‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.52Chapitre 17 sur 67 · CH · texte numérisé non relu

CH

[ (C-rP)-^ ] L. H«.

§ II. Emploi médical. Désignée sous le nom à'Iodoform en anglais, et dlodoformium ou lodofonn en allemand, cette substance a été introduite dans la matière médicale par Bouchardat. Les nombreuses applications dont elle est l'objet depuis quelques temps justifient les recommandations que le savant thérapeutiste formulait en sa faveur, dès l'année 1856 {Formulaire magistral, 1839). A cette époque on était loin cependant de prévoir l'importance que l'avenir et nos contemporains lui réservaient: on le recommandait en raison seulement de sa richesse en iode. Cependant sept ans plus tard Bouchardat mentionnait déjà, dans un mémoire à l'Académie des sciences (17 juillet, 1843), ses vertus anesthésiques et parasiticides que Righini utilisait en 1853.

En 1866, Eastlakoet Greenlagh, puis l'année suivante Demarquay, utilisèrent contre le cancer utérin ses propriétés modificatrices des sécrétions et ses vertus de désinfectant de premier ordre; Gubler, Besnier et Lallier l'employèrent contre les ulcères atones, et Maillard publiait une thèse, oii il rapporte des observations de M. Féréol, sur son efficacité contre le chancre mou et les ulcéraAions syphilitiques.

Dans sa thèse remarquable Sw/* les accidents imputables aux antiseptiques, M. Brun a résumé l'histoire des applications chirurgicales de ce médicament depuis 1880, époque à laquelle Mosetig-Moorhof, Mikulicz, Merkel, Billroth, Gussenbauer, Henry et Kœnig, proclamèrent d'enthousiasme sa supériorité et n'hésitèrent pas à le recommander à doses même excessives.

En France, les chirurgiens et les médecins en firent usage avec plus de réserve. Ses applications furent étudiées par MM. Marc Sée, Terrillon, Trélat, Berger, Gougenheim et par d'autres, qui, en les réglementant,ne perdaient point de vue les accidents toxiques auxquels elles peuvent donner lieu, et qui, fréquents en Allemagne, motivèrent un retour de l'opinion. Kocher se demanda bientôt, en effet, si les avantages de l'iodoforme compensent ses dangers, et Schede écrivit, comme M. Brun l'a rappelé, que « l'enthousiasme des premiers jours s'en était allé en fumée. »

Aujourd'hui l'opinion est fixée, et on apprécie plus équitablement la valeur de ce médicament, après la thèse de A. Martin (de Lyon) ; le travail de Rohmer ainsi que les revues de M. Ricklin, dans la Gazette médicale de Paris et de Hassler, dans la Gazette hebdomadaire.

Action physiologique. Quelques-unes des propriétés physiologiques de l'iodoforme lui sont communes avec celles des autres composés iodiques {voy. Iode), d'autres lui appartiennent plus particulièrement et donnent raison de ses applications spéciales.

L'odeur forte de safran de l'iodoforme, comme celle d'hyèble quand on l'administre en petites quantités, est bien connue à cause de sa ténacité et de sa diffusibilité. Inutile d'y insister.

lODOFORME (emploi médical). 559

Son absorption par les tissus vivants est comparable à celle des autres composés iodiques. Après son application sur la peau on reconnaît rapidement la présence de l'iode dans les urines. Il en est de même après le pansement des plaies ou des ulcères avec ce topique.

A la différence des autres iodiques, il n'irrite guère les tissus et exerce sur la peau et les muqueuses une action anesthésiqiie et analgésique locale. M. Moretin en a donné une démonstration en prouvant que l'introduction d'un suppositoire à l'iodoforme diminue la sensibilité de la muquense rectale et supprime la sensation de passage du bol fécal pendant l'acte de la défécation. Son pouvoir antiputride est démontré par la désodorisation des liquides putrides avec lesquels on le mélange. Mais sa puissance antiseptique et germicide a été contestée par Heyn et Rovsing (de Copenhague), déclarant qu'elle ne fait pas obstacle au développement des bactéries, et, d'après Kunze, Binz, Lubbett, Baunigarlen, Kœnig et Gatrin {Gaz. hebdomadaire, 1887), au développement du bacille de la tuberculose. Celte opinion a été réfutée par les faits cliniques dans lesquels on l'a employé heureusement contre les tuberculoses locales. Cependant les récentes recherches de Villemin laissent des doutes sur ce point qui mérite d'être étudié à nouveau.

Ssenger a montré, en effet, que la hactéridie cli arbonneiise ne peut se développer dans la gélatine peptone additionnée d'iodoformc, et, par ses ingénieuses expériences sur la souris, que l'action de cette substance est locale. Sattler, de Ruyter, Wasserzing et d'autres observateurs, attribuent cette action antiseptique à l'iode mis en liberté par sa décomposition et son dédoublement. Au reste, cette action demande un certain temps pour se produire. Dans les expériences de Sfenger [Dent. med. Woch., août 1887), l'infeclion bactéridienne des souris n'était obtenue que si on injectait l'iodoforme dans la poche contenant le liquide virulent, à un intervalle de temps inférieur à une demiheure. Cet intervalle était-il moindre, l'animal succombait.

L'ingestion buccale de l'iodo forme à doses modérées ne provoque guère de troubles stomacaux. On a attribué cette tolérance du tube digestif à l'action anesthésique exercée sur la muqueuse de l'estomac, qui absorbe aisément ce médicament, circonstance importante à noter au point de vue de son administration à l'intérieur. Aussi, les effets sont lents, quand l'iodoforme est ingéré en nature, mais deviennent intenses et rapides, quand on le véhicule dans un liquide qui en facilite l'absorption.

L'iodoforme modifie la circulation différemment suivant les doses auxquelles on l'administre. Chez l'homme. Maître a noté la diminution des pulsations cardiaques et l'augmentation de la tension artérielle, après l'ingestion d'une dose massive et unique de 50 centigrammes du médicament. Rummo a provoqué les mêmes phénomènes sur les chiens, et de plus, comme on l'a vu plus haut à l'article Iode, après les doses élevées de 2 à 4 grammes, la diminution des battements du cœur, le refroidissement et l'abaissement de la pression artérielle. Les recherches de Bogolcpoff et de Martin sont confirmatives, mais, en répétant ces expériences, on remarque que l'action cardio-vasculaire, produite directement par l'iodoforme, diffère des troubles circulatoires, accélération du cœur et augmentation de la pression sanguine observées avant la période convulsive de l'empoisonnement par ce corps et, sans nul doute, relevant d'autres causes.

Les troubles de la nutrition : albuminurie, hématurie, dégénérescence des

360 lODOFORME (emploi médical).

épithéliums, altérations graisseuses du cœur, du foie et des reins, observés par Binz, Ilogyes et Rummo, sont, eux aussi, des phénomènes communs à l'action générale de l'iode et des iodiques sur les tissus vivants. C'est ainsi que Wolowski a publié dernièrement une observation d'alropliîe jaune du foie après une intoxication chronique par l'iodofornie [Petersb. med. Woch., 1887, p. 22),

Comme agent vasculaire et trophùjiie, l'iodoforme se comporte donc à la manière de l'iode et des autres iodiques.

Il en diffère par son action sur le système nerveux. En l'administrant au chien par faibles doses de 30 centigrammes à 1 gramme, il provoque une sorte d'ivresse. L'anmial chancelle, se couche, il est abattu. Fail-il des efforts pour se relever sous l'influence d'une excitation douloureuse, il retombe sur le côté, puis après quelques heures cette ébriété disparaît, l'animal retrouve ses forces et le lendemain est revenu à la plénitude de sa santé.

Avec une dose élevée de 2 à 4 grammes, on observe, après la période d'ivresse, des phénomènes d'excitation : contractures des membres, opisthotonos et convulsions par accès. D'après Me Kcndrick, en désaccord sur ce point avec Maître et Itahuteau, les convulsions feraient défaut, et on observerait la paralysie des membres. Binz a comparé cette action à celle du chloroforme et a voulu établir par des expériences nombreuses que l'iodcforme se décompose en présence de l'acide carbonique toujours abondant là oîi, comme autour des cellules nerveuses, les échanges organiques sont actifs, que l'iode mis en liberté se fixe sur ces cellules et qu'il en paralyse l'activité. Ici, en effet, on peut invoquer un argument d'analogie, et, au point de vue physiologique, comparer ces effets narcotiques de liodoforme à ceux des composés bromes et chlorés, dans lesquels le brome et le chlore se fixent aussi sur l'élément nerveux et provoquent des phénomènes de stupéfaction.

L'anesthésie générale produite par l'iodoforme est incomplète; elle consiste dans une résolution musculaire partielle et la diminution de la sensibilité. On ne saurait donc, à aucun degré, la comparer à l'anesthésie par le chloroforme ou l'éther sulfurique : à preuve, les expériences de Rhighini au moyen de l'inhalation des vapeurs iodoformiques.

L'anesthésie locale est moins imparfaite : aussi elle a avec ses propriétés antiseptiques contribué à la fortune chirurgicale de ce médicament.

Comme pour les autres iodiques, les reins sont la principale voie d'élimination de l'iodoforme. 11 s'élimine aussi par la sécrétion lactée : à preuve cette expérience de Maître, administrant l'iodoforme à une chierme allaitant ses petits et retrouvant de l'iode dans l'urine de ces derniers. Il s'élimine encore par la muqueuse respiratoire et buccale : à preuve l'odeur de l'haleine des animaux auxquels on l'administre à haute dose et la fétidité de la salive qui au contact de l'argent prend une odeur alliacée. M. Poucet (de Lyon) désigne ce phénomène d'imprégnation de l'organisme par l'iodoforme sous le nom de signe de l'argent, et M. Cazeneuve a démontré qu'il a pour origine la production d'iodure d'argent avec formation d'acétylène quand on met en présence de ce métal la salive chargée d'iodoforme.

Sous quelle forme l'iodoforme est-il éliminé? En nature, ou bien après sa transformation en iodure ou en iodates-alcalins? La réaction des urines après l'administration du médicament est celle de l'iode, et ce liquide ne possède pas l'odeur d'iodoforme; cependant l'air expiré en contiendrait une petite partie, et ce fait a motivé des applications thérapeutiques. Néanmoins la majeure partie

lODOFORME (emploi médical). 361

du médicament s'élimine sous forme d'un composé iodé dont il reste à déterminer la nature. Est-ce un iodate alcalin? Non, d'après Rabuteau et Righini, admettant la formation, l'un d'iodure de sodium, l'autre l'iodure de potassium.

Hôgyes, Binz, Martin, Harnack et Zeller, tiennent compte de la solubilité de riodoforme dans le sérum sanguin, à raison de 20 à 25 centigrammes par litre; circonstance facilitant son absorption. Ainsi véliiculée dans les tissus, cette substance se dédouble. Que devient l'iode mis en liberté? Sur ce point, ces auteurs cessent d'être d'accord.

Voici une première hypotbèse; elle a été adoptée par Bum et consiste, avec Binz, à dire que l'iode se fixe sur les centres nerveux, exerce sur leurs cellules une action toxique, donnant raison des troubles nerveux, et est abandonné lentement, d'où la durée prolongée de I élinn'natiou et la présence de l'iode dans les urines, plusieurs jours après la cessation de l'emploi du médicament. Pour Binz, l'iode formerait des iodates et desiodures alcalins que l'organisme élimine.

En voici une autre : la théorie de l'iodo-albuminat, composé d'iode et d'albumine, qui, à son tour, se dédoublerait par l'action des acides contenus dans l'économie et en mettant l'iodo en liberté. M. Ilogycs appuie celte hypothèse sur la rareté de l'iodo-albuminat dans l'urine des individus présentant des symptômes d'em[)oisonnement par l'iodo/'orme et la richesse de ce liquide en iodures alcalins quand la tolérance existe. La transformation de l'iodo-albuminat en iodures alcalins serait donc un phénomène de l'élimination de l'iodoforme et une condition indispensable pom* la tolérance de ce médicament.

M. Binz adopte une opinion un peu différente. Ces réactions, dit-il, s'opéreraient aux dépens des alcalins contenus dans le sang, de sorte que l'élimination de riodoforme par les urines serait corrélative de la désalcalinisation du liquide sanguin. Il justifie cette assertion par l'expérience suivante : riodoforme et un sel alcalin sont administrés simultanément à quatre lapins qui les tolèrent; quatre autres lapins ingèrent l'iodoforiue seul et présentent des accidents toxiques. Ces faits expérimentaux sont susceptibles d'ajiplication praliijue et ont motivé de la part de ces observateurs l'emploi du traitement des accidents iodoformiques par les alcalins. Au demeurant, il est donc légitime d'admettre l'élimination de l'iodoforme comme celle de l'iode sous la forme d'iodure de sodium.

Action et accidents toxiques de l'iodofohme. Après des discussions récentes et retentissantes, « il serait presque puéril, selon l'expression de M. Berger, de chercher les preuves de l'action nocive de ce médicament. »

Les expériences sur les animaux avaient, en effet, démontré cette puissance toxique avant les accidents observés dans ces dernières années par les cliniciens et surtout par les chirurgiens de langue allemande.

En inhalations, dans les recherches de Aschen-Brand, après son ingestion stomacale, dans celles de Maître, il a provoqué la mort des animaux. De plus, il existe aujourd'hui des observations nombreuses d'accidents toxiques imputables à riodoforme, que M. Brun discutait naguère dans sa remarquable thèse pour le concours d'agrégation de l'année 1886. Les accidents locaux sont de nature irritative; érythème (Kœnig), eczéma (Le Dentu, Neisser (de Breslau). On l'accuse de provoquer l'érysipèle, mais, malgré les affirmations de Schede, Georges et Falkson, on est en droit de supposer plutôt une influence pathogénique, une coïncidence entre l'apparition de l'exanthème et l'emploi du pansement à l'iodolbrme.

562 lODOF.ORME (emploi médical).

Les accidents généraux sont plus ou nioius tardifs, et dans la statistique de M. Brun on les voit survenir le plus souvent du premier au cinquième jour ou du cinquième au dixième et plus rarement dans le deuxième ou le troisième septénaire. Kœnig a essayé de les catégoriser dans six former, mais Kœnig, plus simplement, divise les cas en accidents légers, graves ou mortels. C'est aussi la classification adoptée par M. Brun.

Les troubles gastriques dominent dans la forme légère. On les a observés sur l'homme et non par l'expérimentation sur les animaux. Ils consistent dans une inappétence allant jusqu'à une invincible répugnance des aliments, augmentée par l'usage des fourchettes et des cuillers d'argent (Poncet) ; dans l'odeur alliacée de la salive au contact de ce métal (signe de l'argent de Poncet), dans un goût d'iodoforme dans la bouche, et même d'après Kocher, dans une sensation de dysphagie douloureuse.

Les troubles nerveux ont aussi un caractère spécial : insomnie, agitation continuelle des membres, puis, à un degré plus élevé, délire loquace, se déclarant pendant la nuit et faisant place, pendant le jour, à une lucidité complète, ou bien à un état de mélancolie ou de lypémanie avec crises de larmes provoquées par une cause futile ou par les circonstances les plus ordinaires de la vie.

Ces phénomènes correspondent à la période d'agitation observée chez les animaux auxquels on administre celle substance.

De plus, on a noté des éruptions d'apparence ortiée, rubéolique, scarlatiniforme; elles siègent sur des points divers du corps, à distance des pansements, et sont comparables aux exanthèmes médicamenteux de la quinine et du copahu. Enfin le pouls augmente en fréquence et diminue en force. Ce trouble circulatoire présente une importance d'autant plus considérable que ces changements ne sont pas en rapport avec les modifications de la température, celle-ci demeurant normale. Ces phénomènes ne s'accordent pas avec les observations de ceux qui admettent une prétendue fièvre iodoformique, caractérisée par l'hyperthermie. Par contre, ils sont en rapport avec les travaux de laboratoire de Falkson, constatant la conservation de la température normale des animaux mis en expérience.

Dans la forme grave, les troubles psychiques dominent. Pendant la nuit, le malade est pris de délire maniaque avec violence en actes et en paroles, idées de persécution, souvent tentatives de suicide. Après cette phase d'excitation, une phase de dépression psychique, abattement, tristesse et dépression mentale, ou bien perte de la mémoire et aphasie.

Ces phénomènes s'accompagnent de troubles gastriques, anorexie; de troubles circulatoires, accélération du pouls, et de troubles thermiques sur lesquels on est loin d'être d'accord. Kœnig déclare que la température reste normale, tandis que Kœberlé accuse des élévations thermométriques de 58 à 58°, 5, et Frischman de 58 à -40 degrés.

Ici encore M. Kocher a signalé des albuminuries et de la desquamation épithéliale du rein et des signes probables de néphrite, comme après l'emploi des autres iodiques. Ces lésions rénales résulteraient, d'après Rabuteau, de la décomposition incomplète de l'iodoforme dans l'organisme et de son élimination partielle par le rein.

Chez les enfants Kœnig a distingué deux formes, l'une méningitique dont les symptômes, irrégularité et petitesse du pouls, inégalité pupillaire, vomissements, convulsions, ne dilTèrent, dit Berger, de la méningite que par l'absence

lODOFORME (emploi médical). 505

d'hyperthermie, l'état comateux ou l'abattement. L'apathie et la somnolence peuvent se prolonger pendant plusieurs semaines encore après la cessation de l'iodoforme.

Dans les formes mortelles, on rencontre des lésions décrites longuement dans la thèse inaugurale de llœpll, à savoir : la dégénérescence graisseuse du myocarde, du foie et des reins, et, d'après Kœnig, des noyaux apoplectiques dans la base des poumons. Ces altérations anatomiques correspondent à celles que Foucauld signalait dans sa thèse inaugurale et que Binz, Hiigyes, Martin, Zeller etFalkson, observaient chez les animaux après une intoxication prolongée par l'iodoforme.

Dans l'intoxication expérimentale de ces derniers, Maître observait deux phases : l'une, d'ivresse ou d'ébriété, d'abattement et de narcotisme (Binz); l'autre, d'excitation, de convulsions et de contractures tétaniques, toutes deux accompagnées de troubles gastro-intestinaux : nausées, vomissements et diarrhées. La mort aurait pour cause, d'après Marlin, des accidents paralytiques notés par Binz, Hôgyes et Me Kendrick, et l'arrêt du cœur, phénomène en rapport avec le ralentissement des mouvements de cet organe, dans les expériences de Rummo.

Par l'analyse chimique des organes et des tissus, llumbert et Moreliii ont constaté la présence de l'iodoforme dans les sécrétions des animaux succombant à cette intoxication. De plus, il existe de l'iode dans leur sang, leurs viscères et leurs muscles.

Comment expliquer ces phénomènes toxiques? Par la mise en liberté de l'iode; c'est l'opinion de Binz et de llogyes, de sorte que les intoxications par l'iodoforme seraient une l'orme de l'iodisme. Par la formation d'iodo-albuminat et par la désalcanisation du sang. Ce sont les théories déjà signalées plus haut^ l'une de Harnach, l'autre de Binz. Enfin, autre opinion, on a comparé l'intoxication iodoformique à l'intoxication chloroformique.

III. Applications tiiiîuapeutiques. Indications et contre -indications. On utilise à l'heure actuelle ce médicament comme modificateur de la nutrition. (résolutif), comme anesthésique local (analgésique) et comme antiseptique (parasiticide et désinfectant). Au point de vue thérapeutique, il ajoute donc aux deux vertus principales de l'iode celle de modifier la sensibilité. Ces propriétés, on le comprend aisément, devaient suffire pour lui assurer la renommée que Bouchardat lui promettait dès l'année 1843.

Son action sur la nutrition a permis de le substituer à l'iode pour combattre le goitre, les engorgements ganglionnaires et la scrofule. C'est ainsi que Gubler a remplacé les badigeonnages avec la teinture d'iode par une solution d'iodoforme dans parties égales d'éther et d'alcool, et obtenu dans les cas d'arthrites anciennes et douloureuses la résolution de la tuméfaction et la sédation de la douleur. Boéchat l'a prescrit surtout contre le goitre récent et l'hydarthrose, et Alvarez contre l'orchite et l'épididymite. Giecnlach, et surtout i\urr en Angleterre, l'ont employé contre les ulcérations cancéreuses du rectum et de l'utérus, comme naguère aussi on avait conseillé contre elles l'iode métallo'idique, avec cette différence à l'avantage de l'iodoforme qu'il agit d'abord comme désinfectant des sécrétions et ensuite comme sédatif de la douleur. Par contre, son efficacité est bien établie contre les ulcérations scrofideuses et les kémorrhoides idcérées, où il agit à la fois par ces deux propriétés ainsi qu'au double titre d'antiseptique et de cicatrisant.

564 lODOFORME (emploi médical).

L'analgésie qu'il provoque l'a encore fait adopter pour le pansement des fissures à l'anus, des gerçures de la mamelle, des plaies douloureuses, et par Moretin à titre A' antinévraîgiqne. Il est alors indiqué contre les névralgies superficielles et les douleurs musculaires du rhumatisme, comme Moleschott et Bernatzik l'ont noté, contre les névralgies syphilitiques, de l'avis fort judicieux de M. Mauriac, contre la carie dentaire, d'après Hagelberg, qui fut un des premiers à l'employer dans cette affection et contre le vaginisme. M. Dujaidin- Beaumelz a fait remarquer son efficacité dans les cas oîi le vaginisme résulte d'érosions vulvaires dont le spasme douloureux est comparable à celui de la fissure anale. Dans ce but, ce savant observateur a conseillé les pulvérisations vaginales d'éther iodoformé.

Mais ces propriétés antiseptiques et parasiticides lui ont surtout acquis sa renommée actuelle, de sorte que, pour mentionner toutes les applications dont il est l'objet, il fauilrait passer en revue la plupart des affections qui sont justiciables de l'antisepsie médicale et chirurgicale.

Dans le traitement de la syphilis, il peut, à l'intérieur, remplacer les iodures alcalins et donner de bons résultais (Hussein Khan, Th. de Paris, 29 juillet 1881). On l'a donc administré en pilules et Thormann a proposé des injections hypodermiques de glycérolc d'iodotbrme [Centralbl. f. d. med. Wissensch., 29 octobre 1884), que plus récemment on a remplacé par la vaseline à l'iodoforme.

A l'extérieur, la poudre d'iodoforme rend pour le pansement des syphilodermatoses des services aujourd'hui incontestés, depuis les travaux de Gubler, E. Besnier, Mauriac, l'éréol, en France, et ceux de nombreux thérapeutistes étrangers. Son emploi comme topique est donc nettement indiqué contre les chancres syphilitiques ou les ulcérations primaires et tertiaires. De plus, il rend les mêmes services pour obtenir la cicatrisation des chancres movs.

A l'intérieur, l'iodoforme donnerait parfois des succès contre les hémoptysies, et tout dernièrement MM. Chauvin et Jorissenne ont signalé l'efficacité des pilules d'iodol'orme associé au lannin ou à l'extrait de gentiane {Progrès médical, J888, p. 487). Déjà en 1887 De Ginto avait publié un mémoire pour démontrer cette efficacité {Uniao medico, de Piio de Janeiro, 1887).

L'honneur de son premier emploi contre la tuberculose locale revient aux chirurgiens et leur pratique a inspiré aux médecins l'idée de son application contre h phthisie pulmonaire. Dès l'abord, on l'employa contre les bronchites chroniques, au même litre que les autres iodiques. Puis Righini, en 1852, obtint des succès par les inhalations d'iodoforme et l'arrêt de la caséification, quand la maladie était plus avancée {Monographie chimique, physiologique, pharmaceutique et thérapeutique de l'iodoforme, traduction Janssens. Bruxelles, 1865). En 1879, au Congrès d'Amsterdam, Semmola constatait qu'après l'administration de l'iodoforme par doses fractionnées de 5 à 50 centigrammes l'expectoration, la toux, la fièvre et les lésions pulmonaires, s'atténuaient, et que les crachats perdaient leur fétidité. Chiamarelli {Annali clinica, 1882), sous la forme pilulaire, Rummo, sous celle d'inhalations, en obtenaient les mêmes bénéfices, les attribuant, l'un à la neutralisation des produits tuberculeux expectorés, l'autre à une action anesthésiqiie exercée sur les filets terminaux du nerf pneumogastrique et à l'antisepsie. Sormina l'employait, vers cette époque, à l'aide de l'appareil de Waldenburg et De Renzi, Franchini, ainsi que Pisani, enregistraient les mêmes succès.

lODOFORME (emploi mkdic.vl). 565

En 4885, Marchaml publiait dans les Archives de Virchow, un mémoire où il déclarait que l'iodoforme entrave la formation des cellules géantes, en même temps que Dreschfekl, Drasclie et d'autres observateurs anglais et allemands, le recommandaient surtout dans la phase initiale de la maladie, sans noter aucun accident après les inhalations de ce médicament. Pour Sclinitzler, il arrête le processus ulcératif et enraye les laryngites simples ou tuberculeuses.

Au Congrès de Copenhague, en 188(3, Singleton Smith donnait connaissance d'une série de 48 cas de phthisie dans lesquels 29 fois il avait noté, après l'administration de l'iodoiorme, l'augmentation de poids du corps, la chute de la fièvre et la diminution de la toux et des crachats. En France, l'adniinistration de ce ihédicament, au témoignage de MM. Cornil et llanot, « est entré dans la pratique journalière », soit sous la forme de pilules dosées de 5 à 20 centigrammes et associées ou non à la créosote, soit sous celle d'inhalations, ou bien encore d'injections sous-cutanées à la vaseline. Ces savants observateurs recommandent de pratiquer ces dernières par la méthode et avec l'appareil de M. Davezac (de Bordeaux) .

Ransome, Smith et d'autres conseillent Vinjection intra-pulmonaire de Véiher iadoformé ou de l'huile iodoformée, à la dose de 10 gouttes par jour. Leurs essais ne sont pas démonstratifs, car, si on a vu par ce traitement les signes cavitaires diminuer, on a aussi enregistré des complications : pleurésie, hémoptysie, pneumothorax. On a enlin proposé, depuis, la substitution de l'essence d'eucaiyplus iodoformée aux préparations précédentes.

Quelle est l'action de l'iodoforme sur le processus tuberculeux? Sa puissance nécrophytique ne suffit pas sans doute pour tuer le bacille : par contre, l'imprégnation iodoformiquc semble stériliser l'organisme et, conformément aux expériences de Marchand et à celles si ingénieuses de M. Gosselin (de Gaen) [voy. Iode), arrêter l'évolution et le développement des cellules géantes. Des faits récents, et entre autres les essais de Warfinge {Hygiea, 1886) et Daniel R. Brower (Journal of the American Associalion, 1885, p. 1), tendraient à prouver sou utilité en onctions sur le cuir clievelu contre la méningite tuberculeuse. Le premier de ces cliniciens aurait obtenu des cas de guérison, et le second une atténuation marquée dans la marche de la fatale maladie. Ces essais sont à contrôler.

Son efficacité contre les abcès froids tuberculeux est mieux établie. Mosetig- Moorhof, Bruns, Andrassy, Verneuil, Verchère, entre autres, en ont publié des exemples. Dans un cas d'abcès froid de la cuisse avec foyer tuberculeux, j'ai vu les troubles disparaître après des injections d'éther iodoformé, le pus se tarir et la guérison de ce foyer être obtenue dans l'espace de deux mois. En même temps, le poids de l'enfant augmentait, l'appétit revenait, la diarrhée cessait, et tous les symptômes de cachexie disparaissaient rapidement. La guérison a été absolue sans difformité et depuis deux années ne se dément pas.

Les communications de Briins et Andrassy aux quatorzième et quinzième Congrès des chirurgiens allemands, en 1885 et 1887, sont décisives. 8 cas d'abcès froids furent traités par le raclage et les injections d'iodoforme, et, dans le court espace de quelques semaines, il n'existait plus de bacilles dans les produits de suppuration. Bruns a vu, dit-il, après des injections de glycérine alcoolisée et iodoformée, la membrane interne des abcès se modifier et les bacilles disparaître.

En topique, l'iodoforme occupe une place importante dans l'antisepsie chirurgicale, depuis les débats dont il a été l'objet devant la Société de chirurgie.

566 lODOFORMH (emploi médicm.).

€n 1881, et les tr-'vvaux de Moretin, Bœckel, Reclus, Michulicz, Billroth, Le Dentu, Marc Sée, Trélat, Terrillon, et d'un uoniltre aujourd'hui fort grand de chirurgiens de tous les pays. Le pansement des plaies anfractueuses par l'iodoforme permet d'éviter la stagnation et la décomposition du pus, favorise le liourgeonnement et comhat la fièvre. Après les ablations d'organe, et en particulier dans les opérations sur les organes génitaux, après Vévidement des os, à la surface des ulcères scrofuleux, pour le tamponnement antiscpti([ue du vagin et de l'anus, la gaze, l'ouate et la poudre d'iodoforme sont entrées dans la pratique chirurgicale quotidienne.

Bien avant le pansement de *Lisler, MM. Trélat et Verneuil l'utilisaient pour le pansement des plaies plates, et le premier de ces chirurgiens constatait que la poudre d'iodoforme, mélange'e au sang, formait à leur surface un coagulum sous lequel la réparation était obtenue comme dans la cicalrisation sous-cutanée. Il considérait ce pansement comme indiqué à la surface des plaies plates ou exposées aux accidents septicémiques.

Les accidents toxiques signalés dans quelques cas en ont fait redouter l'emploi. Cependant, si une pusillanimité trop grande paraît blâmable, il faut reconnaître, avec Mosetig, Kœnig, le danger d'introduire une quantité trop abondante de poudre d'iodoforme dans une plaie cavitaire, dans une cavité viscérale, sur une plaie cruentée ou sur celle d'une région, comme la mamelle, par exemple, fort riche en tissu adipeux, en raison de la solubilité de l'iodoforme dans les

matières grasses.

M. Bruns insiste à ce point de vue sur l'inlluence de l'état cachectique et celle de l'âge. L'existence des lésions rénales ou les cardiopathies sont des motifs, non pas de contre-indiquer son emploi, mais d'en surveiller attentivement les effets, et de préférer la gaze iodoformée à la poudre d'iodoforme. Si, malgré ces précautions, il survient des accidents, on devra modifier le pansement, laver avec soin la plaie et toutes ses anfractuosités et, à défaut de médications plus rationnelles à l'heure actuelle, favoriser l'élimination du médicament, déjà absorbé ou accumulé dans l'organisme, par l'administration des alcalins. Binz, Hôgyes, Behring, Harnack, qui diffèrent dans l'interprétation patbogénique des empoisonnements par l'iodoforme, s'accordent entre eux sur l'eflicacité probable de cette médication alcaline et l'ingestion d'une solution aqueuse de bicarbonate de potasse à 5 ou 10 pour 100.

L'angine diphthérilique locale a été combattue avec des résultats divers par les badigeonnages avec une solution, des attouchements avec le crayon et des pulvérisations avec la poudre d'iodoforme. Leichtenstein, en 1881, conseillait ce médicament, puis Korach (de Cologne) annonçait que, dans une série de 112 malades, il n'avait enregistré qu'une mortalité de 7 pour 100, et n'avait noté aucun accident d'intoxication. Le médecin américain Yoje annonce 6 décès sur 24 malades et, plus fortuné encore que ses émules, Benzow (de Vienne) obtient, dit-il, 6 guérisons dans 6 cas. Par contre, son compatriote Widerhofer obtient des succès moins décisifs, et avoue 10 décès sur 26 diplithéritiques traités dans les salles de sa clinique infantile.

Au témoignage de ceux qui en recommandent l'emploi, comme Garnett et Jesemann, l'iodoforme provoque la chute des fausses membranes et neutralise les produits diplithéritiques. Ce sont là des résultats contestés par d'autres observateurs, qui n'hésitent même pas à considérer son emploi comme fâcheux.

M. Sevestre l'emploie en poudre contre les ulcérations de la stomatite ulcéro-

lODOFÛRME (emploi médical). . 567

membraneuse et en obtient, dit-il, une amélioration presque immédiate {Journal deméd. et de chir. prat., juin 1887). On a proposé d'utiliser ces vertus contre la fièvre ttjpho'ide et à titre de cicatrisant des ulcérations intestinales au moyen du charbon iodolbrmé. De même aussi il peut donner des succès contre la diarrhée, et tout récemment à la Société tliérapeiiti(pie M. H. liuchard rapportait une observation dans laquelle cette action anti-microbique pouvait seule expliquer la cessation du flux intestinal.

Les dermatologistes en font un usage fréquent comme antiseptique et analgésique. C'est ainsi qu'on l'a essaye contre les dermatoses parasitaires avec Kaposi, Coltlc, Biemer, contre le lupus et l'herpès tonsurant, contre le prurigo, Vecze'ma et le psoriasis avec Klemliaus et Lightfield, et l'impétigo avec M. Sevestre.

Les ophthalmologistes le prescrivent contre le pannus, oîi M. Michel (thèse de Paris, 1880) a obtenu le soulagement de la douleur et du spasme par les insufflations de sa poudre finement porphyrisée ; Brettaner la conseille contre les ulcères cornéens ; llayes, contre la blépharite ciliairc ; Horner et Galezowski contre hsophthalmies scrofuleuses, les conjonctivites purulentes et hlennorrhagiques, la dacnjocystite chronique; d'autres encore contre les kératites pustuleuses ou phlycténulaires et contre le tracliôme.

Les otologistes, les rhiiiologistes et les gynécologistes l'ont vu réussir, les uns contre Voiorr/fee chronique, consécutive aux fièvres érupti vos; Zanfal, Czarda {Wien. med. Presse, 1881), contre l'ozène, le catarrhe nasal, et les autres contre Vendométrite, la périrnétrite, la vaginite et les ulcérations du col utérin. Ce sont là les applications des propriétés antiseptiques de ce médicament, tandis que son emploi contre les éphidroses et les sueurs fétides est une utilisation de ses vertus antiputrides.

En raison de ses vertus anti-microbiennes, on l'a proposé contre la blennorrhagie. M. Thiéry [Progrès médic, 1887) a injecté dans l'urèthre l'huile iodoforméeà 10 pour 100 et a pu ainsi obtenir la guérison après 5 à 15 injections. Il recommande au malade de conserver l'injection pendant vingt minutes. Cette méthode de traitement de la blennorrhagie mérite d'être mise à l'essai.

On a encore recommandé l'iodoforme contre diverses affections, et en particulier, contre le diabète. Molescholt, Jacobi, Bozzoli et Semmola en auraient obtenu des résultats satisfaisants. Mais on sait que, dans cette maladie, il est peu de médicaments qui n'aient paru procurer quelques succès. En tout cas, son efficacité, si elle était justifiée, ne pourrait guère s'expliquer que par l'action nervine de l'iode.

IV. Pharmacologie, posologie et modes d'administration de l'iodoforme. A l'intérieur, on le prescrit en pilules, pâtes, huile, inhalations et injections souscutanées ; à l'extérieur, en poudre, pommade, glycérolée, coUodion, etc. Son odeur désagréable est un inconvénient auquel on a essayé de remédier diversement et sans grand succès.

DÉsoDORiSATioN DE l'iodoforme. Parmi les moyens àedésodorisation, le plus usité pour un temps, à l'exemple de Billroth (de Vienne), a consisté dans son association avec des essences volatiles. M. E. Labbée, dans les Commentaires thérapeutiques du Codex, énumère ces essences : essence de fenouil (Birman), essence d'amandes amères (Czarda), essence de menthe poivrée ou de bergamotte (Billroth, Terrillon). En pondre, on l'a mélangé au tannin et au camphre, à la poudre de fève Tonka (Catillon) et à la teinture de musc à la dose d'une

568 lODOFORME (kmploi médica.l).

demi-goutte. Liiitlermann conseille de l'additionuer de baume du Pérou, mais M. E. Labbée a essayé ce procédé sans succès. Enfin Oppler recommande l'adjonction d'un tiers en poids de calé torréfié et de quelques gouttes d'éther, tandis que Robert Parck emploie riuiiie d'eucalyptus, Lucas-Cliampionnière, la poudre de benjoin, et Bouchardat, la coumarine. Malgré leur diversité, ces procédés de déàodorisation sont insuffisants.

Modes d'admimistration. A Vinlérieur, on prescrit le plus souvent l'iodoforme sous la l'orme pilulairp,et diverses formules ont été proposées pour leur préparation. Cependant Zeissel a conseillé contre les névralgies syphilitiques, à la dose de trois par jour, des prises contenant 75 milligrammes d'iodoforme pour o centigrammes de sucre.

Les pilules conliennont de 25 milligrammes à 20 centigrammes de substance active. Bouchardat les formulait ainsi: iodoforme 2 grammes, extrait d'absinthe q. s., pour oG pilules (3 par jour).

Celles de Grunhalgt ont pour formule : iodoforme, 2 décigrammes, poudre de guimauve et miel blanc, tle chaque quantité suffisante, pour 1 pilule.

Les pilules (V iodoforme au sucre de lait renferment par pilule : 5 centigrammes de sucre de lait, 10 centigrammes d'iodoforme et une quantité suffisante d'un excipient mucilagineux (2 à 5 par jour).

Dans les pilules antidiabétiques de Moleschott il entre 1 gramm.e- d'iodoforme, \ gramme d'extrait de lactucarium et 10 centigrammes de coumarine (pour 20 pilules, 2 à 8 par jour). Dans les pilules antinévralgiques de Mauriac et dans celles de Chiaramelli contre la phlhisie, l'excipient est l'extrait de gentiane.

Associé à la créosote, l'iodoforme sert à préparer des pilules dont M. Legroux a multiplié les formules, et parmi lesquelles M. Yvon mentionne les suivantes : pilules à Viodoforme, à la créosote et à la terpine : créosote, iodoforme et terpine, 5 grammes, acide benzoïque et térébenthine du mélèze, âa, 2 grammes, guimauve pulvérisée et ââ, magnésie, aa 6 grammes, pour 100 pilules (4 à iO par jour). Les pilules à Viodoforme^ à la créosote et à la térébenthine, sont obtenues en substituant à la terpine un poids égal de térébenthine.

Les pilules à' iodoforme créosote contiennent : iodoforme et créosote, âa, 2 grammes, poudre de reglisse, 5 grammes; miel q. s. pour 40 pilules.

Pour masquer la snveur et l'odeur de l'iodoforme, on prépare encore des perles contenant 25 centigrammes d'iodoforme véhiculé par l'éther, des pâles et des pastilles que M. Yvon obtient par l'association de 5 grammes d'iodoforme avec 100 grammes de sucre vanillé, 1 gramme de coumarine et du mucilage de gomme pour 200 pastilles.

Le charbon iodoforme se prescrit en capsule ou en dilution dans l'eau. Chaque capsule (Bouchard) renferme 15 centigrammes de charbon pour 15 milligrammes d'iodoforme. La mixture de Piccini se prend par cuillerée en solution dans l'eau, contre la diarrhée ; elle est préparée avec 60 centigrammes d'iodoforme, 100 grammes d'éther, 100 grammes de charbon et 180 grammes de glycérine.

Vhiiile iodoformée de Moretin, destinée à remplacer l'huile iodée, contenait 5 grammes d'iodoforme pour 1 kilogramme d'huile d'amandes douces, aromatisée de 3 gouttes d'essence d'amandes amères (dose, 5 cuillerées par jour).

VhuiJe de foie de morue iodoformée de Fonssagrives renferme par cuillerée à bouche 25 milligrammes ou 5 centigrammes d'iodoforme, suivant qu'elle est préparée avec 15 ou 50 centigrammes de substance active pour 100 grammes

lODOFORME (emploi médical). 563

d'huile de foie de morue, aromatisée avec 10 gouttes d'essence d'anis. L'huile de foie de morue de Pardon renferme une dose 4 fois plus élevée d'iodoforme.

Les cigarettes d'iodoforme sont peu employées : elles contiennent chacune 10 centigrammes du médicament et se prescrivent contre la toux.

Les inhalations d'iodoforme contre la phthisie pulmonaire et les laryngites tuberculeuses ont été pratiquées par Rummo, au moyen d'une dose croissante de 16 à 96 centigrammes d'iodoforme, véhiculé par 4 à 24 grammes d'essence de térébenthine au moyen de l'appareil de Siegle. Dans le même but on emploie de la poudre phorphyrisée que Sormani fait inhaler dans l'appareil de Waldenburg (roy. Inhalation), et Jacobelli au moyen de l'atmiomètre dont il est l'inventeur.

Les inhalations par la méthode de M. Davezac se pratiquent au moyen d'un flacon barboteur contenant le mélange suivant : iodo forme pulvérisé, Ie%50, essence de térébenthine, 50 grammes, huile d'arachide, 150 à 200 grammes, acide thymique et essence de bergamote, âà, 26%50. Plus simplement, on a proposé des fumigations à l'aide de losanges à Viodoforme.

Les injections hypodermiques d'iodoforme de Thomann avaient pour formule : iodoforme, 6 grammes, glycérine, 20 grammes, et chaque injection introduisait sous la peau 30 à 75 centigrammes du médicament. La vaseline liquide iodoformée est obtenue par la solution de 5 grammes d'iodoforme dans 15 grammes d'étheret 80 grammes de vaseline; elle est préférable à V injection d'éther iodofoiiné de Jonon contenant 1 gramme d'iodoforme pour 10 grammes d'éther et administrée à la dose de 1 à 2 grammes : celle-ci a l'inconvénient de provoquer la formation d'indurations sous-cutanées; il en est ainsi de l'huile de ricin iodoformée à 10 pour 100, préparation qui d'ailleurs est abandonnée.

A Vextérieur, comme topique antiseptique, on emploie la poudre d'iodoforme finement porphyrisée. La ténuité absolue de cette poudre est une condition de succès, car on a pu attribuer à de petits cristaux d'iodoforme l'irritation mécanique des tissus cutanés.

En ophllialiiiologie, on a essayé les insufflations oculaires de parties égales de sucre et d'iodoforme contre le pannus.

En rhinologie, Beverley combat le catarrhe nasal par l'insufflation d'une poudre composée de moitié de gomme pulvérisée et mélangée avec un quart d'iodoforme et un quart de poudre de camphre.

En chirurgie, on a fait usage des topiques pulvérulents à l'iodoforme, parmi lesquels nous signalerons les suivants : la poudre d'iodoforme et au camphre, contenant parties égales des deux médicaments; la poudre à parties égales d'amidon et d'iodoforme; la poudre à l'iodoforme de Robert Pach, renfermant parties égales d'iodoforme et de luhite peat aromatisé par quelques gouttes d'huile d'eucalyptus : elle est très-légère, antiseptique et absorbante; la poudre d'iodoforme au quinquina, formulée par M. Lucas-Championnière et obtenue par l'association à parties égales d'iodoforme passé au tamis, de poudre de quinquina, de poudre de benjoin et de poudre de carbonate de magnésie saturée d'essence d'eucalyptus, enfin h poudre désinfectante d'iodoforme et de sulfate de quinine de Gillette, contenant 18 grammes d'iodoforme, 5 grammes de sulfate de quinine, 15 grammes de charbon et 40 gouttes d'essence de menthe.

Les suppositoires analgésiques à l'iodoforme, employés dans les affections douloureuses du rectum, du vagin et de l'utérus, sont dosés à 20 centigrammes DICT. ENC. 4' s. XVI. 24

570 lODOFORME (emploi médical;.

de substance active. Martineau les formulait ainsi : beurre de cacao, 20 grammes ; iodoforme pulvérisé, 10 grammes; essence de roses, 3 gouttes pour six suppositoires contre le vulvisme.

Les suppositoires antiseptiques à V iodoforme , recommandés par M. Porak et M. Bogidan (thèse de Paris, 1885^, sont obtenus par le mélange de 5 grammes d'iodoforme avec 5 grammes de bourre de cacao, et, à titre de désinfectants, seraient exempts des dangers inhérents aux injections intra-utérines.

Le nombre des pommades à Viodoforme est considérable. On associe, en effet, ce médicament à tous les corps gras : paraffine, cérat, vaseline, axonge, lanoline, etc., etc. En voici quelques formules :

La pommade ophthalmique de Rayer : iodoforme, 1 gramme, vaseline, A grammes.

La pommade de Lindemann contient le double de vaseline et 3 grammes de haume du Pérou ; la pommade de Fotirgiiette, 1 à 2 grammes d'iodoforme pour 10 grammes de vaseline, et la j^ommar/ec/e Rayer, 1 gramme d'iodoforme pour 4 de vaseline.

La pommade antiseptique à Viodoforme et à la paraffine contieni ; iodoforme 1 gramme, paraffine 100 grammes, vaseline 20 grammes, essence d'eucalyptus 8 grammes. La pommade antiseptique à Viodoforme et au café contient 5 parties d'iodoforme qui est incorporé à une partie de café et 50 de paraffine.

La lanoline à Viodoforme et au café d'Oppler a pour formule : iodoforme 2 grammes, lanoline 15 grammes, axonge 2 grammes, café torréfié 1 gramme.

La vaseline à Viodoforme se prépare suivant plusieurs formules dans lesquelles on l'additionne de haume du Pérou, d'essence de roses, c'est-à-dire de désodorisants, ou bien d'autres substances actives (opium, belladone, etc.) ; telles sont : la pommade contre les chancres (Yvon) : iodoforme 1 gramme, baume du Pérou 5 grammes, vaseline 8 grammes ; la pommade contre les hémorrhoides de Sabrel : iodoforme 4 grammes, opium pulvérisé 1 gramme, vaseline 1 gramme; la pommade contre Vorchite (Boui'daux) : iodoforme 4 grammes, vaseline 30 grammes, différant de la pommade d'Alvarez seulement par la substitution de la vaseline à l'axonge et de hpommade dehennox- Brown contre l'ozène, par la dose huit fois plus considérable d'iodoforme entrant dans sa préparation.

\J axonge iodoformée contient de 10 à 20 pour 100 d'iodoforme. C'est ainsi qu'on a prescrit la première contre les fissures à l'anus et qu'Hillairet conseillait la seconde contre le prurigo.

Enfin, parmi ces pommades, il faut encore noter celle de Gallard contre le vaginisme : iodoforme et beurre de cacao 2 grammes de chaque, axonge 15 grammes, et, d'après le formulaire de M. Yvon, celle de Wyndam Cottle contre les ulcères chroniques; elle renferme 50 grammes d'iodoforme pour 7 grammes d'axonge.

Les liniments à Viodoforme ne sont pas moins nombreux : tels le Uniment de Gallois (1 partie d'iodoforme pour 5 parties de baume du Pérou et 12 parties d'alcool ou de glycérine) ; le Uniment savonneux à Viodoforme, que M, Yvon prépare par la solution au bain-marie de 4 grammes de savon animal et de 1 gramme d'iodoforme dans un mélange de 50 grammes d'alcool à 56 degrés et de 1 gramme d'huile volatile de menthe; enfin la cosmoline à Viodoforme, conseillée par Eberle et contenant 4 grammes d'iodoforme, 32 grammes de cos-

lODOL (chimie). 571

moline, 50 centigrammes d'essence de géranium et 15 gouttes d'acide phénique liquide.

La glycérine iodoformée, pour l'usage externe, préconisée surtout en gynécologie, contient 20 à 50 pour 100 d'iodoforme, et la glycérine iodoformée de Moselig pour injections interstitielles dans les tumeurs goitreuses, 1 tiers de son poids d'iodoforme pour 2 tiers de glycérine. Au reste, ce chirurgien lui a substitué depuis la vaseline liquide et le benzol, additionnés de 1 gramme d'iodo forme pour 11 grammes de la première et 9 grammes du second.

Le coUodion iodofonné a été préconisé par Cœsfeld comme moyen d'abaisser la température. Il contient 35 pour 100 d'iodoforme. Moretin l'appliquait à l'aide du pinceau sur les foyers des douleurs rhumatismales ou goutteuses et Paget sur les plaques diphlhéritiques.

h'éther iodoformé, dosé à 5 pour 100 d'iodoforme, s'emploie comme topique liquide. Dosé à 1 pour 100, on en fait usage sous forme de pulvérisations contre les affections de la gorge et du vagin. Par son évaporalion l'éther abandonne sur la région malade une légère couche d'iodoforme. En badigeonnages sur les muqueuses buccales et pharyngées, on emploie le mélange suivant : iodoformé S^^SO, baume de Tolu 5 grammes et éllier 25 grammes.

La teinture éthérée d'iodoforme, obtenue par saturation d'un mélange par parties égales d'éther et d'alcool, a été prescrite à la place de la teinture d'iode par Gubler et E. Labbée en badigeonnages sur les arthrites anciennes, les engorgements ganglionnaires et les collections séreuses. Pour en assurer l'effet, ce dernier thérapeutiste [Commentaires du Codex, p. 789, 1886) recommande d'en prévenir l'évaporation en recouvrant la région malade d'une couche de coliodioa ou d'une feuille de taffetas gommé.

Le chloroforme iodoformique est une dissolution d'iodoforme dans ce véhicule au dixième ou bien à saturation. Il peut rendre les mêmes services que l'éther iodoformé.

Les crayons iodoformés, introduits dans le col utérin ou promenés à la surface des ulcérations et des plaies, contiennent chacun 1 gramme d'iodoforme pour 5 grammes de gomme, d'eau distillée et de glycérine.

Les solutions iodoformiques sont peu usitées. Cependant Iznard a l'ecommandé une solution antisyphilitique contenant 5 grammes de substance active véhiculée dans 10 grammes d'alcool et 30 grammes de glycérine.

La gaze iodoformée est obtenue en imprégnant ce tissu d'une solution d'iodoforme qui, par l'évaporation du liquide, se dépose en poudre impalpable sur ses mailles ou bien en saupoudrant d'iodoforme pulvérisé la tarlatane enduite de colle d'amidon.

Vottate iodoformée se prépare par l'immersion du coton iodé dans l'éther iodoformique, titré de 40 à 50 pour 100. On la desséche et on la conserve en vase hermétiquement clos. Cu. Éloy.

lODOL. g 1. Chimie. C^PAzH. L'iodol n'est autre chose que du tétraiodopyrrol. On l'obtient en traitant le pyrrol C^H*AzlI par l'iodure de potassium iodé. 11 forme une poudre brune se colorant de plus en plus sous l'action de la lumière. Inaltérable à 100 degrés, il se décompose à une température plus élevée, en dégageant d'abondantes vapeurs d'iode, et laisse un résidu volumineux de charbon. L'iodol est soluble dans 5000 fois son poids d'eau et 3 fois son poids d'alcool absolu ; il se dissout très-peu dans la glycérine, presque pas dans les

572 lODOL (emploi médical).

huiles fixes à froid et dans les hydrocarbures (benzine, térébenthine, vaseline, etc.) ; l'éther en dissout plus que son poids ; enfin, il est aisément solubie dans les alcalis caustiques et s'en sépare quand on neutralise la solution par un acide. L. Hahn.

§ II. Emploi médical. L'iodol a été introduit dans la thérapeutique par Wolf et par Mazzoni. C'est donc un médicament nouveau, dont les propriétés sont loin d'être connues, malgré les travaux de Bernard Schmidt et Morin {Berliner klin. Woch., 1885 et 1886), les thèses soutenues en 1886, par M. Ferrand à Montpellier et Signet à Paris, les mémoires de Wolfenden {the Pradioner, 1887), Assaky {Archives Roumaines de médecine, 1887), Rey (de Prague), la note publiée jtar la Revue générale de clinique et de thérapeutique du 27 décembre 1887, une leçon de Simet {la Clinique, 1888, n° 8) et les recherches intéressantes de M. Trousseau sur ses applications à la thérapeutique oculaire.

Action physiologique. Sa richesse en iode (85 pour 100) le place au rang des iodiques et à côté de l'iodoforme, et sa solubilité dans l'alcool, l'éther, les huiles grasses et la glycérine, constitue un avantage en sa faveur au point de vue pharmaceutique. De plus, sa saveur insipide et sa faible odeur, qui se développe seulement quand l'iodol s'altère par la lumière et la chaleur, sont de nature à le faire accepter plus aisément des malades.

On lui attribue les propriétés physiologiques des iodiques, mais le contrôle d'expériences suffisamment nombreuses fait défaut pour en apprécier la valeur. Il est sans nul doute antiseptique à la manière de l'iodoforme, et cette antisepticité résulte vraisemblablement de la mise en liberté de l'iode au contact des tissus et des liquides de l'organisme. Ainsi donc le mécanisme de son action serait analogue à celui des autres composés iodiques.

Il serait antithermique, s'éliminerait par la salive et l'urine et agirait sur les muqueuses comme les autres substances de la même famille. Cette éliraination serait lente, et, d'après M. Assaky, on trouverait encore de l'iode dans les mines des malades treize jours après- avoir suspendu l'administration de l'iodol. En outre, autre analogie, il donne lieu à des accidents d'iodisme. Pendant son élimination, les urines présentent une coloration foncée, de teinte acajou, et, phénomène qui mériterait vérification, bien loin de provoquer l'albuminurie, d'après ce même observateur, ce corps la ferait disparaître.

En résumé, d'après ces notions physiologiques fort brèves, on doit, sous le rapport physiologique, considérer l'iodol comme un succédané et un auxiliaire de l'iodoforme.

Applicatioîss thérapeutiques. Par analogie avec les autres iodiques, on a donc été conduit à l'administrer pour combattre les accidents tertiaires de la syphilis et les formes graves de la scrofule. M. Assaky l'a vu guérir des gommes après un ou deux septénaires, en le prescrivant à l'intérieur à la dose initiale de 10 centigrammes que l'on augmentait quotidiennement de 5 centigrammes. Il agirait, ajoute-t-il, avec une énergie supérieure à celle des iodures alcalins, et l'on pourrait élever sa dose jusqu'à 1 et 2 grammes, sans provoquer ni troubles gastriques ni accidents toxiques.

C'est surtout sous forme d'antiseptique chirurgical qu'on le recommande, pour modifier la surface des plaies et diminuer la suppuration. On a traité ainsi avec succès les chancres mous, les chancres indurés, les abcès de la fosse ischio-rectale et les abcès ganglionnaires non ouverts. Dans ce cas, on

lODURES (chimie). 375

pratiquait dans leur cavité des injections d'une solution d'iodol après la ponction évacuatrice de contenu purulent. On a employé encore ces injections contre les arthrites fongueuses et le lupus. M. Wolfenden l'a essayé dans le traitement des maladies du larynx sous la forme d'insufflations pulvérulentes et de badigeonnages.

La chirurgie oculaire peut en retirer dos profits, d'après M. Trousseau, qui l'a mis à l'essai contre les dacryocystites, les bléphariles ulcéreuses, les conjonctivites chroniques, les kératites pustuleuses, les taies de la cornée, les ulcères cornéens et les granulations. MM. Signet et Hubert le prescrivent en pommade contre les eczémas palpébraux. Au demeurant, c'est comme antiseptique qu'il prend place, en ce moment, dans la matière médicale.

Modes d'administration et posologie. A l'intérieur on l'administre en poudre en doses variant de 10 centigrammes à 1 gramme et sous la forme de pilules.

En injections dans les tissus on recommande à la dose de 4 à 6 grammes la solution de 1 gramme d'iodol dans 16 grammes d'alcool et 54 de glycérine.

A l'extérieur, en topique, on fait usage de sa poudre à la surface des plaies, de tampons imbibés d'une solution chirurgicale analogue à la précédente et contenant 1 partie d'iodol pour 60 d'alcool et 34 de glycérine, ou bien encore de gaze à Viodol et de colon à l'iodol préparés au moyen de ces substances imprégnées de la solution de 1 gramme d'iodol et de i gramme de résine dans i gramme de glycérine et iO grammes d'alcool.

M. Trousseau a donné la formule de deux préparations employées en ophthalmologie. L'une, la vaseline à l'iodol, contient 2 à 4 grammes de substance active pour 10 grammes d'excipient; l'autre est une solution f à& 3 grammes d'iodol dans 35 grammes d'alcool et 62 grammes de glycérine.

En injection d.ms les voies lacrymales, le même observateur conseille la vaseline liquide à Viodol, contenant 1 gramme de substance active pour 30 grammes de véhicule. Ch. Éloy.

lODURES. §1. Chimie. Les iodures métalliques ont beaucoup d'analogie avec les chlorures et les bromures ; ils sont en général moins volatils, et dans les iodures alcalins moins solubles dans l'eau ; beaucoup d'entre eux se décomposent par la calcination à l'air, en perdant de l'iode; tous, sauf les iodures alcalins, sont décomposés au rouge par l'hydrogène. Beaucoup sont presque insolubles dans l'eau, mais quelques-uns de ces derniers sont solubles dans les iodures alcalins : tel est l'iodure mercurique ; les iodures de thallium, d'ar- , gent, de palladium, se distinguent par leur insolubilité. Ceux des métaux pesants sont doués de couleurs très-vives, ceux de plomb, de thallium, d'argent, sont jaunes, celui de mercure est jaune ou rouge, etc. Les iodures d'étain, d'antimoine, d'arsenic, sont décomposés par l'eau, comme les chlorures et bromures correspondants; les iodures hydratés d'aluminium, de magnésium, de zinc, sont décomposés par la chaleur, comme les chlorures, avec formation d'hydrates et d'hydracides.

L'acide chlorhydrique attaque à peine les iodures; l'iodure d'argent peut même se former par l'action de l'acide iodhydrique sur le chlore. Le chlore et le brome les décomposent en se substituant à l'iode qui est mis en liberté. Les solutions aqueuses d'iodures alcalins et d'autres peuvent dissoudre de grandes quantités d'iode, qui colore alors les solutions en brun rouge, mais cet iode n'est pas combiné, car, en agitant ces solutions avec du sulfure de carbone, on leur enlève tout l'iode.

574 lODURES (chimie).

Caractères des iodures. On reconnaît facilement la présence d'iodure dans une liqueur en se basant sur l'action si sensible qu'exerce l'iode libre sur l'empois d'amidon. On ajoute à la liqueur quelques gouttes d'empois d'amidon étendu d'eau, puis on ajoute, goutte à goutte, de l'eau de chlore. L'iode mis en liberté colore aussitôt l'amidon en bleu, il faut seulement opérer à froid et éviter avec soin un excès de chlore qui, se combinant à l'iode, ferait de nouveau disparaître la coloration bleue; pour éviter ce dernier inconvénient, il faut remplacer le chlore par l'acide azotique fumant ou par l'eau oxygénée ; il suffit d'introduire dans la liqueur acidulée d'acide chlorhydrique du bioxyde de baryum pulvérisé.

Si l'on veut isoler l'iode d'un iodure existant en petite quantité dans une solution, on le met eu liberté par l'acide azotique, chargé de vapeurs nitreuses, et l'on agite la solution avec du sulfure de carbone ou du chlorofoime qui se colorent en violet, s'il y a des traces d'iode mises en liberté.

L'acide sulfurique et le sulfate acide de potasse, chauffés avec les iodures, en déplacent des vapeurs d'iode, réaction qui est plus sensible, si l'on fait intervenir du peroxyde de manganèse ou du chromate acide de potasse. Chauffés avec MnO*, PbO% Fe^O*, ils perdent tout leur iode; l'azotate d'ammoniaque, l'acide borique et beaucoup de sels produisent le même effet au contact de l'air.

Les iodures solubles donnent avec l'azotate d'argent un précipité jaune d'iodure, insoluble dans l'acide azotique et dans l'ammoniaque, mais blanchissant au contact de ce dernier réactif. Cette insolubilité de l'iodure d'argent dans l'ammoniaque permet de distinguer nettement et même de séparer les iodures des chlorures et des bromures.

h'acétale de plomb produit avec les iodures solubles un précipité jaune, un peu soluble dans l'eau bouillante. Les sels de thallium produisent également un précipité jaune, insoluble dans l'eau bouillante; ce dernier caractère est très-sensible.

Les sels mercuriques produisent un beau précipité rouge soluble dans l'iodure de potassium.

Le sulfate de cuivre mélangé d'acide sulfureux donne un précipité blanc d'iodure cuivreux.

Le sulfate de cuivre seul produit d'abord un précipité brun qui ne tarde pas, surtout à chaud, à prendre l'iode et à se transformer en iodure cuivreux.

L'azotate de palladium produit dans les solutions des iodures un précipité noir d'iodure de potassium, insoluble dans l'acide azotique froid et dans les chlorures alcalins, mais se dissolvant dans les iodures alcalins avec une coloration brun foncé.

loDORE d'ammonium OU lODHYDRATE d'ammoniaque. AzHM. Ou l'obtient, suivant Dorvault, en traitant un soluté d'iodure de fer par le carbonate d'ammoniaque, filtrant la liqueur ou faisant cristalliser, ou bien en mélangeant deux solutions aqueuses bouillantes de parties égales d'iodure de potassium et de sulfate d'ammoniaque additionnées de 15 pour 100 d'alcool et de quelques gouttes d'alcool ammoniacal et faisant cristalliser par évaporation.

Ce sel doit être incolore, mais le plus souvent il devient jaunâtre par suite du contact de l'air; il est cristallisé, soluble dans l'eau et dans l'alcool.

On l'emploie dans les scrofules et les affections cutanées soit en tisane, soit en pommade. Le docteur Gamberini l'a appliqué au traitement des maladies

lODURES (chimie). 375

syphilitiques et sous forme d'huile (iodure d'ammonium 15 centigrammes; juile d'olive 50 grammes) en embrocations contre les douleurs syphilitiques nocturnes.

loDURE d'antimoine. SbP. D'après Dorvault, on l'obtient en ajoutant par portions : 1 partie d'antimoine à 3 parties d'iode chauffé dans un matras à long col; le mélange est ensuite traité par un excès de sulfure de carbone, qui dissout l'iodure formé. La solution abandonnée à elle-même dépose l'iodure d'antimoine rouge brun (Guibourt).

Nicklès le prépare en faisant réagir l'iode et l'antimoine pulvérisés sur de l'éther anhydre, ou du sulfure de carbone contenant son volume d'iode.

L'iodure cristallise en tables hexagonales d'un beau rouge et d'une composition constante. En sublimant au bain de sable 10 parties d'iode pulvérisé et humecté d'alcool à 54 degrés, avec une partie d'antimoine en poudre, on a l'iodure en éciiillos micacées d'un rouge presque minium (Vallais).

L'iodure d'antimoine au point di' vue pharniaco-dynamique se rapproche de l'émétique; il convient surtout comme révulsif (van den Corput). Il s'emploie quelquefois en pommades, emplâtres, et contre certaines affections de la peau.

Si on broie l'iodure d'antimoine avec l'eau, ou si on décompose 10 grammes de chlorure d'antimoine cristallisé dissous dans 100 grammes d'acide chlorhydrique étendu de 500 grammes d'eau par 10 grammes d'iodure de ix)lassium dissous dans 500 grammes d'eau, on a l'oxyiodure ou iodhydrate basique d'antimoine; c'est une poudre jaune rouge.

Ce corps est employé en Belgique dans les pneumonies, les bronchites aiguës, contre l'eczéma, etc., sous forme de pilules, potions, pommades; c'est un bon expectorant. Yan den Corput le place à côté du kermès préparé par voie humide. Son action paraît plus régulière que celle de l'iodure, parce que sa composition est constante, tandis que l'iodure a une composition qui varie avec le mode de préparation suivi.

loDURE d'amidon. Voy. Amidon.

loDURE d'argent. Agi. Ce corps présente beaucoup d'analogie avec le chlorure et le bromure d'argent. On le prépare en versant une solution d'iodure de potassium ou de sodium dans une dissolution d'azote d'argent (Frémy).

L'iodure d'argent est d'un blanc jaunâtre et complètement insoluble dans l'eau; la lumière le noircit avec plus de lenteur que le chlorure d'argent. Exposé à l'action de la chaleur, il se colore en rouge foncé et redevient jaune par le refroidissement. L'hydrogène, le zinc, le fer et le cuivre, le réduisent facilement. L'acide chlorhydrique bouillant le change en chlorure. On le distingue du chlorure d'argent en ce qu'il exige, pour se dissoudre, une quantité beaucoup plus considérable d'ammoniaque. 2500 parties d'ammoniaque liquide ne dissolvent qu'une seule partie d'iodure d'argent (Martini).

L'iodure d'argent absorbe le gaz ammoniaque et forme ainsi un composé représenté par (Agl)SAzH''.

L'iodure de potassium dissout par la voie humide l'iodure d'argent et forme deux composés cristallisables Kl, Agi et (KI)-,Agl.

Les autres iodures alcalins et alcalino-terreux dissolvent également l'iodure d'argent. L'iodure d'argent s'unit encore au sous-acétate de mercure et au cyanure d'argent.

L'iode a été trouvé pour la première fois, par Yauquelin, dans le règne minéral, à l'état d'iodure d'argent dans les minerais du Mexique. L'iodure

376 lODURES (chimie).

d'argent se rencontre à PouUaouen en cristaux blancs et lamelleux (Berthieij.

Les préparations à base d'argent ont e'té administre'es dans le traitement des affections nerveuses, et spécialement l'épilepsie; elles ont été également prescrites comme anlisyphililiques. Elles sont absorbées et impriment à la peau des malades qui en font longtemps usage une teinte ardoisée caractéristique (Soubeiran). D'après Petterson, l'iodure d'argent combiné avec les iodures alcalins forme un sel double qui se dissout sans décomposition dans les liqueurs salino-albumineuses, et n'amène pas dès lors la coloration bronzée de la peau. Le fait est assez important pour être signalé et expérimenté.

loDURE d'ausenic. Voy. Arsenic.

lonuRE d'azote. Voy. Azote.

loDURE DE BARYUM. BaF. D'après Soubeiran, l'iodure de baryum est un sel incolore doué d'une saveur acre, cristallisant sous la forme d'aiguilles prismatiques ; il est déliquescent et très-soluble dans l'eau. La dissolution d'iodure de baryum se décompose au contact de l'air; il se sépare du carbonate de baryte et il se produit une solution d'iodure de baryum ioduré. L'iodure de baryum a été employé par Lugol contre quelques engorgements scrofuleux ; il est inusité aujourd'hui.

Pour préparer ce sel on prend le sulfure de baryum, obtenu par la calcination d'un mélange intime de baryte et de charbon. Après chaque traitement par l'eau distillée bouillante, on laisse déposer un instant dans le matras, puis on décante la liqueur limpide sans qu'il soit nécessaire de liltrer, et on y verse aussitôt une solution d'iodure ferreux qu'on se procure avec facilité en mettant l'iode en contact avec l'eau distillée et un léger excès de fer en limaille; le sulfure de baryum et l'iodure de fer se décomposent réciproquement en iodure de baryum soluble et en sulfure de fer insoluble. Ce dernier est souvent mélangé avec de l'oxyde de fer qui a été précipité par l'hydrate de baryte. Quand on atteint le point de saturation, on filtre une petite quantité de la liqueur et, dès qu'elle ne précipite plus par l'iodure de fer, ni par le sulfure de baryum, ce qui indique que sa décomposition est complète, on filtre la solution qui est incolore, on la reçoit dans une capsule et on l'évaporé au bain de sable jusqu'à pellicule; alors on retire la capsule et par le refroidissement il se forme des cristaux d'iodure de baryum. On sépare l'eau mère qui est incolore, on fait égoutter les cristaux dans un entonnoir en verre, et aussitôt qu'il ne s'écoule plus de liquide on les renferme dans un flacon à l'émeri bien sec et dont la grandeur doit être proportionnée à la quantité d'iodure que l'on veut y conserver. Lorsqu'on ne désire plus avoir l'iodure cristallisé, il faut évaporer de suite les liqueurs jusqu'à siccité en agitant continuellement et à ime douce chaleur. Dans cette opération il est essentiel de ne pas laisser longtemps les li([ueurs exposées à l'air, sans quoi elles se colorent.

On prépare une pommade à l'iodure de baryum.

Iodure de baryum 20 centigrammes.

Asonge 30 grammes.

Mêlez.

Iodure de cadmium. CdP. Il peut être obtenu par la combinaison directe de l'iode et du cadmium en présence de l'eau. 11 se présente sous la forme de cristaux plats, micacés, blancs, d'un reflet

lODURES (chimie). 377

nacré, fusibles en donnant un liquide de couleur ambrée; à la chaleur rouge sombre l'iodure de cadmium répand des vapeurs de couleur violette. 11 est anhydre et inaltérable à l'air. Il est facilement soluble dans l'eau et l'alcool rectifié, et sa solution rougit le papier de tournesol. La solution aqueuse donne un précipité jaune avec l'hydrogène sulfuré ou l'hydrosulfate ammoniaque. Ce précipité est insoluble dans un excès de réactif. La solution aqueuse donne aussi un précipité gélatineux avec un excès de solution de potasse. 648 milligrammes dissous dans l'eau à laquelle on ajoute un excès de nitrate d'argent donnent un précipité qui, lavé avec de l'eau distillée et traité ensuite par 15 grammes d'ammoniaque liquide, puis séché, pèse 81 centigrammes.

L'onguent d'iodure de cadmium renferme i partie d'iodure pour 8 parties d'excipient.

lODURE DE CALCIUM. Voy. ChAUX.

loDURE DE CHLORE. Voy. loDE.

lODORE DE FER. Voy. FeR.

loDORE DE MAiNGA.NiisE. MnP. Ou prépare l'iodure de uianganèse (Souheiran) en décomposant une solution d'iodure de baryum par le sulfate de manganèse ; on filtre et on évapore rapidement la liqueur à l'abri de l'air, car cet iodure est fort altérable; on a préparé un sirop et des pilules de manganèse, correspondant pour les doses aux mêmes préparations de fer. Voici la formule du sirop d'iodure manganeux : Sulfate mangancux cristallisé, 5 grammes; iodurr de potassium, 7 grammes; sirop de sucre, 1000 grammes.

On introduit le sulfate de manganèse dans un matras avec 8 ou 10 grammes d'eau; on fait dissoudre à chaud, on ajoute alors l'iodure de potassium; quand il est dissous, on laisse refroidir, on décante la liqueur claire et on lave le dépôt de sulfate de potasse avec de petites quantités d'alcool à 95 degrés ; on mélange les liqueurs et ou filtre ; d'autre part, on porte le sirop à l'ébullition, l'on y ajoute la solution d'iodure de manganèse et l'on fait bouillir pour volatiliser l'alcool.

Cette préparation, destinée aux mêmes usages que le sirop d'iodure de fer, n'est plus guère prescrite.

Protoiodure de mercure. Voy. Mercure.

loDDRE double DE MERCURE ET DE POTASSIUM (loDHYDRARGYRATE DE POTASSIUm).

On sait que l'iodure mercurique se dissout dans l'iodure de potassium suivant les proportions relatives des deux sels mis en présence, plusieurs combinaisons peuvent se former : l'une d'elles est remarquable par sa stabilité et par la propriété qu'elle possède de prendre la forme cristalline; elle correspond à la formule Hgl-,KI; pour obtenir ce composé on sature une solution concentrée et bouillante d'iodure de potassium par du deuto-iodure de mercure, la liqueur laisse déposer par le refroidissement de l'iodure de mercure rouge et cristallisé; la solution qui les surnage est décantée dans une capsule qu'on abandonne à l'évaporation lente, sous une cloché contenant un récipient à moitié plein d'acide sulfurique bouilli. Après quelques jours, on trouve l'iodure double de mercure et de potassium, Hgl-,KI, sous la forme de longues aiguilles prismatiques douées d'une teinte jaune claire. Ce sel est soluble dans l'alcool absolu, mais il se dédouble sous l'influence de l'eau, et abandonne la moitié de l'iodure mercurique qu'il renferme, tandis que l'eau retient le sel HgI-,2KI; ce dernier composé est incristallisable.

On n'a employé en thérapeutique que les cristaux jaunes HgP,KI.

378 lODURES (emploi médical).

Pour l'emploi de ce sel double en médecine, voy. Mercure, p. 43. Chloro-iodurf, de mercure (Sel ce Boutigny), Voy. Mercure. loDURE d'or, Voy. Or.

lODURE DE POTASSIUM. Voy. PoTASSIUM.

lODURE DE PLOMB. Voy. PlOMB.

loDURE DE SODIUM. Voy. SoDIUM.

lODDRE DE SOUFRE. Voy. SoUFRE. L. IIn.

§ II. Emploi niv'dical. loDURE DE POTASSIUM, SoUS le HOm à' 10 dure OU.

ioduret of potassium en anglais, de Kalium-iodatum, lod-kali ou lodelum Kalium en allemand, et d'ioduro en espagnol et en italien, ce médicament est le plus important des agents de la médication iodique, et, comme Fonssagrives le faisait observer, l'un de ces agents thérapeutiques « dominateurs sans lesquels la médecine serait impossible. »

Son introduction dans la matière médicale date de Coindet et du mémoire où, en 1820, ce savant annonçait à la Société helvétique des sciences naturelles son efficacité contre le goitre, que Formey, en Angleterre, vérifiait, peu de temps après. Dès lors sa renommée fut rapide ; on l'essaya contre la scrofule et contre la phlhisie. Wallace, Ricord et Payan, l'administrèrent contre les accidents tertiaires de la syphilis; Massard contre le rhumatisme, et d'autres contre les maladies les plus diverses, asthme, intoxications métalliques, etc. Bref, il a répondu à presque toutes les espérances que l'on fondait sur ses puissantes vertus.

I. Matière médicale. Quelques-unes des propriétés physiques et chimiques de ce corps intéressent plus spécialement le thérapeutiste : c'est d'abord sa grande solubilité. A la température ordinaire, 4 partie de ce sel se dissout dans 0,7 parties d'eau froide, dans 2,5 de glycérine et seulement dans 18 parties d'alcool. Les solutions sont incolores et possèdent une saveur salée et désagréable.

La solution aqueuse est neutre ou faiblement alcaline et possède la propriété de dissoudre une grande quantité d'iode métalloïdique.

II. Altérations et falsifications. Par l'exposition à l'air humide ce sel prend une teinte jaunâtre due à la mise en liberté d'une petite quantité d'iode : mais ses altérations commerciales les plus fréquentes résultent d'une mauvaise préparation. Il contient alors, d'après Ed. Baudrimont, du bromure et du chlorure de potassium, de l'iodate, du carbonate et du sulfate de potasse, parfois môme du plomb.

Les adultérations les plus usuelles consistent dans l'addition frauduleuse de chlorure de potassium, de sodium, de calcium ou de magnésium, de bicarbonate et de nitrate de soude, de carbonate de potasse, de bromure de potassium, et surtout dans son hydratation exagérée.

m. Action physiologique. Ses effets sûr] l'organisme diffèrent peu de ceux de l'iode, du moins quand on l'administre à doses modérées. A cette action s'ajoute celle de la base, c'est-à-dire de la potasse, quand les doses sont exagérées. Son histoire physiologique est donc un chapitre détaché de celle des iodiques {voy. Iode).

1" Action sur les téguments et les muqueuses. L'irritation exercée sur la peau par les préparations de ce sel est fuible, ne se produit que sous l'influence de frictions énergiques, et semble causée par la mise en liberté de l'iode. Elle

lODURES ^EMPLOf médical), 579

se traduit par une sensation de cuisson ou d'odeur et parfois par de re'rythème, des pustules acnéiformes ou même des éruptions furonculeuses. Ces phénomènes, empressons-nous d'ajouter, sont d'ailleurs exceptionnels.

Sur les muqueuses celte action est aussi obscure. Introduit dans la cavité buccale et pharyngienne, il provoque une sensation d'ardeur. L'inhalation de ses solutions' n'irrite pas la muqueuse des voies aériennes, et son ingestion stomacale ne provoque le plus habituellement aucun trouble. Cependant on a observé des malades chez lesquels ce sel produisait des douleurs gastralgiques et des vomissements bilieux, de coloration bleuâtre, dus à la formation d'iodure d'amidon au contact des aliments amylacés. Ces accidents, fort rares d'ailleurs, seraient dus, d'après Mialhe, Leroy (de Bruxelles) et Rabuteau, à l'impureté du sel et à son mélange avec les iodates. Gibert avait aussi noté cette tolérance de l'esJomac pour l'iodure de potassium et la comparaît avec l'intolérance qu'il éprouve pour la teinture d iode ou les solutions d'iodure de potassium iodées. Nothnagel et Rosbach partagent la même opinion et la motivent en rappelant que, pendant plusieurs mois, ils ont pu sans accidents en administrer (luotidiennement 1 à 5 grammes à des malades. C'est là, sans nul doute, la raison de l'absence ou de la diminution de rinlolérance gastrique, quand on administre les solutions aqueuses de ce sel en mélange avec une eau minérale alcaline, comme j'ai eu maintes fois l'occasion de le remarquer.

2° Action sur le tube digestif. L'iodure de |)otassium stimule l'appétit et sollicite la soif, quand on le prescrit à doses modérées. Chez les chiens, une dose élevée amène des vomissements, et Pélikan les constatait après une dose de 5 grammes.

Son action sur l'estomac est donc analogue à celle des autres sels iodiques. C'est donc de l'iode mis en liberté que vient tout le mal, et cette opinion a été adoptée par de nombreux observateurs.

A doses modérées, l'iodure de potassium produit la constipation. Par contre, à doses élevées, comme dans ses expériences oîi Rabuteau en administrait 10 grammes à un chien, il provoque la diarrhée. C'était là un phénomène d'intoxication par un sel de potasse.

o» Action sur la respiration. L'iodure de potassium ne partage pas les propriétés irritantes de l'iode sur la muqueuse des voies respiratoires, mais, comme ce métalloïde, il fluidifie les sécrétions bronchiques et augmente l'activité •des centres nerveux respiratoires en modifiant leur irrigation sanguine [voy. Iode) : d'oiJ, à doses physiologiques et théiapeuliques, ses vertus eupnéiques et «a réputation bien méritée de médicament respiratoire.

Chez les animaux auxquels on l'administre k doses toxiques on observe de l'œdème du poumon et des épanchements dans la plèvre. Ce sont des lésions ^inalogues à celles que Wallace signalait dans les empoisonnements par l'usage prolongé de ce sel.

4" Action sur la circulation. L'iodure de potassium modifie-t-il la contracitilité cardiaque? Dans les expériences de Bogolepolf et d'autres observateurs, le •cœur s'arrêtait en diastole après l'administration de ce sel à doses toxiques. iUne dose modérée provoque l'accélération du pouls et son augmentation en amplitude. Comme le remarque Gubler dans les Commentaires thérapeutiques du Codex, l'iodure de potassium agit donc à la manière d'im excitant. Les expériences de Sokolowski sont moins décisives : les doses toxiques, disait-il, (provoquent l'arrêt du cœur, la dilatation des vaisseaux périphériques, l'accélé-

580 lODURES (emploi médical).

ration, tantôt le ralentissement du pouls, mais, ajoute-t-il, sans modification de la pression sanguine. Chez les animaux trépanés, Sokolowski constatait la turgescence des vaisseaux du cerveau. Depuis, dans nos expériences avec M. H. Ijuchard au laboratoire de thérapeutique de l'hôpital Bichat, nous avons montré que les iodures alcalins diminuent la pression sanguine, et qu'à ce point de vue l'action de l'iodure de potassium ne diffère pas de celle de l'iodure de sodium. Cette constatation expérimentale avait son utilité pour réfuter l'opinion de ceux qui, avec Ilusemann, attribuaient au potassium une action vascuiaire quiappartientàl'iodeouauxdiversiodiquesetquienfaitdesmédicamentsartériels.

Ainsi s'expliquent les phénomènes circulatoires dont l'ensemble constitue en partie la fièvre iodique ; l'élévation du pouls, la turgescence des capillaires, l'accroissement de la chaleur périphérique, la congestion oculaire et faciale, phénomènes plus accentués sur les individus pléthoriques que chez les anémiques. Au demeurant, comme je l'ai établi plus haut {voy. Iode), l'iodure de potassium est un médicament vaaculaire, et, bien qu'inférieur à l'iodure de sodium, en raison de sa base potassique, ainsi que je l'ai établi dans la Gazette hebdomadaire de l'année 1887, il mérite avec l'iodure de sodium, M. H. Huchard l'a montré le premier, d'être considéré comme l'un des agents les plus puissants de la médication artérielle.

5" Action sur le ?.yUènie nerveux. La fièvre iodique s'accompagne de céphalalgie et de douleur fronto-nasale. Ces troubles nerveux sont de nature congestive, et on ne peut les attribuer à une action directe de l'iodure de potassium sur le système nerveux.

Nothnagel et Rossbach se fondent sur leurs expériences personnelles et sur les observations de Rose, de Bôhm et de Berg, pour refuser à ce sel toute propriété névrotique, même après son administration à hautes doses. Cependant Bénédikt a prétendu que des doses même peu élevées d'iodure produiraient chez la grenouille l'abolition de la sensibilité et de la motilité, et que cette paralysie s'étendrait aux muscles striés. Il provoque aussi l'ivresse iodique. Quels que soient ces effets, on les a interprétés au moyen des théories qui ont été exposées plus haut.

6" Action sur le sang. Ce chapitre est une lacune dans la physiologie des effets de l'iodure de potassium. Les modifications qualitatives du sang sous son influence sont loin d'être bien connues. On a signalé la déformation des globules et la dissolution de Diémoglobine. Ce sont là des propriétés communes à tous les iodiques, et l'appréciation de ces phénomènes est moins aisée pour l'iodure de potassium que pour les autres agents de la même famille, en raison de l'action exercée par le potassium sur le liquide sanguin.

7" Action sur la mdrition. A doses modérées, et contrairement à l'opinion soutenue dès les premiers temps de son utilisation thérapeutique, l'iodure de potassium ne doit pas être considéré comme un médicament qui fait maigrir. Les expériences que j'ai analysées plus haut démontrent, en effet, qu'il augmente l'activité des échanges, la résorption interstitielle et conséquemment le mouvement de nutrition. Gubler a développé cette théorie pour expliquer « la diminution de volume des goitres, l'atrophie concomitante des glandes mammaires ou des testicules » par « une disparition des vésicules adipeuses ou des éléments embryonnaires qui n'ont pas encore droit de cité dans l'économie. » Conséquemment, il combat avec laison l'opinion de Moisisowikz, d'après lequel il y aurait tout à la fois résorption des éléments anatomiques accessoires du

lODURES (emploi médical). 381

tissu de ces organes et disparition de leurs éléments nobles. Comment, dès lors, admettre, ajoute-t-il, qu'après une entière émaciation les femmes soumises au traitement ioduré retrouvent « le volume et la consistance de leurs seins? »

Fonssagrives se place à un autre point de vue. Pour lui, l'iodure de potassium possède des propriétés analogues à celles du chlorure de baryum, de la ciguë, du brome et du mercure; il stimule les fonctions du système lymphatique. Par contre, il repousse la théorie de l'école italienne, n'admet pas son rôle d'hyposthénisant lymphatico-glandulaire, et lejette l'explication de Giacomini attribuant « cette action résolutive à une sorte de torpeur médicamenteuse du système anatomique, qui joue dans la résorption le principal rôle, »

Nothnagel et Rossbach sont plus exclusifs encore : jamais, à leur avis, on n'a pu prouver l'action atrophiante de ce sel sur la rate, les glandes mammaires, l'utérus, la prostate ou les testicules, lis ne contestent pas cependant la diminution de volume du corps thyroïde et des ganglions lymphatiques.

8" Action sur les muqueuses et les sécrétions. Voies (V élimination de Viodure de potassium. Les phénomènes d'irritation : coryza, conjonctivite, angine, stomatite, parotidites iodiques, sont le cortège habituel des intoxications par l'iode. Ils se manifestent donc par la réduction de l'iodure alcalin en iodate en présence des tissus et des liquides de l'organisme, par la mise en liberté de l'iode ou par l'impureté de l'iodure mélangé d'iode. Aux preuves que j'en ai données plus haut à propos des effets physiologiques de l'iode on peut ajouter le fait suivant que j'emprunte à Nothnagel et Rossbach. Une malade ingère quotidiennemsnt cet iodure alcalin pendant quatre semaines et sans accidents d'iodisme. On remplace l'iodure de potassium par une solution iodo-iodurée et elle éprouve du coryza et de l'angine. Par le retour à la médication primitive, on constate de nouveau la tolérance de la malade et la cessation de ces manifestations.

Inutile d'insister sur la présence de l'iode dans le lait des nourrices, dans l'urine, les larmes et les sueurs des malades soumis au traitement ioduré.

Rabuteau, Wôhler et Rassfreund, considèrent cet iodure comme un faible diurétique. J'ai signalé plus haut les expériences du premier de ces observateurs, qui, avec Milanesi, le regarde comme diminuant le chiffre de l'urée, contrairement à l'avis de van Bœck, affirmant que l'élimination de l'urée ne varie pas sous son influence. Ici, d'ailleurs, il faut reconnaître la difficulté de porter un jugement sur la valeur diurétique de ce médicament, qui possède dans une certaine mesure les vertus des sels potassiques. Il en est de même de l'albuminurie iodique.

Rappelons enfin, comme il a été dit plus haut, après Hennebel, Buchheim et Sartisson, que les glandes salivaires, les reins et les poumons, ont une affinité plus grande .pour l'iodure que la rate, le foie, les glandes lymphatiques et surtout le pancréas.

9» Absorption de Viodure de potassium. La facilité de son absorption par toutes les muqueuses a contribué à sa fortune thérapeutique. Quant à l'absorption par la peau de l'iodure de potassium en topiques, elle semble plus contestable, et l'on admet généralement avec Robring sa réduction en iode libre plus absorbable, réduction qui est opérée par les acides gras de la peau et de l'axonge employée comme véhicule dans la préparation des pommades iodurées. Ajoutons — considération de grande importance clinique, est-il besoin de le dire? — que son élimination est alors rapide.

382 lODURES (emploi médical).

10" Action antiseptique et parasiticide. Elle est faible: à preuve les expériences de Miquel, et suit de bien loin celle des autres iodiques- Cependant quelques effets thérapeutiques signalés dans ces derniers temps contre la tuberculose ne permettent pas de refuser à cette substance toute vertu stérilisante du milieu intérieur.

En résumé, l'iodure de potassium emprunte ses propriétés physiologiques à l'iode bien plus qu'au potassium. D'après ses effets physiologiques, c'est donc avant tout un iodique. Néanmoins, dans la pratique, et surtout quand on doit l'administrer pendant longtemps, il ne faut pas oublier que son usage et son abus ne sont pas exempts des inconvénients que judicieusement on redoute pai* l'emploi continu des sels potassiques.

III. Substances synergiques, antagonistes et incompatibles. Tous les iodiques, à des degrés divers, sont les auxiliaires de l'iodure de potassium : tels l'iodure de sodium, mieux toléré en général, et plus actif, les iodures d'ammonium, de calcium, de magnésium et d'amidon, l'iodoforme et l'iodol. Il a encore pour médicaments synergiques les agents de la médication stimulante, l'arsenic, par exemple, les résolutifs, le mercure, l'or, les alcalins et, parmi eux, les bromures alcalins, que Gubler et E. Labbé considèrent comme ses congénères.

Par contre, en se plaçant à un point de vue différent, ces mêmes observateurs regardent le bromure de potassium comme le correctif de son action slimulanle. Us lui opposent aussi le froid, les amers, la quinine.

Les acides et le calomel sont des incompatibles de l'iodure de potassium. C'est ainsi que l'on a vu des insufflations oculaires de la poudre de ce dernier être suivies d'ophthalmies et les pommades de calomel donner lieu à des irritations cutanées chez les individus ingérant de l'iodure. Fonssagrives, Hennequin, Lagarde (de Verdun) et Isambert, en citent des exemples {Gaz-, des hop., 1867). Woodman, Moymott, Tidy, ont signalé son incompatibilité chimique avec le sous-nitrate de bismuth, qui, en se combinant avec l'iode, formerait, d'après Gubler et M. E. Labbé, un iodure bismuthique insoluble. De plus, avec les alcaloïdes de l'opium et la strychnine, il forme des composés également insolubles.

11 existe encore une incompatibilité chimique entre les iodures alcalins et le chlorure de brome, le perchlorure de platine, l'acétate de plomb et l'azotate de mercure. Enfin c'est en se fondant sur ces antagonismes que l'on a conseillé de combattre les empoisonnements par l'iodure au moyen d'un mélange d'acide sulfurique et d'amidon. On obtiendrait ainsi le dédoublement de l'iodure par l'acide et la neutralisation de l'iode par la substance hydro-carbonée.

IV. Api'lications thérapeutiques. Par la multiplicité de ses effets physiologiques, l'iodure de potassium donne raison des nombreuses indications de son emploi thérapeutique. Les analyser complètement est impossible, car ce serait passer en revue la médecine entière. On l'a employé et on l'emploie donc aux titres les plus divers : 1° comme modificateur de la nutrition; 2" comme eupnéique; 3" comme médicament vasculaire; 4° comme éliminateur et moditicateur des sécrétions ; 5° comme modificateur du milieu intérieur.

De ses applications la première en date est celle qui commença d'ailleurs sa réputation : je veux parler de son emploi contre le goitre, entre les mains de Coindet, Maunoire, puis Formey. Il est efficace, en effet, contre l'hypertrophie simple du corps thyroïde, surtout contre celle à marche aiguë, et alors même, d'après Nothnagel et Rossbach, qu'une dégénérescence colloïde existe déjà. Par contre, il est impuissant contre le goitre anévrysmatique et kystique, quand

lODURES (emploi médical). 385

il existe des dégénérescences cartilagineuse, osseuse ou crétacée. Son action contre le goitre exophthalmique est douteuse et son emploi nuisible, d'après Gubler. En tout cas, il y aurait lieu, avant de le condamner définitivement, de le mettre de nouveau à l'étude. Quoi qu'il en soit, on associe son administration à l'intérieur contre ces diverses tumeurs avec les topiques à la teinture d'iode.

Les succès obtenus par Coindet ont motivé son emploi contre d'autres tumeurs ou hypertrophies des organes glandulaires. On l'a essayé inutilement, cela s'entend, contre le carcinome et le sarcome, et plus beureusement, à titre d'atropbiant, pour combattre l'bypertropbie des mamelles et des testicules, puis contre les hypertrophies organiques, consécutives à des inflammations viscérales, métrites et prostatites. Enfin, on l'a recommandé contre Vobésité.

La résorption des exsudais inflammatoires des séreuses est bâtée par son administration à l'intérieur : témoin la disparition des frottements causés par des reliquats de péricardite et de pleurésie, dont Bouillaud et Gubler ont cité de décisives observations.

Son emploi contre la scrofulose est vulgaire, sans que cependant l'entente soit faite entre les thérapeutistes, les uns affirmant, les autres contestant son efficacité. Ces divergences d'opinions résultent de la phase de la maladie contre laquelle on le prescrivait. C'est ainsi que les formes initiales de la scrofulose, accidents primitifs et accidents secondaires, sont plutôt justiciables de l'iode, tandis que les accidents tardifs : scrofule tertiaire, scrofule viscérale, scrofule osseuse, cèdent à l'iodure de potassium. Voilà, ce semble, des points d'analogie avec les règles de l'administration du mercure et des iodures dans la syphilis.

De plus, toutes les formes de scrofulose ne sont pas également modifiées par le traitement ioduré. A l'instar de Reicbter, qui avait noté des différences, Nolhnagel et Rossbacb, et avant eux bien d'autres, ont reconnu que, si l'iode est indiqué chez les individus « à complexion molle », l'iodure de potassium convient mieux contre les formes lorpides des scrofuleux « au visage bouffi, aux lèvres épaisses », possédant des tendances à la congestion et à la pléthore séreuse. Est-ce à dire que ces vertus soient souveraines et que l'iodure comme les autres iodiques soit un spécifique de la scrofulose? Non, à coup sûr, et sa puissance est seulement celle d'un agent énergiquement eutrophique. Enfin c'est encore à cette même action stimulante qu'il faut rattacher sa réputation de fondant contre les engorgements ganglionnaires de même origine.

Après que Wallace eut appliqué cet iodure au traitement de la syphilis, les syphiligraphes ont été longtemps à se mettre entièrement d'accord sur son emploi dans les diverses périodes de la maladie, les uns l'administrant aussitôt après la guérison du chancre infectant; d'autres seulement contre les accidents second aiies ; enfin d'autres encore dans la période tertiaire. La discussion de ces indications appartient plus particulièrement à la syphiligraphie et à l'histoire clinique des syphiloses. Inutile de s'y arrêter ici, pour constater sa puissante efiicacité contre les affections syphilitiques des os, les douleurs ostéocopes, les arthropathies syphilitiques, la syphilis constitutionnelle, la syphilis cérébrale, les syphilis viscérales, oculaires, laryngées et testiculaires, enfin, contre les névralgies syphilitiques.

On ignore le mécanisme des guérisons obtenues par le traitement ioduré. Pour un temps, on en donnait pour raison a l'augmentation de l'activité des échanges organiques », provoquée par l'iodure. On avait admis aussi — opinion fort inconsidérée — qu'il facilitait l'élimination du mercure au début de la

384 lODURES (emploi médical).

maladie. Aujourd'hui, les propriétés antiseptiques de l'iode permettent une autre supposition, celle d'une modification du milieu intérieur.

Son action résolutive l'a fait aussi prescrire avec des succès divers contre le rhumatisme articulaire et surtout contre le rhumatisme noueux, par Aubrun, Weber, Gendrin, Oulmont et Campbell. Cependant le désaccord des observateurs entre eux ne permet guère déjuger de la valeur de cette médication. En tout cas, elle serait indiquée, cela s'explique, contre les formes chroniques et non contre les manifestations rhumatismales aiguës, dont il n'atténue aucun des symptômes : fièvre, douleur, gonflement, ni complications cardiaques. Notons aussi que M. Maire en aurait obtenu des succès contre la sciatique rhumatismale.

Pour les mêmes motifs on l'a préconisé contre la goutte, mais sans grand succès.

Son utilité dans la maladie de Bright, reconnue par Guéneau de Mussy, Baudon, Bourdin et autres, paraît mieux établie. Pour ces auteurs, elle serait en rafiport avec l'action résolutive qu'il exercerait sur les produits inflammatoires qui étouffent et enveloppent les tubes urinifères. Aujourd'hui on en trouve la raison dans ses puissantes propriétés vasculaires.

L'iodure de potassium est, en effet, l'un des médicaments les plus efficaces de l'artéiio-sclérose, et il emprunte cette puissance thérapeutique à ses propriétés tout à la fois artério-dépressives sur la circulation et eutrophiques contre les altérations par vice de nutrition des parois vasculaires. De là ses applications fécondes contre Yathérome artériel, les anévrysnies des gros vaisseaux, Vaortite aiguë et chronique, la coronarite, Vangine de poitrine vraie, les cardiopathies artérielles dans la médication formulée par M. H. Huchard dans ses savantes et décisives Leçons de thérapeutique et de clinique médicales sur les maladies du cœur; contre la néphrite interstitielle, les cirrhoses hépatiques, quelques myélites et les maladies dans lesquelles le processus artério-scléreux intervient comme cause pathogène. L'iodure agit encore dans ces cas, comme l'a établi M. H. Huchard, d'une part, en combattant le spasme vasculaire, en diminuant l'hypertension artérielle et en prévenant l'ischémie toujours si redoutable; d'autre part comme modérateur de l'action cardiaque, d'après Henry Simpson, Byrom-Bramwell et les autres Ihérapeutistes qui le recommandent pour réduire les anévrysmes. Médicament du symptôme, il semble que l'iodure de potassium est alors aussi le médicament de la cause.

Toutefois son emploi n'est pas exempt d'inconvénients dans les cas d'artériosclérose, intéressant simultanément le cœur et le rein. Ici, en effet, dans la crainte légitime de la potassiémie, on lui préfère à bon droit les préparations d'iodure de sodium.

Comme médicament eupnéique, sa réputation date de loin. Bien avant son admission relativement récente dans l'arsenal des médications employées contre l'asthme, les empiriques en faisaient usage avec succès. Stilwell dans le Médical Times and Gazette de 1857, Melville dans the Lancet de d864. Trousseau et Jaccoud en France, Leyden en Allemagne, et après eux G. Sée en 1879, l'ont recommandé contre cette affection comme un modificateur des sécrétions bronchiques et comme un médicament respiratoire. Il faut, dans ce but, en continuer l'usage quotidien aux doses de 1 à 5 grammes pendant plusieurs mois et même des années.

11 procure aussi des résultats favorables contre les dyspnées cardiaques. Alors M. G. Sée n'en redoute pas l'emploi, s'il existe de la myocardite scléreuse, mais celte opinion n'est pas celle d'autres observateurs qui considèrent ce médi-

lODURES (emploi médical). 585

cament comme contre-indiqué, quand les troubles respiratoires accompagnent la sclérose du myocarde et la congestion pulmonaire passive. M. Huchard et après lui M. Liégeois ont insisté sur ce point dans la Revue générale de clinique et de thérapeutique du 15 mars 1888.

Cet observateur sagace a aussi recommandé son emploi comme expectorant dans la pneumonie, dans laquelle Scliwart et Riebe en ont obtenu des succès. 11 est utile, dit-il judicieusement, « dans la broncho-pneumonie des enfants forts », mais contre-indiqué dans celles des enfants faibles. Dans ce cas, on le fait ingérer par la voie gastrique. Ajoutons qu'on a aussi essayé les injections inlra-parenchymateuses de ses solutions dans le poumon, mais que ces tentatives ont été peu nombreuses. Enfin, remarquons encore, avec M. Liégeois, que ce sel favorise utilement l'expectoration dans les cas de bronchites capillaires et dans celles notamment « qui succèdent à la rougeole, dans la bronchite des catarrheux, des emphyaémateux, et dans la pneumonie à la période oii l'hépatisation tend à disparaître. »

Le traitement ioduré des inllammations pulmonaires est donc une application de ses propriétés modificatrices des sécrétions. Ces dernières ont été utilisées contre le coryza chronique avec sécheresse de la pituitaire et dans les cas de blennorrhées indolentes. M. de Beaufort les a utilisées contre le catarrhe du saclacrymal et les métrites internes de forme chronique. Ici on peut expliquer les succès de cette médication soit par une action locale irritante et substitutive, soit par des modifications de l'état constitutionnel et des activités trophiques. Est-ce à ses vertus parasiticides et antiseptiques qu'il faut attribuer les effets obtenus par son emploi dans quelques maladies parasitaires? La phthisie est de ce nombre. Naguère, quand on le prescrivait dans cette afiection, on faisait fonds sur ses propriétés résolutives pour modifier l'état scrofuleux dont on soupçonnait les rajtports avec la tuberculose. Aujourd'hui on escompte plutôt la puissance de ses vertus eutrophi(|ues et des modifications du milieu intérieur rendant ce dernier moins favorable au développement du bacille phthisiogène. La valeur de cette médication iodurée dans la phthisie a été diversement jugée. On a dit qu'elle exerçait sur l'évolution de la maladie une influence désavantageuse, provoquait la bronchite, sollicitait les hémoptysies et imprimait une sorte d'impulsion à la marche de la maladie. C'est pourquoi on a vu des cliniciens de mérite, comme Nothnagel et Hossbach, bannir sévèrement l'iodure de potassium hors du traitement de la phthisie.

D'autres, au contraire, ont déclaré que le médicament diminue fort opportunément la fièvre et conjure les poussées de congestion pulmonaire dans les formes chroniques, de l'avis déjà ancien de Bacon (1825), de Hildrik (1842) et surtout de Luedicke. Tout récemment M. Vesoux a publié une thèse inauo'urale dont on peut tirer cette conclusion, adoptée d'ailleurs par M. Lépine, que les succès de l'iodure de potassium s'observent plutôt quand on l'administre contre la fièvre dite de granulation que contre la fièvre hectique. En tout cas, ses inconvénients sont moins grands que ceux de l'iode, parce qu'il est moins irritant. Cependant M. Vergely le prescrit associé à l'iode [Revue générale de clinique et de thérapeutique, juin 1888), et M. Potain l'administre quotidiennement en l'associant au bromure et au chlorure de sodium.

M. Lépine en a retiré quelques avantages contre la tuberculose miliaire aiguë. Il prescrivait les iodures alcalins aux doses très-élevées de 15 à 20 grammes par jour et l'iodure de sodium de préférence à l'iodure de potassium fiicT. ESC. i s. XVI. 25

58G lODURES (emploi médical).

Ces résultats correspondent à ceux que Turner, Fonssagrives, Rollet, Coldstream, obtenaient dans le traitement de la méningite tuberculeuse par les iodures. ils méritent l'attention, mais, à coup sur ne sauraient passer pour décisifs, à moins de revenir à l'entliousiasme exagéré de ceux qui, naguère, osaient préconiser l'iode comme le spécifique de la tuberculose.

Au reste, la tuberculose n'est pas la seule maladie parasitaire contre laquelle on en a fait usage. On le prescrit contre la morve chronique, et avec Stepp on l'a conseillé à doses fréquentes et élevées contre la diphthérie [Deutch. vied. Woch, 1886). 11 est vrai que, contre cette dernière, on espérait peut-être aussi utiliser sou action sur les muqueuses et par la salivation qu'il provoque favoriser le détachement des fausses membranes.

Les affinités chimiques de l'iodure de potassium sont utilisées dans le traitement des intoxications plombiques et mercurielles. Pour expliquer l'amélioration des symptômes par ce traitement, on admet la formation d'un iodure double de plomb ou île mercure, dontréliuiinalion par la sueur, la salive elles urines, aurait pour effet d'entrahier hors de l'organisme les métaux déposés dans les tissus. Les recherches de Schneider ne justifient pas cette théorie. N'est-ce pas là une application de ces propriétés que, naguère, on appelait dépuralives?

11 en est ainsi dans la gravelle par la transformation do l'acide urique on urales solubles, de sorte qu'on a pu le regarder « comme le meilleur dissolvant de l'acide urique. »

On l'a recommandé encore comme décongestionnant et excitant dans la neurasthénie et les phénomènes névrosiques liés à l'anémie. C'est ainsi que s'expliquent les succès de son emploi comme agent nervin dans la convalescence des fièvres graves, et les guérisons que Gubler mentionnait dans les cas de vertiges, de céphalalgie, d'amyosihénie, et dans les états névrosiques. J'ai plusieurs lois noté ses vertus qui témoignent de sa valeur comme médicament nervin.

Entin il faut signaler l'action de ce médicament sur les troubles menstruels, dans la dysménorrhée et Vaménorrhée, sur la cicatrisation de certains ulcères, et enfin se demander s'il peut, comme on l'a dit, suspendre la sécrétion mammaire ou ralentir la montée du lait !

IV. Modes d'administration et posologie. La posologie de l'iodure de potassium est très-riche en préparations, et, comme l'écrivait Rabuteau, « il est peu de médicaments sur lesquels le génie pharmaceutique se soit autant exercé, et qui ait été administré d'une manière aussi variable ». On le prescrit par la voie gastrique, la voie sous-cutanée, ou bien sous la forme de topiques divers.

A ïintérieur, les doses quotidiennes auxquelles on administre ce sel varient de 1/2 gramme à 10 et même 20 grammes, mais à la condition qu'il soit chimiquement pur et exempt d'iodale. On doit le véhiculer dans un excipient liquide abondant, et dans ce but je constate l'avantage de la pratique des médecins américains, qui prescrivent volontiers ses préparations en dilution dans une eau minérale alcaline.

L'ingestion par doses fractionnées et 1 à 3 grammes par jour en moyenne semble préférable dans la majorité des cas. Cependant il est utile parfois de la prescrire à doses massives de 4,5 et 8 grammes, quund on veut vaincre, selon l'expression de Gubler, « la torpeur de l'organisme », ou combattre des lésions graves et multiples, ou bien encore arriver d'emblée à liodisme aigu.

A quel moment doit-on le faire ingérer? Avant les repas de préférence, quand, l'estomac étant en état de vacuité, sa paroi est recouverte d'une couche de

lODURES (emploi médical). 587

mucus alcalin. A ce point de vue la véliiculation par le lait ou une infusion de plantes amères a été souvent et utilement recommandée.

Enfin il y a lieu de tenir compte de la tolérance individuelle, fort variable, des malades, et de ne pas oublier qu'une dose minime du médicament donne lieu à des accidents chez les uns, tandis (pi'une dose excessive est bien supportée par les autres. Puis, autre considération, on doit surveiller l'élimination [)ar la voie rénale, et, quand cet cmonctoire functionne mal, diminuer les doses, pour éviter les phénomènes de polassiémie qui s'ajouteraient aux accidents d'iodisme.

On peut varier à l'infini les formules des solutions, des potions et des sirops à l'iodure de potassium, mais on doit, pour la facilité de l'administration, les titrer rigoureusement par cuillerées à bouche ou à café.

La solution extemporanée d'iodure de potassium se prépare en faisant dissoudre un paquet contenant la dose d'iodure de potassium dans un demi-verre d'eau chaque demi-verre de cette solution représentant une prise.

Les solutions iodurées officinales contiennent habituellement 5,10 ou 20 grammes de sel pour 200 grammes d'eau. Chaque cuillerée à bouche renfermant aussi 25 ou 50 centigrammes ou 1 gramme de substance active est diluée dans l'eau pure ou édnlcorée ou bien mélangée à une tisane appropriée.

Veau anliasthmatique, recommandée par M. Dujardin-lieaumetz, contient : teinture de lobélie et iodure de potassium, de chaque 13 grammes, eau distillée : 250 grammes (deux cuillerées à bouche par jour).

Veau iodurée gaz.euse est une solution de 1 gramme d'iodure de potassium dans 650 grammes d'eau, additionnée de bicarbonate de soude et d'acide citrique. On l'administre par verrées au repas.

Parmi les sirops simples à l'iodure de potassium voici les plus usuels :

Le sirop d'écorces d'oranges amères iodurée : 25 grammes d'iodure de potassium pour 500 grammes de sirop. Chaque cuillerée à bouche contenant 1 gramme du sel ioduré.

Le sirop de salsepareille ioduré de Ricord : iodure de potassium, 16 grammes ; sirop de salsepareille, 500 grammes, administré dans une infusion à raison de 5 à 10 cuillerées par jour.

Au nombre des sirops composés à l'iodure de potassium qui sont plus rarement employés, je signalerai le sirop antiscrofuleuœ de Bonnet, contenant 15 grammes d'iodure de potassium, 18 grammes de tartrate de for ammoniacal et par parties égales : 50 grammes de sirops de gentiane, de quinquina et d'écorce d'oranges amères. 11 se prescrit dans une infusion et à la dose de 2 à 3 cuillerées à café par jour. U diffère du sirop antiscrosfuleux de -Verneuil, qui s'obtient en fidsant véhiculer 2 grammes d'iodure de potassium et 2 grammes de teinture d'iode dans parties égales, soit 125 grammes de sirop de gentiane et de quinquina. 11 se prescrit à la dose de 1 ou 2 cuillerées à café par jour.

Parmi les potions à l'iodure de potassium, les suivantes sont les plus recommandables : la potion iodurée eupnéique de Huchard : iodure de potassium, teinture de lobélie et teinture de polygala : de chaque 10 grammes : extrait d'opium 10 centigrammes : eau .^00 grammes; (2 cuillerées par jour, l'une le matin, l'autre le soir).

La potion de Green contre l'hypertrophie du cœur : iodure de potassium, 10 grammes ; teinture dedigitale et teinture de jusquiame, de chaque 12 grammes : sirop de salsepareille composé, 100 grammes. 2 cuillerées à café chaque jour.

La potion anlirhumatismale de Bogros : iodure de potassium, 4 grammes ;

588 lODURES (emploi médical).

teinture de digitale, 2 grammes; eau distillée de tilleul, 150 grammes; siroo de morphine, 52 grammes. Cette potion, dont la formule est empruntée au formulaire de M. Yvon, s'administre par cuillerée toutes les trois heures. Elle diffère de la potion iodnvée antirhumatismale à V acide salirylique, qu'on ingère en trois fois dans les vingt-quatre heures, et dans laquelle on ^fait véhiculer, par 120 grammes d'eau distillée, 20 grammes de sirop de menthe, 1 gramme de salicylate de soude et 2 grammes d'iodure de potassium.

La potion antiscrofidevse de Guépin, prescrite à la dose d'une cuillerée à café, le matin et le soir, renferme : 5 grammes d'iodure de potassium, 2 grammes de chlorhydrate d'ammoniaque, 45 grammes de sirop antiscorbutique pour 100 grammes d'eau distillée. Celles de Gallois s'obtiennent en additionnant le sirop antiscorbutique ou le sirop de salsepareille iodurés avec l'extrait de quinquina ou la teinture de cardamome.

La potion iodurée contre l'aménorrhée est obtenue par la véhiculation de 2 grammes d'iodure de potassium dans 1 gramme de vin de colchique et 50 grammes de sirop de salsepareille. On la prescrit à raison de trois cuillerées à café par jour. Une potion iodurée au café a été formulée ainsi : iodure, 1 ou 2 grammes ; infusion de café torréfié, 80 grammes; sirop de sucre, 15 grammes, à ingérer en trois prises dans les vingt-quatre heures.

L'es!<e7ice de salsepareille iodurée, dans laquelle 4 grammes d'iodure de potassium sont véhiculés dans 100 grammes d'essence de salsepareille, se prescrit à la dose de 1 à 2 cuillerées par jour.

Enfin on a formulé des biscuits iodurés et des pastilles à Y iodure de potassium, contenant chacune 6 ou 7 centigrammes de sel, mais celte forme pharmaceutique paraît inférieure aux préparations liquides d'iodure de potassium. On augmente d'ailleurs la tolérance stomacale pour ce médicament par l'addition de l'extrait thébaïque aux potions ou l'administration après chaque dose d'une pilule de 1 à 2 centigrammes d'extrait de belladone.

Le lait ioduré, obtenu en soumettant les vaches, les chèvres ou les ânesses au régime ioduré, rend des services surtout chez les enfants, qui le tolèrent mieux que les autres préparations iodurées. Par analogie, d'ailleurs, on peut obtenir de bons résultats en véhiculant chaque dose d'iodure dans le lait.

La crème iodurée renferme pour chaque dose : 50 centigrammes de bromure de potassium, 1 gramme de chlorure de sodium, 10 grammes de sucre vanillé et 100 grammes de crème de lait fraîche.

A côté de celle préparation il faut placer le beurre iod?iré, qui contient 50 centigrammes d'iodure de potassium, 20 centigrammes de bromure de potassium et 2 grammes de chlorure de sodium pour 125 grammes de beurre frais. On le recommande comme succédané de l'huile de foie de morue. De plus, dans le même but, et sous le nom de huile de foie de morue d'été, on a prescrit par cuillerée à café une solution contenant 10 grammes de chlorure de sodium, 5 grammes de bromure de potassium, 2°% 50 d'iodure de potassium pour 100 grammes d'eau distillée.

Les injections sous-cutanées d'iodure de potassium sont inoffensives, à condition, suivant la pratique de M. E. Besnicr et Gilles de la Tourette, de les formuler à raison de 1/2 gramme de ce sel par seringue de Pravaz.

A Yextérieur, on l'administre sous la forme de bains, de gargarisme, de glycérole et de pommade.

Les bains iodurés sont obtenus en versant dans un grand bain une solu-

1 MDIUM. 589

tion de 40 à 50 grammes d'iodure de potassium dans 450 grammes d'eau.

La lotion résolutive iodurée contient -40 grammes d'eau-de-^ie camphrée, véhiculant parties égales, soit 1 gramme d'iodure de potassium et 1 gramme de chlorhydrate d'ammoniaque.

he gargarisme ^f/ure'de Cullerier contient 1 gramme d'iodure de potassium pour 125 grammes de décoction d'orge édulcorée par r>0 grammes de sirop de miel. Un gargarisme de formule plus simple est ohtenu par la solution de 5 grammes d'iodure de potassium dans 200 grammes d'infusion de feuilles de sauge.

Le glycérolé d' iodure de potassium est obtenu en faisant dissoudre 2 grammes d'iodure de potassium véhiculé par 2 grammes d'eau dans 12 grammes de glycérolé d'amidon. On préparc aussi un ghjcérole d'iodure de potassium ioduré, contenant 1 gramme d'iode pour 5 grammes d'iodure de potassium.

Les baumes iodurés se préparent soit avec le baume nerval et la glycérine, soit avec une solution alcoolique de savon.

En pommade, on formule la pommade simple iodurée, renfermant le 40'= de son poids d'iodure de potassium, ou bien la pommade d'iodure de poliissium iodurée, obtenue en additionnant la pommade iodurée simple de 2 pour 100 de son poids d'iode. Inutile d'insister sur les pommades dites fondantes ou résolutives, où l'iodure de potassium est associé aux extraits de ciguë, de ratanhia, de belladone, de noyer ou d'opium.

Les formulaires mentionnent les préparations de bougies iodurées, d'emplâtres iodurés, de lavements iodurés contre la dysenterie et de la poudre de réglisse iodurée contre le goitre, que Fabre employait en frictions sur la langue. Ajoutons que l'iodure de potassium, comme on l'a vu au chapitre de la pharmacologie de l'iode, entre dans la formule des nombreuses solutions; d'un vin ioduré renfermant 5 grammes du sel pour 500 grammes de vin blanc, que Boinet conseillait à raison de trois cuillerées à bouche par jour; d'une tisane iodurée, obtenue par la solution de 2 à 8 grammes d'iodure dans i 00 grammes d'infusion de saponaire, édulcorée par 60 grammes de sirop de sucre, que M. Piicord administrait quotidiennement à la dose de un litre. Ch. Eloy.

lONlDIUM [lonidium Vent.). Genre de plantes de la famille des Violariées, que Jacquin a nommé Hybanlhus, nom qui doit être adopté comme étant le plus ancien. Ce sont des herbes suffrutescentes ou des arbrisseaux dressés, à feuilles alternes, stipulées, à fleurs axillaires, solitaires ou fasciculées. Ces (leurs, assez semblables à celles des Violettes, s'en distinguent notamment par les sépales non prolongés à la base et par les pétales dont l'antérieur, plus grand que les autres, est simplement gibbeux à sa base. Des cinq étaraines, les deux antérieures sont éperonnées et la capsule s'ouvre avec élasticité en trois valves.

Les lonidium sont répandus surtout dans les régions tropicales de l'Amérique, oii Jours racines sont substituées, comme éméliques et purgatives, à celles de ïlpécacuanha véritable. Les quatre espèces principales sont 1'/. Itubu H. B. K. {Viola Ipecacuanha L., Hybanthus Ipecacuanha H. Bn) ou Poaya branca du Brésil, qui fournit le faux Ipecacuanha du Brésil et de la Guyane ; 1'/. Uyhanthus Vent. [Hybanthus scandens Jacq.) ou Poaya de campo; VI. parviflorum Vent., auquel on attribue la production de V Ipecacuanha blanc du Pérou; enfin 1'/. microphyllum H. B. K., également du Pérou, dont la racine, appelée racine de Cuichunchulli ow Cuchunchully, est un vomitif puissant {voy. Ipécacoâisha). Ed. Lef,

390 IPÊCACUANHA (botanique).

iPECACUAiV'nA. § I. Botanique. Sous ce nom, qui signifie, paraît-il, racine odorante el évacuante, on désigne un grand nombre de plantes trèsdiverses qui ont été préconisées comme antidysentériques, puis comme vomitives, et qu'on distingue généralement en Ipécacuanlias vrais et faux. Les premiers sont au nombre de six, et cinq de ces 1. vrais sont produits par des Uragoga, de la fiimille des Rubiacées.

Le plus célèbre et le plus usité chez nous de'ces L vrais est 17. a nnelé mineur. C'est la racine de V Uragoga Ipecacuanha H. Bn {Cephœlis Ipecacuanha Rich. — C. emetica Pers. — Callicocca Ipecacuanha Broter. — Ipecacuanha officinale Arrud.). C'est une plante \t fleurs régulières, hermaphrodites et ordinairement pentamères. Leur réceptacle a la torme d'un sac creux dont les bords portent le péiianthe et dont la concavité renferme l'ovaire. Le calice est gamosépale, à cinq divisions qui cessent de bonne heure de se loucher, et la corolle, presque infundibuliforme, est partagée supérieurement en cinq lobes dont la préfloraison est valvaire. A sa gorge, parsemée de poils assez abondants, s'insèrent cinq étamines, alternes avec ses divisions. Elles sont formées chacune d'un filet court et d'une anthère introrse, dorsifixe, biloculaire, déhiscente par deux fentes longitudinales. L'ovaire, infère, est à deux loges, antérieure et postérieure ; il est surmonté d'un disque épigyne et glanduleux, entier ou bilobé, el d'un style dont l'extrémilé sligmatifère se partage en deux branches lancéolées-subulées. Dans l'angle interne de chaque loge ovarienne, et près de sa base, s'insère un ovule ascendant, anatro])e, à raphé ventral el à micropyle tourné en bas et en dehors. Le fruit est une drupe, avec deux noyaux peu épais, qui renferment chacun une graine ascendante, dont les téguments, creusés en dedans d'un sillon longitudinal médian, recouvrent un albumen dur, enveloppant luimême un embryon axile, court, à radicule infère et à cotylédons foliacés. L'I7. J pecacuanha est un humble végétal traçant de l'Amérique tropicale, principalement du Brésil. Ses racines, souvent épaissies, cylindriques, annelées en travers, constituent le médicament qui porte le nom d'Ipécacuanha annelé. Ses rameaux aériens, frutescents, ordinairement non ramifiés, portent des feuilles opposées, penninerves, accompagnées de stipules interpétiolaires, unies entre elles à la base et rapprochées en un court étui cilié sur les bords, et ses fleurs sont réunies en un faux capitule terminal de glomérules ou de cymes à pédicelles très-courts, dont l'ensemble est accompagné d'une couple de paires d'assez grandes bractées décussées, formant involucre.

Les autres Uragoga diffèrent surtout de celui que nous venons d'étudier par la taille et la consistance de leurs tiges. Celles-ci sont tantôt herbacées, couchées sur le sol et radicantes, et tantôt ligneuses, plus ou moins élevées, constituant des arbustes ou des arbrisseaux. Leurs inflorescences peuvent aussi, au lieu d'être contractées, représenter des cymes plus ou moins allongées et ramifiées, à axes d'étendue variable. C'est ce qui arrive surtout dans ceux des Uragoga îuxquels on avait donné le nom de Psgchotria.

Les cinq Ipécacuanhas donnés par des Uragoga sont :

] L7. annelé mineur y racine, comme nous l'avons vu, de VUragoga Ipecacuanha;

2" L'/. annelé majeur, donné par VU. granatensis ;

5° L'/. strié majeur, produit par VU. emetica;

¥ L'/. strié minexir, dont on ne connaît pas exactement l'origine;

5" L'/. ondulé de Colombie, qui serait fourni (?) par VU. undata.

IPÉCAGUANUA (botanique). 591

VU. Ipecacuanha est une espèce ligneuse, haute de 4-4 décimètres. Sa tige, simple ou peu ramifiée, est de la grosseur d'une plume d'oie, dressée, portant vers sa partie supérieure quelques paires de feuilles à court pétiole, à limbe ovale-oblong ou elliptique-oblong, atténué et à peine insymctrique à la base, un peu aigu ou obtus au sommet, ordinairement entier, un peu bosselé ou ondulé, d'un vert foncé et glabre en dessus, avec un reflet presque métallique, pâle en dessous, avec une dizaine de nervures secondaires arquées et saillantes en dessous. Les stipules sont rapprochées en une sorte de gahie courte, inégalement fendue et découpée sur les bords en laciniures sétilbrmes inégales. Les fleurs sont blanches, avec une corolle tubuleuse à la base, dilatée plus haut en entonnoir, à 4 lobes aigus. Les fruits sont ovoïdes, d'un violet pourpre foncé, et renferment 1,2 noyaux. Le pédoncule commun qui les porte est réfléchi (dimensions : limbe, 10-15 cent., sur 5-7 de large; pédoncule commun, 3-4 cent.; fleur 1-1 1/15 cent.; fruit, 1/2 cent, environ).

Cette plante croît en abondance au Brésil, sur les pentes boisées et dans les forets humides dont l'ombre n'est pas trop épaisse, notamment dans les provinces du Para, de Fernanibouc, de Bahia, de Minas-Geraës, de Bio-.hmciro et de Saint- Paul. C'tst surtout la région située entre Cujaba, Yilla-Maria, Villa-Bella et Diamantina, dans la province de Mato-Grosso, qui fournit au commerce des racines d'Ipécacuanha annelé. Aujourd'hui li plante est cultivée dans l'Inde anglaise, sur les pentes du Sikkim. à une altitude d'environ 1000 mètres. Introduite dans les seires d'Europe au commencement de ce siècle, elle s'y développe parfaitement et y fleurit constamment. Le moindre tronçon de la racine ou même une branche ou une feuille suffit à reproduire la plante.

La partie employée en médecine est la racine. Fraîche, elle se présente sous forme de cordons ramifiés (de 1/2 à 3/4 cent, de diamètre), très-noueux et annelés, c'est-à-dire pourvus d'étranglements et de renflements circulaires alternatifs, recouverts d'une écorce d'un jaune brun pâle à la surface blanche intérieurement, charnue, d'une saveur un peu amère et d'une odeur légèrement nauséeuse, entourant un cylindre ligneux, dur, d'un jaune pâle, qui n'a que le quart ou le cinquième du diamètre total de la racine et qu'on nomme généralement medituUium. Suffisamment grossie, une coupe transversale de cette racine laisse voir : l'écorce très-épaisse, limitée en dehors par des phytocystes subéreux, comprimés tangentiellement, les extérieurs brunis et en partie détruits. En dedans se trouve le parenchyme cortical, formé d'éléments irrégulièrement polygonaux, dissemblables, à paroi mince et molle, dont la cavité contient de nombreux grains de fécule. Tout à fait en dedans et contre le bois ou contre une zone d'accroissement très-mince et qui manque à certaines époques, on distingue difficilement des faisceaux libériens, à coupe triangulaire et avec le sommet tourné en dehors. Les contours de leurs fibres sont irrégulièrement sinueux. Le bois est formé en majeure partie de fibres fusiformes, disposées en séries rayonnantes, sans rayons médullaires bien distincts et sans moelle. Il n'y a de vaisseaux, et en petit nombre, que tout près du centre, dont quelques-uns s'écartent un peu plus çà et là. Leur lumière est environ deux fois aussi large que celle des fibres ligneuses.

Le bois est presque inactif; on le rejette ordinairement en pulvérisant la racine. L'écorce contient environ quinze fois plus de principes actifs, qui sont Xacide ipécacuankique et surtout Vémétine. On use en Europe environ 100 000 kilogrammes de celte racine par an; elle s'emploie surtout comme

3t2 IPÉCACUANHA (botanique).

vomitive : mais dans les pays chauds elle constitue aussi un remède précieux contre la dysenterie, et c'est à ce titre que la poudre du Brésil a primitivement été préconisée en Europe, notamment par Pison et Marcgraf, puis par J.-C.-A. Helvétius, auquel Louis XIV acheta le secret de ce médicament vers la fin de

son règne.

Nous avons nommé Uragoga granatensis la plante colombienne qui produit Y Ipécacîianha annelé majeur, sans pouvoir, faute de matériaux suffisants, déterminer si elle constitue une espèce distincte ou une simple variété de la plante précédente. Il paraît qu'elle a à peu près les mêmes organes de végétation, mais sa racine est beaucoup plus grosse (6-9 millimètres). Ses anneaux sont beaucoup moins saillants, et la couleur de son écorce est bien plus jaunâtre (ce qui justifie peu le nom d7. gris-blanc, donné à cette racine par Méral). Sèche, cette écorce est intérieurement aussi riclie en émétine que celle de VI. annelé mineur. Depuis quelques années elle arrive de plus en plus en Europe, sous le nom d'/. de Carthagène, et elle peut rendre les mêmes services à peu près que la racine du Brésil.

L'U. emetica H. Bn (Psychotria emetica Mut.) produit 1'/. strié majeur, épithète qui n'est pas irréprochable, puisque cette sorte peut être moins volumineuse que la suivante. Un l'a aussi nommé /. gris-cendré glycyrrhizé (Lémery) et /. violet. La plante (haute de 0-6 décimètres), ressemble par ses feuilles à VU. Ipecacuanha; leurs stipules sont entières. Les fleurs sont disposées en inflorescences a.villaires et terminales, qui sont des cymes peu ramifiées, et le fruit ressemble en petit à celui du Caféier, avec un sarcocarpe beaucoup moins épais. Cette plante croît en Colombie; elle a des tiges souterraines grêles qui produisent des racines adventives épaisses. C'est la partie employée, formée de cylindres (larges de 4-8 millimètres), à surface brune, finement striés dans la longueur, avec une écorce épaisse et comme cornée, parfois teintée de violacé ou de noirâtre. Cette racine renferme moins de 5 pour 100 d'émétine et ne contient pas d'amidon; elle ne doit être employée que là où VU. Ipecacuanha fait défaut.

On doit en dire autant de 1'/. strié mineur, ou /. des mines d'or (Pelletier), /. strié noir et dur, dont l'origine botanique est inconnue, et qui se préseule sous forme de cylindres ordinairement assez courts, d'un gris noirâtre ou brunâtre, avec des stries longitudinales très-marquées et quelques étranglements circulaires distants. Souvent minces, ils atteignent jusqu'à 1 centimètre de diamètre, surtout dans celui de provenance péruvienne. Leur meditullium renferme beaucoup de larges vaisseaux, et leur liber forme une couche continue, avec saillies angulaires extérieures inégalement espacées. Les parois de ses phytocystes sont épaissies, un peu sinueuses et continues les uns avec les auti'es. Celte sorte passe pour plus riche en substance vomitive que la précédente.

C'est peut-être sans raison suffisante qu'on a attribué la production d'un autre /. ondulé majeur à un arbuste de la Nouvelle-Grenade, VU. undata H. Bîi [Psijchotria undata Jacq. — P. undidata Poir.), qui se cultive dans nos jardins botaniques et est caractérisé par des stipules très-développées, membraneuses, accompagnant des feuilles oblongues-lancéolées, ondulées, et des inflorescences en grippes de cymes grêles, avec des fleurs dont la corolle est tubuleuse et blanche.

Quant à VI. ondulé le plus employé, celui que nous avons nommé /. ondulé mineur, c'est la racine d'une plante d'un tout autre genre de Rubiacées, le

iPÉCACUANHA (emploi médical). 593

Richardia scabra L. (R. pilosa Ruiz et Pav. — Richardsonia brasiliensis Gosi. Spermacoce hir&uta Rœm. et Sch.), plante qui a été décrite à tort dans cet ouvrage (5" série, V, 20) sous le nom de Richardsonia, ce dernier nom n'ayant pas pour lui l'antériorité.

Les Ipécacuanhas faux sont] en très-grand nombre, car dans tous les pays du monde on a employé comme émétiques un très-grand nombre de végétaux évacuants, appartenant à des groupes naturels très-divers, principalement aux Asclépiadacées, Violacées, Euphorbiacées, Rosacées.

Le genre Hyhanlhus [lonidium] appartient aux Violacées et donne plusieurs de ces médicaments en Amérique [voy. Ionidium).

VEuphorbia Ipecacuanha donne un des faux Ipécacuanhas de l'Amérique du Nord.

Un autre faux Ipecacuanha de l'Amérique du Nord est produit par le Gillenia trifoliata (Rosacées).

Le faux Ipecacuanha des Antilles est la racine de VAaclepias curastsavica L., plante aujourd'hui introduite dans toutes les contrées tropicales des deux mondes.

Le Faux-Ipécacuanha de Maurice ou I. blanc de Lémery est une autre Asclépiadacée, le Tylophora asihmaticaW. et Arn., plante qui croît également dans l'Inde.

Le Faux-Ipécacuanha de Bourbon provient aussi d'une Asclépiadacée, le Périploca mauriliana Poin. H. Bn.

^11. Emploi médical. I. AcTioN PHYSIOLOGIQUE. Le Cephselis ipecacuanlia, que par abréviation on appelle ipéca, habite les provinces chaudes et humides du Brésil. Son principe actif essentiel, qui réside principalement et presque exclusivement dans la partie corticale de la racine, est l'cme/me, substance éminemment vomitive, d'un goût amer, peu soluble dans l'eau, très-soluble dans l'alcool, découverte par Pelletier et Magendie. Cette substance, dont la quantité varie avec les diverses espèces d'ipécacuanha, est à peu près 10 fois plus active que la poudre d'ipéca elle-même, c'est-à-dire que 10 centigrammes d'émétine correspondent à environ 1 gramme d'ipéca (A. Gubler).

Les effets de l'émétine varient beaucoup en intensité selon les espèces animales. Très-toxique, cette substance tue une grenouille à la dose de 10 centigrammes; 2 à 3 centigrammes suffisent à faire périr un lapin ou un chat, et 10 à 50 centigrammes font mourir le chien. La dose de 12 centigrammes, au contraire, injectés sous la peau de l'homme, est restée absolument sans effet. Il a fallu atteindre la dose de 20 centigrammes pour obtenir des vomissements, et encore ceux-ci se firent-ils attendre une heure (Gubler). Nous verrons qu'on peut trouver dans ce fait l'interprétation de l'action vomitive de l'émétine, mais avant voyons-en les effets en application topique et administrée par les voies digestives.

Appli quée sur la peau dénudée, l'émétine y détermine une irritation vive qui aboutit à la pustulation. Sur les muqueuses son impression est des plus vives.

Administrée à la dose de 1 centigramme, l'émétine excite la nausée et le vomissement ; à celle de 5 à 10 centigrammes, elle donne lieu tout d'abord à une saveur brûlante, à de la salivation, puis à des nausées et à des vomissements violents, qui coïncident avec une tendance considérable au sommeil. A ces effets se joignent enfin de la diarrhée (Husemann) et des sueurs abondantes. Cependant il faut savoir qu'on a vu des sujets ne vomir qu'avec 15 ou 20 cenli-

594 IPÉCACUANHA (emploi médical).

grammes (Gubler),Dans tous les cas, la tendance au sommeil, qui coïncide avec la paralysie de la sensibilité et la diminution de la motricité (Pécliolier), s'est constamment montrée à un très-haut degré chez les animaux à la suile des évacuations produites par de grandes quantités d'émétine impure. Chez quelquesuns la mort s'en est suivie dans un coUapsus profond, et dans ces circonstances on a trouvé une vive inflammation de tout le tube digestif et du tissu pulmonaire (Magendie).

Quand la mort est prompte, les animaux présentent de la paralysie du train anléiieur, et l'autopsie révèle des lésions de gastro-entérite avec ischémie des poumons (Pécliolier, E. Labbée, A. d'Ornellas) ; quand l'intoxication est moins violente et la mort moins rapide, les lésions sont différentes : il y a des congestions pulmonaires avec foyers d'lié|)atisalion multiples et des inflammations ulcéreuses de tout le gros intestin (Magendie et Pelletier, Labbée et d'Ornellas).

Pendant la période nauséeuse et celle des vomissemenis, l'émétine agit sur le cœur, la respiration et lu chaleur animale. Comme on l'observe avec l'ipéca îidininistré à doses fractionnées, il survient avec l'émétine des effets de conlroslimulisme : le cœur ralentit ses battements, les mouvements respiratoires sont moins rapides et moins répétés et la température du corps s'abaisse (Pécholier, Ackermann, d'Ornellas). Sur un la[)in à (jui il fit prendre des doses de 5 milligrammes à 5 centigrammes d'émétine, Pécliolier vit tomber les battements du cœur de plus de 60 pulsations par minute et les mouvements respiratoires de plus des deux tiers. Nous ne tirerons toutefois aucune conclusion de ce double fait, car bien évidemment nous avons là affaire à des phénomènes toxiques : la dose physiologique est dépassée de beaucoup.

Quant à la température, si elle s'abaisse dans l'aisselle, dans la bouche (Pi'cholier) elle s'élève, au contraire, mais après abaissement préalable, dans le rectum (d'Ornellas), effet secondaire qui est vraisemblablement le résultat de la fluxion ardente que l'émétine provoque sur les dernières parties du gros intestin.

Chez la grenouille, une injection sous-cutanée de 5 à 10 milligrammes d'émétine finit par arrêter le cœur en diastole sans que les excitations directes mécaniques ou électriques puissent en réveiller les contractions. L'injection d'atropine ne parvient p;is non plus à ranimer le cœur (Podwyssotzki). Cependant il fa it ajouter que, dans les expériences de Grasset, l'injection d'atropine ou son instillation directe sur le cœur ralenti par l'injection d'émétine réaccélérait les contractions de cet organe. Ce fait ne peut être dû qu'à l'annihilation du pouvoir modérateur des nerfs pneumogastriques sur le cœur, car l'atropine, on le s lit, accélère les battements du cœur non soumis à l'action de l'émétine en paralysant les nerfs vagues. Le ralentissement de la respiration serait également le résultat d'un réflexe qui s'irradie de la portion gastrique du pneumogastrique au bulbe et de celui-ci à la portion pulmonaire des nerfs vagues. Aucun effet bien évident n'a jamais été observé sur la pression artérielle. L'action de l'éméiine sur le système nerveux est non moins manifeste que celle qu'elle possède iur la respiration et la circulation. Une injection hypodermique de 5 à 10 milligrammes d'émétine chez la grenouille amène la paralysie complète du mouvement et l'abolition des réflexes, mais avec persistance de la contraclilité musculaire (Podwyssotzki). Chez des grenouilles empoisonnées par l'émétine, puis décapitées, le pincement violent de la peau ne donne plus lieu à aucun réflexe; à ce moment l'excitation galvanique des nerfs lombaires ou des muscles gastrocnémiens provoquait encore des j contractions musculaires, moins énergiques

IPECACUANIIA (emploi médical). 395

toutefois que sur une grenouille également décapitée, mais non intoxiquée par l'émétine, et prise pour étalon.

Pécholier, Labbée et d'Ornellas ont également constaté cette diminution ou même l'abolition du pouvoir excito-moteur de la moelle, et en particulier du bulbe rachidien, d'où résulte non-seulement la perte des mouvements réflexes, mais encore la cessation des convulsions tétaniques dues à la strycimine ou l'acide phénique (Gubler). Mais il ne s'ensuit pas, comme l'admettent ces observations, que l'irritabilité musculaire soit abolie, si les observations de Podwyssotzki sont exactes et bien établies.

Quant à l'action de l'émétine sur le cerveau, elle est encore fort peu connue. On sait seulement qu'elle rend inapte aux travaux de l'esprit et au travail corporel. Mais évidemment ce double effet est plutôt sous la dépendance de l'acte du vomissement que de l'action directe de l'émétine sur l'encéphale. Elle n'a pas d'effet vomitif direct sur le système nerveux central, ainsi que le prouvent les injections de cette substance dans les artères cérébrales (Polichronie).

D'après J.-K. Foulkrod, l'émétine appliquée localement produit peu à peu l'abolilion du pouvoir fonctionnel dos nerfs et des muscles striés ; ses injections laissent la pupille indifférente.

Relativement au mécanisme de l'action vomitive de l'émétine, voici ce que nous savons. L'émétine, dit A. Gubler, de même que le tartre stibié, en circulation dans le sang, n'est pas apte à déterminer le vomissement ; l'action émétique, lorsqu'elle vient à se produire, dois être attribuée à l'élimination active qui suit l'injection des doses inassives et qui amène dans la cavité de l'estomac une quantité suffisante d'émétine pour impressionner la muqueuse, et, par elle, le système nerveux. C'est ce qui explique qu'alors qu'une faible dose injectée sous la peau ne produit aucun effet vomitif une dose forte amène ce résultat, la dose élevée permettant l'accès de l'estomac et à un^même moment d'une quantité suffisante d'émétine pour faire vomir.

Au surplus, voici des expériences.

Injecte-t-on l'émétine sous la peau, elle met beaucoup plus de temps à faire vomir que lorsqu'elle est portée dans l'estomac (d'Ornellas), d'où l'on a pu conclure que le vomissement n'est que consécutif à l'élimination de l'émétine par la muqueuse de l'estomac, élimination qui demanderait quarante-cinq minutes à survenir après l'injection sous-cutanée (d'Ornellas). Méhu, E. Labbée, Polichronie, se sont rangés à cette opinion. Cette élimination est du reste démontrée, ajoute Gubler, depuis que les auteurs précédents ont retrouvé l'émétine, non plus dans le sang, mais dans l'estomac, l'intestin, le foie. Quant au mécanisme intime de l'action vomitive, il se range dans la classe des actions réflexes. Après la section des nerfs pneumogastriques, il arrive souvent, en effet, que l'émétine ne fait plus vomir, ce qui, pour le dire en passant, sépare l'émétine de l'émétique et de l'apomorphine qui font aussi bien vomir quand les nerfs vagues sont coupés que lorsqu'ils sont intacts (Polichronie). L'émétine fait donc vomir en excitant un réflexe qui part de l'estomac, gagne le bulbe et a pour agent centripète la portion gastrique des nerfs pneumogastriques. Ce fait n'est pas en désaccord avec l'expérience de Chouppe, qui a vu le vomissement se produire chez un chien après l'injection dans les veines d'une décoction d'ipéca, et rien n'empêche de penser que l'émétine agit sur le noyau bulbaire du pneumogastrique.

Selon Foulkrod enfin les injections hypodermiques et intra-veineuses d'émé-

596 IPÉCACUANHA {emploi médical).

tine produiraient de ralbuminurie, et à la suite le foie continuerait à renfermer du sucre, contrairement à Labbée, d'Ornellas et Pécholier, qui admettent que dans l'empoisonnement par l'émétine Je foie ne renferme plus de glycose.

Après avoir brossé à grands traits l'action physiologique et toxique de l'émétine, c'est-à-dire du principe actif de l'ipéca, passons à l'étude de l'action pharmacodynamique propre de l'ipéca. Cette action nous sera d'autant plus facile à faire que l'action physiologique de l'ipéca est celle de l'émétine, à Jadose près.

La poudre d'ipéca, mise en contact avec la peau dénudée, produit une irritation locale plus ou moins violente. Bretonneau le premier a observé que, insufflée dans l'œil d'un chien, cette poudre peut donner lieu à une inflammation assez violente pour aboutir à la perforation de la cornée, et la conjonctivite est assez souvent observée, on le sait, chez les garçons de laboratoire chargés de pulvériser la racine d'ipécacuanha. C'est en se basant sur ces effets que Bretonneau en arriva à penser que les propriétés vomitives et purgatives de l'ipécacuanha étaient dues aux propriétés irritantes de cette racine sur le canal intestinal. Plus tard Hannay (de Glasgow), partant des idées [de Bretonneau, proposa la pommade à l'ipéca pour remplacer l'huile de croton tiglium.

Inhalée, la poudre d'ipéca provoque de l'irritation des voies respiratoires, de la dyspnée, de l'anxiété précordiale, de la suffocation, un accès d'asthme qui se termine par une expectoration plus ou moins abondante. Pécholier, dans ses expériences, a constaté un curieux effet de l'ipéca, bien propre à fournir l'explication de son efficacité dans la pneumonie et l'hémoptysie, efficacité mise en lumière par Stoll, Trousseau et Peter, entre autres : je veux parler de l'ischémie toute particulière qui frappe les poumons des animaux émétisés ou ipécanisés. Pécholier compare cette anémie à une sorte de saignée du poumon, moyen bien propre à résoudre la congestion, l'engouement ou l'hépatisation pulmonaires. A quoi faut-il rapporter cette ischémie des poumons constatée par Pécholier, Labbée et d'Ornellas, dans leurs intéressantes études expérimentales? A la fluxion intense et dérivative du côté des organes digestifs? A la rareté des mouvements respiratoires et des mouvements du cœur? Je ne sais trop, mais ce qu'il importe de dire, c'est que l'anémie pulmonaire par l'ipéca ne survient que lorsqu'on administre cette racine à dose rasorienne, de façon à abaisser peu à peu les mouvements respiratoires et à provoquer préalablement l'hypercrinie intestinale ; et nous savons que, lorsque l'ipéca est administré avec assez d'énergie ou d'imprudence pour donner lieu au brusque ralentissement de la respiration et de la circulation et à la résolut-on prononcée des muscles expirateurs avant que la fluxion intestinale ait été suffisante et ait eu le temps de dégorger le tissu pulmonaire, il peut survenir de l'hypercongestion, des ecchymoses, et même de l'hépatisation du poumon (A. d'Ornellas).

Ingérée et portée dans l'estomac, la poudre d'ipéca produit des effets variables avec la dose employée, mais au fond toujours identiques. Prise en une seule fois à très-petite dose, de 1 à 5 centigrammes, par exemple, celte substance ne donne lieu qu'à un peu de malaise, à quelques nausées, et parfois à des vomissements chez les personnes très-sensibles. A la dose de 10 à 30 centigrammes, prise également en une seule fois dans un verre d'eau, elle donne sûrement lieu à ces symptômes : salivation, goijt nauséeux, vomissements. A dose plus forte, aux doses ordinaires de 1 gramme à ls%oO, l'ipéca détermine ries nausées d'abord, puis des vomissements qui s'accompagnent de pâleur de la face, de refroidissement de la peau, de sueurs plus ou moins abondantes, de ralentisse-

Il^ÉCACUANHA (emploi médical). 597

meut et d'affaiblissement du pouls, de résolution musculaire avec lassitude plus ou moins vive. Assez souvent à la suite des vomissements il survient de la purgation, mais point de superpurgation comme cela a lieu parfois avec l'émétique.

Ces divers phénomènes dérivent du même fait : impression spéciale exercée sur la muqueuse de l'estomac propagée aux centres nerveux, puis réfléchie dans tout le système du grand sympathique vers les nerfs vagues: d'où il résulte, par suite de l'excitation du système vaso-moteur, de la contraction des capillaires sanguins, de la réfrigération périphérique, des hypercrinies, et comme conséquence de l'excitation des pneumogastriques et des phréniques, des spasmes de la tunique musculaire de l'estomac et des contractions spasmodiques synergiques du diaphragme. Tout cet ensemble symptomatique est donc le résultat d'un acte réflexe qui débute par l'excitation de la muqueuse gastrique par la poudre d'ipéca. Ce qui le prouve, c'est qu'après la section des nerfs pneumogastriques les vomissements ne se produisent plus (Ern. Labbée).

L'action de l'ipéca n'est pas aussi violente que celle du tartre stibié; elle est ordinairement douce et exemple d'inconvénients.

Mais l'ipéca n'est pas toujours vomitif. On sait, en effet, qu'on peut l'administrer de façon qu'il ne produise pas de vomissements. [Administré à trèspetiles doses, aux doses de 1 à 2 centigrammes toutes les demi-heures ou toutes les heures, par exemple, c'est-à-dire à doses fractionnées, suivant la méthode rasorienne, l'ipéca jette le patient dans un état de malaise indéfinissable, avec mal de cœur, tendance à la lipothymie, sueurs générales, etc. Ce sont là des effets contro-stimulants que le médecin recherche parfois et qui sont précienx dans certaines circonstances, nous le verrons.

Administré de cette dernière façon, l'ipéca est peu à peu absorbé. Il circule dans le sang et s'élimine par la peau, Jes glandes salivaires, la muqueuse des voies respiratoires et digestives, le rein, le foie. Rutherford, Vignal et Dodds, ont vu ia bile couler du double dans l'intestin sous l'action de 15 centigrammes d'ipéca par kilogramme d'animal. A la suite, il n'y avait pas d'effet purgatif, mais simplement une plus grande sécrétion de mucus dans l'intestin grêle. L'ipéca est donc un cholagogue et même il ne serait purgatif que parce qu'il est cholagogue.

Cette élimination de l'ipéca peut rendre compte des sueurs profuses, de l'hypersécrétion salivaire, bronchique et intestinale, par suite du passage de l'émétine à travers les glandes sudoripares, les glandes salivaires et les glandules des muqueuse respiratoire et digeslive, et peut-être le phénomène hypercricrinique n'est-il pas purement d'ordre réflexe. Mais ce qu'il y a de curieux, c'est que l'ipéca porté dans l'intestin donne lieu à des effets purgatifs, alors qu'injecté dans le sang il provoque plutôt de la sécheresse de la muqueuse intestinale, que les vomissements aient lieu ou non (Chouppe, Foulkrod).

II. Sy.^ergiques. Auxiliaires. Succédanés. Antagonistes. Les agents synergiques de l'ipéca sont les autres vomitifs. Parmi les antagonistes, nous trouvons tous les stimulants diffusibles et aromatiques, la chaleur et le froid vif. Rappelons que l'atropine peut réveiller le cœur engourdi par l'émétique.

III. Emploi thérapeutique. Bien avant que Pison, à la fois botaniste et médecin, l'ait fait connaître à l'Europe (1672), la racine d'ipéca était employée au Brésil, sa patrie d'origine. Toutefois ce ne fut que lorsque Helvétius (1676) eut guéri le dauphin de la dysenterie avec le remède rapporté d'Amérique par un marchand du nom de Grenier, que l'ipéca prit réellement vogue Louis XIV

398 IPÉCACUANHA (emploi médical).

récompensa Helvétius en lui accordant le privilège exclusif de débiter son remède, mais, par suite de démêlés entre Helvétius et Grenier, ce dernier divulgua la nature et l'origine du remède secret, et dès lors l'ipéca tomba dans le domaine public.

L'ipéca ne remplit pas qu'une indication. Administré comme vomitif, il peut encore l'être comme nauséeux et hypercriniciue, comme anticatarrbal, antihémorrhagique et comme anliphlegmasique dans l'élat puerpéral. Voyons ses diverses indications.

1" De l'ipéca comme vomitif. L'ipéca est un des meilleurs vomitifs que nous possédions. On y a recours journellement dans l'embarras gastrique, avec ou sans fièvre, dans le but de débarrasser l'intestin d'aliments indigestes ou des saburres qui l'encrassent. On l'emploie également pour obtenir la résolution de l'érétliisme pblegmasique ou fébrile, dans le cas de congestion viscérale, pulmonaire surtout, et on a aussi coutume de l'admistrer pour favoriser la diaphorèse ou la sortie des exanthèmes lorsque la fièvre est assez ardente pour y mettre obstacle. On peut encore faire vomir pour couper court par suite d'une brusque révolution à une diarrhée séreuse inquiétante, ou même pour abattre la tonicité des muscles de l'intestin qui s'oppose à la réduction des hernies.

L'ipéca est un vomitif doux qui convient aux enfants, aux personnes peu robustes et lorsqu'on ne recherche qu'une spoliation séreuse modérée. Il ne donne lieu qu'à un petit nombre de vomissements, et avec lui on n'a pas à craindre le collapsus ou la superpurgalion du tartre slibié. Mais pour en obtenir tous les effets il faut prendre certaines précautions. Pour empêcher que la poudre d'ipéca soit rejetée en bloc avec le premier effort de vomissement et que par suite elle n'ait aucun effet, il est indiqué de suivre le précepte de Trousseau, qui divisait la doso d'ipéca en deux ou trois prises qu'il faisait prendre dans de l'eau tiède à dix minutes d'intervalle. Obtenait-il les vomissements qu'il cherchait avec la première dose, il s'arrêtait; celle-ci restait-elle insuffisante, il la renouvelait une et deux fois, s'il le fallait. Dans tous les cas, il n'y a pas d'inconvénient à administrer des doses strictement plus fortes qu'il ne les faudrait pour obtenir l'action vomitive, car les vomissements entraînent au dehors la plus grande partie de la poudre d'ipécaingérée. Trousseau n'hésitait pas à administrer 15 à 20 centigrammes d'ipéca en 4 prises, à dix minutes d'intervalle, aux enfants à la mamelle; il en donnait ordinairement 60 centigrammes aux enfants de deux à douze ans, 1 gramme aux jeunes gens de douze à dix-huit ans, et de 1 à 2 grammes à l'adulte.

Il arrive parfois, mais assez rarement, que la poudre d'ipéca reste dans l'estomac sans faire vomir. Dans ces conditions, il survient de la purgation. Celle-ci du reste se montre dans la moitié des cas, même chez les personnes qui vomissent. C'est une diarrhée sans coliques, qui dure à peine quelques heures, et qui n'est nullement comparable à la diarrhée choléri forme que produit parfois le tartre stibié.

Lorsqu'on veut obtenir des effets vomitifs énergiques, dans certains cas d'empoisonnement, par exemple, on peut associer l'émétique à l'ipéca, 1 gramme d'ipéca pour 5 centigrammes d'émélique.

2" De l'ipéca comme anticatarrhal. A ce titre l'ipéca a été administré dans le catarrhe des voies digeslives, la dysenterie, la cholérine, etc.

Dans le catarrhe bronchique, alors qu'il y a de la fièvre, que l'expectoration

IPÉCACUANUA (emploi médical). 599

est rare ou visqueuse, que la toux est sèche et quinteuse, l'ipéca admistré à faibles doses et souvent répétées est un remède des plus précieux. Il est également eflicace dans le catarrhe suffocant, alors que sur un catarrhe chronique s'est greffé un catarrhe aigu avec fièvre, dyspnée et cyanose. Dans l'emphysème pulmonaire, dans le catarrhe qui accompagne lasthme et la coqueluche, l'ipéca, admistré à doses fractionnées, procure assez souvent un soulagement des plus heureux.

On a voulu expliquer cette action bienfaisante en avançant que l'ipéca donne lieu à une « irritation substitutive » sur la muqueuse des voies respiratoires ou à une « révulsion sécrétoire » sur le tube digestif, mais il paraît bien ovulent que ce n'est pas là la bonne explication. 11 est bien plus vraisemblable que l'ipéca agit sur la sécrétion des bronches qu'il liquéfie et dont il atténue la production en agissant directement sur la muqueuse par laquelle il s'élimine en partie. Les effets contro-stimulants et modérateurs des actes réflexes donnent la clef du mécanisme de son action dans la toux, l'accès d'asthme, les quintes de la coqueluche. A coup sur, dit à ce propos Trousseau, l'ipéca ne guérit pas en quinze jours une coqueluche qui dure ordinairement deux ou trois mois, mais il diminue les quintes de fréquence et de longueur, et avec son usage l'appétit se conserve et le poumon s'enflamme moins souvent, ce qui est bien quelque chose.

Associée à la belladone, à la morphine, la poudre d'ipéca est administrée à faible dose contre la toux pénible et sèche des tuberculeux.

Dauberston, Ilufeland, A. Richter, Budd, ont vanté l'ipéca dans la dyspepsie des personnes sédentaires, ainsi que dans la dyspepsie des hypochondriaques ou des névropathes qui s'accompagne si souvent de constipation opiniâtre, de lourdeurs de tète et de vertiges. Dans le catarrhe chronique de l'intestin, accompagné de coliques et de ténesme anal et avec conservation de l'appétit, l'ipéca donne aussi de bons résultats, surtout lorsqu'on l'associe à l'opium, donné sous la forme de poudre de Dower, par exem|)le. Il en est de même dan; le catarrhe intestinal aigu à forme rhumatismale. Rappelons à ce sujet que, si Magendie et d'Ornellas ont constaté une vive congestion du gros intestin sous l'influence de l'ipéca; que, si Mourson a vu la température du ventre s'abaisser dans les mêmes circonstances, cela est une affaire de dose : l'ipéca congestionne et irrite à forte dose; il décongestionne à doses fractionnées, double effet que l'on a constaté aussi bien sur les organes pulmonaires que sur la muqueuse intestinale.

Dans la dysenterie l'ipéca jouit d'une telle réputation qu'on lui a donné le nom de racine dysentérique. Pison déjà connaissait toute la valeur de ce médicamenl, comptant plus spécialement sur les effets purgatifs, mais regardant le vomissement concomitant comme favorable. Deyner, Gullen, Pringle, recherchaient également à la fois les effets purgatifs et les effets vomitifs. Hillary, au contraire, administrait 15 centigrammes de poudre d'ipéca toutes les trois heures, de façon à éviter le vomissement et à n'obtenir que la purgation. Cleghorn n'agissait pas autrement, associant l'opium à l'ipéca pour prévenir le vomissement avec plus de siireté. Ewart est opposé à cette façon de procéder. Bien qu'il considère les fortes doses comme déprimant et altérant^beaucoup moins la nutrition générale, et bien qu'il administre d'ordinaire près de 4 grammes d'ipéca en douze heures en quelques prises, il cherche cependant aussi à éviter les vomissements. Au contraire Trousseau, partisan des fortes doses et administrant

400 IPÉCA.CUANHA (emploi mkdical).

5 grammes d'ipéca en quatre paquets donnés à dix minutes d'intervalle, rechercliait les effets vomitifs. Ainsi, alors que les uns préfèrent les doses fractionnées et cherchent à éviter le vomissement, les autres estiment les fortes doses préférables et se classent en deux camps, en ce sens qu'alors que certains recherchent à la fois le vomissement et la purgation d'autres ne recherchent que la purgation et font tous leurs elforts pour éviter le vomissement.

Selon John Ewart, la précieuse racine brésilienne conviendrait également aux stades congeslif, exsudatif et ulcéreux de la dysenterie. Au contraire, J. Frayrer estime qu'alors que la dysenterie a atteint le stade ulcéreux l'ipéca n'a plus d'autre utilité que celle d'arrêter les exacerbations et les rechutes et qu'il est alors indispensable de lui adjoindre les lavements au nitrate d'argent.

Delioux de Savignac de son côté s'est toujours loué de l'ipéca administré suivant la méthode brésilienne. Voici sa prescription : on verse un verre d'eau bouillante sur 2, 4, 6 ou 8 grammes de racine concassée d'ipécacuanha, on laisse macérer plusieurs heures, on décante, et le produit obtenu est administré au malade. La même racine qui vient d'être traitée par l'eau bouillante subira quatre fois le même traitement, et le malade ingérera chaque matin la macération ainsi préparée.

A propos du mode d'action de l'ipéca dans la dysenterie, Delioux de Savignac croit que cette substance agit topiquement sur la muqueuse de l'intestin, et qu'elle est susceptible de favoriser la cicatrisation des ulcérations. Aussi ce médecin le recommandait- il en lavements abondants, de manière à remplir toute la cavité du gros intestin. H est plus probable cependant que l'ipéca agit après absorption, alors que l'émétine s'élimine par les glandules de la muqueuse intestinale et par la bile.

L'ipéca n'est pas moins efficace dans la diarrhée cholériforme des jeunes enfants, dans la cholérine des adultes et la diarrhée des phthisiques que dans le catarrhe intestinal ou la dysenterie. Bourdon et Ghouppe ont relaté nombre d'observations qui ne laissent point de doute à cet égard. Bourdon et Chouppe recommandent d'administrer l'ipéca en lavement. Bourdon formule comme suit : Faites une décoction de poudre d'ipéca dans 120 grammes d'eau, décantez; versez de nouveau 120 grammes d'eau sur la même poudre, faites bouillir, décantez ; répétez une troisième fois l'opération et mélangez les liquides obtenus après filtration; vous aurez ainsi environ 200 à 250 grammes de décoction que vous ferez prendre en un seul lavement, à répéter deux fois par jour. De cette façon on arrive à injecter dans le gros intestin des doses de 20 grammes et plus de poudre d'ipéca, et cela, chose curieuse, sans donner lieu au vomissement.

Dans la diarrhée des tuberculeux, Bourdon, Féréol, Constantin Paul, Chouppe, etc., ont constaté l'efficacité de la poudre d'ipéca. Dans 17 cas, Chouppe obtint 15 guérisons, 2 améliorations et 2 insuccès. Moutard-Martin a été moins heureux. Il a essayé la méthode deux fois et n'en a obtenu aucun avantage.

Par quel mécanisme l'ipéca agit-il dans les diarrhées et la dysenterie ? Agit-il par suite d'action vaso-motrice et consécutivement diminution des sécrétions ? Il semble qu'on peut répondre par la négative, car Polichronie, dans des expériences faites sur le nerf de la glande sous-maxillaire et sur la pression artérielle sous la direction de Yulpian, a observé qu'il n'y avait aucune modification vaso-motrice sous l'action de l'ipéca. Reste l'action substitutive dérivant, soit

IPÉCACUANHA (emploi miîdical). AU

de l'action topique directe, soit de l'aclion topique consécutive à l'élimination de l'émétine par la muqueuse intestinale. Les expériences de Chouppe et de d'Ornellas sont favorables à cette hypothèse, car, quand on injecte une décoction d'Ipéca dans le sang ((^houppe) ou de l'émétine sous la peau (d'Ornellas), on voit en effet la muqueuse intestinale se congestionner, puis se sécher. Le même effet, d'autre part, est obtenu sur les glandes sudoripares, puisque l'on a vu les sueurs des phthisiques se tarir sous l'influence de l'ipéca administré à doses faibles et répétées.

2'' De l'ipéca comme antihémorrhagique. L'Ipéca a été très-vanté dans riiémorrliagie. Baglivi a pu le tenir comme un remède héroïque dans ces circonstances, et plus près de itous Trousseau, Peter et d'autres, en ont obtenu d'excellents résultats dans Vépistaxis, V hémoptysie, les hémorrhoides fluenies, la métrorrhagie. Ces faits cliniques n'ont pas lieu de nous surprendre, si nous nous rappelons qu'ils ne font que confirmer l'expérimentation. En effet, nous avons vu que les poumons des animaux empoisonnés par l'émétine ont été trouvés exsangues (Pécholier). C'est à ce titre que l'ipéca jouit d'une grande efficacité dans la congestion et l'apoplexie pulmonaire, et non pas, comme le dit Peter, parce qu'il détermine l'état nauséeux, sinon le tartre stibié amènerait également de bons effets, ce qui n'est pas (Pécholier).

Agent autiliémoptoïque, l'ipéca doit être administré à dose rasorienne, c'està-dire sans qu'on recherche son actioti vomitive. Pécholier conseille le mode d'administration suivant : Ipéca concassé 6 grammes, à faire infuser dans 120 grammes d'eau bouillante; passer et ajouter 50 grammes de sirop de gomme; à administrer par cuillerée à bouche d'heure en heure ou toutes les deux iieures. Pour empêcher le vomissement, il est bon d'y adjoindre quelques gouttes de laudanum.

5" De l'ipéca dans le travail de l'accouchement et l'état puerpéral. De nombreuses observations attestent la valeur de l'ipéca dans la pratique des accoucheurs. En effet, la racine du Brésil est susceptible d'arrêter les vomissements des premiers mois de la grossesse, de maîtriser une hémorrhagie puerpérale, de faciliter le travail de l'accouchement en activant et régularisant les contractions utérines et secondairement en dilatant le col de l'utérus (Carriger). Enfin Récamier et Trousseau en faisaient un médicament d'un usage presque constant chez les femmes nouvellement accouchées, « quelle que fût d'ailleurs l'affection locale dont elles étaient atteintes » : embarras gastrique, phlegmasies gastro-intestinales, suppression des lochies, périmétrite subaiguë, phlegmon des ligaments larges, complications broncho-pulmonaires, « tous désordres, disait Trousseau, qu'il est rare de ne pas voir céder ou amender très-notablement après l'administration de \ à X^^h'd d'ipéca pris en quatre ou cinq doses à dix minutes d'intervalle. 11 va sans dire que l'éminent clinicien de l'Hôtel-Dieu de Paris ajoute que, lorsqu'il y a métro-péritonite, pneumonie ou méningite intenses, etc., l'ipéca, qui modère souvent, n'arrête presque jamais les accidents. Doublet cependant à l'Hôtel-Dieu, et Desormeaux à la Maternité, ont constaté les effets de l'ipéca même dans la fièvre puerpérale.

En résumé, l'ipéca est administré à titre de sudorifique, d'expectorant, d'antispasmodique, dans le catarrhe des bronches, la coqueluche, l'emphysème, la toux quinteuse, l'asthme; comme contro-stimulant dans les pneumonies et les pneumorrhagies ; à titre de substitutif dans l'entérorrhée, la dysenterie, les fièvres, la congestion cérébrale, les convulsions. 11 trouve enfin également son DICT. ENC. 4*. s, XVI. 26

40Î IPOMÉE.

emploi comme vomitif dans les indigeslioiis, les embarras gastro-hépaliques, les empoisonnements.

Modes d'emploi et doses. Comme vomitif, la poudre d'ipéca se donne à la dose de i à 2 fi;rammes, à prendre en deux ou trois fois à dix minutes d'intervalle dans «n peu d'eau tiède. On prépare un vin et un sirop d' ipécacuanha. Ce dernier, très-usité dans la médecine infantile, qui contient 20*centigrammes d'ipéca par cuillerée à café, se donne à la dose de 15 grammes aux enfants à la mamelle et à celle de 50 grammes aux enfants de un à quatre ans. Sydney- Ringer s'est servi avec avantage des inhalations de vin d'ipéca nébulisé, particulièrement dans le catarrhe des bronches.

Comme nauséeux et antiphlogistigue, l'ipéca s'administre à petites doses souvent répétées, 5 à 1 0 centigrammes à la fois et toutes les deux lieures, suivant le contro-stimulisme que l'on désire et la difficulté que l'on rencontre à l'obtenir. Les pastilles d'émétine colorée, qui contiennent chacune environ 1/2 centigramme de principe actif, conviendraient principalement pour cet usage, mais elles sont inusitées et on n'emploie d'ordinaire que les pastilles d' ipécacuanha, dont chacune renferme 15 centigrammes de poudre. On s'en sert à titre d'expectorant et de sudorifique.

Pour les injections hypodermiques on se sert d'émétin^ blanche en solution de 1/50 à 1/20 (A. Gubler, d'Ornellas), et peut-être y aurait-il avantage à lui substituer le chlorhydrate d'émétine, que Ton obtient à l'état cristallin (Glénard).

Enfin l'ipécacuanha est associé au séné dans le sirop de Dessessarts, à l'opium et au sulfate de potasse dans la poudre de Dower. Ch. Debierre.

Bibliographie. — Delioux de Savignac. Mémoire sur l'ipéca. Paris, 1852. — Leprat. Des ipécacuanhas et de l'éméline. Thèse de l'ûcole de pharmacie de Paris, 1854. — Perret. i)e l'emploi thérap. de l'ipécacuanha. Thèse de Paris, 1853. — Pécholieb. Rech. expér. sur l'action pliysiol. de l'ipécacuanha. In Montpellier médic., 186'2, et Bull, de l'Acad. des se, 1863. — Harnack. I}ebe7- die Wirkung der Emetica aiif die quergestreiften Mtiskeln. In Arch. f. exper. Pathol. u. Pharmak., Bd. II et III. Leipzig, 1875. — Ackerj£a>n. llostocker Dissert., 1856. — Weylandt. Echhardt's Beilrâge zur Anat. u. Physiol. Dissert. inaug. Giessen, 1869. — Lefort (J.). Rech. sur l'éméline. ]n Jou7-n. de pharm., IX. Paris,

-1869. Durand. Études des différentes racines d'ipéca. Thèse de l'École de pharmacie de

Paris, 1870. — Ménier. Des ipécas. Thèse de l'École de pharmacie de Paris, 1871. — PlamciioN (C). ^ote sur les ipécas striés. In Journ. de pharm.. t. XVI et XVII, 1872-1873. — D'Ornellas. Mém. sur l'action physiol. et thérap. de iémétine. In Ga:.. méd. de Paris^

1873. Ghouppe (H.). Rech. expér. sur le mode d'action des vomitifs. In Arch. de phys.

Paris, 1875. — Polichronie. Étude expér. sur l'action physiol. et thérap. de l'ipécacuanha et de son alcaloïde. Thèse de Paris, 1874. — Lefort (J.) et Wurtz. Préparation et composition de l'éméline. In Comptes rendus, juin 1877. D.

iPOmËE (Ipomsea L.). Genre de Convolvulacées-Convolvulées, qui a presque tous les caractères des Liserons et qui se distingue surtout par l'extrémité stigmatifère de son style, épaisse, globuleuse, didyme ou biglobuleuse. Le gynécée a un ovaire à 2-4 loges, à 4 ovules ascendants, un ou deux dans chacune de ses cavités. U est rarement 3-loculaire et 6-ovulé. Le fruit est de 2-4-valves, à moins que par exception il n'ait 5 valves, ou ne s'ouvre transversalement en pyxide, ou ne se déchire d'une façon tout à fait irrégulière. Il y a environ 500 Ipomées connues. Ce sont des herbes et rarement des arbustes. Presque toujours ils sont volubiles. Mais parfois ils rampent sur le sol ou se dressent, épineux, subaphylles. Les feuilles, [plus ordinairement bien développées, sont îdternes, entières, lobées ou disséquées, palmées ou plus souvent pennées. Leurs

IPOMÉE. iOj

fleurs sont axillaircs, solitaires ou en cymes. Il y a des Ipomées dans toutes les réoions chaudes des deux mondes.

Le Turbith végétal est VIpomsea Turpethum R. Br. (Convolviiliis Tiirpeihum L.)- ^^^st une plante de l'Inde et de la Malaisie, à tige vivace et à rameaux volubiles, avec des feuilles cordilbrmes, crénelées, velues dessus et dessous, pétiolées. Ses fleurs ont 5 grands sépales inégaux, dissemblables ; les extérieurs velus; une corolle blanche, que l'on a comparée à celles de notre Grand Liseron des haies, et 5 étamines exsertes. La partie employée est la racine qui se rencontre dans le commerce en tronçons de 12-15 centimètres de long, sur 2, 3 de diamètre, pleins ou vides au centre, d'un gris cendré ou rougeàtre à l'extérieur, blanchâtre en dedans et se présentant souvent comme formés de cordons droits ou tordus, soudés les uns aux autres par les bords. Ces cylindres sont gorgés d'un latex qui exsude souvent au niveau des solutions de continuité, sous forme de larmes de couleur jaunâtre et d'odeur nauséeuse.

Vlpomxa JSil Roth (/, cserulea Kœn. — Convolvulus Ml L. — C hederaceus L. — Pharbitis Nil Chois.) est le Kaladana de l'Inde. C'est une espèce annuelle et volubile, à feuilles cordées-trilobées, à grandes fleurs pourvues de 5 sépales linéaires, velus, et d'une corolle d'un bleu pâle ou d'un rose terne. L'ovaire et le fruit sont triloculaires. Les semences sont la partie employée en médecine, officielles dans la pharmacopée indo-anglaise où elles figurent comme purgatif doux. Elles sont triangulaires, à dos convexe, en forme de quartier, avec, en dedans et en bas, un bile profond que surmonte, suivant l'angle interne de la graine, une côte verticale mousse. Le^tout est de couleur noirâtre. C'est l'embryon fortement corrugué-plissé qui renferme leur principe actif, contenu dans des réservoirs vésiculaires, sous forme d'une oléo-résine acre dont la portion résineuse, soluble dans l'alcool, insoluble dans l'éther, est la pharbidine.

L'/. Batatas Lamk {Convolvulus Batatas L. — Bataias edulis Chois.) est la Patate douce, qui sert d'aliment dans les pays chauds. C'est une espèce herbacée, vivace, à branches nombreuses et flexibles, qui portent des feuilles hastées ou trilobées. Ses fleurs, qui paraissent rarement chez nous, où cependant la plante se cultive aisément, sous forme de nombreuses variétés, sont disposées en cymes axillaires, ombelliformes, portées par un pédoncule plus long que la feuille. Ses racines se renflent en partie en masses sphériques, oblongues ou cylindriques, blanches, jaunes ou rouges, charnues, amylacées, sucrées, d'une saveur douceâtre.

L'/. Sescossiana H. Bn est une espèce du Mexique, cultivée dans le jardin botanique de la Faculté de Paris, qui a été envoyée par un pharmacien français, M. Sescosse, comme étant un remède sérieux contre la rage. C'est le Quebraplato oa Espanto vaqueras de San- Luis de Potosi, dont les tiges sont spartioïdes, très-ramifiées, subaphylles, avec de très-petites feuilles pinnatipartites, 24-lobées sur les très-jeunes branches. La corolle et le fruit sont semblables à ceux de 1'/. purpurea, espèce constamment semée chez nous comme ornementale. La portion souterraine est épaisse, irrégulièrement cylindrique et riche en matière résineuse. C'est la partie usitée comme remède.

hl.Jalapa ^VTT., non Pursh (/. Purga Wender. — /, Schiededim Zucc), la plante au vrai Jalap tubéreux, est le type du genre Exogonium. L'/, simulans Ha.nb. donne aussi un Jalap particulier : c'est le J, de Tampico ou Purga de Sierra Gorda des Mexicains. H. Bi\.

Page 1