KEY
Ces deux dernières kétones s'unissent au nitrale d'argent pour former une combinaison cristallisée. L. ILn.
KET.>IIE {Hibiscus L,). Genre de Malvacées, qui a donné son nom à une série des Hibiscées, et dont les Heurs rappellent beaucoup celles des Mauves, quant au périanthe et à l'androcée. Elles ont un caliculo, persistant ou caduc, un calice valvaire, une corolle gamopétale à la base et tordue, et des élamines monadelplies, à anllière uniloculaire. Le gynécée se compose d'un ovaire à 5 loges alternipétales, surmonté d'un style à 5 branches stigmalifères dont le sommet est dilaté, souvent cnpité. Les loges ovariennes sont nuiltiovulées. Le fruit est capsulaire, loculicide; et les graines, souvent chargées de poils, ont un embryon épais, replié sur lui-même, avec un peu ïl'albumen muqueux dans les replis. Les Ketmies sont arborescentes, frutescentes ou herbacées, à feuilles alternes et stipulées. Les fleurs sont terminales, axillaires ou latérales. Le genre renferme plus de 150 espèces, des pays chauds.
On cultive chez nous une Ketmie ligneuse, la Mauve en arbre ou Hibiscus syriacus L., plante riche en mucilage, dont le liber sert à faire du papier. L'H. trionum est aussi cultivé comme plante annuelle d'ornement; il est mucilagineux et sert à préparer un sirop émollient et pectoral. C'est là la propriété maîtresse de la plupart des Ketmies. Ou mange en Orient les graines de YH. ficulneus L. {Abelmoschus ficulneus W. et Arn.). La corolle de 1'//. Rosa sinensis'L., riche en tannin, est usitée à Taïti contre les ophthalmies, et les femmes chinoises l'emploient à teindre leurs sourcils. 11 paraît qu'on peut s'en servir pour tanner les cuirs. Les fleurs de 1'//. tiliaceus L. sont apéritives, et le liber de cette espèce sert à faire des liens, des enveloppes pour les cigares, etc. Les feuilles de 1'//. siiratensis L. sont toniques, apéritives, et servent à teindre en rouge. On dit les racines de 1'//. Sabdariffa L. amères, toniques et apéritives. On fait des cordages, des nattes, des toiles grossières, du papier, avec un grand nombre d'Hibiscus des pays chauds, les H. elatus Sw., grandifolius Salisb., clypeatus L., mutabilis Cav., vitifolius L., arboreus L., etc. Les H. unilateralis Cav., virgatus Bl., niaculalus Desr., sont émollients. On cite comme feuilles potagères celles des H. cannabinus L., phœniceus L., micranthus L., radiatus Cav., furcatus Roxb. Plusieurs d'entre eux ont des graines oléagineuses. Thore a vanté comme textile son H. palustris, souvent rapporté à 1'//. roseus Lois. L'7/. digitatus Cav. porte, aux colonies, le nom d'Oseille de Guinée. Dans la section Abelmoschus, un grand nombre d'espèce sont usitées : d'abord l'Ambrette (//. Abelmoschus L. — Abelmoschus moschatus Mœnch. — Damia Abelmoschus R. Br.), puis le Gombault (//. esculentiis L. — Abelmoschus esculentus G. et Perr.), puis 1'//. longifolius W., le Bamtauri de l'Amérique du Sud, cultivé dans l'Asie tropicale. H. Bn.
BiELioGRAPHiE. — L., Gen., n. 846. — J., Gen., 271. — G.ertx., Fruct., II, 250, t. 154. - Lamk, llluslr., t. 584. — DC, Prodr., I, 446. — Spacu, Suites à Buff., III, 571. — Mér. et deL., Dict. mat. méd. — Guib., Brog. simpl.^éà. 7, III, 647. — Rosenth., Syn. plant, diaphor., 709. — H. Bn, Hist. des jHatit., IV, 91, 115, 149, tig. 152-161; Tr. Bot. méd. phanér., 211, 789, 801 H. Bn.
KÉTOA'E»». Nom générique par lequel les chimistes anglais et allemands désignent les Acétones [voy. ce mot). L. Hn.
KEY (Gharles-Aston). Célèbre chirurgien, né à Londres vers 1795, fut
74S KINO.
un élève d'Astley Cooper et fit avec lui un cours d'anatomie à l'hôpital Saint- Thomas, puis avec Morgan un cours de chirurgie à Guy's Uospital. Il mourut à Londres le 23 août 1849, laissant, outre un grand nombre d'articles dans les recueils périodiques : A Short Treatise on the Section of the Prostate Gland in Lithotomy, etc. (London, 1824, ia-4", avec 4 planches). L. Ih.
KHATKHAS. Voy. Tartarie.
KiiAVA. {Khaya A. Juss.). Genre de plantes de la famille des Méliacées, tribu des Swiétciiiées.
L'uni(juc espèce, K. senegalensis A. Juss. [Sivietenia senegalensis Desrx) est un grand arbre, à feuilles paripinnées, dont les fleurs sont tétranières avec un androcée formé de huit étamines. L'ovaire, quadriloculaire, devient à la maturité une capsule renfermant des graines comprimées et albuminées.
Le A', senegalensis croît dans la Sénégambie. Son bois est importé en Europe sous le nom à.Wcajou du Sénégal et employé pour la fabiication de meubles et d'objets de luxe. Son ccorce, douée de propriétés fébrifuges, est connue sous le nom de quinquina du Sénégal ou Caïl-Cedra {voy. ce mot). Ed. Lef.
KILIAI\ (Les deux).
Kilian (IIermann-Fuiedrich). Né à Leipzig le 5 février 1800, étudia à Gotlingue, en Angleterre et eu France, et en 1821 vint à Pétersbourg où il devint professeur de physiologie et de pathologie à l'Académie de médecine. En 1828, il passa à Bonn comme professeur extraordinaire d'accouchements et y fut nommé titulaire en 1854. 11 mourut à Liebenstein le 7 août 1863, laissant un grand nombre d'ouvrages sur l'obstétrique, la gynécologie, etc., publiés de 1826 à 1856. " L. Hn.
Kilian (Franz-Maria). Né à Mayence le 14 octobre 1822, fut médecin à la Maternité de cette ville et fit un cours aux élèves sages-femmes; il se livra à des travaux physiologiques; et entre autres étudia l'influence du système nerveux sur l'utérus gravide et non gravide. 11 mourut à Paris le 6 juillet 1851. L. Ih.
HiiiBiii» OU ciiiBRES. Voy. France {Anthropologie), p. 690.
HiiVO. On a donné le nom de gomme, suc ou extrait de kino, à des sucs astringents de provenance variée, n'ayant rien de commun avec les gommes et présentant au contraire la plus grande analogie avec les cachous et le ganibir {voy. ces mots). On connaît duns le commerce plusieurs variétés dekinos, offrant du reste de "randes ressemblances entre elles : 1" le kino de Malabar, kino d'Amboine ou kiîio de Vlnde, produit par le Pterocarpus marsupium Uoxb. (Légumineuses-Papilionacées), renfermant 75 pour 100 de tannin; ce kino est fréquemment confondu avec le gambir jiroduit par ÏOurouparia gamhirW. Bn. {Uncaria gambir Roxb. ; Nauclea gambir llunt.). On obtient ce kino par évaporation du liquide qui s'écoule des incisions pratiquées au tronc et aux branches de l'arbre. 11 se présente en fragments rouge rubis, colorant l'eau, se ramollissctnt à la chaleur, se collant aux dents, et doué d'une saveur extrê-
KISSI-NGEN (Eaux minérales de). 749
niement astringente, propriété qui lui est commune avec les autres kinos [l'oy. Pterocarpus).
2° Le kino de Gambie ou kino d'Afrique, provenant du Pterocarpiis erinaceiis Poir. [voij. Pterocarpus). Ce kino est en fragments noirs, à cassure brillante, en grande partie soluble dans l'eau.
0° Le kino du Bengale, kino de Palas ou de Ptdan, sorte de yamme astringente, s'écoulant naturellement de fissures de Técorce du Butea frondosa Roxb. (Légumineuses-Papilionacécs) ; le kino du Bengale est en très-petites lames allongées, noires en masse, mais transparentes et rouge foncé, lorsqu'on les place entre la lumière et l'œil ; il est sec et aride dans la boucbe et se dissout en grande partie dans l'eau bouillante qu'il colore en rouge.
4" Le kino d'Australie, kino de la Nouvelle-Uollayide, ou kino de Bo~ tany Bay, fourni par les Eucalyptus rostrata Schlecht. , corymhosa Smitli, citriodora Hook. et resinifera Smith (Myrtacées-Leptospermées [voy. Eucalyptus)] ;
5" Le kino de la Jamaïque ou kino de Caracas, extrait obtenu par la décoction du bois du Coccoloba uvifera L. (Polygonacées) ; d'après Guibourt il est en fragments rouges, à cassure noire et brillante, opaques, entièrement solubles dans l'eau bouillante, aux trois quarts dans l'alcool, se pulvérise facilement sous la dent, ne se ramollit pas par la chaleur.
6" Le kino de la Colombie, provenant du Rhizophora mangle L. {voy. Rhizophora). Ce kino est en pains aplatis, du poids de 1000 à 1500 grammes, recouvert d'une poussière rouge qui lui donne l'apparence du sang-dragon ; les fragments en sont transparents sur les bords et d'un rouge jaunâtre. Il se dissout en grande partie daits Teau et presque complètement dans l'alcool avec une belle coloration rouge.
Les kinos, particulièrement celui de l'Inde, sont employés dans les diarrhées avec excitation fébrile comme adjuvants de l'opium et du carbonate de chaux, dans les dysenteries chroniques, les hémorrhagies passives de l'utérus et des infestins. On les emploie sous forme de poudre, à la dose de 50 centigrammes à l^^SO, sous forme d'infusion faite avec extrait fluide 8 grammes pour 250, plus rarement sous forme de teintui^c. A l'extérieur, on s'en sert pour modifier les ulcères. L. Hn.
KIRGHIS. Voy. Asie, p. 537; Siuérie et Tartarie.
KIRKES (VVilliam-Sephouse). Médecin anglais, né à Holker, dans le comté de Lancaster. Il étudia la médecine à Londres, prit le grade de docteur à Berlin, et fut nommé successivement membre du Collège des médecins et médecin assistant à Saint-Barthélémy. 11 a publié avec Paget un Handbook of Physiology (18481, manuel très-estimé en Angleterre et dont il dut donner plusieurs éditions. Un de ses mémoires : The Detachment of Fibrinous Deposits from Ihe Interior of the Ileart, and their Mixture ivith the Circidating Blood (1852) est souvent cité par les auteurs qui ont étudié l'embolie. Il est mort le 8 décembre 1864. A. D.
KiSSi:vCEX (Eaux iii-\ÉRALES, cure de petit-lait et bains le boues de). Athermales ou protothermales, chlorure'es fortes ou chlorurées moyennes, bromoiodurées, ferrugineuses faibles ou carboniques fortes. (Ligne de Meinigen-
750 KISSINGEN (Eaux minérales de).
Eisenach,à la station d'Ebonhausen, embranchement de Kissingen.) En Bavière, est une petite ville d'environ 4000 habitants, à 197 mètres au-dessus du niveau de la mer, située sur la rive gauche de la Saalc, dans une vallée entourée de montagnes, dont la Bodenlaube est une des plus élevées, et dont le sommet est couronné d'un vieux château féodal. La température offre à Kissingen moins de variations aux divers moments du jour que dans la plupart des stations minéraies entourées de montagnes. Les vents qui y soufflent, sont ceux de l'est et de l'ouest, car la vallée leur est surtout accessible. Les premiers amènent un ciel pur, et les seconds presque toujours des pluies. Le climat de Kissingen est trèsdoux, aussi la saison minérale commence vers le 15 mai et finit vers le milieu d'octobre. Kissingen a de très-jolies promenades et des excursions nombreuses et intéressantes. Parmi les premières est le Curgarten, et parmi les secondes les ruines de Bodenlaube. Cinq sources émergent à Kissingen ou aux environs. Trois ont leur bassin sur la promenade principale de la ville; les deux autres, dites des salines, sont à 1 et à 5 kilomètres. Les sources de la ville se nomment : Rakoczij, Pandur et Maxhrunnen. Les sources des salines s'appellent : Soolensprudel (Bouillonnement salé) et Schbnbomsprudel (Bouillonnement du Beau Puits).
1» Rakoczy. Le pavillon de cette source se trouve au sud du Curgarten, granile place entre le Gurhaus et le Cursaal. Son eau n'a pas une limpidité parfaite : elle a une couleur légèrement bleuâtre; son odeur rappelle celle du brome; elle est sensiblement piquante et fortement carbonique. Elle est recouverte d'une couche assez épaisse de rouille qui se dépose au fond et sur les parois de sa fontaine. Elle tient en suspension des paillettes rougeàtres; elle est traversée par de nombreuses bulles gazeuses qui viennent bruyamment éclater à sa surface. La saveur est agréable, légèrement amère, salée et ferrugineuse. Elle rougit promptement les préparations de tournesol. Sa température est de 9°, 3 centigrade, son poids spécifique est de 1,0073. Nous en donnons l'analyse avec celle de Soolensprudel.
2" Pandur. Son bassin est très-rapproché de celui du Rakoczy, et son eau est beaucoup plus claire, quoiqu'elle laisse déposer aussi une couche de rouille que l'on est obligé d'enlever pour qu'elle ait toute sa limpidité. Des bulles de gaz, plus nombreuses et plus grosses encore qu'au Rakoczy, viennent continuellement s'épanouir à sa surface. Son odeur et sa saveur sont à peu près les mêmes que celles du Rakoczy; elles sont cependant un peu plus piquantes. Son goût est en outre sensiblement plus ferrugineux; elle rougit instantanément la teinture du tournesol. Sa température est de 11 degrés centigrade et son poids spécifique est de 1,0066. On en trouvera l'analyse après le Soolensprudel.
'5" Maxbrnnnen. Cette source émerge au nord du Curgarten; son eau est d'une limpidité parfaite, et les bulles qui la traversent sont encore plus nombreuses que celles des deux sources précédentes. Elle n'a d'ailleurs un goiàt ni ferrugineux, ni salé; elle rougit aussi très-promptement les préparations de tournesol. Sa température est de 10°, 9 centigrade, sa pesanteur spécifique est de 1.0054. Nous en donnons l'analyse en même temps que celle de la source suivante.
4" Soolensprudel. Un puits artésien de 100 mètres de profondeur amène l'eau de cette source jaillissante dans le vestibule de l'établissement. Cette eau n'a pas une limpidité parfaite et la teinte en est bleuâtre. Elle a une saveur
KISSINGEN (Eaux minérai.ks de). 751
salée et légèrement ferrugineuse. Quoiqu'elle soit très-gazeuse, elle est trèsdésagréable au goût. Son jaillissement n'est pas continuel, et ses intermittences sont très-remarquables. Au bout d'un intervalle que l'on peut calculer d'avance, les bouillonnements du Soolensprudel deviennent moins forts et son jet s'abaisse progressivement pour tomber tout à fait. Cette eau rougit au premier moment les préparations de tournesol, mais bientôt elles reprennent au contact de l'air leur coloration première. Sa température est de 18", 5 centigrade, sa pesanteur spécifique est de 1,0158. Son analyse a été faite en 1852 par Kastner- Ua des professeurs à l'Académie des sciences de Munich a refait, dans ces dernières années, l'analyse de l'eau des sources de la ville, et est arrivé au même résultat qu'avait obtenu Liebig, qui avait trouvé en 1855 dans 1000 grammes d'eau les principes suivants :
nAKOCZY. PANDIR. MAXURUXiNEN. SOOLENSPRUDEL.
Chlorure de sodium 5,2713 5,0199 1,9636 11,5153
— magnésium. . . . 0,5777 0,1105 0,0610 2,9285
— calcium » » » 0,7963
— potassium 0,5024 0,4613 0,1250 0.1(W2
^ lithium 0,0207 0,0268 O.OOOS 0.0398
Bromure de sodium 0,0029 0,0172 » »
— magnésium. ...» » « 0,0715
lodure de sodium » » » 0,0009
Bicarbonate de chaux 1,5926 0,1473 0,5073 0,6929
— magnésie. . . . 0,0310 0,0783 0,0670 0,7210 fer 0,0389 0,0320 » 0,0450
— manganèse. . . » » » 0,0090 Sulfate de magnésie 0,8968 0,5975 0,1923 »
— chaux . 0,5763 0,3780 0,1200
— souile » » » 2,6405
Phosphate de chaux 0,0862 0,0080 0,0430 »
Silice 0,0193 0,0075 0,0700 0,0975
Azotate de soude 0,(X)û2 0,0057 0,0705 ■>
Gaz acide carbonique lihre. . . 2"',282 2'^601 2'",316 l'",65l
L'eau-mère du Soolensprudel est obtenue par suite de l'évaporation de l'eau de cette source, qui se rend aux fascines des logements de gradation, où elle est concentrée avant d'arriver aux chaudières des salines. Elle y est claire, transparente et d'un jaune pâle. Sa saveur est très-amère, son odeur est saumàlre. L'eau-mère est grasse et poisseuse au toucher, elle jaunit l'intérieur du verre dans lequel on Li verse. Elle ramène promptement au bleu les préparations de tournesol préalablement rougies. Elle est complètement réfractaire à la congélation. On tire encore du Soolensprudel, en procédant à une nouvelle évaporation de l'eau-mère, un sel connu sous le nom de sel de l'eau- mère de Kissinf^en. On trouve dans les prairies situées au nord et au nord-ouest de la ville un terreau, brun foncé lorsqu'il a été exposé à l'air; il a l'odeur de feuilles qui commencent à pourrir. La boue de Kissingen est douce au toucher, d'une texture fine et grasse, d'un aspect brun jaunâtre, au moins pendant les premiers jours de son extraction; elle devient noire au contact de l'air. Son odeur est limoneuse, bitumineuse; on voit qu'elle provient d'un
détritus végétal.
5° Schônbornsprudel. Cette source a été trouvée à la suite d'un forage artésien de 696 mètres de profondeur. Son jaillissement intermittent a une hauteur de plus de 30 mètres, et son eau a une composition chimique à peu près semblable à celle de l'eau de Soolensprudel. Elle contient seulement une plus
752 KISSINGEN (Eaux minérales de).
grande quantité de principes fixes et gazeux. Nous nous dispensons d'en donner l'analyse.
Établissements. Deux établissements principaux, l'un alimenté par la source du Pandur de Kis^singen, et l'autre par la source du Soolensprudel, sont à la disposition des baigneurs, mais plusieurs hôtels et plusieurs maisons particulières de la ville ont des salles de bain.
Mode d'administration et doses. L'eau de la source du Rakoczy est employée en boisson seulement. Celle du Pandurest beaucoup moins usitée ainsi, seulement des tuyaux aboutissent à son bassin, l'emportent aux établissements et aux maisons de bain qu'elle alimente. L'eau du Maxbrunnen est principalement consommée comme eau de table. Les bains d'eau durent une demi-heure au Curhaus et dans les autres maisons où on les donne. S'ils sont à eau courante et avec addition d'eau-mère, leur durée ne doit pas excéder un quart d'heure ou une demi-heure. Les douches d'eau sont surtout administrées au bâtiment qui se trouve au Soolensprudel ; elles se prennent en jets pleins, en lances, etc., à la temi)érature de la source ou bien à l'eau artificiellement chautTée ; dans ce cas, elles peuvent être en pluie alternativement froide ou chaude. Leur durée varie de cinq à quinze minutes. Si les malades prennent un bain de vapeur provenant des sources salées, le séjour dans les salles ne doit pas se prolonger plus d'un quart d'heure ou vingt minutes. Les bains de gaz acide carbonique durent à Kissingen, comme dans les autres stations où on les prend, de vingt minutes à une demi-heure. Le humage, au moyen d'un appareil qui se trouve au-dessus du Soolensprudel, ne doit avoir lieu que* pendant un temps assez court, afin que le malade ne soit pas incommodé par la grande quantité de gaz acide carboni(jue mêlé aux vapeurs ([iii s'élèvent de la source, mais il faut qu'il y revienne à plusieurs reprises. Les bains de boues doivent se prolonger de dix à vingt minutes et être suivis d'un bain d'eau minérale ordinaire. Les applications locales de la boue délayée dans de l'eau minérale artificiellement chauffée peuvent être continuelles ou faites pendant un temps variable, suivant les indications.
Effets physiologiques et thérapeutiques. Les sources de Kissingen et les sources des salines ont une action physiologique et thérapeutique complètement distincte. Parmi les sources de la ville, deux doivent fixer l'attention, le Rakoczy et le Pandur. La première rend un compte suffisant de l'efficacité de la seconde, dont la composition chimique est à peu près la même, à l'exclusion de sa proportion d'acide carbonique libre, qui esî plus considérable. Les eaux du Rakoczy n'ont une action particulièrement marquée que sur le canal digestif : aussi procurent-elles de deux à trois selles tous les matins chez les personnes qui. en boivent trois verres au moins. Lorstjue ces eaux constipent, elles sont prises en trop petite ([uantité, et, si elles donnent lieu à plus de trois évacuations, elles sont ingérées en trop grande abondance. 11 est des buveurs qui sont réfractaires à l'action purgative de l'eau du Rakoczy. Ils doivent alors la couper avec une certaine quantité de celle du Soolensprudel, et le résultat qu'ils attendent se produit sûrement. L'eau du Rakoczy en boisson augmente les sécrétions urinaire et cutanée. Ceux qui fréquentent le Rakoczy doivent être avertis que, dans la première quinzaine, les buveurs sont pris, le plus souvent d'une manière subite, d'un profond découragement et d'une grande mélancolie. Cette période se prolonge en général pendant trois ou quatre jours, au bout desquels les buveurs recouvrent leur humeur primitive. Nous n'avons rien de particulier à
KISSINGEN (Eaux minérales de). 755
dire de l'action physiologi([ue de l'eau du Paiidur prise en bains. Nous ne voulons pas non plus insister au sujet de l'action produite sur l'homme sain par tous les moyens balnéaires qu'on trouve à l'établissement du Soolensprudel. Nous nous contentons de renvoyer à ce que nous avons dit des stations de Pijrmont et de Nauheini [voy. ces mots) ceux qui voudraient connaître en détail l'action physiologique d'eaux minérales chlorurées fortes, employées en bains d'eau courante, en bains de vapeur, en bains de gaz acide carbonique, en douches d'eau et de gaz, et en applications faites au moyen d'un appareil de humage établi sur le Soolensprudel.
Les éléments des eaux chlorurées sodiques fortes, bicarbonalées moyennes, ferrugineuses, iodo-bromurées et carboniques fortes de Kissingen, indiquent aisément les maladies auxquelles elles conviennent. Ce sont surlout celles des organes contenus dans la cavité abdominale. Ainsi, ce sont les eaux du Rakoczyqui donnent les meilleurs résultats dans les affections où l'estomac a des fonctions incomplètes. L'eau de cette source en boisson rend plus facile l'assimilation des aliments. Dans les dyspepsies intestinales il existe une constipation <[ui devient une nouvelle cause d'aggravation. Les eaux du Uakoczy et du Pandur coupées, s'il le faut, d'une certaine quantité de sel du Soolensprudel, produisent ou régularisent les évacuations alvines. Quand les dyspeptiques ont un tempérament sanguin, et quand des congestions vers les organes importants de la vie sont à craindre, il faut éviter l'emploi des eaux de Kissingen, car, bien qu'elles soient légèrement purgatives, elles sont en même temps analeptiques. Mais ceux qui, débilités par une nutrition incomplète, demandent un traitement tonique et reconstituant, se trouvent bien d'un séjour à Kissingen où ils sont soumis à la cure du Rakoczy, aux bains et aux douches à la température native de l'eau du Soolensprudel. Ces derniers malades ont même quelquefois besoin de bains à l'eau courante, de bains avec addition d'eau-mère ou de boues, de douches en jets ou en pluie, du traitement hydrolliorapique complet, en un mot, au moyen des appareils qui se trouvent à l'établissement du Soolensprudel. Lorsque les vices de la digestion sont causés par une affection du foie ou un trouble pancréatique, l'eau du Rakoczy donne de bons résultats, quand il faut surtout remédier à une constipation habituelle et rétablir les fonctions digestives. Les hémorrhoïdaires, dont le dérangement de la santé coïncide avec la suppression de la perte sanguine qu'ils avaient depuis longtemps, et ceux qui sont devenus anémiques par une hémorrhagie considérable, sont en général soulagés par l'emploi intérieur de l'eau de la source du Rakoczy. Son action purgative et reconstituante explique son efficacité. L'usage des eaux de Kissingen et des salines est très-promptement favorable contre les manifestations scrofuleuses, mais surlout contre celles qui ont leur siège dans l'abdomen. Il faut employer alors l'eau du Rakoczy en boisson, pure ou coupée avec celle du Soolensprudel, ou même l'eau de cette dernière source pour ceux qui en acceptent le goût désao-réable. 11 faut aussi ajouter l'usage des bains à l'eau courante ou additionnée d'eau-mère ou d'une certaine quantité de boue. Les tempéraments lymphatiques exagérés, les scrofuleux, les strumeux même, voient leur constitution 5e modifier favorablement de jour en jour et leur diathèse disparaître sous l'inlluence d'une médication hydro-minérale complète et de leur séjour au voisina^^e de salines dont l'air est chargé de chlorures, d'iodures et de bromures. Il .laut seulement que les scrofuleux n'aient pas de tubercules dans le poumon et dans le cerveau, car l'usage des eaux de Kissingen hcàterait la fonte tubercu- DicT. ËNC. r s. XYL 48
754 KNOLZ.
leuse et avancerait une issue fatale. On a vanté aussi l'administration interne des eaux de Kissingen contre la goutte. Mais il faut ne les employer que chez les malades qui doivent voir leur constitution générale modifiée par des eaux toniques et fondantes. Ceux qui souffrent de rhumatismes articulaires et musculaires, de paralysies et de névralgies rhumatismales, doivent être traités par les moyens externes qui se trouvent à l'établissement du Soolensprndel, tels qu€ les bains de vapeurs chlorurées, mêlées ou non mêlées de gaz acide carbonique, et les bains ou les cataplasmes de boue, lorsque l'affection est localisée ; les laryngites et bronchites chroniques, les catarrhes chroniques simples de la membrane muqueuse des voies aériennes, rentrent dans la sphère d'activité des inhalations chlorurées du Soolensprudel. Du petit-lait de vache et de brebis, froid ou chauffé, est apporté tous les matins aux sources, où l'on en coupe l'eau minérale suivant les prescriptions.
La durée de la cure varie entre quatre et six semaines pour ceux qui font une première saison à Kissingen, mais, s'ils sont obligés d'y revenir, le traitement doit durer un mois au plus.
On exporte l'eau du Rakoczy et du Pandur, mais celle du Maxbrunncn est consommée comme eau de (able à Kissingen, à Munich et dans les villes voisines, ^ A. ROTUREAU.
Kili'lSCH (Fran/), Ritteu von Rotterau. Le créateur de la gynécologie allemande, né à Klaltau (Bohême) le 30 avril 1814. Il devint en 1842 docent de gynécologie à Prague et obtint la direction d'un service de femmes malades, puis en 1845 il passa comme professeur d'accouchements et de gynécologie à Wurzbourg, et en 1850 revint à Prague avec le même titre. Il mourut dans cette ville le 24 octobre 1852.
Kiwisch a exercé une grande influence sur les progrès de l'obstétrique et de la gynécologie. Ouvrages principaux :
I. Vortrâge ûber specielle Pathologie iind Thérapie der Krankheiten des weiblichen Geschlechtes. Prag, 1851-1855, 3 vol. in-8°. — II. Deitrâge zur Geburlskunde. Wûrzburg, 1844-1848, in-8°. L. Hs.
KLrEPTOIilANIE. Voy. Mo>OMAnie, p. 187.
KLOB (JuLius). Né à Olmûtz le 15 février 1831, mort à Ischl le 18 août 1879, fut docent d'anatomie pathologique à Vienne (1859), puis (1861) professeur de physiologie et de thérapeutique à l'Ecole chirurgicale de Salzbourg, enlin (1865) prosecteur et professeur extraordinaire d'anatomie pathologique à Vienne. Son ouvrage le plus important a pour titre : Patliologische Anatomie der weiblicken Sexualorgane (Wien, 1864, in-8°). Il a publié une foule d'autres opuscules ou mémoires. L. Hn.
KKOLZ (Josef-Johann). Médecin allemand, né à Luttenberg dans le Steier, le 2 mars 1791, a fait ses études médicales à Vienne. Il fut appelé à Salzbourg pour y occuper l'emploi de professeur de médecine théorique et pratique et fut nommé premier médecin du Johannisspital et des asiles d'aliénés. En 1831, il passa à Vienne en qualité de professeur de pathologie générale et de pharmacologie, et en 1854 il remplit les fonctions de doyen de la Faculté de médecine.
11 a publié dans V Oesterreichischen Zeitschrift fur praktische Heiîkwide, le
Med. Jahrhuch des Oesterr. Staates, le Wiener med. Wochenschrift, etc., de 1820 à J858, un grand nombre de notes et de mémoires. Il est mort le 11 juin 1862. A. D.
KlVOWLTOl^lA. {Knoivltonia Salisb.). Genre déplantes delà famille des Renonculacées, voisin des Anémones, dont il diflère par le fruit à péricarpe tout à fait charnu.
Ce sont des herbes toutes originaires du Cap de Bonne-Espérance. Le A', vesicatoria Salisb. doit son nom aux propriétés vésicantes de sa racine. Ed. Lef.
KIVOX (Robert). Célèbre anatomiste, né à Edimbourg le 4 septembre 1795, après une expédition au Cap, fit de 1825 à 1844 des leçons d'anatomie et de physiologie dans sa ville natale. En 1845 il passa à Londres, où il mourut le 20 décembre 1862. On lui reproche d'avoir eu recours aux résurrectionistes et à des assassins tels que Ilare et Burke pour avoir des cadavres. Il est l'auteur d'un grand nombre d'ouvrages importants; le plus célèbre est celui intitulé : The Races of Men. L. Hn.
KODLER (Les deux).
Hôhler (Reiisiiold). Né à Lauffen sur le Neckar le 14 décembre 1826, fut professeur et directeur de la clinique à Tubingue, où il mourut le 16 janvier 1875. Entre autres ouvrages il a publié : Der Lungenkrebs (Stuttgart, 1849) et Handbuch der speciellen Thérapie, etc. (Tùbingen, 1851, 1855, 2 vol. in-8"; 5-^ édit., 1867-1868). L. Hk.
Kohler (Hermann-Adolph). Né à Gôrlitz le 15 juillet 1854, fut successivement p?7■ra^doce/^/ (1800) et professeur extraordinaire (1874) à Halle. Il mourut à Halle le 5 février 1879, laissant des travaux remarquables sur la pharmaco- ]o"ïe, la toxicologie, etc. Citons seulement : Handbuch der physiologischen Therapeutik. Gottingen, 1870, in-8°, et Griindriss der Materia medica. Leipzig, 1878, in-8». L. Hn.
KOHLRA.IISCII (OTTO-LuDwiG-BEnsHARo). Né à Barmen, près Elberfeld, le 20 mars 1811, se fixa en 1855 à Hambourg et y devint prosecteur et professeur à l'école chirurgicale; il fonda en 1841 un établissement pour les cures de lait à Rehbur"^ et remplit un grand nombre de fonctions administratives. Il a publié d'excellents ouvrages sur l'anatomie et la physiologie, entre autres : Physiologie und Cheniie in ihrer gegenwàrtigen Stellung (Gottingen, 1844, in-8»); Physiologie in ihrer Anwendung aicf Chirurgie ihus Rud. Wagner's Handwôrterbuch d. Physiol, Bd. IH, 1846; Zur Anatomie und Physiologie der Beckenorgane, etc. (Leipzig, 1854, in-4°, av. 5 pi.). Kohlrausch mourut à Hambourg le 14 novembre 1854. L. Hn.
KOLA. La masse des populations africaines qui occupe la région chaude de l'occident à l'orient dC ce continent consomme avec frénésie à titre d'aliment, d'excitant nerveux et génésique, de tonique stomacal et intestinal, enfin de reconstituant, une graine précieuse connue le plus généralement sous le nom indioène de Kola, mais aussi nommée dans le Soudan Gourou, Qmhéné au
Gabon, Kokkorokou aux environs du Nyanza, Nangoué chez les Monboutous, etc., etc. Cette graine est produite par le Sterculia acuminata P. Beauvais; Cola acuminata Rob. Brown. Ce Sterculia est un arbre de haute taille rappelant noire châtaignier, vivant surtout au voisinage des côtes occidentales, mais pouvant végéter dans l'intérieur, car il est cité (peut-être n'est-ce pas absolument la même forme) jusqu'au lac Nyanza et au pays de Monboutous, dans le Bornou et dans nos possessions du Congo, où il abonderait, il est trèsprobable du reste que d'autres espèces fournissent le Kola des nègres et notamment Cola Diiparquetiana H. Bn du Gabon (c'est peut-être l'espèce qui donne la graine nommée Ombéné par les indigènes de ce pays et qui diffère beaucoup de celle du Cola acuminata). Cola ficifolia et lieterophylla Mast., Cola cordifolia Cav. et enfin Sterculia tomentosa Ueudelot.
Quoi qu'il eu soit, voici la description du superbe végétal qui donne la graine de Kola type, la plus répandue, la plus appréciée.
Son tronc est cylindrique, droit, à écorce épaisse grisâtre, fendillée quand le végétal est adulte. Ses rameaux sont serrés, cylindriques, lisses et pendants au point de tomber à terre, ce qui facilite beaucoup la récolte des fruits. Les feuilles, d'une largeur de 7 à 8 centimètres et d'une longueur variable entre 20 et 7)0 centimètres (pétiole de 8 à 9 centimètres), ont un limbe net, coriace, à nervations pennées. Dans le jeune âge, ces feuilles pubescentes sont couvertes sur le trajet des nervures surtout de poils nombreux disposés en îlots et stelliformes. La forme de ces feuilles adultes est ovale, accuminée, à limbe mucroné au sommet et très-atténué à la base : généralement entières, ces feuilles deviennent trilobées quelquefois aux extrémités des rameaux et près des inflorescences.
Très-nombreuses et polygames, les fleurs sont portées sur des cymes paniculées, terminales et axillairos. Toute l'inflorescence, comme toutes les parties de la fleur, sont couvertes de poils stellilbrmes. Pédoncules floraux très courts (15 millimètres).
Les fleurs, à légère odeur de vanille, sont apétales, régulières et articulées sur le pédoncule qu'elles terminent. Le calice h 5 ou 6 divisions cunéiformes est jivune verdàtre ou blanc marqué de pourpre sur le limbe, qui peut atteindre 4 centimètres d'un rayon à l'autre de ses divisions. Celles-ci sont couvertes de poils funbriés, qui, régnant sur les bords, leur donnent un aspect déchiqueté.
Fleur mâle. Plus petite en général que la fleur femelle, elle a ses élamines réunies en colonne centrale plus courte que le calice et portant les loges de l'anthère superposées et renfermant un pollen elliptique, granuleux, à trois bandes, sans pores ni épines.
Fleur hermaphrodite. Plus développée que la précédente, elle porte à son centre un ovaire entouré à sa base d'un cercle d'élamines sessiles, à sacs anthériques superposés, mais plus petits que dans la fleur mâle et pourvus d un pollen souvent avorté. L'ovaire, entièrement couvert de poils étoiles, est quinque ou sexlobé et à 5 ou 6 loges. Le style est nul et les stygmates glanduleux sont au nombre de 5 ou 6 subulés et réfléchis. Les ovules anatropes, en nombre considérable, sont en double série attachés à l'angle interne de la loge, et à la face ventrale, par conséquent, de chaque follicule. A Set ovaire succède un fruit composé généralement d'un nombre de follicules moindre que celui des loges ovariennes. Chacun de ces follicules est sessile, oblong, obtus ou rostre, coriace, semiligueux, bosselé à l'extérieur, d'une couleur jaune brunâlre à la
maturité, parfit itemeiit lisse, de grandeur ine'gale à celle de ses voisins, long de 8 à 16 cenlimèlres, large de 6 à 7, il renferme de 5 à 16 semences oblongues obtuses, subtétragones, à testa membraneux lâche, faisant suite à un trophosperme de même nature. Cotylédons 2, 5, 4 et même 5-6, épais, durs, apprimés, plans, rouges ou jaunes, à radicule dirigée vers le bile. Oliver [Flora of Tropic. Africa, I, p. 220, 221) indique deux variétés de cette plante : la première répond à la description que nous venons d'en donner; la seconde, pourvue de feuilles plus larges munies de pétioles plus courts que dans le type, aurait des fleurs de dimension double. Cette dernière forme a été rencontrée à Sierra Leone, Saint-Thomas, Fernando-Po, et au Congo, où elle se trouve naturellement mêlée au type qui domine sur toute la côte occidentale d'Afrique et même dans l'intérieur.
Ce végétal, dont nous avons indiqué l'aire de dispersion, en raison de son immense valeur nutritive, a été acclimaté à des époques différentes, par les Anglais, dans les Indes Occidentales, aux Seyclielles, dans l'Océan Indien, et enfin à Calcutta, Cambridge, Ceyian, Demerara, la Dominique, Maurice et Zanzibar; dans nos colonies françaises tropicales, il a été introduit par moi-même et il semble y réussir, surtout à la Réunion, grâce aux soins de M. Potier, le zélé directeur du Jardin colonial, et aux Antilles.
Dans toutes les stations qu'il affectionne, ce végétal reciierche les terrains humides situés au niveau de la mer ou à peu près : on le rencontre encore sur la côte à 200 et 500 mètres d'altitude, mais au-dessus il disparaît. Les contrées de l'Afrique occidentale où ce végétal spontané croît le plus abondamment sont le pays des Lokkos et de Timné, du côté de Port Lokko, le territoire des Bambals, le district de Zoung et celui de Massimerat. Le végétal commence i donner des fruits vers quatre ou cinq ans ; ù dix ans, il est adulte et peut donner 50 kilos de graines eu deux récoltes : la lloraison de juin, (jui porte ses fruits en octobre et novembre, celle de novembre et décembre, ([ui fructifie en mai et juin. A la maturité les fruits s'entr'ouvrent par leur suture ventrale et montrent leurs graines rouges et blanches mêlées dans la même coque, sans que les unes soient, malgré cette couleur, plus ou moins mûres que les autres. Les blanches jaunâtres gardent cette couleur définitivement.
C'est la graine qui est employée par les nègres comme aliment et aujourd'hui en Europe, depuis notre étude sur ce produit végétal, à litre de médicament (Ileckel et Schlagdenhauffen, Des kolas africains au point de vue botanique, chimique et thérapeutique. In Journal de pharmacie et de chimie, 1883) et aussi d'aliment stratégique. Nous allons donc en étudier les propriétés.
La graine est ii\ée à la gousse par l'endocarpe lui-même, formé d'un tissu lâche et spongieuxqui, s'étalant sur sa surface, lui constitue un revêtement épispermique ; un empâtement basilaire de ce dernier sur la surface hilaire forme un funicule très-large et aplati, rappelant celui du marronnier d'Inde. L'embryon homotrope, qui constitue toute la graine, est sans endosperme et composé de 4, 5 et jusqu'à 8 cotylédons variables de couleur dans les régions diverses de la même ^'ousse (du jaune au rouge rosé). Ces cotylédons sont plus ou moins distincts les uns des autres, les graines pèsent de 5 à 28 grammes; leur constitution anatomique nous montre un épidémie constitué par une unique couche de cellules qui forment le lieu principal d'accumulation des matières colorantes : il porte des stomates. Au-dessous de cet épiderme, tout le tissu cotylé-
donaire est constitué par un amas de cellules dépourvues de méat et gorgées de graines d'amidon très-volumineuses.
La recolle de celte graine se fait, sur la côte occidentale d'Afrique, deux fois l'an. Cette opération, réservée aux femmes, se pratique avec de grandes précautions. On rejette les graines piquées ou endommagées, puis on les place dans de grands paniers spéciaux, on recouvre le tout de grandes feuilles de Bal (Slerculia cordifolia Cav.) fraîches, et dans cet état on peut les expédier trèsloin : elles se conservent fraîches, si on a soin de maintenir la feuille de Bal humide et de laver les graines une fois par mois. Ainsi emballées, en paniers de 152 kilogrammes, les graines sont expédiées en Gambie et à Corée. En Gambie, les traitants les montent dans le haut de la rivière et les vendent autant que possible aux caravanes qui descendent de l'intérieur chargées de produits. Dès que les kolas acheminés vers l'intérieur commencent à se rider, on les sèche, on les réduit en une poudre fine qui est encore très-recherchée des peuplades de l'intérieur pour être mêlée à du lait et du miel. C'est sous cet état de poudre que le kola continue son voyage au cœur de l'Afrique, vendu sur la route et dévoré chaque jour par les caravanes dont elles forment l'aliment indispensable, l'excitant à la marche. Cependant il arrive le plus souvent encore à l'état frais à Sokota et à Kouka (Soudan) et même à Tombouctou, où se tiennent les marchés de cette graine. C'est un grand avantage pour les vendeurs que de le conserver frais, car à l'état sec il est fortement déprécié, et nous verrons bientôt pourquoi, aux yeux des nègres qui y recherchent autre chose qu'un aliment. De Sokota et de Kouka les caravanes le dirigent ensuite sur Tripoli, oîx il est vendu à l'état sec et très-cher. De Tombouctou enfin il est importé eu remontant par le Niger jusque dans le Maroc, à Fez et Mequinez. Au centre de l'Afrique, ce sont surtout les peuplades riveraines du Niger qui le consomment à l'état sec et en poudre.
Arrivé de Sierra Leone à l'état frais dans le Gambie et à Gorée, le kola y atteint un prix élevé : une seule graine vaut déjà dans notre colonie du Sénégal (Saint-Louis et Gorée) de 50 à 50 centimes la pièce suivant la saison. Sur les bords du Niger, les tribus de l'intérieur paient jusqu'à 5 francs la graine, et même en temps de disette jusqu'à la valeur d'un esclave. Enfin, il n'est pas rare qu'auprès de certaines tribus très-éloignées de la mer, les marchands échangent la poudre de kola sec contre l'équivalent en poudre d'or. En France actuellement et en Angleterre, où il n'arrive que du kola sec pour les besoins médicaux, le prix se maintient entre 5 et 10 francs le kilogramme.
Le kola est l'aliment et l'excitant en honneur chez les nègres et auprès des Européens qui, habitant la côte ouest africaine, y ont fort judicieusement adopté les habitudes des indigènes. L'usage et le besoin en sont si répandus, que cette graine a pris dans toute l'Afrique équatoriale une valeur symbolique de haute portée. Aucune transaction ne se fait sans échange de kola blancs. Sagit-il d'alliance entre tribus, les chefs échangent des kolas blancs. Est-ce la guerre, on envoie des kolas rouges. Une demande en mariage, une prestation de serment se fait par l'intermédiaire du kola. A la mort d'un parent ou d'un ami, une main pieuse dépose quelques graines auprès du corps, afin sans doute de permettre plus facilement au défunt de faire le grand voyage, aucun Africain, pour qui le kola est à la fois le vivre de réserve excitant à la marche et l'aliment permettant de résister à la fatigue, n'entreprenant une route un peu longue sans une provision de ces graines. Pour tout |dire en un mot, les
nègres maliométans n'hésitent pas à reconnaître à celte graine une origine divine : le Prophète l'aurait apporté lui-même aux croyants.
Quel que soit le symbole qu'il représente, le kola est employé à titre d'excitant de deux manières différentes selon qu'il est sec ou frais. A l'état frais on le mâche et on rejette le tissu véj^ctal ; à l'état sec on absorbe le tout. La saveur de la graine fraîche est d'abord sucrée, puis âpre et enfin amère. Ces diverses sensations s'expliquent aisément quand on se rapporte à la composition cliimique. L'amertume disparaît dans la graine sèche, mais elle y revient par la macération. La mastication des graines fraîches devient un besoin pour les nègres, elle raffermit leurs gencives et tonifie les voies digestives : de plus (et c'est un point capital dans un pays privé d'eau potable dans la région désertique), elle a la propriété de rendre agréable et fraîche au goût l'eau la plus ensoleillée et la plus saumâtre ; enfin elle satisfait, à petite dose, même pour longtemps, les exigences de la faim, et elle rend les travailleurs ou les voyageurs propres à supporter les plus rudes travaux, sans le secours d'aucun autre aliment que du riz. Ces faits résultent du témoignage do tous les voyageurs aujourd'hui nombreux qui ont visité l'Afrique et notamment d'un ouvrage du docteur Daniell {De la valeur nulrilive du kola). Enfin, pour épuiser son histoire, le kola passe pour aphrodisiaque au milieu des populations nègres, et c'est avec raison. La graine même sèche renferme une huile essentielle qui y est heureusement en faible quantité et qui est remarquable par cette propriété. Projetées à l'état de pulpe dans une eau bourbeuse, les graines la rendent transparente. Les gousses rempliraient bien mieux le même office, car elles renferment en bien plus grande quantité le mucilage qui remplit ce rôle de clarificateur dans la graine : il est même extraordinairement abondant dans le fruit.
Toutes ces propriétés, bien réellement établies par la composition chimique elle-même, justifient largement par les services qu'elles leur rendent l'engouement que les nègres professent pour les graines et la vénération dont ils entourent le végétal. Des lois protectrices très-sévères le mettent, en effet, dans chaque tribu, à l'abri de toute déprédation, de toute mutilation.
La graine de kola arrive maintenant en Europe en assez grande quantité à l'état sec pour les usages médicinaux : il faudrait s'en réjouir, si le produit, en raison de cette demande, n'avait fait naître de coupables sophistications dues plutôt aux nègres qu'aux marchands. M. Schlagdenhauffen et moi avons montré depuis quatre ans qu'on y mêle, et parfois dans de fortes proportions, certaines graines inertes qu'un œil exercé peut seul discerner dans la masse, tant la similitude de forme et de couleur est parfaite : il s'agit de Pentadesma butyracea Don. D'autres semences inertes également sont plus faciles à i econnaîlre : VHeritiera littoralis Ait, et le Garcinia kola Heckel ; enfin il s'y glisse même des graines très-toxiques, mais qu'on distingue à première vue du kola, notamment Physosligma venenosum Balf., et quelques autres que j'étudie en ce moment. Ce dernier mélange est accidentel et ne peut avoir aucune conséquence fâcheuse : il suffit de trier les graines avant de les utiliser, mais il faut que ce triage se fasse avec soin.
Nous avons trouvé dans les graines de kola sèches [Slerculia acuminata) les principes suivants pour iOO : caféine, 2,546; théobromine, 0,025; corps gras, 0,585; tannin soluble dans le chloroforme, 0,027; tannin soluble dans l'alcool, 1,591 ; rouge de kola, 1,290 ; glycose, 2,875; sels fixes, solubles dans l'alcool, 0,070: «mi JoH, 55, 754; ^omme, 5,040. Huile essentielle non déterminée:
matières colorayites, 2,561; )natières protéiques, 6,701 ; cendres, 5,325; eau d'hydratation, 11,919; cellulose, 29,851. Les coques de fruit renferment aussi de la caféine, mais en beaucoup plus faible quantité. Dans un travail récent sur la graine de kola, dans lequel les auteurs n'ont rien ajouté aux connaissances déjà révélées par nous (M. Schlagdenliauffen et moi), MM. Chodat et Guye, de Genève, ont fait connaître {Archives des sciences physiques et naturelles de Genève, 15 juin 1888) comme fait le plus saillant de leur étude : 1'^ la constitution chimique des cendres dans lesquelles ils ont trouvée de la silice, du chlore, de Voxyde de fer, de l'acide phosphorique 14 1/2 pour 100 et du protoxyde de manganèse 1,05; 2" que les soldats allemands de la colonie de Cameroon (Afrique tropicale) font grand usage de ces graines comme tonique et réconfortant, d'après Schorers Famil.-Blatt, 1888, n° H, docteur Watson. Ces auteurs omettent de signaler la présence de l'huile essentielle, dont l'action est si redoutable sur l'organisme humain. Ils ont fait leur travail sans avoir eu connaissance du nôtre, ainsi que M. Guye a bien voulu me l'écrire.
Si l'on compare les données de cette analyse avec celles qui résultent des analyses du cacao, du café et du thé, par Mitscherlich, Payen et Péligot, on voit que la graine de kola est le produit végétal jusqu'ici connu qui renferme le plus de caféine.
La caféine et la théobromine sont des excitants du système nerveux et des antidéperdilifs, en même temps que des toniques du cœur.
Le rouge de kola (obtenu aisément par solution alcoolique) est sans doute un produit plus complexe que son nom ne semble l'indiquer, car il a une action spéciale comme excitant du système musculaire. 11 conviendrait de l'examiner à nouveau. N'est-ce pas dans le rouge de quinquina qu'on a trouvé le plus d'alcaloïdes?
La glycose et l'amidon sont nutritifs, le tannin est astringent comme l'est
aussi le rouge de kola, enfin les matières protéiques en font un aliment azoté de
quelque valeur et complet, car il n'y manque même pas les matières grasses.
'huile essentielle est aphrodisiaque, mais on s'en débarrasse par quelques
manipulations chimiques peu compliquées mais longues.
Au point de vue médicinal, le kola est employé avec succès à l'état de poudre impalpable aromatisée (tisane Eberlin), dans nos colonies françaises, contre toutes les formes de la diarrhée atonique. On en fait aussi des élixirs et des pilules d'extrait alcoolique, des vins et des chocolats excitants. Toutes ces préparations, nous l'avons établi, ont l'inconvénient de laisser dans les déchets une grande quantité de caféine et de rouge non utilisée. Au point de vue physiologique et thérapeutique, tout ce que nous savons est dû à MM. Dujardin- Beaumetz et Monnet (chef de clinique à la Faculté de médecine de Lille) : il résulte de leurs recherches que le kola est un tonique du cœur et un diurétique actif. Il régularise par la théohronii.jie et la caféine les contractions du cœur dont il accélère les battements et exagère la puissance dynamique. A la seconde phase de son action, comme la digitale, c'est un régulateur du pouls qu'il relève; sous son influence ces pulsations deviennent plus amples et moins nombreuses. Comme corollaire de son action sur la tension sanguine, on voit la diurèse augmenter et, à cet effet, on peut utilement employer le kola dans les affections du cœur avec hydropisie.
C'est un antidéperditeur, un aliment d'épargne qui diminue les déchets organiques résultant des combustions des substances azotées (urée), en exer-
KOLPODE. 761
çant une action spéciale sur le système nerveux (aliments nerveux de Mantegazza). C'est un tonique puissant par les principes qu'il contient, et l'emploi en est indiqué dans les anémies, dans les affections chroniques à forme débilitantes et dans les convalescences des maladies graves. 11 l'avorise la digestion, en augmentant la sécrétion des sucs stomacaux (eupeptique), soit en agissant sur les fibres lisses de l'estomac, qu'il rendrait moins atones dans certaines dyspepsies. Sous son influence, on voit les anorexies (inappétences) rebelles disparaître et les fonctions digeslives se régulariser. Enfin c'est un antidiarrhéique excellent qui a rendu de très-grands services dans les diarrhées chroniques (Cunéo, Bohéas, Potier), dans certains cas de choléra sporadique (docteur Ilnchard et Duriau), sans qu'on puisse d'une façon nette expliquer physiologiquement son action (probablement favorable en se portant sur le système nerveux). Dujardin-Beaumelz, qui a bien fixé les doses propres aux différentes applications de ce médicament (dans ses Médications nouvelles^ 1880), indique comme préparations dominantes Y alcoolature , le vin et Vélixiv. 11 donne de 4 à 10 grammes de teinture et de 8 à 20 grammes d'alcoolature. Quant à l'élixir (alcoolature 500, sirop 500), il en donne quatre cuillerées par jour. Le vin, fait avec du vin blanc sec, 1000, et kola 200, se donne de 50 à 00 grammes par jour. Édouaud IIeckki,.
KOLK (ScHRŒDER van der). Voy. Schrœder.
KOLPODE. Genre d'Infusoires ciliés bolotrichcs, caractérisés par leur corps en forme de rein plus ou moins aplati latéralement et muni d'une bouché placée dans l'échancrure latérale du corps.
Les Koipodes sont connus depuis fort longtemps et ont attiré l'attention des plus anciens observateurs. C'est Losana qui, le premier, en 1825, leur a donné le nom qu'ils portent encore aujourd'hui. Ces Infusoires, possédant au plus haut degré la propriété de s'enkyster et de se fixer sous cette forme avec les poussières atmosphériques sur tous les objets, se rencontrent très-fréquemment dans les macérations faites avec des débris végétaux; c'est surtout le foin, les herbes sèches, la paille, qui en contiennent le plus grand nombre, car, susceptibles de se révivifier à la moindre humidité, les Koipodes trouvent dans les flaques d'eau des prairies et des champs un milieu très-favorable à leur mode d'existence. Nous allons les étudier d'abord à l'état actif, puis à l'état d'enkystement.
Lorsqu'on prend une pincée de foin et qu'on la jette dans un verre d'eau, on observe une heure après de gros Infusoiies arrondis, réniformes, qui se réunissent de préférence contre les bords du vase et que l'on peut recueillir facilement avec une pipette pour les porter sous l'objectif du microscope. Ces Infusoires sont des Koipodes. Ils présentent un corps épais, strié de lignes de cils très-régulièrement espacés, et possèdent une vésicule contractile à leur partie postérieure. Leurs mouvements sont assez lents pour en permettre facilement l'élude. Fixés par l'acide osmique et colorés par le carmin ou le vert de méthyle, ils laissent voir à leur intérieur un gros noyau arrondi, muni latéralement d'un petit nucléole. Telle est la forme active du Kolpode, mais le point le plus intéressant de son organisation, c'est la faculté qu'il présente de former un kyste à l'intérieur duquel s'effectue sa division ou dans lequel il peut se renfermer pour passer un temps plus ou moins long à l'état de vie latente. On
76? KONIGSWART (Eaux minérales de).
distingue donc deux sortes de kystes chez le Kolpode, le kyste de division et celui de conservation. Le kyste de division est temporaire, à parois minces et transparentes : c'est une sorte d'enveloppe provisoire plus ou moins muqueuse destinée à protéger l'individu pendant l'accomplissement d'un acte oiî il perd un peu de son activité vitale. Ces kystes se forment dans les cultures les plus prospères; on peut en provoquer la formation en mettant des Kolpodes sur une lame dans une goutte d'eau à l'abri de la dessiccation. Les individus ainsi séquestrés se roulent en boule, tournent sur eux-mêmes et s'entourent d'une mince membrane à l'intérieur de laquelle ils se divisent en deux, quatre, huit, seize et même trente-deux rejetons qui rompent bientôt les murs de leur prison pour aller vivre et s'accroître au dehors. Dans les kystes de multiplication la vie de l'être continue à se manifester par les pulsations régulières de la vésicule contractile.
Lorsqu'au contraire les Kolpodes se trouvent placés dans de mauvaises conditions de milieu, lorsque l'eau devient tiop pauvre en bactéries ou au contraire trop putride, on les voit cesser de grandir tout en continuant à se diviser et former ainsi des individus de petite taille qui s'entourent d'une membrane d'enveloppe double ou triple, à parois épaisses, jaunâtres. Dans l'iiitéiieur de ces kystes on n'observe plus ni bols alimentaires, ni vésicule contractile, le noyau seul peut être mis en évidence par les réactifs, mais avec beaucoup de diflicullé, à cause de l'imperméabilité relative de la membrane. C'est là le kyste de conservation, celui qui permet à l'organisme de traverser les périodes de sécheresse. Pendant longtemps les naturalistes ont vu dans la dessiccation la seule cause de l'enkystement de conservation, mais les recherches de l'un de nous (Fabre-Domergue) ont établi que le phénomène se produisait sous d'autres influences, et que les kystes demeuraient inertes dans l'eau même où ils s'étaient formés, tant que les conditions ne redevenaient pas favorables à la vie de leurs habitants.
Tout récemment un observateur allemand, Rumbler, a publié un travail dans lequel il dit avoir observé une troisième sorte de kystes, qu'il nomme sporablastes, et dans l'intérieur desquels se formeraient des embryons amœbiformes. Ces embryons sortiraient de leur enveloppe, se transformeraient d'abord en monades, puis en petits Kolpodes. Les observations de Rumbler demandent à être confirmées. Henneguy et Fabre-Domergue.
KOI^iDlXOSTOItiE. Genre d'infusoircs créé par Dujardin, comprenant aujourd'hui deux espèces et appartenant à l'ordre des Infusoires ciliés hétérotriches. Les Kondylostomes sont de grands Infusoires aplatis, rubanés, présentant un corps uniformément cilié et un péristome muni de membranilles buccales. Ils possèdent une vésicule contractile allongée placée contre un des côtés du corps et un long noyau moniliforme. Leur organisation les rapproche du genre Spirostomum. H. et F.-D.
Koi\ilGSWART (Eai'x MiKÉiiALEs de). Athermules, bicarbonatées, ferrugineuses faibles, carboniques fortes. Dans la Bohême du nord, dans le cercle et à 23 kilomètres de l'Eger, est la première station du chemin de fer d'Eger à Vienne, à 680 mètres au-dessus du niveau de la mer, à 8 kilomètres de Marienbad, à laquelle cette station est reliée par un magnifique parc. Le climat de Kônigsvvart est très-doux, l'air y est très-pur. Cette station est entourée de mon-
KŒSEN (Eaux minérales de). 765
tagnes boisées qui la mettent à l'abri des vents du nord. Cinq sources y émergent, nous n'allons dire un mot que de la principale : Victorsquelle (source de Victor). Elle est agréable à boire, quoique son goût soit très-sensiblement ferrugineux, mais il est masqué par l'abonelance du gaz acide carbonique libre. L'eau de cette source, analysée par Lôschner (de Prague) lui a prouve que lOOO grammes contiennent 0,085 de bicarbonate de fer, ce qui la met au premier rang des sources ferrugineuses et la place à côté de celles de Pyrmont, de Scliwalbacli et de Spa. L'eau de Kônigswart a tous les effets des eaux ferrugineuses et les avantages des eaux sulfatées; elle est surtout employée par les malades qui ont besoin d'eau plus chargée en principes martiaux que celles de Marienbad et de Franzensbad, c'est-à-dire qu'elle guérit l'anémie et la chlorose sans produire la constipation habituelle dans ces maladies, accrue par l'emploi de presque toutes les sources ferrugineuses. Le sulfate alcalin que contient cette eau la rend laxative et combat le resserrement occasionné par son principe martial.
La durée de la cure est en général d'un mois.
On exporte les eaux de la Victorsquelle de Kiinigswart. A. R.
KCESEiV ou KUSEI^I (E.VUX MINÉRALES, CUUES DE PETIT-LAIT ET DE RAISIN De).
Protolhermales, chlorurées sadiques fortes, sulfatées calciqxies et sodiques fortes, carboniques faibles. (Chemin de fer de Paris à Francfort-sur-le-Mein, ligne de Francfort à Berlin, dont Kôsen est une station.) Dans la Prusse saxonne, est une petite ville à 300 mètres au-dessus du niveau de la mer, à 5 kilomètres de Naumburg, sur les deux bords de la Saale, sur un plateau entouré de collines et planté de vignes. Ces collines protègent Kôsen contre les vents du nord et du nord-ouest, aussi le climat en est doux et la saison commence le l^"" juin et finit le 1" octobre. Deux puits fournissent les eaux de Kôsen, l'un alimente l'établissement de bain, et l'autre est exploité comme saline. Une troisième source ferrugineuse existe au voisinage delà station, elle est peu fréquentée. L'eau des sources salées de Kiisen est claire et limpide, son odeur est assez désagréable et semble rappeler celle du brome, cependant le docteur Fuss croit que cette odeur est due plutôt à une matière bitumineuse. Son goût est très-chloruré et à peine supportable. Sa température est de 16", 5, sa densité de 1,025. Hermann en a fait l'analyse et a trouvé que 1000 grammes contiennent :
Chlorure de sodium 40,9674
— magnésium 0,7252
— potassium. . . 0,1223
Sulfate de chaux 4,0605
— soude 4,0501
— potasse 0,0410
Bicarbonate de chaux 0,6152
— oxyde de fer 0,0410
Matières bitumineuses 0,0846
Total des matières fixes. 50,7073
Une nouvelle analyse démontrera probablement que l'eau chlorurée de Kôsen contient aussi de l'iodure et du bromure de sodium. Un seul établissement a été bâti à Kôsen; il est alimenté par un des puits de la source salée.
Mode d'administration et doses. L'eau du puits de Kôsen, qui sert en boisson, ne peut être administrée à cause de sa saveur désagréable sans être coupée d'eau de Selters ou de petit-lait. Elle se boit à la dose de 1 à 4 verres, pris le matin à jeun. On la donne aussi en bains et en douches d'eau et de vapeur.
764 KOUMYS.
Comme l'eau chlorurée de cette station est très-chargée, les bains n'ont pas besoin d'être additionnés d'eau-mère. La durée des bains d'eau est en général d'une demi-heure, celle des bains de vapeur varie de vingt à trente minutes, et enfin celle des douches d'eau, à la température de la source, est de dix minutes; celle des douches de vapeur est d'un quart d'heure.
Effets physiologiques et thérapeutiques. L'eau chlorurée sodique, sulfatée calcique et sodique forte, a une action constipante, prise en faible quantité, laxative à dose moyenne, et purgative quand on en prend plus de 2 ou 5 verres. Son effet est tonique et excitant de la circulation sanguine et de la sécrétion cutanée, surtout quand elle est employée eu bains de vapeur chlorurée. Sou action thérapeutique principale est de remédier, selon la dose, à certains états intestinaux accompagnés de diarrhée persistante, ou, au contraire, de constipation permanente. Elle donne des résultats heureux dans toutes les formes de la scrofule, et surtout dans les engorgements glandulaires où elle doit être administrée, non-seulement en boisson et en bains, mais encore en applications locales.
Une cure de raisin peut être facilement suivie à Kosen, dont les environs produisent du raisin excellent que peuvent aller cueillir les malades auxquels ce traitement convient.
La durée <le la cure est de vingt à vingt-cinq jours. On exporte peu l'eau chlorurée de Kosen. A. Rotureau.
KOSSÉIIVE. Principe légèrement acide, cristallisable, de saveur styptique, soluble dans l'alcool, l'éther et les acides, extrait du kousso. L. Un.
KOUMi'S. Le lait fermenté est un aliment populaire depuis la plus haute antiquité dans certaines contrées de l'Europe orientale et de l'Asie centrale. En Russie, sous les noms de koumys, koumis, koumiss ou krumis, les Kirghizes préparent une boisson de saveur aigrelette et spiritueuse avec le lait de jument aigri et fermenté. Là, dans le Caucase, les montagnards consomment le képhir ou kefir, obtenu en traitant le lait de vache au moyen d'une levure spéciale.
Koumys ou képhir, ces laits fermentes, ou plutôt ces laits de Champagne, selon l'heureuse expression de M. Maximin Legrand, constituent une boisson alimentaire que sa richesse en alcool et en matières albuminoïdes fait employer comme agent de la médication reconstituante. La difficulté d'obtenir le koumys nature la eu pour conséquence les essais récents des expérimentateurs, afin de produire avec le lait des vaches de notre pays une boisson analogue à celle des Kirghizcs et des montagnards du Caucase. Telle est l'origine du galazyme, obtenu d'abord par Schnepp en additionnant le lait de vache avec du sucre et de la levure de grains.
Le koumys, le galazyme et le képhir, dont les analogies chimiques et thérapeutiques sont si grandes, ont été l'objet de travaux assez nombreux depuis une vingtaine d'années. Parmi eux, je signalerai en France : les thèses de M. Saillet sur Les laits fermentes et leurs usages thérapeutiques (Paris, 1886) et de M. Kosta Diniik sur Le képhir (Paris, 1887); de Gebhard Fritz (thèse de Wurtzbourg, 1885) ; les mémoires de Zorowski sur Le koumis du lait de vache {Montpellier médical, juin 1881); de M. Lépine sur Le képhir [Semaine médicale, 1887, n"-!); les recherches de M. Dujardin-Beaumetz et de son élève
KOUMYS. 765
M. Descliiens; et à l'étranger, les travaux de MM. Sipowiclih et Slrouvé {Sociélé médicale du Caucase, J 867-1879) ; Chablowski et Stckasmi (Gazette sanitaire militaire de Russie, 1877 et 1882); Sorokine et Sclotowski [Wratcli, 1882 et 1885); Kamkals {Deutsch. Arch., 1884); Boel (S. Petersbiirger Woch., 1885); en Autriche et en Allemagne, ceux de Monti (de Vienne [Allçj. Wien. med. Zeit., 1887]); Weiss [Wien. med. Woch., 1886); Hueppe et Stern [deutsch. med. Woch., 1884); enfin, en Angleterre, ceux de George [Med. Record, 1872); Myrtle etZagiehski [the Lancet, 1874 et 1879) et Thompson et Sulherland [Brit. Med. Journ., 1879).
1. Modes de préparation. Le kouniys des tribus tartares et kirghizes s'obtient en versant du lait de jument dans une outre contenant du vieux koumis desséché. On bat l'outre avec un bâton, ou 'bien encore on la place, paraît-il, sous la selle d'un cavalier, pour provoquer sous l'induence d'agitation une fermentation telle que la lactose se transforme en acide carbonique, en alcool et en acide lactique, en même temps qu'une partie de la caséine se peplonise. La teneur du koumys en alcool varie entre 1,2 ou 5 pour 100. On appelle koumys jeune celui qui en renferme 1 pour 100 et koumys vieux celui qui en contient 2à3pour 100.
La composition du koumys, d'après M. Hartier, serait la suivante : substances albuminoïdes, 11,20; matières grasses, 12; sucre de lait, 22; acide lactique, 11,50; acide carbonique, 7,85; alcool, 16,50; sels, 0,28. Il diffère donc du lait de jument par une moindre quantité d'albumine ou de sucre de lait et par la présence de l'alcool et de l'acide lactique. Il contient la même proportion de matières grasses.
Le kepliir est obtenu en additionnant le lait de vache d'un microbe : le Dispora caucasca, reconnu par Kern [Société impériale des naturalistes de Moscou, 1883, n" 5) dans la substance grenue que Ton vend sous le nom de graine de képhir et qui est désignée sous celui de millet du Prophète (psikeno pooroka) par la tribu tartare Karatiheotzi des monts Elbrouz et la tribu Kabardintzi du Caucase.
Les <irains de kepliir sont des masses irrégulières de 1/2 centimètre à 5 ou 6 centimètres de diamètre, constituées par deux micro-organismes, des cellules de levure, les Saccharomyces cerevisiœ, et une bactérie spéciale, le Disparu caucasica, dont chacune des extrémités se termine par une spore. Cette bactérie a la propriété de transformer la lactose en alcool.
Les Tarlares préparent le képhir au moyen du lait bouilli additionné de "raines de képhir et le consomment après douze ou vingt-quatre heures. Le titre alcoolique de cette boisson est d'autant plus élevé que la fermentation a été plus prolongée.
En Russie, où il existe des établissements pour les cures de képhir, on emploie un demi-verre de graines de képhir pour trois verres de lait cru ou chauffé de 15 à 30 degrés : on bouche hermétiquement et on maintient le mélange à une température de 15 à 20 degrés pendant vingt-quatre heures, en ayant soin d'ajouter de temps en temps le liquide. Le képhir faible a l'odeur de crème fraîche et le goût aigrelet.
Le képhir moyen s'obtient en mélangeant ce képhir avec deux fois son volume de lait et en faisant fermenter pendant quarante-huit heures. En prolongeant cette fermentation pendant trois jours on a le képhir fort, plus mousseux, plus aigre et plus enivrant.
766 KOUMYS.
M. Dujardin-Beaumetz conseille un mode de préparation plus simple. 11 consiste à faire fermenter à la température de 15 à 16 degrés, de 18 à 20 degrés (Lepine), un mélange d'une cuillerée ù bouche de graines de képhir, préalablement gonflées dans l'eau avec i/'l litre de lait. Au bout de deux jours, on obtient du képhir ayant la couleur du lait, la consistance crémeuse et un goût aigrelet. D'aprèsTouchinskij, mille parties de képhir contiennent : matières albumineuses, 58 ; matières grasses, 20; sucre de lait, 20,020 -, acide lactique, 9; alcool, 8; eaux et sels, 904,975.
Le galazyme ou képhir artificiel a été préparé d'abord par Schnapp au moyen de la levure de bière introduite dans un litre de lait dans lequel on avait fait dissoudre 5 parties de lactose et 5 parties de sucre. Pigeotti (de Trieste) ajoutait de plus du'micl et de l'alcool, Gibson, un mélange de lactose et de sucre de canne, et Wolf du sucre de raisin.
Dans le procédé de M. Deschiens on fait usage de la levure haute de grains; 4 grammes de cette levure sont ajoutés à 10 grammes de sucre dissous dans une petite (juantité d'eau, et celte solution est mélangée avec un litre de lait. On embouteille en laissant un espace vide; on bouche hermétiquement et on ficelle. La bouteille est agitée et placée dans une chambre dont la température n'est pas inférieure à 15 degrés. Vingt-quatre heures après, on a obtenu un liquide pétillant, mousseux, chargé d'acide carbonique et contenant 9 pour 100 d'alcool. D'après M. Saillet, la composition de mille parties de galazyme est la suivante : matières grasses, 52,40; matières albuminoïdes, 27,05; lactose, 29,50; alcool, 12; acide lactique, 10,50; acide carbonique, 7; eau, 880,95.
II. Propriétés physioi.ogiqdes du koumys, du képhir et du galazyme. En considérant la composition chimique de ces laits fermentes, on comprend que l'acide lactique, l'alcool, l'acide carbonique et la caséine transformée en hémialbuminose et en peptone par la fermentation, les distinguent du lait ordinaire et en sont les principes actifs.
L'acide lactique favorise les fermentations digestives, comme M. Thévcnet l'a établi depuis longtemps, en démontrant que le suc gastrique contient cet acide en liberté.
L'acide carbonique est un anesthésique de la muqueuse de l'e?tomac, mais de plus, par ses propriétés stimulantes, il augmente la sécrétion glandulaire de cet organe et excite les mouvements péristaltiques de l'intestin.
Le rôle physiologique des matières grasses est ici le même que celui du lait ordinaire. Inutile de s'y arrêter.
L'alcool que ces préparations contiennent en très-notable quantité agit encore sur les échanges nutritifs, et son action donne en partie raison de l'enibonpoint relatif des individus qui consomment le koumys et le képhir.
Enfin la transformation partielle, pendant la fermentation de la caséine en peptone et en hémialbuminose, donne raison de la digestibilité plus grande du lait ainsi préparé. A ces titres divers on doit donc considérer ces préparations comme eupepliques et alibiles : c'est le seul titre physiologique qui en recommande l'emploi aux thérapeutes.
III. Emploi thérapeutique du koumïs, du képhir et du galazyme. Les divers laits fermentes possèdent la même valeur thérapeutique, avec cette seule difiérence que, dans le koumis et le képhir, la fermentation alcoolique est produite aux dépens de la lactose, et, dans le galazyme, à ceux du sucre de canne.
KOUMYS. 767
A doses modérées, ils augmentent l'appétit, facilitent les selles et accroissent la quantité' d'urines. En en continuant l'administration, on constate de plus une augmentation de l'embonpoint. A doses élevées on provoque de plus de l'exhilaration et des phénomènes ébrieux que l'on peut attribuer à l'alcool et à l'acide carbonique.
Quelles sont les indications des laits fermentes ? D'abord dans les affections où le régime lacté est indiqué, mais où l'intolérance morbide de l'estomac ne permet pas d'administrer le lait. On l'a donc prescrit dans le catarrhe stomacal des alcooliques comme régime de transition, avant d'arriver à la diète lactée. MM. Dujardin-Beaumetz, Lépine (de Lyon) et Weiss (de Vienne), l'ont mis à l'essai contre Vulcère simple el h dilatation de Vestomac; M. Huguenin contre la dyspepsie des cancéreux et M\f. Mancliowski et Georgiewski (Wratch, 1884) contre les diverses maladies chroniques de ce viscère. M. Nanu (Spitalul^ 1887, n° 10) l'a recommandé dans la convalescence des maladies graves et en particulier des fièvres intermittentes, enfin M. J. Simon contre les vomissements et la diarrhée des enfants, effets thérapeutiques que l'on peut attribuer à la richesse du lait fermenté en acide lactique.
Beaucoup de médecins en ont fait usage dans ces derniers temps contre la tuberculose pulmonaire, soit au début comme agents eupeptiques, soit, dans les formes avancées, comme médicaments toniques et reconstituants. En Russie, en Crimée et dans les grandes villes à Moscou, et à Saint-Pétersbourg, il existe des établissements sanitaires consacrés au traitement par les laits fermentes.
Sous leur influence on constate la disparition ou l'atténuation des phénomènes dyspeptiques, si redoutables chez les phthisiques; la diminution de la fièvre, de la toux et de l'expectoration, l'augmentation du poids du corps et le retour du sommeil. Les thèses de MM. Saillet et Kosta Dinich ont enregistré des observations intéressantes, et dans son livre sur la phthisie pulmonaire M. Hérard recommande cette médication, sous l'influence de laquelle il a eu, écrit-il, « plus d'une fois l'occasion d'observer chez des phthisiques ces heureux changements. ))
Ajoutons d'ailleurs qu'on en fait usage contre les diverses maladies consomptives, contre l'anémie, car elle augmenterait les globules rouges, d'après Wyss (de Zurich), et même avec Thompson pour combattre la cachexie des diabétiques.
IV. Mode d'administration et doses. En prescrivant les laits fermentes on doit tenir compte des effets laxatifs du koumys ou du képhir faible et de leurs effets constipants, quand ils sont forts. Enfin on doit aussi noter la répugnance absolue de certains malades pour cette médication. Il est vrai que, pour la vaincre, on peut édulcorer la préparation, képhir ou koumys, par l'addition de sucre en poudre.
Autre recommandation : on conseille d'employer d'abord un lait fermenté faible et d'en augmenter graduellement le titre alcoolique pour arriver au lait fermenté fort. L'emploi du galazyme offre, à ce point de vue, des avantages, parce qu'on peut, en augmentant la proportion du sucre, en faire varier le titre alcoolique.
Enfin, comme celui des autres boissons alcooliques, l'usage continu du képhir, du koumys et du galazyme, présente des inconvénients. M. Diraitrof, directeur du Sanatorium de Jalta, conseille donc de ne pas le prolonger au delà de cinq
768 KRANKEMIEIL (Eaux minérales de).
à six semaines, de ne pas dépasser la dose quotidienne de 5 litres et d'ingérer le liquide par petites quantités. Ch. Eloy.
KOURlLS OU KURILS. Voy. Aïxos.
KOVSSimE ou TÉIXIIWE. Résine jaunâtre, amère et acre, extraite du kousso, qu'on épuise par l'alcool à 36 degrés ; on traite |)ar la chaux, on lave à l'eau, on précipite par l'acide acétique et on purifie le précipité. On l'emploie quelque l'ois contre le ténia. L. Hjv.
KOUSSO. Voy. Gousso.
KRi\J<Ji(^- ^ oy. Chica.
KRAMER (Wilhelm), Né à Halberstadt le 17 décembre 1801, mort à Berlin le 7 décembre 1875. Il s'occupa spécialement d'otologie et acquit une grande célébrité dans celte branche. De bonne heure il utilisa les découvertes de Laennec et d'Auenbrugger pour l'examen de l'oreille, perfectionna cet examen par le calhélérisme méthodique de l'oreille moyenne et le traitement des maladies de celle-ci par la douche d'air. 11 contribua beaucoup à donner une base scientifique à l'otologie. Ses ouvrages embrassent la période de 1853 à 1875. Citons seulement son Uandbiich (1er Ohrenheilkunde. Berlin, 1867, in-8». L. Un.
HRAmERlA. Voy. Râtanhia (3'^ sér., t. Il, p 569), et H. Bâillon, Traité de botanique médicale phanérogamique, 909, fig. 2626 et 2658. H. B.n.
KRAIUÉRIQL'E (Acide). Se trouve, d'après Peschier, dans la racine de râtanhia. Le sel de baryum formerait des cristaux microscopiques, solubles dans 600 parties d'eau bouillante; la solution serait précipitée par l'acide carbonique, mais non par l'acide sulfiirique, et même l'acide kramérique enlèverait la baryte à l'acide sulj"urique. D'après Wiltstein, cet acide n'est qu'un mélange d'acide sulfurique et de lyrosine. L. Hn.
KRAKHEIVHEIL (Eaux MINÉRALES ET CURE DE petit-lait). Atliermules. bicarhonaLéea et chlorurées sodiques faibles, iodo-bromurées, carboniques moyennes, sulfureuses faibles. (Chemin de fer de Paris à Municb, ligne Inspruck jusqu'à Tœlz.) Dans la Haute-Bavière, sur la rive gauche de l'Isar, dans un site Irès-piltoresque, et à cinq minutes de Tœlz dont Krankenhcil est une annexe, à 671 mètres au-dessus du niveau de la mer. La saison commence le 15 mai et finit le 15 octobre; quand le temps est beau, la cure peut facilement se continuer jusqu'au 1"' novembre, elle est possible même pendant tout l'hiver. Deux sources principales émergent à Krankenheil ; elles se nomment Johann- Georgsquelle (source Jean-Georges) et Bernardsquelle (source de Bernard). Ces deux sources sont employées exclusivement en boisson, l'eau des autres griffons qui n'ont pas reçu de nom particulier servant à l'administration des bains. L'analyse chimique des deux principales sources de Krankenheil a été faite par les professeurs Frcsenius, Barlh et Kayser, qui ont trouvé dans 1000 grammes d'eau les principes suivants :
KRANKENIIEIL (Eaux minérales de). 7ti9
s. JEAN-GEOIVGES. S. IlERNARD.
Bicarboiiale Je soude 0,2fi31 0 27'23
— thaux 0.'o74i 0,0878
— mnguosia 0,0212 0,0242
Chlorure de soiUum 0,t'J07 0,2414
loduro de sodium 0,0012 0,0013
Bromure de sodium traces. (races.
l'iiosphate de chuux 0,0010 0,(iOiO
— proloxyde dj fer 0,0050 0,0020
Sulfate de potasse O.lO.jl 0,0078
— >oudc 0,0100 0,01)11
llumule de soude O.iOllj 0,01)13
S'Iite-- • • 0,0011 0,0016
Résini!, acides crénique et apocrénirjue.. traces. (race?,
ToT.\L BES MATIÈRES FIXES.. . . 0,1)789 0,6i78
Gaz.
acide carbonique libre. . , . 0,0159 0,0113
hydrogène sulfure 0,0009 0,0014
— carboné 0,0002 0,0J05
azote tr:ii;es. traces.
Total des gaz 0,0170 0,013
Mode d'administration i;t doses. Les eaux du premier puils de Kranktîiiheil s'emploient en boisson, eu bains et en doucbes d'eau et de vapeur, en fomentations, en injections et en cataplasmes. On les boit le malin à jeun, à la dose de 2 ou 0 verres; au bout de (pieUpies jours, on peut aller juscju'à 6 verres pris de quart d'heure en ([iiart d'heure. La durée des bains deau est de dix à quarante-cinq minutes. Les douches se prenncut avec l'eau naturelle chaulfée ou non chauffée; leur durée est de dix minutes. Lorsqu'on veut user de l'eau de Krankcnheil en fomentation, ou imbibe une compresse d'eau minéi aie chargée du sel qui se (orme après sou évaporalion. L'eau de cette station est employée en injections vaginales, pure et contenant le résidu salin de la source. Les cataplasmes préparés avec l'eau de Krankenheil sont composés de farine de seigle, de miel et d'oignons rôtis; ils provoquent promptement de la rougeur, et même la formation de vésicules et dj pustules, si ou les laisse longtemps en contact avec la peau. Enlin on préparc à Krankcnheil un savon avec le sel provenant de l'évaporalion de l'eau minérale. Ce savon jouit d'une grande réputation dans certaines maladies locales de la peau.
Effets physiologiqu(?s et thérapeutiques. L'analyse chimique démotilre que les eaux de Krankenheil sont peu minéralisées, et cependant elles ont une action physiologique, thérapeutique surtout, plus marquée que d'autres eaux plus chargées eu chloruie et en iodo-bromure. En boisson, elles agissent eu augmentant l'appétit, eu rendant la bile plus liquide, en tonifiant l'économie entière, tout en étant très-sédalives. Elles oui. une action diurétique marquée. L'eau de la source Jean-Georges, en boisson surtout, convient aux personnes nerveuses et anémiques; celle de la source Bernard est indiquée au contraire pour les tempéraments sanguins, chez lesquels il est important d'obtenir un effet purgatif ou laxatif. C'est surtout datis la scrofule que l'eau de Krankenheil en boisson, en bains, en douches, en fomentation et en cataplasmes, donne des résultats certainement plus heureux que d'autres sources dont les eaux sont plus riches. Les affections cutanées, les engorgements glandulaires d'origine scrofuleuse, se trouvent très-bien de l'eau en boisson, des bains, des douches et de l'application locale des eaux de Krankenheil. Lorsque la phthisie coïncide avec la scrofule, elle est avantageusement combattue par une cure de petit-lait
DICT. E.NC. 4"= S. XVL 4y
770 KUEUT (Eaux .\u.vKit aliîs de).
pur ou coupé d'eau de Ivrankcnlioil. Le cliiuiit doux el l'air sans cesse renouvelé de ce poste minéral sont un puis^^ant adjuvant.
La durée de la cure est de trente à quarante jours. On exporte l'eau de la source Jean-Geori^es surtout, et aussi les produits salins, tirés de l'eau de Krankenheil sous forme de sel ou de savon minéral. A. Rotureau.
KRAUSE (Carl-Friedpjch-Theodor). Né à Hanovre, le 15 décembre 1797, mort dans cette ville le 8 juin 1868. Anatomiste distingué, il enseigna sa science à l'école chirurgicale. Ses compatriotes lui attribuent la découverte des fibres de tissu conjonctif, de la striation transversale des fibres musculaires du cœur, de l'origine des vaisseaux lymphatiques dans les villosilés intestinales, des glandes acineuses de la conjonctive, des sinus sphéiioïdal et ethmoïdal, de la couche de cellules ganglionnaires de la rétine, etc. Parmi ses nombreux travaux, citons :
I Uandbiich der menscliHclwn Anatomie. Ihinnover, ISÔd-lSôS, in-S"; 2. Auflage, ISîl- 4843. — I[. Veber das Aller der Mcnscheiipocken, elc llannover, 1825, in-S". — III. Synopsis icône illuslrata nervorum systcniatin f/any/iosi in capiie hominis. llannover, 1859. — lY. Art. Haut dans Wagner s Uaudwôrlerbuclt, et un îirticle remarquable sur la forme et les dimensions de l'œil dans Mechel's Archiv, 1852. L. Hn.
HUAl'SE (Caiu,). Né à Delisch, en Saxe, en 1716, exerça d'abord la chirurgie à Halle et à Hambourg, puis compléta ses études médicales à Leipzig ou il piit le grade de docteur en 17o2. Sa thèse inaugurale De honiine non machina rellète les idées du temps. De ses nombreux mémoires nous citerons seulement : Dissertatio de amuletis medicis cogitata (1759, \n-¥). De variolariim extirpatione incisioni suhslitiiendâ (Leipzig 1762, in-4''). Professeur d'anatomie et de chirurgie à l'université de Leipzig en 1762, il est mort dans cette ville le 26 avril 1785. On lui doit une bonne édition de Celse (Leipzig 1767, in-^"). Kùhn a réimprimé les diverses dissertations de Krause, Opuscida niedica-practica, en 1787, in-8"'. A. D.
lîREUTlI (Eaux minérales et cure de i^etit-lait) . Athermales, sulfatées calciqiies moyennes, carboniques fortes, sulfureuses faibles. (Chemin de fer de Paris à Munich, Inspriick et Wildbad-Kreuth.) Dans la Haute-Bavière, dans le disirict de Tegernsee, dans une vallée des Alpes, à 828 nièties au-dessus du niveau de la mer, est un village dont le climat a des variations brusques, ce qui fait que la saison ne commence qu'à la mi-juin pour iinir h la mi-septembre. Quatre sources émergent d'un terrain calcaire et bitumineux; elles ont reçu les noms de Schweighofquelle (source du Silence), de Heiligen-Kreuzquelle (soui'ce de la Sainte-Croi-v), de Gernbergsquelle (source du Gernberg) et de Stinkergraben (source du Fossé puant). Les deux dernières sont inutilisées ; la première est Uvs-peu abondante el est employée en boisson seulement. Son eau est laiteuse cl un peu bleuâtre; elle dé[tose des flocons de barégine, son odeur est sulfureuse. Sa température est de 15%5 centigrade, et sa densité de 1,004= Son analyse a donné à Fuchsen dans 1000 grammes les principes suivants :
Sulfate de chaux 1,3509
— ma;rnésie.. . (1,8ï;20
— soude el potasse 0,1461
Bicarbonate de chaux 0,2867
— magnésie 0.0112
Sulfure de calciui'i 0,0211
Silice traces.
'IOTjL UES .llAïiÈHES 1.'1XL< 2,6713
KflEUZ.NACil (Eaux MiKLhALEs de). 771
P 1 aeiilo carlioniqiio liliro I)'",l2l8
^''^- * i — suilhydriiiiic 0''',0249
Total des gaz 0''',l-i67
L'c;iu de la Sainte-Croix est limpide, très-gazeuse; sou goût diffère à peine de celui de l'eau ordinaire ; son odeur e^^t très-Iégèrcmenl hépatique. Sa température est de ll'',^ centigrade, sa densité de 1,005. Son débit est tellement abondant qu'elle forme un large ruisseau dès son point d'émergence. Son analyse démontre qu'elle renferme trois fois moins des ]irincipes contenus dan? la source de Sohweigliof, mais une quantité notable de bicarbonate de fer. Un établissement, bien installé, est situé à dix miimtes de la route de l'Acliensee.
Mode d'admixistratioîs et doses. L'eau des sources de Schweigliof et de la Sainte-Croix est employée en boisson, en bains auxquels on peut ajouter l'eaunièri' de la saline voisine de Rosenlieim, en bains de vapeur et en douches. On trouve encore à Krculli une cure de petit lait de chèvre et de suc d'herbes qui est au moins aussi suivie que celle des eaux.
Effets rHYSioLOGiQaES et thérapeutiques. Les eaux de Kreuth sont laxatives, diurétiques et toniques, ce qui s'explique par lu présence du sulfate de chaux et de magnésie dans la Schweighofquelle et du bicarbonate de fer dans la source de la Sainte-Croix. La présence du sulfure de calcium et du gaz hydrogène sulfuré qui existe dans les deux sources principales de Kreuth, mais surtout dans la Schweighofciuelle, explique pourquoi ces dernières eaux sont utilement administrées en boisson dans les affections catarrhales des voies respiratoires et urinaires, et enfin pourquoi elles sont utiles dans les affections cutanées humides.
La durée de la cure est de vingt-cinq jours. On exporte peu l'eau des sources de Kreuth.
MRKL'ÏIVACII ou CREUXl^ACM (Eaux MINÉRALES, CURES DE RAISIN ET DE
petit-lait). Athermales, protolhermalea et kypothermales, chlorurées sodiques fortes, ferrugineuses faibles, hromo-iodurées, carboniques faibles, non gazeuses. (Li"ne de Paris à Mayence, dont Kreuznach est une station.) Dans la Prusse Rhénane, au confluent de l'Eller et sur la rive droite de la Nahe, est une ville de plus de 6000 habitants, à 500 mètres au-dessus du niveau de la mer, dans une vallée étroite, dominée par de hautes montagnes qui protègent cette station contre les vents du nord. Son climat est à peu près celui des plaines des bords du Rhin, seulement il est plus chaud et plus sec. La saison commence le {"" mai et finit le 50 septembre, mais on peut faire en tout temps une cure à Kreuznach. Les baigneurs peuvent y avoir des distractions et y faire de belles promenades et des excursions intéressantes. Tous les matins ont lieu des concerts entre sept et huit heures près de la source Elisabeth, l'après-midi de quatre à six heures, dans le parc en face de la Cursaal, enfin, le soir, il y a spectacle au théâtre ou réunion dans les salons du Curhaus. Plus de vingt sources émergent de roches feldspatiques et porphyriques à Kreuznach ou aux environs. Les principales se nomment : Elizabethquelle (source d'Elisabeth), Karlsquelle (source de Charles), Theodorsquelle (source de Théodore) et Miinsierquelle (source de Munster)'. Il y en a beaucoup d'autres, comme la Nahequelle (souice de la Nahe), VOranienquelle (source d'Orange), etc. Nous ne nous occuoe'-ons que des quatre premières,
^ Élisabethquelle. Elle émarge au bout d'une longue allée dans un puits
772 KREUZNACU (Eau\ minérales de).
surmonté d'une digue de pierre semi-circulaire. Son ean, à peu près limpide, est sans odeur. La saveur est très-sensiblement salée et un peu ferrugineuse; pas d'action sur les préparations de tournesol. Elle n'a aucune bulle gazeuse, mais elle se recouvre d'une mousse assez abondante. Oa la boit d'abord avec répugnance, mais on s'y babituc après quelques jours. Sa lempéraluie est de 35 degrés centigrade, sa densité de 1,0095, et son débit est de 1600 pieds cubes en vingt-quatre heures. Nous en donnons l'analyse au tableau qui. suit les sources des salines.
2" KARLSQtELLE. Sou griffou est sur la rive droite de la Nabe. Il est abrité par une rotonde. Des tuyaux aboutissent à son bassin, et une macbine à vapeur envoie l'eau dans les hôtels et dans les maisons particulières de la ville, mais cette source est tellement abondante que son surplus sert à la fabrication du sel marin. Cette eau a les mêmes caractères physiques et chimiques que la précédente; seulement sa température est de 24 degrés centigrade et sa pesanteur spécifique est beaucoup plus considérable : 1,01 H. Son analyse est au tableau suivant.
"5° Theodousquelle. Celte source est sur la rive gauche de la Nahe. Son eau est limpide et sans odeur, son goût est plus franchement salé que celui de l'ÉlisabctlKinelle; elle contient moins de chlorure de sodium, mais elle n'est surtout nullement ferrugineuse. Elle n'a aucune action sur les préparations de tournesol; sa pesanteur spécifique est de 1,0102. Nous en reportons l'analyse après la source suivante.
4° MiJNSTERSQUELLE. Elle émerge à Mùnster-am-Stein, à près de 2 kilomètres de Tbeodorsquelle et à 3 kilomètres de Kreuznach. Son i au est d'une limpidité parfaite, elle est sans odeur; sa saveur est plus désagréable encore que celle de i'Élisabethquelle, elle semble plus ^aiée que l'eau de la Tbeodorsquelle et pourtant elle contient un peu moins de chlorure de sodium. Elle n'est nullement ferrugineuse et n'a aucune action sur les préparations de tournesol. Sa température est de 50 degrés centigrade, sa densité de 1,007. L'analyse chimique des eaux de Kreuznach a été faite par MM. Polslorf, Dûiing et Mohr.
ELIZABETIIQLELLE. KARLSQL'ELLE.
Chlorure de sodium. . . . 9,5201o'29 10,9510673
— calcium. . . . I,73ôô990 1,4138173
— potassium. . . 0,rJ686-2i 0,9257783
— raagnébivim. . 0,(62838i »
— lilhium. . . . 0,0097918 »
Bromure de sodium 0,0401072 »
lodure de sodium 0,000il95 »
— chaux » »
Bicarbonate de magnésie. . 0,1703989 0,0017310
— stroiitiane. . 0,0892370 »
— baille. . . 0,0583818 0,0782415
— proloxydede
fer 0,0260251 0,0016230
Bicarbonate de manganèse. 0,00)2489 0,0000358
Silice 0,0109887
Alumine 0,0028111 »
Total des matières fixes. 11,8436627 13,37535.18
TIIEODOBSQUELLE.
traces.
3IL>STERQIELLE.
0,03lJ4l
Établissements. Des canaux aboutissent aux bassins de presque toutes les sources principales et conduisent les eaux aux établissements publics, aux hôtels et à presque toutes les maisons particulières. Aussi les hôtes de Kreuznach peuvent prendre leurs bains sans sortir de chez eux, avantage qui n'existe dans
KREUZ^JACII (Eaux minérales de). 773
aucune station minérale. L'établissement le plus confortable et le plus luxueux se nomme le Guihaus et renferme à la lois un salon de conversation, un restaurant, des salles de bains et des appartements pour les malades; il reçoit les eaux de la Naliequellc, qui y sont apportées par un tuyau de fer passant sous le lit de la'rivière. Des logements de gradation sont alimentés par les sources de Theodor et de Miinster, dont l'accès est ditficilc par les jours de pluie. L'administration du (lurbaus, qui a beaucoup fait pour l'amélioration des moyens matériels et tbérapeutiques de Kreuznacb, a eu l'idée d'établir dans le parc des fascines sans cesse baignées par de l'eau cliloruiée. Cette saline est surmontée d'un toit et terminée par denx pavillons. L'air salin est reçu dans un espace resserré où les malades viennent respirer comme dans une salle d'inhalation. Une expérience plusieurs fois renouvelée a démontré que l'eau, avant d'arriver à la chaudière oîi on finit son évaporation, cède à l'air une partie notable de ses éléments salins. La température de la salle d'inhalation est inférieure de 1 à 5 degrés à celle de l'air extérieur. Le docteur Slabtl s'est assuré de plus que Tévaporation de la saline du Gurhaus augmente sensiblement l'ozone de l'air, ce qui rend le séjour dans celte salle d'inhalation utile aux lymphatiques et aux autres malades auxquels il convient, comme nous allons le spécifier en parlant des effets tliéiapeutiqucs. L'eau du Tlieodorsbrunnen alimente les maisons et les hôtels- bâtis dans le Val-des-Salines ; elle sert surtout à la fabrication du sel marin. La source de Mûnster-am-Stein fournit son eau à l'établissement des bains de Munster, aux salines et à un bassin, dans le parc, placé sous un dôme de rocailles. Les sources de Théodore alinienti-nt les logements de gradation qui forment le rang inférieur des salines de Kreuznacb et dont les bancs de fascines sont au-dessous du niveau de la route, et sur la rive droite de la Nabe. L'eau, après avoir parcouru onze logements de superposition, marque 18 pour 100 de concentration, et est reçue dans une chaudière oii par l'ébullition on l'évaporé et on en obtient du sel marin. C'est le liquide réfractaire à la cristallisation qui est rcau-mère ou mutterlauge. Le logement des salines de Munster est distant de 500 mètres de la source de ce nom. Son eau, après avoir successivement parcouru les bancs de fascines où elle s'évapore, atteint 22 pour 100 de concentration. Cependant la quantité de sel que l'on en relire est moins abondante que celle obtenue par l'eau de la Theodursquelle. L'eau-mère de Mûusler a une pesanteur spécifique de 1,5155. Comme sa composition chimique ditfère sensiblement de celle de Salins, de Salies, etc., de Nauheim et d'ischel, de Bex, etc., nous en donnons l'analyse d'après Polstorf, qui a trouvé dans 1000 grammes les principes suivants :
Chlorure de calcium 230,30690
— magnésium 30,003iO
sodium 20,9i750
— iiolas>ium 20.19IC0
— liïhium 0,10350
— alurniiiiura 0,02050
Bromure de sodium 0,T7UU0
lodure de sodium 0,00070
Chlorliydralo de ter }
— manganèse h traces.
Acide phosphorique )
Total des matières fixes 302,34590
Matière organique et eau 697,6ûil0
Total général 1000,00000
lu IvREUZNACII (Eaux minérales de).
On extrait de cette eau-mère, cii en poursuivant la concenlralion jusqu'à ce qu'elle se prenne en masse cristalline, un sel que l'on expédie en tonneaux.
Mode d'admijsistration et doses. L'eau "de la source Elisabeth est exclusivement employée en boisson; elle se prend le matin à jenn à la dose d'un quart de verre à un demi-verre de dcmi-lieure on demi-heure, ou de 2 à 6 vcrres| pure ou coupée de petit-lait. La source Oranien est plus riche encore en chlorures de calcium et de sodium et en éléments bromures et iodurés, aussi sa saveur estelle plus désagréable que celle de l'Élisabethquelie. Elle est moins employée à l'intérieui', mais elle est plus active quand l'estomac peut l'accepter. Sa dose varie, suivant les âges et la conslilulion, de 1 cuillerée à soupe à 2 et à 5 verres. Les bains et douches alimentés par les eaux du Val-des-Salines et de Miinster se prennent avec de l'eau chaulTée ou à la température naturelle. L'eau est pure ou additionnée d'eau-mère, la durée des bains est de dix minutes à une heure et demie, et, en général, d'une demi-heure. S'ils sont additionnés d'oau-mère, leur température peut être moins élevée et le malade y restera au plus une demi-heure, sui tout lorsque l'eau contient une assez grande quantité d'eau-mère, 20 litres, par exemple, c'est-à-dire 8 kilogrammes 1/2 de chlorures et de bromures. Les douches sont chaudes ou froides, ascendantes, descendantes ou latérales. Leur durée ne doit pas dépasser dix minutes ou un quart d'heure. Les applications locales se font au moyen de compresses imbibées d'eau minérale pure et additionnée d'un tiers d'eau-raère d'abord, en allant progressivement jusqu'à trois parties d'eau-mère ()our une d'eau minérale. La durée de ces applications locales doit être de plusieurs heures et même d'une nuit. L'atmosphère qui entoure les salines, les fascines et les bâtiments dégradation, se charge des principes volatils provenant de l'cvaporalion dos eaux. On s'explique facilement le refroidissement, l'odeur et le goùl d'un air chargé de principes salins, qui rappelle celui des bords de la mer.
Les injections vaginales sont souvent conseillées dans les affections de l'utérus et de ses annexes.
Effets I'hysiologiques et thérapeutiques. De l'eau de toutes les sources de Kreuznaeh, c'est celle de l'Elizabethquelle qui est la plus employée, et cependant elle est difficilement acceptée pendant les premiers jours. On s'habitue peu à peu à sa saveur salée et saumàire, d'autant moins masquée qu'elle ne renferme pas de gaz acide carbonique libre. L'eau de l'Oranienquelle est encore plus désagréable, et celles de Karlshalle et de TheoLlorshalle sont à peine supportables, mais leur usage interne est exceptionneL L'action physiologique de l'eau de l'Elizabethquelle n'est pas très-marquée sur l'estomac, mais, prise en petite quantité, elle amène presque toujours la constipation, qu'il ne faut pas attribuer seulement au principe ferrugineux qu'elle contient, mais à ses chlorures et surtout au chlorure de sodium qui constipe toujours, pris à Faible dose. A dose plus élevée, elle est laxative et souvent purgative. Les buveurs ont la bouche pâteuse et conservent après cet effet un goût sensiblement salé. L'eau de l'Elisabelhquelle est diurétique, prise à petite dose, et quand elle constipe, mais elle n'a aucun clfet sur les reins quand elle devient purgative. Elle accélère peu les battements du cœur et des grosses artères. Son action est tonique et reconstituante. Les bains du Curhaus et de l'établissement de Miinster sont prescrits à la température de 52 à 55 degrés centigrade. Comme ces eaux chlorurées n'ont pas naturellement celte chaleur, il faut recourir à un chauffage aitificiel, et c'est la méthode de Schwarz que l'on emploie. Chaque baignoire
KREUZNAGH (Raux minékales de). 775
a un double fond inférieur, et c'est dans l'espace libre de ce double fond qu'arrive la va|)eur assez cbaude pour que l'eau minérale soit élevée en moins de dix minutes à la température d'un bain tiède. L'action pliysiologique des bains produit un ralentissement marqué du pouls, de la rougeur, et surtout de la démangeaison à la peau. L'elfet conséculif des premiers bains, surtout quand ils sont additionnés d'eau-mère et quand leur eau n'est pas mélangée d'eau ordinaire, est de causer de l'insomnie, de i'agilalioii nocturne, de la lièvre, une saturation minérale liàtive et des accidents cutanés, poussée, érytlième, eczéma, furoncles, etc. Nous avons parlé avec assez de détails de l'action pliysitjlogit|ue des douches des eaux fortement chlorurées, pures ou additionnées d'eau-mère, des applications locales de la mutterlauge, pour n'avoir pas besoin d'y revenir. Ceux qui voudraient connaître les considérations que ces moyens hydrothérapeu tiques nous ont suggérées les trouveront à l'article consacré par nous aux Eaux minérales en giInéral et aux [irincipales stations chlorurées sodiques fortes. La première indication des eaux de Kreuznach est certainement la scrofule à tous les degrés. Le lymphatisme exagéré n'est pas encore la maladie, mais il appartient à un (Uat général où les liquides blancs prédominent et où il n'est besoin que d'une nutrition incomplète ou défectueuse pour faire éclater des accidents d'une scrofule véritable, et conduire à des engorgements des ganglions, des articulations ou des os, ou même plus tard à de la suppuration de la peau, du tissu cellulaire sous-cutané, des jointures ou des os eux-mêmes. Les eaux de Kreuznach conviennent alors en boisson, en bains généraux, mêlés d'une plus ou moins grande quantité d'eau-nière. On emploie des applications locales d'eau-mère, si l'on veut produire, au contraire, une irritation jdus vive et une action résolutive plus violente. C'est dans ces cas qu'il importe aussi de faire visiter aux malades, finissant leur première enfance ou conmiençant leur jeunesse, les logements de gradation des salines voisines du Curliaus, de Karlshalle, de Theodorshalle ou de Munster, dont l'air salé est si riche en ozone.
Beaucoup de stations chlorurées fortes, bromo-iodurées, françaises et étrangères, donnent des résultats très-heureux dans les diverses nuuiifestations de lu scrofule.
Nous ne voulons pas insister davantage sur ce point, d'ailleurs non controversé. La seule remaniue que nous voulions faiie, c'est que les eaux de Kreuznach doivent avoir la préférence sur toutes les autres quand les suppurations de la scrofule sont superficielles. Les eaux de Kreuznach, administrées à l'intéi^eiu' et à l'extérieur, sont utiles dans toutes les maladies où il est nécessaire de relever les forces, de favoriser les sécrétions intestinales, d'entretenir la liberté du ventre, d'activer la cu'culation de la venie porte, de régulariser ou de l'appeler le tlux hémorrlioïdal ou d'obtenir la résolution des ganglions mésentériques ou bronchiques, etc. Artificiellement chauffées et prises en bains et en douches, elles ont une action favorable alors, lorsque surtout l'eau de l'ElizabetliquelIc en boisson vient s'ajouter au traitement externe. Quand les rhumatisants ont une constitution lymphatique; quand il est nécessaire de modilier profondément leur état général, ahn d'agir sur leurs douleurs, soit musculaires, soit articulaires, les eaux de Kreuznach, préalablement chauffées, doivent être employées en bains d'eau et de vapeur, mais nous mettons en seconde ligne l'indication des eaux athermales ou i)rotothenTiales de Kreuznach dans les affections rhumatismales accompagnées de lymphatisme ou de scrofule, et nous leur préférons les eaux chlorurées fortes mcsothermales et surtout hyper-
•276 KREYSIG.
l.iermales. L'usage des eaux de Kreiiznach à l'intcneur, à l'extérieur surtout, lionne de bons efl'els contre les névralgies et les névroses qui sont sous la dépendance d'un alfaiblissement du sang. Les hypochondiiaques, d'un tempérament lympliatique ou scrofuleux ; ceux qui ont une constipation persistante; ceux dont le pliysique et le moral ne présentent aucune énergie, etc., sont améliorés et (luelipiefois guéris par un traitement interne et eNterne des eaux de Krouznacli; celles de l'ElizabetlKjuelle et surtout les bains additionnés d'eaumère accélèrent le retour des forces dos convalescents et des cbloro-anémiques. Le traitement des tumeurs fibreuses de l'utérus et de ses annexes a été primitivement essayé à Kreuznacli, et les bons résultats que ces eaux ont donnés ont été conlii'niés par ceux obtenus à toutes les stations chlorurées fortes. L'eau en boisson, mais surtout en bains et en douches, et l'application topique de l'eaumère des salines, sont les moyens qui doivent être employés et qui réussissent même lors d'hémorrhagies fréquentes et quelquefois abondantes. L'emploi des mêmes moyens, auxquels on associe les douches lombaires, les injections ou les douches ascendanles vaginales, rend des services contre beaucoup d'autres affecliouv chroni(iues des organes génitaux de la femme. L'usage interne et externe des eaux de Kreuznach est efficace dans toutes les cachexies accidentelles, conmie la syphilis ancienne. Elles ont l'avantage de provoquer certaines éruptions de la peau ou des membranes muqueuses accessibles à la vue, (pii niellent sur la voie d'un diagnostic certain. L'aclion tonique et reconsliluante de ces eaux est très-ulile alors et ravive des forces qui semblaient épuisées. Les eaux de Kreuznach n'ont pas la prétention d'être choisies avant les eaux sulfureuses, sulfurées et chlorurées sulfureuses, qui sont plus actives pour déceler les syphilides larvées, mais elles sont plus toniques et plus reconstituantes. Elles ne doivent pas être conseillées chez les personnes qui ont un tempérament sanguin et sont prédisposées aux congestions ou aux hémorrhagies du cerveau et du poumon. Les malades ayant une affection organique du cœur ou des gros vaisseaux, chez lesquels il est dangereux de stimuler la circulation générale du sang, doivent aussi en être soigneusement éloignés. Enfin les phthisiques, quelle que soit la période de leur affection, ne doivent pas faire un usage interne ou externe des sources de Kreuznach; ils ne peuvent pas même compter sur les résultats heureux de l'air du voisinage des salines, car l'expérience a prouvé à tous les médecins de Kreuznach que les poitrinaires s'en trouvent mal, même lorsque leur [ihthisie est manifestement d'origine scrofuleuse. Du petit- lait de vache ou même de brebis est tous les matins apporté près des sources de la ville et du Yal-des-Salines, et les malades peuvent en couper leur eau minérale ou faire une cure de petit-lait pur. Il leur est facile aussi de suivre un traitement uval, car les plaines de Kreuznach sont plantées de vignes qui produisent du raisin blanc ou rouge de très- bonne qualité.
La durée de la cure est de tienle à quarante-cinq jours.
Jn exporte l'eau de la source Elizabeth, l'eau-mère, et le sel que l'on en letir'}, qui sert à distance à imiter, autant que possible, les bains chlorurés de Kreuznach. A. Rotureau.
KREYSIG (Friedrich-Ludvvig). Né à Eilenburg, le 7 juillet 1770, fut successivement professeur de pathologie et de chirurgie, puis d'anatomie et de botanique à Wittemberg. 11 passa à Dresde en 1805 avec le litre de médecin du prince électeur de Saxe et devint professeur de pathologie et de clinique à
KRONTIIAL (Eaux minérales de). 777
l'Académie niédico-clnrurgicale. Il mourut à Dresde, le 4 juin 1859, laissant un grand nombre d'ouvrages parmi lesquels :
I. Darstellunçi der physiol. u. palh. Grund/ehren. Leipzig', 1708-1800, 2 vol. in-8°. — II. Die Krankheilen des IJerzens sysletiiatisch bearbeilet, etc. Berlin, 1814-1817, 4 vol. iii-8» — III. Systew der prakt. Hcilkunde, etc. Leipzig u. Altenburg-, 1818-1819, 2 vol. in-S". L. Hn.
KRI8HABFR (Maurice). Né à Feketehegy (Hongrie), le 3 avril 1856, a fait ses études médicales à Vienne, à Prague et à Paris, où il prit le grade de docteur en 1864. 11 s'est occupe surtout des affections du larynx et de la physiologie de cet organe. Parmi ses ouvrages et mémoires publics sur ce sujet, nous devons citer : son travail Sur les pohjpes du larynx (1868), travail basé sur 260 observatious, plusieurs articles sur les diverses formes de lu laryngite (en collaboration avec M. Peler) publiés dans le Dictionnaire encyclopédique des sciencesmédicates (1868, 2'' série, t. I), deux mémoires suv ['Hygiène des musiciens et {'Hygiène des chanteurs, même recueil, 1875, 2" série, t. Xll. Deux autres mémoires Sur le crétin et le crétinisme, môme recueil, 1879 (en collaboration avec M. Baillarger). 11 avait commencé une série d'expériences relatives à Vlnoculabililé de la tuberculose chez le singe, Iravail couronné |)ar l'Institut (1882) et un travail ori^jinal sur la névropalhie 'cércbro-cardia//ue (1875). H est mort à Paris, le 10 avril 1885. Krjsliaber s'était fait naturaliser Français en 1872. A. D.
KRITDlUOiiAXCIE. Vog. Divination.
KKO:>iTlIAl> (Eaux MINÉRALES ET CURE DE PETIT-LAIT de). Alkemiales, chlo' rurées sadiques moyennes, bicarbonatées ferrugineuses faibles, carboniques fortes. En Allemagne, dans le duché de Nassau, en face de la chaîne du Taunus, à 6 kilomètres de Francfort-sur-lc-Mein, et aux environs de Soden [voy. ce mot), à 146 mètres an-dessus du niveau de la mer. Deux sources émergent à Kronllial. Elles se nomment Stahlquelle (source Ferrugineuse) et Wilhelmsquelle (source de Guillaume). Leur eau est limpide, incolore, traversée de nombreuses bulles gazeuses, qui en rendent l'odeur très-piquante. Leur goût est agréable, acidulé, salin et ferrugiueux. La température de la Stahl(|uelle est de 15", 7 centigrade, et celle de la Wilhelmsquelle est de 16'',2 centigrade. La densité de la première est de 1,006, et celle de la seconde 1,010.
INous donnerons les analyses d'après Lowe, qui a trouvé dans 1000 gramtTies d'eau les principes suivants:
STAIILQLELI.E. WlLllEI.MSQUEIXE.
Chlorure de sodium 2,360 5, 54194
— potassium 0,U8t O.OSS^S
— mnguésium. » 0,0(5161
— calcium 0,007 0,02187
— ammonium 0,007 0,00006
— litJDum » traces.
Bicarbonate tic cliaux 0,443 0,66418
magnésie 0,076 0,09300
— oxyde de fer 0.005 0,01362
— manganèse 0,002 0,00156
Sulfate de chaux 0,022 0,03034
Pliosphnle de chaux » 0,001.30
Arséniate lie chaux » O.tiOOIS
Silice, 0,069 0,07262
Silicate de soude » 0,05410
— alumine » 0,00035
Jlalières organiques 0,011 0,00196
Total des matières fixes.. . . 5,085 4,65557
778 KUHNIIOLTZ.
STAin.Ql;EI,I,E. NVlI.IlELMSQrrt.T^E.
Gaz acide c;iil)or.i(iiio libre 1"',G05 l^/J'âS
MoDK d'administration et doses. Les eau:? de Krontlial sont eiTiploye'es en boisson, pures ou coupées de' pelit-lait ou de suc d'Iierbes, en bains généraux, en bains de pluie et d'acide carbonique, en doucbes d'eau, de gaz et de vapeur. On peut faire aussi à Krontlial des cures spéciales de ])etit-lait ou de sucs d'berbes.
Effets physiologiques et thérapeutiques. Ces eaux sont toniques el fondantes par le fer et le cblorure de sodium qu'elles contiennent; elles doivent au chlorure de sodium d'avoir un effet laxatif et de remédier à la constipation ordinairement produite |iar leur principe ferrugineux. Elles augmentent l'appélit et elles facilitent les digestions par leur gaz acide carbonique libre, dissous et combiné. Elles sont employées avec le plus de succès contre les dyspepsies, la chlorose, les affections scrofuleuses et le catarrhe pulmonaire.
La durée de la cure est de vingt-cinq jours.
On n exporlc (\\\Q Irès-peu l'eau des sources de Kronthal. A. Rotlreau.
URLKEl^RKRG (Les DEUx).
Krukenherf; (Peteu). Célèbre clinicien, né à Konigslutter le l^ février 1788, fut professeur extraordinaire à Halle, puis en 18'21 professeur ordinaire et directeur de l'Institut clinique. Il mourut à Halle le 16 décembre 1865. On lui doit : Jahrhïicher der ambulatorischen Kitnik zu Halle (Halle, 1820-1824, 2 vol. iu-8°), et des articles dans les journaux de médecine. L. \h.
Krukenberg (Adolph). Neveu du précédent, né à Konigslutter !e 11 avril 1816, fut assistant à la clinique de Halle, puis professeur d'anatoniic ta l'établissement médico-chirurgical de Brunswick, où il mourut le 14 octobre 1877. 11 est l'auteur de publications anatomiques estimées. L. ILn.
KUAMCitOLlE. Voy. DivinatiOx\.
KiLhiv (Carl-Goitlob). Né à Spei'gau, près Mersebourg, en 1754, fut nommé professeur extraordinaire à Leipzig en 1785, puis professeur ordinaire de médecine, en 1802, enfin mourut en 1840, laissant : — Bibliotheca medica, etc., 1794. — Medicorum graecorum opéra quae exslant... Lipsiae, 1821-1855, 26 vol. en 28 part, in-8», plus des ouvrages sur la variole, sur l'électricité médicale, etc., et 2 vol. d'Opuscula acadeinica, Lipsiae, 1S27- 1828, in 8». L. Ib.
KL'ii%'HOLTK (Hekri-Marcel). Médecin français, né à Cette (Hérault), le 28 janvier 1794, a fait ses études médicales à Montpellier, où il a été reçu docteur en 1817. Reçu agrégé en 1828, il suppléa aussitôt le professeur Lordat et fut nommé bibliothécaire de la FacuUé en 1851. Très-studieux et très-lettré, il a publié un certain nombre de mémoires et d'articles sur l'histoire et la biographie médicales. Nous citerons entre autres son Cours dliistoire de la médecine et de biographie médicale (1857), un Élogede Cehe (1858), Paris et Montpellier soûs le rapport de la philosophie médicale (1841). Philologue distingué, on lui doit une part active de collaboration au Dictionnaire de la langue roaiane de
Raynouart, aux Mamixcrlts inédits de Tasse (Turin, i8ô8), etc., et il a publié un ouvrage remarquable : Des Spinola de Gènes et de la complainte, depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (Montpellier, 1852). Il est mort le 8 mars 1878. A. D.
KIJSS (Emile). Né à Strasbourg, le 1^^ février 1815, reçu agrégé à la Faculté (le sa ville natale, tu 1844, avec une thèse remarquable : De la vasculariléde Vinflammafion (1846, in-/*"), où il pressentait la pathologie cellulaire; fut nommé en 184G, après un brillant concours, professeur de physiologie en remplacement de Lauth. Il eut un succès considérable comme professeur; c'est d'après ses leçons que Mathias Duval a pul)lié son Manuel de physiologie. Depuis 1840 il dirigeait à l'hôpital de Strasbourg la clinique de dermatologie et de syphilis. Pendant le siège de 1870 il remi)lit les fonctions de maire, ])uis siégea au parlement de Bordeaux oîi il mourut le ^'-^ mars I87I. L. IL\.
KL'TIRA, Voy. Gommes.
KTBOiUAXCiE. Voy. Divination.
KYESTÉI^'E. Pellicule qui se forme à la surAice de l'urine des temmes enceintes après un repos de deux ou trois jours. Elle est constituée par xnxc^ masse de matière granuleuse [gélatino-albumineuse des auteurs), parsemée de globules graisseux et d'une très-grande quantité de cristaux de phosphate ammoniaco-magnésien; on y rencontre en outre des vibrioniens, ce qui ne présente rien d'extraoïdiuaire, vu l'état de putréfaction de l'urine. C'est précisénrent à la putréfaction de la petite quantité de matière azotée [mucosine) que renferme l'urine que Robin attribue la formation de la kyestéine. Au bout d'un certain temps, la pellicule se brise et tombe en fragments au fond du vase. Comme la kyestéine se présente encore dans d'autres conditions que la grossesse, elle ne peut être considérée comme un signe certain de celle-ci. L. Un.
KI'MKIS OU CIMBRES. Voy. Fra.nce [Anthropologie], p. 090.
KTSTES. De zO(TTt;, vessie ; ail. Balggeschwuht; angl. cyst; esp. quisto.
DiîfTMTiON. Rien n'est plus difiicile que de donner une idée exacte de ce qu'on doit entendre par kystes. Sous ce nom l'on désigne généralement en clinique des tumeurs arrondies, globuleuses, formées par une coque fibreuse appelée paroi kystique, et renfermant dans leur intérieur un liquide. Mais il s'en faut de beaucoup que le conteim des kystes soit toujours un liquide ; c'est quelquefois une substance gélatineuse, demi-muUe; quelquefois même ce sont des parties solides. Si donc on veut donner des kystes une définition répondant à la générali'.é des cas, il faut dire que le kyste est constitué par une paroi fibreuse renfermant un contenu, tantôt liquide, tantôt demi-liquide, ou même entièrement solide. Mais ce qui caractéri;e surtout le kyste, c'est que sa paroi l'isole complètement des parties voisines avec lesquelles elle n'a que des connexions très-làches. Ce dernier caractère est bien noté dans la définition donnée par Lucke dans l'Encyclopédie de Pitba et Billroth. « On appelle kystes, dit Lucke, des cavités closes remplies de sérosité ou de matière molle, distinctes des parties voisines au moyen d'une capsule d'enveloppe plus ou moins bien
délimitiîe ». Cette définition laisse persister une confusion entre les kystes véritables et certaines tumeurs dites enkystée?, telles que le lipome, l'adénome, certaines variétés d'angiomes. Broca s'est préoccupé d'éviter la confusion et il a cherché un caractère qui fût de nature à différencier les kystes vrais des tumeurs enkystées. Il l'a trouvé dans les connexions vasculaires existant ou non entre la paroi kystique et son contenu. « Lorsque, dit-il, le contenu est une substance organisée et continue par ses vaisseaux avec la paroi, la production accidentelle n'est plus un kyste, mais une tumeur enkijslée ».
Quant à la définition des kystes donnée par Broca, elle est la suivante : « Les kystes sont des tumeurs chroniques constituées par des cavités closes, anormales ou anormalement développées, dont les parois sont en rapport de continuité par leur surface exlérieuie avec les tissus vasculaires environnants, et en rapport de simple contiguïté par leur surlace interne avec une substance, le plus souvent liquide ou molle, rarement solide, quelquefois organisée et vivante, mais toujours indépendante de la circulation générale ».
Celle délinilioii, fort longue, n'est pas à l'abri de tout reproche. Comme le remarque Brooa lui-même, elle est applicable aux dilférents épanchements séreux, [)uiulenls ou sanguins, qui se forment dans les grandes séreuses. Il n'y a du reste aucune différence essentielle entre ces épanchements des séreuses et les kystes proprement dits : c'est l'usage seul qui les en sépare.
On poui'rait abréger lu définition de Broca et dire plus simplement : Oi donne le nom de hystes à des cavités closes renfermant une substance liquide ou molle, rarement solide, dans lesquelles il n existe aucun lien circulatoire entre la ])Oche et son contenu.
IliSTor.iQUE. iNosoLoGiE. Les Anciens, bien qu'ils déciivissent à part plusieurs formes isolées de kystes, telles que l'alhérome, le mélicéris, etc., n'avaient aucune idée du groupe des kystes, comme nous le concevons aujourd'hui. Le mot se retrouve de côté et d'autre dans la science ; et, suivant Broca, il semble avoir élé employé pour la première fois par Arétée (de Cappadoce], qui s'en servit pour désigner « des vésicules nombieuses, petites, pleines d'eau », constituant une variélé d'hydropisie du ventre très-différente de l'hydropisie ordinaire, et se rapportant sans doute aux kystes mulliloculaires de l'ovaire. A ccté du mot kystes on employait aussi le nom collectif d'hydatides pour désigner tous les kystes remplis d'un liquide transparent. C'est encore dans ce dernier sens que le mot hydatides est employé par J. Ilunter. On trouve dans Astruc le nom de tumeurs enkystées dont il se sert pour désigner les loupes. Mais c'est Louis qui, en 177'2, dans l'article Exkysté du Dictionnaire de chirurgie, traça les premières lignes dune description généiale des kystes. Depuis lors cette description a trouvé place dans tous les traités classiques de chirurgie, et de très-nombreux travaux sont venus, dans ces dernières années, éclairer d'un jour nouveau la pathogénie et l'histoire clinique de cette variété de tumeurs. Devant mentionner ces travaux dans le cours de notre description, nous n'en ferons point ici l'énuniération, afin d'éviter des répétitions inutiles.
Il n'est pas facile d'assigner aux kystes une place exacte dans la nosologie. Si quelques-uns d'entre eux, tels que les kystes dermoïdes, les kystes ovariques, sont bien manifestement d'origine néoplasique, et doivent être rangés dans la grande classe des néoplasmes ou tumeurs, il en est d'autres qui sont simplement dus à l'accumulation de liquide dans des cavités glandulaires préexistantes, kystes par rétention, et qui n'ont nullement le caractère néoplasique. Le groupe
(les liystes est donc en realité un groupe mixte; sans doute, au point de vue clinique, il rentre dans l'élude générale des tumeurs, mais, au point de vue de la description nosologique, il constitue en réalité une classe à part.
Classification". Les kystes peuvent se rencontrer dans tous les points du corps et se développer dans l'épaisseur de chacun de nos tissus. C'est à tort que Marjolin, dans son article du Dictionnaire en 50 volumes, eu exce[)te les os et les cartilages, car aujouid'luii nous connaissons bien les différentes vaiiétés de kystes des os. Le contenu des kystes est extrêmement variable : les uns renferment une sérosité transparente, analogue au liquide sécrété par les membranes séreuses et les synoviales, kystes séreux. Dans d'autres cas, le contenu du kys'e est gélatineux; on \i compare à de la gelée de pomme; sa consisîance est telle qu'il ne peut s'écouler par l'ouverture faite avec le trocart à la paroi kystique; de ce nombre sont certains kystes ou ganglions synoviaux. Une autre variété de kystes est constituée par ceux qui se développent aux dépens des glandes muqueuses préexistantes. On admet que, un obstacle à l'écoulement du produit glandulaire existant en arrière du conduit excréteur, celui-ci se laisse dilater. La dilatation gagne de proche en proche les ramitications du conduit principal, puis les acini glandulaires eux-mêmes: ainsi se trouve formée la paroi kystique. Àlais Broca fait remarquer avec juste raison que, sauf pour de très-petites glandes, telles que la glande de Bartliolin, la glande lacrymale, la dilatation ne se fait pas sur le conduit principal, et le kyste n'est pas constitué par la glande en totalité. La dilatation porte seulement sur un conduit excréteur secondaire, et le kyste est formé par un ou plusieurs acini glandulaires dilatés. Les glandes de la peau elles-mêmes peuvent devenir le point de départ de dilatations kystiques: ainsi sont formés les kystes sébacés ou loupes dont l'existence est si fréquente au cuir chevelu.
A côté des kjstes précédents qui tous se développent aux dépens d'organes préexistants, glandes muqueuses, synoviales et bourses séreuses, et que, pour cette raison, Broca nomme kystes ■progènes^ il eu est d'autres qui se montrent en dehors de tout organe préexistant, et que le même auteur appelle kystes neoqènes. De ce nombre sont ceux que les frottements répétés font apparaître audessous du tégument externe ou au-dessous des muqueuses, dans des bourses séreuses accidentelles; parfois même des kystes de cette nature se montrent entre les différents lobes d'une tumeur. D'autres se développent autour d'un épanchemcnt sanguin primitif, kystes hématiques ; d'autres encore se montrent autour d'un corps étranger séjournant depuis longtemps dans les tissus sans y déterminer de suppuration, et dit à cause de cela corps étranger enkysté. A côté des kystes précédents il faut signaler ceux qui se forment autour d'un animal vivant eii parasite au milieu de nos tissus, tel que le cysticerque, l'échinoeoque, et qui constituent la granJe classe à laquelle est actuellement réservée la dénomination de kystes hydatiques. Une autre variété, non moins importante que la précédente, est celle des kystes dermoïdes. Constitués par une paroi dont a structure est analogue à celle du derme cutané, ces kystes se développent en dehors de tout organe préexistant. Il est enfin des kystes qui font partie de tumeurs solides et qui leur sont surajoutés, de manière à constituer des tumeurs mixtes, myxomcs, sarcomes, angiomes kysti(iues.
Comme mi le voit, la liste des différentes variétés de kystes est fort longue, et il est absolument nécessaire d'établir une classification de cet ordre de tumeurs, si l'on veut les étudier avec profit.
Voici la classification adoptée par Folliu :
Il divise les kysLes en deux grandes classes : A, les kystes simples, qui ne contiennent à leur intérieur que des produiïs de sécrétion ou d'excrétion; C, les ki/ates composés ou prolifères, qui renferment, soit des masses organisées, soit des débris organisés, soit des vers vésiculaires.
11 est bien évident qu'une pareille classification est tout à fait artificielle, car elle rangera dans deux catégories différentes des tumeurs comme les kystes dcrmoïdes, suivant qu'ils renfermeront de simjiles débris épiderraiques, ou bien que des poils, des masses cartilagineuses ou des fragments osseux leur seront surajoutés.
La division adoptée par Broca repose sui- ce fait que certains kystes se développent aux dépens d'organes préexistants, de là le nom de kystes proyènes; taudis que d'autres sont entièrement do nouvelle formation, kystes ne'ogènes. Déjà P. lluntcr avait em[>loyé les expressions de kystes naturels et accidentels, et V. Gruveilhicr, celles de kystes préexistants et non préexistants, qui répondent assez bien aux kystes progènes et néogènes de Ijroca. La classification de Lucke repose sur les mêmes bases. Il admi t deux grands groupes : dans le premier rentrent les kystes qui sont développés dans les cavités préexistantes, kystes par extravasation, par exsudation, par rétention, de Virchow. Le second groupe comprend les kystes de nouvelle formation qui se produisent par ramollissement ou par refoulement tles éléments anatomiques; d'autres se développent autour des corps étrangers, des cxtravasats sanguins, des parasites.
Sans doute cette division serait excellente, si nous avions toujours des données exactes sur l'éliologie et le mode de développement des kystes. Mais il n'en est rien : tel kyste qui sera considéré par les uns comme de nouvelle formation ou néogène rentrera pour d'autres dans le groupe des kystes progènes, développés aux dépens d'organes préexistants. Certains kystes dentaires, par exemple, seront regardés par M. Magilot comme des kystes progènes, se développant aux déj)ens d'un follicule dentaire, tandis que, pour M. Malassez, ces mêmes kystes sont de formation nouvelle et rentrent dans la classe des kystes ncogènes. De même encore Broca range dans la classe des kystes progènes les kvstes de l'ovaire. Cela serait juste, si les kystes ovariqnes se développaient toujours aux dépens d'ime vésicule de de Graaf, mais ces kystes sont le plus souvent des végétations de l'épithélium ovarien évoluant d'une façon qui lui est pro[ire et subissant une transformation muqueuse : aussi M. Malassez et de Sinéty leur ont-ils donné le nom d'épilliélioma mucoïde. Ce sont donc bien réellement des produits de formation nouvelle. Et qu'on ne vienne pas objecter que l'épithélium aux dépens duquel se développent ces kystes préexistait bien réellement; car, à ce compte-là, tous les kystes seraient progènes, même ceux qui se forment autour d'un corps étranger accidentel, puisqu'ils se développent aux dépens des éléments du tissu cellulaire. En effet, les éléments anatomiques sont toujouis préexistants. Ce qu'il faut envisager, c'est l'existence ou l'absence antérieure d'une cavité qui devient le point de départ de la formation kystique.
En un mot, les notions étiologiques et pathogéniques ne nous paraissent pas assez certaines pour servir' de base à la classification des kystes. Nous préférons avoir recours aux seules données anatomiques. C'est sur elles que s'est fondé M. Heurtaux dans la classification qu'il donne dans l'article Kystes du Dictionnaire de Jaccoud.
Cet auteur admet les huit groupes suivants •
1** Kystes séreux ; 2*^ kysles vasculaires; 5*^ kystes muque.ix; A° kystes glandulaires ; 5" kystes dermoïdes ; 6" kysles périgèiies ; 7" altérations consécutives des kysles; 8" kystes qui accompagnent les diverses tumeurs.
Cette classification nous semble pouvoir être simplifiée. Les kystes qui sont liés aux tumeurs solides rentrent dans l'histoire de ces dernières et ne doivent pas être rattachés aux kystes proprement dits. Les altérations consécutives des kystes sont à étudier à projios de l'anatomie pathologique, mais ne sauraient constituer une classe à part. Restent les cinq premières variétés. Toutefois nous ne nous occuperons point ici des kystes prigènes, dont la dénomination est due à Broca et qui désignent ces kystes de formation nouvelle se montrant autour d'un épanchement sanguin, d'un corps étranger, d'un parasite. Leur histoire se rapporte à ces dernières arfections. Nous rattacherons à un même groupe les kystes séreux, vasculaires et muqueux, de sorte que notre classification des kystes comprendra seulement les trois chefs suivants :
a. Kystes séreux, vasculaires et muqueux; — b, kystes glandulaires; — c, kystes dermoïdes.
AxATOMiE KT PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE. Nous u'cu pounions rien dire qui fût applicable aux kystes en général : nous devrons donc passer successivement en revue les trois groupes que nous avons adoptés.
a. Kys^lea séreux, vasculaires et muqueux. Les kystes séreux peuvent se rencontrer dans tous les points du corps ; d.ms le tissu cellulaire sous-cutané ou profond, dans les os mêmes. On en voit dans l'orbite, dans la mamelle, aux joues, d;ms la région inguinale, au cou, oii ils constituent l'une des variétés les plus importantes de kystes congénitaux. Ils peuvent se former de toutes pièces aux dépens du tissu cellulaire superficiel ou profond, ou bien se développer aux dépens des cavités naturelles de l'ordre des membranes séreuses ou synoviales. La paroi est constituée par du tissu conjonctif plus ou moins dense; tantôt elle est très-mince, tantôt plus épaisse; quelquefois des tractus fibreux relient entre elles les parois des kystes séreux ; elles sont tapissées par un revêtement de cellules épilhéliales incomplet pour les kystes du tissu cellulaire, continu pour les kystes développés aux dépens des membranes séreuses ou synoviales. Quant au contenu, tantôt il est tout à fait liquide, analogue à de la sérosité simple dont il possède sensiblement la composition ; tantôt c'est une matière molle, gélatineuse, transparente, rosée comme de la gelée de pomme à laquelle on le compare souvent. Cette matière gélatineuse ne s'écoule point par une ponction faite à la paroi du kyste; elle renferme eu abondance de la mucine, ainsi que le démontie une analyse faite par M. Regnauld sur le contenu d'un kyste du doigt opéré par M. Le Fort, et publiée dans les Bulletins de la Société de chirurgie, en 1881. Mahn-é la différence qui existe au point de vue du contenu entre les kystcr, muqueux et les kystes séreux simples, nous avons cru cependant ne pas devoir les séparer, car ils peuvent se rencontrer dans les mêmes organes. D'autres kystes renferment de petites masses arrondies, plus ou moins friables, auxquelles on donne le nom de grains hordéiformes ou riziformes. On a beaucoup discuté sur la pathogénie de ces petits corps ; les recherches de MM. Nicaise et Poulet publiées dans la ]\evue de chirurgie tendent à les faire considérer comme pouvant être de nature tuberculeuse. Des observations présentées à la Société de chirurgie par MM. Terrillon, Jalaguier, Reynier, contirment cette manière de voir.
Des kystes séreux nous avons rapproché les kgsles vasculaires, à cause de l'assimilation qu'on peut établir, au point de vi;c de l'anatoniie générale, entre
la membrane interne des vaisseaux et le syslènie séreux. Les kystes vasculaires sont admis par Follin, par Broca et, tout récemment encore, par M. Lanne- Joneue dans son Traité des kystes congénitaux. Se fondant sur les transformations kystiques observées au sein des tumeurs érectiles par Holmes Coote et Bickerslelb, on a admis que certains kystes, uolammciit les kystes congénitaux du cou, pouvaient s'être développés aux dépens du système vasculaire. M. Coote a trouvé une veine du volume de la veine radiale, s'ouvrant dans la cavité d'un kyste enlevé par Lawrence sur le tronc d'un enfant; plusieurs des pocbes kystiques contenaient un lluide séreux, d'autres un liquide sanguinolent. Un autre kyste enlevé de l'aine d'un garçon communiquait, soit avec la veine fémorale, soit avec la saplièue à sa jonction avec la fémorale. On a admis le développement (les kysles, non-seulement aux défiens des veines, mais aussi aux dépens des ganglions et des vaisseaux lymphatiques. Broca fait observer qu'il n'en est point (jui se développent aux dépens du système artériel.
b. Kystes glandulaires. Les kystes glandulaires sont très-différents les uns des autres, tant par leur nature que par les conditions dans lesquelles ils se montient. En effet, parmi les glandes qui peuvent devenir le point de départ de formations kystiques, les unes sont représentées par des cavités closes, ne donnant naissiince à l'état normal à aucun produit de sécrétion, les antres sont pliysiologiquement le siège d'une séciétion qui s'écoule au dehors à travers un conduit excréteur. Pour ces dernières glandes, le contenu de la poche kystique est toujours plus ou moins analogue, sinon complètement identique, au produit de la sécrétion normale. C'est ainsi que certains kystes du rein renferment de l'urée; de même, dans la mamelle, il existe une variété de kystes, dits galactocèles, dont le contenu est du lait ou une malièi'e caséeuse. Le foie renferme parfois des kystes dont le contenu est de la bile pure, ou tout au moins un liquide teinté par la matière colorante biliaire. Les kystes du plancher de la bouche renferment un liquide analogue au produit des glandes salivaires normales, sublinguales et sous -maxillaires. Cependant, même dans les glandes qui fournissent à l'état normal un produit de sécrétion, glandes en grappe et glandes en tube, il s'en faut de beaucoup que le contenu des kystes soit toujours analogue ou identique à la séciétion normale. C'est ainsi qu'à la mamelle, on peut voir un grand nombre de kystes sur lesquels M. Reclus et Brissaud ont appelé l'attention sous le nom de maladie kysligue de la mamelle, et dont le contenu est purement séreux. De même, dans le rem, dans le foie, se développent des kystes séreux qui n'ont aucun rapport avec la bile et l'urine normales. Les kystes sébacés ont un contenu tout particulier : en effet, les couches cpithéliales qui tapissent à sa face interne la paroi kystique présentent une desquamation incessante: de là, dans l'intérieur de la poche, un magma formé par la graisse sécrétée à l'état normal par les glandes sébacées, graisse à laquelle sont mélangées en proportion variable les cellules épiderraiques.
Dans les glandes composées de cavités closes, ne versant pas à l'extérieur leur contenu au moyen d'un conduit excréteur, telles que l'ovaire, le corps thyroïde, le contenu des kystes est représenté par un liquide, soit purement séreux, soit plus souvent muqueux ou gélatineux. 11 est aussi des kysles qui renferment du sang en proportion considérable : ainsi certains kystes du corps thyroule. Les kysles de l'ovaire possèdent en général un contenu visqueux, tilant, qui doit cette propriété spéciale à l'existence dans son intérieur de paralbumine. Certains kystes développés au voisinage de l'ovaire, dans les débris du corps de Wolff,
et dits à cause de cela kystes para-ovariens, renferment au contraire un liquide parfaitement limpide et transparent, semblable à celui des kystes hydatiques.
La paroi kystique est formée de tissu fibreux et tapissée à sa face interne d'une couche épithéliale qui dérive de l'épithélium dont est revêtue à l'état normal la cavité glandulaire, point de départ de la formation kystique.
c. Kystes dermoïdes. Sous le nom de kystes dermoïdes on décrit des poches dont la paroi a une composition analogue à celle du derme. Cette dénomination leur a été imposée par Lebert en 1852. A cette variété de kystes se rattachent les tumeurs qui ont été décrites sous les noms de kystes fœtaux par inclusion, à'indusions fœtales. Les kystes dermoïdes présentent un volume extrêmement variable, qui peut aller depuis celui d'une noix jusqu'à celui d'une tête d'adulte. Toutefois les kystes dermoïdes d'un très-gros volume sont exceptionnels. Péan a enlevé un kyste dermoïde renfermant 20 litres de liquide. La tumeur, privée de liquide, pesait encore 5500 grammes ; Bœstler a vu un kyste dermoïde du poids de 24 livres.
La face interne du kyste est tantôt lisse, tantôt tomenteuse, irrégulière, présentant des saillies et des élevures verruqueuses. L'épaisseur de la paroi est du reste très-variable; certains kystes ont une paroi fort mince, d'autres ont une paroi épaisse et résistante, qui présente parfois même dans son intérieur des plaques calcifiées. Un même kyste peut du reste avoir une épaisseur inégale dans les différents points de son étendue. A côté de points dans lesquels le derme se retrouve avec tous ses éléments constituants, glandes, papilles et follicules pileux, il en est d'autres où l'on trouve seulement une paroi fibreuse tapissée d'une couche d'épithélium. Parfois même l'épithéhum peut être tombé dans l'intérieur du kyste, et la paroi ,se trouver réduite à une simple couche fibreuse. Dans la Revue de chirurgie de 1883, M. Nicaise a appelé l'attention sur ce point particulier de la structure des kystes dermoïdes.
J'ai pu, sur un kyste dermoïde de la queue du sourcil, enlevé par moi à l'hôpital Necker, vérifier celte disposition en vertu de laquelle la paroi n'était réellement dermoïde que dans une partie de son étendue.
Lebert a distingué, parmi les kystes dermoïdes, les trois variétés suivantes : i« la première variété présente avec les loupes la plus grande analogie; la structure de la paroi est la même, on trouve à sa face interne le même épithélium, le contenu est, comme dans les loupes, un magma graisseux. La seule différence entre ces deux variétés de kystes consiste en ce que les kystes dermoïdes se dévcioppent dans des points où l'on ne rencontre pas à l'état normal de glandes sébacées; 2° la seconde variété de kystes dermoïdes est caractérisée par la présence dans l'épaisseur de la parfli de papilles, de glandes sébacées et de follicules pileux, qui lui donnent la plus grande analogie avec le derme normal. Ces follicules pileux donnent naissance à des poils quelquefois en grand nombre, dont les uns sont encore adhérents à la paroi kystique, tandis que les autres sont libres dans son intérieur. Ces poils, d'une longueur souvent considérable, et dont la couleur ne répond pas toujours à celle du système pileux chez l'individu porteur du kyste, peuvent former des touffes volumineuses, enroulées sur elles-mêmes. MM. Gornil et Ranvier, dans leur Manuel d'histologie pathologique, font remarquer que les papilles de la paroi kystique peuvent donner naissance à des verrues, à des condylomes (Bserensprung) et à des cornes (Fôrster), qui, en s'accroissant, perforent la paroi kystique et viennent faire saillie au dehors; 3" la troisième variété de kystes dermoïdes admise par Lebert renferme des
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tumeurs beaucoup plus complexes. La paroi a toujours la même structure que dans les deux variétés précédentes ; elle renferme de même des papilles, des glandes et des follicules pileux, mais le contenu du kyste est infiniment plus complexe. A côté de graisse, de poils et de plaques cornées plus ou moins analogues à des ongles, on y rencontre presque tous les tissus de l'organisme. Le tissu dentaire est un de ceux qui y sont le plus souvent représentés ; les dents des kystes dermoïdes sont tantôt libres dans leur cavité, tantôt implantées dans la paroi kystique. Elles sont parfois incluses dans un follicule dentaire, parfois implantées dans du tissu fibreux ou dans une pièce osseuse. C'est cette implantation des dents au sein de l'os qui a fait prendre pour des maxillaires les pièces osseuses contenues dans les kystes dermoïdes, mais il n'y a là qu'une analogie grossière, et les os qui portent ces dents sont en réalité très-différents des maxillaires normaux : aussi Lebert leur a-t-il donné le nom d'os maxilloïdes . Ces dents répondent à toutes les variétés physiologiques du système dentaire, incisives, canines et mol;iires ; on trouve parmi elles les types des dents de la première et de la seconde dentition. Le nombre des dents contenues dans un même kyste est extrêmement variable; tantôt il n'y en a qu'une ou deux, tantôt elles sont en très-grand nombre, au point que Reil et Autenrieth en ont compté jusqu'à 500 dans un même kyste. A côté des pièces osseuses qui soutiennent des dents et qui sont plus ou moins analogues aux maxillaires, on trouve dans les kystes dermoïdes des os allongés qui rappellent les os longs des membres; on y trouve aussi des masses de tissu musculaire à fibres lisses et striées, du tissu cartilagineux, du tissu adipeux, du tissu nerveux caractérisé par des fibres et des cellules nerveuses. On voit par là combien le contenu des kystes dermoïdes peut présenter de complexité. C'est à cette dernière variété de kystes qu'on a donné le nom de kystes fœtaux par inclusion, d'inclusions fœtales. Il y a du reste une relation à établir entre le degré de complexité des kystes dermoïdes et le siège qu'ils occupent. Tandis que les formes kystiques les plus simples s'observent surtout au cou et à la face, au voisinage des fentes branchiales, les kystes à contenu très-complexe se rencontrent dans les cavités viscérales, dans l'ovaire et le testicule.
Aux kystes dermoïdes doit être rapportée une variété de tumeurs kystiques qui en diffèrent par le contenu, mais qui s'y rattachent par la patbogénie : nous voulons parler des kijstes huileux. Ils renferment un contenu ressemblant à de l'huile d'olive. Par le refroidissement, ce liquide huileux se prend en une masse ayant l'aspect et la consistance du beurre. Son point de fusion est voisin de 51 à 52 degrés, et par là se rapproche du sébum, qui fond à 55 degrés (Lutz). Ce liquide spécial est sans doute fourni par la sécrétion des glandes sébacées de la paroi. D'après M. Lannelongue, ces kystes huileux sont pour la plupart congénitaux; dans 18 cas, sur 58 faits certains |de kystes huileux, la nature dermoïde de la paroi a pu être constatée. Dans un cas appartenaut à M. Desprès, le kyste huileux s'était montré comme résultat de la transformation d'un kyste dermoïde ordinaire de la racine du nez, qui avait été incomplètement opéré et qui avait récidivé. C'est très-souvent à la face et au crâne que les kystes huileux ont été observés. Il en est qui siègent au devant du sac lacrymal et qui, pour cette raison, ont été dits par M. Verneuil kystes prélacrymaux ; d'autres ont été vus au niveau du sourcil, à la région parotidienne, à la région temporale, mais il en est aussi qui se montrent dans les diverses régions du corps, dans le petit bassin, dans l'ovaire et dans le testicule.
Il est encore une autre variété de kystes à étudier avec les tumeurs dermoiùes, et ù laquelle M. Lannelongue a donné le nom de kystes mucoïdes. Nous emprunterons à cet auteur la description de celte variété particulière de tumeurs. Tout dans l'histoire des kystes mucoïdes doit les faire rapprocher des kystes dermoïdes, leur pathogénie, leur distribution et leur anatomie pathologique, qui nous montre souvent associées ces deux variétés de tumeurs. La différence essentielle qui existe entre elles, c'est que, dans les kystes dermoïdes la structure de la paroi rappelle celle de la peau, tandis que les kystes mucoïdes ont une paroi organisée sur le type d'une membrane muqueuse. Au cou, par exemple, on trouve des kystes branchiaux dont la face interne est tapissée d'une couche d'épithélium vibratile, dérivé de la muqueuse respiratoire. D'autres kystes possèdent une structure moitié dermoïde et moitié mucoïde; M. Lannelongue signale à cet égard les faits observés par Neumann et Baumgarten sur les parties latérales du cou, et celui de Nélaton, dont le siège était dans la région sternale. Hans Wyss a cité le fait d'un kyste muqueux à contenu colloïde et tapissé d'épithélium vibratile, siégeant à la région ombilicale, près de la ligne médiane, entre les muscles et le péritoine. Ues tumeurs à structure très-complexe, en partie dermoïde, en partie mucoïde, ont été trouvées dans la cavité thoracique, dans l'ovaire et dans le scrotum. C'est ainsi que, dans les tumeurs scrotales, MM. Labbé et Verneuil ont rencontré des kystes à épilhélium cylindrique; on y a vu des glandes rappelant celles du tube digestif (Cornil et Berger). Les tumeurs congénitales de la région sacro-coccygienne présentent souvent aussi une structure complexe, au milieu de laquelle les kystes mucoïdes jouent un rôle important. On a vu dans ces tumeurs des kystes à épithélium vibratile, des cavités représentant des portions d'intestin avec ses tuniques musculaires, ses glandes, ses follicules clos, ses villosités. On trouvera dans le Traité des kystes congénitaux de M. Lannelongue une observation et un dessin qui se rapportent à une tumeur sacro-coccygienne, dans laquelle un même kyste présentait en certains points les caractères d'une muqueuse à épithélium vibratile, en d'autres ceux d'une muqueuse à épithélium pavimenteux stratifié « assez semblable à la muqueuse vésicale. »
La même complexité se rencontre dans les tumeurs congénitales des maxillaires, qui renferment parfois aussi des cavités mucoïdes. On y a vu des cavités kystiques comparées à des segments d'intestin, des kystes à épilhélium vibratile, des acini glandulaires.
Dans l'orbite on a vu des tératomes, tels que celui de Brœer et Weigert, qui renfermait, à côté de cavités dermoïdes, des cavités muqueuses. Parmi ces dernières, les unes représentaient l'intestin avec ses glandes de Lieberkiihn, les autres rappelaient les bronches avec un épithélium vibratile, des glandes muqueuses et du cartilage dans l'épaisseur de leurs parois. C'est encore aux kystes mucoïdes qu'il faut rapporter les tumeurs de la nature de celles dont M. Panas a fait l'histoire devant l'Académie de médecine, dans la séance du 14 décembre 1886, Dans ce fait l'examen anatomique démontra qu'il s'agissait d'un kyste formé d'un tégument membraneux, contenant des glandes mucipares acineuses avec conduits excréteurs recouverts d'un épithélium cylindrique. M. Panas en conclut que le kyste qu'il a eu sous les yeux était dû à un enclavement fœial de la muqueuse des fosses nasales et des sinus, dont il représente plus ou moins complètement la structure exacte. Aussi, dit-il, à côté des kystes dermoïdes de l'orbite, provenant d'un enclavement du tégument externe, il faut
faire une place aux kysles mucoïdes, reconnaissant pour cause l'emprisonnement dans l'orbite de la muqueuse des voies aériennes. Dans une communication toute re'cente à la Socie'té de chirurgie (25 janv. 1889), M. Lannelongue cite un fait observé par M. Yerneuil, et dans lequel on trouvait au niveau de la fente iatermaxillaire, à côté d'un grand kyste à épilhélium pavimenteux, renfermant de la matière sébacée et des poils, plusieurs petits kystes remplis d'un liquide muqueux. M. Lannelongue y voit plusieurs petits kystes mucoïdes surajoutés au kyste dermoïdc principal. A ce propos M. Quénu a fait observer que l'expression (le kystes mucoïdes employée pour désigner les kystes dont la paroi a la structure d'une muqueuse est assez impropre : elle expose, en effet, à confusion avec les kysles renfermant un contenu muqueux, comme les kystes de l'ovaire, mais dont la paroi n'a aucune analogie avec les membranes muqueuses. Cette observation, acceptée pir M. Lannelongue, nous semble parfaitement juste. Mieux vaudrait donc désigner les kystes à paroi muqueuse auxquels M. Lannelongue a donné le nom de kysles mucoïdes par le terme de kystes dermoides muqueux, par opposition aux kystes dermoïdes ordinaires ou kystes dermoides cutanés.
Nous devons rappeler encore, à propos de l'anatomie pathologique, la division des kystes en uniloculaires et imdtiloculaires, suivant que la poche qui les forme est unique, ou divisée en plusieurs poches secondaires, isolées les unes des autres, et ne présentant entre elles aucune communication. 11 est encore une troisième variété de kystes, dits aréolaires, dans lesquels la paroi présente à sa face interne des cloisons saillantes la subdivisant en un certain nombre de loges qui communiquent toutes largement les unes avec les autres. Tandis que les kystes sébacés sont habituellement uniloculaires, les kystes de l'ovaire, au contraire, présentent le plus souvent la forme multiloculaire ou aréolaire.
La paroi kystique peut subir diverses transformations; elle peut s'épaissir, devenir le point de départ de formations calcaires et même de plaques osseuses véritables. Le liquide lui-même peut offrir diverses transformations colloïdes, et même suppuratives. C'est là du reste une suite de modifications sur lesquelles nous aurons à revenir à propos des complications.
Etiologie et pathogénie. Les kystes, dit Broca, étaient autrefois rangés parmi les tumeurs dues à une accumulation de pituite; à la suite de la découverte des lymphatiques par Olaùs Rudbeck, en 1651, on fit naturellement jouer à l'accumulation de la lymphe dans ces vaisseaux le rôle qu'avait autrefois rempli la pituite. En effet, dès 1654, Thomas W'harton attribua la formation des hydatides du mésentère à l'obstruction des veines lymphatiques. Cette opinion fut reproduite par Bonet (de Genève) dans son Sepulchretum, généralisée par Bidioo, et reprise par Astruc, qui attribua la formation des kystes, soit à la rétention de la lymphe dans les canaux lymphatiques, soit à la rétention dans certaines glandes, telles que les glandes sébacées du cuir chevelu, de leur produit de sécrétion. Dans un cas comme dans l'autre le kyste serait dû à la dilatation de cavités préexistantes.
Telle était aussi la manière de voir de Louis, mais, pour lui, le point de départ de la formation kystique était tout différent. Il le plaça dans les cellules ou espaces du tissu follicideux auquel Bichat donna plus tard le nom de tissu cellulaire. C'est aussi à ce dernier tissu que Bichat rattacha la production des kystes, mais, au lieu d'y voir une dilatation des cavités préexistantes de ce tissu, il considéra les kystes comme des tumeurs de formation entièrement nouvelle.
En somme, d'après ce rapide historique, on voit que deux opinions se trou-
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viiient eu présence : l'une qui faisait des kystes des tumeurs formées aux dépens d'organes préexistants ; l'autre d'après laquelle les kystes seraient, au contraire, des productions de formation nouvelle. Ces deux théories étaient toutes deux trop exclusives; la vérité est qu'il faut faire une place à l'une et à l'autre dans le cadre nosologique. C'est ce qu'avait vu John Hunier lorsqu'il divisait les tumeurs kystiques en kystes naturels et accidentels. Aux deux expressions employées par John Ilunter correspondent les dénominations de kystes progènes et néogènes adoptées par Broca. Nous avons déjà dit que la division tracée par Broca ne nous semhlait pas pouvoir être adoptée, parce qu'il est bien difficile, dans un cas donné, de savoir si l'on a affaire à un kyste de nouvelle formation ou développé aux dépens d'un organe préexistant; en outre, suivant les cas, une tumeur d'un même organe peut avoir l'une ou l'autre origine,
La classification de Broca fondée sur la pathogénie n'en est pas moins trèsintéressante à connaître et à étudier : aussi l'analyserons-nous ici.
A. Kystes progènes. Les kystes progènes de Broca, développés aux dépens de cavités préexistantes, comprennent trois groupes :
a. Les kystes développés aux dépens d'une cavité préexistante naturellement close, auxquels M. Terrier, dans son Manuel de pathologie externe, propose de donner le nom de kystes par exsudation.
h. Les kystes développés aux dépens d'une cavité préexistante, ouverte à l'état normal et parcourue par un produit de sécrétion, mais accidentellement close : ce sont les kystes par rétention.
c. Les kystes développés aux dépens d'une cavité préexistante, naturellement privée de sécrétion et close accidentellement, kystes vascidaires.
Chacune de ces variétés comprend elle-même des subdivisions. Ainsi les kystes de la première variété ou kystes par exsudation peuvent se développer par l'exsudation d'\m liquide dans une cavité close préexistante, soit pleine, soit vide à l'état normal.
Comme exemples de kystes développés dans des cavités préexistantes closes et naturellement pleines on peut citer certains kystes de l'ovaire qui se montrent dans les follicules de de Graaf, les kystes du corps thyroïde, qui se forment aux dépens des cavités closes de cette glande vasculaire sanguine.
Les kystes développés dans des cavités préexistantes closes et naturellement vides sont, par exemple, tous ceux qui se montrent dans les bourses séreuses ou dans les synoviales tendineuses : certains kystes du cordon, l'hydrocèle du canal de Nuck chez la femme; les kystes développés dans d'anciens sacs herniaires déshabités
La seconde classe des kystes progènes de Broca comprend les kystes par rétention, c'est-à-dire ceux qui sont développés dans une cavité préexistante, naturellement douée de la propriété de sécrétion. Ici encore une subdivision doit être introduite dans l'étude de ces kystes, suivant qu'ils se développent aux dépens d'appareils glandulaires de la vie embryonnaire, ou bien qu'ils se montrent dans les glandes persistant chez l'adulte. Aux kystes glandulùres embryonnaires se rattachent ceux qui sont formés aux dépens du corps de Wolff chez l'homme, aux dépens de l'organe de Rosenmiïller chez la femme. Le second «Troupe comprend la majeure partie des kystes qui se forment par rétention des liquides sécrétés dans l'intérieur des cavités glandulaires, tels que les kystes des friandes salivaires, ceux de la glande vulvo-vaginale, ceux des glandes sébacées et des glandes muqueuses de l'intestin.
Par kystes vasculaires on entend ceux qui se développent dans l'inte'rieur de la cavité des vaisseaux sanguins et lymphatiques, entre deux oblitérations superposées de la lumière de ces vaisseaux. Le liquide contenu dans ces kystes n'est ni du sang ni de la lymplic normale : c'est le résultat d'une sécrétion pathologique fournie par la membrane interne du vaisseau ; à cette variété de kystes se rattachent ceux qu'on voit se développer dans l'intérieur des ganglions et des vaisseaux lym])liatiques. Il est aussi des kystes des vaisseaux sanguins dont l'existence est démontrée pour les tumeurs érectiles. C'est à une semblable origine qu'on a attribué, comme nous le verrons bientôt, les kystes séreux multiloculaires du cou.
B. Kystes néogènes. Broca a donné le nom de kystes néogènes à des kystes qui ne sont pas développés dans des cavités préexistantes et dont la paroi est, par conséquent, de formation entièrement nouvelle. Ce groupe de kystes comprend lui-même deux catégories, suivant que la paroi kystique se montre primitivement, ou qu'elle se forme seulement autour d'un corps étranger préexistant. Celte dernière variété de kystes, dont la paroi se montre peu à peu autour d'un corps étranger préexistant qu'elle enveloppe, qu'elle enkyste, suivant l'expression consacrée, est dite par Broca Injstes pe'rigènes. Cette dénomination répond à l'expression de kystes aihenlifs employée par Cruveilhier. Quant aux kystes formés de toutes pièces au sein des tissus, en dehors de tout corps étranger, de tout organe préexistant, ils portent dans la classification de Broca le nom de kystes autogènes et répondent aux kystes préexistants de Cruveilhier.
a. Les kystes périgènes comprennent eux-mêmes plusieurs variétés. La paroi kystique peut en effet se développer, soit autour d'un corps organisé vivant, soit autour d'un corps inerte et solide. Les corps vivants susceptibles de s'enkyster sont les divers parasites ou enlozoaires, tels que les cysticerques, les échinocoques, donnant naissance aux différentes variétés de kystes hydatiques. Quant aux corps inertes devenant le point de départ de formations kystiques, la plupart viennent du dehors, introduits dans l'économie accidentellement ou par la main du chirurgien : tels sont les balles, les débris de vêtements, les projectiles variés, les sutures profondes, les fils à ligature. D'autres sont fournis par l'économie elle-même'^: tels sont les séquestres, les esquilles osseuses qui, dans certains cas, peuvent arriver à l'enkystement. Mais ce ne sont pas seulement les corps solides qui peuvent donner naissance à des productions semblables, des produits plus ou moins liquides sont également susceptibles de s'enkyster : ainsi le sang, la sérosité, le pus lui-même. En 1881, M. Le Dentu a communiqué à la Société de chirurgie un exemple d'abcès froid, d'origine costale, transformé en kyste séreux, et, à la suite de celte communication, MM. Nicaise et Terrillon ont fait connaître des faits analogues.
b. A côté des kystes périgènes se placent ceux auxquels Broca donne le nom de kystes autogènes. Ce sont ceux qui ne doivent leur origine, ni à la dilatation d'une cavité préexistante, ni à l'irritation produite par un corps étranger, et qui naissent spontanément et de toutes pièces au sein de l'organisme. Ils peuvent se développer à toutes les époques de la vie intra ou extra-utérine, ou même remonter à la période des premières formations embryonnaires. Les kystes autogènes sont eux-mêmes divisés par Broca en deux groupes, suivant la nature de leur contenu. Dans le premier groupe il range les kystes séreux, tels que les kystes multiloculaires des os, fémur, omoplate. Le second groupe comprend les kystes dermoïdes. Il faut ajouter aux deux variétés de kystes autogènes de
Broca les kystes de l'ovaire. Nous savons aujourd'hui, en effet, que l'immense majorité des kystes ovariens ont pour origine, non pas la dilatation pathologique des follicules de de Graaf préexistants, mais une végétation de l'épithélium ovarien.
CLASSIFICATION GÉNÉRALE DES KÏSTES (d'aPRÈS BROCA)
Kystes progènes.
ô groupes :
n. Cavité préexistante uaturelleraent close (kystes par exsuda- ■ tion, Terrier)
b. Cavité préexistante naturellement ouverte et parcourue par ' un produit de sécrétion, acciden- \ tellement close (kystes par rétention, Terrier)
c. Cavité préexistante naturelle- A ment ouverte et privée de la ( propriété de sécrétion, accidentellement close . J
' a. Contenu préexistant à la paroi (kystes périgènes ou adventifs de Cruveilliier). 3 variétés . . .
B. Kystes néogè.nes.
2 groupes :
b. Kystes formés spontanément de toutes pièces (kystes autogènes).
3 variétés
1° Cavité préexistante naturellement close et pleine. Ex. : kystes des follicules de de Graaf, du corps thyroïde.
2° Cavité préexistante naturellement close et vide. Ex.: kystes des bourses séreuses, des synoviales, etc.
1° Kystes glandulaires embryonnaires, kystes Wolffiens, de Verneuil ; kystes ombryogéniques de Broca.
2° Kystes glandulaires acquis; kystes salivaires, de la glande vulvovaginale ; kystes sébacése
Kystes vasculaires (sanguins et lyni phatiques).
a. — Formés autourd'un corps organisé et vivant (kystes à entozoaires; kystes fœtaux).
I b. — Formés autour de corps inertes et solides (balles, ligatures, séquestres).
I c. — Formés autour de corps plus ou moins liquides (sang, sérosité, pus, tubercules ramollis).
a. — Kystes séreux autogènes (kystes des os).
I 6. — Kystes hétérotopiques, ou dermoïdes de Lebert.
c. — Kystes rauqueux ou colloïdes (kystes de l'ovaire).
Telle est la classification des kystes adoptée par Broca, fort intéressante à connaître, parce qu'elle embrasse la généralité des faits. Nous n'avons cependant pas cru devoir l'adopter, dans l'incei'titude où nous nous trouvons bien souvent pour prononcer sur la véritable pathogénie des formations kystiques. Revenons donc à la division que nous avons précédemment suivie, division basée sur l'anatomie pathologique, et d'après laquelle nous avons groupé en trois classes toutes les formations kystiques : 1" kystes séreux, vasculaires et muqueux; 2» kystes glandulaires; 3° kystes dermoïdes.
a. Étiologie et pathogénie des kystes séreux, vasculaires et muqueux. Les membranes constituées sur le type des séreuses, telles que les bourses séreuses et les membranes synoviales, sécrètent par leur face interne un liquide normal. Sous l'influence d'une irritation pathologique, ce liquide s'accumule en quantité anormale dans l'intérieur des cavités séreuses et devient ainsi le point de départ d'un kyste. Telle est l'origine des kystes qui se développent aux dépens des bourses séreuses, soit cutanées, soit sous-jacentes aux tendons; telle est encore la source des kystes développés aux dépens des bourses synoviales des tendons. Mais il est à remarquer que, pour aboutir au développement kystique, l'inflammation ne doit pas être brusque et aiguë, mais, au contraire, sourde et longtemps continuée. Les inflammations aiguës et suraiguës se terminent soit par résolution, soit par suppuration; exceptionnellement, elles deviennent le point de départ de kystes. Ce sont, au contraire, les irritations
faibles et longtemps continuées, telles que les pressions, les frottements répétés, qui donnent naissance à la formation des cavités kystiques. Nous avons déjà précédemment indiqué comment des kystes séreux pouvaient se développer par exsudation de sérosité, soit dans l'intérieur de ganglions lymphatiques, soit dans la cavité d'abcès froid, après résorption des globules purulents de ces abcès. Mais il est d'autres variétés de kystes séreux qui semblent se développer de toutes pièces dans le tissu cellulaire, en dehors de toute cavité préexistante. De ce nombre sont les kystes multiloculaires du cou, dont l'origine prête encore à bien des discussions. La transfoi'mation kystique constatée dans certains angiomes a fait penser que telle pouvait être l'origine des kystes congénitaux (lu cou ; de là est née la théorie des kystes vasculaires admise par Cruveilhier et par Broca. Mais, comme le fait observer avec raison M. Lannelongue, il s'en faut de beaucoup que cotte théorie soit démontrée. Dans une autre manière de voir, ce ne sont plus les vaisseaux sanguins (veines) qui, en se dilatant entre deux oblitérations superposées, deviennent le point de départ de formations kystiques : ce sont les vaisseaux lymphatiques. Cette opinion s'appuie surtout sur les travaux de Wegner et de Jfidd'eldorpf. II y aurait là une ectasie lymphatique analogue à celle qu'on trouve dans certaines hypertrophies congénitales de la face et dos membres. Ce serait un degré extrême de la lésion, aboutissant au lymphangiomc kystique, après avoir passé par le lymphangiome simple et caverneux. M. Lannelongue se montre disposé à admettre celte opinion, tout en faisant observer que « l'origine lymphatique des kystes séreux congénitaux est fort probable, mais non encore démontrée. »
Nous avons déjà fait observer que les kystes muqueux devaient être rapprochés des kystes séreux. En effet, suivant les cas, certains kystes, par exemple, es kystes synoviaux, peuvent renfermer un contenu plus ou moins séreux, ou bien un produit muqueux. C'est sans doute aux modifications inflammatoires de la paroi que doit être attribuée l'adjonction de mucine en quantité plus ou moins considérable au contenu du kyste. Ces kystes à contenu muqueux se développent le plus souvent, non pas aux dépens des bourses séreuses et synoviales elles-mêmes, mais bien aux dépens des cryptes ou follicules qui leur sont annexés. Ces derniers s'isolent de la cavité principale, et le liquide muqueux s'accumule dans leur intérieur, comme l'a démontré M. Gosselin. Il est; encore une variété de kystes renfermant un contenu plus ou moins muqueux : ce sont les kystes de l'ovaire. Très-rarement ils diffèrent de l'hydropisie d'un follicule de de Graaf ; ils se forment par prolifération et par bourgeonnement de l'épithélium superficiel de l'ovaire. Ces bourgeons épithéliaux, creux à l'intérieur, sont tapissés de cellules épithéliales polymorphes, dont les unes caliciformes donnent, par leur fonte, naissance au produit muqueux rempHssant la cavité kystique. Cette palhogénie des kystes de l'ovaire est aujourd'hui définitivement établie sur les recherches histologiques de Pflùger et de Waldeyer, sur celles de MM. Malassez et de Sinéty. C'est encore aux kystes séreux que se rapportent les kystes du parovarium chez la femme, les kystes du cordon chez l'homme, etc. En un mot, toutes les variétés de kystes que nous venons de passer en revue ont ceci de commun qu'elles se produisent par le fait d'une exsudation anormale dans l'intérieur d'une cavité close : d'où le nom général de kystes par exsudation.
b. fjtiologie et pathoge'nie des kystes glandulaires. L'explication précédente est encore applicable aux kystes glandulaires qui se développent dans des
glandes représentées par des cavités closes, ne versant au dehors aucun produit de sécrétion : tels sont les follicules dedeGraaf, les cavités closes qui constituent à l'état normal le corps thyroïde. C'est encore par l'exsudation anormale de liquide dans leur intérieur que ces cavités closes se transforment en kystes. Il en est tout autrement pour les glandes pourvues à l'état physiologique d'un conduit excréteur. Ici c'est l'oblitération de ce dernier conduit qui amène la rétention dans l'intérieur de la glande des produits de sécrétion : aussi cette variété de kystes est-elle dite kystes par rétention, et opposée sous ce nom aux kystes par exsudation. Il est une réflexion pleine de justesse faite par Broca, à savoir que, dans les glandes complexes, ce ne sont jamais les conduits excréteurs principaux dont l'oblitération donne naissance à la formation du kyste. Les phénomènes qu'on voit se développer dans ce dernier cas sont des phénomènes aigus qui aboutissent le plus souvent à la suppuration, et quelquefois, en définitive, à l'atrophie de la glande. Au contraire, le développement des kystes est lent et progressif; il se fait sans phénomènes inflammatoires et habituellement sans douleurs. C'est sur les dernières ramifications des conduits excréteurs et sur les acini eux-mêmes que porte la dilatation. Les glandes de très-petit volume, telles que les glandes vulvo-vaginales, sont seules capables de se dilater en totalité pour donner naissance à un kyste. Dans l'immense majorité des cas, le produit de sécrétion accumulé en arrière du point oblitéré du conduit ne tarde pas ù se modifier. C'est ainsi que les kystes de la mamelle, dits galactocèles, présentent dans leur intérieur du lait plus ou moins modifié. De même, s'il est dans le foie des kystes renfermant de la bile, il en est d'autres dont le contenu est purement séreux. Dans le rein il existe des kystes congénitaux dus à l'atrophie des papilles rénales et renfermant dans leur intérieur de l'urée ou des urates. A côté de ces kystes il en est d'autres dont la formation est due à l'ectasie des tubes urinifères ou des capsules des glomérules de Malpighi : kystes à contenu purement séreux ou colloïde.
c. Étiologie et pathogénie des kystes dermoïdes. Les kystes dermoïdes diffèrent des deux variétés précédentes en ce qu'ils ne se forment, ni par exsudation de liquide dans une cavité close, ni par rétention dans une glande de son produit de sécrétion. Ils se développent en dehors de tout organe préexistant et se forment de toutes pièces au sein de nos tissus : ils rentrent donc dans la variété des kystes autogènes de Broca. Les théories qui ont été invoquées pour expliquer leur production sont très -nombreuses et difficilement applicables à la généralité de ces tumeurs, qui présentent entre elles de grandes différences, depuis le simple kyste dermoïde caractérisé par une paroi analogue à la peau et un contenu graisseux mélangé de poils jusqu'à ces tumeurs très-complexes qui renferment des dents, des pièces osseuses et la plupart des tissus de l'économie. Ces dernières tumeurs, à cause de leur complexité, ont été regardées comme des kystes fœtaux résultant de grossesses extra-utérines. Mais on trouve souvent des parties, comme des os, des dents, des poils, implantés dans leurs parois : or jamais un fœtus ne peut, durant sa vie, entrer en fusion avec la poche qui le renferme, encore moins le peut-il après sa mort. En outre, si le kyste provenait d'une grossesse extra-utérine, les organes qui y sont contenus devraient répondre par leur forme et par leur volume à ceux du fœtus, au moment même où il a péri. Or il n'en est rien ; on trouve souvent dans les kystes dermoïdes des dents présentant un volume égal ou même supérieur à celui des dents chez l'adulte; si leur forme est presque toujours tout à fait
normale, leur nombre dépasse souvent de beaucoup celui des dents d'un même sujet, puisqu'on a pu en trouver jusqu'à 300 dans l'intérieur d'un kyste. De même, les poils contenus dans les kystes dermoïdes sont parfois gros comme des crins de cheval; leur longueur peut dépasser 1 mètre. Enfin, circonstance encore plus décisive, si la grossesse extra-utérine était l'origine de cette variété de tumeurs dermoïdes, on ne devrait les rencontrer que chez les femmes ayant eu des rapports sexuels. Or on peut les voir à tous les âges, dans presque toutes les parties du corps et dans les deux sexes. La théorie de la grossesse extra-utérine comme éliologie des kystes dermoïdes ne saurait donc être maintenue.
On a eu recours alors à la théorie de Y inclusion fœtale, d'après laquelle il y a eu pénétration de deux germes l'un dans l'autre. De ces deux germes l'un a évolué normalement; l'autre, arrêté dans son développement, est devenu le point de départ de la formation kystique. Mais ici encore on peut faire observer que les cléments rencontres dans la tumeur sont loin de représenter toujours un seul foetus : témoin les 500 dents contenues dans le kyste cité par Ploucquet !
Une autre objection faite par Broca à la théorie de l'inclusion foetale est tirée des recherches de Valentin, d'après lesquelles les monstres doubles seraient dus, non pas à l'association ou à la pénétration réciproque de deux germes, mais bien à un seul germe, à un seul vitellus. Il s'agirait là d'une hétérotopie embryonnaire aboutissant à la production d'une monstruosité. Mais la doctrine de Valentin elle-même, ou doctrine de l'unité du germe, n'est pas étabhe d'une manière inébranlable. Quoi qu'il en soit, comme le fait observer M. Lannelongue, la théorie de l'inclusion, si elle peut être admise pour quelques cas, ne saurait être regardée comme une théorie générale. Aussi, dès 1852, Lebert, devant la Société de biologie, battait en brèche la théorie de l'inclusion fœtale et s'efforçait de lui substituer la doctrine dite de ïhétérotopie plastique. Pour lui, « beaucoup de tissus simples et composés, et des organes plus complexes même, peuvent se former de toutes pièces dans des endroits du corps oîi à l'état normal on ne les rencontre point. » Toutefois Lebert admit la production des différents tissus, osseux, cartilagineux, musculaire et nerveux, par le fait de l'hétérotopie plastique, il n'osa pas lui attribuer des organes représentant les vestiges d'un embryon et il conserva pour ces cas particuliers, soit la doctrine de l'inclusion, soit celle de la grossesse extra-utérine. Mais la théorie de Lebert ne tient pas compte de l'origine congénitale des kystes dermoïdes; elle ne s'attache pas non plus à expliquer le siège de prédilection qu'affectent le plus souvent ces productions kystiques. Aussi cette théorie vague et reposant sur une simple hypothèse a-t-elle été à son tour abandonnée.
Une autre théorie destinée à expliquer le mode de formation des kystes dermoïdes est dite théorie de ï enclavement. Dès 1852, répondant à Lebert devant la Société anatomique, M. Yerneuil avait formulé cette théorie et émis l'opinion que les kystes dermoïdes des sourcils et de la région orbitaire se forment chez l'embryon par enclavement du tégument externe au niveau de la fente frontomaxillaire. En 1855, dans son mémoire sur l'inclusion scrotale et testiculaire, il formula d'une manière explicite cette théorie et admit la formation de kystes dermoïdes dans les diverses régions du corps aux dépens de plis accidentels du tégument externe. Depuis lors cette théorie a été développée par lui et par ses élèves et appliquée notamment aux kystes dermoïdes du cou et du plancher
buccal {voy. thèses de Landeta, 1865, et de Cusset, 1877). C'est donc à tort que cette théorie a été attribuée eu Allemagne à Remak.
Rien n'est plus simple que l'interprétation de la théorie de l'enclavement en ce qui concerne les kystes dermoïdes de la tète et du cou. On admet qu'une partie du tégument externe est enclavée dans les parties profondes au niveau d'une des fentes branchiales et que, continuant à s'y développer, elle donne naissance à ces tumeurs qui l'eproduisent tous les éléments constituants de la peau, glandes sébacées et sudoripares, poils, etc. Le même phénomène se passant au niveau des fentes branchiales explique les kystes dermoïdes du cou ; s'il en est parmi ces derniers qui possèdent un épilliéHum vibratile, cela s'explique aisément par ce fait que l'enclavement s'est produit au niveau de la partie profonde de la fente branchiale, normalement pourvue d'un épithélium vibratile, 11 est même des kystes qui possèdent un épithélium, en partie vibratile et en ^ partie pavimenleux ; circonstance facile à interpréter, si l'on admet qu'ils se sont développés en un point de la fente oii la transition se fait entre h s deux variétés d'épithélium. Enfin la relation entre les fentes branchiales et le développement des kystes dermoïdes est encore établie par les faits dans lesquels on trouve un kyste canaliculé ouvert au deiiors, comme ceux qui ont été décrits par Larrey et par Nicaise, et aussi par ces cas dans lesquels on voit succéder à l'oblitération d'une fistule branchiale un kyste dermoïde. 11 est également facile d'interpréter la formation des kystes dermoïdes de la région sternale, de l'ombilic et de la ligne médiane de l'abdomen, en admettant un pincement du tégument externe au niveau du point où viennent se rejoindre et se souder les deux somato-pleures, c'est-à-dire les deux gouttières dont la réunion circonscrit en avant le corps de l'embryon. Les kystes dermoïdes de la région sacro-coccygienne sont justiciables de la même théorie. On sait, en effet, qu'on rencontre, soit au niveau du coccyx, soit sur la face postérieure du sacrum, des dépressions et des fistules congénitales qui sont la trace de la soudure des lames dorsales de l'embryon. On comprend qu'en ce point puisse se faire également un enclavement du tégument externe. Du reste, ici encore, la relation intime existant entre les fistules et la production des kystes dermoïdes est établie par l'existence de ces cavités suppuratives ouvertes au dehors, dont il est difficile de dire s'il s'agit d'un kyste suppuré et ouvert ou d'une fistule enllammée.
Mais, si la théorie de l'enclavement permet d'interpréter facilement la formation des kvstes dermoïdes simples, renfermant uniquement des débris sébacés et des poils, il n'en est plus de même pour ces kystes complexes au sein desquels on rencontre des tissus de diverses sortes, et même des parties fœtales plus ou moins bien développées. Cependant M. Lannelongue, dans son Traité des kystes congénitaux, a tenté de rattacher à la théorie de l'enclavement ces deux dernières variétés de kystes (kystes composés et tumeurs kystiques renfermant des parties fœtales). Ainsi, à propos des kystes dermoïdes de l'ovaire, M. Lannelongue fait remarquer qu'un accident du développement peut déterminer l'enclavement d'éléments du feuillet externe dans les rudiments du corps de Wolff, étant donné la proximité qui existe entre ce feuillet externe et l'organe wolffien, proximité sur laquelle a déjà insisté G. Pouchet pour expliquer la formation des kystes dermoïdes de l'ovaire et du testicule. Enfin, pour les tumeurs renfermant des parties fœtales reconnaissables, ce n'est plus à un simple enclavement de tissus anormaux dans un organe, mais bien à un enclavement d'un embryon dans un autre, que l'on aurait affaire. Toutefois, il faut bien l'avouer,
ce ne sont là que des hypothèses dont la démonstration ne saurait être faite : aussi comprend-on que d'autres théories aient pu se produire. De ce nombre est la doctrine de la parthénogenèse, déjà formulée par Buffon et par Meckel, et à laquelle les travaux récents de Waldeyer ont apporté un nouvel appui. D'après cette doctrine, les épithéliums de l'ovaire, appartenant à i'épithélium germinalif, pourraient, en dehors de toute fécondation et par un simple travail irritatif, produire des tissus divers, comme ceux qu'on rencontre dans les kystes dermoïdes. Bonne pour les kystes ovariques, cette doctrine ne saurait être applicable aux kystes dermoïdes qui siègent dans les autres points de l'économie, là où l'on ne peut invoquer la présence d'un épithélium germinalif, tels que les kystes dermoïdes de la région sacrée, ceux du petit bassin, etc. Déjà, pour les kystes du scrotum, on ne peut faire jouer un rôle à I'épithélium spécial du testicule, car il est bien établi, par les recherches de M. Verneuil, confirmées par tous les travaux ultérieurs, que le siège primitif des inclusions scrotales n'est pas la glande séminale elle-même, mais bien son voisinage.
Dans ces dernières années, la théorie de l'enclavement appliquée aux kystes dermoïdes a pu être appuyée sur de nouvelles preuves. En 1881, le professeur Masse (de Bordeaux) a adressé à la Société de chirurgie un mémoire sur les kystes de l'iris, dans lequel il s'efforce de prouver que la théorie admise par divers auteurs, notamment par Monoyer (de Lyon) et Rolhmund (de Munich), savoir la greffe de tissus épidermiques dans l'épaisseur de l'iris à la suite de traumalismes du globe oculaire, est bien fondée. Ces tumeurs doivent porter le nom d'épithéliome perlé, qui a été proposé par Monoyer. Poursuivant ses recherches sur la pathogénie des kystes dermoïdes, M. Masse a fait au Congrès français de chirurgie en 1885 une nouvelle communication à ce sujet. Les expériences de M. Masse ont consisté à introduire dans la cavité abdominale de rats blancs des segments de membres, des lambeaux de peau enlevés à d'autres jeunes rats blancs qui venaient de naître. Or ces fragments de tissus ont pu se greffer dans la cavité péritonéale et devenir le point de départ de tumeurs très-analogues aux kystes dermoïdes d'origine congénitale. Comme le dit M. Masse, la formation expérimentale de kystes dermoïdes par inclusion péritonéale vient apporter à la théorie de l'enclavement formulée par M. Verneuil « une véritable sanction expérimentale ».
Mais il y a plus : on peut se demander si le mécanisme mis en œuvre pour produire des kystes dermoïdes chez les animaux ne peut pas se réaliser chez l'homme, et si, à côté des kystes dermoïdes congénitaux, il n'y a pas lieu de décrire des tumeurs semblables d'origine accidentelle ou acquises. Déjà nous avons mentionné le fait pour les kystes dermoïdes ou tumeurs perlées de l'iris. En 1884, M. Gross (de Nancy) a appelé l'attention sur des tumeurs analogues qui peuvent se montrer à la main et aux doigts. D'après lui, les éléments épithéliaux refoulés vers les parties profondes au moment d'un traumatisme pourraient s'y greffer, végéter et devenir le point de départ de véritables tumeurs perlées des doigts. Depuis lors celte manière de voir a été adoptée par plusieurs auteurs, et notamment par M. Jacque Reverdin, qui a publié en 1887 un mémoire intéressant sur les kystes épidermiques des doigts. Des faits assez nombreux ont été cités à propos des kystes dermoïdes de la main et des doigts ; ils appartiennent à MM. Grosse, Chavasse, Polaillon, etc. ; nous-même nous en avons fait connaître un exemple. En 1886, M. Poulet, à propos d'un fait qu'il a pu observer, a communiqué à la Société de chirurgie une note sur les kystes
dermoïdes acquis. Dans la plupart des cas qui ont été rapportés on trouvait dans le5 antécédents du malade un traumatisme. Dans le cas de M. Poulet, il s'agissait d'un militaire qui s'était enfoncé un clou dans la paume de la main, dans le même point où il vit se développer plus tard un kyste dermoïde. En résumé donc, en tenant compte de l'expérimentation et des observations cliniques, notamment en ce qui concerne les kystes de la main et des doigts, il y aurait lieu de décrire, à côté des tumeurs dermoïdes congénitales, des kystes dermoïdes acquis et tenant à l'enclavement accidentel de lambeaux épidermiques dans la profondeur des tissus.
Quant aux kystes dénommés par Broca kystes périgènes, c'est-à-dire ceux qui se développent autour d'un corps étranger, vivant ou inanimé, nous avons déjà dit que nous n'avions pas l'intention de nous en occuper ici. Nous nous contenterons de faire remarquer avec Broca que, pour arriver à s'enkyster, le corps étranger ne doit pas déterminer une irritation trop forte. Dans ce dernier cas, en effet, on voit apparaître des phénomènes inflammatoires qui aboutissent le plus souvent à la suppuration et à l'expulsion du corps étranger. Au contraire, une irritation faible et longtemps continuée aboutit à la production d'un tissu fibreux qui enveloppe le corps anormal et constitue la paroi kystique.
Il est encore une division fort importante à établir dans l'étude des kystes, c'est celle d'après laquelle on les classe en deux groupes, suivant qu'ils sont d'origine congénitale ou acqxdse. Toutefois ici, comme pour les hernies inguinales, il faut bien s'entendre sur la valeur de ce terme de tumeurs congénitales, appliqué à certaines variétés de kystes. Cela ne veut pas dire qu'ils se forment tous pendant la vie intra-utérine et qu'ils manifestent déjà leur existence au moment de la naissance. On entend seulement par là que la disposition anatomique qui leur donne leur origine existe déjà pendant la vie intra-utérine, mais cette disposition reste quelquefois cachée pendant fort longtemps, et c'est seulement plusieurs années après la naissance, assez souvent au moment de la puberté, que ces kystes congénitaux traduisent au dehors leur présence par des symptômes appréciables. C'est ce qui arrive pour bon nombre de kystes dermoïdes du plancher de la bouche, du cou et de la queue du sourcil. M. Lannelongue, dans son récent Traité que nous avons souvent cité, et auquel nous avons fait de fréquents emprunts, divise les kystes congénitaux en kystes dermoïdes et mucoïdes, kystes séreux congénitaux et kystes congénitaux divers, plus ou moins analogues à ceux qui se rencontrent chez l'adulte. Tout ce que nous avons dit de l'étiologie et de la pathogénie des tumeurs dermoïdes est également applicable aux kystes mucoïdes, puisque la seule distinction qui existe entre ces deux variétés de tumeurs, c'est que, dans les unes, la paroi reproduit la structure de la peau, dans les autres, celle des membranes muqueuses.
Nous ne pouvons quitter la question de l'étiologie et de la pathogénie des kystes en général sans faire remarquer combien il existe encore à cet égard d'incertitudes. Pour les kystes dermoïdes, si la présence des fentes branchiales et maxillaires permet d'expliquer aisément par l'enclavement du tégument externe la formation des kystes de la face et du cou, la pathogénie des tumeurs dermoïdes profondes, de l'ovaire, du scrotum, de la région périnéale, reste encore fort douteuse. De même il y a beaucoup de doutes pour les kystes du cou et de la région périnéale, à propos desquels on a voulu faire jouer un rôle aux appareils glandulaires qui ont été décrits sous les noms de glande de Luschka,
ganglion intercarotidien d'Arnold. De même encore pour les kystes de la paroi postérieure du vagin, que l'on ne peut rattaclier à aucun organe préexistant. La raison de ces obscurités relatives à la patliogénie est que bien souvent ni l'examen clinique ni l'anatomie patliologique ne nous fourni^sent de renseignements au sujet du mode de développement des kystes. Ce côté de la question appelle donc encore de nouvelles recherches.
SvMi'TÔMEs ET MARCHE, a. Syiiiptômei physiques. Les kystes sont généralement des tumeurs arrondies, plus ou moins globuleuses. 11 y a toutefois une distinction à établir entre eux à cet égard, suivant qu'ils sont composés d'une seule ou de plusieurs loges, suivant qu'ils sont uni- ou mulliloculaires. Ce sont les kystes uniloculaires qui présentent une forme plus ou moins globuleuse; quant aux kystes multiloculaiies, ils revêtent assez souvent une forme irrégulière, avec des bosselures repondant aux différentes loges dont ils sont composés. Leur consistance est variable, suivant la quantité et la nature du liquide qui y est contenu. La quantité de liquide est-elle considérable, la poche est tendue, et sa résistance est considérable. Au contraire, si la quantité de liquide est plus faible, la poche est moins tendue, et sa souplesse est plus grande. Généralement la fluctuation s'y perçoit aisément par des pressions alternatives; dans certains kystes de l'ovaire, à contenu gélatineux, les vibrations se transmettent facilement d'un point de la poche à l'autre par une simple percussion. Dans certaines variétés particulières de kystes, les kystes hydaliques, la percussion brusque de la poche donne naissance à une vibration particulière 'que l'on a comparée à celle qu'on produit en percutant le ressort d'un fauteuil, et à laquelle on a donné le nom de frémissement hydatique. La palpalion et la percussion donnent encore des résultats différents, suivant qu'on a affaire à des kystes uni- ou multiloculaires. Dans les kystes composés d'une seule loge, la fluctuation peut être généralement perçue par les pressions exercées en tous sens ; au contraire, dans les kystes multiloculaires, dont les différentes loges ne communiquent pas les unes avec les autres, la fluctuation ne peut se transmettre d'une loge à l'autre.
Les kystes qui ne renferment pas dans leur intérieur de liquide, mais une masse plus ou moins molle, conmie les kystes sébacés et dermoïdes, présentent quelquefois un symptôme particulier. Leur paroi se laisse déprimer sous la pression du doigt et conserve l'empreinte qui lui est faite. Les kystes des os offrent aussi un symptôme spécial : lorsque la coque osseuse qui est placée au devant d'eux est assez amincie, elle se laisse déprimer et revient brusquement sur elle-même, en produisant un bruit qu'on a comparé à celui du parchemin froissé, et qu'on a nommé sensation parcheminée. Il est des kystes à contenu séreux, qui sont assez superficiellement placés et dont les parois sont assez minces pour qu'on puisse aisément y constater la transparence. Les kystes profondément placés, les kystes multiloculaires et spécialement les kystes dermoïdes, ont une symptomatologie beaucoup plus obscure. Souvent, en effet, les différentes loges qui les composent présentent un contenu de consistance fort inégale, qui peut facilement en imposer pour une tumeur solide.
b. Sympiômes fonctionnels. Les symptômes fonctionnels auxquels donnent naissance les kystes sont beaucoup moins importants que les symptômes physiques. Quelquefois même ils sont tout à fait nuls. Il n'y a ni rougeur ni chaleur, et la poche kystique constitue une simple difformité plus ou moins visible, à moins que des symptômes inflammatoires ne se développent dans son intérieur.
D'autres fois les kystes donnent naissance à des symptômes de compression. Ainsi, il peut y avoir des douleurs tenant à la compression des nerfs, des troubles fonclionnels divers liés à la compression des organes voisins. Les kystes séreux multiloculaires du cou gênent la respiration et la déglutition ; les kystes de l'ovaire peuvent déterminer des phénomènes de compression du côté du rectum et de la vessie.
c. Marche. La marche des tumeurs kystiques est très-variable. D'une manière générale, elle est fort lente, et l'on voit des kystes, notamment des kystes de l'ovaire, qui ont mis un grand nombre d'années à accomplir les diverses périodes de leur évolution. En général, les kystes séreux, à parois minces, s'accroissent plus rapidement: ainsi, les kystes du plancher de la bouche, auxquels on donne la dénomination générale de grenouillettes, sont susceptibles de présenter un accroissement rapide ; il en est même dont le dévelo^ipement est tellement aigu qu'on leur a donné le nom de grenouillettes soudaines. Les kystes dermoïdes ont au contraire une marche habituellement très-lente. Certains kystes, au lieu de progresser, peuvent même diminuer de volume et arriver à la guérison, pourvu qu'ils ne soient pas déjà très-développés.
Complications. Les deux principales à étudier sont : l'inflammation et la rupture du kyste, qui. du reste, présentent entre elles d'étroites relations, car c'est souvent l'inllammation qui conduit à la rupture. Ces deux complications peuvent se montrer spontanément ou à la suite d'un traumatisme. L'inflammation peut se développer, soit dans l'intérieur du kyste, soit à sa surface. Ainsi, pour les kystes de l'ovaire, l'inflammation de la poche donne souvent naissance à des adhérences qui la relient aux parties voisines. D'autres fois l'inflammation de l'intérieur du kyste aboutit à la transformation de son contenu et à la suppuration. L'abcès s'ouvre au dehors, et il en résulte dans certains cas la guérison, dans d'autres la formation de trajets fistuleux persistants. L'inflammation peut encore aboutira la guérison, sans production de la suppuration. C'est quand elle détermine la résorption du liquide et, dans l'intérieur de la paroi, des modifications qui amènent l'occlusion de la cavité kystique, par un processus analogue à celui que nous mettons en jeu quand nous faisons des injections irritantes dans la tunique vaginale en cas d'hydrocèle.
La rupture du kyste peut survenir accidentellement, à la suite d'un traumatisme ; mais plus souvent elle est la conséquence de l'inflammation de la poche. La rupture peut d'ailleurs se faire dans les points les plus divers, à l'extérieur, dans l'intérieur des muqueuses ou des séreuses, ou enfin dans l'épaisseur même des tissus. Les conséquences de cette rupture sont tantôt la guérison, tantôt la reproduction du liquide et la récidive du kyste ; dans d'autres cas, le résultat est infiniment plus grave, et la rupture de la poche, soit dans les viscères, soit dans les diverses cavités muqueuses ou séreuses, aboutit rapidement à une terminaison funeste. Il suffit de se rappeler à cet égard les accidents auxquels donne naissance la rupture des kystes hydatiques du foie du côté des bronches, du côté de la plèvre et du péritoine; la rupture des kystes de l'ovaire dans l'intérieur de la cavité abdominale. Les kystes dermoïdes sont particulièrement remarquables par la fréquence avec laquelle leur rupture se produit, et par la gravité des accidents qu'elle détermine. Ils renferment, en effet, dans leur intérieur, des produits divers qui, à un moment donné, jouent le rôle de véritables corps étrangers, et produisent une inflammation qui aboutit à leur expulsion. On voit ces kystes dermoïdes s'ouvrir un chemin du côté de l'intestin et du rectum, du
côté du vagin et de la vessie, en donnant naissance, dans ce dernier organe, au symptôme qu'on a décrit sous le nom de pilimiction.
On voit parfois les petits kystes synoviaux, dits ganglions, se rompre sous la peau, et leur rupture peut aboutir à la guérison : de là un procédé thérapeutique dans lequel on cherche à produire cette rupture sous-cutanée pour affaisser la paroi kystique.
Diagnostic. Il offre deux (luestions à résoudre. Il faut : 1" reconnaître le kyste ; 2° en déterminer le siège exact, c'est-à-dire l'organe au sein duquel il s'est développé, et sa nature.
Les symptômes physiques que nous avons précédemment énumérés, savoir : la forme globuleuse du kyste, la fluctuation, la transparence, joints à l'absence de phénomènes graves, la lenteur du développement, la conservation de la santé générale, sont autant de circonstances qui conduisent au diagnostic. Les affections avec lesquelles la confusion est possible sont le lipome, l'abcès froid et l'hématome. On sait combien le lipome donne souvent la sensation de fluctuation; quant à l'abcès froid, hors les cas dans lesquels son développement s'accompagne de douleurs assez fortes pour éclairer sur sa nature véritable, ses caractères extérieurs sont souvent identiques à ceux des kystes. Le diagnostic devient encore plus difficile, si l'on a présents à l'esprit ces cas sur lesquels nous avons déjà insisté, et dans lesquels un abcès froid s'est transformé en kyste. L'hématome, surtout dans les cas anciens où la notion d'un traumatisme antérieur n'est pas bien nette, expose aussi à l'erreur. Dans tous les cas où le doute persisterait après l'examen soigneux du malade, il faudra avoir recours à la ponction exploratrice, en prenant toutefois une double précaution, qui consiste à faire une ponction antiseptique pour ne pas déterminer la suppuration du kyste, et à employer un trocart assez large pour que l'écoulement du liquide puisse se faire, même si sa consistance est très-visqueuse.
Quant au siège exact et à la nature du kyste, nous serons guidés surtout, pour arriver à cette partie du diagnostic, pai' la connaissance de ia pathologie de la région et par les notions anatomiques. L'anatomie normale nous apprend en effet où siègent les bourses séreuses, les gaines synoviales, les différents organes glandulaires qui peuvent devenir le point de départ de cavités kystiques. L'embryologie nous enseigne le siège exact des fentes branchiales qui sont en rapport avec les kystes dermoïdes de la tête et du cou. A propos de cette dernière variété de tumeurs, il faut encore prendre en considération leur origine congénitale, sans oublier cependant que bon nombre d'entre elles ne se montrent que plus ou moins longtemps après la naissance.
La ponction sera encore, dans un certain nombre de cas, d'un grand secours pour préciser la véritable nature d'un kyste. C'est elle qui nous permettra de reconnaître dans le liquide la présence des spermatozoïdes dans certains kystes du testicule, ou des crochets caractéristiques dans les kystes hydatiques. Dans les cas de kystes dermoïdes, elle fournira parfois un liquide huileux, ou tout au moins] une certaine quantité de matière sébacée attachée aux parois du trocart. Ainsi l'on pourra, par exemple, reconnaître ces kystes dermoïdes de la fontanelle antérieure sur lesquels M. Lannelongue a spécialement appelé l'attention dans le Congrès de chirurgie de 1888, et qui peuvent en imposer pour une ménirigocèle.
Le kyste est-il uni- ou multiloculaire, c'est là encore un point sur lequel la ponction, en dehors des caractères fournis par la fluctuation et la conforma-
tioii extérieure du kyste, pourra fournir les plus précieux renseignements. Tout d'abord, d;ins les cas di kystes muUiloculaires avec poches ne communiquant pas entre elles, la ponction ne donnera pas une évacuation complète du liquide, et l'on pourra mieux apprécier la forme et les dimensions des poches voisines, quand une première poche aura été évacuée. D'autre part, si l'on fait une seconde ponction, le résultat de celle-ci sera parfois différent de celui de la première. Ainsi, au lieu d'un liquide transparent, on pourra retirer d'une seconde poche un liquide purulent ou plus ou moins coloré par le sang. C'est ce qui arrive parfois dans les kystes muUiloculaires de la mâchoire inférieure.
Pronostic. D'une manière générale, le pronostic des kystes est favorable, en ce qu'ils n'ont pas tendance à l'envahissement des parties voisines, et à la destruction de la santé générale, comme les tumeurs malignes. Il est toutefois d'importantes réserves à faire. Nous avons déjà mentionné les phénomènes de compression, et les graves lésions de voisinage auxquelles peuvent donner naissance les tumeurs kystiques, telles que les kystes du foie et de l'ovaire, les tumeurs muUiloculaires du cou et de la région sacrée. Il est donc impossible de formuler d'une manière générale le pronostic des kystes. Il est essentiellement variable suivant les cas, suivant la nature et le volume de la tumeur, suivant la région dans laquelle elle s'est développée. Il est encore une autre réserve non moins importante à formuler. Oui, sans doute, les kystes appartiennent à la catégorie des tumeurs bénignes, qui n'ont tendance ni à envahir les parties voisines, ni à se généraliser. Ils n'en sont pas moins susceptibles de présenter dans quelques cas des modifications de leurs parois, qui leur donnent le caractère de la malignité. C'est ainsi que des kystes sébacés ont pu dans des cas exceptionnels devenir le point de départ d'épithéliomas. M. Richet a cité autrefois un fait de cette nature. On a vu, dans des kystes dermoïdes de l'ovaire, se développer du cancer (Heschl, Schrœder) ; de l'épithélioma pavimenteux lobule (Cornil et Babinski); du sarcome (Unverricht). On a aussi trouvé du cancer encéphaloïde dans une production semblable du scrotum (cas de Spiess), et de l'épithélioma dans une tumeur sacrée (Gzerny). Après avoir signalé la dégénérescence possible des loupes en épithélioma sous l'inlluence d'un traumatisme, Lueke mentionne la dégénérescence en carcinome dont il dit avoir observé deux exemples.
Il est encore une variété de kystes à propos desquels le pronostic doit être réservé; ce sont les kystes muUiloculaires de l'ovaire que MM. Malassez et de Sinéty désignent au point de vue anatomo-pathologique sous le nom d'épithélioma myxoïde. Ce sont là des kystes d'une nature bien particulière ; ce qui les caractérise essentiellement, ce n'est pas l'accumulation de liquide dans une poche sous l'influence d'une sécrétion morbide ou de la rétention anormale d'un produit de sécrétion, c'est la formation incessante de nouveaux éléments anatomiques. Ces tumeurs sont bien véritablement des néoplasmes; aussi comprend-on qu'elles puissent subir une dégénérescence, les transformant en tumeurs malio-nes, épithélioma, sarcome. Cette transformation des kystes de l'ovaire en tumeurs malignes a été l'objet de la thèse de M. Poupinel (1886) . Depuis lors, différents chirurgiens, notamment M.VI. Terrier et Terrillon en ont cité des exemples devant la Société de chirurgie.
Traitement. Le traitement des kystes peut être envisagé au point de vue curatif, ou simplement palliatif.
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Lorsqu'un kyste devient dangereux par son volume, on peut en pratiquer la ponction. Ainsi agit-on dans certains kystes de l'ovaire, dans les tumeurs multiloculaires du cou et de la région périnéo-scrolale. Mais la ponction seule ne suffit pas à produire la guérison, le liquide ne tardant pas à reparaître. Broca divise en trois ordres les différents moyens curatifs employés.
1» On peut se proposer d'amener la résorption du contenu du kyste, en exerçant à sa surface de la compression, en faisant sur la poche des applications résolutives ou en recourant aux topiques irritants, vésicatoires, applications iodées, etc. Ces moyens ne donnent de résultats que dans les kystes par exsudation, lorsqu'un certain degré d'inflammation entretient la production du liquide. Ainsi, la compression et les irritants peuvent amener la guérison de quelques kystes séreux et synoviaux. C'est à cette méthode que se rattache le traitement conseillé par Ilouzelot (de Meaux), qui faisait des applications d'alcool à la surface des kystes synoviaux. Mais, dans un grand nombre de cas, ces différents modes de traitement n'amènent qu'un résultat temporaire, et la récidive ne tarde pas à se produire. Dans les kystes glandulaires par rétention, et dans les kystes dermoïdes, ils sont tout à fait sans valeur.
ii" Dans le second ordre de procédés, on agit directement sur l'intérieur du kyste. Dans ce but, on emploie surtout les injections irritantes, et en particulier, les injections iodées qui amènent des modifications du côté de la paroi kvstique et arrêtent la production du liquide. Les injections d'alcool ont été préconisées dans le même but par Monod père; Th. Ânger a conseillé les injections de chlorure de zinc déliquescent, et on en a obtenu de bons résultats dans le traitement de la grenouillette. Les injections de chlorure de zinc ont été conseillées également par M. Richet dans le traitement des kystes sébacés, dans le but de provoquer une inflammation suppurative, à la suite de laquelle survient l'élimination de la paroi kystique et de son contenu. Kraft- Ebmg a conseillé, en Allemagne, dans les loupes l'injection de tartre stibié. L'auteur d'une thèse soutenue à Paris, en 1872, M. Greuell, fait savoir que M. Bœckel s'est servi plusieurs fois avec succès de ce procédé. 11 emploie une solution à 1/50. On a eu recours également à plusieurs opérations dans lesquelles on porte l'instrument tranchant sur la paroi kystique, incision simple ou sous-cutanée, séton, drainage, excision partielle; on a employé la cautérisation linéaire ou en nappe, l'écrasement de certains kystes. C'est surtout dans le traitement des kystes séreux et synoviaux que ces différentes méthodes ont été mises en usage. Mais il faut bien le dire, souvent on n'évitait pas le double écueil, soit de faire des opérations insuffisantes bientôt suivies de récidive, soit de déterminer de graves complications. Aussi ces opérations ont-elles été de plus en plus délaissées, et aujourd'hui c'est la troisième méthode, l'extirpation, qui est devenue la méthode de choix.
5° Depuis l'avènement de la méthode antiseptique, l'extirpation des kystes s'est de plus en plus généralisée. Nous n'avons pas besoin de rappeler, à propos des kystes de l'ovaire, comment elle a détrôné toutes les autres méthodes rivales. Pour les kystes dermoïdes, l'extirpation s'impose comme une absolue nécessité; il faut même que cette extirpation soit bien complète, car, pour peu qu'on laisse persister un fragment de la paroi kystique, la récidive est inévitable. Dans tous les cas où l'extirpation complète n'est pas de mise, on a du moins recours à l'excision partielle, suivie au besoin de la cautérisation de la paroi restante. Pour les kystes à paroi mince, difficilement isolables des parties
KYSTES (bibliographie). ?0ô
voisines, M. Pozzi a conseillé un procédé qui peut rendre des services : c'est l'injection préalable dans l'intérieur du kyste de blanc de baleine fondu au bain-marie, qui, en se solidifiant, rend plus facile la dissection de la paroi. Pour les ganglions et kystes synoviaux, nous sommes aussi devenus beaucoup plus hardis, et nous ne craignons plus d'en pratiquer, soit l'extirpation complète, soit l'excision. De nombreux faits de cet ordre ont été communiqués à la Société de chirurgie par MM. Nicaise, Polaillon, Ilumbert, Schwartz, iS'otta (de Lisieux), etc. En un mot, l'extirpation des kystes est aujourd'hui la méthode générale de traitement; les autres procédés ne sont plus que des méthodes d'exception. E. Kirmisson.
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E. klKMISSO.N,
KYSTITOME. Voy. CATARACTE.
HYiniVOS (AncHiPEL grec). Dans cette île se trouvent des sources sulfureuses {Saints- Anargyre&) d'une température de 40 degrés, contenant des sels carbonates et jaillissant au fond d'une petite vallée (non loin de cette source, il y en a encore une autre, celle de Gacavo, d'une température de 55 degrés). On emploie ces eaux intérieurement contre les catarrhes cln"oniques des bronches, de l'estomac, de la vessie, etc., et extérieurement en bains contre les rhumatismes chroniques, les affections de la peau, la scrofule et les tuméfactions symptomatiques des hypocondres. Il y a de très-bons établissements, La saison dure du mois d'avril jusqu'à la fin de septembre. Cl. St.