DILATATION PUPILLAIRE
Section du nerf optique.
Paralysie du moteur oculaire commun.
Excitation du trijumeau.
Excitation du sympathique.
Excitation des nerfs vaso-moteurs de l'iris.
Rétrécissement des vaisseaux de l'iris.
Excitation ries nerfs sensitifs.
Vision des objets éloignés.
Rotation de l'œil en dehors.
Augmentation de pression intra-oculaire.
Excitation externe de l'iris.
Excitation du bord de la cornée.
Inspiration.
Diastole ventriculaire.
Dyspnée.
Asphyxie.
Syncope.
Approches de la mort.
Forte contracture musculaire.
.Mydriatiques (atropine...).
Anesihésiques (fin de l'anesthcsic).
Froid.
La contraction de la pupille sous l'action directe de la lumière a été constatée par Gysi et Luchsinger. Ces auteurs ont vu le sphincter irien d'un iris d'anguille détaché avec précaution et étalé soigneusement dans un verre de montre, baignant dans une solution de sel marin et laissé quelque temps dans l'obscurité, se contracter sous l'influence de la lumière diffuse, puis se relâcher de nouveau dans l'obscurité. L'occlusion pupillaire devenait complète à la lumière solaire directe ou atténuée par d'épaisses lames de glace pour mettre hors de cause toute action colorique. De plus, les rayons bleus et verts avaient constamment l'action la plus énergique, les rouges étaient moins actifs, les jaunes moins encore, et l'on ne constatait rien avec les rayons ultra-violets.
L'action réflexe née dans la rétine produit la contraction pupillaire non-seulement dans l'œil excité, mais encore sur l'œil du côté opposé. Dans celui-ci elle serait un peu moins prononcée, sauf toutefois si la lumière est très-intense; chez le lapin, le rétrécissement pupillaire ne porte que sur l'œil excité.
C'est en se basant sur l'existence de cet acte réflexe que Gorham propose d'employer la pupille de l'œil humain pour mesurer l'intensité des différentes sources lumineuses [the Pupil Photometer). On détermine d'abord le diamètre de la pupille pour une lumière donnée placée à une distance fixe. La lumière à mesurer est ensuite placée à une distance telle que la pupille prenne les mêmes dimensions que durant le premier examen. On calcule enfin par une formule et d'après les distances l'intensité lumineuse de la source étudiée.
D'autre part, la synergie d'action des deux pupilles sous l'influence de l'excitation lumineuse d'une seule rétine fournit un moyen de reconnaître la cécité unilatérale. Un homme se dit borgne de l'œil droit; placé en face d'une fenêtre, chez lui les deux pupilles se contractent vivement. Couvrez l'œil gauche qui est sain, la pupille de l'œil droit se dilatera malgré la lumière, si la cécité est réelle. Après avoir remis les deux yeux en pleine lumière, masquez à son tour l'œil droit (aveugle) ; si la pupille de l'œil gauche n'éprouve aucune modification, concluez que l'œil droit est véritablement insensible à la lumière (Cras).
Quant à la contraction qui survient pendant le sommeil, elle est tellement prononcée que la pupille mesure les dimensions d'une tête d'épingle, ce serait là son minimum physiologique. Cependant même à cet état elle réagit encore
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à la lumière, ainsi que l'on peut s'en assurer en s'aiilant d'une forte loupe. De plus, si l'on éveille brusquement un individu, on voit sa pupille se dilater tout d'abord extrêmement, puis revenir à son état normal.
Enfin au tableau que nous avons donné des influences qui produisent une contraction ou une dilatation de la pupille il faudrait ajouter d'après Ballimann et Witkowski l'état de l'innervation centrale. Pour eux l'iris reflète en quelque sorte les émotions intérieures et traduit par sa dilatation plus ou moins grande le degré d'excitation des centres nerveux. Ces excitations cheminant par la moelle allongée et la moelle suivent la voie du grand sympathique pour se rendre à l'iris. A l'état de veille, l'équilibre est complet et les excitations cérébrales modérées maintiennent la pupille dans un état moyen de dilatation. Pendant le sommeil l'absence d'excitation venue du dehors fait que l'iris reste conU'acté.
Nous ne discuterons pas le mécanisme physiologique des mouvements de l'iris tel que le comprennent ces auteurs. Actuellement encore la question est fort controversée et, si l'on veut résumer les diverses opinions émises à son sujet, on peut dire que : 1" le rétrécissement pupillaire est produit ou par l'action du sphincter de l'iris, ou par la dilatation des ramuscules vasculaires qui irriguent la membrane; 2" la dilatation de la pupille résulte on de la contraction dn muscle dilatateur ou du rétrécissement des vaisseaux, ou encore de l'élasticité du tissu propre de la membrane réagissant après l'action du sphincter.
Pour bien fixer les idées nous devrions successivement étudier le rôle physiologique des centres nerveux d'où émanent les filets nerveux destinés à l'iris, le rôle de ces derniers et enfin le mode dont se comportent les éléments musculaires et vasculaires de l'iris auxquels ils se distribuent. Cette étude ayant déjà été faite en partie, nous nous bornerons à la compléter, indiquant les divers articles qui s'y rapportent.
Bôle des centres nerveux. Voy. articles : Cerveau, 1" série, t. XIV, p. 204; — Moelle épinière, S** série, t. VIII, p. 579.
Rôle des nerfs irido- constricteurs. Voy. articles : Ocdlo-mote0r commdn (Physiologie), 2« série, t. XIV, p. 159. — Œil {Physiologie), 2« série, t. XIV, p. 291.
Rôle des nerfs irido-dilatateurs. Voy. articles : Sympathique {Grand), o« série, t. XIV, p. 64. — Œil {Physiologie), 2<^ série, t. XIV, p. 296.
Rôle des éléments musculaires de l'iris. La physiologie des mouvements de l'iris restera indécise tant que ne sera pas tranchée l'existence ou la nonexistence du muscle dilatateur. On admet sa présence, rien de plus simple alors que de comprendre le rétrécissement et la dilatation de la pupille sous l'action des deux antagonistes. Le dilatateur n'existe pas, la constriction pupillaire seule résulte d'une action musculaire, celle du sphincter. Edgren, qui a étudié le mécanisme des mouvements de l'iris chez les grenouilles, fait ressortir la rapidité d'exécution de la constriction, le stade d'excitation latente qui le précède, faits en rapport avec une action musculaire.
Rôle des éléments vasculaires de l'iris. Chrétien, exposant les idées de Houget, donne la théorie du rétrécissement pupillaire seul actif et s'effectuant bien plus par congestion vasculaire que par contraction du sphincter. Il admet que les fibres de l'iris n'ont qu'une action constrictive et que l'élasticité seule préside à la dilatation. Il admet aussi que la réplétion du système vasculaire irien produit le resserrement pupillaire. Mosso, en effet, a pu l'obtenir expérimentalement en remplissant de liquide les artères après la mort, et il a montré
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que les médicaments qui produisent le rétrécissement des vaisseaux (atropine) provoquent la dilatation de la pupille, tandis que l'iritis s'accompagne de myosis. D'après Giovanni, l'influence de la réplétion vasculaire de l'iris sur le rétrécissement pupillaire ressort aussi de ce lait que, chez certains cardiaques, on constate une contraction permanente de la pupille, plus marquée quand les troubles circulatoires s'aggravent. Mais, comme cette particularité n'est pas constante chez tous les cardiaques, il faut bien admettre qu'elle résulte de quelque chose de plus que la gêne circulatoire. Ce serait, pour Giovanni, la paralysie du sympathique liée sans doute à une hyperémie et à une infiltration de cellules embryonnaires dans les ganglions cervicaux supérieurs, faits constatés à l'autopsie.
Contre l'influence exclusive des variations du calibre des vaisseaux de l'iris sur les dimensions de la pupille, il faut citer les expériences de Waller, qui, curarisant un rat albinos, dispose son œil sous le microscope et, faisant dilater et resserrer la pupille, n'observe aucun changement de calibre des vaisseaux.
D'après Debouzy, les modifications qui surinennenl dans le système vasculaire de V iris peuvent produire par eux-mêmes les mouvements de cette membrane. Cette théorie diffère de celle de Rouget en ce que, pour Debouzy, les systèmes vasculaire et musculaire sont jusqu'à un certain point indépendants; ils ne se combinent pas pour former un organe unique, érectile, produisant le rétrécissement pupillaire dans l'accomplissement des fonctions visuelles. Debouzy admet de plus l'existence des faisceaux radiés, mais ne leur reconnaît aucune action dans la dilatation de la pupille.
Voici d'ailleurs les conclusions qui paraissent découler de ce travail :
1° Les fibres musculaires, qui forment la bandelette circulaire de l'iris, et celles qui forment les faisceaux rayonnants de cette membrane, ne sont qu'un seul et même muscle, un diaphragme musculaire;
2" Lorsque toutes les fibres musculaires de l'iris entrent en même temps en activité, il se produit un rétrécissement de la pupille, parce que la bandelette circulaire l'emporte de beaucoup par sa masse sur les faisceaux radiés ;
5° Celte contracture musculaire est due à l'action de la 3" paire crânienne seule, et elle ne s'observe que dans les fonctions sensorielles (accommodation à la quantité lumineuse, accommodation à la distance, mouvements associés, etc.);
4" La dilatation de la pupille, qui survient lorsque l'action de la o« paire a cessé, n'est pas l'effet de l'excitation d'un nerf d'un autre ordre, ni d'une contraction musculaire: elle est due à l'élasticité seule de l'iris, c'est donc un phénomène d'ordre purement passif;
5» Le grand sympathique n'a aucune action sur les fibres musculaires de l'iris, il est purement vaso-moteur ;
6° Quand le sympathique agit comme vaso-constricteur, il produit la dilatalion de la pupille. Augmente-t-il le calibre des vaisseaux? C'est un rétrécissement pupillaire qui se produit. Il n'agit pas dans les fonctions sensorielles;
7" Les phénomènes de myosis et de mydriase qui sont sous la dépendance du grand sympathique sont en tout point comparables aux phénomènes vasculaires qui déterminent la rougeur ou la pâleur de la face.
En résumé, le rétrécissement pupillaire est produit soit par la contraction des faisceaux musculaires, soit par la dilatation des vaisseaux, etie même la
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dilatation de la pupille survient soit par suite du retrait élastique de l'iris, soit par suite d'un effet vaso-constricteur.
Enfin pour Debouzy la o" paire serait conjuguée avec le nerf optique seul, et serait indépendante des nerfs de la sensibilité générale.
Lorsqu'on excite un nerf sensitif et que l'on détermine par là un mouvement de la pupille, celui-ci résulte d'un acte réflexe transmis par le sympathique, sans participation du nerf optique ni de l'oculo-moteur commun.
On trouvera à l'article Grand Sympathique le résultat des dernières recherches de F. Frank relatives à la théorie des mouvements deliris d'origine circulatoire.
Du rôle (le l'hns dans l'accommodation. L'iris, dont les mouvements sont isochrones avec les phases de l'accommodation, jouerait, suivant quelques physiologistes, un rôle important pour l'adaptation de l'œil aux distances. L'iris serait un diaphragme retenant les rayons qui tombent sur la périphérie du cristallin et contribuant ainsi à la correction de l'aberration de parallaxe comme à celle de sphéricité.
Les auteurs de cette hypothèse, dit Giraud-Teulon, ne remarquaient pas que, pour venir en aide à l'accommodation rapprochée, c'étaient les rayons périphériques que le diaphragme eût dû laisser passer à l'exclusion des rayons centraux. Quand cette objection capitale se produisit, on supposa alors, pour justifier l'hypothèse première, que, dans le cristallin, l'aberration de sphéricité avait lieu en sens inverse de ce que l'on observe dans les lentilles inorganiques. Mais on aurait pu simplement observer qu'avec des degrés très-différents d'ouverture pupillaire on voit nettement en des instants différents, c'est-à-dire lors d'éclairages variables, les mêmes objets et aux mêmes distances. De Graefe a donné une observation, et d'autres analogues ont été rapportées depuis, dans laquelle était évidente l'indépendance de l'accommodation. Dans un cas de traumatisme oculaire, suivi d'aniridie complète, l'accommodation était demeurée intacte. Il n'en est pas moins exact que la pupille se resserre lorsque l'œil accommode pour la vision de près, et se dilate quand l'accommodation se relàciie. Pour constater ces modifications il suffit de faire regarder par le sujet examiné alternativement un objet rapproché et un objet éloigné situés dans la même direction; la seule précaution à prendre consiste à éviter que la pupille soit resserrée d'une manière continue par un éclairage trop intense. On peut observer entoptiquement l'élargissement et le rétrécissement de la pupille en couvrant et découvrant alternativement l'autre œil avec la main ; dès que la lumière pénètre dans cet œil, les pupilles des deux côtés se resserrent, et ce rétrécissement est facile à percevoir à l'image cntoptique (Helmholtz).
Dans l'accommodation pour les objets voisins, le bord pupillaire de l'iris et le milieu de la surface antérieure du cristallin se déplacent un peu en avant. Pour observer ce mouvement, choisissons, dit Helmholtz, un point de fixation éloigné, nettement déterminé, et pour objet rapproché prenons une pointe d'épingle. Le sujet observé couvre un de ses yeux et donne à l'autre une position telle que la pointe d'épingle masque exactement le point de fixation éloigné. Il faut faire attention à ce que l'œil n'abandonne pas cette position, et il ne faut pas non plus le laisser se dévier vers les objets situés latéralement, car dans cette expérience il est essentiel que la direction de l'œil ne change pas. L'observateur se place de manière à voir de profil, et légèrement d'arrière en avant la cornée de l'œil observé, de telle sorte que la moitié environ de la pupille noire de cet œil soit visible en avant du bord cornéen de la scléroV^ ue
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tant que l'œil observé regarde au loin. Puis on fait fixer la pointe d'e'pingle : l'observateur remarque aussitôt que l'ovale noir de la pupille et même une partie du bord de l'iris tourné vers lui deviennent visibles en avant de la sclérotique. Ce fait démontre bien la projection en avant du cercle pupillaire refoulé par la face antérieure du cristallin devenu plus convexe. Helnîholtz a trouvé que ce déplacement varie de 0""",'56 à 0""",iA.
g IV. Pathologie. I. BLESSURES DE l'iris. L'iris peut être blessé par l'introduction dans l'œil d'un instrument ou d'un corps étranger; il peut encore être lésé par une commotion oculaire.
Plaies de l'iris. Les plaies de l'iris sont produites par des aiguilles, des plumes métalliques, des ciseaux, des canifs, ou encore des éclals de verre, des fragments de bois, etc. A la lésion de la membrane d'enveloppe cornée ou sclérotique vient s'ajouter du côté de l'iris une piqûre ou une coupure, une plaie tantôt nette, tantôt au contraire à bords déchirés et contus. Dans le premier cas, toute la gravité du traumatisme réside dans la lésion simultanée du cristallin, dans la cataracte traumatique possible. Alors, outre une douleur très-vive, le resserrement de la pupille et quelquefois un épancliement de sang dans la chambre antérieure, la plaie de l'iris ne se traduit que par une solution de continuité en forme de trou ou de fente. A travers celle-ci l'éclairage ophlhalmoscopique permet d'apercevoir le fond de l'œil, et, à l'examen direct, on voit sur la membrane soit une pupille artificielle, soit un colobome traumatique ; si au contraire la sécrétion indammatoire est légère et de courte durée, l'instrument vulnérant a produit une plaie contuse, la blessure est beaucoup plus grave: ce n'est plus la cataracte traumatique qui devient la menace principale, mais bien l'iritis suppurative.
Comme traitement immédiat, la plaie de l'iris réclame quelques instillations d'atropine et l'application sur l'œil de compresses d'eau fraîche. L'intensitt; de la réaction inÛammatoire détermine ensuite le traitement (voy. Iritis).
Corps étrangers. Les blessures de l'iris par des corps étrangers (parcelles de métal, de bois, de verre, grains de poudre, de plomb) méritent une description spéciale pour le cas particulier où l'agent du traumatisme est demeuré implanté dans la membrane. En général ces corps étrangers pour la plupart sont très-mal supportés, et leur présence donne lieu à une iritis fort grave, qui aboutit à la suppuration ou bien entraîne des accidents sympathiques du côté de l'œil sain. Ces accidents résultent de l'irritation continue que subit le tissu de l'iris et aussi de l'introduction par l'agent du traumatisme d'éléments iiiléctieux. C'est sans doute en raison de l'absence de ces derniers que des parcelles métalliques portées à une haute température ont pu s'introduire dans l'œil et s'y enkyster. Encore faut-il pour les parcelles métalliques les distinguer suivant qu'elles sont ou non oxydables. De Wecker regarde comme exceptionnel qu'un corps étranger même non oxydable reste libre dans la chambre antérieure sans provoquer d'irritation sensible. Leber va jusqu'à prétendre qu'une parcelle de métal exerce toujours sur l'iris une action chimique.
Lorsque les corps étrangers ont été tolérés, et que la plaie cornéenne est cicatrisée, la trace de cette dernière est un premier indice de leur présence, puis la saillie qu'ils forment sur l'iris, leur coloration particulière, permettent de les reconnaître soit à l'examen direct à la loupe, soit à l'aide de l'éclairage oblique. Si l'on a affaire à des éclats de fer ou d'acier, on voit à rapproche d'un
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barreau aimanté ou d'un fort électro-aimant la portion de l'iris dans laquelle ils sont implantés s'avancer vers la cornée, se déplacer en même temps que la pupille se déforme (Mac-Keown).
Les auteurs recommandent l'extraction immédiate de tout corps étranger implanté dans l'iris, afin d'éviter les accidents inflammatoires et sympathiques. Dans ces cas F.-H. Hodges s'élève contre l'emploi des préparations belladonées, car la dilatation de la pupille aurait pour résultat de rapprocher le corps étranger de la périphérie de l'iris, c'est-à-dire des procès ciliaires, plus intolérants encore que lui. Au contraire, après avoir soumis préalablement l'œil à l'action des myotiqucs, on pratique dans la cornée une incision qui rende facile à la fois l'abord du corps à extraire et sa sortie sous l'influence du courant de l'humeur aqueuse au moment de l'incision cornéenne. S'il n'a pas été alors entraîné, et si c'est une parcelle de fer ou d'acier, Yvert donne le conseil de recourir au petit bâton aimanté de Colliii : Galezovvski et Daguenet jugent utile d'aimanter l'instrument dont on se sert. De préférence on évitera l'emploi de pinces qui peuvent glisser sur le corps étranger, mais surtout qui exposent au danger de saisir et d'entraîner avec lui un pli de l'iris. La simple spatule en caoutchouc (de Wecker) suffira à refouler le corps étranger ou bien (Horner) sous celui-ci on passera la curette de Daviel de manière à le loger dans le creux de la curette, puis à l'entraîner avec elle.
Si l'extraction présente des difficultés, si l'iris a été contusionné par l'opérateur, alors mieux vaut pratiquer l'iridectomie. On introduit pour cela la pince à griffes, les branches ouvertes, et on les ferme lorsque les mors ont pénétré au delà du corps étranger, puis on ramène doucement le tout au dehors. On n'abusera pas cependant de ces excisions, car l'iris supporte impunément les tiraillements et les contusions, pourvu qu'on éloigne de sa surface tout corps irritant et qu'on évite soigneusement le moindre enclavement (de Wecker).
Commotion de Viri$. Ln choc violent sur le globe oculaire peut, avec ou sans autres lésions, produire un décollement, une déchirure ou un déplacement de l'iris. Nous laissons de côté pour le moment la paralysie du sphincter qui succède parfois à un coup violent porté sur l'œil.
Le décollement de l'iris (iridodialyse traumatique), ou rupture des adhérences qui unissent sa grande circonférence à la zonule, survient à la suite d'un coup porté sur l'œil même, le pourtour de l'orbite ou encore sur la tête. L'état de constriction de la pupille (synéchie, alcoolisme, nicotisme, morphinisrae) favorise cet accident qu'accompagnent d'ordinaire la luxation du cristallin et de graves désordres du côté des membranes profondes. La lésion, si elle est peu étendue, présente quelques difficultés diagnostiques; cependant l'examen au miroir permettra toujours de reconnaître à la périphérie de l'iris la pupille anormale qui laisse apercevoir le reflet rouge du fond de l'œil. En même temps, si le décollement porte sur une certaine partie de la circonférence irienne, les fibres radiées qui lui correspondent ne contre-baiancent plus l'action du sphincter et la pupille est déformée. Le segment décollé de l'iris perd sa coloration habituelle et quelquefois flotte dans l'humeur aqueuse sous l'apparence d'une membrane terne et grisâtre. La présence d'un hypohsema plus ou moins abondant vient s'ajouter aux désordres concomitants du côté du cristallin et des membranes profondes pour altérer la vision, et dans les cas de décollement simple il arrive parfois que la nouvelle pupille cause au malade des éblouissements ou donne lieu à une diplopie monoculaire dans la vision
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des objets pour lesquels l'oeil n'est pas exactement accommodé (Galezowski). Une fois produite, Tiridodialyse persiste, et de Wecker n'accepte pas l'opinion de quelques auteurs qui admettent la transformation de l'iridodialyse en iiidérémie. Sous l'influence de son propre poids et des tiraillements que lui impriment les mouvements de l'œil, l'iris de'coUé à sa partie supérieure se détache de plus en plus et disparaît par résorption. « Nous avons pu, dit de Wecker, examiner des yeux qui portaient des iridodialyses très-étendues depuis des années, et le seul changement que nous avons vu, c'est que le spliincter s'atropliiait sensiblement, au point que la bandelette transversale que formait l'iris u travers la chambre antérieure, marquée de taches atrophiques, était çà et là devenue transparente au passage des rayons de l'éclairage ophthalmoscopique, et que parfois des synéchies s'étaient formées à la partie déclive du détachement iridien, adhérences qui auraient certainement contrarié tout agrandissement de l'iridodialyse » .
Le décollement de l'iris échappe h toute intervention chirurgicale, la soudure ne saurait se produire. Le traitement ne peut que s'adresser aux complications et surtout combattre toute poussée inflammatoire.
La déchirure de l'iris s'observe bien plus rarement que son décollement; la clinique fournit des exemples remarquables dans lesquels la déchirure de l'iris se traduisait par une perte de substance analogue à celle qui résulte d'une iridectomie, ou encore par un simple trou. Le plus habituellement on observe une incisure du bord pupillaire.
Bell Taylor rapporte qu'un mécanicien qui avait eu la figure et particulièrement les yeux fouettés, au moment de sa rupture, par une courroie de cuir dune machine à vapeur, présentait à l'iris gauche, dans son quart inférieur, une perte de substance comme s'il avait subi à cet œil une iridectomie habilement faite ; à droite la même lésion occupait le quart inféro-externe de l'iris. La vue d'ailleurs n'était que très-légèrement altérée.
Lawson de son côté a vu un soldat qui au tir avait reçu par ricochet une balle dans l'œil gauche, et chez lequel onze jours plus tard on constatait deux pupilles superposées, l'inférieure étant séparée de la supérieure par un pont d'iris et la supérieure étant elle-même séparée du bord marginal de l'iris par une bandelette irienne. Une inspection attentive laissait voir les bords de cette nouvelle pupille faiblement frangés et irréguUers. Enfin White Cooper a décrit la déchirure du bord pupillaire.
Du fait enfin d'une commotion sur l'œil ou le pourtour de l'orbite l'iris peut encore être déplacé. On l'a vu alors s'échapper de l'œil avec le cristallin, ou se renverser en arrière dans le corps vitré.
Chez un vieillard dont Lyder Berthen donne l'observation un traumatisme, vingt-cinq ans auparavant, avait rompu le limbe scléro-cornéen à son côté nasal, et par cette ouverture s'étaient échappés le cristallin et l'iris. Cet accident, par hasard, eut une conséquence heureuse, car l'œil primitivement très-myope devint emmétrope : au dire de l'auteur il n'existerait que deux autres faits analogues (Dixon-Samelson) d'aniridie traumatigue.
Le renversement de l'iris a été observé pour la première fois par M. Ammon sur le cadavre d'un suicidé qui s'était brûlé la cervelle. C'est d'ailleurs à la suite de ricochets de balles sur l'œil que cet accident a été le plus souvent constaté (Cohn). L'iris enfoncé dans le corps vitré disparaît dans une portion de son étendue et masque les procès ciliaires au niveau de la perte de substance DICT. ENC. i" s. XVI. 28
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apparente qui élargit la pupille. Celte impossibilité de reconnaître à l'oplithalmoscope les replis ciliaires caiactérise la lésion. Dans un cas de Gtiison on pouvait apercevoir avec le miroir, sous forme d'un corps blanchâtre flottant dans le corps vitré, un morceau de l'iris déchiré à la suite d'une lésion du bord scléro-cornéen , mais encore adhérent au bord antérieur de la choroïde. L'examen montre en même temps d'ordinaire le cristallin luxé.
Dans la plupart des cas l'iris est renversé dans toute sa largeur ; Samelson et de Wecker ont observé deux cas de renversement partiel et incoirplet.
Affkctions inflammatoires de l'iris. Hyperémie de l'ms. Pratiquement il convient de différencier l'hyperémie de l'iris de la véritable iritis. S'il y a des symptômes communs aux deux affections, il existe une caractéristique de l'hyperémie, l'absence de tout produit inflammatoire.
L'hyperémie de l'iris résulte d'une irritation portant moins souvent peut-être sur l'iris que sur les autres parties de l'appareil oculaire. Quand les régions antérieures seules de la choroïde ou cette membrane et la rétine dans une grande étendue sont enflammées, quand la cornée ou la conjonctive et le tissu sous-conjonctival sont atteints, alors, en raison des relations vasculaires qui existent entre ces membranes et l'iris, celui-ci est hyperémie. En un mot, les causes capables de produire une congestion des parties internes ou externes de l'œil provoquent de l'hyperémie de l'iris.
On reconnaîtra cette affection aux quatre symptômes suivants :
1° Une injection périkératique plus ou moins accusée trahit la congestion anormale des vaisseaux du tissu épiscléral, et cela sans qu'aucune altération de la cornée en explique la présence. En même temps que le tissu épiscléral, les parties antérieures de la choroïde sont aussi le siège d'une congestion vasculaire.
2" La décoloration, ou mieux le changement de coloration de l'iris y traduit également le changement d'état de sa vascularisation. Une nuance rouge jaunâtre vient se surajouter aux teintes normales de la membrane ; alors le bleu devient légèrement verdâtre, le brun passe au roux et le gris bleuâtre prend une teinte jaune verdâtre particulière. U est à remarquer que ces modifications sont plus marquées dans l'hyperémie iridienne que dans l'iritis franche, car, pour ce dernier cas, les exsudais qui se déposent à la surface de l'iris et les métamorphoses que subit son tissu allèrent d'une tout autre façon la coloration de l'iris, et de plus l'humeur aqueuse troublée la masque dans une certaine mesure.
Si l'hyperémie a persisté longtemps, la couleur de l'iris se trouvera modifiée du fait d'une diminution du pigment dans les cellules pigmentaires ; l'iris alors a perdu son brillant, sa teinte est grisâtre ; en même temps, au pourtour de la pupille, l'ourlet pigmentaire n'a plus sa couleur foncée et sa régularité.
0° L'hyperémie de l'iris se traduit encore par la paresse de ses contractions. Il résiste à l'action des mydriatiques et des myotiques, et la pupille n'obéit que lentement et incomplètement aux incitations lumineuses.
4° Enfin la pupille reste contractée.
11, Iritis. L'inflammation de l'iris a reçu le nom d'iritis (iriditis, uveitis). Hippocrate en a signalé les effets sur la pupille, mais Schmidt, le premier, au commencement de ce siècle, en a donné une description exacte.
La richesse vasculaire de l'iris permet de comprendre la fréquence de cette affection et l'indépendance relative de sou réseau sanguin explique qu'elle
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puisse exister sans participation des autres membranes de l'œil. Différenciée de la simple hyperémie de l'iris par la production d'un exsudât ou l'hypergenèse des éléments du tissu cellulaire, ou encore une infiltration d'éléments cellulaires, l'iritis présente des variétés nombreuses, si l'on veut tenir compte des données étiologiques et même symptomatiques de l'affection. On peut toutefois, au point de vue anatomo-patliologique, n'en admettre que trois formes principales : 1° l'iritis simple ou plastique; 2« l'iritis séreuse; 5° l'iritis parenchymateuse. Celte classification est surtout théorique. Dans la pratique on rencontre des formes intermédiaires (de Wecker).
Étiologie. Le plus souvent la cause de l'iritis doit être cherchée dans l'état général du sujet (syphilis, rhumatisme, goutte, blennorrbagie, scrofule, tuberculose, glycosurie, troubles menstruels, etc.). De plus, tantôt l'iris s'enflamme à la suite d'un traumatisme, tantôt l'iritis n'est que le résultat de la propagation de l'inflammation des membranes voisines (cornée, choroïde).
Parmi les inflammations spécifiques de l'iris, l'iritis syphilitique est la plus fréquente, car elle constitue à elle seule environ les deux tiers des iritis (Galezowski). Nous ne ferons que signaler l'influence attribuée par certains auteurs (von Ammon) au traitement mercuriel sur le développement de l'iritis; on ne saurait admettre une iritis spécifique syphilitico-mercurielle.
La diathèse rhumatismale, pour beaucoup d'auteurs, mérite le second rano- dans l'étiologie des inflammations diathésiques de l'iris. En effet, beaucoup de personnes atteintes d'iritis chronique accusent des douleurs rhumatismales, musculaires ou articulaires, mais on ne sait rien des relations qui existent entre l'inflammation de l'iris et la dyscrasie rhumatismale (de Wecker) dont elle serait parfois la première manifestation (Galezowski).
Chez certains malades, on trouve dans les antécédents des migraines, des coliques néphrétiques, de la gravelle, des accès de goutte ; l'iritis est alors dite goutteuse. Mackenzie, à propos de celte variété que les Allemands appellent arthritique, dit qu'elle paraît fréquemment, sinon toujours, en rapport avec un état maladif du corps produit par l'action longtemps continuée de certaines substances toxiques (alcool, tabac), sur l'assimilation et le système nerveux.
A propos de l'iritis blennorrhagique, on pourrait reprendre la question de savoir si la blennorrhagie constitue réellement une maladie constitutionnelle. Il nous suffira de remarquer que Mackenzie donne comme cause d'iritis « la gonorrhée, suivie de synovite et agissant constitutionnellement » ; de même Galezowski tient cette variété pour rare et propre aux malades atteints préalablement d'un rhumatisme articulaire blennorrhagique.
Un autre fait de doctrine médicale est encore à signaler à propos des iritis dites scrofuleuses et tuberculeuses, que les partisans de l'identité de la scrofule et de la tuberculose ne sauraient distinguer. De plus, de Wecker tend à faire dépendre de la syphilis héréditaire l'affection qui sera ultérieurement décrite sous le nom d'iritis séreuse et que Ad. Schmidt et Arlt appelaient iritis scrofuleuse.
Quant à la glycosurie, Galezowski l'a vue quatre fois provoquer une iritis, et Leber en a rapporté aussi une observation intéressante.
Enfin l'iritis dysménorrhéique se rencontrerait chez les femmes de tout âge atteintes de dysménorrhée, et cela depuis la puberté jusqu'à la ménopause. Des traumatismes de l'iris, les uns, en particulier toutes les plaies opératoires, ne sont pas suivis de réaction inflammatoire, les autres au contraire provoquent
4ÔÔ IRIS (pathologie).
■jne iritis suppuralive ; ce sont surtout les plaies irrégulières et conluses, les corps étrangers, qui sont des irritants chimiques par eux-mêmes, ou qui ont entraîné un agent d'infection. Autrefois l'extraction de la cataracte sans iridectomie exposait souvent à cet accident, aussi les chirurgiens s'exagéraient la vulnérabilité de l'iris: le simple frottement d'un instrument sur la membrane, le passage du cristallin à travers la pupille, le seul contact des masses cristalliniennes dans un cas de division, étaient, croyait-on à tort, sufllsants pour provoquer une iritis.
En second lieu, l'iritis peut être secondaire, c'est-à-dire l'affection vient compliquer les inflammations de la conjonctive, de la cornée, de la choroïde et même de la rétine. Le décollement de la rétine, quand il s'avance beaucoup vers le corps ciliaire, occasionne des tractions sur l'iris, y provoque parfois une iritis en quelque sorte traumatique. Secondairement encore l'iritis complique le zona oplithalmique, ou apparaît dans la convalescence de l'érysipèle de la face, de la variole. Enfin, parmi les iritis secondaires, la plus intéressante est l'iritis sympathique, qui le plus souvent est une irido-choroidite.
Nous étudierons plus loin les caractères cliniques que présente l'iritis suivant les causes qui l'ont provoquée ; tout d'abord il sera question des trois formes anatomiques de l'affection.
Iritis simple ou plastique. La quantité d'exsudat qui se produit dans l'iritis simple est fort variable. Parfois le brillant de la surface irienne est à peine troublé, la transparence de l'humeur aqueuse à peine diminuée et les adhérences entre la capsule et le bord pupillaire restent très-légères. Dans d'autres cas des masses exsudatives considérables occupent la chambre antérieure, le champ pupillaire est envahi, voire même obstrué. C'est alors que, tout le parenchyme de l'iris étant altéré, on observe le gonflement et l'atonie de cette membrane. Parfois encore l'humeur aqueuse se collecte sous des membranes fibrineuses qui simulent ainsi une vésicule, un cristallin luxé et opaque, puis tombent dans la chambre antérieure (11. Schmidt, Gunning).
Tout d'abord les adhérences que l'exsudat établit entre l'iris et la capsule ne sont pas constituées par un tissu organisé et pourvu de vaisseaux, ce sont des masses amorphes entre-mêlées de rares cellules émigrées et pigmentées, puis, lorsque les synéchies viennent à se rompre, leurs débris s'atrophient et disparaissent en général assez rapidement, à l'exception toutefois des éléments pigmentaires qui résistent davantage. D'autre part, la couche uvéale s'épaissit progressivement et, lorsque l'exsudat situé en avant s'est organisé, le protoplasraa qui tient réunies les molécules pigmentaires paraît complètement éliminé ; les molécules libres sont entraînées dans le nouveau tissu, si bien que la couche pigmentaire paraît avoir triplé ou quadruplé d'épaisseur (Arit). En résumé, on a affaire à une iritis fibrineuse, sans vascularisation de la trame indienne. Cette particularité et la rapidité avec laquelle disparaît l'exsudat sous l'influence du traitement distinguent celte iritis plastique de l'iritis proliférante. D'ailleurs, lors même que les masses fibrineuses épaisses s'organisent, elles restent distinctes de l'iris atrophié qui leur est accolé. La production morbide conserve ainsi son caractère d'exsudat organisé et juxtaposé (de Wecker). Finalement, avec la régression du processus morbide, on voit le plus souvent la fibrine des divers exsudats se résorber, et tout rentre dans l'ordre, mais, si, par suite de causes locales ou constitutionnelles, des rechutes se produisent, alors les cellules immigrent davantage dans les exsudats fibrineux et, à mesure que la fibrine se
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résorbe, elles prennent la place de l'exsudat. 11 arrive donc qu'on ne voit plus une membrane amorphe, mais une trame de cellules fusiformes dans laquelle se prolongent les vaisseaux de l'iris (de Wecker).
La rétraction de ce tissu nouveau entraîne des troubles nutritifs notables dans l'iris, qui, lorsqu'il ne s'atrophie pas, transmet la traction aux parties avoisinantes, ainsi qu'au corps ciliaire. Il est bien entendu que, si l'exsudation fibrineuse est produite à la face poste'rieurc de l'iris, son organisation donnera lieu à une adhérence très-solide, et sa rétraction produira une traction telle sur le corps cihaire qu'il peut être détaché. Ces désorganisations sont plutôt le propre de l'irido-choroïdite que de la simple iritis plastique (de Wecker).
Iritis séreuse. Cette variété est caractérisée par l'hypersécrétion de l'humeur aqueuse, d'oiî l'exagération de la tension oculaire et l'agrandissement consécutif de la chambre antérieure et par de petits dépôts grisâtres et brunâtres souvent disposés en forme de triangle sur la membrane de Descemet. Le parenchyme de l'iris n'est que peu altéré et, s'il se forme des synéchies, elles sont fragiles et peu nombreuses.
Les auteurs anciens regardaient cette iritis comme l'inflammation d'une membrane séreuse qu'ils croyaient tapisser la chambre antérieure : c'était l'aquocapsulite. Les modernes l'attribuent à un processus inflammatoire de la surface irienne et des espaces lymphatiques qui communiquent avec la chambre antérieure. Ce serait une lymphangite antérieure de l'oeil avec infiltration cellulaire de l'iris, principalement dans ses couches antérieures. Knies a insisté sur l'infiltration cellulaire de l'iris dont les coupes à leur surface offrent parfois l'aspect d'une plaie recouverte de granulations.
L'infiltration occupe encore les parties périphériques de la cornée et de la sclérotique près de l'insertion indienne : les mailles du ligament pectine sont encombrées de cellules, l'iris gonflé se relire un peu de son insertion ciliaire, par suite le canal de Fontana paraît élargi, et la chambre antérieure plus profonde. Enfin on voit des dépôts caractéristiques sur la membrane de Descemet. Ce sont des points ronds ou de petites plaques de figure triangulaire à sommet supérieur. Suivant de Wecker, « ces précipités sont au début constitués par une masse amorphe d'exsudats fibrineux, à laquelle viennent se joindre bientôt des éléments cellulaires provenant delà membrane de Descemet irritée, lise forme alors, ainsi que les recherches microscopiques sur le vivant l'ont montré, de véritables excroissances papuleuses à la surface postérieure de la cornée ; celles-ci se détachent parfois et tombent dans la chambre antérieure sous forme de membranes enroulées. »
De cette description on devrait conclure que l'iritis séreuse proprement dite n'existe pas, puisque le produit inflammatoire n'est pas seulement séreux, mais encore cellulaire. De plus, est-il rationnel de décrire sous le nom d'iritis une affection qui ne se localise pas à l'iris? Étant admis que l'inflammation intéresse le système lymphatique, on ne doit pas perdre de vue que les espaces lymphatiques de l'œil communiquent tous largement entre eux, que, grâce à la gaîne piale des nerfs optiques, ils sont en continuité d'un œil à l'autre au niveau du chiasma. Le plus souvent en réalité l'on a affaire à une irido-choroïdite séreuse, mais il est encore prudent de laisser à l'avenir le soin de vérifier si la lymphangite peut rester péricornéennc ou iridienne, ou choroïdienne et piale (de Wecker). De même la question n'est pas encore résolue de savoir si la maladie résulte de l'action d'une substance infectieuse apportée dans l'œil
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par la voie sanguine ou si l'irritation nerveuse intervient. Laissant de côté ces points encore obscurs, nous constaterons que l'iritis séreuse présente différents degrés. Dans les cas très-légers c'est un œdème de l'iris avec infiltration de rares cellules rondes dans la trame irienne et légers dépôts sur la membrane de Descemet, tous désordres qui disparaissent rapidement. Dans les formes graves, l'iritis est à la fois séreuse et plastique; la circonférence pupillaire se soude à la cristal loïde, la transsudation séreuse effectuée en arrière de l'iris le distend, le refoule contre l'espace de Fontana : d'où de nouveaux troubles dans la nutrition du globe oculaire. Autrement l'iritis séreuse tend à devenir parenchymateuse. Enfin Arlt a encore attiré l'attention sur les extravasalions sanguines que l'on observe dans certains cas d'iritis séreuse. Les hémorrhagies se font dans le parenchyme même de l'iris, la partie liquide du sang est déversée dans la chambre antérieure, tandis que les éléments cellulaires ainsi que la fibrine restent déposés et se dissolvent en commençant par la couche la plus proche de la surface postérieure de la cornée et se décomposent en deux couches gélatineuse et hbrineuse. Celte couche gélatineuse peut aussi, en se décolorant, simuler un cristallin opaque et luxé.
Irilis parenchymateuse [svppurative). Dans les deux variétés d'iritis que nous venons de décrire, l'exsudation fibrineuse, la transsudation séreuse et l'intillration cellulaire, constituaient les éléments essentiels du processus morbide. Dans la forme qui nous reste à étudier, le parenchyme iridien participe directement à l'inflammation et, à part une infiltration cellulaire bien plus aCytive que ne la montrait la lymphangite oculaire, le tissu de l'iris fournit directement par nucléation et prolifération cellulaire les produits inflammatoires (de Wecker). La trame de l'iris prend alors une teinte jaunâtre et augmente considérablement d'épaisseur. Ce gonflement dans certains cas reste localisé, et l'on aperçoit de véritables tumeurs (iritis gommeuse et tuberculeuse) sur lesquelles on distingue parfois des vaisseaux de nouvelle formation facilement visibles à la loupe.
L'infiltration lymphoïde, qui par elle-même ne fait guère que déplacer les éléments anatomiques du tissu iridien, peut se dissiper, et tout revient à l'état normal, ou bien l'altération est telle que l'iris s'abcède (iritis à hypopyon) ou se détruit plus ou moins complètement, ainsi que tout le contenu de l'oeil. La nucléation ou segmentation des cellules du stroma de l'iris caractérise l'iritis gommeuse ou tuberculeuse. La lésion résulte d'une agglomération de noyaux par une très-petite quantité de substance intercellulaire gommeuse (Colberg) et ne présente que fort peu d'éléments cellulaires fusiformes. Ultérieurement ces noyaux se transforment en un détritus caséeux qui, après absorption, laisse une perte de substance dans le tissu iridien : de là un état consécutif remarquable, l'usure ou l'atrophie plus ou moins complète de l'iris [voy. atrophie de l'iris).
Une autre conséquence de la puUulation du tissu cellulaire dans l'iritis parenchymateuse consiste tantôt dans l'oblitération de la pupille, tantôt dans l'accolementde l'iris à la cristalloïde [voy. plus loin).
Symptomatologie de Virilis en général. Les symptômes sont objectifs et fonctionnels.
Symptômes objectifs. 1° L'injection périkératique varie beaucoup d'intensité; souvent peu prononcée, elle s'accompagne d'autres fois d'injection cononctivale, voire même de chémosis séreux et d'œdème des paupières.
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2" La couleur de l'iris change ; par contraste avec l'œil sain, on en juge aisément. Le manque de limpidité de l'humeur aqueuse, et surtout l'altération du tissu irien, rendent aisément compte de ce changement. L'iris enflammé devient plus foncé et terne, sa surface paraît trouble et ses fibres moins nettes ; dans certains cas on y aperçoit des vaisseaux de nouvelle formation.
3° La pupille est rétrécie et immobile en raison d'un défaut de contractilité des éléments musculaires du tissu enflammé et aussi par suite des synéchies qui fixent la membrane.
4" L'humeur aqueuse se trouble souvent quand la maladie acquiert une certaine intensité; louche et floconneuse, elle peut encore être mélangée de pus ou de sang.
5» Enfin les petits dépôts dont nous avons signalé la présence sur la membrane de Descemet donnent à la cornée un aspect particulier (kératite ponctuée des Anciens).
Symptômes fonctionnels. Moins importants que les précédents au point de vue du diagnostic, les symptômes fonctionnels guident souvent notre thérapeutique en nous révélant l'acuifé plus ou moins vive de la maladie (Galezowski).
1° Douleur. Au début, le patient accuse dans l'œil une sensation particulière de chaleur et de pesanteur, puis plus tard ce sont des douleurs véritables, oculaires ou plus souvent périorbitaires. Parfois l'œil lui-même est douloureux surtout à la pression, signe que les autres membranes (sclérotique et choroïde) participent à l'inflammation; la douleur siège au niveau du sourcil et du front, ou encore elle s'irradie dans la sphère d'innervation de la cinquième paire dont elle simule la névralgie. On observe alors des accès d'iridalgie parfois périodiques; très-souvent l'exaspération survient le soir, et cela aussi bien chez les syphilitiques que chez les rhumatisants et les paludéens. De plus, bien que les douleurs résultent probablement de la compression des nerfs ciliaires par la turgescence des vaisseaux de l'iris et la présence des exsudats, elles ne sont pas cependant proportionnées aux altérations anatomiques.
2° La photophobie et le larmoiement sont ici de cause réflexe et généralement en rapport avec l'intensité plus ou moins grande des douleurs. Ils suivent les oscillations de l'iritis, mais n'atteignent jamais, comme dans certaines kératites, assez d'intensité pour opposer quelque obstacle à l'examen.
3° Le trouble visuel varie beaucoup. Certains malades n'accusent que la présence d'un léger nuage, tandis que d'autres peuvent à peine compter les doigts ou sont atteints d'une cécité complète. Outre les épanchements dans l'humeur aqueuse et les dépôts sur la face postérieure de la cornée, l'état de la pupille influe sur le degré du trouble visuel. Lorsque la pupille est libre, il est trèspeu notable, à moins que la choroïde ne participe à l'inflammation. Il persiste souvent quelque temps après la disparition des accidents inflammatoires, mais peut devenir permanent quand le champ pupillaire reste oblitéré.
Marche de l'iritis en général. En raison du plus ou moins d'acuité des symptômes et de persistance des phénomènes inflammatoires, l'iritis est dite aiguë ou chronique. Dans le premier cas, l'affection disparaît en deux ou quatre semaines, au lieu de durer des mois et même des années, comme dans la forme chronique. D'ailleurs, si l'iritis aiguë se résout rapidement, bien souvent les malades restent très-disposés aux récidives, et cela même si la maladie primitive n'a pas produit de lésion qui puisse rendre compte de cette prédisposition : dans ces cas c'est la notion étiologique qui explique cette particularité.
440 IRIS (pathologie).
Deux choses en effet influent sur la marche de l'iritis, sa nature et les désordr^;s anatomicjues qu'elle a produits. Si l'iritis semble devoir se terminer par re'solution, ce qui parfois arrive au bout de huit à quinze jours, les symptônces s'amendent; l'iritis séreuse disparaît complètement, les synéchies poste'rieures de l'iritis plastique rompues laissent adhérentes au cristallin des parcelles de pigment qui après des années révèlent encore la maladie. Il est vrai que l'on voit rarement se terminer ainsi par résolution spontanée l'iritis plastique et surtout l'iritis parenchymateuse (de Wecker). D'ailleurs, outre les suites éloignées de l'iritis [voy. plus loin), on doit redouter encore la propagation de l'inflammation à la choroïde et principalement à la partie antérieure de cette membrane (cyclite).
Des variétés cliniques de riritis (iritis : 1° diathésiques : syphilitique, rhumatismale, goutteuse, blennorrhagique, scrofuleuse, tuberculeuse, glycosurique, dysménorrhéique ; 2" iritis traumalique; 3° iritis secondaire).
1° Iritis diathésiques : Iritis syphilitique. La plus fréquente, l'iritis syphilitique, apparaît en général après la roséole ; c'est un accident de la période secondaire et alors elle revêt la forme plastique. Ce n'est, dit de Wecker, que dans les cas de syphilis galopante ou maligne et simultanément avec les symptômes secondaires, autrement dit après un intervallemoindrede cinq à six mois, qu'apparaît une iritis parenchymateuse généralisée ou circonscrite, qui révèle par son caractère anatomique la spécificité de l'alfection : c'est l'iritis gommeuse qui est un accident tertiaire ou au moins signale la clôture de la période secondaire. Fort rarement l'iritis gommeuse est un symptôme de la syphilis héréditaire.
Au point de vue clinique, la description de l'iritis syphilitique est fort diflicile, en raison de l'irrégularité de ses symptômes; elle est souvent remarquable par son indolence, qu'accompagne une injection périkératique très-marquée et générale, ou au contraire si légère qu'elle passe presque inaperçue. De plus, la surface de l'iris est terne et, en certains points, présente une teinte cuivrée, symptôme excellent quand il existe, et sur lequel insistait Sichel père. Mais le véritable signe pathognomonique de l'iritis syphilitique est la présence sur l'iris de petites tumeurs arrondies recouvertes de vaisseaux capillaires très-fins et de couleur brun rougeâtre ou jaune intense faisant croire à un abcès. Leur volume est variable : tantôt elles sont grosses comme un grain de millet, tantôt elles naissent près du bord ciliaire ou pupillaire et envahissent le quart ou la moitié de l'iris, surtout sa partie interne et supérieure. C'est en raison de ce siège que les anciens auteurs (Béer) ont considéré comme un caractère de l'iritis syphilitique le déplacement de la pupille en haut et en dedans. Les recherches de Colberg ont prouvé l'identité parfaite de ces tumeurs appelées végétations, condjlomes ou pustules, avec les gommes au début. Un autre signe également de haute valeur, mais assez rare, consiste dans la présence sur l'iris de petites taches rouges, circonscrites, ressemblant à des taches hémorrhagiques. Elles sont constituées par une accumulation de vaisseaux capillaires très-fins, que l'on reconnaît facilement à la loupe, et n'existent dans aucune autre variété d'iritis.
Comme autres particularités de l'iritis syphilitique, il faut encore citer le 4rouble de l'humeur aqueuse, le pointillé de la cornée (kératite ponctuée), puis des lésions concomittantes de l'appareil oculaire (rétinite, névrite optique, paralysie d'un des muscles moteurs de l'oeil). La syphilis frappe en effet d'em-
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blée les parties de l'œil les plus différentes. De plus, elle se traduit aussi sur la peau, les muqueuses, et tous les tissus en général ; ces lésions spécifiques éclairent le diagnostic.
Enfin l'iritis syphilitique se localise d'abord dans un œil, mais atteint fréquemment les deux à court intervalle. Elle est sujette à des rechutes qui ont pour caractère d'aller en s'aggravant, d'abord plastique, elle devient gommeuse. Plus le malade est avancé en âge, plus ces rechutes sont fréquentes, dangereuses, difficiles à guérir, comme du reste toutes les autres manifestations de la syphilis tardive (Galezowski).
Iritis rhumatismale [arthritique). « Chez aucun praticien ayant affaire à de nombreux malades, il ne peut persister le moindre doute que certaines formes d'iritis doivent être rapportées à une diathèse rhumatismale, et qu'elles se présentent de préférence avec le rhumatisme articulaire et alternent même parfois manifestement avec les attaques de douleurs articulaires » (de Wecker). Cette iritis serait quelquefois la première manifestation de la diathèse (Galezowski).
Trois faits caractérisent cette variété de l'inflammation irienne : 1" c'est d'abord l'intensité généralement très-grande des douleurs périorbitaires et leur propagation dans toute la sphère d'innervation de la cinquième paire, voire même la région occipitale; 2° en second lieu le tissu épiscléral et probablement aussi la fibre sclérale participe à l'inflammation; 3" enfin, du côté de l'iris celle-ci se traduit par des produits exsndatifs très-plastiques : de là des synéchies rebelles à l'action des mydiiatiques, difficiles à rompre, lentes à se résorber. Ces exsudats se localisent au pourtour de la pupille.
Au point de vue de la marche, l'iritis rhumatismale est caractérisée par une lenteur plus grande dans la disparition des symptômes d'injection et de gonflement du tissu épiscléral à l'entour de la cornée, et la persistance des synéchies, par la tendance aux rechutes. Celles-ci arrivent chez certains malades une à deux fois par an, se manifestent tantôt sur un œil, tantôt sur l'autre, et paraissent être influencées par les variations atmosphériques. De cette fréquence des atteintes il résulte l'adhérence complète du bord pupillaire à la cristalloïde, la propulsion de l'iris vers les parties périphériques de la cornée et parfois des symptômes glaucomateux que favorise encore la perte d'élasticité du tissu sclérotical chez les rhumatisants et les arthritiques.' Enfin un ophthalmologiste trouvera pour les cas invétérés un indice de la nature du mal dans la coloration ardoisée de la sclérotique qui lui indique d'anciens foyers d'épisclérites et dans l'état général du malade.
Iritis goutteuse. L'iritis goutteuse a quelquefois le même aspect que l'iritis rhumatismale, et l'on est obligé de rechercher dans les antécédents du malade (migraines, coliques hépatiques, gravelle, accès de goutte) les éléments d'un diagnostic différentiel. Toutefois elle a, dans certains cas, un cachet tout particulier (Galezowski).
1" Cette iritis débute quelquefois en même temps qu'une sclérite. Les allures sont violentes et les douleurs périorbitaires très-intenses.
2" Comme l'iritis i-humatismale encore, elle est de nature plastique, mais ce qui constitue son caractère pathognomonique, c'est un épanchement habituel de sang dans la chambre antérieure. La friabilité des vaisseaux devenus athéromateux du fait de la diathèse goutteuse explique sa production.
0" La maladie présente une grande tendance à envahir le cercle ciliaire et la
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choroïde (iridocyclite-iridochoroïdite), voire même à altérer la transparence du cristallin.
A" Non-seulement elle tend à s'étendre, mais encore cette iritis elle aussi est très-sujette à récidiver, sans offrir toutefois cette intensité toujours croissante des récidives de l'irilis syphilitique. On peut en effet après des atteintes violentes voir survenir des crises très-légères sous forme de poussées inQammatoires à peine marquées et localisées à une petite portion de l'iris (iritis partielle, circonscrite.
Enfin la maladie est très-tenace, très-rebelle, et s'accommode souvent fort mal de l'atropine. Celle-ci est surfout contre-indiquée dans certaines formes, où il y a prédisposition à la cyclite et à des accidents glaucomateux, et c'est alors aux instillations d'ésérine qu'il faut avoir recours, dès que la tension intra-oculaire menace de s'élever (Galezowski).
Dans une de ses leçons Hutchinsou a signalé une forme particulière d'iritis qui se rencontre chez les enfants de parents goutteux, se montre de bonne heure et se caractérise par sa marche insidieuse et persistante. Sans symptôme d'inflammation aiguè il se produit des adhérences entre l'iris et la cristalloide. La pupille se déforme, puis s'oblitère, et en dernier lieu un exsudât qui se forme derrière l'iris achève la désorganisation de l'œil. Une seule fois Hutchinson a vu la maladie arriver à cette dernière période. En général, un œil est affecté d'abord et l'autre ne se prend que lorsque la vue est entièrement perdue dans le premier. D'ailleurs jamais il ne survient de symptômes inflammatoires prononcés, il n'existe qu'un peu de congestion de la conjonctive au moment où s'établissent les adhérences de l'iris. Le traitement serait sans influence sur cette maladie.
Iritis hlemiorrhagique. Au point de vue de sa nature l'iritis blennorrhagique se rapprocl>e de l'iritis rhumatismale ; elle ne se déclare que chez les malades atteints préalablement d'un rhumatisme articulaire blennorrhagique (Galezowski), et bien souvent elle alterne avec l'attaque rhumatismale du genou ou lui succède (de Vecker). La fréquence des récidives constitue encore un lien de parenté entre ces deux variétés, mais l'iritis blennorrhagique, qui, le plus souvent, est monoculaire, frappe toujours le même œil, même lorsque aucune trace desynéchie n'est restée après la première attaque, et cela de règle à chaque récidive de l'uréthrite.
Le tableau clinique est en rapport avec les lésions anatomiques. Souvent la maladie au début présente les phénomènes de la forme séreuse, puis peu à peu la chambre antérieure se remplit de flocons fibrineux qui troublent l'humeur aqueuse et des synéchies postérieures se forment; celles-ci se rompent facilement et sont susceptibles de disparaître sans laisser aucune trace. D'ailleurs dans l'iritis blennorrhagique un traitement approprié a rapidement raison de l'affection.
Les quatre variétés cliniques précédentes d'iritis diathésiques sont les plus fréquentes; beaucoup d'auteurs passent les autres sous silence : avec Galezowski, on peut les décrire comme entités morbides distinctes.
Iritis scrofuJeuse. Chez les scrofuleux, il survient parfois consécutivement à une affection de la cornée une iritis qui ne présente rien de spécial. De plus, mais beaucoup plus rarement, l'inflammation chez eux se localise d'emblée sur l'iris et l'affection détermine les symptômes d'une iritis peu intense et à marché lente, qui se caractérise par l'apparition à la surface de l'iris de petits abcès ; ceux-ci se montrent sous la forme de petites tumeui's à surface lisse, de couleur
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jaune verdâtre et d'un volume ne dépassant jamais celui d'un pois. Ressemblant à première vue à des condylomes, ces abcès s'en distinguent parce que tantôt ils se résorbent, tantôt ils se vident dans la cbambre antérieure où se montre alors un hypopion. Cette forme d'affection de l'iris est surtout propre à la seconde enfance, mais peut se réveiller plus tard à l'occasion d'un traumatisme de la membrane.
Iritis tuberculeuse. La tuberculose, surtout la granulie, provoque du côté de l'iris des lésions que certains regardent comme une forme spéciale d'iritis, l'iritis tuberculeuse, tandis que d'autres n'y voient que l'évolution d'une tumeur particulière de l'iris, le tubercule de l'iris. Il y a là une question de classification peu importante. A propos des tumeurs de l'iris, nous entrerons dans quelques détails sur l'affection que nous nous bornerons à considérer pour le moment comme une iritis à marclie lente et envahissante caractérisée par l'apparition de tubercules iriens, et aboutissant trop souvent et à l'obstruction du champ pupillaire, et à l'atrophie du globe de l'œil.
Iritis glycosurique. C'est peut-être aller un peu loin dans les subdivisions cliniques que de décrire une iritis glycosurique observée quatre fois par Galezowski et une fois par Leber. Très-douloureuse, cédant facilement aux antiphlogistiques, cette iritis dans deux cas s'accompagnait d'hémorrhagies rétiniennes. Si ce fait de voir simultanément atteintes deux membranes de l'œil de structure différente conduit tout d'abord à incriminer la diathèse syphilitique, cependant il manque et le trouble de l'humeur aqueuse et la kératite ponctuée pour asseoir le diagnostic d'iritis syphilitique alors qu'au contraire la polyurie et la glycosurie fournissent des indications absolues.
Iritis dysmënorrhéique. Celte forme se caractérise surtout par la concomitance des phénomènes dysménorrhéiques que présente la maladie. Par ellemême, elle présente l'aspect d'une iritis séreuse accompagnée de kératite ponctuée, sa marche est chronique.
II. Iritis traumatique. L'étude des traumatismes de l'iris nous a déjà permis de montrer que l'irritation mécanique de la membrane n'y produisait pas fatalement une inflammation. Sans rechercher cliniquement si c'est à une action mécanique, chimique ou microbienne, qu'il faut attribuer la plus grande part dans l'éclosion de l'iritis traumatique, on peut constater que l'iritis traumatique revêt de préférence la forme parenchymateuse; elle tend à la suppuration et par suite à la destruction du globe de l'œil. A part la notion étiologique et les traces du traumatisme, cette variété ne présente aucun signe clinique spécial.
m. Iritis secondaires. Nous donnons le nom d'iritis secondaires aux iritis qui surviennent comme complications dans les inflammations des différentes membranes de l'œil (conjonctive, cornée, choroïde, rétine) ou qui naissent à la suite de certaines maladies (érysipèle de la face, variole, zona ophthalmique, ophthalmie sympathique). Selon la maladie qui leur a donné naissance, dit Galezo^^•ski, ces iritis constituent une affection plus ou moins sérieuse, dont il est bon d'apprécier d'avance l'importance, tant au point de vue du diagnostic que pour pouvoir diriger contre elles un traitement plus ou moins actif. Nous n'avons pas à nous étendre sur les iritis secondaires, qui sont étudiées à propos des affections qu'elles compliquent.
Traitement de l'iritis. 11 doit s'attaquer à la cause diathésique de l'affection, à l'état inflammatoire de la membrane, aux adhérences pupillaires prévues ou formées.
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Nous laissons de côté les indications que fournit l'état diatliésique du malade, signalant seulement leur importance. Le traitement antiphlogistique réclame dès le début, lorsque la maladie est aiguë et les douleurs vives, l'application de sangsues soit derrière l'oreille, soit de préférence à la région temporale près de l'angle externe de l'œil, en nombre proportionné au degré de l'inflammation et à l'âge du malade (de une à trois chez les enfants, de cinq à dix chez les adultes [Galezowski]). Si l'affection ne paraît pas assez aiguë pour réclamer une saignée locale, on se trouvera bien de prescrire des pédiluves sinapisés, de faire prendre au malade quelques purgatifs salins ou mieux encore du calomel à doses fractionnées. Gomme antiphlogistique également on prescrira le repos absolu de l'organe, qui sera protégé contre la lumière soit par des lunettes fumées forme coquille, soit par un bandeau noir. C'est en partie aussi en mettant l'iris an repos que l'atropine agit, à ce titre elle est antiphlogistique. Mais ce médicament, comme tous les mydriatiques, s'oppose surtout à la formation de synéchies postérieures et à l'occlusion de la pupille. On trouvera dans les articles spéciaux les règles relatives au mode d'emploi de ces agents. Disons seulement que, si avec les antiphlogistiques, les mydriatiques' combinés à la cocaïne, on n'arrive pas à calmer les douleurs de l'iritis et que la pupille ne se dilate qu'imparl'ailement, on aura recours à l'usage de compresses chaudes trempées dans une infusion de camomille ou encore aux onctions périorbilaires de pommade belladonée, aux injections sous-cutanées de morphine pratiquées à la tempe, au chloral donné en potion pour la nuit (Masselon). Enfin, quand tout a échoué, surtout si le palper permet de constater un certain degré de tension intra-oculaire, on pratiquera la paracentèse de la chambre antérieure, qui rend sûrement le repos aux malades et exerce une action salutaire sur la marche de l'iritis.
Altérations de l'iris conse'aitives à son inflammation et à ses traumatismes. Vatrophie de Viris peut être partielle ou incomplète, lorsque, fixé par son bord pupillaire au cristallin, il a subi par l'accumulation de liquide derrière lui une distension prolongée. L'atrophie succède encore à l'iritis parenchymateuse et résulte de la rétraction que subit le tissu cellulaire de nouvelle formation et des désordres nutritifs qui en sont la conséquence.
Arlt a montré que l'atrophie de l'iris peut être accompagnée d'une dégénérescence colloïde de sa couche endothéliale. Les cellules pigmentaires disparaissent tout d'abord, les vaisseaux et les nerfs s'atrophient en majeure partie, la couche de l'uvée ainsi que les fibres circulaires de la membrane paraissent opposer la plus longue résistance à l'atrophie. Finalement l'iris est remplacé par une mince couche de tissu cellulaire imbibée de molécules pigmentaires, garnie en avant d'une couche vitreuse ou colloïde ; en arrière s'y adossent les vestiges de l'uvée sous forme d'un dépôt pigmentaire.
Chez un homme qui onze ans auparavant avait reçu un éclat de bois dans l'œil gauche Samelson constata qu'il n'existait plus aucune trace ni de l'iris ni du cristallin, et Ray observa un opéré de cataracte chez lequel l'iris atrophié ne se voyait qu'avec l'aide du miroir et se présentait comme une fine membrane transparente et incolore. L'atrophie partielle s'observe de préférence chez les enfants qui, à la suite d'une perforation de la cornée, ont présenté une adhérence assez étendue du bord pupillaire. Chez tous les jeunes sujets qui ont subi dans le cours d'une ophthalmie purulente une perforation centrale avec enclavement total ou presque total du bord pupillaire, l'atrophie peut iéterminer de
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véritables fissures de l'iris avec formation de pupilles artificielles, et parfois le patient récupère une faible acuité visuelle. De Wecker dit encore qu'à la suite de très-anciennes indo-clioroïdites avec adhérences complètes du bord pupillaire au cristallin celui-ci est projeté vers la cornée en refoulant l'iris qui, complètement détaché à sa périphérie, a pris une] couleur jaunâtre, indice d'un degré d'atrophie des plus accusés.
C'est encore à une variété d'atrophie de l'iris que, d'après Froriep, tef^er attribue le staphylome de l'uvée. A la suite d'une iritis chronique la face antérieure de l'iris a perdu sa coloration normale par places, elle est devenue noire au point de faire croire parfois à l'existence d'une pupille anormale; Jfe"^er pense que, par suite de l'inflammation, l'iris n'a plus sa résistance, et que l'humeur aqueuse de la chambre postérieure refoule l'uvée à travers les couches antérieures altérées. Pour Klemmer, il est vrai, il n'y a ni atrophie de l'iris ni hernie de l'uvée, mais bien un dépôt de lymphe plastique dans le parenchyme de la membrane : aussi désigne-t-il l'affection sous le nom d'iridoncosis (ïpiç et ôy/oî,' tumeur).
Deux cas d'ossification de Viris ont été rapportés par Waller : dans l'un les deux yeux étaient affectés; l'iris formait un cône long de trois lignes et soudé par son sommet à la capsule du cristallin. Le docteur Neyr cite également un cas d'ossification de l'iris observé par Benedict dans un œil carcinomateux. Berthold en 1877 trouva sur deux yeux de phthisiques l'iris et la choroïde ossifiés.
Synéchie (o-Ovex"» je maintiens ensemble) désigne toute espèce d'adhérences morbides de l'iris (Mackenzie). Lorsque l'adhérence a lieu avec la cornée, on l'appelle synéchie antérieure; si elle existe entre l'iris et la capsule du cristallin, c'est la synéchie postérieure. Cette dernière, comme l'autre, résulte de l'irilis, mais la synéchie antérieure se voit encore à la suite d'une plaie ou d'une perforation de la cornée, l'iris entraîné par l'humeur aqueuse qui s'écoule au dehors se porte vers la solution de continuité de la cornée où il reste fixé.
On observe quelquefois, surtout dans la synéchie antérieure, la déchirure ou la résorption de l'iris près de sa grande circonférence. L'iris est tendu et se déchire ou est résorbé en un ou plusieurs points (polycorie), de sorte que la vision s'améliore. Suivant le nombre d'ouvertures qui se forment la vision est quelquefois rendue double ou triple.
Lorsque, à la suite d'une iritis plastique, le bord libre de l'iris adhère à la capsule sur différents points, il en résulte, quand la membrane se contracte, au niveau de ces po.mts, des tiraillements qui suffisent parfois pour rompre les synéchies et rendre à la pupille sa liberté. Le plus souvent, il est vrai, cet heureux résultat ne s'observe pas, la pupille reste déformée et, sous l'influence de ces tractions répétées, l'iritis se réchauffe et la synéchie postérieure devient totale. Alors tout le pourtour de la pupille adhère à la cristalloïde, la communication entre les deux chambres antérieure et postérieure est interrompue, l'humeur aqueuse sécrétée en arrière de la membrane la repousse en avant, y détermine la production de bosselures et parfois l'iris devient infundibulilbrme à base antérieure. Les tractions continuelles que subissent du fait de cette déformation les vaisseaux et les nerfs ciliaires provoquent l'exagération de tension oculaire, des désordres nutritifs et finalement la cécité.
Sous la même influence, et par le même processus, la production de lymphe plastique, la pupille est sujette à se rétrécir, à se déformer, et à s'oblitérer.
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Celle oblitéralion de la pupille a encore reçu le nom de synizésis ((Tuvti;^, je ferme) ou afresia iridis{i privatif, Ti-cpàto, je perfore). La cristalloïde, en pareil cas, dans loute 1 elendue qui correspond à la pupille couiracloe, est recouverte d'un dépôt opaque, mais elle-même ainsi que le cristallin conservent leur transparence (Bowman). Derrière l'iris, et même sur la choroïde, il existe des fausses membranes; le tissu iridien est ramolli et friable. Dans quelques cas la pupille a conservé certaines dimensions, mais devant elle est étendue une membrane grisâtre parfois mince, un peu transparente ou réticulée à sa périphérie. 11 arrive môme que le bord pupillaire ne soit pas fixé dans toute son étendue à cette fausse membrane qui peut être réduite à une simple bride transversalement tendue devant l'orifice de la pupille. La vision alors n'est pas complètement abolie et la dilatation artificielle de la pupille l'améliore beaucoup. Outre la gêne visuelle qu'elle entraîne, l'oblitération de la pupille, comme les synéchies postérieures, expose aux accidents qui résultent de l'exagération de la tensioa oculaire et des tiraillements de la zone ciliaire.
Au début, c'est-à dire pendant le cours de l'iritis, on préviendra la formation dos synéchies par l'emploi des mydriatiques. On a, il est vrai, prétendu que, en maintenant alors la pupille constamment dilatée, on s'exposait à voir se produire une mydriase définitive par adhérence de l'iris contracté, mais de pareilles observations sont exceptionnel les. Si le traitement est commencé trop tard, lorsque l'iris adhère au cristallin, on doit encore user de l'atropine, mais il faut une solution plus concentrée (5 centigrammes pour 10 grammes d'eau distillée, de Wecker) et des instillations plus fréquentes pour arriver à une dilatation modérée qu'il ne sera possible de rendre plus complète qu'après la diminution des phénomènes inflammatoires. Alors les synéchies s'allongent avant de se rompre, et cela après des mois dans certains cas. Cette rupture a encore été recherchée par l'emploi alternatif de l'atropine et de l'ésérine, mais il faut attendre pour faire cet essai, car les myotiques réveillent l'iritis. Cette pratique réussit rarement, aussi faut-il lui préférer l'emploi prolongé des mydriatiques. Lorsqu'il existe des adhérences très-résistantes, les instillations d'atropine ne produisent qu'une dilatation fort irrégulière de la pupille, mais, de plus, comme elles paralysent le muscle accomraodateur, elles préservent l'iris de tout tiraillement. Dans un cas, Cunier a vu sous l'action de l'atropine, l'iris retenu par son bord libre se détacher du corps ciliaire. Enfin on a conseillé de pratiquer la rupture des synéchies ou de faire une pupille artificielle.
La hernie ou le staphylome de l'iris [cr-^cnfuln, grain de raisin) consiste dans l'issue d'une portion de la membrane à travers une plaie ou une ulcération de la cornée. Si celle-ci s'est perforée en plusieurs points, la hernie est comparable au fruit de la ronce, d'oi» la dénomination de Staphyloma racemosum.
La hernie de l'iris présente généralement une teinte sombre ou même une couleur noire et une surface unie et luisante, aspect qui lui a valu le nom de myiocéphalon (mouche-tête). Parfois la petite tumeur se déchire, laisse écouler l'humeur aqueuse qui la distend, le staphylome s'affaisse et disparaît, la cornée se cicatrisant au niveau du point où il se trouvait. D'autres fois l'œil s'atrophie ou le staphylome de l'iris dégénère et, d'après Mackenzie, devient staphylome de l'iris et de la cornée.
La hernie de l'iris a pour'conséquence une hypersécrétion intra-oculaire due à l'irritation des nerfs ciliaires par suite des tiraillements que subit la membrane. La tension oculaire augmente donc, et cela d'autant plus que le prolapsus irien
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s'accompagne d'une certaine occlusion des voies d'excrétion. Enfln cette exagération de la pression favorise le développement du staphylome et expose à des accidents glaucomateux.
Tout d'abord la lésion entraîne une" déformation de la pupille et altère la courbure de la cornée, d'où une gêne plus ou moins grande dans la vision, et par suite la nécessité d'une intervention. Si le prolapsus est minime, mais situé au centre de la cornée, alors d'un coup de pinces-ciseaux on le retranchera, en se gardant de le saisir ave-c des pinces, ce qui expose à tirer sur la membrane et à la faire sortir davantage, tandis que les pinces-ciseaux appliquées avec une légère pression contre la cornée avant de les fermer enlèvent, sans traction sur l'iris, la portion de cette membrane qui fait saillie au dehors, et établissent ainsi pour quelque temps une fistule salutaire (de Wecker). Si^malgré cette intervention l'iris reste pincé dans la plaie cornéenne, on introduit alors le couteau de de Graefe entre l'iris et le bord cornéen, puis, l'incision faite, on saisit l'iris avec une pince à griffes et on l'arrache de son insertion cornéenne; il est ensuite incisé sur un côté avec les pinces-ciseaux jusqu'à son attache ciliaire, décollé de son insertion jusqu'à l'extrémité de la section cornéenne et enfin enlevé d'un second coup de pinces-ciseaux . Dans les cas où le couteau de de Graefe a embroché l'iris, il faut introduire ouvertes les pinces à griffes de manière à faire glisser leurs mors sur les côtés de la boutonnière accidentelle. Si l'on pénétrait alors les pinces fermées, on s'exposerait à repousser une des lèvres de la boutonnière indienne au devant de la pince, et à décoller par iridodyalise l'iris, qu'on ne pourrait plus saisir que difficilement et en risquant de blesser le cristallin (de Wecker) .
Dans ces cas de staphylomes partiels centraux, on peut encore associer la sclérotomie répétée à plusieurs reprises et l'emploi prolongé des myotiques : il sera ainsi possible de dépasser la période pendant laquelle l'iris non atrophié gêne la filtra tion des liquides oculaires et expose à des phénomènes glaucomateux.
Si d'autre part une petite hernie de l'iris se trouve à la périphérie de la cornée, au moyen des myotiques et d'incisions répétées du prolapsus (avec une aiguille à paracentèse) on s'efforcera de prévenir la cicatrisation ectalique, puis, si l'on échoue, on doit tout de suite avoir recours au dégagement de l'iris au moyen d'une ou deux pupilles artificielles. 11 faudra dans ce cas avoir soin que le point de contre-ponction de la section faite avec le couteau de de Graefe tombe exactement à la naissance de la saillie staphylomateuse, là où l'iris est attiré vers la cornée amincie et distendue. En outre, on aura soin de ne couper l'iris que du côté opposé au staphylome, en donnant un coup de pinces-ciseaux qui incise cette membrane jusqu'à son insertion ciliaire, puis on l'arrachera de cette insertion ainsi que de ses attaches dans la cicatrice cornéenne. Autrement dit, la portion irienne à enlever sera détachée par iridectomie, iridodyalise et iridorexie, celle-ci dans la portion correspondant au staphylome. Par deux iridectomies contiguës au staphylome on réussit à l'isoler et à le dégager du reste de
l'iris (de Wecker) .
Dans les cas où l'on a affaire à une vaste perforation de la cornée qu'oblitère l'iris projeté en avant il faut redouter l'entrave à la fîltration oculaire qu'apporte le déplacement presque inévitable du cristallin. Alors, ou bien on laisse échapper la lentille par une incision à lambeau, ou une incision pratiquée transversalement à travers l'iris déplacé, et l'on s'efforce d'obtenir une cicatrice plate qui permettra de profiter d'une partie encore transparente de la cornée pour établir
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une pupille artificielle. Ou bien, dans les cas où l'on doit renoncer à toute tentative de rétablissement de la vision, l'on njoute à l'extraction du cristallin l'ablation des parties berniées de l'iris, et l'on chercbe seulement à conserver un moignon qui permette le port d'un œil artificiel.
111. Tumeurs de l'iris. Kystes et tumeurs perlées de l'iris. Mettant à profit les travaux de Rothmund, Monoyer et Masse, nous croyons devoir séparer définitivement l'étude des kystes de l iris de celle des tumeurs perlées qu'on observe sur cetle membrane. Bien que tout à fait différentes comme pathogénie et structure anatomique, ces deux variétés de tumeurs furent longtemps confondues sous le nom de kystes ; actuellement on réserve cette désignation de kystes pour des tumeurs à contenu liquide qui résultent d'un simple plissement ou d'une déformation sacciforme de l'iris (de Wecker), tandis qu'on appelle tumeurs perlées ou épidermoidomes des tumeurs qui naissent d'une greffe sur l'iris de parcelles épitliéliales. Il est juste toutefois de faire remarquer qu'il existe entre les kystes séreux et translucides et les tumeurs épithéliales perlées toutes sortes de transitions (Masse). Aussi on ne s'étonne pas de ce que certains ophthalmologistes se demandent encore si la tumeur épitliéliale n'est pas un kyste à coutenu solide dont la membrane enveloppante aurait été résorbée ou très-amincie, ou bien si les tumeurs kystiques ne se développent pas dans des productions primitivement épithéliales, et si des productions primitivement épithéliales ne donnent pas naissance suivant certaines circonstances à des kystes ou à des tumeurs perlées.
Laissant de côté pareille discussion, nous catégoriserons les tumeurs en kystes par plissement ou par synéchie de l'iris (de Wecker) et tumeurs par greffe irienne : tumeur perlée, kyste à contenu demi-fluide, kyste séreux (Masse).
Kystes de liris. Leur diagnostic est sans difficultés : leur surface est ordinairement lisse, uniforme, d'une teinte semblable à celle de l'iris et sans aucune trace de fibres radiées ou circulaires. Tantôt elles sont circonscrites et arrondies, libres alors de tout contact avec la cornée, ou au contraire plus ou moing coniques elles adhèrent à cette membrane. La pupille de son côté est masquée ou déformée par la tumeur dont le volume est variable, mais qui parfois remplit toute la chambre antérieure. Son accroissement a lieu en raison directe des symptômes irritatifs que provoque dans l'œil l'accident (plaie pénétrante ou simple commotion), cause première du mal. Très-souvent, lorsque le kyste a acquis un certain développement, l'œil s'accommode à sa présence, puis après une très-longue période de calme, brusquement, sans raison bien définie, apparaissent de nouvelles poussées irritatives. Le pronostic sera donc réservé, car la cornée parfois s'ulcère par suite de la compression qu'elle éprouve, ou encore des poussées inflammatoires successives aboutissent à une irido-choroïdite et même à des accidents sympathiques. Quelquefois des accidents glaucomateux succèdent aux troubles de l'excrétion qui résultent de l'adossement de la tumeur au canal de Fontana. Ces menaces, la gène visuelle due à l'obstruction pupillaire par le kyste, engagent le chirurgien à intervenir. De Wecker réserve l'abstention pour les cas de kyste très-petit et absolument stationnaire.
Bowman croit la ponction suffisante pour évacuer le contenu du kyste, mais alors il est susceptible de se remplir à nouveau. Mieux vaut glisser le couteau de de Graefe entre le bord de la cornée et le kyste de manière à pratiquer une section suffisamment large pour permettre d'enlever toute la tumeur. L'ablation
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partielle de la paroi kystique serait insuffisante pour prévenir une récidive (Mackensie, Deirympe).
Si l'on examine la tumeur, on reconnaît que les véritables kystes de l'iris ont des parois très-minces, translucides, parfois cloisonnées ; elles sont formées des éléments distendus et raréfiés du tissu iridien et tapissées d'une mince couche épithéliale à arrangement régulier et non pigmentée. La raréfaction peut être telle qu'on n'y trouve plus qu'une membrane amorphe, garnie à l'intérieur d'un épithéliiim. Cette membrane est toujours plus épaisse vers la base d'implantation du kyste dont le contenu est identique à l'humeur aqueuse (de Wecker). Cette structure s'explique aisément quand on connaît la pathogénie de l'affection.
Bo^Yman pense que le kyste résulte d'une sécrétion morbide entre l'iris et son épithélium postérieur; au début le liquide refoule l'uvce en arrière vers le ligament suspenseur du cristallin, mais bientôt les parties résistantes arrêtent la marche de la tuméfaction dans cette direction, et le liquide, continuant à s'accumuler, commence à pousser en avant le tissu propre de l'iris qui le sépare de la chambre antérieure. De ce côté la résistance est moindre. Les fibres si extensibles de l'iris cèdent lentement et au bout de plusieurs mois forment au devant du fluide une poche très-saillante qui se met en contact avec la cornée.
De Wecker, il y a déjà bien des années, a fait observer que la trame irieime n'était nullement propre à la formation de kystes, attendu quelle ne renferme aucun élément glandulaire apte à une distension i)athologique : aussi ne peut-on accepter le terme de dégénérescence cystoïde de l'iris. Mais qu'un pli accidentel de la surface irienne résulte d'une synécliie antérieure, d'un enclavement de l'iris à la suite d'une plaie, alors la portion de l'iris ainsi soulevée se présente comme un cône creux adhérent par son sommet à la cornée et à sa base fermée par des adhérences à la cristalloïde antérieure. D;ins sa cavité les parois sécrètent de l'humeur aqueuse dont l'accumulation incessante distend la partie. Autrement une pareille distension s'observe lorsqu'une synéchie en fer à cheval sépare et isole une partie de l'iris du restant des chambres de l'œil ; enfin, loi s d'un traumatisme avec luxation complète ou non du cristallin, si une néomembrane ferme le champ pupillaire et en s'étendant vers la région ciliaire forme un cloisonnement derrière la surface postérieure de l'iris, alors on peut voir encore se développer un kyste de l'iris.
Cette façon de comprendre la genèse de ces tumeurs a été critiquée diversement. Feccer reproche à cette théorie de ne pas expliquer pourquoi la cavité du kyste est tapissée par une couche épithéliale non pigmentée. Or cette objection porte à faux, car, si le kyste s'est produit aux dépens d'un pli de la face antérieure de l'iris, l'épithélium qui la recouvre normalement tapisse l'intérieur du kyste et il n'est pas pigmenté. Si le kyste résulte d"un plissement de la face postérieure ou d'un cloisonnement établi sur elle, alors l'uvée peut en raison de sa distension perdre son pigment (de Wecker).
D'autre part, Hoch admet que dans des conditions favorables le tissu iridien est susceptible de se diviser en deux faisceaux pouvant donner lieu à la formation d'un kyste partiellement situé dans l'iris. Ce serait un kyste exsudatif résultant de l'irritation causée par un corps étranger (parcelle épithéliale, endothéliale ou musculaire) implanté dans l'iris, irritation suivie d'une exsudation séreuse qui distendrait les éléments de cette trame. Ainsi se formerait une cavité autour de laquelle le tissu iridien se condenserait et se recouvrirait d'une couche endothéliale. Sans nier cette pathogénie, de Wecker la regarde comme plus DICT. ENC. i' s. XVI. 29
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rarement exacte que la sienne, qui est encore attaquée par Sattler pour les raisons suivantes :
1" 11 serait en contradiction avec tous les phénomènes observés d'admettre qu'avec l'accroissement du pli emprisonné celui-ci pourrait se dégager. Mais, répond de Wecker, ne voyons-nous pas pour les distensions les plus notables à la suite du tiraillement dans des cicatrices ectatiques se produire un détachement de l'iris avec véritable formation de pupilles artificielles?
2'' Sattler, ajoute de Wecker, signale la facilité avec laquelle l'uvée s'accole: il faut observer qu'un simple accotement n'est pas encore une réunion par accroissement et qu'un accolement qui se produit à la suite de phénomènes irritatils faibles, tels que ceux, qu'entraîne, en général, la blessure qui donne lieu à la formation du kyste, ne fournit qu'une exsudation fibrineuse, sans destruction de l'épithélium pigmenté dans le lieu d'agglutination. Mais pour de Wecker ce fait n'est pas constant. Le développement des kystes s'elfectue souvent à la suite d'un traumatisme qui provoque une irritation assez vive, d'où une réunion très-solide des portions accolées de l'uvée.
3" L'absence de pigment dans l'épithélium du kyste serait également pour Sattler une objection à la théorie de de Wecker; il nie que, par simple distension, l'uvée perde son pigment. En tout cas il ne saurait avoir raison dans les cas où les plissements ont porté sur la face antérieure de l'iris. Dans les autres ne peut-on pas rapprocher la dépigmentation de l'uvée de celle que l'on rencontre dans la choroïde, ou le corps ciliaire à la suite des processus inflammatoires anciens ?
4" D'après Sattler le plissement de l'iris manque de preuves anatomiques, attendu que le renversement de Ammon par enfoncement est le seul qu'on ait anatomiquement observé et qu'il ne se produit que par des violences auxquelles le blessé ne survivrait pas. Les observations rapportées plus haut (renversement de l'iris) répondent à cette objection.
Tumeurs perlées de l'iris. Ces tumeurs, dit Masse, sont de véritables excroissances de l'iris, elles ressemblent à s'y méprendre pour leur forme et pour leur couleur à de petites perles fines, elles sont formées presque exclusivement de lamelles épithéliales imbriquées, et entre celles-ci existent des cellules renfermant de la graisse et des cristaux de eholestérine.
Au point de vue clinique, elles se distinguent des kystes à contenu purement liquide par leur forme, leur couleur, leur aspect extérieur, la lenteur de leur développement. Elles ressemblent à des grains de blé ou de millet d'un blanc brillant, à reflet nacré sur l'iris. Elles sont essentiellement bénignes. De nombreuses observations prouvent que dans certains cas elles ont été indéfiniment tolérées (Mackensie, de Graefe), mais il en est d'autres où l'on a vu survenir des accidents inflammatoires (iridochoroidite) dans l'œil atteint et des phénomènes d'ophthalmie sympathique du côté opposé. Ces menaces expliquent que les chirurgiens s'accordent pour intervenir aussitôt que possible, mais ils ne s'entendent plus sur le mode d'intervention. Les plus modérés conseillent de faire à la cornée une incision, de saisir la tumeur, l'amener au dehors et l'enlever avec la petite portion de l'iris sur laquelle elle repose. Comme modification à ce manuel opératoire Monoyer conseille de tailler dans la cornée un petit lambeau, l'incision linéaire ne peut selon lui donner un jour suffisant. En tous cas, plus l'opération sera hâtive, plus elle sera facile et ses suites heureuses. Cependant Knapp, en 1871, à la Société ophthalmologique d'Heidelberg, a
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émis des doutes sur les résultats ainsi obtenus. Malgré l'opération, on a vu se développer de riridoclioroïdile chronique et même des ophthalmies sympathiques. Comme de plus l'extirpation présente parfois d'assez grandes difficultés, quelques chirurgiens américains ont proposé l'énuciéation de l'œil atteint de tumeur perlée (de même que pour les kystes). Masse a bien raison de trouver exagérée une pareille intervention ; pour lui, l'énuciéation constitue une ressource ultime à laquelle on aura recours quand l'extraction simple aura échoué. Partageant l'opinionde M. deWecker, il s'appuie sur les faits de tolérance de l'œil pour certaines tumeurs perlées et admet que le chirurgien doit attendre pour aiTir la venue de quelques phénomènes d'accroissement ou d'irritation.
En 1872, Monoyer a donné l'examen histologique d'une de ces tumeurs : elle se composait uniquement de lamelles solides disposées en couches concentriques emboîtées les unes dans les autres comme les squames d'un bulbe d'oignon, sans membrane d'enveloppe ni contenu distinct : sur des coupes, ces lamelles étaient constituées par des cellules fusiformes transparentes, accolées les unes aux autres sans noyaux à l'intérieur, avec çà et là quelques fines granulations. Ces cellules épithéliales ressemblaient entièrement aux cellules cornées de l'épidernie. Au milieu des productions épithéliales on apercevait en divers endroits des groupes de cristaux de cholestérine.
Dans cette description Masse relève l'absence de membrane d'enveloppe, il est disposé à admettre qu'elle a disparu par des tentatives d'extraction de la tumeur. En effet Buhl, examinant une tumeur extirpée sans aucune violence par Rotlimund, y constata une paroi formée de tissu cellulaire lâche et tapissée d'un épithélium ; on trouvait sur les parois du kyste quelques fibres musculaires de l'iris. Les descriptions de Stœber, celle de Sweigger, signalent également cette membrane kystique. Une autre particularité étudiée surtout par Masse est leur développement au voisinage des bulbes de cils introduits par accident dans la chambre antérieure. Ce n'est pas le bulbe charnu du cil qui est le point de départ de la tumeur. Dans l'observation de Rolhmund, les quatre cils introduits par le traumatisme dans l'œil avaient été enlevés par une opération et néanmoins il se développa une tumeur perlée de l'iris. L'intervention laissa sans doute dans la chambre antérieure de l'œil quelques débris de tissus introduits avec les cils. Les expériences de Masse ont également montré que, introduit dans un œil de lapm, un cil dépourvu de son follicule n'a jamais déterminé la formation d'une tumeur perlée, tandis que des débris de peau ou de conjonctive en se greffant sur l'iris amenaient ce résultat. De ces expériences, comme des observations cliniques. Masse conclut que : en voyant des tumeurs perlées se développer sur l'iris, après les plaies pénétrantes de la cornée, en l'absence de cils, ou seulement dans leur voisinage, il est rationnel de penser que leur développement a été du à des débris de tissus qui ont pénétré dans l'œil en même temps que les cils et qui se sont greffés sur l'iris.
La pathogénie de ces tumeurs se résume donc en une plaie pénétrante de la cornée avec greffe irienne. Quand il y a greffe cutanée, il se produit une tumeur perlée; quand la greffe est fournie par l'épithélium conjonctival, il se développe un kyste séreux (Rothmund). Masse n'admet pas cette hypothèse de Rolhmund, il a obtenu par des greffes indifféremment conjonctivales ou cutanées la production artificielle sur le même lapin d'un kyste et d'une tumeur perlée, expérience qui montre bien que ce n'est pas seulement à la nature de la greffe qu'est due la formation d'une tumeur solide ou kystique. 11 est probable que c'est surtout
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de la prolifération de la couche épithéliale de la greffe que provient la tumeur perlée. De plus, ainsi que l'a fait remarquer Giraud-Teulon, la greffe conjono tivale est formée d'un tissu qui est souvent le siège de productions kystiques spontanées, ce qui explique que, à côté de la tumeur perlée, puisse se produire un kyste. D'ailleurs les glandes sébacées, les follicules pileux, les glandes conjonctivales qui entrent parfois dans la composition de la greffe, ne peuvent-ils pas donner lieu, les premières (glandes sébacées) à ces kystes à parois épaisses qui contiennent des amas épithéliaux et de la graine, les seconds (follicules pileux) aux tumeurs épidermiques, les glandes conjonctivales enfin aux kystes séreux ?
Sarcome de Viris. Le raélanosarcome primitif de l'iris est exceptionnel, le néoplasme s'y propage après s'être développé dans la choroïde ou le corps ciliaire. De Wecker n'en a vu aucun cas (1886) et il révoque en doute le diagnostic posé par Knapp chez trois malades, et cela malgré l'examen histologique qui dans deux cas permit de constater des cellules fusiformes et dans l'autre une infiltration étendue dans les parties avoisinantes de l'iris de noyaux semblables à ceux de la tumeur, laquelle ne présentait pas de capsule. De Wecker rejette également le diagnostic de Lebrun ; il s'agissait d'une personne de trente-six ans chez laijuelle la tumeur présenta une marche rapide, accélérée après une iridectomie. On dut recourir à l'énucléation. L'observation que Hirschberg a recueillie à la clinique de deGraefeest plus intéressante : le sujet était un paysan âgé de trentehuit ans, qui, depuis un an, voyait se développer sur l'iris de son œil droit une tumeur noirâtre précisément en un point où depuis sa jeunesse il portait un signe noir. Depuis les dernières semaines, l'accroissement de la tumeur s'était accentué, mais jamais il n'y avait eu de douleur. Au moment de l'examen, la chambre antérieure était en majeure partie occupée par une masse d'un brun foncé, masquant en partie la pupille, tout en laissant une bonne acuité visuelle malgré une légère opacité de la cornée. On énucléa l'œil « à cause de l'accroissement rapide de la tumeur et parce que l'expérience a appris que des malades chez lesquels on a pratiqué l'énucléation pour des sarcomes de la choroïde de la grosseur d'un noyau de cerise et bien limités succombent dans l'espace d'un an et demi à un sarcome du foie ». A l'examen histologique, on trouva un sarcome à cellules fusiformes avec des trahiées d'éléments arrondis, polyédriques et pigmentés, groupés le long des vaisseaux. Un autre fait, dû à ' Dreschfeld, présente quelques particularités. La malade était âgée de cinquantetrois ans et chez elle l'affection avait débuté par un hypohéma qui se reproduisit à "deux reprises en l'espace de deux ans et demi. Après cnucléation, une section médiane et verticale montra que la tumeur remplissait la chambre antérieure et que la coupe était blanchâtre, molle et granuleuse. Elle adhérait solidement en avant à la cornée, en arrière à la couche pigmentaire de l'iris, en bas au ligament pectine; la partie supérieure était libre. Le corps ciliaire avait été un peu repoussé en arrière ainsi que le cristallin en partie opacifié. L'examen microscopique permit de voir des cellules fusiformes serrées les unes contre les autres etdes masses de pigment irrégulièrement distribuées. Les cellulesétaient presque remplies par un noyau pourvu d'un nucléole très-brillant autour duquel existaient de fines granulations. Des deux pôles de la cellule se détachaient de lins filaments bifurques à leur extrémité.
Nsevi ou tumeurs pigmentaires. Verrues pigmentaires de Viris. ileJanome bénin (Knapp). Sous ces noms divers on trouve groupées des tumeurs bénignes
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queJ. Arnold cl Fuchs ont vues composées de cellules analogues à celles du stroma de l'iris, cellules la plupart pigmentées, ramifiées et s'anastomosant entre elles. Cette prolifération cellulaire n'est pas parfaitement limitée, elle intéresse surtout la couche pigmentaire de la membrane (de Graefe), et les tumeurs ainsi formées sont petites, mesurant quelques millimètres de diamètre, de couleur noire ou brunâtre, à surface lisse, contours nets et arrondis. Généralement le sujet ne peut fournir aucun renseignement sur leur marche, qui doit être fort lente et permet de les ranger parmi les tumeurs bénignes. Knapp, il est vrai, prétend qu'elles se transforment aisément en mélanosarcomes comme le font les nsevi pigmentés de la peau auxquels il veut les identifier. On peut toutefois se demander si dans ces cas de transformation maligne d'une tumeur bénigne, que signalent Hirschberg etquelques autres, on n'avait pas affaire à une tumeur primitivement maligne et d'une tout autre nature que celle de la tumeur pigmentaire de l'iris.
A côté de celle-ci on peut ranger un néoplasme qui, selon Fuchs, résulte de l'hypertrophie de l'uvée et qu'il a vu se détacher et devenir llottant dans la chambre antérieure. De Wecker, qui a observe des faits analogues, croit moins à une hypertrophie qu'à une maladie du feuillet pigmenté de l'iris dont les lambeaux se détachent à la moindre violence.
Granulome de l'iris. 1" Granulome simple . Avec raison de Wecker voudrait réserver ce nom à la tumeur qui résulte de la pullulation de bourgeons charnus sur l'iris à la suite d'une destruction plus ou moins étendue de la cornée, lorsque le tractus uvéal est mis en contact prolongé avec l'air. « Toute autre production de petites tumeurs bénignes de l'iris ayant un aspect analogue à ces mêmes bourgeons des plaies atoniques laisse planer un doute sur une confusion possible entre un granulome et des tubercules de l'iris; on peut aussi se demander si l'on ne désigne pas sous ce nom anodin une éruption gommeuse de l'iris ».
Le granulome simple se développe surtout chez des enfants cachectiques après une destruction suppurative de la cornée ou à la suite d'ablations de staphylomes. Sans grande réaction, on voit se produire une masse charnue, fongueuse, saignant facilement, qui disparaît d'ordinaire au bout de quelques mois. Si l'on a assisté aux accidents du début et au développement des bourgeons charnus, le diagnostic est facile, mais il n'en est plus de même quand le patient se présente à l'observation avec une fongosité occupant toute l'étendue du cercle scléro-cornéen.
2» A côté de cette variété de granulome on doit en signaler une seconde qui, indépendante de tout traumatisme, a reçu de de Wecker le nom de granulie de riris, dénomination qui ne préjuge ni l'existence d'une tuberculose, ni une altération gommeuse de l'iris.
Ce n'est que chez les enfants, et principalement vers Fâge de six ans, qu'on voit pousser sur l'iris de petites tumeurs semblables aux gommes, mais plus pâles et non vasculaires. Une iritis séreuse accompagne l'évolution de cette poussée de granulomes et bientôt quelques synéchies rattachant le bord de l'iris à la cristalloïde près des petites tumeurs montrent qu'une iritis plastique s'est adjointe à la lymphangite. Ces grains plus nombreux, plus confluents, finissent par remplir la chambre antérieure; des amas cellulaires forment des plaques sur la membrane de Descemet et l'épithélium de la cornée devient rugueux. L'œil, qui jusque-là avait été très-peu irrité et larmoyant, devient dur, très-sensible, et les enfants passent par une phase glaucomateuse prolongée et
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des plus pénibles, après laquelle de "Wecker a toujours vu la tension oculaire diminuer et la corne'e s'éclaircir. Alors derrière et accolé à celle-ci on aperçoit un iris complètement atrophié dont le champ pupillaire rétréci est occupé par une fausse membrane. La tension oculaire a diminué, toute sensibilité de l'oeira disparu, l'injection s'est éteinte, et, au bout de quelques années, la cornée et l'iris ne forment plus qu'une membrane dense, opaque, réduite dans tous ses diamètres ; il y a phthisie de l'œil.
D'après quelques auteurs, l'évolution est très-différente : la cornée se détruit et un granulome se développe comme après un traumatisme. La tumeur de la grosseur d'un pois, d'un haricot ou d'une framboise, persiste pendant trois à quatre mois et finalement survient l'atrophie partielle de l'œil. Dans cette terminaison comme dans la précédente, on n'observe aucun caractère infectieux, l'affection n'est destructive que pour le segment antérieur de l'œil.
11 est d'ailleurs difficile de préciser la nature de la granulie irienne. De Wecker la rattache à la syphilis héréditaire, sans cependant avoir obtenu comme critérium quelques succès du traitement spécifique. Mais de l'absence d'autres symptômes tuberculeux et en raison de la guérison incontestable de l'affection cet auteur se refuse à la rattacher à la diathèse tuberculeuse. Les histologistes eux aussi ne peuvent fournir de doimées certaines sur la nature du néoplasme.
Ne sachant quel traitement spécifique faire, les auteurs conseillent les frictions mercurielles, l'iodure de potassium, Ihuile de foie de morue, le fer, l'arsenic. Puis, pour calmer les douleurs durant la période glaucomateuse, et nullement dans l'espoir d'une amélioration de la vision, on pratiquera l'iridectomie, bien préférable à l'énucléation, qui, chez les jeunes malades, serait suivie d'un développement irrégulier de la face. D'ailleurs l'œil conservé se prête bien au port d'un œil artificiel et même au tatouage.
De Wecker décrit encore une troisième forme de granulome qu'il déclare fort rare : c'est la tumeur télangiectanque, dont il ne connaît pas d'examen histologique, et dont il rapporte une observation. Dans celle-ci, outre la vascularisation apparente à la surface du néoplasme, on relève cette particularité que la chambre antérieure se remplissait d'un sang clair dès que le malade secouait la tête eu se penchant en avant, puis, s'il la tenait ensuite quelque temps au repos, on voyait le sang disparaître à vue d'œil, de manière qu'en une minute et demie tout était rentré dans l'ordre. Il est impossible de se rendre compte du mécanisme de cet hypohaema temporaire.
Tubercule de l'iris. L'existente de tubercules sur l'iris est un fait indéniable, mais le diagnostic en est difficile. De Wecker écrit même : « Notre avis est qu'un diagnostic différentiel n'est pas plus à établir avec certitude au point de vue clinique que sous le microscope, et que le diagnostic se base essentiellement sur la tournure que prend la maladie, et, en cas d'autopsie, sur la comparaison et la compulsion des lésions analogues trouvées dans les divers organes ».
Nous basant sur une série d'observations, nous allons essayer de décrire le tubercule de l'iris.
Dans une observation de Gradenigo, trois mois après son début, l'affection se traduisait par un faible œdème des paupières, une injection rosée autour de la cornée, qui était transparente, à l'exception de trois points, présentant de petits dépôts interstitiels grisâtres, anondis, gros comme une tête d'épingle, situés sous la membrane de Bowman, en partie sur la membrane de Descemet, et proéminents dans la chambre antérieure. A l'éclairage oblique l'iris tomen-
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tcux offrait sur son segment inféro-externe près du bord ciliaire six à sept corpuscules arrondis de la grosseur d'un demi-grain de chènevis. La pupille était étroite, déformée par plusieurs synéchies, et la surface de la cristalloïde légèrement trouble. La photophobie intense s'accompagnait d'une sensation de brûlure sous les paupières ; il n'existait pas de sensibilité de l'œil à la pression et sa tension était normale. Enfin, de temps à autre survenaient des hypohjemas qui se résorbaient spontanément. La vision diminua, l'autre œil se prit, et trois mois après le premier examen le malade succombait à une tuberculisation miliaire aiguë.
Dans d'autres observations, la tumeur irienne est plus complètement décrite et, d'après Jacobson, elle serait caractérisée par sa coloration claire jaunâtre, presque blanche, par l'absence presque complète de vaisseaux, par sa forme nettement circulaire et son empiétement rapide sur les parties voisines. Quant à l'ensemble de l'évolution du tubercule de l'iris, Péris le résume ainsi dans un cas : « Nous avons reconnu une iridocyclite tuberculeuse qui, débutant par la formation d'un bouton, conduit à la production de pus, à l'ulcération cornéenne, à l'infiltration de tout l'iris et d'une partie du corps ciliaire ».
Le bouton que Péris avait observé chez un malade pendant la vie arrivait presque au contact de la cornée et repoussait un peu le cristallin. Il se décomposait en trois parties : une postérieure occupe la moitié interne du corps ciliaire, les processus et la zonule, elle est pour la majeure partie recouverte de pigment et se laisse aisément détacher de l'iris, dont la surface postérieure est tomenteuse et par places seulement recouverte de pigment. La partie antérieure du bouton est constituée par un hypopyon condensé qui se fragmente aisément et se trouve formé de corpuscules de pus altérés plus ou moins, et de dépôts fibrineux. Enfin à ce niveau l'iris est modifié dans sa structure ; en certains points il se présente infiltré de cellules de pus, entre lesquelles se trouve un fin réseau de fibrine; ailleurs on voit des petites cellules lymphoïdes, ou des mailles de cellules fusiformes et étoilées. Des tubercules histologiques existent d'ailleurs dans la portion du néoplasme qui occupe les processus ciliaires. Ceux-ci ne doivent être désormais acceptés comme tels que si l'examen microscopique y fait trouver des bacilles, ou encore si l'inoculation expérimentale donne un résultat positif.
Quant au traitement, il ne peut que consister dans i'énucléation de l'œil malade, mais de Wecker repousse toute intervention en raison de la dilûculté même où se trouve le clinicien de distinguer le tubercule de l'iris, qui se voit chez des individus condamnés à mourir de tuberculose, du granulome simple de l'iris et de la gomme, tumeurs qui peuvent guérir. 11 n'est nullement prouvé qu'en enlevant un œil qui serait réellement le siège de tubercules on supprime l'unique foyer d'infection, et que l'on prévienne ainsi le développement d'un état diathésique (de Wecker).
Tubercules lépreux de l'iris. La lèpre morphaea, en particulier la forme tuberculeuse, peut déterminer sur l'iris la production de petites tumeurs qui, elles aussi, ont reçu le nom de tubercules. Leur nature toutefois sera aisément reconnue en raison des autres accidents lépreux que présente le malade. Les deux cas observés à Paris par Desmarres fournissent des exemples de cette affection, que voient surtout les médecins qui exercent dans les pays tropicaux et les quelques régions européennes où sévit encore la lèpre.
Au dire de Bell et de Hansen, le bouton lépreux se développe de préférence
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dans les couches les plus profondes île la cornée vers la limite de cette membrane, et il empiète ensuite sur la périphérie de l'iris; plus rarement il apparaît primitivement sur l'iris dont il occupe alors la partie la plus inférieure. Ces tumeurs s'accompagnent toujours d'iritis au déhut ; elles sont lisses et grisâtres, simulant un hypopyon quand elles masquent la portion de l'iris sous- 'aceiite à la pupille. A un degré plus avancé, la chambre antérieure est presque complètement envahie, la sclérotique est amincie, la cornée opacifiée; la choroïde est atteinte de choroïdile, et des vaisseaux volumineux, variqueux, sillonnent le tissu cellulaire sous-conjonctival. Enfin, chez un de ses malades, Desmarres a pu finalement comparer l'œil à une tumeur graisseuse composée de petits lobules saillants entre les paupières. De bonne heure, en raison de l'iritis, de l'obstruction pupillaire, de l'atteinte des membranes profondes, l'acuité visuelle diminue, puis elle disparaît. Comme structure histologique le tubercule lépreux serait fort analogue au granulome.
Épiphénomène d'une maladie générale qui ne pardonne guère, cette lésion n'est justiciable d'aucune intervention utile.
Condylome syphilitique {voy. Iniiis syphilitiqce).
lY. Troubles FONCTioiNiVELs de l'iris. Mydriase {voy. article spécial).
Myosis {voy. article spécial).
Irùlodonésis {tremblement de l'iris, iris tremulans). Chez certains malades on reconnaît que l'iris n'a plus sa fixité normale; la plupart du temps il se déplace d'avant en arrière dans toute sa hauteur; on a comparé ce mouvement « à l'ondulation de la voile que fait flotter le vent par un temps calme » (Fano) — « ù une toile inerte qu'on agite dans, un liquide » (Velpeau) — « à un drapeau flottant et aux longues herbes qu'on voit flotter à la surface des cours d'eau )) . D'autres fois le mouvement est tout autre, c'est une sorte de frémissement, une série d'oscillations rapides ; on dirait une membrane flottante à la surface d'un liquide toujours en mouvement [Rozemont-Malbot).
Le tremblement est parfois limité à une partie de l'iris, et d'ordinaire c'est le segment inférieur qui flotte seul ou qui flotte plus que le reste de la membrane. Alors la chambre postérieure est remplie, surtout dans sa partie déclive, de liquide qui favorise l'oscillation en éloignant l'iris du cristallin son appui naturel. D'autre fois le tremblement de l'iris est très-intense dans un point limité, ainsi au niveau d'une partie détachée de son insertion ciliaire, et de ce point s'irradie dans toute la membrane une ondulation véritable. Dans la luxation du cristallin parfois aussi le tremblement est limité à une portion de l'iris qui par ailleurs est fortement distendu par la lentille déplacée. La partie péripupillaire de l'iris, encore dans bien des cas, oscille plus que le segment périphérique fixé par les attaches de la membrane.
Le tremblement est rarement continuel, sauf peut-être dans le ramolhssement du corps vitré ; il devient plus intense quand on fait remuer l'œil du malade; il peut durer autant que la lésion qui l'a produit. Enfin, si l'iris conserve parfois sa contractilité, souvent on l'a vu paralysé. Quant aux troubles fonctionnels, ils résultent surtout des lésions concomitantes; ce sont elles aussi qui jouent le rôle principal dans la pathogénie de l'affection.
Rozemont-Molbol, étudiant les causes et la pathogénie du tremblement de l'iris, reconnaît comme causes prédisposantes : l'hérédité, le jeune âge, alors que le cristallin est petit et fluide et le corps vitré peu consistant : d'où la trop
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grande mobilité du cristallin due à l'insuffisancejde son appareil de contention, et par suite l'absence de soutien convenable pour l'iris — la myopie, par suite de l'allongement du diamètre ante'ro-postérieur de l'œil et de la tendance qui en résulte au relâchement des membranes situées de champ dans son intérieur. Quant aux causes déterminantes, notre collègue et ami les répartit eu quatre groupes, suivant que le tremblement de l'iris est sous la dépendance d'une lésion : 1" mécanique; 2° vasculaire; 5" musculaire; A° nerveuse. L'origine mécanique est la plus fréquente et présente trois modalités.
i" L'équilibre entre les deux segments antérieur et postérieur de l'œil se trouve rompu et l'iris n'est plus soumis à une pression égale sur sa face antérieure et sur sa face postérieure. Le tremblement dû à cette cause se voit dans le kératocône ou staphylome antérieur, l'hydropisie de la chambre antérieure, la rupture de la zonule de Zinn, quand l'humeur vitrée s'épanche hors de l'hyaloide, dans le ramollissement et la liquéfaction du corps vitré et dans le décollement de la rétine.
2" La chambre postérieure de l'œil de virtuelle devient réelle, et se laisse distendre par l'humeur aqueuse ou par l'humeur vitrée, l'iris flotte dans le milieu liquide ; cela dans certaines iiydropisies de la chambre antérieure, certaines luxations du cristallin, la rupture de la zonule de Zinn et l'hydroplithalraie.
3" Enfin l'iris est privé de ses moyens de fixité, soit par suite de la rupture de ses attaches, soit après un déplacement du cristallin (rupture ou relâchement du ligament de Zinn, cataractes morgagniennes, siliqueuses et branlantes, opération de la cataracte, atrophie de l'œil, déchirure du bord ciliaire de l-iris). Les trois autres ordres de causes, vasculaire, musculaire et nerveuse, ne peuvent à elles seules produire le tremblement de l'iris (Uozemont-Malbot) ; elles en sont de puissants facteurs. A la suite d'irido-choroïdite.les vaisseaux de l'iris peuvent se thromboser et anémier cette membrane, qui devient flasque et prête à osciller à la moindre cause. De même à la suite de glaucomes anciens ayant longtemps distendu l'iris, à la suite de luxations du cristallin, ayant forcé la tonicité musculaire de l'iris, celui-ci se paralyse et devient sujet à trembler au moindre mouvement de l'œil. Enfin le tremblement d'origine nerveuse est tout à fait problématique : on a signalé, il est vrai, l'atrophie des nerfs ciliaires à la suite de lésions profondes de l'œil, où l'on avait observé le tremblement de l'iris, mais, comme ces lésions coïncidaient avec d'autrei désordres du globe oculaire, la lésion nerveuse n'était sans doute qu'un facteur accessoire du phénomène observé.
Le tremblement de l'iris ne donne lieu à aucune indication thérapeutique spéciale, son traitement est lié à l'affection qui le produit (Rozemont-Malbot).
§ V. Médecine opératoire. A. Iritomie. Iridotomie. Conseillée par Wolhouse, mise en pratique pour la première fois par Cheselden vers 1728, la section de l'iris s'exécutait au moyen d'une aiguille falciforme. Heuermanu (1756) avec un couteau à lance traversait à la fois la cornée et l'iris, pendant que Guérin (1 769) ne divisait la membrane irienne qu'après avoir au préalable ouvert la cornée avec un couteau spécial. Jassin (1772) eut également recours à l'opération en deux temps, mais il se servit de ciseaux pointus pour diviser l'iris mis à jour. Longtemps abandonnée malgré les efforts de Maunoir (1812) et les propositions de de Graefe (1869) et de Bowman (1872), l'iridotomie n'est rentrée dans la pratique que depuis les travaux de de Wecker et les
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modifications heureuses qu'il a fait subir au manuel opératoire et à l'appareil instrumental (1875-1879).
Comme l'iridectomie, la section de l'iris peut être pratiquée pour ouvrir un passage aux rayons lumineux ou pour[ combattre une inllammation consécutive à une opération de cataracte. Elle s'exécute d'une façon différente suivant les conditions anatomiques, la présence ou l'absence du cristallin.
i° Irilomie optique. Elle consiste en une simple section de l'iris allant du sphincter irien vers l'insertion ciliaire et mériterait de conserver le nom d'mdotomie simple, que de Wecker lui avait donné dans sa première publication. L'appareil instrumental, outre un blépharostat à ressort sans point d'arrêt, comprend des couteaux lancéolaires et des pinces-ciseaux. Les premiers sont droits ou coudés ; la largeur de leur lame est telle qu'enfoncés jusqu'à l'arrêt saillant qui limite sa pénétration ils font à la cornée une plaie dont la grandeur, mesurée à sa face interne, est exactement de 4 millimètres. Les pincesciseaux imaginées par de Wecker ont subi diverses modifications. Les mors coupants sont très-étroits, arrondis à leur extrénaité, très-exactement appliqués l'un sur l'autre, et font une section nette, quelle que soit leur inclinaison sur les parties à diviser. Solides, les branches de la pince se rapprochent d'un coup sec et ferme sous la pression des doigts, et leur rapprochement concorde . avec la fermeture des mors.
Pour éviter l'emploi d'un instrument spécial, M. M. Perrin a fait construire des ciseaux coudés sur le plat, à branches très-fines, mousses, évidées sur leur plat pour coupor dans toutes les situations; malgré leur maniement plus facile, ils nous ont paru inférieurs aux pinces-ciseaux pour la netteté de la section des tissus.
Opération d'une exécution très-délicate, si le cristallin est en place, elle ne doit pas être tentée. L'iritomie simple nous paraît nécessiter l'emploi de l'anesthésie, à moins que le malade ne soit très-sûr de lui-même. La cocaïne sera toujours un adjuvant indispensable.
Premier temps. Les paupières écartées et soulevées par un aide très-attentif, l'opérateur fixe le globe de l'œil avec la pince tenue de la main gauche, près du bord cornéen, et dans le prolongement du diamètre de la cornée qui correspond à la nouvelle pupille à créer, ou à la section irienne à pratiquer. De la main droite il pousse le petit couteau dans la chambre antérieure, parallèlement au plan de l'iris, la section cornéenne tombant perpendiculairement sur le milieu du rayon qui continue dans l'autre moitié de la cornée le rayon où doit porter la section irienne. Arrivé au point d'arrêt le couteau est retiré trèslentement, la pointe contre la membrane de Descemet pour ne pas blesser la cristalloïde. L'humeur aqueuse s'écoule et l'iris vient s'appliquer à la plaie. Un retrait rapide du couteau permettrait de conserver une partie de l'humeur aqueuse.
Deuxième temps. Si l'iris fait hernie, on réduit le prolapsus avec un fin stylet doucement. Tenant les pinces-ciseaux de la main droite, les branches fermées, l'opérateur les fait pénétrer dans la plaie, les conduit vers la pupille et vers le point de section désigné. Au voisinage du bord pupillaire il ouvre très-légèrement les mors et, imprimant à l'instrument un faible mouvement de rotation en même temps que de propulsion, il engage une des lames, la supérieure, sous l'iris, entre l'iris et la cristalloïde, pendant que la lame inférieure marche entre l'iris et la cornée. Quant les mors sont au point voulu, un coup sec des
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doigts les rapproche et divise le sphincter irien. On relire les pinces fermées avec les mêmes précautions qu'à l'entrée.
Conseillée par de Wecker pour la cataracte zonulaire, cette méthode expose par le froissement de la cristalloïde antérieure sa déchirure à la production d'opacités cristalliniennes et aux accidents qui suivent les blessures du cristallin. Elle n'est praticable que pour des mains habiles et doit être le plus souvent remplacée par l'excision d'une partie de l'iris. L'ouverture en V qui en résulte s'écarte après la reproduction de l'humeur aqueuse par la rétraction des fibres circulaires divisées ; elle ne se produit que si l'iris est contractile. Tel est le cas dans la cataracte zonulaire, tel est le cas dans la luxation partielle du cristallin.
Ici, la section portant sur la partie de l'iris qui n'est plus en contact avec la lentille, le danger de blesser la cristalloïde n'existe plus, et le passage de la lame des pinces-ciseaux en arrière de l'iris se fait sans difficulté. D'un autre côte, l'absence de soutien rend l'iridectomie très-difficile, en même temps que la rupture possible de la zonule de Zinn expose à des pertes d'humeur vitrée. Au reste, l'opération s'exécute absolument telle que nous venons de la décrire.
2" Irilomie optique et antiphlogistique. Elle se pratique de plusieurs façons, mais ne réussit que si la contractilité de l'iris est conservée, si les lèvres de la section s'écartent spontanément l'une de l'autre. Pour son emploi, il est nécessaire qu'il n'y ait plus de cristallin. C'est dire qu'elle trouve ses indications dans les occlusions pupillaires consécutives aux opérations de cataracte par extraction.
Ainsi que le font remarquer justement Green, de Wecker, Masselon, la section irienne doit être perpendiculaire au sens de la traction anormale pathologique subie par la membrane. La kératotomie supérieure étant la méthode habituelle d'extraction du cristallin, la pupille obstruée est d'ordinaire attirée fortement en haut. La section irienne sera donc horizontale et placée, si possible, à hauteur un peu au-dessus du diamètre transverse de la cornée.
Les instruments sont les mêmes que pour l'iritomie simple, mais au lieu de pinces-ciseaux à lames mousses] on peut se servir de pinces dont la lame inférieure forme une lance fine et tranchante, pendant que la supérieure, plus longue d'un millimètre, se termine par un petit bouton dirigé en arrière (les ciseaux fermés, il regarde vers la pointe).
Premier temps. On fait à la cornée dans sa partie externe, à 1 millimètre ou 2 de son bord, une section telle que la plaie soit verticale et partagée en deux parties égales ou presque égales par le diamètre horizontal. Le couteau €st enfoncé jusqu'à l'arrêt, puis retiré des deux tiers, laissant écouler l'humeur aqueuse. Pendant ce retrait, l'iris vient s'appliquer contre la cornée, sur la pointe du couteau, qu'il suffit d'enfoncer de nouveau pour y faire une boutonnière; on retire rapidement la lame.
Deuxième temps. Fixant toujours la cornée, et l'aide soulevant les paupières pour éviter l'issue trop considérable de l'humeur vitrée, on introduit les pinces-ciseaux dans la plaie, et les ouvrant légèrement, puis plus largement, on glisse l'une des branches en avant, l'autre en arrière de l'iris. Là est le point délicat, et une certaine inclinaison des mors est indispensable pour obtenir ce résultat. Donnant aux lames une situation exactement horizontale, l'opérateur les pousse rapidement en dedans, ne s' arrêtant qu'au voisinage du bord dliaire opposé, s'il veut obtenir une large ouverture. Un coup sec, rapide.
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divise l'iris et les exsudais dans toute cette étendue ; les pinces-ciseaux fermées sont immédiatement retirées, le hiépharostat enlevé.
Les lèvres de la section s'écartent de chaque côté, et la pupille suivant les cas prend une forme arrondie, ovalaire, se rapprochant parfois de l'aspect et de la situation normaux. Si l'iris était très-fortement entraîné en haut, la section, toujours horizontale, doit occuper un niveau plus élevé. Il faut avoir soin de bien comprendre dans les mors de la pince tous les exsudais qui tapissent l'iris.
Quand on se sert des pinces-ciseaux avec une lame pointue, l'instrument sitôt introduit dans la chambre antérieure est légèrement ouvert. En la poussant vers le bord opposé la branche pointue glisse sous l'iris qu'elle perfore, pendant que le bouton de l'autre mors amène en quelque sorte les parties sous le tranchant. Un coup sec divise tous les tissus horizontalement.
Cette manœuvre peut être faite avec les ciseaux de M. Perrin. Quant à lai serpette de Galezovvski, elle n'a d'action qui si les parties sont tendues et expose à décoller l'iris de ses attaches ciliaires.
0° Irilo-ectomie et irito-cUalyse. Dans un nombre considérable de cas, les altérations profondes éprouvées par l'iris lui ont fait perdre à la fois sa contractililé et sa puissance de rétraction. Il est évident que dans ces conditions la simple section de la membrane, si étendue qu'elle soit, ne peut aboutir à la formation d'une pupille durable et de grandeur suffisante. De même, si des exsudais très-épais tapissent l'iris dégénéré et atrophié et ferment complètement la pupille. De Wecker joint alors à la section l'excision ou rarrachement par décollement d'une partie de la membrane. Voici comment il décrit sa façon de faire :
Irito-eclomie. On enfonce le couteau à arrêt court près de la cicatrice, à 1 ou !2 millimètres au-dessous du bord cornéen supérieur, eu le faisant pénétrer dans toute son étendue à la fois dans la cornée et sous l'iris, et on le retire doucement pendant que l'assistant soulève l'écarleur et que toute pression est évitée sur le globe oculaire. Par deux coups de pinces-ciseaux, qui convergent vers le bord inférieur de la cornée et s'y rejoignent, on circonscrit un lambeau triangulaire dont la base a été taillée avec le couteau à arrêt et l'on retire le lambeau d'iris doublé des masses exsudatries avec les pinces. Ce procédé exige un aide exercé et ne peut s'appliquer qu'aux cas où la vitrine ne semble pas être très-liquéfiée, car il expose à une perte considérable de cette humeur, si l'exécution en est lente ou défectueuse.
Irito-dialyse. On doit alors recourir à l'opération suivante. Le couteau à arrêt est enfoncé à 1 ou 2 millimètres du bord cornéen, près de la cicatrice, en ne laissant pénétrer que la moitié de sa largeur dans la chambre antérieure, et après l'avoir en partie retiré et réenfoncé sous l'iris, on fait dans celui-ci une boutonnière. On circonscrit alors par deux coups de pinces-ciseaux divergents un lambeau triangulaire dont la base est dirigée vers le bord opposé de la cornée et dont le sommet correspond à la boutonnière irienne, puis avec des pinces à pupille on arrache ce lambeau de son insertion ciliaire.
On peut ainsi, sans perte considérable de vitrine, sans traction fâcheuse du corps ciliaire, enlever un énorme lambeau de l'iris et des exsudais qui le doublent, et obtenir une large pupille. Ces divers procédés d'iridolomie sont d'une exécution assez difficile. Pour en tirer parti il faut joindre à une habilité de main suffisante l'étude du maniement des ciseaux-pinces. Ce n'est
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qu'après de nombieux essais qu'on parvient à utiliser convenablement ces instruments dont la construction doit toujours être soignée. Mais ils nous semblent préférables à tous les ciseaux, à toutes les aiguilles tranchantes, parce qu'ils coupent sans exercer aucune traction sur les parties divisées. Dans les occlusions pupillaires consécutives aux extractions du cristallin l'iridotomie trouve ses véritables indications.
B. Iridectomie. Exécutée en 1780 par Wenzel, méthodisée par Béer, l'excision de l'iris n'est cependant devenue une opération courante qu'avec les travaux de Desmarres et de de Graefe. L'oculiste français montra le premier l'innocuité des excisions, voire même des arrachements de l'iris; l'ophlbalmologiste de Berlin fit voir les propriétés, la puissance antipiilogistique de l'enlèvement d'un large lambeau de cette membrane. En utilisant l'iridectomie pour combattre le glaucome, il rendit à l'humanité un service inoubliable. Suivant que l'excision de l'iris est destinée à ouvrir un passage aux rayons lumineux ou à diminuer la pression iiUra-oculaire, elle s'exécute d'une façon différente.
L'appareil instrumental comprend : des écarteurs des paupières, une pince à fixation, des couteaux lancéolaires droits et coudés à lame étroite, avec ou sans arrêt, des couteaux de de Graefe, des pinces à iridectomie droites et courbes, à griffes parallèles ou perpendiculaires aux branches, des ciseaux droits, courbes, coudés sur le plat, des pinces-ciseaux, un crochet, un stylet mousse.
1" Iridectomie optique. On l'a encore désignée des noms de pupille artificielle, en raison de son but, de sphinclérectomie , parce qu'elle s'attaque au sphincter de l'iris et doit autant que possible rester limitée à son voisinage. C'est avec raison que l'on a complètement abandonné l'excision, conseillée par Pope, d'une partie périphérique de l'iris, en ménageant le sphincter. Outre son exécution difficile, ce procédé n'a pas l'avantage qu'on recherchait d'obtenir une pupille contractile. Par l'atrophie de l'iris, la contractilité des bords pupillaires ne tarde pas à disparaître.
En raison même de sa destination, la nouvelle pupille ne saurait être indistinctement placée dans toutes les parties de l'iris. Par ordre de préférence, elle occupera le segment inférieur interne, qui répond à la direction habituelle de la ligne visuelle, puis le quadrant inférieur externe, et enfin la moitié supérieure du diaphragme trop souvent cachée par la paupière supérieure. Ses dimensions seront aussi petites que possible, tant on largeur qu'en étendue, et celle-ci varie forcément avec l'emplacement de la section cornéenne par rapport au limbe scléro-cornéen. Mais ajoutons tout de suite que l'état de la cornée impose le plus souvent à l'opérateur la situation de l'ouverture. 11 faut qu'elle corresponde à une partie transparente de la cornée, à une partie assez régulièrement conformée pour que les images restent nettes. C'est l'éclairage oblique, c'est la kératoscopie, qui renseignent le chirurgien à cet égard.
Pour les opérations, le malade doit être couché, l'œil sain caché sous un bandeau, les parties eu bonne lumière. L'opérateur se tient près du bord du lit, du côté malade; en avant de la tête, s'il opère sur la partie externe de l'œil gauche ou interne de l'œil di'oit, en arrière pour les côtés opposés.
Premier temps. Section de la cornée. Les paupièi'es soulevées par un écarteur, la pince à fixation est appliquée à quelques millimètres du bord cornéen et du côté opposé à celui où doit se faire la ponction. Un couteau lancéolaire étroit, droit ou coudé, selon qu'il s'attaque au côté temporal ou au côté nasal de la cornée, est tenu par l'opérateur avec sa main droite, dont les
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derniers doigts prennent appui sur le nez ou la tempe. Le plat du couteau parallèle au plan de l'iris, sa pointe pénètre dans la cornée, en un point plus ou moins rapproché de son bord, suivant l'emplacement désigné de la nouvelle pupille. On la dirige vers le centre de l'iris, et on fait pénétrer la lame d'un mouvement lent et égal, portant très- légèrement sa pointe vers la membrane de Descemet pour éviter sùiement l'iris et la cristalloïde, pour empêcher toute issue d'humeur aqueuse. On continue jusqu'à ce que la section soit de grandeur suffisante, et l'on retire la lance, soit rapidement pour conserver im peu de chambre antérieure, soit, mieux peut-être, lentement et la pointe en avant; l'humeur aqueuse è'échappe peu à peu.
Si l'incision semble trop courte, on l'agrandit en passant légèrement le tranchant sur l'un des bords, pendant le retrait du couteau. Au besoin, on recourt à un petit couteau ou à des ciseaux mousses. Plus souvent la section de la coruée est trop oblique, si oblique qu'elle peut n'avoir pas traversé toute l'épaisseur de la membrane ou fait une ouverture intérieure trop étroite, trop rapprochée du bord pupillaire pour permettre de saisir l'iris. De là le conseil de pénétrer perpendiculairement dans la cornée, puis, sitôt la pointe dans la chambre antérieure, de renverser le manche du couteau en arrière pour éviter l'iris. La manoeuvre n'est pas aisée, elle expose à briser la pointe de la lance ; mieux vaut reporter vers la périphérie la section de la cornée.
Deuxième temps. Formation du prolapsus. Déposant le couteau, l'opérateur garde dans sa gauche la pince à fixation. Si l'iris, entraîné par l'humeur aqueuse, fait hernie hors de la plaie, il le saisit avec une pince droite, le soulève en l'attirant au dehors, et d'un coup de ciseaux l'aide excise la portion attirée en y comprenant le sphincter. Le reste est doucement rentré avec un stylet tin pour éviter un enclavement toujours dangereux.
Si l'iris n'est pas sorti, l'opérateur prend de la main droite (la gauche peut être utilisée, s'il le juge plus commode) une fine pince courbe à iridcctomie, et, maintenant ses mors en contact, il appuie légèrement sa convexité sur la lèvre sclérale ou périphérique de la plaie cornéenne, de façon à l'entrebâiller. Il pénètre ainsi dans la chambre antérieure et par de légers mouvements de latéralité il conduit la pince toujours fermée, sa convexité vers l'iris, jusqu'à ce que ses mors se trouvent à 1/2 millimètre environ en dehors du bord pupillaire.
Diminuant alors la pression de ses doigts sur les branches de la pince, il les laisse écarter très-légèrement au voisinage des mors. Il suffit de les rapprocher pour saisir un pli de la membrane que l'on amène au dehors avec beaucoup de douceur pour ne pas blesser la cristalloïde. Quand l'iris est dur, tendu, altéré, il est nécessaire d'exercer une certaine pression avec le dos des mors de la pince pour arriver à le saisir. Parfois on doit user d'une pince dont les griffes font saillie vers la convexité des branches, mais l'emploi en est toujours dangereux. Le prolapsus irien doit être aussi petit que possible, il doit comprendre le sphincter pupillaire ou un de ses points.
Si la section cornéenne est très-oblique, le trajet très-long pour atteindre la chambre antérieure, ou évitera plus encore de tirer trop vivement sur l'iris, on romprait ses attaches ciliaires.
Troisième temps. Excision du prolapsus. L'opérateur soulève avec les pinces le prolapsus de l'iris et l'étalé, attirant au dehors le bord pupillaire. Un aide, armé de ciseaux courbes ou coudés sur le plat, fait glisser sous les pinces,
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(\e chaque côté du prolapsus, une des lames entr'ouvertes, et, appuyant légèrement sur l'œil, il coupe bien au ras de la plaie, d'un seul coup sec ou de deux coups successifs, la partie herniée.
Si l'aide n'est pas sûr, l'opérateur, lui confiant la pince à fixation, prend de sa gauche la pince pupillaire. Il va chercher l'iris, l'attire au dehors et pratique lui-même l'excision. Nous avons dit que cette façon de faire nous a toujours semblé plus avantageuse. Avec un peu d'habitude la main gauche manie trèsbien les pinces à iridecîomie, et la section de l'iris, point le plus délicat, est mieux faite par le chirurgien que par l'assistant. Cette section, nous l'avons dit, doit être aussi limitée que possible; elle se fait très-facilement par deux coups des pinces-ciseaux qui limitent un petit lambeau en V à base pupillaire. L'indispensable est que l'ouverture artificielle réponde à la partie restée transparente de la cornée.
Quatrième temps. La pince à fixation et le blépharostat sont enlevés; l'opérateur s'assure que l'iris n'est pas enclavé dans la plaie, il favorise son retrait par de douces frictions sur la cornée au travers de la paupière supérieure et au besoin le repousse dans la chambre antérieure avec un fin stylet ou une curette plate. Une goutte d'ésérine assure le retrait et s'oppose à la reproduction du prolapsus. Si la section n'a pas amené d'épanchement de sang dans la chambre antérieure, le bandeau compressif est immédiatement appliqué. Quand le sang remplit la chambre antérieure, on'favorise sa sortie en entr 'ouvrant les lèvres de la plaie, une ou deux fois, après reproduction de l'humeur aqueuse. Au reste, une quantité notable de sang peut être abandonnée à la résorption naturelle; elle disparaît en quelques jours.
Critchett se sert d'un fin crochet pour amener l'iris au dehors. L'instrument est d'un emploi plus délicat que les pinces, il expose à blesser la cristalioide. Plus difficile aussi que la méthode décrite est l'usage des pinces-ciseaux conseillé par Makiakoff, Cliibret, pour exciser dans la chambre antérieure même sans l'amener au dehors un pli de l'iris saisi entre les mors. Ce procédé ne peut être accepté qu'exceptionnellement.
Vingt-quatre, au plus trente-six heures de compression, suffisent pour la cicatrisation de la plaie cornéenne; il est bon de favoriser par l'atropine la dilatation de l'ouverture artificielle dans les premiers jours qui suivent l'intervention.
2" Iridectomie antiphlogistique. Nous conservons le nom d'antiphlogistique, bien que l'excision d'une large portion de l'iris soit bien souvent pratiquée en dehors de toute phlegraasie de l'œil, et pour des phénomènes qui n'ont rien d'inflammatoire. Ici la largeur du segment excisé doit atteindre 6 à 8 millimètres, presque le quart du diaphragme irien, et le détachement doit se faire dans les insertions ciliaires ; que l'on admette avec de Wecker la cicatrice à filtratiorty que l'on rejette cette explication, il est bien démontré que l'iridectomie n'est utile que si elle est périphérique et étendue. C'est donc dans le limbe sclérocornéen, c'est dans la partie supérieure de l'iris que doit se faire la section, pour éviter l'éblouissement, résultat forcé d'une brèche aussi large.
L'appareil instrumental est le même que pour l'iridectomie optique, mais au lieu du couteau lancéolaire coudé, encore employé par de Arlt, et dont le maniement est des plus délicats, nous croyons avec de Wecker et presque tous les oculistes que la préférence doit être donnée au couteau étroit de de Graefe. Avec celui-ci les sections extérieure et intérieure sont plus rapprochées; l'iris
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est plus aisément évité, sa section périphérique devient facilement praticable. Si l'issue brusque de l'humeur aqueuse est un des dangers de son emploi, avec un peu d'habileté et d'attention il est possible d'obtenir l'échappement lent du liquide. Au moins la cristalloïde et la lentille ne sont-elles pas exposées à des lésions directes.
Même position du malade que pour l'iridectomie optique; l'opérateur se tient derrière la tête pour l'œil droit, en avant et du côté gauche du lit, s'il s'agit de l'œil gauche. Aneslhésie locale, instillations préalables d'ésérine, surtout s'il s'agit d'un glaucome.
Premier temps. Les paupières écartées et soulevées, la pince à fixation est solidement appliquée, immédiatement au-dessous du diamètre vertical de la cornée. L'opéiateur la prend de la main gauche, il attire le globe de l'œil directement en bas. De la main droite il saisit le couteau à cataracte de de Graefe, le pouce sur un des côtés du manche, l'index et le médius de l'autre côté, la main en supination. Le petit doigt prend appui sur la joue ou la tempe. L'opérateur, tenant le plat de la lame parallèle au plan de l'iris, le tranchant en haut, fait pénétrer le couteau dans le limbe scléro-cornéen, à I millimètre en dehors du bord transparent delà cornée et à 1 1/2 ou 2 millimètres au plus, au-dessous du sommet de celte membrane du côté temporal. Suivant la largeur à donner à l'excision, la ponction se fait à 4 ou 5 millimètres du méridien vertical.
Pénétrant dans la chambre antérieure da-igée vers le centre pupillaire, la pointe est ensuite doucement relevée, et la lame ramenée à l'horizontale glissée doucement en avant de l'iris; elle sort du côté interne au point symétrique. Quelques mouvements lents de va-et-vient achèvent la section en arc de cercle, à sommet supérieur placé à i millimètre au-dessus du pôle supérieur de la cornée. Si le tranchant du couteau porté directement en haut atteint la conjonctive, on divise le pont muqueux entraîné en portant la lame directement en avant. Mieux vaut éviter la formation de ce lambeau qui donne beaucoup de sang et gêne les manœuvres ultérieures, en portant dès l'abord un peu en avant le fil du couteau, pendant que son dos presse l'iris et le refoule en arrière.
Deuxième temps. Pour peu que l'iris soit libre et la pression oculaire un peu élevée, le retrait du couteau est immédiatement suivi de la hernie de l'iris. Si le prolapsus ne s'est pas produit spontanément, l'opérateur va chercher l'iris dans la chambre antérieure avec les pinces pupillaires, ayant soin d'en écarter les mors, au maximum, de toute la largeur de la plaie, pour ramener au dehors un vaste pli de la membrane. Le bord pupillaire doit être compris dans la partie herniée, ceci est indispensable.
Troisième temps. En raison de l'étendue considérable du segment à enlever, en raison de la nécessité d'éviter l'enclavement, l'opérateur doit se charger de l'excision de l'iris. Confiant à l'aide la pince à fixation, il saisit le prolapsus avec la petite pince droite de de Graefe, tenue de la main gauche, et l'étalé sur la conjonctive au-dessus et dans toute la longueur de la plaie. Prenant de sa droite des ciseaux coudés sur le plat, ou mieux encore les pinces-ciseaux, il les fait glisser en appuyant légèrement sur le globe, un des mors de chaque côté de l'angle temporal de la plaie, et d'un premier coup il divise la moitié externe du segment irien soulevé et tendu par la pince. Prenant alors la partie interne ménagée, il la soulève, la tend et l'excise d'un second coup de ciseaux, bien au ras de la cornée.
Critchett divise d'abord l'iris, de son bord pupillaire jusqu'à son attache
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ciliaire, au milieu du segment liernié, puis il décolle doucement chaque demilambeau et les excise tour à tour. Telle est à peu près la pratique de de Wecker dans les cas de glaucome. 11 donne tout d'abord un coup de pinces-ciseaux perpendiculaire à la section cornéenne, près de l'angle de la plaie, après quoi il détache le prolapsus par irido-dialyse de son insertion ciliaire, et enlève enfin ce prolapsus par un second coup vertical de pinces-ciseaux qui, cette fois encore, tombe aussi d'une façon très-précise, près de l'angle de la section interne. L'important est d'éviter tout enclavement de l'iris dans les angles de cette plaie.
Quatrième temps. On retire la pince à fixation et l'écarteur, on instille une goutte d'ésérine. Si les bords de l'iris ne sont pas exactement rentrés, on sollicite par de douces frictions sur la cornée soit avec la paupière supérieure, soit directement avec le dos de la curette en caoutchouc, les contractions de la membrane et le dégagement de ses bords enclavés. Au besoin un stylet mousse, une mince spatule, la repoussent doucement dans la chambre antérieure, mais on s'expose ainsi à blesser la cristalloïde. Pour le sang épanché, pour les soins ultérieurs, même conduite que dans l'iridoctomie optique.
11 est exceptionnel de voir une suppuration de la plaie et de l'œil succéder à l'iridectomie, si compliquée qu'ait été l'opération; cependant les précautions antiseptiques habituelles doivent être prises. Si la plaie est trop étroite, si le couteau a longtemps cheminé entre les lames de la cornée, on agrandit l'ouverture avec des ciseaux mousses, dont une des lames est introduite entre l'iris et la cornée, la seconde restant au dehors. Un coup sec divise nettement la membrane. Dans l'emploi de la lance cet accident est fréquent, et l'étendue parfois énorme du trajet intra-cornéen rend difficile d'y remédier.
Quand on fait une pupille artificielle, l'inconvénient est de voir rester opaque toute la partie traversée par le couteau, argument de plus en faveur d'une section presque linéaire de la cornée. Nous ne dirons rien des hémorrhagies du corps vitré, des épanchements sanguins sous-rétiniens qui peuvent succéder à l'issue trop rapide de l'humeur aqueuse, à la détente brusque de la pression intra-oculaire. Comme les subluxations du cristallin par rupture de la zonule de Zinn, ils peuvent souvent être évités par une exécution prudente, et leur traitement a été étudié aux articles Giaucome et Cristallin.
Nous renvoyons de même le lecteur aux articles Cataracte, Glaucome, Rétine, Choroïde, etc., où la valeur de l'excisiou de l'iris est discutée et appréciée comme agent thérapeutique.
C. Iridorrhexis. Excision ou arrachement d'un lambeau de l'iris amené au dehors par déchirement; cette méthode, dont l'exécution diffère peu de la précédente, ne s'applique qu'à des conditions spéciales. 11 arrive souvent dans une iridectomie, soit dégénérescence de son tissu, soit adhérences intimes, soit épaississement par des exsudats, que l'iris ne peut être amené hors de la plaie cornéenne. Parfois les pinces ordinaires ne mordent pas sur la membrane. Desmarres a montré qu'on pouvait dans ces cas arracher de larges lambeaux iriens sans provoquer d'accidents inflammatoires, ni même décoller la membrane de ses attaches. Cet arrachement se fait soit avec un petit crochet, toujours dangereux, soit avec des pinces à dents de souris dont les griffes sont placées vers la convexité des branches. Implantées près du bord pupillaire ou vers le centre de l'iris, elles le saisissent fortement. Une traction suffisante amène au dehors le lambeau que l'aide ou l'opérateur excisent au niveau de la plaie cornéenne. riCT. ENC. 4' s. XVI. 50
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Si l'iris est profondément altère, atrophié, tapissé d'exsudats e'pais, il résiste aux tractions ou ne se laisse déchirer que par petits lambeaux. Dans ces conditions, l'ouverture obtenue ne tarde pas à s'obstruer de nouveau, et souvent la cxislnlloïde froissée pendant l'opération, le cristallin, s'opacifient en partie ou en totalité. Au lieu de revenir à quelques mois de distance à une intervention de même genre, mieux vaut enlever le cristallin et pratiquer l'irito-ectomie ou l'irito-dialyse telles que nous les avons décrites.
D. Iridésis. Dite aussi iridentldesis, cette méthode, qui consiste à déplacer la pupille normale par la ligature ou l'enclavement simple d'une partie plus ou moins périphérique de l'iris, n'a conservé que peu de partisans. Critchelt, traversant la cox'née, amenait l'iris au dehors avec un petit crochet et fixait le prolapsus par une anse de fil. Waldan imagina une pince spéciale pour serrer
a ligature et Snellen pour plus de sécurité fit passer le fil dans la conjonctive tout ])rès du bord cornéen. De Wecker fait à la cornée une plaie très-étroite, saisit l'iris avec une pince courbe très-fine à 2 millimètres du bord pupillaire et l'atlu'e doucement dans la plaie. Vingt-quatre heures de compression avec le bandeau suffisent pour assurer l'adhérence solide de la partie herniée que l'on excise ou qu'on laisse, comme Sllewag de Carion, s'atrophier sur place. Les dangers qui résultent de l'enclavement de l'iris, des irritations répétées de cette membrane, la fréquence d'accidents glaucomateux, doivent faire rejeter cette opération, malgré tout l'intérêt de garder au malade une pupille étroite et contractile,
E. Iridodialysk. Le décollement de l'iris de ses insertions périphériques s'applique aux cas où la partie restée transparente de la cornée occupe sur une zone étroite la périphérie de la membrane. Ici l'iridectomie expose à l'opacification de celte zone traversée par le couteau. De Wecker conseille alors de pénétrer avec le couteau à arrêt dans la partie cicatricielle, près du centre de la cornée, mais au moins à 2 millimètres de la région restée transparente. On fait glisser le couteau dans la chambre antérieure jusqu'à ce que sa pointe soit distincte au travers de la cornée. On introduit alors des pinces à griffes sur la convexité des mors jusque près du bord périphérique de l'iris. On les ouvre aussi largement que le permet la plaie et, saisissant un large pli irien, on détache la membrane de ses insertions périphériques. Si la partie détachée suit librement la pince, on l'amène au dehors et on l'excise ou on l'arrache de ses adhérences cornéennes et cristalloïdiennes. Il est arrivé dans ces efforts de traction que l'iris, totalement décollé, s'est laissé arracher en entier. Jamais cet accident opératoire n'est suivi de désordres graves de l'œil.
F. GouHLYSis. Celle opération consiste à dégager le bord pupillaire des adhérences qui rattachent à la capsule cristallinienne, à rompre les synéchies postérieures. Employée par Wenzel et les Anciens pour détacher de l'iris un cristallin cataracte afin de permettre son extraction, elle a été conseillée par Streatfield, par Weber, par Passavent, pour les cas où la lentille et la cristalloïde n'ont rien perdu de leur transparence.
Pour diviser, il serait plus juste de dire pour déchirer les synéchies, Streatfield se sert d'une spatule très-fine, plate, portant près de son extrémité une échancrure pi'ofonde. La lame à ce niveau est mousse ou coupante. Weber emploie un crochet aplati, à col mince, qui forme une courbe plus étendue. Avec une aiguille à paracentèse on fait à la cornée, à 4 millimètres de son centre ou au milieu d'un de ses rayons, une incision assez oblique, qui doit mesurer seule-
IRIS (botanique). 467
ment 2 à 5 millimètres du côté de la chambre antérieure. Cette section interne doit correspondre au bord d'une pupille moyennement dilatée, et être place'e du côté opposé à la synéchie, s'il n'en existe qu'une, préférablement du côté temporal (Weber), si les adhérences sont multiples.
Streatfield recommande de retirer brusquement la lance pour conserver l'humeur aqueuse. "Weber veut, au contraire, qu'on retire l'instrument très-lentement, afin d'amener l'évacuation complète du liquide et le contact de la cristalloide contre la cornée, ce qui expose moins à léser la première. Le crochet ou la spatule introduits dans la chambre antérieure sont conduits vers le bord pupillaire et glissent entre l'iris et le cristallin qu'ils séparent. Puis l'opérateur, par un mouvement de circumduction, engage dans la concavité des instruments la synéchie qu'il veut rompre et y arrive par de légères tractions. Il fait de même pour les adhérences voisines, mais il nous paraît impossible de saisir et d'atteindre les synéchies placées du même côté que la plaie de la cornée.
A cette méthode difficile, très-dangereuse pour le cristallin et cause fréquente, malgré l'atropine, d'une inllammation irienne qui ramène de nouvelles synéchies, Passavant a proposé de substituer la suivante. Une incision tout à fait péripliérique faite au bout du rayon cornéen qui répond à la synéchie permet d'introduire des pinces très-fines qui saisissent l'iris non loin de son bord libre. En tirant à soi la membrane doucement vers la plaie, on déchire l'adhérence. Aussitôt on lâche l'iris qui reprend sa situation, et, par l'atropine, on dilate largement la pupille pour s'opposer au retour des adhérences.
Comme les procédés deWecker et deCritchett, la méthode de Passavent expose à des accidents graves et ne s'attaque qu'à la lésion anatomique, résultat et non cause de l'iritis; elle ne peut avoir qu'une action passagère et nullement curative. J. Ghauvel et II, Nimieu.
Bibliographie. — Voy. les Traités d'ophthalmologie, spécialement le t. 11 du Traité de de Wecker et Landolt, p. 7'21-748, et les journaux spéciaux. J. C. et H. N.
IRIS (7m Tourn.). Genre de plantes qui a donné son nom à la fiimille des Iridacées. Ce sont des herbes vivaces, à rhizome horizontal, rameux ou bulbiforme, donnant naissance à des feuilles distiques, ensiformes, et à des tiges aériennes, simples ou rameuses, terminées par une ou plusieurs fleurs; cellesci, ordinairement très-grandes et de couleur bleue, violette ou jaune, sont accompagnées de bractées herbacées ou scarieuses rapprochées en forme de spathe. Elles ont un périanthe simple à six divisions, dont trois extérieures unies en tube, dressées et resserrées à la base, avec le limbe plus ou moins dilaté, étalé ou réfléchi, et trois intérieures plus petites, alternes et dressées. L'androcée est formé de trois étamines épigynes, dressées, ù filets filiformes ou subulés, et à anthères extrorses, superposées aux folioles extérieures du périanthe. L'ovaire, infère et triloculaire, est surmonté d'un style trigone, ordinairement soudé dans sa partie inférieure avec le tube du périanthe et divisé à son sommet en trois branches élargies, pétaloïdes, carénées en dessus, canaliculées ou concaves en dessous, bilabiées avec la lèvre supérieure bifide et l'inférieure courte, émarginée ou entière. Le fruit est une capsule coriace, dont les trois loges renferment chacune de nombreuses graines plus ou moins comprimées et pourvues, sous leurs téguments, souvent épais et spongieux, d'un albumen corné.
468 IRRITABILITE.
Les Iris habitent les régions tempérées de l'hémisphère boréal. On en connaît une centaine d'espèces.
VIris jaune ou Glaïeul des marais (/. pseudo acorus L.) est une espèce
commune en France sur le bord des rivières, des étangs, des marécages. Son
rhizome est émélo-calhartique, mais dangereux. Il en est de même de celui de
'/. fœtidissima L. ou Glaieid puant, qui croît dans les clairières des bois
montneux, dans les buissons des coteaux calcaires.
Mais l'espèce la plus importante est 1'/. florenlina L., ou 7. de Florence, originaire des régions occidentale et australe de la mer Noire et que l'on cultive en grand dans certaines parties de l'Europe. Son rhizome rampant, charnu, articulé, de la grosseur du pouce, renferme une grande quantité d'amidon, un peu de tannin, du mucilage et une résine brune; par distillation avec l'eau, on en retire une matière cristalline, isomérique avec l'acide myristique, C'^H''0\ qu'on appelle camphre d'iris; un peu d'huile essentielle l'accompagne.
Ce rhizome est, à l'état frais, violemment éméto-cathartique. Desséché, il est légèrement purgatif, diurétique et dépuratif, mais d'aucun usage en médecine; il ne sert qu'à fabriquer des pois à cautère {voy. Pois); doué d'une odeur très prononcée de violette, il sert à préparer la Poudre d'iris, trèsemployée comme parfum et cosmétique, et entre dans la préparation des poudres dentifrices.
L7. germanica L., appelé vulgairement Iris ou Flambe, est cultivé fréquemment dans les jardins comme ornemental. Son rhizome a les mêmes propriétés que celui de 1'/. florentina, mais l'odeur de violette qu'il répand est beaucoup plus faible. Ed. Lef.
IRITIS. Voy. Iris {Pathologie).
IRRITABILITÉ. A partir du dix-septième siècle, il n'est peut-être pas un seul essai d'explication générale des phénomènes vitaux qui ne présente une théorie, ou tout au moins quelque notion de l'irritabilité. Dès que Glisson eut écrit le mot, tous virent la chose. C'est qu'en effet celte question est très-étroitement liée au problème même de la vie qui domine toute la physiologie générale.
Les progrès de la biologie ont réduit successivement toutes les propi;iétés de tissus à l'uTitabilité, propriété fondamentale de la matière organisée et vivante, mais on est entraîné plus loin : on veut déterminer les conditions et la nature de l'irritabilité. On rencontre alors la question de savoir si c'est là une propriété absolument irréductible et tenant par conséquent soit à un principe spécial, soit à l'organisation considérée comme quelque chose de particulier et d'indépendant, ou bien si cette propriété ne rentre pas en dernière analyse dans les propriétés physico-chimiques. En d'autres termes, la question se pose des théories vitalistes et de l'organicisme en face delà théorie mécanique de la vie. Ainsi convient-il d'entendre la recherche des conditions et de la nature de l'irritabilité ^
Toutefois, avant d'examiner ces différents points, il importe de voir que tel
' C'est d'ailleurs, ce me semble, de cette seule façon, trés-générale, que peut être étudiée cette question, étant donné la place restreinte réservée à cet article, primitivement conçu, je dois le dire, et écrit il y a six ans, en t882, dans des limites beaucoup plus larges, mais dans lequel il m'a fallu depuis opérer de nombreux retranchements.
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est bien le sens et telle la portée de la question ; c'est ce qui sera facilement reconnu an moyen d'un rapide historique'.
1. Tandis qu'avant Glisson on peut considérer comme extra-naturelles toutes les explications générales des phénomènes vitaux, si on excepte toutefois la théorie mécanique, du reste peu répandue, de Descartes, — à partir du célèbre médecin anglais on voit des explications qui ne se fondent plus sur des principes transcendants. Jusqu'alors la matière organisée et les phénomènes qui s'y passent semblaient être de nature si singulière qu'on ne songeait pas à y appliquer l'analyse. Sans chercher à en déterminer les conditions et à les rattacher à quelques propriétés très-générales (l'explication de celles-ci serait venue à son tour), on les rapportait d'emblée, suivant la métaphysique (ju'on adoptait, soit à l'âme, soit à une âme spéciale, soit à l'âme du monde, c'est-à-dire à quelque chose d'inconnaissable. Et on s'imaginait les avoir compris et les faire comprendre par ce moyen.
Or, dès 1654, Francis Glisson remarqua que les phénomènes vitaux doivent dépendre d'une propriété particulière permettant à l'être vivant de réagir contre les diverses excitations "^ (itta^OHua hepatis... Lond., 1655). Cette idée est beaucoup plus nette dans le Tract, de ventviculo et intestinis . . . , paru en 1677, l'année même de la moi t de Glisson. C'est là que non-seulement Glisson dénomme le premier rirritabilité, mais aussi qu'il l'attribue aux tissus, par exemple, aux fibres du cœur, et qu'il la reconnaît jusque dans les os et dans les liquides du corps. La tendance à expliquer les actes de toutes les parties de l'organisme par une propriété générale, commune à toutes ces parties, est ici bien manifeste.
Mais il ne convient pas moins de remarquer que cette théorie rudimentaire de l'irritabilité est raltacliée par son auteur à une théorie de la matière. Glisson explique en effet l'irritabilité par les trois facultés, perceptive, appûtitive et motrice, qu'il admet dans toute la matière, comme dans toutes les parties des animaux. Les parties vivantes, sous l'influence des impressions, se contractent et se dilatent successivement ; l'aptitude à ces mouvements, c'est ce qui constitue l'irritabilité. Mais le mouvement ne se comprend pas sans tendance vers une fin, c'est-à-dire sans appétition, et la tendance ne serait pas possible, si la fin n'était à quelque degré perçue. Qu'on note ces mots : à quelque degré, car Glisson admet des degrés dans ces facultés et dans leur exercice. Partout il retrouve les trois facultés de perception, appétition et mouvement. Ces facultés ne dépendent pas d'une âme de la nature, mais de propriétés vitales qui appartiennent à la matière. Car c'est un préjugé que de « regarder la matière comme une chose stupide et inerte, un je ne sais quoi tout passif, dont toute la raison d'être est de remplir l'espace » {Traité de la nature énergétique de là substance). Au contraire, « la matière a la vie pour intime et inséparable essence, contient en elle la racine de la vie » [Ibid.).
• Il ne s'a<^it pas de faire ici l'histoire complète de toutes les doctrines de l'irritabilité ; c'est un sujet pour lequel il faut renvoyer à différents articles du Dictionnaire (Médecine, Physiologie, Glissox, Haller, Bichat, Broussais, etc.). Ce que je me propose de donner, et qui d'ailleurs n'a jamais été tait, je crois, c'est une vue d'ensemble de la question, par laquelle sans doute on aura la direction générale de tous les travaux dont les résultats généraux
vont être exposés.
* Voy. l'élude trés-fine et très-précise de M. H. Marion sur la philosophie de Glisson : Franciscus GHssonius quid de nalurx substantta seu vita naturœ senserit (Paris, 1880, thèse pour le doctorat es lettres). La Revue philosophique a publié en français l'étude de M. Marion (n° d'août 1882).
|,;i;' Ces idées semblent être si précises dans l'esprit de celui qui les émet qu'il en
•voit nettement unei'conscquence très-importante au point de vue physiologique, à savoir que la vie, loin de résulter de l'organisation, en rend compte et la produit. « Les organes ne sont que les instruments de la nature : c'est la nature qui les forme, divers dans les divers cas. La nature est donc toute autre chose que l'arrangement des parties intégrantes » {Ibid.).
La doctrine physiologique de Glisson peut donc, ce semble, se ramener à quelques points : la matière, non pas douée de vie, mais qui a la vie pour essence, la vie indépendante de l'organisation et consistant en définitive dans l'irritabihté, l'irritabilité impliquant la pei'ception et l'appétition. On voit que, dès la première théorie de l'irritabilité, cette propriété se présente déjà comme susceptible d'expliquer la vie, mais aussi paraît demander à son tour une explication. Glisson comprend à merveille que, comme l'irritabilité est une cause très-générale, il ne peut chercher à en rendre compte que par des raisons plus générales encore : alors il donne à la matière toutes les propriétés des êtres vivants, et de ceux mêmes chez lesquels la vie trouve sa manifestation la plus parfaite dans les phénomènes dits psychiques. La doctrine physiologique de Glisson est ainsi une doctrine hylozoïste, l'auteur ayant doué la matière de tous les attributs de la vie, y compris les plus élevés, ceux que l'on désigne sous le nom d'attributs de l'esprit. Aussi bien cet hylozoïsme radical était contenu d'avance tout entier dans cette simple proposition que le mouvement implique la tendance vers une fin et qu'il n'y a ])as de tendance, c'est-à-dire d'appétition, vers ce qui ne serait à aucun degré perçu.
Inversement, on peut se demander si le mouvement ne dépend pas de causes purement extérieures et mécaniques et si les mouvements, en apparence spontanés et appropriés à un but, des êtres vivants ne résultent pas de leurs rapports nécessaires avec le milieu environnant et de l'adaptation machinale à leurs conditions d'existence. En même temps, par une analyse poussée jusqu'à ses extrêmes limites, on réduit toutes choses à quelques éléments très-simples et on croit possible de rendre compte des formes les plus compliquées de l'être par les arrangements variés et les combinaisons différentes de la même matière, sans intervention d'une cause finale. Bref, on explique le composé par le simple, et ainsi on fait rentrer les propriétés dites vitales dans les propriétés physicochimiques, et, loin de douer la matière des propriétés de l'esprit, on ramène celles-ci à des mouvements de la substance nerveuse. Tel est le matérialisme absolu. Qu'on observe cependant que la question se pose encore de savoir si ce matérialisme se suffit à lui-même. Ainsi les problèmes que soulève la théorie de l'irritabilité, indiqués déjà par Glisson, ont gardé tout leur intérêt ; il s'y est seulement ajouté d'autres éléments de discussion.
C'est ce que la suite de cet historique montrera. Je laisse ici de côté les intermédiaires, rares d'ailleurs et peu intéressants, qui existent entre Glisson etHal- 1er, pour arriver tout de suite avec Haller à une nouvelle phase de la question.
Haller réalise véritablement un progrès dans cette étude. C'est qu'en effet il commence de déterminer le siège de cette irritabilité que jusqu'alors on attribuait vaguement à toutes les parties des corps vivants. Les expériences par lesquelles il en prouve l'existence dans le tissu musculaire manquent sans doute encore de force et de précision, mais ce sont des expériences, et la voie est ouverte oii la biologie rencontrera la démonstration de l'un de ses principes essentiels. Comme le muscle ne paraît se contracter que sous l'influence du
norf, Haller comprend d'abord qu'il faut établir l'indépendance des deux éléments (voy. Elementa plujsiologue, surtout le tome IV, et Mémoires sur la nature sensible et ^ irritable des parties du corps humain. Lausanne, 1750, trad. fr.). Aussi s attache-t-il à montrer par des expériences diverses que le nerf n'intervient dans le mouvement musculaire qu'à titre d'excitant et que le muscle possède une puissance motrice propre. Généralisant ses reclierches, Haller distingue l'irritabilité que nous appelons contractilité musculaire, de la contraclilité qui est notre élasticité, et de la sensibilité, qui est pour lui la manière de se comporter des nerfs, c'est-à-dire probablement leur pouvoir conducteur. En effet, s'il a vu l'indépendance réciproque du tissu nerveux et du tissu musculaire, il n'a pas signalé la moindre analogie entre la sensibilité et l'irritabilité. Cela tient ù ce qu'il a confondu dans le muscle l'irritabilité et la contractilité. Donnant à celle-là le nom de celle-ci {H;ec ris coutractilis irritabilitas dicta est, écrit Haller), il se mit dans l'impossibilité d'étendre à tous les tissus cette propriété fondamentale de réaction qu'il avait recbercbée et constatée dans le muscle comme un pouvoir propre, alors qu'il aurait dû faire de la contractilité simplement une manifestation spéciale de l'irritabilité.
Aussi la question ne garde-t-elle guère cbez lui de la portée pbilosopbique qu'elle avajt chez Glisson, et ce qu'elle gagne en précision, elle le perd en éten- ■ due. Mais l'analyse à laquelle Haller avait soumis le tissu musculaire resta néanmoins comme une sorte de démonstration générale. La preuve en est qu'à la suite de ses expériences sur l'action des divers excitants dans leurs rapports avec les organes peu à peu le sens du mot s'agrandit et vint à désigner la faculté primordiale, en vertu de laquelle toutes les propriétés vitales peuvent être mises en jeu par un stimulant.
C'est cette opinion que la doctrine de Broussais sur l'irritabilité exprimera fortement. Cependant, avant que Broussais fît de l'irritabilité la faculté essentielle de la substance organisée, revenant ainsi à la théorie de Glisson, que celui-ci d'ailleurs avait établie seulement, comme on l'a vu, sur des considérations à priori, Bichat avait repris l'œuvre analytique de Haller, la réduction des phénomènes vitaux à des propriétés spéciales.
La doctrine de Bichat repose sur un principe fondamental, l'opposition complète qu'il admettait entre les êtres organisés et les êtres inorganiques : c'est là sans contredit le sens du début si souvent cité de ÏAnatomie générale (t. I, p. 1). Mais ce n'est pas dans cette idée qu'il convient de voir l'originalité de Bichat. De tout temps on avait cru généralement à l'antagonisme de la matière vivante et de la matière brute. Qu'on place en effet vis-à-vis de l'antique atomisme d'Epicure et des doctrines hylozoïstes, c'est-à-dire vis-à-vis des systèmes qui cherchent à établir l'unité radicale de la matière et de ses propriétés essentielles, toutes les théories qui considèrent la vie comme produite et dirigée par un principe immatériel, depuis celles d'Hippocrate, de Platon, d'Aristote, jusqu'à celle de Stahl, en passant par la scolastique, puis par la médecine du seizième siècle, et on reconnaîtra qu'au fond de ces théories il y a l'idée de l'antagonisme des phénomènes vitaux avec les phénomènes physiques. Mais Bichat, sous l'influence peut-être des conceptions de l'Ecole de Montpellier, simplifiant encore le vitalisme de l'Ecole, comprit qu'on ne saurait chercher la cause des phénomènes qui se passent dans la matière vivante ailleurs que dans les propriétés de cette matière même. Alors, il s'attacha à découvrir et à classer
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ces propriétés. Encore qu'il n'en ait pas nettement décrit les caractères et qu'il en ait augmenté le nombre presque sans mesure, son œuvre fut très-utile.
En reprenant l'étude de l'irritabilité hallérienne, sans doute il distingua trop profondément entre les difféi'ents degrés de la contractilité, à ce point qu'il y vit des propriétés différentes; et il fit de même pour la sensibilité. Mais cette analyse excessive n'est cependant pas sans offrir un bon côté. C'est comme une étape de la science. Car Bicbat, par cela qu'il cberche la raison immédiate des l)hénomènes vitaux dans les propriétés des tissus, établit le premier fondement de la métbode physiologique et montre en même temps que le principe unique par lequel, avant lui, on tentait d'expliquer les actions vitales, les archées de van Helniont, Vâme de Stahl, le principe vital de Barthez, n'est qu'une abstraction. Aussi voit-il la nécessité de classer les faits. Dès lors il arriva à la biologie ce qui s'est passé dans la science en général.
A l'origine, les physiologues essaient de rendre compte de toutes les existences par un principe unique; ainsi avaient fait les premiers philosophes de la Grèce. Puis, après que les sciences abstraites, comme les matliématiques, se sont formées, chacune des sciences de la nature se constitue lentement, au prix d'efforts répétés, en se réservant un ensemble de faits explicables par une propriété générale de la matière, la pesanteur, la chaleur, la lumière, etc. Une troisième étape reste à parcourir; il faut montrer que ces propriétés ne diffèrent pas en réalité les unes des autrea. Alors se produit la théorie de l'unité des • forces physiques. Mais on conçoit qu'une telle théorie n'est possible qu'après l'étude distincte des propriétés en apparence spéciales et irréductibles de la matière, car c'est seulement après cette étude qu'on peut instituer la comparaison de laquelle proviendra la réduction à l'unité.
Il n'en va pas autrement pour la biologie. Les phénomènes vitaux qu'on expliquait par un principe unique et supérieur, Bichat les rattache à des propriétés particulières de la matière dans laquelle ils s'accomplissent. Mais il ne fait celte analyse qu'au moyen de l'observation et de la description; il lui suffit que des phénomènes organiques se montrent réunis par quelques rapports et séparés des autres par quelques caractères bien apparents et, ce semble aussi, par leur but, pour qu'il en forme une classe qui dénote l'existence d'une propriété spéciale. Ainsi ont longtemps procédé les psychologues qui observaient les faits de l'âme et les classaient suivant leur nature et leur but, les rapportant ensuite à des facultés^ pour les expliquer. L'analyse à laquelle Bichat s'est livré est donc descriptive et non explicative, et les propriétés vitales qu'il a imaginées sont un nom plutôt qu'une raison des phénomènes. Le grand anatomiste, qui loue Stahl d'avoir senti « la discordance des lois physiques avec les fonctions des animaux : c'était, ajoute-t-il, le premier pas pour la découverte des lois vitales » {Anatomie générale, t. I, p. 5), ne s'est pas aperçu que c'était là seulement un premier pas pour la découverte des faits, parce qu'on en pouvait distinguer ainsi chaque groupe avec quelques-uns de ses caractères propres et pour ainsi dire dans sa forme, mais non pour la découverte des lois. Après celte description il était besoin d'une analyse réelle et de pénétrer la nature intime des phénomènes que Bichat croyait irréductibles. Il restait à faire voir que les différences entre ces phénomènes sont dues seulement à la différenciation des fonctions organiques, et qu'au fond l'identité des tissus et des propriétés est essentielle. C'est ce que fera Broussais en montrant que toutes les propriétés vitales se ramènent à l'irritabilité. C'est surtout ce que fera Cl. Ber-
narJ en appliquant à la théorie de l'irritabilité l'expérimentation et en réduisant l'irritabilité elle-même, c'est-à-dire la matière vivante avec toutes ses propriétés, à des phénomènes physico -chimiques. Tous deux sont ù certains égards les continuateurs de Bichat dont l'œuvre garde son importance.
Broussais, dès sa thèse sur la fièvre hectique (Paris, an XI), cliercha à ramener les maladies aux fonctions des organes, combattant avec force la doctrine des fièvres essentielles. Par la suite, portant cet esprit dans l'élude de toutes les questions médicales et généralisant ses observations, il fut amené à considérer comme la propriété vitale essentielle la faculté de réaction des organes contre les agents stimulants qui sans cesse font impression sur eux. II est difficile de s'exprimer à ce sujet plus clairement que l'auteur du fameux livre : De l'irritation et de la folie; à certaines expressions, on dirait déjà Claude Bernard : « On exprime, dit Broussais, par le mot irritabilité la faculté que les tissus possèdent de se mouvoir par le contact d'un corps étranger, ce qui fait dire que les tissus ont senti ce contact... La sensibilité est la conséquence de l'irritabilité, tandis que l'irritabilité n'est pas la conséquence de la sensibilité; en d'autres termes, il faut être irritable pour être sensible... On voit que l'irritabilité est commune à tous les êtres vivants, depuis le végétal jusqu'à l'homme, et qu'elle est continue, tandis que la sensibilité est une faculté propre à certains animaux, qu'elle n'est pas continue, et qu'elle ne se manifeste que sous des conditions déterminées. Ces conditions sont l'existence d'un appareil nerveux, muni d'un centre, c'est-à-dire d'un cerveau, et un état particulier de cet appareil » (De V irritation et de la folie ^ t. I, p. 5, 4). Qu'on lise encore l'excellente critique d'une des principales propriétés admises par Bichat, la sensibilité organique, et on verra comment sous une analyse plus approfondie s'est réduit le nombre des propriétés vitales [Ibid., p. 5). Si l'irritabilité est la soûle propriété de tous les tissus, c'est que ceux-ci, tant qu'ils vivent, sont continuellement excités. Broussais, à la vérité, attribue à tous les corps une activité primitive, mais sur la nature et la cause de laquelle il ne s'explique pour ainsi dire pas (Ibidem; voy. surtout p. 242 et 243). Abstraction faite de cette activité première qui existe dans les corps vivants comme dans le reste des êtres, la vie semble résulter pour Broussais de l'irritation qu'il entend d'une façon très-simple et point du tout métaphysique : « L'irritation, dit-il, suppose : 1** des corps vivants qui peuvent agir plus qu'à l'ordinaire dans un temps donné; 2'^ des corps ou des objets vivants ou non vivants qui leur font éprouver ce surcroît d'action » [Ibid., p. 2, en note). Aussi admet-il le principe de la doctrine de Brown, à savoir que la vie ne s'entretient que par l'excitation et que vivre n'est autre chose qu'être excité (Ibid., p. 45). Et l'idée qu'il se fait des excitants et de leur rôle est très-précise : il y a, dit-il, trois ordres de puissances stimulantes ou excitantes : les corps extérieurs, excitation convergente ; l'intluence du cerveau sur les tissus, excitation divergente, et les influences des organes les uns sur les autres (Ihid., p. o9). L'action de tous ces excitants est identique sur toutes les parties de l'organisme et éveille dans tous les tissus une même propriété de réponse, l'irritabilité, dont les deux principales formes sont la contractilité et la sensibilité. Mais Broussais n'a pas poussé plus loin l'analyse.
C'était l'œuvre réservée à Cl. Bernard. Dans l'intervalle de temps qui sépare ces deux grands hommes, les sciences biologiques, se développant extraordinairement, s'étaient enrichies des descriptions exactes d'un grand nombre de phénomènes. Le travail de généralisation de Bernard fut particulièrement facilité
par les recherches sagaces et minutieuses des histologistes allemands. L'un d'eux, Virchow, ouvrit d'ailleurs la voie à ces généralisations mêmes.
Pour Virchow, comme pour Broussais, l'activité vitale ne tient pas à une cause innée, immanente et entièrement contenue dans l'élément vivant, mais elle dépend d'une excitation, qu'il appelle, lui aussi, irritation. Celle-ci consiste en une altération passive de l'élément vivant, produite par une influence étrangère susceptible de troubler son arrangement interne; à la suite de cette modification passive se développe un processus actif {Pathologie cellulaire, trad. l'ranç., p. 526). De là la définition que donne Virchow de l'iriitabilité : c'est « la propriété des corps vivants qui les rend susceptibles de passer à l'état d'activité sous l'influence des irritants, c'est-à-dire des agents extérieurs. » Cette activité prend trois formes différentes, fonctionnelle, nutritive ou formatrice. Mais celte propriété est-elle expliquée dans son essence même par le savant allemand? Ou bien la considère-t-il comme caractérisée suffisamment par l'épithète vitale? Il y ^a assurément une idée féconde dans cette opinion, que l'irritant détermine d'abord un trouble dans V arrangement interne du corps vivant. Mais l'irritabilité provient-elle de cette altération, sans doute physico-chimique? C'est ce que Vircliow ne dit pas. On trouve encore à la vérité, au chapitre xv de la Pathologie cellulaire, une assertion qui, si l'auteur avait suivi le sens de l'idée qu'elle contient, le conduisait à une explication chimique de l'irrilabilité, « La plus petite excitation périphérique ou centrale, écrit Virchow, apporte une certaine modification dans la composition intime d'une cellule nerveuse » (p. 3il). Ne peut-on légitimement ajouter ; de toute cellule, et croire que cette modification consiste en un phénomène chimique? Mais ce n'est là, ce semble, dans la Pathologie cellulaire, qu'une vue fugitive.
Enfin, Cl. Bernard donne à la théorie de l'irritabilité sa forme la plus achevée, du moins jusqu'à présent. Quoi d'étonnant, puisqu'il joignit dans cette étude, comme dans la plupart de ses travaux, l'exactitude et la force de l'analyse à la puissance généralisatrice? D'une part, en effet, reprenant l'œuvre incomplète de Haller et de Bichat, il applique l'expérience la plus précise à la recherche des fiicultés essentielles des tissus, considérées en elles-mêmes et comme ne dépendant que de leur substratum matériel; mais cette recherche, parce qu'il voit nettement les rapports que peuvent présenter entre eux les phénomènes, le conduit vite jusqu'aux idées de Broussais; et, de même que l'histologie avait déjà découvert au fond de tous les éléments anatomiques une seule substance primordiale, qui est le protoplasma, de même entre ses mains la physiologie montre l'existence dans tout protoplasma d'une propriété fondamentale, qui est l'irritabilité. D'autre part, rappelant Glisson pour l'ampleur des conceptions, il tente d'expliquer la nature de l'irritabilité.
Ici son originalité fut grande. Cl. Bernard aperçoit et établit une étroite relation entre la doctrine des propriétés vitales et le mécanisme cartésien. C'est que, tout en maintenant le principe de la doctrine de Bichat, c'est-à-dire en définitive le principe même de la méthode expérimentale, en vertu duquel il faut d'abord étudier les phénomènes vitaux, comme tous autres phénomènes, non pas seulement par rapport à la matière qui compose les êtres où ils se produisent, mais aussi sous leur forme propre, qui constitue leur caractère particulier vis-à vis de la multitude des autres faits, — il comprend que les propriétés par lesquelles on les explique ne peuvent être considérées comme des pouvoirs mystérieux, ayant en eux-mêmes leur raison d'être, mais qu'il faut,
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pour en rendre vraiment com|)te, les ramener à des conditions physicochimiques. Et ainsi il s'attache à montrer que l'irritabilité rentre dans le fait général de la réaction de toute molécule matérielle à un choc extérieur. Cette idée n'apparaît que comme une conséquence logique de sa théorie de la vie, puisque pour lui la vie n'est l'œuvre ni de la [matière, ni de l'esprit, mais du conflit nécessaire entre des conditions organiques préétablies et des conditions physico-chimiques déterminées, entre l'organisme et les conditions physicochimiques ambiantes [voy. les Leçons sur les phénomènes de la vie communs aux animaux et aux végétaux). Or la matière organisée, comme toute ;iutre espèce de matière, est inerte par elle-même, c'est-à-dire dépourvue de toute spontanéité : par conséquent elle ne manifesterait jamais ses propriétés, si le milieu qui l'entoure ne lui en donnait l'occasion par le moven d'irritants spéciaux qui constituent des conditions extérieures à la partie excitée. Il importe ici de laisser parler Cl. Bernard lui-même : « L'irritabilité, dit-il, est la propriété de l'élément vivant d'agir suivant sa nature sous une provocation étrangère. Avant tout chaque tissu réagit à l'excitation du milieu extérieur, eau, air, chaleur, aliment, en opérant les échanges qui constituent la nutrition. C'est là ce que l'on a appelé V irritabilité nutritive ou propriété de réagir à la stimulation alimentaire du milieu ambiant en s'en nourrissant. En outre, chaque élément a la possibilité de manifester ses propriétés particulières, de se comporter d'une manière spéciale, caractéiisti(jue; la fibre musculaire réagit en se contractant, la fibre nerveuse en conduisant l'ébranlement qu'elle a reçu, la •cellule glandulaire en élaborant et en évacuant un produit spécial de sécrétion, le cil vibratile en s'infléchissant et se redressant alternativement, le "lobule sanguin en attirant l'oxygène, le grain de chlorophylle en décomposant l'acide carbonique. Ce sont toutes ces facultés que l'on a appelées du nom générique iX irritabilité fonctionnelle. Mais toutes ces manifestations particulières sont dominées par une condition générale; elles sont les modes divers d'une faculté unique, l'irritabilité simple. Il n'est pas nécessaire selon nous de distinguer une irritabilité nutritive et une irritabilité fonctionnelle; encore moins faut-il établir des distinctions dans chacune de ces propriétés, comme l'a fait Virchow. C'est au fond la même propriété essentielle qui caractérise les rapports entre la substance organisée et vivante ou protoplasma d'une part, et le milieu extérieur d'autre part; la faculté la plus simple et la plus générale de la vie dans les animaux comme dans les plantes, l'irritabilité... » [Leçons sur les phénomènes de la vie communs aux animaux et aux végétaux, t. I, p. 248-250).
Ces idées de Cl. Bernard ont été généralement adoptées par les physiologistes contemporains. Cette théorie a pourtant trouvé en Cli Robin un adversaire acharné. Le savant professeur, qui rejette d'abord avec beaucoup de vivacité la signification à la fois large et précise à laquelle la notion d'irritabilité, comme on vient de le voir, est peu à peu arrivée, de Glisson à Cl. Bernard, réduit ce mot à désigner seulement « certains modes des manifestations de l'innervation » [voy. l'article Biologie, p. 481). On n'exprime par là qu'un degré de suractivité de la névrilité dans telle ou telle partie du système nerveux [Anatomie et physiologie cellulaires, p. 627). Dès lors Robin ne voit plus qu'un état pathologique dans ce qui passe pour la propriété physiologique fondamentale. Il importe au plus haut point, on le comprend, de se demander si l'irritabilité doit effectivement cesser d'êire considérée comme une propriété distincte, immanente à tout élément d'un organisme vivant.
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La grande raison que Robin invoque contre l'existence de cette faculté, qu'il a exprimée ou qui est sous-enlendue en plusieurs endroits de son important ouvrage, Anaiomie et physiologie cellulaires, et qu'on trouve d'ailleurs émise dans ce Dictionnaire, aux articles Biologie et Blastème, — c'tst qu'en dehors des propriétés, élémentaires d'après lui, « de nutrition, de développement, de génération, de conlractililé et d'innervation », il n'y a pas d'actes physiologiques, si ce n'est la manifestation simultanée de deux ou plusieurs de ces propriétés. On peut voir en effet en exercice quelqu'une de ces propriétés indépendamment de toutes les autres : en serait-il de même, si l'irritabilité était une qualité plus générale et commune à toutes? D'autre part, on peut faire disparaître expérimentalement une quelconque deces propriétés, et jamais l'irritabilité ne persistera. Robin conclut que la notion d'irritabilité n'est qu'une conception subjective, (( une conception ontologique, une entité... En dehors des propriétés élémentaires il n'y a rien, absolument rien » {Anat. et physiol. celL, p. 624). On trouvera à l'article Blastème la même idée exprimée en des termes plus saisissants encore : « Mettre l'irritation comme chose commune au-dessus des propriétés végétatives et animales et dont celles-ci ont besoin pour se manifester, revient donc simplement à donner à la substance organisée la propriété d'avoir des propriétés de nutrition, de développement, de génération, et d'avoir en outre sur quelques espèces d'éléments les propriétés de contractilité et d innervation. »
L'argument dont ces paroles constituent la conclusion est-il aussi triomphant qu'on le pourrait croire? Ne tombe-t-il pas, au contraire, tout entier, si on remarque que les propriétés vitales, distinguées par Robin, sont simplement les formes d'une qualité propre à toute substance vivante, l'irritabilité? On ne nie pas que, par exemple, la contractilité disparue, l'irritabilité disparaisse aussi du même coup. Mais n'est-ce pas parce que la forme spéciale de l'irritabilité du muscle consiste justement dans la contractilité? S'il y a ici une entité, « une conception subjective », c'est la contractilité et non l'irritabilité, qui est cette conception. Qu'est-ce en effet que la contractilité, sinon un pur mot, expression d'un fait? Une substance contractile n'est pas tant une substance douée de contractilité qu'une substance qui peut se contracter. Or une contraction est-elle autre chose qu'un mouvement? La véritable question est de savoir pourquoi le tissu musculaire est susceptible de se mouvoir. Ou répond que ces phénomènes de mouvement tiennent à son irritabilité, c'est-à-dire à sa capacité de réagir contre diverses excitations. Ici seulement apparaît un pouvoir particulier, une propriété; on n'a plusaffoire à un simple nom. En déclarant que le muscle, comme tout élément vivant, est irritable, on ne veut donc pas dire que le tissu musculaire est en même temps et sous le même rapport irritable et contractile, mais qu'il est contractile parce qu'il est irritable. L'irritabilité est une faculté très-générale qui se montre dès la première et plus faible marque d'organisation. Ainsi le protoplasma indistinct qui constitue les êtres les plus inférieurs réagit de la même manière sous l'intluence des divers excitants, par des mouvements confus de toute sa masse; on observe les mêmes mouvements quand il vient à entourer quelque corps dont il se nourrit. Ce corps, d'ailleurs, est aussi un excitant ou un irritant du protoplasma; de telle sorte qu'il est difficile de décider si, à la base de la vie, la nutrition est la condition de l'irritabilité ou l'irritabilité la condition de la nutrition. Présomption singulière en faveur de la profonde identité des propriétés vitales 1 C'est seulement quand la
substance vivante commence de s'organiser en des êtres de plus en plus perfectionnés, c'est-à-dire compliqués, c'est seulement quand par l'effet de la division du travail apparaissent des fonctions différenciées, que les propriétés vitales se séparent les unes des autres. Alors le même élément ne remplit plus indifféremment toutes les fonctions, mais celles-ci, à mesure qu'elles deviennent plus précises, se répartissent entre des tissus qui par cela même se constituent comme des organes particuliers. Sans doute Robin conteste jusqu'à un certain point la loi de la division du travail et nie que la fonction précède l'organe [Anat. et physiol. celL, passim). Il n'est pas possible d'instituer ici une discussion à ce sujet. D'ailleurs, quelque opinion que l'on adopte dans ces deux questions, les observations qui viennent d'être présentées ne conservent-elles pas toute leur valeur? Peut-on douter de l'existence dans tout protoplasma d'une propriété très-générale de réaction contre les impressions extérieures et de laquelle semblent résulter les mouvements variés des êtres inférieurs? Chez les êtres très-complexes, cette irritabilité prend suivant les tissus des formes spéciales, mais ce n'est que grâce à une abstraction que l'on considérerait comme des propriétés distinctes ces modalités d'une même propriété fondamentale.
Ainsi les propriétés fonctionnelles des divers tissus ne sont rien en soi, n'exprimant pas autre chose, les unes comme les autres, qu'un fait donné, un mécanisme particulier, qui constitue la façon propre de réagir de tel ou tel élément anatomique aux différents excitants. Quant à ce pouvoir de réaction, c'est la propriété très-générale de la matière vivante, c'est l'irritabilité.
Aussi bien le désaccord qui paraît exister entre cette conception et les idées de Robin n'est peut-être pas aussi profond qu'on le croirait d'abord; Robin luimême se charge de l'atténuer. D'une part, en effet, il estime que les propriétés vitales dépendent de l'organisation, et, d'autre part, que la vie n'existe que lorsque se trouvent réunies et les conditions relatives à la constitution intime des éléments anatomiques et celles relatives à la composition du milieu où résident ces éléments (voy. Anatomie et physiologie cellulaires, passim, et plus particulièrement p. 19, 25. 26, 012). Or l'état d'organisation ne consiste, pour Robin, que dans un certain mode « d'union moléculaire en proportions différentes de principes immédiats, tant coagulables que cristallisables, d'origine organique et d'origine minérale, associés ainsi en un tout de petites dimensions temporairement indissolubles, bien que d'une faible stabilité, chimiquement parlant » {Anatomie et physiologie cellulaires, p. 19). Mais, si l'organisation est effectivement « un certain mode d'association moléculaire », ce n'est pas dans les molécules associées que se trouve le caractère pour ainsi dire spécifique de cet état singulier de la matière, la chimie n'y saisit rien de spécial. Alors on aboutit à ce dilemme : ou bien cette association se fait mécaniquement, et les propriétés qui en résultent rentrent dans les propriétés ordinaires de la matière; ou bien elle se produit sous l'influence d'une idée directrice, de quelque principe en dehors des éléments composants de l'association. Cette seconde hypothèse n'est point pour séduire Ch. Robin. Reste donc qu'il n'existe dans la matière organisée, comme dans toute espèce de matière, que des propriétés physico-chimiques, seulement plus complexes à cause de cette complexité même des arrangements moléculaires que Robin, tout le premier, s'est plu souvent à signaler avec une si forte précision.
Cette dernière solution, aussi bien, reçoit une confirmation remarquable de
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deux précieuses assertions de Robin : la première de ces assertions, c'est que l'idée de la spontanéité d'action des corps est une pure abstraction et que le maintien de l'état d'organisation dans les éléments d'un corps vivant et le maintien de ces éléments dans un milieu convenable, c'est-à-dire en rapport avec leur constitution, font seuls leur aptitude à manifester les propriétés dites vitales [Anatomie et physiologie cellulaires, p. 614). — La seconde de ces assertions, c'est que la manifestation de ces propriétés est toujours subordonnée à des relations moléculaires ou corporelles de la substance organisée avec le milieu ambiant, soit extérieur, soit intérieur, comme le sang {voy. l'article Biologie, p. 472). Mais, étant donné cette absence de spontanéité, s'il y a toutefois cette relation incessante entre les éléments vivants et les corps extérieurs, il faut bien que ces éléments possèdent la propriété de recevoir, de sentir les impressions du milieu ambiant et d'y répondre. Et c'est là justement ce qu'on appelle irritabilité.
A la vérité, Ch. Robin a raison, en un certain sens, de tenir au nom de propriétés vitales. Ces mots expriment une forme spéciale de phénomènes manifestés par la matière, grâce à une disposition particulière de ses molécules. C'est pourquoi on ne peut trouver la connaissance exacte et la véritable raison d'être des phénomènes organiques que par des observations approfondies sur les arrangements divers de la substance organisée et par des expériences directes et précises sur le mode d'accomplissement des actions physiologiques. Sans doute, en dernière analyse, il n'y a là pas autre chose que des phénomènes physico-chimiques, de même qu'il n'y a dans la matière organisée aucun élément de nature spéciale. Une différence, non pas réelle, mais formelle, n'en subsiste pas moins entre les propriétés vitales et les propriétés physico-chimiques ordinaires ; et c'est à bon droit qu'on veut l'exprimer. On peut même accorder que celte différence dépend de cet état particulier de ta matière qui est l'organisation, à condition qu'on n'érige pas celle-ci eu un principe producteur des phénomènes. Car il convient de se garder soigneusement de l'organicisme de l'ancienne Ecole de Paris, qui éleva la tautologie à la hauteur d'un principe. On demande d'expliquer les propriétés vitales : l'organicisme invoque l'organisation, mais alors il faut expliquer l'organisation; et c'est ce que le système ne faisait point.
De tout ce qui précède on peut conclure que l'étude de l'irritabilité a jusqu'à présent passé par trois phases. Dans la première, Glisson, frappé du rôle des mouvements accomplis par toutes les parties des animaux sous l'intluence des impressions extérieures, mouvements coordonnés ou associés en vue d'un but, rapporte cette faculté à une propriété de leur matière constitutive. C'est cette faculté qu'il appelle irritabilité et qu'il explique, par une conception tout de suite très-hardie, en la rattachant aux facultés qui servent à rendre compte chez l'homme et chez les animaux supérieurs des phénomènes les plus compliqués de la vie mentale, à la conscience et à la volonté. Ainsi le côté physiologique de la question disparaît très-vite derrière le côté philosophique.
Dans une deuxième période qui s'étend jusqu'à Bichat, l'analyse, déjà sur quelques points expérimentale, s'applique au fait découvert par Glisson. Haller et Bichat voient la nécessité de décrire et de classer les diverses propriétés vitales, c'est-à-dire en définitive de réunir tous les phénomènes organiques, et de les ranger en groupes avant de les expliquer.
Ce travail de réduction des fonctions organiques à l'unité, à une seule qua-
Iité de la matière dans laquelle elles s'accomplissent, continué et même achevé par Broussais, est parfait par CI. Bernard. Ce dernier non-seulement rapporte les phénomènes physiologiques à la seule irritabilité, dont toutes les propriétés vitales ne sont que des modes, mais encore s'efforce d'expliquer l'irritabilité. Comme, d'après lui, il n'y a en jeu dans la matière organisée que des forces physico-chimiques, l'irritabilité devient, pour ainsi parler, la forme organique de l'inertie. On voit donc avec la théorie de Cl. Bernard reparaître dans toute sa netteté le rapport que Glisson avait aperçu entre la question de l'irritabilité et le problème de la vie. Et nécessairement la solution à laquelle mène une analyse radicale se dresse : on fait rentrer la vie et les propriétés vitales dans les lois ordinaires de la matière, mais ou bien on n'ajoute rien à ces lois que la structure et la composition spéciales que prennent dans la substance organisée les éléments de la matière ; ou bien on met dans la matière toutes les qualités attribuées à ce que l'on appelle l'esprit'. Dans les deux cas la conception scientifique de la vie aboutit à une doctrine qui ne trouve au fond de tous les phénomènes qu'un principe unique, à une doctrine monhie. — Claude Bernard n'a pas été tenté par l'hylozoïsme radical de Glisson. Et cependant il n'a pas voulu ou n'a pas osé aller jusqu'au matérialisme absolu. Sous l'irritabilité, au plus profond des actions vitales, pour expliquer le sens dans lequel celles-ci se développent, il a cru saisir l'influence d'une idée qu'il a nommée directrice. Ici l'esprit fait son appai'ition dans la matière, sans pourtant rien changer à ses lois, sur ce point Cl. Bernard n'a jamais varié; il ne donnerait que le sens de leur action. Mais cette manière de voir aboutit en somme à une doctrine dualiste, on le comprend aisément et je le montrerai plus loin.
II. De ces considérations historiques et critiques sort sans doute une signification suffisamment précise de l'irritabilité. 11 faut maintenant justifier ces considérations par l'examen de quelques faits essentiels de physiologie générale.
Etant admis que la vie existe avec ses caractères essentiels aussi bien chez les êtres les plus inférieurs, monocellulaires ou même réduits à un simple protoplasma amorphe, que chez les êtres dont la structure est compliquée et dont les fonctions sont différenciées, il faut rechercher si l'irritabilité, d'où dépendent toutes les propriétés vitales, est une propriété spéciale s'exerçant spontanément, ou si au contraire elle n'entre en jeu que sous l'influence d'une excitation extérieure. De là deux questions à résoudre : il s'agit de savoir d'abord si on observe quelque marque de spontanéité dans la substance organisée vivante, puis si la réaction de cette substance est toujours égale à l'action reçue. Que si ces deux questions sont résolues, la première négativement, la seconde affirmativement, par cela même la notion de l'irritabilité, telle qu'elle a été présentée dans les pages ci-dessus, sera démontrée réelle. Car, s'il est dépourvu de toute spontanéité, comme cependant il se meut, comme il agit, il est nécessaire que l'élé-
* .4u commencement de ce siècle — le fait étonnera peut-être bien des gens qui tiennent encore ce médecin philosophe pour un pur matérialiste — , Cabanis, dans son fajneux livre, Rapports du physique et du moral de l'homme, eut l'idée nette de la nécessité logique de ces deux solutions et tendit vers la solution hylozoïste (voy. surtout le Dixième mémoire, p. 472, 491, 492 et passim, dans la Lettre sur les causes premières, qui n'est pas toute, quoi qu'on en ait dit, en contradiction avec la doctrine générale de Cabanis, mais où se trouvent en particulier développées, sur le point dont il s'agit, certaines des idées émises déjà dans le dixième mémoire [Rapp. du phys. etdumoral, 8' édit., Paris, 1844]). Je notais que signaler ce point des doctrines de Cabanis, celui-ci s'étant fort peu occupé de la question même de l'irritabilité, dont il ne semble pas d'ailleurs avoir vu l'importance.
ment vivant puisse recevoir et transformer le mouvement que les corps extérieurs lui communiquent. Les modalités diverses en lesquelles il le traduit supposent toutes une indispensable faculté première et n'en sont que les expressions en rapport avec de certaines différenciations structurales qu'il a éprouvées. Un nerf ne manifeste point son irritabilité de la même façon qu'un muscle. Il résultera que l'irritabilité ne tient pas à quelque principe de nature spéciale, en dehors des lois ordinaires de la matière. Toutefois il importera encore de faire voir qu'elle ne dépend pas davantage de l'organisation considérée comme un quid proprium. Il ne restera plus alors qu'à essayer, si possible, démontrer de quelle manière elle peut se rattacher aux forces physico-chimiques.
1" En pratique rien ne semble plus aisé que de distinguer les corps vivants des corps bruts; et, qu'on le remarque, cette différence qu'on établit comme instinctivement se fonde surtout, sinon exclusivement, sur la spontanéité d'action attribuée aux premiers, tandis que les autres paraissent ne pouvoir être mus que sous une influence étrangère.
S'il y a là quelque chose de réel, une « différence spécifique », ce caractère doit d'abord se rencontrer dans la substance que tous les biologistes s'accordent aujourd'hui à considérer comme constitutive des éléments vivants, le protoplasma. C'est bien ce que Engelmann, par exemple, a compris, qui attribue au protoplasma la faculté d'engendrer lui-même le mouvement, « l'automatisme », comme il dit [Protoplasmahewequng. In Hermanns Handbuch der PhysioL, t. I, 1879).
Or il est à peine besoin de rappeler que dans le protoplasma, qui ne présente qu'une union complexe de corps inorganiques et organiques et qui n'offre aucune forme déterminée, se passent de nombreux mouvements; tous se produisent sous l'influence d'excitants variés dont l'action est aujourd'hui si bien connue qu'il est absolument inutile d'en parler ici : excitants mécaniques, physiques ou chimiques, comme la pression, la chale\u\ la lumière. l'électricité, l'eau, diverses substances, au premier rang desquelles il faut placer l'oxygène, etcj Et, chose remarquable, tous ces excitants se comportent à l'égard du protoplasma comme à l'égard des tissus perfectionnés sur lesquels ils agissent, et les réactions du protoplasma se font, d'une manière générale, sous les mêmes conditions et suivant les mêmes lois que les réactions des tissus différenciés.
Ainsi la vie du protoplasma paraît dépendante de l'action sur sa substance de ces divers stimulants. Robin, à la vérité, prétend qu'il n'est point logique de donner le nom d'irritants aux conditions d'existence et d'activité d'un organisme et de ses parties constituantes [Anatomie et physiologie cellulaires, p. 619). N'est-il pas clair pourtant que, si le milieu était immuable, les corps vivants ne pourraient manifester leur puissance interne et latente de mouvement? En fait, on ne les voit jamais entrer en activité sans qu'il y ait eu quelque variation du milieu extérieur ou intérieur dans lequel ils se trouvent. Ce sont ces variations qui amènent des changements d'état dans la matière organisée. Et ainsi la vie résulte du conflit qui s'établit entre celle-ci et son milieu, grâce à l'irritabilité.
Mais le protoplasma se comporte toujours de même, qu'il soit libre ou captif, c'est-à-dire pourvu d'une membrane d'enveloppe, parvenu à l'état cellulaire. Il y a là une singulière présomption en faveur de la similitude des phénomènes physiologiques chez tous les êtres. De ce que tous les tissus se ramènent en définitive à des cellules dont un protoplasma identique, sauf quelques diffé-
rences dans la composition chimique, constitue la substance, et, comme on ne trouve pas de marque de spontanéité dans les actions cellulaires, qui se font toutes sous des influences du milieu ambiant, on peut au moins supposer que l'identité morphologique entraîne l'identité fonctionnelle.
Cette supposition prend d'autant plus de valeur que la théorie de la division du travail est aujourd'hui solidement établie. Les différences d'activité fonctionnelle, qui séparent les êtres vivants supérieurs des inférieurs, ne sont point des différences de nature, mais de degré, et Milne Edwards a prouvé depuis longtemps qu'elles tiennent à ce que la division du travail se produit à divers degrés dans les organismes. La même masse de protoplasma pourvoit à toutes les fonctions chez les êtres inférieurs; elle est successivement organe de nutrition, de mouvement, de reproduction. La différenciation morphologique et fonctionnelle se produit progressivement et se complique peu à peu.
11 est par suite facile de comprendre pourquoi chez les êtres supérieurs les tissus autres que le tissu musculaire ne répondent pas aux excitants par des réactions motrices. En vertu de la loi de la division du travail, le mouvement s'est localisé dans le système musculaire. Sans doute les échanges nutritifs ne sont plus assez rapides ou assez intenses dans les éléments des autres tissus pour amener des effets mécaniques apparents; ces éléments gardent par devers leur protoplasma, dans son intimité, la force qui leur est communiquée par les aliments, et leur action, par suite de la différenciation fonctionnelle, donne lieu à des phénomènes de sécrétion ou de prolifération, par exemple. Mais au fond toutes les activités cellulaires sont réductibles au mouvement mécanique proprement dit. C'est ainsi, pour prendre un exemple, que iM. Ranvier considère avec raison les glandes comme des organes spéciaux de niouviuient.
Mais, si les êtres inférieurs ne sontnullement indépendants du milieu cosmique, en est-il de même des êtres supérieurs? 11 se peut qu'avec la complication des phénomènes vitaux apparaissent des propriétés nouvelles, irréductibles. Sans doute la prétendue spontanéité des corps organisés vivants, pour bon nombre de ces corps, se ramène à l'influence directe qu'exerce sur eux le milieu cosmique; ils ne manifestent leurs propriétés vitales que sous l'action de Thumidité, de la chaleur, de la lumière extérieure; qu'une ou plusieurs de ces conditions viennent à manquer, la vie cesse avec les phénomènes physico-chimiques desquels elle résulte. Or, comme le remarque Cl. Bernard, l'eau, la chaleur, l'électricité, sont aussi les excitants des phénomènes physico-chimiques ordinaires, de telle sorte que les influences qui provoquent et régissent les manifestations vitales chez les êtres organisés vivants sont exactement les mêmes que celles qui provoquent et régissent les activités des corps inorganiques. Mais la vie est-elle ainsi, à tous ses degrés, étroitement dépendante du milieu extérieur?
Or on peut aujourd'hui considérer comme établie la réalité de cette parfaite dépendance, grâce surtout à deux remarquables conceptions de Cl. Bernard. La première, que l'on peut appeler la notion de la diversité de la vie, a montré que les fonctions vitales tiennent à la relation plus ou moins étroite et harmonique entre les organismes et les conditions cosmiques : de là les trois grandes formes de la vie, distinguées par Cl. Bernard, vie latente, vie oscillante, vie constante ou libre. La seconde conception est la théorie du milieu intérieur. Cl. Bernard a fait voir qu'il y a chez les êtres supérieurs un mécanisme compliqué, grâce auquel tous leurs éléments vivent dans un milieu à peu près invariable, le sang, qui conserve toujours à peu près même composition et même DICT. ENC. i" s. XYI. 31
température. Que si le sang subit quelque altération, quantitative ou qualitative, la vie de l'animal s'affaiblit en proportion. C'est la fixité du milieu intérieur qui assure la vie libre, en apparence indépendante. Cette fixité dépend elle-même du maintien de toutes les conditions nécessaires à la vie des éléments anatoraiques. Et cet ensemble de conditions ne peut se maintenir que par une accommodation continue de l'organisme aux variations du milieu extérieur. « Bien loin, par conséquent, que l'animal élevé soit indifférent au monde extérieur, il est au contraire dans une étroite et savante relation avec lui, de telle façon que son équilibre résulte d'une continuelle et délicate compensation établie comme par la plus sensible des balances. » (Cl. Bernard, Phénoin.de la vie communs aux végétavx et aux anim., t. I, p. 115).
Ainsi la vie dépend des conditions physico-chimiques extérieures aux êtres vivants. On ne croit le contraire que par une illusion qui provient de ce que leur milieu intérieur place les animaux dans les conditions d'humidité et de chaleur nécessitées pour la manifestation des phénomènes biologiques. Chez les êtres vivants, comme jtartout ailleurs dans la nature, on ne trouve rien en debors du corps dans lequel se passent les phénomènes observés et des circonstances extérieures, ou milieu, qui déterminent le corps à manifester ses propriétés, celles-ci d'ailleurs ne dépendant que de sa constitution physicochimique. Aussi bien, que l'on altère l'organisme, le milieu restant intact, et la vie cesse; d'autre part, que l'on vicie le milieu, l'organisme restant indemne, et la vie disparaît également (Cl. Bernard, Introd. à l'étude de la méd. expérimentale, p. 128 et suiv.). Si par la pensée on isole absolument un corps, on supprime tout phénomène. Au contraire, si les rapports d'un corps avec le milieu sont multipliés, les propriétés de ce corps sont par cela même multipliées, comme on le voit chez les animaux supérieurs, où la division du travail est extrême. Ce fait n'est pas moins une vérification de la théorie de Cl. Bernard sur le milieu intérieur que de la loi même que Milne Edwards a posée.
La vie n'est donc que le résultat du contact et des relations de l'organisme et du milieu. C'est dire qu'elle tient à l'irritabilité, puisque c'est à la suite des impressions extérieures que l'organisme est le siège de phénomènes divers. Ces phénomènes sont évidemment spéciaux, car leur forme ne peut pas ne pas être déterminée par l'arrangement particulier de la matière dans laquelle ils se passent. Mais la réaction n'est pas ici moins déterminée et nécessaire qu'ailleurs ; il faut, pour qu'un élément entre en fonction, une excitation qui peut être absolument extérieure ou qui peut provenir soit du sang, soit d'un nerf.
Il y a dans ce dernier fait un point essentiel de la théorie du milieu intérieur. Les divers éléments anatomiques jouent les uns par rapport aux autres le rôle d'excitants; on n'a plus à le démontrer aujourd'hui, et les fonctions de l'organisme sont au moins autant l'expression des relations réciproques et harmoniques de ses éléments entre eux que des rapports de ces derniers avec les corps extérieurs. Là encore, on le comprend aisément, est une raison de l'apparente spontanéité des animaux.
Quant au système nerveux, il n'est pas plus doué de spontanéité que toate autre partie de l'organisme. C'est toujours notre ignorance qui nous fait croire à cette prétendue spontanéité. Il est malaisé de découvrir les rapports qui existent entre l'activité cellulaire dans les tissus perfectionnés et ses irritants; il est difficile de démêler dans la complexité des phénomènes vitaux les antécédents et les conséquents |de chaque action. Combien plus simple la croyance à la
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spontanéité des êtres vivants! Déjà pourtant que de faits bien analysés qui démontrent qu'un centre nerveux entre seulement en jeu sous l'influence d'irritations extérieures ! Tels sont les réflexes des grenouilles décapitées et tels sont ceux d'un homme endormi. Manifestement, dans ces cas, il faut une impression extérieure pour tirer de leur repos les cellules nerveuses de la moelle. Il y a sans doute des cas plus compliqués. Nombre de mouvements coordonnés paraissent s'exécuter spontanément. Mais qu'on n'oublie pas que les éléments nerveux sont susceptibles d'une sorte d'éducation, qu'ils prennent comme des habitudes, par suite de la fréquente répétition de certains actes. De là résulte une faculté de réponse très-rapide, une excitabilité plus grande. Mais le premier terme de l'acte réflexe, l'excitation extérieure, ne cesse pas d'être nécessaire. Or cette propriété de contracter des habitudes est commune à toutes les parties du système nerveux. Aussi comprend-on, comme le fait excellemment observer M. François-Franck (article Système nerveux [Physiologie]), que « la spontanéité d'action devient apparente, si nous oublions de nous reporter aux périodes initiales de ces éducations centrales. » Qu'on se rappelle, d'autre part, que beaucoup d'actions vitales sont dues aux influences réciproques des éléments anatomiques. Cela est vrai surtout du système nerveux. Enfin il convient de rappeler que la réaction de la cellule nerveuse dure très-longtemps, alors que la réponse d'un nerf ou d'un muscle est relativement très-rapide. Il y a là une propriété fondamentale des cellules nerveuses que M. Ch. Uicliet a proposé d'appeler mémoire élémentaire et qui explique à merveille divers phénomènes consécutifs aux excitations du système nerveux central. — Ne conçoit-on pas alors cet appareil comme présentant un ensemble de dispositions non pas seulement structurales, mais aussi fonctionnelles, acquises autant que primitives, comme constitué par une agglomération de centres, suivant le mot usité, qui jouent les uns par rapport aux autres le rôle d'excitants? Et ainsi il se produit une infinité d'actions moléculaires nerveuses qui, pour nous être encore la plupart du temps dissimulées, n'en déterminent pas moins d'ordinaire les fonctions organiques, cérébrales et autres. Aussi bien de nouvelles investigations étendent sans cesse le champ de l'acte réflexe ; peu à peu on ramène à ce mécanisme très-simple tous les modes de l'activité nerveuse {voy. Cli. Richet, Physiol. des muscles et des nerfs, 1882, et Essai de psychologie générale, 1887).
Mais aussi ces faits compliquent étrangement les actions cérébrales, à ce point qu'il devient souvent très-difficile de les rapporter à l'irritabilité. — Elles ne sont pas moins compliquées par l'intervention de la conscience. Par cela qu'il prend conscience des actes qui se produisent en lui et ainsi les voit naître en quelque sorte, l'homme, par exemple, est tenté de croire qu'il en est le niaîlre et la cause.
L'irritabilité est donc la propriété fondamentale commune à tout élément vivant. C'est la conclusion qui ressort de tous les faits exposés ci-dessus. Reste à établir, si possible, une contre-épreuve. Cette vérification est réalisée par les agents auesthésiques. Il existe des substances qui, au lieu d'exciter les mouvements du protoplasma, les abolissent. Tels sont l'éther, le chloroforme, etc., qui agissent de la même façon sur le protoplasma végétal et sur le protoplasma animal, sans doute en les modifiant chimiquement. Cl. Bernard a été tellement frappé de ces phénomènes qu'il a fait des anesthésiques un véritable réactif de l'irritabilité et de la vie. L'anesthésie atteint même le protoplasma dans ses actions les plus intimes, la nutrition, le développement, la germination {voy.
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Cl. Bernard, Phenom. de la vie communs aux vég. et aux anim., t. I, et La science expérimentale, p. 228-!2.~)4). Ainsi le chloroforme agit de la même manière sur tous les tissus, quel que soit leur degré d'organisation, en supprimant leur propriété de réponse aux excitations. Cette propriété détruite, la vie cesse. Les différences dans l'action des anesthésiques ne tiennent qu'aux différences mêmes de l'irritabilité, suivant les arrangements complexes des éléments ariatomiques et l'intensité des phénomènes chimiques qui s'y passent. Aussi Cl. Bernard est-il en droit d'affirmer qu'il y a dans tous les tissus une même propriété essentielle dont les anesthésiques suspendent le jeu, l'irritabilité ou sensibilité initiale de l'être, et que cette propriété réside dans une substance primordiale, le piotoplasma, identique à elle-même à tous les degrés de l'organisation.
Il n'y a donc pas de spontanéité, au sens propre du mot, dans la m.atière vivante, pas plus que dans la matière inorganique. Est-ce à dire que la matière soit absolument passive? On ne concevrait pas alors qu'elle eût pu jamais entrer en mouvement, à moins de supposer une intervention supérieure, en dehors et au-dessus d'elle, d'où lui serait venue au moins la première impulsion. Qu'on remarijue seulement que le mouvement est au contraire l'état naturel de toute masse matérielle, comme le montre rallraction qui s'exerce entre toutes les molécules corporelles; les savants contemporains ont été obligés de ramener les forces des anciens physiciens ou les qualités de la matière à des mouvements de différentes sortes ou de différentes intensités et vitesses. De là il résulte que le mouvement est immanent à la matière, dont il constitue d'ailleurs les phénomènes et en dehors duquel il ne semble pas que nous connaissions sûrement quelque chose. Par le mot d'inerte on n'entend donc pas que la matière est essentiellement passive et qu'elle a besoin, pour se mouvoir, d'un principe d'action étranger, car l'idée de matière se ramène à l'idée de mouvement, mais par suite des nombreuses et très-étroites relations de tous les corps qui composent la nature, l'activité, tout intérieure et comme latente, de l'un quelconque de ces corps, ne peut jamais se manifester, ne peut apparaître que sous l'influence des antres. L'inertie, dans le sens strictement scientifique de ce mot, consiste en ce qu'un corps qui donne du mouvement en perd une quantité égale à celle qu'il communique, un corps ne pouvant d'ailleurs prendre de lui-même le mouvement. Aussi son activité est-elle en rapport avec sa facilité de réaction, qui tient elle-même à la faible stabilité chimique des molécules constitutives. On comprend en effet que, moins est stable l'équilibre dans lequel se trouvent les parties d'un corps donné, plus instable est aussi ce corps relativement à ceux qui l'environnent. La moindre excitation est donc susceptible de déterminer en lui quelque changement qui peut devenir du mouvement apparent, suivant l'intensité de la réaction proportionnée à celle de l'action. Il arrive en outre que la plus légère influence peut donner naissance au dedans de lui à des mouvements, en vertu des combinaisons variées que produisent entre elles ses parties douées d'une trop grande instabilité pour ne pas agir les unes sur les autres. C'est pour cela que l'activité des corps vivants, chez lesquels les phénomènes chimiques sont très-énergiques, est si considérable. L'intensité de ces phénomènes serait sans doute la meilleure mesure de la vitalité. Celle-ci ou, plus spécialement, l'excitabiliié de tel ou tel tissu, est certainement en rapport avec l'énergie des réactions interstitielles dont ce tissu est le siège. 2" Ainsi se trouve éclaircie la nature de l'irritabilité.
Cependant tontes ces considérations pronvcnt-elles qu'il n'existe réellement pas de spontanéité dans les corps vivants? On dit que ceux-ci n'exercent leurs fonctions qu'après avoir reçu une excitation extérieure. Soit. Mais ne semble-t-il pas dans bien des cas que leur réaction est de beaucoup plus puissante que l'action subie, supérieure et par son intensité et à cause de sa durée? De telle sorte que les éléments vivants paraissent ajouter au mouvement reçu, créer véritablement de la foi-ce; et c'est là justement, ajoute-t-on, ce qui caractérise la vie. Le système nerveux, par exemple, ne répond-il pas à la plus faible impression périphérique par un ébranlement qui, outre qu'il est très-prolongé, donne naissance à divers phénomènes complexes? C'est en effet surtout à propos des tissus les plus élevés, chez les animaux supérieurs, que se pose cette nouvelle question. Mais pour la résoudre directement il faudrait qu'on piît avoir, d'une part, en quantité de mouvement la force de l'excitation qui détermine l'activité d'un élément anatomique donné, et, d'autre part, qu'on mesurât de même la réaction de cet élément : alors la comparaison serait facile et le problème soluble. Cette œuvre, dans l'état actuel de la science, est quasi-impossible, d'autant plus qu'un nouveau facteur, l'énergie latente, ou force due à la réserve de matériaux que contiennent les tissus et qui provient de la nutrition, doit entrer en ligne de compte, comme on le verra, dans l'appréciation du travail vital.
Qu'on remarque d'abord ce fait primordial, à savoir que toute manifestation vitale est liée à une destruction organique; celle-ci est à la fois la mesure et l'expression phénoménale de l'activité fonctionnelle; les exemples abondent. Et ainsi l'activité vitale apparaît soumise aux lois ordinaires du travail mécanique. Dès lors l'induction est légitime par laquelle on suppose que la réaction des corps vivants est égale à l'action qui les met en mouvement.
Considérons, par exemple, le mouvement musculaire : d'une manière générale, l'amplitude de la contraction augmente avec l'intensité de l'excitant. On sait, de plus, que, quelle que soit l'explication qu'on en donne, on est toujours amené en dernière analyse à faire dépendre ce mouvement des actions chimiques qui se passent dans l'intimité du tissu même du muscle. S'il en est ainsi, l'exercice de la contractilité doit être réglée par la quantité des matériaux combustibles. Quel étroit rapport en effet ne constate-t-on pas entre l'irritabilité musculaire et la circulation du sang dans les muscles (expériences de Ludwig et de ses élèves, de Cl. Bernard, etc.) ! — On objectera peut-être le fait de la possibilité des contractions musculaires après la mort, toute circulation du sang ayant depuis longtemps cessé. Mais l'irritabilité ne se conserve dans une partie distraite du corps que parce que les éléments anatomiques contiennent comme une provision de matériaux propres à entretenir les actions chimiques desquelles dépend leur mise en action; et le muscle perd sa vie avec son irritabilité, soit quand la réserve d'oxygène est épuisée ou qu'une des substances constitutives de son tissu est détruite, soit quand les progrès de la dénutrition ont accumulé des substances nuisibles.
On peut conclure que le mode d'irritabilité propre au tissu musculaire, la contractilité, a son origine première dans les phénomènes chimiques interstitiels; de plus, la réaction des éléments peut être considérée en dernière analyse comme égale à l'action qui met en jeu leur propriété, si l'on tient compte de cette particularité, qu'il existe des forces de tension disponibles, en réserve dans les éléments musculaires. On ne voit donc pas comment l'élément anatomique inse'-
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rerait de lui-même quelque action particulière dans la trame serrée des phénomènes chimiques desquels résulte toute son activité fonctionnelle.
Ce qui est vrai du tissu musculaire ne l'est pas moins du tissu nerveux, dont l'activité (quelle qu'en soit la manifestation, simple conduction, sensation ou réaction idéo-motrice, etc.) se trouve dans une semblable dépendance à l'égard des phénomènes chimiques interstitiels; les faits expérimentaux qui prouvent la réalité de cette dépendance sont trop connus pour qu'il soit nécessaire de les rappeler ici, et d'ailleurs trop nombreux pour qu'on puisse les exposer sans dépasser de beaucoup les limites imposées ù cet article. Ainsi le développement de la force nerveuse est une conséquence du travail nutritif qui s'accomplit dans le tissu nerveux ; mais cette force peut s'accumuler dans l'appareil qui la produit et se manifeste extérieurement suivant les circonstances. Et il s'établit un état d'équilibre tel entre la production et la dépense qu'une certaine quantité de force nerveuse se trouve toujours disponible, comme en réserve pour les besoins de l'être. Ne compreiid-on pas dès lors comment il se fait que dans le tissu nerveux vivant, de même que dans le tissu musculaire, l'intensité de la réaction est supérieure souvent à celle de l'excitation ? C'est que la force disponible dans chaque élément nerveux peut souvent s'ajouter à celle qui, comme irritant, a déterminé l'action de l'élément.
C'est donc en apparence seulement que ceux mêmes des éléments anatomiques dont la vie est la plus parfaite échappent à la loi de la conservation de l'énergie qui régit tous les phénomènes matériels. — Ce que l'on démontre des deux tissus musculaire et nerveux peut s'appliquer à tout autre système organique. L'analyse, à la vérité, devient encore plus ^délicate, parce que dans les tissus épithélial, conjonctif, etc., les phénomènes de nutrition sont si intimement mêlés aux phénomènes fonctionnels, ceux-ci se réduisant même souvent à une simple prolifération cellulaire qui n'est qu'une dépendance et comme une suite de la nutrition, qu'il est difficile de constater le rapport de proportionnalité entre la réaction physiologique et l'action extérieure
De ce grand fait, que les actions des êtres vivants, à une analyse approfondie, n'offrent rien de spontané, résultent d'importantes conséquences.
5'^ On ne trouve dans la matière qui paraît essentielle à la constitution de l'animal et de la plante, la substance protéique unie à l'eau et à quelques corps gras, amylacés et minéraux, aucun élément qui n'entre dans la composition des matières minérales. Eu somme, on peut voir les forces chimiques construire un à un tous les matériaux des organismes vivants. De ce seul fait les doctrines vitalistes ont reçu un coup dont il leur est malaisé de se relever. De plus, les propriétés, dites vitales, ne se présentent Jamais que sous des manifestations physico-chimiques. « Pour ma part, dit M. Marey, je ne connais pas les phénomènes vitaux ; je ne constate que deux sortes de manifestations de la vie : celles qui sont intelligibles pour nous, elles sont toutes d'ordre physique ou chimique, et celles qui ne sont pas intelligibles. Pour ces dernières, il vaut mieux avouer notre ignorance que de la déguiser derrière des semblants d'explication » (Marey, Z>M mouvement dans les fonctions de la vie, 3^ leçon). Et dans l'exercice de la faculté fondamentale grâce à laquelle les corps vivants reçoivent une foule d'impressions et peuvent y répondre on ne découvre rien que de mécanique, puisque cette faculté même paraît dépendre des phénomènes chimiques qui suivent une excitation extérieure qu'il est toujours possible de regarder comme mécanique. Comment ferait-on place dans ce processus à un principe
spécial et indépendant, supérieur à la matière et dirigeant ses mouvements, un principe vital?
On objecte alors, et c'est la dernière forme qu'ait prise le vitalisme, que les lois physico-chimiques ne nécessitent pas, mais conditionnent seulement l'activité vitale. Celle-ci en effet présente une direction qui implique comme un principe d'ordre et présuppose, le mot vient tout de suite sous la plume, une cause finale. L'ovule fécondé paraît contenir, sous un très-petit volume, une quantité considérable d'énergie latente qui devient libre peu à peu. « 11 est clair, dit Cl. Bernard, que cette propriété évolutive de l'œuf qui produira un mammifère, un oiseau ou un poisson, n'est ni de la physique ni de la chimie » [La se. expér., p. 210). De là cette fameuse conception de Vidée directrice que Cl. Bernard, frappé de la régularité des lois qui président à la génération et de l'ordre dans lequel se déroulent les phénomènes de développement et ce qu'il a appelé la création organique^ supposa pour expliquer non pas la production, mais le sens des actions vitales? « Il y a, écrit l'illustre physiologiste, comme un dessin vital qui trace le plan de chaque être et de chaque organe, en sorte que, si, considéré isolément, chaque phénomène de l'organisme est tributaire des forces générales de la nature, pris dans leur succession et dans leur ensemble, ils paraissent révéler un lien spécial ; ils semblent dirigés par quelque condition invisible dans la route qu'ils suivent, dans l'ordre qui les enchaîne » [La science expér., p. 209). Celte conception ex|irime donc l'idée d'une unité dans la succession de tous les changements par lesquels passe le germe depuis le commencement jusqu'à la fin de la vie.
Mais Cl. Bernard a toujours fortement maintenu que ce principe d'unité n'a pas d'action sur les phénomènes qu'il explique. Son rôle, comme son existence, est purement métaphysique [vo]i. particulièrement La science expér., p. 211). Au point de vue mécanique, en effet, pouvons-nous admettre qu'un ovule fécondé contient plus d'énergie qu'un ovule non fécondé? La masse n'est-elle pas à peu près la même ? De ce que nous ne pourrons peut-être jamais nous rendre compte des phénomènes du développement au point de vue mécanique, il ne s'ensuit pas que ce point de vue ne soit le vrai pour l'explication générale des faits biologiques. La doctrine vitaliste par conséquent, quand on la soumet à l'épreuve des faits, devient d'elle-même inacceptable, puisque tous les phénomènes vitaux se ramènent à des phénomènes physico-chimiques : il ne peut donc plus être question de force vitale particulière. Ce n'est qu'à titre de conception métaphysique, surajoutée aux conclusions qui sortent d'abord des faits, et pour les raisons invoquées par Cl. Bernard, que le vitalisme subsisterait encore.
Il faut bien dire cependant que, si on la juge en elle-même, on trouve au fond de la théorie de « l'idée directrice » un vice radical. Comment en effet agirait ce principe directeur des phénomènes vitaux pour leur donner le sens dans lequel nous les voyons se produire? Ces phénomènes se réduisent tous, en définitive, à des phénomènes physico-chimiques : or on ne comprend pas qu'il soit possible d'agir sur la direction de phénomènes de cette nature autrement que par une action effective qui ne peut consister que dans l'intervention d'une force de même nature. Car la direction des faits n'est pas quelque chose d'extérieur aux faits. Que si on la considère comme quelque chose de spécial et par sa nature indépendant des faits, un aboutit, sonune toute, à une doctrine dualiste; on est forcé d'admettre l'existence d'un principe transcendant et capable néanmoins d'agir sur la matière: on tombe alors dans toutes les difficultés du dualisme.
Telle est la contradiction profonde que renferme cette partie de la doctrine de Cl. Bernard.
L'irritabililé n'a donc pas sa cause dans un principe supérieur à la matière. Ne tiendrait-elle pas à l'organisation ? Les propriétés vitales, en effet, ne se manifestent que dans des substances organiques disposées d'une certaine façon, formant des arrangements particuliers de matière. Celte notion, prenant au commencement de notre siècle une grande importance, devint pour l'École de Paris le londement de sa théorie de la vie. C'est cette théorie que Cl. Bernard a si fortement réfutée en attaquant l'organicisme de Rostan. La grande critique de Bernard, c'est qu'on ne rend point compte des propriétés vitales quand on dil qu'elles dérivent de la structure des organes, la structure n'étant ni une propriété physico-chimique, ni une force qui puisse être la cause de rien par ellemême, car elle sup()0serait à son tour une cause. 11 faut aller plus avant dans la voie de l'analyse (voy. Phénomènes de la vie communs aux animaux et aux végétaux, t. I, p. ."52). La cause dont a besoin l'organisation, c'est un certain état physico-chimique de la matière. J'essaierai plus loin de caractériser cet état. Par conséquent l'irritabililé tient à cet état, et non pas même, comme le dit Cl. Bernard dans le passage indiqué ci-dessus, — et ici l'expression aura sans doute échappé à sa pensée — à « l'arrangement » des substances organiques. De cet arrangement résultent seulement, ce semble, les manifestations spéciales de l'irritabilité. Ainsi ce que quelques physiologistes appellent la yiévrilité ne peut exister que dans la substance nerveuse. En ce sens, on peut faire dépendre la vie et l'irritabilité de l'organisation, mais, on le voit, c'est à condition que celle-ci ne soit pas érigée en principe producteur des propriétés vitales ; elle n'est que la condition, elle ne donne que la raison d'être des modalités diverses de la propriété vitale essentielle, l'irritabilité; loin d'être quelque chose d'irréductible, elle détermine seulement la forme, et non la nature, des phénomènes vitaux.
Aussi bien les faits justifient ces considérations critiques. Le protoplasma libre ne manifeste-t-il pas les propriétés de la vie, nutrition, reproduction et mouvement qui présuppose la sensation? Si donc la vie n'est pas liée à une certaine l'orme fixe, il reste seulement qu'elle dépend d'une nature physique et d'une composition chimique déterminées.
La contre-épreuve se trouve dans la possibilité de la production artificielle, dans un liquide approprié, d'éléments figurés présentant tous les caractères de forme pro[ires aux éléments anatomiques, tels que cellules, tubes, etc., et quelques-unes de leurs propriétés, par exemple, l'endosmose physiologique (cellules de Traube; éléments de D. Monnier et Vogt). 11 y a mieux. Kûhne n'a-t-il pas fabriqué un muscle en remplissant avec un mélange de matières protoplasmiques et de poussière organique un tube élastique constitué par un intestin d'hydrophile ; et, en soumettant cet élément à un courant électrique, n'a-t-il pas vu se produire des mouvements tout à fait comparables aux contractions d'un muscle vivant [Unters. ilberdas Protoplasma iind die Contractililât, 1864)? Ces expériences évidemment laissent encore beaucoup à désirer, mais il y a là tout au moins l'indication de recherches qui peuvent être fécondes.
Ce n'est donc pas à l'organisation que la matière organisée doit ses propriétés; il semble bien que celles-ci résultent simplement d'une certaine constitution physico-chimique qui est donnée ou qu'on arrivera peut-être à réaliser artificiellement, au moins en partie. L'organisation ne crée rien, elle perfectionne seulement. A mesure qu'un tissu se complique, il répond plus vite et plus
fortement aux excitations; en d'autres termes, son irritabilité devient plus grande. Ainsi, comme les muscles les mieux organisés sont les muscles striés, le degré de contractillté est en rapport avec l'existence des stries. Voilà dans quel sens on peut dire que l'irritabilité est dans un rapport d'effet avec l'organisation : celle-ci détermine la forme particulière que prend celle-là. A l'origine, l'irritabilité est une propriété générale dont la manifestation se ramène toujours à un mouvement du protoplasma, puis ses modalités diverses apparaissent avec les arrangements compliqués des cellules en tissus.
On ne peut même affirmer que ces modalités résultent immédiatement de ces différenciations structurales. Car l'influence de l'organisation sur le développement de la propriété vitale est si peu prédominante que l'influence de la fonction la précède souvent. On reconnaît là une des théories biologiques les plus importantes du transformisme, à savoir que la fonction précède l'organe, bien loin que l'organe détermine la fonction. Peut-être cependant vaudrait-il mieux dire que l'organe se constitue et que la fonction se forme simultanément. En même temps que l'être ou le tissu, sous l'influence d'une excitation provenant du milieu ambiant, réagit, il approprie ses éléments à cette réaction, car il faut, sous peine de déchéance et peut-être de mort, qu'il adapte sa nature physique et sa constitution chimique à ce changement dans ses conditions d'existence : ce qu'il réalise à la fois par une modification organique et par une réaction fonctionnelle, les deux phénomènes se conditionnant réciproquement. On saisit là ce que Marey a appelé la loi d'harmonie des fondions de la vie, sorte de cercle vicieux qu'on trouve dans la plupart des grands phénomènes physiologiques. Ainsi la contraction musculaire a besoin d'être entretenue par la circulation du sang, mais elle active aussi cette circulation, de telle façon que la production du travail même est facilitée.
4° Un être ne peut s'adapter ainsi facilement et sans subir d'altération à son milieu que s'il a la faculté de répondre Irès-rapidement à toutes les modifications de ce milieu. Si donc sa constitution physico-chimique était très-stable, ou bien il ne pourrait réagir, ou bien il faudrait, pour déterminer un changement ou mouvement moléculaire ou un déplacement de sa masse, une excitation si forte qu'il resterait gravement altéré. Or ces deux hypothèses sont contredites par les faits, puisque, d'une part, les corps organisés réagissent très-aisément, et que, d'autre part, de faibles stimulants suffisent à déterminer leurs réactions. Il résulte que celte faculté de réponse doit tenir à un état particulier d'instabilité de la matière organisée. On touche ici au fond même de la question : la nature de l'irritabilité ayant été dévoilée — cette propriété se ramène en définitive à un ensemble de phénomènes mécaniques — , voici maintenant que se découvre sa cause.
Mais à quoi tient cette instabilité même de la matière organisée? Elle paraît due tant à linfinie variété des principes immédiats organiques qui entrent dans la constitution de nos tissus qu'à la mobilité particulière de ces composés : variété et mobilité qui dépendent elles-mêmes de la nature propre d'un élément nécessaire à tout composé organique, le carbone. D'une part, en effet, le carbone possède une aptitude extrêmement remarquable à entrer en combinaison avec lui-même et avec d'autres corps ; et on comprend que ces combinaisons, en vertu de la tétratomicité du carbone, peuvent être innombrables et très-complexes. D'autre part, et voici qui explique la mobilité de ces composés, les substances organiques ne sont pas douées chacune d'une seule et unique fonction,
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exclusive de toute autre; elles ont le plus souvent des fonctions diverses, quelquefois même contraires en apparence. Chaque fonction consiste en un ensemble de propriétés spécifiques que la molécule de telle ou telle substance reçoit de l'agrégation d'atomes spéciale à la fonction ; ces propriétés se localisent pour ainsi dire dans la partie de l'édifice moléculaire où a trouvé place l'agrégation d'atomes caractéristique de la fonction. De là il résulte qu'un même corps peut être doué de deux ou plusieurs fonctions localisées chacune dans un des chaînons de sa molécule : tel l'acide lactique, à la fois doué des deux fonctions alcoolique et acide. « C'est, dit fort bien M. Armand Gautier, dans les divers radicaux qu'est, pour ainsi dire, le siège de chacune de ces fonctions caractéristiques et spe'cifiques^î/i'ne s excluent ni se confondent, de telle sorte qu'un même corps puisse être doué, comme la leucine, à la fois de deux fonctions contraires, aminé par un côté, acide par l'autre. Ces agrégations spécifiques sont donc les véritables organes moléculaires de ces fonctions » {Cours de chimie, t. Il, p. 682, 1887). De cette accumulation dans une même molécule, et en nombre toujours croissant, de fonctions diverses et souvent antagonistes, résulte pour cette molécule, on le conçoit aisément, une plus grande mobilité, une aptitude de plus en plus grande à réagir sous l'influence d'excitants chimiques et physiques de plus en plus variés et aussi de plus en plus faibles ; elle se trouve ainsi en une sorte d'équilibre instable. Or les principes immédiats des corps organisés, tels que l'albumine, ont un poids moléculaire énorme, si on compare ce poids à celui des corps organiques les plus complexes dont il nous soit donné de réaliser aujourd'hui la synthèse. Par suite, dans des édifices moléculaires aussi élevés, le mode d'union des parties constitutives, le nombre et la nature des diverses fonctions, doivent être, on le comprend, d'une infinie variété et d'une extrême mobilité. — De là l'instabilité si caractéristique des substances constitutives des éléments anatomiques; de là la facilité de réaction de ces éléments sous l'influence de multiples et très-faibles excitants et la diversité de leurs réactions, en rapport sans doute avec leur composition chimique. Là se découvre, ce semble, l'origine et la cause de l'irritabilité.
On ne saurait par conséquent trop insister sur l'importance de la notion de constitution physico-chimique de la matière vivante, devant laquelle s'est effacée peu à peu la notion morphologique. On a déjà vu que telle était la pensée de CL Bernard. « Ce qu'il y a de caractéristique dans l'état d'organisation, a dit aussi Ch. Robin, est représenté par un fait d'équilibre instable des molécules des principes » immédiats faiblement associés [Anat. etphysiol. celL, p. 22). Et plus loin Robin ajoute : « Rien de plus faux que de dire que dans la forme gît ce qu'offre d'essentiel l'organisation et que hors de la forme dite de cellule ou autre il n'y a pas de vie » {Ibid., p. 26; voy. aussi l'article Biologie du Dictionnaire, p. .471).
C'est donc par l'instabilité propre aux combinaisons organiques qu'on doit pouvoir expliquer les lois les plus importantes des actions vitales. On comprend d'abord à merveille que la réaction d'un corps vivant ne peut se produire que si l'excitant est brusquement appliqué. C'est là une loi très-générale, qui vaut pour la simple cellule comme pour les tissus musculaires et nerveux. Cl. Bernard remarque avec raison que la vie est l'œuvre du conflit nécessaire entre les conditions préétablies de l'organisme et les conditions physico-chimiques ambiantes ; pour que la vie persiste, il faut que ce conflit soit harmonique. Et il y a une telle harmonie, peut-on dire, à cause de l'adaptation
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qui se fait aisément entre les deux ordres de conditions, et cette adaptation est due à la grande instabilité' cliimique des substances constitutives des éléments anatomiques. Que l'adaptation ne puisse s'établir, il y a souffrance, et même la maladie survient. Or la propriété qui rend possible l'adaplalioii, c'est l'irritabilité. Là est le fait qui traduit l'instabilité de la matière organisée. Au moment où l'adaptation se fait et pour que l'équilibre dure entre l'organisme et le milieu, l'organisme réagit. C'est justement pour cela que la chaleur, appliquée graduellement sur un muscle, n'amène aucune réaction. 11 en est de même du froid. Du Bois-Reymond, en faisant passer un courant électrique très-faible dans un nerf, a pu augmenter graduellement ce courant jusqu'à le rendre très-fort sans provoquer de réaction musculaire. Mais qu'arrive-t-il? l'élément anatomique qui ne réagit pas se trouve bientôt détruit. Pour qu'un changement d'état dans un corps vivant constitue une irritation, il faut donc qu'il se produise non pas par degrés, mais de façon soudaine. On pourrait même poser en loi que l'effet d'une excitation est d'autant plus grand que la différence entre l'état antérieur et l'état qui tend à se former est plus considérable. 11 ne faut pas, bien entendu, que l'excitation soit trop forte; dans ce cas, l'équilibre ne se rétablit pas, et la désorganisation survient. — Et ainsi on voit à merveille pourquoi l'organisation développe l'irritabilité et la perfectionne au point d'en faire sortir toutes les propriétés vitales nettement différenciées : c'est qu'elle augmente l'instabilité chimique de la matière.
En effet, et on tient ici une deuxième loi des phénomènes vitaux, Vactivité vitale est en raison directe de l'intensité des phénomènes chimiques dont les tissus sont le siège. Les preuves abondent. N'est-ce pas dans les systèmes nerveux et musculaire qu'on trouve la vitalité la plus parfaite avec la chimie la plus compliquée? Les agents qui ralentissent les actions chimiques ne diminuent-ils pas la puissance vitale? Telle est l'influence du froid sur l'irritabilité musculaire et sur la vie en général. Par contre, les actions chimiques étant d'autant plus intenses que la température s'élève davantage — à condition toutefois, on le sait, qu'elle ne dépasse pas un certain maximum — , l'activité fonctionnelle des corps vivants s'accroît sous l'influence de la chaleur. On constate ces faits et des faits analogues à tous les degrés de l'échelle animale. C'est celte idée générale que M. P. Schûtzenberger exprime en excellents termes. « Plus un organisme est simple, dit-il, moins il renferme d'ordres spéciaux de cellules, plus les réactions chimiques qui s'y passent sont simples aussi et faciles à démêler, à isoler par l'expérience. Plus, au contraire, la constitution histologique est variée et hétérogène, plus aussi nous voyons apparaître de composés distincts, comme produits des phénomènes chimiques multiples qui se passent dans les divers tissus » {Les Fermentations, p. 2). J'ajoute que la mort des éléments anatomiques, ce qui est rationnel, paraît dépendre à son tour de phénomènes chimiques, tels que privation d'oxygène, accumulation d'acide carbonique, altération des substances constitutives des tissus.
Telles sont les deux lois qui résultent de ce fait, l'instabilité chimique de la matière organisée : 1" la réaction organique n'a lieu que si l'excitation est brusque ; 2° l'intensité des réactions est en raison directe des phénomènes chimiques interstitiels. Et, comme il est logique, ces deux lois, qui se vérifient toujours, prouvent la réalité du fait même qui les explique. — Une troisième loi vient à l'appui de ces considérations; on peut la formuler ainsi : plus un élément vivant a d'activité, plus il rencontre de causes de destruction; ou
bien Virritahilité disparaît d'autant plus vite que les phénomènes chimiques sont plus intenses. Les corps inorganiques dont la stabilité chimique est presque absolue ont une durée presque indéfinie. Le protoplasme amorphe et les êtres monocellulaires sont déjà exposés à des chances plus nombreuses de dissolution. Les tissus épithéliaux maintiennent leur existence assez longtemps en comparaison des tissus perfectionnées, comme ceux du muscle et du nerf. La substance nerveuse enfin est plus altérable que le tissu musculaire, et même toutes les parties du système nerveux ne meurent pas également vite ; ce sont les centres nerveux supérieurs, où l'énergie chimique paraît être plus considérable encore que dans la moelle, qui jierdcnt le plus rapidement leurs propriétés. — Il y a donc comme une échelle d'irritabilité et, par suite, une échelle de vie : fait inexplicable, si on ne veut en voir la cause dans les degrés de différenciation, c'est-à-dire de complication, des éléments anatomiques. Le tissu nerveux est le plus compliqué de tous les tissus; par suite l'instabilité chimique de sa substance est très-grande, la faculté de réaction de ses éléments très-développée, leur vie très-aclive.
Ainsi l'instabilité de la substance organisée, du protoplasnia cellulaire, telle est la cause première de l'irritabilité et par conséquent de tous les phénomènes vitaux. Partout où la matière demeure moléculairement invariable, on n'a jamais vu trace de propriétés vitales. Et, supposé un corps où sont celles-ci, jamais on ne les a vues se maintenir quand l'équilibre, pour quelque raison que ce soit, s'est établi entre le liquide intérieur des cellules et le liquide extérieur qui les baigne. Dès lors il n'y a plus d'échanges nutritifs. L'endosmose s'arrête. La mort ne tarde pas à survenir. La disparition de cet état singulier d'équilibre instable fait diparaître^^l'irritabilité. — Quelle étroite corrélation entre l'organisation, rintensité des phénomènes chimiques et l'irritabilité! Du rapport intime de ces trois phénomènes entre eux résulte leur dépendance réciproque, d'où résulte la vie. Aussi toutes les irritations usent-elles la vie. Tout ce tjui met en jeu l'irritabilité la détruit au bout d'un temps plus ou moins long. C'est que l'exercice de cette propriété, on le sait, entraîne une usure de matériaux. De là, pour que la vie se maintienne, la nécessité d'une réparation incessante. La mort d'un tissu n'est pas autre chose qu'un trouble permanent dans son organisation anatomique, physique et chimique. La vie, au contraire, est une succession ininterrompue de troubles passagers; les actions chimiques, sans cesse renouvelées, entretiennent l'irritabilité et conservent l'organisation.
Il existe donc une singulière relation entre l'irritabilité et ce que Ch. Robin a appelé très-heureusement la rénovation moléculaire continue, d'un mot la nutrition. Mais on ne peut voir dans la nutrition qu'un ensemble de phénomènes chimiques. D'autre part, on a vu déjà que la nutrition suppose l'irritabilité. De sorte qu'on saisit encore ici ce caractère si particulier des phénomènes vitaux, la réciprocité et la simultanéité d'action de deux ou plusieurs de ces phénomènes, ce qui constitue la toi d'harmonie de Marey. Rien d'ailleurs de mystérieux dans cette sorte de cercle vicieux. Étant donné la complexité des substances protéiques, l'instabilité de la matière organisée se produit nécessairement. De là vient la capacité de réagir même à de très faibles excitations, ou irritabilité. Par conséquent un corps qui contient des substances propres à entrer dans la constitution d'un élément organique quelconque sera pour cet élément un irritant, tout comme les agents physiques, tels que la chaleur et
la lumière. Mais en vertu des combinaisons chimiques qui se font si aise'ment dans la matière organisée, l'élément retiendra et s'assimilera les parties du corps étranger identiques à sa substance, et ainsi, continuant à disposer des matériaux nécessaires à son activité, pourra manifester de nouveau son irritabilité. Or il n'y a pas de raison pour que ce processus ne s'établisse pas d'une façon détinilive. C'est ce qui est arrivé dans certaines conditions favorables, puisqu'il y a des êtres, en grand nombre, qui se nourrissent régulièrement, c'est-à-dire maintiennent leur constitution physico-chimique pendant un certain temps.
On ne comprend même pas pourquoi la rénovation moléculaire ne continue pas indéfiniment, c'est-à-dire pourquoi la mort arrive. A priori, en effet, on ne voit pas de raison contradictoire à celte continuité persistante de la nutrition et de l'irritabilité, ainsi que semble l'avoir pressenti Descartes*; on conçoit au contraire à merveille, étant donné la facilité de réaction des éléments anatonii(iues, qu'il se pourrait que la réparation compensât toujours exactement l'usure. Aussi peut-on croire que la mort ne tient pas essentiellement à la vie et ne faut-il sans doute chercher à l'expliquer que par des raisons purement accidentelles. Toutes les actions vitales paraissent soumises à une loi qu'on peut appeler la loi du rhifthme, qui s'établit en veitu de la dépendance réciproque de l'irritabilité et de la nutrition. Gomme la matière organisée est dans un état très-grand d'instabilité, la moindre excitation altère sa constitution, mais la réparation n'est pas moins facile. 11 se produit ainsi des déséquihbrations et des équilibrations successives et incessantes, entre lequelles un certain ordre peut s'établir, de telle façon qu'à un moment l'assimilation l'emporte, à un autre moment la désassimilation. De là le fait important de la périodicité des phénomènes vitaux. Vue d'un peu haut, la vie présente deux grandes phases, l'une d'activité, la veille, l'autre de repos ou de réparation, le sommeil. Et toutes les fonctions s'accomplissent suivant ce rhythme. On comprend dès lors que dans ce fonctionnement, somme toute très-délicat en raison de l'union étroite et de la solidarité de toutes les parties organiques, la compensation puisse ne pas s'établir toujours exactement entre l'usure et la réparation. De là des causes de déchéance qui persistent dans les tissus et dans leurs fonctions. Mais on ne peut à priori trouver à ces germes de mort aucune nécessité interne, inhérente aux éléments vivants. — 11 est clair qu'on ne saurait développer ici celte théorie.
Ainsi la persistance de la vie est dans le rapport le plus étroit avec la persistance de l'irritabilité. Mais, qu'on le remarque, c'est toujours l'irritabilité qui est le fait premier. La rénovation moléculaire assure la persistance de la propriété, mais ne fait pas naître celle-ci. Cette propriété dépend de la constitution physico-chimique delà matière organisée; c'est l'instabilité chi-
1 Schwann, l'auteur de la théorie cellulaire, aurait eu aussi la même idée, d'après ce que rapporte M. J. Delbœuf dans son livre si riche d'idées: La matière brute et la matière vivante (Paris. Î887, p. 1). Dans ce livre M. Delbœuf lui-même pose la question comme moi : il se demande, non pas pourquoi nous mourons, mais pourquoi nous ne continuons pas de vivre, et en définitive il ne trouve à la mort qu'une explication contingente : « La mort est une conséquence de la localisation des fonctions, celles-ci se localisent dans un mécanisme, lequel, une fois formé, n'est pas susceptible de se reformer intégralement ; pendant la vie il va s'usant sans trêve ni répit : à la longue il est mis hors d'usage et l'on meurt » (p. 95). Mais, ajouterai-je, rien ne prouve qu'il y ait à cette usure quelque cause nécessaire, dans la nature même du mécanisme animal.
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mique de cette matière qui permet à l'être d'établir par ses modifications internes la compensation plus ou moins parfaite des variations externes.
On ne trouve donc au fond de l'irritabilité aucun principe spécial et irréductible. 11 n'y a en jeu dans la matière organisée que des propriétés physicochimiques, réductibles elles-mêmes à des mouvements moléculaires. Seulement, tandis que la constitution des corps inorganiques est tellement stable que ces corps sont presque immuables, la matière organisée, à cause de son instabilité, subit les moindres variations du milieu ambiant qui déterminent dans sa masse des phénomènes de mouvement. Peu à peu, sous ces influences, cette matière devient de plus en plus hétérogène, les corps se différencient, l'organisation se complique : en même temps l'instabilité augmente et, dans le même rapport, l'irritabilité. Moins les combinaisons chinjiques sont stables, plus il s'établit de relations de l'être avec son milieu. En d'autres termes, plus l'instabilité est grande, plus la vitalité est parfaite. Alors la sensibilité se développe. 11 est probable que le polype, presque immobile dans son polypier, n'a qu'une sensibilité très-rudimentaire. La vie du végétal est encore plus sourde. Au contraire, chez les êtres supérieurs, la force et la facilité de réaction croissent au point que d'une sensibilité exquise semblent naître ces phénomènes compliqués qu'on appelle les états de conscience. — Ainsi, comme le dit fort bien M. P. Schûtzenberger, « il n'y a pas réellement de force vitale chimique. Si les cellules \ivanles provoquent des réactions qui semblent spécifiques pour elles, c'est parce qu'elles réalisent des conditions de mécanique moléculaire que nous n'avons pu saisir encore, mais que l'avenir nous réserve, sans aucun doute, de trouver. » Et le savant chimiste ajoute : « Si nous employons encore l'expression de force vitale chimique d'un organisme élémentaire, il est bien entendu que dans notre pensée ces mots signifient : réalisation des conditions de mécanique moléculaire nécessaires pour provoquer telle ou telle réaction » {Les Fermentations, introd.). — L'instabilité de la substance protoplasmique, voilà l'essentielle condition de mécanique moléculaire qui donne lieu au développement de l'irritabilité. « Celleci, ce grand caractère de tous les êtres vivants, n'est pas plus difficile à concevoir comme propriété de la matière que ne le sont les phénomènes physiques de rayonnement » (Âllman, Le rôle du protoplasme dans la nature, in Revue scientifique, 27 sept. 1879). Ce n'est donc pas sans raison que Cl. Bernard a fait de l'irritabilité, comme il a été dit déjà, la forme organique de l'inertie. Car c'est chez les êtres organisés que les phénomènes physico-chimiques sont assez nombreux et variés pour qu'apparaissent les propriétés dites vitales.
Si l'on voulait résumer en une brève proposition toutes ces notions, on pourrait dire : l'irritabilité est la propriété que possède toute substance organisée, qui maintient cet état d'organisation grâce à une rénovation moléculaire continue, de répondre par un phénomène de mouvement à toutes les forces qui modifient brusquement son état actuel ^
' J'ai déjà cité la définition donnée par Virchow. Cl. Bernard, à son tour, a dit : «L'irritabilité est la propriété que possède tout élément auatomique (c'est-à-dire le protoplasma qui entre dans sa constitution) d'être mis en activité et de réagir d'une certaine manière sous l'influence des excitants extérieurs » [Phénom. de la vie communs aux anim. et aux végét., t. I, p. 242). Il a dit aussi : « L'irritabilité est la propriété de l'élément vivant d'agir sui\ant sa nature sous une provocation étrangère » [Ibid., p. 248). La différence avec la définition de Virchow porte sur les mots : suivant sa nature. En effet les divers éléments répondent de façons diverses : la glande par une sécrétion, le muscle par une contraction, etc. M. Ch. Ricliet a perfectionné la définition de Cl. Bernard en y introdui-
Quant à la mise en jeu de cette propriété, elle se fait suivant certaines lois, dans l'explication desquelles il est inutile d'entrer, car il est facile de conclure ces lois de tout ce qui vient d'être dit. Je me contenterai donc de les énumérer d'après M. Charles Uichet, qui en a donné un groupement très-logique dans son Essai de psychologie générale (p. 5 à 15) :
« A. Toute action qui modifie l'état actuel d'une cellule est un irritant de la cellule.
« B. Toute force intérieure, à condition qu'elle ait une certaine intensité, est capable de mettre enjeu l'irritabilité cellulaire.
« C. Le mouvement de réponse à l'irritation est d'autant plus fort, toutes conditions égales d'ailleurs, que l'irritation est plus forte.
« D. Le mouvement de réponse à l'irritation est d'autant plus fort, pour des irritations égales, que l'équilibre de la cellule est moins stable, autrement dit d'autant plus fort que la cellule est plus excitable.
« E. La réponse à l'irritation est un mouvement en forme d'onde, qui a une période latente très-brève, une période d'ascension très-courte, et une période de descente très-longue.
« F. Le mouvement de réponse de la cellule à l'irritation est, pour des irritations égales, d'autant plus fort que l'irritation a été plus soudaine.
« G. Le mouvement de réponse à une irritation brève dure beaucoup plus longtemps que n'a duré l'irritation,
« H. Des forces qui, isolées, paraissent impuissantes, deviennent efficaces quand elles sont répétées, car elles ont, malgré leur inefficacité apparente, augmenté l'excitabilité de l'organisme. »
11 faut reconnaître maintenant que la théorie de l'irritabilité à laquelle nous sommes arrivés ne laisse pas sans doute de contenir des lacunes et de présenter des points obscurs : elle peut donc n'être pas entièrement exacte. Mais le sens n'en paraît-il pas conforme à l'esprit et à la direction générale de la science moderne?
Entendue de cette façon, l'irritabilité constitue la propriété fondamentale et la marque caractéristique de la vie. 11 faut alors se demander si une telle faculté suffit à rendre compte des phénomènes complexes de la sensibilité consciente. La question ne se pose-t-elle pas en effet immédiatement de savoir si l'excitation extérieure à laquelle répond l'être vivant ne doit pas être sentie, au sens ordinaire du mot, pour que l'être puisse réagir.
Cl. Bernard, examinant ce point, remarque que, pour le physiologiste, la sensibilité n'est pas seulement un phénomène de conscience, mais qu'elle est en outre accompagnée de manifestations matérielles saisissables. On peut donc ne voir en elle, primitivement, que la faculté de réagir aux excitations; « dans cette réaction on trouve tous les degrés, depuis la réaction purement nutritive ou trophique invisible jusqu'à la réaction motrice tombant sous le sens et enfin la réaction consciente » (Claude Bernard, ?hén. de la vie communs aux anim. et aux vég., t. I, p. 283). Considérée comme propriété du système nerveux, la sensibilité n'est qu'un degré élevé d'une propriété très-simple et très-générale : elle est l'irritabiUté propre au nerf (Id., Ibid., p, 289). Enfin, quand la sensi-
sant la notion du changement d'état de l'élément anatomique. « L'irritabilité, dit-il, est la propriété de l'élément vivant de réagir, suivant sa nature, aux forces extérieures qui modilient brusquement son état actuel » {Physiol. des muscles et des nerfs, p. 242).
496 IRRITABILITE.
bililé nous apparaît comme une réaction de l'organisme entier, elle représente le consensus vital le plus élevé, « et c'est dans ce cas seulement qu'elle devient consciente dans l'homme et dans les organismes supérieurs. » (Idem, La se. expérimentale, p. 225). La sensibilité n'est donc que l'expression très-élevée des conditions ou propriétés physico-chimiques de la matière organisée des nerfs (IJem, Phénomènes de la vie, t. H, p. 476). Et Claude Bernard croit que l'expérimentation confirme ces idées. Observant, à propos de l'influence des anesthésiques, que le même agent suspend et détruit d'abord la sensibilité consciente, ^m%\di sensibilité inconsciente, puis la sensibilité insensible, il estime que ces arrêts de fonction sont simplement des degrés différents de l'action du même agent et par conséquent que les phénomènes eux-mêmes sont des degrés différents d'un même phénomène élémentaire. Dès lors il peut confondre la sensibilité avec l'irritabilité (voy. La se. expérimentale, p. 223-225).
La signification du mot sensibilité devient ainsi plus étendue, mais moins compvéhensive. Claude Bernard n'a-t-il pas en effet éliminé le phénomène psychique proprement dit? « Si nous laissons de côté, dit-il, le phénomène psychique, il nous reste, pour caractériser la sensibilité, un ensemble de phénomènes organiques ayant pour point de départ l'impression d'un agent extérieur et pour terme la production d'un acte fonctionnel variable, mouvement, sécrétion, etc. : ce qui caractérise la sensibilité, c'est la réaction matérielle à une stimulation » {Phénoni. de la vie, t. I, p. 286). Ainsi l'identification entre la sensibilité et l'irritabilité est absolue. On ne voit pas bien pourquoi l'illustre physiologiste, qui laisse de côté les phénomènes psychiques dans l'interprétation qu'il donne de l'irritabilité, ne réserve pas le nom de sensibilité seulement pour les phénomènes où se montre la conscience. H semble qu'on n'aurait le droit d'étendre, comme il le fait, la notion de la sensibilité, que dans une doctrine hylozoiste. Or d'une telle doctrine Claude Bernard s'est toujours tenu éloigné.
Quoi qu'il en soit, il résulte de ce qui précède que, d'après Claude Bernard, la conscience n'est qu'un mode de la sensibilité qui représente des consensus vitaux compliqués. Est-il réellement possible de faire sortir de l'irritabilité la sensibilité consciente et en général tous les phénomènes psychiques? C'est une question que Claude Bernard n'a pas résolue, dont il n'a pas fait la critique d'ailleurs, mais qui sera plutôt à sa place dans l'examen des conclusions philosophiques qui sortent naturellement de toutes les considérations précédentes.
111. L'importance philosopliique de la notion d'irritabilité est considérable. Cette notion conduit droit à une conception moniste de l'univers. L'élude des formes des êtres organisés montre que tous les corps vivants présentent une intime et réelle unité de structure; il n'est point d'être chez lequel le protoplasma ne soit la substance essentielle de tous les éléments de ses tissus. Quelle que soit la complexité de ces tissus, on retrouve toujours comme l'unique matière qui les compose le protoplasma. En même temps la chimie prouve qu'il n'y a aucun élément spécial dans les substances qui constituent les cellules. Or la doctrine de l'irritabilité vient achever cette conception en montrant l'irritabilité comme la propriété, très-générale sans doute, mais tout à fait fondamentale, de tout protoplasma ; et ainsi l'unité morphologique est complétée par l'unité physiologique, ce que d'ailleurs il était rationnel de supposer. Et, de même que la substance des éléments composants des corps vivants rentre dans la matière, de même la propriété fondamentale de ces éléments se ramène aux propriétés de cette matière, puisque, d'une part, son activité n'est pas spon-
tanée, et que, d'autre part, toutes ses manifestations sont liées à une destruction organique, celle-ci étant à la fois l'expression phénoménale et la mesure des fonctions dites vitales. C'est surtout ce dernier fait qui permet d'appliquer le principe de la conservation de l'énergie aux corps vivants comme dans la nature inorganique. Il y a bien une différence, mais j'ai eu déjà l'occasion de l'expliquer. Cette différence tient à ce qu'il peut s'accumuler des forces chimiques dans les organismes, qui contiennent ainsi de l'énergie latente susceptible, à un moment donné, de devenir libre. Nous ne pouvons donc voir en définitive dans l'activité du protoplasma rien autre chose que la réalisation de certaines conditions de mécanique moléculaires, dont quelques-unes nous échappent encore, à vrai dire, mais que nous sommes forcés de croire de même nature que les autres. Enfin il résulte aussi de Tobso-vation des faits que toutes les différenciations structurales et fonctionnelles n'ont lieu qu'à la longue et par degrés, par des perfectionnements successifs. Le monisme auquel conduisent l'anatomic et la physiologie générales a donc encore pour caractère d'être une doctrine évolutionniste.
Assurément il subsiste des raisons à faire valoir contre cette conclusion philosopliique. D'une part, en effet, dans les êtres vivants, tout ne se fait-il pas en vue d'un but, la conservation de l'être? D'autre part, ne semble-t-il pas y avoir quelque chose de spécial dans l'évolution des corps vivants, puisque, alors que rien ne paraît différencier le protoplasma qui donnera une méduse et celui d'où proviendra un vertébré supérieur, cependant les résultats du développement de cette substance, en apparence identique, diffèrent profondément? Enfin on peut se demander si les phénomènes de conscience ou de pensée sont identiques aux autres pl)énomènes de la vie. (àar non-seulement on n'aperçoit pas d'analogie, mais même il est difficile d'en concevoir aucune entre la pensée et les propriétés physiques de la matière. A-t-on suffisamment répondu en disant que, puisque les phénomènes physiologiques sont rapportés à des propriétés du protoplasma, ceux de la conscience, qui accompagnent les premiers, doivent être de même attribués au pi'otoplasma? C'est sur l'analogie que se fonde le raisonnement : or l'analogie paraît manquer absolument entre les phénomènes que l'on compare; on ne voit pas de moyen de ramener, pour employer les anciens termes, l'esprit au mouvement.
On ne peut entrer ici très-avant, comme il serait nécessaire, dans la discussion de ces thèses toutes philosophiques; il faut se contenter de les poser.
D'abord, en ce qui concerne les phénomènes de j)ensée, s'imaginera-t-on les expliquer par la simple supposition d'une substance différente de la matière, une substance spirituelle à laquelle on les rapporte? On tombe alors, on le sait, dans toutes les difficultés du substantialisme dualiste.
Pour échapper à cette solution, on est obligé de donner à la sensibilité la valeur d'un caractère propre à la vie eu général, mais pour cela il faut nécessairement en étendre le domaine et accorder cette propriété à tous les êtres vivants et au protoplasme amorphe lui-même. C'est qu'en effet il se produit des réactions motrices dans un grand nombre de végétaux et d'animaux inférieurs dépourvus de système nerveux. Or on ne doit pas oublier que c'est seulement par l'adaptation et la convenance du mouvement que nous jugeons des états de conscience en dehors de nous, même chez nos semblables. Dès lors affirmerat-on avec Claude Bernard (voy. plus haut) qu'il y a sensibilité, avec ou sans conscience, quand l'être vivant répond à la provocation des stimulants? C'est DICT. ENC. i' s. XVI. 52
là, à proprement parler, l'irritabilité. 11 n'y a donc, en définitive, de ce point de vue, que deux manières de considérer cette propriété : ou bien on en fait la marque spécifique de la vie et on considère la sensibilité comme un perfectionnement : la conscience n'est qu'un épiphénomène qui se produit à cause et en raison de l'union de toutes les parties de l'organisme, surtout chez les êtres supérieurs. On aboutit ainsi au matérialisme absolu. Ou bien on rattache l'irritabilité à la sensibilité et on fait de cette dernière une propriété très-générale et caractéristique de la vie, partout où on rencontre de la vie. Le terme ultime de cette conception est une doctrine hyjozoïste, comme, par exemple, la théorie de Iliiockel sur l'âme des plastidules [Essaiade psychol. cellulah^e, trad. fr. par J. Soury, 1880). Il faut en effet dans cette hypothèse reculer indéfiniment le champ de la conscience, reconnaître jusque dans les organismes animaux inférieurs et dans les végétaux, et peut-être même au delà, puisque enfin il y a encore quelque ressemblance entre notre existence et celle d'une parcelle de matière inorganique, des signes de vie psychique, très-effacée, à la vérité, et toute rudimentaire. Ainsi G. Lewes, persuadé que, partout où la sensibihté se manifeste, il doit y avoir un minimum de conscience, prétend que la sensibilité est une propriété, non pas morphologique, mais hislologique.
Alors que Glisson soutenait hardiment un hylozoïsme aussi radical *, il semble bien qu'aujourd'hui, habitués que nous sommes par l'usage de la véritable méthode scientifique à un esprit de rigoureuse analyse, nous hésitons à faire rentrer les phénomènes de conscience dans l'irritabilité et à voir dans toute manifestation, quelque obscure qu'elle soit, de l'irritabilité, un minimum de conscience, qu'on l'appelle pensée sourde, effort indistinct ou simplement vague tendance. Aussi sommes-nous plutôt tentés d'admettre comme irréductibles les deux ordres de faits psychologiques et physiologiques; le mécanisme cérébral nous paraît être plutôt la condition que la cause de la pensée. On est ainsi conduit à une thèse toute critique, il est curieux de le remarquer. On peut évidemment s'en tenir à cette conception — qui ne paraît contraire à aucune des données fondamentales de l'expérience externe ou interne — du parallélisme et de la concordance, sans action réciproque, de deux séries de phénomènes, les phénomènes matériels et les phénomènes psychiques.
Peut-être cependant cette position est-elle plus difficile à conserver qu'on ne le croirait d'abord. Tous les phénomènes matériels, on l'a dit déjà, se ramènent à des phénomènes de mouvement; nous ne savons s'il existe autre chose en dehors de nous : nous ne pouvons donc concevoir le monde que comme un ensemble de mouvements. Mais nous ne connaissons ces mouvements que par les représentations que nous en avons dans la conscience. Ainsi cet ensemble de sensations qui est la matière n'existe que s'il est connu ; et, les sensations n'étant que des faits de conscience, le monde nous apparaît donc maintenant comme un ensemble de faits de conscience. Par là, on le voit, on revient à une conception moniste de l'univers, on arrive à cette forme du monisme qui est l'idéalisme.
Mais il ne semble pas que l'idéalisme puisse rendre compte de la nature propre de toutes nos représentations. Quand, en effet, nous cherchons à savoir ce que sont les choses dont il y a représentation, assurément nous avons d'abord à
* Au dix-huitième siècle, un physiologiste français, Lecat, dans son livre : Traité de l'existence de la nature et du fluide des nerfs (Berlin, 1765), ramenait encore sans crainte l'irritabilité à la sensibilité consciente [voy. E. Gley, L'irritabilité et la sensibilité, d'après Le Cat. In Revii£ scientif., 22 mars 1884).
compter avec la nature de notre conscience, puisque toutes les expériences ne nous sont transmises d'abord que comme expériences internes par l'intermédiaire de la conscience : mais nous n'avons pas non plus le droit de négliger ce que l'expérience physique nous fait connaître de la nature générale des clioses. Donc, à moins d'admettre — et les idéalistes les plus convaincus, Kichle lui-même, ne l'ont jamais admis — que la pensée crée les phénomènes en les pensant, c'està-dire, à moins denier d'une façon absolue qu'il existe quelque chose en dehors de nous, on s'aperçoit que l'idéalisme n'explique pas la nature particulière de ces représentations dont l'ensemble constitue ce que nous appelons le monde.
11 faut donc en revenir à une doctrine qui tienne sans doute le plus grand compte de l'expérience psychologique, que nous rapportons à notre conscience propre, mais un même compte aussi de cette expérienre physique que nous sommes forcés, en raison de ses caractères spéciaux, d'attribuer à l'influence de quelque chose d'extérieur à nous. Les deux ordres de connaissances s'appuient l'un sur l'autre; leurs lois participent les unes des autres; c'est que sans doute les deux ordres de phénomènes, physiques et psycliiques, sont dans la plus étroite connexion et pour ainsi dire se pénètrent récipro((ucment : tout nous amène en effet à considérer comme immanentes à la substance les qualités que la substance manifeste. C'est le point de vue de toutes les doctrines qui portent le nom, assez impropre d'ailleurs, de panthéistes; c'était celui du Spinozisme avec lequel la pensée scientifique contemporaine a tant de points communs. Aussi bien il semble vraiment que l'hypothèse hylozoïste, qui accorde à toute parcelle de matière toutes les propriétés que l'expérience, dans le sens étendu où. il la faut prendre, nous montre en jeu dans les phénomènes, rende mieux compte (sans faire assurément disparaître toutes les obscurités de la question) qu'une autre doctrine moniste de la forme propre des phénomènes psychiques et des cas compliqués de l'adaptation des mouvements chez les êtres vivants.
Il resterait maintenant à donner la raison de la finalité que manifestent tous les êtres vivants. Or ou peut aujourd'hui expliquer clairement ces efforts de tout être pour se conserver par la théorie des conditions d'existence et par la loi de l'adaptation, purement mécanique, des êtres vivants, au milieu dans lequel ils sont placés, l'adaptation elle-même étant due à la facilité de réaction de ces êtres, grâce à la faible stabilité chimique de leur substance. — Et on peut de même expliquer l'évolution organique par une autre loi mécanique, la loi d'hérédité. On ajouterait d'ailleurs que, comme en réalité l'irritabilité, c'est la vie ellemême, puisque l'irritabilité est réductible à un pur mécanisme, dans tous les phénomènes vitaux il n'y a enjeu que des forces mécaniques (physico-chimiques). — Ou bienon peut rester convaincu que la matière n'engendre pas les phénomènes qu'elle manifeste, suivant la formule de Claude Bernard, c'est-à-dire, en définitive et très-brièvement, que le mécanisme ne s'explique pas par lui-même. En conséquence, on suppose au fond de la vie et donnant leur sens aux phénomènes, formant leur enchaînement, un principe d'oi-dre. Un tel principe ne gène en rien les recherches scientifiques positives : c'est toujours le mécanisme qui est la véritable explication des clioses, mais, pour expliquer les rapports harmoniques que l'on constate entre les phénomènes, on estime qu'il y a sous ce mécanisme une finalité. A la science on superpose ainsi la métaphysique. Par là on donne satisfaction à un besoin de l'esprit qui, non content d'avoir trouvé les causes efficientes des phénomènes, veut aussi se rendre compte de la forme sous laquelle ils lui apparaissent, mais se persuade d'abord que cette forme est
500 ISALLOXANIQUE (Acide).
irréductible. C'est là ce qu'on a appelé la recherche « des conditions intellectuelles )) des faits. Qu'on prenne garde d'ailleurs que les théories finaliste:» n'apportent pas plus la solution dernière des questions pendantes que le matérialisme radical. « Que les partisans des causes finales, dit Du Bois-Reymond, ne s'imaginent pas, comme ils ont coutume de le faire, qu'ils apportent une solution meilleure, ou même une solution quelconque, du problème, en recourant à des interventions suinaturelles, de quelque nature que ce soit. » En effet, alors qu'il faut expliquer la forme de l'être, on dit que c'est la forme qui explique l'être; alors qu'il s'agit de rendre compte du mode d'union des éléments qui composent l'être, on érige ce mode d'union en cause dite finale.
Quoi qu'il en soit, la métaphysique n'entre pas en maîtresse dans la science. C'est l'essentiel. Le mécanisme reste comme l'explication positive des phénomènes. Et, pour revenir ù la question particulière dont il s'agit, il n'y a rien de spécial ni dans l'irritabilité, ni par suite dans la vie, quant à leur nature et quant à leurs lois.
Ce n'est pas à dire pour cela qu'il faille confondre la physiologie avec la mécanique (physico-chimie). La physique et la chimie physiologiques ont un objet propre qui est d'étudier les propriétés de la matière organisée, propriétés spéciales parce que la matière a pris, en devenant vivante, de nouveaux caractères. Ainsi l'irritabilité est une loi générale de la matière. Mais, l'explication du fait général étant donnée, la physiologie doit étudier les manifestations particulières de la propriété dans la matière vivante : par exemple, dans les muscles, celte contractilité qui dépend si étroitement du système nerveux. N'est-ce pas ce que pense Claude Bernard, quand il affirme que tout est identique dans les corps vivants et dans les corps bruts, à la seule différence des procédés et des appareils à l'aide desquels les phénomènes sont manifestés [Rapp. sur les progrès et la marche de la physiol. générale en France, p. 135-156 et p. 222, note 212) ? C'est pour cela qu'il existe comme une hiérarchie des sciences et que des principes posés par les sciences inférieures on ne peut déduire par voie absolument déductive, mathématiquement, les sciences qui viennent ensuite. C'est pour cela que l'application des mathématiques à la biologie est souvent, sinon vaine, du moins très-peu féconde. La supériorité des sciences expérimentales sur les sciences déductives consiste en ce que les premières, étudiant les faits en eux-mêmes, tiennent compte de leur forme spéciale, et ainsi peuvent avoir égard à toutes leurs conditions et ne laisser de côté aucun de leurs caractères. E. Gley.
I$ALIZARI\E. C^*1P0\ Produit de la garance renfermé en proportion prédominante dans la partie de cette substance insoluble dans l'acide acétique. L'isalizarine se dissout en rouge de sang dans la potasse ou la soude et en rouge dans la baryte. Sa couleur est intermédiaire entre celles de l'alizarine et de la purpurine. Elle est peut-être identique avec la matière jaune signalée par Lauth dans la purpurine commerciale, la purguroxanthine, et qui s'obtient encore en réduisant la purpurine par le triiodure de phosphore en présence de l'eau ou par le sel d'étain, L. Hn.
lSALLOXAiVl<|UE (Acide). C'H^Az^O^ Chauffée à 260 degrés, l'alloxanc se transforme en un isomère, sous forme d'une poudre rouge brique soluble en rouge dans l'eau ; la solution se décolore rapidement ; cet isomère de l'ai-
ISARIA. 50i
loxane s'unit à une molécule d'eau en donnant de l'acide isalloxanique dont les sels sont incolores. Cet acide n'a pu être isolé. L. His.
IS/t^lBERT (Emile). Médecin français, né en 1827, mort à Paris fin octobre 1876. 11 se voua d'abord à la diplomatie, puis à l'âge de vingt-trois ans commença l'étude de la médecine et fut reçu docteur en iS5G{Élîules chim., physiol. et clin, sur l'emploi thérap. du chlorate de potasse, spécialement dans les affections couenneuses. Thèse de Paris, in 4°) ; il fut nommé médecin des hôpitaux et professeur agrégé en 1866 {Parall. des malad. générales et des malad. locales. Thèse de Paris, iii-4"). Depuis plusieurs années il s'était voué avec succès à la pratique spéciale et à l'enseignement des maladies du larynx.
Isambert a publié dans différents recueils, en particulier dans la Gazette hebdomadaire de médecine et de chirurgie, des travaux intéressants sur la trachéotomie, le rash variolique, la leucocythémie adénoïde, les manifestations pharyngiennes et laryngées de la scrofule, etc. 11 prenait une part active à la rédaction des Annales des maladies de Voreille et du larynx (1875-1876). Il laissa inachevé un ouvrage sur les maladies du larynx qui devait résumer ses leçons cliniques : Conférences cliniques sur les maladies du larynx et des premières voies {Paris, 1877, in-8'').
Isambert consacra plusieurs années de sa jeunesse à des voyages; les notes ainsi recueillies ont servi de base à son Itinéraire du voyage en Orient, qui figure parmi les meilleurs guides de la collection Joanne. L. Un.
ISAIVTHRACÉXE-CARBOXYLIQIJE. C'^H'^O'. Se forme par l'action de la potasse alcoolique sur le cyananthracène. Ce sont des aiguilles jaunes, fusibles au-dessus de 220 degrés, sublimables, insolubles dans l'eau, solubles dans l'alcool et dans l'éther. L. Hn.
ISAIVTnRAFLAYiQUE (Acide). CH^O'. C'est une dioxyanthraquinone comme l'acide anthraflavique, l'alizarine, la purpuroxanthine, l'acide frangulique, etc., avec lesquels il est isomère. Il prend naissance dans la préparation industrielle de l'alizarine. II cristallise en aiguilles jaunes, assez solubles dans l'alcool, fusibles au-dessus de 550 degrés, solubles en rouge foncé dans les alcalis. L. Hn.
ISARIA (Isaria Pers.). Genre de Champignons-Hyphomycètes, caractérisé par un stroma filamenteux, dressé, simple ou ramifié, portant à sa surface des conidies uuiloculaires, globuleuses ou elliptiques.
Pries énumère quinze espèces de ce genre, qu'il répartit en entomogènes, terrestres, phytophylles et épiphylles. Mais il résulte des observations faites par MM. Tulasne que la plupart de ces ^spèces ne sont que des premiers états d'autres Champignons d'organisation plus élevée, notamment de Sfihreriacées des genres Torrubia, Cordiceps, etc. C'est ainsi que VIsaria crassa Pers. (/. farinosa Fr.), qui se développe communément sur les chenilles et les chrysalides des Papillons, sur les guêpes, les larves mortes des Hannetons, est l'état conidiophore du Torrubia militaris Vaill., de même que VIsaria umbrina Pers. représente la forme conidienne de VHypoxylon coccineum Bull., qu'on trouve au printemps sur les branches et les rameaux du Hêtre. Ed. Lef.
602 ISATIQUE (Acide).
ISARD. Nom tlonné par les chasseurs au Chamois des Pyrénées, qui ne diffère pas spécifiquement du Chamois des Alpes [voy. le mot Chamois). E. 0.
IISATAIVE. C"^^H'Uz-0'. Poudre grise qui se dépose pendant l'ébullifion d'une solution de disufisalhyde avec le sulfhydrate d'ammonium. On peut l'obtenir en cristaux, peu solubles dans l'alcool. Chauffée, elle devient rouge brun; traitée alors par l'eau, elle se transforme en ùidme, qui n'en diffère que par une molécule d'eau en moins; il se forme en même temps de l'isatine. La potasse alcoolique décompose également l'isatane en donnant de l'isatine et des matières résineuses. L. Hn.
ISATIIYDE. OHl^Wz^O'. Se forme en chauffant l'isatine avec l'acide sulfurique étendu, ou en additionnant sa solution alcoolique saturée chaude de sulfhydrate d'ammoniaque en vase clos.
L'isathyde forme de petits cristaux incolores, inodores et insipides, insolubles dans l'eau, peu solubles dans l'alcool et l'éther bouillants. Chauffée, elle se ramollit, passe au brun violet, enfin se décompose entièrement. La potasse la convertit en un mélange d'isatate de potassium et d'indine potassée. L. Hx.
iSATiittiDE. C"lP''Az'*0^ S'obtient par action de l'ammoniaque anhydre sur l'isatine mélangée à l'alcool.
Elle est en cristaux insolubles dans l'eau, peu solubles dans l'alcool et l'éther.
En même temps que l'isatimide prennent souvent naissance [de ïisatiline, C"H'«Az'OS et de Vamisatine, C^^lP^'Az^'O^. L. Hn.
ISATIXE. C^IPAzO^ Produit d'oxydation de l'indigotine :
C»ÏFAzO 4- 0 = C»H^^z02.
Indigoline. Isatiae.
On se sert ordinairement de l'acide nitrique ou de l'acide chromique comme moyens oxydants ; ce corps se forme encore en traitant l'isalogénate d'éthyle par une solution de carbonate de sodium, en faisant bouillir l'amidooxindol avec un oxydant faible, en oxydant l'amido-indoxyle, etc.
L'isatine cristallise en prismes orthorhombiques, de couleur aurore foncé ou rouge jaunâtre, de saveur amère, d'odeur nulle. Elle fond par la chaleur en répandant des vapeurs jaunes irritantes, se dissout assez bien dans l'eau ^chaude, dans l'alcool bouillant et dans l'éther. Elle se combine aux bisulfites alcalins en donnant des dérivés cristallisés. L'acide nitrique l'attaque avec formation de vapeurs rutilantes, d'acide oxalique et d'une résine nitrée brune. Traitée en suspension dans l'eau par l'acide nitreux, elle se convertit en acide nitrosalicylique tout en laissant dégager des gaz. La potasse la dissout en violet avec formation consécutive d'acide isatique, et finalement d'aniline et d'hydrogène. L'amalgame de sodium la transforme en dioxyndol ou dihydroxyndol. Soumise à l'action de l'ammoniaque en solution alcoolique, elle donne un très-grand nombre de combinaisons cristallines avec élimination d'eau et introduction des éléments de l'ammoniaque. Enfin elle donne d'-autres produits de substitution avec le chlore, le brome, eto. L. Hn.
ISATIQUE (Acide). C»HUzO\ Ce corps, encore appelé trioxyndol, se
ISCHEL (Eaux minérales d'). 505
forme dans la solution violette de l'isatine dans la potasse, solution qui devient jaune par l'ébullition et renferme alors de l'isatate de potasse. L'acide libre est très-instable et se décompose, lorsqu'on cliercbc à l'isoler, en isatine et en eau.
Les produits de substitution cblorés, bromes, etc., de l'isatine, se comportent de même avec la potasse, et donnent des acides isutiques chlorés, bromes, etc., non moins instables à l'état de liberté.
Au point de vue de sa constitution chimique, l'acide isatique est de l'acide orlho-amidophénylglyoxylique. L. H.\.
ISATlNI(iUE (Acide). Voij. Imasatique {Acide).
ISATIS. Voy. Pastel.
IS.4TOGÈXE ou DiiSA.TOGÈ\E. CTI^Vz-O*. C'est un produit de transformation de son isomère la dinitrodiphénylacétylènc traitée par l'acide sulfurique fumant ajouté goutte à goutte.
Il est en petites aiguilles rouges, insolubles dans [l'alcool et l'éther, peu solubles dans le chloroforme, mieux dans la benzine bouillante. Les agents réducteurs le transforment en indigo. L'acide sulfurique concentré et le sulfate ferreux le transforment en indoïne. L. Hn.
ISATROPIQL'E (Acide). C^H^O' ct d'après Fittig C'^I'^O*. On le prépare en chauffant de l'atropine avec de l'acide chlorhydiique concentré vers 120 ou 130 degrés.
C'^IP^AzO'^ = C^'IFO- + G«Il'«AzO.
Atropioe. Acidu ïropine.
isatropique.
Il se forme encore en chauffant à 125 degrés l'atropine avec des cristaux de •baryte et un peu d'eau ou à 180 degrés un mélange d'acide chlorhydrique et d'acide tropique :
Cm^oQ-. ^ ipo -f- C^H»0^
Acide tropique. Acide isatropique.
On obtient généralement deux isomères, un acide «-isatropique, cristallisable, fusible à 257 degrés, peu soluble dans l'eau bouillante et l'alcool ; un acide ;3-isatropique, cristallisable, fusible à 206 degrés ; vers 220 degrés il se colore, fond, puis se concrète en se transformant en la variété a. L. Hn.
ISCHEL ou ISCHL (Eaux minérales et cure de petit-lait d'). Athermales, chlorurées sadiques fortes, non-gazeuses ou sulfureuses faibles. En Autriche, dans les Alpes Tyroliennes, dans une des plus belles vallées du Salzkammergut, au confluent des petites rivières de l'Ischl et de la Traun, à 477 mètres audessus du niveau de la mer. Le climat d'ischl, complètement garanti des vents du nord par les Alpes, est très-doux : aussi la saison commence dès les premiers jours de mai et finit avec le mois de septembre. L'air y est remarquablement pur, et la station est très-fréquentée par le monde viennois. Deux sources émergent d'un terrain calcaire, riche en spath, en sel gemme, en marné, en argile et en gypse qui renferme des grès et des trapps. Les bassins de ces sources
504 ISCHEL (Eaux minérales d').
sont à 1 et 2 kilomètres de la station. Elles se nomment: Maria-Loinsenqiielle (source Marie-Louise) et Sahbergquelle ou Schwefelqiielle (source Sulfureuse). L'eau de la première est limpide, incolore, d'un goût franchement salé ; elle n'a aucune influence sur la teinture de tournesol et sa température est de 10'^, 6 centigrade. L'eau de la seconde n'est pas complètement limpide ; son odeur est hépatique, son goilit est à la fois salé et douceâtre et sa température est de 10", 4 centigrade. On a puhlié une analyse chimique de la dernière de ces sources, mais nous renonçons à la rapporter parce que l'auteur en est inconnu et qu'elle est d'ailleurs très-incomplète,
ErAin-issEMENTS. Les eaux, transportées à IschI, sont employées à l'administration des bains d'eau salée, des douches et des inhalations ; on prend aussi des bains de vapeur chlorurée et des bains de boues. Une grande et belle salle abrite une piscine où 200 personnes peuvent se baigner à la fois dans de l'eau minérale froide. Une gymnastique complète se trouve aussi à la disposition des baigneurs. La vaste Trinkhalle, voisine des établissements de bain, ne semble pas tout d'abord en rapport avec le peu d'importance des sources d'ischel, mais on peut y trouver l'eau transportée, non-seulement des principales sources de l'Allemagne, comme celles de Karlsbad, d'Ems, de Marienbad, de Kissingen, de Scdlilz, de Saidschùtz, de Piillna, de Friedrichshall, mais encore de France, comme Vichy, de Hongrie, comme Hunyadi et Ivanda, de Suisse, comme Birraensdorf et Wildegg. Cette Trinkhalle sert enfin aux buveurs qui consomment le petit-lait, dont la cure est si suivie à Ischl.
Mode d'administration. La durée des bains isolés est de dix à vingt minutes, celle des bains en commun dans la piscine de natation est en général de dix minutes à un quart d'heure, et celle des douches de deux à cinq minutes. Les inhalations de vapeur chlorurée s'administrent de la manière suivante : on séjourne d'abord dans une première pièce, dite salle de repos, où la température est déjà plus élevée que celle de l'air extérieur, on pénètre ensuite dans la salle d'inhalation proprement dite. Une sorte de tube, à couvercle mobile et à hauteur d'appui, contient les vapeurs d'eau salée, que des tuyaux apportent à l'étage inférieur. Pour faire usage de cette vapeur, il suffit de lever le couvercle, de se courber sur le récipient et de respirer à pleins poumons. Les inhalations durent de dix à vingt minutes. L'atmosphère de la seconde pièce s'élève progressivement, aussi les malades y sont-ils baignés de sueur, quoiqu'ils soient entrés avec des vêtements très-légers. Us reviennent alors dans la première pièce où ils doivent séjourner pendant un certain temps, se couvrir de vêtements trèschauds et ne sortir que lorsque toute transpiration à cessé. Ordinairement le séjour dans les salles d'inhalation et dans les cabinets où se prennent les bains de vapeur est suivi de douches en pluie, à l'eau tiède d'abord et à l'eau froide ensuite. Les bains de boue s'administrent dans des baignoires spéciales. Les fanghii, qui servent à ces bains, sont à Ischel d'une apparence et d'une nature particulières. Ils sont composés d'une sorte d'argile, de couleur gris-ardoise, mêlée de matières salines cristallisées. Ils sont doux au toucher, mais ils contiennent des grumeaux solides, qui ne sont autre chose que des cristaux de chlorure de sodium. La durée de ces bains est de quinze à trente minutes. La boue d'Ischl adhère fortement à la peau : aussi est-il d'habitude de se débarrasser des traces de ce premier bain par un séjour de dix minutes dans l'eau pure, salée naturellement et chauffée à la température d'un bain ordinaire. Effets physiologiques et thérapeutiques. L'eau d'Ischl en bains, en don-
ISCUIATIQUE. 505
ches, en inhalations, en bains de vapeur et en bains de boue, a pour principal caractère d'être très-excitante du système nerveux. Son inhalation augmente de beaucoup les sécrétions de la membrane muqueuse des voies aériennes. C'est dans les manifestations scrofuleuses et surtout dans les affections des ganglions lymphatiques que les bains d'eau et de boue, ainsi que les douches à percussion médiocre, sont le plus avantageusement employées. Ces moyens conviennent encore, surtout les inhalations chlorurées, à ceux qui souffrent de laryngites chroniques essentielles ou de bronchites chroniques simples. Nous ne pensons pas que la phthisie pulmonaire puisse être avantageusement traitée par aucun des moyens de la cure chlorure'e d'Ischl. Les bains de vapeur et de boue conviennent aux rhumatisants d'une constitution torpide chez lesquels une excitation générale ou cutanée n'est pas à craindre, mais est même à désirer. ,
La durée de la cure est de vingt-cinq à trente jours.
On n'exporte pas l'eau d'Ischel.
CoRE DE PETIT-LAIT. Le petit-lait de vache, de brebis ou de chèvre, n'a la même action ni sur l'homme sain, ni sur l'homme malade. Ainsi, sous l'influence du petit-lait de brebis surtout, et aussi du petit-lait de chèvre, la tendance à la constipation se produit ou s'exagère, tandis que le petit-lait de vache est laxatif. Ces propriétés différentes sont importantes à retenir, car le petit-lait de brebis arrête souvent dès le début chez les tuberculeux une diarrhée qui peut avoir des conséquences funestes. Le petit-lait de vache est conseillé aux personnes chez lesquelles on veut provoquer des selles. S'il ne suffit pas seul, on l'additionne d'une eau sulfatée dont le goiit est accepté par les plus difficiles. A. Rotureau.
ISCHÉniE. Voy. Anémie.
iSCniA (Eaux minérales d'). Voy. Casamicciola.
ISCHIADELPHES. Voy. IsCHIOPAGES.
ISCHIATIQUE (ARTf:RE). L'artère ischiatique {A. ischiatica, A. glutœa inferior) est l'une des branches collatérales extra- pelviennes de l'hypogastrique. Immédiatement après son origine, elle se porte verticalement en bas, en avant du pyramidal et du plexus sacré, et s'échappe du bassin par la partie la plus inférieure de la grande échancrure sciatique, au-dessous du bord inférieur du pyramidal.
Les anatomistes sont loin de s'entendre sur les rapports que présente à ce niveau l'artère ischiatique. Tandis que quelques-uns, Farabeuf entre autres, la placent en dedans de la honteuse interne, le plus grand nombre d'entre eux la font cheminer en dehors de la honteuse, entre cette artère et le nerf grand sciatique. M. Chalot {Gaz. hebd. de Montpellier, 1884, p. 422), qui a examiné à ce sujet une longue série de préparations anatomiques, est arrivé aux conclusions suivantes : 1° dans le plus grand nombre des cas, l'artère située derrière l'épine sciatique entre la honteuse interne et le grand sciatique n'est déjà plus le tronc de l'ischiatique, mais sa branche terminale ou l'une de ses branches terminales ; le tronc lui-même est situé en dedans de la honteuse; 2° quelquefois cependant, mais 13 fois sur 100 seulement, l'artère ischiatique est en dehors.
506 ISETHIONIQUE (Acii.e).
Parvenue à la région fessière, l'artère ischialique se partage en deux groupes de branches, les unes postérieures, les autres descendantes :
i° Les branches postérieures, au nombre de trois ou quatre, se perdent dans la moitié inlérieure du grand fessier et dans la peau qui recouvre ce muscle. Elles s'anastomosent, sur plusieurs points de leur trajet, avec les divisions de l'artère fessière.
2" Les branches descendantes sont, comme les précédentes, très-variables en volume et en nombre. Tantôt isolées, tantôt réunies sur un tronc commun, elles se portent verticalement en bas, le long de la face postérieure de la cuisse, où elles s'anastomosent d'une part avec la circontlexe postérieure, d'autre part avec la première ou les deux premières perforantes, branches de la fémorale profonde {voy. Fémorald). L'une de ces branches descendantes, sous le nom A' artère du grand sciatique, se jette sur le nerf et l'accompagne jusqu'au voisinage du creux poplité. Les autres se distribuent aux muscles jumeaux pelviens, carré crural, demi-tendineux, demi-membraneux et biceps, ainsi qu'aux téguments de la région postérieure et supérieure de la cuisse.
Parmi les variétés que peut présenter l'ischiatique, je signalerai tout d'abord l'origine de cette artère par un tronc commun avec la fessière ; son émez'gence du bassin peut s'effectuer alors, soit au-dessus du muscle pyramidal, soit à travers ce muscle. Au point de vue de son calibre, l'artère ischiatique peut être très-grêle ; elle est suppléée dans ce cas, soit par la circonflexe postérieure, soit par les perforantes. Par contre, elle peut acquérir des proportions insolites et suppléer la fémorale plus ou moins réduite dans son calibre ; c'est elle qui, dans ce cas, se transforme en poplitée. Dans un cas, observé par Hyrtl, l'artère du grand sciatique, plus développée que d'habitude, se jetait dans la poplitée, un peu au-dessus de l'articulation du genou. L. Testut.
ISCniO-CAVERI%'EUX, ISCHIO-CLITORIDIEIV, ISCHIO-COCCY- CiiEN (McscLEs). Voy. Pérlnée.
ISCniO.X. Voy. Bassin.
ISCHIOPAGES. Geoffroy de Saint-Hilaire a donné ce nom et celui d'Ischiadelphes à un genre de monstres doubles autositaires monoraphaliens, dans lequel les deux individus ont un ombilic commun et sont réunis dans la région hypogastrique ou pelvienne. Les deux sujets ont la face tournée du même côté, ce qui permet de les distinguer à première vue des pygopages {voy. ce mot), appartenant du reste à la famille des Eusomphaliens {voy. ce mot).
Quant à la forme des bassins des ischiopages, normaux en arrière, ils se présentent largement ouverts en avant, de sorte qu'il y a comme deux symphyses pubiennes placées de part et d'autre de la ligne médiane. L. Hn.
ISÉTHI0\IQIÎE (Acide). C-H^SO^ Isomère de l'acide éthylsulfurique ou sulfovinique et de l'acide aldéhyde-sulfureux, ce corps prend naissance lorsqu'on fait passer de l'anhydride sulfurique dans de l'alcool absolu ou de l'éther refroidi et qu'on fait bouillir pendant quelques heures le produit de la réaction avec 4 fois son volume d'eau. On l'obtient sous forme de sel de barjum en neutrahsant le liquide ainsi obtenu avec du carbonate de baryum.
L'acide iséthionique libre, isolé de son sel de baryum par l'acide sulfurique,
ISOBUTYRIQUE (Acide). 507
forme un liquide visqueux, très-acide; il ne se décompose qu'au-dessus de 150 degre's, décompose les acétates et le sel marin. 11 est diatomique et monobasique, et forme des sels solubles et cristallisables.
Introduit dans l'organisme soit par les voies digestives, soit par la voie hypodermique, il accroît notablement la quantité d'acide sulfurique de l'urine et fait en même temps apparaître dans ce liquide de Facide liyposulfureux. L. Hn.
ISFORDIIVK (Johann-Nepomck). Médecin allemand, né à Constance en 1 77G, a fait ses études médicales à Fribourg en Brisgau. Reçu docteur de l'Académie médico-chirurgicale de Vienne, il y fut nommé, en 1814, professeur de pathologie générale et de matière médicale et, en 1822, directeur. Médecin en chef de l'armée autrichienne, il a présidé les commissions sanitaires et il s'est signalé par des mesures administratives importantes. Ses travaux sont résumés dans les deux ouvrages suivants : Nalurlehre fiir angehende Aerzte und Wundûrzte, als Enleitung in das Studhim der Ileilkunde. Vienne, 1814, in-8°. — Militàrische Gesundheitspolizei, mit hesonderer Beziehung auf die /.". A. Osterreichische Armée. Vienne, 1825, 2 vol. in-8"; 2« édit. 1828. Ce médecin esl mort à Vienne, le 5 juin 1841. A. Dlreau.
ISOAIUIXÈIN'E. C*1I'". Se forme par l'action de la potasse alcoolique sur l'iodure de l'alcool amylique de fermentation. C'est un liquide incolore, bouillant à 25 degrés. Le bromure C*H"^Br- est un liquide bouillant à 185- 190 de-rés. L. Un.
iSOAmiXlQUE (Alcool). C-'11".01I. S'obtient par l'action de l'hydrogène naissant sur le méthylbutyryle. C'est un liquide bouillant entre 120 et 125 degrés ; son odeur rappelle celle du méthylbutyryle. Traité par l'iode et le phosphore, il donne un iodure C41"l, bouillant vers 145 ou 147 degrés. L. H.n.
rco
ISOBIURET. C2H^\z=0^ = Az- ) CO (AzH-)'. Se forme par l'action de l'am-
moniaque sur la tribromacétylurée. Il est en longues aiguilles renfermant deux molécules d'eau de cristallisation, se dissout bien dans l'eau chaude, fond à 185 degrés; ses autres propriétés sont celles du biuret. L. H>".
ISOBUTYLÉIVE. C'H^ On l'obtient en faisant agir la potasse alcoolique sur les iodures de l'alcool isobulylique et de l'alcool butylique tertiaire, et encore par Télectrolyse du valérate de potassium.
C'est un liquide; il bout à — 6 degrés. L. Hn.
ISOBUTYRIQUE (Acide). C'IPO^ Ce corps existe naturellement dans l'huile de croton, dans l'essence de camomille romaine à l'état d'éther isobulylique ou isoamylique, dans l'essence d'arnica, dans les excréments humains, dans les acides des fruits du caroubier, etc. On l'obtient au moyen du cyanure d'isopropyle en le chauffant avec un alcali ou par l'oxydation de l'alcool isobutylique.
C'est un liquide semblable à l'acide butyrique, bouillant à 154 degrés, d'un poids spécifique 0,950o à 20 degrés, moins soluble dans l'eau que l'acide
SOS ISODULCITE.
butyrique. L'acide sulfurique étendu et le chromate acide de potassium le transforment en acide acétique et en acide carbonique. L. Hn.
ISOCAPROÏQUE (Acide). CH^'O^ S'obtient par la décomposition du cyanure de l'alcool amylique de fermentation au moyen de la potasse alcoolique. C'est un liquide huileux, incolore, peu soluble dans l'eau, possédant l'odeur de la sueur; il bout à 199°,7. L. H.n.
ISOCÉTIQUR (AcinE). C'^IP'^O^ Obtenu par Bouis, en saponifiant l'huile de médicinier {Jatropha curcas). Très-analogue à l'acide cétique, il cristallise en paillettes brillantes et fond à 55 degrés. L. H.\.
ISOCiiOLESTÉRiiVE. C*«H"0. Se trouve à côté de la cholestérine dans le suint de la laine. On l'isole en chauffant le mélange des deux combinaisons, obtenu par saponification, avec l'acide benzoïque, et on fait cristalliser l'éther benzoïque ainsi obtenu dans l'éther ordinaire. A côté des gros cristaux tabulaires de l'éther de la cholestérine se déposent de fines aiguilles qui, traitées par la potasse alcoolique, fournissent l'isocholestérine.
Celle-ci forme dans l'alcool des flocons ou une masse visqueuse; saturée à chaud, la solution alcoolique se prend en une masse gélatineuse par la refroidissement. Elle fond à 157-158 degrés et ne donne aucune réaction colorée avec le chloroforme et l'acide sulfurique. L. Hn.
ISOCI!\CHO!UÉROXIQUE (Acide). C^H^AzOM^IPO. Ce corps, qui appartient à la catégorie des acides dicarbopyridiques, se forme dans l'oxydation au moyen du permanganate de potassium du mélange des lutidines contenues dans les fractions 150-160 degrés et 160-170 degrés de l'huile de Dippel. On le sépare de l'acide lutidique, formé en même temps, au moyen de l'eau bouillante qui dissout cet acide, tandis que l'acide isocinchoméronique y est insoluble. Puis il forme de petites aiguilles blanches, fusibles à 256 degrés en se décomposant ; il est insoluble dans la plupart des réactifs ; il est bibasique.