II. B.N
LADANUIT! OU LABDAIVOI. La ladanum est une substance résineuse qui exsude spontanément, sous la forme de gouttes, des feuilles et des rameaux d'un arbrisseau de l'Ile de Candie nommé Cistus creticus L. Autrefois on récoltait le ladanum en peignant la barbe des chèvres qui broutent les feuilles du ciste, mais aujourd'hui on l'obtient en promenant sur les arbrisseaux des lanières dé cuir attachées ensemble et disposées comme les dents d'un peigne. On racle ensuite ces lanières avec un couteau, et l'on renferme la résine dans des vessies où elle acquiert plus de consistance.
Le ladanum ainsi obtenu est noir, solide, tenace et peu sec. Sa cassure est grisâtre, mais noircit promptement à l'air; il se ramollit avec lapins grande facilité sous les doigts et y adhère comme de la poix ; il laisse dégager alors une odeur toute particulière très-forte et balsamique. Avec le temps, il perd l'eau qu'il contient, devient très-sec, poreux, assez léger et d'une cassure grisâtre permanente. Il se ramollit moins facilement dans les doigts ; son odeur est toujours forte et présente assez d'analogie avec celle de l'ambre gris. 11 se fond très-facilement et entièrement par l'action de la chaleur.
Le ladanum, soumis à l'analyse, a présenté à M. Guibourt la composition suivante :
Késine et huile volatile og I
Cire '..'..." 7 '
Extrait aqueux .
Matière terreuse et jjoils '.'.'. fi
Total.
11 existe encore un autre ladanum qui est obtenu en Espagne en faisant bouillir dans l'eau les so.mniiités du Cistus ladanifer L. Ce ladanum est en masse, noir, coulant et s'arrondissant un peu comme de la poix noire, dont il n'offre pas cependant la cassure nette et vitreuse. Son odeur se rapproche beaucoup de celle du ladanum de Crète.
Le ladanum que l'on trouve le plus souvent aujourd'hui dans le commerce est bien différent des précédents. Il est tout à fait sec, dur et formé en rouleaux que l'on a tournés en spirales, ce qui lui a fait donner le nom de Ladanum in tortis. Ce ladanum est un produit falsifié; quelquefois il renferme une petite quantité de ladanum, ce qu'on rccoimait à sou odeur; souvent même il n'en contient pas du tout. Dans tous les cas, il doit être rejeté.
Le ladanum est peu employé aujourd'hui en médecine, quoiqu'il paraisse doué de propriétés assez actives. Autrefois il entrait dans la composition de la thériaque céleste, dans celle du baume hystérique, de l'emplâtre contre la rupture, etc., etc. Il passait pour avoir lu propriété de fortifier les nerfs et d'arrêter les hémorrhagics.
T. GOBLEY.
'liADRERIE. BSescrîptîon. Djgît^ne {tuttliquo el police nié(lDe:iile. Lcs
mots ladre, ladrerie (de IxiSpôç, diiforme, gauche, ou, comme on l'a encore dit, du nom de Lazare, d'oii la dénomination de lazaroli, donnée par Mal|iliigiii aux porcs ladres), ont été quelquefois employés comme synonymes de lépreux, lèpre. Mais cette signification ne peut être conservée aujourd'hui. Le nom de ladierie doit être exclusivement réservé à une affection parasitaire observée le plus ordinairement chez le porc, mais qui peut atteindre encore d'autres espèces. Elle consiste dans le développement au milieu des chairs musculaires de l'animal, d'un nombre plus ou moins con>idérable de cysticerqiies de la cellulosité ou cyslicerques ladriques [cysticerciis cellulosœ) .
Les recherches de notre époque ont démontré que le cysticerque ladrique n'est autre chose que la larve ou scolex du tœnia soliiim, et que sa pénétration dans les voies diyestives de l'homme est, par suite, la condition nécessaire de la production de ce dernier entozoaire. Aussi, l'étude de la ladrerie offre-t-elle divers genres d'intérêt, suivant qu'on se place au point de vue de l'histoire naturelle, de l'helminthologie, de la pathologie humaine et vétérinaire, et enfin de l'hygiène privée et publique et de la police médicale. Les questions qui allèrent à l'Iiistoire naturelle et à riielminthologie ont été ou seront traitées dans d'auUes aificles (Cysticerques, Générations alternantes, Helminthes, Téima). Je ne les toucherai ici qu'incidemment, lorsque cela sera nécessaire à la compréhension des faits, pour me renfermer dans la description de la ladrerie et dans rexamen de ses rapports avec l'hygiène privée et publique, et avec la police médicale.
Historique. La ladrerie était connue des anciens. Aristophane, dans la comédie des Chevaliers, en parle comme d'un fait vulgaire, et Aristote la décrit avec une précision remarquable. Rufus, cité par Oribase, reproduit à peu près exactement la description d'Aristote, aussi bien d'ailleurs que PUne et Didynius. Plutarque la iignale dans ses Propos de table, et Arétée la compare à l'éléphantiasis de l'homme.
Des règlements nombreux démontrent que dans le moyen âge la ladierie du porc était parfaitement connue. Mais il faut arrivera Redi (1689-91), iî Malpighi, à Hartmann, pour voir pénétrer dans sa science la connaissance de sa iialure parasitaire.
En ilC)0, I\illas, en donnant au cysliccrque le nom caractéristique de teî<?rt hijdaligena, et Otlo Fabricius, en cnictlant l'avis qu'il provient d'un ver rubanaire, iruliqnèrent nettement la voie dans laquelle devaient les suivre Gœze, Steenstrup, Siebold, Dujai'din.Mais il était réservé à van Bcneden et à Kùchenmeister de mettre liors de doute, pur leurs travaux, les migrations des entozoaires, et, en établissant la libation nécessaire du cysticerque et du ténia, d'en faire ressortir les conséquences au point de vue de l'bygiène de l'homme.
Le porc, ai-je dit, n'est pas le seul animal chez lequel on rencontre le cysticerque ladrique. Hartmann l'avait observé chez la chèvre, en 1686. Robin l'a rencontra chez un ouïs mort au Jardin des plantes, et beaucoup d'observateurs en ont constaté l'existence chez l'homme. Mais ce sont là cependant des faits lelativement assez rares pour pouvoir être considérés comme exceptionnels, et c'est le porc qui est bien évidemment l'habitat normal du scolex du lœnia solium.
C'est donc à lui que se rapportera à peu près exclusivement celte étude. Je dois cependant dire, dès à présent, que certains faits permettent de penser que le bœuf est habile par un cyslicerque, dont la pénétration dans le tube digestif de l'horamc déterminerait le développement d'un ténia, soit du tœnia solium, soit peut cire du tœnia mediocaneliata.
Ucst^a-iption icnaioinique. Avant d'étudier les symptômes de la ladrerie, il est important d'cxammer les caraclèies géuéi'aux des cysticerques et leur localisation la plus liabiliielle cliez les porcs qui en sont iniéctés.
Lorsque l'on ouvre un porc alïecté de ladrerie, on constate dans l'épaisseur dés masses musculaires l'existence de giains blancs auxquels les Grecs donnaient le nom de yJ.la.C,ocL, et les Latins de çjrandines (grêlons), et qui ne sont autre chose que des cysticerques. Tantôt ceux-ci sont privés de leur vésicule qui a été déchirée, tantôt ils sont encore contenus dans une poche d'apparence séreuse, ellipsoïde le plus souveul, parfois globuleuse, remplie de liquide, et dans laquelle on aperçoit par transparence le parasite sous la forme d'une tache blanche.
Dans les cas oii la chair musculau-e est remplie d'un grand nombre de cysticerques, la traiiclie présente une série d'alvéoles ou de cellules qui résultent delà division des vésicules ladriques. Le corps de l'animal adhère encore à quelques-unes d'entre elles.
Si l'on mesure celles de ces vésicules qui sont restées intactes, on trouve qu'arrivées à leur entier développement leur plus grand diamètre longitudinal est de
10 à 15 millimètres, leur diamètre trans\ersal moyen de 6 millimètres environ. Leur enveloppe se compose de deux couches, l'une extérieure qui parait indépendante de l'auimal, l'autre intérieure qui est l'animal lui-même encore pourvu de son kyste propre. Toutes deux sont perforées par un pertuis à peine visible à l'œil nu et entouré d'une petite auréole, ou sphincter d'un blanc laiteux sous laquelle se trouve le tubercule blanc iormé {)ar la tête et le cou rentrés dans l'intéueurdela poche. Ce tubercule a environ la grosseur d'un petit grain de clièncvis
11 est souvent moins volumineux ; dans des cysticerques du cerveau où la vésicule, parfaitement globuleuse, avait un grand développement, il représentait à peine ui: très-petit grain de millet, bien qu'il offrit au microscope tous les caractères ds l'animal parlait. On peut souvent, par la pression, faire sortir de la vésicule caudale la tête et le corps du cyslicerque qui y sont invaginés à la manière d un doiat de gant retourné. Yidetur œmulari, dit AJalpighi, cornua emissiiia cockleanim.
Pendant la vie de l'animal qu'il habite, le cysticerque tient fréquemment sa tète en dehors de la vésicule, comme on peut le voir dans la figure donnée par Sichei
d'un cysticerque de la chambre antérieure de l'œil, et comme je l'ai d'ailleurs plusieurs fois coustalé après beaucoup d'autres observateurs.
Les caractères spécifiques du cy^ticerque ladrique ne peuvent être étudiés qu'à l'aide du microscope. Ils ont été décrits dans d'autres articles du Dictionnaire encyclopédique ; je ne puis que les résumer eu quelques mots. La tête est ibrt petite, presque télragone, on la trouve au fond de la poche, plus ou moins rejetéc sur le côté. Elle est pourvue de quatre ventouses, d'une couronne de crochets qui sont au nombre de 22 à 26 environ, ou plus nombreux suivant quelques observateurs, van Beneden entre autres, qui en compte 52.
Dans mes observations, leur nombre a varié de 25 à 28, mais il n'est pas aussi facile de les compter qu'on le croirait an premier abord. Ils sont disposés sur deux rangs très-serrés. Je n'insiste pas sur l'analogie happante qui rapproche ces caractères de ceux que présente la tête du iœnia solium, analogie qui avait frappé tous les observai eurs.
Ce sont les masses musculaires qui sont à peu près exchisivement habitées par Je cysticerque ladrique. Si Ion en croit Gervais et van Heneden, c'est surtout au milieu des muscles et de la graisse du cochon, et de préférence à la région intercostale, qu'on le rencontre plus abondamment. Je ne puis accepter cette opinion comme complètement exacte. Les muscles que j'ai trouvés le plus Aéquemment et le plus puissamment envahis sont ceux de la langue, du cou et des épaules. Puis viennent, et d'après leur ordre de fréquence, les muscles intercostaux, les jjsoas, les muscles de la cuisse et, enfin, ceux de la région vertébrale postérieure.
Sur la même ligne de fréquimce ou à peu près que les masses musculaires de la langue et du cou, se trouve le tissu cellulaire sous-muqucux de la face inférieure de la langue. G est vers la base de cet organe et sur les parties latérales du frein, que l'on aperçoit le plus ordinairement les vésicules ladiiques. Elles constituent des élevures opahnes demi-transparentes, globuleuses ou ovoïdes qui soulèvent la muqueuse, en nombre très-variable. 11 est facile, en passant le doigt sur ces vésicules, de reconnaître leur saillie.
La situation de ces cysticerques dans le tissu cellulaire sous-muqueux n'a d'ailleurs rien d'anormal, puisque par leur face profonde ils adhèrent aux muscles eux-mêmes. Le même fait se produit d'ailkurs pour la plèvre au-dessous de laquelle on les aperçoit par transparence attachés aux muscles intercostaux, pour le péricarde sous le feuillet viscéral duquel on les rencontre appliqués aux libres musculaires du cœur.
Lorsque les cysticerques occupent la profondeur des masses musculaires, ils se logent entre les fibres qu'ils écartent, mais qui n'ont subi aucune altération. Tantôt ils sont isolés, tantôt ils sont disposés par traînées plus ou moins régulières jOU par groupes agglomérés. Les vésicules n'offrent pas toutes le même volume. Elles présentent au contraire à ce point de vue des différences assez prononcées.
Malgré les assertions contraires de quelques observateurs, et en particulier de Gervais et de van Beneden, je n'ai pas rencontré dans la profondeur de la graisse, -de vésicules ladriques. Toutefois, j'en ai vu fréquemment qui, adhérentes aux fibres musculaires, faisaient saillie dans le tissu adipeux. Elles accompagnent souvent les moindres fibres des peauciers qui traversent les masses graisseuses, et «'est évidemment ce qui a induit en erreur ceux qui ont admis que la graisse est Arès-habitucllement infectée par les cysticerques.
DICT. ENC. 2° s. L '
Cette graisse ne m'a, non pins, jamais présenté cette coloration jaimâtre signalée comme habituelle ou constante.
En sa qualité d'organe musculaire, le cœur est très-fréquemment envahi par les cysticerques. Leur nombre peut y acquérir des proportions assez considérable» pour qu'on s'étonne de voir que ses fonctions n'en soient pas entravées.
Parmi les muscles où on les rencontre encore, il faut citer ceux du larynx. Je les ai trouvés dans l'épaisseur des muscles génio-hyoïdiens, crico-thyroïdiens et Ihyro-aryténoïdiens latéraux.
En résumé, la fibre musculaire, ou plutôt le tissu cellulaire dans lequel elle est plongée, est le siège d'élection du cysticerquc ladrique. Toutefois on l'a, quoique moins fréquemment, rencontré dans le tissu cellulaire, non accolé aux muscles et même dans la profondeur des organes. Le tissu cellulaire sous-conjonctival, les replis glosso-épiglottiques (Delpech), les plis extérieurs de la muqueuse anale, comme on le savait déjà à l'époque d'Aristophane, le foie, la rate, les poumons (Andral), les fibres musculaires du cœur, les valvules semi-lunaires (Rudolphi), les muscles des yeux, le cerveau (Dupuy), la dure-mère et la pie-mère (Rudolphi), le péritoine (Andral), la face profonde du périoste (Lafosse) en ont fourni des exemples.
Je n'ai eu qu'une fois roccasion d'examiner les cysticerques du cerveau chez une truie âgée, et chez laquelle les parties antérieures du corps, la langue, le larynx, le «ou, les épaules, étaient pénétrées d'un nombre énorme de cysticerques. L'animal ivait été assommé, la pulpe cérébrale était en partie réduite en bouillie et pénétrée par des épanchements sanguins, ce qui rendit difficile la localisation exacte des parties du cerveau qui étaient le plus spécialement atteintes. Toutefois, je pus extraire de la profondeur même du tissu plus de quarante cysticerques. La vésicule caudale était globuleuse, très-fine et très-transpavente, et le corps, comme je l'ai dit plus haut, était moins volumineux que celui des cysticerques eUiptiques des muscles. Le cœur ne contenait que quelques cysticerques très-petits, ce qui fit élever quelques doutes sur une erreur possible dans le transport des pièces ; le foie n'en contenait aucun, non plus que les poumons.
Quoique ce soit surtout chez l'homme que ces faits ont été signalés, je ne veux point passer sous silence la présence des cysticerques dans la chambre antérieure de l'œil et dans la profondeur du corps vitré. Sœmmering, Schott (de Francfort-surle-Mein), Logan, Dalrymple, Hyrtl, Canton, deGraefe, Hirschler, Mende, Windsor, cités par Wecker, ont signalé des exemples de cysticerques occupant la chambre antérieure, et Appia en a observé un dans l'épaisseur même de la cornée.
De Graefe, à son tour, le rencontra plusieurs fois dans le corps vitré chez l'homme^ mais déjà on l'avait décrit chez le porc.
Le volume des vésicules ladriques, ai-je dit, n'est pas toujours exactement le même; il varie du volume d'un grain de millet à celui d'un petit haricot. Leur forme n'est pas toujours aussi ovoïde qu'elle l'est le plus ordinairement ; elle peut être, comme on l'a vu, tout à fait globuleuse. C'est sans doute à des différences d'âge ou de lieu qu'il faut attribuer ces variétés que l'on rencontre d'ailleurs souvent réunies chez le même porc.
La chair des porcs atteints de ladrerie peut en être infectée dans d'énormes proportions. Kuchenmeister a trouvé 133 cysticerques dans un morceau pesant 4 drachmes et demie, ce qui ferait pour 22 hvres allemandes 80,000 cysticerques. Cette chair présente de plus quelques caractères s^iéciaux. Elle est plus pi- le, plus molle, plus aqueuse que la viande saine.
Symptômes. Les symptômes de la ladrerie sont très-peu nets et souvent difficiles à constater pendant la vie de l'animal. Un seul, la présence de quelques vésicules ladriques sur des points du corps accessibles à la vue, comme la conjonctive, la langue ou les plis de l'anus, peut permettre d'établir le diagnostic. Quant aux symptômes généraux, ils manquent presque absolument, et l'animal le plus profondément iafecté peut présenter les apparences de la meilleure santé, comme je l'ai constaté un grand nombre de fois. Passons cependant en revue quelques-uns des caractères signalés à diverses époques. Les soies que l'on arrache de la crinière, dit Aristote, présentent à leur extrémité cutanée un aspect sanguinolent, et les animaux ne peuvent laisser en repos leurs pieds de derrière. M. Lafosse et quelques auteurs modernes ont reproduit le premier de ces caractères, dont je n'ai pu, dans un examen souvent répété, constater l'existence, non plus que celle de l'adhérence moindre des soies. Il en a été de même de l'agitation du train de derrière, qui est d'ailleurs tout à fait en contradiction avec l'aspect triste et stupide du porc ladre, qui resterait couché, d'après quelques observateurs, et aurait peine à suivre le troupeau. Dupuy et llurtrel (d'Arboval) ont nié qu'il existât chez le porc ladre une enflure spéciale des ganaches, que je n'a; point non plus observée.
On a indiqué encore la diminution de l'appétit, l'aspect terne des yeux, la petitesse et l'inégalité du pouls, le ralentissement de la resjiiration ; ces derniers symptômes, bien vagues, sont cependant en rapport avec les altérations observées du côté du cœur et des muscles respiratoires.
Grève a le premier signalé une sensibilité excessive du groin, qui empêcherait le porc ladre de fouiller la terre, et lui ferait pousser des cris de douleiu" lorsqu'on le frapperait légèrement avec une baguette.
Cette observation est en contradiction avec l'opinion généralement acceptée par les employés des abattoirs, qui semblent croire à une certaine insensibilité du porc ladite. Cette dernière opinion est en rapport, d'ailleurs, avec le langage vulgaire qui fait du mot ladre un synonyme du mot insensible.
D'autres observateurs ont d'ailleurs invoqué un degré plus ou moins prononcé d'analgésie ou d'anesthésie du tégument externe.
En définitive, aucun de ces symptômes n'a une importance réelle. Je ne mets pas en doute qu'au moment oii le porc ingère en une seule fois un grand nombre d'œufs de ténia, plusieurs mètres du strobila, par exemple, et même un certain nombre de proglottis, il ne se produise chez lui des accidents appréciables au moment où les embryons hexacanthes traversent les parois intestinales et vont chercher dans les muscles leur habitation définitive. Ils consistent probablement dans des diarrhées plus ou moins intenses et dans une gène douloureuse des mouvements musculaires . Mais ces accidents passent inaperçus ou sont rapportés à d'autres causes. Il est possible encore, comme on l'a affirmé, qu'à la période ultime de la ladrerie poussée à un degré extrême, on voie survenir l'infiltration des membres, la diarrhée, l'amaigrissement extrême ou la bouffissure, l'engorgement des ganglions lymphatiques. Tout ce que je puis dire, c'est que, chez les nombreux porcs ladres que j'ai observés, et dont plusieurs étaient abondamment chargés de cysticerques, je n'ai jamais rien rencontré de semblable.
L'enrouement, un essoufflement prononcé, niés par Dupuy, me paraissent devoir se manifester lorsque les muscles du larynx sont chargés de vésicules ladriques. J'en ai trouvé dix chez le même porc, partagées entre les deux muscles thyro-aryténoïdiens latéraux.
Les marchands de porcs, les hommes attachés aux abattoirs insistent sur ce fait,
que chez les porcs ladres les épaules sont remontées. 11 m'a semblé, en effet, que chez eux il existe fréquemment un gonflement en masse de l'épaule, qui lui donne plus de saillie vers le dos et qui produit un engoncement du cou de l'animal.
A cela près, tous les porcs atteints de ladrerie que j'ai examinés présentaient les apparences de la meilleure santé, et rien au premier coup d'œil n'eût pu faire soupçonner l'affection parasitaire dont ils étaient atteints.
Je ne peux pas cependant passer sous silence l'opinion émise par Davaine dans son remarquable traité des entozoaires. D'après lui, lorsque les cysticerques sont nombreux, le porc devient stupide, faible et languissant ; il est indifférent aux coups, les yeux sont ternes, la membrane buccale est blafarde, le pouls est petit et iné'^al, l'animal perd rapidement ses forces, les membres postérieurs se paralysent et s'infiltrent, et la mort, qui est la terminaison constante, se produit après deux ans et même après un temps plus long.
En résumé, cependant, aucun caractère formel, à l'âge oii les porcs sont abattus en général, aucun commémoratif pathologique ne peuvent mettre nettement sur la voie du diagnostic de la ladrerie, et l'on est obbgé pour la constater de recourir à la recherche directe des cysticerques dans les points où ils sont accessibles à la vue. Plus rares à la conjonctive et aux plis de l'anus, ils existent chez les deux tiers au moins des porcs ladres à la face inférieure de la langue et plus particulièrement sur les parties latérales du frein et ils présentent pendant la vie de l'animal les caractères que j'ai signalés à l'occasion de l'anatomie pathologique; c'est-à-dire des saillies oblongues dapparence incomplètement transparente, dirigées d'arrière en avant quant à leur plus grand diamètre, et donnant au doigt que l'on fait glisser sur elles une sensation de résistance élastique que ne présentent pas les autres parties de la muqueuse.
Leur constatation ne se fait pas sans quelque difficulté. Il faut, pour y arriver, employer un procédé qui porte maintenant le nom de langueyage et qui était déjà au temps d'Aristophane de notoriété vulgaire.
Ce procédé consiste à faire renverser et maintenir par un aide sur le côté droit le porc saisi par le pied gauche de devant; puis le langueyeur choisit le moment où l'animal ouvre la gueule pour introduire entre ses mâchoires un bâton de bois dur. L'aide s'assure de l'une des extrémités du bâton, dont l'autre extrémité porte à terre et est maintenue par le pied gauche du langueyeur. Les crocs fixent ce levier et l'empêchent de glisser, etl'obhquité qu'on lui donne tient les mâchoires écartées. Le langueyeur prend un linge sec, le plus souvent sa blouse, et il saisit delà main gauche, par-dessus le bâton, la langue qu'il attire au dehors. Il l'examine avec soin, puis il promène plusieurs fois les doigts de la main droite sur toute la face inférieure, pour contrôler par le toucher les résultats donnés par la vue.
Lafossc a proposé, pour éviter les dangers réels d'une semblable pratique, lorsqu'on n'en a pas une grande habitude, de faire fixer par des aides le porc à examiner, et de lui écarter les mâchoires avec un spéculum.
Le langueyage est, comme on le voit, le seul procédé sérieux de diagnostic de la ladrerie; bien que j'aie pu constater plusieurs fois l'absence des vésicules subhnguales chez les porcs ladres, leur constance presque absolue donne à ce procédé une très-grande importance.
Etiolocie de la ladrerie. J'ai admis, dès le commencement de cet ai'ticle, que le cysticerque ladrique n'est autre chose que le scolex du tœnia solium, et que ce dernier est l'animal arrivé à son complet développement et capable de
se reproduire. Mais si je n'ai pas ici à faire, an point de vue de l'histoire naturelle, la démonstration de ce fait, je dois cependant, au point de vue de l'hyfene, prouver expérimentalement la filiation du tœnia soliim et du cysticerque
■^drique. i j - •♦
Quatre-vingts heures avant l'exécution d'une femme condamnée à la décapitation pour assassinat, Kûchenmeister lui fit prendre à plusieurs reprises soixantetrois cysticerques ladriques ; l'autopsie ayant été faite quarante-huit heures après la mort, il découvrit dans le duodénum quatre jeunes ténias. Ils avaient de 4 a
8 millimètres de longueur. Six autres ténias furent trouvés dans l'eau qui avait servi à laver les intestins.
Le 10 août 18.., Leuckart donna à un jeune homme, dans du lait tiede, quatre cysticerques ladriques arrivés à leur complet développement et débarrasses de leur ampoule. Le 2o octobre il constata dans les selles les premiers proglottis, et il en retrouva depuis à cinq re^Tises différentes. Le 26 novembre, sous l'mfliience d'une double dose de kousso, le jeune homme sujet de l'expérience rendit deux ténias de 2", 50 de long environ.
. Il est à remarquer que le porc dont la chair avait fourni les cysticerques avait été lui-même infecté par l'ingestion de proglottis de tœnia solium.
M. Bertholus cite, dans sa thèse inaugurale, le fait smvaut : le 11 délembre 1854, M. Hurabort (de Genève) avala quatorze cysticerques ladriques en présence de M. le professeur Vogt et de M. MouHnié. Dans les premiers jours de mars 1855, il sentit, dit-il, la présence des ténias, et il en rendit des fragments assez considérables, que le professeur Vogt reconnut appartenir au tœma
Solltlïïl .
Ainsi l'ingestion du cj/sficercMsceWw/osce a déterminé dans l'intestin de l'homme
le développement du tœnia solium.
L'expérience déjà citée de Leuckart prouve d'autre part que l'introduction des proglottis du tœnia solium dans les voies digestives du porc détermine chez lui l'apparition des cysticerques ladriques.
Ger\ais et van Beneden tirent prendre de leur côté, le 51 octobre, à un cochon, des œufs de tœnia solium, et le 15 mars suivant ils trouvtdent des cysticerques
dans ses chairs.
Enfin, les 7, 24, 26 juin 1854, Kûchenmeister et Haubner donnèrent à trois cochons de lait des anneaux de tœnia solium expulsés les uns spontanément, les autres artificiellement. L'un des cochons fut tué le 26 juillet, et l'on trouva dans ses chairs de jeunes cysticerques à un état varié de développement qui correspondait aux époques différentes d'introduction des proglottis. Le second fut tué le
9 août, et l'on constata chez kii l'existence de milliers de cysticerques disséminés dans toutes les parties du corps à un état variable, mais phis avancé que dans le premier. Chez le troisième cochonnet, sacrifié le 23 août, un grand nombre de cysticerques avaient atteint leur entière croissance, tandis que d'autres étaient moins âgés. Un quatrième cochon de la même portée, qui n'avait pas ingéré d'œufs de ténia, ne présenta aucune trace de cysticerque.
Rien n'est donc mieux démontré maintenant que la filiation du cysticerque ladrique et du tœnia solium, et la possibilité de reproduire l'un par l'autre expérimentalement. L'observation de chaque jour avait étabU depuis longtemps que les hommes atteints le plus habituellement du ténia sont ceux qui sont en contact avec la chair de porc ou qui se nourrissent, comme on le fait dans certaius ,pays, de la viande crue de cet animal ; mais, réservant les faits de cette catégorie
pour l'élude des résultats hygiéniques de l'alimentation parla chair de porc ladre, je reviens à l'étiologie de la ladrerie.
Le i)orc ne peut donc la contracter qu'en ingérant dans ses voies digestives des œufs de ténia. Il en trouve une occasion fréquente dans les habitudes des populations au miheu desquelles il vit le plus ordinairement. Dans les campagnes, en effet, les matières fécales sont très-habituellement dépoaées au dehors et en particulier sur les fumiers, où les porcs qui errent en liberté dans les champs ou dans les cours des fermes, les mangent très-habituellement, il suffit donc d'un individu atteint de ténia et rendant des cucurbitains ou des œufs de ténia disséminés dans ses excréments pour infecter de ladrerie tout un troupeau, d'autant plus que, comme cela a été démontré par Gerlach à propos de la trichinose, les porcs mangent les excréments les uns des autres, et que les œuis ingérés par un premier animal et qui n'ont pas eu le temps de se développer dans son intestin, sont repris par un autre.
C'est encore en buvant dans les mares, oîi la pluie a entraîné les cucurbitains ou les œufs que les porcs contractent la ladrerie. La résistance des œul's des entozoaires à la putréfaction, sur laquelle Davaine a si justement insisté, et le temps très-long pendant lequel ils restent aptes à se développer, favorisent ce dernier mode d'infection.
Il est si vrai que le voisinage de l'homme est une condition presque indispensable de l'apparition de la ladrerie, que le sanglier vivant à l'état sauvage n'en est jamais atteint à un degré avancé, et que c'est très-rarement môme que l'on trouve chez lui quelques cysticerques isolés.
Les conditions dans lesquelles se fait l'élevage des porcs doivent donc exercer une inQuence très-grande sur le dévelopement de cette affection; fréquente là où les animaux sont abandonnés à eux-mêmes, elle est plus rare dans les pays où ils sont tenus avec propreté, enfermés dans des toits, promenés seulement à ceri aines heures de la journée au milieu des champs, et empêchés de se vautrer sur les fumiers, en y mangeant tout ce qu'ils rencontrent.
M. Louchard, inspecteur principal de la boucherie à Paris, me disait que, dans le sud-ouest de la France, la ladrerie tendait à diminuer considérablement depuis que les porcs étaient nourris d'aliments végétaux ou de Aiandes bien cuites, depuis qu'on les empêchait de manger des ordures, qu'on les promenait dans les champs, qu'on les lavait fréquemment, et qu'on renouvelait leur htière. Au contraire, dans le pays où s'élève la race limousine, la nourriture est mauvaise, les porcs sont abandonnés au dehors sans surveillance, ils mangent ce qu'ils trouvent sur leur passage. Enfermes dans des écuries sordides, couchés sur un fumier arrivé à un état très-avancé de décomposition, ils sont placés dans des conditions hygiéniques déplorables; aussi est-ce chez eux que la ladrerie se manifeste avec le plus de fréquence.
Le marché de Paris est surtout approvisionné par les races lorraine, picarde, mancelle, normande, limousine. Cette dernière offre les exemples les plus habituels de ladrerie, dont le chiffre s'abaisse progressivement jusqu'à la race lorraine, qui en offre le moins.
La chair des porcs limousins est en général pleureuse, molle, plus blanche après la cuisson; la graisse est plus malléable, presque liquide en été, et elle perd sur le marché 10 centimes par kilogramme.
N'y a-t-il pas dans ces conditions de mollesse générale une cause secondaire de l'introduction des cysticerques, et cette race ne présente-t-elle pas, en
raison d'une vigueur moins grande, une condition plus favorable à leuj- diffusion ?
Les affections parasitaires végétales ou animales se développent avec plus de facilité chez les sujets jeunes et débiles, tandis que les sujets adultes et vigoureux résistent à leur implantation.
Certains parasites appartiennent aux premiers âges de la vie d'une façon presque exclusive; d'autres ne se développent eu grand nombre que dans certaines affections déterminées, dans celles siu'tout où l'organisme se trouve placé dans des conditions spéciales d'iiyposthénisation.
Il n'y aurait rien d'étonnant à ce que la ladrerie subît la même influence, et à ce que les conditions hygiéniques dépressives offrissent à son établissement des organismes tout préparés.
C'est pent-ètre à cela qu'il faut attribuer pour une part la rareté de la ladrerie généralisée chez le sanglier, dont les conditions d'existence sont si différentes de celles du porc domestique.
Les auteurs se sont divisés sur la question de savoir si la ladrerie peut èfre congénitale.
On peut dès l'abord établir qu'elle est très-rare à la première période de la vie du porc. Ce n'est, en général, que lorsqu'Us sont Agés de quelques mois, que les nourrins présentent des signes de ladrerie.
Cependant Hervieux, cité par Hurtrel (d'Ârboval), éleva une truie née ladre; d la fit saillir par un verrat très-sain, et elle donna naissance à des cochonnets ladres. D'autre part, Toggia a rencontré des cysticerques chez un goret de douze jours. Il paraît bien probable que leur dépôt dans les chairs de l'animal avait dû précéder la naissance.
Lafosse admet également la ladrerie congénitale.
Je n'ai pas de raison de repousser d'une manière absolue ces opniions ; mais je dois faire des réserves, et bien établir dans quelles circonstances les cochonnets peuvent naître déjà pourvus de cysticerques. Le fait du passage des entozoaires de la mère au fœtus est en effet très-exceptionnel. M. Chaussât a démontré que chez le mus rattus les anguillules du sang de la mère ne pénètrent pas dans le sang du fœtus, et récemment encore Davaine établissait que les bactéridies des maladies charbonneuses sont arrêtées par le placenta et ne passent point chez le fœtus. Je repousse donc absolument la pensée du passage des cysticerques arrivés à la période vésiculaire chez le fœtus du porc pendant la gestation. Mais il n'en est pas de même du proscolex, de l'embryon hexacauthe qui, pourvu d'organes perforateurs, peut parfaitement pénétrer des vaisseaux de la truie dans ceux du fœtus et infecter celui-ci. Une condition indispensable, c'est que la truie déjà pleine introduise dans ses voies digestives des œufs de ténia, et que l'embryon récemment éclos, après avoir traversé les parois vasculaires, soit porté avec le sang vers l'utérus, et traverse à leur tour les parois vasculaires contiguës de la mère et du fœtus pour passer dans le système circulatoire de ce dernier. Tel est, en effet, le mode d'après lequel l'embryon hexacanthe est transporté dans les di!férents points de l'organisme où il va se fixer.
Leuckart expérimentant avec le tœnia serrata, trouvait, vingt-quatre heures après l'ingestion des proglottis, les proscolex dans le sang des grosses veines de l'abdomen et principalement de la veine porte. Le quatrième jour, déjeunes cysticerques commençaient à se développer dans le foie.
C'est bien évidemment par le sang veineux et à l'état de proscolex, que parvien-
neuf, dans l'épaisseur des masses musculaires du cœur les cystioerques quelquefois si nombreux dont elles sont pénétrées.
Tous les observateurs, et Kûchenmeister au premier rang, admettent que c'est ainsi que se fait le transport des embryons.
Je reconnais donc, je le répète, la possibilité, dans ces circonstances déterminées, de la production de la ladrerie congénitale. Je vais plus loin, et je suis disposé à penser que c'est ainsi que s'expliquent une partie des faits dans lesquels il n'existe pas de vésicules ladriques sublinguales chez les porcs ladres. Mais en dehors de ces conditions, je regarde la ladrerie congénitale comme impossible à admettre.
Peut-on croire, en effet, avecLafosse, que « les proscolex, êtres essentiellement microscopiques, pouvaient déjà, lors de la fécondation, se trouver dans les ovules, si c'était la femelle qui les eut déglutis avant la copulation. »
Comment un embryon hexacanthe, qui présente originairement un diamètre de 1/20 de millimètre, et qui rapidement acquiert un volume beaucoup plus grand, pourraît-il être contenu, sans le détruire, dans un ovule de truie, dont le diamètre est de 2/1 0 de milhmètre ?
Il n'est pas non plus possible d'admettre, avec le même auteur, qu'il soit « facile de concevoir que ces proscolex peuvent se trouver mélangés au sperme dui mule qui les a déglutis ; que par l'intermédiaire de la semence, par conséquent, ils ont pu être portés jusqu'aux ovules, n
Le même raisonnement démontre l'erreur de cette supposition, et jerepousse: absolument la transmission de la ladrerie au fœtus par le sperme du verrat.
Ce qui a trompé les observateurs, c'est que les nourrins mangeant, dès leur naissance, tout ce qu'ils rencontrent, peuvent, par exception, s'infecter directement de très-bonne heure.
Pour en finir avec les origines de la ladrerie, disons qu'il n'est pas impossible que les cysticerques de la conjonctive ou des plis de l'anus proviennent d'œufs de ténia qui se soient accolés sur ces parties et qui s'y soient développés.
C'est par un procédé analogue probablement, que les cysticerques se fixent sous la nmqueuse linguale, en nombre relativement si considérable, et les cas d'absence de vésicules sublinguales sont peut-être ceux dans lesquels les cucurbitains ont été introduits dans le canal digestif entiers et sans avoir laissé échapper les œufs qu'ils contenaient.
Les cysticerques une fois introduits dans l'organisme peuvent-ils se multiplier par une génération agame et gemmipare. Van Beneden et Gervais semblent se prononcer pour l'affirmative ; Steenstrup, Kûchenmeister, Siebold, Lankester, J. Copland, Moquin-Tandon, sont plus nettement affirmatifs, tandis queCh. Robin se fonde sur ce fait, que jamais on n'a observé de travail de gemmation pour repousser ce mode de propagation.
Je reconnais toute la valeur de cette objection, et je n'ai, pour mon compte, jamais rien observé directement qui la détruise d'une manière formelle.
Cependant, j'ai souvent remarqué des traînées ou des groupes isolés de cysticerques qui semblaient le produit d'une propagation par contiguïté. Quelquefois, le volume différent des vésicules ainsi disposées paraissait appuyer encore cette probabilité. De plus, lorsque la ladrerie est presque complètement partielle, que les régions antérieures du corps, langue, cou, épaules, thorax, sont occupées par les vésicules parasitaires nombreuses et que la partie postérieure de l'animal est relativement fort peu envahie, on est porté à se demander si ce n'est pas à une
LADRI'P.IE. i"5
niultiplicatiou par gemmation qu'il faut attribuer cette distribution bizarre des cysticcrqncs qui ne pourraient ainsi gagner que de procbe en procbe des régions nouvelles.
Ce ne sont là, je dois le répéter, que des inductions dont la preuve. formelle n" jamais été faite.
Influence sur l.\ s.\mk de l'homme de l.\ viamde de por.c ladre. Après avoir Mabliexpénmentalcnient i'orgine de la ladrerie et les transformations du ténia en cysticerquc et du cysticcrque en ténia, il faut examiner, au point de vue de riivgiènc liabituelle, l'influence qu'exerce sur la santé de l'bomme l'ingestion de la chair de porccbargéede cysticerques, et les conditions ordinaires dans lesquelles.
celte mgestion a lieu
Il est d'observation ancienne, comme je l'ai dit jtlus liant, que le tœnia sollum est fréquent, surtout chez les hommes qui sont en contact avec la viande de porc, et cette observation remonte à une époque où on n'avait aucune idée des rapports qui existent entre cet entozoaire et le cysticerque ladrique.
Ainsi, dans un mémoire très-intéressant sur le ténia en Algérie, Judas a cité parmi les auteurs qui ont établi cette coïncidence habituelle, Fortessin, Reinlein, Bers, Deslamles Wawruch, Sabdhé, Fenwich, Breton, Goupil (de Nemours), Choniel, et il en a lui-même rassemblé des observations assez nombreuses.
Copland fait la même remarque. « Dans les pays, dit-il, oij l'on se livre à l'élevage des porcs comme en Pologne, eu Hongrie, en l'omér-inie, en Thuriiige, en Angleterre, et spécialement parmi les hommes qui sont en contact avec le porc cru, et par suite avec les cysticerques frais, comme les bouchers, les cuisiniers, les fabricants de saucisses, le ténia se rencontre fréquemment. »
L'observation de chaque jour vient confirmer ces diverses assertions, et j'ai pu rassembler un certain nombre de faits qui en démontrent la justesse. On comprend facilement comment peut se fiire, dans de telles circonstances, la pénétration du cysticerque dans le canal intestinal. Les charcutiers, les cuisiniers qui découpent ou qui hachent la viande de porc, mettent fréquemment dans la bouche pour avoir les deux mains libres, le couteau dont ils se servent. Or, le cysticerque, lorsque sa vésicule caudale a été ouverte, représente un corps très-petit, facilement adhérent aux lèvres, et qui s'introduit dans la bonclie avec une grande facilité.
Un autre mode d'introduction a été signalé par Kùchenmeister, qui avait trouvé dans de l'eau dont on s'était servi pour laver des saucisses d'assez nombreux cysticerques. Que cette eau s'écoulant dans un ruisseau soit bue sans avoir été préalablement fdtrée. et le développement du ténia deviendra presque certain.
A bien plus forte raison, l'alimentation par la viande de porc crue ou incomplètement cuite en deviendra-t-elle l'origine. Ce fait est beaucoup plus commun qu'on ne le croirait au premier abord. Des populations entières ont, pour la viande de porc crue ou à peine fumée, une appétence très-prononcée. J'en ai vu moimême de nombreux exemples en Allemagne, on l'attention avait été éveillée par les ierribles conséquences de cette pratique ahmentaire dans le développement de la trichinose. J'ai appris que les bouchers qui cumulent les fonctions de charcutiers, mangent souvent des tranches complètement crues du porc qu'ils viennent d'abattre, et que l'usage de manger, étendu sur du pain, un mélange haché de viande de porc cuite et crue est assez général. J'ai vu se développer la trichinose dans une famille qui, le jour même de l'abatage d'un porc, s'était nourrie de saucisses auxquelles on avait à peine fait subir une ou deux heures de fumiga-
t'on Iroivle, et de viande hachée qui n'avait pas même été exposée au feu. En Abyssinie, oi!i l'usage de la viande crue est habituel, le ténia est d'une e xtrême fréquence.
Enfin, en France même, un plus grand nombre d'individus qu'on ne le croit mange de la viande crue ou incomplètement cuite. J'en ai publié précédemment quelques exemples, et ces jours derniers encore, à l'hôpital Necker, j'ai obtenu par le kousso l'expulsion d'un ténia, chez un malade qui avait assez fréquemment mangé de la viande crue ou à peine tiédie. Comme le prouve l'observation VII de mon travail sur la ladrerie, cette appétence peut se développer même chez de . jeunes enfants.
Un certain nombre de préparations de charcuterie n'ont pas, en outre, subi une cuisson ou une fumure suffisantes pour qu'on puisse avoir la certitude de la mort de tous les cysticerques qu'elles contiennent.
On voit que les conditions dans lesquelles l'ingestion des cysticerques ladriques peut devenir l'origine du développement du ténia sont assez fréquentes. Il me reste à signaler ici un fait qui n'est pas encore complètement élucidé, et qui semblerait faire penser qu'un autre anima] servant à l'alimentation de l'homme, le bœuf, peut, ainsi que je l'ai déjà dit, en être inlecté commele porc, et donner lieu à l'introduction du même entozoaire.
Depuis un certain nombre d'années, l'usage de la viande de bœuf crue s'est introduite dans l'hygiène et dans la thérapeutique des enfants. Le docteur Weisse, médecm en chef de l'hôpital des Enfants à Saint-Pétersbourg, qui le premier, ou l'un des premiers, l'a conseillée dans les diarrhées rebelles qui accompagnent le sevrage, a remarqué qu'assez fréquemment le ténia se produisait à la suite de cette forme spéciale d'alimentation. Cette observation présentait un intérêt d'autant plus grand, que le tœnia solium est rare à Saint-Pétersbourg, où règne le bothriocéphale, et que de plus, les jeunes enfants sont très-rarement affectés de ténia.
Weisse est tellement convaincu de la fréquence du développement du ténia, dans ces circonstances, qu'il prévient à l'avance les familles de ce résultat assez probable de l'alimentation par la viande qui n'a pas subi l'action du feu.
Siebold, en signalant ces faits, les attribue à l'importation du cysticerque à Saint-Pétersbourg par les bêtes de boucherie.
La Podolie paraît fournir à la capitale de la Russie une grande partie des bêtes à cornes qui y sont consommées.
M. Scharlau, médecin à Stettin, cité par Gervais et van Beneden, a trouvé des ténias chez sept enfants à qui il avait prescrit l'usage de la viande crue.
Le professeur Weutzer (de Bonn) a fait suivre ce régime à sa fille gravemert malade, et qui a guéri. Elle a contracté le ténia, dont elle a pu être facilemeni délivrée.
Les Abyssiniens qui sont, pour la plupart, atteints du tœnia solium, mangent surtout de la viande de bœuf cru.
J'ai publié, de mon côté, plusieurs observations de ténia développé chez des individus qui affirmaient n'avoir mangé que de la viande de bœuf non cuite.
Il semblerait donc que le bœuf put être atteint de ladrerie au même titre qu©? le porc. Gervais et van Beneden l'admettent sous foi-me dubitative, tandis que- Davaine le nie formellement. J'ai fait, de mon côté, des recherches suivies dans les abattoirs de Paris, sans jamais pouvoir constater chez le bœuf l'existence du
cysticerque ladrique. Je ne mets d'ailleurs en aucune façon en doute la };ossibilité de son infection par ce scolex.
Lorsque l'on voit, en effet, avec quelle facilité les œufs du tœnia cœnuru rendus par les chiens développent le tournis chez les moutons, et même chez les bêtes de la race bovine, on comprend parfaitement comment des proglottis de tœnia soiium peuvent être ingérés par le bœufsur les plantes qu'il inange dans les champs, et devenir chez lui l'origine du cysticerque ladrique.
Toutefois, on le voit, ce fait très-prohable n'a pas encore reçu la consécration d'une démonstration formelle.
En résumé, la viande du porc, et probablement celle du bœuf, peuvent être infectées du cysticerque ladrique, et par suite, développer le tœnia soliinn chez les 'jidividus qui l'ont ingérée sans l'avoir fait cuire au préalable d'une laçon convenable.
Il était important de savoir si, une fois cuite, cette viande présentait quelques inconvénients, et dans quelles proportions elle devait avoir subi l'action du feu, pour que ces inconvénients et la chance de contracter le ténia disparussent.
J'ai donc fait cuire de la chair de porc ladre, bouillie; elle présentait les caractères suivants:
Elle est plus pâle que la viande saine, elle parait plus sèche par places, et ses fibres musculaires sont plus dissociées. Lorsqu'on les écai'te, on aperçoit, dans leurs interstices, les cysticerques reconnaissables parleur aspect de [loints blancs opaques gros comme de petits grains de chènevis, ayant à peu près le même aspect que pendant la vie. La vésicule caudale et la vésicule adventiveont dis[)aru dans une cuisson un peu avancée. Le corps du cysticerque est friable et s'écrase facilement par une pression assez faible. Sous la dent, il donne une faible sensation de craquement eu raison des particules calcaires qu'il contient.
Porté sous le microscope, on le reconnaît encore assez facilement. Toutefois, les rapports de situation régulière entre les crochets, les ventouses et les autres pai'ties de la tête sont sensiblement altérés. Grillée, la viande ladre décrépite, affirme-t-on, par suite de la rupture des vésicules ladriques. On y retrouve les cysticerques à l'état de grains blancs qui crient un peu sous la dent. Elle est moins savoureuse que la viande saine, malgré l'affirmation d'Aristote qui, à un degré peu avancé de la maladie, la trouve plus agréable et plus tendre, et qui ne la reconnaît humide et sans saveur que lorsque le nombre des grains de ladrerie est très-considérable.
Il ne faut pas croire cependant que la viande de porc ladre ne soit pas volontaireijient mangée par un certain nombre de personnes. Gela arrive rarement pour la viande profondément infectée, qui devient trop répugnante; mais assez fréquemment, au contraire, à un degré moyen de l'état parasitaire.
J'ai rassemblé un assez grand nombre de faits d'éleveurs, de marchands de porcs, db charcutiers, de garçons charcutiers', de conducteurs de porcs, de garçons d'abattoir, qui mangent ordinairement de la viande ladre bien cuite, et qui affirment n'en éprouver aucune incommodité. Tout au plus constatent-ils un peu de pesanteur et de difficulté dans la digestion. Ce sont, il est vrai, des hommes robustes, dans la force de l'âge, et doués de fonctions digestives énergiques, et il n'en serait peut-être pas de même pour des estomacs plus délicats et plus débiles.
Mais quelle sera la preuve que la cuisson a été portée assez loin pour faire périt tous les cysticerques et ne plus laisser à la viande que ces inconvénients secondaires ?
l'8 LADRERIE.
11 esl très-difficile de poser une limite certaine.
Le cysticerque ladrique ne manifestant pas sa vitalité par des mouvements appréciables, on ne peut, comme je l'ai signalé pour la tiicliine, d'après Virchow, apprécier en le chauffant à une température lentement progressive et à cliaque instant appréciée par un thermomètre le moment précis où il meurt. Toutefois, eu procédant par analogie, on doit penser que toutes les fois (jue la viande a été |,énétrée dans ses parties les plus profondes par une température de 75" c, les cysticerques sont tous morts et que la chair ladre peut être mangée sans graves inconvénients. Mais il est moins simple qu'on ne le croit de savoir si toutes les parties d un morceau de viande ont atteint une certaine température, et souvent il arrive que l'extérieur a subi une cuisson très-complète, tandis que les parties centrales sont restées à un degré de chaleur insuffisant pour tuer les parasites. Eu faisant cuire des morceaux de viande volumineux, Kuchenmeister a vu qu'après une demi-heure de cuisson, lorsque l'extérieur avait atteint 60° c. ; l'intérieur n'était arrivé qu'à oô" c. Au bout de trois quarts d'heure, l'extérieur était à 77-80'' c. et l'intérieur à 65"; au bout d'une heure, la température extérieure donnait 90° et l'intérieur 75' seulement. On \oit que, pour obtenir que toute l'épaisseur d'un morceau de viande soit assez cuite, il faut que l'exposition au feu se soit prolongée pendant un temps assez long. 11 ne peut d'ailleurs rester de doute sur un point, c'est que si une pièce de viande a subi l'ébullition, pendant un temps assez long, pour que toutes les parties aient été portées pendant une demi-heure à-(-100'c. aucun parasite ne peut être resté \ivant dans son intérieur.
Hertvvig a coupé des morceaux de viande trichinée de 2 pouces cubes en\iroa et il les a jetés dans l'eau portée à l'ébullition et qu'il y a maintenue. Après vilîgt-deux minutes, les parasites vivaient encore, lis étaient morts après vingtcinq et trente minutes seulement. Cette expérience peut donner une idée de la résistance des scolex d'entozoaires à la destruction par la cuisson.
Peut-être cependant, dans la pratique, des précautions aussi sévères ne sont-elles pas nécessaires, et le cysticerque perd-il le pouvoir de se propager à une température moins élevée? En Abyssinie, il est d'expérience que les personnes qui \ivent à l'Européenne et qui mangent leur viande cuite ne sont pas atteintes du ténia. La cuisson est donc une préservation toujours très-sérieuse.
Quelle est sur les cysticerques l'influence de la salaison ou de la fumure? Il serait impossible de répondre à cette question d'une manière formelle et directe pour les raisons déjà signalées à savoir le manque de signes formels de vitalité chez les cysticerques.
Il faut y ajouter que rien ne démontre la constance absolue du développement du ténia chez l'homme après l'ingestion de cysticerques vivants, et que l'expérimenlation chez les animaux est difficile ou impossible parce que les ténias qui les habitent ne sont pas des tœnia solium. Toutefois les observations faites sur d'autres parasites permettent de penser qu'une fumigation froide, c'est-à-dire l'exposition ie k cliair de porc à l'action de la fumée produite par la combustion lente de quelques copeaux de sapin dans un espace restreint, ne tue les cysticerques qu'après un temps assez long. Dans cette pratique, la température est à peine élevée. Dans la fumigation chaude oiî la température est portée par une combustion plus puissante à 52°, on pense que vingt-quatre heures suffisent pour tuer les trichines et il est probable que les cysticerques n'offriraient pas plus de résistance ; la dessiccation devant, sans doute, avoir sur eux une action au moms aussi puissante que sur la trichina spiralis, dont les kystes ne con-
LADRERIE. ](j9
tiennent pas de liquide et dont la vie est moins intimement rattachée à la nécessité d'une abondante humidité. liàtons-nous de dire cependant que cela n'est qu'une vue de l'esprit et qu'on pourrait soutenir au contraire que la vésicule liydatique doit plus longtemps préserver l'animal qu'elle protège. Il est donc, comme on le voit, impossible de résoudre la question de l'action de la fumure sur la vie des cysticerques. J'ai fait cependant dans ce sens une expérience. J'ai laissé se putréfier par une température assez élevée de la substance cérébrale contenant des cysticerques. Après huit jours, une partie des vésicules était rompue, quelques-unes étaient entières, mais remplies d'un liquide trouble et rousseàtre. Il m'a paru à peu près certain que l'animal avait du cesser de vivre. La résistance des cysticerques serait donc moindre que celles des trichines.
L'influence de la salaison n'a pas été mieux établie. Cette préjjaralion exige une quanlitû de sel plus considérable pour la viande ladre que pour la viande saine, et il est admis par les populations qui se nourrissent habituellement de lu viande de porc snlée, que la première se conserve moins bien que la seconde, et que pendant les chaleurs, elle tourJie plus facilement.
On ne doit donc accorder à la salaison, surtout lorsqu'elle est récemment laite, qu'une confiance très-modérée, à moins qu'elle n'ait été faite avec un excès de slI considérable.
Pour résumer tout ce qui précède, il faut conclure qu'une seule condition peut mcllre le consommateur à l'abri des inconvénienls principaux d'une viande infectée de ladrerie, à savoir la cuisson portée assez loin pour que toutes les parues de cette viande aient été portées à + 75" c, et, pour plus de sûreté encore, une ébullition prolongée.
Mais la cuisson elle-même ne répond pas à toutes les objections que l'on [)L'iit faire à l'usage de la viande ladre , sans parler même de son goût fade et de sa digestion difficile. Chargée de jjrincipes aqueux en grande abondance, plus molle ({ue la viande saine, elle se putréfie, et particulièrement en été, avec une grande rapidité. Aussi soit crue et exposée en vente, soit cuite et conservée chez les particuliers, peut-elle subir des altérations qui rendent dangereuse son ingestion dans les voies digestives. On est surtout porté à le croire lorsqu'on fit les observations nombreuses d'empoisonnements parles viandes de charcuterie, empoisonnements dont les causes réelles n'ont pas encore été sulfisamment élucidées et pourraient résider, soit dans la présence des parasites, soit dans des altérations spéciales sur le développement desquelles ils ne seraient pas sans influence.
J'ai établi précédemment que la graisse ne m'avait point paru, et cela contrairement à des opinions généralement admises, contenir de cysticerques dans son épaisseur, tandis qu'ils sont au contraire assez abondants dans les intervalles qui la séparent des tissus sous-jacents. Les peauciers qui pénètrent dans la niasse graisseuse en sont aussi fréquemment chargés, de telle sorte, que si le lait anatomique que j'avance est exact au point de vue de l'afimentation, la graisse n'en reste pas moins suspecte à un certain degré. On sait quel rôle important la graisse de porc joue dans l'alimentation et l'on comprend quelle perte considérable résulte de lu destruction de celle des cochons ladres. Il me paraîtrait sans inconvénient qu'après avoir été liquéfiée par la chaleur et passée au tamis fin, elle fût livrée à la consommation.
De la FRÉQUEiNCE DE LA LADRERIE CHEZ LE PORC. Avant d'arriver à la réglementation de la vente de la viande de porc, il est intéressant d'examiner si le développe-
ment de la ladrerie chez cet animal est d'une assez grande fréquence pour mériter de la part, de l'autorité administrative une sérieuse attention.
Il ne peut y avoir de doute sur cette fréquence en ce qui concerne les temps anciens et même des époques plus rapprochées de nous. Les nombreux règlements qui s'y rapportent et que je passerai plus loin en revue, montrent que le fait auquel ils s'adressaient était loin d'être exceptionnel et qu'il se rencontrait au contraire d'une façon assez habituelle. Je crois, avec tous les hommes pratiques, que la ladrerie est notablement plus rare aujourd'hui. Mais cette rareté est loin d'être aussi grande qae quelques personnes l'ont pensé.
J'ai fait, pour m'en assurer une véritable enquête. J'ai questionné, pendant le temps où je m'occupais particulièrement de cette question tous les individus appartenant aux diverses parties de la France, qui me semblaient pouvoir me donner des lumières sur ce point, vétérinaires, étudiants en médecine élevés dans les campagnes, paysans ayant gardé les porcs et devenus domestiques à Paris, éleveurs, commissionnaires, marchands forains, inspecteurs ou garçons d'abattoirs, charcutiers, domestiques au service des marchands, conducteurs de porcs. J'ai de plus interrogé, dans mon service d'hôpital, les nombreux midades qui pouvaient me donner des renseignements, et j'ai consigné dans mon travail quelquesuns des dires de cette enquête.
11 en est résulté, pour moi, que laladrerie est encore très-répandue sur toute la surface de la France. Le centre occidental où les races hmousine et périgourdine sont les plus communes en présente de très-fréquents exemples, d'autant mieux connus d'ailleurs qu'il fournit en grande abondance à l'approvisionnement de Paris où les investigations sont plus actives que partout ailleurs. Mais j'ai de plus pu m'assurer de son existence fréquente en Normandie, en Picardie, en Lorraine, dans le Bordelais, en Gascogne, en Dauphiné, etc.
On comprend fort bien que les éleveurs et les marchands qui leur achètent leurs porcs après les avoir langueyés n'amènent à Paris que ceux qu'ils croient sains. Ils trouvent, en effet, dans les campagnes, dans les petites villes où la surieillance est nulle ou incomplète un écoulement plus facile de ceux qui sont chargés de cysticerques.
A Paris même, en raison du nombre des porcs chez lesquels il existe des cysticerques en petite quantité, on ne tient pas compte de ceux-ci et l'on se contente d'enlever les masses musculaires, celles de l'épaule, par exemple, qui en sont plus particuUèrement infectées ; on ne porte sur les registres que les porcs saisis et livrés à l'équarrisseur comme arrivés à un degré avancé de ladrerie, degré assez rare d'ailleurs à l'âge où d'ordinaire l'on abat les porcs.
Malgré toutes ces causes de diminution du chiffre des porcs ladres soumis au contrôle, j'ai trouvé pour le seul abattoir de Chàteau-Landon, en 1860, 53 porcs ladres saisis ; en 1861, 40 porcs ladres, pesant ensemble 5,468 kilograamies.
Ces chiffres seuls montrent combien fréquemment les porcs sont infectés de cysticerques, et malgré la surveillance, fort incomplète d'ailleurs, dont ils sont l'objet, je crois qu'il s'en consomme un grand nombre dans cet état. Il n'est pas sans intérêt d'examiner quels sont les moyens employés pour déjouer cette surveillance.
Ainsi qu'on l'a vu, le seul caractère extérieur qui puisse permettre de diagnostiquer la ladrerie, lorsqu'il n'existe pas de cysticerques dans le tissu cellulaire sousconjonctivil, est la présence sous la langue de vésicules ladriques, Ce caractère ayant disparu, il est impossible de reconnaître un porc ladre d'un porc sain.
LADRERIE. iij
On comprend facilement dès lors que les marchands aient conçu la pensée de faire disparaître les vésicules sublinguales et l'on a généralement donné le nom d'épinglage à la petite opération par laquelle on les détruit. Malgré cette dénomition, il me paraît douteux qu'une simple piqûre puisse amener ce résultat, et j'ai pu m'assurer que c'était tantôt avec des ciseaux, tantôt avec une lancette ou un couteau bien affdé que l'on fendait la vésicule caudale des cysticerques. Dans certains pays, cette section est faite le soir, on donne au porc des boissons aux quelles on attribue une certaine action cicatrisante et on le mène le lendenjain ai: marché. La vésicule affaissée se confond avec la muqueuse linguale.
Dans d'autres lieux on fait l'épinglage à l'avance. Mais lorsque la suppuration s'établit, il est impossible, pendant un certain temps, de vendre les porcs sans dévoiler la supercherie et, au dire du langueyeur juré de la ville de Paris depuis quarante ans, les petites plaies suppurent pendant longtemps et se ferment avec difficulté. Les marchands prétendent alors que le porc s'est déchiré la langue avec les dents ou avec des corps durs comme des os.
Lorsque les plaies sont fermées, il reste une cicatrice peu apparente et qui ne peut servir à faire le diagnostic pendant la vie. Après la mort, elles sont signalées par des plis de la muqueuse sur lesquels il serait difficile de baser une al'firmation absolue. Dans deux observations que j'ai publiées, de ladrerie sans vésicule sublinguale, il existait sous la langue des cicatrices suspectes.
Cette pratique, bien fréquemment usitée en France, ne l'est pas moins en Allemagne au rapport de Grève.
Une autre fraude consiste à faire disparaître de la tranche d'un morceau de viande ladre les cysticerques pour éluder ainsi la surveillance administrative ou pour tromper l'acheteur.
En général, le couteau du charcutier a ouvert toutes les vésicules ladriques superficielles ; on complète cette ouverture si quelques vésicules sont restées entières. Les cysticerques représentent, après l'issue du liquide et l'affaissement des vésicules, des petits points blancs adhérents aux fragments de la membrane vésiculaire. Si l'on racle la surface de la viande avec un couteau bien tranchant, on les enlève facilement, et il ne reste que des lambeaux de vésicule qui ressemblent à des tractus celluleux. La viande peut alors être facilement confondue avec la viande saine, et vendue comme telle, et on ne pourrait l'en distinguer, à moins d'une assez grande expérience ou d'une coupe nouvelle qui mît en lumière de nouveaux parasites.
Touteibis un œil exercé pourrait concevoir des doutes à l'aspect et à la couleur de la chair musculaire ; mais très-souvent on ne s'aperçoit point de la fraude et d'ailleurs, comme on le verra plus tard, l'administration tolère cette pratique pour l'épluchage de la viande de porc lorsqu'il n'existe que quelques cysticerques isolés.
Règlements anciens et modernes et coutumes relatifs a la vente du poiic. La proliibition dont Moïse avait frappé le porc, est la trace la plus ancienne d'une prescription législative concernant l'usage de la viande de cet animal.
Cette prohibition était entrée si profondément dans les mœurs et dans le sentiment religieux de la nation, que l'on voit au livre des Machabées les Juifs préférer la mort à l'usage de la viande de porc, bien que la sanction pénale du précepte fût presque nulle.
La raison que Plutarque donne de cette défense absolue est la fréquence du développement de la lèpre chez le porc, et parmi les rabbins talmudistes, les uns avec