‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.52Chapitre 16 sur 67 · PORTE · texte numérisé non relu

PORTE

Enfin nous renverrons à l'article Côlon pour ce qui est de l'absorption par

le gros intestin ; nous rappellerons seulement que les recherches faites sur

l'homme semblent prouver qu'il y a absorption de l'eau, de la glycose et des

graisses émulsionnées, et que l'amidon est partiellement transformé en sucre

DICT. ESC. 4* s. XVI. ' 19

UyO INTESTliN (pathologie).

et absorbé sous cette forme. Ouant à l'albumine, Gzerny et Latschenberger ont obtenu des résultats positifs, tandis qu'Albertoni et Markwald en nient l'absorption. Enfin d'après Markwald les peptones injectées à petite dose peuvent être résorbées ; à haute dose, elles amènent la diarrhée.

Résumé. Dans la rapide étude que nous venons de faire, nous avons montré que tous les aliments sont transformés dans le tube digestif et mis en état d'être absorbés. Pour les anciens auteurs, chaque département des voies digestives devait être considéré comme ayant une action spéciale ; on supposait que le ferment d'une portion était détruit dans la portion suivante. La salive était annihilée par le suc gastri({ue, la pepsine par la bile, le suc pancréatique par les acides du gros intestin. Aujourd'hui l'idée qui tend à prévaloir est bien différente: on admet que les divers sucs peuvent se suppléer mutuellement. Munk va jus([u'à dire que la salive additionnée d'acide chlorhydrique peut digérer la fibrine; nous avons vu que la muqueuse gastro-intestinale semble renfermer un ferment saccharifiant, qu'elle peut aussi dédoubler les graisses et suppléer ainsi le suc pancréatique. Ces faits, dont quelques-uns paraissent bien établis, prouvent que les ferments digestifs sont plus diffus qu'on ne l'avait cru tout d'abord ; il n'en résulte pas moins que la plupart des sécrétions ont des fonctions déterminées et excercent plus spécialement leur action sur une classe particulière d'aliments.

A côté des modifications produites sous l'influence des sécrétions glandulaires, les recherches modernes ont montré que les nombreux microbes qui peuplent la cavité intestinale déterminent des transformations non moins importantes; ils opèrent une deuxième digestion, parallèle à celle qui est dévolue aux ferments solubles. Ce ne sont pas là les seuls points dont l'histoire ail été complètement remaniée dans ces dernières années : nous avons montré qu'il en est de même pour l'absorption et que, devant l'insuffisance des théories physiques, on a dû invoquer un processus d'ordre vital. Enfin, il est démontré aujourd'hui qu'une fois absorbées les matières alimentaires doivent encore subir une modification avant de devenir aptes à la réparation des tissus. Pour les substances qui pénètrent par les chylifères ces modifications, à peine soupçonnées, semblent se passer dans les ganglions lymphatiques; pour celles, et ce sont les plus nombreuses, qui entrent par le système veineux, la transformation s'opère dans le foie. « Lorsque les substances ont passé par la veine porte et par le foie, dit Cl. Bernard, elles ont acquis la propriété de i-estcr dans l'organisme et d'entrer comme éléments constituants dans le sang. D'après cela on voit qu'entre les produits des aliments et le sang du cœur, dans lequel ils doivent se rendre, il existe une fonction intermédiaire qui a pour but de rendre assimilables les substances arrivées de l'intestin et destinées à la nutrition ». La digestion intestinale, malgré son importance, ne constitue donc que le dernier stade d'un travail préparatoire. G. -H. Roger

§ IV. Pathologie. Il ne peut exister de monographie complète des maladies de l'intestin, comme on en trouve quand il s'agit des maladies de l'estomac, du foie, des reins, etc. Le sujet présente, en effet, par lui-même beaucoup de difficultés. 11 suffit de noter : les variétés de structure que présente l'intestin dans ses différentes parties et la diversité de leurs fonctions; le rôle qu'il joue dans beaucoup de maladies dont il n'est pas le point de départ : les fièvres éruptiTcs et la fièvre typhoïde en particulier. 11 n'est donc pas tou-

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jours aisé de se tenir en pareille matière sur un terrain bien limité. La seule façon de sortir de cette difficulté nous paraît être de ne considérer comme maladies de l'intestin que celles dont il est le point de départ, dont l'évolution y est nettement circonscrite, et de réserver toutes les autres maladies où le rôle de l'intestin n'est que secondaire, bien que très-important. Il est certain qu'il ne viendrait pas à l'idée de ranger le choléra indien parmi les maladies de l'intestin, non plus que la fièvre typhoïde ou la colique saturnine. Et cependant les symptômes et les lésions intestinales jouent un rôle prédominant dans ces diverses maladies. D'un autre côté on n'hésite pas à considérer l'iléus et les différentes causes d'obstruction intestinale comme une maladie essentiellement propre à l'organe intéressé; l'hémorrhagie suscite, dans l'intestin, des symptômes qui exigent une description particulière, de même que le cancer, la tuberculose, bien que se rattachant à un état général, à une cause supérieure, déterminent, quand les lésions occupent le .tube intestinal, des phénomènes tout à fait spéciaux.

Les maladies de l'intestin ont en effet des traits communs qui les caractérisent. C'est ainsi que les douleurs dans les maladies aiguës y acquièrent généralement une vivacité singulière et impriment à la physionomie du patient un caractère de souffrance tout spécial et qui a été signalé dès les temps les plus anciens. Le rôle considérable (|ue l'intestin joue dans la nutrition lait aisément comprendre le dépérissement rapide qui accompagne les maladies de l'organe. 11 suffit de jeter les yeux sur les malades atteints de diarrhées endémiques pour avoir une idée des troubles profonds que subit la nutrition. L'abondance des pertes incessamment subies, l'absence complète de réparation, en rendent facilement compte. Sous ce rapport les maladies intestinales se relient par des caractères particuliers qui n'ont jamais échappé aux observateurs. Il y a lieu de les mettre en relief et de les présenter comme un des points importants de la pathologie générale de l'intestin. En ce qui concerne la pathologie spéciale cet article ne peut évidemment comprendre que les maladies qui n'ont pas été déjà décrites dans ce Dictionnaire, comme, par exeaï[Ae, les enterai g les, les entérites, la constipation, la diarrhés, etc.

Obstructions intestinales. Nous réunissons sous ce nom toutes les lésions qui peuvent diminuer ou supprimer le calibre de l'intestin et gêner ou suspendre le cours des matières. Tantôt celte lésion dépend d'une maladie qui relève spécialement de la chirurgie (hernies et accidents herniaires). D'autres fois la cause en est plus difficile à découvrir. Les symptômes de l'obstruction se manifestent sans qu'une lésion apparente en donne la raison. Si l'obstruction est complète, il y a étranglement interne. L'iléus, le volvulus, ne sont que des modes du processus morbide, dont les effets sont en définitive identiques. Nous aurons soin d'étudier ces différents modes d'obstruction, d'en rechercher les caractères, principalement au point de vue des modifications qu'elles peuvent apporter au traitement et au pronostic qu'on doit porter sur l'évolution et l'issue de la maladie.

Les causes de l'oblitération intestinale sont multiples. Le rétrécissement simple de l'intestin ne s'observe guère que dans l'intestin grêle. Il est toujours secondaire à quelque lésion qui agit ordinairement de dehors en dedans, comme les lésions péritonéales succédant à des péritonites générales ou locales. Les tumeurs de diverse nature qui peuvent siéger à l'intérieur deTinteslin en diminuent nécessairement le calibre. Cet effet est le plus souvent dû à des produits

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morbides appartenant aux organes abdominaux voisins, ou simplement à des déplacements de ces organes. La mobilité de l'intestin s'oppose en général à ce genre d'obstruction. L'organe fuit en quelque sorte devant l'obstacle. Aussi est-ce dans les parties relativement fixes, au voisinage du caecum en particulier, que les obstructions peuvent plus facilement se produire.

La liste est longue de toutes les causes qui peuvent déterminer l'obstruction et par suite l'oblitération de l'intestin. 11 est assez rare que la constipation seule qui, cbez certains sujets névropathes, peut atteindre des proportions extraordinaires, amène une oblitération persistante. Mais il peut arriver que la circulation des matières dans l'intestin soit, temporairement, mais absolument, interrompue par des accumulations de lôces qui deviennent volumineuses et dures. L'irritation que leur présence détermine suffit ordinairement pour amener un tlux qui délaye les matières et provoque des coliques propres à en faciliter l'expulsion ou, tout au moins, à déterminer l'apparition de contractions énergiques et d'efforts qu'il importe de seconder par des lavements ou des laxatifs. Survient alors une débâcle et tout rentre dans l'ordre pour un certain temps.

Mais la scène change complètement quand il se fait tout d'un coup autour de l'intestin une stricture énergique qui interrompt brusquement le cours des matières. C'est ce qui arrive, par exemple, quand l'intestin s'engage sous une bride dont il ne peut se dégager, ou s'enroule sur lui-même de façon à ne plus être perméable. Tel est le cas du volvulus ou celui de l'iléus. Ailleurs une partie de l'intestin descend pour ainsi dire dans la partie du tube placée au-dessous de lui. Dès que l'engagement d'une anse s'est produit, elle tend à descendre davantage et à entraîner les parties sus-jacentes. La présence de cette anse qui rétrécit l'intestin y amène bientôt une stase des matières et conséquerament une réaction inflammatoire qui contribue à oblitérer complètement la cavité. C'est le mécanisme du volvulus, qui mérite une description à part en raison de son évolution particulière. On voit dans cet aperçu d'ensemble que, quel que soit le mécanisme de l'oblitération, les phénomènes s'enchaînent de la même manière, pour aboutir à un état qui se traduit par les symptômes graves de l'étranglement interne. Quand on étudie l'anatomie pathologique de ces diverses causes d'étranglement, on constate que le mécanisme en peut varier à l'infini sans eotraîner une grande variété de symptômes : nous nous contenterons donc de les signaler brièvement.

Les différents traités classiques se montrent assez embarrassés dans le classement des causes multiples qui peuvent donner lieu à l'étranglement interne. Nous citerons : les étranglements par suite d'une disposition anormale congénitale, d'un vice de conformation qui modifie les rapports des différentes parties de l'intestin. Ces modifications peuvent passer longtemps inaperçues jusqu'au jour oui les rapports deviennent tels que le cours des matières est empêché, d'où les symptômes de l'obstruction. Un diverticulum, un appendice épiploïque, peut s'enrouler autour d'une anse intestinale. Le chirurgien Chopart succomba, dit-on, à un étranglement produit par le passage d'une anse intestinale entre la colonne vertébrale et le mésentère. Dans ce qu'on appelle spécialement le volvulus ou V étranglement rotatoire de Rokitansky, les intestins s'enchevêtrent, forment des nœuds. Les brides qui jouent un si grand rôle dans le mécanisme de l'étranglement sont presque toujours dues à des restes de péritonite. On comprend commentées brides forment des anneaux, des boutonnières dues à des adhérences avec les organes abdominaux, et dans lesquelles l'intestin

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peut s'engager, jtuis s'étrangler. C'est naturellement dans la partie la plus mobile de l'intestin, c'est-à-dire dans l'intestin grêle, que ces faits se présentent. Dans des cas plus rares encore, l'intestin s'engage dans des orifices naturels dont il ne peut se dégager. Blandin a publié une observation d'étranglement dans lequel la plus grande partie de l'intestin grêle avait franchi l'hiatus de Winslow, et Martin Selon a vu à la suite d'une perforation intestinale, due à une invagination, une anse s'engager dans l'ouverture même et s'y étrangler.

Dans la thèse de M. Bonnet, qui remonte à 1830, on trouve un relevé de 40 cas où l'on voit que les brides épiploïques ou celluleuses sont la cause la plus fréquente de l'étranglement, et que dans 21 cas la lésion siège dans la fosse iliaque droite. Il nous paraît inutile d'insister plus longtemps sur les causes et le mécanisme de l'étranglement interne.

De quelque manière que se produise l'obstruction, la constipation et la douleur sont les deux premiers symptômes qui se manifestent. Après quelques selles très-peu abondantes et composées de matières qui sont contenues <lans le bout de l'intestin sous-jacent à la lésion, les déjections se suppriment absolument. Les purgatifs ne produisent d'autre effet que de solliciter des efforts impuissants, des coliques et bientôt des vomissements. La douleur se montre dès le début. Elle est fixe, continue avec exacerbation, augmentant par la pression. Le plus souvent elle est localisée à son origine, mais bientôt elle s'étend aux parties voisines et peut envahir tout l'abdomen, bien que le summum d'intensité corresponde généralement à son point de départ. Au bout de peu de temps le ventre se ballonne. Quelquefois ce ballonnement est disposé de telle façon qu'un examen attentif permet d'apprécier approximativement le siège de la lésion. On voit les circonvolutions intestinales se dessiner sous la paroi abdominale en nodosités plus ou moins mobiles, dans lesquelles on peut distinguer le mouvement péristallique. Les vomissements viennent bientôt s'associer à ce tableau morbide. Toujours très-pénibles, ils apportent d'abord et pendant quelques minutes un peu de soulagement au malade, mais bientôt leur renouvellement met celui-ci dans un état d'indescriptible malaise. D'abord composés de matières alimentaires, de mucus et de bile, ils deviennent promptement stercoraux, dans tous les cas où l'obstacle est au-dessous des parties supérieures de l'intestin grêle. On voit donc quel élément important apporte au diagnostic la composition de ces vomissements coïncidant avec l'absolue suppression des garde-robes. Quand ils se sont répétés pendant un jour ou deux, il semble qu'ils se fassent avec plus de facilité; les efforts sont moins violents, il y a plutôt régurgitation ; à ce moment la physionomie du malade présente un aspect tout particulier. Un amaigrissement rapide de la face se produit en quelques heures. La peau est livide, terreuse, sèche et froide ; les yeux enfoncés, cerclés de noir, le nez aminci, effilé, les lèvres plates et collées aux dents. La dépressioj des forces est rapide et profonde; le malade s'abandonne en quelque sorte. Le pouls, filiforme, s'accélère; aucune boisson n'est supportée au delà de quelques minutes. La voix s'éteint. Le malade souffle ses paroles; c'est le faciès du choléra. C'est celui des maladies péritonéalcs portées à leur plus haut degré d'intensité, le faciès abdominal proprement dit.

Tant que l'obstacle persiste, cet état se maintient, mais il ne peut évidemment se prolonger et c'est affaire de quelques jours. La douleur, l'inanition absolue, ont bientôt raison du patient. Quand 'obstacle est de nature à disparaître ou quand on peut le lever, on voit lapidement les symptômes s'amender.

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La cessation des vomissements, le rétablissement des selles, sont les premiers symptômes de l'amélioration qui ne tarde pas à s'accentuer. Un accident malheureusement fréquent est la perforation de l'intestin. Cette perforation se fait là ouïes tuniques, fortement comprimées ou distendues, s'enflamment, se mor tifient et perdent toute résistance. Tantôt la perloration s'accompagne d"une recrudescence de douleurs; d'autres fois elle est presque indolente et la maladie peut encore se prolonger plusieurs jours avant que le malade succombe. Ce n'est qn'à l'autopsie qu'on reconnaît la lésion. Tous les auteurs qui ont traité avec soin la question de l'étranglement interne ont signalé les phénomènes graves qu'on observe dans la seconde période de la maladie, alors que les vomissements deviennent moins fréquents et que le patient paraît entrer dans une sorte de calme relatif. Ces phénomènes sont ceux que l'on a notés dans l'étranglement herniaire, alors que l'obstacle est levé et que rien ne devrait plus entraver la circulation des matières. C'est alors qu'on voit, à la suite de la période d'agitation caractérisée par les douleurs violentes, les vomissements, etc., le malade se refroidir et tomber dans un état de faiblesse et de coUapsus des plus graves et qui trompe les espérances que l'on avait pu concevoir. MM. Lépine et Daniel Mollièrejont observé dans ces cas des accidents simulant un empoisonnement par l'atropine : rougeur scarlatiiiifûime, mydriase, accélération du pouls, etc. M. le professeur Bouchard nous paraît avoir bien saisi la cause de ces phénomènes qu'il attribue à une véritable intoxication. Il résulte des recherches faites à ce sujet que les matières fécales sont praticulièrement toxiques par les principes organiques qu'elles contiennent, par la potasse et l'ammoniaque particulièrement. A la période des vomissements fécaloïdes l'organisme s'imprègne de tous ces principes délétères dont l'influence toxique se fait rapidement sentir. Plus tard, quand les vomissements ont cessé, et même alors que quelques selles se sont produites, les effets de la pénétration de ces matières se font encore longtemps sentir et mettent le malade dans un état grave. Cette théorie nous explique l'influence avantageuse que peuvent produire dans ces cas les lavages de l'estomac. Nous avons été témoin d'un fait dans lequel ces lavages, pratiqués au moins deux fois dans les vingt-quatre heures, ont permis à la malade de résister pendant plus de huit jours à une obstruction intestinale persistante. Lorsque l'estomac, débarrassé des matières intestinales, avait été bien lavé, un repos relatif de plusieurs heures se produisait. On put ainsi, par des lavages suffisamment renouvelés, éviter à la malade les souffrances et les horribles dégoûts des vomissements fécalo'ides. Malheureusement l'obstruction ne put être levée, mais on comprend de quel secours peut être ce traitement, ne fût-ce que comme traitement palliatif. 11 prolonge d'ailleurs la période durant laquelle l'intervention chirurgicale peut être utilisée et augmente les chances d'une guérison spontanée.

Dans cette exposition symptomatologique de l'étranglement interne nous avons intentionnellement laissé de côté une variété qui, sous certains rapports, mériterait une description à part. C'est l'invagination ou intussusception intestinale. On sait que l'on désigne sous ce nom l'introduction d'une partie plus ou moins considérable de l'intestin dans une autre partie située le plus souvent au-dessQus d'elle, rarement au-dessus. Les invaginations peuvent siéger dans l'intestin grêle ou dans le gros intestin. Le premier peut s'invaginer dans le second.

L'invagination peut être simple, double ou triple, c'est-à-dire qu'un cylindre

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invaginé peut servir à son tour à l'invagination d'une autre partie placée au dessus. Les autopsies ont révélé autant de variétés qu'il est possible d'en imaginer. Nous avons vu que l'invagination pouvait se faire de bas en haut ; c'est l'exception. On a vu le côlon ascendant et le transverse invaginés dans le caecum et celui-ci dans l'intestin grêle.

Des modifications intéressantes se produisent dans les portions d'intestin qui sont le siège de l'invagination. C'est d'abord l'augmentation de volume de l'intestin invaginateur. Les deux muqueuses adossées, mais surtout les deux séreuse*, peuvent s'enllammer et contracter des adhérences. Ces adhérences, quand elles persistent, s'épaississent et deviennent tellement résistantes que les cylindres d'invagination ne peuvent plus se dégager. Survient alors une inflammation violente qui augmente le volume des cylindres; une forte pression s'exerce au niveau des collets; des ulcérations apparaissent en même temps que tous les phénomènes de l'étranglement interne se produisent, les muqueuses s'ulcèrent et des perforations peuvent avoir lieu. Mais c'est ici qu'intervient une terminaison propre à l'invagination intestinale et qui, dans les cas où le diagnostic précis n'a pu être porté, indique sans aucun doute possible la nature de la maladie. Celte terminaison, c'est l'élimination par l'anus d'une partie de l'intestin invaginé et étranglé. Des longueurs considérables d'intestin (près d'un mètre) ont été ainsi éliminées, et dans beaucoup de ces cas les malades ont guéri. Gaultier de Claubry a recueilli 20 cas d'éliminations de portions intestinales invaginées {Journal universel de médecine, 1835). et onze fois la guérison a eu lieu. Ces éliminations de séquestre intestinal sont ordinairement accompagnées de selles muqueuses, sanguinolentes et fétides. On a vu l'intestin éliminé assez bien conservé pour que les différents détails de sa structure, les glandes en particulier, fussent facilement reconnaissables. Cette terminaison a été observée plus ou moins longtemps après le début des troubles intestinaux : de six à trente jours. Pendant quelque temps après l'élimination les malades conservent une douleur locale, sont quelquefois dans l'impossibilité de se redresser; beaucoup se rétablissent promptemenl et peuvent reprendre leurs travaux.

On voit que ce mode particulier d'oblitération intestinale méritait une étude particulière et que sa terminaison assez fréquente par élimination de la partie invaginée permet facilement, à un moment donné, d'établir le diagnostic. D'après les auteurs, l'invagination est mieux reconnue dès les premiers moments de l'obstruction, alors qu'on peut sentir, en palpant avec soin et légèreté l'abdomen, une tumeur volumineuse, oblongue, lisse, douloureuse, plus ou moins mobile, formée par l'accolement des cylindres intestinaux. Dans le mécanisme même de l'invagination on doit reconnaître un rôle prépondérant aux contractions actives de l'intestin invaginateur. Il se contracte en effet sur l'intestin invaginé, comme sur un corps étranger qu'il chercherait à expulser; ce dernier tend à descendre sous l'influence de ces contractions et ce mouvement de descente continue jusqu'à ce que des adhérences se soient formées entre les muqueuses et les séreuses adossées et aient tout immobilisé.

L'obstruction intestinale peut-elle avoir lieu sans obstacle mécanique? Cette variété paraît aujourd'hui établie sur un petit nombre de faits bien observés. Déjà on savait qu'à la suite de la réduction de hernies étranglées on voyait quelquefois persister des symptômes d'occlusion intestinale, bienque l'autopsie même démontrât plus tard une liberté entière de l'anse intestinale réduite.

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Dans certains cas aigus de péritonite le même phe'nomène a été observé sans qu'aucune bride vînt rendre compte de l'arrêt des matières. Des accidents analogues se sont manifestés à la suite de calculs du canal cholédoque ou dans l'inflammation d'un testicule qui n'était pas descendu dans les bourses. Gubler se rendait compte de ces faits par une excitabilité particulière du péritoine qu'il qualifiait du nom de péritonisme. On voit quelquefois chez les vieillards, chez les vieux paraplégiques, s'établir des constipations opiniâtres avec dilatation de l'ampoule rectale et de l'S iliaque. En admettant que la cause première de cet embarras doive être rapportée à un affaiblissement de l'influx nerveux, à une paralysie locale, on conçoit facilement qu'autour de, cette cause viennent se grouper des influences secondaires dues à l'état anatomique de l'intestin : telles que les modifications de la muqueuse dont les glandes sécrètent peu, bien que l'absorption s'exerce encore sur les matières accumulées. Les éléments contractiles de la tunique musculeuse sont atrophiés et les contractions péristaltiques diminuent d'énergie. Une fois les matières accumulées, elles exercent sur les portions d'intestin qui les entourent une pression constante qui contribue certainement à augmenter l'atrophie des éléments contractiles et, par suite, la parésie intestinale. Ces fèces, à mesure qu'elles séjournent, se durcissent et forment des bouchons, des obstacles infranchissables pour les matières qui viennent des parties supérieures. Un tel état ne peut se prolonger sans amener le reflux de ces matières par les voies supérieures, d'où les vomissements stercoraux.

Tout se passe ici à l'intérieur même de l'intestin, sans qu'aucune pression, aucune constriction extérieure, interviennent. La marche de ces obstructions est nécessairement très-lente. Il y a quelques rémissions amenées par des évacuations ordinairement incomplètes, mais, si cet état se prolonge, si un traitement efficace n'intervient pas d'une manière continue, l'obstruction se complète et tous les signes se manifestent successivement. Les obstructions de ce genre sont en quelque sorte spontanées et ne relèvent pas en tous cas des causes que nous avons vues intervenir ailleurs, La paralysie de l'intestin, quelle qu'en soit l'origine, y joue certainement le rôle prédominant. Dans une thèse fort bien faite (1884), M. le docteur G. Thibierge a étudié avec beaucoup de soin ces obstructions sans obstacle mécanique, ces occlusions par paralysie musculaire.

Le diagnostic de l'obstruction intestinale comprend deux points principaux : d'abord reconnaître l'obstruction, et en second lieu en déterminer la cause. Il n'est pas toujours facile au début de reconnaître l'obstruction. Nous avons vu qu'elle a pour principaux symptômes : la douleur violente en un point de l'abdomen, la suppression des selles et les vomissements. Plusieurs autres maladies présentent des symptômes analogues, une violente indigestion, par exemple. Dans ce cas les vomissements de matières alimentaires encore mal digérées et le soulagement que produit cette évacuation, le siège de la douleur, les commémoratifs, fournissent de bons renseignements. L'erreur serait encore plus facile à reconnaître dans les cas où certaines matières toxiques auraient été ingérées. En l'absence de tout renseignement donné par le malade, on examinera avec soin l'état de la bouche et surtout la composition des matières vomies. La douleur violente, les vomissements, la suppression des selles, peuvent se concentrer dans la colique saturnine, mais le ballonnement y fait défaut. Quand le patient donne quelques renseignements et que l'on constate chez lui quelques

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signes d'intoxication saturnine, l'erreur peut être évitée. Mais, si le malade n'a lui-même aucun soupçon d'une intoxication, si l'imprégnation plombique ne se traduit par aucun symptôme, les difficultés peuvent être grandes. Nous en connaissons un exemple chez un étudiant en médecine qui lut visité par les médecins les plus distingués de l'hôpital auquel il appartenait sans qu'on pût être fixé sur la cause des accidents. Le hasard fit découvrir que ce jeune homme, élève fort distingué, se livrait depuis ([uelque temps à des expériences dans lesquelles il faisait un large emploi du blanc de céruse. C'était en effet d'une colique saturnine qu'il s'agissait.

Il n'est pas de praticien qui ne connaisse les erreurs auxquelles peuvent donner lieu des coliques iiépatiques, utérines. C'est surtout au début des accidents que les difficultés s'accumulent. Douleur subite dans un point de l'abdomen; vomissements alimentaires ou bilieux, anxiété du malade, altération des traits. C'est alors qu'il faut observer avec soin et tâcher de préciser le siège, le point de départ, le parcours, les irradiations de la douleur, consulter la forme de l'abdomen. Nous avons vu dans une épidémie de choléra plusieurs faits d'étranglements internes pris pour des attaques de la maladie régnante.

En présence d'un cas de diagnostic difficile, on doit d'abord explorer avec soin l'état des anneaux de l'abdomen. Une fois rassuré de ce côté, le praticien étudiera le siège et les caractères de la douleur, la nature des vomissements, et recueillera tous les renseignements qui pourront lui être donnés. Nous répétons que dans les premières heures de la maladie les difficultés peuvent être insurmontables et ne seront levées que par l'impossibilité de provoquer des selles et par l'apparition dans les matières vomies des produits féca loides.

Quand on croira être fixé à cet égard, tout ne sera pas terminé. Il s'agira de déterminer la cause de l'obstruction, sa nature et son siège. L'exploration minutieuse de l'abdomen sera la meilleure source des éléments de diagnostic. On devra chercher à localiser la douleur, à en trouver le foyer. Nous avons vu que l'invagination donnait lieu à une tumeur plus ou moins volumineuse et que cette variété d'obstruction siégeait souvent chez les entants. On devra explorer avec le doigt et même la main, profondement introduite, le rectum et même l'S iliaque. On pourra donner le chloroforme en pareils cas. L'introduction de sondes œsophagiennes poussées aussi loin que possible, sans violence, peut être un moyen précieux; on s'aidera de lavements qui ramèneront des matières dont on examinera soigneusement la composition. Si, comme il arrive au bout d'un certain temps, le ventre offre des parties ballonnées, on cherchera à recon naître approximativement quelles sont les parties ainsi distendues et peut-être en déduira-t-on quelques données intéressantes sur le siège de l'obstacle.

Mais, on l'a vu, ces investigations n'ont qu'un temps. La suppression absolue des selles, les vomissements fécalo'ides répétés, imposent au médecin l'obligation d'intervenir. C'est la question du traitement qu'il nous faut donc étudier maintenant.

Dès le début des accidents qui annoncent l'obstruction intestinale le traitement a déjà an être institué. Kxciter les contractions péristaltiques et rétablir le cours des matières, c'est l'indication majeure à laquelle on cherchera tout d'abord à satisfaire par les purgatifs et les lavements excitants. Les purgatifs ont cet avantage d'agir sur la généralité de l'intestin, et c'est sur eux qu'on

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fonde gtSncralement le pins d'espoir. D'abord il convient d'employer des purgatifs doux et répétés : l'huile de ricin, les solutions salines. Il faut y insister pendant quelque temps, si le malade les supporte, mais il n'en est pas toujours ainsi. Les purgatifs sont bientôt vomis au même titre que les différentes boissons alimentaires ou délayantes que le malade essaye d'ingérer. Convient-il alors, comme on le fait souvent, de s'adresser à des évacuants plus énergiques? 11 y a danger en pareil cas à persister dans la médication. S'il y a stricture intestinale, on peut l'augmenter ; resserrer le lien dans lequel l'anse est prise, augmenter l'inflammation. Il vaut mieux chercher à calmer les accidents par des applications froides répétées, par l'ingestion de la glace qu'on donnera par petites quantités, après l'avoir pilée, de manière qu'elle arrive en nature dans l'estomac, sans être complètement liquéfiée en traversant l'œsophage. Avant de tenter une nouvelle médication, on administrera des lavements d'eau gazeuse, auxquels on a dîi souvent de beaux succès. Ces lavements se donnent à l'aide d'une sonde œsophagienne que l'on introduit aussi loin que possible et à laquelle on adapte le tuyau d'un siphon deau de Seltz. L'administration des lavements est douloureux. Le gaz qui se dégage dans l'intestin en augmente la distension et provoque de vives coliques. Aussi convient-il de suspendre à plusieurs reprises l'ingestion du liquide et de laisser le malade reposer quelques minutes. Il est souvent difficile d'injecter tout le contenu du siphon. Quand le patient tolère le lavement, on peut injecter le contenu de deux siphons. Pendant l'opération, des gaz sont ordinairement expulsés avec un peu de liquide. Dans les cas heureux, après le retrait du tube, une selle abondante survient; au bout d'une heure, on renouvelle le lavement. Cette méthode, nous le répétons, a souvent donné de beaux résultats dans des cas graves. Elle ne doit jamais être

négligée.

On a encore beaucoup préconisé les applications de courants électriques. L'idée première a été donnée par Leroy (d'Étiolles), en 1826. Le docteur Tripier publia dans la Gaz. des hôpit. (1865) des faits encourageants. Deux ans plus tard (18G5), Slokes donna une observation d'iléus, avec vomissements stercoraux, guéri par des applications galvaniques.

Nous venons de le dire, les ponctions capillaires ont enfin été proposées comme moyen de remédier à la distension intestinale, et de faciliter le cours des matières. Préconisée par Labric dans sa thèse inaugurale (1852), reprise à nouveau par Dieulafoy et ses élèves, qui lui appliquèrent les bénéfices de l'aspiration et donnèrent même des indications précieuses pour l'introduction de la canule dans l'intestin (Cuignet), cette méthode n'a donné cependant que des résultats peu importants, dus surtout à la manière aveugle dont on est obligé de piquer les anses intestinales et à l'insuffisance du bénéfice obtenu même par des piqûres successives sur un très-grand nombre d'anses. En somme, c'est à peine si elle donne de rares soulagements, compensés d'ailleurs par la perte de temps qu'elles occasionnent quant au traitement chirurgical de r étranglement.

Dès la période la plus reculée de l'histoire de la médecine, nous voyons des opérateurs qui, devant l'insuffisance trop fréquente des moyens médicaux, ont tenté d'aller directement détruire la cause des accidents et n'ont pas hésité à aller chercher l'obstacle dans la cavité abdominale dans l'espoir que, cet obstacle détruit, les accidents disparaîtraient aussitôt et qu'ils rendraient aussi la vie au patient. Mais ces tentatives hardies n'ont donné que bien peu de ré

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sultats, et cette intervention n'est entrée dans une pe'riode vraiment scientifique que lorsqu'elle fnt basée sur des diagnostics exacts, et par conséquent sur une connaissance approfondie des phénomènes anatomo-pathologiques de l'occlusion intestinale.

On pourrait diviser l'historique de l'intervention chirurgicale dans les maladies de l'intestin en trois grandes périodes : la première est celle de l'anus artificiel portant sur le gros intestin ; la seconde, c'est l'anus fait sur l'intestin grêle; la troisième enfin, c'est la laparotomie avec toutes ses conséquences et ses perfectionnements consécutifs.

Pendant le commencement du dix-septième siècle quelques chirurgiens font des tentatives de laparotomie : c'est ainsi que Paul Barbette (d'Amsterdam) propose dans les cas désespérés d'ouvrir le ventre; deux chirurgiens inconnus obtiennent même des guérisons rapportées par Bonner et Velse. Mais les succès sont si rares, l'opération paraît si hasardée, qu'Hévin adresse à l'Académie de chirurgie un véritable réquisitoire contre elle et cherche à démontrer, observations en main, que toute intervention chirurgicale en cas d'étranglement interne doit être rejetée comme opération cruelle, difficile et dangereuse. Cependant à la fin de sa vie llévin semble être devenu moins hostile à la pensée d'une opération; I.itire, en J 750, Louis, en 1757, avaient émis l'hypothèse d'une opération possible dans le cas d'imperforalion du rectum ou d'étranglement herniaire persistant après l'opération de hernie étranglée; Benaut (à Joinville en Champagne) dévidait le bout supérieur d'un anus artificiel spontané, qui s'était engorgé de matières fécales, et ivcevait en 1772 les félicitations de l'Académie de chirurgie pour cette hardiesse opératoire. Maisce n'est qu'en 1776 que nous entrons vraiment dans la pratique de l'anus artificiel.

Première période. L'anus artificiel est fait de préférence sur le gros intestin.

Pillore (de Rouen), sur un malade atteint d'obstruction intestinale, consécutive à un cancer du rectum, fit en 1776 un anus artificiel sur lextrémité inférieure du caecum. Le malade mourut vingt jours après, non d'accidents imputables à l'opération.

Pendant la fin du dix-septième siècle, Dubois, Duret, Desault et Dumas, n'hésitent pas à faire des anus contre nature pour des imperforations du rectum, et Dumas même ne répugne pas à l'idée d'en faire autant dans les rétrécissements incurables du rectum. ,

Fine, après avoir fait une laparotomie pour une obstruction cancéreuse de l'intestin, propose d'avoir plutôt recours dans les cas douteux à un anus artificiel portant sur l'intestin grêle.

Gallisen, Amussat, par les procédés auxquels leurs noms sont restés attachés, perfectionnent le mode d'intervention dans les oblitérations portant sur le segment inférieur du gros intestin, tandis que, malgré les succès de Fuchsius, de Beybaud, la laparotomie reste une opération qu'on n'ose faire, la tentative malheureuse de Dupuytren en 1817 n'étant pas faite pour la mettre eu faveur. De même pour l'anus artificiel portant sur l'intestin grêle; malgré le travail de Seckendorf en 1825 et le succès de Marnod en 1838, l'opinion générale lui est défavorable.

Deuxième période. L'anus artificiel est fait de préférence sur l'intestin grêle

500 INTESTIN (pathologie).

Sous rimpulsion d'un mémoire présenté, en 1844, par Maisonneuve à l'Aca demie des sciences, nous voyons les chirurgiens, ayant à leur tête Nélaton, s'attaquer résolument à l'intestin grêle, et, lorsque celui-ci eut fixé les règles de la nouvelle opération, il est généralement admis que le mode d'intervention le plus favorable dans tous les cas d'arrêt des matières est un anus artificiel pratiqué sur l'intestin grêle, tandis que la laparotomie avec ses immenses dangers et ses incertitudes doit être absolument rejetée. Malgré les plaidoyers de Crisp en 1847, de Philipps en 1848, l'Académie de médecine, en 1852, la condamne presque sans discussion.

Cependant à l'étranger quelques chirurgiens, Hilton, Bird, Manlove, Borelli, et chez nous Depaul et Lorquet, la tentent avec succès (1850-1860). Pendant celte période une nouvelle opération, l'ovariolomie, prenait peu à peu acte de naturalisation chez nous et montrait que l'ouverture du ventre, faite dans de bonnes conditions, pouvait donner d'excellents résultats thérapeutiques et familiarisait peu à peu les chirurgiens avec l'idée qu'on pouvait ouvrir la cavité abdominale sans déterminer forcément de péritonite grave.

Troisième période. La laparotomie prend une place de plus en plus importante dans le traitement chirurgical de l'obstruction. Bien que l'entérotomie continue à avoir ses partisans, et que dans certains cas, par exemple, les affections cancéreuses de l'S iliaque et de la partie supérieure du rectum, elle semble être la seule opération possible aux yeux de chirurgiens tels que Richet, Verneuil, la laparotomie, bénéficiant des méthodes de pansement inspirés par les travaux de Pasteur, de Lister et de leurs élèves, devient l'objet de nombreuses recherches de la part de Charpentier, Doliger, Delaporte, Ledentu, Verneuil, Trélat, Terrier, JuUiard, Péan, Bœckel, qui signalent un grand nombre de cas de guérison par la laparotomie. En 1879, la Société de chirurgie admet l'utilité de la laparotomie dans l'obstruction intestinale; en 1886, dans une discussion sur la conduite à tenir dans les plaies de l'abdomen par armes à feu, la majorité de ses membres admet que la laparotomie en elle-même est une opératiou à peu près inoffensive et admet même qu'elle soit employée au titre de simple mode d'exploration !

Pendant ce temps les tentatives opératoires de Rahmdor et Reybard pour pratiquer l'entérotomie et l'entérorrhaphie étaient remises en honneur, et Gussenbauer, Guyon, ne craignaient pas d'appliquer au traitement des obstructions intestinales la résection d'une étendue considérable d'intestin suivie de sa suture. Mais on trouvera tout l'historique de celte partie de la question aux articles Entérotomie et Emérorrhaphie.

Le but de l'intervention chiruigicale dans les cas d'obstruction intestinale a été très-nettement défini par Peyrot dans sa thèse d'agrégation. « Il faut rendre aux matières leur cours normal, ou, si ce but idéal ne peut être atteint, ouvrir du moins aux matières une voie d'échappement artificielle ».

Quand cette intervention doit-elle avoir lieu'/ Il est évident que, étant donné qu'un certain nombre d'obstructions guérissent d'elles-mêmes ou à l'aide des procédés médicaux, on ne doit ouvrir le ventre que si ces procédés relativement bénins ont échoué. Mais il ne faut pas perdre de vue que dans les cas d'obstruction surtout aigus le temps presse, que, plus l'intervention est rapide, plus on a de chances de succès. Si donc vingt-quatre heures après les accidents initiaux la maladie continue à évoluer, ou si l'on voit le malade seulement après ce laps de temps pour la première fois, il faut intervenir tout de suite et

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ne pas s'allarder aux palliatifs, le succès en dépend. Sands et Hutchinson ont parfaitement établi que huit heures après le début des accidents chez les enfiints il n'est plus temps d'intervenir. Chez l'udulte les limites d'intervention s'étendent da\'antage, et surtout dans les accidents consécutifs à des phénomènes d'obstruction chronique, puisque des mois après les phénomènes initiaux on a pu obtenir la guérison (Lhonneur).

A quelle forme et intervention doit-on avoir recours ? Nous n'avons pas à étudier ici les obstructions d'origine ano-rectales et nous renvoyons le lecteur aux articles Anus et Rectum. Dans les obstructions vraies est-ce à l'entërotomie ou à la laparotomie qu'on doit avoir recours?

On se rappelle qu'en étudiant les chapitres Formes et Diagnostic de l'obstruction intestinale on a été conduit à admettre la l'orme aiguë et la forme chronique, et que l'on a constaté en outre que dans chacune de ces formes il existait des cas où le diagnostic était impossible et où l'on était réduit à se contenter d'une supposition parfois bien éloignée de la réalité. Il nous l'aut à propos du traitement tenir compte de ces difficultés et nous chercherons à établir la conduite à suivre dans les trois conditions suivantes : 1° l'obstruction est aiguë, le diagnostic est certain; 2" l'obstruction est chronique, le diagnostic est évident ; 3" l'obstruction présente une forme aiguë ou chronique, mais le diagnostic est incomplet ou incertain.

1" V obstruction est aiguë. Le diagnostic est certain. Les cas d'obstruction aiguë dont le diagnostic est certain sont, comme l'a établi Peyrot dans sa thèse d'agrégation, surtout des invaginations aiguës. Traitées par l'entérotomie, elles n'ont donné que 2 guérisons pour 6 cas (Peyrot), tandis que, traitées par la laparotomie, elles ont lourni 5 guérisons sur fi cas. Il n'y a donc pas à hésiter. En présence d'accidents d'invagination aiguë, il faut faire la laparotomie et, si on tombe sur un intestin gangrené ou perforé, ne pas hésiter à faire une toilette minutieuse de la cavité abdominale, réséquer la ou les parties d'intestin malades et suturer. Bien que les statistiques de Braun et de L.-ll. Petit ne soient pas très-favorables, il nous semble que celte conduite est plus logique que celle qui prétend obvier aux accidents par un anus contre nature, laissant ainsi le malade exposé sans défense à toutes les chances de mort que lui prépare le boudin invaginé parfois sur une longueur de 10 à 50 centimètres, et resté dans la cavité abdominale.

A côté des invaginations aiguës les hernies étranglées et réduites en masses prendraient place dans ce chapitre, si la question n'avait été déjà étudiée à l'article Hernies, auquel nous renvoyons le lecteur.

S*» L'obstruction est chronique. Le diagnostic est évident. La question se présente plus complexe que dans le cas précédent, et il nous faut prendre successivement chacun des groupes qui rentrent dans cette catégorie.

a. Accumulation de matières fécales reconnues. Elle siège toujours dans le gros intestin et principalement dans le caecum : il est évident que dans ces cas l'entérotomie est l'opération indiquée.

b. Compression de V intestin par une tumeur. Ou bien le chirurgien pourra faire disparaître les accidents, soit en enlevant la tumeur ou par la laparotomie on par toute autre procédé, soit en la fixant dans un autre joint de l'abdomen (Kœberlé) ; ou bien il obviera aux phénomènes par des ponctions répétées de la tumeur, par une position imposée peu dans un temps très-long à la malade; ou bien il sera réduit à créer un anus artificiel au-dessus du point

302 INTESTIN (pathologie).

comprimé. On voit que dans ces cas l'intervention s'adresse à la cause de l'obstruction bien plus qu'à ce symptôme lui-même. Dans les cas de tumeur adhérente à l'intestin, Madelung, Billroth, Homans, ont tenté de réséquer et de suturer la partie d'intestin adhérente. Jusqu'ici les résultats ont été peu favoral)les.

c. Les corps étrangers venus par la hoiiche ou Vanus. La laparotomie est l'opération qui s'impose dans ces cas. Suivant l'état des choses, une fois l'abdomen ouvert, ou bien on fera de simples manœuvres destinées à faire progresser le corps étranger dans la cavité abdominale (Verneuil), ou bien on fera l'entérotomie suivie de sutures perdues.

d. Les tumeurs et rétrécissements non cancéreux de l'intestin sont justiciables de l'entérectomie suivie d'entérorrbaphie, bien que jusqu'à présent sur A cas on ait eu 2 guérisons (Kœberlé et Navaro) et 2 morts (Trombetta et Billroth).

e. Les cancers de Vintestin. Dans ces formes d'obstruction le plus souvent on n'est appelé à intervenir que bien tardivement, alors que l'étendue considérable des lésions et les troubles de l'état général ne permettent d'opérer qu'avec des chances bien minimes de succès. Si la lésion siège sur le gros intestin, on obviera aux accidents par un anus contre nature cœcal ou par la colotomie lombaire, par la méthode Calmin-Amussat. Dans la plupart des cas de cancer siégeant sur l'intestin, l'entérotomie en général ou lombaire sera encore la meilleure ressource. Pourtant, dans quelques cas où les lésions organiques qui auront provoqué des accidents d'obstruction n'auront pas une grande étendue et seront bien nettement localisées aux tuniques de l'intestin on pourra, grâce à la laparotomie, réséquer la petite étendue d'intestin malade, puis faire l'entérorrhaphie, mais sans faire grande espérance d'une tentative qui n'a jusqu'à présent donné que des résultats décourageants

(Bouilly).

f. Invagination chronique. Si les accidents aigus datent de quelques heures, et que les autres manifestations ne remontent pas à une époque trop éloignée, Hutchinson (Société de chir. méd. de Londres, 1865) conseille de faire la laparotomie, pensant que dans ces cas les adhérences entre les anses invaginées seront nulles ou peu développées, et qu'il sera possible de rendre à l'intestin sa disposition normale. Mais, d'autre part, Raftînesque (thèse, 1878) indique que dans iO cas sur 25 les adhérences, fortes et presque impossibles à détruire, ne permettaient pas d'extraire l'anse imaginée, et L.-H. Petit, à l'article Entérectomie, nous donne, sur 15 opérations, 15 morts dont Q-Q chez l'enfant et 7 morts pour 2 guérisons chez l'adulte. Et néanmoins, la guérison spontanée étant presque impossible, et l'anus contre nature avec le boudin invaginé restant dans la cavité abdominale ne laissant presque pas de chances de guérison, c'est encore la laparotomie qu'il faudra tenter avec résection de toute l'étendue de l'intestin malade suivie de réunion des deux bouts, tout en sachant fort bien que c'est avec bien peu de chances de succès qu'on va au-devant d'une opération pouvant présenter les plus grandes difficultés.

5" Vohstruction est aiguë ou chronique. Le diagnostic est incomplet ou incertain. Dans ces cas une règle s'impose inflexible au chirurgien : il faut faire la laparotomie. Celte opération, à l'heure actuelle bien réglée dans ses moindres détails, rendue inoflensive en elle-même par l'emploi rigoureux de

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l'antisepsie, s'impose toutes les fois qu'on se trouve en présence d'un cas d'obstruction, dont la cause nous reste douteuse et inconnue. Péan, Manlove, Buchanan, ouvrent le ventre à la recherche d'un obstacle; ne trouvant rien, ils le referment et les malades guérissent parfaitement. D'autre part, un grand nombre des causes de l'obstruction intestinale ne peuvent être reconnues et supprimées, et ne peuvent guérir spontanément que le ventre ouvert. Ce sont les brides diverticules, certaines formes d'invaginations, volvulus, anneaux accidentels et hernies internes.

Mais il faut que cette laparotomie soit faite largement et qu'un examen attentif porte sur toute l'étendue de la cavité abdominale. Faute d'une ouverture suffisante de la paroi, Dupuytren méconnaît une énorme bride formée par l'épiploon roulé en corde. Faute d'avoir fait un examen approfondi, Cruveilhier prend un diverticulum intestinal formant bride pour l'intestin lui-même. Maunder détruit une légère bride et méconnaît un volvulus. Par contre, Teale, Johnston [British Med. Journal), Terrier, Bœckel, en France, et bien d'autres, purent guérir leurs malades, après qu'un examen consciencieux leur eut permis de reconnaître exactement la nature, le siège et l'étendue de l'obstacle.

Enfin, dans quelques cas rares, on ne pourra trouver aucun obstacle pouvant expliquer les accidents. Après avoir bien lavé et antisepsie le champ opératoire, on en sera quitte pour refermer le ventre. Le plus souvent, cette manœuvre ne causera aucun empêchement au rétablissement du malade.

En résumé, nous voyons qu'à de bien rares exceptions près, toutes les fois qu'on est appelé près d'un adulte atteint d'obstruction intestinale vraie, il ne faut pas hésiter à faire la laparotomie.

Livré à lui-même, le malade est presque sur de mourir, 57 guérisons spontanées pour 100 d'après Liechtenstein, tandis qu'opéré il y a 6 pour 7 chances de guérison d'après Peyrot.

Existe-t-il des contre-indications à une intervention? Kous répondons pour les formes aiguës : non. La péritonite, même suraigué, peut être enrayée et éteinte par des lavages antiseptiques et le drainage du foyer. S'il existe une perforation, on pourra toujours réséquer la partie d'intestin malade, suturer bout à bout les bords de la plaie, nettoyer et antiseptier le péritoine et obtenir la guérison du malade. Il nous semble cependant que l'algidité du malade et l'hypothermie indiquent un dénoùmcnt trop proche pour qu'il soit utile d'intervenir. Dans les formes chroniques, c'est l'état général du malade qui devra décider de l'intervention. Si on a affaire à un malade épuisé, en pleine cachexie, il est inutile d'opérer. Si, au contraire, les accidents aigus l'emportent dans l'état du malade, on devra toujours tenter de faire l'extirpation de la partie malade, avec l'espoir de faire la réunion intestinale, ou, si celle-ci est impossible, de créer un anus artificiel, qui pourra assurer encore au patient une survie de quelques mois.

Quelle sera la meilleure marche à suivre une fois la laparotomie faite dans les cas qui ne ressortent pas de l'entérotomie ni de l'entérectomie, opérations étudiées dans d'autres articles de ce Dictionnaire. Le ventre une fois ouvert et largement ouvert sur la ligne médiane, on devra tout de suite chercher le caecum, suivant le conseil de Parrie et Duplay, puis on reconnaît le côlon ascendant. Si ces deux viscères sont aplatis, c'est que la lésion porte sur l'intestin grêle; alors on' suit toutes les anses intestinales en les séparant les unes des autres, jus-

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qu'à ce que l'on arrive sur l'obstacle. Là la conduite à tenir varie suivant la nature de cet obstacle. Si Ton a afl'aire à un simple volvulus sans brides, sans adhérences, suivant le conseil de Dieffenbach, on renverse l'intestin dans un sens opposé à la torsion, on déplisse les anses sur une certaine longueur et on constate que la torsion ne se reproduit pas aussitôt l'intestin lâché. Quelquefois ce temps est fort difiicile et nécessite des débridemcnts importants, comme dans un cas signalé par Reali.

Si on trouve une invagination, ou bien on tombe sur des adhérences très-fortes des deux séreuses, et alors il faut faire, comme nous l'avons dit plus haut, l'entérectomie suivie d'entérorrhaphie, ou bien les adhérences sont peu serrées. Par une traction lente on dégage l'anse persistante, à laquelle on fera subir en même temps quelques mouvements de torsion.

Si l'on rencontre une bride, on s'efforcera de la sectionner entre deux ligatures ; si c'est un diverticule intestinal, on le sectionnera après l'avoir fixé près de sa base par un fort catgut. Si l'intestin est étranglé dans un anneau épiploïque, on dégagera l'anus engagé, puis on le coupera entre deux ligatures.

Si ce sont des adhérences qui compriment l'intestin, on s'efforcera de les rompre avec le doigt lentement et progressivement. Si elles résistent, on cherchera à dégager l'intestin par une dissection minutieuse et en faisant une hémostase absolue. Si les adhérences sont trop intimes ou que l'hémostase présente de trop grandes difficultés, on pourra tenter de réséquer la partie d'intestin correspondante.

Pour l'extraction des corps étrangers, on attirera le plus possible l'anse intestinale hors de l'abdomen, puis, après l'avoir confiée à des aides chargés de l'empêcher de rentrer dans l'abdomen, on la cernera de toutes parts par des flanelles imbibées de solution phéniquées tièdes, afin d'empêcher le contact de matières avec le péritoine, on incisera couche par couche Ja paroi sur une étendue suffisante, pour que le corps étranger puisse être extrait sans danger de tirailler ou de déchirer les tuniques intestinales, puis on fera des sutures et l'on réduira l'anse dfms la cavité abdominale.

Une fois la cause de l'obstruction levée, on vérifiera par des pressions légères sur l'intestin que le cours des matières est rétabli et l'on songera à fermer la cavité abdominale. Ici de nombreuses opinions ont été émises : les uns proposent de laisser dans la plaie des drains plus ou moins longs ; les autres ont proposé même de faire chez les femmes le drainage par le vagin. Il nous semble qu'après avoir soigneusement lavé la cavité abdominale avec des éponges imbibées de solution phéniquée à 5 pour 100, on aura toutes les chances de son côté, sans qu'il soit nécessaire de faire ces lavages à grande eau que Terrillon et plusieurs ovariotomistes ont préconisés. Peut-être pourrait-on réserver ce procédé pour les cas oii l'on craint que des matières fécales soient toutes dans la cavité abdominale.

Telle est la conduite que le chirurgien devra tenir dans les cas d'obstruction intestinale ; nous n'avons naturellement pas eu à parler ici des manœuvres que comporte la laparotomie, dans quelque but qu'elle soit pratiquée. Nous rappellerons en terminant que, quelques progrès que cette opération ait fait faire au traitement chirurgical des obstructions intestinales, les morts sont encore fréquentes, et qu'on a toujours à craindre l'opération, même étant réussie. Ces accidents, si souvent mortels, que Bouchard attribue à une diffusion dans le sang des matières toxiques accumulées dans l'intestin en arrière de l'obstacle,

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et qui, rapidement absorbées, celui-ci enlevé, peuvent tuer le malade par une véritable auto-infection aiguë.

Cancer de l'intestin. Sans être rare, le cancer de l'intestin est une affection beaucoup moins fréquente que le cancer de l'estomac. Nous laisserons de côté le cancer du rectum, dont l'étude et le traitement relèvent plus de la chirurgie que de la médecine et qui a été décrit au mot Rectum. Après le rectum, les parties les plus souvent atteintes sont l'S iliaque, le côlon et le ccecum. Le cancer de l'intestin grêle est peu fréquent, celui du duodénum est souvent une extension du cancer pylorique. La lésion se présente comme dans les autres régions sous forme de squirre ofi d'encéphaloïde. C'est dans la disposition de la matière cancéreuse que se spécilie surtout le cancer intestinal. Il se présente en effet sous trois formes : la plaque, l'anneau, la forme nodulaire. La plaque et l'anneau appartiennent surtout à la forme squirreuse ; le noyau, à la variété molle, à l'encéphaloïde. Il en résulte des aspects assez différents. Dans le cancer en plaques une plus ou moins grande surface de l'intestin est infiltrée et peut constituer un tube rigide et comme cartilagineux. Ailleurs c'est un anneau large qui letient le calibre de l'intestin de manière à permettre à peine le passage du doigt, d'une plume à écrire. Dans la forme encéphaloïde, le cancer se présente ordinairement sous forme de noyaux, de masses fongueuses plus ou moins volumineuses. Ces différentes dispositions amènent une gêne de circulation des matières intestinales : d'où la dilatation de l'intestion en amont de l'obstacle qui se forme et tend à s'accroître. Comme dans tous les cancers, les ganglions s'infiltrent et augmentent de volume. On a trouvé dans les chylifèces tubulaires de la matière encéphaloïde (Andral), ainsi que dans le canal thoracique (Legendre, Société anatomique, 1852). Un travail pathologique se fait à un moment donné au sein de la matière cancéreuse et dans son voisinage, d'oîi la production habituelle d'adhérences entre les tumeurs et les organes voisins. Ces adhérences se présentent souvent sous forme de brides qui relient dans le voisinage du cancer les anses intestinales et les confondent avec la masse cancéreuse en une sorte de magma qui peut acquérir un volume considérable. Là, comme ailleurs, les adhérences ont une influence relativement heureuse en limitant les désordres que peut produire l'évolution du cancer. Celui-ci, en effet, ne tarde pas à se ramollir, à s'étendre par contiguïté aux organes voisins, d'oîi résultent des perforations et des communications qui varient à l'infini. C'est ainsi que l'intestin ulcéré, perforé, peut communiquer avec la vessie, l'utérus, les bassinets, la vésicule du fiel, etc. Ces accidents impriment à la marche de la maladie des modifications qui trompent quelquefois l'observateur. Il peut arriver, par exemple, qu'une masse cancéreuse en voie d'évolution, et qui a produit des accidents d'obstruction intestinale, se trouve tout à coup en communication avec une partie de l'intestin placé au-dessous, de telle sorte que le cours des matières se trouve subitement rétabli et qu'il survint une détente, une amélioration passagère dont il est difficile de trouver immédiatement l'explication. Ailleurs, les adhérences n'étant pas assez solides, la perforation donne lieu à un épanchenient péritonéal et à des accidents rapidement mortels. La compression qu'exercent les tumeurs sur les tissus veineux abdominaux détermine surtout à une époque avancée des épanchements plus ou moins abondants. Ces épanchements peuvent être modifiés par le fait des péritonites qui se déclarent. Il n'est pas rare de trouver le ventre rempli d'un liquide hématique, comme on DICT. ENC i' s. XVI. 20

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le voit si fréquement dans le cancer des séreuses. 11 y a là un triple processus : compression des troncs veineux, péritonites de voisinage et envahissement de la séreuse elle-même parles produits cancéreux.

La symptomatologie du cancer de l'intestin est ordinairement assez obscure, surtout au début, ou quand il occupe des parties peu importantes, telles que l'appendice vermiforme. 11 s'annonce ordinairement dans sa première période par des troubles digestifs et par des douleurs continues, lancinantes, localisées, accompagnées de constipation ou, ailleurs, de diarrhées opiniâtres. Quand on peut constater la présence d'une tumeur douloureuse, fixe dans un point de l'abdomen, le diagnostic s'éclaire singulièrement. Mais il n'en est pas toujours ainsi, surtout quand les symptômes d'obstruction se déclarent, que le ventre est ballonné, douloureux dans une grande étendue. La nature des selles donne des renseignements précieux, et on comprend combien les difficultés du diagnostic sont allégées par la constatation de selles sanglantes, de mélœna. Ce symptôme ne se rencontre ordinairement qu'à une époque déjà avancée de la maladie et correspond à l'ulcération du cancer. L'apparition de la cachexie cancéreuse, des thromboses veineuses, des épanchements abdominaux, lève bientôt tous les doutes, surtout quand une ponction jugée nécessaire donne issue à un liquide sanglant. H faut se méfier de ces rémissions trompeuses dont l'anatomie pathologi(jue nous a fait" comprendre la genèse et qui sont dues à l'atténuation temporaire d'un symptôme grave par suite des progrès mêmes de la lésion déterminant une ulcération avec perforation qui permet à une anse intestinale obstruée de se dégager dans une anse voisine. En somme, les symptômes capitaux sont la tumeur, les hémorrliagies et la cachexie caractérisée.

Il est cependant facile de voir combien le diagnostic doit être difficile en beaucoup de cas et combien il est nécessaire de rapprocher, de grouper les symptômes, d'en étudier la succession, pour arriver à la certitude ou plus souvent à la probabilité. 11 y a des cas où les difficultés s'aplanissent. Les symptômes s'enchaînent et s'associent de manière à rendre l'interprétation facile. Mais ailleurs rien de semblable, et ce n'est que par la marche même de la maladie que sa véritable nature se manifeste. Certes l'apparition d'une tumeur au cours d'une dyspepsie invincible paraîtra suspecte au médecin : mais dans combien de cas une accumulation de matières intestinales, une tumeur de la vésicule du fiel déplacée, un corps étranger, etc., peuvent-ils donner le change? Les selles sanglantes peuvent tenir à toute autre cause qu'à un cancer de l'intestin. Mais déjà ces deux signes rapprochés : tumeur et mélaena, ont une tout autre valeur que s'ils se présentent isolés. C'est donc, nous le répétons, sur l'association, le rapprochement des symptômes: qu'on pourra seulement établir un diagnostic bien motivé : en dehors de cette méthode il n'y a que des pi'obabilités. N'oublions pas, en terminant, d'insister sur le toucher rectal, bien pratiqué, dans ces cas douteux^ 11 est toujours nécessaire et peut livrer la clef du diagnostic.

Dans une maladie fatalement mortelle la question du traitement serait bien secondaire, si on ne devait obéir à l'indication toujours pressante de soulager le malade. Tant que le diagnostic n'est pas indubitablement posé, on suivra les indications fournies par les principaux symptômes: dyspepsie, vomissements, constipation, épanchements séreux, etc. Le régime lacté, si usité aujourd'hui, trouvera encore ici son indication dans la nécessité de donner au malade un aliment réparateur et de digestion facile. Tant qu'on pourra favoriser les selles

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par des laxatifs doux, on les prescrira en observant avec soin comment ils sont supportés, quels en sont les effets. On aidera leur action par des lavements à l'eau de guimauve additionnc's de glycérine. Mais la grande médication repose sur l'emploi des calmants. Le cancer, en général, et le cancer de l'intestin en particulier, sont le terrain de la morphine, dont on augmentera les doses à mesure que le malade s'y habituera. Avant toutes choses il faut lui ménager la souffrance, quand aucun espoir de guérison ne peut persister.

Hémorrhagies l^testinales. Nous ne nous occuperons ici que des hémorrhagies siégeant dans l'intestin grêle, renvoyant à l'article Dysenterie pour les hémorrhagies du gros intestin et aux articles IIémorrhoïdes et Rectum pour les autres. Les hémorrhagies de l'intestin grêle sont souvent liées à des maladies générales : fièvres typhoïdes, varioles hémorrhagiques, tuberculose, altération du sang, maladies du cœur. Elles peuvent dépendre de lésions ayant leur siège dans l'intestin même ou dans les organes voisins. Ce sont celles qui doivent nous occuper spécialement. Ces hémorihagies sont donc, si l'on veut, protopathiques ou deutéropalhiques. Les premières sont certainement les plus rares. Les ulcérations consécutives à la lésion typhique des plaques de Peyer, constituent la cause la plus fréquente des hémorrhagies. C'est à la période d'ulcération qu'on les observe le plus habituellement, c'est-à-dire vers le déclin de la maladie. Mais il y a des formes spéciales où leur abondance donne à la maladie un cachet de gravité. On les voit alors survenir dès le premier septenau-e, et l'on doit admettre que leur mécanisme diffère dans ces deux cas, l'ulcération des vaisseaux ne pouvant être admise au début de la maladie où la congestion exagérée peut seule expliquer l'accident. Dans les fièvres éruptives, en particulier dans la variole hémorrhagique, on devra faire entrer en ligne l'altération du sang, peut-être unie à une lésion des tuniques vasculaires, comme dans le purpura, la fièvre jaune, et dans certaines variétés d'ictères graves. Dans les maladies du cœur, l'autopsie a quelquefois révélé des embolies des artères mésentériques. Les anévrysmes de l'aorte abdominale, ou des gros tissus artériels de l'abdomen, peuvent s'ouvrir dans la cavité de l'intestin et donner lieu à des hémorrhagies d'une abondance foudroyante. Certaines affections siégeant dans l'intestin lui-même y détermineront des hémorrhagies. Le cancer ulcéré en est une cause fréquente. II en est de même des ulcérations simples et plus souvent des ulcérations tuberculeuses ; à une certaine phase de leur évolution les tuniques artérielles sont atteintes par les progrès de la lésion et le sang s'échappe avec plus ou moins de rapidité et d'abondance. Les polypes de l'intestin grêle, qui ne sont pas rares chez les enfants, sont également une source d'hémorrhagies.

L'aspect de l'écoulement sanguin, sa couleur, son abondance, varient suivant ces diverses causes, et on y trouve la source d'indications précieuses.

Quelle que soit la cause qui ait déterminé l'hémorrhagie, pour peu qu'elle soit abondante, elle se traduit par un malaise général avec tendance à la syncope. Le malade accuse souvent une douleur fixe et une sensation plus étendue de chaleur dans l'abdomen. Quand la perte est abondante, le patient peut tomber inanimé et on le trouve nageant dans des flots de sang. Ces grandes hémorrhagies sont surtout observées dans les cas où une ulcération, de quelque nature qu'elle soit, ouvre un vaisseau d'un certain calibre. Dans ces conditions, le sang est ordinairement rutilant et s'échappe en caillots mêlés à de grandes quantités de sang liquide. Quand l'écoulement est peu abondant, le sang n'est

508 INTESTIN (pathologie).

pas immédiatement rendu, il séjourne plus ou moins longtemps dans l'mtestin, y subit l'action des sécrétions intestinales qui le digèrent en quelque sorte, et devient noirâtre. C'est le mélsena proprement dit. Enfin, quand le sang s'est épanché en très-petite quantité, il se mêle aux matières fécales qu'il colore en noir et peut même se présenter sous forme d'une sorte de poussière hématique assez facile à reconnaître par l'addition d'une certaine quantité d'eau. Notons les signes qui accompagnent toute hémorrhagie. Nous avons parlé de la syncope, à laquelle se lient la petitesse du pouls, la pâleur des téguments, la faiblesse des muscles, etc.

On doit toujours examiner avec soin l'aspect du sang expulsé; on tirera de cet examen des renseignements importants. Nous venons de voir que l'abondance de l'hémorrhagie se relie plus particulièrement aux ruptures vasculaires importantes. La couleur du sang est également une source d'indications; à moins que l'hémorrliagie n'ait été foudroyante, le sang est rarement rutilant quand il a dû traverser une certaine longueur d'intestin. Il en est tout autrement quand la lésion hémorrhagique est située dans les parties inférieures, dans le côlon ou l'S iliaque, dans les veines rectales. Chez certains sujets, chez les enftmts particulièrement, il est souvent difficile de reconnaître même approximativement l'origine de l'hémorrhagie. C'est ainsi qu'une simple épistaxis peut fournir une quantité de sang considérable qui prendra issue par les vomissements ou par les selles. Il suffit que cette épistaxis ait eu lieu pendant le sommeil. Le sang est avalé, traverse le tube digestif et donne lieu à une selle hématique dont l'origine est souvent méconnue.

Le diagnostic d'une hémorrhagie intestinale comprend donc plusieurs points. D'abord, reconnaître la matière de l'évacuation. Quand la selle est noire, elle peut être confondue avec une selle colorée par le charbon ou par le sousnitrate de bismuth. S'il y a hésitation, on devra s'enquérir des commémoratifs et on traitera la selle par Teau; ou sera bientôt fixé sur la nature de la matière suspecte.

On devra pour connaître l'origine de la selle tenir compte de l'état antérieur et actuel du malade, fébrile ou non. On reconnaîtra assez facilement si on a affaire à un typhoïdique, à un tuberculeux. Si on n'est pas fixé, il faudra examiner avec le plus grand soin l'état du tube digestif, explorer minutieusement l'abdomen, de manière à reconnaître s'il y a quelque bosselure, quelque tumeur, une lésion organique appréciable. On n'oubliera pas, si on a quelques doutes, d'explorer les fosses nasales et l'arrière-bouche. L'examen de l'anus, le toucher rectal, ne seront pas négligés dans les cas difficiles. Tous les renseignements tirés de l'âge du malade, de l'état habituel de la santé, seront mis à profit. C'est ainsi qu'on soupçonnera plus souvent la présence d'un polype chez un enfant que chez un adulte. Quelquefois la cause de l'hémorrhagie sautera, en quelque sorte, aux yeux. Ailleurs, l'examen le plus minutieux suffira à peine pour établir quelque présomption.

Nous avons vu que l'abondance seule de l'hémorrhagie pouvait la rendre mortelle. Le pronostic variera nécessairement suivant la cause reconnue ou présumée de l'accident. Moins grave chez un jeune typhoïdique, il sera nécessairement tout différent dans un cas de tumeur cancéreuse, de tuberculisation, d'anévrysme présumé, etc.

En présence d'une hémorrhagie intestinale, il y a peu de règles fixes, et le praticien se guidera d'après les indications individuelles. Si l'hémorrhagie est

INTESTIN (pathologie). 309

abondante : repos absolu, glace intra et extra par petites cuillere'es à café et par quarts de lavement. On aura soin de faire avaler la glace plus ou moins fragmentée ou pulvérisée, de façon qu'elle arrive à l'état solide à l'intérieur. Des applications glacées seront faites sur l'abdomen et suffisamment renouvelées. On prescrira les médicaments liémostatiques" l'ergot de seigle, l'ergetine, qui agit très-bien en injections sous-cutanées; certaines formules comme l'eau de Lécbelle, de Pagliari, qu'on donne par cuillerées rapprochées, et qui sont absolument inoffensives. L'opium, les injections de morphine, seront indiquées en cas d'intolérance absolue de l'estomac.

Une fois l'hémorrhagie arrêtée, il faudra relever les forces du malade par une alimentation prudemment ménagée. Les aliments froids, le lait glacé, rendront en pareils cas de grands services. Règle générale : les aliments devront être très-facilement assimilables et nourrissants sous le moindre volume possible: œufs, consommés, viandes peu cuites et très-divisées. On n'avancera dans l'alimentation qu'avec la plus grande prudence et en consultant l'état des sécrétions abdominales, on évitera soigneusement tout ce qui peut congestionner et irriter le tube digestif. Le régime lacté rendra dans beaucoup de cas des services qu'on demanderait vainement à toute autre alimentation. •

Corps étrangers iotestinaux. Il ne faut pas comprendre sous ce nom les entozaires, les calculs biliaires, les concrétions intestinales. Tous ces produits ayant leur origine dans l'intestin ou dans les annexes, on doit réserver la dénomination de corps étrangers à tous ceux qui arrivent de l'extérieur après avoir été avalés.

Les recueils fourmillent de cas très-curieux dans cet ordre de faits. Les corps étrangers rencontrés le plus fréquemment sont les noyaux de fruits, de cerises en particulier, des fragments d'os, des pièces de monnaie, etc. L'appendice vermiforme en renferme souvent. On perdrait ^on temps à rechercher tous les faits singuliers qui ont été signalés. Les services d'aliénés en fournissent beaucoup.

Il vaut mieux envisager tous ces corps étrangers au point de vue des accidents qu'ils peuvent produire. Beaucoup sont pour ainsi dire inoffensifs et séjournent plus ou moins longtemps dans l'intestin avant d'être expulsés par les selles. Il en est d'autres qui déterminent rapidement des accidents graves : tels sont les corps tranchants ou piquants, les morceaux de verre, les fragments d'os en particulier. On est souvent étonné, quand on compulse les observations, de voir combien sont variés les procédés d'élimination. Les accidents produits se rapportent à l'inflammation et, dans les cas plus graves, à des perforations intestinales, péritonites, etc. Quelquefois on reconnaît facilement la cause de la maladie, quand le malade a fourni des renseignements suffisants. Ailleurs on reste dans le doute, et on ne peut agir que sur les symptômes observés. C'est le plus souvent la conduite que devra suivre le médecin. Lorsqu'au contraire il aura pu être éclairé par des renseignements précis, il y aura d'autres indications à remplir et elles motivent souvent l'intervention chirurgicale.

Si les corps avalés sont de petit volume, on peut espérer que quelques légers laxatifs, aidés du repos, des émollients, pourront permettre d'attendre l'expulsion. On sait par expérience que les corps piquants, les aiguilles surtout, peuvent être rendus après des mois et des années. En pareil cas, on devra s'abstenir de toute médication pouvant amener des mouvements énergiques de l'intestin.

510 INULOÏDE.

Quand le corps ingéré est volumineux, quand la palpation peut en de'terminer la position, si les accidents deviennent graves, le chirurgien devra ouvrir l'abdomen, aller à la recherche du corps étranger et l'entraîner en incisant l'intestin, avec toutes les précautions usitées en pareil cas. On sait aujourd'hui jusqu'où peut aller dans nos opérations la hardiesse chirurgicale justifiée par des succès inespérés. Blachez.

INTESTIIV (Gros). Voy. Intestin, Caecum, Côlo>, Rectum.

IIVULA. V07J. AUHÉE.

mULilVE. C^H'OO», on d'après Kiliani 6(G«H'»0*) + lV-0. Synonyme : Dahline. C'est un triglycoside qui se trouve dans la racine de VInula helenium, de la chicorée, du pyrèthre, dans les bulbes du colchique, dans les tubercules du dahlia et du topinambour, dans certains lichens, etc. Pour l'extraire des racines do dahlia ou àlnnla helenium, on fait bouillir ces racines avec de l'eau et un peu de craie, on filtre, on concentre et on abandonne dans un mélange réfrigérant. On redissout le précipité imp(ir dans l'eau bouillante, on soumet au froid, et ainsi plusieurs fois de suite, enfin ou épuise par de l'alcool faible, puis par de l'alcool à 95 pour 100; le résidu est de i'inuline à peu près pure (Kiliani).

L'inuline constitue une poudre blanche fine, insipide, inodore, peu soluble dans l'eau froide ; elle se dissout dans l'eau bouillante en un liquide mucilagineux qui ne forme pas d'empois, comme avec l'amidon, et l'abandonne de nouveau sous forme de poudre; l'alcool la précipite de sa solution aqueuse. L'iode la colore en jaune et non en bleu. Sa densité est de 1,5491. L'inuline dévie le plan de polarisation à gauche. L'ébullition prolongée et les acides la transforment en lévulose fermeatescible, ClI'-O^, dont le pouvoir rotatoire

« = 106 degrés.

Oxydée par l'acide nitrique, l'inuline donne un mélange d'acides formique, oxalique, paratarlrique et glycolique, mais point d'acides acétique, malique, ni saccharique. L. H>.

ll\ULOiDE. C^H'^O^. Nom donné à Vinuline soluble. Ce corps se trouve dans les tubercules de dahlia avant la maturité de la plante. On l'obtient en broyant et exprimant les tubercules ; le suc est précipité par le sous-acélate de plomb pour éliminer les matières albuminoïdes, puis traité par l'hydrogène sulfuré et évaporé à sec au bain-marie. On épuise le résidu par l'alcool et l'on recueille la portion insoluble qui est l'inuloïde.

C'est une poudre blanche amorphe renfermant une molécule d'eau de cristallisation : C^H'"0* -h H^O ; elle perd cette molécule à 105 degrés et fond à 150- 155 degrés ; elle est lévogyre, L'inuloïde est soluble dans l'eau bouillante, qui la transforme à la longue en lévulose ; les acides hâtent cette transformation. Elle se dissout dans le réactif de Schweizer, dans l'ammoniaque, les alcalis, le chlorure de zinc ; elle ne réduit pas le tartrate cupro-potassique, mais bien le nitrate d'argent ammoniacal.

Sous l'influence de l'acide nitrique, elle donne de l'acide oxalique; avec l'acide sulfurique concentré, elle se convertit en un acide-inuloïde sulfurique instable que l'eau dédouble immédiatement. L. Hn^

lODATES, oH

INVAGIXATIOW. Voy. Intestin {Pathologie).

IIW'ERSIOIV. On dit qu'il y a inversion d'organes lorsque ceux-ci, au lieu d'occuper leur position normale, sont placés en sens opposé, le foie à gauche, le cœur à droite, etc. Généralement, chez les monstres doubles, l'un des deux sujets présente une inversion des viscères. L. Mn.

HVVERTÉBRÉS. Dans sa classification du règne animal, Lamarck avait proposé départager les animaux en deux grands groupes : les Vertébrés et les Invertébrés, ceux-ci essentiellement caractérisés par l'absence de vertèbres. Mais ce dernier groupe avait le grave inconvénient, non-seulement de reposer sur un caractère purement négatif, mois encore de comprendre une foule d'animaux très-différents les uns des autres sous le rapport de l'organisation. C'est pourquoi G. Cuvier ne les admit pas et les remplaça par ses trois groupes des Animaux articulés ou annelés. Mollusques et Zoophytes, à peu près égaux en valeur à celui des Vertébrés. 11 en résulte que la dénomiuation d'Invertébrés a disparu depuis longtemps de la série zoologique, et actuellement les animaux qu'elle comprenait se trouvent répartis dans les huit embranchements suivants : Arthropodes {Insectes, Arachnides, Myriapodes et Crustacés), Mollusques, Tdniciers, Bryozoaires, Vers, Échinodermes, Cœlentérés et Protozoaires {voy. ces mots). Ed. Lef.

I1VVERTI1\E. Substance sécrétée par la levîire et douée de la propriété d'hydrater et d'intervertir la saccharose avant toute fermentation alcoolique. On ne l'a pas encore obtenue pure, mais toujours mélangée de gomme ou de dextrine.

L'inverline dédouble très-rapidement et à froid la saccharose, mais elle est sans action sur la lactose, la maltose, l'inuline, la gomme ou l'amidon. En présence de l'alcool absolu, elle perd ses propriétés diastasiques au bout de quarantehuit heures. Ses solutions ne se coagulent ni par la chaleur, ni par l'acide acétique et le chlorure de sodium. L. Hn.

lODAL. C^Hr^O. Analogue au chloral et au bromal, se produit dans l'action de l'iode sur un mélange d'alcool à 95 degrés et d'acide nitrique; il bout à 25 degrés; traité par la potasse, il donne de l'iodoforme et de l'acide formique. L. H.v.

lOBATES. Propriétés générales. Les iodates ont pour composition 10"'M'. L'acide iodique, suivant M. Frémy, forme quelques sels acides, principaiement avec la potasse. Les iodates neutres, IO''K, sont très-peu solubles, tandis •que les iodates alcalins, surtout celui de sodium, sont très-solubles ; il en est ■de même des iodates de calcium, d'argent, etc.

Les iodates sont pour la plupart décomposés par la chaleur; plusieurs laissent •dégager de l'oxygène et des vapeurs d'iode; d'autres, comme les iodates de potasse, de soude et de chaux, dégagent seulement de l'oxygène et laissent un résidu d'iodure.

Les acides sulfureux et sulfhydrique s'emparent de leur oxygène et mettent l'iode en liberté. Les iodates projetés sur des charbons rouges en activent la •combustion, mais avec moins de vivacité que les chlorates

312 IODE (chimie).

Les iodates solubles donnent avec l'azotate d'argent un précipité d'iodate d'argent soluble dans l'ammoniaque, mais insoluble dans l'acide azotique, ce qui le distingue des hromates.

Pour l'iodate de potasse, voy. Potassium; pour l'iodate de soude, voy. Sodium; pour l'iodate de calcium, voy. Calcium; pour l'iodate d'argent, voy. Argejît. L. Hn.

IODE. § I. Chimie. C'est en i8H que Courtois, le premier, signale l'iode dans les eaux-mères de la soude brute des varechs [Afin, de chimie, t. LXXXVIII, p. 504) ; Lerojer et Dumas {Biillet. de la Soc. d'émulation, févr., 1812), Gay-Lussac [Ann. de chimie, t. XCI) et II. Davy, je recherchent dans les plantes marines {Ann. de chimie et de physique, 1815), et c'est vers le commencement de 1820 seulement, que le docteur Cointet (de Genève) soupçonne et reconnaît que la guérison du goitre obtenue par l'éponge brûlée, la poudre de chêne marin (aethiops ou éthiops végétal), dépend de l'iode contenu dans ces substances.

L'iode (du grec mB-nç, violet), ainsi nommé par Gay-Lussac à cause de la couleur violette de sa vapeur, est très-répandu dans la nature. On le rencontre dans les trois règnes, mais non à l'état libre; c'est à l'état d'iodure de potassium ou de sodium qu'il existe dans la nature organique et inorganique; il est rangé parmi les métalloïdes, à côté du chlore et du brome, avec lesquels il a beaucoup d'analogie.

C'est surtout dans les plantes marines qu'on le rencontre en plus grande quantité. M. Ghatin l'a trouvé dans plus de 500 plantes de toute espèce, dans les cendres ordinaires de végétaux terrestres et marins, dans les potasses et tous les produits chimiques où cet alcali intervient; dans les soudes, les sels des marais salants, dans les eaux de la mer, dans beaucoup d'eaux minérales, mais en plus petite quantité dans les eaux de source, de pluie, dans l'air; Niepce, Filiiol, Dermigny, E. Marchand, ont constaté l'existence de l'iode dans divers produits alimentaires, dans le Vm, le cidre, le poiré, etc., et dans de nombreux terrains, etc. Miiller l'a trouvé dans le cresson et Personne dans le Jungermania pinguis; Lang dit qu'il existe dans le suc de betterave, mais il provient sans doute dans ce cas de la potasse employée à la préparation.

L'iode abonde également dans le règne animal, les éponges, les mollusques et les polypiers marins qui le contiennent sont indiqués par Balard; Gmelin l'a trouvé dans l'huile de foie de morue; suivant Chatin, il existe dans le lait, les œufs, les poissons de mer. Les micro-organismes des eaux thermales en contiennent, mais ce sont les végétaux marins et notamment les Fueiis, Gelidium, Sphœrococcus, llelminthocorton, Ulva, Pavonia, Zostera, qui le contiennent en plus grande proportion.

Le règne minéral n'est pas moins riche en iode que les deux autres règnes de la nature. Cantu et Angelini en ont signalé la présence dans les eaux minérales sulfureuses, Boussingault dans de nombreuses sources iodifères, Grange dans les eaux salines de Berce; Gaultier (de Claubry) l'a retiré de l'eau de mer, Yauquelin, d'un minerai d'argent du Brésil; Del Rio, de l'argent corné du Temeroso; on l'a rencontré combiné à l'argent à Zacatekas (Mexique). Des eaux ferrugineuses et des terrains voisins, analysés par Lambert, ont révélé la présence de l'iode. Les environs de Saxon (Valais) offrent, dit-on, une roche

IODE (chimie). 513

dolomilique qui émet continuellement des traces de vapeur d'iode, et cet élément existe également à l'état de liberté dans les eaux qui sourdent de ces roches.

En France, les principales sources d'eaux minérales où l'on trouve l'iode sont celles de Salins (Jura), de Salles (Hautes-Pyrénées), de Plombières (Vosges), celles d'Aix, de Challes en Savoie, etc. ; et depuis qu'à l'aide de procédés plus délicats on s'est mis à la recherche de ce mélalloïde, dans les différents produits de la nature, il n'est guère d'eaux minérales où l'on n'ait rencontré des traces d'iode.

L'analyse chimique, en faisant découvrir l'iode dans une foule de substances où auparavant on n'en soupçonnait pas la présence, est venue fournir l'explication des vertus curatives fort anciennement connues de ces substances, dans les affections où les iodiques sont administrés aujourd'liui avec succès.

ExTRACTiOiN DE L IODE. Uu grand nombre de procédés ont été proposés pour l'extraction de l'iode; parmi les principaux se trouvent celui de Courtois, de Soubeiran, de Berzelius et Liebig, de Baruel, enfin celui de Tissier, qui est le plus généralement suivi par ceux dont l'industrie est d'extraire en grand l'iode des eaux-mères. Un travail préparatoire, commun à tous les procédés d'extraction, consiste à lessiver les cendres de varech par l'eau, à concentrer les liqueurs à plusieurs reprises jusqu'à ce qu'elles refusent de cristalliser. Ces cristallisations successives ont pour but de séparer les chlorures de sodium et de potassium, les azotates, sulfates et carbonates de soude et de potasse que renferme le liquide lixiviol, et qui représentent de 53 à 75 pour 100 de sels solubles. Voici le procédé d'extraction le plus généralement suivi : on épuise par l'eau les cendres des plantes qui renferment l'iode, et l'on évapore la solution aqueuse de manière à faire cristalliser le chlorure de sodium, le chlorure et le sulfate de potassium, qu'on sépare en se fondant sur les différences de leur solubilité à froid et à l'ébullition; le carbonate de sodium se concentre ainsi en même temps que l'iodure dans les eaux-mères, dont la densité s'accroît naturellement avec leur proportion; lorsque les eaux-mères marquent 50 à 60 degrés, on les emploie à l'extraction de l'iode.

Pour cela on les sature avec un léger excès d'acide sulfurique et l'on fait bouillir; on décompose ainsi le carbonate de soude; la liqueur, séparée de ce dépôt, sert directement à l'extraction de l'iode.

La liqueur précédente additionnée d'eau, de manière à marquer 25 degrés, est traitée par un courant de chlore, de manière à en être exactement saturée; Piode se précipite immédiatement. Un excès de chlorure serait nuisible, car il redissoudrait une partie de l'iode à l'état de chlorure d'iode soluble; on s'assure de l'exacte saturation en examinant une prise d'essai, qui ne doit donner un précipité d'iode, ni par l'addition de chlore, ni par l'addition d'eaumère; on laisse alors déposer l'iode dans des vases coniques en terre munis d'un double fond, et l'on fait sécher sur des plaques de plâtre ou d'une substance absorbante quelconque ; cette opération se fait dans des cornues de grès chauffées au bain de sable, y compris le col, pour empêcher qu'il ne s'obstrue par la condensation de l'iode ; l'extrémité de ce col s'engage dans un récipient de forme ellipsoïdale dans lequel l'iode se sublime; la meilleure température pour sublimer l'iode est de 175 à 180 degrés.

On peut remplacer le chlore par l'acide azotique, qui déplace l'iode des iodures sans qu'on ait à en craindre un excès.

314 IODE (chimie).

On remplace généralement la méthode précédente par la réaction du peroxyde ■de manganèse en présence d'acide sulfurique sur le résidu salin des eaux-mères des cendres de varech évaporées à sec; la réaction se fait très-facilement, et par l'application d'ime douce clialenr l'iode se sublime dans les parties froides de J'appareil :

2 SO*H^ + 2 Kl + MnO^ = SO'K^ 4- SO*Mn 4- 2 H^O 4- P.

Dans ce procédé les chlorures restent dans les eaux-mères, fournissent en ■môme temps du chlore qui peut occasionner des pertes par suite de la formation du chlorure d'iode.

Luchs remplace le peroxyde de manganèse par le bichromate de potasse.

Le salpêtre du Chili renferme des quantités notables d'iode, surtout à l'état d'iodate. Pour en retirer l'iode on peut, comme l'a recommandé Jacquelain, faire agir successivement l'acide sulfureux pour réduire l'iodate, puis le chlore .pour déplacer l'iode de l'iodiire formé et de l'iodure préexistant. On peut aussi transformer l'iodate en iodure par la calcination et séparer ensuite l'iode par 'les procédés ordinaires.

Thiercelin {Bull, de la Soc. chim., t. XI, p. 186) a fait connaître un mode d'exploitation des eaux-mères du salpêtre du Pérou, qui promet de bons résultats. Celte méthode consiste à traiter les eaux-mères par un courant de bioxyde d'azote obtenu par la déflagration d'un mélange de nitre et de charbon. Le bioxyde d'azote réduit d'abord l'iodate en se transformant en composés plus oxygénés de l'azote, réagissant ensuite sur l'iodure pour mettre en liberté l'iode qui vient s'ajouter à celui formé par l'iodate : seulement, comme la liqueur devient très-acide et qu'elle renferme des chlorures, il se produit en •même temps de l'eau régale et par suite du chlorure d'iode : il faut donc neutraliser de temps en temps la liqueur par l'addition de carbonate de soude, produit qu'on obtient eu même temps que le bioxyde d'azote.

Pour obtenir de l'iode pur, Millon recommande de traiter par un excès de chlore une solution d'iodure de potassium, et d'ajouter ensuite à la liqueur •claire une quantité diodure de potassium égale à trois fois celle qui a été décomposée par le chlore; l'iode se précipite de nouveau, il ne reste plus qu'à le laver, le sécher et le sublimer. En général, les procédés que nous venons de décrire fourniront de l'iode pur, si l'on prend pour point de départ des iodures suffisamment purifiés,

Pour obtenir de l'iode absolument pur, dans le but d'en déterminer le poids atomique, Stas a suivi deux procédés distincts : séparation de l'iode de sa solution dans l'iodure de potassium, décomposition de l'iodure d'azote; nous n'insisterons pas sur ces procédés.

Enfin, de tous les procédés pour extraire l'iode, celui qui paraît le meilleur, parce qu'il fournit une plus grande quantité d'iode et qu'il est beaucoup plus simple que tous les autres, est celui de M, Ilerland; il enlève les sels du varech humide par voie de dialyse; le varech frais est immergé dans des corbeilles de fer treillagées au sein d'une série de cuve renfeimant environ 80 kilogrammes de bonne chaux caustique par mètre cube. La chaux pénètre la trame du varech •et les sels chassés tombent dans l'eau. Le temps d'immersion est, en moyenne, de quarante à soixante minutes. Avec une batterie de dix cuves de 6 mètres cubes, on peut lessiver en quinze heures 50 tonnes de 1000 kilogrammes de varech

IODE (chimie). 515

frais; après quoi on évapore à siccité les lessives ainsi obtenues, on calcine en présence d'un léger excès de carbonate de potasse, et c'est tout.

On recueille ainsi une soude très-riche en sels solubles et eu sels de potasse utilisables (chlorure et sulfate) et en iodures alcalins. Le procédé ordinaire fournit en moyenne 15 pour 100 de sels de potasse et 1 pour 100 d'iodure tout au plus. Le procédé Herland donne 45 à 50 pour 100 de potasse et 2 1/2 à 3 pour 100 et quelquefois jusqu'à 5 ou 6 pour 100 d'iodures, lorsque les varechs sont choisis de bonne qualité.

Eu outre, on conserve le goëmon épuisé pour l'agriculture, car il n'a pas perdu par le traitement sa matière azotée, et il est saturé de chaux.

Propriétés physiques. L'iode est un corps solide à la température ordinaire, d'un gris métallique assez éclatant, d'une faible ténacité; il a une odeur suffocante qui rappelle celle du chlore ou plutôt de sulfure de chlore; il cristallise facilement en lames rhomboïdales par sublimation dans une cornue au bain de sable à la température de 50 degrés; les plus beaux cristaux d'iode s'obtiennent en abandonnant au contact de l'air une solution saturée d'acide iodhydrique qui se décompose peu à peu: on obtient ainsi des crislauv octaédriques qui peuvent acquérir un volume assez considérable. Les crislaux d'iode se présentent généralement sous forme d'écaillés ou de paillettes chatoyantes, fragiles, à cassure lamelleuse et d'apparence grasse, d'une couleur noire bleuâtre métallique.

La densité de l'iode à 17 degrés est 4,948 ; il fond à 107 degrés en un liquide brun foncé; sa tension de vapeur est tellement forte à cette température que la majeure partie de l'iode se réduit en vapeur avant de fondre; il entre en ébullition à 175 degrés et il produit une vapeur violette d'une intensité et d'une richesse remarquables. La densité de cette vapeur est 8,716, ce qui donne li^\21 pour le poids de 1 litre.

Propriétés chimiques. L'iode est peu soluble dans l'eau, qui n'en dissout qu'environ 1/7000 de son poids à la température ordinaire; il est un peu plus soluble dans l'eau chaude, mais il est très-soluble dans l'alcool, dans l'élher, le chloroforme, ou bien dans l'eau qui contient en solution soit de l'acide iodhydrique, soit des iodures ou cerlains sels particuliers comme le chlorhydrate ou l'azotate d'ammoniaque, ou bien de l'acide tannique. Ces dissolutions ont une teinte brune très-foncée, tandis que la dissolution aqueuse est colorée en jaune clair; il est également soluble dans le sulfure de carbone et dans la benzine, il leur communique, lorsqu'il est en petite quantité, une belle couleur améthyste; à 15 degrés l'alcool marquant 90 degrés en dissout 1/9 de son |ioids. L'iode tache la peau et le papier blanc en jaune brun, mais cette coloration disparaît par la simple vaporisation spontanée du métalloïde et au contact de l'air. On hâte la disparition des taches d'iode à Laide d'un soluté alcalin ou d'une eau sulfureuse. Nous verrons que lui-même sert à détruire les taches de nitrate d'argent sur la peau ou sur le linge.

La réaction la plus sensible de l'iode, c'est la coloration bleue intense que des traces d'iode communiquent à l'empois d'amidon ou à l'eau qui a bouilli avec de l'amidon. Cette couleur disparaît à 70 ou 80 degrés; elle reparaît par le refroidissement pour disparaître encore par la ehaleur; chaque fois la teinte s'affaiblit, et après un certain nombre de colorations et de décolorations successives elle cesse d'être visible ; on peut par ce moyen déceler dans une liqueur 1/1000000 d'iode. Cette coloration n'a lieu [que lorsque l'iode est à l'état de

316 IODE (chimie).

liberté. Si l'on met de l'amidon en contact avec une solution d'iodure de potassium, on n'a pas la plus légère teinte bleue, mais elle paraît, si on ajoute à la liqueur du chlore, du brome, de l'ozone, de l'acide azotique nitreux, etc.

L'iode a toutes les propriétés chimiques du chlore et du brome. Son énergie est en général inférieure à celle de ces deux corps, nous disons en général, car dans certains cas l'iode l'emporte; le chlore enlève l'hydrogène au brome, celui-ci l'enlève à l'iode, mais, en revanche, l'iode enlève l'oxygène au brome et celui ci au chlore.

L'iode n'est point attaqué par l'air, et ne se combine pas avec Yoxygène gazeux, mais il s'y combine lorsque l'oxygène est à l'état naissant et forme avec ce corps trois composes : anhydride iodeux, PO'; anhydride iodique, PO^; anhydride périodique, l*0^ L'iode et l'hydrogène ne se combinent pas directement dans les circonstances ordinaires, mais en présence de la mousse de platine légèrement chauffée il y a union; le composé qui prend naissance est Vacide iodhydrique, (Hl),qui, comme l'acide chlorhydrique, est gazeux, fumant, soluhle dans l'eau.

L'iode donne indirectement naissance, avec le carbone, à 2 iodures de carbone, et, directement avec le soufre, à \ iodure de soufre; le phosphore, à 5 iodures de phosphore; le chlore, à 2 chlorures d'iode; le brome, à 2 bromures d'iode. L'iode se combine directement à la plupart des métaux et métalloïdes qui s'unissent au chlore, mais avec moins d'énergie, et donne ainsi naissance à des «eis haloïdes nommés iodures.

L'acide azotique concentré transforme l'iode en acide iodique.

L'iode réagit sur l'ammoniaque pour former de l'iodure d'azote, ainsi que sur les hydrogènes phosphore et arsénié.

L'iode exerce sur les substances organiques une action destructive et colore en jaune l'épiderme, le papier, etc. ; cette coloration disparaît sous l'influence d'une élévation de température, si le contact n'a pas été suffisamment prolongé, sinon la matière est complètement détruite. L'iode se combine dans ce cas avec l'hydrogène de la substance organique pour former de l'acide iodhydrique.

Dosage de l'iode. Supposons que l'iode soit à l'état de liberté. On dissout un poids connu de cet iode dans une solution d'iodure de potassium, puis on y verse peu à peu une solution normale titrée et étendue d'acide sulfureux, de façon à décolorer la solution iodurée brune. On note le nombre de centimètres cubes consommés, il est clair alors que l'on a employé trop d'acide sulfureux; on ajoute de l'amidon à la liqueur, on y verse peu à peu une solution titrée d'iode et on s'arrête juste au moment où la liqueur se colore. On a alors tous les éléments pour déterminer la quantité d'iode qui était dans le poids de matière employée, car il s'est produit :

2 H^O -h SO^ -h r- = SO^H^ -h H^ P.

On remplace avec avantage la solution sulfureuse, qui est très-altérable, par une dissolution titrée d'hyposultîte de soude; voici ce que devient la réaction dans ce cas :

P -jr 2S20'Na2 = Nan^ + S*0«Na^

Hyposulfiie Tétralhionate

de soude. de soude.

Pour doser l'iode se trouvant à l'état d'iodure alcalin dans une liqueur sans

IODE (chimie). 317

chlorure ni bromure, on peut opérer par les sels d'argent comme pour le chlore et le brome. Souvent ce procédé n'est pas praticable, parce que la liqueur contient d'autres matières précipitables par le nitrate d'argent. On précipite alors l'iode à l'état d'iodure de palladium. En versant dans la liqueur du nitrate de palladium, qu'on lave, qu'on sèche et que l'on calcine, on pèse le résidu qui est du palladium et, comme on sait que l'iodure de palladium est formé de 127 d'iode pour 53 de palladium, on en déduit le poids d'iode qui était dans la solution.

On reconnaît de très-petites quantités d'iode au moyen du perchlorure de fer. On place la liqueur dans un petit tube, on y ajoute un peu de perchlorure de fer et on chauffe légèrement; l'iode se dégage. On en reconnaît la présence eu suspendant au milieu du tube un papier amidonné, qui bleuit aussitôt. Ce procédé est dû à Bonis.

Dans la plupart des substmces minérales, végétales et animales, qui le contiennent, l'iode y est, suivant Dorvault, à l'état de combinaison avec le potassium; dans les derniers temps surtout on est parvenu, grâce à des procédés ingénieux, d'une délicatesse extrême et cependant pratiques, à constater la présence de proportions infinitésimales d'iode dans des produits où on ne le soupçonnait pas jusqu'à présent.

La présence de l'iode dans les eaux minérales, dans les substances végétales, dans l'huile de foie de morue, est facile à constater par les procédés suivants, qui ont également leur importance dans les cas qui relèvent de la médecine expérimentale et de la médecine légale.

Pour l'eau minérale, on met le résidu desséché de l'eau dans un flacon à bouchon en verre, on verse dessus l'acide sulfurique étendu d'égale quantité d'eau, en ayant soin de ne pas en laisser couler sur la paroi intérieure du col ; on fixe entre le bouchon et le col du flacon un papier enduit d'empois qui descend dans la capacité du flacon au-dessus de la masse et de manière que celle-ci ne puisse y toucher pendant l'effervescence. S'il existe de l'iode, l'empois se colorera en bleu (rose) .

Si le résidu salin de l'eau contenait une forte proportion de carbonate, il faudrait le traiter préalablement par l'acide acétique.

On met dans une capsule de porcelaine une certaine quantité de l'eau minérale; on y ajoute une petite quantité d'un soluté d'amidon, et l'on verse goutte à goutte de l'acide azotique dans ce mélange, jusqu'à ce qu'il se manifeste, au fond de la capsule, une couleur violette, lilas ou rose, selon que l'eau est plus ou moins riche en iode. On agite ensuite avec un tube de verre et, si la couleur obtenue d'abord par l'action de l'acide vient à s'affaiblir ou à disparaître, ce qui est dû surtout à ce que la quantité d'alcali déplacée, ne trouvant pas assez d'acide, s'unit à l'iode, on ajoute une nouvelle dose d'acide, toujours par gouttes et en remuant continuellement, jusqu'à ce que l'on ait obtenu le maximum de coloration; on voit facilement qu'on est arrivé à ce point quand l'intensité de la couleur précédente n'augmente plus par l'addition des dernières gouttes d'acide : un plus grand excès de cet acide ferait disparaître la couleur (Dorvault).

Le soluté d'amidon doit être employé concentré et en excès, surtout lorsque l'on n'a à constater que des traces d'iode; il faut en outre qu'il soit en bon état de conservation. Bonjean, de qui est ce procédé, dit que l'on peut constater ainsi l'existence d'un iodure alcalin à la dilution de 1/4 000 000, tandis qu'à

518 IODE (chimie).

l'aide du chlore on arrive à un résultat d'une sensibilité 80 fois moindre, c'est-à-dire à ne constater la présence dans un soluté que de 1/200000 d'iodure alcalin.

C'est à l'aide de l'eau régale étendue de 60 fois son poids d'eau et de l'amidon que Liebig a pu déceler les traces d'iode qui existent dans les eaux minérales du Darmsladt.

Pour les substances végétales on calcine, par exemple, 50 grammes d'épongé non lavée ou de mousse de Corse dans un petit creuset couvert, puis on traite le charbon qui en provient et encore chaud avec environ 100 grammes d'eau distillée bouillante et l'on filtre. On verse une portion de la liqueur dans un tube de 20 à 25 centimètres de longueur et de 2 à 5 centimètres de diamètre ; cela fait, on ajoute à ce liquide un peu d'empois, et l'on y verse goutte à goutte un soluté de chlore. L'iode rendu libre par le chlore bleuit bientôt l'amidon; en continuant l'addition du chlore, la couleur bleue disparaît el le liquide prend une teinte jaune qui annonce la présence du brome; pour séparer le brome, il suffit alors de verser dans le tube un peu d'cther sulfurique et d'agiter; par le repos, l'éther revient à la surface coloré par le brome et le liquide aqueux se trouve décoloré; on peut ramener celui-ci au bleu en y ajoutant un peu do soluté filtré mis à part; on a alors un iodure d'amidon qui est bleu, recouvert par un soluté éthcré de brome.

En remplaçant le chlore par l'acide azotique non en excès, on obtiendrait immédiatement et à la fois les deux colorations, et il suffirait d'agiter le liquide avec de l'éther pour obtenir un liquide bleu ou violet recouvert d'une couche rougeàtre d'éther brome (Dorvault).

Pour les substances animales (huiles de foie de morue et de raie), on saponifie 250 grammes de l'une de ces huiles par un soluté de soude caustique à 25 degrés en excès, en faisant chauffer sans bouillir, jusqu'à combinaison parfaite et en évaporant le tout jusqu'à siccité. Ce savon est ensuite carbonisé en creuset fermé, et vers la fin de la carbonisation on ajoute assez de carbonate d'ammoniaque pour carbonater l'excès de soude caustique contenu dans le mélange ; le résidu charbonneux est épuisé par l'alcool à 96 degrés bouillant et la liqueur alcoolique évaporée à siccité laisse un léger résidu salin consistant en iodure de potassium (Girardin et Preisser, Kopp), ou bien on dissout le savon de ces huiles dans l'eau; on le décompose par un acide, on filtre et on évapore la liqueur saline à siccité; le résidu cède à l'alcool rectifié de l'iodure de potassium (Dorvault).

L'huile de foie de raie peut donner 0,18 d'iodure par litre et celle de morue 0,15 ^

Pour reconnaître l'iodure dans les liquides de Véconomie, voici un moyen bien simple : il suffit de toucher avec de l'acide nitrique un papier amidonné, imbibé de la salive ou de l'urine des personnes qui prennent une préparation iodée ; on obtient une coloration bleue plus ou moins intense ; pour l'urine, il est quelquefois utile de la réduire préalablement par évaporation à 1/16 de son volume.

Si dans l'une de ces sortes de recherches de l'iode (dans les minéraux, les végétaux, les animaux) on échouait avec les moyens que nous venons d'in-

* D'après Chevalier l'huile de foie de morue contiendrait au contraire plus d'iode que l'huile de loie de raie; cet auteur en indique 0,527 pour l'huile de foie de morue; 0,185 pour celle de raie, et 0,345 pour celle de foie de squale.

IODE (chimie). 519-

diquer, on aurait recours en dernier ressort à l'électricité, procédé indiqué par Sleinberg; on mettrait le liquide obtenu et supposé ioduré dans un verre de montre avec un grumeau d'empois, on ferait plonger le fil positif d'une petite pile dans le grumeau d'empois, et le fil négatif dans le liquide environnant; par la mise en jeu de l'éleclricité, l'empois se colorerait aussitôt en bleu, pourvu que le liquide contînt de l'iode.

Adultérations. Entièrement vaporisable par la chaleur, entièrement soluble dans l'alcool, dans l'étlier, dans la benzine, le chloroforme, et dans le sulfure de carbone, l'iode l'est très-peu dans l'eau à laquelle il communique une légère teinte jaune, mais il se dissout entièrement dans l'eau alcaline. Dans de l'eau légèrement potassée, il se transforme en iodure de potassium ou en iodate de potasse et se décolore. 4 grammes d'iode avec l gramme de chaux vive et 144 grammes d'eau soumise à une courte ébullition forment lentement un soluté parfait, d'une couleur jaunâtre ou brunâtre, si l'iode est pur, mais incolore, s'il y a environ 2/100 d'eau ou d'autres impuretés.

Les substances qu'on ajoute pour adultérer l'iode sont assez nombreuses ; c'est l'oxyde de manganèse, le graphite d'Hochofen ou plombagine, l'oxyde de fer (battitures), le charbon pulvérisé, l'ardoise pilée, le sulfure de plomb, la chlorure de magnésium, de calcium, l'iodurc de soufre, enfin le bitartrate de potasse et l'eau. Toutes les fraudes seront décelées par la sublimation ou l'alcool bouillant ou l'éther, qui laisseraient un résidu. L'iode peut contenir 15 à 20 pour 100 d'eau, ce qu'on reconnaît à ce que l'iode adhère aux parois des vases visiblement humides; en comprimant cet iode avec du papier sans colle, on dévoilerait encore cette fraude. L'essai par la chaux prévient toutes les adultérations; dans celte opération, il se forme de l'iodure de calcium et de l'iodale de chaux qui sont incolores, mais la faible quantité d'iode qui reste et sur laquelle on a calculé suffit pour colorer le soluté en jaune foncé; on peut découvrir ainsi 1/200 d'impureté, en sorte que, si l'iode contient 98 pour 100 d'iode réel, un soluté d'une couleur pâle est obtenu ; s'il en contient seulement 97,72, le soluté est incolore (Dorvault).

CombmaJsons de l'iode. Ces combinaisous sout généralement traitées au nom du corps uni avec l'iode, ou comme l'acide iodhydrique, Viodoforme, l'acide iodique, etc., à leur rang alphabétique; roy. en outre l'article Iodures.

Nous dii'ons un mot ici de quelques composés de l'iode qui ne se trouvent pas traités ailleurs :

Oxyde et peroxyde d'iode. \j oxyde d'iode ou acide sous-hypoiodique de Kâmmerer (PC^) est une poudre d'un jaune brun, inaltérable à l'air, soluble dans l'acide nitrique, avec dégagement d'iode ; le même acide bouillant se transforme en acide iodique; une température de 100 degrés le dédouble en iode et en anhydride iodique ; l'eau le décompose lentement à froid, plus rapidement à 100 degrés. La solution alcoolique de potasse ne l'attaque pas, et ce caractère distingue l'oxyde d'iode du peroxyde.

On l'obtient par l'action de l'anhydride sulfureux à 100 degrés sur l'anhydride iodique (Kaemmerer, Journ. f. prakt. Chemie, 1, LXXXIII, p. 76).

Le peroxyde d'iode (PO^) est une poudre amorphe jaune, insoluble dans l'eau froide, assez stable et se transformant à 180 degrés en iode et anhydride iodique; l'eau bouillante la décompose de même. Traité par les alcalis, ce composé donne des iodates et les produits de l'action de l'iode sur les alcalis :

520 IODE {emploi médical).

l'acide sulfurique ne le dissout qu'à chaud ; l'acide clilorliydrique le décompose avec formation de chlorure d'iode ; il est inaltérable à la lumière.

On prépare le peroxyde d'iode en traitant l'iode pulvérisé par l'acide azotique d'une densité de 4,48 à 1,52; il se forme un composé jaune, renfermant de l'acide azotique, et que l'eau décompose avec production d'acides azotique et iodique et d'iode. Ce produit essoré forme une brique et, exposé sur de la chaux, laisse une coudre jaune qui, lavée à l'alcool et à l'eau, constitue le peroxyde d'iode (Milloii, Annales de chimie et de physique, t. Xll).

Bromures d'iode. On connaît deux combinaisons du brome et de l'iode ; toutes les deux sont solubles dans l'eau; leurs dissolutions décolorent immédiatement le tournesol sans le rougir.

Le prolohromure d'iode (IBr) est solide, d'un brun rougeâlre; il est volatil et peut cristalliser par sublimation. On l'obtient en traitant l'iode en excès par le brome.

Le perbromnre d'iode (IBr' ou IBr^) est liquide, d'une couleur encore plus foncée que celle du brome. On le prépare en faisant agir le brome en excès sur l'iode.

Chlorures d'iode. On connaît deux combinaisons du chlore avec l'iode :

Le protochlorure d'iode (ICI) est un composé liquide jaune rougeàtre, de consistance oléagineuse, d'odeur piquante, de saveur faiblement acide, et plutôt aslriiigcnte ; il est hygrométrique, soluble dans l'eau et l'alcool, qui se colorent en jaune.

On l'obtient en faisant agir le chlore sur l'iode en excès, placé dans un tube de verre.

Le trichlorure d'iode (ICP) et solide est cristallisable, jaune, déliquescent, et répand à l'air des fumées blanches; l'acide sulfurique le précipite de sa dissolution aqueuse ; l'alcool et l'éther anhydre le décomposent en acide chlorhydrique et iodique et proto-chlorure d'iode.

Le perchlorure d'iode se prépare en soumettant l'iode à l'action d'un courant de chlore sec et en excès. L. Un.

§ II. Emploi médical. De toute antiquité on a fait usage de préparations contenant de l'iode ou des iodures : éponge brûlée (Arnauld de Villeneuve), végétaux marins, £ï/u'ops î'epfe^a/ des Chinois. C'est seulement depuis les travaux de Gaultier de Claubry, Coindet, Velpeau, Martin (de Calcutta), et des médecins de notre siècle, que ce métalloïde a été prescrit en nature.

Au reste, très-répandu dans la nature, il existe dans les eaux douces et salées, dans l'atmosphère, d'après Chatin, et dans de nombreuses eaux minérales, parmi lesquelles celles de Salles, Challes, Uriage, Saint-Honoré, Olette, Cauterets, Aix-la-Chapelle, Castel Nuovo-d'Asti, Heilbronn, Kreuznach, Niederbronn.

I. Matière médicale. Parmi les propriétés de l'iode cristallisé, le thérapeutiste doit retenir les suivantes. Ses vapeurs sont irritantes et ses cristaux peu solubles dans l'eau, à moins d'additionner ce véhicule d'un iodure alcalin. Enfin le chloroforme, l'alcool, l'éther, la benzine, le sulfure de carbone et d'autres menstrues, le dissolvent.

IL Altérations et falsifications de l'iode. Impur ou adultéré, il contient des chlorures, de l'eau en excès, ou bien plus rarement des battitures de fer,

IODE (emploi médical). 5"21

de l'ardoise pile'e, du peroxyde de manganèse, du sulfure de plomb, des chlorures de calcium ou de magnésium. .

111. Action physiologique de i.'iode et des iodiques. 1^ Action sur les téguments. Au contact de l'iode avec la peau, on éprouve une sensation d'ardeur, de brûlure ou de picotement, et, si l'irritation se prolonge, des modifications des cellules épidermiques, indépendantes de leur coloration jaunâtre et finalement la desquamation de ces dernières.

A ce point de vue, les expériences de Max Schede sont de haut intérêt. Après le badigeonnage de l'oreille du lapin avec la teinture d'iode, cet observateur notait la turgescence des vaisseaux sanguins, leur dilatation dans le rapport de 4 à 1 et l'infiltration des tissus périvasculaires, foit en rapport avec l'émigration, signalée par Volkmann, des globules sanguins qui, d'après Max Schede {Gazette hebd. de me'd., 4872, p. 752), subissent ultérieurement des transformations graisseuses et finalement sont résorbés.

Sur une plaie vive ou une surface ulcérée, l'iode provoque les mêmes phénomènes : il coagule le pus, produit une sensation de brûlure persistant depuis quelques minutes jusqu'à plusieurs heures et des effets caustiques.

Comment expliquer cette action de l'iode sur les tissus vivants? Par l'affinili' de l'iode pour l'hydrogène, la formation, comme le remarquent Notlmagel et Rossbach, d'acide iodhydrique, dont la puissance destructive est bien réelle, quoique inférieure à celle des composés du chlore et du brome, enfin, par l'affinité de l'iode pour l'albumine et la formation transitoire d'un composé instable, dont la décomposition a pour conséquence la production d'iodhydrates. Les travaux de Bôhm et Berg ont démontré l'instabilité de ces composés albumino-iodés sous l'influence de la coagulation de l'albumine et de la dialyse.

Sur les muqueuses, ces phénomènes d'irritation sont classiques. L'inhalation de la vapeur d'iode pur ou de la vapeur d'eau iodée provoque des accès de toux, du picotement de la gorge, de la pharyngite, de la laryngite et même des bronchites. Les muqueuses oculaire et nasale n'échappent pas à cette action : de là, des conjonctivites et des coryzas accompagnés de céphalalgies, causés par cette irritation directe, qui diffèrent par conséquent des manifestations oculaires et nasales de l'iodisme, c'est-à-dire par saturation de l'organisme ou pendant l'élimination des préparations iodées.

Appliquées sur la muqueuse linguale, ces préparations provoquent la salivalion, le crachotement, et possèdent une saveur salée, chaude et piquante.

2» Action sur le tube digestif, Coindet, KoUey (de Breslau), Wallace et bien d'autres observateurs, s'accordaient pour admettre que l'ingestion stomacale de l'iode en nature, à dose et sous forme médicinale, est suivie d'augmentation de l'appétit et d'une sensation de soif.

Une malade de Brera accusait une sensation d'ardeur dans l'œsophage après i'ingestion de l'iode eu pilules et dans les mêmes circonstances Orfila, expérimentant sur lui-même, écrit à la page 295 du premier volume de son Traité des poisons qu'il éprouva de l'épigastralgie, des nausées, des vomissements bilieux, et plus tardivement des coliques légères. Par contre, à doses toxiques, les phénomènes sont plus graves et, parmi les exemples d'empoisonnement rapportés parles auteurs, on ne saurait trop rappeler celui d'une femme de vingt-six ans, observée par Montcourrau et qui, immédiatement après l'ingestion de neuf grains d'iode en teinture, ressentit une vive ardeur dans le pharynx, de la gastralgie mcT. ENC. i' s. XYI. 21

Zî^ IODE (emploi médical).

et des nausées; elle vomit; les matières ainsi rejetées étaient colorées en jaune et présentaient les réactions de l'iode.

La dose est-elle plus élevée, l'action toxique de l'iode se traduit alors par l'inflammation et des ulcérations de la muqueuse gastro-intestinale. Les expériences d'Orfila étaient décisives. Il administrait à des chiens 5 à 12 grammes, dose excessive, d'iode pur, et les tuait ainsi dans l'espace de trois à cinq jours, mais la mort ne survenait que dans les cas où les vomissements manquaient et où on liait l'œsophage dans le but de les prévenir. Une partie du poison se retrouvait dans les selles. A l'autopsie, on constatait sur la paroi stomacale, principalement vers le pylore, des ulcérations jaunâtres et linéaires autour desquelles la muqueuse se détachait aisément, en un mot, les lésions que produisent les poisons caustiques.

Ces expériences physiologiques témoignent de la causticité des doses élevées d'iode ingéré en nature, mais démontrent aussi l'innocuité des petites doses, à la condition toutefois de tenir compte, d'une part, de sa combinaison possible avec les matières albuminoïdes en raison de ses affinités ; d'autre part, comme l'a fait observer Lasègue {Arch. généi: de méd., 7 sept. 1858) de la nécessité de diluer la teinture d'iode dans un véhicule très-alcoolique. Ce savant clinicien conseillait les vins d'Espagne pour prévenir toute précipitation du métalloïde sur les parois stomacales et tout vomissement par irritation de ces dernières.

Sous la forme cYiodures alcalins, les iodiques ne provoquent pas de semblables phénomènes, malgré l'élévation et la continuité des doses, pourvu toutefois que, chimiquement purs, ils ne contiennent ni iodate, ni iode en liberté. Sur ce point, l'accord est fait depuis longtemps entre jes observateurs et a été justifié par Rabuteau dans une série d'expériences rapportées dans la Gazette hebdomadaire de médecine du 5 février 1865.

Les accidents gastriques après l'ingestion d'un mélange d'iodure et d'iodate consistaient aussi en nausées et en vomissements de matières bilieuses dans l'état de vacuité de l'estomac, ou colorées en bleu, après l'ingestion d'aliments amylacés. Ce sont là des phénomènes comparables à ceux dont Orfila a donné la description. Quelle en est la raison? Rabuteau a essayé de la surprendre. Le suc gastrique frais ajouté à une solution aqueuse d'iodure alcalin ne produit aucune réaction en présence de l'amidon. Celui-ci bleuit, quand la solution iodurée renferme des traces d'iodate. Ajoutons d'ailleurs qu'une observation déjà bien ancienne de O'Shaugnessy établit la rapidité de ces réactions dans la cavité stomacale. Quinze minutes après l'ingestion d'iodures alcalins impurs, cet observateur constatait la présence de l'iode dans les matières vomies par les chiens. Enfin, notons que les diarrhées attribuées à l'usage des iodures alcalins peuvent aussi dépendre de la même origine, c'est-à-dire d'une irritation de la muqueuse intestinale par l'iode mis en liberté.

D'autre part, voici la démonstration clinique de ces faits. On trouve dans le mémoire publié par Devergie dans les Archives générales de médecine, année 1840, page 355, la description de lésions anatomiques et de troubles fonctionnels consécutifs à l'ingestion des iodures alcalins. Or ces lésions et ces troubles sont identiques avec les altérations gastro-intestinales produites par l'ingestion de l'iode en nature. Il y a identité d'effets : comment donc, en bonne raison, ne pas admettre équivalence de causes ?

3" Action sur la respiration. L'irritation allant jusqu'à l'inflammation, c'està-dire jusqu'aux laryngites et aux trachéites, n'est qu'un effet local de l'iode sur

IODE (emploi mkdical). 523

la muqueuse des voies aériennes. Il possède une vertu plus générale et plus importante, celle d'agir sur les actes respiratoires, soit en fluidifiant les sécre'tions bronchiques, soit surtout en modifiant l'activité des centres nerveux régulateurs des mouvements respiratoires. Cette propriété l'a fait depuis longtemps recommander pour combattre les dyspnées, application qui, dans ces dernières années, a trouvé d'ardents défenseurs.

Sous l'influence des iodiques on constate, en effet, une énergie plus grande des mouvements respiratoires et une sensation plus fréquente du besoin de respirer. Ce fait clinique n'a pas été encore définitivement expliqué par les physiologistes. Les effets eujméiques des iodiques résultent-ils dune action directement modificatrice de l'excitabilité bulbaire, ou bien ne traduisent-ils que des phénomènes consécutifs à des changements dans l'irrigation sanguine des centres nerveux? Il est malaisé de répondre. Les travaux de Vulpian, et ceux plus récents de M. Binz, prouveraient que les iodiques — (ils expérimentaient avec l'iodoforme) — agissent sur les tissus nerveux. D'autre parJ, on ne saurait mettre en doute les propriétés vascnlaires des composés de cette famille, de sorte que, toute interprétation théorique étant mise de côté, un fait existe : agents nervins ou bien agents vasculaires, les iodiques modifient le rhythme, l'amplitude et la fréquence des mouvements respiratoires et cette action est heureusement utilisée en thérapeutique.

Néanmoins, parmi les troubles respiratoires causés par l'iodisme, on note les suivants, qui semblent donner un démenti aux faits physiologiques précédents. L'ingestion de la teinture d'iode a provoqué de la dyspnée chez les uns (Wilms, Rose, Lawrie-Adair), de l'accélération des mouvements respiratoires, du sifflement ou une sensation de corps étranger dans le larynx (Lorezy). La thèse de madame Bradlcy sur l'iodisme en rapporte plusieurs faits empruntés à divers auteurs.

Palizzari a noté aussi cette même dyspnée chez deux malades après l'administration de l'iodure de potassium, mais il faut noter que, dans les cas d'iodisme, il existe souvent de l'œdème de la glolle, de l'enrouement, de l'œdème pulmonaire, comme l'ont vu M. H. Huchard, INélaton, Fenwick, Erlich, accidents qui permettent d'attribuer les troubles respiratoires à une autre cause que l'action sur le système nerveux.

Il en a été de même dans les intoxications par l'iodoforme où Kœnig signale l'œdème pulmonaire et les pneumonies.

Les bémoptysies et le catarrhe iodiques ne sont-ils pas aussi des facteurs qui interviennent dans la production de ces troubles fonctionnels? Ils ne suffisent donc pas pour infirmer l'opinion d'après laquelle les iodiques sont des médicaments eupnéiques à doses tliérapeutiques et pour donner raison à ceux qui, avec Lawrie-Adair et Aschenbrandt, attribuent ces vertus à la véhiculation de l'iode par le sang.

4" Action sur la circulation. Jusqu'à ce jour, on a peu étudié cette action des iodiques. Coindet avait bien noté l'influence des doses élevées d'iode sur l'augmentation des battements cardiaques et l'accélération du pouls. Orfila observait aussi cette dernière dans l'intoxication expérimentale des chiens, et Kiiss après les empoisonnements accidentels par ce métalloïde. Plus tard, en 1854, Gastelli vit que le cœur de la grenouille détaché du corps cessait de battre quand on l'exposait aux vapeurs de l'iode.

Les propriétés vasculaires de l'iodure de potassium ont été mises en évidence

524 IODE (emploi médical).

par les expériences de Bogolepoff. Il injectait une dose toxique de 1 à 2 décigrammes de ce sel sous la peau de grenouilles dont le nerf pneumogastrique avait été préalablement sectionné ; il constatait, avant même la cessation des mouvements respiratoires, la stagnation du sang dans les réseaux vasculaires de la membrane interdigitale. Il constatait aussi que le cœur s'arrêtait en dilatation. Ces résultats ont été confirmés par Demarquay, Duménil, Lecomte, etc.

Depuis, dans le cours des recherches que M. Huchard et moi nous poursuivons au laboratoiie de l'hôpital Bichat sur les médicaments dépresseurs de la tension sanguine, j'ai constaté aussi des modifications de la tension sanguine après l'ingestion de doses physiologiques d'iodure de sodium. La pression sanguine, mesurée sur le lapin au manomètre enregistreur de Marey, s'abaisse dans le rapport d'un tiers et même d'un demi, quinze, vingt ou trente minutes après l'administration du sel iodique sous la peau des animaux, et cet abaissement de pression persiste pendant plusieurs heures. Or je ne saurais l'attribuer à l'action de la base alcaline puisque, à conditions expérimentales égales, les injections sous-cutanées d'une solution concentrée de carbonate de soude ne provoquent pas de semblables modifications circulatoires.

Ces faits, dont l'importance thérapeutique est considérable, comme on le verra plus loin, confirment les recherches entreprises par M. Rummo avec l'iodoforme, recherches dont il a été rendu compte dans les numéros 6 et 7 des Archives de physiologie de l'année 1883, et surtout celles que M. Martin a fait connaître par la thèse qu'en 1882 il soutenait devant la Faculté de Lyon.

M. Rummo a constaté la diminution en fréquence des battements du cœur de la grenouille après l'administration de l'iodoforme. La dose était-elle faible, cette diminution se produisait lentement. Était-elle élevée à 5 ou 4 centigrammes, le phénomène se manifestait dans l'espace de quinze minutes en moyenne, les pulsations cardiaques augmentaient temporairement de fréquence, tout en conservant leur régularité, devenaient ensuite irrégulières et finalement s'arrêtaient. Cet arrêt du cœur avait lieu en diastole.

Puis, voulant déterminer le mécanisme de ces phénomènes, M. Rummo répétait l'expérience sur des grenouilles dont préalablement il enlevait le bulbe et l'encéphale. Les phénomènes cardiaques manquaient alors, quelle que fût la dose d'iotlolbrme introduite dans l'organisme. D'oîi cette conclusion du physiologiste italien <|ue l'iodoforme et les iodiques agissent sur le centre bulbaire du pneumogastrique plutôt que sur les ganglions nerveux intrinsèques du cœur. Au reste, comme le remarque madame Bradley dans la critique de ces expériences, Bluke avait déjà constaté, comme Benedikt, la persistance des mouvements cardiaques après l'arrêt de la respiration, phénomène qui prouverait la persistance de l'excitabilité de ces ganglions.

Les mensurations de la pression sanguine de M. Martin sont décisives. Il opérait sur des chiens dont la pression sanguine s'abaissait de 192 millimètres à 120, pendant la deuxième et la troisième phase de l'expérience, en même temps que le pouls devenait plus rare et plus petit. Dans la dernière phase et alors que la respiration diminuait, la pression se relevait de quelques millimètres, et le cœur battait avec une fréquence modérée. Comment mettre en doute, après ces faits, l'action vasculaire des iodiques et leurs propriétés d'agents dépresseurs de la circulation ?

N'infirraent-ils pas les recherches plus anciennes de Rose, recherches d'ailleurs fort peu concluantes, bien que signalées dans divers ouvrages classiques? Au

IODE (emploi médical). 325

début, écrivait-il, c'est-à-dire immédiatement après l'administration des iodiqiies, il se produit un spasme vasculaire que, je m'empresse d'ajouter, il a été seul, parmi tous les observateurs, à constater. Puis, par une contradiction qu'il omet d'expliquer, il déclare que les battements cardiaques s'accélèrent, que les téguments deviennent pâles et que le pouls artériel disparaît. Plus tard, ajoufe-t-il encore, oa note le retour du pouls, la dilatation des artères péripbériques et la coloration des téguments. Est-il utile de discuter de telles observations? Non assurément : on ne s'explique pas comment, après s'être comporté au début à la manière des agents vaso-constricteurs, l'iode deviendrait un agent vaso-dilatateur sur la fin do l'expérience.

Mais d'autres faits d'ordre clinique et expérimental témoignent en faveur de l'action des iodiques sur la circulation : du côté des vaisseaux le refroidissement et la cyanose des extrémités, le cbangement de coloration des téguments, la tuméfaction des réseaux veineux péripbériques signalée par Jobn; du côté du pouls son irrégularité, sa fréquence notée par tous les observateurs, sa petitesse et finalement sa disparition, d'abord à l'artère radiale, puis à la carotide, d'après Rose, cité par madame Bradiey, comme si la circulation allait en s'amoindrissant successivement de la péripbérie vers le centre; enfin du côté du cœur des palpitations et de l'arbjtbmie chez les individus en puissance d'iodisme et des bruits de souflle vasculaires que l'on a voulu rapporter à l'anémie.

L'hyperémie glandulaire, l'augmentation des sécrétions, les suffusions sanguines de la muqueuse des voies aériennes et de la conjonctive, les hémorrhagies capillaires, lépistaxis et les liémoptysies, l'hématurie et les selles sanguinolentes, le purpura, enfin la rupture des hémorrhoides mentionnée par Walander et Hermann, ces symptômes ébrieux signalés d'abord par Lugol, depuis par M. Bmz et d'autres, ne témoignent-ils pas encore en faveur de cette action vasculaire des iodiques ?

D'autre part, ces phénomènes ne s'accompagnent pas d'augmentation de la température périphérique. Wolff le faisait remarquer, et les observations d'iodisme de Piose-Wilms et de Eulenburg constatent que celte dernière ne changeait pas. De plus, dans mes expériences j'ai constaté que la température rectale des animaux s'abaissait.

Nonobstant les faits contradictoires ou les divergences expérimentales, l'action vasculaire des iodiques paraît hors de doute, mais son mécanisme reste à déterminer. Est-elle le résultat de l'imprégnation du tissu nerveux par l'iode et conséquemment d'une modification fonctionnelle des centres vaso-moteurs? Ou bien les iodiques agiraient-ils plutôt sur les vaisseaux et, par l'intermédiaire de la circulation cérébrale, indirectement sur les centres nerveux? Cette question n'a pas été résolue. Dans ses recherches, M. Hummo constatait bien la dilatation des capillaires après l'administration de l'iodoforme et M. Bogolepoff avait aussi observé ce phénomène sur des animaux trépanés après l'absorption de l'iodure de potassium, mais vraiment ces observations sont insuffisantes pour légitimer une théorie.

5° Action sur le système nerveux. Nothnagel et Rossbach déclarent, dans leur Traité de matière médicale, que « l'iode, même à hautes doses, ne fait naître aucun trouble fonctionnel du cerveau et de la moelle. » Cette affirmation ne s'accorde pas avec les phénomènes nerveux mentionnés dans la grande majorité des observations d'iodisme.

Ici, après l'ingestion de la teinture d'iode, de l'iodoforme ou de l'iodure de

326 IODE (emploi médical).

potassium, on constate une céphalalgie violente et même parfois térébrante, des douleurs contusives, de la prostration, du cliancellement de la marche et du vertige; là s'accusent des inquiétudes, de l'agitation, de l'insomnie, de l'affaiblissement de la mémoire, de l'hébétude. Konig, sous l'influence de l'iodoorme, a observé des hallucinations et même de la manie; et, après l'adminisration de la teinture d'iode, Nélaton a noté le délire. Des accidents convulsifs ont été observés : tremblements, convulsions toniques et cloniques, dans les empoisonnements par ce métalloïde; de l'hémiplégie et de la paralysie alterne, dans les cas de MM. Rodet et llallopeau, où les accidents étaient causés par l'iodure de potassium, enfin de l'incontinence des sphincters et de la paresse musculaire chez les malades de Kônig, intoxiqués par l'iodoforme.

h'ivresse iodique avait été notée par les premiers observateurs. Elle est caractérisée par l'agitation, le cliancellement de la marche et des tendances vertigineuses. Dans un cas oij j'ai eu l'occasion de l'observer, le malade, homme vigoureu-t de trente-cinq ans, avait ingéré la dose très-minime de 50 centigrammes d'iodure de potassium. Les accidents débutèrent au milieu de la nuit, circonstance notée d'ailleurs dans la plupart des cas d'iodisme et trois heures après l'ingestion. Cette ébriété dura deux heures et fut l'unique manifestation d'iodisme dont ce malade fut atteint. 11 n'était ni alcoolique ni tabagique.

Il existe donc un iodisme cérébral. Comment, après ces faits et les accidents nerveux rapportés par Durr, Lorenz, Fonssagrives, Nélaton, Rose, Gairdner, Lawric-Adair, Gillespie, Kônig, Backel, Pallizari, Foucart, 'et longuement énumérés dans la thèse de madame Bradiey, admettre l'assertion de Nothnagel et de Rossbach?

Il est vrai que l'expérimentation sur les animaux ne donne qu'une démonstration partielle de l'influence des iodiques sur les centres nerveux. Comme on l'a vu plus haut, ils agissent donc sur les centres vaso-moteurs, à preuve dilatation des vaisseaux, et la modification de la pression artérielle dans les expériences de Bogolepoff, de Martin, et dans les miennes.

La réflectivité était atténuée, et cette atténuation précédait la paralysie musculaire dans les recherches de Hogyes. Pendant le narcotisme iodique les réflexes étaient cependant conservés. M. Binz, expérimentant avec l'iodoforme, provoquait V abolition delà motricité chez les chiens et la paralysie musculaire. Dans son mémoire sur l'empoisonnement par l'hydriodate de potasse {A7'chives généi^ales de médecine, t. X, p. 255) Devergie avait noté des convulsions, dont il comparait trop volontiers, je pense, la prompte apparition avec la rapide production des convulsions de l'empoisonnement par les composés cyaniques.

Les iodiques sont-ils des nervins ou bien des agents nervo-vasculaires? M. Binz conclut de ses expériences en faveur de la première hypothèse : il fonde son opinion sur ce fait que les cellules ganglionnaires fraîches, en présence de l'iode, prennent une coloration noirâtre en raison de la coagulation de leur protoplasma. La réduction des composés iodiques serait produite par l'acide carbonique mis en liberté par les réactions chimiques normales dont ces cellules sont les agents. Ses expériences étaient pratiquées au moyen de l'iodoforme et de l'iodate de sodium, qui, d'après cet observateur, se transforme en un corps intermédiaire, l'acide iodique, dont l'instabilité est très-connue. C'est donc à l'état d'iode que les iodiques se combineraient avec les cellules et en atténueraient l'activité.

Cette théorie est justifiée d'ailleurs, d'abord par les recherches de Schwarz

IODE (emploi médical). 327

constatant la présence de l'iode seulement dans le cerveau d'un individu empoisonné par ce métalloïde ; ensuite par l'abondance de ce même métalloïde dans le cerveau des lapins auxquels Ilarnach administrait les iodiques.

En résumé, l'histoire physiologique de l'action des iodiques sur le système nerveux est incomplète. Un fait existe : la provocation de troubles nerveux cérébraux et bulbaires par leur emploi. Quant à l'interprétation du mécanisme de ces phénomènes, elle demeure toujours en discussion, faute de documents expérimentaux décisifs. En vérité, il y aurait témérité, pour ce seul motif, de renoncer à leur utilisation thérapeutique, soit comme médicaments nervins, soit comme agents nervo-vasculaires.

6° Action sur le sang. L'iode modifie la composition histologique et chimique du sang. Il fallait bien s'y attendre, en raison de son affinité pour l'hydrogène et pour les matières albuminoïdes. Les iodiques altèrent donc les éléments figurés et le sérum de ce liquide.

Il y a longtemps que Hufeland {Schmidt's Jahrbiicher, t. XXIIl) et Ileller {Arch. fur phjjs. und pharm. Chem., 1845) déclaraient que, en présence de l'iode, les globules rouges durcissaient et perdaient leur perméabilité aux liquides. Magendie admettait la formation d'une combinaison cristalline entre l'iode et l'hémoglobine. Renzi a constaté que l'iodure de potassium colorait en jaune les hématies de la grenouille, que cette coloration se produisait dans l'espace de quarante à cinquante minutes après l'administration de cet agent, et qu'elle était presque instantanée au contact d'une goutte de sang avec une solution iodée.

L'iodoforme a provoqué le même phénomène dans les expériences de Behringh [Deutch.med. Woch., 1884, n° 20), en même temps que le sérum se colorait en rouge en raison de la dissolution de l'hémoglobine, à laquelle Nothnagel et Rossbach attribuent, eux aussi, la teinte rougeàtre des exsudats séreux après l'empoisonnement iodique. Quel est le mécanisme de ces phénomènes? Bellini {lo Sperimentale, 1865), Orosi, Santa et His, ont essayé d'en surprendre le secret en introduisant de l'iode en nature dans une anse intestinale ligaturée. L'expérience fut négative, car ces réactifs ne révélaient pas la présence dans le sang de l'iode en liberté, et il fallait l'action d'un acide pour faire apparaître la coloration bleue de l'iodure d'amidon. Or le sérum normal est un milieu alcalin et, comme l'a montré Magendie, il empêche, en raison de cette propriété, ia réaction bleue de se manifester avec l'amidon.

Dans le sang, l'iode ne serait pas libre, mais, se combinant avec l'albumine, il formerait un iodate albumineux, combinaison d'ailleurs peu stable et susceptible d'être détruite, comme l'histoire chimique des iodiques le prouve, soit par dialyse, soit par coagulation de l'albumine. Mais, en fait, il est difficile d'admettre que ces réactions soient aussi simples. Buchheim et His ont pensé que l'iode à l'état naissant se combine avec l'hémoglobine, et madame Bradley défend la théorie de l'action des iodures alcalins sur le sang, en admettant que la moitié de l'iode de l'iodure alcalin « déplace une quantité équivalente de l'hydrogène des albuminoïdes, et que l'autre moitié de l'iode de ce même iodure s'unit à l'hydrogène ainsi déplacé pour former de l'acide iodhydrique, qui lui-même se combine aux alcalins et donne des iodates. Puis l'albuminate est décomposé de nouveau tivec restitution de l'hydrogène, et ainsi de suite. »

Cette théorie explique pourquoi His et les autres observateurs n'ont pu, en analysant le sang des malades pendant le traitement ioduré, obtenir la réaction

528 IODE (emploi médical).

de l'iode. Elleexplique encore pourquoi une solution iodurée additionnée d'acide chlorhydriquc conserve sa coloration, tandis que le sérum ioduré jaunit quand, par l'addition de quelques gouttes d'acide, l'iode est mis , en liberté. Or dans l'organisme ce métalloïde rencontre partout des bases alcalines, carbonates ou autres, et s'y transforme en iodate, de sorte que le sang charrie un mélange d'iodure et d'iodate, mélange instable en présence d'un acide et donnant lieu alors à la mise en liberté de l'iode.

L'action des iodiques sur la fibrine a semblé plus contestable. Ricord ne semblait-il pas l'admettre, quand il accusait ce métalloïde de diminuer la plasticité du sang? Par contre, Zimmerman [Deutch. Klin., 1885, p. 400), cité par Mme Bradley, croyait trouver une augmentation de cette substance en même temps qu'une diminution de l'albumine. On le voit, sur ce point, il est malaisé de conclure, et dans l'action des iodiques sur le sang deux faits seuls sont hors de débat : la déformation des globules, {'altération et la dissolution de l'hérnoglobine dans le sérum.

1" Action sur la nutrition. Jobn, en 1829, donnait une description magistrale des effets atrophiants de l'iode, à savoir : « la résorption du tissu graisseux avec amaigrissement lent, la diminution du turgor vitalis, l'atrophie des glandes mésentériques et intestinales, du corps thyroïde, des capsules surrénales, du foie, de la rate, des ovaires et du tissu conjonctif lui-même. » Dans son célèbre mémoire, Coindet, huit ans auparavant, avait noté aussi l'amaigrissement extrême « et la diminution des seins » des goitreux soumis au traitement iodique, fait signalé aussi par Barbier (d'Amiens), Hutchinson, Ricord, [lufeland et Cullerier. L'atrophie testiculaire a été observée par ce dernier. Par contre, d'autres auteurs mettent en doute cette action atrophiante qui ne s'observe guère que dans des cas d'iodisme grave, après l'emploi de doses excessives et en particulier après celui de l'iodure de potassium. Dans l'appréciation des effets produits par ce sel, ne faut-il pas tenir compte de l'action de la base tout autant que de celle du radical? Aussi cette action atrophiante a été contestée, Lugol a cité les cas de jeunes filles chez lesquelles l'administration des iodiques a paru favoriser le développement de l'embonpoint et des glandes mammaires. Boinet, dans son Traité de l'iodothérapie, n'admet cette action atrophiante que sous réserves; Wunderlich la nie. C'étaient là des opinions cliniques et non pas des démonstrations physiologiques, Rabuteau s'est efforcé fort habilement de donner ces dernières.

Pour démontrer que les iodiques n'augmentaient pas la désassimilation, ni par conséquent la production de l'urée, il ingéra quotidiennement pendant trois semaines i gramme d'iodure de potassium, et constata dans un mémoire présente à la Société de biologie, en 1868, et dans une note publiée par la Gazette hebdomadaire du 26 février 1869, la diminution de l'urée éliminée chaque jour. De 22s'-,Gl en moyenne, celle-ci descendit à 198%50 et 15«%45, c'est-à-dire dans le rapport de 40 pour 400, et cet abaissement persista durant quatre ou cinq jours après la cessation du médicament. L'ingestion de l'iodure de sodium provoquait aussi le même phénomène.

Ajoutons qu'en expérimentant dans les mêmes conditions Milanesi a noté une diminution de l'urée, réelle sans doute, quoique s'élevant seulement à 4 et 9 pour 100, et que van Bœck a vu non seulement l'élimination de l'urée demeurer normale, mais encore le poids du corps augmenter chez un syphilitique pendant la durée du traitement ioduré. Cependant cet observateur ne met

IODE (emploi miôdical). 329

pas en doute les effets atropliiants de l'iode sur certaines glandes. Ce serait là en quelque sorte un phénomène local se produisant en vertu d'une sorte d'action élective du métalloïde sur l'albumine des tissus organiques dans lesquels elle augmente l'activité des échanges. Par contre, elle ne modifierait pas l'albumine du sang, ce qui expliquerait, à son avis, la conservation de l'embonpoint et de la quantité normale de l'urée éliminée par les reins.

On peut plus légitimement, je pense, donner une autre interprétation de ces faits en apparence contradictoires. Wallace, qui enregistre l'augmentation de l'embonpoint des syphilitiques traités par l'iodure de potassium, constate par contre l'amaigrissement des malades auxquels on administre l'iode en nature. Cette remarque a été confirmée par Mojsiso\vitz'(de Vienne), dès 1806 {Canslalt's Jahresbericht, Bd. V, 195), en relevant les observations de 800 malades ayant ingéré, les uns des iodures alcalins, les autres de la teinture d'iode. L'atrophie mammaire et testicnlaire existait seulement chez ceux qui faisaient usage du second de ces médicaments. C'est donc à l'action irritante de l'iode métallique sur les tissus qu'on devrait, avec Bucklieim, Nothnagel et Rossbacli, rapporter les atrophies et la dénutrition interstitielle, phénomènes dont les iodures alcalins seraient innocents.

Enfin rappelons que les iodiques produiraient la dégénérescence des tissus épithéliaiix. Cette opinion est celle de Binz et de Ilôgyes, qui, après l'administration prolongée de l'iodoforme et des iodures, constatèrent la dégcnérescencc de l'épithélium du cœur, du foie et des reins, chez les animaux mis en expérience.

8° Action sur les muqueuses, les sécrétions et les excrétions. L'ingestion des iodures, la teinture d'iode à l'intérieur et l'absorption] des composés iodiques par la peau sur laquelle on les applique ou les tissus dans lesquels on les injecte, sont suivies, quand les doses sont suffisamment élevées et selon la tolérance plus ou moins grande des malades, de manifestations sur les muqueuses et sur la peau. La muqueuse buccale devient sèche et rouge, la pituitaire se congestionne, celle des conjonctives s'injecte, et l'on observe de la bouffissure de la face et les éruptions cutanées qui ont été signalées dès les premiers temps oij l'on fit usage de la médication iodique : acné, ecthyma, urticaire, purpura, rupia, etc. Fischer s'est efforcé de classer ces dermatoses polymorphes en dermatoses orliées, pustuleuses et érythémaleuses. Lorry, Fischer, Behrend, Auspitz et d'autres encore, ont essayé de donner une interprétation de ce phénomène.

Naguère on y voyait une preuve de l'excès d'àcreté du sang, et ceux qui professaient cette opinion proclamaient que ces « humeurs acres » s'étaient éhminées par la peau. C'était le temps où l'humorisme était en faveur. Fischer déclarait même que la forme de l'éruption variait avec l'état diathésique du malade, urticaire ou érythème chez les rhumatisants, pustules ou nodules chez les syphilitiques. Aujourd'hui on place plus judicieusement ces phénomènes dans la catégorie des effets de l'iode sur les centres vaso-moteurs.

Cependant, en adoptant cette interprétation, il ne faudrait pas, comme Rabuteau et d'autres auteurs l'ont remarqué, oublier que ces effets de l'iode ne s'observent que sur les muqueuses « exposées à l'air contenant de l'acide carbonique » ou aux produits gazeux de l'expiration, qui eux aussi sont chargés de cet acide. S'agit-il d'éruptions survenant après l'injection des iodures alcalins, l'acide carbonique décompose le sel et met l'iode en liberté, et ce métalloïde agit alors à la manière d'un irritant local.

330 IODE (emploi médical).]

La possibilité de ces réactions chimiques et de ces effets physiologiques ne saurait être mise en doute. Cependant voici une objection de Nothuagel et Rossbach. L'iodismc de la peau et des muqueuses ne se produit vraisemblablement, écrivent-ils, que si les iodures alcalins sont impurs et contiennent de l'iode à l'état de liberté. Pour le prouver, ils rapportent l'observation d'une malade qui, après quatre semaines d'une médication par l'iodure de potassium, ne présentait aucune manifestation d'iodisme. En ce moment on cessa l'ioduie alcalin et on pratiqua des badigeonnages avec de la teinture d'iode. Alors seulement la malade éprouva de la stomatite. Ce que l'iodure n'avait pas produit, l'iode venait de le provoquer. Faut-il géne'raliser de tels faits et dire que l'iode en nature provoque des pliénomènes que les iodures alcalins sont impuissants à produire? Non, sans doute, puisque, dans les cas empruntés à Mackenzie, Rugg, Pallizari, Hardaway, Zeiss, Jarnoswoski, et analysés par Mme Bradley, on voit les éruptions se produire tour à tour sous l'influence des divers iodiques ; iodure de potassium, iodure de sodium, iodoforme, iode en solution.

On no peut donc, avec Rabuteau, incriminer systématiquement la pureté du médicament. Il est plus sage de retenir ces faits et d'en tirer un profit clinique, que l'on adopte l'hypothèse chimique ou la théorie vaso-motrice de leur patho-

gcnie.

V élimination de ïiode par la sécrétion sudorale est donc vraisemblable; la salivation iodique est certaine, et chez les malades atteints d'iodisme thérapeutique ou bien toxique on observe souvent, surtout pendant la nuit, une abondante sécrétion des glandes buccales. Cette salive est inodore et diffère par ce caractère de celle du ptjalisme mercuriel ou tannique. De plus, elle donne les réactions de l'iode pendant plusieurs semaines, comme Claude Bernard l'a montré.

La sécrétion spermatique serait augmentée par les iodiques et Ricord a signalé aussi sous leur influence l'augmentation du catarrhe utéi'o-vaginal et blennorrliagique. Par contre, sous l'influence des iodiques, il y a diminution de la sécrétion lactée. Rabuteau admet que l'on peut prévenir la montée du lait en administrant, pendant les premiers jours qui suivent les couches, la dose quotidienne, même faible, de 20 à 50 centigrammes d'un iodure alcahn. Excrété dans ces conditions, le lait contient de l'iode, et Woehler en constata la présence dans celui d'une chienne allaitant ses petits et qui avait ingéré quatre grains d'iode en solution alcoolique.

L'action des iodiques sur la sécrétion urinaire serait variable, au témoignage des auteurs. En 1824 Woehler, administrant l'iode en nature à un chien, constatait la fréquence de l'urinalion, mais il attribuait celte augmentation des urines à la grande quantité de boissons absorbées pour étancher la soif ardente que la sensation de sécheresse buccale faisait éprouver à l'animal.

Dans ses essais expérimentaux sur lui-même, Rabuteau ne constatait pas d'augmentation quantitative des urines; il employait cependant l'iodure de potassium ou bien l'iodure d'ammonium, qui, auprès de quelques observateurs, passent pour doués de vertus diurétiques. De plus, ce même expérimentateur rappelle les essais de Bassfreund, qui notait la diminution quantitative des urines. H. Jones, Ville, Reidtmann, Rose et Bœhm, sont d'accord avec eux sur ce point, contrairement à l'opinion de Hermann, Rilliet, Ricord, Loomis, Stubenrauch etJahn. Enfin — opinion intermédiaire entre celle-ci et celle-là — les

lODK (emploi médical). 331

iodiques, d'après Pélikan, Bôch et Arneth, ne modifieraient pas </!(a«iîfa<ivemenf l'urination.

Qualitativeynent l'urine est-elle altérée? Le liquide ne laisse plus déposer ni acide urique, ni urates, par le refroidissement, ce qui s'explique aisément par les expériences de Rabuleau, démontrant la diminution de la production de l'urée chez les individus ingérant les iodures de potassium et de sodium, et par la remarque de Spencer Wels, établissant que ces iodures sont des dissolvants de l'acide urique. Ord, Janowski, Duchesne etO. Jones, sont d'une autre opinion : ils admettent la coloration plus foncée de ce liquide et sa richesse plus grande en urates. Puis, troisième avis, défendu par H. Jones qui, dans ses statistiques, coiistale que l'urée est augmentée dans la moitié des cas et diminuée dans l'autre moitié.

Même désaccord au sujet de la richesse en phosphates, en chlorures et en sulfates. John et Hill prétendent qu'ils augmentent leur proportion, Duchesne et Hermann affirment qu'ils la diminuent dans un cas sur cent.

Existe-t-il les mêmes divergences d'oj)inion sur les substances pathologiques contenues dans ces urines? Atkinson y aurait rencontré de l'oxalale de chaux en excès, et après Coindet, qui avait déjà signalé ce fait dans son mémoire, John et Zimmermann déclarent que, parleur refroidissement, ces urines laissent surnager une pellicule graisseuse.

V albuminurie iodique a été un sujet de discussion entre les observateurs. Atkinson en a réuni 70 cas, dans la plupart desquels il constatait simultanément l'existence de l'oxalate de chaux. On a énuméré souvent les auteurs qui partagent l'opinion d'Atkinson, et parmi eux cite lesnoms de Gubler, J. Simon, Hébra, Zésias, Berkeley, Bœhm,etc., etc., les ^uns l'observant après l'ingestion stomacale des iodiques, les autres, dans 80 cas sur 100, après les badigeonnages de la peau avec la teinture d'iode. C'étaient des albuminuries transitoires, disparaissant après la cessation du médicament.

J. Simon a constaté que le badigeonnage de la surface cutanée sur une étendue de 9 à 10 centimètres donnait lieu à ce phénomène chez les enfants, en raison de l'activité de l'absorption cutanée. Il est rare au contraire chez l'adulte, car chez eux l'absorption se produit plus lentement, donnant ainsi tout le temps, d'après M. Badin, à l'iode de se transformer en iodates.

Dans les observations de MM. J. Simon et Regnard (Société de biologie, 6 mai 1876), ne voit-on pas l'albuminurie se manifester après un badigeonnage de la tête des enfants teigneux avec un mélange de teinture d'iode et de glycérine? Quelle est la cause de cette albuminurie caustique? La présence des iodates dans l'organisme, d'après Rabuteau, qui motivait cette opinion sur l'albuminurie expérimentale provoquée chez les chiens par l'injection intra-veineuse de solutions d'iodates de magnésium et d'ammonium. Pour d'autres, il faut l'attribuer à l'irritation cutanée exercée par les topiques iodés sur les téguments, peau ou parois des séreuses (Nepveu, Rose), et la placer dans la catégorie des albuminuries vaso-motrices de Gubler. L'iode déterminerait l'irritation des filets nerveux ganglionnaires, de l'avis de MM. Brovsn-Séquard et Goodfellow, la paralysie réflexe des vaso-moteurs et la dilatation des capillaires, condition favorable à la transsudation de l'albumine à travers le rein.

Et puis, ne faudrait-il pas encore faire intervenir les modifications de la pression sanguine et peut-être aussi, je pense, les altérations qualitatives du sang, ainsi que les lésions épithéliales du rein : stéatose des tubuli observée

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après les intoxications iodoformiques, comme après les empoisonnements arse'nicaux et phosphores?

Ces considérations physiologiques ne sont donc pas d'un intérêt purement théorique, et le thérapeutiste peut en faire son profit, quand il prescrit les iodiques dans le cours de l'albuminurie brighlique.

9° Absorption et élimination des iodiques. La pénétration des iodiques dans l'organisme est banalement connue. Tout le monde l'admet plus ou moins, sans cependant s'entendre sur son mécanisme. De plus, fait qui n'a rien de surprenant, les composés de celte famille ne possèdent pas tous la même puissance de pénétration.

L'iode mélalloidique employé en topique n'est que partiellement absorbé par les téguments; une partie sans doute pénètre à travers la couche épidermique, en raison même de l'escharification de cette couche protectrice. Son absorption cutanée serait donc un phénomène corrélatif de l'action irritante que ce corps exerce sur la peau.

L'inflammation trop vive du derme ou bien l'activité de l'exhalation cutanée font obstacle à celte absorption. 11 en est ainsi sur la main, remarquait Gubler. C'est dans la fragilité de l'épiderme des enfants qu'ils faut donc vraisemblablement chercher l'origine des accidents iodiques consécutifs au badigeonnage pratiqué avec la teinture d'iode sur la tête, dans les essais de J. Simon, L. Ménager et Alex. Bachis. Cependant Rôrhig a émis une opinion toute différente. H plongeait pendant quinze minutes son doigt dans un flacon contenant de la teinture d'iode et dont le goulot était hermétiquement clos, et il observait, disait-il, l'apparition de l'iode dans les urines. Cette expérience serait décisive, si elle était justifiée par le contrôle, mais Fleischer et d'autres l'ont mise en doute.

Une autre partie de l'iode s'évapore et conséquemment pénètre par la muqueuse des voies aériennes. C'est pourquoi on s'est demandé, sans toutefois résoudre la question, sous quelle forme le métalloïde était absorbé par la peau. En nature? Non sans doute. Sous celle d'iodates? Peut-être. Rohrig le suppose, sans essayer de justifier celte opinion. Au reste, une expérience de MM. Gubler et Labbé paraît décisive à ce point de vue. Elle consiste dans le badigeonnage d'un membre avec de la teinture d'iode et dans l'enveloppement hermétique de ce membre pendant une nuit. Le lendemain, lintérieur de l'enveloppe, écrit M. Labbé dans les Commentaires thérapetUiqiies du Codex, est « parsemé de gouttelettes d'un liquide incolore, dans lequel les réactifs démontrent la présence de l'iode engagé dans des combinaisons indéterminées ».

Avec les bains iodés préparés au moyen de l'iode véhiculé par une solution d'iodure de potassium la pénétration serait aussi manifeste, d'après Rabuteau.

Cependant le même observateur conteste l'absorption des iodures alcalins chimiquement purs dans les bains iodurés, à moins de faire usage de bains de vapeur administrés au moyen de pulvérisateurs à vapeur ou bien quand on incorpore ces sels à des pommades. Toutefois il n'en est plus ainsi quand, par l'action des acides gras de l'axonge ou de la sueur, ces sels sont en partie décomposés et que l'iode est mis en liberté. Titon, dans sa thèse inaugurale, en 1854, avait déjà fait cette remarque, en constatant l'activité plus grande des pommades iodurées contenant de l'iode. Ainsi encore on peut interpréter les observations de M. Polain et de M. Brémond {Comptes rendus de l'Académie des

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sciences, 1872) établissant la pénétration des indurés à travers les téguments par le contact prolongé de ces ioduies avec la surface cutanée.

A ce point de vue, une expérience de Habuteau paraît décisive. 11 frictionnait les aisselles avec une pommade à l'iodure de potassium, et pendant les trois jours suivants les réactifs révélaient la présence de l'iode dans les urines et la salive. De plus, le même expérimentateur constatait, dans une note publiée le 8 avinl 1869 par la Gazette médicale de Paris, que le linge empesé bleuissait au contact de la peau préalablement frictionnée avec la pommade iodurée, et ajoutait qu'on ne saurait interpréter ce phénomène autrement que par la présence de l'iode en liberté. Varlam, au témoignage duquel Rabuteau en appelait, avait aussi mentionné dans sa thèse inaugurale (Paris, 1809) que ce phénomène était d'autant plus manifeste que l'iodure métallique possédait une instabilité plus grande : tels, par exemple, l'iodure d'ammonium et l'iodure de plomb.

L'absorption cutanée de l'iodcforme en topiques pulvérulents ou en frictions est rapide. Ferrand a constaté, en effet, la présence de l'iode dans les urines des malades qui faisaient usage de topiques iodoformés.

La muqueuse f//^es/iiie absorbe rapidement les'iodiques et, — est-il besoin de le dire? — en raison de leur solubilité. C'est ainsi que les iodures alcalins la pénètrent rapidement, et que les iodures métalliques, insolubles, comme l'iodure de mercure, subissent préalablement des modifications chimiques. L'absorption de riodoforme et de l'iode métallique est aussi très-rapide. Lue expérience déjà ancienne de O'Saughuessey est décisive. 11 faisait ingérer de l'iode en nature à un chien et, quarante minutes après, constatait dans les urines la réaction du métalloïde.

L'absorption de l'iode par la muqueuse des voies aériennes est également rapide, et Demarquay déclarait que, pendant l'application de l'iode en topiques, le métalloïde était absorbé non-seulement par le malade, mais encore par tous les assistants, dans l'urine desquels il apparaissait promptement. 11 en est de même de la pénétration de l'iodoforme dans l'organisme par la muqueuse pulmonaire. La muqueuse vaginale, utérine et urétiuale, les muqueuses nasale et conjectivale, se laissent pénétrer sans doute aussi par les iodiques et en particulier par l'iodoforme, mais cette absorption n'a pas été jusqu'ici l'objet d'études décisives.

A la surface des plaies, l'absorption de l'iode en nature est faible, ce métalloïde coagulant l'albumine, moditiant les tissus et formant ainsi à leur surface une sorte d'enduit protecteur. Celle de l'iodoforme est plus intense, ce qui explique vraisemblablement un certain nombre des empoisonnements iodoformiques signalés durant ces dernières années. Toutefois il ne faudrait pas, avec quelques auteurs, en exagérer les dangers, puisque le nombre des intoxications est relativement faible, eu égard à la vulgarisation de ces pansements.

L'absorptioyi par le tissu cellulaire et les séreuses est nettement établie. Bonnet et Rabuteau ont constaté la présence de l'iode dans les urines après l'injection, l'un de la teinture d'iode dans la cavité des abcès par congestion, l'autre dans la tunique vaginale. Enfin l'iodoforme et les iodures alcalins possèdent la même propriété, qui permet d'en utiliser les solutions sous la forme d'injections hypodermiques.

Sous quelle forme les iodiques sont-ils éliminés hors de l'organisme? Les uns s'éliminent en nature : ce sont les plus stables, les iodures alcalins. D'autres se dédoublent, comme les iodures métalliques insolubles, et ce dédou-

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blement contribue sans nul doute d'abord à leur action thérapeutique, ensuite à rélimination de l'iode : tels Tiodure de plomb, l'iodure de mercure, l'iodure de fer. En s' unissant aux bases alcalines de l'organisme, le métalloïde forme de l'iodure de sodium, que l'on retrouve dans les sécrétions et en particulier dans les urines, où, par contre, il n'existe que des traces très-faibles de ces métaux. L'iodoforme s'éliminerait-il en nature (Humbert et Martin), ou bien sous forme d'iodure alcalin et vraisemblablement d'iodure de sodium? A côté de ces deux opinions, en voici une troisième (Rabuteau) consistant à tenir compte de la dose absorbée. Est-elle faible, la totalité de l'iodoforme passe dans les urines sous forme d'iodure alcalin. Est-elle élevée, une partie du composé iodique est seule dédoublée ; l'autre partie traverse en nature le filtre rénal.

Les voies d'élimination des iodiques sont surtout, comme on l'a vu plus haut, les sécrétions urinaire, salivaire, lacrymale et sudorale, le mucus bronchique et le mucus nasal, en un mot, la plupart des sécrétions de l'organisme. On retrouve de plus l'iode dans les selles, mais en faible quantité seulement.

La durée de cette élimination varie suivant la nature du composé iodique. Elle était de trois jours chez un malade dont Rabuteau avait traité l'hydrocèle par les injections de teinture d'iode dans la tunique vaginale et dont il examinait la salive, l'urine et les fèces.

Les iodures de potassium et de sodium s'éliminent plus ou moins rapidement selon l'élévation des doses. Claude Bernard avait remarqué que le premier de ces sels ne donnait plus la réaction de l'iode dans les urines, vingt-quatre heures après son administration, mais que, huit jours après, il la donnait encore dans la salive. Rabuteau a noté que la durée de l'élimination par les urines augmentait en proportion directe de la dose de sel ingéré, mais que dans la salive les réactifs ne décelaient pas la présence de l'iode pendant un temps plus long que dans l'urine. De plus, expérimentant sur le chien, il constatait les réactions de l'iode dans les urines, huit jours après l'ingestion des iodures alcalins.

La même réaction a été obtenue durant trois jours dans les urines, après l'administration de l'iodure d'ammonium. Au reste, il faut reconnaître le désaccord des observateurs sur ce point. M. Labbé déclare qu'il a pu obtenir dans les urines la réaction de l'iode quelques minutes après l'ingestion de l'iodure de potassium, quand la dose était très-élevce. La dose est-elle plus faible? L'élimination serait plus tardive ; et de plus sa durée deviendrait encore plus lente, si l'individu était fébricitant; elle s'abrégerait, si le sel ioduré était véhiculé dans une grande quantité de liquide.

Après l'application de la teinture d'iode sur la peau, la réaction se manifestait au bout d'une heure ou deux, puis, d'après le même observateur, devenait de plus en plus nette pendant les deux heures suivantes, pour diminuer ensuite, tout en persistant encore le lendemain, sans doute parce que l'absorption de l'iode déposé sur la peau continuait.

Ajoutons encore que la persistance de cette élimination par les divers émonctoires est justifiée par la production de ces ophthalmies dont parle Schlœfke {Grœfes Archiv, 1830), chez les individus soumis au traitement ioduré, et auxquels on prescrit inopportunément les applications de topiques au calomel sur la conjonctive.

Enfin les recherches de Buchkeim et Heubel, contrôlées par Sartisson, sont instructives à ces divers points de vue. Elles établissent l'action élective des reins, des glandes salivaires, des poumons et des testicules, sur les composés

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iodiques. Le foie, la rate, les glandes lymphatiques, les muscles et le pancre'as, viemient après. Le cerveau en retient à peine. Sartisson a noté en outre qu'après la section des nerfs les glandes salivaires éliminaient moins d'iodure de potassium.

L'élimination de l'iodoforme persiste aussi pendant plusieurs jours, alors même qu'une dose unique a été administrée. Il ne faut pas s'en étonner. Oue l'on admette avec Harnack et Grundier son élimination sous la forme d'iodure de sodium, ou, avec Vulpian et Rummo, sous celle d'iodale, l'iodoforme ou plutôt l'iodes'accumulent dans l'organisme avant d'être éliminés: n'est-ce pas, dans un langage un peu différent, dire, avec Zeller, qu'il n'existe aucun parallélisme entre l'absorption de l'iodofornie par les tissus et son élimination par les urines ? jN'est-ce pas là aussi une sorte de loi générale pour l'absorption des iodiques et leur élimination hors de l'organisme?

10. Action antiseptique et parasiticide des iodiques, La découverte de cette vertu revient à Davaine. Ce ne fut pas le moindre de ses titres de gloire d'avoir soupçonné et démontré l'action de l'iode sur le microbe du charbon qu'il venait d'isoler.

En 1875, il additionnait des liquides charbonneux avec une solution d'iode iodurée au 12 000'" et constatait la disparition de leur virulence dans l'espace d'une demi-heure. Pour obtenir de l'acide phénique un effet équivalent, il devait l'employer en solution au 200"'. Cinq années plus tard, Davaine démontrait encore qu'une seule partie d'iode pouvait, dans l'espace d'une demi-heure, enlever toute virulence à 1 70 000 parties d'un liquide de culture charbonneuse, et concluait que, voisin du sublimé par sa puissance antiseptique, l'iode possède sur lui l'avantage de se diffuser plus complètement dans les tissus et de ne pas coaguler l'albumine. C'est, écrivait-il, « la substance antiseptique par excellence )) .

Déjà, en 1840, Boinet en proclamait la puissance comme agent de désinfection des tissus animaux et Magendie proposait d'utiliser les propriétés antiputrides de ses solutions pour la conservation des pièces anatomiques. En 1865, Réveil les conseillait aussi comme antiputrides contre la gangrène buccale, comme antivirulentes contre le pus du chancre ou bien comme un neutralisant de la lymphe vaccinale.

Depuis, on a voulu fixer la valeur des iodiques en tant que médicaments parasiticides : d'où les travaux de Wernitz, Julien delà Croix, Koch, Sternberg, Miquel, Sattler et Warchoff (de Dorpat). Les résultats enregistrés par les divers expérimentateurs concordent bien pour démontrer le pouvoir antiseptique et raicrobicide des iodiques, mais ne sont pas décisifs, quand il s'agit d'évaluer ce pouvoir et d'en donner la mesure.

C'est ainsi que Julien de la Croix fixe la dose stérilisante des cultures à 1 sur 5714; au-dessous de ce chiffre et avec la dose de 1 sur 6410 la stérilisation serait nulle. La dose nécrophitique serait de 1 sur 1548, tandis que Koch et avec lui Sternberg déclarent que, pour tuer les bacilles, les solutions doivent être titrées au 50". Sattler donne un autre chiffre, celui de 1 sur 5000. De plus, Koch estime que l'iode en vapeurs ne détruit les spores que dans l'espace de quarante-huit heures.

M. Miquel place dans sa remarquable thèse inaugurale l'iode dans le groupe des agents très-fortement antiseptiques, c'est-à-dire à un rang des plus honorables dans la hiérarchie des parasiticides. Pour stériliser 1 litre de bouillon de

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bœuf, il faut, écrit-il, l'additionner de 25 centigrammes d'iode mctalloïdique. En résumé, l'expérimentation m viiro aboutit à des conclusions dilférentes suivant les observateurs, et celte diversité a pour origine le défaut d'uniformité dans les conditions expérimentales, dans l'espèce microbique mise à l'essai et peut-être bien aussi, ajouterai-je après Chipault (d'Orléans), dans la ricliesse des liquides de culture en albumine, substance pour laquelle l'iode possède de si remarquables affinités. L'analyse des faits expérimentaux le démontre bien.

Davaine neutralisait la virulence des liquides charbonneux en les additionnant d'une solution iodée au 150 000'', Ratimoff {Académie des sciences, 1884) avec une solution iodée au 8000'', Waircbof avec celle au 56 OOO' ; et cependant Dubajadoux et Chipault ont démontré que, pour arrêter le développement des bacilles chez le cobaye inoculé avec le virus charbonneux, il faut injecter un poids d'iode équivalent au iOO' du poids de l'albumine contenue dans l'organisme, dose toxique à coup siàr pour les tissus animaux avant de le devenir pour le bacille pathogène. Appliqué sur une plaie charbonneuse, l'iode détruit bien les bacilles superficiels, mais, en coagulant l'albumine, il forme une couche à travers laquelle il ne peut ni pénétrer plus avant, ni atteindre les bacilles plus profondément situés. N'est-ce pas à la même cause qu'il faut attribuer les différences signalées par Satller {Berlinerklin. Woch., 1863), qui, pour obtenir des effets microbicides dans le bouillon de veau, employait une solution iodée au 8000" et pour la chair musculaire une solution titrée au 220^1

Relativement au bacille de la tuberculose les résultats sont un peu différents. Dans sa classification des agents stérilisateurs des cultures, l'iode vient après l'hydrogène sulfuré et l'iodure de mercure et avant le sublimé, mais dans la liste des agents destructeurs des microbes il occupe un rang moins élevé après l'hydrogène sulfuré, l'iodure mercurique, le sublimé, l'hélénine, le thymol, et avant les acides pliénique et borique. Au demeurant, l'iode serait ua efficace stérilisateur du terrain et un faible microbicide. Remarquons cependant, témoignage précieux, que MM. Ilérard et Cornil considèrent l'iode comme un agent antibacillaire.

Malgré les opinions négatives de Rowsing (de Copenhague) et Heyn {Fortschritle der Med.y 1887), l'action microbicide de l'iodoTorme paraît bien établie. Miquel estimait à 70 centigrammes la quantité de cette substance susceptible de stériliser 1 litre de liquide de culture. D'autre part, les essais de Bruns et d'Andrassy démontrent sa puissance à détruire les bacilles dans les abcès froids [Centr. fur Cliir., 1886). Enfin les ingénieuses expériences dont M. Gosselin (de Caen) a donné, en 1887, l'exposé dans ses Études cliniques et expérimentales sur la tuberculose, démontrent bien son action uécrophytique sur le bacille de la tuberculose- Dans une première série d'expériences, il injectait chaque jour 5 gouttes d'éther iodoformé à 10 pour 100 sous la peau des cobayes, auxquels il inoculait ensuite la tuberculose. Chez ces animaux l'évolution de la tuberculose fut retardée. Ainsi l'organisme devenait plus réfractaire au développement de ce microbe. Était-il stérilisable par l'iodoforme? Pour le prouver, M. Gosselin entreprit une seconde série d'expériences. Il inoculait les matières tuberculeuses à des cobayes, puis, par la voie hypodermique, leur injectait quotidiennement trois gouttes d'éther iodoformé : les jours suivants, il continuait ces injections •au moyen de solutions iodoformiques de plus en plus faibles et constatait le retard dans le développement des bacilles.

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Ces derniers conservaient néanmoins leur vitalité et pouvaient évoluer après la cessation des injections, et après la disparition de l'imprégnation de l'organisme par riodoforme. Ainsi donc celte substance peut bien stériliser l'organisme, mais non pas assurer la destruction des bacilles dans le milieu intérieur. A ce point de vue, on ne saurait donc méconnaître l'analogie de l'action stérilisante de riodoforme avec celle de l'iode. Cependant Rowsing n'a pas obtenu de semblables résultats en opérant sur les lapins du laboratoire de Salomonsen (de Copenhague). Il inoculait dans la chambre antérieure de l'œil la matière luijerculeuse additionnée de cinq fois son volume d'iodoforme. Une tuberculose locale se développait néanmoins; finalement les animaux succombaient à l'infection.

L'iodol partage aussi ces propriétés. A défaut d'essais expérimentaux, on peut vraisemblablement estimer son pouvoir antiseptique et microbicide à l'égal de celui de l'iode, puisque ce corps agit en se dédoublant, l'iode étant mis en liberté au contact des sécrétions et sous l'influence de la chaleur du corps.

Les iodures alcalins et en particulier Viodure de potassium sont très-faiblement antiseptiques. M. Miquel estime qu'il faut 140 grammes de ce sel pour prévenir la putréfaction d'un litre de bouillon. Cependant les résultats de son emploi dans la phtbisie aiguë et dans le traitement de la méningite tuberculeuse permettent légitimement de lui supposer une action stérilisante sur le milieu intérieur. Il est vrai que cette vertu reconnaît sans doute pour cause la mise en liberté de l'iode et conséquemment doit être attribuée à la base du sel alcalin. On peut en dire autant de l'iodure de calcium recommandé par Malet (de Rio Janeiro) contre la phtbisie.

Parmi les iodures métalliques il faut noter Viodure de cadmium qui, dans le tableau de M. Miquel, a place parmi les substances très-fortement antiseptiques, 50 centigrammes de ce sel neutralisent 1 litre de bouillon de bœuf, et surtout, est-il besoin de le rappeler? le biiodure de mercure, qui, dans tous les essais de classification des substances antiseptiques, occupe à bon droit le premier rang. C'est que, dans ce composé, les vertus parasiticides des iodiques s'additionnent en quelque sorte à celle des mercuriauxpour augmenter pour ainsi dire l'action microbicide.

Au demeurant, l'étude de l'iode et des iodiques comme agents d'antisepsie n'est pas complète. Malgré ses lacunes, on peut conclure à une analogie dans le mécanisme de leur action. Par leur dédoublement ils mettent tous de l'iode en liberté et ce métalloïde, tout le prouve, est un toxique puissant pour les microbes.

m. Emploi thérapeutique de l'iode. L'iode, disaient les Anciens, est un fondant, un altérant, un substitutif et un antiputride. A l'heure actuelle, il paraît plus physiologique et plus clinique de catégoriser ses diverses applications comme topique révulsif, modificateur de la nutrition, agent vasculaire, respiratoire ou nervin, modificateur des sécrétions et antiseptique .

Comme topique on emploie l'iode pour obtenir l'irritation, la substitution ou la révulsion de la peau, des muqueuses ou des séreuses, sous forme de teinture, de solutions et de coton iodé. Comme caustique, elle a été préconisée contre le lupus (Hébra), sur les pustules varioliques (Évariste Michel, Guillaumet); les granulations utérines, les polypes naso-pharyngiens (Lugol), les amygdalites, la pharyngite granuleuse, la laryngite tuberculeuse et la coqueluche (E. Labbé).

DICT. ENC. 4° S. XVI. 2 "2

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En collutoire, M. Ricord l'a recommandé contre la stomatite mercurielle, et en collyre, Luton l'a prescrite contre les conjonctivites purulentes.

En injections interstitielles, on connaît ses usages contre le goitre.

En injections dans les cavités séreuses, son emploi est classique contre l'hydrocèle, les kystes hydatiques, les ascites (Boinet), l'hydropéricarde, l'hydrocéphalie (Bramard), l'hydrorachis (Yelpeau, Chassaignac), l'hydarthrose, l'hydropisie des bourses muqueuses et l'hydrothorax. On doit encore à Boinet son introduction dans la thérapeutique des abcès par congestion et des fistules anales ou lacrymales.

A Vintérieur, l'iode en nature est d'un usage moins fréquent en raison des difficultés, fort exagérées d'ailleurs, de son administration. Cependant on ne saurait trop rappeler la pratique de Coindet, l'ordonnant contre le goitre et la scrofule, contre laquelle on en a multiplié les modes d'administration. Puis de cette application à son utilisation contre la phthisie il n'y avait qu'un pas à franchir : aussi eu l'ait-on usage contre cette maladie, en potion et eu solutions lodo-iodurées, mais surtout à l'extérieur en badigeonnages, sous la forme de coton iodé, de sachets, d'inhalations (Chartroulle, Piorry), de pulvérisations, et tout récemment d'injections hypodermiques à la vaseline ou à l'huile iodée, soit pour en obtenir des effets révulsifs locaux, soit à titre d'antiseptique et de microbicide.

Lasègue et d'autres recommandaient ce médicament contre le rhumatisme noueux, mais ici, comme dans la syphilis, on préfère s'adresser plutôt aux iodures alcalins.

Comme médicament vasculaire, on le prescrit contre le vertige, la céphalée, l'amaurose et enfin comme emménagogue (Brera). Est-ce en raison de son titre de vasculaire que la teinture d'iode arrêterait les vomissements incoercibles de la grossesse, ou cette action thérapeutique dépendrait-elle de ses propriétés nervines ?

Signalons encore son emploi contre la salivation mercurielle, qui consiste à utiliser ses propriétés modificatrices des sécrétions (Kluge, Knorr, Graves et Aran).

IV. Substances synergiques et antagonistes de l'jode. Par sa puissance antiseptique l'iode se rapproche des sels de mercure. Ses effets irritants sur la peau sont ceux des rubéfiants. Son action stimulante est congénère, écrivaient Gubler et Ed. Labbé dans les Commentaires thérapeutiques du Codex, de l'opium, de l'alcool, de l'ammoniaque et des huiles essentielles. Il modifie la nutrition à la manière des arsenicaux et avec une énergie plus grande que les composés du brome et du chlore.

Quels sont ses antagonistes? Tous les toniques vaso-moteurs: la digitale, la quinine, le bromure de potassium et le froid, et chimiquement, ses affinités le prouvent, l'albumine et les matières amylacées. Notons aussi que son action neutralisante des alcalis organiques le fait considérer comme le contre-poison de la strychnine et des alcaloïdes organiques. Enfin serait-il donc illégitime, seulement à titre d'hypothèse et en l'absence de démonstrations expérimentales, de le considérer comme un neutralisant des leucomaïnes et de trouver dans cette idée théorique l'explication de son action biologique sur le milieu intérieur et de son utilité thérapeutique dans la médication des maladies à microbes?

V, Mode d'administration et posologie de l'iode métalloïdique. On l'emploie à l'extérieur sous la forme de coton iodé, de teinture alcoolique, de glycérolé, de phénol iodé, de gargarisme, de collyres et d'injections iodées; à l'intérieur,

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sous celle do vapeurs iodées, d'eau iodée, de solution iodo-iodurée, d'huiles iodées, de sirop, de lait iodé ou en combinaison avec le tannin, l'albumine et l'amidon.

1° Coton iodé. Ce coton doit contenir 5 pour 100 de son poids d'iode, posséder la teinte du café torréfié et être conservé dans des flacons hermétiquement clos et abrités de la lumière.

2» Teinture alcoolique d'iode. D'après le Codex, elle doit contenir 1 partie d'iode pur pour 92 parties d'alcool à 90 degrés. Dans la pharmacopée allemande elle est préparée au lO*".

Quoi qu'il en soit, cet alcoolé est rouge-brunàtre et très-volalile; il s'altère avec le temps. Guibourt insiste sur ce fait chimique et y voit la cause de l'énergie variable de ce topique. Sous l'influence de la lumière une partie de l'iode se combine avec l'hydrogène, d'après Vigier, et avec les éléments de l'alcool, d'après d'autres chimistes, pour former de l'acide iodhydrique, dont on connaît l'action irritante sur les tissus : d'où la nécessité de mettre un intervalle de temps entre les badigeonnages pratiqués successivement sur une même surface cutanée, surtout dans certaines régions, tel que le scrotum, par exemple.

3° Pour obtenir des effets plus caustiques, on a proposé d'autres forimilcs dans lesquelles la véhiculation de l'iode est assurée par la présence de l'iodure de potassium. Parmi elles il faut noter les suivantes :

La solution iodique de Lugol. Elle contient 30 grammes d'iode et 50 grammes d'iodure de potassium pour 60 grammes d'eau distillée.

La solution caustique de Bouvier. On la préparait par le mélange de 30 grammes de teinture d'iode, ISs^oO d'iode sublimé, i^^bO d'iodure de potassium et 60 grammes d'eau distillée.

La solution caustique de Boinet. De toutes, la plus énergique, elle renferme: iode pur 30 grammes, iodure de potassium 20 grammes, eau distillée 38 grammes.

D'autres solutions possèdent au contraire une moindre énergie que la teinture d'iode officinale. On les emploie quand on veut éviter une trop vive douleur, à titre de léger révulsif ou bien, après les avoir étendues d'eau, pour le pansement (les plaies. Telles sont les deux suivantes :

La solution iodée faible, contenant par parties égales : 25 grammes d'eau et de teinture d'iode du Codex et 1 gramme d'iodure de potassium et servant en badigeonnages pour le pansement des ulcères, en injections dans les trajets fistuleux et en applications sur les plaies suspectes, les piqûres ou les morsures venimeuses.

La solution iodurée rubéfiante, que, d'après Jeannel, on obtient par la trituration au mortier de verre de 12 parties d'eau distillée, 2 parties d'iodure de potassium et 1 partie d'iode, et que l'on emploie comme révulsif.

La teinture d'iode incolore, à peu près inusitée en Europe, est une préparation complexe, dans laquelle l'iode réagit sur divers corps et forme une combinaison mal connue. La formule de Gurtmann prescrit de la préparer par le mélange de 10 parties d'iode, de 85 parties d'alcool à 95 degrés et de 20 parties d'ammoniaque concentré. Pendant la préparation, il se produit un corps explosible, la duodamine Âzl-H, qui se dédouble ensuite, et la liqueur, devenue incolore, contient de la triéihylamine, de l'iodure d'éthyle et de l'iodure d'ammonium. Hager, d'après M. Ed. Labbé, abrège cette préparation par l'addition d'une solution d'hyposulfite de soude, et finalement obtient un mélange des

540 IODE (emploi médical).

corps précédenls avec de l'iodure de sodium et de Iriélhyle d'ammonium, qui lui-même se dédouble en iodurcs d'élliyle et de triéthylamine. M. Labbé ajoute que, inférieure comme topique à la teinture d'iode du Coder, celle teinture possède une action stimulante plus netle et très-probablement des propriélés aneslhésiques atténuant ses effets irritants.

4° La vaseline iodée a été proposée dans ces derniers temps sous la forme d'injection hypodermique. Elle contient 1 gramme d'iode pour 100 de vaseline liquide, et la quantité injectable serait de 10 grammes par jour.

5" Ghjcérolé d'iode. Ce topique a été proposé par Foucher, pour remplacer la teinture d'iode, à titre de substitutif et d'irritant. 11 se prépare par le mélange de 20 parties de teinture d'iode avec 15 parties de glycérine. C'est donc un diminutif de la teinture d'iode du Codex.

Un autre glyeérolé a été recommandé par Hébra, sous le nom de gbjcérolé d'iode caustique, pour l'escharilication du lupus et des ulcères. Il est probable que cette préparation agit aussi comme un antiseptique. Elle est obtenue par la solution de i partie d'iode et de 1 partie d'iodure de potassium dans 2 parties de glycérine. Signalons encore le (jlycérolé d'iodure de potassium ioduré. Celui-ci possède une énergie moindre que le glycérolé d'Hébra. 11 contient 5 parties d iodurc de potassium et 4 parties d'iode métalloïdique pour 40 parties de glycérine. 6" Le phénol iodé. Cette préparation caustique a été proposée par M. B. Battey comme topique et caustique dans le traitement des maladies utérines. Elle est obtenue avec 2 parties d'iode pur pour 8 parties d'acide phénique.

7*> Le sulfure de carbone iodé est une solution de 1 gramme d'iode dans 24 grammes de sulfure de caibone. L'iode elésodorise le sulfure decrirbone. C'est là un dès avantages de cette préparation à la fois puissamment caustique et antiseptique.

8" Le gargarisme iodo-ioduré de Ricord a pour formule : teinture d'iode 4 grammes, iodure de potassium 40 centigrammes ; eau distillée 250 grammes. 9° Le collyre iodé renferme 5 centigrammes d'iode pur et 1 gramme d'iodure de potassium, véhiculés dans 200 grammes d'eau de roses. Luton, ayant remarqué la solubilité de l'iode dans l'eau de laurier-cerise, prépare aussi avec ce véhicule des collyres au 20" qu'il prescrit contre les conjonctivites des scrofuleux. 10* Les bains iodés sont obtenus en versant dans un bain simple la solution suivante : iode métalloïdique, 8 à 15 grammes; iodure de potassium, 15 à 20 grammes ; eau, 500 grammes. Ce bain doit être préparé dans une baignoire en bois.

11° Les lavements iodés, prescrits par Delioux de Savignac, avaient pour formule : eau, 200 à250 grammes; teinture d'iode, 10à20 gouttes, et iodure de potassium 1 à 2 grammes.

12° Les injections hypodermiques d'iode sont administrées soit avec la teinture d'iode pure, soit avec une solution d'iodure de potassium iodé, titrée au 500". 15° Les solutions pour injections dans les cavités séreuses varient de composition suivant les auteurs. Velpeau se contentait d'additionné la rteinture d'iode du Codex de 2 ou 5 parties d'eau de fontaine et obtenait, quand l'eau était exempte de bases alcalines ou terreuses, un liquide tenant de l'iode en suspension. L'adjonction de l'iodure de potassium a eu pour effet de mieux réaliser cet objectif: de là des solutions iodo-iodurées de composition fort variable.

Solution iodée-iodurée de Boinet. Elle s'obtient en additionnant avec 1 gramme d'iodure de potassium un mélange de 50 grammes de teinture d'iode

IODE (emploi médical). 341

et de 50 grammes d'eau. Contre l'hydarllirose, Boinet formulait un mélange de 30 grammes de teinture d'iode et de 30 grammes d'eau, auquel il ajoutait 2 grammes d'iodure.

Solution iodo-iodurée de Bramard contre l'hydrocéphalie. Elle contenait 60 centigrammes d'iode pour is%80 centigrammes d'iodure de potassium et; 30 grammes d'eau, et contre l'hydrorachis : 20 à 25 centigrammes d'iode pour 5 à 50 centigrammes d'iodure alcalin et 30 grammes d'eau.

Solution iodo-iodurée d''Aran. Employée dans le traitement de l'hydropéricarde, elle était préparée par une solution de 1 gramme d'iodure de potassium dans 50 grammes d'eau qu'on additionnait ensuite de 50 grammes de teinture d'iode.

14° A Yintérieur, l'iode métalloïdique purn'est guère employé, en raison deses propriétés irritantes et caustiques. Cependant on a formulé des pilules iodées, dans lesquelles il était incorporé à un excipient riche en tannin. Une formule recomniandable est la suivante: iode sublimé, 15 milligrammes; extrait de noyer, 20 centigrammes pour une pilule, que l'on doit ingérer immédiatement avant le repas.

Les pilules de Collas sont préparées avec l'alhuminatc d'iode. Ce corps sert encore à la confection de pastilles iodées, contenant 5 centigrammes du métalloïde, mélangés à du hlanc d'oeuf, du sucre, du chocolat et des pâtes pectorales iodées offrant la môme composition.

La teinture d'iode du Codex est prescrite à la dose de 5 à 20 gouttes : 20 gouttes représentent 3 centigrammes d'iode pur et pèsent 40 centigrammes. On l'administre soit dans l'eau, soit dans un véhicule mucilagincux ou astringent, comme la teinture de noix de galle, l'infusion de feuille de noyer et le vin. On obtient ainsi une association de ce métalloïde avec le tannin. La dose quotidienne est de 10 à 20 gouttes.

La potion iodo-iodurée de Vergely a pour formule : eau de zestes de citron, 100 grammes ; glycérine neutre, 50 grammes ; iode métalloïdique, 5 centigrammes; iodure de potassium, 3 grammes. Notre très-distingué confrère bordelais l'administre aux pbthisiques à raison de trois cuillerées par jour.

Le lait iodé de Dubajadoux est obtenu en ajoutant la teinture d'iode à du lait de vache, liquide qui a la propriété de masquer la saveur du médicament et d'être bien toléré par les enfants. D'après cet observateur, l'iode se combinerait avec les matières albuminoïdes (caséine et albumine) du lait. Il importe de préparer ce médicament une heure au moins avant son administration, pour donner à la réaction chimique le temps de s'effectuer.

Le lait iodé artificiel diffère donc du lait chargé d'iode, obtenu en faisant ingérer aux nourrices ou bien aux vaches laitières des iodiques. Ce mode d'administration de l'iode est une application ingénieuse de la propriété de l'iode de s'éliminer par la sécrétion mammaire.

La solution de Baudelocque s'administre à l'intérieur par verrées. Elle contient (Bull, de thérap., 1834, p. 327) 10 centigrammes d'iode, 20 centigrammes d'iodure de potassium et 500 grammes d'eau pure. Chaque verre contient 5 centigrammes d'iode métalloïdique et 10 centigrammes d'iodure de potassium. Uhuile iodée est obtenue en additionnant l'huile d'amandes douces ou bien l'huile de foie de morue de 5 centigrammes d'iode pur par cuillerée à bouche de véhicule. Les huiles ainsi préparées s'administrent à la dose quotidienne de 1 à 3 cuillerées.

512 lODIIYDRIQUE (Acide).

Le sirop de raifort iWe s'obtient en associant ce métalloïde dans la proportion de 1 à 5 centigrammes pour 7)0 grammes de sirop de raifort composé ou bien de sirop de Portai.

Le sirop iodo-tannique renferme 4 centigrammes d'iode et 8 centigrammes de tannin par cuillerée à bouche. Ch. Éloï.

10DÉLA.1XE OU lODÉTiiER. CHl'l-. S'obtient par l'action du gaz éthylène sur l'iode sous l'influence de la lumière solaire ou de la chaleur. Ce corps est en cristaux incolores, fusibles à 75 degrés, se colore en jaune à la lumière, se sublime et se décompose au-dessus de 80 degrés en éthylène et en iode. L. Hn.

lODËTnÉROlDE. C-II"'!. S'obtient par action de la potasse sur l'iodélayle; c'est un liquide qui bout à 56 degrés ; il est d'odeur alliacée; il a encore reçu le nom A'iodure de vinyle. L. Hiv.

lODiiTDRiiVES. Elhers iodhydriques de glycérine, obtenus par combi' naisoii de cette dernière avec l'acide chlorhydrique. On ne connaît qu'un composé de ce genre, CIFMO'". C'est un liquide sirupeux, soluble dans l'alcool et l'élher. Il existe également des iodbjdrines duglycol, L. Hn.

lODUYDRiQL'E (Acide). III. Composé gazeux à la température et sous la pression ordinaire, dont on doit la découverte à Gay-Lussac. C'est un gaz incolore, fumant à l'air, d'un odeur forte et irritante, d'une densité égale à 4,445; il est aussi soluble dans l'eau que les acides chlorhydrique et bromhydrique, avec lesquels il a beaucoup d'analogie. Sa dissolution soumise à l'ébullition laisse dégager du gaz iodhydrique et distille ensuite intégralement à 128 degrés ; lorsque su densité devient égale à 4,07, le gaz acide iodhydrique n'est pas altéré par l'air sec, mais en présence de l'eau et de l'air il se décompose peu à peu; l'oxygène s'unit à l'hydrogène de cet acide pour former de l'eau, et l'iode devient libre. L'iode devenu libre se dissout dans l'acide iodhydrique non encore altéré et, quand il ne reste plus assez de cet acide pour tenir tout l'iode en dissolution, celui-ci se dépose en cristaux. L'acide iodhydrique soumis à un froid très-vif a été liquéfié et solidifié. L'acide solide est incolore et présente l'aspect de la glace.

L'acide sulfurique concentré décompose l'acide iodhydrique; il se dépose de l'iode et il se dégage de l'acide sulfureux, mais l'iode transforme l'acide sulfureux en dissolution étendue, en acide sulfurique, et passe lui-même à l'état d'acide iodhydrique en déterminant un dépôt d'iode.

L'acide iodhydrique ioduré, d'un jaune brun foncé, dissout sur le champ les taches arsenicales et laisse par son évaporation spontanée des taches jaunes. Le même acide, mis en contact avec les taches antimoniales, ne donne point de réaction immédiate; ces taches restent plusieurs minutes sans se dissoudre, mais par suite du contact et de l'évaporation elles prennent une belle couleur rouge vermillon (Lassaigne).

L'acide iodhydrique a divers modes de préparation ; on a recours à la décomposition de l'iodure de phosphore par l'eau :

Phr^ -^ oH^O = PhO^'H-^ 4- 3HI.

lODlQUE. 345

Cette préparation se fait très-facilement aujourd'hui en employant le phosphore rouge d'après les conseils de Personne. Dans une cornue tuhulée on met un peu d'eau et du phosphore rouge, puis on y jette de l'iode : il se forme entre l'iode et le phosphore une combinaison que l'eau décompose aussitôt en acide iodhydrique et en acide phosphoreux qui reste dans la cornue. Comme ce gaz attaque le liège, on soude le tube abducteur au col de la cornue ; on recueille le gaz dans un flacon vide plein d'air ou dans l'eau, si on se propose de faire une solution. Il faudrait bien se garder de le recueillir sur le mercure qui le décompose, s'empare de l'iode et met l'hydrogène en liberté. Avec le phosphore ordinaire l'action est tellement violente qu'elle est dangereuse.

On l'obtient en dissolution en faisant arriver un courant de gaz sulfhydrique, soit dans un mélange d'iode et d'eau, et concentrant à une douce chaleur, soit dans une dissolution d'iode dans le sulfure de carbone additionné d'eau (G. Winckler), ou bien encore extemporanément d'après Buchanan en dissolvant 142 grammes d'acide tar trique dans 15 grammes d'eau distillée, puis 17 grammes d'iodure potassique également dans 15 grammes d'eau distillée, mêlant, laissant déposer le bitartrate de potasse produit, filtrant et ajoutant (juelques gouttes d'eau pour obtenir 200 grammes de liquide.

Sou action physiologique est analogue à celle des autres composés à base d'iode. Il a été conseillé en inhalation (12 à 20 gouttes pour un verre d'eau) contre les affections strumeuses. C'est une mauvaise préparation, qui est inusitée. L. Hn.

lODiQUE ET PERiODiijL'E (AciDEs). I. Parmi les combinaisons de l'iode et de l'oxygène, on connaît surtout l'acide iodique ef l'acide périodique. La formule du premier, représentée par lO'H, correspond à l'anhydride I-O*. Celle du second, appelé aussi acide hepta-iodique, est lO'lF, correspondant à l'anhydride, 1^0^.

L'acide iodique, 10''H, est solide et cristallisé en tables hexagonales, il est incolore et inodore; sa saveur est très-acide; sa densité est 4,529 à 0 degré. Cet acide chauffé à 170 degrés perd son eau et se convertit en anhydride iodique ::

L'anhydride se décompose à son tour au rouge sombre en oxygène et en iode.

L'acide iodique est très-soluble dans l'eau et déliquescent lorsqu'on l'expose à l'action de l'air humide : sa dissolution rougit la teinture do tournesol et finit par la décolorer. L'acide iodique cède son oxygène à un grand nombre de corps et donne ainsi de l'iode libre. Les propriétés oxydantes de l'acide iodique servent souvent en analyse qualitative.

L'anhydride iodique est une poudre blanche cristalline, très-soluble dans l'eau, insouble dans l'éther, le chloroforme, le sulfure de carbone et les essences hydrocarbonées. Sa densité à 0 degrés est égale à 4,487. L'oxyde de carbone le réduit à chaud. L'acide sulfureux sec le réduit à une douce chaleur, en donnant de l'iode et de l'anhydride sulfurique. L'hydrogène le décompose à froid avec une grande énergie; l'acide se dissout dans l'acide sulfurique bouillant, et cette solution est décomposée à 100 degrés par l'anhydride sulfureux, qui finit par en dégager de l'iode, et l'on obtient l'oxyde PO'^ (Wurtz, Kàmmerer).

Plusieurs procédés sont employés pour préparer l'acide iodique ; voici celui

544 lODlQUE.

qui donne cet acide en quantité un peu considérable et qui est fondé sur la propriété qu'offre le chlore en excès de transformer l'iode en acide iodique en présence de l'eau :

12 ^ 5C1S f- 6FP0 = 2I0^H -f- 1 OIICI.

On prend parties égales d'iode et de chlorate de potasse, que l'on place dans un ballon, avec 5 parties d'eau en poids, et quelques gouttes d'acide nitrique; on chauffe; il se forme de l'acide iodique avec grand dégagement de chlore; cet acide au fur et à mesure de sa formation se combine avec la potasse du chlorate de potasse, pour former de l'iodate de potasse; on verse dans les liqueurs une solution de chlorure de baryum, et on décompose ensuite l'iodate de baryte formé, par l'acide sulfurique. Pour cela, on mélange !) parties de précipité d'iodale de baryte, supposé sec, avec deux parties d'acide sulfurique à d,84 étendu de 10 à 12 fois son poids d'eau; on fait bouillir le mélange pendant une demi-heure et l'on sépare au moyeu d'un filtre le sulfate de baryte formé : la liqueur est une dissolution d'acide iodique; on l'évaporé en consistance de sirop clair et on la {)orte à l'étuve, elle donne des cristaux d'acide iodique an bout de quelques jours; les eaux mères concentrées à l'étuve continuent à fournir des cristaux jusqu'à leur cvaporation complète.

On peut encore obtenir l'acide iodique en faisant chauffer de l'iode avec de l'acide azotique au maximum de concentration. Quand l'iode a complètement disparu on laisse refroidir la liqueur; la plus grande partie de J'acide iodique se dépose alors sous forme de cristaux.

II. Acide périodique ou hepta-iodique. Cristallise en prismes rhomboïdaux obliques, incolores, très-hygrométriques, renfermant lO^H^ + H^O. Il est soluble dans l'eau, l'éther, l'alcool. Cette dernière dissolution se transforme peu à peu en acide iodique; il fond à 150 degrés : au-dessus de cette température, à 160 degrés, il perd d'abord son eau de cristallisation et se change en une masse blanche d'anhydride périodique :

2(I05H^) = P0^-hûHU

De 180 à 190 degrés, l'anhydride périodique perd 0- et se convertit en anhydride iodique l'O*. Enfin, en chauffant davantage encore, l'anhydride iodique se change lui-même en iode et en oxygène.

On prépare l'acide périodique en faisant passer un courant de chlore à travers une dissolution d'iodate de soude et de carbonate de soude ou de soude caustique, maintenue à l'ébullition :

lO-^Na -\- 5NaOH -+- CP = IO^\a=H,H^O -f- SNaCl.

lodate Periodate

de soude. disodique.

En laissant refroidir la liqueur, il se dépose du periodate de soude en houppes soyeuses. Ce periodate, dissous dans l'acide azotique, est traité par le nitrate d'argent pour obtenir du periodate d'argent insoluble ; on le dissout dans l'acide azotique bouillant, et par le refroidissement le periodate d'argent se dépose de nouveau ; on le traite par l'eau et il se décompose en periodate d'argent basique qui reste, et en acide périodique qui se dissout : la dissolution évaporée après filtration donne des cristaux d'acide périodique. L. Hn.

lODISME. 345

lODlSlUE. On donne le nom d'iodisme à l'intoxication produite, en certains cas, par l'absorption de l'iode ou d'un de ses composés.

I. Historique. A peine Coindet (de Genève) eut-il introduit dans la thérapeutique le corps découvert par Courtois, que les médecins remarquèrent toute une série d'accidents résultant de l'emploi des iodiques : Coindet lui-même en signala quelques-uns. Bientôt on distingua, dans les effets nocifs de l'iode, deux ordres de phénomènes : les uns, absolument locaux, détermiués par une action irritative directe, les autres, plus diffus, consécutifs à la pénétration du métalloïde dans l'organisme. Richond, Gairdner, Guersent, Baup, Magendie, exposèrent tour à lour, sur l'action de l'iode, des théories ingénieuses, mais sans base suffisante (Coindet. Mém. à la sociélc helv. des se. nat. sur la découverte d'un nouveau remède contre le goitre, 25 juillet 1820. In Bihl. univ. de Genève, 1820, t. XIV, p. 190; 1821, XVI, p. 140. — Richond, Consul, gén. sur l'iode. In Arch. gén.méd., 1824, t. IV, 321. — Gairdner, Essai sur les effets de l'iode. London, 1824 (trad. Hevue de méd., 1824, t. I, 490. — Guersent, Journal hehd. de Paris, 1829, t. V, 605. — Baup. Dibl. univ. de Genève, t. XVill. — Magendie, Journal hebdomadaire de Paris, 1829, t. V, 604).

En 1844, bien que Ricord eût déjà constaté et déciil les effets toxiques des iodures chez un certain nombre^ de sypliilititiues [Étude sur l'action palhogénique de l'iodure de potassium, pour servir à régler V administration de ce remède. In Bull. gén. de thérap., 1842, 161), Rôser crut pouvoir dire que, les prétendus cas d'iodisme ne s'observant jamais que dans le traitement du goitre, on commettait une erreur en prenant pour l'effet pathologique de l'iode les phénomènes résultant de la résorption du goitre. Les idées de Roser trouvèrent longtemps des partisans : Prévost et Lebert furent de ce nombre (Ro^er. Sur l'iodisme ou plutôt sur la rétrocession du goitre. In Med. Cor. Bl. Wiirtemb. Aertze, 1844, n° 51. — Schmidt's Jahrbucher, 1846-1850, p. 191, — Lebert, État cachect. iodique. In Bull, de thér., 1854).

On en était encore à discuter ce point, quand Hermann (de Vienne), dans un curieux travail, formula l'opinion la plus inattendue : pour lui, les phénomènes attribués à l'iodisme n'étaient autres que ceux d'un empoisonnement mercuriel, déterminé chez les syphilitiques par l'action dissolvante de l'iodure de potassium (La non-existence de V iodisme constitutionnel. \\\ Oesterreichische Zschr. f. prakt.Heilkunde, 1861, n^lS, p. 282). C'était interprêter d'une façon trop originale la proposition formulée quelques années auparavant par Rodct [Gaz. méd., 1847), à savoir que la circonstance d'un traitement mercuriel antérieur est souvent une cause d'accidents chez les malades soumis à l'iodure de potassium. Il est vrai que ce sel, en rendant plus solubles les composés hydrargyii(|ues formés au sein de l'économie, facilite l'élimination du poison, et que cette influence, le plus souvent favorable, peut à la rigueur provoquer des accidents sérieux quand le mercure, accumulé lentement et à l'état insoluble, est mis d'un coup en liberté par l'administration d'une trop grande dose d'iode. Mais, si les auteurs ont pu parfois décrire comme effets pathologiques de l'iode des phénomènes propres à l'intoxication mercurielle, il n'est pas pour cela démontré que l'iode et les iodures soient constamment inoffensifs.

Gomme il arrive souvent dans l'histoire des sciences, la doctrine de l'iodisme, tout d'abord contestée en dépit de l'évidence, fut ensuite compromise à force

3i6 lODISME.

d'exagérations. En 1860, Rilliet, dont le mémoire est resté célèbre, émut le monde médical en représentant l'iode comme un corps éminemment dangereux et toujours à re'douter, surtout aux doses inlinilésimales et, pour ainsi dire, liahnemaniennes : il citait même l'exemple d'un certain nombre de ses malades intoxiqués par le seul fait d'un séjour sur le bord de la mer (Rilliet lodisme constilutiomiel. Bull, de VAcad., 1860). Les débats soulevés à l'Académie de médecine et dans la presse scientifique par la communication de Rilliet révélèrent l'incertitude des esprits et la déplorable confusion qui peu à peu s'était faite loucbant les effets de l'iode. Les médecins genevois, au nom desquels Rilliet avait présenté son étude, attribuaient la fréquence de l'iodisme en Suisse à l'absence de l'iode dans l'air et les eaux de leur pays : pour eux les populations vivant dans une almosplière iodée devaient être au contraire réfractaires aux effets toxiques du remède de Coindct. Cbatin se rallia à cette manière de voir cl accepta l'iodisme constitutionnel comme un fait très-réel, quoique fort rare. Mais Baillarger opposa aux affirmations de Rilliet les résultats de Carro qui, sur 120 goitreux traités par l'iode à Vienne (oiî l'eau est aussi pauvre en iode qu'à Genève), n'avait jamais constaté les accidents décrits par les médecins genevois. Baillarger cependant admit avec Boucbardat que l'iodisme constitutionnel pouvait être favorisé par le goitre endémique. Velpeau contesta la valeur des statistiques présentées. Piorry rejeta tout, les faits comme inexacts et leur interprétation comme puérile. Gibert, Ferrus, Boudet, nièrent, également l'iodisme. Trousseau, écartant tout rapport entre l'agent toxique et les accidents relatés, inclina à penser que les prétendues manifestations de l'iodisme, au sens où on l'entendait à Genève, pouvaient peut-être se rapporter avec plus de raison à la maladie deBasedow. Ricord prit la défense de l'iode et, tout en faisant la part de ses inconvénients, en glorifia l'emploi dans le traitement de la syphilis. Cependant, dans le camp opposé, Bartliez, Herpin, Léon Gros, Conclié (de Lyon), Giraud, Maunoir, Bigot, Cbevier, etc., publièrent de nouveaux faits conformes aux observations de Rilliet. La discussion s'épuisa sans avoir jeté grande lumière, mais l'accord se fit au moins sur ce point que l'administration de l'iode n'est pas toujours exempte d'inconvénients et que l'intensité de ses effets toxiques ne correspond en rien aux quantités absorbées.

Depuis lors les dermatologistes et les sypbiligraphes se sont souvent occupés, tant en France qu'à l'étranger, des accidents produits par l'absorption de l'iode : il suffira de parcourir la bibliographie dressée par Elisabeth Bradiey (thèse de Paris, 1887) pour se rendre compte du nombre et de l'importance des travaux publiés depuis trente ans sur cette question. Si la physiologie pathologique de l'iodisme est encore bien obscure, la plupart de ses formes cliniques sont aujourd'hui suffisamment décrites et bien connues des praticiens.

Par une fortune singulière, l'iode, malgré ses méfaits, n'a jamais rien perdu, dans le public, de la vogue qu'il avait acquise dès son apparition en thérapeutique. Il n'a pas eu, comme le mercure, à lutter contre le charlatanisme. Les préjugés populaires n'en ont jamais entamé la réputation, et il faut, croyons-nous, laisser à la légende l'anecdote de Coindet n'osant plus quitter sa demeure, de peur d'être lapidé, dans les rues de Genève, par ses clients intoxiqués.

II. Etiologie. Pathogénie. Les conditions qui déterminent ou favorisent l'iodisme sont bien loin d'être encore complètement élucidées, et nous devrons

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nous borner à exposer dans ce chapitre Jes données du problème, sans prétendre le résoudre entièrement (voy. Action physioL, art. Iode et Iodoforme). Parmi les causes incriminées, les unes dépendent du médicament lui-même et de son mode d'emploi, les autres du malade et de ses aptitudes innées ou acquises.

A. Dans le procès fait au médicament, la question de la dose a été souvent agitée, mais on sait aujourd'hui qu'il n'y a nul rapport entre l'apparition de J'iodisme et la quantité d'iode ou d'iodure ingérée : on a vu des malados prendre impunément 40 et 50 grammes d'iodure de potassium, suffisamment dilués, et au contraire des accidents formidables survenir à la suite de l'absorption de doses minimes. Pour ne citer qu'un exenifile, Barthez a constaté un cas très-grave d'iodisme succédant à l'usage de 10 centigrammes d'iodure de potassium divisés en 60 pilules. Depuis longtemps du reste on a fait cette remarque que l'administration de l'iodure par petites quantités était probablement plus dangereuse que celle de fortes doses. Pour expliquer ce fait, C. Pellizzari a émis l'hypothèse que l'iodure, absorbé en faible proportion, restait dans l'organisme et s'y occumulait parce qu'il n'était pas suffisant pour faire entrer en jeu l'énionctoire rénal. D'après uns autre théorie, l'iodure de potassium, à dose déterminée, se combinerait rapidement dans le sang et les tissus avec certains corps organiques, de manière à former des composés toxiques et à peu près insolidjles, sauf parun excèsd'iodure alcalin. 11 résulterait de cette propriété que les combinaisons toxiques dues à l'iodure de potassium seraient précisément dissoutes par la présence d'un excès d'iodure. — La durée du traitement n'a aucune importance : tantôt les accidents se montrent dans l'heure même qui suit la première administration du remède, tantôt ils ne surviennent qu'au bout de quelques jours, voire de fjuelques semaines. La plupart des malades soumis au traitement ioduré s'y accoutument lapidement et le supportent presque indéfiniment : Boinet, pendant trois ans, a pris de l'iode tous les jours, sous des formes diverses, sans en avoir jamais ressenti le plus léger malaise. — D'après le même auteur, les effets fâcheux produits par les iodiques ne peuvent provenir que de l'emploi d'une mauvaise préparation iodée. Leroy (de Bruxelles) a montré que, dans le commerce, l'iodure de potassium était souvent mélangé d'une notable quantité d'iodate de potasse, et ce sel, suivant .Mialhe, serait la cause réelle de certains accidents imputés à l'iodure. S'il est vrai que la pureté de la préparation ne soit pas un fait indifférent, on ne peut pas cependant attribuer uniquement à une altération chimique tous les cas d'intoxication iodurique : s'il en était ainsi, l'iodisme, apparaissant dans une salle d'hôpital, se montrerait, à la fois, comme par épidémie, sur tous les malades traités avec le même médicament. — Le mode d'administration de l'iodure peut n'être pas sans intérêt : il est certain, d'une part, que la teinture d'iode administrée dans l'eau ou tout autre véhicule, sans addition d'iodure de potassium ou d'acide tannique, laisse précipiter des parties solides d'iode qui eu se déposant sur la muqueuse digestive y produisent toute une série de lésions, depuis l'hyperémie jusqu'à l'ulcération ; il est non moins prouvé que l'iodure alcalin en solution concentrée exerce sur l'estomac et le tube intestinal une violente irritation. A un autre point de vue, M. Besnier a insisté sur ce fait que, chez un même malade, l'introduction du même agent ioduré par la voie hypodermique ne provoque pas les mêmes accidents que sou ingestion stomacale : ainsi chez un sujet à qui 1 gramme 1/2 d'iodure pris par la bouche donnait une urticaire extrêmement prurigineuse, il a pu injecter sous la peau la même dose de principe actif sans produire les mêmes

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phénomènes. Il est évident que dans ce cas la cause déterminante de l'iodisrae était l'état stomacal ; mais nous verrons plus loin certains accidents survenir à la suite d'absorption cutanée ou séreuse. On peut du reste admettre que les manifestations si variées de l'iodisme ne résultent pas toutes d'un mécanisme identique, que les unes ont pour cause l'irritalion du derme et l'élimination par la peau, tandis que d'autres sont produites par un acte réOexe ayant pour point de départ «oit le tube digestif, soit l'appareil delà circulation. Aussi, savoir varier, d'après les circonstances, le mode d'administration du remède, est un des premiers points de l'iodothérapie.

2° La prédisposition de certains sujets à l'iodisme est un fait accepté, mais non toujours explicable. Chez les uns l'intolérance est absolument invariable, quelles que soient la forme, la dose et le moment de la médication. Chez d'autres on voit les accidents survenus au début du traitement, disparaître peu à peu malgré sa continuation. Enfin l'intolérance peut se montrer tout à coup dans le cours du traitement ioduré. Chez un malade de M. Hallopeau, qui, à sept reprises différentes, dans l'espace d'un an, présenta des accidents iodiques graves, l'iodure de potassium avait été auparavant et pendant de longues années administré à maintes reprises sans l'ombre d'inconvénients. L'aptitude contractée peut être le résultat d'une affection du cœur, du tube digestif ou des reins (Chauvet, thèse. Paris, 1877). On conçoit en effet que la stase sanguine et l'imperméabilité rénale ralentissent ou empêchent l'élimination du poison; on s'explique de même que certaines affections de la muqueuse digestive la rendent moins tolérante pour la présence des iodiques et déterminent par suite des désordres réllexes. Seulement il s'en faut de beaucoup qu'on puisse noter toujours, dans les cas d'iodisme la coïncidence d'une néphrite, d'une lésion cardiaque ou d'un état dyspeptique. Rodet, nous l'avons vu, a soutenu jadis que, chez les malades soumis à l'iodure de potassium, la circonstance d'un traitement mercuriel antérieur favorise souvent les accidents pathogéniques {Gaz. méd., 1847). Rien n'est moins vrai, et l'on admet bien plutôt que l'existence de la syphilis, traitée ou non par l'hydrargyre, contribue puissamment à faire tolérer les iodiques (Ricord, loc. cit.-^ iuW'ien, Maîad. vénér.). — Quant à l'influence attribuée à la température, à l'humidité de l'atmosphère, à sa richesse plus ou moins grande en iode, l'observation de chaque jour montre surabondamment qu'il n'en faut tenir aucun compte.

D'après une opinion déjà vieille et exposée jadis par Boinet, l'ensemble des accidents ioduriques chez un sujet donné présente le plus souvent un cachet particulier propre à l'individu. « Chez les malades à constitution forte, à tempérament sanguin, les accidents se présenteront sous forme congestive ; la fluxion se manifestera sur les muqueuses et par les éruptions sur la peau. Si le sujet est affecté d'une phlegmasic antécédente, siégeant sur les organes de prédilection, la maladie pourra s'exaspérer et, si une maladie générale a appauvri le sang, des hémorrhagies diverses pourront se montrer.... Chez un malade cachectique ou miné par une cachexie ayant produit un certain degré d'anémie, les accidents porteront sur les centres nerveux et des troubles variés de la sensibilité spéciale seront l'accident le plus ordinaire. Chez les individus bilieux, prédisposés aux inflammations des voies digestives, l'iode pourrait aggraver les accidents, provoquer l'amaigrissement, le dépérissement {lodothérapie, 2" éd., p. 87). Sans suivre Boinet jusqu'au bout, dans les considérations un peu trop théoriques où il entre, on doit admettre avec lui, que chez un sujet donné la

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physionomie des accidents de l'iodisme dé'pend avant tout de l'individualité. Toutefois l'originalité du malade, dans ses réactions morbides, n'est pas la déterminante exclusive de la forme clinique que revêt chez lui l'iodisme. Pour ne parler ici que des différences qui se montrent dans les éruptions pathogénétiques, l'idiosyncrasie en vertu de laquelle se développe telle ou telle éruption ne consiste pas seulement dans une propriété spéciale du derme, dans un état particulier des tissus ou des nerfs trophiqnes. M. Hallopeau a attiré l'attention sur ce point en montrant un sujet qui, à chaque dose d'iodure, présentait une série de bulles s'ulcérant, végétant et déterminant à la fin des cicatrices atrophiques : chez ce même malade, une derniite huileuse analogue, mais provoquée par l'application d'un vésicatoirc, n'eut pour résultats ni les cicatrices, ni les végétations observées dans le processus des bulles iodiques {Ann. dermat. et syph., 1888); — Ajoutons que l'intolérance d'un sujet pour une des préparations iodées n'implique pas forcément de sa part une même intolérance pour les autres composés de l'iode: tel malade incapable de supporter, par exemple, l'iodure de potassium pourra très bien absorber la teinture d'iode ou l'iodoforme. On peut voir également les accidents varier suivant la nature de la préparation employée.

III. Étude clinique. L'iodisme, dans ses formes intenses, est véritablement rare. Cependant la plupart des individus soumis, pour la première fois, à la médication iodurée, éprouvent de ce seul fait et en dehors de toute prédisposition spéciale, une sensation de malaise avec larmoiement, coryza, tension dans les sinus frontaux, séciieresse de la gorge et sensations douloureuses dans les glandes salivaires. Cette sorte de grippe est ordinairement très-fugace ; elle se dissipe en quelques heures malgré la continuation de l'iodure. Ces phénomènes d'intolérance qui marquent si souvent le début du traitement doivent être toujours présents à l'esprit du médecin et indiqués par avance aux malades pour leur épargner une surprise fâcheuse.

Mais les manifestations de l'iodisme ne restent pas toujours limitées à ces symptômes légers. L'action toxique de l'iode et de ses composés peut se faire sentir sur la plupart des appareils à un degré plus intense et, chose digne de remarque, d'après des modes très-variables. Chaque sujet en effet traduit à sa manière son intolérance médicamenteuse ; c'est lui, et non l'agent toxique, qui détermine le plus souvent la formule des accidents pathogénétiques. C'est ainsi, par exemple, que, selon la remarque de M. E. Besnier, on peut observer d'une part la même éruption cutanée produite, chez le même malade, par des substances différentes, et des éruptions dissemblables déterminées, chez des sujets différents, par un même agent thérapeutique.

Mais, quelle que soit la forme clinique de l'iodisme, lorsqu'elle s'est une fois développée, elle reste dans la suite, à chaque nouvelle poussée, invariablement la même pour le même malade. Aussi chez la plupart des sujets doués d'une sensibilité spéciale à l'égard des iodiques la même éruption peut-elle être indéfiniment reproduite, pour ainsi dire à volonté, par l'administration répétée de la substance médicamenteuse {voy. Besnier, Ann. dermat., t. III, p. 168).

1» Éruptions cutanées. Au nombre des manifestations les plus importantes de l'iodisme, il faut placer d'abord les éruptions cutanées. Toute la série des iodiques n'est pas uniformément propre à agir sur les surfaces tégumentuires. C'est avant tout l'iodure de potassium qui se trouve ici mis en cause. L'iode et

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riodoforme, tontes proportions gardées sur la fréquence de l'emploi, semblent moins aptes à intéresser la peau, du moins par intoxication générale et après absorption. Cutler, dans un article sur les accidents dus à l'iodoforme, a sur 77 cas noté 5 fois seulement des éruptions cutanées [Boston Med. and Surg. Joiirn., 1886); Willemer, la même année, a consigné des résultats analogues {CentralU. f. Chir.; voy. Brocq, Ann. dermat., 1888, p. 187). Il n'existe pas d'exanthème iodique ou iodurique spécial et pathognomonique. Ricord, l'un des pi'emiers, a établi en 1842 [Bull, de thérap.) que le traitement iodé ou iodo-potassique pouvait, à la rigueur, produire toutes les formes éruptives connues : érylhème, acné, herpès, impétigo, purpura, rupia, etc., mais, ce premier point admis, il est juste de reconnaître que tous les types dermatographiques de l'iodisme ne se rencontrent pas en clinique avec une égale fréquence. La manifestation cutanée la plus commune, à beaucoup près, est l'éruption papnlo-pustuleuse et acnéiforme, dite aaié iodique; les autres sont exceptionnelles. La nature véritablement acnéique des pustules ioduriques a été contestée par Duckvorth, qui a vu les éléments apparaître sur un tissu de cicatrice, et par Adamkiewicz, qui a attiré l'attention sur leur fréquence particulière dans les régions très-riches en éléments sudoripares {voy. Jullien, Mal. vén., 2" éd., 1184), Hébra a constaté sur ces lésions acnéiformes l'absence de comédons. Quoi qu'il en soit, les pustules ioduriques sont habituellement petites, coniques, avec une base d'un rouge vif et un sommet purulent ; par exception elles présentent un foyer hémorrhagique (Fournier), ou un cercle de vésicules saillantes (T. Fox). Kaposi leur assigne comme caractères spéciaux l'absence de cicatrices et de pigmentation consécutives. Adamkiewicz a démontré la présence de l'iode dans leur contenu. Contrairement à l'opinion de Hyde [Ann. of Derm., 1879), la face est ordinairement atteinte ; c'est même sur cette région que l'éruption apparaît tout d'abord; elle s'étend facilement aux épaules et s'éparpille fréquemment sur la surface du corps. L'acné iodique résulte presque uniquement de l'usage interne de l'iodure de potassium. Cependant Rose ^Yilm a pu voir une poussée d'acné au visage à la suite d'une injection kystique de teinture d'iode iodurée {Arch. fur anat. Path., 1866) et Kaposi a relaté une éruption de même nature à la suite de l'usage interne de l'iodure de sodium (trad. Besnier et Doyon, t. 11, p. 16). L'éruption acnéique peut devenir furonculeuse, et même anthracoïde. M. Besnier a décrit en 1882, dans les Ann. de dermatologie, une variété extraordinaire d'acné anthracoïde géante, siégeant sur la figure et le thorax et se rapprochant comme aspect des éruptions bromiques graves ; les tumeurs mollasses et presque fongueuses, présentaient des lacunes ponctuées analogues à celles du furoncle anthracoïde, mais l'incision ne put en faire sortir autre chose que du sang. Bazin a rapporté, d'après Cullerier, une observation curieuse se rapprochant assez du fait de M. Besnier. — Véry thème iodique a été signalé nonseulement à la suite de l'absorption d'iodure de potassium, mais encore dans le cours de traitements par l'iodure de fer (Bradley), l'iodure de sodium (Pellizzari) et même l'iodoforme (W. Taylor ; Kœnig). Les taches, discrètes ou confluentes, se montrent de préférence aux avant-bras et aux cuisses ; on les rencontre aussi à la face et au cou. La peau est quelquefois à peine teintée de rose; dans d'auti'es cas, l'éruption est intense et s'accompagne d'un certain degré de fièvre. Il faut évidemment rattacher à cette variété érythémateuse l'exanthème décrit parMackensiesouslenom d'érysipèle iodique [Brit. Med. Journ., 1871,422. — Cf. A. Trousseau, JJn. med., 1887). On a constaté plusieurs fois une desquamation

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scarlatiniformc. L'éryllième disparaît vite après la cessation du traitement, mais, si l'on continue l'usage de la préparation iodée, on peut voir survenir sur les plaques érythémateuses des cléments papuleux, orties, etc., constituant en somme un érythème polymorphe. — La ïorme papideuse, dérivée de la précédente, a été bien décrite par Fischer {Wien. med. Wochenschr., 1859, t. XI) : les boutons, d'un r.ouge vif, peuvent acquérir les dimensions d'une lentille, d'un petit pois ; on les trouve au visage, sur le cou, sur la poitrine, sur le dos, sur les mains ; ils peuvent être assez coniluents pour couvrir toute la surface cutanée (érythème scarlatiniformc), ou ne laisser entre eux que d'étroites mailles de peau saine. 11 n'est pas rare de voir l'éruption s'accompagner de démangeaisons très-violentes. — La forme ortiée, associée ou non à d'autres manifestations, est constatée de temps à autre : Celso Pellizzari en a publié deux beaux cas {lo Sperimentaîe, 1884, 240). M. Besnier en a montré plusieurs exemples dans son service : chez un de ses malades que 1/2 gramme d'iodure, pris parla voie gastrique, couvrait rapidement d'une urticaire intense, les accidents cessèrent de se produire dès que le médicament, à même dose, fut introduit par injection sous-cutanée, au centre même des gommes pour lesquelles le traitement avait été institué {Ann. dermat., 1882). Taylor mentionne l'urticaire au nombre des accidents cutanés qui peuvent suivre l'absorption d'iodoforme {the Neiu-York Med. Journ., oct. 1887). L'érythème noueux iodique est un accident aussi rare que l'érythèmc ortie, llicord, Fischer, E. Besnier, C. Pellizzari, Talamon, Mauriac, Hallopeau, en ont relaté des exemples. Cette éruption présente de grandes analogies avec l'érytlième noueux ordinaire, mais elle s'en dislingue par deux grands caractères : absence de localisation exclusive sur la face antérieure des jambes et absence d'ecchymose au moment de la disparition des nouures. Leur diagnostic avec les nodosités rhumatismales ne présente pas de difficulté. Ilans l'intoxication iodique les noyaux sous-cutanés se présentent entourés d'une zone rouge; ils sont mobiles sur les muscles et plus ou moins douloureux ; leur volume varie des dimensions d'une muscade à celle d'une pomme d'api; la forme en est arrondie, souvent ovalaire. On les trouve sur la face, sur le tronc, enfin sur les membres inférieurs, aux cuisses et aux genoux, comme aux jambes. Deux fois Pellizzari a vu les nodules suppurer et prendre ainsi l'aspect de gommes syphilitiques ou d'abcès farcineux {lo Sperimentale, 1884).

Le type eczémateux a été mentionné par Ricord, Boinet, Landrieux, Janowsky, W. Taylor, etc. L'éruption est le plus souvent limitée, mais elle peut s'étendre et se généraliser (Landrieux, tlièse Petitjean, 1879)- Taylor a vu l'eczéma survenir par intoxication iodoformique ; il semble même que d'iodoforme ait une prédilection pour ce mode éruptif : sur vingt-quatre cas d'éruption iodoformique, l'eczéma a été constaté neuf fois. Dans ces cas les vésicules se développent rapidement sur un fond érythémateux et se transforment aussitôt en vastes placards suintants {New-York Med. Journal, oct. 1884). La guérison s'opère vite, dès qu'on supprime l'agent nocif; cependant l'affection peut survivre à sa cause et passer à l'état chronique chez les sujets prédisposés. Ricord, Boinet, ont signalé Yimpéfigo et ïecthyma iodiques. On voit aussi parfois, au début ou dans le cours d'un traitement ioduré, des bulles apparaître sur la face, le cou, les avant-bras, le dos des mains, plus rarement sur le tronc et les membres inférieurs, enfin par exception sur certaines muqueuses (conjonctives, lèvres, langue, voile du palais). Les éléments huileux, quelquefois ombiliqués (Hutchinson, Dùhring), se présentent isolés ou confondus par groupes. Leur

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volume varie des dimensions d'une tète d'épingle à celle d'un œuf de pigeon. L'élévalion sus-dermique des bulles peut atteindre jusqu'à 2 centimètres. Leur contenu, d'abord séreux, puis purulent ou sanguinolent, s'é[)aissit à la longue et devient comparable à du sagou bouilli (Dûbring). Diickwortb et Janowsk y ont trouvé des traces d'iode dans les éléments éruptits (Janowsky, Vierteljahrschr., 1884, p, 495). A leur péripbérie, les téguments sont d'ordinaire infiltrés et érytliémateux : on a vu cepeiiuant l'éruption apparaître sans auréole congestive sur une peau d'aspect normal.

Les bulles laissent après elles des taches pigmentaires, quelquefois même de petites cicatrices (Morrovr, Drug Eruptions, New-York, 1888). C'est à la forme huileuse que doivent être rattachés les quelques cas de rupia iodique consignés dans la littérature médicale. Tout récemment M. llallopeau a publié le fait, jusqu'à présent unique, d'iui pempiiigiis iodurique accompagné de phénomènes généraux et caractérisé d'une part par la production de végétations condylomateuses, d'autre part par des cicatrices déprimées, difformes, traversées çà et là par des brides saillantes (Aiin. dermat., mai 1888. — Musée de l'hôpital Saint * Louis, moulages, 1284 et 1294).

Le purpura iodique (iodisme pétéchial) est un accident rare; il a été cependant remar(jué par lùcord, dès les premiers temps de l'emploi des iodures [Bull. général de thérapeutique, 1842, t. XXllI, p. 162). En 1877, M. A. Fournier, dans un remarquable mémoire, a complété l'étude de celte éruption peu connue [Revue mensuelle de médecine, septembre 1877). Le purpura iodique siège presque constamment sur la face antérieure des jambes, à leur partie moyenne; on l'a cependant observé sur la ligure, sur le tronc, et Mackeiisie l'a vu se généraliser. 11 est ordinairement discret et constitué, sur chaque membre, par une trentaine d'éléments. Cette éruption pétéchiaie est toujours miliaire; les taches, ordinairement arrondies, plus rarement ovalaires, sont comparables, comme dimensions, à un grain de millet ou à une tête d'épingie; on ne les sent jamais dépasser le niveau des parties saines. En règle générale, elles évoluent sans douleur, sans prurit, sans aucun trouble fonctionnel : il se peut toutefois que l'éruption s'aggrave et s'accompagne de symptômes généraux. On cite, dans ce genre, l'observation publiée par Stephen Mackensie : elle a trait à un enfant de cinq mois qui, après l'ingestion de 15 centigrammes d'iodure de potassium, présenta, au bout de trois quarts d'heure, les premiers signes de l'intoxication : la face devint rouge foncé, couleur vin d'Uporto, puis les membres furent pris, et le petit malade succomba en moins de trois jours [Lancet, 1878, 882). L'éruption a pour habitude de se montrer dès les premiers jours du traitement ioduré; elle se fait d'une façon très-rapide et cesse de s'accroître malgré la continuation du remède; elle disparaît spontanément, dans un laps de temps variable de deux à trois septénaires. L'élévation de la dose d'iodure est habituellement suivie d'une recrudescence ou d'une poussée nouvelle de purpura (Fournier). On a vu les taches purpuriques succéder à l'usage de la poudre d'iodolbrme (Janowsky, A. Uoutier) et de l'iodure d'ammonium (DulTey).

2" Troubles nerveux. Chez certains sujets, l'iodure de potassium, même à doses légères, détermine dans un délai variant de quelques heures à quinze jours et plus une céphalée des plus violentes. Le malade, pris de vertige, chancelle pendant la marche, sur ses jambes, et ne peut avancer qu'en s'appuyant sur les meubles, qui semblent tourner devant ses yeux. Cette ivresse iodique s'accompagne parfois de fourmillements, de pesanteur, de tremblement ou de dou-

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leurs vives dans les membres ; elle peut aboutir à uu état convulsif (Durr, Gairdner), au coma (Buckel, Lorenz) ou à une aliénation passagère. Rodet et Hallopeau ont noté l'hémiplégie incomplète et la paralysie alterne. On a également signalé certains troubles du langage. La mémoire est souvent affaiblie, l'esprit abattu; les malades sont en proie à la mélancolie, à une oppression morale vague. Nous parlerons plus loin de l'influence bulbaire sur les troubles de la circulaiion et de la respiration. Des accidents nerveux analogues à ceux que nous venons d'énumérer ont été signalés à la suite de l'usage de l'iode (Gairdner, Lorenz, Rôser, Nélaton) et de l'absorption de l'iodoforme par le tube digestif, les séreuses ou la peau (Kœnig, Behring, Taylor, Brun, Routier, etc.). Kœnig a décrit des formes nerveuses graves et mortelles d'intoxication iodoformiquc.

5° Troubles de Vappareil circulaloire. Les palpitations cardiaques, les lypothymies, les syncopes, ont été signalées par les premiers observateurs de l'iodisme, et nous avons vu que Trousseau, devant l'Académie de médecine, avait montré la confusion possible entre la maladie de Basedow et certaines I formes de l'empoisonnement par l'iodure de potassium. Le pouls, petit et déprimé se ralentit quelquefois, mais, en règle générale, on le trouve plus rapide; il peut monter jusqu'à 150 et 160 pulsations (Wille, Riedtiuann). Cette accélération, qui survient eu dehors de tout état fébrile, ne correspond en aucune façon à une élévation thermique; elle est la conséquence d'une action des iodiques sur les centres nerveux ou la musculature du cœur. Rummo, dans ses recherches sur l'action de l'iodoforme, est arrivé à conclure que les troubles circulatoires consécutifs à l'empoisonnement sont dus, en majeure partie, à l'influence du médicament sur le centre bulbaire des nerfs pneumogastriques [Arch. de physioL, 188Ô). D'autre part, Bogolepoff (Sc/i))u'Jrs Jar/irtucÂer, 1877), en expérimentant avec l'iodure de potassium, a trouvé que la section des mêmes nerfs n'empêchait pas une modification de se produire dans la pression sanguine; Castelli, avant lui, avait fait voir, sur la grenouille que le cœur mis à nu et séparé du corps est fortement influencé par la vapeur d'iode [Miiller's Arch., 1854). Il semble résulter de ces données ex[)érimentales, que les troubles circulatoires observés cliniquement dans l'iodisme sont également imputables aux désordres des centres nerveux et à l'altération des fibres cardiaques.

Quant à l'action de l'iodo et des iodiques sur le sang, elle se manifeste, de l'avis général, par une diminution de la plasticité : Renzi, Floucait, Behring, Max Schede, ont observé diverses modifications des globules produites par l'iodoforme et l'iodure de polassium. L'état anémique grave qui, en certains cas rares, résulte de cette altération du sang, se traduit par des souffles cardiaques et veineux, de la cyanose des extrémités, de l'amblyopie, des bourdonnements d'oreille, une tendance marquée aux syncopes, etc. Les différentes hémorrliagies que nous aurons à mentionner à propos de chaque appareil, et dont la cause immédiate réside dans l'état du système vasculaire, semblent aussi favorisées par cet appauvrissement du sang.

4° Troubles des voies respiratoires. Le coryza est, à beaucoup près, le plus commun de tous les phénomènes provoqués par l'absorption de l'iodure de potassium. La tuméfaction de la muqueuse pituitaire s'accompagne d'une sécrétion muqueuse abondante, mais moins visqueuse que dans le coryza ordinaire et sans tendance à passer à l'état purulent. « Ce rhume d'iodure de potassium ne mûrit pas, dit Ricord ; et, si antérieurement à l'administration du remède il existait une sécrétion purulente des fosses nasales, sous son influence la purulence, à moins DICT. E.\C. i' s. XYI. 23

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qu'elle n'ait pour origine une carie osseuse, ne tarde pas à diminuer et quelque- Ibis à disparaître ». Il y a souvent laryngite avec enrouement, quelquefois même aplionie; Sanlus a signalé la laryngite striduleuse et l'astlime {Deutsche Klinik. Berlin, 185G, t. YIIl, p. 18). Depuis Orfila (7'o^ico/., p. 70), l'œdème de laglotte a été assez souvent observé et a nécessité parfois la trachéotomie (Ricord, Fenwick, Iluchard). La bronchite avec toux et expectoration muqueuse, la sensibilité trachéale, les douleurs thoraciques, la dyspnée, l'œdème pulmonaire, l'hémoptysie, complètent à peu près la liste des troubles respiratoires dans l'iodisme.

5" Troubles du tube digestif. De ce côté encore les manifestations de l'iodisme sont fréquentes et variées : irritation générale de la muqueuse buccale, saignement des gencives, taches ecchymot ques sur leur bord et sur la face interne des joues, ulcérations aphthcuses (Rugg), papules, vésicules (Janowsky), bulles (Ilallopoau) identiques aux lésions qui se montrent en même temps sur la peau, gonllement de la langue et formation à sa surface d'un enduit grisâtre, œdème des piliers et de la luette, congestion des glandes parotides et sousmaxillaires (Bœhm, Bonnassies, Pellizrari, Paul Reynier), soif vive, salivation • plus ou moins abondante : ce dernier phénomène se montrerait, d'après 11ermauT», sur le dixième des malades. Le ptyalisme iodique peut être aussi considérable que le ptyalisme mercuriel le plus prononcé ; il ressemble beaucoup à celui des femmes enceintes (Ricord). Dans ces cas la salive est peu visqueuse : elle semble non-seulement venir de la cavité de la bouche, mais encore être le produit d'une sorte de régurgitation. La salivation n'est aucunement liée à l'existence de la stomatite (Ricord) : elle est tantôt inodore, tantôt accompagnée d'une odeur repoussante; le goût en est toujours salé et l'examen du liquide y montre la présence d'une certaine quantité d'iodure de potassium. Le catarrhe pharyngien, avec ou sans extension à la trompe d'Eustache, est un symptôme bien connu: il est le prélude ordinaire de la plupart des troubles du tube digestif (Boinet) ; Trousseau le considérait comme le thermomètre de la saturation iodique. La douleur œsophagienne, assez couvent notée dans les observations, est moins le résultat d'une lésion locale que de l'état général ; elle peut être comparée à la sensibilité trachéale et aux douleurs intercostales. L appétit, parfois diminué, est le plus souvent augmenté. On constate fréquemment de la douleur de l'hypochondre gauche, un état nauséeux et des vomissements dont la cause peut être rapportée soit au contact direct de l'iodure, soit à un acte réflexe et à l'élimination de la substance par les glandes gastriques : il est d'autre part démontré que l'action émélique des iodiques peut se manifester également après l'absorption stomacale et après l'absorption cutanée (Brun, Routier) : il se produit, dans ce dernier cas, un phénomène analogue, quant à son mécanisme, aux accidents qu'on voit suivre l'injection sous-cutanée de morphine. Les examens microscopiques ont permis de constater, à la suite d'empoisonnement par l'iode ou les iodures, la congestion diffuse de la muqueuse gastrique, des ecchymoses et des ulcérations de la grande courbure, enfin un état emphysémateux qui soulève la tunique interne et produit, cà et là, une quantité de tumeurs arrondies, à base large, d'une couleur légèrement rosée, crépitantes et contenant dans leur intérieur un liquide (Boinet, loc. cit., p. 66). La diarrhée, accident très-commun, est quelquefois sanguinolente (Gairdner, Bradley). Les recherches de Binz, Hôgyes, Zink, Wille et Riedtmann nous ont appris que, dans l'iodisme, le foie ne restait pas indemne et pouvait être atteint de dégénérescence graisseuse (Zink, Journ. compl. du Dict. de méd. Paris,

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J824, XVIII, p. 251-255. — Binz, Arch. f. exer. Path., vol. VIII et XIII. — llôgyes [ihid., vol. XIIl]. — Wille [Intoxic. iodoformîque aiguë], C. Blatt. f. Schweher. Aertze, 1882. n» 18. — Riedtmann, ibid.).

6» Troubles des organes génito-urinaires. L'iodure de potassium exerce une action irritante toute spéciale sur la muqueuse de l'urèthre. Ricord, en 1841, a mentionné cette particularité souvent vérifie'e depuis. « J'ai pu, dit-il, en quelques circonstances, attribuer à la médication lodurée le retour de blennorrhagies mal éteintes ou l'exaspération de celles qui existaient déjà, de telle façon que la présence d'une blennorrhagic, et surtout d'une blennorrhagie voisine de l'état aigu, est pour moi une contre-indication momentanée à l'emploi de cet agent thérapeutique ». Ricord a vu de même l'influence de l'iodure de potassium se faire sentir sur les muqueuses du vagin et de l'utérus; il en conclut que l'existence d'un catarrhe utero- vaginal aigu constitue également une contre-indication au traitement ioduré. L'iodure de potassium peut augmenter le flux menstruel (Coindet, Breira, Sablairoles) ou même déterminer une métrorrhagie (Schmidt) : Roinet a utilisé cette action de l'iodure sur l'utérus pour le guérison de l'aménorrhée. L'avortement a été compté par quelques auteurs au nombre des accidents possibles de l'iodismc (Tardieu, Élude sur ravort., p. 51).

L'action de l'iodure de potassium sur les reins, ses principaux cmonctoires, ne se manifeste ordinairement que par une activité sécrétoire plus considérable : mais ne peut-elle pas devenir pour eux la cause de différents désordres? La polyurie iodurique s'accompagne quelquefois d'albuminurie transitoire et de l'élimination de cylindres épithéliaux. L'hématurie a été vue par Rodet, Jacubasch, Boehm. D'autre part Seguin tend à rapportera l'iodisme les lésions de néphrite si fréquemment constatées à l'autopsie, dans les cas de syphilis ancienne [Mal de Bright et iodure de pot. \nJourn. of Ued. Se, 1881, July). Edmonson Atkinson (de l'Université de Maryland) a soutenu la même opinion (Mauriac, Maladies vén., 1885). Binz et llogyes, dans leurs autopsies d'animaux soumis par eux à l'iodcforme, ont trouvé constamment la dégénérescence graisseuse des reins, comme celle du cœur et du foie [voy. Kœnig, Centralbl. f. Chir., 1882).

7" Troubles oculaires. Le gonflement des paupières et le larmoiement sont des phénomènes communs au début du traitement ioduré : ils accompagnent le coryza. L'œdème palpébral peut être assez considérable pour qu'il devienne difficile de découvrir le globe de l'œil. « Fréquemment, dit Ricord, on voit chez les malades qui sont soumis cà l'iodure de potassium les conjonctives d'un côté ou des deux à la fois se prendre. A une injection vasculaire plus ou moins rapide ne tardent pas à s'ajouter une tuméfaction de la membrane muqueuse et une infdtration ordinairement très-prononcée du tissu cellulaire sous-muqueux qui donnent lieu, du côté de l'œil, à un chémosis quelquefois très-considérable, et du côté des paupières à un œdème le plus ordinairement très-prononcé. Cette espèce d'ophthalmie, qu'on pourrait appeler catarrho-œdémateuse, présente encore le cachet particulier des effets généraux de l'iodure de potassium sur les muqueuses, c'est-à-dire que la sécrétion est accrue, sans tendance ou avec fort peu de tendance à la suppuration ». On a noté encore l'injection de la cornée et du cercle ciliaire (P. Bernard, Ann. d'oculist., 1845), l'érosion et l'opacité de la cornée (Rodet, Gaz. méd., 1847. — Ehrlich, Charité Ann., t. X), le staphylome (Hallopeau), l'iritis (Bradley), l'hyperesthésie rétinienne avec photophobie et scotomes (Berkun, Rosenthal, Wien. Med.-Halle, 1862). Comme

556 lODOFORME (chimie).

troubles fonctionnels, il faut également mentionner la presbytie (Corlieu. Gaz. des hop., i856), la myopie, la diplopie, l'amblyopie, l'amaurose (Dradley). Chez un malade de M. Ilallopcau, les lésions oculaires furent si graves que la vue eu resta compromise. A. Pignot.

lODOBElVZOÏQVES (AciuEs). Dérivés iodés de l'acide benzoïque. On ne connaît que Vacide moniodobenzoïqiie, CIFIOS obtenu en traitant l'acide amidobenzoïque par l'acide iodhydrique. Il cristallise en paillettes allongées, se dissout très-peu dans l'eau, aisément dans l'alcool et l'élher-, à 180 degrés avec l'alcool sodé il donne de l'acide benzoïque. Avec l'ammoniaque à une température de 167 degrés il se convertit en acide amidobenzoïque. Chauffé avec l'acide nitrique, il donne de Vacide nitro-iodobenzoïque cristallisé, fusible à 220 degrés. Il en existe, paraît-il, trois isomères. L. Hx.

lODOBEiVZOïXE. C'H^O. Se prépare en chauffant de l'iodure de potassium avec de l'oxychlorobenzoyle. Il forme des cristaux feuilletés. L. Hx.

lODOCYArv'E. CAzI. C'est Viodure de cyanogène. S'obtient en chaufflmt le cyanure de potassium ou de mercure avec l'iode. Il est cristallisable, volatil, oluble dans l'eau et l'alcool {voy. Cyanogène). L. Hx.

lODOFORME. (CIII''). § I. Chimie. Substance cristallisée découverte en 1822 par Serullas. Dumas en fit connaître la composition et Bouchardat en étudia les principales propriétés.

Ce corps a été successivement désigné sous les noms de carbide d'iode, d'iodure de formyle, d'iodure de carbone, d'iodure de méthyle biiodé; on le désigne encore sons ceux d'hydriodure de carbone, d'iodéthéride, de formoiodide, de formène triiodé.

Modes de formation et préparation. L'iodoforme prend naissance dans un grand nombre de circonstances : on l'obtient en faisant réagir l'iode en présence d'un alcali ou d'un carbonate alcalin sur l'esprit de bois, l'alcool, l'éther. On l'obtient encore en présence des mêmes agents avec le sucre de canne, la glycose, la gomme, la dextrine, les matières albuminoïdes.

D'après Bouchardat l'iodoforme se prépare de la manière suivante : on prend iode, 100 parties; bicarbonate de soude cristallisé, 100; eau, 750; alcool, 250; on mêle le tout dans un flacon placé au bain-marie et dont on élève progressivement la température jusqu'à 80 degrés : quand la liqueur est décolorée, on ajoute peu à peu de l'iode jusqu'à ce que la solution ne se décolore plus : on enlève ce léger excès d'iode par quelques gouttes de potasse caustique, on filtre. Par le refroidissement l'iodoforme se dépose. Les liqueurs évaporées donnent une grande quantité d'iodure de potassium.

Filhol donne le procédé suivant : on fait dissoudre le carbonate de soude dans l'eau, on ajoute l'alcool, on chauffe, puis on projette l'iode par petites quantités; après le refroidissement, l'iodoforme se dépose. La liqueur filtrée est de nouveau chauffée vers 60 à 80 degrés ; on ajoute une nouvelle proportion de carbonate de soude et d'alcool, puis on fait passer rapidement un courant de chlore, en agitant continuellement : par le refroidissement une nouvelle quantité d'iodoforme se sépare. Cette opération est répétée jusqu'à ce qu'il ne s'en dépose plus. On peut obtenir par ce procédé 40 à 50 pour 100 d'iodoforme. Filhol

lODOFORME (chimie). 557

indique les proportions suivantes : carbonate de soude cristallisé, 2 parties ; iode, 1 partie; alcool, 2 parties; eau, 10 parties.

On obtient encore riodoforme en traitant une solution alcoolique d'iodure de potassium, chauffée à 40 degrés, par l'Iiypocblorite de chaux ajouté peu à peu ; on agite vivement la liqueur, qui prend une couleur rouge à chaque addition d'hypochlorite, et l'on continue ainsi jusqu'à ce que la solution iodurée cesse de se colorer. Par le refroidissement, il se dépose une masse cristalline confuse formée par un mélange d'iodoforme et d'iodate de chaux.

Propriétés. L'iodoforme se présente sous la forme de paillettes nacrées douces au toucher, d'un jaune de soufre, et possédant une odeur qui, lorsqu'elle est affaiblie, rappelle celle du safran. Il est insoluble dans l'eau, les acides et les alcalis aqueux, mais il est très-soluble dans l'esprit de bois, l'alcool, l'éther, les huiles grasses et les huiles essentielles; le sulfure de carbone et le chloroforuie le dissolvent également, en même temps qu'ils le décomposent peu à peu: aussi la liqueur ne tarde-t-elle pas à se colorer en rouge par de l'iode mis en liberté (Lepage et Patrouillard). Sa densité est d'environ 2. Chauffe à l'air libre, il entre en fusion à Ho-i20 degrés, en se vaporisant en partie, sans s'altérer, tandis qu'une autre portion se décompose en produisant du gaz iodhydrique et des vapeurs d'iode, il reste du cliarbou pour résidu; il passe à la distillation avec les vapeurs aqueuses. D'après Hoffmann, l'iodoforme chauffé en vase clos à J50 degrés se convertit en iodure de méthylène, CH*P, et probablement en iode.

Chauffé avec du perchlornre de phosphore, il donne un liquide qui n'est autre que du chloroforme (A. Gautier). Distillé en présence du sublimé corrosif, du chlorure de plomb et d'étain, il fournit du chloroiodoforme, CllClM. Avec le sulfure de mercure il se forme une très-petite quantité d'une huile sulfurée que Bouchardat a désigné sous le nom de sulfoforme; avec le cyanure d'argent ou de mercure la réaction est plus énergique et l'on obtient un sublimé d'iodure de cyanogène. Chauffé avec l'oxyde de mercure, l'iodoforme est prompteraent attaqué; il se forme de l'eau, de l'acide carbonique, de l'acide formique et de l'iodure de mercure. Lorsqu'on fait passer un courant de cyanogène jusqu'à refus dans une solution alcoolique d'éthylate de sodium, il donne de l'iodure de méthylène, CHH^ L'iodoforme réagit sur l'acétate d'argent en formant de l'iodure avec dégagement d'oxyde de carbone. Lorsqu'on fait passer un courant de cyanogène jusqu'à refus dans une solution alcoohque d'iodoforme, on obtient, d'après Saint-Évre, deux substances différentes possédant à un haut degré l'éclat métallique et dont l'une paraît constituer le cyanoiodoforme, CHPCy.

A l'état solide l'iodoforme n'est pas sensiblement altéré par les rayons solaires, mais, lorsqu'il est dissous, la solution d'abord incolore ne tarde pas à prendre une couleur rouge violet intense. D'après Humbert, l'iodoforme serait de tous les composés iodiques le plus sensible à l'influence de la lumière.

Une solution alcoolique d'iodoforme chauffée en vase clos avec du sulfocyanure de potassium est attaquée, il se forme de l'iodure de potassium, un gaz qui se dégage et une huile sulfurée possédant une forte odeur de raifort. Ce corps forme une combinaison cristallisée avec l'ammoniaque.

Lorsqu'on ajoute peu à peu des cristaux d'iodoforme à de la triéthylphosphine, il se forme une matière visqueuse, d'un jaune clair, qui, traitée par l'alcool, se transforme en une substance blanche cristallisée répondant à la formule :

3 (CH'^P) 4- CHP = G'^H'^^P^P (triéthylphosphine-iodoforme) .

S58 lODOFORME (emploi médical).

D'après "W. Ilofmann ce corps doit être considéré comme le triiodure de triphosphonium, correspondant à trois molécules de chlorure d'ammonium; voici ce que devient sa ibrmulc dans cette hypothèse :

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