blainville en précisant les premiers l'objet caractéristique de la science des êtres vivants, envisagés comme des corps djués de propriétés spéciales qui en sont aussi inséparables que les propriétés physico-chimiques le sont des corps inorganiques, et en assignant aux princiiies organiques immédials et aux humeurs leur place et leurs rôles respectifs dans le système vivant; Mirbel, Gruthuisen, Schwann, Schleiden, en décomposant et ramenant tous les tissus à leurs parties intégrantes élémentaires
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apprécialiles seulement par le microscope; Chevreul par ses belles études chimiques des principes immédiats, véritable fondement de cette branche nouvelle de la science à laquelle on a donné le nom de stœchiologie. Plus près de nous Andral et Gavarret, parleurs mémorables recherches sur le sang, créent l'hématologie pathologique, et sont suivis dans cette voie par Becquerel et Uodier, Bécliamp et Ester, Coze et Fellz, Piorry et Lhéritier, Yalentin, Virchow, Wunderlich, Thomson, etc. Enfin Ch. Robin, en montrant que les éléments anatomiques sont le véritable siège de tous les actes physiologiques, crée Yélémentologie. comme il a achevé depuis la constitution de Vliygrologie médicale, ébauchée par ses précurseurs.
C'est de cette hygrologie ou étude des humeurs, l'une des sept divisions principales de la biologie, qu'il nous reste à faire connaître quelques-uns des principaux résultats. C'est particulièrement aux Leçons sur les humeurs normales et morbides du corps de V homme, professées à la Faculté de médecine de Paris par Ch. Robin de 1865 à 1865, au Manuel des humeiirs publié en 1870 par l'un de ses élèves, Ferdinand Papillon, et enfin aux enseignements des professeurs Yulpian, Gubler, G. Sée, Hayem, et aux études de MM. Quinquaud et Alb. Robin sur ce même sujet, etc., que nous emprunterons les principaux éléments du rapide exposé que nous allons faire de l'état présent de la science sur ce point.
Humeurs. Les humeurs sont les parties liquides de l'économie, formées par le mélange et la combinaison de principes immédiats nombreux et tenant des éléments anatomiques en suspension. Elles présentent dans leur organisation un degré de complication presque égal à celui des tissus et n'en diffèrent que par la fluidité et le mode d'union de leurs parties. Elles ont pour attribut statique l'état de combinaison par dissolution réciproque et mélange de principes immédiats nombreux, ainsi que l'état de suspension dans lequel se trouvent les éléments anatomiques qu'ils renferment.
Toutes les humeurs jouent, par rapport aux éléments qu'elles tiennent en suspension, le rôle d'un milieu ambiant, auquel les éléments empruntent et restituent incessamment des matériaux, de telle sorte qu'ils y demeurent sans modification, si le liquide reste normal, ou changent de structure en cas contraire. Aussi faut-il distinguer dans les humeurs : 1° le fluide, partie fondamentale ayant des attributs dynamiques essentiels d'ordre physique, chimique ou organique; 2° les solides, qui y sont en suspension et qui vivent aux dépens du lluide.
Tels sont les caractères communs de toutes les humeurs. Toutes jouent le rôle de milieu ambiant par rapport aux éléments qu'elles tiennent en suspension. Mais chacune d'elles a son rôle spécial, qui varie de l'une à l'autre, comme la composition immédiate du fluide dont ce rôle dépend.
Le fluide de chaque humeur se compose : 1° de principes d'origine minérale, volatils ou cristallisables ; 2» de principes d'origine organique dont les uns sont cristallisables ou volatils comme les précédents, les autres coagulables, tous naturellement liquides
Les humeurs de l'économie animale sont très-nombreuses. Sans compter les humeurs accidentelles, Ch. Robin en a trouve cinquante-cinq, qui ont fait le sujet de ses descriptions.
En voici le classement :
S02 HUMORISME.
Il divise les humeurs en trois grandes classes : 1° les humeurs constituantes ou fluides nourriciers; S" les sécrétions; 3° les excrétions.
Les humeurs constituantes, les sécrétions et les excrétions, diffèrent les unes des autres, au point de vue de leur origine, de leur mode de formation, autant que sous le rapport de leurs propriétés générales et de leur composition immédiate.
Les humeurs constituantes, comme le sang, la lymphe et le chyle, empruntent tout formés leurs matériaux constitutifs aux milieux dans lesquels ils sont plongés; ces derniers sont représentés soit par le milieu ambiant dans lequel 1 animal respire et puise ses aliments, soit par les éléments anatomiques des tissus entre lesquels rampent les capillaires.
Les humeurs sécrétées, ou sécrétions, dans ce qu'elles ont de caractéristique, viennent des parois mêmes qui les contiennent avant qu'elles soient excrétées. Dans leur production il y a : 1° formation de leurs principes essentiels par les parois des tubes du tissu qui les fournit, de sorte qu'on ne trouve ces principes ni dans le sang artériel, ni dans le sang veineux, mais dans la sécrétion seule; 2° il y a, en outre, emprunt au sang, par exosmose dialytique, d'une certaine quantité de principes préexistants dans celui-ci.
Quant aux liquides excrétés, tout dans leur formation se borne à un choix dans le sang, par simple exosmose dialytique, de principes formés ailleurs que dans le parenchyme excréteur et que dans le sang lui-même, principes ayant pénétré dans celui-ci et pris part à sa constitution avant d'arriver à ce parenchyme et avant d'être séparés par lui.
1° Humeiirs constituantes. Les humeurs constituantes, liquides organiques par excellence, agents fondamentaux de la nutrition (le sang, la lymphe, le chyle), contiennent en proportion presque égale des principes immédiats des trois classes, des principes minéraux, des principes cristallisables organiques et des principes albuminoïdes, formant par leur dissolution réciproque les uns dans les autres un plasma qui est leur partie fondamentale et tenant en suspension les éléments anatomiques qui leur sont propres, hématies, globules rouges n'appartenant qu'au sang, leucocytes ou globules blancs se trouvant dans le chyle et dans la lymphe.
Les humeurs constituantes ont comme attribut anatomique ou statique l'état de combinaison par dissolution réciproque et mélange de principes immédiats nombreux, ainsi que l'état de suspension dans lequel se trouvent les éléments anatomiques qu'elles renferment. Elles ont pour attribut dynamique deux ordres de propriétés : 1" une seule propriété vitale, la plus élémentaire et la plus générale, celle de nutrition; 2° les propriétés d'humeurs, ou physiques ou chimiques, que peuvent présenter les liquides, suivant leur degré de fluidité et de complexité de leur composition. Seules elles sont organisées et seules douées de la faculté de nutrition ou rénovation moléculaire continue.
2" Humeurs sécrétées ou sécrétions. Les humeurs sécrétées constituant la deuxième classe sont des liquides non organisés, ne renfermant qu'à de rares exceptions près aucun élément anatomique propre à leur constitution, tirant leurs matériaux du sang. Elles contiennent presque toutes une substance organique propre, élaborée dans l'intérieur des glandes et des parenchymes qui les sécrètent. Elles sont généralement riches en principes de la deuxième et de la troisième classe. Une partie de ces principes est absorbée, l'autre est détruite par le fonctionnement physiologique
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En raison des rôles diffe'renls que ces humeurs ont à jouer dans l'économie, Ch. Robin les a subdivisées en trois groupes. Le premier groupe renferme les humeurs récrémentitielles permanentes et profondément situées, le deuxième les humeurs récrémentitielles transitoires, le troisième les humeurs excrémento-récrémentitielles.
Les humeurs récrémentitielles permanentes sont composées d'eau et de sels en plus ou moins grande quantité, et d'une petite proportion de matières coagulables résultant d'un travail opéré dans l'intérieur des membranes qui les sécrètent. Elles ne renferment que rarement des éléments anatomiques; les seuls qu'on y trouve quelquefois sont des cellules épitliéliales ou des leucocytes. Ce sont : l'humeur aqueuse, l'humeur hyaloïde ou vitrée, l'humeur de Cotugno, le liquide céphalo-rachidien, les sérosités pleurale, péricardiaque, la synovie, la sérosité, les œdèmes, le pus, etc.
Les humeurs récrémentitielles transitoires, également composées d'eau, de sels, plus de principes cristallisables spéciaux d'origine organique et d'une substance organique coagulable, abondante et assimilable, remplissent le rôle de milieu par rapport à certains éléments qu'elles tiennent en suspension et qui ont des usages importants, relatifs soit aux fonctions de nutrition, soit aux fonctions de la reproduction. De ces humeurs les unes ont un rôle chimique relatif à la rénovation nutritive : tel est le lait; les autres un rôle physique relatif aux fonctions de la reproduction, destinées qu'elles sont à la transmission des spermatozoïdes et des ovules, auxquels elles servent de milieu : tels sont le liquide prostatique, ceux des glandes de Cowper, l'ovarine, etc.
Les humeurs excrémento-récrémentitielles constituent le groupe le plus nombreux; il renferme les salives, les mucus, la bile. Ces humeurs contiennent des substances organiques difficiles a coaguler, d'une consistance généralement visqueuse, qui en forment la partie constituante principale. Elles sont en majeure partie résorbées, en partie rejetées au dehors. Elles doivent en général leurs propriétés caractéristiques à une substance organique spéciale, ordinairement liquide ou demi-liquide (ptyaline, pepsine, pancréatine), qui joue un rôle physique ou chimique important dans quelques fonctions, comme, par exemple, les diverses espèces de salive, le suc gastrique, le liquide pancréatique, le suc duodénal dans la digestion.
Les mucus, liquides visqueux, filants, produits par la portion inter-glandulaire des membranes muqueuses ou par toute leur surface, sont composés d'un liquide constitué par une ou plusieurs espèces de substances organiques liquides (mucosines) coagulables par l'action des réactifs et par des sels d'origine minérale en dissolution dans la mucosine; enfin par des traces de principes cristallisables d'origine organique. Ils contiennent en suspension des cellules de l'épithélium de la muqueuse dont ils pi'oviennent et une certaine quantité de leucocytes.
C'est à ce groupe d'humeurs que se rattachent les venins sécrétés par des glandes spéciales, distinctes des glandes salivaires.
3° humeurs excrémentitielles. Les humeurs excrémentitielles ou excrétions proprement dites, humeurs de désassimilation, sont les sueurs, l'exhalation pulmonaire, l'urine, le liquide amniotique, le liquide allantoïdien, le méconium, les matières fécales, les liquides diarrhéiques, etc., qui renferment une quantité d'eau prédominante et des principes de la première ou de la deuxième classe en proportion presque égale.
504 HUMORISME.
La méthode scientifique positive appliquée à l'étude des liquides de l'économie n'a pas eu seulement pour effet de mettre à nu les vices et les erreurs de la vieille doctrine tout hypothétique de Thumorisme galénique; elle a eu ce résultat bien autrement important, en montrant que les humeurs ont, comme les tissus, pour attribut anatomique un certain mode d'association complexe des parties élémentaires qui les constituent, de relier la stœchiologie à l'étude d'ensemble de toute la substance organisée, de compléter par là l'anatomie générale, ainsi que l'anatomie pathologique, qui ne s'étaient appuyées jusque-là l'une et l'autre que sur la seule considération des tissus, condamnant ainsi du même coup les systèmes exclusifs, et le système humoriste et le système solidiste.
Pénétrons maintenant, à l'aide de ces premières données, dans l'étude de cette nouvelle partie de l'anatomie pathologique, l'histoire des altérations des humeurs, ou de l'humorisme rationnel.
Pathologie des humeurs. Humorisme rationnel. De même que l'histoire et la description des liquides organiques, faisant désormais partie intégrante de l'anatomie, ont été faites, soit d'une manière générale au mot Anatomie, soit, dans les détails particuliers qu'ils comportent, aux mots relatifs à chacun de ces liquides, ce qui nous a permis de restreindre ici notre tâche à la classification scientihque des humeurs et à quelques généralités propres à chacun des groupes naturels dont elle se compose, de même, pour leurs altérations, devrons-nous nous borner à en indiquer les principales, renvoyant pour de plus amples renseignements au mot A-NATOJiiE pathologique et aux mots : Sa.ng, Lymphe ou Système lymphatique. Sérosités, Salives, Mucus, etc.
Altérations du sang. C'eiît été ici le lieu de faire l'histoire de l'hématologie pathologique, si elle n'était déjà faite le plus complètement possible à tous les points de vue et dans tous les détails qu'elle comporte dans l'article Sa.ng {Anatomie, Physiologie et Pathologie générale), et aux divers articles complémentaires : Hématies, Hémorrhagies, Axémie, etc. Nous ne pouvons qu'y renvoyer les lecteurs. Nous ne le ferons pas, toutefois, sans rappeler quelques-uns des points traités dans ces articles, qui ont plus particulièrement trait au point de vue qui nous intéresse ici, celui de la constitution de l'humorisme rationnel. Après avoir défini le sang : le rendez-vous de tous les corps importés dans l'économie, la source de toutes les substances qui servent à l'accroissement ou à la réparation de l'organisme, le centre et l'aboutissant de tous les échanges nutritifs, puisant dans l'atmosphère en même temps que dans les aliments du tube digestif et dans les interstices des tissus, et servant, pour tout dire, de trait d'union entre le microcosme et le monde extérieur, les auteurs de l'article SaiNG nous l'ont montré susceptible d'altérations ayant deux origines principales, les modifications cosmiques et les altérations de son contenant, et exerçant à son tour par ses changements physiologiques ou pathologiques une influence souvent décisive sur la manière d'être des tissus et des organes, imprimant, en un mot, ses modifications aux sohdes, aussi bien qu'il reflète celles de la trame organique. Ils y décrivent, en conséquence, deux catégories distinctes d'altérations : les unes engendrées de toutes pièces par l'action d'un corps venu de l'extérieur, poisons minéraux, poisons organiques ou corps organisés vivants, poisons négatifs ou passifs, poisons positifs ou sepliques; les autres, dites altérations spontanées, constituant tantôt un élément morbide transitoire, attaché à une maladie .aiguë inflammatoire ou fébrile, tantôt une
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affection persistante, entretenue par des alte'rations nutritives ou formatives, plus ou moins durables et profondes, telles que celles qui relèvent des dyscrasies, des cachexies ou des diathèses. Dans les altérations à élément morbide transitoire nous trouvons la fièvre normale, inllammatoire, franche, angéiotéuique, se caractérisant par une simple exaltation fonctionnelle; les fièvres anomales, malignes et perverses, comportant une perversion des phénomènes physiologiques, hémalosiques et nutritifs, avec diflhience de la librine et diminution plus ou moins rapide des globules sanguins, ou hémaphéisme, telles que le typhus, la fièvre typhoïde, les fièvres éruptives intenses, l'infection purulente, etc. Dans les affections persistantes, groupées sous le titre commun d'anémies, de chloro-anémies ou de chloroses, se rangent l'anémie ou l'anhématie par spoliation, l'anhématie famélique par dyspepsie, par défaut d'iiématopoèse, le scorbut, le purpura, la diathèse hémorrhagique, l'urémie ou plutôt l'urinémie, la cholémie, etc.
Altérations de la lymphe et de l'appareil lymphatique. Qu'est-ce qui rappelle mieux la physionomie des maladies auxquelles les Anciens assignaient plus particulièrement le qualificatif de maladies humorales et qu'est-ce qui s'adapte mieux à l'idée et à la notion de diathèse ou d'état diathésique que la plupart des affections de l'appareil lymphatique étudiées et décrites par les auteurs modernes après la découverte, au dix-septième et au dix-huitième siècle, des vaisseaux ciiylifères et du réseau lymplialique ! N'y trouve-t-on pas, en effet, depuis cet état de prédominance du système lympliatique, désigné sous le nom de lymphatisme, qui ne constitue encore qu'une prédisposition ou une imminence morbide plutôt qu'une maladie, jusqu'à la scrofule, à la dégénérescence cancéreuse ou à la phthisie tuberculeuse, en passant par l'érysipèle, par certaines maladies de la peau, par la sélérodermie, la leucocythémie, l'adénie plus ou moins généralisée, l'éléphantiasis, le lympliome, etc.; suivant que l'appareil lymphatique est atteint primitivement ou secondairement, dans les vaisseaux lymphatiques ou dans les ganglions, dans l'une des parties circonscrites du système ou dans son ensemble, ou bien encore dans le tissu lymphoïde, analogue à celui des ganglions dont les anatomistes ont constaté l'existence dans la profondeur même du derme des muqueuses comme de celui de la peau?
Nous ne pouvons ici que renvoyer pour les détails aux articles : Lymphatique (Système), Adéme, Leucocythémie, etc.
Altération des sérosités. L'altération h plus commune des sérosités est leur hypergenèse qui donne lieu, lorsqu'elle est considérable, à la formation de collections ou d'épanchements morbigènes. Ainsi le liquide céphalo-rachidien vient-il à être sécrété en quantité anormale, il donne lieu aux phénomènes toujours graves de l'hydrocéphalie ou de l'hydrorachis, en même temps que ce liquide, de limpide et transparent qu'il était, devient opalescent et même parfois puriforme par suite de la production abondante de leucocytes et de granulations graisseuses dont il se charge. — D'après les analyses de la sérosité pleurale accumulée dans une plèvre en/lammée, ce liquide contiendrait beaucoup de pus, quelques hématies et des épithéliums. On y trouve quelquefois aussi un mélange d'albumine et d'hydropisine et une certaine quantité de fibrine.
La sérosité du péricarde, également susceptible d'augmentation de quantité, devient, dans les cas de péricardite, plus oif moins puriforme.
La sérosité péritonéale, à l'état morbide, est très-riche en principes organiques et particulièrement en matières coagulables par la chaleur et les acides.
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Elle est souvent rendue purulente par les leucocytes. Dans certaines péritonites, elle renferme une grande quantité de fibrine, spontanément coagulable après évacuation et même dans la cavité péritonéale.
La sérosité des œdèmes et des anasarques est moins riche en matières albuniinoïdes que les autres sérosités. Dans les cas de maladies du rein on y trouve de l'urée et des urates.
La synovie, dont la viscosité est due à une matière albuminoïde particulière à laquelle Gh. Robin a donné le nom de synovine, contient, dans l'inflammation des synoviales, de la plasmine qui, en se dédoublant, donne de la fibrine. Dans les kystes synoviaux la synovie, restant longtemps immobile, forme une gelée liyaline, tenace, visqueuse, très-filante. Dans les cas d'arthrite, de rhumatisme aigu ou de fièvre puerpérale, la synovie peut devenir purulente.
Des recherches faites par Fernand Papillon sur les liquides des kystes ovariques l'ont conduit à diviser ces liquides en trois catégories distinctes :
La première renferme les liquides limpides, incolores ou à peine citrins, inodores, contenant les sels du sang, mais presque complètement privés de matière organique, telle que graisse ou albumine. Ni la chaleur, ni l'acide nitrique, ni l'évaporation, n'y ont décelé de principe congulable.
La deuxième renferme les liquides épais, filants, d'une couleur blanchâtre ou jaunâtre, riches en mucus et en épithéliums, ainsi qu'en matières albuminoides. Ces liquides renferment aussi de la cholestérine et se reproduisent quelquefois avec une grande rapidité.
La troisième catégorie renferme les liquides rouge, brunâtre ou ronge chocolat, d'une odeur plus ou moins fétide, riches en épithélium, en albumine, en graisse et en cholestérine, contenant une proportion moyenne de sels. Leui" couleur est due à des matières grasses en décomposition.
Ces derniers kystes sont de très-mauvaise nature, tandis que ceux de la première catégorie guérissent soit spontanément, soit par un simple traitement iodique.
Salives. La salive éprouve dans les maladies des perturbations fonctionnelles, notamment des augmentations ou des diminutions notables de quantité. Elle augmente en général dans les fièvres, dans certains états d'innervation, dans les angines, ainsi qne sous l'influence de certains excitants, tels que le tabac, le piment, etc. Elle est généralement diminuée dans les maladies aiguës fébriles, dans la maladie de Brigbt. Son odeur devient fétide dans les angines pseudo-membraneuses, dans certains états gastriques, dans la stomatite mercurielle. Elle devient acide dans les inflammations de l'estomac. Dans les états fébriles adynamiques elle se dessèche et concourt à constituer avec le mucus desséché les dépôts fuligineux qui se déposent sur les lèvres, les gencives, sur la langue et sur la face interne des joues. M. Pasteur a isolé, par la culture de la salive d'un enfant mort de la rage, un micrococcus qui n'avait pas de relation avec la rage, mais qui inoculé au lapin lui donna une maladie infectieuse rapidement terminée par la mort.
Pour les sucs gastrique et pancréatique, ainsi que pour la bile, pour les mucus, voy. les mots : Estomac, Bile, Crachats, et pour les produits d'excrétion, voy. les mots : Urine et Fèces.
Infection et contagion. Troubles généraux de la nutrition. Nous avons montré dans la partie historique de cet article les modifications successives qu'a subies l'antique doctrine de l'humorisme jusqu'à l'époque où les progrès
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des sciences physico-(5himiques et de la physiologie ont mis à nu les erreurs s\ir lesquelles était basé le système de l'immorisme, et à néant le système même. Mais est-ce à dire qu'il n'y eût aucun fond de vérité d'observation dans les faits qui ont motivé la distinction d'un certain ordre de maladies humorales? L'étude des altérations de quantité, de qualité ou de proportions dans les éléments constitutifs des divers liquides de l'économie et de leur influence soit comme cause, comme action pathogénique, soit comme effets ou concomitence, sur le caractère et la marche de certains états morbides, a fait surgir une conception plus rationnelle de pathologie humorale, dont nous venons de donner quelques exemples.
L'importation sur le teri'ain de la clinique des études auxquelles a donné lieu la découverte du Coutagiiim vivum, ou de l'étiologie microbienne, et les belles études récentes de M. llouchard sur les maladies par ralentissement de la nutrition et sur les grands processus pathogéniques, ouvrent une voie plus large encore à l'interprétation physiologique d'un grand nombre de phénomènes pathologiques, qui légitime la réintégration dans le langage moderne des vieilles expressions àliumeurs, de diathèse et d'affeclions. Grâce au concours de la chimie et des sciences naturelles, ces deux auxiliaires si utiles de la clinique, on est arrivé à des conséquences qui, suivant l'expression de l'éminent professeur de pathologie générale de la Faculté de Paris, semblent devoir dépasser les plus ambitieuses espérances.
« Nous savions, dit M. Bouchard dans la leçon d'introduction de son cours de pathologie générale, qu'un membre entier peut être écrasé, que les os peuvent être broyés, les muscles dilacérés; que cependant il peut ne résulter de si effroyables désordres ni gangrène, ni suppuration, ni réaction phlegmasique locale, ni retentissement fébrile général. Nous savions que la réparation s'ojjère ainsi par les seuls actes physiologiques, à la condition que la peau n'aura pas été intéressée dans la blessure, que la plaie ne sera pas exposée. Nous savions d'autre part qu'une excoriation en apparence insignifiante peut devenir le point de départ de complications locales sérieuses et d'accidents graves, si elle est ou demeure au contact de l'air. On en avait conclu que l'air peut, dans certains cas, être le vecteur de quelque agent nuisible et la chirurgie avait imaginé des méthodes qui prémunissaient l'organisme contre la contamination qui
peut se faire par l'air » On sait ce qu'est devenue cette première notion,
grâce à la nouvelle théorie des fermentations par les organismes inférieurs, et le parti qu'en a su tirer la chirurgie, ainsi que celui que la médecine est en voie d'y trouver à son tour.
La notion pathogénique, plus féconde peut-être encore ou tout au moins plus immédiatement pratique, que M. Bouchard vient d'introduire dans la science, sur dos troubles généraux de la nutrition dont il semblait qu'on n'eût pas soupçonné l'importance à l'époque où l'on discutait encore à l'Ecole sur les maladies ciim ou sine materiâ, va nous arrêter un instant ici. Nous le laissons en faire lui-même l'exposé : « Il est hors de doute qu'il existe des états morbides de tout l'organisme dans lesquels l'anatomie ne peut démontrer aucune modification anormale dans la forme, dans la structure, dans l'arrangement des éléments anatomiques ; il se peut même que la chimie n'arrive pas à démontrer la moindre différence entre ces éléments et ceux d'un organisme sain. Mais, si, considérée à l'état statique, la composition de telle cellule est normale, il se peut qu'à l'état dynamique elle dévie notablement de type phy-
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Biologique. 11 y a, en effet, à considérer dans la cellule vivante autre chose que la quantité de matière constituant cette cellule morte. La vie d'une cellule, c'est l'instabilité et l;i mobilité de la matière qui la compose. C'est un incessant mouvement de pénétration et d'expulsion de matière, de métamorphose assimilatrice et de transformation désassimilatrice; c'est un tourbillon dont la rapidité peut osciller à l'état normal dans des limites détermmées, mais dont l'intensité ne peut être exagérée ou réduite sans qu'il en résulte un trouble physiologique. La maladie garde pour caractères une altération chimique et physique, mais cette altération n'existe que pendant la vie de l'élément, et peut ne pas laisser de vestiges après la mort. Les accélérations, les ralentissements, les perversions de ce mouvement nutritif, peuvent avoir pour conséquences un changement dans les propriétés physiologiques des particules élémentaires; elles retentissent secondairement sur la constitution des humeurs; elles mettent anormalement enjeu les grands appareils, soit qu'une plus grande quantité d'oxygène devienne nécessaire pour des combustions plus actives, soit que les émonctoires doivent rejeter à l'extérieur une quantité plus considérable de principes excrémentitiels. Le trouble nutritif peut être moins accusé et ne pas provoquer pendant longtemps de manifestations morbides. Mais, s'il ne constitue pas la maladie, il n'est déjà plus la santé ; il est la phase préparatoire, la prédisposition, la diathèse qui va quelque jour provoquer un éclat soudain et se révéler par ce qu'on appelle la maladie spontanée. Il est tel trouble nutritif dont la maladie aiguë n'est qu'un accident paroxystique qui tend à rendre momentanément à l'organisme l'activité normale des métamorphoses de la matière. Tel autre trouble nutritif s'empare de l'homme pour toute la durée de son existence et, quand il produit la maladie, il impose à cette maladie la chronicité, à la façon de toutes les causes permanentes. »
Étudiant cliniqucment, à l'aide de ces données physiologiques essentielles du travail intime de nutrition et du contrôle de la chimie, un certain nombre de maladies telles que les maladies de croissance, le rachitisme, celles de décroissance, l'ostéomalacie , les dyscrasies acides, l'oxalurie, la lithiase biliaire, l'étiologie et la pathogénie de l'obésité, les glycosuries, les diabètes, la gravelle, la goutte, le rhumatisme, etc., M. Bouchard est arrivé à des résultats qui se peuvent résumer ainsi :
L'homme porte en lui-même la cause de bien des maladies. Sa nutrition peut être défectueuse. Les troubles nutritifs permanents sont de divers ordres; les métamorphoses de la matière peuvent être viciées par excès, par défaut, par perversion. En citant les exemples pris parmi les faits de violation par défaut, M. Bouchard a montré que l'accumulation des acides dans l'économie pouvait être le résultat de l'arrêt ou du ralentissement des transformations de la matière. L'exemple de la lithiase biliaire a montré surtout comment le défaut d'oxydation des acides pouvait concourir à l'insuffisante élaboration d'une autre substance organique. Il a montré ensuite cette insuffisance de l'élaboration intra-organique portant sur la graisse et produisant l'obésité, sur le sucre et produisant le diabète, sur la matière azotée et produisant la goutte et la gravelle. Et partout, dans chacune de ces maladies, il est parvenu à découvrir que, si un principe immédiat est plus particulièrement soustrait à la destruction, les autres principes immédiats, à des degrés divers, subissent également un arrêt ou un ralentissement dans leurs transformations destructives. De là l'explication naturelle de cette loi déduite de l'observation clinique, qu'à chaque
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maladie caractérisée par rinsuffisante élaboration d'un principe immédiat s'associent presque Lialemcnt, chez l'individu et dans sa famille, les maladies caractérisées par ^'accumulation des autres principes immédiats. La statistique clinique et l'analyse physiologique ont démontré et expliqué cette association si remarquable et si fréquente de la dyscrasie acide, de l'oxalurie, de la lithiase biliaire, de l'obéoité, du diabète, de la gravelle et de la goutte, relevant toutes de la nutrition retardante.
Ce trouble nutritif, s'il es! passager, peut n'être pas nuisible ; s'il est prolongé, il provoque la maladie qui peut être plus ou moins durable; s'il est permanent, il crée la maladie chronique on la succession de maladies aiguës paroxystiques, survenant par accès. Ce trouble nutritif établit ainsi un lien entre les divers accès d'une même maladie, entre les maladies successives différentes, entre des maladies différentes simultanées. Il est la disposition morbide qui engendre ou qui maintient des maladies en apparence différentes. C'est, enfin, ce que M. Bouchard appelle aussi du mot traditionnel diathèse, mot derrière lequel se montre l'idée de vice organique, d'altération humorale, de matière peccante. Cette matière peccante, la bactériologie nous l'a montrée déjà en maintes maladies, M. Bouchard l'a souvent rencontrée au cours de l'étude des maladies que nous venons d'énumérer. C'étaient ici des acides organiques, là de la cholestérine, ailleurs la graisse, ou le sucre ou l'acide urique.
Ainsi se justifie la dénomination d'Humorisme que nous entendons maintenir ici, non plus comme expression d'un système, d'une théorie médicale générale hypothétique, mais comme expression de tout un ordre de faits pathologiques scientifiquement et expérimentalement démontrés, et qui ont droit désormais à une large place dans la nosologie. Brochin.
BVMVLVS. Voy. Houblon.
HUMUS. Voij. Sol et Ulmine.
HUIKAULD (François-Joseph). Né à Châteaubriant, le 24 février 1701, étudia à Angers, à Paris et à Reims, où il fut reçu docteur en 1122. Il s'occupa alors spécialement d'anatomie à Paris et en 1750 remplaça Duverney dans sa chaire au Jardin du Roi. L'ostéologie fut une de ses études de prédilection; il s'occupa également de tératologie.
Nous citerons de lui :
I. Dissert, au sujet des ouvrages de l'auteur du livre sur les maladies des os. Paris, 1726, in-li^. — II. Nouveau traité de physique, etc. Paris, 1742, 2 vol. in-12. L. Hn.
HlI!VCZOVSKl (Johann-Nepomuk). Célèbre chirurgien, né à Czech (Moravie), le 15 mai 1752, mort à Vienne le 4 avril 1798. Il commença ses études chirurgicales sous son père qui était barbier-chirurgien, puis vint à Vienne en 1771. Il trouva l'occasion d'aller passer deux années à Milan, puis revint terminer ses études à Vienne. Il vint à Paris, où il passa deux ans et gagna l'amitié de Louis, à Londres, où il resta treize mois, enfin après avoir parcouru toute la France revint en 1780 à Vienne et y fut nommé en 1781 professeur à l'école médicochirurgicale instituée par Brambilla dans l'hôpital militaire, 11 y enseigna l'anatomie, la pathologie, la chirurgie, les accouchements, etc. En 1791, il accompagna Léopold dans un voyage en Italie et à son retour fut nommé premier
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chirurgien de l'empereur et employa tout son crédit à la fondation d'institutions utiles pour l'art. Ses principaux ouvrages sont :
I. Med.-chir. Beobacktiingen auf srinen Reisen durch England und Frankreich, besonders ûber die Spitâler. Wien, 1783, in-8°. — II. Anweisungen zu chir. Operationen, etc. Wien, 1785; 5. Aufl., ibid., 1794, in-8». — III. Ucbcr die P/lickten der Regiments-Chiruvgen, etc. Wien, 1790, in-8° (d'après Ilamilton), etc. L- Hn.
HUlVDERT.nARK (Karl-Friedrich). Médecin allemand, né à Zeitz, le H avril 1715, mort le 8 mai 1762. Reçu docteur à Leipzig en 1740, il devint professeur extraordinaire de médecine en 1748, professeur ordinaire de physiologie en 1754, et peu après d'anatomie et de chirurgie. 11 n'a public que des opuscules académiques remarquables par l'érudition qui y règne. Hundertmark était en outre un chirurgien distingué. Nous nous bornerons a citer de hii :
I. Exercitalio de principibus dits artis medicae tutelaribus apudVeteres, etc. Lipsiae, 1755, in-i». — II. Thèses ex omni philosophia decerptae. Lipsiae, 1736, in-4°. — III. Diss. de incrementis artis medicae, etc. Lipsiae, 1739, in 4°. — IV. Progr. de sacchari Saturni usu interna salutari, etc. Lipsiae, 1741, in-4"'. — V. Diss. de cnemate uterino. Lipsiae, 1755, in-4°. — Yl. Diss. de mercurii vivi . . . vi atque efficacia. Lipsiae, 1754, in-4''. — VII. Diss. osteosteatomatis casus rarior. Lipsiae, 1757, in-4'', etc. L. Hn.
HUTVEFELD (Friedp.ich-Ludwig). Né dans la Mark, au commencement de ce siècle, reçu docteur à Breslau eu 1822, successivement privat-docent et professeur extraordinaire de chimie et de pharmacie en 1826. Il s'est occupé de chimie physiologique et a publié un grand nombre de mémoires sur la médecine, la physique et la chimie. Nous citerons seulement de lui :
I. Physiologische Chemie des menschlichen Oiganismus, zur Befôrderung der Physiologie und Medicin, und fiir seine Vorlesungen. Breslau und Leipzig, 1826, 2 part. in-8"'. — II. Die Radesyge, oder scandinavische Syphiloid, ans scandinavischen Quellen dargestellt. Leipzig, 1828, in-8''. — III. Mémoires divers. In Horn's Archiv f. medicin. Erfahrungcn. 1826-1830. A. D.
HUIVS. Voy. France, Tartarie, etc.
IIL'IMTER (Les).
Hunter (John). L'un des plus grands chirurgiens du dernier siècle, né le 15 février 1728 à Long Calderwood (Lanark), en Ecosse, le plus jeune de dix enfants, A l'âge de vingt ans, il se rendit à Londres auprès de son frère William Hunter, qni l'instruisit dans l'anatomie; il ne tarda pas à être un aide précieux pour lui et contribua à ses découvertes sur les vaisseaux lymphatiques et sur l'utérus. Il se livra à l'anatomie comparée et à l'embryologie, ainsi qu'à la pathologie expérimentale dont il peut être considéré comme le créateur en Angleterre.
De 1761 à 1763, Hunter servit dans l'armée. De retour à Londres, il enseigna l'anatomie et la chirurgie, devint en 1767 membre de la Société royale de Londres, en 1768 chirurgien de l'hôpital Saint-Georges. En 1776, il fut nommé chirurgien extraordinaire du roi, en 1786 chirurgien général de l'armée, en 1790 chirurgien général et inspecteur des hôpitaux. Il mourut d'angine de poitrine le 16 octobre 1793. Nous citerons seulement de lui :
I. The I^'atural Ilistory of Ihe Human Teeth, etc. London, 1771, in-4''. — II. Practical Trealise on the Diseases of the Teeth. London, 1778, in-4''. — III. A Trcatise on the Vene-
HUNTER (Les). 511
real Diseuse. London, 178G, in-4°. — IV. ATreatise onthc Blood, Inflammation and Gunshol Wounds. London, 1794, in-4°, traduit en français par Dubar, Gand, 18.., 5 vol. in-8°. — V. Nombreux art. dans P/iilos. Transactions, etc. L. Hn.
ilnnter (William). Frère du précédent, naquit le 23 mai 1718 à Long Calderwood et mourut à Londres le 50 mars 1783. Il fut en apprentissage chez Cullen, puis en 1740 se rendit à Edimbourg et suivit les leçons deMonro, enfin vint en 1741 à Londres où il trouva en Douglas un professeur et un ami. En 1746, il commença ses cours d'anatomie, fut en 1747 agrégé au Collège des chirurgiens de Londres, devint en 1748 chirurgien à l'hôpital de Middlescx, en 1749 chirurgien à l'hôpital des femmes en couches, dont il fut l'un des médecins depuis 1750. Il ne tarda pas à être l'accoucheur le plus répandu de Londres.
Hunter fonda un cabinet d'anatomie et d'histoire naturelle avec amphithéâtre. Comme membre de le Société de médecine de Londres, il communiqua à cette savante compagnie des mémoires importants sur l'anévrysme variqueux, la rétroversion de l'utérus, l'anasarque, l'emphysème, la hernie dans la tunique vaginale, etc. A l'époque de sa mort, il était médecin extraordinaire de la reine d'Angleterre, médecin consultant de l'hôpital des femmes en couches, professeur d'anatomie de l'Académie royale des arts et membre d'une foule de sociétés savantes. Nous mentionnerons de lui :
I. Médical Commentaries, etc. London, 1762-1764, in-4''. — II. Anat. Deso'iplion of Ihe Ihiman Gravid Utérus. Birmingham, 1774, in-fol. ; autre ouvrage sur le même sujet, ibid., 1794, in-4°. — III. Lectures on the Gravid Utérus and Midivifery. London, 1785, in-8°. — IV. Two Introductory Lectures to his Anatomical Course of Lectures, etc. London, 1784, in-4°, posthume. — Y. Nombreux articles dans Philos. Trans., Med Observ. a. Inquir., etc. L. Ib.
Hiintcr (William). Célèbre médecin-chirurgien et orientaliste écossais, né à Montrose, vers 1760, fit ses études au collège d'Aberdeen et prit ses degrés de médecine en 1777. Il servit dans la Compagnie des Indes, fut inspecteur général des hôpitaux de Java, professeur et examinateur au collège de Calcutta, de 1784 à 1794, secrétaire de la Société asiatique de 1794 à 1808. Il mourut à Calcutta en 1815. Hunter était très-versé en arabe, en persan, en sanscrit et en indoustan. Il a laissé un grand nombre de travaux sur la littérature indienne et quelques ouvrages de médecine :
I. Concise Account of the Kingdom of Pegu, etc. London, 1785, in-8°. — II. An Essay on the Diseuses Incident to Seamen or Lascars in Long Voyages. Calcutta, 1804, infol., etc. L. Un,
Dunter (John). Médecin anglais, né dans le Perthshire, reçu docteur à Edimbourg en 1775 [De hoiniman varietatibits et hariim consis., in-8'^), servit dans l'armée, puis se fixa à Londres et devint membre du Collège de médecine; il fut chargé en 1796 des leçons gulstonniennes, en 1797 et plusieurs années de suite des leçons crooniennes. 11 passe pour avoir le premier reconnu dans le ramollissement du cerveau une état pathologique déterminé [Guhtonian Lectures, 1796). Il écrivit en outre : Observations on the Diseuses ofthe Armij in Jamaica and on the Best Means of Preserving the Health in Hot Climates. London, 1788. Il mourut le 29 janvier 1809. L. Hn.
Uunter (Robert-Hope-Alston). Né en 1805 mort en Ecosse le 22 juin 1867,