L. Hn
HYDROSTATIQL'E. 1. L'hydrostaliquc est la partie de la physique qui s'occupe de l'étude des liquides en équilibre.
Il est possible de considérer des liquides non pesants ou des liquides soumis à l'action de forces quelconques : l'application des théorèmes de la mécanique permet d'arriver à la détermination de toutes les conditions auxquelles ces liquides sont soumis lorsqu'ils sont en équilibre. Mais il nous suffit de nous occuper des liquides tels que nous les observons en réalité, c'est-à-dire des liquides pesants.
L'étude des propriétés des liquides a conduit à une hypothèse sur leur constitution intime : un liquide serait constitué par des molécules pesantes, n'ayant entre elles aucune action, de telle sorte que l'état de mouvement ou d'équilibre d'une molécule dépendrait seulement de son poids et des forces extérieures qui lui seraient appliquées. Il serait absolument fluide. D'autre part, il serait incompressible, c'est-à-dire que les distances entre ses molécules seraient invariables. En partant de ces notions, on peut, par l'application des théorèmes généraux de la mécanique, retrouver toutes les propriétés des liquides. 11 est à peine nécessaire de faire remarquer que ces résultats, intéressants d'ailleurs, ne fournissent aucune preuve en faveur de l'hypothèse admise, puisque celle-ci a été choisie précisément de manière à satisfaire à toutes les propriétés déterminées par l'observation et l'expérience. Cette méthode exige l'emploi de quelques calculs : aussi ne l'eniploicrons-nous pas et traiterons-nous la question au point de vue expérimental seulement.
2. Considérons un liquide en équilibre dans un vase et présentant ou non une surface libre; supposons que, sur une certaine étendue, la paroi de ce va^e soit horizontale. Pratiquons dans cette partie de la paroi deux ou plusieurs ouvertures de même étendue, que nous boucherons à l'aide de pistons mobiles : ces pistons seront repoussés, et le liquide s'écoulera, si nous ne leur appliquons des forces sur la face opposée au liquide, forces tendant à appuyer les pistons contre le liquide. Il faut donc que, par suite de l'action du liquide, les pistons soient soumis à des forces agissant de l'intérieur à l'extérieur : on conçoit aisément par raison de symétrie, et tout tend à le vérifier expérimentalement, que ces forces agissent normalement à la surface du piston.
En évaluant les forces qui maintiennent en équilibre les pistons on reconnaît qu'elles sont égales.
Si les pistons considérés ont des surfaces inégales, les forces sont inégales; l'expérience montre qu'elles sont proportionnelles aux surfaces.
Les forces exercées par le liquide sur les pistons que nous avons considérés existent nécessairement même si ceux-ci sont immobilisés : elles existent, par conséquent, sur toute partie de la paroi.
La force ainsi exercée par le liquide sur une surface est ce que l'on appelle la pression sur cette surface.
Sur une paroi horizontale, le quotient de la pression par la surface à laquelle elle est appliquée est une quantité constante; c'est ce que l'on appelle la pression par unité de surface.
5. Si dans une même masse liquide on observe des parois horizontales situées à des niveaux différents, on trouve que la pression par unité de surface varie d'un niveau à l'autre; elle est caractéristique de ce niveau.
On peut évaluer la différence des pressions qui existent sur deux surfaces à des niveaux différents : elle est égale au poids d'un cylindre du liquide consi-
déré ayant pour base la surface donnée et pour hauteur la dislance verticale entre les plans horizontaux dans lesquels sont ces surfaces.
4. Si l'on considère une ouverture, pratiquée dans une paroi qui n'est pas horizontale et fermée de même par un piston, on reconnaît comme précédemment l'existence d'une pression exercée par le liquide, mais, sauf pour quelques dispositions spéciales, il n'y a plus proportionnalité entre la pression et la surface; cette proporlionn;dité est d'autant plus près d'être vérifiée, toutefois, que la surface est plus petite. On est ainsi conduit à donner le nom de pression par unité de surface en un point donné txu quotient de la pression exercée sur une très-petite surface entourant ce point par l'étendue de cette surface. On l'appelle aussi quelquefois simplement pression au point considéré.
On reconnaît par expérience que pour des points situés dans un même plan horizontal la pression est la même, quelle que soit la direction des éléments de surface en ces points.
Enfin, si l'on considère deux points placés à des niveaux différents, la différence des pressions en ces points est égale au poids d'un cylindre de liquide qui aurait pour base l'unité de surface et pour hauteur la distance verticale entre les points considérés.
5. Considérons un vase fermé rempli de liquide et présentant diverses ouvertures munies de pistons, à chacun desquels est appliquée une force maintenant le piston en équilibre. A l'un de ces pistons appliquons une force supplémentaire tendant à l'enfoncer dans le liquide : à cause de l'incompressibilité (que l'on peut supposer absolue, comme approximation) le mouvement de ce piston ne pourrait se produire que si un ou plusieurs des autres pistons subissaient un déplacement inverse. Pour s'opposer à ce mouvement, pour maintenir tous les pistons à leur position primitive, il faut appliquer à chacun d'eux une force additionnelle. L'évaluation de ces forces montre que. pour que l'équilibre subsiste, les diverses forces additionnelles doivent être telles que les pressions par unité de surface aient partout augmenté de la même quantité. C'est là ce qui constitue le principe de Végcdité de transmission des pressions.
6. Si nous considérons maintenant un liquide contenu dans un vase qu'il ne remplit pas complètement ou qui soit ouvert à la partie supérieure, le liquide présente une surface libre. Celte surface libre n'est soumise à aucune pression, si le vide existe au-dessus du liquide; elle est soumise à la pression atmosphérique, si, comme il arrive leplus généralement, le vase est ouvert à l'air. Mais, dans l'un et l'autre cas, la pression est la même dans tous les points de la surface libre, qui dès-lors doit être un plan horizontal.
Dans le cas où le liquide est en contact avec l'air, et eu égard à la valeur de la dilférence des pressions entre deux points, on voit que la pression sur un élément de paroi est égale à la pression qu'exercerait l'atmosphère sur cet élément, s'il était à la surface libre, augmentée du poids d'un cylindre de liquide ayant pour base l'élément considéré et pour hauteur sa distance à la surface libre.
7. L'action, dont nous ne recherchons pas la nature, en vertu de laquelle le liquide exerce une pression sur un élément de paroi dépend du contact qui existe entre le liquide et le solide et du niveau occupé par l'élément considéré. Si donc on introduit un corps solide à l'intérieur du liquide, on peut concevoir que les divers éléments de sa surface subiront des pressions égales à celles que subissent les éléments de la paroi situés au même niveau. On pourrait
même le vérifier en introduisant un corps creux dont la paroi pre'senterait des ouvertures munies de pistons soumis à des forces agissant à l'intérieur de la cavité de ce corps.
On arrive ainsi à l'ide'e de la pression sur un élément de surface situé au sein du liquide, et l'on peut appliquer à cette pression tout ce que nous avons dit précédemment pour les pressions sur la paroi.
Si nous considérons un corps réduit à une lame d'une très faible épaisseur, les pressions qu'il subit sur ses deux faces sont nécessairement égales, puisqu'elles ont la même étendue et sont situées au même niveau. Ces deux pressions se font équilibre et la lame infiniment mince considérée est dans les mêmes conditions que si elle n'était soumise à aucune pression.
Mais il n'en serait pas de même, si, comme nous le dirons plus loin, le corps introduit dans le liquide ne pouvait être considéré comme infiniment mince.
8. Nous n'avons pas insisté sur le détail des expériences qui mettraient en évidence les résultats que nous avons signalés. Ces expériences peuvent se faire toutes de la môme façon en fermant les ouvertures pratiquées dans les surlaces par des lames planes servant d'obturateurs; au centre de chaque lame on fixe perpendiculairement un fil qui passe sur une poulie, devient vertical et s'attache au-dessous du plateau d'une balance. Les poids qu'il faut mettre dans l'autre plateau pour maintenir l'équilibre mesurent la pression. On peut l'évaluer autrement en mettant dans ce plateau un cylindre de base égale à la surface considérée (cylindre équilibré d'autre part par une tare) et déterminant l'équilibre en versant du liquide dans le cylindre : la pression est alors évaluée par une hauteur de cylindre liquide.
Nous n'insisterons pas non plus sur les expériences dont nous aurons à parler; elles sont élémentaires et classiques, et il nous siîffira de les indiquer. 11 nous paraît nécessaire de mettre seulement en relief d'abord l'ordre des idées dont l'ensemble constitue l'hydrostatique, puis les résultats principaux dont les applications sont très-fréquentes.
9. Lorsqu'un liquide présente une surface libre ouverte à l'atmosphère, nous avons dit que cette surface est plane et horizontale : ce résultat est vrai, quelle que soit la forme de la surface et lors même qu'elle serait partagée en deux ou plusieurs parties distinctes. C'est ce qui arrive dans les vases communicants : quand deux ou plusieurs vases, contenant un liquide qui présente des surfaces libres, communiquent d'une manière quelconque à un niveau inférieur à ces surfaces libres, celles-ci sont toutes comprises, dans un même plan horizontal.
C'est sur cette propriété qu'est basé l'emploi du niveau d'eau [voy. Niveau).
10. La pression exercée par le liquide sur une paroi horizontale inférieure, que l'on désigne sous le nom de fond, est égale au poids du cylindre de liquide qui aurait pour base ce fond et pour hauteur sa distance à la surface libre . Cette pression est donc indépendante du poids du liquide contenu dans le vase ; elle peut lui être supérieure, c'est-à-dire qu'il n'existe pas de relation entre la pression exercée sur le fond et le poids du liquide qui surmonte celui-ci, — entre la force qu'il faudrait appliquer au fond pour le maintenir en équilibre, s'il était détaché des autres parois, et l'action que le vase exercera sur le plateau d'une balance sur lequel il reposera (indépendamment du poids même du vase, bien entendu).
Il semble qu'il y ait là une contradiction que l'on a désignée sous le nom
de paradoxe liydrostatiqiie, mais la contradiction n'est qu'apparente, parce que l'on n'évalue pas la même quantité dans les deux cas. Lorsqu'on pose un vase sur le plateau d'une balance, ce plateau reçoit, non pas seulement l'action du fond du vase, mais la résultante des pressions exercées par le liquide sur toutes les parois. Les grandeurs évaluées n'étant pas les mêmes, on conçoit qu'elles ne sont pas nécessairement égales. Ajoutons qu'une analyse complète des conditions de l'expérience montre que la résultante de toutes les pressions exercées sur les parois d'un vase est verticale, dirigée de haut en bas et égale au poids du liquide contenu dans le vase.
il. On a évalué la pression exercée par un liquide sur une partie plane de grandeur quelconque d'une paroi latérale : elle est égale au poids d'un cylindre de liquide ayant pour base la surface considérée et pour hauteur la distance de son centre de gravité à la surface libre.
Ces pressions, aussi bien que celles qui s'exercent sur les fonds supérieurs (parties planes horizontales en contact avec le liquide par la face inférieure), sont indépendantes de la quantité de liquide contenue dans le vase. Avec une petite quantité de liquide introduite dans un vase présentant une petite section dans ses parties supérieures, on peut donc exercer des pressions considérables sur les parois inférieures.
12. Nous avons dit que, lorsque l'on introduit un corps solide dans un liquide, celui-ci exerce des pi'essions sur tous les éléments de la surface du solide. Quel sera l'effet total de ces pressions élémentaires? On peut s'en rendre compte de la façon suivante :
Dans un liquide en équilibre, imaginons par la pensée qu'une certaine masse prise en son sein se solidifie sans changer de volume : l'équilibre ne sera pas troublé. Celte masse solidifiée est soumise à l'action simultanée de son poids et des pressions exercées par le liquide aux divers points de sa surface. Puisque l'équilibre subsiste, on peut conclure que l'une des forces, le poids, par exemple, est égale et directement opposée à la résultante de toutes les autres, des pressions par conséquent. Donc ces pressions ont une résultante verticale dirigée de bas en haut et égale au poids du volume de liquide solidifié.
Si nous enlevons cette masse solidifiée et que nous la remplacions par un corps dénature quelconque, mais ayant absolument la même forme, les mêmes dimensions, et mis exactement à la même place, les diverses pressions élémentaires conserveront les mêmes valeurs que précédemment, car elles ne dépendent que de la grandeur et de la position des divers éléments. La résultante sera donc aussi la même que précédemment, c'est-à-dire que le corps plongé subira de la part du liquide une force appelée poussée, verticale, dirigée de bas en haut et égale au poids du volume de liquide dont le corps occupe la place.
15. Un corps plongé dans un liquide est donc soumis à deux forces verticales : son poids et la poussée du liquide, et les effets observés dépendent des grandeurs relatives de ces forces.
Si le poids est plus grand que la poussée, le corps sera soumis à la résultante, dirigée de haut en bas et égale au poids diminué de la poussée. C'est cette résultante, moindre que son poids, qui le fera tomber, s'il est abandonné librement dans le liquide; la chute aura donc lieu moins vite que dans l'air (en réalité le ralentissement sera augmenté par suite du frottement exercé par le liquide, de sa viscosité).
Si l'on cherche à soutenir le corps pour l'empêcher de tomber, l'effort à
IICT. EN", i" S. XIV. 4,5
exercer est égal à la résultante, il est moindre que le poids du corps. Tout se passe comme si le corps avait perdu une partie de son poids ; la perte apparente de poids, due à la poussée, est égale au poids du volume de liquide déplacé. C'est cet énoncé qui est connu sous le nom de principe d'Archimède : il est fréquemment utilisé pour mesurer le volume des corps et notamment pour la détermination des densités {voy. ce mot).
Si le poids du corps est égal à la poussée, c'est-à-dire au poids du volume déplacé, la résultante est nulle, le corps, soumis à des forces en équilibre, est dans les mêmes conditions que s'il n'était soumis à aucune force, au point de vue de la tendance à se mouvoir dans le liquide : à moins de subir une action extérieure, il ne monte ni ne descend.
Si la poussée est plus grande que le poids, le corps, s'il est libre, monte sous l'influence d'une résultante égale à la différence entre ces deux forces; cette résultante mesure, d'autre part, l'effort qu'il faut lui appliquer de haut en bas pour l'empêcher de monter dans le liquide.
La poussée conserve la même valeur, si le corps plonge seulement en partie dans le liquide : les conséquences précédentes sont donc applicables à ce cas.
En particulier, pour qu'un corps partiellement plongé dans un liquide soit en é(piilibre, pour qu'il flotte, il faut que la résultante soit nulle, que la poussée soit égale au poids, ou bien encore que le poids du volume du liquide déplacé soit égal au poids du corps.
14. Lorsqu'un corps plongé dans un liquide dont il déplace un volume d'un poids égal au sien ou lorsque, dans les mêmes conditions, il (lotie à la surface du liquide, pour que l'équilibre existe il faut que les points d'application des deux forces égales soient sur une même verticale. Le point d'application du poids est le centre de gravité du corps; celui de la poussée est le centre de gravité du volume (comme on le verrait par un raisonnement analogue à celui qui nous a donné la valeur de la poussée) : on l'appelle centre de poussée.
Dans le cas d'un corps plongé entièrement dans un liquide, l'équilibre existant lorsque le centre de gravité et le centre de poussée sont sur une même verticale sera : 1" stable; 2° instable, ou o" indifférent, suivant i 1° que le centre de gravité sera au-dessous du centre de poussée ; 2° qu'il sera au-dessus, ou 3* que les deux points seront en coïncidence.
Dans le cas d'un corps flottant il y a également des différences dans les qualités de l'équilibre, mais les conditions qui assurent la stabilité ne sont pas complètement définies.
15. Considérons un vase contenant un liquide et maintenu en équilibre sur le plateau d'une balance et introduisons dans le liquide un corps plus dense soutenu par un fil. Quoique l'action directe de ce corps ne puisse se communiquer à la balance, on verra cependant s'abaisser le plateau correspondant. Le liquide semble avoir augmenté de poids, et l'on reconnaît par une mesure que cette augmentation apparente est égale au poids du volume de liquide déplacé.
On peut se rendre compte aisément de ce fait : le liquide exerçant sur le solide une action verticale de bas en haut égale au poids du liquide déplacé doit subir de la part du solide une action égale et contraire, en vertu du principe général de l'égalité de l'action et de la réaction.
16. Si au sein d'un liquide on introduit une masse d'un autre liquide ou une masse gazeuse, il se produit en général un mouvement. Les masses gazeuses toujours plus légères que les liquides s'élèvent jusqu'à venir occuper la partie
la plus élevée du vase (propriété qui a été utilisée dans le niveau à bulle d'air) ou à venir se dégager à l'atmosphère au niveau de la surface libre. Quant aux masses liquides, elles montent ou descendent suivant qu'elles sont moins ou plus denses que le liquide primitif, et le mouvement continue jusqu'à ce. qu'elles occupent la position la plus élevée ou la plus basse possible, jusqu'à ee que les liquides soient rangés par ordre de densité.
Lorsque l'équilibre est atteint, l'a surface de séparation est plane et hori zontale.
Si les deux liquides ont la même densité, la masse introduite restera à la hauteur où on l'aura abandonnée; théoriquement elle devrait pouvoir conserver une forme quelconque, mais, en réalité, les liquides n'étant pas absolument fluides, cette masse ainsi suspendue prendra la forme sphérique.
Considérons deux vases communicants contenant un liquide et versons dans l'un de ces vases un liquide moins dense : le niveau du premier liquide descendra dans ce vase et montera dans l'autre. Lorsque l'équilibre sera établi, les deux siu'faces libres ne seront pas au même niveau : la condition pour que l'équilibre ait lieu est la suivante :
Les hauteurs des surfaces libres au-dessus de la surface de séparation doivent être en raison inverse des densités des liquides.
17. Les applications des principes de l'hydrostatique sont nombreuses et nous ne pouvons eu indiquer que quelques-unes, sans insister :
La relation qui existe entre les pressions et les hauteurs des colonnes liquides est utilisée dans les manomètres à air libre;
La proportionnalité des pressions aux surfaces explique l'emploi de la presse hydraulique;
La forme et la direction de la surface libre dans un vase permettent la construction des horizons artificiels ; — dans des vases communicants, la construction des niveaux d'eau ;
Le principe d'Archimède est appliqué fréquemment pour évaluer le volame des corps irréguliers ;
La condition d'équilibre des corps flottants sert de base à la navigation, et dans un autre ordre d'idées explique le mode d'emploi des aréomètres.
Nous nous bornons à cette rapide énumération, mais nous ajouterons l'indication de quelques phénomènes dont l'explication exige la connaissance des principes de l'hydrostatique.
Nous signalerons ainsi spécialement les effets résultant de l'existence du liquide céphalo-rachidien sur les conditions d'équilibre de la masse cérébrale, et du liquide de l'amnios sur les conditions du fœtus dans l'utérus.
Il faut également faire intervenir la notion de la poussée dans l'étude des conditions de repos et de mouvem£nt des animaux vivant au sein de l'eau; également aussi dans le cas des animaux qui flottent à la surface de ce liquide. Mais ce ne sont pas les lois simples que nous avons indiquées qu'il faut faire intervenir dans l'étude de la circulation : la répartition des pressions n'est pas la même, en effet, dans un liquide en repos et dans un liquide en mouvement {voy. Hydrodynamique).
18. En réalité, les résultats que nous avons énoncés ne sont pas rigoureusement exacts : ils cessent d'être vrais, si l'on considère des masses liquides d'une grande étendue ou si l'on considère des masses liquides dans le voisinage de parties solides.
Ce dernier cas a été étudié avec quelques détails à l'article Capillarité, nous ne nous y arrêterons pas.
Lorsqu'il s'agit de masses ayant une grande profondeur, la loi de répartition est plus complexe que celle que nous avons indiquée parce que les liquides sont compressibles, quoiqu'ils le soient très-peu : aussi les pressions croissent-elles plus rapidement que les profondeurs. Les différences ne sont pas négligeables, par exemple, dans le cas de sondages en mer profonde.
Lorsque le liquide s'étend beaucoup superficiellement, il se manifeste des différences d'un autre ordre qui se traduisent notamment parce que la surface libre n'est pas plane et horizontale; elle'présente une forme sphérique, comme on le reconnaît en observant un lac ou mieux la mer. Mais ces différences ne peuvent produire d'effets appréciables dans les questions qui sont du ressort des sciences biologiques. C. M. Gariel.
DTDROStLFLREUX (Acide). SO^H^ En faisant réagir l'anhydride sulfureux en solution aqueuse sur du zinc en copeaux, on obtient le sel de zinc d'un nouvel acide du soufre que Schûlzenberger a nommé hydrosulfureux, et q ui résulte de la fixation d'hydrogène sur l'anhydride sulfureux. En effet, dans r action de SO* sur le zinc en présence de l'eau, de l'hydrogène tend à se dégager; ce derniei' se fixe sur l'anhydride et donne SO^IP.
0 n obtient également ce coips en traitant le zinc par le bisulfite de sodium. Traité par l'acide sulfurique étendu, il donne une liqueur jaune orangé foncé douée d'un pouvoir décolorant intense.
L'acide hydrosulfureux est peu stable, absorbe rapidement l'oxygène en se transfoimant en anhydride sulfureux et en eau. L'hydrosulfite de sodium, SO^IINa, est plus stable. Au contact de l'oxygène, il se transforme en sulfite, SO^HNa. L. ti^.
HTDROTLRÉPUTALIQL'E (Acide). C«H*0''. Se forme dans l'action de r hydrogène naissant sur l'acide téréphtalique. C'est une poudre blanche, semblable à l'acide téréphtalique. L. Hn.
HYDROTHÉRAPIE. L'hydrothérapie {hydriatrie, hydropathie, hydrothérapeutique, etc.) est, comme son nom l'indique, la méthode de traitement des maladies par l'eau. Elle comprend, outre les bains et douches de vapeurs, les sudations au maillot sec ou mouillé, dans Jes étuves sèches ou humides, ce que l'on a voulu exprimer par les dénominations hybrides àliydro-sudo-palhie, hydro-sudo-thérapie , par lesquelles cette méthode est parfois désignée. Nous croyons devoir rejeter ces diverses appellations et nous tenir au mot Hydrothérapie, dont l'étymologie est simple et naturelle, et qui, usuellement employé, est devenu familier à tout le monde.
Pour être sur de ne rien omettre d'important et de présenter un tableau aussi complet que possible de l'état actuel de la science sur ce vaste et difficile sujet, nous diviserons notre étude de la manière suivante :
Après une première partie consacrée à l'historique de l'hydrothérapie depuis ses origines dans l'antiquité jusqu'à nos jours, nous étudierons, dans une deuxième partie, l'action physiologique des applications hydrolhérapiques, chaudes ou froides, considérées isolément ou à l'élat de combinaison; dans une troisième paitie, nous traiterons de l'emploi hygiénique et des résultats théru-
peutiques obtenus au moyen de ces applications, et nous dirons en même temps quelques mots de l'usage de l'eau à l'intérieur, du régime et de l'exercice, ces précieux adjuvants de la méthode.
Enfin, dans un quatrième et dernier chapitre, nous donnerons quelques détails touchant les conditions d'aménagement d'un établissement hydrothérapique et sur l'hydrothérapie à domicile.
Dans cet article, nous devrons nous borner aux généralités de notre sujet, et nous renverrons, pour les détails, aux mots : Affusion, Baix, Douche, Immersion, Irrigation, Lotion, etc.
PREMIÈRE PARTIE. Historique. Cet historique comprend trois époques : 1° époque ancienne; 2° époque de Priessnitz; 5" époque de Louis Fleury. Si nous adoptons cette division, ce n'est pas que nous en méconnaissions le caractère arbitraire, mais, Priessnitz et Fleury ayant été les deux personnages les plus marquants de l'hydrothérapie moderne, ceux auxquels appartient le plus grand rôle dans son histoire, le premier pour avoir systématisé l'hydrothérapie empirique, le second pour l'avoir élevée au rang de méthode scientifique et ratioanelle, il nous a paru qu'il était juste de leur accorder la place à part qui convient aux chefs d'écoles.
A. Époque ancienne jusqu'à Priessnitz. L'usage de l'eau à l'extérieur, à titre d'agent médicamenteux, se perd, comme on dit, « dans la nuit des temps. »
Si haut qu'on remonte dans l'histoire de l'Humanité, on voit partout, des bords de l'Indus, du Nil ou du Jourdain, aux rives du Bosphore et du Tibre, l'emploi de l'eau sous forme d'ablutions, d'affusions, de lotions, d'immersions ou de bains, jouer un grand rôle dans les pratiques religieuses qui souvent n'ont été, à l'origine, que les formules de prescriptions hygiéniques imposées au peuple par l'autorité d'un législateur réunissant en lui les attributs du chef politique et du pontife. Emblème et moyen de purification, l'eau a dû, suivant une pente naturelle, passer du domaine religieux sur le terrain médical. La croyance aux vertus bienfaisantes de l'eau est de tous les pays et de tous les temps ; les sources miraculeuses ne datent pas de nos jours, et certainement la fameuse piscine de Siloë, où les Hébreux se plongeaient pour se guérir de 1 lèpre, n'était pas la fille aînée de cet esprit toujours épris de surnaturel qui pousse encore aujourd'hui le^ populations vers certains lieux célèbres consacrés {>ar de pieux pèlerinages et par des cures plus ou moins merveilleuses.
Mais les croyances ne sauraient durer, ce semble, quand elles ne reposent pas sur un fond de vérité dont elles ne sont en quelque sorte que l'expression exagérée. Partout la légende a précédé l'histoire, et souvent l'observation scientifique n'a fait que consacrer, en les dépouillant de ce qu'y avaient ajouté la crédulité et la superstition, des vérités que l'instinct populaire avait devinées par une sorte d'intuition. Telle a dû être, sans doute, la destinée de l'eau considérée comme agent curateur des maladies.
Quoi qu'il en soit, dans l'impossibilité où nous sommes de savoir quelle a été l'origine de l'emploi de l'eau froide en médecine et en chirurgie, nous devons nous tenir aux indications que nous trouvons sur ce sujet dans les premiers monuments écrits que nous ait légués l'antiquité médicale.
Nous voyons, dans les livres hippocratiques, qu'au temps des Asclépiades l'eau chaude ou froide était employée dans le traitement d'un certain nombre de maladies. Hippocrate mentionne et recommande cet agent thérapeutique dans
divers passages de ses œuvres. Mais ses préceptes restent à l'état d'indications vagues, d'applications empiriques, et nulle part on ne trouve d'instructions précises sur le mode d'emploi, la température, la forme et la durée des applications du liquide, ni d'appréciations sur la nature de ses effets. Sans doute le Père de la médecine connaissait l'effet sédatif, astringent, antiphlogistique, de l'eau froide, puisqu'il la conseillait dans l'hémorrhagie, l'érysipèle, l'inflammalion récente, les fluxions douloureuses des articulations, le tétanos, etc., mais il ne semble entrevoir que vaguement l'action excitante, révulsive, due à la réaclion qui suit l'application extérieure de l'eau fi'oide.
Après Hippocrate, et pendant la période de cent ans qui s'écoule entre sa mort et la Ibndalion de l'École d'Alexandrie (500 ans avant l'ère chrétienne), ainsi que pendant toute la durée du règne de cette école, nous ne trouvons, dans les écrits des médecins de ce temps, aucune mention de l'emploi de l'eau dans le traitement des maladies. Sous l'influence d'Hérophile, l'un des fondateurs de l'Ecole d'Alexandrie, et de ses disciples, la thérapeutique est livrée tout entière à la polypliarmacie et, au milieu d'un véritable débordement de remèdes nouveaux que chaque jour voit éclore, la thérapeutique par l'eau est complètement délaissée.
Il faut arriver jusqu'aux dernières années de la république romaine pour voir riiydrnthérapie s'introduire à Rome et y prendre même le rang d'une vraie méthode thérapeutique, grâce à l'initiative d'un médecin célèbre, Asclépiade (de Bilhynie), qui fut en ce temps un grand révolutionnaire, au double point de vue des doctrines et de la pratique médicales.
L'arrivée d' Asclépiade à Rome étant une date mémorable dans l'histoire de l'hydrothérapie ancienne, il y a lieu de s'étonner que le nom et l'influence de cet homme illustre aient été passés sous silence par tous les auteurs, sans exception, qui se sont occupés de celte méthode thérapeutique.
Il nous a donc paru utile, et même curieux, de reproduire, ne fût-ce qu'à titre de nouveauté, le passage suivant du Cours (TJmtoire de la médecine prolèssé par Andral à la Faculté en 1852, 1853 et 1854, et dont nous avons présenté l'analyse dans le Journal VUnion médicale. On y verra en quels termes s'exprimait le savant professeur dans son éloquente exposition des doctrines d'Asclépiade, au sujet de ce personnage célèbre :
« La république romaine allait finir, épuisée p^ les luttes d'Octave et d'Antoine, lorsque parut à Rome un étranger, venu de Bithyuie, qui s'imposa tout d'abord à la société romaine par l'éloquence de sa parole, la hardiesse de sa pensée, l'ascendant de son langage et de ses manières. C'était Asclépiade. A. peine arrivé dans la capitale de l'empire romain, il devint l'ami des personnages les plus importants; Gicéron lui-même le tenait en grande estime.
Asclépiade commença par attaquer de front les Anciens et surtout Hippocrate. Tout d'abord, il jeta dans le monde des idées nouvelles sur la constitution du corps, sur la cause des phénomènes dont le corps est le siège, puis de sa manière de comprendre l'anatomie et la physiologie humaines il déduisit une théorie nouvelle de la médecine, il institua un nouveau système thérapeutique. Leau à toutes les températures et sous toutes les formes d'applications, en lotions, affusions, bains, douches, etc., était employée par Asclépiade dans le traitement d'une foule de maladies. C'est par l'eau froide appliquée sur la peau sous forme de lotions, d'affusions, de douches, de bains prolongés, qu'il traitait et guérissait les plus rebelles des maladies, les névroses. C'est aussi par l'usage
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des bains froids que Musa, élève d'Âsclépiade, guérit l'empereur Auguste d'une maladie contre laquelle avaient échoué tous les efforts des médecins. D'affranchi il devint chevalier; l'empereur, reconnaissant, le combla de richesses et voulut que sa statue fût placée dans le temple d'Esculape » [Union médicale, année 1855, p. 266 à 278).
La nouvelle doctrine médicale qu'Asclépiade avait introduite à Rome était une application du système philosophique d'Epicure ou de la théorie des atomes aux clioses de la médecine. D'après cette doctrine, le corps humain, comme l'ensemble de l'univers, est le résultat de la combinaison de corpuscules ou atomes, dernier terme de la divisibilité de la matière. Ces atomes sont doués d'une activité propre; combinés entre eux en diverses proportions, ils se meuvent dans des espaces vides ou pores. De la juste proportion des atomes avec les pores résulte l'état de santé; de la disproportion des atomes avec les pores, du resserrement ou du relâchement de ces derniers, naissent toutes les maladies.
Telle est en quelques mots la doctrine d'Asclépiade, opposée à l'humorisme hippocratique, et dans laquelle on voit se dessiner les premiers linéaments de ce système dichotomique célèbre qui, sous des noms divers : méthodisme, solidisme, doctrine physiologique, etc., s'est répercuté, si l'on peut ainsi dire, dans les doctrines de Brown, de Baglivi, de Frédéric Hoffmann, de Tomasini, et, jusque dans ces derniers temps, dans celles de Uasori et de Broussais.
A Tiiémison, disciple direct d'Asclépiade, revient l'honneur d'avoir développé la doctrine de son maître et d'avoir fondé l'école méthodique ou solidiste de l'antiquité à laquelle se rattachent les noms de Thessalus (de Tralles), de Soranus (d'Epbèse) et de Cselius Aurelianus, qui fut l'écrivain de la secte.
L'école méthodique, à l'exemple d'Asclépiade, faisait grand usage de l'eau froide et de la glace intus et extra. C'est par l'eau froide que les médecins de cette secte traitaient les maladies dites de laxwn ou de relâchement, tandis que celles de strictum ou de resserrement étaient justiciables de l'eau chaude.
L'école pneumatique ou vitalisle, dont Athénée (de Cilicie) fut le fondateur et dont Arétée (de Cappadoce) fut l'écrivain éloquent auquel nous devons des descriptions de maladies qui sont d'admirables peintures, l'école pneumatique, disons-nous, a fait jouer également un grand rôle à l'eau, froide ou chaude, comme agent des plus efficaces soit pour prévenir, soit pour guérir les maladies.
Le premier en date des disciples d'Athénée, Agathinus (de Sparte), conseillait aux gens en santé l'habitude des bains quotidiens à l'eau froide et proscrivait sévèrement les bains chauds.
Après] lui Hérodote, zélé défenseur des doctrines pneumatiques, avait composé sur l'emploi de l'eau dans les maladies des écrits malheureusement perdus, mais dont Oribase nous a conservé des extraits recueillis dans la Bibliothèque de médecine pratique de Haller. 11 disait qu'il était avantageux, dans certaines fièvres, et surtout dans quelques cas de fièvres intermittentes, de plonger les malades dans des bains pendant plusieurs heures ou même pendant une journée entière. 11 conseillait aussi l'usage de l'eau froide, intus et extra, dans les maladies qui s'accompagnent de fièvre et de chaleur considérable à la peau. Il était en outre l'auteur de divers travaux sur l'emploi des bains d'eau de mer et des sudorifiques dans certaines maladies. H croyait utile de placer les hydropiques dans du sable très-chaud, et il avait étudié rinfluence de l'insolation comme cause et comme traitement des maladies. La collection d'Oribase signale
■ÎIS HYDROTHÉRAPIE.
également divers travaux d'Hérodote sur l'hygiène, par exemple, sur l'utilité de la nalation et de divers autres exercices.
Une autre sectateur de l'école pneumatique, Archigèue (d'Âpamée, en Syrie), disciple d'Agathinus, et qui devint, au dire de Suidas, son biogi'aphe, un des plus célèbres médecins de Rome, avait pour habitude, au moment de la plus grande intensité des maladies aiguës, de faire souvent laver les malades avec de l'eau tiède ou chaude.
L'ouvrage d'Arétée, si remarquable au point de vue des descriptions des maladies, qui sont de véritables modèles, ne contient presque rien au sujet de l'emploi thérapeutique de l'eau.
11 n'en est pas de même de celui de Celse qui a pour titre de Re medicâ. Le « Cicéron des médecins, » comme on a surnommé Celse, à cause de son latin correct, élégant et pur, appartenait à la secte éclectique et vivait sous le règne d'Auguste. Dans le premier livre de son traité de lie medicâ, où il traite de Vhygièiie des gens en santé', Celse donne de curieux détails sur l'hydrothérapie ancienne (l'hydrothérapie, au temps de Celse, avait déjà une antiquité) et sur le parti que l'on peut tirer de l'application de l'eau froide en affmions, en douches, en lotions, en bains précédés ou non de sueur, soit pour conserver la santé, soit pour guérir une foule de maladies rebelles aux autres moyens de traitement. 11 recommande en particulier l'usnge de l'eau froide, à titre de moyen hygiénique, à cette catégorie de gens qui, sans être malades, ont dans leur organisme quelque partie plus susceptible que les autres de subir l'atteinte des causes morbides. Chaque homme a sa partie faible, dit Celse, et personne au monde ne peut se flatter d'avoir tous ses organes ou toutes ses fonctions dans des conditions parfaites et idenli(|ues. Il faut donc soigner plus particulièrement les organes susceptibles et délicats. L'usage de l'eau froide, ajoute-il, est avantageux aux individus faibles, lymphatiques, sujets aux maux d'yeux ou de gorge, au rhumes et aux fluxions. Il prescrit l'eau froide en boissons, en lotions, en douches, en bains, en un mot, intus et extra, dans les maladies de la tête, de l'estomac, de l'intestin; dans la folie triste, la léthargie, la rage; dans les dyspepsies , la dysenterie , la diarrhée , les pertes séminales , la goutte, etc.
A mesure qu'on s'éloigne du premier siècle de l'ère chrétienne, le traitement des maladies par l'eau, et surtout par l'eau froide, perd de plus en plus la vogue dont il jouissait depuis Asclépiade, de Bithynie, son introducteur et son propagateur dans la capitale de l'empire romain. Alors la polypharmacie règne en thérapeutique. La conquête de l'Egypte fait affluer à Rome une foule de substances dans lesquelles les médecins croient pouvoir trouver des remèdes nouveaux, et, sous l'influence de l'École empirique, émanation des errements de l'École d'Alexandrie et de la pratique d'Ilérophile, dont s'inspirent les chefs de l'empirisme médical romain, tels que Philinus (de Cos), Sérapion, Héraclide (de Tarente), etc., la polypharmacie finit par tout envahir et par régner en maîtresse absolue. L'hydrothérapie disparaît de la scène médicale. Moins de deux cents ans après Celse, Galien (de Pergame) n'emploie guère l'eau qu'à titre de moyen adjuvant de la saignée. U a recours, dans les fièvres, aux réfrigérants à l'intérieur, aux lavages fréquents avec de l'eau tiède, rarement avec l'eau froide. Les applications froides peuvent, dit-il, remplacer, dans quelques cas, les émissions sanguines, mais il ne faut employer ce moyen qu'avec beaucoup de circonspection. I! ne faut pas oublier que le froid peut être dangereux
et empêcrier la coction des humeurs épaisses ; trop énergiquement employé', il ébranle d'une manière fâcheuse les parties faibles du corps, produit souvent des accidents tels que la dyspnée et les convulsions. Galien distingue deux cas relativement à l'application du froid modéré : 1° ou la pyrexie est simple, sans complication, et alors le froid peut être appliqué hardiment; 2" ou elle est compliquée de phlegmon, et alors il faut agir avec réserve et prudence. Galien emploie, d'ailleurs, l'eau froide à l'intérieur et à l'extérieur, intus et extra, concurremment avec la saignée, tant que les forces ne sont pas épuisées, pour empêcher l'extension de la synoque inflammatoire et son passage à l'état de synoque putiide {Methodus medendï).
Les successeurs de Galien, Oribase, ami et confident de l'empereur Julien, qui composa un recueil ou Encyclopédie des sciences médicales, Aetius (d'Amida, en Mésopotamie), Alexandre (de Trallcs), Paul (d'Egine), etc., n'ont guère fait que répéter, au sujet des applications thérapeutiques de l'eau, les opinions des médecins dont ils ont été les commentateurs, les abréviateurs ou les copistes.
Les Arabes ne firent guère usage de l'eau froide qu'au point de vue de l'hygiène, et, pour mieux dire, par esprit religieux et pour obéir aux prescriptions du Prophète. Seul Razès (860) conseille l'eau froide sous forme de boisson, de bains entiers ou partiels, d'applications locales sur les brûlures, dans les hémorrhagies utérines et dans la variole. Il faut traverser le moyen âge et arriver au quinzième siècle pour voir les applications hydrothérapiques reprendre faveur auprès des chirurgiens et des médecins, principalement en Italie. Encore ceux-ci ne s'engagent-ils dans cette voie qu'à la suite des charlatans, des sorciers et des devins, et pour se rendre compte des heureux effets obtenus par ces derniers dans le traitement des plaies. Ces effets sont attribués par les médicastres à des influences surnaturelles, aux paroles qu'ils prononcent, aux signes qu'ils emploient au moment de se servir de l'eau et des linges destinés aux pansements. Vers le milieu du siècle suivant, Ambroise Paré, retrouvant, pendant la guerre d'Italie, les mêmes pratiques superstitieuses, s'efforce de réagir contre elles en cherchant à montrer que les guérisons dont se vantent les charlatans sont dues, non aux enchantements et [aux sortilèges, mais à l'action de l'eau elle-même qui nettoie la plaie et, par sa fraîcheur, prévient la congestion et l'inflammation des parties qui sont le siège de la blessure.
Tour à tour abandonnée ou reprise, la thérapeutique par l'eau passe par des vicissitudes diverses, ù travers les siècles et les pays : l'Italie, l'Espagne, l'Angleterre, l'Allemagne, la France, etc., jusqu'à l'époque où, dégagée enfin des langes de l'empirisme, elle conquiert définitivement sa place parmi les méthodes scientifiques et rationnelles.
Nous devons nous borner ici à un rapide coup d'oeil d'ensemble jeté sur les hommes et les travaux qui ont vu le jour pendant ce long intervalle de temps ; nous ne mentionnerons que les plus considérables, 'afin d'éviter les répétitions fastidieuses auxquelles nous entraînerait l'analyse détaillée des écrits si nombreux qui ont eu pour objet les applications thérapeutiques de l'eau en médecine et en chirurgie.
En Italie, de Cardani (1501) à Giannini (1805), une longue période de trois siècles s'écoule pendant laquelle des médecins ou des chirurgins tels que Biondo, Palazzo, Gabriel Fallope, Mercurialis, Louis Septala, Lanzani, Vallisnieri, Crescenzo, Cyrillo, etc., etc., s'efforcent de réagir contre les pratiques insensées
mises en usage par d'audacieux charlatans et de ramener l'emploi de l'eau froide dans un cercle d'idées plus saines et d'applications plus rationnelles. Mais c'est à un médecin anglais, à James Currie, que revient surtout le mérite d'avoir introduit, vers la fin du dix-huitième siècle, un nouveau mode d'application de l'eau froide, c'est-à-dire l'application à l'extérieur. Jusqu'à lui, c'était presque uniquement à l'intérieur que cet agent était employé, ou du moins la pratique médicale avait depuis longtemps oublié les traditions de l'hydrothérapie ancienne, et c'était une nouveauté de se servir de l'eau froide à l'extérieur dans le traitement des maladies.
Notons cependant qu'un siècle avant Currie, vers la fin du dix-septième siècle, un médecin du même pays, Floyer, dans un ouvrage qui eut beaucoup de retentissement en Angleterre (1697), préconisait l'usage de l'eau froide surtout eu boisson, plus rarement en lotions, en immersions, dans le traitement d'une foule de maladies, parmi lesquelles l'encéphalite, l'angine, les hémorrhoïdes, les affections des voies urinaires, etc. Un de ses plus fervents adeptes, Smith (1720), composa, quoiqu'il ne fût pas médecin, un grand ouvrage qu'il intitula : Traité des vertus médicinales de l'eau commune, véritable compilation dans laquelle il cherche à établir, par des citations empruntées à une foule d'auteurs, que l'eau froide intus et extra est un des plus puissants moyens de conserver la santé, de prévenir et de traiter la plupart des maladies.
Dans le même temps, llancocke (1722) enseigna que l'eau froide doit être considérée comme le meilleur des sudorifiques et le plus puissant moyen de combattre les fièvres continues ou intermittentes, les fièvres éruptives, l'asthme, l'esquinancie, les rhumes, l'indigestion, les vomissements, la colique, la gravelle, le rhumatisme et la goutte.
De 1786 à 1797, William Wright, Jackson, Brandreth, Gregory, Mac-Lean, Dalrymple, Dinsdale, Chisholm, etc., retirent de bons effets de l'eau froide, simple ou vinaigrée, en affusions ou lotions, dans la fièvre typhoïde, le typhus, la fièvre jaune.
En 1798 paraît à Londres l'ouvrage dans lequel James Currie expose les résultats de ses recherches et de ses expériences poursuivies pendant un espace de douze années sur l'emploi de l'eau froide en affusions, lotions, immersions, dans le traitement dun grand nombre de maladies. A la suite d'un premier essai tenté en 1786, pendant une épidémie qui sévit sur un grand nombre de soldats de la garnison de Liverpool et qui présentait la plupart des symptômes de la fièvre typhoïde, Currie déclare que, encouragé par le succès, il n'a plus depuis lors traité les fièvres continues (ju'au moyen des affusions froides, qui kii ont toujours donna les meilleurs résultats. Le livre de Currie conquiert à cette médication un grand nombre de prosélytes, si bien que, dans les trois royaumes et dans les colonies anglaises, la méthode des affusions froides est universellement adoptée pour combattre le typhus, la fièvre jaune et, en général, toutes les fièvres continues. Currie a recours à la même méthode de traitement dans les fièvres intermittentes. 11 administre l'affusion froide tantôt pendant le stade de chaleur de l'accès, tantôt une heure environ avant le début de ce dernier. Il voit, dans le premier cas, l'accès se terminer immédiatement, mais reparaître les jours suivants, si aucun remède n'est employé pendant l'apyrexie ; dans le second cas, il a constaté que les accès étaient quelquefois prévenus par l'affusion et que la maladie était complètement guérie après quatre ou cinq affusions de ce genre.
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Currie fait usage du tliermomèlre pour apprécier la tempéfature des malades avant et après l'affusion. Il remarque qu'il se produit, après chaque application de l'eau froide, une diminution de la chaleur dont l'accumulation dans le sang est, suivant lui, la cause de la fièvre.
L'affusion, d'ailleurs, ne doit jamais, sous peine d'accidents graves, être administrée pendant le frisson du début, ni au moment où le malade est en pleine transpiration. Les mêmes règles sont applicables à l'administration de l'eau froide à l'intérieur pendant les accès de fièvre intermittente.
Currie déclare qu'il a encore employé avec succès les affusions froides dans les fièvres éruptivcs, particulièrement dans la variole et la scarlatine. Enfui il a fait usage du même moyen, ainsi que des immersions froides, dans plusieurs affections convulsives, telles que le tétanos idiopathique, le trismus, les convulsions des enfants, les attaques hystériques, pendant les paroxysmes de ces maladies.
A l'imitalion de Currie, Bateman et la plupart des médecins de l'Angleterre adoptèrent le traitement de la scarlatine par les affusions froides. Bateman proclame que cette méthode, dont il a fait constamment usage dans sa pratique, est non-seulement sans danger, mais encore d'une efficacité incomparable. Mais l'inlluence de l'œuvre de Currie ne resta pas limitée à l'Angleterre ; elle rayonna dans les autres pays de l'Europe et particulièrement en Italie et en Allemagne. En 1805 paraissait la deuxième édition du livre de Currie; cette même année, un médecin de Milan, Giannini, s'inspirant des écrits du médecin anglais, se livrait, au sujet du traitement des maladies par l'eau froide, à des recherches qui le conduisirent également à d'heureux résultats. Aux affusions Giannini préfère les immersions comme étant d'une application plus commode. Leur durée varie de cinq à quinze minutes. Il les emploie dans les fièvres intermittentes, les fièvres continues, les fièvres éruptives, l'érysipèle, la fièvre nerveuse, le rhumatisme articulaire aigu et chronique, la goutte, l'anasarque aiguë, les hémorrhagies (épistaxis, hémoptysies, etc.).
Dans l'ouvrage remarquable où il a consigné les résultats de sa pratique, Giannini relate de nombreuses observations qui montrent les heureux elfets qu'il a obtenus par ce moyen thérapeutique. Le plus ordinairement il associe le quinquina aux immersions froides, et, dans les fièvres intermittentes, en particulier, il pense que l'immersion froide est le remède de l'accès, mais que le quinquina est celui de l'intermittence.
En Allemagne, bien avant la publication de l'ouvrage de Currie, dès 1712, Frédéric Hoffmann faisait paraître à Halle un volume intitulé : De aquâ medicinâ universali, dans lequel il cherche à démontrer que l'eau, intus et extra, est le remède de toutes les maladies tant aiguës que chroniques. Les maladies étant le résultat de Vohslruction des organes par l'impureté et la stagnation des humeurs, on ne saurait leur appliquer de meilleur remède que l'eau, qui est le dissolvant universel. Les idées de Fr. Hoffmann sont adoptées et mises en pratique par les deux Hahn (1737 et 1738) et par beaucoup d'autres médecins ou chirurgiens. Theden (1777), élève de Hahn, emploie les compresses souvent renouvelées, les lotions, les affusions, les douches, pour combattre les affections chirurgicales telles que l'érysipèle, les hernies, les inflammations traumatiques, i'ankylose qui suit les plaies des articulations et subsiste après leur guérison. Mais la méthode de traitement des maladies par l'eau froide se propage a\ Allemagne, surtout dans les premières années qui suivent l'apparition de l'on-
vrage de Currie ([798 à 1805). On l'applique d'une manière presque générale à la scarlatine, à la rougeole, à la variole, au typhus, à la fièvre typroide, au rhumatisme articulaire aigu, aux fièvres catarrhales.
En 1821, Hufeland met au concours la question delà médication par l'eau froide et publie, en 1822, dans son journal, les Mémoires des trois concurrents qui ont le mieux traité le sujet : Frôlich, Reuss et Pitschaft. Le prix est décerné au travail de Frôlich, qui montre par de nombreuses observations tirées de sa pratique les bons résultats de femploi de l'eau froide sous forme de lotions, d'affusions, d'immersions, dans le traitement de la scarlatine, de la rougeole, de la fièvre typhoïde, de l'érysipèle, de la mélancolie, de la manie, etc.
La méthode de Frôlich consiste à faire, dans les vingt-quatre heures, de trois à cinq applications d'une durée d'une à quatre minutes, jusqu'à l'apparition du frisson. En général, dit Frôlich, on voit la fréquence du pouls diminuer de 10 à 20 pulsations par minute, la température du corps s'abaisser de 4 à 5 degrés Fahrenheit, parfois dès la première application, en même temps que disparaissent la sécheresse de la peau et de la langue, la soif, le délire, etc.
Reuss et Pitschaft emploient l'eau froide, à titre de sédatif ou d'antiphlogistique, dans une foule de maladies : les fièvres éruptives, les fièvres catarrhales, le typhus, les inflammations du cerveau ou de ses membranes, la manie, l'apoplexie, la mélancolie, la nymphomanie, le delirium tremens, l'épilepsie, les contractures, la migraine, l'amaurose; dans les plaies de tète, les fractures, les luxations, les maladies des yeux, les angines, l'érysipèle, les brûlures, le panaris, la pourriture d'hôpital, les inflammations de l'intestin, l'iléus, les hernies étranglées, les pertes séminales, l'obésité, etc.
En France, de la fin du seizième siècle à la fin du dix-huitième et pendant la première moitié du dix-neuvième siècle, la médication par l'eau froide trouve de nombreux panégyristes. Mais, dans notre pays, comme dans toutes les autres contrées de l'Europe, cette méthode ou plutôt ce moyen thérapeutique n'est mis en usage que d'une manière intermittente, passagère, tantôt prôné avec un enthousiasme excessif, tantôt abaissé et livré à un injuste abandon.
Parmi ses apologistes il faut citer Laurent Joubert, Lamotte, François Martel, Geoffroy, Hecquet, Noguez, Pomme, théoricien extravagant, mais praticien souvent heureux dans le traitement des maladies nerveuses ou vaporemes^ particulièrement de l'hystérie et de l'hypochondrie, par les applications d'eau froide ; Tissot et Grimaud, continuateurs de la pratique de Pomme ; Lombard et Percy, chirurgiens des armées de la République et de l'Empire, qui appliquent l'eau froide avec un grand succès à la guérison des plaies et des autres affections chirurgicales; Tanchou (1824), à qui appartient le mérite d'avoir tenté de régulariser en thérapeutique l'emploi de l'eau froide dont il distingue mieux qu'on n'avait fait avant lui l'action excitante de l'action sédative, et d'avoir mis en lumière tout le parti qu'il est possible de tirer des effets excitants, toniques et résolutifs de cet agent; Josse (d'Amiens), qui met en pratique avec succès et préconise dans ses écrits (1855) lu méthode des affusions continues ou irrigations froides dans le traitement d'un grand nombre de maladies chirurgicales : érysipèle, phlegmon, brûlures, plaies simples, contuses, par armes.à feu, par écrasement, fractures comminutives, etc. ; Auguste Rérard, qui, dans un Mémoire sur l'emploi de l'eau froide comme antiphlogistiqiie dans le traitement des maladies chirurgicales (1855), proclame l'irrigation continue d'eau froide un moyen héroïque et infaillible de prévenir et de combattre l'inflammation dans
les cas de le'sions traumatiques les plus graves ; Jobert (de Lamballe), Baudens, Alquié, Blandin, Jules Cloquet, Breschet, Sédillot, Amussat, etc., etc., qui, suivant les mêmes errements, déclarent qu'ils n'ont eu qu'à s'applaudir de leurs tentatives (1855 à 1850). Mais, vers cette époque, une réaction se lève à la tête de laquelle se placent des chirurgiens éminents : Malgaigne, Yelpeau, Nélatoii, et les irrigations continues d'eau froide, battues en brèche, sont, sinon complètement abandonnées, du moins employées à titre de méthode exceptionnelle dans quelques cas particuHcrs. C'est ainsi qu'en 1847 Cliassaignac et beaucoup de chirurgiens après lui font usage avec le plus grand succès des irrigations conjonctivales chez les enfants atteints d'ophthalmie purulente.
Rappelons, pour en finir avec les applications chirurgicales de l'eau froide, qu'en 1856 Ichon obtient, par l'emploi des irrigations intermittentes, la guérison d'une tumeur blanche du poignet, et qu'après lui Bonnet (de Lyon), suivant des errements empruntés an système de Priessnitz, réussit à guérir des arthrites chroniques avec indurations et exsudations pseudo-membraneuses, ankylose incomplète, et des hydarthroses, par la sudation provoquée au moyen de l'enveloppement dans des couvertures de laine et suivie d'une immersion d'une à quatre minutes dans un bain à 9 degrés.
En ce qui concerne les applications médicales de l'eau froide, la France reste indifférente au mouvement suscité par l'École de James Currie jusqu'en 1824, année où Tanchou publie son livre. De 1850 à 1848, Récamier, médecin éminent, mais dont la pratique était quelque peu taxée d'excentricité, adopte les immersions et les affusions froides qu'il emploie fréquemment dans les fièvres continues graves, les fièvres éruptives anormales et compliquées, certaines névralgies, certaines névroses, et dont il obtient, dans des cas en apparence désespérés, des succès remarquables qui ne lui suscitent cependant aucun imitateur.
Foville préconise les affusions froides dans la méningite et l'encéphalite. Les immersions froides sont employées dans la chorée. Certains médecins appliquent l'eau froide dans l'hémoptysie, la métiorrhagie. Mais la masse des médecins français se montre indifférente ou hostile à cette médication.
Jolly, dans son article Affcsio.ns du Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques; Rochoux, dans son article Doccue du Dictionnaire de médecine, discutent gravement la question de savoir si l'eau agit comme excitant ou comme sédatif. Le premier condamne l'action excitante, l^réaction, comme dangereuse; il veut qu'on n'emploie l'eau qu'à litre de sédatif; le second ne comprend guère que les effets stimulants; Guersanf, enfin, plus éclectique, cherche à concilier ces opinions diamétralement opposées, en admettant tantôt l'action sédative, tantôt l'action excitante suivant "les cas (art. Affusion du Dictionnaire de médecine). A cette époque, le bruit des cures obtenues par Priessnitz à Graiflenberg commençant à se répandre en France, quelques praticiens ont recours aux enveloppements, aux lotions, aux affusions, dans le cours de la fièvre typhoïde, et en retirent de bons effets, même dans la période extrême de la maladie. Tels sont, entre autres, Simon Beau, Andrieux (de Brioude), Tessier, Jacquez (de Lure), Stackler (de Mulhouse), qui emploie également les enveloppements et les compresses d'eau froide souvent renouvelées dans le rhumatisme articulaire aigu et dans les névralgies récentes.
Enfin Buiguières (1849) fait usage des enveloppements froids dans la période aigide du choléra et constate que, même dans les cas les plus extrêmes, l'appli-
cation froide est toujours suivie de reaction, c'est-à-dire de retour de la chaleur.
Deuxième époque de l'hydrothérapie, ou époque de Priessnitz. Jusqu'à Priessnilz la médication par l'eau froide n'avait été employée que d'une façon intermittente et dans un nombre restreint de maladies soit aiguës, soit chroniques, incomparablement plus souvent dans les affections du premier ordre que dans celles du second. L'action sédative de l'eau froide était en effet uniquement recherchée de préférence à son action excitante ou tonique, généralement méconnue ou réputée dangereuse par le plus grand nombre des médecins. Nulle part, d'ailleurs, cette médication n'avait été l'objet d'une systématisation complète, c'est-à-dire d'une application raisonnée, régulière et générale, à l'ensemble des maladies.
Avec Priessnitz commence une ère nouvelle; c'est à lui que revient l'honneur d'avoir créé un système, une méthode de traitement de la plupart, si ce n'est de toutes les maladies, par un agent universellement répandu dans la nature, et d'avoir surtout parfaitement vu tout le parti que l'on pouvait tirer de cette méthode dans le traitement des maladies chroniques en s'adressant de préférence à l'action excitante ou tonique de cet agent thérapeutique.
Né en 1799, dans un petit hameau perdu au milieu des montagnes de la Silésie autrichienne, Priessnitz avait été doué par la nature d'une vive intelligence et d'un remarquable esprit d'observation. Il appartenait à une famille de paysans aisés ; en aidant son père dans les travaux des champs, il avait eu souvent l'occasion de remarquer que les animaux de la ferme, lorsqu'ils étaient atteints de quelques-uns des accidents auxquels ils sont journellement exposés : contusions, entorses, etc., étaient rapidement guéris par de simples lotions ou frictions avec des éponges trempées dans l'eau froide. Sa jeune imagination, vivement frappée de ces faits, conçoit une haute idée des vertus thérapeutiques de l'eau froide. 11 se livre d'abord à des expériences sur les animaux et sur luimême, puis entreprend de traiter des malades. Les succès qu'il obtient, grandis par la renommée, se répandent de proche en proche, lui attirent une grande réputation, que la persécution consacre comme toujours en achevant de le faire passer aux yeux de la foule pour un homme extraordinaire doué, selon les uns d'une vertu divine, selon les autres d'une puissance diabolique.
Le système de Priessnitz est des plus simples ; on peut même dire, sans lui faire injure, qu'il est grossier. Imbu des idées humorales chères au peuple dans tous les temps et dans tous les pays, idées qui ont résisté à tous les progrès de la science et qui reposent, d'ailleurs, sur un fond de vérité incontestable, Priessnitz suppose que toutes les maladies sont produites par des humeurs peccantes dont l'organisme humain est imprégné. Or l'eau est le meilleur véhicule pour expulser au dehors par toutes les voies 'des sécrétions (voies urinaires, voie cutanée) ces humeurs peccantes : d'où la conclusion que la meilleure médication à employer pour la guérison de toutes maladies est la médication par l'eau à l'intérieur et à l'extérieur.
Après bien des luttes et des tracasseries, Priessnitz obtint enfin, en 1830, du gouvernement autrichien, l'autorisation de créer un établissement pour y recevoir et y traiter des malades selon sa méthode.
Cette méthode est dès lors appliquée en grand, car de tous les pays du monde des malades appartenant à toutes les classes de la société accourent à Grfefenber<T pour se mettre entre les mains du paysan silésien et subir sa direction souveraine.
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La médication instituée par Priessnitz comprend, outre l'emploi de l'eau froide à l'intérieur et à l'extérieur, la sudation, l'exercice et le régime.
A l'intérieur la quantité d'eau froide absorbée par les malades de Gn-efenberg était considérable : elle variait de 10 à 40 verres, soit 25 verres par jour en moyenne.
Les applications extérieures comprenaient des modes divers :
1" Le grand bain, ou bain d'immersion, qui se prenait dans une piscine assez grande pour que le malade y pût nager ; Priessnitz le prescrivait généralement après la sudation dont l'immersion était l'opération terminale.
2° Le bain partiel, qui s'administrait dans une baignoire; le malade assis dans cette baignoire était frictionné vigoureusement par un ou plusieurs aides avec les mains trempées dans l'eau du bain ; on employait parfois le bain partiel après la sudation, plus souvent après l'enveloppement dans le drap mouillé, combiné ou non, suivant les cas, avec l'affusion ou avec l'immersion.
5° Les bains locaux, bains de siège, bains de pieds, rendus excitants ou sédatifs, à volonté, suivant la durée de l'application et la température de l'eau;
4" Les affusions, les ablutions, les douches, les lotions, qui empruntaient aux mêmes conditions de température ou de durée leurs propriétés sédatives ou stimulantes.
5° Le di^ap mouille', qui pouvait servir à double fin, suivant les effets que l'on désirait obtenir : voulait-on l'effet sédatif, le malade était enveloppé dans le drap fortement imbibé oii il restait pendant un temps plus ou moins long, parfois pendant plusieurs heures ; on évitait la réaction en ayant soin de renouveler l'enveloppement humide toutes les cinq minutes.
Avait-on besoin, au contraire, des effets excitants, le malade était frictionné énergiquement pendant deux ou cinq minutes avec le drap fortement tordu dont il était enveloppé; après quoi il était essuyé avec soin, frictionné de nouveau avec un drap sec, puis il s'habillait rapidement et allait faire une promenade plus ou moins longue suivant l'état de ses forces.
6° Les compresses qu'on appliquait sur telle ou telle partie du corps et que l'on rendait excitantes ou sédatives d'après les indications précédentes.
7° La ceinture ou bandage de corps trempé dans l'eau froide et fortement tordu, assez long pour faire le tour du corps et que l'on recouvrait d'une seconde ceinture sèche de toile ou de flanelle ; on la renouvelait dès qu'elle était sèche.
8° La sudation, à laquelle Priessnitz faisait jouer^un très-grand rôle, en vertu de sa théorie des humeurs peccantes comme cause des maladies et de la nécessité de l'expulsion de ces humeurs au dehors comme moyen de guérir ces mêmes maladies. La sudation s'opérait de deux manières différentes : tantôt le malade, couché dans son lit, était enveloppé tout entier, à l'exception delà tête, dans un drap mouillé recouvert de plusieurs couvertures de laine; il restait dans cette situation pendant tout le temps nécessaire pour amener une transpiration plus ou moins abondante, quelquefois pendant plusieurs heures. Tantôt on entourait le cor[)s d'une couverture de laine appliquée directement sur la peau et recouverte soit d'autres couvertures, soit d'un lit de plume, d'un édredon, etc. Dès que la transpiration, provoquée par l'un ou l'autre de ces procédés, commençait à s'établir, on ouvrait les fenêtres pour faire pénétrer l'air du dehors dans la chambre du patient et on donnait à celui-ci, toutes les quinze minutes, un tiers ou un quart de verre d'eau froide jusqu'à ce que l'on jugeât, d'après l'abondance de la sueur, qu'il était temps de mettre fin à la séance dont la durée
variait, d'ailleurs, suivant la saison, la nature de la maladie et les forces du malade.
La séance finie, le malade se levait de son lit, ne conservant de tout l'attirai' de la sudation que sa couverture de laine dont il se débarrassait au moment de se jeter dans la piscine d'eau froide. L'immersion, dont la durée était de une à cinq minutes, terminait habituellement l'opération.
Au sortir du bain, le malade, bien essuyé et énergiquement frictionné, s'habillait promptement et sortait pour faire une promenade plus ou moins longue.
L'exercice était une des prescriptions essentielles du traitement de Priessnitz. Outre les longues promenades avant et après les applications hydrothérapiques, Priessnitz soimiettait ses malades à des exercices parfois très-fatigants, comme de fendre ou de scier du bois ; personne n'en était dispensé, pas même les dames et les jeunes filles, qui obéissaient, comme les hommes, à l'autorité despotique de l'autocrate de Grœfenberg.
Après de tels exercices, précédés ou suivis de nombreuses séances hvdrothérapiques auxquelles la journée presque entière était employée, il était nécessaire de réparer par le régime les forces des malades : aussi Priessnitz voulait-il que l'alimentalion fût tiès-abondaute, mais il proscrivait les condiments, les acides, la moutarde, le poivre, etc., à l'exception du sel. De même le thé, le café. les liqueurs, le vin, la bière et, en général, toutes les boissons fermentées. étaient interdits. L'eau seule était permise à Graefenberg; on en buvait avant, pendant et après les repas, et nous avons dit que la dose habituelle était d'environ vingtcinq verres par jour, en moyenne.
Cette ingestion abondante d'eau et d'aliments, ces exercices, ces sudations forcées, ces frictions, ces applications hydrothérapiques répétées qui commençaient le matin dès quatre ou cinq heures, même en hiver, pour ne finir que vers le soir, avaient pour but de pousser et de rejeter au dehors les matières peccantes qui, d'après les idées pathogéniques de Priessnitz, encombrent l'économie, corrompent le sang et deviennent la cause de toutes les maladies. Cette expulsion des matières peccantes s'effectue au moyen de crises que les applications hydrothérapiques doivent favoriser ou, au besoin, provoquer. Au nombre de ces phénomènes critiques Piiessnitz comptait les éruptions cutanées, les furoncles, les abcès, la salivation, la diarrhée, les vomissements, le flux hémorrhoïdal, la fièvre elle-même, que Priessnitz considérait comme un acte favorable de réaction de la nature médicatrice.
Ces idées de Priessnitz, vieilles comme la médecine elle-même, se retrouvent, plus ou moins modifiées par les progrès de la science, dans les écrits des médecins allemands, anglais ou même français, qui, s'inspirant des doctrines et de la pratique de l'illustre empirique de Grœfenberg, l'ont reconnu comme le chef d'une école qui a compté et compte encore de nos jours de nombreux représentants.
Assurément tout n'est pas à louer dans la pratique empirique de Priessnitz, bien loin de là. Nous croyons même qu'elle a dû être, dans bien des cas, nuisible aux malades qui s'y soumettaient avec la confiance aveugle de la foi ; mais tout n'est pas non plus à rejeter, et il est juste de reconnaître que Priessnitz, grâce à son intelligence vive et pénétrante, à son esprit d'observation, à la hardiesse de son initiative, à l'ingéniosité et à la variété de ses procédés, a réussi à suérir un grand nombre de malades cliez lesquels la thérapeutique ordinaire s'était montrée impuissante, et a mérité la grande place qu'il occupe dans
l'histoire de l'hydrothérapie moderne dont il a été en quelque sorte le premier fondateur.
C'est à Grrefenberg même que MM. Wei'theim, Engel, Bachelier, Scouttetten, Schedel, Baldou, etc., sont allés puiser les éléments des ouvrages qu'ils ont publiés dans le but de faire connaître la méthode thérapeutique nouvelle, ou du moins renouvelée par Priessnitz. Ce sont les errements de Priessnitz qu'ont suivis en grande partie Lubansky, Paul Vidart(de Divonne),Andrieux(de Lîrioude), Lemarchand (du Tréport), Macario ^de Nice), Armand Rey (de Grenoble), Chevandier (de la Drôme), Bottentuit (de Rouen), Gilbert-d'Hercourt, etc., c'està-dire la plupart des médecins qui ont fondé en France des établissements hydrothérapiques à l'imitation de celui de Grœfenberg, soit avant, soit après l'avénemenl de Louis Fleury, le créateur de l'iiydi'othérapie scienlitique et rationnelle et le fondateur de l'établissement hydrothérapique de Bellevue.
Ce sont les procédés de Priessnitz, plus ou moins modifiés, que mettent encore en usage les médecins de nombreux établissements de l'Allemagne, de l'Angleterre et d'autres pays étrangers.
. Enfin ce n'est pas à nous d'oublier que L. Fleury, notre illustre maître, a mis la troisième édition de son grand ouvrage sous l'invocation du nom de Vincent Priessnitz, à qui il rapporte l'honneur d'avoir suscité ses propres travaux.
Troiùème époque de l'hydroUiérapie, ou époque de Louis Fleury. Nous \oici arrivés à l'époque décisive de l'histoire de l'hydrothérapie, à celle qui va clore la longue période empirique par laquelle à dû passer cette médication et ouvrir l'ère de l'hydrothérapie scientifique et rationnelle. La méthode, désormais assise, grâce aux travaux de Fleury, sur la base solide des faits i ntcrprétés à la lumière de la physiologie et de la pathologie, prendra, pour ne plus la quitter, la place qui lui était due parmi les méthodes thérapeutiques sanctionnées par l'observation et l'expérience.
Cette évolution nouvelle et définitive, pourrait-on dire, s"il était permis de se servir de ce mot dans le langage scientifique, mérite d'être exposée avec quelques détails.
En 1837, Louis Fleury, alors interne des hôpitaux de Paris, publie dans les Archives générales de médecine, d'après des documents communiqués par un de ses amis qui venait de subir avec succès un traitement hydrothérapique à Grœffenberg, un article destiné à faire connaître la méthode de Priessnitz, alors à peu près ignorée de la généralité des médecins français. Parmi ces documents se trouvaient quelques observations qui frappèrent vivement l'attention du jeune interne et lui inspirèrent le désir d'étudier par lui-même la nouvelle méthode. Mais, empêché par d'autres occupations, ce ne fut que neuf ans plus tard, c'est-à-dire en 1846, que Louis Fleury put mettre son projet à exécution. 11 commença sur lui-même la série de ses études expérimentales. Il était sujet à des accidents asthmatiques qui revenaient chaque année, au mois de juin, sous la forme d'accès de cette maladie bizarre que l'on a désignée sous le nom de fièvre de foin.
L'année 1845 lui avait été particulièrement cruelle; pendant de longues semaines, et malgré les soins assidus de son collègue et ami Monneret, il n'avait cessé de souffrir de ses accès de suffocation. Devant l'impuissance de la théiapeutique ordinaire, il se résolut donc à essayer ce que pourrait faire l'hydrothérapie contre un état qui allait tous les jours s'aggravant.
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Dans une modeste habitation de Bellevue où il était venu s'installer au printemps de 1846, il fit aménager du mieux qu'il put une salle de douches et commença son traitement.
« Le succès, dit Fleury, dépassa mes espérances! En 1846, je n'eus qu'un seul accès d'asthme peu intense et de courte durée! La reconnaissance et la conviction de pouvoir être utile à mes semblables me décidèrent dès lors à faire de l'hydrothérapie l'objet d'une étude attentive et suivie. »
Professeur agrégé à la Faculté de médecine de Paris, collaborateur de Monneret au Compendiiim de médecine pratique, — œuvre considérable qui leur avait coûté dix ans de travail et dont ils venaient d'achever la publication, — esprit cliercheur et indépendant, observateur sagace, L. Fleury réunissait toutes les qualités nécessaires pour mener à bien cette entreprise délicate.
En effet, il ne s'agissait de rien de moins que de décomposer la médication systématique et complexe de Priessnitz, d'étudier isolément chacun de ses éléments pour en déterminer les effets physiologiques, afin de pouvoir en apprécier l'action curative.
Deux années furent consacrées à ce travail préparatoire dont Fleury puisa les' éléments dans le cercle restreint d'abord de sa clientèle de Bellevue et dans celui beaucoup plus vaste de lu population pauvre de Meudon. Il s'efforça de déterminer expérimentalement et en s'aidant du thermomètre, de la balance et des réactifs, l'action pbysiologique de chacun des agents hydrothérapiques sur les grandes fonctions de la circulation, de l'innervation, de la respiration, de la calorification, de la digestion, de l'absorption, de l'assimilation, des sécrétions, etc., et il constata que cette action varie dans certaines limites, suivant le procédé d'application, la température de l'eau, la température de l'air ambiant, la disposition de l'appareil, etc. Ces recherches le conduisirent aux conclusions suivantes :
(( 1° La médication hydrothérapique ne doit pas être considérée comme un svstème, une formule thérapeutique.
« i" Elle est composée de plusieurs modificateurs distincts dont la réunion peut être nuisible ou utile.
(( 5» Chacun de ces modificateurs répond à des indications spéciales.
« ¥ Si, dans quelques cas, on doit maintenir la réunion de ces modificateurs, le plus ordinairement il faut les disjoindre et les associer entre eux de diverses manières en rapport avec les indications que présente chaque cas pathologique.
« 5" Le régime, Veau froide à V intérieur, la sudation surtout, sont des agents dont la puissance ne saurait être méconnue et au.xquels revient une large part dans les succès obtenus par l'hydrothérapie, mais ils ne sont cependant que des moyens accessoires.
(( 6" L'eau froide appliquée à l'extérieur est, à proprement parler, la base de lu médication hydrothérapique. Cet agent, le plus actif de tous, est le seul dont l'emploi puisse être généralisé; seul il peut être rationnellement appliqué à tous les cas embrassés par l'empirisme de Priessnitz. »
Guidé désormais par la connaissance de l'action physiologique des divers modificateurs hydrothérapiques, Fleury put commencer ses recherches cliniques et déterminer l'action curative de ces modificateurs dans les diverses maladies qui furent soumises à son observation.
A partir de l'année 1848, ses publications se succèdent sans interruption; les voici dans l'ordre de leur apparition : Mémoire sur les douches froides appli-
qiiées au traitement de ta fièvre intermittente. In Archives générales de médecine, 1848. — Mémoire sur les douches froides appliquées au traitement de Vankylose (même année, même recueil). — Mémoire sur les douches froides appliquées au traitement des affections utérines. Iii Gaz. médic. de Paris, 4849. — Mémoire sur les sudations et les douches froides appliquées au traitement des névralgies et des rhumatismes musculaires (même journal, 1850). — Mémoire sur V emploi des douches froides excitantes contre le tempérament lymphatique, la chlorose et V anémie. In Archives générales de médecine, 1851. — Traité pratique et raisonné d'hydrothérapie, 1852. — Recherches expérimentales sur la sudation (1854). — Recherches sur la gastrite chronique, la gastralgie, etc. Moniteur des hôpitaux, 1855. — Mémoire sur la congestion chronique du foie {id., id.). — 2" édition du Traité dliydrothérapie (1856). — Mémoire sur la médication hydrothérapique au point de rue de son mode d'action et de sa durée. In Moniteur des hôpitaux, 1857. Traitement hydrothérapique des fièvres intermittentes, 1858. — Journal le Progrès, Annales de l'hydrothérapie rationnelle (1858), publication à laquelle, devenu, en 1857, médecin adjoint de l'établissement hydrothérapique de Bel- Icvue, je collaborai activement jusqu'en ISOl, époque où le journal cessa de paraître. — Mémoire sur la marche, la terminaison et le traitement des maladies chroniques. In Archives médicales belges, 1863-1864. — 3* édition du Traité d'hydrothérapie., 1866. (Dans cette édition se trouvent publiées de nombreuses observations recueillies et rédigées par moi, et relatives à des malades traités, de 1857 à 1861, à l'établissement hydrothérapique de Bellevue.)
Telle est, en résumé, l'œuvre de cet illustre maître, œuvre considérable et qui restera dans la science comme le plus beau monument élevé de nos jours à l'hydrothérapie. Toutefois, tout en ne ménageant pas à Fleury les éloges qui lui sont dus, qu'il nous soit permis, à nous son admirateur le plus sincère et son collaborateur le plus intime pendant la période la plus active de sa laborieuse carrière, de regretter que, tant dans ses livres que dans son journal, il ait cru devoir faire une part beaucoup trop large à la polémique. Elle était, en quelque sorte, dans son tempérament. Écrivain de talent, habile à saisir les défauts de la cuirasse de ses adversaires, les côtés faibles de leur argumentation, il s'était rendu redoutable, non-seulement à ses ennemis, mais encore à ses amis euxmêmes, auxquels il n'épargnait guère les traits mordants, de sa critique. Plus préoccupé du besoin de frapper fort que de frapper juste et de s'attirer par la vigueur de ses coups les applaudissements de la galerie, il avait fini par nuire à sa propre cause auprès des esprits sages et modérés dont il décourageait les sympathies par les intempérances de sa plume et les ardeurs excessives de sa polémique.
Cependant le succès, qui d'habitude calme les natures les plus fougueuses, n'avait pas tardé à couronner ses efforts et à récompenser ses travaux.
L'établissement hydrothérapique de Bellevue, créé dans les proportions les plus modestes, avait du bientôt être agrandi pour recevoir les nombreux malades qui y affluaient de toutes les parties du monde, attirés par la grande et légitime renommée de son fondateur. Bellevue avait remplacé Grsefenberg ; l'hydrothérapie empirique, l'hydrothérapie allemande, avait cédé le pas à l'hydrothérapie scientifique et rationnelle, à l'hydrothérapie française.
De nouveaux établisements hydrothérapiques se sont élevés soit à Paris, soit en province, à l'imitation de celui de Bellevue. Ils sont dirigés par des médecins
qui, s'inspirant pour la plupart des doctrines et de la pratique du maître, sans le copier servilement, ont conlribué, chacun pour sa part, aux progrès accomplis par l'hydrothérapie dans les années qui ont suivi la mort de Fleury. Qu'il nous suffise de citer ici les noms de 0. Landry, qui, après avoir passé par Bapoul, sous la direction de Fleury, dirigea pendant plusieurs années l'établissement d'Auteuil; — de Daily, si regrettable; de MM. Relier, Beni-Barde, Leroy Dupré, Emile Duval, Thermes, Delmas (de Bordeaux), etc.
Aujourd'hui l'hydrothérapie a conquis délinitivement sa place dans la science et dans la pratique; elle est comptée parmi les méthodes thérapeutiques les plus usuellement employées. On ne pourrait plus, à l'Académie de médecine, répéter ce que disait Roche, en 1840, dans son rapport sur un travail présenté par MM. Engel et Wertheim : « L'hydrothérapie repose sur une théorie chimérique en désaccord avec toutes nos connaissances physiologiques et pathologiques ».
Quant à la Faculté de médecine de Paris, elle a conféré à cette méthode le baptême ofliciel lorsque, dans le concours pour l'agrégation de 1878, elle a donné pour sujets de thèse les deux questions suivantes : Du froid en thérapeutique. — De l'influence des excitations cutanées sur la circulation et la calorificatiotif questions qui furent traitées avec beaucoup de talent : la première par M. le docteur Labadie-Lagrave, la seconde par M. le docteur Joffroy, et qui nous valurent deux publications remarquables auxquelles nous aurons l'occasion de faiie ici plus d'un emprunt. Enfin, dans un ouvrage des plus récents (1887), M. le j)rofesseur G. Ilayem conqjle l'hydrothérapie au nombre des grandes médications ; ylus récemment encore, M. Dujardin-Beaumetz a fait de l'hydrothérapie le sujet de remarquables leçons de thérapeutique clinique à l'hôpital Cochin, leçons qui ont été publiées dans le journal le Bulletin médical, numéros des 2 novembre et 4 décembre.
Après cet historique nécessairement incomplet et que nous avons du parcourir, pour ainsi dire, à vol d'oiseau, en nous bornant à en effleurer seulement les sommets, abordons maintenant la partie la plus importante de notre tâche, qui consiste à exposer l'état actuel de la science sur les deux questions capitales de l'action physiologique et des applications thérapeutiques de l'eau froide ou chaude.
DEUXIÈME PARTIE. Action physiologique de l'eau froide ou chaude. Deux questions d'inégale importance doivent trouver ici leur place : 1° celle des applications extérieures de l'eau froide ou chaude, de beaucoup la plus importante; 2" celle de l'usage intérieur de ce même liquide.
1" Action physiologique des applications extérieures de l'eau froide ou chaude. Nous avons eu déjà plusieurs fois l'occasion, à propos des articles AffusiONS, Baias, Douches, Lotions, etc., de nous expliquer au sujet de cette action. Nous ne voulons pas nous livrer à des redites inutiles et fastidieuses. Mais, l'opinion des auteurs n'étant pas encore faite sur ce point capital, et Li discussion restant toujours ouverte, il nous a semblé opportun de revenir sur les côtés litigieux, en tenant compte des recherches qui ont été faites et des travaux qui ont été publiés dans ces derniers temps, surtout en Allemagne, en Angleterre et en France.
L'étude de l'action physiologique des applications extérieures de l'eau froide ou chaude est singulièrement complexe, longue et difficile. Il faudrait, en effet, qu'elle portât sur une échelle de température allant de 0 à 45, 50 et 55 degrés centigrades, et que les effets sur la circulation, la respiration, la
température animale, etc., fussent notés, en quelque sorte, à chacun de ces degrés, en tenant compte de l'âge, du sexe, du tempérament, de l'état de santé ou de maladie du sujet, de son état d'activité ou de repos soit avant, soit après l'application, ainsi que des influences extérieures, telles que la température et l'état hygrométrique de l'air ambiant, auxquelles il est soumis au moment de l'opération.
De ce vaste programme une partie seulement a été remplie par les auteurs des recherches que nous avons à analyser. Elles n'ont porté en général que sur des températures moyennes. Ces températures, ainsi que la durée des applications, n'ont pas été les mêmes. En outre, on n'a pas assez distingué la forme des applications : affusion, bain, immersion, douche, etc., au point de vue des effets qui varient suivant ces formes diverses, comme nous le montrerons plus loin. Entin, dans ces expériences, tantôt la tète a été soumise, tantôt elle a été soustraite à l'influence de l'agent, conditions expérimentales différentes qui sont de nature à introduire de notables différences dans les résultats.
Nous avons donné à l'article Douches les résultats des expériences de L. Fleury, à qui revient le mérité de l'initiative de ces recherches. Nous avons vu que les termes dans lesquels l'auteur fait le récit de ses expériences manquent d'une précision rigoureuse. Fleury parle, en effet, « d'une immersion ou d'une douche générales, d'une durée de vingt-cinq minutes à une heure, avec de l'eau à 10 ou 14 degrés centigrades ». Quelques lignes plus loin, il déclare qu'il ne lui a pas été possible de pousser l'expérience plus loin que cinq minutes pour la douche et vingt-cinq minutes à une heure pour Vimmersion. Il ajoute que cette douche ou cette immersion peuvent abaisser de 4 degrés la température animale, prise sous la langue, et diminuer la fréquence du pouls de 6 à 9 pulsations par minute. « Pendant les dix à quinze minutes qui suivent l'immersion générale, dit encore Fleury, la température du corps, quelle que soit celle de l'atmosphère ambiante, baisse encore de quelques dixièmes de degré (4 à 9 dixièmes), et ce nouvel abaissement est également accompagné d'une nouvelle diminution dans la fréquence du pouls (1 à 2 pulsations).
« Ces phénomènes sont suivis d'un mouvement vital, d'une réaction qui ramène, plus ou moins rapidement, la température animale et le pouls à leurs chiffres primitifs et physiologiques » (L. Fleury, Traité d'hydrothérapie, 3" édition, 1866, p. 143).
Tandis que Fleury se sert, dans ses expériences, d'une eau à 10-14 degrés centigrades, Poitevin et Chossat, dans les leurs, emploient des immersions très-prolongées dans de l'eau à 28 ou 50 degrés centigrades et observent une diminution de 22 à 25 pulsations dans la fréquence du pouls.
Bence Jones et Dickinson expérimentent avec de l'eau à 18-20 degrés centigrades et ils observent, sous l'influence d'une forte douche ou d'un bain de pluie d'une durée de onze à quinze minutes, tombant d'une hauteur de 16 pieds anglais et seulement sur le sommet et la partie postérieure de la tête, ils observent, disons-nous, que le pouls devient « faible, irrégulier, imperceptible, et peut diminuer de 30 pulsations par minute ». Us provoquent, en un mot, une véritable sidération du système nerveux résultant d'une application réfrigérante prolongée sur la tète.
Hoppe, en 1857, Liebermeister et Kernig, en 1859, ont fait des expériences très-curieuses dont les résultats inattendus diffèrent singulièrement de ceux observés par L. Fleury, et introduisent dans la question un point de vue tout nouveau. Suivant ces expérimentateurs habiles, lorsqu'un homme est soumis,
pendant une duréede cinq à sept minutes, à l'action d'une eau à H- 15 ou -h 20 degrés centigrades (inférieure par conséquent de 17 à 22 degrés à la température normale), malgré le vif sentiment de froid que le patient éprouve, non-soulement le thermomètre placé dans le rectum ou dans l'aisselle ne s'abaisse pas, mais, au contraire, il s'élève graduellement d'une fraction de degré. D'où l'on peut conclure que la production de clialeur augmente en même temps que la perte et se règle sur elle. L'élévation de la chaleur intérieure ne cesse qu'au moment oîi l'excès de chaleur produite se répand dans le reste du corps et se traduit par le sentiment du retour de la chaleur générale.
Liebermeister établit que, chez un sujet sain, l'action peu proloniiée de l'eau froide ne détermine aucun abaissement de la température du cor[)s; souvent même on observe une légère élévation. Le bain de rivière ne fait pas baisser la tem|iérature centrale, souvent même il la fait monter. Après le bain, la température intérieure s'abaisse un pou, au moment même où, la peau se réchauffant, il se produit une sensation agréable de chaleur.
Il y a là une réaction, comme après la douche; les vaisseaux de la peau se dilatant, la circulation superficielle étant plus abondante, il se fait une déperdition de calorique qui peut se traduire par un léger abaissement de la chaleur centrale.
Aussi, dans les applications de la méthode réfrijjérantc aux maladies fébriles, Liebermeister conseille-t-il de faire précéder le bain froid par l'emploi de moyens propres à amener la rubéfaction de la peau (sinapismes, frictions énergiques, etc.), afin d'augmenter la surface de déperdition du calorique intérieur et de rendre plus sensible l'abaissement de la température générale. Mais revenons au récit des expériences de Liebermeister et de iïoppe.
Un bain de mer à 16 degrés et de cinq minutes de durée produit les mêmes effets que le bain de rivière. 11 suffit même de se dépouiller de ses vêtements et de s'exposer à une température de -t- 15 degrés à -f- 20 degrés pendant quelques minutes pour observer qu'un thermomètre placé sous l'aisselle s'élève un peu. Le thermomètre descend quand on s'est rhabillé.
Ainsi, l'homme plongé pendant un court espace de temps dans un bain de 15 ou 20 degrés centigrades produit une quantité de chaleur qui l'emporte sur celle qu'il produirait dans le même temps, s'il était plongé dans un milieu à la température de son propre corps. En d'autres termes, la soustraction subite de la chaleur à la surface du corps, c'est-à-dire l'augmentation subite des pertes de chaleur, a pour conséquence une augmentation, rapide aussi, dans la production de chaleur, laquelle se traduit par une élévation de la température intérieure.
Hoppe a fait encore l'expérience suivante qui est curieuse : il plonge un chien dans un bain à la température ordinaire (15 à 20 degrés centigrades), puis il l'expose librement à l'air. Il observe qu'un thermomètre placé dans le rectum de l'animal s'élève tant que dure l'évaporation, c'est-à-dire la perte de chaleur, ce qui prouve 'que la production de chaleur augmente avec la perte et se règle sur elle. Quand le poil est devenu sec et que la perte due à l'évaporation a cessé, le thermomètre baisse parce que la production delà chaleur intérieure a diminué.
Si l'on enveloppe le chien mouillé dans un sac imperméable de caoutchouc, qui s'oppose à l'évaporation, le thermomètre n'accuse point d'élévation de la chaleur intérieure. Aussitôt que l'on enlève le sac, on voit la température inté-
kl
rieure s'élever tant que dure l'évaporatiou, puis s'abaisser peu à peu jusqu'à son niveau normal lorsque l'évaporation est terminée.
Ces élévations et ces abaissements de température, quoique réduits à des fractions de degré, n'en prouvent pas moins, dit le regretté J. Béclard, à qui nous empruntons la relation des expériences précédentes, que la production de chaleur, c'est-à-dire le travail intérieur des métamorphoses de la nutrition, est soumise à l'influence des pertes extérieures de chaleur, et que, par conséquent, « la méthode hydrothérapique, envisagée au point de vue de l'application du froid, est une méthode thérapeutique active et rationnelle ».
Ainsi, d'après Hoppe et Liebermeister, la soustraction subite du calorique à la surface du corps par une application courte d'eau froide est immédiatement suivie d'une augmentation intérieure de chaleur appréciable au thermomètre ; l'excès de chaleur ainsi produite se répand ensuite à la surface du corps et y détermine la sensation du réchauffement ou du retour de la chaleur, tandis que la température intérieure diminue, comme on le constate au thermomètre rectal ou axillaire. En d'autres termes, le milieu intérieur s'échaufle pendant que la surface extérieure se refroidit et, inversement, le retour de la chaleur à la surface s'accompagne d'ime diminution de la température du milieu intérieur.
Cette augmentation de la production du calorique provoquée dans l'organisme par la soustraction de ce même agent au contact de l'eau froide résulte de l'accroissement des oxydations ou des combustions des tissus ou des éléments organiques, comme s'il existait dans l'économie une force intérieure ayant pour fonction de régler la production de chaleur sur les dépenses ou les besoins de l'organisme.
Liebermeister a cherché, ce que l'on n'avait pas eu l'idée de faire avant lui, à apprécier les quantités de chaleur produites pendant les soustractions de calorique opérées à la surface du corps, en dosant l'acide carbonique exhalé dans le même temps. 11 place les sujets dans des bains à une température inférieure d'une quinzaine de degrés à celle du corps et leur soutire ainsi en peu de temps d'assez grandes quantités de chaleur. Le bain dure un quart d'heure; on dose l'acide carbonique exhalé avant, pendant et après le bain ; on const.Tte que la quantité d'acide carbonique produite dans le bain est plus grande que celle qui est exhalée dans les conditions ordinaires. Cette production exagérée d'acide carbonique dure autant que dure la soustraction de chaleur. Quant à l'excès d'acide carbonique engendré, qui correspond à l'excès de chaleur produite, il disparaît ensuite pendant la première demi-heure et plus particulièrement pendant le premier quart d'heure qui suit. Quand la température du bain est plus abaissée encore, c'est-à-dire quand les soustractions de chaleur prennent de grandes proportions, la quantité d'acide carbonique produit suit la même progression.
Les expériences de très-courte durée (de cinq minutes et même moins) sont les plus pi'opres à démontrer, à l'aide du thermomètre, que les soustractions rapides de la chaleur à la surface sont accompagnées d'une augmentation dans la production de la chaleur intérieure. Mais, quand la soustraction de chaleur se prolonge, comme, par exemple, dans les expériences d'un quart d'heure, et qu'elle prend de grandes proportions, bien que la production de chaleur intérieure soit augmentée, cette production ne suffit plus à compenser la soustraction du calorique, et la température du corps s'abaisse progressivement. C'est ce qui résulte, en particulier, des expériences de Libermann.
Cet observateur étudie les effets du bain froid de 17 à 25 degrés et d'une durée de quinze minutes. II constate qu'après ce bain la température intérieure du corps, prise dans la bouche, l'aisselle ou le rectum, peut s'abaisser de 2 à 3 degrés. Le maximum d'abaissement est généralement compris entre la quinzième ^t la trentième minutes après la sortie du bain; il faut deux ou trois heures avant que la température initiale reparaisse. Ces effets sont plus marqués dans l'état physiologique et dans les maladies fébriles légères que dans les maladies graves. Quand on répète ces bains six ou huit fois dans les vingtquatre heures, la période d'abaissement qui suit va sans cesse en se prolongeant, si bien qu'après plusieurs jours elle peut avoir jusqu'à une durée de dix-huit à vingt heures, au lieu de deux ou trois heures.
Quant aux immersions, quoique leur température fût relativement assez basse (10 degrés centigrades), comme elles étaient très-courtes, leurs effets furent beaucoup moins marqués, ainsi que ceux dos ablutions froides.
Yùrgensen a pu supporter des bains froids à 12 et même à 10 degrés centigrades pendant vingt-cinq minutes. Ces bains provoquèrent un tremblement qui durait souvent plusieurs heures. La température prise dans le rectum s'abaissa une fois de 5°, 6 et il fallut six ou sept heures pour revenir à la température du début.
Draper se plonge dans un bain maintenu à la température constante de 23 à 24 degrés centigrades, pendant une heure ; il éprouve une diminution de température de 0°,55, prise dans la bouche, et cette diminution s'accentue encore après la sortie du bain jusqu'à O",??, bien que l'air de la pièce fût à -h 32 degrés. Le pouls et la respiration étaient ralentis.
Les pertes de chaleur dans le bain froid sont donc plus considérables que les quantités de chaleur produites dans le même temps. La production normale est sans doute augmentée par l'influence du froid, comme l'ont démontré Hoppe et Licbermcister, mais elle ne compense pas les pertes considérables qui ont lieu lorsque le froid enlève en peu de temps de grandes quantités de chaleur.
Dans son Manuel cl" hydrothérapie, récemment paru (0. Doin, 1885) et sur lequel nous avons eu déjà l'occasion de dire notre sentiment {Union médicale, n" du 4 décembre 1886), M. le docteur Paul Delmas (de Bordeaux) s'est livré à de nombreuses expériences instituées avec le plus grand soin et qui l'ont conduit à des résultats analogues à ceux observés déjà en 1857 par Hoppe et en 1859 par Liebermeister et Kernig. Se rapprochant davantage, dans ces expériences, des conditions des applications habituelles de l'hydrothérapie, il soumet les sujets sur lesquels il expérimente à des applications de courte durée, et voici ce qu'il observe : « 1° pendant l'application d'une douche froide de trente secondes à cinq minutes de durée et d'une température de 10 à 25 degrés, la température centrale est peu ou pas du tout abaissée.
« 2" Le corps n'exécutant aucun mouvement pendant les heures qui suivent l'application de l'eau froide, ne facilitant en rien le prétendu mouvement de la réaction, le sujet n'éprouvant qu'un sentiment de chaleur très-modérée ou de fraîcheur, et quelquefois même îles frissons, néanmoins la température centrale baisse très-peu ou remonte et dépasse même le chiffre accusé avant la douche.
« 3° L'exercice qui suit l'application d'une douche froide, lequel est fait dans le but de provoquer un mouvement de réaction organique, ou tout au moins d'aider à son développement spontané, a pour résultat physiologique vrai
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d'amener un abaissement persistant de la température du corps, c'est-à-dire de produire tout l'inverse de ce qu'on a écrit jusqu'à ce jour.
« A" Après l'application d'une douche froide le sujet se refroidit en réalité et sa températiu-e centrale s'abaisse, précisément alors qu'il éprouve une sensation de chaleur. Tout au contraire, la température centrale se relève ou se maintient quand le sujet est sous la douche ou lorsqu'il éprouve des frissons ».
De ces résultats, déjà signalés parLiebermeister, M. Delmas conclut que le mot réaction doit être pris dans un sens tout différent de celui qu'on lui a donné jusqu'à ce jour, et voici la conclusion qui résume ses recherches.
Conclusion : « La physiologie hydrothérapique et son phénomène ultime et capital, caractérisé par la réaction organique, se résument dans la proposition générale suivante :
« Un acte organique, ayant pour point de départ une impression sensible périphérique, une vibration moléculaire ou atomique, se propageant aux centres nerveux et réfléchis par ces derniers, d'une manière distincte et indépendante, sur les centres ganglionnaires des circulations centrale et périphérique.
« Les modifications inverses subies par ces deux circulations, modifications aidées ou entravées par un repos ou un exercice quelconque, ont pour conséquence : primitivement, un abaissement de la température périphérique et une tendance au relèvement de la température centrale, et, secondairement, un abaissement de la température centrale et une élévation de la température périphérique.
« Cette dernière nous donne la valeur calorique des actes nutritifs et de l'énergie médicatrice, développés par ime vibration moléculaire, c'est-à-dire la transformation organique, sinon l'équivalence de cette force ou de cette modalité du mouvement imprimé à un corps vivant » [Manuel d'hydrothérapie, p. 119).
Effets physiologiques des applications locales de Veau froide. Jusqu'ici il n'a été question que des effets physiologiques des applications générales de l'eau froide en bains, immersions, douches, etc. Nous devons étudier maintenant les effets physiologiques des applications locales ou partielles de cet agent.
Suivant Fleury, une immersion partielle (de la main, par exemple), suffisamment prolongée (une demi- heure), dans de l'eau modérément froide (9 à 15 degrés centigrades), peut abaisser la température de la partie immergée de 19 et même de 23 degrés, sans exercer une influence appréciable sur la température générale du corps prise sous la langue.
MM. Brown-Séquard et Tholozan ont appelé l'attention sur les effets thermovasculaires à distance qu'ils ont observés à la suite de l'application de l'eau chaude ou froide aux extrémités. Ils ont constaté qu'un abaissement ou une augmentation considérable de la température d'une des extrémités, de la main ou du pied, plongés dans de l'eau froide ou chaude, détermine un abaissement ou une augmentation de la température de l'autre main ou de l'autre pied, resté libre dans l'atmosphère ambiante. Cet effet devrait être rapporté soit à une contraction, soit à une dilatation des vaisseaux s'opérant par l'influence du système nerveux et par action réflexe.
Les mêmes expérimentateurs ont montré, d'autre part, que cet abaissement ou cette élévation de la température dans ces parties sont impuissants à modifier la température générale du corps.
M. François-Franck a démontré, à l'aide du plétbyimographe. la réalité des phénomènes de resserrement ou de dilatation vasculaire à distance que l'on
obtient par l'application du chaud ou du froid aux extrémités. La main gauclie, par exemple, étant placée dans l'appareil, si l'on prend un morceau de glace dans la paume de la main droite, on voit au bout de deux ou trois secondes la main gauche diminuer de volume, celte diminution s'accentuer peu à peu, atteindre un certain niveau, rester à ce niveau pendant une demi-minute, puis s'atténuer progressivement de telle sorte qu'au bout d'une minute la maiu a repris son volume initial.
Dans cette expérience l'acte réflexe a son point de départ dans l'impression produite par la glace sur la peau de la main droite, son point de réflexion à la moelle, son point d'arrivée aux fibres musculaires des vaisseaux de la main gauche.
Winternitz, en ap{)liquant de la neige sur le bras, a vu la température du creux de la main correspondante s'abaisser pendant les cinq premières minutes de 54°, '2 à 55°, 1 puis s'élever, au bout de vingt-cinq minutes, à 54°, 'J.
Il a constaté également que, en plaçant le coude dans l'eau à 10 degrés centigrades, pendant trente minutes, la température s'élève dans le creux de l'aisselle, en raison de l'abaissement qui se produit dans la température périphérique. Il en est de même dans le creux poplité, lorsqu'on applique la plante du pied sur de la neige.
Suivant Schlikolf (de Moscou), les soustractions de calorique opérées sur des points limités du tégument externe entraînent des abaissements de température sur d'autre points, mais seulement sur des points voisins. Exemple : un thermomètre placé dans la bouche indique un abaissement de la température de cette cavité lorsqu'un morceau de glace est appliqué sur la joue du même côté. Si l'on tient un morceau de glace dans la paume d'une main, on observe l'abaissement de la température du dos de cette main. L'eau glacée introduite dans l'estomac provoque une diminution de la température de la région épigastrique, etc. Dans ces diverses expériences le thermomètre rectal ou axillaire n'indique aucune modification de la température générale.
Waller s'appliqua de la glace sur le nerf cubital, au niveau du pli du coude. Quand les muscles de la région liypothénar furent complètement paralysés, les deux derniers doigts (annulaire et auriculaire) étaient devenus rouges et leur température s'était accrue. Elle était de 36 degrés centigrades pendant que les trois premiers doigts étaient le siège d'un abaissement notable, leur température n'étant que de 28 degrés centigrades. La température initiale de la main était de 32 degrés centigrades.
Ces résultats s'expliquent facilement par l'action intense du froid de la glace ayant amené la paralysie du nerf cubital, ainsi que des fibres vaso-motrices émanées de ce nerf : d'où la dilatation des vaisseaux correspondants, la dérivation du sang dans les vaisseaux largement dilatés et, par conséquent, une anémie relative des autres vaisseaux de l'avant-bras et de la main.
Waller assimile ce phénomène à ce qui se passe dans les deux oreilles d'un lapin dont on coupe d'un côté le grand sympathique cervical, comme dans l'expérieuce célèbre de Claude Bernard. L'afflux du sang est plus grand du côté de la section, moindre du côté opposé, d'où élévation de la température dans l'oreille d'un côté et diminution dans l'autre. La seule différence est que, dans l'expérience de Claude Bernard, l'action physiologique est détruite par la section du nerf, tandis que dans celle de "Waller elle est momentanément abolie par la paralysie à frigore.
Dans l'expérience suivante de Winternitz (de Vienne) il s'agit non d'un effet
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direct, comme dans la précédente de Wnller, mais d'un effet réflexe. On applique un morceau de glace sur le bras au niveau du pli du coude, on observe immédiatement un retrait des vaisseaux de ce membre situés au-dessous.
En prenant le tracé spliymograpbique de l'artère radiale avant l'expérience, puis quel({ues instants après avoir frictionné le pli du coude avec la glace, on observe un notable changement dans le tracé. La ligne d'ascension du tracé a diminué des deux tiers de la hauteur et a subi des modifications qui prouvent que le calibre de ce vaisseau s'est resserré considérablement. Cet effet ne disparaît que lentement après l'enlèvement de la glace. Si on renouvelle fréquemment sur le coude des compresses glacées, on obtient encore un resserrement plus marqué et on peut le maintenir presque indéfiniment.
Autre expérience : sur un jeune homme à artères larges et très-élastiques, on prend le tracé de l'artère radiale. Immédiatement après, on frictioimc avec un petit morceau de glace, et pendant deux minutes la région cubitale. Un nouveau tracé de l'artère radiale, pris immédiatement après, démontre qu'il s'est produit un resserrement énergique du vaisseau.
Une application de glace sur la région sus-claviculaire, au niveau du plexus brachial, détermine une contraction rapide des vaisseaux du membre supérieur correspondant, ce que l'on constate en prenant, avant et après, le tracé de l'artère radiale. L'effet obtenu varie, du reste, suivant le degré de l'excitation et surtout suivant le degré d'excitabilité du sujet, supposé sain.
En même temps que des changements dans le calibre des vaisseaux, on constate des modifications thermiques différentes au-dessus et au-dessous du point excité. Dans la paume de la main on a une série décroissante, dans l'aisselle, au contraire, une série ascendante dans la température observée de cinq en cinq minutes. Dans la paume de la main, l'abaissement de la température est en général d'autant plus rapide que la température initiale est plus élevée; il varie aussi suivant l'impressionnabilité du sujet. L'abaissement mininnim observé par Winternilz fut de 0°,1 et le maximum fut de I°,5 centigrade.
Si on place de la glace ou des compresses glacées sur la partie antéro-latérale du cou. on peut observer un abaissement allant jusqu'à 1/2 degré sur un thermomètre placé dans le conduit auditif externe.
Des effets thermo-vasculaires analogues, c'est-à-dire à distance, peuvent être observés sans que l'on puisse saisir à priori le lien qui existe entre le point excité et l'organe éloigné qui est le siège de ces modifications. Dans ces cas, le point d'application a une grande importance. Ainsi, lorsqu'il s'agit de produire un elfet général sur la circulation, on obtiendra sensiblement les mêmes résultats en irritant les bras ou les cuisses, etc.; mais, dès qu'il est question de produire un effet sur un organe éloigné, il en est tout autrement. Les bains de pieds, froids ou chauds, produisent sur la circulation cérébrale des effets que l'on n'obtient pas avec les manuluves. Toutefois, M. Joffroy, dans sa remarquable thèse : De V influence des excitations cutanées sur la circulation et la calorification, se demande s'il ne s'agit pas ici d'un effet général plutôt que d'un retentissement à distance; il est porté à croire que l'on obtiendrait expérimentalement le même effet des manuluves que des pédiluves, à la condition d'agir plus énergiquement, avec le froid ou le chaud, sur les mains que sur les pieds plus impressionnables.
Schuller admet une sorte d'antagonisme entre la circulation générale et la circulation cérébrale, de telle façon que, en provoquant un resserrement dans les
vaisseaux de la circulation pe'riphe'rique, thoracique et abdominale, ceux du cerveau se dilateraient. Inversement ils se contracteraient lorsqu'on déterminerait une dilatation dans les vaisseaux de la circulation générale. On comprend que, dans certains cas, une douche froide générale, chez des individus prédisposés à la congestion cérébrale, pulmonaire ou rénale, pourrait, en vertu du refoulemont brusque du sang de la périphérie au centre avoir une inlluence fâcheuse sur la circulation de ces organes et amener des désordres plus ou moins graves. De là le précepte de pratiquer, avant la douche, une lotion froide sur la région dont on a lieu de supposer que le tonus vasculaire se trouve affaibli, afin de le fortifier.
Pour résumer ce que nous venons d'exposer au sujet des effets physiologiques de l'eau froide en applications générales ou locales, et pour en donner en même temps l'explication théorique, nous dirons que l'eau froide, en applications partielles ou générales sur la surface de la peau, exerce sur l'organisme une action qui varie suivant la forme, la durée de l'application, la température de Veau, la température de l'air ambiant, Vimpressionnabilité du sujet, etc., et qui se traduit par des modifications plus ou moins marquées de la circulation, de la respiration, de la calorification, de la nutrition et de l'innervation. L'action de l'eau froide est complexe, mais on peut dire d'une manière générale qu'elle revêt deux formes principales : en effet, cette action est tantôt excitante et tantôt sédative, suivant que l'application est faite avec de l'eau très-froide (de 0 à 10 ou 12 degrés centigrades) et qu'elle est de courte durée (une à cinq minutes), ou bien qu'elle est faite avec de l'eau modérément froide (14 à 20 degrés) et qu'elle est suffisamment prolongée (cinq à dix minutes).
L'action sur les vaisseaux est primitivement une action de contraction ou de resserrement suivie secondairement d'une dilatation. L'excitation périphérique est transmise à la moelle par les nerfs sensitifs et produit une excitation dans les centres vaso-moteurs dont l'activité est accrue; l'excitation des cellules vasomotrices est transmise à son tour aux muscles vasculaires par les tubes vasomoteurs qui vont des cellules vaso-motrices aux fibres musculaires des vaisseaux de la région excitée; le tonus normal de ces vaisseaux est augmenté, d'où leur resserrement; à la période d'excitation des cellules vaso-motrices succède une période d'affaiblissement ou d'épuisement de leur activité, d'où la diminution du tonus vasculaire et la dilatation des vaisseaux consécutive à leur resserrement.
Le resserrement des vaisseaux s'accompagne d'une augmentation de la pression sanguine et d'une accélération du courant sanguin; par contre, la dilatation vasculaire est suivie d'une diminution de la pression sanguine et d'un ralentissement du courant sancruin.
Relativement à l'action des applications froides sur le cœur et le pouls, la divergence des résultats obtenus par les expérimentateurs n'est pas moins grande que celle que nous avons constatée au sujet de la température. Ainsi, tandis que Fleury, après une immersion ou une douche générale de vingt-cinq minutes à une heure de durée, dans de l'eau à 10 ou 14 degrés, observe une diminution de 6 à 9 pulsations par minute dans la fréquence du pouls, Winternitz (de Vienne) constate tout d'abord une augmentation de 5 à 6 pulsations par minute, puis le pouls revient rapidement à la normale et subit une diminution de 6 pulsations, c'est-à-dire qu'il perd en fréquence ce qu'il avait gagné en premier lieu ; et même, quelque temps après la douche ou l'immersion, pendant que le sujet se rhabille, il se produit encore une diminution de quelques pulsations.
La diminution de la fréquence du pouls après les applications extérieures d'eau froide a été notée par bon nombre d'expérimentateurs, mais tous n'ont pas, comme \Yiiiternitz, signalé l'augmentation de cette fréquence au début de l'application, soit qu'elle leur ait échappé à cause de sa courte durée, soit que le phénomène constaté par Winternitz ^ne soit pas toujours aussi marqué que le dit cet auteur. Outre Fleury, qui ne parle pas de cette augmentation et signale, au contraire, une diminution de 7 à 9 pulsations par minute, en moyenne, nous devons citer Richter et Pleniger, qui ont observé, soit après la douche, soit api'ès l'enveloppement dans le drap mouillé, une diminution moyenne de 15 pulsations par minute. Il faut rappeler enfin que Bence Jones et Dickinson, à la suite d'une douche en pluie à la température de 18 degrés, d'une durée de vingt minutes, ont constaté une diminution de 50 pulsations par minute, résultat d'une véritable sidération du système nerveux par la trop longue durée de la douche froide.
Même défaut de concordance entre les résultats observés par les auteurs qui ont noté l'action des applications froides sur la respiration. Fleury déclare que, dans ses expériences, l'abaissement de la température générale et la diminution de la fréquence du pouls n'ont été accompagnées d'aucune « modification appréciable de la respiration. » Richter et Pleniger, au contraire, ont constaté une augmentation de 6 inspirations par minute, coïncidant avec une diminution de 15 pulsations cardiaques. Enfin, selon Halle, Guibert, Nysten, la respiration « se ralentit dans les mêmes proportions que le pouls. »
Nous avons de la peine à comprendre que le fait d'observation dont il s'agit ait pu être interprété d'une manière difféiente par les auteurs que nous venons de citer. En ce qui nous concerne, nous l'avons toujours vu se passer de la façon suivante : pendant la première partie de l'application de l'eau froide (douche ou immersion), nous avons observé l'augmentiition de la fréquence des mouvemeuts respiratoires, coïncidant le plus ordinairement avec la diminution de leur amplitude, comme si en devenant plus fréquents ils devenaient en même temps plus . brefs et prenaient le caractère saccadé, convulsif, des mouvements respiratoires, chez les individus menacés de suffocation, puis, une fois cette première période passée, nous voyons la respiration se ralentir et devenir en même temps plus large et plus profonde, soit vers la fin de la douche ou de l'immersion, soit lorsque le sujet, l'opération terminée, s'essuie ou s'habille.
Ces modifications du côté de l'impulsion cardiaque et du côté des mouvements respiratoires s'expliquent par le retentissement de l'excitation périphérique sur le centre bulbaire. M. Yulpian pense que cette excitation se réfléchit non- seulement sur les nerfs vaso-moteurs qui vont se rendre aux muscles des vaisseaux, mais encore sur le nerf de Gyon ou nerf accélérateur, A'ovl l'accélération primitive des battements cardiaques à laquelle succède, par épuisement de l'action de ce nerf, le ralentissement de ces mêmes battements ; lorsque ce ralentissement est primitif, c'est que l'excitation périphérique, plus intense, s'est rétléchic d'abord sur le pneumogastrique, dont l'excitation a pour effet de diminuer les pulsations cardiaques et même, quand l'excitation est trop forte, de produire l'arrêt du cœur.
En même temps que le ralentissement des pulsations cardiaques il y a également ralentissement des mouvements respiratoires, comme nous l'av^ms dit précédemment, ralentissement qui coïncide avec une largeur et une profondeur plus grandes des inspirations.
Nous avons vu quelle était l'action des applications d'eau froide sur la calori-
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ficaùoii ; celte action se déduit tout naturellement de l'intluence exerce'e par l'eau froide sur les grandes fonctions de circulation et de respiration. La respiration devenue plus large et plus profonde introduit dans les poumons une masse d'oxygène plus considérable; celle-ci, grâce à une circulation plus active, pénètre avec plus de rapidité jusqu'aux capillaires et jusqu'aux éléments des tissus qui subissent, au contact de l'oxygène, une combustion plus énergique se résolvant en une augmentation des échanges nutritifs et des transformations organiques, principales sources de la cbaleur animale.
Ainsi s'explique, à notre avis, la contradiction apparente qui a été indiquée entre la soustraction de calorique opérée à la surface du corps par une courte application d'eau froide d'une part, et l'augmentation concurrente de la chaleur centrale d'autre part; phénomène que Hoppe et Liebermeister, qui l'ont signalé les premiers, attribuent à une sorte de force régulatrice en vertu do laquelle l'organisme proportionne la production du calorique intérieur aux pertes de chaleur éprouvées à la périphérie. Lorsque l'application froide, douche ou immersion, est prolongée au delà d'une certaine limite (cinq minutes, par exemple), la production de la chaleur intérieure ne peut plus compenser les pertes extérieures, et alors le thermomètre accuse une diminution, au lieu d'une augmentation de la température centrale. C'est ainsi que nous avons déjà expliqué la différence dos résultats constatés par les divers expérimentateurs suivant qu'ils plaçaient les sujets de leurs expériences dans des conditions diflerentes, les uns les soumettant à des applications courtes ou excitantes, les autres à des applications prolongées ou sédatives.
Los effets des applications de l'eau froide sur la fonction de la calorification impliquent naturellement, comme nous l'avons indiqué plus haut, une modification dans les actions chimiques, les combustions organiques, les échanges nutritifs, aboutissant à une augmentation de l'action organique, de la vitalité fonctionnelle, do l'innervation générale.
C'est donc, en somme, par une modification de l'innervation que commence et que finit la série des actions organiques provoquées par les applications de l'eau froide, actions qui peuvent être représentées comme s'enchaînant de la manière suivante : excitation des nerfs sensitifs périphériques au contact de l'agent réfrigérant, propagation de cette excitation à la moelle et aux divers centres vasomoteurs, d'où, par l'intermédiaire des nerfs cérébro-spinaux et sympathiques, une série de réilexes modificateurs des circulations locales et de la circulation générale, des mouvements cardiaques et des mouvements respiratoires, des combustions organiques et des échanges nutritifs, partant de la calorification, etc., série de réflexes dont le résultat final est une augmentation de la vitalité générale, une activité plus grande des fonctions digestive et assmiilatrice, un accroissement de la force musculaire, de l'aptitude au travail, une sensation de bien-être, d'équilibre physique, intellectuel et moral, ensemble remarquable que nous avons résumé d'un mot, il y a vingt-trois ans, dans notre article Affcsio.>, eu disatit que le résultat final des applications froides de courte durée était une action « toni-sédative ».
Nous avons dû nous étendre plus longuement que nous n'eussions voulu sur l'étude de l'action physiologique des applications extérieures de l'eau froide, à cause de l'importance capitale qu'elles ont en hydrothérapie, dont elles constituent la base fondamentale.
En ce qui concerne l'action physiologique des applications extérieures de l'eau
chaude, nous renverrons le lecteur à l'article Bains ; et, pour ce qui touche la physiologie des applications alternatives cVeau chaude et d'eau froide, à l'article Douches, qui renferme tout ce qne nous aurions à dire à ce sujet, dans les paragraphes consacrés aux douches alternatives et aux douches écossaises.
Nous arrivons doncimmédiatementà notre troisième partie, c'est-à-dire à l'exposition des effets hygiéniques et des effets thérapeutiques des applications extérieures de l'eau froide ou chaude.
TROISIÈME PARTIE. Elle comprend : 1'^ les effets hygiéniques; 2" l'action thérapeutique.
1" Effets hygiémqces. L'utilité des applications hydrothérapiques considérées au point de vue de l'hygiène, c'est-à-dire de la conservation de la santé, ne saurait être révoquée en doute. Elle résulte théoriquement de tout ce qui vient d'être dit touchant l'action physiologique de ce puissant modificateur. En stimulant et régularisant les grandes fonctions de l'économie, l'innervation, la circulation, la calorification, la nutrition, il place l'organisme dans les conditions les plus favorables au maintien de la santé, puisque celle-ci consiste dans le juste équilibre de tous les systèmes organiques. Pratiquement, l'observation et l'expérience démontrent que l'emploi méthodique et raisonné des apphcations hydrothérapiques exerce la plus heureuse influence sur la santé des personnes qui s'y soumettent.
On peut dire sans exagération que l'eau froide, mise en usage à titre d'agent hygiénique, convient à tous les âges de la vie, depuis la naissance jusqu'à la vieillesse la plus avancée.
Les auteurs des traités d'accouchement les plus récents, M. Tarnier, entre autres, conseillent de laver chaque matin le corps de l'enfant. « Ces lotions, dit M. Tarnier, se font soit à l'eau chaude, soit à l'eau froide, que les enfants supportent parfaitement pourvu que l'essuyage soit bien fait. »
« Il convient, dit encore M. Tarnier, de baigner souvent les jeunes enfants ; en Angleterre on les baigne quotidieimement, et cet usage s'est répandu dans un grand nombre de familles françaises. Ces bains doivent être frais, c'est-àdire à une température de 25 degrés environ ; en été on leur donne la température de l'eau non chauffée. Leur durée ne doit généralement pas dépasser deux ou trois minutes; elle doit être d'autant plus courte que la température de l'eau est plus basse. »
Ces pratiques hygiéniques doivent être continuées à mesure que l'enfant avance en âge; dès l'âge de deux ou trois ans, on peut sans inconvénient administrer aux enfants la douche en jet ou la douche en pluie, à la température de 14 à 16 degrés, de quelques secondes de durée. A Bellevue, j'ai donné des douches en pluie à un petit garçon de dix-huit mois que sa mère tenait dans ses bras; l'enfant a crié un peu, aux deux ou trois premières douches, puis il s'y est habitué et a hni par les trouver tellement à son goût qu'il venait spontanément les réclamer lui-même lorsqu'on laissait passer l'heure à laquelle il les prenait d'habitude. Je donne actuellement des douches à deux enfants, un petit garçon de trois ans et une petite fille de cinq ans, petit-fils et petite-fille de l'un des plus honorables praticiens de Paris. Ces enfants ont pris des douches pendant tout l'hiver, par tous les temps, non-seulement sans répugnance, mais encore avec un véritable bonheur qui se manifestait par de joyeux éclats de rire avant, pendant et après la douche, laquelle est toujours pour eux une petite
fête. Pendant tout cet hiver, contrairement à leur habitude, ils n'ont pas été sérieusement enrhumés ; lorsque se manifestait un commencement de rhume, leur mère me les amenait quand même à la douche et, au bout de deux ou trois jours, le rhume avait disparu sans autre traitement.
C'est [en effet un des principaux résultats des applications hygiéniques de l'eau froide de rendre l'organisme, principalement chez les enfants et les jeunes gens, léfractaire aux influences atmosphéiiques, ou du moins d'atlénuer singulièrement l'action de ces influences. L'habitude de réagir sous l'eau froide donne l'aptitude à réagir sous l'air froid, et c'est ainsi qu"on peut s'expliquer comment des enfants et des jeunes gens, bien portants d'ailleurs, mais ayant une déplorable facilité à contracter, au moindre refroidissement, des coryzas, des laryngites, des bronchiles, des maux de gorge, etc., se trouvent débarrassés, au bout d'un certain temps de pratique hydrothérapique, de cette fâcheuse prédisposition.
Ce sont les tempéraments lymphatiques, nerveux, et les tempéraments mixtes, c'est-à-dire mélangés de lymphatique et de nerveux, auxquels conviennent plus particulièrement les applications de l'hydrothérapie hygiénique. }yos observations personnelles concordent avec celles de L. Fleury, qui a vu chez un grand nombre d'enfants, sous l'influence des douches froides longtemps continuées, le tempérament lymphatique se transformer en tempérament sanyuin définitivement acquis avec tous ses attributs, parmi lesquels il faut compter en première ligne l'équilibre à peu près parfait de la santé et l'exemption ou du moins l'heureuse et prompte terminaison de la plupart des maladies du jeune âge.
On ne saurait donc soumettre de trop bonne heure et avec trop de persévérance à l'usage des pratiques hydrothérapiques les enfants marqués, à leur naissance, de quelque tache originelle , c'est-à-dire dans les familles desquels existe quelque tare organique, transmissible par Thérédilé : scrofule, tuberculose, cancer, rhumatisme, goutte, syphilis, épilepsie, hystérie, aliénation, etc., etc., toutes maladies qu'il est difficile, pour ne pas dire impossible, de guérir le plus souvent, une fois déclarées et ayant pris droit de domicile dans l'organisme, mais dont il est rationnel de chercher à empêcher l'éclosion au moyen de cette thérapeutique fonctionnelle préventive dont l'hydrothérapie est l'un des premiers agents.
L'hygiène hydrothérapique n'est pas moins utile à l'enfant lorsque, ayant franchi la période critique des premières années de la vie, il approche de la seconde phase critique de son évolution organique, nous voulons dire celle de la puberté. C'est l'époque de la manifestation des maladies dites « décroissance», à cause des modifications si importantes qui s'accomplissent à ce moment dans le développement du système osseux : de là ces ostéites et ces périoslites de croissance, si graves et dont le retentissement funeste peut compromettre la santé pour le reste de l'existence. C'est également l'époque où l'organisme eu travail de fonctions nouvelles, de l'ovulation chez la jeune fille, de la sécrétion du sperme chez le jeune garçon, semble se recueillir pour concentrer tous ses efforts sur l'accomplissement de cette grande œuvre de création. De là ces anémies, ces chloroses, ces chloro-anémies , ces névropathies multiples et diverses, souvent rebelles, qui annoncent le trouble profond de l'équilibre organique provoq ué par l'entrée en scène de nouveaux et importants organes, l'ovaire, l'utérus, le testicule.
C'est l'époque, enfin, où à toutes ces causes de perturbation de la santé
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viennent s'ajouter, pour un grand nombre de jeunes filles et pour un plus grand nombre encore de jeunes garçons, les fatigues de la scolarité, plus grandes aujourd'hui qu'elles ne l'ont jamais été, à cause de la surcharge des programmes, et dont les effets funestes sur la santé des enfants et des jeunes gens, signalés par de bons observateurs comme un véritable péril social, leur ont fait pousser un cri d'alarme qui a retenti si éloquemment au sein de l'Académie de médecine lors de la discussion récente sur « le surmenage intellectuel et la sédentarité dans les écoles. »
Nous sommes assuré de n'être contredit par personne en affirmant hautement que le séjour à la campagne, l'exercice, la gymnastique, auxquels il convient d'ajouter les pratiques hydrothérapiques, sont les moyens les plus puissants de prévenir les affections de cette période de la vie, de s'opposer aux maladies de croissance, de mener à bien le passage de l'enfance à l'adolescence, et, en particulier, de combattre les effets fâcheux du surmenage. Telle a été l'opinion de la plupart des orateurs qui ont pris part à la discussion académique, entre autres de MM. Brouardel, Peter, Hardy, Lagneau, Lancereaux, etc., qui ont insisté avec force sur la nécessité de transporter de la ville à la campagne les lycées et collèges destinés à recevoir des pensionnaires. Dès l'année 1852, le créateur de l'hydrothérapie rationnelle signalait le péril de l'instruction à outrance donnée à cette époque aux enfants des lycées et des collèges de l'Université, le danger du défaut d'équilibre entre les travaux intellectuels forcés auxquels ces enfants étaient condamnés et les exercices corporels auxquels rien ne les obligeait de se livrer; il proposait comme remède aux inconvénients graves que cet état de choses avait pour la santé des élèves une plus large part faite aux exercices physiques dans le système d'éducation, et l'installation, dans chacun de ces établissements scolaires, d'un service de douches froides placé sous la direction d'un médecin instruit et expérimenté.
Nous ne sachions pas que la proposition de Fleury ait été acceptée, du moins en France, par cette Administration si éclairée et si amie du progrès que nous avons le bonheur de posséder et « que le monde nous envie. »
Il serait également d'une grande utilité, nous dirons même d'une indispensable nécessité, que les pratiques de l'hydrothérapie hygiénique entrassent de plus en plus dans les habitudes des jeunes filles et des jeunes femmes du monde, ne fut-ce que pour atténuer autant que possible les effets désastreux qu'exercent sur leur santé les mauvaises conditions hygiéniques créées par les usages du milieu social dans lequel elles vivent. Les exigences de la vie mondaine qu'elles mènent et à la tyrannie desquelles elles ne peuvent pas ou ne veulent pas se soustraire les condamnent à une existence absolument contraire aux règles d'une saine hygiène et on ne peut plus préjudiciable à leur santé. Les représentations théâtrales, les bals, les soirées, les fêtes, s'il est permis de donner ce nom à ces réunions mondaines ou plutôt à ces cohues où l'on convoque généralement beaucoup plus de monde que les appartements dont on dispose aujourd'hui ne peuvent en contenir, où l'on s'entasse, par conséquent, où l'on se heurte, où l'on ne peut se mouvoir qu'avec peine, où l'on respire uu air échauffé, raréfié et vicié par la respiration de centaines de poitrines humaines, par la combustion de milliers de bougies ou de becs de gaz, où l'on passe les longues heures de la nuit à s'agiter, à danser, à transpirer, à se fatiguer ; d'où l'on ne sort, enfin, qu'au point du jour, excédées, épuisées, blêmes, les traits pâlis, lassatœ, sed non satiatse, comme dirait Juvénal ; toutes ces prétendues DICT. ENC. 4° s. XIY. 47
fêtes qui mériteraient bien plutôt le nom de corvées, si on les considérait avec le sens rassis d'un philosophe, et qui constituent ce qu'on appelle les plaisirs du monde, exercent, par suite des mauvaises conditions hygiéniques qui les accompagnent, la plus fâcheuse influence sur la santé des jeunes filles ou des jeunes femmes dont elles forment l'occupation et la préoccupation habituelles. Elles apjiortent l'élément principal à la constitution de cet état morbide que l'on a si justement désigné sous le nom de malaria urbana et que l'on pourrait tout aussi bien appeler la malaria mondaine. Ajoutez à ces traits le défaut d'exercice au grand air, l'absence d'appétit, l'insuffisance de l'alimentation, le désœuvrement des lendemains de ces fêtes et l'ennui que ce désœuvrement engendre, et vous aurez le tableau à peu près complet des causes physiques et morales qui contribuent si malheureusement à altérer la santé des jeunes filles et des jeunes femmes du monde, en déterminant ces anémies, ces chloroses, ces chloro-anémies, ces hystéries, ces névralgies, ces gastralgies, ces névroses de toute sorte devenues de nos jours de plus en plus communes.
En attendant qu'une réforme radicale s'opère dans nos mœurs, à ce point de vue, chose peu probable, les pratiques hydrothérapiques constituent le meilleur moyen de combattre l'action débilitante résultant de celte hygiène détestable, et d'en atténuer au moins les effets. Par leur action tonique, excitatrice des fonctions digeslives, régulatrice de la circulation et de l'innervation, les douches froides contribueront puissamment à prévenir la genèse de ces maladies, de même qu'elles pourront être considérées comme susceptibles de favoriser le développement normal de la grossesse, d'empêcher les troubles dont elle est si souvent traversée, de prévenir les avortements, les accidents des suites de couches, ainsi que les affections utérines : congestions, inflammations, déplacement, etc., qui en sont la conséquence.
Nous croyons que personne ne sera tenté de nous taxer d'exagération, si nous avançons que l'hydrothérapie est un des éléments les plus importants de l'hygiène des professions, quelles qu'elles soient. Les hommes d'étude, les hommes de cabinet, les gens d'affaires, trouvent en elle un dérivatif salutaire du travail cérébral, souvent excessif, auquel la nature de leurs occupations les oblige, en même temps que, grâce à l'exercice obligatoire qu'il faut faire avant et après la douche, elle est un remède aux inconvénients de la vie sédentaire à laquelle ils sont condamnés pour le même motif; au contraire, ceux à qui leur profession demande une grande dépense de force musculaire, qui sont affaiblis par des sueurs plus ou moins abondantes, retrouvent en quelque sorte, par enchantement, après une douche froide, le ressort et la vigueur momentanément perdus par l'excès de fatigue.
Enfin ceux qui par état sont appelés à manier des substances toxiques, ceux dont la peau se trouve exposée au contact et aux incrustations de poudres délétères, ont dans la douche chaude ou froide et les frictions qui la suivent un moyen excellent de débarrasser le tégument externe du contact irritant de ces substances et d'éviter ainsi les inconvénients ou les dangers inhérents à leur profession.
La vieillesse elle-même, nous disons la plus avancée, n'est pas déshéritée des bienfaits des pratiques de l'hydrothérapie hygiénique. Les lotions, les enveloppements au drap mouillé avec frictions, les douches froides, courtes et convenablement administrées, suivies de frictions énergiques avec le gant de crin, avec la flanelle sèche ou imbibée d'un liquide excitant, stimulent, le système ner-
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veux et le système circulatoire plus ou moins languissants du vieillard, entretiennent la souplesse et l'élasticité de la peau, ainsi que le ton et l'énergie du système musculaire. Nous connaissons plus d'un vieillard qui attribue à l'usage journalier de cette hygiène la conservation, à un âge très-avancé, d'une santé relativement florissante et exempte des infirmités si communes à cette triste période du déclin de la vie.
2° Effets thérapeutiques. — L. Fleury admet dix espèces de médications hydrothérapiques divisées en deux classes : la première basée sur l'action réfrigérante, la seconde sur l'action excitante de l'eau froide. Dans la première classe il compte trois espèces de médications : 1» la médication antiphlogistique ; 2° la médication hémostatique; 5° la médication sédative et hyposthénisante. Dans la seconde classe il comprend sept espèces de médications : 1° la médication reconstitutive et tonique; 2° la médication excitatrice; 3" h\ médication révulsive; 4" la médication résolutive; 5" la médication sudorifique altérante, dépurative ; 6'^ la médication antipériodique ; 7" la médication pro])hylactique ou hygiénique. Nous croyons que l'on pourrait réduire les dix médications de Fleury à deux : la médication sédative et la médication excitante, toutes les autres pouvant, de l'aveu même du maître, être ramenées à ces deux formes principales dont elles ne sont que des modalités ou des degrés.
Ainsi, dit Fleury, « la médication hydrothérapique sédative ne diffère que par deux modifications de la médication antiphlogistique, dont elle n'est qu'une atténuation, » Quant aux médications reconstitutive et tonique, révulsive, résolutive, sudorifique, antipériodique, etc., elles dérivent toutes de la médication excitante. Cette dichotomie a d'ailleurs l'avantage d'être applicable à l'eau chaude comme à l'eau froide.
Ainsi que nous avons eu plusieurs fois l'occasion de le faire remarquer dans nos précédents articles, le modus faciendi diffère suivant que l'on veut obtenir soit les effets sédatifs, soit les effets excitants ou toniques. S'agit-il des applications froides, on les rend sédatives en élevant de quelques degrés la température de l'eau (16 à 20 degrés centigrades) et en augmentant la durée de l'application (cinq à dix minutes et au delà) ; on les rend toniques ou excitantes en abaissant la température au-dessous de 14 degrés centigrades et en réduisant à quelques secondes, à une minute au maximum la durée de l'application.
La forme de l'application doit en outre entrer en ligne de compte; les immersions, les affusions, les douches à faible pression, en un mot, toutes les applications dans lesquelles l'eau baigne les tissus sans les frapper, sont favorables aux effets sédatifs ; les effets excitants, au contraire, exigent les douches à forte pression : douches en jet non brisé, en colonne, en pluie, en cercle surtout, dans laquelle l'eau est divisée en une multitude de petits jets qui exercent sur la peau une percussion vive et énergique.
S'agit-il des applications chaudes, on les rend sédatives en abaissant la température du liquide au-dessous du degré de la température centrale (de 55 à 25 degrés centigrades) ; on les rend excitantes, au contraire, lorsque la température de l'eau s'élève auKlessus du degré de la clialeur normale du corps (de 57 à 45 et jusqu'à 50 et 55 degrés centigrades).
Dans la douche dite écossaise et dans celle dite cdternative, oh. l'application est successivement chaude et froide, on obtient les effets sédatifs par l'emploi successif des températures moyennes chaude et froide (de 55 à 20 degrés centigrades et au-dessous) ; les effets excitants sont obtenus par le contiaste brusque
des températures extrêmes, alternativement hautes et basses (de 55 à 14 et 10 degrés centigrades et au-dessous).
Médication sédative. Elle convient à tous les états dans lesquels se manifestent des symptômes d'excitation vasculaire ou nerveuse. L'hyperesthésie, la douleur, l'hyperémie, l'inflammation, les convulsions, les spasmes, etc., réclament l'emploi de cette médication.
Tout le monde sait que la douleur la plus vive d'une brûlure, d'une contusion, est calmée presque instantanément par l'immersion de la partie lésée dans l'eau froide. Les compresses d'eau froide souvent renouvelées sont le remède vulgaire delà céphalalgie. Les meilleurs praticiens ont conseillé, de tout temps, le même moyen pour calmer les douleurs du rhumatisme articulaire aigu ou de la goutte. Les convulsions et les spasmes des attaques de certaines névroses, de l'hystérie, par exemple, sont le plus ordinairement apaisés et parfois trèsrapidement arrêtés sous l'influence du bain froid. 11 suffit très-souvent de l'application de compresses trempées dans l'eau froide pour calmer immédiatement les paljjitations cardiaques, la toux, le hoquet, la dyspnée, les vomissements spasmodi{iues, tous phénomènes que l'on observe si fréquemment chez les névropathes.
On 'sait quel usage on a fait du bain froid comme sédatif, dans ces dernières années, pour combattre certaines maladies fébriles, en particulier la fièvre typhoïde et le rhumatisme cérébral. On a même, surtout en Allemagne, érigé la médication sédative par le bain froid en système de traitement de la première de ces maladies, sous le nom de « méthode antithermique » ou de « méthode de Brand ». dénomination inexacte, puisque Brand n'a été en cela que le partisan enthousiaste et le vulgarisateur des idées de Bartels et de Yiirgensen (de Kiel).
L'indication de l'emploi du bain froid est tirée de l'état de la température du malade accusée par le thermomètre. Toutes les fois que cette température reste stationnaire aux environs de 39°, 5 centigrades, l'indication est considérée comme formelle par les sectateurs de la méthode. Le malade est alors plongé dans un bain dont la température varie entre 15 et 20 degrés centigrades et dont la durée est de cinq à dix minutes, durée qui doit toujours être en rapport avec l'état plus ou moins marqué de faiblesse et d'impressionnabilité dn sujet. Retiré du bain, le malade est porté sur son lit où il est essuyé sans être frictionné. On l'enveloppe dans un drap et dans de légères couvertures et on le laisse dans un repos absolu, après lui avoir mis aux pieds une boule d'eau chaude.
Ces bains froids sont administrés ainsi en nombre variable dans les vingt-quatre heures, dès que la température du corps, abaissée par le bain précédent, est redevenue supérieure à 39 degrés.
La méthode de traitement de la fièvre typhoïde par les bains froids a été diversement jugée par les observateurs; elle a eu ses détracteurs et ses preneurs enthousiastes ; après avoir joui quelque temps d'une vogue exceptionnelle, après avoir soulevé dans les académies et les autres sociétés savantes d'ardentes controverses, elle semble aujourd'hui ramenée à un rôle beaucoup plus modeste. Gomme le disait le professeur Peter à la tribune de l'Académie de médecine, dans une discussion récente : « Le traitement de la fièvre typlioïde par les bains froids est aujourd'hui abandonné en France, et l'on n'emploie plus les bains froids que dans des cas nettement déterminés par moi, non pas pour soustraire
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du calorique, pour abaisser la tempe'rature du corps, mais pour modifier l'état du système nerveux. »
Le traitement par les bains froids a été également appliqué au rhumatisme articulaire aigu byperpyrétique et principalement au rhumatisme cérébral. Dans une discussion qui eut lieu en 1875 au sein de la Société médicale des hôpitaux, des faits remarquables, prouvant l'efficacité de cette médication dans des cas de rhumatisme cérébral d'une extrême gravité, furent communiqués par Maurice Raynaud, MM. Féréol, Blachez, etc. D'après ces observateurs, toutes les fois que, sans complication inflammatoire apparente, la température du corps s'élève à 40 et 41 degrés ou au-dessus, et qu'il se produit des accidents cérébraux : délire, agitation, etc., l'indication des bains froids est formelle. La température du bain doit être de 20 à 25 degrés et sa durée de vingt-cinq à trente minutes. Le malade est retiré du bain dès les premiers frissonnements et remis dans son lit après avoir été essuyé; on renouvelle le bain dès que la température tend à remonter à son degré primitif.
Tout ce que nous venons de dire du rhumatisme fébrile s'applique également à la chorée, dont l'origine est si souvent rhumatismale.
On a parfois associé au bain froid les affusions froides sur la tête pendant la durée du bain.
D'autres ont substitué au bain froid les enveloppements froids dans le drap mouillé, qui sont moins pénibles pour les malades et qui ont une valeur de réfrigération supérieure à celle des affusions. Sur un lit de sangle, recouvert d'une couverture de laine, on étend un grand drap préalablement trempé dans de l'eau très-froide et plus ou moins fortement tordu; le malade entièrement nu, après quelques aspersions rapides sur la figure, lecou, la poitrine, en vue de prévenir les mouvements congestifs vers ces parties, est placé sur ce drap dont on l'enveloppe en ayant soin d'interposer un pli du drap entre les jambes et d'autres plis entre les bras et le corps, de telle façon que toute la surface cutanée se trouve en contact avec le linge mouillé. Par-dessus le drap on replie la couverture de laine, et on laisse le malade ainsi enveloppé pendant une dizaine de minutes, après lesquelles on renouvelle la même opération et ainsi de suite jusqu'à 4, 0 ou 6 enveloppements successifs. Liebernieister et Winternitz attribuent à une séance de 4 ou h enveloppements des effets antipyrétiques comparables à ceux d'un bain froid de dix minutes de durée, à la température de 20 à 22 degrés.
Telles sont, en résumé, les considérations que nous avions à présenter au sujet des applications froides sédatives.
Médication excitante ou tonique. Basse température de l'eau, forte percussion et courte durée, telles sont les trois conditions essentielles de l'action excitante des applications froides. Cette médication a pour principaux instruments les appareils dans lesquels l'eau est soumise à une pression plus ou moins considérable et se trouve ainsi animée d'une grande force de percussion au moment où elle frappe la surface du tégument externe. La douche est l'agent essentiel de la médication excitante. C'est elle qui, sous les noms divers et les formes variées de douche en pluie, en jet, en colonne, en cercle, en nappe, en aiguilles, etc., répond aux indications du traitement de l'immense majorité des maladies qui se réclament de la médication hydrothérapique. Nous ne saurions donc mieux faire que de renvoyer le lecteur à notre article Douche pour tout ce qui concerne la médication excitante ou tonique, car tout ce que nous pourrions
en dire ici ferait double emploi avec les considérations que nous avons déjà longuement développées sur cet important sujet, aussi bien au point de vue de l'hydrothérapie chaude qu'à celui de l'Iiydrothérapie froide.
Nous devons également renvoyer le lecteur à nos articles Affusion, Bain, Friction, Lotion, Immersion, Irrigation, pour tout ce qui concerne les formes particulières des applications Iiydrolhérapiques dont nous ne pouvons parler ici que d'une manière générale.
Plus nous méditons sur cette grande question de thérapeutique qui est l'objet constant de nos préoccupations depuis trente ans, plus nous sommes confirmé p;ir une longue expérience dans la pensée que les effets thérapeutiques de l'hydrothérapie froide sont dus en dernière analyse à une stimulation primitive cla système nerveux, de laquelle découlent les actions secondaires dépendant des modifications observées dans les grandes fonctions de circulation, de calorification et de nutrition. Dans les maladies fébriles et surtout dans les formes ataxoadynamiques de ces maladies où l'affaiblissement radical des forces de l'organisme se trouve masqué, en quelque sorte, par des phénomènes de surexcitation nerveuse, agitation, délire, etc., on est souvent surpris de la rapidité avec laquelle tombe ce masque trompeur sous l'influence de l'action toni-sédative d'un bain froid, d'une affusion, d'une simple lotion avec une éponge imbibée d'eau froide, de telle sorte qu'à l'agitation, à l'insomnie, au déhre furieux, succèdent comme par un brusque changement à vue le calme, le bien-être, le retour de l'intégrité de l'intelligence et d'un sommeil réparateur. Dans un grand nombre d'aflections chroniques, dans les maladies nerveuses de longue durée, ayant amené une débilitation plus ou moins profonde de l'organisme, un état anémique très-prononcé, il suffit très-souvent d'administrer aux malades une ou deux fois par jour une douche de vingt à trente secondes de durée, pour amener au bout d'un certain temps, parfois avec une rapidité extrême, une amélioration considérable suivie d'une guérison complète et définitive. Dans ces cas, l'application froide est tellement courte qu'il devient difficile de faire entrer en ligne de compte, dans l'explication des effets produits, la soustraction du calorique, et la seule interprétation rationnelle que l'on puisse donner du phénomène consiste à admettre la stimulation ou excitation primitive du système nerveux périphérique, transmise aux centres nerveux et amenant par une série de réflexes les modifications si remarquables que l'on observe dans les grandes fonctions de circulation, de calorification et de nutrition, d'où résulte, par un enchaînement d'actions thérapeutiques fonctionnelles et grâce à la répétition journalière de ces mêmes actes, le retour de l'organisme à ses conditions normales d'équilibre qui constituent l'état de santé.
En résumé, nous pensons avec M. le professeur Peter que les effets thérapeutiques des applications extérieures d'eau froide, de l'hydrothérapie proprement dite, résultent essentiellement d'une action stimulante primitive exercée sur le système nerveux et secondairement sur les autres systèmes ou appareils de l'économie. Et c'est pour cela que cette médication puissante s'adresse principalement aux maladies caractérisées par le défaut de stimulus, par l'atonie primitive ou secondaire des organes, par le ralentissement du fonctionnement nutritif, c'est-à-dire à l'ensemble des maladies chroniques et des maladies nerveuses la plupart de ces dernières cachant souvent, sous le masque d'une excitation apparente, la dépression réelle des forces radicales de l'organisme. Le
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résultat final est une action toni-sédative générale amenant peu à peu la reconstitution des forces de l'économie.
Après ces considérations sur les effets thérapeutiques des applications extérieures de l'eau froide, disons quelques mots de l'eau froide prise à l'intérieur.
Eau froide à Vinlérieur. L'eau froide prise en boisson a été considérée par Priessnitz comme l'un des agents les plus importants de la méthode hydrothérapique, celui auquel sont dus en grande partie les effets dépuratifs que le paysan de Grœffenberg attribuait à cette médication : aussi prescrivait-il à peu près indistinctement à tous ses malades l'eau froiele en boisson à des doses considérables (25 à 50 verres par jour), dans le but d'expulser de l'organisme les matières morbifiques, causes de la plupart des maladies. Il est difficile de ne pas admettre que de telles prescriptions aient eu leur raison d'être et leur utilité chez des malades atteints d'affections des voies digestives produites par l'abus des aliments de haut goût et surtout des boissons alcooliques : gastrites, gastralgies, dyspepsies, congestions du foie, des reins, etc. ; chez des goutteux, des graveleux, des calculeux, des individus ayant des cystites aiguës ou chroniques dues à la même cause. Dans de telles conditions, l'usage de l'eau froide comme unique boisson ne peut manquer d'èlre salutaire, indirectement en supprimant la principale cause de la maladie, à savoir l'abus des boissons excitantes, directement, par elle-même, en vertu de ses propriétés délayantes et calmantes, de son action sédative et antiphlogistique qu'elle doit soit à sa composition, soit à sa basse température. Mais il n'en est plus de même lorsqu'il s'agit de malades anémiques, chlorotiques, chloro-anémiques, ou chez lesquels une affection diathésique ou autre a produit un état cachectique plus ou moins prononcé, avec atonie des tissus, diminution de la vitalité et de l'activité fonctionnelle des organes. En pareil cas, l'usage de l'eau froide en boisson peut être encore utile et très-utile, mais à la condition qu'il soit modéré.
« L'eau administrée à l'intérieur à basse température et à dose modérée, dit Fleury, exerce une action tonique, locale et générale, très-puissante. Ce modificateur est appelé à rendre tle grands services aux malades irritables, névropathiques ; à tous ceux chez lesquels l'état des voies digestives ou une affection quelconque rend impossible ou difficile l'administration des médicaments dits toniques, stimulants, corroborants. Pour remplir cette indication, la température de l'eau doit être de -+-4 à -h 8 degrés centigrades; la dose ne doit pas dépasser 8 à 10 verres d'eau dans les vingt-quatre heures, le malade doit faire de l'exercice et ne boire chaque fois qu'un demi-verre d'eau.
« L'eau froide administrée à l'intérieur, à hautes doses, exerce une action altérante et sudorificjue très-précieuse, car, étant en même temps tonique, elle permet de modifier la composition du liquide sanguin, sans débiliter le malade. On y aura recours avec un grand avantage pour les sujets pléthoriques ou atteints de goutte, de gravelle, de maladies du l'oie, d'affections liémorrhoïdales, d'embarras dans la circulation de la veine porte. La température du liquide sera de -f- 6 à + 10 degrés centigrades; la dose de vingt à trente verres dans les vingt-quatre heures.
« Chez les sujets chlorotiques, anémiques, lymphatiques, scrofuleux, cachectiques, etc., l'eau froide doit être administrée à l'intérieur avec modération et prudence ; souvent elle est mal supportée par les voies digestives et souvent son action altérante l'emporte sur son action tonique. Dans les cas de ce genre, elle
ne doit être donnée ijiren petite quantité (2 à 4 verres), etPriessnitz a commis une faute grave en méconnaissant cette contre-indication des hautes doses.
« L'administration interne de l'eau froide à hautes doses n'est donc pas, comme on le pense généralement, partie intégrante et nécessaire de la médication hydrothérapique rationnellement appliquée ; elle n'en est que l'un des agents, et c'est au médecin qu'il appartient de décider dans quelles limites cet agent doit intervenir dans le traitement de chaque malade » {Traité d'hydrothérapie, p. 94, S'^édit., 18G4).
On peut dire qu'aujourd'hui, du moins en France, tous les médecins qui s'occupent d'hydrothérapie se sont ralliés aux sages préceptes de Fleury et ont banni de leur pratique la prescription systématique des boissons à iiautes doses.
On a même peut-être poussé trop loin dans ces derniers temps l'espèce de réaction qui s'est produite contre l'usage de l'eau froide à l'intérieur comme unique boisson, même aux repas, dans le cours du traitement hydrothérapique, que:^lion dont nous devons toucher maintenant quelques mots, à propos dil régime en hydrothérapie.
Du régime des malades pendant le cours de la médication hydrothérapique. Ce régime n'a rien de très-spécial et doit être naturellement adapté aux forces digeslives des malades, et c'est d'après l'élude attentive de l'état particulier de chacun d'eux que le médecin règle la quantité et la qualité des aliments prescrits. A leur arrivée à l'établissement, la plupart, atteints d'affections chroniques qui durent depuis des semaines, des mois ou des années, manquent d'appétit ; beaucoup éprouvent même une répugnance, un dégoût insurmontable pour tous les aliments, quels qu'ils soient ; tous ont des digestions laborieuses, longues, pénibles, accompagnées de renvois aigres, d'éructations inodores ou odorantes, de distension douloureuse de l'estomac par les gaz, qui oblige les malades à desserrer leurs vêtements pendant toute la durée du travail digestif, en un mot, tous les symptômes propres à la dyspepsie flatulente, état qui finit par compliquer la plupart des maladies chroniques et des affections nerveuses.
Un certain nombre de malades sont forcés de se restreindre à une seule espèce d'aliments toujours la même, îa seule qui puisse être tolérée par leur estomac. J'en ai vu qui depuis plusieurs mois, d'autres même depuis plusieurs années, étaient condamnés à se nourrir exclusivement de lait, les autres aliments ne pouvant être digérés. J'ai vu, entre autres, un jeune abbé qui, depuis trois ans, vivait uniquement de lait dont on avait soigneusement, au préalalde, enlevé la crème. Quand je dis qu'il « vivait », je me sers d'une expression métaphorique, car il s'en allait littéralement mouraiit de faim et d'inanition; il avait maigri de trente livres, n'était plus qu'un squelette, pouvait à peine se tenir debout; il était certainement voué à une mort prochaine, que l'on n'eîit pas manqué d'attribuer à une maladie organique de l'estomac, si l'hydrothérapie n'était heureusement intervenue à temps pour l'arrêter sur la pente fatale. Eh bien, grâce aux douches froides, ce malade de trois ans pouvait, au bout de moins de quinze jours, manger des biftecks et des côtelettes ; il était complètement guéri en trois mois de sa longue maladie et avait, dans ce court espace de temps, récupéré tout l'embonpoint qu'il avait perdu ! Depuis deux ans su guérison ne s'est pas démentie.
Je pourrais citer un grand nombre d'observations'semblables, si l'espace mesuré à un article de Dictionnaire me le permettait. Qu'il me suffise de dire, comme
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résumé d'une pratique de trente années, que l'un des premiers et des plus constants effets des douches froides est de réveiller l'appétit et d'améliorer rapidement les fonctions digestives. Et ces effets, véritablement remarquables, s'observent non-seulement chez des individus atteints d'affections purement nerveuses ou de congestions sanguines chroniques du foie, de la rate, de l'utérus, des reins, de la vessie, etc., etc., mais encore dans les cas de lésions matérielles soit des organes digestifs, soit des autres appareils de l'économie. J'ai recueilli et publié des observations de malades venus à Bellevue avec des affections organiques de l'estomac, des intestins, du foie, de la rate, des reins, de l'utérus, du cœur, des poumons, du cerveau, de la moelle, etc., etc., et qui, arrivés à l'établissement, en pleine période cachectique, ont vu leur état s'améliorer d'une façon inespérée, grâce au relèvement rapide de l'appétit, des digestions et de tous les actes nutritifs ; et cela au point de donner aux malades et à leur entourage l'illusion dune guérison complète, illusion qui a pu, dans certains cas, se prolonger pendant des mois et des années après la cessation du traitement hydrothérapique, jusqu'à ce que les progrès de la maladie, d'abord réputée purement nerveuse, aient montré qu'il s'agissait bien réellement d'un état organique de nature incurable. L'étranger qui, dans un établissement hydrothérapique, s'asseoit pour la première fois à la table des pensionnaires, a de la peine à se persuader qu'il est le commensal de vrais malades. Les nouveaux venus parmi ces derniers partagent ce scepticisme et, pendant que, d'un œil mélancolique, ils contemplent leurs compagnons occupés à faire honneur aux mets qui leur sont .«ervis, on les entend murmurer entre leurs dents oisives : « Mais il n'y a ici de malade que moi ! » Eh bien ! souvent huit jours ne se sont pas écoulés sans que les derniers venus se soient mis au diapason des premiers.
L'écueil est ici l'excès de l'alimentation, excès auquel le malade se trouve naturellement entraîné par le développement de son appétit, qui prend de jour en jour une activité ci'oissante, et par le besoin de réparation qu'éprouve un organisme chez lequel l'instinct de la conservation, plus ou moins longtemps endormi par la maladie, se réveille enfin avec une impérieuse énergie.
C'est au médecin de veiller à ce que cet heureux effort de la nature ne finisse point par tourner au détriment de la santé du malade en voie de reconstitution. Il doit par ses conseils et mieux encore, autant que possible, par son exemple, montrer à ses pensionnaires que la sobriété est encore la meilleure garantie du maintien de la santé. 11 est rare, d'ailleurs, que le malade qui a commis des excès alimentaires ne soit bientôt puni par où il a péché. Au bout de quelques temps d'une alimentation trop copieuse, l'appétit commence à languir et finit par se perdre ; il se manifeste des signes d'embarras gastrique constitués 'par un état saburral de la langue et des voies digestives, une sensation de plénitude et de gêne et autres symptômes gastro-intestinaux qui cèdent rapidement à l'emploi d'un purgatif, à quelques jours de diète relative et surtout à des habitudes plus sobres.
Le régime des malades, dans un établissement hydrothérapique, doit être substantiel et abondant sans excès. Il doit être réparateur, les malades ayant besoin de réparation, tant à cause de l'affection, généralement de nature chronique, accompagnée d'amaigrissement, d'anémie, de cachexie, pour laquelle la médication hydrothérapique leur a été prescrite, qu'à cause des nécessités du traitement lui-même, qui oblige ceux qui le suivent à des exercices fréquents : promenades avant et après la douche, exercices gymnastiques plus ou moins
prolonges, etc., toutes causes entraînant des de'penses de forces qui réclament des recettes au moins équivalentes.
Il est d'une grande utilité pour les malades de ne pas être à jeun au moment où ils viennent à la séance liydrothérapique du malin. Nous avons l'usage, à Bellevue, de conseiller aux malades qui suivent le traitement de se présenter à la salle des douches après le léger repas du matin, qui consiste ordinairement en une tasse de lait, de café au lait, de chocolat, de bouillon, de potage, etc., suivant les habitudes de chacun. Cette précaution nous a paru excellente en ce qu'elle contribue à rendre plus facile le mouvement de la réaction. Beaucoup de personnes, imbues du projugé si généralement répandu qu'il ne faut jamais se mettre au bain après avoir mangé, s'imaginent qu'il est préférable de prendre la douche du matin alors que l'estomac est encore vide. C'est une erreur contre laquelle nous ne cessons de nous élever, ayant remarqué souvent que les personnes qui, obéissant à ce préjugé, viennent à la douche avant leur léger repas du matin, ont beaucoup plus de peine à se réchauffer que celles qui, suivant notre conseil, prennent la précaution que nous venons d'indiquer et à laquelle nous n'avons jamais trouvé le moindre inconvénient. 11 ne nous est guère possible, dans un article du genre de celui-ci, d'entrer dans les détails relatifs au régime alimentaire des malades ; nous devons nous contenter des courtes généralités qui précèdent et renvoyer, pour le reste, le lecteur aux récents et importants ouvrages que M. Dujardin-Beaumetz, d'une part, MM. Germain Sée et Labadie-Lagrave, de l'autre, ont publiés sur la matière. Mais il convient de dire quelques mots d'une question liée intimement à notre sujet, à savoir l'usage exclusif de l'eau dans le régime. Priesstnitz et tous les hydropathes qui sont venus après lui se sont accordés à proscrire, d'une manière à peu près absolue, du régime des malades, le vin et les autres boissons fermentées. L'eau pure devait être, à leur avis, la seule boisson prise aux repas, pendant toute la durée du traitement hydrothérapique. Ils défendaient également le thé, le café, les liqueurs, les condiments de toute sorte, et, généralement, tout ce qui est susceptible d'exercer sur l'estomac une action excitante.
Louis Fleury avait cru devoir suivre, sur ce point, d'une manière à peu près complète, les errements de Priessnitz. De son temps, les malades de l'établissement hydrothérapique de Bellevue ne buvaient que de l'eau pure. C'était la seule et unique boisson des rej)as. Pendant toute la durée de notre séjour à l'établissement, comme médecin-adjoint, au temps de Fleury, nous n'avons vu qu'une seule dérogation à cette loi générale à laquelle, il faut le dire, d'ailleurs, tous les malades se soumettaient avec docilité.
C'était au mois de juillet 1857; un grand acteur, Frederick Lemaître, était venu demander à l'hydrothérapie la guérison d'un vertige nerveux qui ne lui permettait plus de paraître sur la scène, et qui en était arrivé au point de lui interdire toute sortie dans la rue, toute promenade, à moins qu'il ne fut suivi d'un domestique constamment attaché a ses pas.
Lorsque, à l'heure du dîner, il vint pour la première fois prendre son repas en commun avec les autres malades, au moment de franchir le seuil de la salle à manger, en voyant la table couverte d'une double rangée de carafes sur laquelle son regard pouvait se promener longuement sans trouver à se reposer même sur un modeste carafon de vin, l'illustre comédien s'arrêta soudain et, détournant les yeux en étendant le bras, comme pour repousser de ce geste tragique quelque vision horrible, il s'écria d'une voix retentissante que faisait trembler la colère :
HYDROTHERAPIE. 747
(( Non, jamais je n'entrerai dans une salle à manger où l'on ne boit que de l'eau ! » 11 retourna sur ses pas et rien ne put le faire revenir sur sa première impression. Louis Fleury tenta vainement de le ramener ù la stricte observation de la loi. Le prince de la science dut entrer en composition avec le roi du théâtre, et tout ce qu'il fut possible d'obtenir de Frederick Lemaître, c'est qu'il se contentât de quatre bouteilles de vin par jour, au lieu de douze qu'il avait l'habitude de boire !
Quelques mois après, le a grand Frederick », comme on l'apitelait alors sans dérision, complètement guéri de son vertige nerveux, grâce à l'hydrothérapie, reparaissait sur la scène qu'il éclaira quelque temps encore des derniers rayons de son génie à son couchant.
Pour nous, contrairement aux errements de notre maître L. Fleury, nous permettons l'usage du vin aux repas à tous les pensionnaires de notre établissement hydrothérapique de Bellevue, et nous ne nous sommes jamais aperçu que cette tolérance eût pour eux le moindre inconvénient. Sans doute nous avons rencontré quelques malades dont l'estomac, en vertu d'une disposition idiosyncrasique, ne s'accommode pas de cette boisson, et alors nous avons mis ces malades an régime de l'eau, soit de l'eau de source ordinaire, soit de l'une des eaux minérales de table le plus en usage : eau de Saint-Galmier, de Bussang, d'Orezza, de Fougues, de Yals, etc., tantôt pure, tantôt mélangée avec une trèspetite quantité de bonne eau-de-vie (une cuillerée à café par verre). A cette faible dose et noyée, pour ainsi dire, dans un verre d'eau, l'eau-de-vie exerce sur certains estomacs débilités et qui ne supportent pas le vin, la bière ni les autres boissons fermentées, une influence favorable qui facilite le travail de la digestion.
11 va sans dire que l'eau des boissons doit réunir les qualités des bonnes eaux de sources, c'est-à-dire qu'elle doit être fraîche, pure, avoir une saveur agréable, bien dissoudre le savon, bien cuire les légumes, etc., en un mot, réaliser les conditions que les hygiénistes exigent d'une eau destinée aux usages de la boisson.
De l'exercice dans le cours du traitement hydrothérapique. L'exercice musculaire est une condition essentielle pour obtenir de la médication hydrothérapique les bons effets que l'on est en droit d'en attendre. En outre de l'heureuse influence qu'il exerce sur la digestion, la circulation, la respiration, les sécrétions, l'innervation, en élevant la température du corps, il prépare, avant l'application froide, il facilite, après cette même application, le mouvement de la réaction, auquel la médication hydrothérapique doit sa vertu tonique et reconstitutive. Nous nous sommes assez souvent expliqué sur ce point fondamental pour n'avoir pas besoin d'y revenir longuement, mais nous ne saurions trop rappeler le précepte qui veut que la température du corps soit élevée avant comme après toute mise en œuvre de ce puissant modificateur, l'eau froide. Or, l'exercice musculaire constitue le meilleur moyen d'élever cette température ; il n'est remplacé que très-imparfaitement par les moyens artificiels auxquels il convient de ne recourir que lorsque l'exercice musculaire est devenu impossible soit par suite de l'état de faiblesse des malades, soit à cause d'une maladie articulaire, musculaire ou nerveuse, qui entrave le jeu régulier des' appareils de la locomotion. Dans ces cas, avant de procéder à l'application hydrothérapique, on frictionne vigoureusement le patient sur toutes les parties du corps, avec un gant de crin ou de la flanelle sèche, ou bien on l'expose, pendant un temps très-court, à la chaleur de l'étuve sèche ou humide, soit plus simplement de la douche chaude immédiatement suivie de la douche froide
(douche écossaise, douche alternative). Après l'application froide, on frictionne de nouveau énergiquement toute la surface du corps du patient, on l'enveloppe de couvertures de laine et on le porte dans son lit où il est entouré, au besoin, de bouteilles d'eau chaude, dont l'une est mise en contact avec la plante des pieds.
Mais, lorsque le malade peut marcher ou faire de la gymnastique, il ne faut, sous aucun prétexte, le laisser, avant comme après la séance hydrothérapique, se réchauffer à la chaleur d'un poêle ou d'un feu de cheminée. Le réchauffement devra toujours être naturel, c'est-à-dire obtenu par des exercices du corps et non par des moyens artificiels. Ces exercices comprennent la marche, la gymnastique avec ou sans appareils, l'escrime, etc. Parmi les divers modes d'exercice, nous donnons la préférence à la marche en plein air et à la gymnastique avec ou sans appareils, à la condition que la manœuvre de ces appareils ne nécessite pas un déploiement trop considérable de force. Nous croyons devoir proscrire, par exemple, les manœuvres du trapèze, dos anneaux, etc., et, généralement, toutes celles qui rentrent dans la catégorie des exercices violents peu convenables pour des sujets plus ou moins affaiblis, anémiques, cachectiques.
Quel que soit le genre d'exercice adopté, il ne devra jamais excéder les forces des malades et sera proportionné, tant pour la durée que pour l'intensité, à l'âge, au sexe, à la conslitution, au degré d'affaiblissement ou de conservation des forces, à la nature ou au degré de l'état morbide, en un mot, à l'ensemble des conditions qui se rapportent soit au malade, soit à la maladie.
La règle générale est de pousser Texercice au point où le malade n'éprouve aucune sensation de froid au moment de subir l'application hydrothérapique, et, après cette application, de faire en sorte que l'exercice musculaire, quel qu'il soit, provoque une légère moiteur de la peau sans jamais déterminer de la fatigue. Nous avons remarqué qu'une marche rapide de vingt minutes avant, d'une demi-heure après l'opération, suffisaient, en général, pour amener ce résultat. 11 est évident qu'il ne s'agit là que d'une moyenne et que la durée et l'intensité de l'exercice préparatoire ou post-opératoire varieront suivant les conditions individuelles des malades auxquels le traitement est appliqué et surtout suivant le degré de la température atmosphérique. Nous venons, d'ailleurs, d'indiquer \ecritériu7n d'après lequel il devient facile à chacun de reconnaître et de juger s'il est ou non dans les limites prescrites pour une bonne préparation et pour une bonne réaction.
Quant aux exercices gymnastiques avec ou sans appareils, il nous est impossible ici d'entrer dans des détails techniques dont l'exposition nous entraînerait trop loin : nous devons donc, comme pour le régime, renvoyer le lecteur aux ouvrages qui traitent de la matière et, particulièrement, à l'excellent article Gvm- KASTiQUE du Dictionnaire encyclodédique.
Des établissements hydrothérapiqiies. Conditions quïls doivent réaliser. Est-il besoin de dire qu'un établissement hydrothérapique, surtout s'il est destiné à recevoir des pensionnaires, doit réunir toutes les conditions hygiéniques susceptibles de faciliter les bons effets de la médication et d'aider à la rapidité de la guérison des maladies qui en sont justiciables ? 11 ne faut pas oublier, en effet, que la plupart des malades qui entrent dans ces établissements sont atteints d'affections chroniques, en particulier de maladies nerveuses plus ou moins anciennes. C'est dire qu'ils souffrent depuis un temps plus ou moins long, qu'ils ont déjà fait sans succès divers traitements, qu'ils sont généralement fatigués, débilités, tant par la maladie que par les remèdes; que le moral.
chez eux, est malade comme le physique, qu'ils sont énerve's, découragés, tristes, plus ou moins enclins au scepticisme à l'égard des résultats de la nouvelle médication qui leur a été prescrite et qu'ils viennent essayer après tant d'autres. Il importe donc de réunir autour d'eux tout ce qui est capable de les ranimer, de les consoler, de les rassurer, de les distraire de leurs préoccupations, et rien sans nul doute n'est plus propre à atteindre ce but que le séjour dans un milieu qui puisse leur offrir à la fois l'utile et l'agréable : le soleil, le bon air, les bois, la verdure, les jardins, les arbres, les fleurs. En outre, la plupart de ces malades, pour ne pas dire tous, ont besoin de calme et de repos ; le bruit, l'agitation, les cris, en un mot, tout ce qui constitue le mouvement d'une grande ville, les énervent; l'ébranlement incessant du pavé par les roues des voitures, ce roulement perpétuel que la nuit elle-même ne vient pas interrompre, les privent d'un sommeil nécessaire. Va établissement hydrothérapique, destiné à recevoir des malades internes, doit donc être situé à la campagne, dans un endroit élevé où l'on puisse avoir des eaux de source tant pour les besoins de la médication que pour les usages de la boisson. Il doit avoir une bonne exposition, être entouré de jardins plantés d'arbres, afin que, pendant la saison d'été, les malades puissent y trouver un abri contre les ardeurs du soleil.
Il faut que le soleil et l'ombre s'y partagent l'espace ; il y faut de l'air, un air pur et vif, des eaux de source fraîches et limpides, un site à la fois salubre et pittoresque pouvant offrir aux malades des buts de promenade pour leurs réactions et leurs préparations.
« L'hydrothérapie la plus méthodique, dit Fleury, perd la plus grande partie de son efficacité, si elle est pratiquée dans une vallée étroite, encaissée, basse, humide; dans une localité malsaine, palustre, en proie à des maladies endémiques, visitée par des épidémies.
« Il faut à l'hydrothérapie le concours d'un air salubre, pur, vif, sec, incessamment renouvelé par les ve-nts, tel, en un mot, qu'on le rencontre sur les montagnes ou dans certaines localités — vallées ou plaines — vastes, bien aérées, à sol perméable aux eaux, à végétation abondante et robuste.
« Les établissements placés dans le sein des grandes villes seront toujours inférieurs à ceux qui s'élèvent au milieu d'une campagne bien choisie ».
Dans l'aménagement des bâtiments consacrés aux opérations hydrothérapiques, la salle des douches doit être l'objet d'une attention toute particulière. II faut qu'elle soit bien exposée au soleil, largement éclairée et ventilée, parfaitement chauffée en hiver.
Il est avantageux d'y placer des objets capables de distraire les malades et de les intéresser : une balance qui servira à noter les changements de poids survenus pendant le traitement, permettant ainsi au médecin et aux malades de constater les progrès accomplis; un baromètre, un thermomètre, une horloge, etc., en un mot, tout ce qui pourra contribuer à mettre dans de bonnes dispositions morales le sujet qui se prépare à prendre sa douche.
Les cabinets où les malades se déshabillent et se rhabillent devront être, comme la salle des douches, convenablement chauffés, dès que la température extérieure s'abaisse au-dessous d'un certain chiffre (en moyenne 16 à 17 degrés centigrades).
A la salle des douches seront annexés : 1" un cabinet pour les sudations, qui devra toujours être à proximité de la salle des douches ; 2° diverses pièces destinées à l'installation d'appareils spéciaux tels que l'appareil pour la douche
750 HYDROXYCA.MPHORONIQUE.
ascendante, celui pour les bains de siège, etc. ; 5° une salle de gymnastique dans laquelle, lorsque le mauvais temps empêche les malades de sortir, ils puissent se livrer aux exercices qui précèdent ou qui suivent l'opération hydrothérapique ; 4° enfin un cabinet où le médecin reçoit les malades avant et après la douche, répond à leurs demandes de conseils, leur donne ses avis et instructions, procède aux examens qu'il juge nécessaires, etc., etc.
Nos lecteurs comprendront que nous ne pouvons entrer ici dans les détails techniques touchant la construction et l'aménagement des bâtiments destinés aux opérations hydrothérapiques, détails qui sont plutôt du ressort de l'architecte, de l'ingénieur et du mécanicien, et que l'on trouve dans les ouvrages spéciaux. Dans cet article de Dictionnaire, nous n'avons à traiter que la partie médicale hygiénique et thérapeutique de notre sujet et nous croyons avoir exposé tout ce que comporte la question considérée d'une manière générale. Nous avons dit, au début de cotte étude, que nous la terminerions par quelques considérations sur l'emploi de V hydrothérapie à domicile. Mais nous croyons nous être suffisamment expliqué, à ce sujet, dans notre article Douche, pour ne pas avoir à y revenir et à allonger encore l'article Hyouothérapie, auquel nous venons de consacrer de nombreuses pages. Qu'il nous suffise de déclarer en terminant que cette hydrothérapie à domicile est excellente au point de vue de l'iiygiène, quand elle est faite avec méthode, mais que, appliquée au traitement des maladies, elle est le plus souvent illusoire, quand elle n'est pas dangereuse, et que rien ne remplace, dans ce cas, la direction d'un médecin expérimenté. A. Tartivel.
UYDROTDORAX. Voy. PNEUMOTHORAX.
nTDROTIMÉTRIE. Voy. EaU, p. 525.
HTDROUVITIQL'E (âcide). C^l^oQ^ Cet acide s'obtient en chauffant en tubes scellés à 150 degrés pendant six heures de l'acide pyruvique avec de l'hydrate de baryum.
L'acide hydrouvitique est en cristaux brillants, peu solubles dans l'eau, fusibles à 135 degrés; il se concrète à 126 degrés; chauffé sur la lame de platine, il se volatilise presque sans résidu. L. Hn.
HTDROXAlVlQdE (Acjde). C^H'^Az^O''. Se forme par action de l'amalgame de sodium ou du zinc en poudre sur l'allantoxanate de potassium. 11 forme une poudre cristalline pesante, peu soluble dans l'eau. C'est un acide énergique. L. Hn.
HTDROXYCAMPDOROIVIQIJE (Acide), C^H'^O". Cet acide se forme en même temps que l'acide camphoronique lorsqu'on oxyde le camphre par l'acide nitrique ou par l'acide chromique.
L'acide hydroxy camphoronique constitue de grands prismes tricliniques, assez solubles dans l'eau froide, très-solubles dans l'eau chaude, fusibles à 161°, 5. Il offre la double réfraction. Les solutions sont très-acides au papier de tournesol et décomposent facilement les carbonates. Il n'est pas précipité par le chlorure de baryum ni par le chlorure de calcium, mais donne avec l'acétate de plomb un précipité soluble dans un excès de réactif. Il est tribasique. L. Un.
HYENE. 751
HYDUOXTLAMlî^E. AzFPO. Synonyme : Oxrjammoniaque. L'un des produits de la réduclion de l'azolale d'étliyle et de différents produits oxydés de l'azote. Elle est inodore en solution aqueuse et distillée se sublime avec décomposition partielle en ammoniaque. Elle présente la réaction alcaline et paraît constituer une base. C'est un agent réducteur énergique. L. Hn.
HTDROXYLBIL'RET. Az^G^H^O''. Cristaux solubles dans l'eau et l'alcool faible; fond à lo4 degrés, puis se décompose subitement. L. U-\.
HTDROXYLURÉE. Az«CH*0^ Résulte de l'union de l'acide cyanique et de l'bydroxylamine. Cristaux très-solubles dans l'eau et l'alcool bouillant ; il fond vers 150 degrés. L. H-\.
HYDRURIE. Voy. Diabète.
ni'DRL'\'lQi:E (Acide). C^H^^O^ S'obtient sous forme de sel de baryte soluble lorsqu'on ajoute de l'eau de baiyte à une solution d'acide pyruvique. L'acide n'a pas été isolé. L. Ib.
HYDURIEIQUE (Acide). C^H^Az^O". S'obtient en chauffant à 170 degrés en tubes scellés de l'alloxantine séchée à l'air; il se forme entre autres de l'hydurilate d'ammonium; on reprend par l'eau acidulée avec de l'acide chlorhydrique et on fait cristalliser.
2C»HUz*0^ -^ 6H^0 := CWAz*0« -f- 4AzIP -h CMPO* + 2C0 + 4C0^
Âlloxantine. Acide hyduiilique.
On peut obtenir l'acide hydurilique avec l'alloxane dans les mêmes conditions. L'acide urique, chauffé à 1 10 degrés avec deux fois son poids d'acide sulfurique, fournit également de l'acide hydurilique en même temps que de la pseudoxanthine. En somme, c'est un produit d'oxydation de l'acide urique.
L'acide hydurilique cristallise dans l'eau en petits prismes renfermante molécules d'eau; il se sépare de ses sels en petites tables rhombiques avec 1 molécule d'eau sous l'influence de l'acide chlorhydrique. Il se dissout difficilement dans l'eau et l'alcool. Le pcrchlorure de fer colore ses solutions en vert foncé éclatant. Un mélange d'acide chlorhydrique et de chlorate de potassium le transforme en acide dichlorhydurilique, G'H^Cl-Az*0% l'acide nitrique le change en alloxane.
L'acide hydurihque est dibasique. Au point de vue de sa constitution, on le considère comme la diuréide malonyle-lartronique. L. H.n.
HYÈBLE. Voy. Sureau.
HTÈKE. Dans l'ordre des Carnivores {voy. ce mot), les Hyènes constituent, sous le nom de Hyénidés {Hyenidx ou Hyenadx), une famille naturelle que la conformation du squelette semble placer auprès des Canidés, mais que la formule dentaire rapproche aussi des mustilidés. Ce sont des animaux d'assez grande taille, à la tête allongée, au museau arrondi, à l'échiné généralement déclive par suite d'une disproportion entre les membres antérieurs et posté-
752 HYERES.
rieurs, à la queue courte et touffue, au pelage rude, plus ou moins hirsute sur le milieu de la région dorsale et ordinairement rayé ou tacheté sur fond gris ou brunâtre. En marchant, ils s'appuient sur l'extrémité des doigts, qui sont tantôt au nombre de quatre à tous les membres, tantôt au nombre de cinq aux pieds antérieurs et de quatre aux pieds postérieurs. Cette dernière particularité se rencontre chez certains Hyénidés qu'on désigne sous le nom de Protèles [Proteles Geoff.) et qui se distinguent d'ailleurs des Hyènes ordinaires par des caractères importants. Ainsi, chez les Protèles, il n'y a que 52 dents, au lieu de 34 comme chez les Hyènes, par suite de la disparition des deux tuberculeuses à la mâchoire supérieure; les dents molaires semblent frappées de dégénérescence et la tète, élargie et déprimée dans sa portion cérébrale, est dépourvue des grandes crêtes sagittales et occipitales qui se dressent sur le crâne des Hyènes. Ces dernières à leur tour offrent dans les dimensions de leurs dents tuberculeuses et l'aspect de leurs carnassières des différences assez notables pour qu'on ait pu établir dans le genre Hijcena de Linné deux sous-genres, Hyxna et Crocuta Kanp.
Le genre Protèle ne renferme qu'une seule espèce, le Protèle de Delalande [Protèles Lalandii Isid. Geoff.), qui vit dans l'Afrique australe et qui est couvert d'un pelage laineux, fortement Iiirshte sur l'échiné et marqué de bandes et de taches brunes et noirâtres sur un fond d'un jaune pâle. De son côté le sousgenre Crocuta ne possède, dans la nature actuelle, qu'un seul représentant, savoir l'Hyène tachetée [Hy^ena crocuta Zimm. ou Crocuta maculata Erxl.), qui est ainsi nommée à cause de son pelage gris jaunâtre ou rougeàlre, parsemé de taches sombres, et dont l'aire d'habitat s'étend depuis le cap de Bonne-Espérance jusqu'à rAfriijue australe et à l'Abyssinie. Au contraire le sous-genre ^//a?>m correspond à deux espèces, savoir l'Hyène brune (f/^retta hrunnea Thunb.), qui se rencontre principalement le long des côtes de l'Afrique australe et qui se reconnaît à sa crinière molle et retombante, à son pelage marqué de raies interrompues, et l'Hyène striée ou Hyène commune R. striata Zimm.), que l'on trouve dans l'ouest, le sud et l'est de l'Afrique, et dans le sud-ouest de l'Asie, et dont le pelage rude et grossier est recoupé par de nombreuses raies d'un brun noirâtre se détachant sur un fond gris ou jaunâtre.
Les Hyènes ont des habitudes nocturnes et se repaissent principalement de proies mortes, de débris de cuisine, etc. Lorsqu'elles sont libres, elles prennent presque toujours la fuite devant l'homme, et les Arabes ont pour ces Carnassiers aux allures tortueuses un mépris absolu. Ils attribuent toutefois à la chair, au sang, à la cervelle et au poil de ces animaux, certaines propriétés, les unes bienfaisantes, les autres nocives. E. Oustalet.
HTË]\IQUE (Acide). C^^H^^O'. Acide de la série grasse, retiré des glandes anales de l'hyène rayée. Il est peu soluble dans l'alcool froid, très-soluble dans l'éther, fond à 77-78 degrés. Il présente une certaine ressemblance avec l'acide cérotique. L. Hx.
HTÈRES (Station o'mvER). Dans le département du Var, à 18 kilomètres de Toulon, Hyères a environ 12 000 habitants; elle est construite sur le versant sud d'une colline haute de 254 mètres, qui fait partie de la chaîne des Maurettes, dont le point culminant est le mont Fenouillet, qui a 292 mètres. Plus loin, dans la même direction, se voient les montagnes des Maures, masse
UYERES. 755
inipoiiaiUe de structure granitique qui protéire efficacement ll\ères contre les vents du nord et du nord-est. A l'ouest, le terrain qui avoisine la ville est faiblement ondulé; aucun obstacle n'arrête le mistral, si ce n'est le pic du Coudon situé au nord-ouest, mais isolé du mont Fenouillet. Le vent passe entre le Coudon et le Fenouillet d'une part, et entre le Condon et la montagne de la Colle-Noire d'autre part. Il n'en est pas de même pour le vent sud-ouest, car la Colle-Noire et le Mont des Oiseaux forment un rempart qui se prolonge jusqu'à la mer, mettant à l'abri du mistral le liameau de Carqueiranue et les vallons parsemés de villas de Cosla-Belle et de Saint-Pierre-des-Ilorts. Ilyères est séparée de la mer au sud-est par 4 kilomètres de plages marécageuses et de salins qui, en été, occasionnent parfois des lièvres intermittentes. Au sud de la rade, les îles d'Ilyères ou îles d'Or, Porquerolles, Port-Cros et le Titan, en ferment l'entrée au vent du large. Les orangers, bien moins nombreux qu'autrefois, et les bouquets de palmiers, témoignent de la douceur de la température. Il est bon cependant de remarquer que le terrain d'Ilyères peut être divisé en trois zones : celle de la ville, exposée en plein midi, garantie des vents du nord et du nordest, mais insuffisamment protégée contre le mistral qui y amène la sécheresse et les tourbillons de poussière; celle du littoral, plus rapprochée de la mer, et plus soumise à la brise saline de l'est, mais garantie du mistral, enfin la zone du nord, au delà des montagnes, qui ne convient nullement aux hivernants. La difféience de température moyenne est de 2 degrés entre la première et la deuxième zone, et d'environ 5 degrés entre la deuxième et la troisième. D'après le docteur de Valcourt, la température moyenne de la première zone est de 8°, 5 centigrade en hiver, 15 degrés au printemps, 25'',4 en été et 15°, 5 en automne. La moyenne de l'hiver prouve que les grands froids durent peu, et c'est seulement une année sur cinq que le thermomètre descend pendant quelques jours à 5 degrés au-dessous de zéro. La température est toujours douce entre midi et trois heures et les malades peuvent sortir régulièrement sans aucun danger, sauf lorsque souffle le mistral. La neige apparaît tous les deux ou trois ans, mais il est tout à fait exceptionnel qu'elle séjourne vingt-quatre heures sur le sol. Les brouillards sont assez fréquents au printemps et à l'automne. Ils sont épais et lourds, surtout sur la zone du littoral. La moyenne du pluviomètre est de 746 millimètres d'eau par an, dont 225 millimètres pour octobre et novembre, et 257 millimètres seulement pour les tiois mois d'hiver. L'hygromètre de Saussure accuse en moyenne 58 degrés, variant "-énéralement entre 45 et 60 degrés. La baromètre oscille ordinairement entre 755 et 770 millimètres. L'air est donc plus sec qu'à Nice.
On peut compter annuellement à Ilyères, d'après M. Denis, soixante-deux jours de pluie. Les jours couverts ne sont guère plus nombreux, et, même en hiver, on peut s'attendre à deux belles journées sur trois. Les vents dominants sont ceux : de sud-ouest qui souffle en moyenne quatre-vingt-dix-huit jours par an, de nord-ouest (quatre-vingts jours), de sud-est (cinquante-cinq jours), et de nord-est (quarante-cinq jours). C'est surtout du vent du nord-ouest que les malades ont à se défier, car c'est le seul qui arrive dans la ville avec une certaine intensité. Il est assez fréquent en hiver, mais surtout au printemps, et peut faire baisser le thermomètre en peu d'instants de 4 ou 5 degrés. Les vents du sud et du sud-ouest, qui viennent d'Afrique, sont chauds et bienfaisants en hiver, mais brûlants en été. Ceux de l'est sont pluvieux et froids. Le vent du nord passe au-dessus de la ville à cause des montagnes.
DICT E>C. i^ s. XIV. 4}J
Le séjour d'Hyères convient à ceux qui ont besoin d'un climat tonique, sec et doux, à ceux qui, ayant un tempérament nerveux, souffrent d'asthme, d'emphysème pulmonaire, d'affections chroniques des voies respiratoires, aux plithisiques dont le mouvement fébrile est modéré. Le village de Costa-Belle, plus exposé à la brise saline, convient mieux aux enfants et aux sujets lymphatiques. Le séjour des malades doit commencer eu novembre et finir en mai. A. Rotcreau.
HYGIÈNE. Définition. Deux dictionnaires qui font autorité dans la langue française, celui de l'Académie et celui de Littré, disent que l'iiygiène est « une partie de la médecine traitant des règles à suivre pour la conservation de la santé. )) Celte définition n'est pourtant pas irréprochable ; même au sens littéral des mots et encore plus, si l'on compare les idées qu'ils représentent, médecine et hygiène sont choses dissemblables. L'Iiygiène doit être si peu considérée comme une partie de la médecine que les règles de la première tendent au contraire à rendre sans emploi les principes de la seconde. C'est dans la biologie qu'il faut faire entrer l'bygièiie. Du reste la confusion que je signale ne doit son importance qu'au caractère des ouvrages où elle se trouve commise, car l'art de rétablir comme celui de conserver la santé curent diès leur orgine et ont conservé jusqu'à nos jours un domaine parfaitement distinct.
D'après l'accord des auteurs classiques, l'hygiène, du grec Ciytâia, santé, a donc jusqu'ici consisté dans l'art de conserver ce bien précieux, que Platon considérait comme le premier de tous, et que Montaigne appelait le plus beau présent « que la nature nous sache faire )k Mais cette définition traditionnelle laisse encore quelque chose à désirer.
D'abord, comme l'art de rétablir la santé, celui de la conserver a gagné, par la substitution des méthodes positives et expérimentales aux fantaisies scientifiques de nos pères, ses droits de cité parmi les sciences; en outre la définition qui précède limite, sans motif comme sans profit, le champ d'études de l'Iiygiène aux causes qui produisent les maladies et ses moyens d'action à une propbylaxie plus ou moins efficace. On peut donc légitimement, par une conception plus large, en augmenter la surface d'application, en même temps que la portée scientifique.
Riant a défini l'hygiène, dans un livre récent, la science qui apprend à conserver et à améliorer la santé. Cette nouvelle définition s'est fait accepter parles auteurs qui ont écrit depuis des traités généraux d'hygiène: ainsi Wiel, qui se plaint d'en être réduit pour désigner cette science en allemand à employer son nom français, emprunte aussi à notre compatriote les termes qui lui servent à la définir, quand il la fait consister dans « la conservation et l'amélioration de la santé. » La définition de Riant est un progrès. En'effet, chacun le sait, la santé, tout en étant réellement la santé, n'est pas toujours, n'est peut-être jamais la santé parfaite. A côté de cette santé absolue, qui est rare pour le moins comme tout idéal, il faut surtout envisager, dans la pratique, une santé relative, qui n'est pas encore la maladie, qui ne relève pas de la médecine et ne demande pas de gucrison, mais qu'il y a lieu de ramener le plus près possible de son type spéculatif. Voyez cet enfant chétif et languissant, au teint pâle, aux chaii's flasques, aux muscles sans saillie; se tenant le dos courbé, les épaules en avant, le regard dirigé vers le sol. Il a peu de force physique et peu d'énergie morale, peu d'appétit et peu d'entrain; il est gauche dans sou maintien et timide dans
•ses propos; ses mouvements sont lents et ses volonte's débiles; l'exercice et le jeu lui répugnent autant que l'école et le travail. Cet enfant n'est pourtant pas malade; ce ne sont pas des remèdes qu'il lui faut, mais de l'air, de l'exercice, des bains froids et une nourriture fortement azotée. Sa santé relative, oii la thérapeutique n'a que faire, sera ramenée vers la santé parfaite par une éducation physique appropriée à ses imperfections. En attribuant ce dernier rôle à l'hygiène, on augmente donc sensiblement la sphère de son intervention.
Il y a plus que cela, et des aspirations plus élevées peuvent être assignées à l'hygiène. La santé parfaite, telle q.ue nous venons de la donner pour objectif à ses efforts, n'est que le fonctionnement régulier de tous nos organes dans leur €tat de développement actuel, c'est le maximum de santé que notre organisme, tel qu'il est aujourd'hui constitué, peut être considéré comme capable de réaliser. Mais on peut concevoir et ambitionner même pour cet organisme un développement supérieur, et, comme il est évident que, malgré son appropriation remarquable aux conditions de son milieu, il n'est pas en harmonie complète avec les excitations cosmiques et ne saurait par suite manifester toutes ses aptitudes, il €St logique de chercher à le conduire vers un nouveau degré de perfectionnement. Si les lois aveugles de l'adaptation physiologique et de la sélection naturelle ont pu suflîre à l'évolution de l'animalité tout entière; si l'élève du bétail, basée sur leur exemple, a pu transformer profondément les races de nos animaux domestiques, cheval, bœuf, cliien, etc., et façonner littéralement leur type de beauté en vue d'une destination spéciale, course, chasse, labour, alimentation, pourquoi l'amélioration de l'homme ne serait-elle pas tout aussi praticable? Du reste, ce n'est pas uniquement par induction, c'est aussi par expérience qu'on peut considérer comme légitime un but en même temps si désirable, car le progrès que l'évolution organique a réalisé dans le règne animal se sent aussi déjà dans l'espèce humaine elle-même. Sans accepter en effet peut-être certaines conclusions isolées de l'anatomie anthropogénique et sans admettre, entre autres, comme hors de toute contestation, que la civilisation s'est faite du prognathisme à l'orthognathisme, et de labrachycéphalie vers le type dolichocéphale, nul assurément n'oserait soutenir que l'homme est resté jusqu'à ce jour absolument conforme à son type originel, et que l'instrument cérébral, par exemple, ne s'est en rien modifié chez lui, entre le moment où il allait nu de corps et d'esprit, comme le dit Buffon, et le siècle qui le voit inventer les chemins de fer ou le télégraphe électrique. Celui donc que le cours inconscient des phénomènes physiques et des circonstances sociales a pu perfectionner de la sorte est assurément susceptible d'améliorations plus rapides et plus considérables, par la connaissance et la recherche des conditions auxquelles ces progrès sont subordonnés.
Ainsi envisagée, l'hygiène étend prodigieusement son horizon avec son programme : dépassant les limites étroites de la prophylaxie étiologique et de la gymnastique corporelle, elle s'intéresse à juste titre à tout ce qui concerne la vie humaine, dans son intensité comme dans sa quantité. Tout ce qui tend à augmenter le nombre, la puissance et le bien-être de l'humanité; tout ce qui accroît sa valeur physique et sa portée morale; tout ce qui développe son activité somatique et son rayonnement intellectuel, et, par le fait, comme il y a solidarité entre les divers attributs et les différentes manifestations de la personne humaine, tout ce qui touche à l'homme de près ou de loin tombe ainsi dans ledomaine de l'hygiène et s'y rattache, soit comme but, soit au moins comme moyen. L'art de
l'hygiéniste s'appuie par conséquent sur l'ensemble des connaissances humaines, et toutes les sciences sans exception deviennent, à des degrés divers, ses tributaires : celles qui envisagent directement lorganisme de l'homme, le milieu physique dans lequel il est plongé ou la constitution de son support terrestre ; celles qui embrassent les trois règnes de la nature, auxquels il emprunte les matériaux de son alimentation et toutes sortes de ressources pour sa protection immédiate; les notions relatives à la salubrité de ses habitations, à la sécurité de ses œuvres, à l'assainissement de ses villes et de ses campagnes, au logement, au transport, à la direction et à l'entretien de ses armées de terre et de mer; les études qui concernent son origine, la formation de ses races, la comparaison de ses divers types, la distribution géographique de ses maladies; les statistiques relatives à su naissance, à sa mortalité, à la durée de sa vie, à ses chances morbides, aux dilTérentes éventualités de ses manières d'être, aux influences multiples de ses diverses professions; les sciences morales qui font ressortir les relations intimes de son fonclionnement corporel avec l'évolution de ses idées, de ses volontés et de ses passions; les sciences sociales, qui envisagent ses conditions d'existence collective, son développement progressif à travers les âges comme sa répartition actuelle à la surface du globe, et jusqu'à ces problèmes complexes, si étroitement liés à son avancement physique et moral, de l'organisation industrielle et commerciale, de la production et de la consommation, des régimes administratifs et de l'intervention gouvernementale; toutes les branches, en un mot, du savoir et de la recherche intellectuelle : la biologie et l'anthropologie; la physique, la chimie, la cosmographie et la météorologie; Ihistoire naturelle dans chacune de ses divisions, botanique, zoologie, géologie et minéralogie ; l'architecture, la mécanique, le génie civil ou militaire; l'ethnographie et la démographie; la psychologie et la morale; l'histoire et la géographie; l'agiiculture, l'industrie et le commerce; les économies sociale, politique et législative; l'administration intérieure des Etats et leurs rapports internationaux, servent d'immense laboratoire à son activité et constituent à bon droit son domaine propre.
L'hygiène, grâce à cette conception agrandie de ses attributions, devient à la fois désormais l'art de prévenir les maladies par les suggestions de l'étiologie morbide, d'améliorer la santé par l'éducation physique de l'individu, de perfectionner enfm l'organisme par la transformation artificielle de l'espèce. Vaste et séduisante entreprise, comme le dit Proust en présence d'un semblable programme, qui a tenté tous les philosophes depuis Platon jusqu'à Fourier, et qui ne vise à rien moins qu'à formuler les lois générales de la civilisation. Et en effet, de ce point de vue, l'hygiène se présente comme l'une des entreprises les plus fécondes et les plus vivantes de l'esprit et de l'initiative modernes.
Je dis de l'initiative moderne! En ce qui concerne la tradition, en effet, une définition semblable de l'hygiène rendrait sans doute la formule de quelques philanthropiques utopies; elle ne répondrait certainement pas aux applications effectives et aux recommandations didactiques qui composent dans la succession des temps son budget historique. 11 faut les progrès accomplis pendant notre siècle par les sciences exactes et les arts libéraux ; il faut les convictions que donnent nos conclusions rigoureuses et l'activité qu'engendrent notre enthousiasme pour tous les progrès, il faut surtout les espérances que permet à la génération présente le perfectionnement extraordinaire de tous ses moyens
HYGIENE. 7i)7
«l'aclion, pour oser énoncer un semblable projet alors même qu'il ne s'agisse, bien entendu, que d'aspirer à sa réalisation.
Historique. On a dit de la médecine qu'elle était vieille comme l'homme; c'est bien de préférence h l'hygiène qu'on est en droit d'attribuer une telle antiquité: l'inslinct de la conservation, qui est la base d'un pareil jugement, enseigne plutôt à éviter un danger qu'à en combattre les effets, car le second de ces actes exige une connaissance plus approfondie de sa nature que le premier. L'homme primitif ou piehislorique a donc eu déjà son hygiène et, grâce aux traces maté rielles qu'il a laissées de son passage, combinées avec les indications fournies sur les conditions d'existence des sauvages contemporains par les divers visiteurs de ces peuples encore en enfance, depuis les Cook et les Tasman jusqu'à Livingsloue et Stanley, il serait facile à l'imagination d'en reconstituer le tableau d'ensemble. On retrouverait aisément ainsi : que nos premiers ancêtres surent combattre les tourments de l'inanition en attaquant avec leurs flèches de silex le grand coq de bruyère on le télras dea saules, en assommant le bos primigenius, le cervus megaceros ou même le mammouth avec leurs haches de jade et de serpentine, ou bien encore en se livrant à la pêcîie avec des hameçons en os et en ivoire, et même avec des filets en ficelles de lin ; qu'ils ne tardèrent pas à s'abriter contre le froid, la chaleur et la pluie, en recherchant les cavernes, plus tard en se construisant des cabanes avec les grands conifères de leurs forêts; (pi'ils arrivèrent à préparer pour s'en vêlir la peau du renne et jusqu'à celle de Vursus spelœus ou du rhinocéros tichorhinus, également recouvert d'une moelleuse fourrure, et dès l'époque du bronze à fabriquer de véritables tissus; enfin qu'ils surent bientôt façonner l'argile en poteries plus ou moins élégantes pour recueillir leurs boissons et conserver leurs aliments. Mais ce sont là des faits vulgaires dont la seule conscience des nécessités vitales suffirait à rétablir la notion, alors même que les paléontologistes n'en auraient pas retrouvé les témoignages positifs, et auxquels les recherches de ces savants n'ont encore ajouté, en ce qui concerne les soins relatifs à la conservation de la vie, que des détails peu nombreux et sans grande signification.
Ce sont pourtant ces derniers qui peuvent seuls offrir un certain intérêt à l'hygiéniste : aussi m'attacherai-je, quelque rares et indécis qu'ils soient encore, à les recheicher au milieu des documents accumulés en ces dernières années sur les intéressants débuts de la famille humaine.
Il convient d'y relever tout d'abord diverses particularités relatives à l'alimentation de nos premiers ancêtres. Ainsi, des grains de blé carbonisés et conservés parfaitement reconnaissables au milieu de garants irrécusables de leur ancienneté, tels que couteaux de silex et ossements d'animaux éteints, sont venus révéler que cette précieuse céréale, encore aujourd'hui la principale ressource de notre alimentation amylacée, était déjà au pouvoir de l'homme aux premiers temps de son existence. Les autres aliments végétaux consistaient en quelques fruits, glands, noisettes, pommes, cornouilles, prunes, raisins, dont le péricarpe ou la graine a pu se conserver de même jusqu'à nos jours, et sans doute principalement en racines et en feuilles, qui sans pouvoir fournir des témoins aussi durables ont laissé du moins la preuve indirecte de leur emploi. Comme j'ai pu le constater en effet sur une grande quantité de mâchoires humaines recueillies dans les grottes préhistoriques de la Madeleine et de Bise, les molaires en plateau révèlent par leur usure leur utilisation habituelle au broiement de matières fines et coriaces.
Ainsi encore les restes accumulés de sa nourriture, kjœlihen-mceddings^ rebuts de repas ou terramares, nous apprennent que, si le renne, le bœuf, l'au'rochs, le grand cerf, l'élan, le bouquetin, le chamois, avec quelques oiseaux et quelques poissons et plus tard divers animaux domestiques, le porc, le mouton, la clièvre, entraient sans doute dans son alimentation azotée, déliant à coup sûr ainsi toute critique bromatologique, c'étaient là seulement des viandes de luxe, dont les traces sont relativement rares, et qui devaient servir à des repas exceptionnels, tels que les festins des funérailles, tandis qu'en temps ordinaire de simples coquillages, Jtultres, cardmms, moules et Utlorines, subvenaient à l'insuccès de la pêche du poisson chez les populations maritimes, et les habitants des terres, par suite des difficultés do lâchasse ou de l'échec des élevages, se rabattaient à leur tour, comme à Paris même en des temps de disette contemporaine, sur le cheval, sur le chien et jusque sur le chat; dans la seule caverne de Chaleux, par exemple, M. Dupont a retrouvé plus de 10 kilogrammes d'os, à moitié calcinés, de ce dernier et peu séduisant gibier.
L'homme primitif et déjà même celui de l'époque du renne apportait à ses repas de singulières aversions et de curieuses habitudes. Il est établi qu'il avait une répugnance générale pour la chair du lièvre. Les rebuts de repas, le sol des cavernes, le fond des cités lacustres, ne présentent en effet que de rares ossements de ce rongeur, dont l'espèce abondait pourtant aux Ages préhistoriques. Certains peuples modernes nous offrent la même répugnance : les Lapons et les Groënlandais repoussent le lièvre de leur alimentation; les Juifs consiclèicnt sa chair comme impure, et chez les Ilottentots les femmes seules en feraient usage. Faut-il voir dans cette bizarrerie de leur goût un héritage des temps primitifs?
L'homme de cette époque avait aussi ses préférences gastronomiques : il brisait les os longs et les crânes des animaux récemment abattus, en extrayait la moelle et le cerveau, et mangeait ces tissus tout fumants encore de leur chaleur vitale, comme le font, de nos jours, quelques peuples septentrionaux. Cet usage a même persisté jusqu'à l'âge du bronze, mais, au lieu de fendre les os selon leur longueur, ainsi qu'on le pratiquait aux âges de la pierre brute et polie, l'homme de l'âge du bronze les cassait en travers à l'une de leurs extrémités. Les préférences du goiit sont quelquefois en rapport, comme l'appétit, avec les besoins de réparation de l'organisme, et il est certain que les principes gras, si appropriés par leur supériorité calorifique aux dépenses musculaires de ces rustiques existences, manquaient en grande partie dans les aliments de cette époque. On avait le lait: mais savait-on en extraire le beurre et surtout en transformer la caséine en substance ternaire? En tout cas, les huiles ne pouvaient être extraites des fruits qui les contiennent et les viandes étaient nécessairement maigres, car elles provenaient d'animaux qui vivaient en liberté ou qui partageaient les travaux de l'homme. L'altrait si vif qu'avait la moelle des os et la cervelle tenait donc à un instinct parfaitement justifiable, car le premier de ces tissus est richement imprégné de graisse ordinaire, et le second est presque exclusivement constitué par une graisse spéciale phosphorée, lalëcilhine. Quant à la chair musculaire, l'homme primitif ne l'ingérait pas généralement crue, contrairement à l'opinion avancée par quelques auteurs; il la faisait cuire à ses foyers champêtres; les ossements que l'on trouve mêlés aux siens, même à l'âge de la pierre brute, portent la trace indubitable du feu.
C'est encore à un instinct de sécurité qu'il faut rapporter l'usage, en vigueur
chez certaines peuplades de l'âge de la pierre et de celui du bronze, de construire leurs demeures sur pilotis au milieu des marais et des lacs, ce qui amena peu à peu la création de véritables cités lacustres et palustres. Ces hommes primitifs durent par là vouloir se mettre à l'abri contre les attaques des animaux et de leurs semblables et peut-être aussi contre les chances d'incendie, ce qui ne leur réussit pas toujours, ainsi qu'en témoignent certains débris de ces babitations aquatiques, palafittes, ténevières ou crannoges. Ouant à la rusticité de leur existence et à la rudesse des travaux qu'ils s'occupaient à exécuter, j'en ai recueilli une preuve de plus que celle depuis longtemps appuyée sur la grosseur de leurs ossements et la saillie de leurs insertions musculaires, dans l'inspection des débris humains dont je parlais tout à l'heure. C'est ainsi qu'un grand nombre de vertèbres dorsales indiquent par la diieclion de leur apophyse épineuse l'existenoe dune scoliose prononcée qui, ne pouvant être le résultat d'une attitude scolaire, doit être alt.ibuée à l'babitude de porter de lourds fardeaux sur l'une ou l'autre épaule.
Une coutume toute particulière de ces époques reculées, bien qu'elle répondît le plus souvent sans doute à quelque idée médicale, dut cependant impliquer une intention de préservation sanitaire. Je veux parler de cette étrange pratique des trépanations et des abrasions crâniennes, dont Broca s'est spécialement occupé, en 1877, dans la Revue d'anthropologie. Les trépanations complètes se faisaient sur le vivant ainsi que sur le cadavre, et, si les premières devaient obéir à une indication thérapeutique et avoir pour but de guérir des céphalalgies ou de donner issue a des esprits malfaisants, les secondes ne pouvaient avoir pour objet que l'extraction des rondelles osseuses évidemment destinées à servir d'amulettes. Ces amulettes pouvaient maintenant, j'en conviens, satisfaire à quelque préjugé religieux, mais, comme elles avaient la même origine que les rondelles extraites pour guérir certains malades, on est en droit de les supposer destinées il préserver des mêmes maladies, et d'y voir par conséquent l'application de quelque superstition hygiénique.
Les trépanations incomplètes ou abrasions du crâne ont un rapport plus étroit et en même temps plus légitime avec l'objet de notre étude. Broca signale que cette dernièi'e opération usitée aussi de nos jours chez diverses peuplades sauvages, et qui s'est perpétuée jusqu'au dix-septième siècle dans la chirurgie d'Europe comme moyen de combattre l'épilepsie, se pratiquait non-seulement chez les adultes, mais aussi dans l'âge de l'enfance. N'est-il pas probable qu'en ce dernier cas elle était suggérée plutôt par le besoin de préservation que par une souffi'ance actuelle. Sans doute l'enfance a aussi son épilepsie sous la forme de convulsions éclamptiques, mais elle est passagère ou rapidement mortelle, et se prête peu à une application chirurgicale que les racloirs de silex ne rendaient certes ni facile ni rapide. C'était donc sur des enfants bien portants que le raclage du crâne devait sans doute être effectué, et il faut supposer dès lois que ces premières générations humaines avaient constaté la transmission par hérédité de certaines affections cérébrales, et conçu le vain espoir d'en conjurer ainsi l'imminence.
Parmi les mœurs de nos ancêtres, que les études préhistoriques sont en train de faire revivre, les mieux connues et les plus intéressantes en même temps pour l'hygiéniste sont celles qui concernent les soins qu'ils donnaient à leurs morts. La pratique des inhumations remonte aux temps les plus reculés de la pierre brute elle-même, ce qui ne veut pas dire toutefois que l'homme ait enterré
ses premiers morls, car c'est seulement grâce à ces sépultures que nous remontons nous-mêmes aux premières traces de l'Iiomme. Au contraire, il est logique de supposer que les premiers cadavres humains durent être abandonnés sur le sol et devenir la proie à tout jamais perdue des hyènes et des ours, comme des fermentations putrides et des aftinités atmosphériques. Il est même probable que celte décomposition des corps, aux apparences si manifestement malsaines, dut être la première instigatrice des inhumations, qui, sous la forme successive de grottes funéraires, menhirs, cromlechs, tumuli, dolmens, allées couvertes, représentèrent à la fois le développement des idées sentimentales ou mystiques et les progrès de l'hygiène funéraire.
Cette réflexion n'est pas le résultat d'une simple conjecture; des constatations matérielles viennent la confirmer. Ainsi, on demandait au feu une garantie de plus contre les cxlialaisons méphitiques. Valdemar Smidt a signalé que dans les dolmens du Danemark le fond de la chambre sépulcrale est couvert le plus souvent d'une couche de silex passés au feu. Ces dolmens ne contiennent que rarement un seul squelette : il faut donc qu'on les ait ouverts de nouveau pour y déposer d'autres corps. C'est alors, ajoute textuellement le savant danois, que pour combattre les miasmes de la putréfaction on aura allumé le feu dont l'intérieur des dolmens porte dos traces nombreuses et évidentes. Du reste, lorsque un peu plus tard, à làgo du bronze, les préoccupations naissantes de l'industrie et du commerce vinrent rendre l'homme plus économe de ses forces et de ses richesses (le goût de l'épargne alla même en ce moment jusqu'à faire remplacer les offrandes aux morts, <[ui consistaient en armes ou insiruments véritables, par des haches votives, de petite dimension et impropres à l'usage), et qu'en certains points les constructions mégalitiqucs durent paraître trop coûteuses pour des monuments funèbres, c'est bien au feu, à ce purificateur traditionnel, que les vivants s'adressèrent pour les débarrasser de leurs morts. Leurs restes furent réduits en cendres, et ces dernières renfermées dans des urnes; et c'est ainsi que la crémation des corps, cette réforme si vivement sollicitée comme un progrès des idées modernes, ne saurait jamais être en tout cas qu'un retour vers les pratiques les plus anciennes.
Je pourrais aller plus loin dans ces considérations d'hygiène inspirées par l'étude de l'homme préhistorique; dans les divers centres d'expansion de ces populations primitives, vrais foyers d'humanité, que la science commence aujourd'hui à démêler les \ms des autres, races de Canstadt et de Cro-Magnon, de Furfooz et de Solutié, on peut entrevoir déjà, contrairement à la théorie des origines aryennes ou des migrations asiatiques, 1^ berceau de nos races européennes fondamentales, les ancêtres directs ou par croisement des Atlantes et des Basques, des Celtes et des Gaels, des Kimris et des Teutons, des Francs peut-être et des Germains. Ainsi l'ethnographie en reculant ses jalons trouverait à modifier sensiblement ses principes et à transformer plusieurs de ses conclusions : mais les faits qui servent d'appui à la constitution de ces groupes sont encore trop peu nombreux et ne sont pas assez solidement établis pour fixer définitivement nos idées sur l'origine de nos sociétés actuelles.
J'arrête donc là cet exposé forcément succinct de l'hygiène primitive. En sortant de ces âges préhistoriques, de celte enfance de l'humanité, où l'hygiène naturellejïient radimentaire fut tout instinctive et presque inconsciente d'ellemême, et qui, privée encore de la représentation graphique des idées comme de leur expression par la voie d'un langage assuré, n'a laissé de ses mœurs que des
témoignages muets et confus, nous arrivons aux temps fabuleux, aux âges légendaires. Lo tableau de cette nouvelle phase de la vie humaine est parvenu jusqu'aux premiers historiens par les récits transmis d'une génération à l'autre, mais il s'est profondément défiguré dans celle tradition sans contrôle. C'est l'époque des demidieux et des héros, des oracles et des prêtres, des incantations et des mystères. C'est le temps où Orphée charmait de ses accents les bêles féroces, guérissait les hommes par les vertus magiques de certaines plantes, et rendait encore des oracles dulbnd de sa tombe dans une caverne de Lesbos; le temps où Mélampe apprenait d'un vautour les vertus analeptiques de la rouille de fer et guérissait en dix jours de son impuissance, au moyen de ce remède qui n'a point dégénéré, le jeune Argonaute Iplischus; où Chiron, moitié homme, moitié cheval, soignait à la fois les Tliessaliens et leurs équipages; le temps enfin où Esculape naissait au milieu d'une flamme céleste, pour instituer et personnifier définitivement la médecine, qu'il portait jusqu'au pouvoir de ressusciter les morts. Mais c'est plutôt la découverte de diverses propriétés théiapeuliques des plantes qui se place, un peu arbitrairement, sous le patronage de ces médecins mythologiques, et l'art de conserver les hommes bien portants paraît avoir beaucoup moins occupé les savants de cette époque, sans doute parce que ses bienfaits étaient moins de nature à frapper les imaginations que l'art miraculeux de guérir les malades. Cependant, d'après ce qu'en dit Galien dans son traité De sanilate tuenda, Esculape lui-même se serait occupé d'hygiène : il prescrivait aux uns les divertissements et la musique; à d'autres en plus grand nombre, la chasse, ré({uitation, les exercices militaires; il aurait même établi des distinctions entre les divers mouvements gymnastiques et indiqué quels étaient les plus salutaires parmi les exercices corporels ; c'est en tout cas sa lîlle, la déesse Ilygic, qui a servi de patronne à noire art, et qui, sous les traits d'une belle et vigoureuse jeune fille, tenant une coupe de santé où veut boire un serpent, lui sert encore aujourd'hui de symbole. En somme, l'histoire de l'hygiène a peu de chose à recueillir dans cette collection de biographies f;d)uleuses et de récits allégoriques conservés par les anciens prêtres, et qui constituent ce qu'on pourrait appeler l'époque orale de riiumanilé, période dont les acteurs et les événements se confondent d'ailleurs avec la fin de répO(jue préhistorique.
11 faut donc faire débuter notre seconde période au moment où les sociétés, commençant à se constituer d'une façon régulière et en possession d'une écriture, ont pu donner un corps à leurs conceptions et nous les transmettre dans leurs annales; en ce moment, comme l'idée de collectivité et de maintien de l'espèce a fécondé en se développant l'instinct individuel de conservation, nous voyons le besoin de salubrité et de préservation vitale s'affirmer plus nettement dans l'esprit humain.
11 y mettra d'abord la timidité et les réserves de l'idée nouvelle, cherchant un intermédiaire pour se faire accepter, et cet intermédiaire variera naturellement avec le génie des nations. Dans les anciens livres sacrés de l'Inde, dans les Védas en particulier, qui sont de tous les plus anciens et les plus sacrés, le dogme de la métempsychose semble avoir été imaginé pour appuyer l'interdiction des aliments animaux, dont une observation judicieuse avait reconnu les inconvénients sous ces climats torrides. En Egypte, en Judée, deux pays qui jouèrent à des litres différents un rôle si considérable dans la civilisation ancienne, c'est aussi la religion qui sert de fondement aux réglementations sanitaires; ici l'hygiène émane directement du sacerdoce, et ses préceptes,
incorporés aux dogmes, mêlés aux rites, s'imposent comme des devoirs religieux. Dans lu société grecque c'est rinlérèt civil, l'iuslilution politique, qui fournit au début l'intermédiaire indispensable; pour ces races généreuses, si disposées à sacrifier l'individu à la masse, si virileminit dévouées à la cité, à la patrie, les soins de la santé humaine se confondent avec les besoins de l'État, l'hygiène fait partie de la législation. Mais bientôt, dans ce milieu philosopliique, où fleurit l'abstraction, où la logique gouverne, l'idée de la santé, de ses besoins et de ses droits, se dégagera de ses soutiens indirects; désormais elle n'émane plus d'un dieu dictant sa vulonté aux hommes, ou d'un législateur qui impose ses décrets à la foule, et de même qu'elle trouve sa raison d'être dans les devoirs que chacun a vis-à-vis de lui-même, elle rencontre aussi ses moyens dans l'observation et l'élude de la vie individuelle ; c'est ici qu'apparaît pour la première fois enfin l'hygiène véritablement scientifique, appuyée sur la connaissance exacte de l'organisme animal j)Our formuler ses préceptes, et s'adressant à la raison humaine pour les mettre en ])ratique.
Michel Lévy a heureusement personnifié sous trois grandes figures de l'antiquité ces trois phases de l'évolution qui nous occupe. Moïse, Lycurgue et Ilippocrate, résument en effet chacune d'elles, l'un invoquant Jehovah, l'autre la Patrie, le dernier la Nature, pour propnger parmi les hommes les moyens de conservation vitale et de développement physique.
Ces trois espèces d'hygiène : l'hygiène religieuse, fhygiène civile et l'hygiène scieniilique, ont sans doute conservé jusqu'à nos jours les traces de leur démarcation, et nous rencontrons des restes de la première dans la diététique spéciale de l'Eglise romaine, comme nous retrouvons la lepiésentation de la seconde dans les réglementations sanitaires et les conseils de salubrité publique, et la personnification de la troisième dans cette armée de savants occupés à utiliser les progrès incessants de la science pour la conservation de la santé humain3. Mais c'est surtout dans l'antiquité païenne, en entendant par là celle qui précède la naissance de J.-C, que ces divers caractères de l'hygiène se distinguent et s'accentuent : aussi n'en tiendrai-je compte que relativement à cette époque.
Moïse (1725 ans avant J.-C), issu de la civilisation égyptienne, dont les détails se sont malheureusement en grande partie perdus, nous offre comme un reflet de l'organisation sanitaire établie chez les peuples des Pharaons par les prêtres d'isis et d'Osiris, en même temps qu'il représente par son monument biblique toute l'hygiène du peuple juif. On a beaucoup discuté sur cette hygiène mosaïque parce qu'on a porté dans C2tte froide question du fait les passions soulevées par d'autres divergences ; entre les dénigrements systématiques et les pieuses admirations il faut donc interposer un jugement plus impartial. Le système sanitaire que le Pentateiique, même en retardant de plusieurs siècles, selon les dernières conclusions des hébraïsants, l'époque de sa rédaction, n'en rapporte pas moins au premier législateur des Hébreux, est déjà une œuvie d'ensemble, liée dans ses préceptes, logique dans ses applications, mais qu'il faut évidemment juger de notre point de vue actuel, en tenant compte des idées et des erreurs du temps, de ses moyens d'information comme de ses ressources pratiques. Aussi, quand on dégage ce système d'une foule de cérémonies étrangères à son objet et qui avaient pour but manifeste d'en mettre les données sous le patronage des terreurs religieuses, on y trouve, avec un grand nombre de préjugés sans doute, beaucoup de maximes rationnelles et de recommandations utiles. Il est remarquable de voir apparaître ainsi, dix-sept siècles
environ avant l'ère chrétienne, plusieurs grands principes afférents à l'entretien de la santé humaine, dont la plupart font encore aujourd'hui, sous une forme presque identique, partie intégrante de nos usages et de nos préoccupations sanitaires; et cela non-seulement parce que le respect des enfants disséminés d'Israël pour leurs traditions nationales les a religieusement perpétués jusqu'au milieu de nous, mais encore parce qu'ils répondent assez judicieusement à des besoins réels de la conservation vitale. Les plus saillants de ces principes suffiront à dessiner la phy-ionomie de riiygicne mosaïque.
Le soin de la propreté corporelle, si négligé par les populations orientales et cependant si nécessaire sous leurs chaudes latitudes, est minutieusement réglementé par le législateur hébreu; par ses détails et ses heures d'application, il s'identifie avec la prière, et nous le voyons de nos jours revivre intégralement sous celle forme chez les populations arabes, dans ces ablutions aussi inefficaces que répétées qui accidentent les pratiques monotones du Coran. C'est à ce même intérêt de la propreté que se rapporte la prescription religieuse de la séparation des époux pendant toute la durée du flux menstruel; c'est de lui qu'émane évidemment encore l'usage si étrange de la circoncision. Que cette amputation du prépuce ait été d'abord imaginée par les Égyptiens, ainsi que le prétend Hérodote, soutenu par Voltaire; ou que la priorité en remonte à Abraham, ainsi que le raconte l'auteur de la Genèse, appuyé par Malgaigne; que sa première conception ait jailli d'une idée toute religieuse de sacrifice et de rédemption, toujours est-il que l'intention prophylactique de la propreté ressort manifestement, quoi qu'en ait dit Halle, de cet usage recommandé par Moïse et popularisé par la superstition juive. Sans doute il a été pour le peuple ignorant, qui ne l'aurait pas autrement accepté, le signe de l'alliance exclusive conclue entre Jehovah et lui, mais il ne put être dans l'esprit de son prévoyant généralisateur qu'une précaution dirigée contre les accidents que provoque avec tant de facilité dans la région du gland l'accumulation de sa sécrétion sébacée. Ces accidents n'étaient point inconnus de Moïse, car sous le terme d'écoulements impurs ils sont signalés d'une façon très-évidente dans certains passages du Lévilique, et, si l'on en juge par l'incurie dont on retrouve aujourd'hui de trop nombreux exemples, ia saleté spéciale qui en détermine Tapparitiou devait régner sur une large échelle chez les fuyards misérables que le législateur sacré dirigeait vers la terre promise.
Après la propreté du corps vient celle de la demeure, et par elle maintenant, avec la précision la plus réaliste. Moïse s'occupe d'assurer la salubrité des maisons privées et des édifices publics, des villes et des armées : « Tu auras hors du camp un lieu réglé pour le.> besoins de la nature, et tu porteras avec toi une pique suspendue à ta ceinture; et quand tu te seras accroupi, tu creuseras avec cette pique la ferre d'alentour et tu recouvriras les matières dont tu te seras soulagé ». Soin misérable et vulgaire, dira-t on, et dont l'instinct même des animaux donne journellement l'exemple à l'homme. Soit : mais ce précepte, eu tout cas d'une utilité incontestable et que le soleil de l'Arabie rend encore plus urgent, est oublié aujourd'hui, comme Michel Lévy le signale avec tous les visiteurs de l'Orient, dans ces mêmes régions où il fut si anciennement proclamé, et il y est enfreint jusque dans les villes les plus considérables, au grand détriment de leur population. Et ce n'est pas seulement chez les Turcs et chez les Arabes que cette précaution, d'un intérêt si banal, mais si évident, se trouve négligée : les récits des médecins militaires qui pratiquent en Afrique nous
apprennent que nos principales villes d'Algérie présentaient réfcemmeut encore le speclacle de ces déjections formant au milieu des rues de redoutables foyers putrides. L'ancien directeur du Val-de-Grâce ajoute que, si le précepte de Moïse avait été observé dans nos camps de Varna et de Crimée, on y aurait compté de moins une énorme cause d'infection et par suite de mortalité. Que de villes et de villages, même de nos jours et même en France, ont à se reproclier de semblables infractions aux lois de la décence et de rhygièuc!
Le législateur sacré du peuple Juif ne pouvait omettre la réglementation du régime alimentaire; ce qui enirait dans le corps devenait naturellement une cause possible de ses maladies, et, comme conséquence de l'impureté attribuée à diverses chairs, leur usage devait passer pour rorigine de souillures corporelles. Aussi Moïse fait-il avec le plus grand soin dicter par l'Éternel la liste exacte des aliments permis ou (lélcndus, et l'on est seulement étonné de voir celte désignation si précise porter presque exclusivement sur les matériaux du régime animal. A qucli[ues exceptions près, les viandes approuvées ou interdites sont d'ailleurs celles qui font l'objet de nos attractions ou de nos répugnances actuelles et qui doivent en général et principalement la préférence dont elles sont l'objet à l'alimentation végétale des animaux qui les fournissent.
Ainsi, les bêles ovines et bovines, qui forment encore aujourd'hui la base de notre alimcnlalion azotée, viennent en première ligue dans ces recommandations : « Vous mangerez d'entre les bêtes à quatre pieds de toutes celles qui ont l'ongle divisé et qui ont le pied fourché et qui ruminent; mais vous ne mangerez point de celles qui ruminent seulement, ou qui ont l'ongle divisé seulement, comme le chameau, car il rumine bien, mais il n'a pas l'ongle divisé ; il vous est souillé )>. C'est à ce litre que Moïse rejette le lapin et le lièvre, qui ruminent bien, ditil, mais qui n'ont point l'ongle divisé, et le pourceau, qui a bien l'ongle divisé, mais qui ne rumine pas.
De même d'entre les animaux aquatiques Moïse exclut tout ce qui n'appartient pas à la classe des poissons : « Tout ce donc qui vit dans l'eau et n'a point de nageoires et d'écaillés vous sera en abomination » : par là se trouve rejeté de la nourriture judaïque, comme il l'est à peu près de la nôtre, l'ensemble des Batraciens et des Repfiles, tandis que les Mollusques, acceptés dans notre alimentation, peuvent à la rigueur, en raison de leurs valves d'une part, de leurs pieds ou de leui- manteau d'une autre, rester compris dans celle des Juifs.
Enfin, parmi les bèlcs qui volent individuellement prohibées, nous rencontrons également la plupart de celles (|ui constituent encore de nos jours des aliments de rebut, telles que l'aigle, le vautour, le corbeau, la chouette, le héron et la chauve-souris, classée avec les oiseaux par égard pour ses ailes, selon le raisonnement du fabuliste.
Comme on le voit, c'est sur l'aversion qu'inspirent à Moïse certains animaux par leur aspect hideux, comme le corbeau et la chouette; par leur férocité, comme les oiseaux de proie; par le mauvais goût de leur chair, comme le hérisson et le cormoran ; par la viscosité ou la fraîcheur de leur tégument, comme la limace ou la grenouille; par la tradition légendaire, comme le serpent, que reposent selon toute probabilité ses prescriptions bromatologiques, et l'on comprend celte fois que Halle n'ait pu eu apercevoir la portée préservatrice.
La viande seule du porc semble avoir dû sa réprobation à une insalubrité mieux justifiée, car les Israélites ont de tout temps poursuivi cet animal d'une antipathie que ne légitimeraient pas suItisanimeuL ses habitudes cl son aspect
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immondes. Il est probable que, sans avoir compris la vraie nature de la ladrerie, puisque c'est seulement en 1782 que Goeze reconnaît, pour un être vivant la vésicule du cysticerque, ni ses véritables conséquences pour l'homme, puisque c'est bien plus récemment encore que la propagation du Tsenia solium est rattacliée par van Beneden à l'ingestion de ce cysticerque, les premiers Juifs avaient pourtant observé cette maladie du cochon; ses symptômes si saillants n'étaient pas en tout cas, ainsi que le montrent certains passages d'Aristophane, ignorés des anciens Grecs, qui tenaient comme eux tant de notions scicnliliques des Égyptiens. Or on sait, avec Uavaiue, que, vers la période terminale de sa maladie, le cochon ladre présente des soulèvements multiples du tissu cellulaire; que des tumeurs lui surviennent aux ars et à l'abdomen; que les soies, peu adhérentes, se détachent facilement et viennent quelquefois avec un peu de sang; que sa peau paraît plus épaisse et plus consistante; que ses extrémités inférieures enfin s'inliltrent de sérosité, 11 y avait là trop de ressemblance avec l'affection lépreuse, dont les Juifs eurent tant à souffrir et qu'ils considéraient comme une plaie si redoutable, pour que l'idée d'une filiation, erronée sans doute, mais en l'étut vraisemblable, n'eût point frappé l'esprit des réformateurs qui condamnaient chez eux l'usage d'un pareil aliment.
Moïse défendit aussi d'utiliser la viande des animaux morts de maladie; il le dit expressément dans le Deutéronome : « Vous ne mangerez d'aucune chair de bête morte d'elle-même, mais tu la donneras à l'étranger qui est dans tes portes, et il la mangera, ou tu la vendras à l'étranger ». La recommandation, comme on le voit, péchait peut-être par la charité, mais ne manquait pas de prudence, bien que quelques hygiénistes aient cru pouvoir, tout récemment encore, autoriser la consommation des viandes charbonneuses, clavelées, pestilentielles et autres semblables.
En somme, la diététique de Moïse fut assez insignifiante, et je ne saurais m'associer aux éloges que lui décerne Michel Lévy, attribuant à ce régime, fidèlement observé de génération en génération, l'immunité singulière dont jouirent souvent les Juifs au milieu d'épidémies meurtrières, privilège qui attirait du reste sur eux, par une injuste compensation, au moyen âge, les plus absurdes accusations avec les persécutions les plus atroces. Déduction faite, en effet, du tajnia et de la trichinose, dont les ont incontestablement garantis leur abstinence absolue de la viande du porc, et de quelques septicémies que peuvent leur avoir accidentellement épargnées leur aversion, d'ailleurs assez partagée par tout le monde, pour les animaux morts de maladie, on ne voit guère de quelles autres transmissions morbides les interdictions alimentaires de Moïse auraient pu préserver les enfants d'Abraham. Encore faut-il ajouter que c'est à des conditions totalement ignorées du législateur sacré qu'il faut attribuer ce succès partiel de sa prophylaxie broraatologique. Était-ce même un succès? et n'y a-t-il point à se demander si, en l'absence des ressources que l'hvo-iène moderne a seule pu fournir contre ces inconvénients morbides de la viande du porc, il ne valait pas mieux en encourir les chances restreintes que de priver des masses populaires, toujours et partout imparfaitement alimentées, d'une source relativement abondante de substance azotée. Ceux qui réclamèrent à si grands cris le retrait des décrets qui interdisaient l'entrée en France des lards et jambons d'Amérique infestés de trichines répondraient assurément par l'affirmative.
Je ne saurais davantage rapporter à la sagacité des connaissances étiologiques
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de Moïse cette prohibition des mariages consanguins, dont on a fait un si grand titre à son talent d'observation, et je ne crois pas qu'on puisse la faire découler de pre'occupations relatives à la diminution des naissances et à l'abâtardissement de la race.
Comme le dit ici même Lacassagne (article Cossasgdimté), la seule pre'occupation du législateur nomade fut en cela de maintenir la pureté de l'habitation €t de la famille. La famille vivait entassée sous la tente et, si des lois sévères n'en avaient fait le sanctuaire des mœurs, la communauté de la vie, les rapports incessants, auraient allumé des désirs trop facilement réalisables. La preuve que Moïse, en interdisant les unions entre parents, ne vit dans l'inceste qu'une immoralité, qu'une « ordure », et nullement un danger pour l'espèce, c'est qu'il ne fait a,ucune différence entre les parents véritablement consanguins et les parents par alliance. Sans doute les lois dictées au Sinaï menacent bien de faire fl mourir sans enfants » l'homme qui « aura couché avec la femme de son père ou de son frère », comme si leur auteur prévoyait en effet l'une des funestes conséquences de la consanguinité, mais d'abord la seule fois où la sanction hygiéniijue semble apparaître est précisément celle où elle est inapplicable, puisqu'il ne s'agit pas évidemment ici de la mère ou de la sœur, mais de la belle-sœur ou de la marâtre, et par conséquent la menace ne s'adresse pas aux unions consanguines ; et de plus, c'est tellement bien le seul péché d'adultère que Moïse a l'intention de prévenir par une semblable menace, qu'au chapitre xxv, verset 5, du Beutéronome, il permet, il enjoint même au frère survivant d'épouser la femme de son frère défunt, si ce dernier est mort sans enfants.
Mais le point fondamental de l'hygiène mosaïque réside dans la prophylaxie des maladies contagieuses. Arnould ici me paraît injuste. « Certes, dit-il [Nouv. éléments d'hygiène, 1881, p, 5), il y eut peu de gouvernants qui la nianièz'ent comme Moïse; par exemple dans cette circonstance où, redoutant la propagation de certaine plaie issue du commerce de l'homme et de la femme, il fit massacrer quelques milliers de filles madianites et tous les Juifs qui s'étaient accouplés à elles 1 La mesure était efficace sans doute ; on essaya au moyen âge, et justement aux dépens des Juifs, des mesures de préservation imitées de celle-là. Mais la tradition s'en est perdue et il ne paraîtra pas regrettable que notre siècle cherche autre chose », C'est évident, mais cette ironie ne prouve pas que le législateur des Hébreux, indépendamment d'une action monstrueuse dont la réalité a d'ailleurs été contestée, n'ait reconnu le caractère contagieux de certaines maladies, et opposé à leur propagation des moyens plus acceptables. Or c'est ce qu'il a fait : il a donné de ces maladies des signalements assez exacts et a su les combattre par des moyens empruntés à la véritable hygiène. Ces moyens se résument dans l'isolement des malades et la purification des objets qui ont été en rapport avec eux. Le précepte de l'isolement et celui delà purification sont en effet énergiquement recommandés dans le Pentateuque contre la lèpre, la teigne, la gale, les écoulements sexuels et les pertes cataniéniales ou métrorrhagiques. Par les précautions infinies qu'il ordonne de prendre et les cérémonies qu'il institue comme garantie de leur exécution, la lutte contre les contagions prend les proportions d'un véritable système sanitaire. C'est le cohen ou sacrificateur, fils ou descendant d'Aaron, qui en forme le pivot ; lui seul a mission pour constater le caractère contagieux du mal, pour prononcer l'ordre de séquestration, et, s'il y a lieu plus tard, pour autoriser le retour au camp ou
vlans la ville. « Lorsqu'il y aura dans la peau de la chair d'un homme une tumeur, ou de la gale, ou un bouton, et que cela paraîtra dans la peau de sa chair comme une plaie de lèpre, on l'amènera à Aaron, sacrificateur, ou à l'un de ses fils sacrificateurs. Alors la sacrificateur regardera la plaie dans la peau de cet homme et, si le poil de la plaie est devenu blanc, et si la plaie, à la voir, est pins enfoncée que la pean de sa chair, il déclarera que c'est une plaie de lèpre. Ainsi le sacrificateur le regardera et le jugera souillé ». Mais la souillure n'est pas seulement physique : la maladie est un châtiment divin attiré sur Ihomme par le péché, et c'est par l'expiation seule que va prononcer l'Eglise et qui consistera particulièrement dans son exclusion de la société qu'il pourra se racheter devant Dieu et revenir guéri au milieu de ses semblables. Le malade ou l'impur est dès lors l'objet de la plus scrupuleuse surveillance : enfermé d'abord chez lui, visité par le cohen de sept en sept jours, il ne sera réintégré parmi les siens que si la plaie s'est « arrêtée ou retirée », mais, si le mal s'est accru, s'il « paraît de la chair vive dans la tumeur », si la lèpre s'est « invétérée », le voilà définitivement condamné à « demeurer seul et hors du camp » jusqu'au jour où il aura régulièrement fait constater sa guérison par le cohen. Et le malade n'est pas l'unique objet de cette exclusion évidemment préservatrice : tout ce qu'il a touché plus ou moins directemeut se trouve souillé par lui, et la loi de Moïse, par une extension des plus logiques, condamne également ses habits et sa demeure à une rigoureuse purification : ses vêtements seront lavés et, si la tache n'y disparaît pas, « brûlés au feu » ; son habitation sera vidée de fond en comble; les murs en seront raclés, les pierres infectées par le malade arrachées et jetées hors de la ville, et, si même la souillure y paraît encore, « on démolira la maison, ses pierres, son bois et tout son mortier, et on les transportera hors de la ville dans un lieu souillé ». Tout est donc prévu et parfaitement ordonné; les erreurs de diagnostic sont prévenues autant que possible par la spécialité et l'expérience du juge; les malades ont leurs garanties dans la graduation de l'isolement et la succession des visites, et la société les siennes dans la subordination de l'exéat à la constatation du rétablissement; enfin la sévérité des mesures prises envers les choses se proportionne ellemême sagement à leur imprégnation et sait atteindre au besoin jusqu'aux derniers sacrifices. L'établissement des lazarets et la pratique des désinfections se trouvent en germe dans ces institutions mosaiques, dont l'intention prophylactique et la valeur sanitaire sont cette fois incontestables.
L'œuvre de Lycurgue (884 ans av. J.-G.) est toute différente : c'est, je l'ai déjà dit, l'hygiène civile. Dans l'organisation primitive de la Grèce, l'idée de nation, de cité, domine tout intérêt individuel ; l'homme appartient à son groupe et son éducation tout entière a pour but de l'approprier aux besoins de la société qu'il compose. Or le besoin principal des diverses sociétés de cette époque, sur le territoire hellénique surtout, que l'isolement de ses plaines, comme le fait observer Elisée Reclus, prédisposait au morcellement de ses États, c'est la défense, c'est la puissance matérielle : aussi la fin de tout développement physique est-elle l'agilité des membres et la tonalité des muscles. L'hygiène se résume ici dans l'élimination des individualités débiles, dans raccroisseraent excessif, indéfini, de la vigueur corporelle. Mais, si le but est restreint, la poursuite en est ardente et les moyens employés pour l'atteindre sont tout au moins d'une efficacité remarquable. Au début de la vie, une sélection radicale élimine violemment tous les êtres chétifs, de façon à constituer la gêné-
ration actuelle avec des sujets de choix et les générations futures avec des étalons d'élite. Telle est rinducnce du mobile que les fameux décrets de Lycurgue deviennent comme le fondement des pi-emicres sociétés grecques, et que la ville seule de Tlièbes se refuse à les introduire ; les esprits les plus élevés sont même si loin de se révolter contre un usage aussi barbare, que Platon, dans sa République, reproche au contraire à Ilérodicus d'avoir enseigné l'art de ])rolonger leur vie aux constitutions délicates, alléguant que le soin d'une santé chancelante rend le citoyen à charge à sa patrie! Ensuite, chez ces beaux adolescents que le présage de leur verlu physique a sauvés dans le terrible arbitrage des Anciens, et qu'une loi protectrice, abandonnant aux esclaves les travaux manuels, protège maintenant en revanche contre les insalubrités professionnelles, une alimentation à la l'ois fortifiante et sobre symbolisée par le fameux brouet noir, bouillon de viande au sang et au vinaigre, des mœurs rudes et pures, l'art enfin de la gynniaslique par un entraînement méthodique et habile, excellent à faire jaillir et prosj)érer les facullés en germe. Arrachés dès sept ans à la direction paternelle, les jeunes gens, les jeunes filles elles-mêmes, sont désormais dressés par l'État à celte existence virile et guerrière dont son propre salut dépend, et tout, jusqu'à l'attrait du plaisir, juscpi'aux excitations de l'orgueil, est admirablement utilisé pour cet élevage de l'homme en vue d'une destinatiou spéciale. Les bains de l'Eurotas et les exercices du l'iataniste, les danses armées, les luttes athlétiques, les couises de chars, les jeux d'adresse, remplissent une bonne part de leur vie et les préparent à ces représentations publiques, fêtes d'Olympie, de Corinllie, de Némée, où les prix décernés aux vainqueurs constateront l'instruction ac(|uise dans le palestre. Four faciliter le travail musculaire et pour en mieux constater les résultats, les hommes, les femmes elles-mêmes, devaient toujours quitter leurs vêtements pour se livrer à ces exercices : ainsi la jeune Hélène, la plus belle des filles de Lacédémone, aux yeux du peuple rassemblé, descendit entièrement nue dans l'arène pour y lutter avec ses frères : c'est de cet usage qu'est né le terme de gymnase.
Certes il fut heureux, pour éviter les conséquences d'une hygiène aussi profondément matérialiste, que le génie philosophique de la Grèce l'entraînât parallèlement vers des exercices d'un caractère plus élevé, mais nul peuple précisément ne sut allier aussi bien et d'une façon aussi intime la gymastique intellectuelle avec les exercices physiques, et nous en sommes encore à rechercher dans nos lycées, dans notre vie moderne, cette admirable distribution de l'existence que nous trouvons dans la République athénienne, où l'esprit s'exerçait en même temps que les membres, où les luttes du stade alternaient avec les délibérations du Pnyx. C'est pourquoi l'hygiène de la Grèce s'est tellement approchée, en fait, de cet idéal qu'ont rêvé ses poètes et qu'ont personnifié ses sculpteurs : la force avec l'intelligence, la santé du corps unie à celle de l'esprit, l'àme du sage dans le corps de l'athlète.
Du reste, dans la société romaine, qui surgissait vers la même époque d'un ramassis de brigands, avec moins d'élévation spéculative, mais plus d'esprit pratique, se déroulait aussi cette existence fortifiante partagée de même entre le cirque et le forum, qui préparait des générations vigoureuses pour la conquête et la domination de l'Europe, et pour l'hygiène utilitaire une période d'applications remarquables dont j'aurai plus tard à reprendre le tableau.
Dirio^ée par les intérêts sociaux, mais contrôlée par le raisonnement analytique, l'éducation corporelle de la Grèce primitive devait fatalement aboutir à l'hygiène
individuelle et scientituiue. C'est Hippocrate (460 av. J.-C.) qui représente pour nous cette importante transformation, mais il faut reconnaître qu'elle fut accentuée par ses continuateurs et que la philosophie de Pythagore (580 ans av. J.-C.) en avait jeté les premiers fondements. Celse assure que ce philosophe hâta les progrès de l'art médical, et d'après Elien il aurait même été plus préoccupé de guérir les maladies que d'enseigner la philosophie : mais quoi qu'en disent ces historiens, ajoutent Bayle et Thillaye, il paraît qu'il s'occupa beaucoup plus des moyens de conserver la santé que de ceux de la rétablir, et qu'il chercha plus énergiqnement à prévenir les maladies par le régime qu'à les guérir par les remèdes. Pylhagore pensait que la santé, si dédaignée de ceux qui la possèdent, est pourtant le pivot de la félicité humaine, mais il ne sut pas le dire aussi délicatement que Fontanelle en la comparant au zéro qui fait valoir les unités de la vie ; il décidait, en outre, sans se trop compromettre, « qu'elle dépend de l'harmonie ou rapport entre le mouvement et les forces, et consiste dans la permanence de la figure, comme la maladie dans le changement qui se fait dans cette même figure ». L'harmonie dont Pythagore faisait dépendre la santé se confondait d'ailleurs avec la vertu morale, avec le bien avec Dieu lui-même, et se liait à sa fameuse doctrine des nombres. Chaque nombre avait, on le sait, son pouvoir et comme sa dignité propre, et les nombres impairs, par exemple, l'emportaient par leurs propriétés sur les nombres pairs; entre tous le nombre sept était de beaucoup le plus efficace. Sans signaler la doctrine des septénaires critiques qui découla de ce principe et n'intéresse que la médecine, je dois ici porter au compte de l'hygiène celle des révolutions septennales des âges et celle surtout des années climatériques, importée probablement de Chaldée, A côté de ces idées générales, et dont le mysticisme était peut-être calculé, il nous reste de Pythagore quelques maximes plus pratiques relativement à la conservation de la santé. « Si vous voulez vous bien porter, disait-il, accoutumez-vous cà des mets simples et que vous puissiez trouver partout ». Sous le titre Régime de Pi/thagore, le docteur Cocclii publiait vers le milieu du siècle dernier une brochure qui représentait le philosophe de Samos comme l'initiateur du régime frais végétal ; il en proscrivit cependant les fèves, d'après des idées qu'il avait contractées en Egypte. Il blâmait d'ailleurs l'intempérance en toutes choses, non-seulement dans la nourriture, comme nn peu plus tard Icjus, médecin de Tarente (472 ans av. J.-C), dont la sobriété passa en proverbe chez les Grecs, mais dans le travail de l'esprit et jusque dans les rapports sexuels. L'application à l'étude, quelque nécessaire qu'elle fût à la culture de l'âme, lui paraissait contraire à la santé du corps, et les tempéraments les plus vigoureux devaient, d'après lui, s'affaiblir tôt ou tard sous le poids des méditations et des veilles. 11 ne permettait enfin de s'approcher des femmes que « lorsqu'on se sentait réellement incommodé par l'excès de la continence ». Je n'insiste pas sur un philosophe si diversement apprécié, et qui, n'ayant d'ailleurs rien écrit, ne peut être jugé que sur les souvenirs plus ou moins infidèles de ses disciples, et j'arrive à l'événement le plus saillant de l'antiquité pour ce qui concerne la naissance de la médecine et de l'hygiène, à l'apparition des ouvrages qui forment la collection hippocratique.
Comme il s'agit ici pour nous plutôt d'apprécier le caractère d'une époque que de juger le mérite d'un homme, je ne saurais m'attacher aux débats relatifs à l'homogénéité et à la simultanéité d'origine de ces nombreux écrits, et qu'ils soient ou non l'oeuvre personnelle du médecin de Cos, je dois me borner DICT. E.NC. 4° s. XIV. 43
à rechercher ce qui intéresse les débuts de l'hygiène dans le mouvement médical porte jusqu'à nous sous le patronage de ce grand nom. Or ce contingent est assez considérable. Par ses affinités naturelles, l'observation hippocratique, bien plus tournée vers la recherche des causes morbides que vers la découverte des agents curatifs, devait tendre davantage à éviter la maladie qu'à la guérir, et ce fut en effet, dans l'ensemble de ses écrits, la préoccupation presque constante du Père de la médecine. N'est-ce pas lui qui éleva si haut contre l'école rivale de Cnide l'étude de l'ctiologie? N'est-il pas à chaque instant question, dans ses ouvrages, des influences exercées sur l'organisme par le milieu atmosphérique. par l'alimentation et les boissons, par la nature du sol? Ne voit-on pas surgir de ce foyer médical les notions si importantes d'épidémicité, de diète et de régime, de constitution saisonnière? Enfin cette longue biologie, si pauvre en ressources thérapeutiques, n'abandonne-t-elle pas à chaque instant le domaine pathologique pour étudier les lois du sommeil, pour réglementer les exercices gymnastiques, pour distribuer toute la manière de vivre selon les intérêts dominants de la santé ?
Rechercher la façon dont naissent les maladies, et par suite les moyens de les éviter, semble en effet la plus grande préoccupation de l'antique médecine que représente Hi|ipocrate. H attribuait la production des aftections morbides à deux ordres principaux de causes : le premier, d'un caractère général, comprenait les inlluences des saisons, des températures, des eaux, des localités; le second, plus [)ersonnel, était représenté par l'olimentation et les exercices particuliers à chaque individu. Littré a fait soigneusement ressortir ce qu'il y eut de grandeur précoce dans ces premières doctrines de la genèse pathologique. La considération des modificateurs de l'atmosphère suivant les saisons fut, dit-il, une idée féconde qu'Hippocrate sut exploiter avec bonheur et que la science subséquente n'a pas encore épuisée. Suivant le médecin grec, à mesure que l'année passe par ses phases successives de chaleur et de froidure, de sécheresse et d'humidité, le corps humain éprouve des changements correspondants et les maladies en sont influencées dans leurs formes; et, si de plus l'année ou la saison présente un caractère particulier, si elles se distinguent par tel ou tel écart, il s'ensuit, chez les hommes qui leur sont soumis, une série d'affections marquées aussi d'un cachet spécial. C'est sur cette donnée que repose la doctrine des constitutions pathologiques, qui a été plusieurs fois depuis reprise et étudiée avec le plus grand soin, et sur laquelle les modernes discutent encore. L'influence des climats, si brillamment exposée par Hippocrate, est la conséquence de ses idées sur l'influence des saisons : un climat est comme une saison perpétuelle et se montre d'autant plus puissant que son action est incessante : aussi le disciple de Gorgias lui subordonne-t-il jusqu'aux résultats les plus éloignés : la forme du corps, les tendances de l'esprit, le courage, la vertu, l'amour de la liberté, tout provient des lois climatériques ; et, si les Grecs sont braves et libres, les Asiatiques lâches et esclaves, cela tient aux latitudes que ces peuples habitent sous le soleil commun. Les âges, pour Hippocrate, sont aussi des saisons de l'existence et présentent, comme ces dernières, leur variation de température; le corps humain, pénétré d'une chaleur innée dont il possède le maximum pendant l'enfance, en épuise successivement la provision d'âge en âge, jusqu'à la vieillesse, que le froid définitif de la mort est tout prêt d'envahir. Accusées naturellement de réaliser dans l'organisme les mêmes effets que les phases de la chaleur solaire, ces variations de la température innée devaient être supposées
l'origiiie de maladies analogues à celles qui relevaient des révolutions saisonnières. Moins hypolhctiques et plus utiles furent les enseignements d'Hippocrate sur linlluence exercée par la nourriture et par l'exercice. Une foule de désordres sont attribués aux vices divers de l'alimentation; la privation et l'abus sont successivement mis en cause, et il est remarquable de voir que l'excès même du bien n'échappe pas à ce judicieux observateur parmi les causes du mal, car il signale textuellement comme un danger redoutable l'exubérance de santé provenant, chez les athlètes, d'un trop-plein de nourriture et de forces. Il en est de même des mouvements musculaires; considérés à juste titre comme le moyen de dépenser les excédants nutritifs, ils deviennent à leur tour, par le surplus ou le défaut de leur mesure, la source naturelle d'accidents inverses, également en désaccord avec la formule de la santé.
Ce n'est pas qu'il faille rechercher ce qui concerne l'hygiène au seul courant de l'œuvre hippocratique. Des traités spéciaux, les uns attribués, d'un commun accord, les autres contestés à Ilippocrale, sont consacrés à l'art dont je retrace ici la première apparition sur le terrain de la science, et reproduisent d'une façon plus exclusive les diverses notions que je viens de résumer comme s'y rattachant. Ce sont, parmi les ouvrages qui seraient, d'après Littré, véritablement d'Hippocrate, les I" et IIU" livres sur les Épidémies, et celui des Airs, des Eaux et des Lieux ; ^armi ceux que le même critique classe comme n'étant que probablement de ce même écrivain, le traité du Régime et celui des Songes; parmi les recueils de notes sans origine précise, le YP livre sur les Épidémies, surtout à partir de la 5^ section; enfin, pa^-mi les ouvrages qui ne peuvent guère être attribués à l'auteur qui nous occupe, le traité du Régime des gens en santé, qui serait de son gendre Polybe, et celui de V Aliment, qu'il faut, en raison des idées émises sur l'origine cardiaque et hépatique des artères et des veines, rendre nécessairement contemporain d'Aristote.
Telle est la grande et belle étude que sut faire, à cette époque reculée, des conditions de la santé humaine, celui que Platon appelle le fils des Asclépiades, et qui ne fut peut-être que l'éditeur responsable de cette nombreuse famille de médecins. On voit que son œuvre hygiénique occupe en effet une large place dans son œuvre médicale ; on serait même en droit de dire qu'elle y joue le rôle prépondérant, si l'on adhérait à ce jugement de son éminent commentateur : « Ce qu'Hippocrate savait le moins, c'était le mécanisme des fonctions ; ce qu'il savait le mieux, c'étaient les effets produits sur le corps par l'alimentation, le genre de vie et l'habitation ». En tout cas. on doit bien le reconnaître, ce fut un hommage réfléchi que rendit de la sorte à l'hygiène celui qui disait alors de la médecine : « Pour l'embrasser dans sa véritable généralité, il faut étudier l'action de tout ce qui nourrit l'homme, de tout ce qui l'occupe, de tout ce qui l'entoure ».
Une troisième période s'ouvre maintenant, dans la revue que je poursuis, avec le développement de la puissance romaine et l'avènement de l'Empire. J'y trouve surtout à signaler quelques progrès accomplis dans les applications pratiques de l'hygiène par le peuple qui présidait alors aux destinées comme aux entreprises de l'Europe méridionale. Il faut particulièrement placer à ce moment l'apparition, sur tous les points du vaste empire romain, de ces nombreux édifices balnéaires où les exigences légitimes de la santé conduisirent bientôt à la recherche de jouissances moins respectables et moins saines, et la transformation de i'archi-
tecture privée comme de la voirie publique, qui du moins, dans leurs luxueux excès, représentèrent toujours un profit pour la salubrité des villes.
Sans doute l'usage des bains était déjà chez les Grecs le complément rationnel de leurs exercices gymnastiques et tenait même dans la vie des ])rinces une place d'une certaine importance, ainsi que l'indiquent les regrets d'Ulysse dans le 19'^ chant de Y Odyssée, ou les honneurs que firent à Télémaquc la plus jeune des filles de Pylos ainsi que les belles esclaves de Ménélas; les grandes villes de la Grèce avaient même ouvert à cette pratique des établissements oà toutes les classes étaient admises, et le ^om de Laconicum, que les Romains donnèrent plus tard à une partie de leurs propres établissements thermaux rappelle que les Spartiates furent les inventeurs de l'étuve sèche. Mais c'est surtout à partir du rè'^ne d'Auguste que ces institutions prirent un développement et revêtirent une magnificence considérable. Un goîit prononcé se répandit alors chez les peuples de race latine, qui malheureusement ne l'ont pas tous conservé, pour l'emploi extérieur do l'eau sous diverses formes et à divers degrés de température, car ce ne fut pas seulement l'usage des eaux minérales, des bains tièdes et chauds, qui se généralisa de la sorte à cette époque. Depuis qu'Antonius Musa avait réussi à guérir l'empereur par les réactions de l'hydrothérapie, les bains froids eux-mêmes prirent de la vogue au point que Sénèque se vantait de plonger dans le Tibre en plein mois de janvier. Dès lors s'établirent successivement à Home les thermes de Néron, de Titus, de Domitien, de Trajan, de Commode, et tant d'autres encore parmi lesquels il faut citer le vaste édifice commencé par Caracalla et terminé par Iléliogabale ; à leur suite et à leur exemple s'élevèrent bientôt en Italie, en Gaule, en Afrique, ces établissements thermaux que nous avons en grand nombre recommencé d'exploiter, et dont nous admirons partout les ruines grandioses : tels furent, parmi tant d'autres aussi, les Thermes de Julien à Paris, les bains d'Hammam-Meskoutine {Aquœ tibilitinœ) en Algérie, et les eaux d'Aixen Savoie, utilisées par ordre de l'empereur Gratien, où l'on trouve encore une piscine romaine avec son hypocauste, et qui, par leur célébrité, fournirent le nom de cette ville. On comptait dans Rome seule, d'après Publius Victor, jusqu'à 856 bains, tant publics que particuliers, et la simplicité qui tout d'abord avait présidé à leur construction ne tarda pas à faire place au luxe le plus raffiné. Les marbres et les cristaux les plus précieux composaient la matière des salles, des piscines, des nymphées, et les fresques ainsi que les sculptures abondaient dans leur ornementation; les Romains y plaçaient si volontiers les plus beaux chefs-d'œuvre artistiques rapportés de leurs conquêtes, que le Laocoon a été découvert dans les thermes de Titus, et l'Hercule Farnèse dans ceux de Caracalla. D'après les renseignements que nous a laissés Vitruve, et les monuments de ce genre que le temps a épargnés, nous pouvons reconstituer la disposition intérieure de ces établissements. Les plus complets étaient composés de nombreuses parties desservies chacune par des esclaves aux fonctions spéciales. A l'entrée se trouvait le spoliatorium ou apodyterium, où l'on déposait ses vêtements entre les mains de ca/jsar//. Puis venaient le frigidarhmi, où se prenaient les bains froids; le laconicum et le tepidarium, cellules rondes surmontées d'une coupole avec un couvercle mobile en bronze, où des tuyaux conduisaient dans la première de l'air chaud et dans la seconde de la vapeur aqueuse, et dont la réunion constituait le sudatorium ; le balneum pour les bains d'eau chaude, entouré d'une galerie appelée schola, avec une piscine, piscina au centre, et tout le tour des labra ou alveï enchâssés dans le pavé et
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qui représentaient nos baignoires. Avant d'entrer dans ces salles ou quand il en sortait, le baigneur trouvait dans Vunctuariiim ou eleotherium une armée d'employés divers, fricatores, tractatores, alipilarii et picatrices, olearii ou unctores, qui le soumettaient à ces pratiques si chères encore aux Orientaux : frictions, massage, épilation, onction avec des huiles parfumées. Enfui, de même qu'en Grèce les exercices du gymnase avaient appelé l'usage des bains, à Rome les bains ne tardèrent pas à s'annexer les gymnases, et les palais des thermes, déjà sous Néron, enclavèrent des stades et des portiques, des naumachies et des palestres.
Un côté plein d'intérêt de l'hygiène antique est celui que représente la construction de la demeure humaine. A cet égard, la période que j'envisage est, non-seulement chargé de souvenirs, mais fertile en enseignements ; la salubrité de la maison y réalise en effet des progrès considérables, inconnus des populations antérieures, oubliés pendant le Moyen âge, méprisés à la Renaissance, et qui servent aujourd'hui même en bien des points d'exemple aux débuts de l'architecture sanitaire.
L'homme, dont les régions chaudes du globe paraissent avoir été le berceau, n'avait pas tardé sans doute à chercher un abri contre les intempéries extérieures, et la (( belle étoile » ou le plein soleil ne restèrent pas longtemps sa résidence exclusive. De cette aspiration bien naturelle était issu le troglodytisme, que nous retrouvons encore aujourd'hui chez le nègre du Congo ou le Boschiman du Cap, car la marche de la civilisation, ainsi que l'évolution animale, laisse toujours plus ou moins subsister, comme un jalon sur la route parcourue, à côté du progrès nouveau, un témoin du progrès ancien. A la caverne avait succédé la hutte, de forme plus ou moins conique, avec une ouverture latérale pour l'entrée des habitants et une seconde au sommet pour la sortie de la fumée, charpentée en roseaux, bambous ou troncs d"arbres, couverte de chaume ou de peau de bête, maçonnée avec de la terre, de la marne, de l'argile, du torchis, du pisé, selon les matériaux du pays ou les aptitudes de ses habitants, et transformée en cabane par l'abandon de sa forme circulaire et quelques légers perfectionnements dans son éclairage et son aération. C'est ce premier rudiment de maison, ce premier effort de l'industrie du logement transmis par l'homme primitif aux premiers peuples historiques, et dont l'Indien du nouveau monde et le nègre du Soudan nous offrent encore le modèle, qui, sous diverses variétés locales : magalia des Germains, tngurium des Gaulois, et bien d'autres encore, reste à peu près le type de l'habitation de l'homme, jusqu'à l'apparition de la maison romaine.
Je dis à peu près, car les beaux développements de l'architecture monumentale dans les milieux civilisés qui entourèrent ou précédèrent la société latine, Chaldéens, Egyptiens, Phéniciens, Juifs ou Grecs, avaient certainement influencé ou perfectionné déjà la demeure particulière des plus riches habitants des villes : mais c'est à l'époque de la prospérité romaiue que nous voyons se généraliser sur une grande échelle ces conditions de bien-être individuel, et c'est à cette époque aussi que nous pouvons en rapporter les exemples les plus authentiques d'après les traces matérielles qu'elle'nous a laissées de ses constructions privées. Même en ce qui concerne l'ancienne Grèce, dont les restes historiques sont si activement fouillés, on ne possède sur le plan de la maison proprement dite que des données conjecturales tirées des allusions qu'on a pu recueillir çà et là chez divers écrivains. On sait ainsi, grâce aux patientes compilations de
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Becker et de ses imitateurs, que la maison grecque commençait sur la rue par un vestibule, en rapport par ses cùte's avec ce que nous appellerions aujourd'hui les communs, loge du portier, dortoir des esclaves, cuisines, magasins, écuries, et qui conduisait à une première cour intérieure. Cette cour, entourée d'une galerie couverte ou péristyle et d'une succession de pièces qui s'ouvraient sur cette galerie, constituait ïandronitis, ou logement des hommes. En face du vestibule, un nouveau passage conduisait à une seconde cour, pourvue, elle aussi, de son péristyle et de sa succession de pièces, salles de tenue et de réception, cabinets de travail, chambres à coucher, qui formaient le logement des femmes ou gynécée. Ces constructions naturellement répandues sur un espace assez vaste n'avaient en outre qu'un seul étage.
Les Romains, dont les ruines si vivantes d'IIerculanum et de Pompéi nous ont permis de reconstituer les habitations dans leur intégralité la plus rigoureuse, copièrent, en l'agrandissant, en l'enrichissant, cette disposition déjà si sanitaircment conçue.
On pénétrait aussi de la rue dans la maison romaine, un peu ébloui par les couleurs artificielles de sa façade, par un vestibule qui portait le nom de prothyrum, et sur le pavé duquel se détachaient en grosses lettres le salve et le cave canein traditionnels. A droite et à gauche se trouvaient des pièces à destinations diverses, la loge du concierge ou cella ostiaria, les communs, les boutiques de vente, quand le propriétaire ou le locataire était un commerçant. Le vestibule conduisait à Vatrium, galerie carrée représentant le péristyle grec, recevant comme lui sur son pourtour les ouvertures successives des diverses pièces, et entourant de même une cour découverte. Cette cour s'appelait impluvium et contenait à son centre un bassin, qui réunissait les eaux pluviales pour les rejeter dehors par un conduit souterrain et s'appelait à son tour compluvium. Les toits de Vatrium étaient généralement inclinés vers la cour, de façon à y déverser les eaux tombées sur la maison ; alors ces eaux gagnaient ainsi le bassin central et s'écoulaient finalement par son conduit ; quelquefois l'inclinaison des toits était inverse, et les eaux pluviales étaient rejetées directement à l'extérieur de la maison; dans le premier cas, l'atrium était i77ipluviatiim, et dans le second displuvialuin. Plus rarement encore la cour était absolument soustraite à la pénétration de la pluie, sans cesser d'être accessible à l'air, ce qu'on obtenait eu la recouvrant d'une toiture plus élevée que celle de la galerie et empiétant un peu sur l'alignement de cette dernièi'e, comme cela se pratique aujourd'hui dans beaucoup d'ateliers et de marchés couverts; en ce dernier cas, l'atrium était dit testudinalum. L'atrium était décoré de peintures, et le maître de la maison y recevait ses amis ou ses clients ; selon l'importance de l'appartement, il servait d'accès commun à un plus ou moins grand nombre de pièces, à destinations diverses, ceci ou salons, trichinia ou salles de festins, cubicula ou chambres à coucher, et généralement une vaste salle de conversation ou exedra; beaucoup d'habitations romaines renfermaient en outre des salles de bains et jusqu'à de vrais établissements thermaux, avec leurs apodylerium, frigidarium, sudatorium, eleotherium.
Ces pièces, par leur nombre et leur dimension, pouvaient nécessiter l'addition d'une seconde cour qui, dans les grandes maisons, succédait alors à la première et s'y rattachait par un second vestibule. Sous le nom de tablinum, ce dernier servait en même temps de galerie on l'on conservait les portraits des ancêtres, les papiers de famille, les livres d'instruction ou d'alfaires. La
seconde cour, comme celle de la maison grecque, avait donc aussi son atrium et son entourage de salons et de chambres ; seulement elle était en général plus vaste et plus soignée. Le péristyle était formé par des colonnes comme celles de l'alrium corinthien, mais d'un développement plus considérable; l'espace carré qu'il enveloppait, largement découvert, planté d'arbustes et parsemé de fleurs, ressemblait, dit de Gaumont, au préau de nos anciens cloîtres.
Les maisons romaines n'avaient habituellement qu'un rez-de-chaussée pavé •en superbe mosaïque et surmonté d'une terrasse; elles présentaient quelquefois un premier étage, mais pas davantage. La célèbre maison de Diomède, à Pompéi, qui a, sur la rue des Tombeaux, la même hauteur que les autres, c'està-dire un seul étage, n'en présente évidemment plusieurs du côté des jardins •que ponr compenser une diftérence de niveau du sol.
A Rome même cependant, vers le temps qui nous occupe, les maisons étaient beaucoup plus élevées. Cette opinion résulte d'abord de l'énorme densité qu'on est obligé d'attribuer à sa population. Pline donne à son enceinte une étendue ■àe 15 000 pas romains, ce qui équivaut à 20 kilomètres, ["et d'après Wittersheira le chiffre de sa population aurait été, entre Auguste et Trajan, de 1 million à 1 million et demi d'habitants. Friedloender, en s'appuyant sur la quantité de •blé consommé par année, quantité dont Aurelius Victor et Josèphe nous ont •conservé le chiffre, évalue aussi cette population h plus de 1 million d'âmes. Réduisons ce chiffre à 1 million : nous trouvons encore avec Fonssagrives, pour densité spécifique de la population de Rome, environ 4u 000 habitants par kilomètre carré, c'est-à-dire le double de celle de Paris, Si Ton songe maintenant, continue le même hygiéniste, à l'espace superflu que se réservaient pour eux les 300 000 citoyens romains aux dépens des 700 000 autres habitants, étrangers ou esclaves, on voit dans quelle proportion l'encombrement, et par suite la hauteur des maisons, devaient encore augmenter dans certains quartiers. On a du reste de cette hauteur excessive des maisons à Rome des témoignages moins ■indirects. Ils sont fournis par les règlements de voirie invoqués sous divers empereurs : c'est ainsi qu'Auguste limita l'élévation des façades sur la rue à 70 pieds romains, soit 19™, 75, ce qui permet de supposer qu'elles tendaient généralement à dépasser ce niveau déjà correspondant à cmq ou six étages ; en outre les parties de la maison qui ne se trouvaient pas sur la rue n'étant soumises à aucune restriction, il est probable que les architectes profitaient souvent de cette tolérance. Néron réduisit, il est vrai, la limite qui précède à 17'^,70, mais cette mesure se conciliait encore avec la superposition de quatre ou cinq •étages. Cependant les observations de divers auteurs ne laissent guère attribuer aux maisons de Rome qu'une moyenne de quatre étages ; le quatrième était abandonné aux pauvres, et le troisième déjà peu recherché.
Il y a donc à distinguer, au point de vue de l'hygiène, entre la maison romaine et la maison de Rome, que les exigences de l'entassement avaient fait dévier de son type véritable et dont l'aération, l'éclairage et la propreté même, laissaient beaucoup à désirer. Quant à ce type essentiel, s'il offrait sans doute encore au point de vue sanitaire bien des lacunes, que du reste, pour la plupart, l'insuffisance des ressources architecturales ne permettait pas de combler, il faut reconnaître qu'il présentait sur la généralité de nos habitations modernes une supériorité remarquable. La multiplicité des compartiments, l'aflcctalion de pièces distinctes à chaque opération de la vie domestique, leur indépendance ■et leur isolement absolu, l'attribution d'une chambre à coucher distincte à
chacun des habitants, h réduction de la maison à un seul étage, ce qui évitait Ja superposition des couches humaines, la dissémination de l'appartement sur une large surface, la présence de préaux couverts, de grandes cours et de vastes jardins, l'élimination rapide des eaux pluviales et ménagères, et jusqu'à celte réalisation presque inimitahlc d'un pavé solide, imperméable et sans joints, constituaient en efl'et, dans l'hygiène de l'habitation, un progrès considérable qui ne s'est malheureusement pas continué ni même soutenu.
Les suggestions de l'hygiène à l'époque qui nous occupe étaient aussi largement respectées dans l'administration des villes. La métiopole du monde latin, et à son exemple les riches cités que le rayonnement de sa civilisation faisait naître en si grand nombre sur le sol de toute l'Europe méridionale, avaient une magistrature municipale exclusivement occupée de la salubrité publique. Des fragments conservés dans la Tabula Jleracliensis nous indiquent les soins niin\ilieux (]ue les édiles apportaient à leurs fonctions, toutes de préservation et de bien-èlre. Un grand nombre d'employés les aidaient dans cette tâche. Les uns veillaient à l'arrivée des grains et assuraient les approvisionnements publics : c'étaient les céréales. D'autres, sous le nom àeciiratoies aqnarum, présidaient à la construction et à l'entretien des aqueducs; sous l'empereur Trajan, la ville de Rome recevait un volume d'eau déjà considérable, qu'elle distribuait, au moyen de neuf dérivations, dans ses divers quartiers et à des niveaux différents, et (|ui était pour elle la source d'un important revenu ; elle arriva bientôt à posséder tl4 lieues de ces canaux couverts qui lui fournissaient plus de 40 000 pouces d'eau par seconde, et à chacnn de ses habitants plus de 1000 litres par jour. Les provinces les plus éloignées furent aussi dotées de ces précieuses créations, et nous pouvons nous faire encore une idée de leur magnificence par les restes si lemarquables du pont du Gard, qui conduisait à IN'îmes les eaux de l'^à'fliuetde VEuv, ou par l'aqueduc de Ségovie, en Espagne, dont 159 arcades, toutes en grandes pierres de taille, subsistent encore et passent majestueusement sur les maisons de la ville. 11 y avait encore une police des immondices et des égouts, confiée aux curalores cloacarum; elle n'était pas la plus négligée. Des dispositions pénales réprimaient le dépôt des déjections sur les places et les rues; pour les fosses d'aisance, les vidanges devaient s'effectuer la nuit, à l'aide, comme aujourd'hui, de voitures appropriées. Les égouls, du reste, abondaient dans les cités romaines et surtout à Rome. Déjà, sous Tarquin l'Ancien, 600 aus avant Jésus-Christ, un canal souterrain fut établi du Forum au Tibre; il prit plus lard le nom de grand cloaque, cloaca maxhna, lorsque les affluents des diverses rues lurent venus successivement se greffer sur lui pour y déverser les eaux vannes de la ville et des maisons parlicnlièies, constituant; de la sorte un splendide réseau d'égouts. 11 n'y manquait qu'un écoulement facile, mais, ainsi que Pline nous l'apprend. Agrippa eut l'idée d'y faire passer d'énormes masses d'eau pour en effectuer le nettoyage. Des prescriptions légales assuraient encore l'entretien de la voie urbaine, la liberté de la circulation et jusqu'au respect des tombeaux, qui du reste, par une mesure toute de prophylaxie sanitaire, devaient être placés hors des villes, et bordaient comme on le sait, leurs principales avenues. Enfin les dangers que créent pour l'habitation de l'homme certains voisinages malsains étaient connus de ces intelligents colonisateurs qui, pour se protéger contre eux, n'hésitaient pas devant des travaux considérables, allant quelquefois jusqu'à déplacer une cité tout entière : c'est ainsi que la ville de Salapa, située tout d'abord au nord-ouest et sous le vent d'un marais, fut
transportée au sud-est, en dehors du courant de ces émanations délétères, et que Jules César, Nerva, Trajan, ne reculèrent pas devant l'idée gigantesque de dessécher les marais Pontins.
Mais c'est encore par le talent qu'ils apportèrent dans l'établissement des routes et l'organisation des pays barbares que les Romains rendirent au bienêtre et à la santé des masses les services les plus signalés. II fallait certes qu'ils excellassent dans le transport des hommes et des denrées pour réussir comme ils le firent dans leurs expéditions lointaines, pour soustraire aussi bien leurs armées aux inlluences climatologiques, pour assurer enfin pendant si longtemps le calme et la soumission de leurs nombreuses colonies. C'est qu'une habile direction assurait non-seulement les succès de leur stratégie, mais veillait avec une égale sagesse à l'apjjrovisionnement, à l'outillage, à l'éducation sociale des pays conquis. Sans doute les préjugés se mêlaient encore ici aux données de la science ; quand les conquérants romains abordaient, par exemple, une contrée nouvelle, c'est par des sacrifices et des présages qu'ils préludaient à son invasion, mais le sacrificateur en interrogeant les viscères des animaux indigènes, l'augure en consultant le vol des oiseaux de passage, recueillaient déjà quelques indices sur la valeur des pâturages, la qualité des eaux, les alternatives de la température : sous la pratique superstitieuse s'abritait par conséquent une précaution réellement utile, et à côté des préjugés légués par l'ignorance une connaissance déjà bien profonde des hommes et des choses s'affirmait par une foule d'applications utiles qui avaient avec l'hygiène bien des points de contact.
Du reste, la période qui coïncide avec la grandeur de l'empire romain fut plutôt pour l'art de conserver la santé une époque d'application que de recherche; nous trouvons bien au début de cette époque un traité de l'historien Plutarque sur l'art de conserver la santé et de sages conseils du grammairien Aulu-Gelle sur l'iillaitemeiit maternel ; mais ce n'étaient là que des compilations sans originalité, et parmi les savants qui continuent d'étudier les sciences médicales les plus lenommés eux-mêmes, Celse, Arétée, Galieii, ne firent guère que répéter en hygiène ce que les Grecs venaient de dire. Ce n'est pas que parmi eux Galien n'ait été fécond, ou prolixe, comme ledit plus justement Michel Lévy, dans ses Productions sur l'hygiène; il aurait même abordé jusqu'à l'hygiène morale, puisqu'on lui attribue un livre sur la Manière de connaître et de guérir les passions de l'âme. Mais, malgré ses prétentions à l'originalité, rien de nouveau n'apparaît, je le répète, dans cette longue séi'ie de Mémoires et de Commentaires qui défie d'ailleurs toute analyse. Le progrès s'y résume en un changement de didactique et, tout en prétendant a|)puyer sa rénovation de la matière médicale et hygiénique, « non sur des jjrobabilités et des conjectures, mais sur des expériences exactes et précises », leur auteur n'en reproduit pas moins la vieille doctrine du chaud et du froid, du sec et de l'humide, avec la subdivision de cliacun de ces éléments en leurs quatre degrés. C'est Galien qui a créé l'expression de choses non naturelles pour définir l'objectif de l'hygiène, et qui les a réparties en six gioupes : l'air, l'aliment et la boisson, la vacuité et la réplétion, la fatigue et le repos, le sommeil et la veille, les affections morales. Aussi, de tous les progrès que Galien avait ambitionné de réaliser sur ses prédécesseurs dans l'art de conserver la santé, et qui se sont tous réduits à modifier la forme plutôt que le fond de cet art, il a survécu seulement une nomenclature assez judicieuse, encore utilisée de nos jours par quelques auteurs classiques. Quant aux successeurs du médecin de Pergame, Cselius Aurelianus et Antillus, dont
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le premier s'attribue un livre sur la conservatioa de la santé et le second aurait écrit, au dire d'Oribase, plusieurs chapitres sur les avantages de la gymnastique, leurs travaux sont contestés ou perdus, et ils ne firent guère d'ailleurs que se traîner eux-mêmes sur les traces de leurs préde'cesseurs grecs ou latins. Je n'ai donc pas à insister davantage sur les ouvrages de cette époque.
Je n'ai pas non plus à relever de progrès qui nous intéressent pendant cette autre et longue époque du moyen âge, où nous entrons maintenant avec la décadence de Rome et l'invasion des Barbares. Cette quatrième période de l'histoire de l'hygiène coïncide à son début avec une profonde révolution de l'histoire générale, celle qui consiste dans le triomphe délinitif du Christianisme par la conversion de l'empereur Constantin. Mais ce grand événement, si influent sur la rénovation morale de l'homme, commence pour les œuvres de l'esprit une phase d'inertie et de recul qui se prolonge jusqu'à la Renaissance, a Si ce ne sont pas les Barbares ni le Christianisme qui ont fait cela, dit Arnould dans ses Nouveaux éléments d'hygiène, il faut qu'il y ait eu dans l'évolution de l'humanité une sorte de temps d'arrêt, de sommeil, de souffrance, inhérent à celte évolution même, comme on voit les insectes tomber malades quelque temps avant de devenir insectes pai faits, ou le jeune homme languir au moment oii il va atteindre la virilité. » Je ne crois pas qu'il soit nécessaire d'assimiler l'humanité à une chrysalide ou la souffrance à des rêveries amoureuses pour expliquer ce long et douloureux assoupissement de son génie civilisateur, et, comme le laisse penser lui-même l'auteur du beau livre que je viens de citer, c'est certainement le contact du Christianisme et des Barbares qui a produit ce désastre intellectuel. En ce qui concerne particulièrement l'hygiène il n'est pas difficile de rattacher à celte double infinencc l'abandon presque complet dont ses préceptes et son étude furent l'objet. Le mysticisme et l'ascétisme se sont désormais emparés de la société romaine et des nombreuses populations associées par son génie militaire aux éventualités de sa civilisation. Les aspirations vers la vie future et ses jouissances ineffables ont remplacé tous les soucis de la vie actuelle, et, au lieu de rechercher la santé du corps, la beauté de la forme, la plénitude de l'existence, l'homme met désormais son mérite, pour conquérir le pardon <livin et le salut éternel, à mortifier sa chair, comme à mépriser ses intérêts temporels et à repousser le bien-être terrestre ; on fait du jeûne un devoir, de la privation, de l'abstinence, une vertu ; la propreté devient presque un vice, la force une disgrâce, l'union des sexes un péché ; en même temps la confiance du chrétien dans l'incessante intervention d'une main providentielle le rend insouciant pour toute sorte de danger. Rien assurément ne pouvait être plus préjudiciable au développement de la personne humaine comme à l'étude des lois qui régissent la santé. Le Christianisme, déjà si peu préoccupé par nature des intérêts corporels, eut d';iilleurs bien assez à laire pour défendre contre les hordes indogermaniques la douceur de ses mœurs nouvelles et l'autorité de ses dogmes religieux. La culture des lettres et des sciences se soutint quelque temps en Orient sous la protection des Césars byzantins, mais les rares considérations que les médecins de cette époque, Oribase, Aétius, Alexandre de Tralles, Paul d'Égine et quelques autres, émettent encore sur 1 hygiène, ont perdu toute originalité et ne sont plus qu'une insignifiante réédition des idées de Galien. En Occident, la médecine, avec les autres sciences, se réfugia dans les monastères ; et comme les maladies, sous leurs sombres arcades, n'étaient plus considérées que comme une
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juste punition du ciel, leur prophylaxie se réduisit à peu près à la prière. Le diable représentait alors toute l'étiologie, comme la médecine et l'hygiène se résumaient en Dieu. Cependant, l'impuissance augmentant avec l'ignorance, on s'habitua d'autant plus à se courber passivement devant le mal, qu'on jugea de plus en plus incompréhensible son origine et ses effets, et ainsi tombèrent une à une les barrières qu'il aurait fallu pouvoir opposer à des fléaux imminents, la peste, la variole, la lèpre, l'ergotisme, la famine, suivis par l'épouvantable irruption de syphilis qui marqua la Un du quinzième siècle.
Aussi vit-on bientôt sombrer toutes les institutions sanitaires, qui reposaient, il faut bien le reconnaître, sur l'utilitarisme matérialiste de la civilisation païenne; et si la France, moins éprouvée par les Barbares, conserva sous ses premiers rois quelques-unes de ces traditions romaines, comme en témoignent les Capitulaires de Charlemagne, leurs traces ne tardèrent pas ici même à disparaître, et, à partir du neuvième siècle, toutes les mesures de préservation en même temps que les derniers vestiges de l'art hygiénique sont représentés par les léproseries et les maladreries, seule et misérable ressource que la société féodale sut opposer au torrent des maladies contagieuses déchaîné sur l'Europe par les croisades. Un chroniqueur anglais, Mathieu Paris, rapporte qu'il existait au treizième siècle deux mille de ces établissements en France, et dix-neuf mille sur toute la surface de l'Europe.
Et pourtant le désir de prolonger, d'éterniser même la vie, pas plus que celui de guérir toutes les maladies, ou d'acquérir toutes les richesses, n'était absolument banni de cette société immobilisée dans son indolence et si longtemps soustraite à la loi du progrès; seulement c'étaient là des aml)ilions sans énergie et toutes subordonnées à la simplicité, à la facilité de leur poursuite. Un art encore à son enfance, quoique Hermès trismégiste, le Mercure égyptien, en fût considéré comme l'inventeur, que quelques découvertes propres, de loin en loin, à éblouir l'esprit, avaient sauvé de l'abandon général, et qui plus tard en grandissant et en répudiant ses méthodes vicieuses comme ses puériles superstitions devait devenir la belle science de la chimie, l'art hermétique ou l'alchimie se chargea de fournir à la paresse de tous ces mystérieux et toutpuissants agents qu'elle convoitait. Du septième au seizième siècle ses nombreux adeptes, tantôt naïfs et tantôt imposteurs, à côté de la. piètre philosophale qui changeait tous les métaux en or, et de la panacée universelle qui guérissait de toutes les maladies, recherchèrent et débitèrent une foule d'élixirs de santé, de baumes de vie, de poudres d'existence, dont l'usage assurait une jeunesse indélinie, une santé perpétuelle. On vit en même temps apparaître et se généraliser, sous Tinfluence des mêmes conditions, l'emploi des talismans, du grec ■zilztT^'Xy conservation, dont l'idée, originaire des Indiens, était passée de ce peuple aux Perses, aux Hébreux et aux Arabes, qui la répandirent facilement autour d'eux quand ils envahirent le nord de l'Ali'ique et le midi de l'Europe. C'étaient de petits objets façonnés en images bizarres ou recouverts de figures, <le signes ou de lettres cabalistiques, et auxquels on attribuait le pouvoir de porter bonheur à leur propriétaire, d'éloigner particulièrement de lui les dangers et les maladies. La superstition religieuse ne se fit pas faute d'imiter à son tour ce qu'on pourrait appeler la superstition laïque, et au talisman qui était de préférence en pierre ou en métal elle joignit l'amulette en étoffe ou en papier bénits, qui portait un verset du Coran pour les musulmans, une image de saint pour les chrétiens, et dont elle eut bientôt fait d'affubler sous le nom de sca-
pulaire, pour les préserver contre toute mauvaise chance, une multitude de dévotes poitrines. La Renaissance a tué l'alchimie, l'esprit moderne a tué la superstition, mais le charlatanisme médical et sanitaire n'en continue pas moins, sous des noms rajeunis, à exploiter de la même façon l'ignorance et la crédulité publiques.
A partir du onzième siècle, les Arabes, alors à l'apogée de leur puissance et qui seuls avaient conservé de l'antiquité, avec beaucoup de ses erreurs, un certain goût poui les sciences, jetèrent bien sur l'art de guérir un certain éclat, mais leurs plus illustres médecins, Ali-Abbas, Avicenne, Mésué , Averrhoës, bien que nourris exclusivement des traditions galéniques, s'occupèrent fort peu d'hygiène, et même, lorsqu'au courant du quatorzième siècle les savants du bas-empire commencèrent à ramener en Europe, avec les livres d'Hippocrate, le goût pour les idées et les méthodes de l'ancienne Grèce, l'art de conserver la santé n'eut pas les prémisses de ces études et de ces recherches nouvelles. Dans la longue période que je viens de passer en revue — à part peut-être un traité, De regimine sanitatis, d'Avenzoar, médecin juif du trei^îième siècle, qui, fuyant les persécutions de ses compatriotes espagnols, trouva chez un prince du Maroc une protection intelligente, — et un autre sur L'art de conserver la jeunesse et de retarder la mort, qui est du quatorzième siècle et émane de cet Arnauld (de Villeneuve), docteur de Montpellier, qui régenta aussi d'après Astruc dans la Faculté de celle ville, et dont toutes les Villeneuve de Catalogne, de Languedoc et de Provence, se disputent l'honneur d'être la patrie, — un seul ouvrage sur l'hygiène mérite d'être tiré de l'oubli, et encore est-ce plutôt en raison de l'élrangeté de sa forme et de la portée historique de son contenu que des qualités de son enseignement : c'est le recueil en vers latins de Jean de Milan ou, selon quelques-uns, des dames Tusa et Rebecca Guerna, intitulé VÉcole de Salerne. L'auteur, quel qu'il soit d'ailleurs, a voulu renfermer dans cet ouvrage, qui remonte aux environs de l'an 1100 et dont les deux; tiers sunt perdus, le Credo médical et les maximes hygiéniques de ce collège célèbre qui, formant par sa situation le lien géographique entre l'Afrique et l'Europe, fut aussi par l'époque de sa renommée l'intermédiaire chronologique entre les Arabes et les modernes.
La Renaissance vient enfin secouer à la fois le joug du corps comme celui de l'esprit, et ouvrir pour l'hygiène une période de réparation et de reprise que j'envisagerai jusqu'au début de notre dix-neuvième siècle, de l'histoire contemporaine : ce sera la cinquième péiiode de celle de l'hygiène. Les mœurs des envahisseurs barbares se sont depuis longtemps assouplies au contact des populations latines, et la civilisation chrétienne, fécondée par l'esprit philosophique et émancipée par la réforme de Luther, saura faire désormais une part équitable entre les besoins du corps et les aspirations de l'esprit, en réhabilitant tous les intérêts légitimes de l'humanité.
C'est moins pourtant dans les ouvrages des savants que dans les mœurs et les institutions qu'on vit s'accentuer alors ce retour vers les lois de la préservation sanitaire et de l'hygiène. L'étude de l'hygiène ne s'isole guère à cette époque des autres études biologiques et ne sait se produire encore que sous la tutelle de la médecine. C'est à peine si l'on peut y relever quelques ouvrages plus ou moins spécialement consacrés à notre art, tels d'abord que le traité, en quatre livres, De longa vita, un des rares écrits qui soient sûrement de Paracelse parmi
tous ceux attribués à ce médecin et qu'il faut rapporter aux environs de 1527, époque où il enseignait à Bàle avec un éclat si diversement apprécié; les mémoires sur l'alimentation de Jacques Dubois ou Sylvius (Paris, 1557), plus célèbre par sa haine pour Vésale et par son avarice proverbiale ; les divers discours sur les avantages de la sobriété de Louis Cornaro (Pudoue, 1558), ce noble Vénitien qui joignit l'exemple et la preuve à sa doctrine hygiénique, car, malgré sa santé délicate, en bornant sa dose journalière de nourriture à 400 grammes d'aliments solides, accompagnés de 450 grammes de boissons, il dépassa l'âge de cent ans et ne s'alita plus désormais que pour mourir; et à leur suite encore les travaux du Milanais Cardan, De sanitate tuenda, de l'anglais Bulleyn, Government of Health, du Vénitien Guidi, De tuenda valetudine genevatim et membralim, et De ratione victus, de Lessius, de Fonseca, de Pansa, de Déodatus, du chancelier Bacon, de Jean Biolan, dont la première partie des Opéra omnia est tout entière consacrée à l'hygiène, de Sennert, dont le quatrième livre des Instituliones medicœ est un traité complet de cette science. On trouvera à la bibliographie de cet article les citations plus précises des ouvrages de ces auteurs d'hygiène, dont les publications nous amènent du milieu du seizième siècle à l'entrée du dix-septième. A ce moment un professeur de Padoue, San- Jorius, inaugurait dans les sciences médicales (de 1611 à 1624) l'expérimentation rigoureuse, qui devait plus tard porter de si grands fruits, appliquant à l'hygiène, comme à la physiologie et à la clinique, l'usage de la balance, ainsi que les indications du thermomètre, qu'un Hollandais venait d'inventer; pour n'envisager de ces intéressantes recherches que celles dont la nature se rapporte à notre objet, je me borne à signaler qu'à l'aide de ces instruments il étudia l'influence de la température extérieure, des saisons, des bains, de l'alimentation et de la diète, sur le poids du corps et la chaleur animale. Le dix-septième et surtout le dix-huitième siècles nous offrent sans doute une liste plus fournie d'ouvrages spéciaux sur l'Iiygiène, qui feront à leur tour partie de mon annexe bibliographique, mais dont je dois encore reproduire ici quelques échantillons isolés. On ne saurait omettre en effet de marquer par les noms d'auteurs les plus propres à le personnifier le mouvement de bon augure qui faisait participer de plus en plus l'hygiène au concert des publications littéraires et scientifiques. A ce titre je dois citer, pour en finir avec le dix-septième siècle. Constant Pulcharelli avec son poëme De sanitate tuenda (Naples, 1618), Fabrice de Hilden, avec son Tractatus de conservanda valetudine (Francfort, 1629), Jouston, avec son Idea hygiènes recensita (lena, 1662), Vogler, avec ses Commentaria diœtetica (Helmst;idt, 1667) et son De valetudine hominis cognoscenda (Ibid., 1674), Tryon, philosophe anglais, avec ses nombreux écrits sur l'hygiène. Dans le dixhuitième siècle j'ai à signaler les dissertations de Fred. Hoffmann (Leyde, 1708). <:elles si nombreuses d'Alberti (Halle, 1722, 1733, etc.), les essais sur la santé, sur la vie, sur le régime de Ciieyne (Londres, 1725, 1726, 1759), la quatrième partie des Instituliones meVZica? de Boerhaave, intitulée Tyisiv/j (Leyde, 1708), ainsi qu'un essai de Vandermonde, Sur la manière de perfectionner Vespèce humaine (Paris, 1756). H faut aussi mentionner les nombreux et utiles travaux de Tissot : une Dissertation apologétique sur Hnoculation de la petite vérole, que Voltaire réclamait alors aussi avec tant d'ardeur ; une Étude sur l'onanisme, un Avis au peuple sur sa santé; un Discours sur celle des gens de lettres, et un Essai sur les maladies des gens du monde : telle fut (de 1754 à 1770) l'œuvre hygiénique de ce professeur distingué de Lausanne, qui avait fait ses
études à l'Pxole de Montpellier. A sa suite vient encore, avec une auréole particulière de gloire, le nom de ce modeste praticien et auteur anglais qui, par la découverte de la vertu préservatrice de la vaccine, en 1776, a plus fait que les plus grands savants pour le bonheur et la santé des hommes : j'ai nommé Jenner. Enfin, pour clore ces citations par une personnalité qui termina la série des savants que J'envisage, en reliant même les hygiénistes du dix-huitième siècle à ceux du dix-neuvième, je dois indiquer les travaux et les leçons de Halle, qui, de 1794 à 1820, professa l'hygiène à la Faculté de médecine de Paris, où il inaugura même l'enseignement spécial de cette science ; on a de lui, en fait de sujets qui la concernent, s'échelonnant entre 1779 et 1822, année de sa mort, des mémoires ou rapports sur le méphitisme des fosses cVaisance, sur la -prophylaxie de la petite vérole par la vaccination, sur V anémie des mineurs d'Anzin, sur U7ie épidémie du Lot; les articles Air, ArniQUE, Aliments, Europe, llYGi'mE,àeV Encyclopédie méthodique, ainsi qu'un ouvrage intitulé //?/^/è«(? ou VArt de conserver la santé, recueil, assez mal rédigé d'ailleurs, des leçons qu'il lit pendant vingt-cinq ans sans arriver à épuiser son programme. « S'emparant des richesses si péniblement amassées par lesquelles la physique, la chimie, la physiologie, ouvraient à l'hygiène une ère nouvelle, Ualié travailla pendant toute sa carrière, dit de lui Rostan, à doter cette science d'un des plus beaux monuments qui eiit jamais été créé ; malheureusement pour l'humanité les immenses matériaux qu'il avait accumulés n'avaient enrichi que sa tète, et la mort, qui se joue des projets des hommes, nous a enlevé un ouvrage qui eût fait la gloire de son auteur et de la patrie. » Le monument dont il s'agit, un homme seul était incapable de l'édifier; et la science elle-même n'était pas prête à le produire; c'est à notre siècle, comme on le verra bientôt, qu'était réservée cette gloire.
Les applications publiques de l'hygiène pendant la période qui m'occupe, de la Renaissance à la Révolution française, suivirent une marche plus particulière et plus accentuée. Les progrès ne furent pourtant bien sensibles en France que vers la dernière moitié du dix-septième siècle, époque où La Reynie, en réorganisant la police générale de Paris, régénéra du même coup le service de la santé ; le 24 mars 1668, cet intelligent administrateur donna le premier exemple d'une convocation de médecins, qu'il appelait à délibérer sur la fabrication du pain. A partir de ce moment, la surveillance et les réglementations sanitaires, agrandissant de plus en plus leur sphère d'action, s'étendirent successivement aux professions délétères, aux industries dangereuses, au méphitisme des fosses d'aisance et des égouts, à l'état des voiries et des cimetières, aux endémies, épidémies et épizooties, à la vente des aliments et des boissons, à l'éducation physique des enfants, aux victimes d'accidents divers : noyés, asphyxiés, blessés, qu'on peut sauver par de prompts secours. Les institutions sanitaires de Paris furent bientôt imitées par la province : en 1750, la ville de Marseille se défendait par l'établissement de quarantaines contre la peste d'Orient; en 1757 et 1759, celle de Lyon prévenait la contagion de la morve en s'opposant par des ordonnances à l'importation des chevaux suspects. Ainsi s'établit successivement en France, et à son exemple le plus souvent chez les nations voisines, un ensemble de lois et d'institutions ayant pour but la santé des masses et pour moyen les connaissances et les ressources que les progrès incessants des sciences physiques et biologiques mettaient journellement entre les mains des gouvernements comme des individus. Mais tout cela aussi n'était encore qu'un réveil,
qu'une ébauche, et, de même qu'il était réservé à notre dix-neuvième siècle de constituer définitivement l'hygiène en science classique et spé-iale, c'est aussi à notre époque de réalisations scientifiques et de réformes humanitaires que les ressources de l'hygiène privée, que surtout les applications de l'hygiène publique, devaient prendre un sérieux développement.
L'histoire de l'hygiène est ainsi parvenue à sa sixième et dernière période, à l'époque contemporaine : il me reste donc, pour en terminer le tableau, à retracer encore les progrès désormais rapides que cette science a réalisés depuis la fin du dernier siècle jusqu'au moment où nous sommes, et à montrer ainsi le niveau qu'elle est parvenue à atteindre, le caractère qu'elle a revêtu et le rôle qu'elle joue dans notre société actuelle, où l'accroissement de toutes nos connaissances et le perfectionnement de nos divers moyens d'action continuent de lui donner de jour eu jour une compétence plus élevée et une autorité plus considérable.
Pour donner toute la clarté désirable au récit de cette évolution définitive et complexe, il faut plus que jamais, dans cette période d'activité supérieure où nous nous engageons, séparer l'étude de l'hygiène de ses applications effectives, sa théorie de sa pratique.
L'étude de l'hygiène, comme celle des sciences médicales, basée longtemps sur l'observation exclusive des faits, entre désormais avec les sciences physiques dans la voie plus féconde de la recherche expérimentale. Elle n'y fait pas tout d'abord, il est vrai, des investigations personnelles : l'hygiène n'est que l'art d'appliquer les conquêtes des autres sciences, mais elle suit de près leurs acquisitions pour en tirer un profit immédiat. Mieux instruit sur l'origine et le mode d'action des causes morbides, l'hygiéniste sait mieux en prévenir la genèse et les effets : les maladies infectieuses, les affections virulentes, commencent à peine à lui livrer leurs secrets, qu'il dirige aussitôt contre elles une défense plus efficace ; le jeu des rouages organiques s'éclaire de plus en plus sous les analyses de la physiologie moderne, et chaque clarté nouvelle apporte un perfectionnement spécial dans l'exercice qui s'impose à nos diverses fonctions pour en obtenir le plus de travail avec le moins d'usure. Quelles n'ont pas été, par exemple, pour l'hygiène de la vue, les conséquences des beaux travaux de Volkmann, Helmholtz, Kaiser, sur l'ensemble de l'optique physiologique; de Chevreul, Rouget, Brovvn-Séquard, Giraud-Teulon, sur quelques-uns de ses plus importants détails? Les travaux de Dumas, Boussaingault, Bischoff, Voit, Beneke, sur la statique de la nutrition, n'ont -ils pas permis de formuler avec plus d'exactitude les conditions hygiéniques du régime, et, si l'hygiène peut aujourd'hui dicter avec une précision presque mathématique les lois fondamentales de la dynamique humaine, la nature et jusqu'au chiffre de la ration alimentaire de travail, ne le doit-elle pas aux recherches de Weber, Maissiat, Varey, sur la mécanique animale ; à celles que Davy, Dulong, Wurtz, Gavarret, Hirn, Joule, ont ajoutées aux découvertes de Lavoisier sur la production de la chaleur et de la force dans les organismes vivants ? Les acquisitions accumulées de la physique et de la chimie profitent à leur tour, dans la plus haute mesure, à l'action préservatrice de l'hygiène. L'explication des phénomènes météorologiques, la connaissance plus intime des éléments de l'atmosphère, l'amélioration du microscope, le perfectionnement des méthodes d'analyse, la création de la chimie organique, l'introduction de la science dans l'industrie, fournissent une
mine encore inépuisée de règles et de précautions sanitaires, relatives à Tinfluence de la clialeur et de la lumière, de rhiimidité et de l'électricité, de l'acide carbonif|ne et de l'ozone, au cubage de l'air respiratoire, à la ventilation des éditices. à l'inspection des poussières et germes atmosphériques, à l'éloinnement des produits toxiques, à l'assainissement des manufactures, à l'examen des eaux potables, à la recherche des altérations et falsifications des substances alimentaires. Il y a plus encore : l'anthropologie, la démographie, l'histoire naturelle, toutes les sciences, en un mot, que j'ai déjà signalées comme tributaires de l'hygiène, s'enrichissent de révélations et de découvertes que cet art s'empresse d'utiliser.
Mais cela ne suffit pas toujours à l'hygiène; elle en vient à réclamer des laboratoires pour ses expérimentations particulières. Sans doute les recherches de l'hygiéniste jiorteront toujours sur des opérations de physique et de chimie, sur des analyses qualitatives et qu;intilatives par les réactifs et la balance, sur des observations de météorologie, sur des constatations physiologiques, ou sur le contrôle de la structure intime des corps à l'aide du microscope; l'hygiéniste n'a pas de domaine propre à explorer et, dès qu'il veut expérimenter, il est physicien ou chimiste, naturaliste, physiologiste, micrographe, tout, excepté luimême; mais ses efforts tendent à adapter aux besoms de son art les procédés de sciences étrangères, à en créer qui lui soient spéciaux par leur caractère pratique, à découvrir des faits ou procédés nouveaux en vue de sauvegarder la ganté de l'homme ; et, si ces recherches ne lui appartiennent pas par leur nature, il les fait donc siennes par leur finalité. Aussi l'objection et la résistance finissent-elles par tomber devant cette argumentation rigoureuse, et l'hygiène commence à obtenir, à installer, à faire fonctionner ses laboratoires d'enseignement et de recherche.
La France, sans être en retard pour la conception de semblables projets, s'est laissée devancer dans leur exécution. Ce sont les universités d'Allemagne qui entrent les premières dans ce mouvement. Dans ce pays, on le sait, les diverses branches des études médicales s'isolent volontiers les unes des autres, sous le titre d'Instituts, dès qu'elles réclament un outillage particulier et encombrant. Il n'y avait jusqu'à ces derniers temps chez nos laborieux voisins que des Instituts de physique, de chimie, de physiologie, d'anatomie, d'anatomie pathologique; on vient d'y ajouter des Instituts d'hygiène. L'exemple a été donné par le gouvernement bavarois, ou plutôt par la municipalité de Munich. En récompense de la fidélité touchante que lui a vouée l'illustre von Pettcnkofer, ce nouvel Hippocrate que ne purent ébranler non plus, dans ses préférences patriotiques, les offres magnifiques des Facultés rivales, la ville de Munich a créé pour son professeur d'hygiène un établissement distinct et spécial. L'Institut d'hygiène de Munich fonctionne depuis le mois de novembre 1878, et répond, au rapport de Wurtz, à tous les besoins de l'enseignement théorique et pratique de l'art sanitaire. Une grande salle de cours pour les leçons et démonstrations du professeur; une petite salle pour les conférences accessoires des Privat-docenten; un laboratoire ordinaire pour la préparation du cours ; un grand laboratoire avec annexes pour les travaux pratiques des aspii'ants aux fonctions de médecin de district; plusieurs laboratoires de recherche pour le professeur, les assistants et quelques docteurs ou étudiants avancés ; des salles pour collection de produits chimiques, d'instruments de physique, de plans et modèles, de mille objets divers, en un mot, qui sont afférents aux intérêts de la santé; enfin des magasins
et des provisions de tout genre : tels sont, avec un nombreux personnel d'assistants et d'employés, les ricliesses scientiliques de cet important établissement, dont les constructions, élevées de deux étages, occupent une surface de 800 mètres carrés, A l'exemple de Pettenkofer, qui est considéré en Allemagne comme le créateur de l'hygiène expérimentale, d'autres hygiénistes se sont mis à élever aussi dans les universités prussiennes, autrichiennes, suisses, à côté des sciences médicales, des laboratoires, des Instituts d'hygiène: telles étaient au moms les tendances de Roth à Dresde, de Flûgge à Berlin, de Wiel à Zurich. L'Angleterre et la France sont en train de suivre cet exemple. Vallin au Val-de-Grâce, Layet à Bordeaux, l'auteur de cet article à Montpellier, sont parvenus aussi, avec beaucoup de temps et de peine, à organiser des établissements analogues. Grâce aux libéralités de l'État, bien modestes, si on les compare aux quelques cent mille florins qu'a coûtés la création de l'Institut de Munich, mais bien généreuses à côté de la part qu'avait eue jusqu'alors l'hygiène au budget de l'enseignement supérieur, l'Institut d'hygiène de la Faculté de médecine de Montpellier s'e>t trouvé pourvu, dès sa première année d'existence officielle, d'un local assez considérable, renfermant plusieurs laboratoires et des salles de musée, avec un certain nombre d'instruments de recherche pour les premiers et quelques objets de collection pour les secondes, que des allocations annuelles et des dons volontaires ont depuis continué d'accroître. Mais cette voie de recherches positives et de démonstrations concrètes, où l'hygiène vient d'entrer si résolument en ces dernières années, appartient à peine encore à l'histoire de cotte science; l'exposé de ses conditions et de ses avantages trouvera mieux sa place aux paragraphes relatifs à Yétude et aux applications de l'hygiène.
On jugerait mieux le mouvement où sont entrées de la sorte les études hygiéniques de notre dernière période par la désignation des savants qui en ont marqué pour ainsi dire les étapes. Mais je ne saurais à cette fin, faute d'espace suffisant, présenter ici la liste des nombreux auteurs, et la série des travaux plus nombreux encore qui se sont succédé durant cette période, atteignant déjà presque aux dimensions d'un siècle; cette importante, mais aride énumération, sera donc réservée comme le complément de cet historique pour la bibliographie de cet article.
Il me reste maintenant à exposer quels ont été, pendant le dernier siècle de son histoire, les progrès accomplis dans l'application effective des règles bienfaisantes de l'hygiène.
Une condition préalable de cette application, c'est l'enseignement public de ces règles. L'enseignement de l'hygiène, en diffusant les connaissances relatives aux exigences de la santé, rend en effet l'individu plus expert dans la conduite de sa vie corporelle et les masses plus accessibles à la protection de leurs intérêts sanitaires. A côté du mouvement littéraire auquel je viens défaire allusion, et qui représente spécialement l'étude des questions hygiéniques, l'enseignement des connaissances acquises n'a pas marché, bien s'en faut, d'un pas aussi rapide. Au début et pendant la majeure partie de la période qui m'occupe, cet enseignement est resté concentré dans les Collèges médicaux en Angleterre, dans les Universités médicales en Allemagne, dans les Facultés et Ecoles de médecine en France. En ces dernières années seulement, sous l'influence d'un entraînement dont le retard exphquait sans doute la vivacité, le domaine didactique de l'hygiène a commencé de s'accroître en surface et en ressources. On s'est mi-; à enseigner cette science dans les lycées et les collèges, dans les écoles normales PICT. ENC. i" s. XIV. 50
''^e HYGIÈNE.
d instituteurs; elle entre dans le programme de nos nouveaux lycées de jeunes filles ; on parle de l'introduire jusque dans nos écoles primaires. En dehors de l'enseignement officiel, l'hygiène a aussi servi de thème à une foule de conférenciers populaires. Un courant s'est donc enfin formé qui porte les hommes à éclairer de plus en plus leur instinct de la conservation, et les sociétés à se prémunir plus efficacement contre les fléaux qui les déciment; les uns et les autres veulent assurer ainsi leur bien-être physique, ce qui est un but déjà légitime en soi, et un moyen d'atteindre à des aspirations plus élevées, il faut entretenir ce mouvement, mais il faut le diriger : l'insuffisance de l'instruction hygiénique qu'ont reçue jusqu'ici les individus et les masses nous fait comprendre le contraste singulier qui se rencontre même chez les esprits supérieurs entre l'amour de la vie et le mépris de la santé ; il nous explique surtout les difficultés qu'éprouvent à s'établir, à fonctionner, à s'étendre, des institutions pourtant exclusivement consacrées aux besoins les plus immédiats des populations ; tomtefois la hâte de la réparation ne doit pas compromettre son succès. J'arrive ainsi en présence d'un sujet qui n'est plus un épisode d'histoire, mais un problème d'actualité; la discussion de ce qu'il faut faire pour répandre utilement les notions de l'hygiène est l'objet d'un important débat que j'aborderai tout à l'heure ; pour le moment j'ai à terminer ce récit en montrant encore ce qu'ont été depuis la Révolution française jusqu'à ce jour les progrès accomplis dans les institutions sanitaires.
Avant cette révolution, comme on l'a [vu, les administrations publiques et l'État n'adressaient à la science, pour diriger leur intervention sanitaire, que des consultations isolées et discontinues. Dès 1802, un événement destiné à accroître sensiblement l'influence de l'hygiène vint resserrer et régulariser ces rapports : c'est la formation, sous le nom de Conseil de salubrité de Paris, d'une commission permanente chargée d'éclairer le gouvernement sur toutes les questions relatives à la préservation collective de la santé. Sur la proposition de Cadet-Gassicourt, le préfet de police Dubois eut à réunir en'un corps définitivement constitué les savants qu'il avait l'habitude de consulter lorsqu'il surgissait quelque difficulté dans les affaires concernant l'hygiène publique. Ce Conseil fut d'abord composé de quatre membres; il est arrivé à en renfermer aujourd'hui dix-huit, où la loi comprend des médecins, des pharmaciens, des chimistes, des ingénieurs, des industriels, sans compter les fonctionnaires que les intérêts de leur service appellent à prendre part à des délibérations spéciales.
D'abord restreintes, les attributions du Conseil de salubrité de Paris ne cessèrent de s'accroître et touchent aujourd'hui à toutes les applications de l'hygiène. Par la voie des consultations, ce corps donne ses conclusions sur les questions de principe; par celle des enquêtes, il exprime son avis sur l'autorisation des entreprises et établissements particuUers; par celle enfin des inspections, dont il peut être administrativement chargé, il surveille l'observation des garanties sanitaires sur la voie publique, les halles et les marchés, dans les hôpitaux, les prisons, les manufactures, les édifices municipaux et jusque dans les maisons particulières. La création de ce Conseil inaugura donc l'ère d'améliorations et de progrès hygiéniques de tous genres que l'on vit se produire depuis dans la voirie, les établissements, les industries, l'alimentation, l'assainissement général, en un mot, de la capitale, et servit d'exemple aux autres villes de la France, ainsi qu'aux autres nations de l'Europe.
Les grandes villes de province s'organisèrent peu à peu sur ce modèle ; de
1822 à Î851, Lyon, Marseille, Lille, Nantes, Rouen, Bordeaux, se donnèrent successivement des institutions analogues. Rn 1856, le gouvernement invita l'Académie de médecine à lui présenter un plan d'organisation générale des Conseils de salubrité pour tout le royaume, et douze ans plus tard seulement, en J848, un décret de la République créa, suivant les principales dispositions de ce projet, le réseau qui fonctionne aujourd'hui sur tout le territoire de la France : des Commissions sanitaires dans chaque chef-lieu de canton, reliées à des Conseils d'hygiène publique et de salubrité qui existent dans tous les chefslieux d'arrondissement, ceux-ci surbordoanés à leur tour aux Conseils départementaux d'hygiène publique et de salubrité, siégeant au chef-lieu de chaque département, et ces derniers finalement en rapport avec le Comité consultatif d'hygiène publique de France : telle est l'institution qui depuis cette époque représente en France le pouvoir délibérant dans le gouvernement de la santé publique et à laquelle il ne manque guère, comme nous le verrons, qu'un peu plus d'initiative et d'autorité, et un pouvoir exécutif moins rudimentaire que notre police sanitaire actuelle, pour donner tous les bons résultais qu'elle comporte* Malgré ces imperfections, cette organisation sanitaire a porté de nombreux fruits. C'est par centaines de mille qu'il faudrait compter les mémoires et rapports émanés, depuis leur création, des Conseils d'hygiène publique et de salubrité; et, si la police de l'hygiène n'existe guère encore qu'à l'état de projet ou de menace, elle prévient du moins par une crainte salutaire la multiplication de la fraude sur les denrées publiques, les infractions aux règlements de salubrité générale, et toutes sortes de dangers occasionnés par l'imprévoyance et l'irresponsabilité communes. Grâce à ce système régulier de consultation scientifique et d'intervention administrative, nous avons vu successivement se produire d'importants .assainissements et se dissiper de redoutables ennemis de la vie humaine. Sous son influence incessante, l'air, la lumière, la chaleur, la propreté, l'espace, sont entrés de plus en plus dans les locaux de nos écoles, de nos ateliers, de nos casernes, de nos hôpitaux, de nos prisons ; l'évacuation des immondices et des eaux ménagères s'est de mieux en mieux accomplie dans nos villes, tandis que de leur côté les manufactures étaient contraintes à éloigner ou à neutraliser leurs résidus et leurs émanations nuisibles ; les halles, marchés, abattoirs, voiries, chantiers d'équarrissage, amphithéâtres de dissection, égouts et fosses d'aisance, cimetières, voies et édifices publics, et jusqu'aux habitations privées, se sont peu à peu disposés selon des conditions moins insalubres; des précautions ont été prises pour éviter ou atténuer l'invasion des maladies infectieuses ou contagieuses; des arrêtés promulgués pour empêcher l'importation ou la vente d'aliments malsains; des dispositions établies pour porter de prompts secours aux noyés, aux asphyxiés, aux blessés, aux malades ; des travaux entrepris pour conjurer les inondations, les incendies, les désastres publics; le travail des enfants a été réglementé dans les manufactures, le charlatanisme poursuivi dans la carrière médicale, les améliorations des procédés industriels favorisés dans les usines ; des poursuites judiciaires ont effrayé les falsificateurs des aliments et des boissons, contenu le commerce et l'emploi des substances toxiques, chassé les matières nuisibles, telles que le plomb, le cuivre, les verts de Schweinfurt et de Scheele, des réservoirs, vases, enveloppes, conduites en rapport avec les substances nutritives ; les causes de dépopulation et de mortalité révélées par les statistiques ont été combattues ; la mortalité particulière des nourrissons, cette effrayante conséquence de l'allaitement mercenaire, qui prive annuellement
notre pays du cinquième de ses nouveau-nés, est devenu l'objet d'une le'gislation spe'ciale dont l'application s'est fait, elle aussi, trop attendre, et s'effectue finalement avec trop de mollesse; enfin les fléaux de l'ivrognerie, du vagabondage, de la misère, ont rencontré quelques remèdes, sans doute encore bien disproportionnés à leur intensité, dans l'établissement des dépôts de mendicité, des bureaux de secours et de bienfaisance, et dans l'encouragement donné aux Sociétés d'assistance mutuelle et de charité.
Voilà ce que l'on doit aux Conseils d'hygiène, à l'impulsion, à la direction, au concours que le gouvernement et les communes ont reçu de ces corps savants. Ce qu'ils ont réalise montre ce qu'on aurait obtenu, ce qu'on pourrait obtenir, en perfectionnant, en complétant cette réglementation officielle de la santé pnblique. Je viens de dire qu'à côté de ces assemblées délibérantes ne fonctionnait qu'un pouvoir exécutif insuffisant, rudimentaire. Ce n'est pas le lieu de rechercher ce que devrait être ce complément indispensable des Conseils d'hygiène, mais je dois raconter le peu qu'on a fait ou plutôt combien peu on a fait jusqu'ici pour le constituer. C'est aux administrations municipales et départementales en général, et sans y créer de service distinct, que le décret de 1848, sous le régime duquel nous vivons encore en matière d'hygiène publique, a laissé le soin do donner satisfaction aux vœux de ces conseils, de préparer les éléments de leur intervention, de donner suite aux conckisions de leurs rapports. Ainsi la responsabilité se trouve tellement partagée qu'elle s'efface, et il est dans la force des choses que la prudence du médecin ne soit pas toujours du goût d'un préfet ou d'un commissaire de police. Négligeant d'assurer une sanction à sa bonne volonté, la loi qui proposait de satisfaire aux intérêts complexes de la santé publique omettait donc dans le mécanisme de ses réglementations lé fonctionnaire spécial, rémunéré et responsable, sans lequel il ne pouvait y avoir ni unité, ni constance, ni énergie dans ses interventions. Sans doute les grandes villes tendent depuis, de plirs en plus, à se pourvoir spontanément d'inspecteurs réguliers, véritables officiers d'hygiène municipale, chargés de pénétrer dans les ateliers et les manufactures, de vérifier la salubrité des logements et des garnis, de visiter les filles publiques et les lieux de prostitution, d'examiner les animaux et les viandes de boucherie, de contrôler l'état des diverses autres suhsistances si souvent altérées ou falsifiées avec un art criminel ; sans doute plus récemment quelques-unes de ces villes mieux avisées encore, Paris, le Havre, Nancv, Bordeaux , Marseille, se sont donné un véritable Bureau municipal (Vhygiène, dressant les statistiques des naissances, des décès, des maladies ; inspectant les écoles municipales, les usines et les maisons particulières; organisant la prophylaxie des maladies infectieuses et contagieuses; assurant le service de la vaccination; contrôlant dans les abattoirs, sur les marcliés, au laboratoire, les substances alimentaires, les boissons, et toute matière dont l'usage peut offrir quelque danger. Mais à ces créations isolées il manque encore tout d'abord une direction uniforme et centrale, qui en soutienne et en fortifie le fonctionnement sans en détruire l'initiative ; puis encore, quelque incontestable que soit leur importance pour la santé publique, elles laissent pour la plupart beaucoup à désirer tant au point de vue de leur personnel que de leur outillage; peu de villes d'ailleurs en possèdent seulement les germes et les communes rurales n'en soupçonnent même pas l'utilité. J'ajoute que, si ces dernières, mieux éclairées sur leurs intérêts, voulaient organiser aussi des inspections sanitaires, ce seraient alors les hommes qui feraient défaut à la fonction. Rien, en effet.
ne rappelle chez nous les soins qu'on a pris ailleurs pour assurer le recrutement et la compétence d'une pareille catégorie de fonctionnaires ; toujours en avant dans le domaine de l'idée, et en retard sur le terrain de la pratique, nous avons de'crété l'institution sur le papier, et oublié d'en assurer l'exercice.
A l'exemple de la France, les autres gouvernements de l'Europe, l'Allemagne, l'Angleterre, la Belgique, ont successivement institué leur législation et leur administration sanitaires. Il serait trop long d'en exposer ici les détails et de montrer les immenses résultats obtenus, en Angleterre particulièremcn t, grâce à l'addition d'une sanction effective et d'une intervention ofticielle aux délibérations des conseils d'hygiène. Espérons que la loi déposée au Parlement par un groupe considérable de ses membres, acceptée par le gouvernement et désirée vivement par l'opinion, viendra bientôt, parla création d'une direction, à défaut d'un ministère de la santé publi({ue, doter nos pouvoirs administratifs de l'unité, de l'harmonie et de la puissance, qui manquent encore pour tirer à notre tour de notre organisation sanitaire tous les bienf^tits qu'elle contient en germes.
Ce n'est pas seulement sur leur propre sol que les Etats les plus civilisés de l'Europe ont ainsi organisé une résistance régulière et sérieuse contre les infatigables ennemis de la santé et de la vie de l'homme. Aux derniers temps de l'époque dont je retrace l'histoire hygiénique, et sur l'initiative encore de la France, ils ont entrepris de se coaliser contre les terribles épidémies qui leur arrivent du dehors, et que le rempart des lazarets, des fameuses quarantaines, ne suflisait pas ù exclure. Quand, en 1851, le choléra vint pour la première fois visiter l'Europe, ses divei^s gouvernements multiplièrent sur leurs entrées maritimes et terrestres ces séquestrations absolues des voyageurs et des marchandises, sans arriver par la multipUcation vexatoire des formalités, par la prolongation arbitraire de la détention, à accroître sensiblement leurs effets préservatifs; le choléra passa, dit Arnould, au'^travers de ce réseau, et même dédaigna parfois d'entrer par des chemins où l'on avait négligé de fermer les communications. C'est à leur point de départ, c'est au moins sur leur trajet bien plus qu'à leur arrivée, qu'il convenait de s'opposer à la marche, à la dissémination de ces fléaux destructeurs. Dès 1847 le gouvernement français créa donc en Orient divers postes d" observation sanitaire pour surveiller spécialement les points de départ de la peste, et il résulta même des premières constatations faites par les médecins auxquels ces postes furent confiés que la quarantaine n'avait pas de raison d'être à Marseille pour empêcher l'importation de cette maladie, puisque depuis trois ou quatre ans elle avait cessé d'exister en Turquie et en Egypte. Les services de cette institution ne s'en tinrent pas à ce renseignement négatif au point de vue sanitaire, mais plein d'importance pour les intérêts commerciaux. A la suite des effroyables épidémies cholériques de 185-4 et de 1865, Fauvel l'idée d'utiliser les médecins des postes d'observation sanitaire, en les échelonnant sur la route maritime du fleuve indien, pour l'arrêter, à ses diverses étapes, par des interdictions de passage aux personnes et aux choses, par l'établissement de cordons sanitaires ou la surveillance des campements de quarantaine. La conférence de Gonstantinople, en 1866, adopta ce système; des médecins et agents sanitaires furent en conséquence installés à Bombay, à Aden, à Djeddah, à La Mecque, à Port-Saïd et soumis à la direction de deux Conseils intei nationaux de sa/ife' siégeant l'un à Gonstantinople et l'autre à Alexandrie. A dater de cette époque le fléau indien n'est plus venu en Europe par la route de mer ; il n'y est entré que par celle de terre, mal gardée par la Perse et la Russie.
'ÎÎJO HYGIÈNE.
Depuis lors des conférences internationales réunies à Paris, à Constanlinople et à Vienne, ont discuté des projets relatifs à l'unité de législation et de réglementation en matière de quarantaines et de cordons sanitaires et sont arrivés sur bien des points à une entente qui a déjà porté ses fruits : nos pays en effet ont été certainement préservés plusieurs fois, grâce aux mesures qui sont résultées de cet accord, des visites que le choléra se disposait à nous faire; plus récemment l'exactitude avec laquelle la Paissie s'est conformée à ses propres obligations a contenu la peste d'Astrakan, qui n'a pas dépassé, dans sa marche ascensionnelle sur le Volga, le petit village de Vellianka, désormais célèbre par les émotions qu'il a procurées à toute l'Europe. Enfin à deux reprises, dont l'une en ces tout derniers temps encore, la fièvre jaune (jui sévissait si violemment sur la côte occidentale de l'Afrique, particulièrement dans notre colonie du Sénégal, n'a pu faire en Espagne, grâce à des précautions du même ordre, qu'une apparition numériquement insignifiante. Ce sont là d'immenses bienfaits assurément, dont on ne peut méconnaître la valeur quand on en suit de pi'ès la l'éalisation, mais qui passent en général inaperçus parce que l'opinion publique ne saurait en avoir nettement conscience : il est en effet dans la nature même d'un service qui consiste à prévenir un mal d'être d'autant moins apprécié qu'il est plus efficace, et qu'ainsi le danger conjuré a moins fait sentir sa présence. Si du reste des garanties plus complètes restent encore à désirer, on peut les attendre du conseil de santé qui réunit à Conslantinople les fondés de pouvoir des divers gouvernements européens, et où l'éminent délégué de la France, l'initiateur de cette alliance des nations contre les puissances morbides, exerce depuis le début une si juste influence. Ainsi se trouvent jetés et demeurent établis comme l'une des créations exclusives de la dernière période de cette histoire, bien digne d'en terminer l'exposé, les fondements d'une forme nouvelle et largement préservatrice de l'hygiène, les premières assises de l'hygiène internationale.
Telle est la tradition de l'hygiène depuis la nuit des temps jusqu'à cette 80* année de notre dix-neuvième siècle. A travers les siècles passés nous la voyons poursuivre toujours un même but, la conservation du bien qu'elle protège, et, modeste ainsi dans son idéal, n'aspirer qu'à l'accroissement de ses moyens. Maintenant que sa puissance s'est développée, il faut élever aussi son ambition et, si l'hygiène d'autrefois a eu pour objectif de maintenir ou d'améliorer la santé de l'homme, l'hygiène de l'avenir doit s'appliquer en outre, comme je le disais à la première partie de cet article, à perfectionner son organisme et sa vie. Après avoir assuré de la sorte les conditions de « l'être », elle prendra en mains, pour parler comme les philosophes allemands, la direction du « devenir ».
Étude de l'hygiène. On connaît désormais le but de l'hygiène : il s'agit maintenant d'établir les moyens de l'atteindre. Pour pouvoir se faire une idée exacte du genre d'action que nous sommes en mesure d'exercer sur ia santé, par conséquent sur la vie de l'animal ou de l'homme, il faut se mettre tout d'abord en présence des conditions essentielles selon lesquelles cette vie se déroule.
Jusqu'au moment où la biologie a fini par substituer un rationalisme positiviste aux déductions arbitraires de l'ancienne philosophie, on admettait l'indépendance de l'être vivant dans son milieu matériel, on croyait à un antagonisme d'essence entre les forces vitales et les forces physiques, on se repré-
sentait donc la vie comme un combat de l'organisme contre la nature externe, et par suite les maladies comme les défaites du microcosme par le macrocosme, ou la santé comme le triomphe du petit monde sur le grand. La doctrine à laquelle je fais allusion, qui a si longtemps courbé les sciences médicales sous le poids de ses intuitions erronées, intéresse directement, comme on le voit, la manière de concevoir le mode d'action de l'hygiène. Si^les agents physiques sont en lutte constante avec l'être vivant, il n'y a plus qu'à les considérer comme nos ennemis et à chercher les movens de nous soustraire à leur puissance. C'est bien en effet la mission qu'on avait attribuée de tout temps à l'hygiène. Et pourtant dès le premier pas que l'on fait dans ce sens on voit éclater l'inconséquence d'une semblable interprétation. L'être vivant ne saurait se passer de ces influences que l'on vient de dénoncer comme des adversaires à combattre; s'il pérjt par elles quelquefois, il vit par elles le plus souvent et ea tout cas no saurait vivre sans elles; de telle sorte que, en supprimant la cause ainsi comprise de la maladie et de la mort, nous anéantirions du même coup celle de la santé et de la vie. Est-ce que l'atmosphère, par exemple, dont l'agitation nous énerve, dont le froid nous engourdit, dont la chaleur nous congestionne, dont la pression peut même nous tuer, ainsi que l'a montré Paul Berl, n'est pas en même temps indispensable à la respiration, cette fonction qui personnifie l'existence? Est-ce que le rayon solaire dont le contact éblouit la rétine, fluxionne le tégument, hyperémie et dilate le cerveau au point de le comprimer mortellement dans sa boîte crânienne, ne porte pas dans ses vibrations éthérées la lumière, cette raison d'être de notre sens principal, la chaleur source de toute motricité vitale comme de tout mouvement physique, l'électricité qui, sous la forme de propriétés chimiques, préside par elles dans les corps vivants aux phénomènes intimes de la nutrition? Tel poison qui nous tue est constitué par des éléments indispensables à l'existence : ainsi l'oxyde de carbone, qui ioudroie tout animal vivant en s'opposant à l'acte de l'hématose, est formé des deux corps les plus nécessaires à cette fonction primordiale, du gaz qui en fournit le moyen et du combustible qui en forme le but. L'humidité nous enrhume sans doute et nous affaiblit, mais nous serions bientôt gravement malades dans un air absolument sec ; l'eau qui peut nous asphpier nous désaltère et l'aliment qui nous nourrit peut aussi nous détruire. Je n'insiste pas sur ces banalités, qui ne sont banales du reste que par l'excès de leur évidence, et j'en conclus déjà qu'il est impossible de faire consister l'intervention de l'hygiène dans l'organisation d'une lutte contre des forces ou des agents hostiles.
11 y a autre chose à opposer à l'ancienne théorie hygiénique des ennemis extérieurs. Les derniers progrès de la physique moderne l'ont conduite à ne voir dans les diverses forces de la nature que les manifestations variées, mais corrélatives et équivalentes, [d'un phénomène unique, du mouvement produit par la chaleur, et à proclamer l'unité de la force physique, en attendant que la chimie démontre un jour l'unité de la matière. A ce titre, les diverses manifestations du mouvement qui constituent les anciennes forces de la nature externe, chaleur, lumière, son, électricité, magnétisme, affinité moléculaire et déplacement des masses, pourraient toujours sans doute être considérées comme des antagonistes de la force vitale, si la physiologie à son tour n'avait démontré l'identité d'origine des phénomènes vitaux et des phénomènes physiques, 'établi, avec une précision presque mathématique, l'équivalence et la corrélation des seconds avec les premiers, et réfuté par conséquent en les fondant tous dans un même
dynamisme l'hostilité de principe qu'on pouvait encore leur attribuer; du monienl où les phénomènes vitaux ont été ramenés de la sorte à n'être plus <[u'une manifestation spéciale de la force unique qui anime le monde, il n'est pas plus possible, en effet, de les mettre en opposition avec les pjiénomènes physiques, qu'il ne l'est d'opposer l'électricité au magnétisme, ou la chaleur au mouvement : de même que dans un corps inerte écliauffé par un arrêt brusque, il ne se perd pas de mouvement pour se créer de la chaleur, mais que la vitesse de sa masse s'y transforme en une somme équivalente de calories, de même absolument le travail musculaire qu'émet un être vivant, loin de trouver au dehors le moindre obstacle, a toute sa raison d'être dans les afhnités chimiques apportées à son organisme par l'oxygène de son atmosphère et le carbone ou tout autre combustible contenu dans ses aliments.
Ainsi les forces vitales et physi([ues ne sont point en lutte les unes avec les autres, et l'Iiygiène ne saurait consister à soutenir celles-là contre celles-ci. Pourtant il est bien sur que les atteintes à la santé et à la vie ont leur point de départ hors de l'organisme et leur cause par conséquent dans une influence nuisible du monde externe. Comment concilier ces contradictions apparentes? ha formule rectihée des conditions selon lesquelles s'exerce )a vie en fournit le moyen.
L'être vivant réduit à son caractère fondamental n'est plus qu'un organisme pourvu de propriétés physiologiques en puissance qui se manifestent sous les excitations du milieu ambiant ou par les irradiations du sens intime. Laissons de côté pour le moment les actes volontaires, qui sont du reste subordonnés eux-mêmes aux évolutions de la vie physique, et considérons tout d'abord la relation de cause à eJfet qui existe par suite entre les agents du monde extérieur et les manifestations de l'existence organique. La vie d'un organisme est donc sous la dépendance absolue du milieu et pour vivre le premier emprunte intégralement au second la matière qu'il consomme comme la force qu'il développe ; cette dépendance est tellement absolue que, si l'organisme est soustrait j)ar un moyen quelconque aux excitations du milieu, c'est la mort ou la vie statique, comme chez les Infusoires desséchés ou les Batraciens congelés, c'està-dire la vie privée de ses manifestations et réduite à la virtualité de ses propriétés physiologiques. 11 y a par conséquent solidarité complète entre l'organisme vivant et son milieu externe et cette conception de la vie, qui est l'aboutissant forcé de nos connaissances actuelles, fait Jouer au milieu un rôle en rapport avec celui que lui attribue une autre conquête de la science moderne, la théorie de l'évolution, tout en venant elle-même ainsi en aide à l'interprétation que je poursuis. On sait en vertu de ce système que l'action du milieu consiste non-seulement à provoquer les manifestations de la vie organique, mais qu'elle transforme les organismes pour arriver à les mettre en harmonie avec son propre caractère. Ainsi non-seulement le milieu commande aux phénomènes vitaux, mais il les accommode peu à peu à sa nature, et c'est la loi qui, dans la succession lente des temps, a réalisé la transformation et le perfectionnement successif des espèces, connue elle assure sous nos yeux l'acclimatation des individus à des conditions nouvelles d'habitation ou de régime.
En concevant de cette façon l'évolution de la vie on arrive à comprendre comment le trouble qui constitue la maladie peut intervenir au milieu de l'accord qui constitue la santé, alors que l'unité de la cause semblait devoir assurer contre tout désordre la filiation indéfinie des effets. L'accord dont il s'agit ne
s'est en effet établi que lentement et péniblement — au prix de siècles pour les nouvelles espèces et d'années pour les acclimatements individuels, au prix du sacrifice de tous les types non harmoniques et de toutes les individualités réfractaires — entre l'être vivant et son milieu ; une l'ois acquis, il correspond naturellement à la forme actuelle de l'être et du milieu entre lesquels il a fini par se réaliser; et pour qu'il subsiste il faut que rien n'ait varié désormais dans cette constitution du milieu ni dans cette structure de l'être, dans ce qu'on pourrait appeler les condilions du contrat qui a fixé les bases de la santé. Or à chaque instant, par le jeu des phénomènes cosmiques ou par les altérations de la substance organisée, l'accord en question se trouve suspendu ou supprimé et l'occasion morbide se présente. Alors au changement survenu dans le caractère de l'excitation correspond dans les réactions physiologiques une modalité nouvelle et, tant que ce changement est exceptionnel, c'est-à-dire tant qu'il est trop passager, trop récent, trop disproportionné aux aptitudes organiques, pour que ces réactions aient pu s'y adapter, la santé se trouve suspendue ou détruite; tel agent physique, jusque-là générateur normal de phénomènes hygides, soit qu'il ait été transformé dans son intensité ou dans sa nature, soit qu'il s'adresse à un organisme altéré lui-même dans sa constitution morphologique et ses propriétés réactionnelles, provoquera désormais des manifestations vitales désordonnées qui dans le premier cas représentent l'apparition de la maladie, comme elles forment dans le second son déroulement symptomatique. Si le changement qui survient dans l'adaptation d'un organisme à son milieu peut ainsi modifier eu mal les conditions de l'évolution vitale et au moment où il se produit déterminer la maladie, ou après l'accommodation de l'être vivant à ses conditions nouvelles un abaissement dans le type de la santé, en revanche on peut concevoir que ce changement réalise un milieu préférable, des conditions supérieures d'existence, et qu'il élève ce type de la santé au lieu de l'abaisser. Ainsi, tout en abandonnant entièrement l'ancienne idée d'antagonisme entre les forces vitales et physiques et de lutte à soutenir contre des forces ennemies de la vie, nous arrivons à comprendre qu'un désaccord puisse se produire entre les manifestations vitales et physiques jusqu'alors harmonisées de la force universelle, qu'une transformation des agents externes qui commandent aux phénomènes de la vie hygide vienne troubler la formule acceptée de cette harmonie, et que le changement intervenu dans ces conditions extérieures de la vie se fasse au détriment comme au profit de la santé : voilà donc comment les entreteneurs de la vie peuvent en devenir, en bien d'ailleurs comme en mal, les modificateurs.
Tous les agents du monde externe, avec lesquels l'organisme se trouve en contact incessant et à l'action ordinaire desquels il a accommodé son existence, par le seul fait qu'ils peuvent exceptionnellement varier dans leurs proportions ou leurs combinaisons réciproques, constituent donc à l'égard de la vie des influences que les intérêts sanitaires peuvent nous amener à repousser ou à rechercher ; ils deviennent par là des modificateurs éventuels de la vie et ouvrent un vaste champ de travail à la science qui se propose d'en protéger ou d'en perfectionner l'évolution. Mais ce n'est là qu'un premier jour ouvert sur cet horizon d'études; à côté des modificateurs cowiiqiies ou externes, il me reste à signaler une seconde catégorie d'influences 'sanitaires, tout aussi puissantes et répandues que les précédentes et offrant un nouvel aliment aux investigations de l'hygiène : ce sont les modificateurs physiologiques ou internes.
L'organisme vivant peut exercer sur lui-même une action dont il puise la
force dans l'intimité de son être : la santé peut donc être modifiée en mal encore comme en bien par des influences absolument intrinsèques.
La façon dont nos fonctions s'exécutent importe naturellement au bon entretien et au perfectionnement de ces fonctions et par les rapports des diverses fonctions entre elles intéresse en outre notre santé générale. Tant que ces fonctions se trouvent sollicitées du dehors, nous ne sommes en présence que des modificateurs externes, mais elles peuvent l'être du dedans, par la direction que leur donne notre volonté, par l'impression qu'exercent sur elles, en vertu des rapports indéniables du moral et du physique, nos sentiments et nos idées. Je m'explique par des exemples. Voici la contraction musculaire, son exercice influe sensiblement sur la perte ou sur le développement de la vigueur corporelle ; le seul fait de contracter les muscles met en effet en mouvement une foule d'affinités interstitielles dont les dépenses calorifiques se traduisent pour l'organisme en stimulations de la digestion et de l'hématose et aboutissent à l'augmentation ou à l'usure des réserves plastiques, à l'accroissement ou à la dilapidation de la force nerveuse : or l'exercice de la contraction musculaire est sous la dépendance de la volonté, et sous ce terme hygiénique d'exercice celle-ci sait déjà y trouver une ressource ou y rencontrer un dommage pour la santé. Bien plus, cette même ressource sanitaire représentée par l'exercice peut s'employer d'une façon plus ou moins judicieuse ; on sait que pour accomplir un même mouvement corporel, pour réaliser une même quantité de travail extérieur, chacun n'emploie pas les mêmes muscles ou ne les contracte pas de la même façon, de sorte qu'un même résultat est obtenu avec une somme d'efforts inégale, avec une dépense de combustible différente. L'ouvrier exercé qui accomplit sans fatigue la tâche où s'escrime et transpire un novice, le montagnard qui se joue des hauteurs que franchit si péniblement le touriste, ont dressé leur système musculaire avec toute sorte d'avantage pour leur vigueur corporelle à utiliser en travail mécanique une partie des calories que les autres perdent sous la forme de chaleur animale. C'est l'exercice judicieux de nos muscles, c'est l'éducation instinctive ou scientifique de notre pouvoir locomoteur, habitude ou gymnastique, qui, appropriant exactement notre motricité musculaire au but à atteindre, nous amène à diriger ainsi pour le mieux nos transmissions motrices et à ménager nos réserves dynamiques au plus grand bénéfice de nos forces et de notre santé. Et les fonctions génitales ! n'exercentelles pas sur l'organisme par l'excès et même par le défaut de leur usage une influence morbide souvent exagérée, mais en tout cas incontestable? nul ne dira le contraire : leur sage direction, qui est le gage de la conservation de l'espèce, contribue donc en même temps à la conservation de la santé individuelle. Gomme la gymnastique, qui est un exercice voulu, la tempérance, qui est une modération volontaire, atteste donc à son tour l'influence que par un effort sur lui-même l'organisme est capable d'exercer sur sa propre santé. 11 en est ainsi de toutes nos fonctions, des plus générales aux plus spécialisées : la voix, le chant, se perfectionnent par le travail, la vue s'affaiblit et se rapproche par les excès de l'accommodation, le goût se développe chez le dégustateur ou le gourmet, enfin chacun connaît l'action qu'exercent sur la santé les émotions profondes, les passions violentes, les méditations prolongées et toutes les exagérations du travail cérébral. Voilà donc un premier groupe d'influences sanitaires intrinsèques et nos propres fonctions sont de véritables modificateurs internes.
HYGIÈÎSE. 795
Mais ce n'est pas tout encore : l'homme n'est pas un, il comprend des races nombreuses qui doivent à leur diversité d'origine, à leurs différences d'habitat, des aptitudes inégales et des acclimatements spéciaux ; cela constitue des manières d'être, des influences virtuelles dont l'hygiène pourra tirer parti pour sa santé. Contrairement aux idées de Cuvier, que soutient encore deQuatrefages, l'humanité a dû se constituer lentement paj la transformation des espèces inférieures et naître ainsi sur plusieurs points du globe de rameaux plus ou moins divergents de la grande souche animale. En tout cas, la vieille fiction qui plaçait aux sources de l'Oxus le berceau de l'humanité, rajeunie par les conclusions des linguistes sur les migrations des Aryas, s'évanouit décidément aujourd'hui devant les acquisitions successives de la paléontologie : c'est ainsi que les Celtes eux-mêmes se détachent désormais des origines asiatiques à la suite des Ligures et des Ibères que les archéologues avaient déjà cessé d'y comprendre, et que les races fossiles de Furfooz et de Cro-Magnon, considérées comme les ancêtres des précédentes, remontent en tout cas à des époques antérieures aux grandes émigrations populaires et sont de toute apparence aborigènes et anlochthones. Quoi qu'il en soit du reste de ces difficultés encore débattues et des diversités natives qu'entraîneraient ces différences d'origine, toujours est-il qu'en fait les familles humaines se trouvent cantonnées depuis de longs siècles à la surface du gloire sur des territoires différents oii elles présentent certaines divergences d'organisation, sinon imputables à leur naissance, du moins acquises par l'influence du milieu, de la sélection naturelle et des croisements. De même que la taille, le développement musculaire, la configuration du squelette, la forme du crâne, les traits du visage, la couleur de la peau et jusqu'à l'insertion et à la structure des cheveux, de même aussi les aptitudes physiologiques et les prédispositions ou les immunités morbides varient d'une race à l'autre. Comment l'évolution de la vie resterait-elle identique entre l'Arabe maigre, musculeux et agile, qui se nourrit de dattes et de figues sèches, et l'Esquimau trapu, lourd et gras, qui se repait d'huile de phoque et de blanc de baleine? La durée de l'existence n'est pas la même, indépendamment des conditions représentées par le climat ou le régime, chez les individus appartenant à des races différentes ; en Asie, les Hindous, les Perses, les Turcs, fournissent une plus longue carrière que les Chinois ou les Japonais; en Afrique, les Egyptiens, les Marocains et les Maures, atteignent un âge plus avancé que les nègres du Sénégal ou les indigènes de Mozambique ; et sur les quatre races qu'a comparées le docteur autrichien Glatter dans les limites d'une même résidence, les Juifs l'emportent en vitalité sur les Allemands, ceux-ci sur les Hongrois et ces derniers sur les Croates. La force musculaire est plus grande chez le petit Irlandais de race celtique que chez l'Anglais de grande taille qui descend des Saxons. La puberté se montre plus précoce en Espagne qu'en France et la fécondité de la femme plus grande en Suède qu'en Turquie. Non-seulement chaque type de l'humanité a ainsi sa spécificité physiologique, mais il présente en outre aux causes morbides certaines réceptivités ou exemptions spéciales, qui procèdent aussi de son propre fond. On a avancé que les nègres étaient réfractaires à la fièvre jaune et, d'après les témoignages de Corre et de Saint-Vel, ils y seraient en tout cas moins accessibles que les blancs; d'après Hirsch, les étrangers qui se trouvent dans ses foyers endémiques se montrent d'autant plus aptes à contracter la maladie que leur latitude originaire est plus éloignée de l'équateur : ainsi les Français, dit Arnould, sont plus frappés que les Espagnols, les Anglais et les Allemands, plus
maltraités que les Français, quand les uns ou les autres fréquentent les parages oïl règne le voniito negro. Chauffard estimait que le typhus sévissait de préférence sur les Russes et les Prussiens d'origine slave, sur les Irlandais et les Bretons descendant des Celtes, plutôt que chez les Français, par exemple, où le sang de cette race, mêlé d'abord à celui des Ibères et des Ligures, s'est encore mitigé dans la suite au contact des Gaëls, des Latins et des Francs. L'ergotisme, qui prend de préféi-ence chez nos compatriotes le caractère gangreneux, se manifeste plutôt par des phénomènes convulsifs chez les Allemands (Colin), et la scarlatine, si redoutable en Angleterre, ne présente en France qu'une gravité bien atténuée (Arnould). Enfm le montagnard des Andes dans l'Amérique méridionale, d'après d'Orbigny, ou l'Indien des hauts plateaux mexicains, d'après Jonrdanet. dont les exigences d'une atmosphère raréfiée ont développé le thorax, élargi les poumons et activé le rhythme respiratoire, n'arrive pas à corriger par là son anoxyémie constitutionnelle qui l'oblige à un genre de vie spécial et le soumet à un régime morbide particulier. Ce n'est pas seulement dans le temps et dans l'espace que le type de l'humanité varie; il faut compter encore avec sa division en deux sexes divergents par leur confornuUion et leurs tendances organiques; il faut constater aussi que chaque unité humaine présente elle-même ses évolutions physiologiques et ses aptitudes morbides, soit qu'elle passe par les étapes successives que représentent les âges sur la route de la vie, soit qu'elle se transforme dans les milieux professionnels qui constituent les accidents particuliers de ce voyage. Ainsi l'être humain selon sa race, selon son sexe, selon son âge, selon sa profession, offre des particularités qui sont des points d'appui, comme les manifestations volontaires de ses propriétés sont des moyens d'action, pour l'entrelieii et les progrès de la santé, et à ce titre nos divergences physiques, nos préférences vitales, nos idiosyncrasies, peuvent être considérées à leur tour comme dos modificateurs passifs, si l'on veut, mais n'en formant pas moins un second groupe de modificateurs internes.
L'étude de l'hygiène se réduit donc a l'étude des modificateurs dont on vient de voir qu'il existe deux catégories, bs modificateurs externes ou cosmiques et les modifie ileurs physiologiques ou internes, et dont il y a lieu, pour préserver et perfectionner la santé, d'écarter les influences nuisibles ou d'utiliser les avantages. Mais, si la tâche se trouve ainsi sim[)lifiée dans son expression, son accomplissement n'en reste pas moins très-complexe, et l'on va voir que pour la remplir l'hygiène exige, comme je l'ai dit ailleurs, le concours de toutes les connaissances humaines.
Tout d'abord, en effet, l'hygiène devra envisager en eux-mêmes les divers modificateiirs pour en connaître la nature et l'activité propres; sans cela il serait évidemment impossible de comprendre et d'apprécier leur mode d'action sur notre organisme. C'est là comme l'initiation à l'étude de l'hygiène, et on peut juger à première vue qu'elle représente un travail considérable. Les modificateurs de la vie embrassent, nous le savons, toutes les influences extérieures ou intrinsèques auxquelles l'être vivant, l'homme plus particulièrement, peut être soumis : or quel est l'objet des connaissances humaines qui n'ait pas avec son existence physique une relation plus ou moins directe? Yoyons plutôt ! Dans le monde externe, l'homme se trouve en rapport d'influence avec l'ensemble des éléments qui constituent la nature : avec le sol qui le supporte, avec 'l'air qui l'enveloppe, avec les aliments qui le nourrissent, avec les tissus qui l'habillent, avec les abris qui le garantissent, avec les substnnces minérales qui le pénètrent,
HYGIEiNE. ir,
avec les êtres vivants qui luttent à ses côtés pour l'existence, avec les astres eux-mêmes parmi lesquels le soleil se distingue par l'influence particulièrement vivifiante de son rayonnement. A ce point de vue déjà l'hygiène fait appel à la géologie et à la. minéralogie, pour lui enseigner la constitution de la croûte terrestre; à la météorologie et à la physique, pour lui révéler les lois des phénomènes extérieures; à la botanique et à la zoologie, pour lui indiquer ses richesses animales et végétales ; à la chimie minérale et organique, pour lui faire connaître la composition des aliments, des boissons, de l'air et d'une foule de corps différents ; il faut y joindre la géographie pour les latitudes et les altitudes, les configurations régionales, les diversités des faunes et des flores, la répartition des endémies, les provenances des épidémies; Y agriculture, l'industrie, le commerce, pour les questions de production et de consommation, les sources de la richesse et des disettes, les insalubrités professionnelles et manufacturières. D'autre part, comme, dans l'intimité de son organisme, l'être vivant subit rinfluence de toutes ses activités fonctionnelles, des plus intimes aux plus généralisées, V analomie et la physiologie tout entières s'imposent pour en retracer les conditions matérielles et dynamiques; et pour rendre compte des particularités biologiques que l'homme a reçues de ses ancêtres ou de sa patrie, y anthropologie et Y ethnographie forment l'inévitable complément de cette étude préliminaire.
Il ne suffit naturellement pas à l'hygiène d'avoir ainsi considéré les modificateurs de la santé dans leur nature et leurs aptitudes, et c'est un but ultérieur qu'elle poursuit en les étudiant en eux-mêmes. Elle a maintenant encore à déterminer leur mode d'action sur notre organisme, dans ses conditions normales ou exceptionnelles, afin de pouvoir ensuite finalement appeler ou écarter, accentuer ou modérer cette action. Analyser l'action des modificateurs sur l'être vivant, telle est donc la seconde entreprise qui lui incombe; en l'accomplissant elle pose les fundements de son intervention définitive, et c'est ce qu'on peut appeler la partie dogmatique de l'hygiène. Ici, comme tout à l'heure, la division des modificateurs hygiéniques en externes et internes impose un double travail, dont chaque partie de plus se dédouble elle même, car il importe d'envisager aussi bien l'action normale, physiologique, utile, des divers modificateurs, que leur influence accidentelle, pathologique, nuisible. Pour savoir, par exemple, comment l'homme doit se mesurer et se composer sa ration d'air, il faut avoir analysé d'une part le rôle favorable de ce mélange gazeux, et d'une autre les conséquences funestes de ses changements de pression, de composition, de température; pour savoir régler son alimentation, il faut s'être rendu compte des avantages ou des inconvénients que l'aliment présente par ses propriétés plastiques et respiratoires, par ses pouvoirs calorifiques et dynamiques, par sa salubrité ou ses altérations. Comme aussi pour apprendre à diriger les propriétés et les aptitudes vitales au profit d'un rouage parùel de l'organisme ou de son économie collective, il y a nou-seulement à connaître les effets produits par le déroulement régulier des fonctions, mais à prévoir les conséquences immédiates ou le retentissement éloigné de leurs désoidres. La plupart des sciences qui viennent de prêter déjà leur concours à l'élude dont j'énumère les bases vont donc reparaître, sous un titre modifié par le caractère de leur application, dans le concert des inspiratrices de l'hygiène, et celle-ci se réclame de ce fait de la physique, de la chimie et de Vhistoire naturelle médicales, àeVanatomie et de la physiologie pathologiques ; en outre, l'appréciation des infiuences qui s'exer-
cent sur la vie ne pouvant se faire sans danger d'erreur par les observations et les expériences isolées servant aux inductions des sciences précédentes, il convient d'éclairer leurs solutions aux lumières que fournissent sur le mouvement de la vie et de la santé collectives, par exemple, sur la natalité, la nuptialité, la morbidité, la mortalité, considérées sur des groupes d'individus, deux sciences récentes, la statistique et la démographie, qui sont la généralisation aux masses ou aux nations de l'observation éliologique et pathogénique ; enfin de tous ces concours surgissent Ve'tiologie et la pathogénie elles-mêmes, qui ne sont plus du reste des auxiliaires, mais bien de véritables associées de l'hygiène.
L'étude de l'hygiène resterait une lettre morte, si du travail théorique que je viens de décrire elle ne faisait maintenant jaillir, comme une conclusion de ses prémisses, les règles à prescrire à l'homme et aux sociétés dans l'intérêt de leur santé réciproque ; c'est là le but final que je lui assignais tout à l'heure, c'est le côté technique et utilitaire de l'hygiène qui de science se fait art : c'est l'hygiène proprement dite. Cette dernière partie de l'étude de l'hygiène embrassera donc une foule de conseils et de préceptes, de moyens préservateurs et de mesures prophylactiques, de procédés d'assainissement et de garanties de salubrité, de principes sur l'accumulation et de considérations sur l'entretien ou la dépense des richesses nécessaires à la vie, d'instruments de contrôle et d'appareils de protection, de règlements administratifs et de dispositions législatives; et en raison de l'infinie variété des situations où la personne humaine peut se trouver placée dans son milieu physique ou par son activité vitale, toutes les sciences d'application vont être appelées à leur tour à prêter leur contingent de ressources pour fixer les innombrables formules des réalisations sanitaires : le législaietir, Yéconomiste, Vingénieur, Y architecte, le mécanicien, Yagronome, le constructeur, le fabricant, tous les agents les plus divers de la production humaine ou de la direction sociale, viennent ainsi compléter par la communication de leurs connaissances particulières le cycle étendu des sciences à l'aide desquelles l'hygiène élève son propre édifice.
J'ai dit à l'histoire de l'hygiène que cette science s'était mise récemment à organiser, comme moyen d'enseignement et d'étude, un outillage et des laboratoires spéciaux. Il y a longtemps qu'elle aurait dû le faire : « Si nous en sommes encore sur certains points, a dit fort justement Yallin, à l'hygiène d'Hippocrate et de l'école de Salerne, c'est que le plus souvent nous attendons que, de travaux faits dans une tout autre direction, se dégage par hasard quelque application à l'hygiène. » Ces prétentions cependant ont été combattues. Quels motifs pouvait avoir l'hygiéniste pour réclamer des installations distinctes et employer des méthodes à lui? N'avait-il pas à sa disposition toutes celles des diverses sciences qui sont les appuis et jusqu'aux éléments de la sienne? Le chimiste ne lui offrait-il pas ses réactifs, le physicien ses appareils, le météorologiste ses observations, le naturaliste son microscope? Ce fait même que l'hygiène n'est que l'application à des intérêts sanitaires des notions empruntées à une quantité de sciences différentes sert de réponse aux objections qui précèdent. Comment aboutir dans les recherches de nature si variée et d'une étendue si considérable que nécessite en général la solution d'un problème ou la satisfaction d'une exigence hygiéniques, si l'on ne substitue pas aux procédés lents et compliqués des sciences spéciales des moyens d'expérimentation plus assimilables par leur simplicité et plus rapides dans leur emploi? Laissons les rigueurs de la théorie pour descendre sur le terrain des réalités pratiques. En présence de
l'obligation où se trouve l'hygiène d'emprunter aux sciences les plus diverses leurs procédés de recherches comme leurs résultats acquis, peut-on espérer que ses adeptes posséderont à la fois tous les secrets de l'analyse chimique, toute la précision du physicien, toute la délicatesse du physiologiste, toute l'habileté du micrographe, loutcs les ressources de l'ingénieur, tous les documents dont chaque savant dispose! Et j'admets que cette encyclopédie vivante soit réalisable, qu'elle ne soit même pas exceptionnelle, il ne s'en dressera pas moins, contre l'utilisation de ses multiples aptitudes, cet obstacle, insurmontable en fait, sinon en principe, que les procédés de recherche adaptés par chaque science au cercle restreint de ses acquisitions resteront le plus souvent inapplicables aux expérimentations hâtives et répétées qu'exigent en général les investigations de l'hygiène. 11 faut donc à l'hygiène des méthodes spéciales de recherche, sans quoi la recherche hygiénique n'est pas possible ; on pourra bien toujours la formuler dans les livres, on ne l'effectuera pas dans les choses.
Mais, a-t-on continué d'objecter, ou les procédés rapides et simples que l'hygiène l'éclame relèvent en propre de leurs sciences respectives, et alors ses prétentions n'ont pas de raison d'être, ou ces procédés ne sauraient exister, et par suite ces mêmes prétentions sont absolument illusoires. Il n'est pas difficile de rompre ce dilemme : les procédés en question échappent par leur caractère à la poursuite des sciences auxquelles ils correspondent, et c'est ainsi que les prétentions de l'hygiène se montrent non-seulement légitimes, mais réalisables. Le chimiste, le physicien, le météorologue, rechercheront toujours naturellement les procédés les plus rigoureux sans se préoccuper de leurs difficultés, car, plus leurs méthodes s'approcheront de la précision absolue, plus leurs conclusions serreront elles-mêmes de près la vérité scientifique; il n'en est pas de même, dans la majorité des cas, des préoccupations de l'hygiéniste : c'est l'existence d'un phénomène qu'il importe à ce dernier de contrôler bien plus souvent que sa mesure et même, lorsqu'il a des quantités à déterminer, il a plutôt à les déterminer souvent que rigoureusement. J'entre dans l'examen des faits pour justifier mon opinion. Voici, par exemple, des masses aériennes à caractériser; j'envisage un seul côté de ce travail complexe, la constatation de l'acide carbonique. Certes la chimie fournit le moyen de reconnaître la présence de ce gaz dans l'atmosphère et d'en établir la proportion ; on a pour cela le choix entre le ballon de Thénard, les tubes en U de Regnault et les verres barboteurs de de Saussure : mais il faut pour le premier procédé une machine pneumatique, pour le second un énorme aspirateur et une balance de précision, pour tous une installation compliquée qu'il n'est pas facile de porter d'un endroit à un autre ; même pour les opérations à peu près fixes d'un observatoire météorologique Marié-Davy a jugé nécessaire de simplifier le procédé de de Saussure, déjà le plus simple de ceux qui précèdent, puisqu'il n'exige ni balance ni machine pneumatique, et encore le directeur de Montsouris est-il obligé de laver dans des barboteurs successifs au moins 1500 litres d'air, ce qui nécessite un outillage peu portatif pour l'aspiration et un temps assez considérable pour la manœuvre. Les lenteurs, la délicatesse et l'encombrement de ces procédés, répondent mal ou o^enre d'obligations que la recherche de l'acide carbonique imposera généralement à l'hygiéniste ; qu'il s'agisse pour lui d'un problème à résoudre ou d'un contrôle à exercer, cette recherche en effet va exiger le plus souvent un nombre infini d'opérations et de déplacements ; ce seront les salles des écoles, des ateliers, des casernes, des hôpitaux, des édifices publics, dont il sera obligé
SOO HYGIENE.
d explorer l'atuioïplière à diveises expositions, à divers niveaux, à diverses heures du jour, à diverses périodes de Tannée. D'autre part la rigueur matliéniatique des procédés en question est pour lui un luxe inutile, et peu lui importe, en lin de compte, d'avoir mesuré la proportion de semblables mélanges par 10 millièmes ou seulement par millièmes de volume. Il lui fallait donc pour doser l'acide carbonique de l'atmosphère des appareils, sans valeur et sans intérêt de'sormais pour le chimiste, qui gagnassent en simplicité ce qu'ils perdraient eu précision ; c'est aussi le but qu'il s'est mis à poursuivre. Le procédé de l'hygiéniste Pettenkoler a été la preniière réponse aux besoins que je viens d'ex])oser : un flacon de 2 ou 5 litres pour isoler un égal volume d'air, une solution titiée de baryte pour fixer l'acide carbonique de cet air, une seconde solution titrée d'acide oxalique pour déteiminer la somme d'alcalinité qu'a perdue ainsi l'eau de baryte, quelques bandes de papier de curcuma pour rendre cette détermination possible en rendant saisissable la neutralité du liquide . tel est l'outillage. Par un calcul très-facile dont la table des équiva'enls chimiques et celle des poids atomiques fournissent les bases on leconnaît le poids de l'acide carbonique lixé sur la baryte, et à l'aide de tables de correction pour ramener l'air à l'étalon de pression et de tem|jéralure ou établit la proportion des volumes : l'opération est donc aussi simple que l'outillage. Cet excellent procédé présentait cependant certaines lenteurs de manipulatiou et de calcul qui ont motivé le perCeclionnement proposé par le docteur liesse, méd-cin de district à Scliwarzenberg : le cenlimèlre cube de solution oxalique correspondant à un volume égal d'acide carbonique, la connaissance des équivalents et des poids atonuf*es se trouve inutile, et par l'addition de quelques gouttes d'alcoolé d'acide rosolique à la solution de baryte la neutralisation de son alcalinité se reconnaît sans tâtonnement. Eh bien! tout cela n'était encore ni assez portatif ni assez rapide pour répondre d'une façnn tout à fait satisfaisante aux exigences de l'hygiène, si bien qu'un autre hygiéniste, un inspecteui- des établissements insalubres en Angleterre, ayant à chaque mstant à analyser des atmosphères, fut amené à imaginer des procédés encore plus expéditifs, qu'il a groupés sous le nom de méthode minimélrique, songeant sans doute dans le choix de son épithète autant à la durée qu'à la puissance de ses opérations; \\ie\ en Allemagne, et Vallin en France, ont fait connaître et ont eux-mêmes avantageusescment modifié le petit flacon à l'aide duquel Angus Smith, en quelques secondes d'observation et par une simple règle de trois, établit la proportion de l'acide carbonique dans un milieu aérien. Les conditions qui ont obligé d'approprier ainsi à l'hygiène les procédés de recherche de l'acide carbonique de l'air se retrouvent avec tous les autres éléments qui viennent altérer ce mélange respi ratoire : il faut donc encore à l'hygiéniste l'hygromètre pour mesurer la vapeur d'eau de l'atmosphère, le papier de Schœabeiu pour proportionner son ozone, l'aéroscospe pour compter ses poussières et ses microbes, les avertisseurs d'Ansell pour contrôler la présence de gaz plus ou moins lourds qu'elle. Les mêmes motifs pour créer des procédés spéciaux d'expérimentation et de contrôle se sont présentés successivement quand on a voulu connaître la capacité du sol pour la chaleur, son degré de perméabilité à l'air, ses pouvoirs d'évaporalion ou de dessiccation, la nature des gaz qu'il renferme, le caractère des agents microscopiques auxquels il sert de repaire ou de foyer, les oscillations de sa nappe d'eau souterraine, ce qui a provoqué l'apparition d'un nouvel outillage hygiénique, thermomètre de Schùrmann, entonnoir de lavage de Nobel, pyknomètre
de Wollny, manchon ù déplacement de Flùgge, lysimètres et atmomètres, tubes d'aspiration de Pettenkofer, sonde à coupes du même hygiéniste. Us se sont retrouvés présents quand il s'est agi d'apprécier la valeur sanitaire des matériaux et objets qui entrent dans la construction de nos demeures, leur porosité, leur hygrométricité, leur inl'ectabilité, leur nature putrescible ou toxique; quand il a fallu mesurer l'influence et l'éclat des divers éclairages, apprécier la valeur relative des combustibles, perfectionner les appareils et systèmes de chauffage ou de ventilation ; quand on s'est mis à vérifier sur une grande échelle la potabilité des eaux naturelles, ce qui a donné naissance à l'hydrotimétrie, cette méthode d'expérimentation si profitable à la vigueur des populations et presque exclusivement hygiénique, ou à rechercher dans les eaux de boisson les origines microbiennes de nombreuses endémies ou épidémies, celles de la fièvre typhoïde, par exemple, qui paraissent s'y trouver 5 fois sur 6 (Brouardel). Us se sont présentés enfin plus urgents et plus influents aussi que jamais lorsqu'on a compris la nécessité de vérifier sérieusement la salubrité des substances alimentaires, dont les altérations plus ou moins spontanées entraînent un si grand nombre d'accidents morbides; encore ici l'examen du vin, de la bière, du lait, des viandes, des aliments les plus usuels, a exigé l'invention d'un grand nombre d'appareils et de procédés pour lesquels les réclamations de l'industrie et du commerce s'étaient associées, il est vrai, à celles de l'hygiène. Nous avions déjà une chimie, une physique et une histoire naturelle médicales, il nous faut encore une histoire naturelle, une physique et une chimie hygiéniques.
Voici encore une dernière objection qui est un aveu. On a dit que l'hygiène avait obtenu satisfaction dans les désirs que je lui attribue par la création des laboratoires d'expertises sanitaires, des inspecteurs de la salubrité publique e des bureaux municipaux d'hygiène. C'est là sans doute un progrès considérable, encore à son début et dont il convient d'encourager le développement; j'en ai raconté les origines à Vhislorique de cet article, et on en trouvera la description à propos de la police sanitaire. Il est naturel qu'on reconnaisse plus facilement l'importance des recherches concrètes devant les exigences urgentes des applications pratiques qu'en présence des abstractions silencieuses par lesquelles s'élaborent les théories; mais, en supposant que ces abstractions elles-mêmes puissent se passer de faits siàreraent enregistrés pour découvrir les lois scientifiques, n'est-il pas évident que le recrutement du personnel nécessaire aux institutions dont on reconnaît l'utilité ne sera possible qu'à la condition de le créer par des exercices spéciaux et des études appropriées. J'accorde, il est vrai, et c'est cette fois un aveu qui va devenir un argument, que les institutions dont il s'agit, bien que vouées exclusivement aux applications de l'hygiène, deviendront d'un grand secours pour ses investigations ; les procédés de recherche s'y approprieront de plus en plus au buta atteindre et les documents considérables qui s'amasseront dans les cartons administratifs fourniront des bases précieuses aux statistiques de la science. Soit : mais il faut donc plus que jamais des laboratoires pour utiliser ces appropriations et pour centraliser ces documents, et par un enchaînement plus formel encore, si l'on admet l'avantage de ces collaborations indirectes, on reconnaît, on consacre explicitement l'utilité des recherches expérimentales prêtant sans intermédiaire leur concours à l'étude de l'hygiène.
Ainsi l'hygiène a des besoins spéciaux pour ses investigations expérimentales et ses applications sanitaires, et elle seule peut les connaître et y faire droit. Ce n'est donc pas à tort qu'elle se crée un outillage et qu'elle s'installe dans
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des kiljoratoires. Elle n'en est même à cet égard qu'à ses débuts ; à mesure qu'elle entrera de plus en plus dans la méthode des sciences positives, cherchant à toucher ses laits et à peser ses causes, elle trouveia de ce côté de nouvelles lacunes et y pourvoira par des acquisitions incessantes. La science y gagnera sans doute en étendue, mais en tout cas l'art augmentera d'exactitude et les protections qu'il offre à la vie humaine s'accroîtront parallèlement en elTicacité.
Enseignement de l'hygiène. Après avoir étudié l'hygiène il faut songer à l'enseigner. Cette obligation soulève des questions importantes : dans quel ordre et de quelle façon, où et à qui faut-il enseigner l'hygiène? Les unes et les autres présentent de graves diflicultés.
L'exposition d'une science aussi complexe que l'hygiène a fait éprouver dès l'origine la nécessité d'une classification régulière de ses sujets, et on pourrait dire que les siècles ont travaillé à cette classification, puisque la première tentative de ce genre remonte à Galien. Seulement il y eut un long repos après ce premier effort et chacun sait que la classification galénique a régné sans partage dans le monde médical jusqu'au début de l'ère contemporaine. Cette classification s'impose donc pour base à la comparaison que j'entreprends et je ne puis négliger d'en rappeler les traits généraux : la santé, d'après le médecin de Pergame, étant l'harmonie des parties instrumentales de. l'organisme, il faut pour maintenir la première connaître les choses qui peuvent troubler la seconde; ces choses sont de deux ordres : les naturelles et les non naturelles. Les choses nalurelles, éléments, complexions, humeurs du corps, constituent notre être lui-même, sont engendrées avec lui et on ne peut s'y soustraire : leur étude n'importe donc pas à l'hygiène. Les choses non naturelles, au contraire, qui ne font point partie essentielle de nous-mêmes, mais viennent plus ou moins directement de l'extérieur, et qu'il dépend de nous d'éviter, forment la véritable matière de l'hygiène. Elles présentent six groupes : l'atmosphère, les corps extérieurs, les boissons et les aliments, les sécrétions et les évacuations, le mouvement ou le repos, les affections morales, qui sous leur dénomination de circumfnra, applicata, ingesta, excréta, acta ou gesta et percepta, se sont maintenus jusqu'à notre époque comme tètes de chapitre en hygiène. C'est seulement quand, en relard sur le réveil des autres sciences, l'hygiène à son tour secoua son inertie et agrandit considérablement son champ d'étude, que l'insuffisance de ces cadres primitifs devint manifeste. Mais ce fut alors de préférence sur le principe et non sur l'étendue des classifications que portèrent les divergences des auteurs. 11 s'éleva sur ce sujet plusieurs contestations qui ont subsisté j\isqu'à nos jours et qu'il est donc nécessaire d'apprécier.
L'une d'elles est relative au point de départ de l'exposition : vaut-il mieux envisager tout d'abord les modificateurs et les suivre dans leurs divers rapports avec nos appareils organiques et nos fonctions vitales, ou commencer au contraire par envisager ces fonctions et ces appareils, et les suivre eux-mêmes dans leurs contacts avec les divers modificateurs ? Pour exposer l'hygiène d'après le premier système, qui fut celui de Gahen et qui a conservé le nom de système galénique, on prend un modificateur, l'air, par exemple, on décrit tout ce qui concerne ses manières d'être et d'agir pouvant influencer l'économie ; on indique ensuite les rapports hygides et pathogéniques qui s'établissent entre ce mélange gazeux et les êtres vivants, l'homme en particulier, qu'il environne, et finale-
ment on tire de ce qui précède les conclusions qui intéressent la santé. Puis on s'occupe pareillement des autres modificateurs. Dans le second système, qu'on peut appeler celui des classifications physiologiques, on examine successivement aussi chaque fonction, la respiration, la digestion, la circulation, etc. Supposons qu'il s'agisse de la respiration : on en décrit le fonctionnement régulier; on examine les conditions de son intégrité et de ses désordres, celles qui émanent de l'organisme lui-même comme celles dont la provenance lui est étrangère; on arrive, enfin, à l'histoire des agents qui émettent ces influences flivorahles ou nuisihles, pour indiquer les moyens de les utiliser ou de s'en mettre à l'ahri. Ces deux systèmes n'ont pas seulement pour résultat, comme on le voit, de dérouler la science dans un ordre absolument inverse : ils arrivent encore, comme on va le voir, à grouper les sujets en assemblages entièrement différents. Le système galénique, en effet, permet de maintenir en un même faisceau tout ce qui concerne, pour conserver mon exemple, le modificateur atmosphérique, sa composition normale, ses altérations chimiques, son infection par des ferments morbides, ses variations de pression, ses écarts de température, ses états électriques, ses courants intérieurs, ses condensations aqueuses, en un mot, tout ce qui, dans la constitution et les phénomènes de notre enveloppe aérienne, intéresse la vie et la santé; il rattache directement à la connais-sance de ce modificateur toutes les façons si diverses par lesquelles il influence l'organisme et qui se rapportent moins encore à la respiration qu'à la circulation, à la disgestion, aux sécrétions, à l'innervation, à l'ensemble, en un mot, de l'évolution vitale; il groupe enfin autour du même sujet tous les moyens de contrôle expérimental et d'intervention sanitaire dont l'atmosphère est l'objet. De toutes ces matières nous retrouverons sans doute un certain nombre dans le système physiologique, avec la fonction qui fait le mieux pendant à l'air, la respiration, mais le reste en sera dispersé çà et là dans tous les autres cadres : ainsi c'est surtout aux sécrétions qu'on s'occupera de l'humidité de l'air, à l'innervation de ses états électriques, à la circulation de ses infections miasmatiques, tandis que ses variations barométriques intéresseront autant cette dernière fonction que celle de l'hématose. De même l'examen du fonctionnemen cutané touche à la lumière, à la chaleur, à l'eau, aux vêtements, aux cosmotiques ; celui de la contraction musculaire aux aliments, à l'atmosphère, à la température, au sol, tout autant de modificateurs distincts qui, considérés euxmêmes directement, interviennent à leur tour dans les fonctions les plus variées. Ainsi le contraste est complet entre les deux systèmes et il est indispensable de se prononcer pour l'un à l'exclusion de l'autre.
Le système de Galien passant par Boerhaave s'était maintenu sans changements jusqu'à la fin du dix-huitième siècle. Halle lui-même, essayant de mettre en ordre les matériaux qui commençaient à s'ajouter au vieux bagage de l'hygiène, adopta le principe de la division galénique et n'en modifia que les détails. La classification méthodique de Halle exerce encore une trop grande influence sur les travaux contemporains pour que je n'en donne pas également les dispositions essentielles. HaHé divisait l'hygiène en trois parties : le sujet de Vhygiène, la matière de l'hygiène et les règles de Vhygiène. Le sujet de l'hygiène, c'était l'homme, mais sous ce titre le professeur de Paris n'entendait pas décrire la structure et les fonctions des organes; il n'avait en vue que les modifications produites dans l'économie humaine par l'action des climats, des habitations, du genre de vie, des coutumes et mœurs, comme aussi les aptitudes représentée?
par les différences des âges, des sexes, des tempéraments, des habitudes, des professions, des circonstances diverses de la vie, telles que fortune et pauvreté, célibat et mariage, convalescence, nationalité; en somme, il réunissait dans cette première partie toute une catégorie de modificateurs internes, ceux que j'ai appelés déjà les modificateurs internes passifs, La deuxième partie, la matière de l'hygiène, comprenait à son tour les modificateurs externes et les autres modificateurs internes. Elle renfermait six classes, absolument calquées sur la division galénique et qui en conservaient jusqu'aux titres latins. Enfin, sous la désignation de moyens de l'hygiène, la troisième partie rassemblait toutes les règles relatives à la conservation de la santé par l'usage bien ordonné des choses non naturelles; on rencontre ici pour la première fois la distinction officielle entre l'hygiène publique et l'hygiène privée, dont j'aurai à m'occuper plus spécialement tout à l'heure.
Le plan de Halle offrait un grand défaut, c'était l'antiquité de son principe! On s'était lassé, avec quelque apparence de raison, de ces vieilles classifications galéniques, en rapport avec une doctrine stérile, et sous la domination desquelles aucun progrès sérieux ne s'était encore accompli en hygiène. Le système de classification physiologique, moins empirique dans son assiette, plus scientifique dans ses allures, semblait mieux répondre aux tendances positivistes qui se développaient avec le dix-neuvième siècle sous les auspices de Bichat et de Magendie. Rostan fut le premier à secouer le joug : « Après avoir longtemps rélléchi, dit-il, sur la meilleure classification de l'hygiène, nous avons pensé que, si l'on pouvait, sans trop forcer la nature, appliquer l'ordre piiysiologique à cette division, on aurait en quelque sorte résolu ce problème difficile ». Il lui parut donc naturel « de classer les agents de l'hygiène d'après l'ordre des fonctions, c'est-à-dire selon qu'ils agissent primitivement et d'une manière plus spéciale sur telle ou telle fonction », Le cours d'hygiène que Rostan publiait une première fois, en '18'22, est presque entièrement conçu d'après ces inspirations. Sa première partie, qui ressemble à celle de Halle, considère aussi le sujet de l'hygiène, ou l'homme, dans ses différents états, comme la troisième et dernière s'occupe de même des règles particulières de l'hygiène. Mais la deuxième partie, qui est de beaucoup la plus considérable des trois et qui représente manifestement dans la pensée de l'auteur la matière fondamentale de la science, distribue les agents hygiéniques ou les moyens qui modifient r organisme selon les fonctions qu'ils influencent; il en résulte cinq divisions, dont la première concerne les moyens qui portent sur le tube digestif; la seconde, ceux qui agissent sur la respiration et la circulation; la troisième, ceux qui intéressent principalement les exhalations, sécrétions et excrétions; la quatième, ceux qui s'adressent à l'encéphale, et la cinquième, ceux qui atteignent l'appareil de la génération.
Londe, Uochoux, Moreau (de la Sarthe), Lacassagne, se sont prononcés pour le svstème de Rostan; la plupart des autres classiques de l'hygiène, à l'imitation de Michel Lévy, sont restés fidèles au principe de la classifiation galénique. J'estime qu'ils ont raison, et il me reste à dire pourquoi.
Le choix entre les deux systèmes en présence ne saurait avoir la portée que quelques-uns lui attribuent et il ne peut s'agir sérieusement, à son occasion, de chanoer les procédés de la science ou de maintenir le poids de doctrines surannées; qu'on parte du modificateur pour descendre aux actions diverses qu'il exerce sur notre organisme, ou qu'on remonte de nos fonctions, prises
comme point de départ, aux diverses influences qui peuvent les impressionner, il est toujours possible et nécessaire d'étudier dans leur réalité objective le contact des agents et du sujet de l'hygiène; si le second système était plus physiologique, cène pourrait être qu'en étant mo'ms physique, moins chimique, moins cosmologique, en un mot, que le premier, ce qui serait loin de constituer un progrès pour la science; mais il n'en est rien, et les lois de la vie peuvent être aussi bien respectées dans un cas que les phénomènes de la nature se laissent à la rigueur aborder dans l'autre. Il n'y a donc ici, en vérité, qu'à choisir entre des procédés plus ou moins commodes d'exposition, et à cet égard celui de Galien, avec les améliorations de détail que comporte l'extension considérable de l'hygiène, se prête beaucoup mieux que celui de Piostan aux complications nombreuses, aux difficultés spéciales et au caractère particulier que présente l'enseignement de cette science.
11 ne faut pas oublier que l'jiygiène ne fait de la physiologie que pour utiliser au profit de la santé les influences que subissent nos fonctions: son objet essentiel est donc de connaître directement les agents de ces influences, d'en suivre les rapports complexes avec notre organisme, d'apprendre à les contrôler et à les manier d'une façon utile. Or l'ancien système présente cet avantage considérable sur le nouveau qu'il ne morcelle pas, qu'il n'émiette pas l'examen des modificateurs, l'histoire de leur action, et les applications auxquelles ces connaissances donnent lieu. C'est déjà quelque chose, mais voici d'autres arguments qui militent en sa faveur. Par la considération exclusive d'un appareil organique, ou perd facilement de vue l'ensemble de l'organisme, on s'élève surtout difficilement de l'intérêt individuel à l'intérêt collectif. Or, d'une part les influences isolées que subissent les fonctions ne sont que des circonstances factices, des unités d'étude, sans réalité dans le cours naturel des choses; la science qui s'absorbe dans leur analyse ne sort donc pas de son stage élémentaire et néglige les milieux effectifs d'influences que représente l'union naturelle des modificateurs dissociés par nos abstractions, tels que climats, régimes, habitations, professions. D'un autre côté, si la santé de l'individu est sans doute la condition de l'hygiène collective, il n'en est pas moins évident que le rayonnement restreint d'une fonction organique n'atteindra que difficilement aux conditions d'existence des modificateurs généraux, qu'il restera presque forcément en dehors de toute vue d'ensemble sur leur origine, passant ainsi sans en tirer parti à côté des applications les plus utiles à la santé des masses. Ainsi, sans être moins physiologique que le système de Rostan, et tout en permettant d'aller plus au fond des phénomènes naturels, celui de Galien se montre plus docile aux exigences didactiques de l'hygiène. 11 faut donc le rajeunir et non l'abandonner.
J'arrive à une autre contestation qui divise sérieusement les clasificateurs de l'hygiène. Elle porte sur la question de savoir s'il convient de partager l'hygiène en deux tronçons à peu près indépendants, en deux sciences, Vhygièue privée et Vhygiène publique. Dès la naissance de cette dernière on s'est mis à la séparer de la précédente et à la traiter à part comme une science nouvelle. L'autorité de Michel Lévy en a consacré l'usage et depuis il a presque acquis force de loi. Ce n'est pas que cette loi ne puisse être attaquée et qu'à diverses reprises on ne se soit insurgé contre elle. Londe et Fleury, par exemple, ont réuni dans leurs démonstrations l'hygiène publique à l'hygiène privée, et les traités les plus récents commencent à se soustraire aux inconvénients de leur disjonc-
S^Jfî HYGIÈNE.
tion. J'approuve cette^ tendance et je considère la fusion comme plu? logique à la fois et plus avantageuse.
Plus logique, car il n'y a pas de différence, en principe, entre l'une et l'autre étude. On a voulu sans doute en créer une en forçant la signification que peuvent présenter ces deux titres : ainsi, pour quelques-uns, l'hygiène publique est devenue l'étude sanitaire des groupes humains, sociétés, nations, races, comme des inlluences généralisées, climats, professions, villes, tandis que l'hygiène privée continue à considérer l'homme dans son individualité et les modificateurs dans leur isolement. Mais c'est là une interprétation inadmissible, et que dément l'examen le plus superficiel : quelque 'collective que soit la recherche, la santé n'en représente pas moins son objectif indivisible, et celte santé reste toujours un idéal unique, quelle que soit la valeur de son coefficient social. La seule distinction à faire entre l'hygiène publique et l'hygiène privée, c'est que l'une a pour but de protéger la santé chez les masses et l'autre chez l'individu, mais alors le fond de la science est donc commun et les applications seules peuvent différer.]
Plus avantageuse, car, malgré les différences considérables que présentent ces applications, les notions communes d'où elles découlent sont elles-mêmes trop étendues pour que leur double exposition n'oblige à de longues et nombreuses redites. C'est si vrai que, pour éviter un pareil écueil, les partisans de la division en sont réduits à distribuer les modificateurs de la vie entre les deux branches de l'hygiène par un partage tout à fait arbitraire, donnant lieu à des réserves ou à des préférences absolument insoutenables. Qu'on jette les yeux sur le traité de Michel Lévy : on y verra, par exemple, que la conservation, la composition et les altérations des substances nutritives, sont étudiées à l'alimentation publique, et que leur provenance, leur préparation et leurs propriétés, font partie de la bromatologie privée ; il y a bien pourtant un intérêt général à connaître le rendement dynamique d'un aliment, de même que la trichinose ou la ladrerie de la viande intéresse les unités en même temps que l'ensemble d'une population. Par une répartition tout aussi peu motivée la composition de l'air, l'électricité, la lumière, la température, l'humidité, se trouvent placées â\xi circumfusa privés, tandis que l'infection, la contagion, les endémies, les épidémies, font à leur tour exclusivement partie des circumfiisa publics. On ne voit pas mieux pourquoi le sens de la vue est considéré comme ne concernant que l'individu, tandis que la fonction génitale ne concerne à son tour que la société ; pourquoi les vêtements et les cosmétiques ne relèvent que de l'hygiène privée, et l'influence des professions n'appartient qu'à l'hygiène publique. En revanche les bains, les climats, les questions relatives aux prédispositions organiques, reparaisssent à l'occasion de l'une et de l'autre hygiène, sans qu'on puisse savoir davantage à quoi rapporter cette faveur.
Il n'y a donc pas en réalité d'hygiène publique et d'hygiène privée; il n'y a, je le répète, qu'une application aux intérêts collectifs des conclusions sanitaires fournies par une seule et même hygiène. La distinction disparaît dans la théorie pour ne reparaître que dans la pratique. Ici sans doute il importe de reconnaître une hygiène publique, et de lui donner dans l'enseignement une attention et une place particulières, car ses moyens sont considérables et font appel à de nombreuses particularités techniques, législatives et sociales ; mais c'est seulement lorsqu'il s'agit d'exposer les mesures protectrices auxquelles aboutit la science qu'il peut être question de séparer, dans cette exposition.
des formules primitives applicables à la santé de chacun, les réglementations étendues et les multiples institutions destinées à sauvegarder la santé de tons. C'est là seulement qu'une pareille division peut être légitime et utile; c'est du reste ainsi qu'à l'origine de ce débat, comme on l'a vu, Halle lui-même l'avait compris, et que l'entendent encore les auteurs des quelques traités récents auxquels je faisais plus haut allusion.
J'en aurais fini avec la distinction entre l'hygiène publique et l'hygiène privée, qui n'avait agité jusque-là que l'enseignement écrit, si la question n'avait reparu en ces derniers temps, et à certains égards avec plus de fondement, à l'occasion de l'enseignement oral. En raison de l'étendue et des différents caractères de cet enseignement, on a proposé récemment, en effet, de le partager entre deux chaires, en confiant sous le nom d'hygiène privée l'étude des inlluences exercées sur la vie par les modificateurs, ainsi que les règles relatives à la santé de l'individu, à un physiologiste, et à un chimiste ou à un physicien celle des applications sanitaires concernant la santé des masses, sous celui d'hygiène publique. On remarquera tout d'abord que les dénominations ne sont plus ici très-correctes : l'hygiène privée reste sans doute à peu près de l'hygiène, mais l'hygiène publique n'est plus qu'une partie de cette science réduite, en fait, à la police sanitaire. Même ainsi ramenée à sa signification véritable, je ne trouve pas qu'un semblable partage réponde efficacement aux raisons qui l'ont inspiré : l'hygiène exige, je le reconnais et je l'ai déjà signalé, des connaissances assez divergentes et en particulier l'association de la biologie aux sciences physico-chimiques : mais croit-on vraiment avoir, par cette répartition de ses matières, dispensé de l'une ou de l'autre étude celui qui s'isolera dans l'un ou l'autre de ces enseignements ? Comment saisir, d'un côté, la portée d'une mesure ou d'une institution sanitaires, sans s'être initié par avance aux raisons vitales de leur utilité, et comment analyser d'un autre les influences modificatrices de la vie, sans connaître parfaitement la nature et la filiation des phénomènes extérieurs. Il n'y a donc aucun motif pour sectionner l'hygiène dans ce sens plutôt que dans un autre, si, comme c'est alors soutenable, l'étendue de son domaine avec le temps limité de son exploration obligent à distribuer ce travail entre plusieurs titulaires, et il vaut mieux en ce cas abandonner la formule de ce sectionnement aux convenances variables qui pourront le réclamer.
Mais, si la division proposée me paraît condamnable lorsqu'elle tend à réduire les obligations scientifiques de ceux qui enseignent comme de ceux qui apprennent l'hygiène, parce que je ne crois pas à la possibilité de créer une double catégorie d'hygiénistes, cette division se montre plus opportune à mes yeux quand elle a pour but do limiter l'exposition de la science aux strictes exigences de ceux à qui l'hygiène doit seulement profiter. La question nouvelle que je soulève reviendra, du reste, avec plus de précision, quand je m'occuperai de savoir à qui l'on doit enseigner l'hygiène.
On a fait d'autres nombreuses tentatives pour disjoindre les rameaux plus ou moins divergents de l'hygiène et les ériger en sciences distinctes. C'est ainsi que l'étude à peu près de chaque modificateur d'une certaine importance, en s'isolant pour se préciser, en est venue à se constituer en quelque sorte à j>art ; on a eu de cette façon une hygiène alimentaire, une hygiène du vêtement, une hygiène scolaire, une hygiène municipale ou urbaine, uwe hygiène hospitalière, une hygiène climatérique, une hygiène industrielle ou professionnelle {voy.
ces mots et les suivants), puis encore une hygiène pour les professions en détail, hygiène militairey hygiène navale, hygiène rurale ou agricole, et plus spe'cialemenl hygiène des tnineurs, hygiène des peintres, puis enfin une hygiène de nos diverses fonctions, hygiène des muscles, hygiène de la digestion ou de la respiralio7i, hygiène de la parole, hygiène des sens, hygiène de la vue, hygiène même de l'ouïe, et jusqu'à cette hygiène du goût qui a préoccupé davantage, il est vrai, le gourmet que le savant; il faut y joindre, pour compléter ces cadres et pour en achever le dénombrement sous l'impression d'une idée plus élevée, une hygiène de Vesprit, une hygiène morale, une hygiène de Vâme.
En général, il faut en convenir, les distinctions qui précèdent, simplement destinées à faciliter l'étude ou l'exposition, n'ont pas dans la pensée de leurs autours le caractère absolument injustifiable d'une défection définitive, mais j'ai à signaler une séparation moins nominale et plus légitime. Elle a pour raison d'être l'application de l'iiygiène à des sujets essentiellement différents. L'homme n'est pas l'objectif exclusif de nos recherches sanitaires; elles peuvent s'adresser à tout être vivant, aux divers animaux, aux plantes elles-mêmes. Il y a sans contredit une hygiène des plantes, bien qu'elle ne porte pas ce nom ; il y a, en tout cas, une hygiène des animaux. Certains animaux représentent pour nous une source de richesses diverses, et, à ce titre déjà, leur santé nous intéresse; elle influe d'ailleurs indirectement sur la nôtre par l'usage que nous faisons de leur chair pour notre alimentation, et par la transmi-sibililé de plusieurs de leurs maladies ; tous ceux d'entre eux qui sont accessibles à notre action, les animaux domestiques, le bétail, ont donc été l'objet d'une intervention sanitaire quelquefois plus intelligente et souvent plus efficace que celle dont nous sommes nous-mêmes l'objet : il y a par conséquent, et il est rationnel qu'il y ait une hygiène vétérinaire. La grande industrie de l'élevage n'est guère à peu près qu'une application de cette science [voy. le mot IIygièxe vétéiuxaire).
Il existe finalement au sujet des divisions de l'hygiène une prétention d'un autre ordre que je signale cette fois pour la repousser : c'est celle qui tend à augmenter les ramifications de cette science en y ajoutant une branche étrangère sous le nom d'hygiène thérapeutique. Cette prétention ne date pas d'aujourd'hui et ce n'est pas d'aujourd'hui non plus qu'elle a rencontré des contradicteurs. Ainsi, Fleury attribuait à l'hygiène a le droit de s'immiscer dans la curation des maladies », tandis que Gerdy déclarait au contraire l'expression d'hygiène inapplicable « aux moyens destinés à traiter les maladies, puisqu'elle n'était relative qu'à la conservation de la santé. « Si le langage et les définitions scientifiques ont quelque signification et quelque valeur, il faut reconnaître les limites si judicieusement rappelées par Gerdy qui séparent absolument la médecine de l'hygiène. Affaire de mots ou de convention, si l'on veut, mais ce n'est pas la peine d'adopter les mots et de souscrire aux conventions, si ce n'est pas pour tenir même de pareils engagements. Si on les rompt sur un point, si l'on ouvre une brèche, toutes sortes de confusions se précipiteront par elle ; et si l'on admet l'hygiène au lit du malade, d'autres pourront bien prétendre, en sens contraire, que la thérapeutique peut entretenir la santé, arrivant sur cette pente de hardiesse jusqu'à obtenir de Michel Lévy cette véritable capitulation : l'hygiène est la clinique de l'homme sain. Je n'insiste pas sur un désaccord que le plus simple bon sens suffit donc à juger, mais je dois les raisons qui expliquent sans le justifier l'étrange empiétement représenté par le terme àhygièiie thérapeutique. La thérapeutique fait naturellement appel pour guérir
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la maladie à tous les moyens qui peuvent amener ce résultat, et il est certain que les modificateurs capaWes d'entretenir l'harmonie des fonctions peuvent être employés à la rétablir. On s'est dit par suite que le médecin, en appliquant à l'art de guérir les moyens de l'hygiène, faisait de l'hygiène, comme on pourrait soutenir que le chimiste, en décomposant la matière organique, fait de l'histoire naturelle, et l'analogie des moyens à servi d'origine à la confusion des actes. Est-ce que le régime, l'habitation, le climat, disait Fleury, n'appartiennent pas manifestement à l'hygiène, est-ce que leur emploi pour guérir un homme affecté d'une maladie ne constitue pas un Iraiiement hygiénique? et « pourquoi donc, en vérité, les agents restant les mêmes, l'expression hygiénique ne serait-elle pas appliquée aux moyens destinés à rétablir la santé aussi bien qu'à ces mêmes moyens employés dans le but de conserver la santé? » Certes, il n'est pas contestable que le médecin puisse affecter à la guérison les agents habituels de l'hygiène, mais il fait alors avec eux véritablement de la thérapeutique, puisqu'il s'en sert pour rétablir la santé, et par le droit incontestable des mots il ne peut faire de l'hygiène, puisqu'il ne peut être question de conserver ou d'améliorer ce qui n'existe plus; en employant les modificateurs de la vie, on fait donc, je le répète, de la thérapeutique et non de l'hygiène, de même que, si l'on employait un remède quelconque à entretenir la santé, le sulfate de quinine, par exemple, pour prévenir la fièvre intermittente, on ferait de l'hygiène et non de la thérapeutique.
On voit quelles difficultés se présentent lorsqu'on aborde seulement par le côté des principes la question des classifications en hygiène. Ces difficultés sont loin de disparaître quand, après avoir pris parti dans les débats qui précèdent pour aborder les détails d'une œuvre d'ensemble, l'auteur d'un traité d'hygiène entreprend de démêler l'inextricable écheveau des sujets afterents à cette science universelle. Aucun moment ne paraîtrait plus opportun pour trancher les difficultés dont il s'agit et pour affecter définitivement à l'exposition de riiygiène un plan complet et rationnel, que le moment où l'auteur de ces lignes, appelé maintenant à se prononcer sur un pareil choix, a la bonne fortune de voir surgir à la fois autour de lui jusqu'à quatre nouveaux traités d'hygiène. Rédigés en langues différentes et écrits sous des souffles divers, autrement, mais toujours profondément imprégnés des acquisitions et des méthodes nouvelles, revêtus par le nom de leurs signataires d'une autorité puisée dans des titres variés, quoique toujours supérieurs, ils devraient, à ce qu'il semble, ou converger tous vers un plan uniforme qui s'imposerait par cet accord significatif, ou satisfaire du moins l'un ou l'autre à ce besoin d'une classification vraiment naturelle. 11 n'en est rien cependant : Wiel, Bouchardat, Proust, Arnould, ont chacun suivi leur voie au hasard de leurs préférences, et de ces efforts divergents sont résultés des programmes dissemblables, dont aucun ne répond à mon propre idéal. Je puis bien le dire sans témérité, puisque l'un de ces savants renonce à toute originalité dans cette partie de son œuvre en acceptant à peu près les divisions de Halle; qu'un autre enlève toute autorité à la sienne comme à celle des autres en taxant les divisions de l'hygiène d' « éternelle et vide querelle de mots » ; qu'un troisième avoue son insuccès en comparant son entreprise au « supplice de Tantale », et que le dernier enfin, allant jusqu'à louer une classification qui n'est pas la sienne, déclare lui-même qu' « on doit être large en fait de divisions en hygiène », que « les divisions ne sont faites que pour ce que l'on veut y mettre », et qu' « il ne faut pas
enfermer les auteurs dans une logique impitoyable. » Pourquoi pas, si c'était possible? C'est ce que je vais essayer de prouver.
Voici le plan que je propose : Le point de de'part sera toujours le modificateur; seulement ses divisions se conformeront strictement à ses propres manières d'être. Une première remarque à cet égard est capitale au point de vue didactique : plus on analyse les agents modificateurs, plus on s'approche de leurs influences intimes, mais plus on s'éloigne de leur réalité naturelle : aussi la première entreprise convient-elle surtout aux recherches théoriques de l'hygiène et la seconde à ses applications pratiques. De là une première division de l'hygiène, s'imposant à son exposition comme à son étude, en hygiène élémentaire qui comprendra les modificateurs simples, c'est-à-dire isolés autant que possible les uns des autres par nos abstractions scientifiques, et en hygiène naturelle, qui rassemblera les modificateurs composés, tels qu'ils se présentent effectivement dans l'ordre naturel des choses.
Je reprends l'hygiène élémentaire. Les modificateurs simples que nous y rencontrons présentent à leur tour, dans leur ensemble, des différences parfaitement caractérisées. On y trouve d'abord les modificateurs externes ou cosmiques tiès-netlement définis et si intimement unis par leur qualité d'agents physiques ou de phénomènes naturels, qu'ils forment un groupe extrêmement homogène. Pas assez toutefois pour ne pas permettre l'union en sous-groupes de toutes ces unités modificatrices ou hygiéniques constituant ainsi les familles suivantes : l'atmosphère, les substances nutritives, les contacts, les absorptions toxiques et septiqiies, le support terrestre. On trouve encore parmi les modificateurs simples de l'hygiène élémentaire ceux que représentent nos propres fonctions ; j'ai dit ailleurs comment il fallait en concevoir la nature, et je me borne à rappeler ici qu'il ne s'agit point de reprendre à leur occasion le système de classification physiologique en suivant le déroulement des fonctions vitales au courant des excitations externes, mais simplement d'envisager l'influence qu'exerce sur l'intégrité des organes et sur l'harmonie générale la direction que notre propre volonté imprime à ces fonctions elles-mêmes. Ainsi comprises, nos fonctions deviennent, on le sait, de véritables modificateurs internes, et il ne s'agit plus que d'en réunir les actes isolés sous leurs titres physiologiques habituels pour constituer à leur tour les espèces et les familles hygiéniques du nouveau groupe que je considère. Enfin on formera dans l'hygiène élémentaire un troisième et dernier groupe de modificateurs simples, à l'aide des conformations spéciales et des aptitudes physiologiques, des prédispositions individuelles et des imminences morbides, des constitutions et des tempéraments, que nous avons vus représenter, dans l'organisme humain, les divergences dues aux habitudes et au genre de vie, aux conditions civiles et sociales, aux âges et aux sexes, à la parent^ et à l'hérédité, aux influences régionales et aux origines ethniques. Tous ces modificateurs internes se distinguent en effet nettement de ceux qui précèdent, parce qu'ils n'interviennent qu'en qualité de circonstances inertes et ne représentent, comme je l'ai dit, que dos modificateurs passifs.
Je reprends maintenant l'hygiène naturelle. Les modificateurs composés qui la forment, désormais à l'aise dans le cadre qui leur convient, s'y distribuent sans effort avec les désignations classiques sous lesquelles la force des choses avait déjà conduit à les étudier. Les climats, la ville, les constructions, l'école, l'armée de terre, le navire, l'industrie, les professions, tels sont, en effet, les titres généraux de nombreux sujets d'étude par lesquels les hygiénistes ont
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entrepris d'envisager les modifications imprimées à l'organisme par des milieux concrets et agissants, afin d'organiser la défense sanitaire selon les exigences réelles des faits; seulement ces sujets ne sont pas à leur place quand les climats, par exemple, sont étudiés par Arnould au chapitre des influences atmosphériques, alors que l'action de ce modificateur ne saurait être mis sur la même ligne que ces diverses influences, puisque l'une résulte de l'association des autres, et que 1 a première n'émane même pas exclusivement des secondes, mais implique d'autres concours encore, comme celui du sol, des eaux, de la flore et de la faune; ou quand Bouchardat associe dans un même chapitre la question des égouts, qui fait partie de l'hygiène complexe des villes, à l'étude du calorique, de l'électricité, de la lumière, qui sont essentiellement des unités hygiéniques, et rapproche par un accouplement tout aussi bizarre dans sa troisième partie, hygiène générale, les observations concernant lés âges et les sexes, qui sont des modificateurs simples, internes et passifs, des considérations relatives aux professions et aux hôpitaux, qui sont des modificateurs composés.
Dans le plan que je propose, justement parce qu'il est fondé sur le principe des classifications naturelles, l'hygiène publique ne se sépare pas de l'hygiène privée, et l'usage du modificateur, si souvent relégué aux moyens de Vhygiène, ne s'éloigne pas de son étude. Après avoir considéré chaque modificateur en lui-même pour le connaître, dans ses rapports avec l'organisme pour en apprécier le rôle profitable ou nuisible, c'est tout naturellement qu'on passe chaque fois de ce travail préliminaire aux conditions expérimentales du contrôle qu'il exige, comme aux moyens pratiques d'en utiliser les avantages et d'en combattre les inconvénients. Les modificateurs composés étant aussi les plus effectifs dans leurs applications et les plus généralisés dans leurs effets, c'est tout naturellement encore que les grandes entreprises de protection sanitaire et les réglementations compliquées de la santé publique se grouperont de préférence dans la seconde partie, et cependant les développements étendus que ces sujets entraînent n'en exagèrent pas les proportions au détriment de la première, parce que l'étude théorique des modificateurs, par une compensation opportune, s'y trouve de son côté considérablement réduite : en effet, chaque modificateur composé a déjà été envisagé dans ses unités hygiéniques et ne présente plus à examiner que les effets d'ensemble résultant de la collectivité de leurs influences.
La question des classifications n'est pas la seule, n'est pas même la plus grave de celles que soulève l'enseignement de l'hygiène, et, après avoir examiné dans quel sens il convient d'en dérouler les matières, j'ai encore à considérer, avec plus d'intérêt, le caractère qu'il importe de donner à leur exposition.
Il s'est produit à ce sujet, ces dernières années, un mouvement très-accentué, qui tend à modifier profondément les anciennes allures de l'enseignement hygiénique. 11 suffit tout d'abord de comparer à leurs devancières immédiates les publications récentes de l'hygiène pour constater à première vue la transformation qui s'est produite dans l'enseignement du livre; la présence des figures intercalées dans le texte n'y témoignerait sans doute que d'un progrès typographique, si cette innovation ne correspondait au développement manifeste luimême de la recherche expérimentale et des démonstrations concrètes. Une même transformation a aussi totalement renouvelé l'enseignement de la chaire; la génération qui s'occupe actuellement de rendre « aux enfants de ses maîtres
1 inslruction qu'elle a reçue de leurs pères », pour conserver l'incorrecte, mais ceienre expression de notre serment professionel, a trop simultanément conscience de la physionomie toute théorique, souvent même purement littéraire, qu avaient jadis les cours d'hygiène, et du caractère pratique qu'ils s'efforcent de revêtir aujourd'hui, pour qu'il ne soit pas facile, non plus, d'en remarquer 1 opposition. La tendance que je signale n'est donc !pas à démontrer; il s'agit seulement d'en justifier la valeur et d'en mesurer la puissance.
Si 1 on veut que l'hygiène passe de la connaissance à l'action, et de science platonique devienne un art utile, si l'on désire que l'étude ultérieure de ses problèmes conserve par la précision de sa méthode l'exactitude de ses conclusions, il est indispensable de matérialiser l'exposition de ses dogmes en l'appuyant sur l'expérimentation des faits et la représentation des choses. Comment enseigner avec profit le programme que nous connaissons maintenant, si l'on n'a soin d élever l'autorité de la science |iar l'épreuve rigoureuse de ses assertions, si l'on ne dresse pas les élèves à explorer le terrain de l'étiologie, à découvrir, par exemple, la cause d'une épidémie, à contrôler la salubrité d'un édifice, à reconnaître la falsification d'un aliment; si on ne leur montre pas les substances utiles ou nuisibles à l'homme, les agents salutaires ou malfaisants au milieu desquels se déroule son existence, les perfectionnements apportés aux matériaux, aux instruments dont il fait usage, les dispositions qui servent à protéger sa vie, les plans qui réalisent les meilleurs types de ses habitations, en leur faisant ainsi voir et toucher tous les moyens qui sont à leur portée pour améliorer son état physique et moral, en un mot, si on ne les initie de la sorte, non-seulement aux difficultés des applications sanitaires, mais aux exigences des études hygiéniques? L'avantage d'un enseignement pratique de l'hygiène n'est donc pas contestable, et n'est plus du reste sérieusement contesté. La presse hygiénique, la Revue dhygiène de Vallin, en particulier, ont entrepris une campagne vigoureuse pour amener le corps enseignant à réaliser cette réforme et surtout pour lui en procurer les moyens Au Congrès iuternational d'hygiène, tenu à Turin en 1880, le docteur Layet s'est fait dans un excellent mémoire l'écho de ses réclamations; le professeur de Bordeaux revient sur la nécessité de renoncer à l'ancienne méthode d'enseignement de l'hygiène; il établit que l'enseignement doctrinal ne suffit plus et conclut qu'il faut y ajouter les expériences et les manipulations, les démonstrations d'appareils et l'exposition de modèles, l'étude sur place des établissements et des professions insalubres : il demande donc que l'étude de chaque question particulière d'hygiène comprenne désormais quatre points de vue différents : 1° le point de vue théorique, doctrinal; 2° des expérimentations pour démontrer la réalité des faits; o*^ l'étude pratique des procédés hygiéniques; A" la législation, les règlements et les mesures sanitaires; pour faire saisir ensuite par un exemple la méthode qu'il recommande, supposant qu'il s'agisse d'étudier un chapitre de l'hygiène sociale, l'atmosphère d'une école, d'une caserne viciée par les gaz, cette étude devra comprendre, dit-il, les quatre points suivants : 1'^ conditions d'insalubrité de l'atmosphère en question, son action sur la santé, mortahté qui en résulte d'après les statistiques [point de vue doctrinal); 2" expériences de laboratoire destinées à montrer l'action sur l'organisme des différents gaz contenus dans cet air {point de vue expérimental) ; 5° démonstration et manipulation sur place des appareils permettant l'analyse de l'air, la récolte et l'analyse de l'air souillé ayant lieu, sous les yeux des élèves, dans une salle encombrée ou suspecte [application pratique) ;
4" indication des lois sur les logements insalubres, calcul du cube d'air et procédés de ventilation, etc. [législation et mesures sanitaires). A la suite de cette importante lecture le congrès adoptait, par acclamation, un ordre du jour qui sanctionnait l'enseignement pratique de l'hygiène en visant l'installation de laboratoires et de musées qui en sont la condition nécessaire.
L'accord peut donc être considéré comme fait sur l'opportunité de la réforme, mais dans quelle mesure est-elle en train de s'appliquer? On sait déjà que Pettenkofer fut en Allemagne l'initiateur de l'hygiène expérimentale : or ce n'est pas seulement l'étude, c'est aussi l'enseignement de la science qu'il soumis à cette méthode. Le savant professeur de Munich, aidé d'ailleurs à cette tâche dans son magnifique Institut par plusieurs auxiliaires, a introduit dans les divers cours de cet établissement de nombreuses démonstrations pratiques, aux manipulations desquelles les élèves s'exercent ensuite eux-mêmes dans les laboratoires. Dans une conférence que le docteur Roth a publiée en 1879, avec d'autres documents hygiéniques, sous le titre de Verôffentlichungen ans dem kôniglichen Sdchsischen Militdr-Sanitâts-Dienst, le docteur E. Ilelbig nous a fait connaître à ce point de vue le programme de ces leçons, et il est impossible de ne pas en approuver l'ordonnance générale et le caractère pratique.
C'est, en fait, un programme étendu, quoique incomplet encore et un peu confus, d'enseignement pratique de l'hygiène. On le suit sans l'égaler dans quelques autres villes d'Allemagne : à Dresde, le docteur Roth illustra aussi un cours de quelques expériences, dont il a donné les titres au Congrès d'hygiène, tenu à Dresde en 1878; il faut penser que depuis il en a grossi la liste un peu légère à cette époque et un peu puérile. A Berlin, l'enseignement de l'hygiène a pris aussi le caractère démonstratif. A Bruxelles, à Zurich, à Turin, à New- York, on suit cet exemple. En Angleterre, l'enseignement de l'hygiène dans les collèges médicaux comprend aujourd'hui par semaine deux leçons théoriques d'une heure et six heures de travaux pratiques au laboratoire; les élèves font couramment le dosage de l'acide carbonique, l'examen des eaux de boisson, l'analyse des aliments; en outre, la belle institution du musée public d'hygiène de Parkes est une étape de plus sur la route du même progrès. En France, nous sommes entrés aussi dans le mouvement, qui n'est du reste partout qu'à son début, mais les ressources matérielles manquent peut-être davantage à nos bonnes intentions; pourtant il s'est fait déjà beaucoup de chemin dans la voie que je signale : au Val-de-Grâce, sous la direction convaincue de Vallin, deux heures de manipulations de chimie appliquée à l'hygiène complètent chaque semaine les deux heures de leçon théorique, et des visites d'établissements ont lieu du 15 août au 15 octobre; à Bordeaux, Layet applique avec une grande activité les idées qu'il a exposées à Turin sur l'enseignement de l'hygiène, et sous l'influence des mêmes sentiments j'utilise de mon mieux à Montpellier un outillage dont j'ai déjà signalé la création. On le voit, la réforme est lancée, mais elle n'est encore qu'à l'état d'ébauche; la graine a germé, mais l'arbre a besoin de grandir.
11 me reste à envisager ces deux autres questions importantes que soulève, ai-je dit, l'enseignement de l'hygiène : où et à qui faut-il enseigner cette science? Problèmes distincts par leur énoncé, mais présentant des connexions et des solidarités trop étroites pour que leur étude puisse se séparer.
Pour répondre à ces questions d'une manière utile, il convient de prendre
su HYGIÈNE.
ce qui se fait pour point de départ de ce qui doit se faire. Nous sommes, en ce qui concerne la distribution de l'enseignement hygiénique, comme on a vu que nous l'étions au sujet du caractère à lui donner, en plein travail de rénovation et de développement. Mais la formule de la réforme est moins facile à trouver et l'accord par conséquent a plus de peine à se faire. Fortement impressionnée en faveur d'une large extension de nos institutions sanitaires, l'opinion publique en France, ainsi que dans les autres pays à civilisation avancée, ne se contente manifestement plus de la tiédeur apportée jusqu'à ces dernières années à l'enseignement de l'hygiène, mais, comme ces élans de l'opinion sont plus instinctifs que raisonnes, et manquent d'ailleurs de responsabilité autant que de compétence, les réclamations, les initiatives même qui en résultent, ont par force une allure un peu désordonnée. Ils risquent ainsi de manquer le but par l'ardeur même de sa poursuite, et d'égarer le législateur par la précipitation qu'ils lui communiquent. Il importe donc de se préparer à cette grave entreprise par un examen [)lus calme des besoins et une plus juste appréciation des ressources. C'est dans les Universités que l'hygiène est enseignée en Allemagne; 17 de ces établissements sur 20 y possèdent des chaires affectées à cette science; Tubingen, Halle, léna, au dire de Roth, en sont seules privées. Excepté à IMunich, ces chaires d'hygiène sont partout directement annexées à celles de l'enseignement médical. 11 faut ajouter que cet enseignement est repris sur une vaste échelle dans les écoles de médecine militaire, dont les élèves sont déjà docteurs. D'autre part, l'existence d'un examen spécial pour obtenir le titre avantageux de médecin de district excite les élèves comme le personnel enseignant à donner un temps assez considérable aux études théoriques et pratiques d'hygiène. En Autriche, l'enseignement de l'hygiène figure dans le programme de quatre Universités, mais fait défaut à Innsbrïick et à Prague; en revanche, là où il existe, cet enseignement comprend pendant six mois cinq heures de cours théorique par semaine, et pendant les deux derniers de ces six mois 5 leçons pratiques de deux heures en plus, ce qui fait alors quinze heures d'hygiène par semaine. On s'occupe en Allemagne et en Autriche d'étendre cet enseignement en dehors des Facultés; il a déjà pénétré dans un certain nombre d'écoles techniques où l'on forme les architectes et les ingénieurs, l'Académie des arts et métiers de Berlin, les écoles polytechniques de Brunswick, Carlsruhe, Munich, Dresde, Hanovre, et l'école des mines de Freiberg; la question de l'introduire dans les gymnases et jusque dans l'école primaire est aussi vivement agitée. Les mêmes situations existent à quelques termes près et les mêmes questions s'agitent en Angleterre, en Belgique, en Italie, en France. Dans notre pays en particulier, l'enseignement officiel de l'hygiène n'avait possédé jusqu'à ces dernières années que 5 ou 6 chaires, réparties une par une dans ses trois Facultés de médecine et quelques Ecoles secondaires particulièrement privilégiées. « Partout où l'on parle médecine, on doit parler hygiène, disait à ce sujet Fonssagrives, et, si les Ecoles secondaires devaient être maintenues, il faudrait les doter au plus vite de cet enseignement. » Les Écoles secondaires ont été maintenues et les Facultés de médecine augmentées, mais ces dernières seules ont réalisé un progrès dans le nombre des chaires d'hygiène. J'ai dit ailleurs qu'on avait commencé à doter quelques-unes de ces chaires d'un outillage qui pût aider leur enseignement à prendre un caractère pratique, mais rien n'a été changé dans la durée du temps qui lui est régulièrement affecté : ainsi, l'enseignement officiel de l'hygiène se réduit dans les Facultés à
un cours de trois heures par semaine et de cinq mois par an. C'est manifestement insulfisant; enserré de la sorte entre la brièveté du temps consacré à l'obtention du doctorat et l'abondance des matières que réclame son instruction médicale, l'étudiant en médecine est ainsi bien loin de s'approprier les connaissances hygiéniques dont il aurait l'emploi dans sa pratique privée, et qui lui seront nécessaires, s'il entre dans les conseils ou les bureaux d'hygiène. En revanche, poussée par le mouvement d'opinion que je signalais tout à l'heure, l'hygiène a pénétré dans les programmes de l'enseignement secondaire et même de l'enseignement primaire, et s'est fait faire une place, il est vrai plus nominale qu'effective, dans les écoles normales d'instituteurs, tandis qu'à côté de cet enseignement officiel le même entraînement faisait surgir sur bien des points, et sous la forme de cours populaires ou de conférences publiques, un enseignement libre de cette science. L'éminent hygiéniste que je viens de citer encouragea ces tendances dp toute son énergie, demandant à l'État de créer des cours pratiques d'hygiène à l'École normale supérieure, dans les écoles normales primaires, dans les lycées et jusque dans les écoles de l'enfance, demandant aux municipalités et à l'initiative privée de venir en aide à l'État pour répandre abondamment et partout les bienfaisantes notions de l'art sanitaire. Vulgarisateur par excellence de cet art, le professeur de Montpellier voyait dans les médecins attachés aux établissements publics, dans la foule même des praticiens libres, une pépinière tonte prête à fournir le personnel enseignant, et dans toute agglomération humaine un troupeau de disciples disposés à profiter de leurs leçons. « Il est positif, disait-il avec la confiance du savant, que là où existent, pour des buts divers, des réunions d'hommes ou d'enfants : écoles, casernes, lycées, régiments, usines, et oii se trouvent en même temps les soins d'un médecin, il y a pour l'hygiène pratique un professeur et un auditoire tout trouvés. » Je ne partage ni l'une ni l'autre illusion, et j'estime que, si le développement qu'a paru prendre, en ces derniers temps, l'enseignement public et privé de l'hygiène, rencontre des obstacles qui réussissent presque à le neutraliser, cela tient en partie à l'accroissement illimité de sa clientèle, et surtout à l'insuffisance de son recrutement professoral. On n'est pas hygiéniste par cela seul qu'on est médecin, car d'une part la médecine diffère essentiellement de l'hygiène, et d'une autre, comme on vient de le voir, l'hygiène s'apprend en général d'une façon bien incomplète dans les Facultés qui font des docteurs en médecine. Toutefois, là comme ailleurs, les ressources finiront par s'équilibrer avec les besoins, et le meilleur moyen de hâter l'acquisition des uns, c'est d'apprécier exactement la nature des autres : cherchons donc pour cela devant quelle catégorie d'auditeurs il est possible d'enseigner l'hygiène, et dans quelle mesure il faudrait initier chacun d'eux à cet ordre de connaissances.
Les exigences de la santé s'imposent à l'intérêt de tous, leur étude fait ainsi partie de nos devoirs envers notre corps, et nul ne devrait donc ignorer les lois de l'hygiène; ce sont là des maximes qu'on entend aujourd'hui proclamer de toute part. Je m'incline sans réserve devant le principe d'une telle doctrine; j'ajouterai même qu'il est profitable d'étendre indéfiniment le cercle de nos idées, et que c'est là un devoir envers notre intelligence. Mais en morale pratique et devant l'impossibilité de tout faire, force est bien de restreindre ses aspirations, et parmi les devoirs de choisir les plus obligatoires comme de rechercher entre les acquisitions de l'esprit celles qui doivent le mieux nous
sorvir dans la sphère de nos applications. Or l'hygiène est loin d'offrir dans son ensemble un intérêt aussi universel; ses plus grands moyens de protection, qui s'adressent à la santé de tous, ne réclament pas le concours de chacun, et le seul avantage qu'il y ait à les faire connaître à tout le monde consiste à faciliter leur emploi par l'assentiment des populations; c'est bien quelque chose sans doute, mais cela ne saurait suffire pour imposer aux masses une étude dont l'étendue et la complexité considérables condamnent par avance comme impossible une pareille entreprise. Que l'initiative privée utilise les loisirs de la multitude à la mettre au courant des réglementations les plus urgentes de la santé publi(|ue, que nos musées s'ouvrent le plus largement possible pour inculquer ù leurs visiteurs, par cette exhibition concrète de moyens et de résultats, plutôt encore que la notion, le respect et le goût des applications sanitaires; que les ouvrages de vulgarisation, encouragés et soutenus, si l'on veut, comme œuvres d'utilité générale, portent dans tous les rangs les vérités salutaires de l'hygiène, en les simpliûant sans les dénaturer, rien de mieux! Mais d'une semblable charge, acceptable uniquement parce qu'elle est volontaire et indéterminée, l'État ne peut donc, ni ne doit, accepter le poids régulier. Ainsi l'hygiène, en tant que science complète, reste forcément le domaine exclusif des spécialités qui s'y consacrent. Des nombreux sujets qui forment sa richesse scientitique, il n'y a d'a[iplicable par l'individu, il n'incombe par suite à la responsabilité personnelle qu'un nombre très-limité de règles de conduite et de recommandations sanitaires, livrées par la science isolément et toutes prêtes à la confiance de chacun. C'est là le bagage restreint de connaissances qui importe ;i la santé privée, que les considérations de déontologie supérieure invoquée plus haut imposent en effet à la recherche de tous, et dont il faudrait sans aucun doute armer le bon sens universel.
J'accorde donc, je réclame même avec insistance, la diffusion illimitée et officielle d'une semblable hygiène, ne serait-ce que pour combattre par un enseignement régulier et correct les opinions ridicules et les applications dangereuses qui foisonnent à ce sujet à tous les niveaux de la société. Mais parce qu'on aura décidé d'enseigner celte hygiène à tout le monde, ce n'est pas non plus une raison pour l'exposer, dogmatiquement au moins, devant tous les âges de la vie, et après avoir réduit les connaissances à généraliser il convient encore de les concentrer au moment le plus opportun. Je pense avec Roth qu'il faut, pour entendre avec fruit une leçon de ce genre, que l'esprit soit mûr et les résistances actives, et je trouve avec Kuborn que l'instituteur de l'enfance doit se borner à semer les préceptes de l'hygiène comme ceux de la morale au fur et à mesure que les occasions s'en présentent et en prêchant alors d'exemple autant au moins que de parole. Ainsi je refuse l'enseignement de l'hygiène à l'école primaire, et je le réserve pour l'introduire dans l'enseignement secondaire, dans les lycées de garçons et de jeunes filles ; les raisons y seront plus mûres pour le saisir et les corps plus habiles à le mettre en pratique. Mais je dois reconnaître que ce n'est là ni l'opinion qui domine, ni la tendance qui l'emporte. Au Congrès international d'hygiène de 1878, Billaudeau (de Soissons) se fit l'interprète de sentiments opposés et rencontra beaucoup d'approbateurs eu demandant que l'étude obligatoire de l'hygiène fût introduite dans les écoles primaires. Je crois qu'il y a possibilité de s'entendre, car le désaccord portant sur les moyens plutôt que sur le but est eu somme plus apparent que réel. Ceux qui demandent des cours d'hygiène dès l'école primaire veulent moins, sans
cloute, infliger cet enseignement à l'enfant, qu'empêcher l'homme d'y échapper; si l'ouvrier des villes et surtout des campagnes, pensait Billaudeau, n'a pas appris l'hygiène à l'école, il ne l'apprendra pas plus tard. Voilà donc le véritable motif d'une précipitation que je désapprouve, mais cette crainte parfaitement légitime ne rend pas l'enfant plus apte à saisir un enseignement au-dessus de sa portée, elle prouve seulement qu'il faudrait retenir le jeune homme à l'école : or cela, je l'accorde, et j'ajoute que la question est résolue par la création de l'Ecole primaire supérieure, et l'Ecole primaire supérieure, c'est de l'enseignement secondaire, moins le latin et le grec.
Je crois donc qu'il y a lieu de borner aux notions élémentaires ci-dessus désignées et de faire concorder avec l'enseignement secondaire l'instruction hygiénique de la masse; et à cet égard les dispositions officielles comme les revendications populaires seraient plutôt à modérer qu'à stimuler. Mais j'estime qu'il faut étendre et le programme et l'auditoire de l'enseignement spécial de l'hygiène, et sur ce point mes prétentions sont bien au delà de ce que demande l'opinion et de ce que le gouvernement est disposé à faire.
D'abord, en ce qui concerne le programme de cet enseignement, je le comprends plus ou moins condensé selon les cas dans ses détails, mais je ne saurais l'admettre, en aucune circonstance, tronqué dans ses éléments essentiels. Celui qui apprend l'hygiène pour l'appliquer à des besoins personnels peut ignorer .sans grand inconvénient l'origine des recommandations qu'on lui fait, et à plus forte raison les principes et les ressources de la préservation collective, mais nul de ceux qui doivent enseigner cette science complexe ou protéger la sauté publique par ses applications diverses ne devrait rester inconscient de quelqu'un de ses problèmes, car la science de l'hygiène est malgré tout une et indivisible, et son exposition comme ses entreprises dégénèrent forcément en un empirisme étroit chaque fois qu'on isole un sujet de ses congénères ou une solution de ses raisonnements. Puis, en ce qui concerne l'auditoire de cet enseignement intégral de l'hygiène, je voudrais le voir s'étendre en dehors du cercle médical, où il est aujourd'hui confiné, et je tiens comme devant y participer tous ceux qui reproduiront à leur tour quelque part, officiellement ou librement, les principes de l'hygiène, et tous ceux qui auront d'une façon ou d'une autre à les mettre à profit pour le maintien et les progrès de la salubrité générale. Il importe de préciser ce qu'il y aurait à faire à ces divers égards, car, si nous voulons bénéficier dans leur entier des magnifiques promesses de l'hygiène, une bonne organisation et une large distribution de son enseignement sont des conditions exclusives de succès.
Faisons d'abord le bilan de ses auditeurs. Nous avons déjà reconnu la nécessité d'enseigner l'hygiène aux instituteurs primaires, puisqu'il a été convenu que ces maîtres de l'enfance saisiraient toutes les occasions pour ouvrir l'esprit de leurs élèves aux exigences de la santé individuelle ; une considération plus importante accentue ce devoir. L'école est un milieu complexe d'influences physiques et physiologiques, d'autant plus puissantes qu'elles agissent sur des organismes en état d'évolution : il y a donc un intérêt de premier ordre à diriger dans un sens favorable les nombreux modificateurs qui convergent vers ce milieu, et, s'il est vrai que ce soin est confié au médecin qui inspecte l'école, il serait plus sûr de l'imposer à l'instituteur qui la dirige et qui y réside. Un cours d'hygiène, qui insisterait spécialement sur l'hygiène de l'enfance et l'hygiène scolaire, est donc indispensable dans les écoles normales. Cette nécessité
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du l'esle est reconnue en principe, il ne s'agit plus que de la respecter en re'alité. Les mêmes arguments plaident en faveur de la ci'éation d'un cours d'hygiène, d'hygiène pédagogique principalement, à l'École normale supérieure, et son absence est une lacune injustifiable. « Comment! s'écrie à ce sujet Fonssagrives, voilà de futurs professeurs, de futurs proviseurs, de futurs inspecteur?, de futurs recteurs, qui auront plus tard charge de corps autant que d'intelli gences, et qui aborderont ce difficile problème de la conciliation du travail de l'esprit et du développement corporel en ne connaissant qu'un seul des termes de ce rapport! Est-ce raisonnable? » Est-il besoin d'insister sur cette autre nécessité de donner une instruction hygiénique aux ingénieurs qui dans l'exécution des grands travaux publics, ou dans la direction des entreprises et des industries privées, remuent tant de causes d'insalubrité et président à la vie de milliers d'ouvriers, ainsi qu'à ces ingénieurs du logement, à cette armée d'architectes qui construisent nos maisons et alignent les rues de nos villes et dont la plupart ne se doutent même pas que des considérations sanitaires puissent entrer en ligne de compte dans le plan de leurs diverses constructions"? L'Angleterre a reconnu la nécessité dont je parle en créant le terme de sanitarij engineering, et la France commence aussi à avoir des ingénieurs sanitaires; mais pour assainir nos canqxagnes, amender nos professions, préserver nos armées, améliorer nos demeures, aérer nos édifices, purifier nos casernes, désinfecter nos hôpitaux, pour apprendre à concilier toujours les exigences de la santé avec celles de l'art et à subordonner quelquefois l'esthétique à la salubrité, il faut dès le début associer l'hygiène aux études techniques, et instituer des cours de celte science dans les écoles des arts et métiers, dans les écoles d'architecture, dans les écoles des mines, dans les écoles navales, dans les écoles militaires. D'autre part, nous avons déjà vu à l'historique de cet article et nous verrons plus en détail à l'article Police samtaire quel personnel considérable les intérêts de l'hygiène occupent déjà et tendent à occuper de plus en plus dans l'organisation de ce qu'on se met à désigner inexactement, comme en Allemagne, sous le nom de médecine d'État ou de médecine publique. La composition des commissions délibératives et le recrutement des fonctionnaires exécutifs en matière d'hygiène publique impliquent, pour s'effectuer d'une façon sérieusement efficace, une grande dissémination des connaissances hygiéniques. Sans doute, pour constituer les commissions dont il s'agit, on se contente aujourd'hui de faire appel à des spécialités diverses dont les connaissances hétérogènes en se complétant l'une l'autre arrivent bien à formuler les consultations qu'on leur demande; l'hygiène s'appuyant, comme nous l'avons vu, sur les contributions de sciences nombreuses et diverses, on peut, à la rigueur, associer de la sorte pour délibérer sur ses applications des physiciens, des chimistes, des médecins, des vétérinaires, des naturalistes, des météorologistes, des ingénieurs, des architectes et même des industriels et des commerçants. Il résulte de ces rapprochements un conseil d'hygiène, si l'on veut, mais pas ê coup sûr un conseil d'hygiénistes; mieux vaudrait, convenons-en, qu'il y entrât moins de spécialités diverses, et un peu plus de compétences réelles. On voudrait bien se montrer plus exigeant dans le choix des fonctionnaires exécutifs, et en effet, pour appliquer les multiples et savantes combinaisons qu'exige la sauve'^arde de la santé collective, il faudrait mieux que des commissaires de police ou même que des médecins. Mais les éléments font défaut pour former le corps des officiers sanitaires, et ici encore, en distribuant le travail entre
diverses catégories d'inspecteurs et d'experts, on compromet l'équilibre des mesures ou la sanction des lois par l'éparpillement des responsabilités. Yoilà donc une nombreuse classe d'agents à familiariser avec les notions de l'hygiène, sans compter le personnel qu'il devient nécessaire de former pour ces enseignements divers, ainsi que l'armée tout entière des docteurs en médecine auxquels on est convenu depuis longtemps, par une inconséquence que leur caractère du reste ne tend pas à faire regretter, de confier la conservation des santés qu'ils sont seulement intéressés à rétablir.
Venons-en maintenant aux conditions d'un pareil enseignement. Pour former les professeurs chargés à leur tour d'enseigner l'hygiène dans les écoles normales, dans les écoles techniques et dans les lycées; pour élever au niveau de leur rôle les membres des conseils comme ceux des bureaux d'hygiène ; pour donner aux médecins eux-mêmes l'instruction hygiénique dont ils auront à faire un fréquent emploi dans leur carrière, il faut évidemment une école appropriée au programme considérable que représente l'enseignement complet de l'hygiène. 11 est tout aussi évident que celle école n'existe pas et qu'en l'état actuel des choses, dans les seuls établissements où l'hygiène s'enseigne avec quelque réalité, dans les Facultés et dans les Écoles de médecine, les élèves ne retu'ent même pas de cet enseignement l'instruction indispensable aux besoins personnels de leur future clientèle. « L'enseignement de l'hygiène, disait récemment Napias au nom d'une commission que présidait Boucliardat et dans un rapport dont les conclusions furent votées à l'unanimité par la Société de médecine publique et d'hygiène professionnelle, est notoirement insuffisant dans la plupart de nos Écoles de médecine et même, actuellement, dans la première Faculté de France, cet enseignement n'est représenté que par une chaire unique. Et l'illustre et vénérable savant qui occupe si dignement cette chaire depuis plus d'un quart de siècle ne saurait évidemment, quelque zèle qu'il déploie, accomplir sa tâche dans toute son étendue, s'il veut terminer dans un espace de temps raisonnable le cours qu'il professe avec tant d'autorité, b La création d'une Ecole supérieure d'hygiène publique était à ce titre déjà réclamée par A.-J. Martin dans un mémoire lu l'année suivante devant la même Société, et qui avait pour titre : Essai d'organisation de la médecine publique en France. L'auteur voyait dans cette institution nouvelle non-seulement un foyer vraiment fécond d'instruction hygiénique, mais encore un moyen d'encourager les diverses écoles à perfectionner, à compléter leur propre enseignement de l'hygiène. 11 y distribuait cet enseignement entre sept chaires qu'il considérait comme tout juste suffisantes, et qu'il définissait ainsi : 1" une chaire de physique, météorologie et géologie appliquées à l'hygiène; 2° une chaire de cliimie appliquée à l'hygiène; 3° une chaire de physiologie expérimentale appliquée à l'hygiène; 4» une chaire de génie sanitaire appliquant à l'hygiène la science de l'ingénieur et celle de l'architecte; 5° une chaire d'épidémiologie, de climatologie et de pathologie comparée ; 6» une chaire de démographie ; 7" une chaire de législation sanitaire. Aux professeurs préposés à ces cours étaient adjoints des maîtres de conférences, ainsi que des chefs de travaux, chargés de guider les élèves dans leurs exercices pratiques, dans des excursions régionales ou des visites industrielles, et jusqu'au lit du malade où l'examen des effets complète utilement l'appréciation des causes. Descendant enfin jusqu'aux détails d'exécution, Martin désignait au gouvernement un local approprié aux besoins de l'École supérieure d'hygiène publique, et, sous le poids sans doute de ces
convenances toutes secondaires, rattachait à tort selon moi cet enseignement au Conservatoire des Arts et Métiers en le détachant ainsi du ministère de rinstruction publique.
J'ai reconnu l'urgence d'agrandir et de fortifier l'enseignement de l'hygiène, et j'adhère au principe comme aux mobiles du projet que je viens d'exposer; mais dans la formule de mes propres vœux à cet égard je mets à la fois plus et autre chose que mon prédécesseur. Je répartirais d'abord autrement les attributions des divers professeurs. L'un d'eux aurait à enseigner les relations de la physique et de la chimie avec l'hygiène; à côté de lui un second traiterait des rapports que présentent avec la même science la géologie et l'histoire naturelle. En suivant le plan que j'ai proposé pour cet enseignement les parts de ces deux premières chaires seraient faciles à constituer : elles comprendraient, en effet, chacune en ce qui les concerne, l'étude directe des modificateurs cosmiques, et, des applications de l'hygiène, il leur reviendrait à peu près tout ce qu'on entend par hygiène expérimentale. Naturellement les questions de météorologie rentreraient dans le programme du premier professeur et celles d'agriculture et de zootechnie dans celui du second, tandis qu'ils se partageraient l'un et l'autre l'étude de la climatologie. Un troisième professeur plus spécialement biologiste exposerait l'action favorable ou nuisible que les divers modificateurs exercent sur l'organisme et se chargerait en même temps de l'étude directe des modificateurs fonctionnels. Un quatrième, un anthropologiste cette fois, analyserait les conditions intimes que j'ai désignées sous le nom de modificateurs internes passifs, et agiterait par conséquent les questions relatives aux âges, aux sexes, à l'état civil, aux influences de la famille, de la région, de la race : à lui incomberaient donc l'ethnographie, la démographie, les grandes statistiques. Je supprime la chaire d'épidémiologie et de pathologie comparée, qui ne sont pas de l'hygiène, et je maintiens finalement le professeur de génie sanitaire, indispensable au point de vue d'une foule d'applications hygiéniques, ainsi qu'un autre spécialiste, le professeur de législation sanitaire, auquel je confierais en même temps l'hygiène inlernalionale. Je ramène ainsi à six le nombre des chaires magistrales, mais, si j'ai réduit un peu le personnel, j'ai en revanche augmenté le programme, car je désapprouve dans l'enseignement la séparation de l'hygiène publique et de l'hygiène privée, et l'Ecole spéciale dont je demande aussi la création doit réunir l'une et l'autre pour être véritablement une École d'hygiène. En outre, moins centralisateur que l'archiviste de la Société de médecine publique, je ne souscris pas à l'unification de l'enseignement supérieur de l'hygiène et à sa concentration dans la capitale, et je vois aussi toutes sortes d'inconvénients à le rejeter hors de l'Université et à le séparer si complètement des Facultés de médecine. Il y a sur tous les points du territoire une pénurie d'hygiénistes que tout le monde reconnaît, et ce n'est point sans doute avec une École supérieure centralisée à Paris qu'on pourrait satisfaire dans les départements et les communes à la formation des conseils d'hygiène et au recrutement des officiers sanitaires. D'autre part les Facultés de médecine, sans parler des Écoles secondaires, possèdent un personnel et des ressources qui s'utiliseraient avec tout profit au développement sur place de l'enseignement actuel, et de même qu'on tend à faire de l'enseignement pharmaceutique une annexe dépendante et distincte de l'enseignement médical, mon avis est qu'on devrait émanciper aussi l'enseignement de l'hygiène tout en le maintenant sous une tutelle qui ne saurait mieux
lui convenir. Je laisserais donc l'enseignement supérieur de l'hygiène à la place qu'il occupe et je me bornerais à agrandir, dans l'esprit et dans les limites que j'ai indiqués, l'espace, les ressources et le personnel dont il dispose. Toutefois pour donner une sanction aux études spéciales qui se feraient dans ces Instituts, je voudrais encore voir créer, comme en Allemagne, à côté du doctorat en médecine, un titre particulier d'hygiéniste comme il existe un titre de pharmacien, titre qu'on pourrait prendre dans les Facultés mixtes de médecine, de pharmacie et d'Iiygiène, soit comme complément du doctorat, soit indépendamment de ce dernier diplôme. L'étudiant qui se destinerait à la seule pratique de l'art médical pourrait se contenter de suivre les cours d'hygiène sans être astreint à donner de son instruction sur cette matière d'autres garanties que celles impliquées par son doctorat en médecine; mais le diplôme d'hygiéniste serait exigé de tous ceux, médecins ou non, qui voudraient enseigner ou appliquer l'hygiène, entrer dans les conseils de salubrité, ou devenir officiers sanitaires. Ainsi se formerait donc toute une pépinière de candidats pour le personnel de l'administration sanitaire et pour les divers enseignements de cette science, et les difficultés pratiques comme les charges de l'Etat seraient notablement amoindries par l'utilisation de valeurs existantes ou l'économie des doubles emplois. Et ici je me retrouve en pleine conformité de pensée avec Martin, avec Napias, avec toute la Société de médecine publique et d'hygiène professionnelle, qui acclamait ces sages paroles de son rapporteur : « Compléter, fortifier l'enseignement de l'hygiène dans nos Ecoles et Facultés, n'est pas seulement une chose utile au point de vue scientifique, c'est encore, ne craignons pas de le dire, une chose nécessaire au point de vue politique et social. Beaucoup de questions sociales, en effet, ne sont en réalité que des questions d'hygiène, dont la solution deviendra possible quand on aura créé toute une pépinière de médecinshygiénistes capables d'assurer sur tous les points du territoire l'exécution des mesures nécessaires au maintien et à l'amélioration de la santé publique. Ce qui manque pour la réalisation de ce vœu, ce n'est pas la bonne volonté du corps médical; ce qui manque, c'est, dans nos écoles, un enseignement suffisamment étendu de la science hygiénique, et c'est sur ce point que nous vous proposons d'attirer l'attention bienveillante de M. le ministre de l'Instruction publique. » Je me résume en quelques mots : moins d'hygiène pour tous, plus d'hygiène pour quelques-uns, voilà comment, à mon compte, doit se réformer la distribution de cet enseignement. Cette question de mesure vaut la peine que l'on y songe ; c'est la première condition de la santé nationale.
Application. L'hygiène n'est pas une science spéculative ; elle ne peut se recueillir dans la contemplation d'elle-même; son utilité, sa grandeur, sa raison d'être, résident dans sa mise en pratique. La tâche importante qui consiste à éloigner les influences morbides et à favoriser les conditions hygides autour de l'organisme humain incombe dans la sphère de la vie privée au médecin. des familles, à l'individu lui-même que le fait de son existence rendit responsable de son corps et de sa santé; ce côté des applications hygiéniques est étroitement solidaire de l'instruction médicale et du développement personnel et n'a pas à nous retenir davantage Mais les applications de l'hygiène peuvent se dérouler sur un autre terrain ; dans la sphère de la vie collective un grand devoir incombe de ce chef à la commune, à l'Etat ; ces derniers sont les gardiens naturels de la santé publique et en sont responsables vis-à-vis du pays.
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comme le médecin l'est de leur santé privée vis-à-vis de ses clients, et chacun de la sienne vis-ù-vis de soi-même. A ce sentiment de responsabilité administrative répondent des institutions et des mesures qui relèvent de cette étude, qui sont aujourd'hui l'objet des plus vives préoccupations de la part des peuples comme de leurs gouvernements, mais qui, formant un tout homogène, seront exposées dans un article à part {voy. Police samtaire).
Nous devons nous borner à formuler l'aboutissant suprême de ces aspirations générales. « En suivant les préceptes de l'hygiène, a dit Réveillé-Parise, on vivra toute sa vie, c'est-à-dire tout ce que permet d'espérer la constitution particulière de chaque individu combinée avec les lois générales de la constitution de l'espèce, mais on ne vivra pas plus que sa vie, dont l'hygiène ne saurait allonger le type. » Pourquoi pas? Tout ce qui précède nous autorise à confirmer en finissant nos appréciations du début sur le pouvoir immense de l'hygiène, mise en harmonie avec les progrès de la science humaine, et appuyée sur la puissance de nos applications actuelles. L'hygiène est capable d'améliorer l'être en agissant sur le milieu et d'améliorer l'espèce en agissant sur l'être. On vivra donc plus que sa vie et de plus on vivra mieux sa vie, ce qui est préférable encore. En outre, et c'est là pour elle une gloire nouvelle et bien supérieure, les soins que l'hygiène donne au corps profitent au travail et à l'esprit, et sa sollicitude pour la santé des masses contribue indiiectement à leur bien-être matériel ainsi qu'à leur développement moral. C'est à ce titre que le profond écrivain de VÉmile a pu dire après Pythagore : o L'hygiène est plus qu'une science, c'est une vertu ! » Emile Bertin-Sans.
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— Vierteljahrschrift fur gerichtliche Medicin und ôffentliches Sanitàtswesen. Von Casper, depuis 1852. — Deutsche Vierteljahrschrift fiir ôffentliche Gesundheitspflege. Bei Vieweg und SoHN. Braunschweig, depuis 1869. — Allgemeine Zeitschrift fur Epidemiologie, depuis
1874. — Gesundheit, Zeitschrift fur k'ôrperliches und geistiges Wohl. Von Reclam, depuis
1875. — Zeitschrift fur Biologie. Von Pettenkofer, Voit und Buhl. — Blâtter fiir Gesundheitspflege. Von der Gesellschaft der Zuricher Aerzte, rédaction : Prof. v. Wysz. — Vierteljahrschrift fur gerichtliche Medicin und ôffentliche Gesundheitspflege. Von Eule>berg. —
Correspondenxblatl des niedei-rheinischen Vereins fiir ôffentliche Gesundheitspflege. Ciiln.
— Jahresberichte der chemischen Centralstelle fur ôffentliche Gesundheitspflege in Dresde». Von Fleck. — Verôffentlichungen des deutsclœn Gesundheitsamtes. — Public Health. — Sanitary Record. E. B.-S.
IIYGRIIVE. Alcaloïde liquide et volatile, non toxique, extrait par Woehler des feuilles de coca où il existe à côté de la cocaïne. L'hygrine est très-alcaline, de saveur nullement amère ; son odeur rappelle celle de la triméthylamine.