LANFRANC
caractère à part, un rôle distinct. Anesthésie, analgie, paralysie du sentiment d'activité musculaire ; paralysies cérébrales, spinales, nerveuses, myogéniques, progressives, etc., etc., tels sont, d'après lui, les éléments du diagnostic, éléments dont les associations, suivant dilfrreiites formes, forment des groupes symptomatiques, propres à caractériser les difléreni es espèces de paralysie aujourd'hui reconimes. Sa position de médecin de l'établissement hydro-lhérapeii tique d'Auteuil, dans lequel on traite un si grand nombre d'affections nerveuses, lui promettait une ample récolte d'observations pour compléter les études qu'il avait entreprises. Mais déjà, depuis quelque temps, des travaux intellectuels excessifs avaient déterminé, chez lui, des accidents cér.braux, qui exigeaient un repos absolu, quand il fut rapidement emporté par une attaque de choléra , dans le courant d'octobre 1865.
Voi(;i l'indication de ses principales publications :
I. Recherches physiologiques et pathologiques sur les sensations tactiles. In Arch. gén. de méd., 4° série, t. XXIX, p. 207, et t. XXX, p. 28; 1852. — II. Recherches sur les causes et les indications curalives des maladies nerveuses. In Momt. des hôpil., 1855, et br. in-8°, 1855. — 111. Considér. générales sur la /lathogcnie et les indications curatives des maladies nerveuses. Thèse de Paris, 1854, n° 521 (extr. du travail précédent]. — IV. Mém. sur laparalysie du sentiment d'activité musculaire. \n Gaz. des hôpit., \^oo, et br. in-Xv — V. De l'emploi du chloroforme et des narcotiques comme agent thérapeutique, s etc. In Monit. des hôpit., 1857, et br. in-S°. — VI. Traité complet des paralysies. Paris, 1859 t. I (seul paru). — \II. Note sur un état nerveux très-commun attribué à tort à la congestion cérébrale. etc. (avec Samazeuilh). In Monit. des se. méd., 1861 et br. in-8'. E. Bgd.
liAix'FttAlXC. Né à Milan, florissait vers le dernier tiers du treizième siècle; il appartenait vraisemblablement à l'ancienne famille des Lanfranchi de Pise ; élève de Guillaume Salicet, il exerçait à la fois la n:édecine et la chirurgie; chassé par Matteo Visconti, pour s'être mêlé à la querelle des guelfes et des gibelins, il se réfugia d'abord à Lyon où il écrivit la Petite chirurgie, et s'occupa de l'éducation de deux enfants qu'il avait eus quoique clerc; de là, il se rendit dans diverses autres villes pour pratiquer son art, et finalement il arriva en 1295 à Paris, « séjour de paix et d'études; Paris vrai paradis terrestre, par la présence du roi, par l'abondance et par la science des médecins; Paris, ville sans égale, oij chacun est garanti par son droit! » Lanfranc parait avoir été accueilli avec un grand enthousiasme, par les maîtres en médecine, en particulier par le doyen Passavant, et par les étudiants qui le pressèrent à l'envi de donner des cours sur la chirurgie. C'est à la demande des professeurs de médecine, et en l'honneur de Philippe le Bel qu'il rédiga sa Grande Chirurgie. Cet ouvrage est divisé en cinq traites, lesquels sont subdivisés en doctrines, lesquelles à leur tour sont partagées en chapitres. Le premier traité contient les considérations générales sur la chirurgie et les chirurgiens, sur les blessures considérées dans les divers tissus (chairs, nerfs, os), simples ou compliquées, sur les fractures, les luxations, les hémorrhagi s, les plaies anciennes, les ulcères, et toutes les causes qui retardent la ciLatrisiition. Le »leu.\ième traité est consacré aux plaies en particulier a capite ad calcem, et remarquons ici que Lanlranc, à l'e\tmple de Guillaume de Sahc t, qu'il pille, du reste, sans scrupule, suivant la mode du temps, donne toujours place à l'anatoniie ilans les descriptions des miladies chirurgicales, ce que font très-rareaientThéodoric et lirunus. Le troisième renferme les maladies de la peau, les a| ostèu.es et les maladies autres que les plaies, des yeux, du nez, de la bouche, des mauielles, les hernies, la pierre, l'hermaphrodisme, l'hydropisie , les héu.onhuïdes , les var.ces, l'éléphantiasis, la saignée, les scariiicatoires, les sangsues et les cautères.
D'où l'on voit que l'aiiteur n'a pas beaucoup de méthode et passe alternativement de l'ordre analoniique à l'ordre |ihysiolo^ii[ue.
Dans le quatrième traité, Lanfranc range les fractures et les luxations ; enfin, dans le cinquième, on trouve l'antidotaire chirurgical, l.anfranc poursuit les charlatans de ses invectives, et il ne croit guère aux remèdes superstitieux. La pratique de ce chirurgien n'est ni plus active ni plus hardie que celle de ses contemporains avec ses devanciers; il y a beaucoup d'opérations dont il n'est pas même question dans son livre, et sa conscience lui fait abandonner beaucoup de malades à leur malheureux sort. Notons cependant quelques points dignes d'intérêt, sans
/, oser cependant garantir que, même en cela, Lanfranc ne doit rien qu'à lui-même.
' Lanfranc cherche à obtenir la réunion par première intention, excepté dans sept cas qu'il énumère : il lie ou comprime de très-gros vaisseaux ; il distingue le sang artériel qui s'échappe en jet, du sang veineux qui coule en nappe ; il a ouvert des abcès de gosier, et introduit des aliments à l'aide d'une canule à travers une plaie qui communiquait avec l'œsophage; il nie la guérison des cancers; laisse étudier aux spéciahstes, comme presque tous les chirurgiens du moyen âge, l'opération de la taille et celle de la cataracte; blàmc ceux qui prodiguent à tout propos la paracentèse, et il avoue ici et ailleurs très-sincèrement ses revers ; il ne veut ni provoquer le trépan ni s'en abstenir ; à propos des plaies de tête, il rapporte un beau cas de commotion et un autre de tétanos, u maladie qu'il vaut mieux avoir à prévenir qu'à traiter; » sa méthode de traiter les anthrax est assez rationnelle. En deux mots, Lanfranc est un honune prudent, un chirurgien de bon sens, et à son nom se rattache en grande partie la rénovation de la chirurgie en France. Les deux Chirurgies de Lanfranc font partie de la Collectio chintrgica Veneta, dans les éditions de 1498, 1499, 1515, 1519, 1546, in-f«; il existe une traduction française imprimée en 1490 Gn. Dbg.
iii^i\'GAGE. I. Origine et nature du langage. Conçu dans son sens le plus large, le langage est l'aptitude à exprimer ou à saisir un rapport entre un signe et une idée ; l'idée peut être sensible, réelle ou abstraite; le signe peut être spontané ou convenu; il peut être vocal, gesticulé ou graphique. Le signe vocal, enfin, peut être simple ou articulé, monotone ou mélodique.
Ainsi considéré, le langage est une propriété commune aux êtres vivants, qui résulte de l'action coordonnée de certaines parties du système nerveux et de certains appareils locomoteurs ; mais cette propriété générale, cette résultante, ne saurait être assimilée à une faculté, à moins de n'attribuer à ce mot qu'une signification très-générale réductible à plusieurs éléments; telle serait la faculté de sauter ou celle de courir. En d'autres termes, le langage est un résultat fonctionnel plus compliqué que ne le sont les actes intellectuels qui, à tort ou à raison, passent pour élémentaires, la mémoire, l'association des idées, la comparaison, etc. Cette proposition devient évidente si l'on considère que les diverses lormes de langage impliquent toutes la coordination fonctionnelle de plusieurs facultés mentales avec un ou plusieurs appareils musculaires. Nous partageons donc sur ce point l'opinion de M. J. Falret {voy. Aphasie), et nous chercherons à établir plus explicitement, qu'U n'y a pas de faculté du langage, et qu'il convient de se servir de termes plus généraux pour désigner l'ensemble des fonctions d'expression,
A l'appui de cette thèse préliminaire, il faut remarquer d'abord le fait de la conservation de l'une des formes du langage, alors que toutes les autres ont dis-
paru. Sans nul doute, si la prétendue faculté du langage était réelle, c'est-à-dire si elle avait un siège cérébral unique, on perdrait simultanément toutes les formes qu'elle revêt et qui impliquent un acte cérébral préliminaire. Or, il n'en est point ainsi, et les faits rapportés par Marcé, Trousseau, Gairdner, Forbes, Winslow Broca, Lasègue, prouvent que la parole, l'écriture, la lecture, la mimi(|ue, les langues nuisicales et numériques peuvent ètrelésées isolément, sans que leurs appareils A^ émission ou de réception soient altérés. La faculté générale du lan'Ta'^>e est donc une pure abstraction ; la réalité, en pathologie, est la perte de la coordination (les mouvements propres à chaque espèce de langage, perte associée ou non à celle des facultés mentales nécessaires à leur production. II y a là, on le voit, deux conditions : l'une se rapuortanl à la conception du langage, l'autre aux relations de cette conce|ition et de l'action; l'une ou l'autre peut entraîner l'aphasie, chacune ayant sans nul doute un siège différent ; le plus souvent elles se trouvent réunies.
La n)ultiplicité des sources cérébrales du langage et la multiplicité corrélative de leurs formes extérieures, leur isolement pathologique est donc le premier phénomène qui nous frappe dans l'étude du langage. Plaçons immédiatement en face de cette suppression partielle le fait de la suppression plus ou moins totale mais également répartie de toutes les formes d'expression, — celle-ci liée à un désordre général de l'entendement, désordre au sein duquel l'amnésie générale joue évidemment le rôle principal ; — et demandons-nous si l'étendue des troubles symptoniatiques nous permet d'admettre que c'est un seul orf^ane qui est atteint. îMdemment d'une façon ou d'une autre c'est à l'ensemble des organes qui produisent les phénomènes intellectuels qu'il faut s'en prendre. 11 n'y a donc ici non plus aucune localisation unique. Il est par suite impossible d'attribuer une base anatomique ou clinique à une prétendue faculté (V expression, dont les diverses formes du langage ne seraient que des subdivisions fondées sur l'apparence. C'est pourquoi nous nous sommes servi, pour désigner les fo.nctions d'expression du terme aptitude, qui tout au moins ne préjuge rien. L'expression est une propriété des êtres vivants très-voisine du mouvement, et qui, " sous sa l'orme la plus simple, dans le langage mimique le plus rudimentaire, se confond même avec le mouvement: d'un autre côté, le langace écrit est éminemment le résultat très-complexe du concours de plusieurs appareils organiques, résultat qui peut être compromis par une altération déterminée de l'un de ces appareils. II en est de même des diverses formes de la parole, c'est-à-dire du langage articulé. On voit donc qu'il n'y a de commun que le but dans les divers actes physiologiques du langage.
Mais si l'analyse nous révèle le peu de fondement d'une faculté générale de langage, nous montre-t-elle des facultés spéciales pour les langages articulé, gesticulé, graphique, etc.? Ce serait, nous le répétons, singulièrement abuser du mot faculté, que de l'appliquer à un résultat quelconque de l'activité. Tout acte extérieur nécessairement a une localisation cérébrale, mais il ne constitue pas pour cela une faculté et cette localisation n'est pas un organe, au sens anatomique du mot ; pas plus que les touches d'un accord fait au piano ne forment un instrument dans l'instrument. Quant à la faculté du langage en général, elle a, dans la pensée de ses partisans, toujours le même organe, quel que soit le mode de langage. Or, c'est cet organe qui est chiniénque; ce qui a une localisation centrale, c'est, d'une part, les groupes de mouvements coordonnés, et d'autre paît, les actes intellectuels divers nécessaires aux divers langages, c'est-à-dire cent organe»
peut-cire plus du moins disséminés, s'il est vrai que le cerveau soitpolyorganique, mais non un organe.
En d'autres termes, et selon les expressions mêmes de Broca, il se peut que l'on se serve, pour parler, de l'hémisphère gauche du cerveau, de même que l'on s'en sert pour dessiner ; mais il est impossible d'admettre que pour le premier de ces actes l'on se serve exclusivement de la partie postérieure delà troisième circonvolution de ce côté. Quelque étroite que soit donc la liaison qui existe entre le langage parlé et cette partie du cerveau, on ne saurait y trouver un siège formateur, une cause productrice suffisante. L'intellect tout entier est nécessaire au langage articulé, comme le soleil est nécessaire à la lumière. Que peut être en effet le discours d'un homme qui nous parlerait sans mémoire, sans comparaison, sans volonté, etc.?
Cependant, l'observation clinique nous montre, nous l'avons dit, de fréquents exemples de l'abolition plus ou moins complète de l'une des formes du langage, et l'anatomie pathologique nous révèle, dans ces cas, la fréquence extrême d'une lésion cérébrale déterminée; en sorte que, pour des formes cliniques diverses, on trouve souvent une lésion cérébrale à même siège. On en a conclu, sous l'empire d'une doctrine dont les éléments même sont problématiques, que la région du cerveau lésée était ou le siège, ou même l'organe de la fonction lésée. Mais il est évident que cette conclusion n'est point contenue dans les faits observés. Les formes du langage sont, chacune en soi, nous le répétons, des fonctions très-complexes, qui nécessitent le concours de toutes les facultés mentales, coordonnées avec le jeu de certains groupes musculaires selon la forme du langage. L'intégrité des conditions mentales est nécessaire à l'intégrité de la forme particulière d'expression employée, et le désordre ou l'impuissance de l'expression sont en raison de l'importance du rôle de l'élément formateur détruit ou altéré. C'est en s'appuyant sur ce principe d'analyse que Jaccoud a discerné cinq formes d'aphasie aussi logiques que cliniques et physiologiques. La lésion d'une circonvolution cérébrale entraîne un désordre mental qui, en raison de son degré d'importance, frappe la parole. Mais la diminution de la mémoire, le ramollissement cérébral, l'ataxie locomotrice, les glossopathies qui atteignent d'autres conditions du langage, en altèrent la production au prorata de leurs contributions partielles. 11 suit de là que l'anatomie pathologique, tout en éclairant la question d'une vive lumière, n'a prouvé l'existence d'une faculté du langage pour aucune de ses formes; tout au contraire; et nous sommes heureux de nous trouver, sous ce rapport, en parfaite communauté de vues avec J. Falret qui, dans l'article Aphasie de ce Dictionnaire, a heureusement et savamment résumé toute la question pathologique. La plus simple analyse logique montre d'ailleurs que l'extrême complexité des aptitudes expressives fait qu'elles ne constituent pas une faculté au sens spécial du mot, pas plus que la marche, la lecture, ou l'art de polir les métaux. j Ce qu'il y a de positif dans l'analyse du langage, c'est que, quelle que soit sa forme, il implique la coordination d'un acte mental, ou, en descendant l'échelle, d'une sensation, avec un mouvement. Chez les animaux supérieurs où l'acte mental met enjeu, pour l'ordinaire, toutes les facultés, le mouvement peut toujours être conscient et déhbéré ; chez les animaux inférieurs, le langage est un mouvement réflexe, de même que l'expression volitive. Mais, dans de telles coordinations, si l'on veut voir une faculté, chacun des actes humains, indéfiniment, constitueraune faculté, et l'on aura la faculté du manger, du sauter, du chanter, etc. Les fonctions d'expression, dans leur ensenjble ou prises chacune à part dans
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leurs formes diverses, ne sont donc point des facultés; elles n'ont aucune unité anatomique et leur unité physiologique est acquise. J'ajouterai qu'au point de vue oîi nous sommes placés, le langage no comprend pas seulement l'expression des idées, mais encore l'intelligence de cette expression, aptitudes que Broca a heureusement dénommées émission et réception. Or, ces opérations, dans une analyse mentale rigoureuse, ne sauraient être confondues; celui qui parle ne se sert pas des mêmes organes que celui qui entend.
Cependant, quelle que soit la diversité des formes du langage, il semble qu'elles ont toutes ceci de commun, qu'elles expriment quelque chose ; et par là, on est conduit à admettre l'existence, non d'une faculté, mais d'une propi iété générale • qui vient en suite naturelle de la sensibilité et du mouvement. Sans doute à ces propriétés, il y a un centre commun, mais non point dans ce centre un oro^aiie propre.
Ce qui, au point de vue analytique, différencie physiologiquement les diverses formes du langage, ce n'est point seulement l'acte mental ou intérieur, c'est aussi la différence de leurs actes extérieurs, différence qui implique une série de moyens, et souvent une série d'images diverses. Un sourd-muet n'exprimera pas l'orage par le bruit, mais par l'éclair, et la portion du cerveau mise en jeu pour en évoquer le souvenir ne sera point la même dans les deux cas. Or, la génération des idées par les impressions sensorielles implique le jeu successif, dans l'action du langage, de chacun des éléments cérébraux, qui est agent de perception. Quand un individu veut exprimer une idée complexe relativement, il atteint son but par l'action de toute la partie du système nerveux qui détermine les actes intellectuels, associée au jeu d'un appareil moteur. On voit donc par quelles innombrables combinaisons mentales sont déterminés les modes d'expression.
L'opération mentale a été souvent qualifiée : action motrice coordonnée, pouvoir coordinateur, acte législatif; il faut penser ce qu'on parle, et parltr ce qu'on pense. Mais ce sont là des distinctions purement abstraites, qui ne sont applicables qu'aux états parfaits de l'expression, et le langage, sous sa forme la plus simple, n'est, en réalité, qu'un mouvement réflexe qui, plus ou moins rapide, prend dans les êtres élevés le caractère de besoin, de déltbération, de choix et de convention. En résumé, les fonctions d'expression sont multiples dans leur origine, dans leurs organ.^s, dans leurs actes intérieurs, dans leurs formes dans leur portée. Leur unité est abstraite. Si l'on voulait nous permettre une expression trop compréhensive pour être rigoureuse, nous dirions volontiers que tout parle, et que tout sert à parler. En employant les termes formes de langage, nous avons voulu séparer le geste de la parole et de l'écriture. Ce n'est pas, liàtonsnous de le dire, que ces formes soient entre elles tellement dissemblables, qu'elles
i-propos.
Tout d'abord, ia parole elle-même n'est qu'un geste, acte ou mouvement de certaines portions des appareils de la respiration, de la déglutition et de la phonation simple ; elle n'a pas d'organe qui lui soit exclusivement propre, elle n'est pas nécessaire, elle n'est qu'une acquisition contingente ; il n'y a donc pas une différence de nature entre la mimique et la parole ; le moyen employé est génériquementle môme, quoique l'appareil dilfère, et si l'on admet que l'opénitio^n mentale d un sourd-nmet intelligent est identique avec celle d'un pailant, on n'a que des cîillerences de degrés dans l'intensité de l'expression. 11 en est ainsi a fortiori de
l'écriture qui est en quelque sorte, un prolongement conventionnel du geste.
Le langage articulé ne peut donc servir de caractéristique fondamentale au groupe humam, à moins que l'on considère comme caractéristique un simple perfectionnement, et encore, en ce cas, serait-on forcé d'exclure de ce groupe certaines races dont la langue n'est guère plus articulée que celle des canards; car il est incontestable, dune part, que les animaux ont un langage qui est à la fois mimique et phonétique, et que la parole est un langage plionétique qui n'atteint son développement total que dans les races supérieures du genre humain, tandis qu'il est plus rapproché du cri dans quelques races même trèséloignées de l'état sauvage, et notamment chez les Chinois.
De plus, il est hors de doute que si le langage est une aptitude fatale, la parole est une qualité acquise, et l'on conçoit aisément qu'une société privée de cette forme de langage puisse s'élever, avec lenteur, il est vrai, à un degré de civilisation comparable au nôtre. A vrai dire, la parole est un puissant élément de progrès; mais c'est une erreur .grave que de la représenter comme sa condition absolue. Une preuve bien simple de ce fait que l'expression des idées les plus élevées n'est pas nécessairement liée aux modilicateurs systématiques de la voix, se tire naturellement de la valeur au moins égale de l'écriture, qui, sous ses diverses formes, a bien plus que la parole hâté le mouvement civUisateur. D'ailleurs l'opinion des personnes qui sont vouées à l'éducation des sourds-muets est, sur ce point, uniforme et décisive. L'honorable et savant directeurdel'lnstitut de Paris, M. Léon Yaisse, a nettement et souvent exprimé cette pensée, que l'on peut concevoir une population de sourds-muets qui, sans autre instrument de relations sociales que la mimique, arriverait au développement scientifique qui appartient à l'humanité, et la seule réserve qu'il fasse a trait à la rapidité relative de ce développement. D'ailleurs l'emploi du langage électro-télégraphique nous apprend, cliaque jour, que les employés chargés de cette fonction, arrivent à communiquer entre eux aussi aisément par le signe que par la voix.
Si nous voulions résumer ce que nous venons d'exposer, nous dirions en peu de mots qug' les propriétés générales d'expression, sous leurs diverses formes, n'impliquent en rien la notion de facultés spéciales ; que le jeu fonctionnel de l'intellect associé à celui de divers groupes moteurs, rend un compte suffisant de la production des divers signes, et finalement que la parole humaine, modilication spontanée du cri associé au geste, n'est point une caractéristique de premier ordre entre l'homme et les animaux. Un exposé complet de la question aurait donc à sa base l'étude du langage des animaux, gestes, cris, mimique musculaire, rapports de l'expression d'ensemble avec le caractère psychique, étude faite par Gratiolet et digne de tous ses travaux ; puis partant de ces données véritablement élémentaires, on devrait en poursuivre les transformations dans toutes les races humaines, au triple point de vue du geste, du «on et de certains systèmes d'écriture. Ce travail, qui n'a point été exécuté dans son ensemble, olfrirait, il ne faut pas le dissimuler, de nombreuses lacunes, notamment en ce qui touche le langage des animaux, sujet de travaux considérables (Dupont (de Nemours), Gcdl, Pierqum, Max Mùller) qui demanderaient de nouvelles vérifications ; aux diiférentes formes que nous avons indiquées, en effet, et qui ne sont observables que chez les maumiifcres et les oiseaux, il tant sans nul doute ajouter le langage tactile ou antennal exposé par lluber. et qui est vraisemblablement le principal moven de communication des articulés et des rayonnes ; on avouera qu'il serait diffi-
ciie, vu la grande complication des signes que doivent connaître les abeilles et les tburmis, de leur donner pour siège une circonvolution cérébrale.
11 suffit d'avoir indiqué ce programme pour que l'on nous excuse de ne point tenter de le développer ici.
Toutefois, les rapports de valeur entre le langage de l'homme et celui des animaux ont préoccupé un grand nombre de philosophes ; mais depuis que l'on a renoncé à l'idée véritablement insensée de l'automatisme des bêtes, on a généralement admis qu'il est impossible de leur refuser les facultés intellectuelles qui rendent le langage possible. Toute la question a été de savoir jusqu'à quel point le langage des animaux est un langage.
S'agitant dans de stériles logomachies, un des rares auteurs contemporains qui s'obstine à creuser entre l'homme et les aniniaux un infranchissable abîme, Max Millier s'est trouvé presque malgré lui entrauié à reconnaître « qu'il est hors de doute que les hôtes, sans avoir l'usage des sons articulés, ont néanmoins le moyen de s'entendre entre elles. Quand une baleine est frappée, dit-il, la bande tout entière, quoique disséminée au loin, est avertie immédiatement de la présence d'un ennemi ; quand le nécrophore rencontre le cadavre d'une taupe, il se hâte de faire connaître cette découverte, et on le voit bientôt revenir avec ses quatre compagnons ; il est évident aussi que les chiens, quoiqu'ils ne parlent pas, peuvent comprendre beaucoup de ce qu'on leur dit, et qu'ils connaissent et exécutent les ordres de leur maître... » {Science du langage, p. 392, trad. Perret.) Malgré ces faits, Max Mûller conclut que les bêtes n'ont pas de langage; il leur reconnaît cependant la faculté physique du parler, et aussi il admet avec Flourens que les animaux ont la sensation, la perception, la mémoire, la volonté, l'intelligence, la honte, Vorgueil, l'amoz/r, la haine, etc. Il ne s'arrête, même en matière d'intellect, qu'à la faculté de former des idées générales, qui est d'après lui la faculté d'abstraction, c'est-à-dire enfin la raison : idées générales, abstraction, raison, sont donc synonymes. Et voilà ce que n'ont pas les animaux; or, comme les animaux n'ont pas de langage, c'est donc de ces facultés d'abstraction qu'il procède chez l'homme. Cette singulière conception est contraire aux faits les plus élémentaires : laissant de côté la question des idées abstraites, qui pourraient bien ne point différer des idées sensibles aussi profondément qu'on le prétend et dont la réalité chez l'homme même paraît si douteuse à Vulpian, n'est-il pas évident que le langage procède directement des sensations et non des idées abstraites? Que d'hommes, même au scindes races supérieures, sont tout à fait étrangers aux abstractions !
La caractéristique de Max Mûller, « la barrière infranchissable » est donc un simple trait de séparation. Telle est aussi l'opinion de de Quatrefages, l'un des plus ardents soutiens du règne humain. « L'animal, dit-il, sent, veut, se souvient, raisonne, et l'exactitude, la sûreté de ses jugements ont parfois quelque chose de merveilleux, en même temps que les erreurs qu'on lui voit commettre démontrent que ses jugements ne sont pas le résultat d'une force aveugle et fatale... L homme seul, il est vrai, possède la parole, c'est-à-dire la voix articulée, mais deux classes d'animaux ont la voix. Chez eux comme chez nous, il y a productiou de sons traduisant des impressions, des idées, et compris non-seulement par des individus de même espèce, mais encore par l'homme lui-même... Ce langage est bien rudimentaire sans doute, mais il suffit... aux besoins des êtres qui l'enqjloient et à leurs rapports réciproques. Au fond, diflère-t-il des langues humaines, soit par le mécanisme de la production, soit par le but, soit par les résultats? L'ana-
tomie, la physiologie, rexpérience, nous apprennent que non. Encore ici il y a un progrès, un perfectionnement immense, mais il n'y a rien d'essentiellement nouveau. » {Unité de l'espèce humaine, p. 20.) Telle est aussi l'opinion de Béraud et Robiu {Physiol. II, p. 666), de Broca {Bull, de la Soc. d'Anthrop. 1866, p. 72), de Gratiolet {Physionomie, 11, 12 et passim), et de la plupart des anthropologistes anglais et allemands (Hunt, Wallace, Vogt). Toutefois deux savants, l'un anatomiste, Huxley, l'autre linguiste, Schleicher, que nous avons déjà cité, tous deux plus ou moins nettement rattachés au transformisme humain, considèrent le langage articulé comme une véritable et profonde caractéristique. Le professeur Schleicher (d'Iéna) part de l'idée qu'il y a un organe cérébral du langage; qu'à la vérité nous ne le connaissons pas, pas plus que nous ne connaissons la source delà lumière, le soleil, mais que nous devons nous comporter, vis-à-vis de cet organe, comme le chimiste en face du soleil. Cet organe hypothétique détermine la forme du langage à ce point qu'il est impossible à un homme de s'approprier une langue radicalement étrangère à celle de son berceau, telle que l'allemand pour le Chinois ou le Néo-Zélandais. La langue est donc un phénomène matériel intimement lié au développement ; les animaux ne l'ont pas parce qu'elle rie se présente pas dans leur évolution ; là est donc la caractéristique supérieure sur laquelle doivent être fondées toutes les subdivisions du genre humain. Or, l'anatomie comparée des langues nous montre qu'elles se sont développées dans le cours de périodes de temps considérables ; que des organismes vocaux trèssimples, des délimitations sonores semblables à celles des animaux, sont lentement devenus des instruments très-perfectionnés ; or ce résultat n'a pu se produire que simultanément avec un développement organique particulier. Si donc c'est la langue qui fait l'homme, nos premiers pères ne furent point des hommes, et nous sommes séparés des animaux par un immense développement cérébral. (Schleicher, Ueber die Bedeutung der Sprache fur die Naturgeschichte des Menschen. 1 865).
On voit que toute l'argumentation du professeur d'Iéna repose sur l'existence supposée d'un organe spécial du langage, supposition que nous avons, croyonsnous, réfutée plus haut. Quoi qu'il en soit, si l'on en vient à se demander en quoi consiste précisément le langage des animaux, on est bien forcé de reconnaître que l'on n'a sur ce point que des documents insuffisants, ce qui tient en grande partie à la difficulté de l'observation; disons toutefois qu'incontestablement certains cliiens, les singes, quelques oiseaux comprennent un vocabulaire assez étendu. Pour les cliiens de berger, cette intelligence est réellement comparable à celle de certains hommes qui, pour être bien bornés, ne sont ni crétins ni idiots. Or comprendre est une partie importante du langage. Nous ne rapporterons pas ici les nombreuses observations relatives aux oiseaux, aux cerfs ; on les trouvera dans un grand nombre d'auteurs, notamment dans G. Leroy, Dupont (de Nemours), Huber, de Nore, Hunt, etc.
Nous avons dit plus haut que les procédés mentaux étaient les mêmes dans toutes les formes de langage, et que celles-ci différaient surtout parle moyen d'expression employé; or le plus naturel, le plus direct, le plus facile de ces moyens, c'est la mimique qui, selon M. Yalade, porte tous les caractères d'une véritable langue en possession de sa syntaxe, ses tournures, ses formes de phrases, ses termes composés et son étymologie rigoureuse. La mimique a sur la parole l'avantage d'être universelle à ce point, que deux sourds-muets sans aucune instruction préalable, et venant l'un de la Corse, l'autre du Jura, peuvent entrer en communication immédiatement, et se raconter jusqu'aux moindres détails de leur voyage
(Valade-Gahel) ; mais au sein d'une institution de sourds-muets, cette langue s'est prol'ondcment modifiée ; elle a pris un caractère plus fixe, et la tradition a constitué des signes, originellement spontanés, désormais conventionnels, par une métliode tout à fait semblable à celle qui préside à la formation du langage parlé. Dans cette langue, dit M. Léon Vaïsse, les individus ont leur désignation en gestes équivalant à nos noms propres... Le nom des personnages historiques rappellera quelques faits connus de leur vie ; . . . les noms des peuples et des pays seront empruntés à quelque trait physique propre à la race ou à quelque particularité' du costume ou des habitudes locales;... les professions mécaniques s'mdiqueront par quelqu'un des travaux qui leur sont propres; quelque détail du costume officiel servira à indiquer les dignités ; les sensations se rendront en simulant l'effet qu'elles produisent sur nos organes. Quant aux idées abstraites, elles s'expriment, quoique l'on n'y arrive que par le chemin plus long ; les idées génériques s'exprimeront avant ou après les idées particulières, selon que leurs objets offriront une somme de différences plus ou moins grande. Dans le domaine des idées morales, la main appuyée sur le cœur exprime l'affection, le doigt posé sur le front traduit l'idée de la pensée; la colère, l'orgueil, le désir, l'amitié, auront des expressions symboliques sans équivoques. Les mots composés, que l'on peut comparer aux clefs de l'écriture chinoise, démontrent un classement logique des idées. Le radical arbre, précédé du signe pomme ou rave, signifiera pommier ou ravier; le signe de maison accompagné de celui de bœuf, étable. etc. Le temps décomposé en ses trois modes sera figuré par ce qui est devant ou derrière nous ; le doigt suivant la marclie du soleil désigne le jour ; le poing fermé l'année, etc. (Léon Vaïsse.) Langue poétique merveilleuse, pleine de métaphores et d'heureuses images, qui excite l'enthousiasme chez tous ceux qui l'étudient, et qui faisait dire à Sicard que s'il existait dans quelque coin du monde tout un peuple de sourdsmuets, ils auraient peut-être une langue plus riche que la nôtre. De cette langue, Gratiolet a tenté de tracer les lois fondamentales, à laquelle il a donné le nom déjà employé dans un sens voisin (N. Daily) de cinéséologie, dont l'ob etest « ce langage universel d'expression qui, si spontané, si multiple, si variable qu'il soit en apparence, a ses règles simples, intelligibles. »
« Les mouvements d'expression, dit-il ailleurs, sont en effet les éléments du langage spontané de l'homme et des animaux; il ne peut donc être indifférent de recliercher quel lien secret unit les signes spontanément employés aux choses signifiées, c'est-à-dire à l'idi'e ou au sentiment qu'ils manifestent, de montrer comment ces signes s'engendrent et comment ils se modifient, de rechercher s'ils résultent d'une manière nécessaire des conditions intimes de l'organisation des animaux, ou s'ils dépendent d'une sorte de convention tacite entre tous les animaux d'une même espèce. » {De la Physionomie, préface.)
Or, cette dernière œuvre d'un homme éminent, n'est qu'un admirable développement de la preniière de ces deux thèses. En est-il autrement du langage articulé? La parole n'est-elle, aiasi qu'on le dit souvent, qu'un geste sonore? Ce geste résulte-t-U d'une manière nécessaire, comme ceux de la physionomie et comme les mouvements expressifs, des conditions intimes de l'organisation? A-t-il, d'ailleurs, toujours été l'apanage des hommes? S'est-il révélé tout à coup, le jour même où le premier être digne de ce nom a vu la lumière, où bien est-il dû à une lente construction, perfectionuée par l'usage et par les conventions? D'ailleurs, dans le geste sonore, où finit le cri, où commence la parole? Quel lôle a la spontanéité, quel la convention? Et au sein des nombreux
idiomes humains, dans quelle mesure les éléments du langage sont-ils empruntes aux mêmes sources, aux mêmes images, aux mêmes sons et aux mêmes mouvements? Sur toutes ces questions, la science d'il y a moins d'un demi-siècle ne répondait que par des hypothèses, dont le seul mais grand mérite était une sorte de prévision logique ; la science répond aujourd'hui par des faits aussi positifs que ceux de la paléontologie.
Elle répond d'abord, avec Grimm et Renan, que le problème de l'origine du langage est un problème scientifique, qui exclut absolument toute hypothèse de révélation théologique; puis elle affirme que le langage parlé, en tant qu'acte cérébro-moteur, est en corrélation intime avec la sensibihté, et qu'il n'est, de même que le geste, que la traduction spontanée de l'impression; que, sans nul doute, et pendant un espace de temps indéfini, la voix humaine n'a été qu'un accessoire de la mimique, et qu'une grande partie des verbes sont des traductions idéologiques ou sonores des mouvements, non des images de la nature, mais des gestes qui les expriment ; que, à mesure que la convention fixait, modifiait, détournait le geste, la voix articulée a joué sélectivement un rôle prépondérant, et que, successivement, les diverses modifications du son vocal (chant, ton, rhylhme), ont cédé la place à l'articulation simple et monotone; que dans l'ensemble des idiome? contemporains, on peut retrouver, dans l'espace, à l'heure présente, quelquesunes des phases par lesquelles, dans le temps, les langues ont passé, sans toutefois que l'on puisse en déduire une loi uniforme de développement; tout au contraire ; enfin, elle détermine avec netteté la nature de la parole, la part du cri ou de l'interjection , le rôle et la source multiple des images naturelles, la part restreinte de la convention, les principes de la filiation des idées, les règles de la transformation des sons en contact, sorte de chimie sonore, et enfin, les lois qui régissent la.naissance, la décadence et la mort des idiomes, qu'il s'agisse de leur matériel phonétique ou de leurs conceptions idéologiques.
On voit que ce serait sortir du cadre de ce recueil, que d'entrer dans l'examen approfondi de l'une de ces questions. Et cependant, le langage est éminemment un acte physiologique, au même titre que les diverses formes de mouvements coordonnés, et même, eu égard à la médecine, à un titre plus important et plus élevé. Mais les articles Parole et Voix devant exposer tout ce qui a trait au mécanisme de la voix articulée, nous hmiterons là notre examen. [Voij. Pahole, Voix.)
E. Dally.
II. Les langues ; leurs éléments; leur péveloppement. L'étude comparative des langues, qui a été rendue possible par les découvertes des plnlologues du dixneuvième siècle, a eu pour résultat de ranger la linguistique au nombre des sciences naturelles. Nous verrons, en effet, plus loin, que si le matériel proprement dit de chaque langue, ce qui constitue son dictionnaire, est l'œuvre de l'homme aidé par le hasard, les procédés spéciaux à chaque famille de langues, la grammaire proprement dite, dérivent d:rectement de l'organisation de l'homme, de sa valeur intellectuelle. La linguistique devient ainsi un caractère de race, et comme telle, elle se range au nombre des sources les plus importantes auxquelles l'anthropologie demande des secours et un contrôle efficace. A part, en effet, certains cas exceptionnels dans lesquels, par suite de conquête, ou d'hilluences plus ou moins connues, un peuple a abandonné sa langue, on peut dire que chaque langage est caractéristique du peuple qui le parle. Souvent môme, il établit des distinctions que l'anatomie comparée, abandonnée à elle-même, n'aurait pas re-
connues. Ainsi, quand aujourd'hui encore les langues indo-européennes d'une part, et les langues sémitiques de l'autre, constituent deux gioupes irréductibles aux yeux du linguiste, l'anatoniiste ne pourrait signaler dans l'organisation des peuples qui parlent ces langues, des caractères distinctifs assez marqués pour faire soupçonner une telle dissidence dans les procédés intellectuels des deux familles ethniques. L'étude de la grande agglomération des peuples dits Touraniens, sur la limite de laquelle on n'est pas encore fixé, devra peut-être beaucoup un jour aux travaux des philologues sur les langues touraniennes. Le rôle de la linguistique comparée, comme science fournissant des matériaux à l'anthropologie, est donc considérable; il a été apprécié ailleurs. (Voy. Anthro-
FOLOGli:.)
Pendant longtemps, la question du langage a été regardée comme un problème presque exclusivement psychologique, et les spéculations plus ou moins sérieuses, relatives à 1 origine des langues, ont longtemps suffi à l'esprit des pliilosophes. Avant la découverte de la méthode comparative, aucune vue synthétique ne permettant de classer logiquement les idiomes, la faculté d'expression par la parole articulée était étudiée à peu près indépendamment de la connaissance des langues, comme un problème purement philosopliique. Ces études sont, eu raison même de ce défaut de base solide, restées stériles ; et la science du langage n'est entrée dans une voie vraiment et sérieusement scientifique, que le jour où elle a conquis une méthode.
C'est de la découverte de la littérature sanscrite, et des relations si frappantes qui lient la langue des brahmanes à celle de presque tous les peuples de l'Europe, qu'est sorti l'instrument précieux d'investigation philologique que l'on nonmie la méthode comparative. A l'aide de ce guide, on a pu non-seulement étudier parallèlement les diverses langues d'une même famille, et les dillérences d'organisme qui séparent les familles étrangères, mais étudier aussi, avec bien plus de facihté qu'auparavant, les divers âges d'une même langue, finalement pour parvenir jusqu'aux formes primitives, et, en un sens, plus complètement caractéristiques que celles qui en sont sorties. Il n'y a pas lieu ici de rendre compte de ces procédés, qui sont du domaine spécial de la grammaire comparée.
L'n des résultats de l'application des procédés nouveaux, a été de nous apprendre pourquoi les tentatives des philosophes pour expliquer le langage n'avaient, jusqu'à cette époque, abouti à aucune solution satisfaisante. Ce qui empêchait les esprits les plus sagaces de quitter ce perpétuel problème de l'origine du langage, c'est qu'ils manquaient de notions vraies sur la constitution intime des langues, et surtout sur la nature des modifications que le temps fait subir aux éléments plionologiques; ils voulaient trouver quelle fut l'origine du langage, sans sa\oir ce qu'est une langue à son origine. (Cf. Lr.'al, De la Méth. compar. appliq. à l'ct. des langues, p. 20.) On tentait, à l'aide de l'intuition psjchologique, de l'observation de l'homme à la façon des métaphysiciens, de deviner les causes de faits qu'on ne savait pas encore observer.
Non-seulement nous fûmes, par la découverte du sanscrit et les conséquences qui s'en suivirent, mis à même de nous représenter le tableau qu'offrait une langue dans les premières périodes de son développement ; mais l'investigation historique, éclairée de toutes les lumières d'une nouvelle méthode, appliquée tantôt à un idiome isolé, tantôt à diverses langues d'une môaie famille à la fois, nous révéla les lois de leur développement. Les philologues furent, jarlà, amenés à constater que le travail de formation des dialectes est continu, qu'en un cer-
tain sens, une langue se crée toujours, que chaque jour, non-seulement elle enricliit son lexique, mais que, chose plus étonnante, se.? procédés grammaticaux se modifient suivant un lenl devenir, inévitable dans sa marche, pendant que la syntaxe subit des métamorphoses souvent profondes. Ces modifications montrent quelle part l'homme a dans la création du langage, sur les formes duquel il ne cesse pas un instant d'agir.
Ainsi, la vie des langues est un perpétuel fieri; elle consiste essentiellement en une genèse permanente d'éléments et de formes. Les idiomes sont en corrélation intime avec les races chez lesquelles ils naissent; et l'histoire des unes est en quelque sorle l'histoire des autres. C'est pour cela que, depuis les découvertes qui ont décidément créé la science du langage, celui-ci est devenu un élément anthropologique si important.
Cette genèse perpétuelle d'éléments et de formes, dont l'évolution est, dans chaque groupe de langues, en corrélation intime avec l'esprit qui crée, a lieu suivant des lois dont la découverte, en ce qui regarde surtout les modifications de formes, adonné une base solide à une science qui, jusqu'à ce moment, n'était guère qu'un jeu de fantaisie; il s'agit de l'étymologie. L'étude de ces lois plioniques a permis de pousser l'analyse du matériel des langues jusqu'à la dissociation des éléments, jusqu'à leur isolement complet. Arrivé à ce résultat, le philologue est en face d'un succès aussi précieux que celui du chimiste qui obtient, à l'état cristallisé, le corps dont il recherche la présence.
Cette analyse élémentaire, appliquée aux formes les plus complexes en apparence, nous amène toujours, et c'est là la consécration de la méthode employée, en présence de groupes irréductibles, qui présentent certaines particularités, selon les familles linguistiques auxquelles elles appartiennent ; ces groupes , sortes de corps simples de la grammaire comparée, sont les racines, ou les radicaux des langues. Antérieurs au développement de la grammaire, ils n'appartienneut à aucune catégorie déterminée, ils expriment simplement une idée vague ; cette idée se précisera, par l'usage, à mesure que le groupe phonique se modifiera pour revêtir une forme plus grammaticale, pour devenir un mot. Ces racines sont beaucoup moins nombreuses que ne l'imaginent ordinairement les personnes étrangères aux connaissances philologiques ; les langues indo-européennes, par exemple, qui comprennent, comme on sait, presque toutes les langues de l'Europe et beaucoup de celles de l'Asie occidentale et méridionale, n'en comptent que quelques centaines. Parmi ces racines, quelques-unes sont extrêmement fécondes, comme SPAÇ, regardez, AR, labourer, etc.
On voit immédiatement comment se scinde, en deux problèmes distincts, la question de l'origine d'une langue : la naissance des radicaux, d'une part, le dévelopi ement des formes grammaticales, d'autre pari. Le premier problème a été traité plus haut. On a invoqué pour expliquer l'origine des radicaux, bien des causes ; chacune d'elles semble avoir contribué, pour une certaine part, à la création de ces types primordiaux; l'onomatopée, a sans doute fourni les idées correspondant aux bruits, l'interjection a peut-être donné quelques racines; citons surtout les cris naturels, qui d'abord accompagnèrent le geste, et le remplacèrent ensuite. C'est là et ce sera longtemps encore une question fort obscure, puisqu'elle écha, pe à peu près à toute expérience. Quoi qu'il en soit, un fait paraît évident, c'est le caractère en quelc[ue sorte al'atoire, contingent, des radicaux ; c'est la grande part que le hasard a eue dans leur formation ; leur instabilité n'est qu'une conséquence de ce fait. Leur existence et leur forme tient en grande
partie an jeu libre des organes ; ils sont, mais ils auraient pu ne pas être, et surtout ils auraient pu être difléreiits.
Nous allons préciscment trouver, dans le deuxième élément constitutif de la langue, la forme grammaticale, des caractères tout à fait opi osés de fixité, d'in- » variabilité. Cela lient à ce que l'homme ne possède pas la faculté de parler absolument, m.ais bien de parler d'une certaine façon, sui\anL certaines lois d'organisation, sur lesquelles il n'a pas prise. L'homme, par le fait même de sa constitution, semble recevoir, pour ainsi dire, le cadre général des formes du langage qu'il est apte à produire, mais, dès qu'il crée sa langue, dès qu'il met en usage les organes producteurs des sons, il agit au milieu d'influences dont il n'est ))as le maitre, il ouvre la porte à l'imprévu, qui enire pour quelque chose dans ces actes en apparence les plus libres. Ainsi, dans une langue quelconque, se rencontrent nécessairement deux éléments distincts, l'un fatal, imprescriptible, qui constitue la loi générale des formes du langage, et procède directement de l'organisation, l'aulrc, lo matériel même du langage, que l'homme, dès les premiers temps, inventa au fur et à mesure des besoins ; ce dernier élément est, il est vrai, en un sens, choisi librement; néanmoins, il porte toujours i'empremle des conditions extérieures au milieu desquelles il a pris naissance.
La présence dans le langage articulé de ces deux éléments, l'un fatal et l'autre variable, contingent, n'est pas un fait aussi isolé qu'on pourrait le croire ; nous le retrouvons, sous un aspect bien plus frappant et bien plus net encore, dans la musique, cette sorte de langage des sensations indécises. Chaque homme, chez qui les sens sont à l'état normal, peut créer des mélodies plus ou moins heureuses, mais il lui est absolument impossible de les créer en dehors des lois de tonalité qui président à notre harmonie, et qui ont à leur base, les intervalles de la gamme. Et pourtant, quoi de plus arbitraire, à yjremière vue, que l'échelle de ces intervalles. Or tous les peuples ne semblent pas avoir la même échelle tonique, comme si le sens musical chez l'homme ne correspondait pas à la faculté absolue de produire des mélodi^^s, mais à la puissance de les créer suivant certaines lois, qui président aux formes grammaticales de la musique. Ce qui serait absolument impossible à concevoir, ce serait une mélodie appartenant à la fois à deux systèmes de tonalité ; il est également impossible de trouver une langue dont la grammaire soit mixte; une langue peut, tout au plus, suppléer, par voie d'emprunt, à ce qui lui manque.
Les mots d'une part, les formes grammaticales de l'autre, sont entre elles dans le même rapport que le moule et la matière qui doit y être coulée.
Nous avons dû insister longuement sur cette distinction, parce qu'elle est d'une importance capitale, dans tous les cas où on veut appliquer la science du langage à l'anthropologie. Le génie propre aux différents jeuples, en effet, se révèle surtout dans ce travail, qui consiste à faire passer le radical à l'état de mot proprement dit, en le revêlant des formes grammaticales.
Nous avons vu plus haut comment l'analyse appliquée à l'étude des mots nous met toujours en présence d'une valeur phonique irréductible, qu'on nomme racine. Or, pour arriver à ce groupe phonique élémentaire, réduit à sa forme primordiale, antérieure à toute modification (|ui doit en faire une valeur grammaticale soit verbale, soit nominale, il faut éliminer certains appendices i'ormatifs, constitutifs des flexions, etc., qu'on a reconnus être également significatifs par eux-mêmes. Les désinences, par consN|uent, étaient à l'origine, de véritables racines. 11 y a donc deux espèces de racines, les racines attributives, ou predica-
tives, appelées aussi racines verbales, et exprimant les idées fondamentales; et les racines démonstratives, qui s'adjoignent aux premières, pour former les mots, tandis qu'à l'état isolé, elles constituent des pronoms ou des prépositions, exprimant des idées de localité ; ce qui les a fait appeler souvent racmes pronominales. Ce sont les différences dans le mode d'union de ces deux espèces de racines pour la conslitulioii des mots, qui ont séparé les familles linguisticjues les unes des autres , et permis de classer les idiomes en séries morphologiques distinctes.
Les différents cas qui se sont présentés, dans les modes d'association des deux espèces de racines entre elles, constituent une sorte d'échelle progressive, suivant le degré de fusion de plus en plus intime des éléments foimatifs des mots ; nous allons les esquisser lapidement.
1° Il existe des langues dans lesquelles, les racines étant toujours demeurées parfaitement indépendantes les unes des autres, on ne peut y distinguer, à proprement parler, de radicaux démonstratifs ; ces langues sont dépourvues de grammaire proprement dite ; c'est par des artifices qu'on arrive à y exprimer des rapports, soit en variant les sens des mois suivant leur position : cf. ngà ta ni, je te bats, ni ta ngà, tu me bats ; soit en détournant légèrement les radicaux de leur sens primitif, ex. : î/ cang, avec un bâton, littéralement « se servir de bâton; » soit encore à l'aide de mots vides, c'est-à-dire qui, pour le cas particulier, perdent toute signification et deviennent de simples signes. Ces langues dont le chinois est le type, sont appelées ordinairement monosyllabiques. Les causes de ce monosyllabisme persistant ne sont peut-être pas uniquement dues à l'organisation des peuples qui l'emploient ; Abel Rémusat pensait que le principal obstacle au développement grammatical du chinois consistait dans la forme hiérogls |>hique de leur écriture ; si l'association des éléments [ihoniques s'était produite dans la prononciation, l'écriture, inapte à reproduire cette fusion, eut empêché la consécration des changements ainsi essayés. Mais l'écriture est une invention partout très-postérieure au développement des races, et on ne peut éviter d'admettre, au moins chez les Chinois , une certaine lenteur dans le développement de leurs formes phoniques, sans laquelle l'écriture, lors de sa découverte , aurait eu à s'accommodera des perfectionnements phonologiques depuis longtemps acceptés. Je me suis souvent demadé si cela ne tient pas à ce que, en cliinois, le ton, qui a une véritable valeur grammaticale, puisqu'il sert à distinguer les divers sens de signes qui ont la même prononciation, n'avait pas contribué à conserver à chaque monosyllabe une existence séparée, à cause de l'espèce d'accent qu'il fixe sur chaque monosyllabe. Nous verrons en effet, que l'accent est l'agent principal dans la formation des flexions.
2° Les langues monosyllabiques, dont nous venons de parler, sont en définitive, assez peu nombreuses, et beaucoup de celles qu'on a quelquefois rangées dans ^cette classe, comme celles qui constituent le groupe ultra-indien de Logan, tendent à s'affranchir du monosyllabisme rigoureux, et à se rapprocher des langues polysyllabiques de la deuxième famille. Ce caractère est surtout marqué dans l'idiome du Burraâ.
Le caractère distinctif de ces langues, qui ont échappé au monosyllabisme, conti airement à celles de la première famille, est la présence des deux espèces de racines prédicatives et démonstratives, dont celles-ci se soudent aux premières, pour donner naissance aux formes grammaticales. Cette association des deux éléments lormatifs, se nomme Y agglutination, et les langues ainsi constituées,,'
sont dites agglutinantes. Un illuslre philologue, M. Max Millier a nommé ces langues touraniennes, eu étendant celte dénomination à toutes les langues parlées en Europe et en Asie, et qui ne font jias partie des familles arienne et s'mitique. Cette vue n'a pas été acceptée par tout le monde; MM. Pott, Renan, etc., en ont contesté la légitimité. Un des traits caractéristiques, dans les langues agglutinatives, c'est que 'le radical prédicalif reste toujours intact. Les racines pronominales qui constitueiit les afiixes, se placent ordinairement après la racine. Elles sont quelquefois altérées par les influences plionétiqnes, mais elles ne sont pas rendues méconnaissables, et l'on sent que leur soudure avec la racine principale est incomplète, et qu'elle pourrait aisément être rompue, même dans les cas oij, comme mots indépendants, leur signification s'est perdue.
3° Mais l'agglutination peut être poussée encore plus loin, et au lieu de se borner à joindre l'une à l'autre la racine attributive et les racines démonstratives, pronominales, elle peut, comme dans les idiomes américains par exemple, se faire par un mode de rapprocliement tout spécial, qui ote presque toute limite à la synthèse. La forme verbale reçoit, au milieu même de ses éléments séparés, les racines accessoires plus ou moins intactes, pour ne former du tout qu'un seul mot. Ces idiomes ont reçu la dénomination de langues incorporantes ou holoyhrasliques, ou encore poly synthétiques. Un exemple suffira pour donner une idée de ce fîiit singulier. Le mot iduanclotarin n'est qu'un développement du verbe in, je mange, dans lequel i représente la racine verbale, et n la racine démonstrative ou flexion; cette forme, ouverte en deux, a reçu successivement les autres mots : dnan, je souhaite, clo, avec, ta, non, ri, lui, de sorte que i-duan-cîo-tari-n signifie : « je ne désire pas manger avec lui. » (Baudry, La Science du lang., p. 22.) Certains philologues, M. Max Miiller, entre autres, pensent qu'il n'y a pas lieu d'admettre cette classe des langues holophrastiques, et les rangent dans la grande famille dos idiomes agglutinants. « Le nombre de racinos entraot dans la composition d'un mot n'y fait rien, et c'est pour cela qu'il est inutile d'admettre une quatrième classe appelée quelquefois poly synthétique, et comprenant la plupart des dialectes d'Amérique. Tant que, dans ces composés d'une longueur démesurée, la racine significative se distingue du reste, les langues appartiennent à la période agglutinante. » (Miiller, Leç.s. la se. du lang., 1. 1, p. 550, trad. franc.)
L'agglutination, dont la flexion, que nous allons étudier tout à l'heure, n'est qu'un développement, se laisse encore quelquefois apercevoir, même dans les formes fléchies des langues modernes. Ainsi, dans le futur français je dirai, ai n'est autre chose que le présent de l'indicatif du verbe avoir, la forme provençale dire vos ai pour je vous dirai en est une preuve frappante ; ;*« dirai signifie donc proprement /ai à dire.
4' 11 arrive, dans les langues appartenant aux familles dont les formes grammaticales sont plus développées, que les racines attributives et les racines démonstratives se soudent complètement. Dans ces cas, chacun de ces deux éléments, le radical attributif tout aussi bien que l'autre, perdent leur personnalité; la terminaison peut même absorber presque totalement la racine. L'altération phonétique s'empare de chaque partie du mot et en modifie tout à fait la physionomie ; il faut alors, pour arriver à eu reconnaître les différents éléments, le secours de la grammaire comparée. Ces langues sont quelquefois appelées amalgamantes, mais on les nomme plus ordinairement langues à flexions; cette-classe comprend les deux familles aujourd'hui si bien étudiées des langues ariennes, ou indo-euri>veennes, et des langues sémitiques on syro-arabes. li nous est iuqjossible de développer ici
tous les caractères distiiictifs de ces deux familles; nous nous bornerons à esquisser les principaux. Il faut signaler d'abord la trilitérité des racines sémitiques. Tandis que les radicaux ariens sont de véritables mots existant par eux-mêmes, la racine sémitique est un groupe abstrait, imprononçable, composé de trois consonnes auxquelles û n'est pas possible de joindre des voyelles, autrement que pour réaliser une forme grammaticale. L'idée vtrbale est attachée à ce groupe trilitcre (KTL, par exemple, qui correspond à l'idée d>^ tuer), et le mouvement granunatical se uiarque en grande partie par l'insertion des diverses voyelles au milieu de ces consonnes; katala, il tua, kutila, il fut tué, kàtul, tué, kôtel, tuant, etc. Quelque chose d'analogue à cette sorte de ilexion interne se trouve dans certaines langues ! agglutinantes, en turc, par exemple, où la voyelle radicale s'harmonise les aulres. ; Un deuxième caractère qui sépare profondément les langues sémitiques des langues ! ariennes, c'est la lenteur avec laquelle s'opère chez elles l'évolution dans le sens de l'analyse, et le rôle peu important que ce phénomène joue dans leur histoire. N'ayant jamais été essentiellement synthétiques, comme les langues ariennes des couches anciennes, elles n'ont pas subi de ces métamorphoses régressives, si manifestes dans les idiomes ariens, à mesure que chez les peuples qui les parlent, i'àge de la réflexion et de la précision succède aux périodes premières, dominées par l'instinct si largement compréhensif de la race arienne. Ce fait, dans les langues indo-européennes, est tellement manjué, qu'on a souvent, à tort pourtant, admis comme deux classes de langues distinctes, sous les noms de langues synthétiques et langues analytiques, des ensembles d idiomes, qui ne sont que les mêmes langues prises à deux époques de leur développement, séparées par des intervalles plus ou moins longs. C'est donc avec raison que M. Renan a pu dire qu'il n'y a pas de langues néo-sémitiques. Pendant cette période de décomposition analytique, qui consiste essentiellement à exprimer, à l'aide de particules séj arées, ce qui jusque-là s'exprimait par les flexions finales des noms et des verbes, on voit nécessairement disparaître peu à peu les éléments formatifs mis hors d'usage; les mots se raccourcissent de plus en plus, et en supposant l'évolution poussée à ses dernières hmites, on finirait par revenir à une sorte de monosyllabisme final qui fermerait ainsi le cercle de l'évolution des langues. C'est pour cela que certains philologues ont pu croire que les monosyllabes chinois sont les résidus de mots plus développés, réduits par l'usage; on les a comparés aux cailloux roulés, à qui des frottements répétés ont donné une apparence uniforme qu'ils n'avaient nullement dès l'abord.
Arrivés au degré le plus élevé de cette transformation analytique aussi remarquable dans le pàh comparé au sanscrit, que dans l'italien comparé au latin, ou le grec moderne au grec classique, nous avons ainsi parcouru toutes ks phases par lesquelles puisse passer une langue depuis la forme monos\ llabiquc la plus élémentaire. Cette échelle, ascendante pour les langues agglutinantes et les langues flexionnelles synthétiques, descendante pour les langues dites analytlcjnes, comprend nécessairement tous les cas, et il n'est pas besoin, comme le dit M. Max Millier, d'attendre pour la déclarer complète qu'on ait étudié, dans leur universalité, les langues qui sont parlées sur le globe. Mais ici se présente naturedenient une des questions les plus importantes de la philologie générale, importante surtout pour l'anthropologie, car elle se lie étroitement aux problèmes les plus élevés, parmi ceux que cette science est appelée à résoudre. Toutes les langues ont-elles dû, pour se développer, suivre l'ordre des phases d'évolution qui ont été déentes? Chaque peuple, après une période plus ou moins longue de mutisme ou tout au
moins de langage inarticulé, composé de simples cris, a-t-il dû passer péniblement par une langue monosyllabique, laquelle, aidée du secours d'un puissant levier, l'accent, est arrivée à l'agglutination, phase ultime ou simplement phase transitoire selon les cas? Cette question a été résolue différemment par les linguistes les plus distingués. Nous ne pourrions donner ici, même en résumé, les arguments qui ont été mis en avant soit dans un camp, soit dans l'autre. Tandis que M. Renan, par exemple, regarde comme impossible d'aduieltre non-seulement une première période pendant laquelle l'homme ne faisait pas usage de langage articulé, mais même un premier âge de monosyllabisme à la façon chinoise; d'autres philologues, MM. Max Mûller, Steinthal, Benlœw, Baudry, etc., n'hésitent pas à se ranger à l'opinion contraire.
Sans vouloir trancher absolument la question dans un sens bien catégoriquement déterminé, ce qui n'est peut-être pas possible, observons tout d'abord que les langues sémitiques, avec leurs ratines trihtères, dissyllabiques, irréductibles à peu près toujours, sans voyelles, c'est-à-dire, imprononçables et n'existant par conséquent qu'en vertu d'une sorte d'abstraction, seront longtemps encore un embarras pour les partisans d'un monosyllabisme primitif, et que si, d'une part, il est à peu près impossible de se représenter les langues échappant à celte âge enibryogénitpie et naissant toutes formées, par une sorte d'eflloresccnce spontanée et subite, ce que Fr. Schlegel appelait hervorbringung im ganzen, il existe de bien pui-santes rai ons, qui nous amènent à regarder comme très-courte la période pendant laquelle les languies ont acquis leur forme définitive. Quelque courte qu'ait été cette période, elle a dû exister. L'agent extérieur des modifications plioniqu- s dans les langues, c'est, il ne faut pas l'oubher, l'accent. Son action ne peut guère a\oir été instantanée, et il a fallu qu'un certain temps s'écoulàt, avant qu'il ait pu fixer irrévocablement l'attention sur (.eriaines syllabes privil 'giées. Rien même n'empêche de supposer que ces radicaux démonstratifs, devenus accessoires dans la suite, n'ont pas préexisté aux autres. Ce qu'il était le plus urgent d'e. primer ce n'était pas les noms des objets, mais les rapports. Un homme qui veut indiquer de deux objets l'un, doit tout d'abord dire qu'il s'agit de celui-ci ou de celui-là, et le nom de l'objet in\ enté, il n'est pas dijpensé d'indiquer le rapport, s'il veut être compris.
III. CLASSiricAiioM DES LANGUES. C'est eucore un des précieux résultats obtenus par le secuurs de la méthode comparative, que la possibilité de classer les langues suivant une méthode rationnelle. La classification géiiéalogii|ue, ne reposant plus comme autrefois sur de vagues et indécises alfiidlés, mais sur des bases solides et des lois légitimement établies, montra dans toute la lamille indo-européenne un ensemble de langues, di usées en une série de branches, dont chacune a un certain nombre de rameaux. Cependant on dut bientôt s'apercevoir que ce mode de classification ne s'applique pas, loin delà, aux autres familles d'iiliomes, en raison de leur peu de mob.litt, avec une égale facilité ; les langues sémitiques, entre autres, ne se prêtent déjà plus du tout à ce genre de classement. C'est surtout à l'élude enniparéedes formes grammaticales (lu'il fmt demander, dans le plus grand nombre (le cas, les bases d'une bonne classili cation. Les limites de ce travail ne nous peiinettent que dépasser rapidement en revue chienne des grandes familles hngnisLiques ; nous commencerons par celles dont l'évolution a été la plus complète, c'est-à-dire l'ensemble des idiomes aiieiis.
La fannlle indo-européenne comprend les langues qui se parlent dans toute 1 Europe, moins les langues finnoises, le magyar ou langue des hongrois, le b;is-
que, le furc, idiome nouveau-venu en Europe, elle maltais, apparenté aux langues sémitiques ; elle renJernie, en outre, les langues du groupe arien ou iiidou, et du groupe iranien nu de la Perse. Le sanscrit, qui est la langue des Védas et de toute la littérature classique de l'Inde, et l'un des principaux représentants du groupe indou, a, comme les langues de l'Europe, cédé aux inQuences analytiques; dans les dialectes dérivés de lui, même anciennement, le lien synthétique s'est relâché ; le premier degré d'altération est représenté par le pâli, autrefois parlé dans les provinces orientales de l'Inde, puis transporté par les bouddhistes à Geyian, dans le Barmà, etc.
Les dialectes prâcrits correspondent à un degré d'altération plus considérable. D'autres dérivés du sanscrit sont parlés actuellenient encore dans les diverses provinces de l'Inde ; les principaux sont : le bengali ou gaure, le goitzerad, le mahratte, le cachemirien, le népalais, dont les noms indiquent assez exactement les ' provinces où on les parle ; puis les dialectes connus sous le nom de hindi ou liindoustani, s'étendant dans les contrées situées entre les monts Vindhyas et l'IIyraâlaya, à l'exception du Bengale.
Le groupe iranien des langues ariennes a pour représentant le plus ancien, lezend, ou la langue du Zend-Avesta, dans laquelle sont écrits les livres sarés des adorateurs d'Ormuzd. Le zend, en se modiliant par l'usage, devint le dialecte en usage sous la dynastie des Achéménides. Celte langue est écrite en caractères cunéiformes. Plus tard encore, elle devint le pehlvi, ou /iw^si'ares/*, langue mixte par son lexique, chargée d'un grand nombre d'éléments sémitiques venus probablement de la Syrie. Une nouvelle modification de la langue de la Perse amena une quatrième forme qui constitue le parsi, d'où est sorti le persan moderne.
Au groupe iranien appartiennent des langues qui ne descendent pas de la souche zende, mais sont sans doute des branches d'un même tronc. Ce sont : l'arménien, lepoushtou ou afghan, langue de l'Afghanistan, la langue des Kurdes, celle des Ossètes dans le Caucase, entin le beloudje ou balouche, langue du Bélouchistan. Le growpe gnco-lalin, qu'on a aussi ap^^elé pelasgique, contient des langues qui toutes sont ou ont été parlées dans les deux presqu'îles de la Grèce et de l'Italie, et dans les contrées avoisinantes. Ce sont : d'abord, le grec et ses dialectes, représenté aujourd'hui, parmi les langues analytiques, par le grec moderne, puis le rameau /af m, comprenant Vosque, l'ombrien, le sabin, et d'autres dialectes italiques qui furent absorbés plus tard par le latin proprement dit. A celui-ci se rapportent les langues romanes : le français, l'espagnol, l'italien, le portugais, le provençal, levalaque ou row/nam, et le roman/c/i, parlé dans l'Engadine et d'autres portions du canton des Grisons.
Nous arrivons maintenant à la grande agglomération des dialectes de la branche germanique, que M. Max .Mûller a plus exactement désignée sous le nom de branche teutonique. Mais en atioptant cette expression, il ne faut pas se hâter d'admettre qu'elle est bas-'e sur l'existence d'une langue teutonique, qui aurait été à une certaine époque la langue unique des peuples germaniques. A la branche teutonique se rattachent : 1° le bas-allemand ou Niederdeutsch, dans lequel se rangent Vanglo-saxon, et son dérivé actuel, l'anglais ; les dialectis frisons ; le flamand, qui a résisté, quoique n'étant plus nulle part une langue offieielle, ei le hollandais; 'i" le haul-aliemand o\x Hochdeutsch, parlé à peu près dans toutes les provinces de l'Alleniague, et divisé en trois périodes : le vieux haut-allemand (vii«-xiie siècles), le moyen haut-allemand (xii-'-xvi^ siècles), et le nouveau haut-allemand
qui date de la réforme de Luther; 5° le gothique, dont nous ne connaissons qu'un seul monument, la bible d'Ulfilas ; 4" enfin, le rameau Scandinave, dont l'ancienne langue était le norrain, langue des poèmes de TEdda, représenté aujourd'hui par le SMfdois, le danois (Danemark et Norwége), l'is/aw^ais, et quelques dialectes des \ allées intérieures de la Norwége.
La brandie slave des langues indo-européennes, qu'on a appelée aussi branche windique, renferme des dialectes dans lesquels se fait sentir de très-près la parenté avec les langues ariennes de l'Asie. Elle a deux rameaux : le ranieau lette, et le rameau slave proprement dit. Le rameau lette comprend, le lithuanien, parlé dans la Prusse orientale et les régions hmilrophes de la Russie ; le Zeffe, idiome de la Courlande et de la Livonie ; enfin le borussien, ou ancien prussien, qui a été absorbé par l'allemand.
Le rameau slave proprement dit comprend : a. un groupe oriental, dans lequel entrent le russe, dont le domaine s'étend chaque jour ; le bulgare, qui perd constamment du terrain, et dont il faut rapprocher le slavon ecclésiastique, langue écrite, remarquablement conservée au point de vue synthétique, et Yillyrien. Par cette dernière dénomination, on entend ordinairement le serbe, le croate et le slovénien; b. un groupe occidental, dont font partie le j9o/o>?ais, le tchèque, ■ dialecte de la Bohème, et la langue de la Lusace, appelée sorbe ou sorabe.
Pour compléter le tableau des langues indo-européennes, il nous faut dire quelques mots de la branche celtique, la plus occidentale de toutes. Elle est en voie de s'éteindre, et n'est dé^à plus représentée que par un certain nombre de dialectes qui n'ont gardé nulle part le rang d'idiomes nationaux. On peut y distinguer deux rameaux : a. le rameau kymrique, comprenant le comique, langue du Cornwall, récemment disparue ; le gallois, langue du pays de Galles ; et dans la Bretagne, le bas-breton ou armoricain; b le rameau gadhélique, comprenant l'irlandais, le gaélique, pailé sur la côte occidentale de l'Ecosse, et le manx, ou dialecte de l'île de Man. Citons enfin, comme appartenant au tronc arien, la langue des Tziganes.
La lamiile sémitique, dont le domaine fut toujours beaucoup moins étendu que celui des langues ariennes, comprend, d'après M. E. Renan, trois branches: l'aramcenne, Yhcbraïque et ï arabique.
La branche araméenne, qui occupe les régions septentrionales du domaine sémitique, renferme deux dialectes : le syriaque, langue de la version biblique dite Peschito, et d'une httérature chrétienne considérable (iv« siècle) ; et le chaldéen, qui est la langue des Juifs pendant la captivité, des Targums, ou commentaires bibliques de Palestine, et des Talmuds de Jérusalem et de Bab}lone.
La branche hébraïque, essentiellement représentée par l'hébreu, qui fut parlé depuis l'époque de Moïse jusqu'à celle des Machabées, est sans doute celle à laquelle il laut rapporter la langue phénicienne et la langue carthaginoise.
La branche arabe, dont la péutnsi.le arabique est la vraie patrie, a parmi ses plus anciens monuments les inscriptions dites hymiaritiques, découvertes dans le midi de l'Arabie ; la langue classique est celle du Coran ; il existe un certain nombre de dialectes modernes. Le ghez, idiome aujourd'hui en partie remplacé par l'aniharique, est un dialecte sémitique frère de l'arabe et parlé dans l'Abyssime, surtout le long des côtes situées en face de l'Arabie Heureuse. On a aussi essayé de rattacher à la famille sémitique quelques langues de l'Afrique scplenlrio aie, le galla, le haussa, ainsi que les idiomes berbères ; mais celte ideulilicalion est loin d'être complètement démontrée.
Les deux familles que nous venons de parcourir, c'est-à-dire les familles indoeuropéeime et sémitique, dont l'ensemble renCernie à proprement parler toutes les langues à flexions, sont aussi les seules qui puissent constituer des groupes bien détermines, et assez nettement limités.
L'ensemble des langues dites touraniennes, par exemple (dénomination par laquelle M. Max Muller embrasse toutes les langues de l'Europe et de l'Asie qui ne sont ni ariennes ni sémitiques), est loin d'avoir la consistance des deux autres familles. En dehors du principe d'agglutination auquel chacune d'elle est soumise plus ou moins, sans avoir jamais pu se développer au delà, il serait difficile de trouver un caractère important, commun à tout le groupe. Ces réserves faites, rien ne s'oppose à ce que, pour la commodité des études et du classement, on admette cette dénomination que l'anthropologie pourra peut-être accepter un jour. La famille louranienne se divise alors tout naturellement en deux classes : l'une septentrionale, l'autre méridionale.
La branche septentrionale se subdivise, suivant M. MaxMiiller, en cinq sections, la (ongoMse, la mongole, la turque, la finnoise et la samoyède.
Le rameau tongonse contient des dialectes parlés depuis le nord de la Chine jusqu'à la Sibérie, et à l'O. jusqu'au fleuve Tongouska. Il comprend les dialectes des Chapogires et des Ûrotongs sur la Tongouska, des Lamutes, des Mantchoux et (les peuples de Nyertchinsk.
Le rameau mongol ne comprend qu'un petit nombre de dialectes : ceux des Khalkas au N. du Gobi ; des Sharaigol, dans le Tibet et le Tangout, des Olotes, etc. La langue mongole est parlée en Europe sur les rives du Volga et près d'Astrakan par des Olotes qui ont immigré au dix-septième i^iècle.
[,c rameau lurc se compose d'un certain nombre de dialectes parlés sur une étendue très-vaste. M. Max Millier divise les peuples parlant les dialectes turcs en trois sections : les Turcs du S. E., Ouigours, Uzbecks, Turcomans, tribus du Djapathaï ; les Turcs de l'E. : Kirghises, Bashkirs, Nogaïs, Koumiens, Yakoutes, Turcs de Sibérie, etc., etc.; les Turcs del'O., comprenant les habitants de Dourbend,de l'Aderbaidjan, de la Crimée, de la Roumélie et de l'Anatolie. Le turc est une de ces langues dont la contexture, complètement transparente, permet de les étudier jusqu'au fond de leurs plus ingénieuses combinaisons.
Le rameau samoyède comprend les dialectes des Yourazes, des Taugi, des Yenisseï, des Ostiacko-Samoyèdes et des Kamas.
Le rameau finnois est le dernier de la branche septentrionale ; il embrasse luimême plusieurs groupes, dont le principal est le groupe tchoude, qui comprend les dialectes finnois des côtes de la Baltique ; puis viennent le groupe ougrien, renfermant le hongrois; la langue des Vogoules et celle des Ostiacks. l^es Tcliérémisses et les Mordviniens, sur les rives du Volga, au milieu de populations russes et tartares, par l'origine et le langage, parlent des dialectes, dits bulgares, appar- Ii3iiaiit au rameau finnois; il en est de même de la langue permienne, parlée par les Yotiakes, les Sirianes et les Permiens.
La branche méridionale est très-riche et très-étendue; elle comprend d'abord les langues dites dravidiennes, c'est-à-dire les vieilles langues de l'Indoustan, étrangères au sanscrit; celles du nord, ou Vindhyennes, c'est-à-dire le maie, au N. E. des monts Vmdhyas; Vitraon, le kole, qui a subi l'influence des langues gangétiques, et le gonde qui a conservé la physionomie dravidienne ; celles du sud, le tamoul, la plus riche du groupe, parlée de la pointe méridionale de la presqu'île jusqu'à Madras et au delà ; le falava, le UHinga, le canara, les langues des DICT. ENC. 2* s. I. 22
monts NilgherrieSy le Cingalais (Ceylan). Les dialectes des Maledives et des Laquedives tiennent aussi de très-près aux langues dravidiennes.
A la même branche méridionale appartiennent les langues appelées, par M. I.ogan, ultra-indiennes : Yannamite, le cambodgien, le siamois, le barman le mon, etc., les langues du groupe tibétain, les innombrables dialectes hynialayens, népalais et de VAssam ; on trouvera sur eux des détails aux articles consacrés à ces provinces. [Voy. Inde, Tibet, etc.) On a essayé aussi de rapporter à ci» même groupe, les langues de la Malaisie et de la Polynésie.
Complétons, pour n'y plus revenir, ce qui a trait aux langues de l'Asie, en nom mant les langues monosyllabiques dont le chinois est le type, et auquel on pourrait joindre quelques dialectes circon voisins, qui ne sont pas pourtant restés tout à fait étrangers à l'agglutination ; puis les langues caucasiques, la langue coréenne, etc., qui constituent les dialectes incertœ sedis de ce vaste continenton n'a pas encore pu les classer bien délinitivement.
Les langues américaines, dont les traits généraux ont été analysés ailleurs {voij. Amérique), sont très-nombreuses, et ont pour caractère principal, comme nous l'asons déjà dit, la polysyntlièse, c'est-à-dire l'incorporation des racines secondaires dans le sein de la racine principale ; ce sont les langues spécialement dites liolopbrastiques. Cependant certaines d'entre elles, comme le quicLé, la langue du Ycatan, etc., semblent s'écarter un peu de ce type, et revêtir certaines formes des langues analytiques. Les langues de l'Amérique du Nord, à elles seules, ont été classées en trente-sept familles, parmi lesquelles, nous nous contenterons de citer celles des dialectes esquimaux, athapascas, qui, d'après E. Buschmann, seraient la souche-mère des langues de l'Amérique du Nord, algonquins, cherokis, natchez, sioux, iroquois, etc. Dans l'Amérique centrale, on compte quatre principaux groupes; le groupe aztèque, qui a pour principal représentant l'idiome du Mexique ou nahuatl; le groupe lenca (honduras) ; Yotomi et le groupe d'idiomes dont les langues maya et quiche sont les principaux représentants. Le dialecte des Incas fut autrefois parlé jusqu'au CliiU; son vaste domaine était à son maximum d'extension iors de l'arrivée des Espagnols. Il comprend à cause de cela de nombreux sous-dialectes dont il faut rajprocherle lamano, le calchanki, etc. L'Amérique du Sud paraît renfermer aussi un assez grand nombre de dialectes qui s'écainent notablement du type des langues passées en revue jusqu'ici, telles sont les langues du groupe àiipampéen; tel est encore l'importante famille des langues guaranies, dont le principal représentant est le dialecte de Buenos-Ayres; à ce groupe appartiennent les dialectes chiliens.
Certains particularités ont permis de rapprocher des langues américaines, le basque, qui obéit à un haut degré au principe d'agglutination; d'autres fois, cet idiome a été comparé aux langues touraniennes de l'Altaï, dont sa déchnaison et sa conjugaison rappellent les flexions. En un sens, donc, il représenterait un trait d'union entre ces deux familles.
L nous faut réduire à quelques mots ce que nous pourrions dire des langues afri cailles. Elles commencent à être mieux connues, grâce à certains travaux récents entête desquels il faut citer les vocabulaires composés par l'illustre Barth, qui, am qualités si précieuses du voyageur intrépide, a su joindre les avantages d'une instruction philologique solide. Le docteur Bleek, dans sa Grammaire comparée des langues de l'Afrique méridionale, pense que les langues de tout le continent africain peuvent se réduire à deux grandes familles. D'après lui, les langues cafres représentent le type des idiomes de l'Afrique méridionale, et le hottentot, .
LAINGAGE. 359
qui ne peut entrer dans le cadre des langues cafres, est considéré comme un rameau séparé du tronc des dialectes de rAfrique septentrionale. Le docteur Bleek assigne pour limites aux langues cafres, le 32« degré de lat. S. et le 8« degré de lat. N. Mais les éiéments manquent encore pour une classification générale des nombreux dialectes de l'Afrique, et nous préférons nous abstenir, plutôt que d'introduire ici une sèche énumération qui serait sans utilité réelle.
G. LiÉTARD.
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510 LAiNGEAC (eau mimcuale tie).
iVote. Ces indications bibliographiques auraient pu être beaucoup plus nombreuses ; il a fallu se borner à signaler les ouvrages traitant du langage en général, ou, au moins, de 'liutc mie famille de langues. G. L.
£,A1XGE (Les six). Nous ne savoiis si ces illustres médecins allemands ;.'taient de la même famille.
Le premier en date, Jean LA.^GI!:, appartient au commencement du seizième siècle, et naquit à Lœvenberg (Silésie) en 1485; il devint successivement premier médecin de quatre électeurs palatins, entre autres de Frédéric II, et mourut le !2I juin 1565, laissant les ouvrages suivants :
1. Medicinaliuin epislolaium miscellaiiea. Basil., 1554, in-4°. — II. De Syrmalsmo et raiionc piucjandi lier votnitum, ex Aigyplioriun inventa et formula. Paris, 1572, in-S". — 1!1 !)e scorbuto epistolœ duo. Wittemb., 1624, in-8°.
Le second, Cluislien Lakgk, fds d'un théologien assez célèbre, né à Luckau,
le 9 mai 1619, et mort le 24 mars 1662, fut professeur de pathologie à Leipzig,
('lève du fameux iJauptman, qui voyait des animalcules dans toutes les maladies;
il a signé un grand nombre de livres, parmi lesquels on distingue :
1. Dissertatio de rexpiralione. I.eipz., 1639, in-4°. — II, Dissertatio de abortu. Leipz., 1GH,iii 4°. — III. Dissertatio de calculo humauo. Leipz., 1650, in-i». — IV. Miscellanea ini'dico-curiosa. I.eipz. , 1606, in-4°. Ses Œuvres complotes avec une prélace de Georges i ranco ont été imprimés : Francof.-ad-Wanum, 1688, in-4°.
Le troisième, Chrétien-Jean Lange, vint au monde à Pégau, dans la Mesiiie, le 5 juin 1655, et mourut le 29 avril 1701; occupa aussi une chaire à Leipzig, et il laissé :
1. Dissertatio de hemorrhagia. Leipz., 1685, in-4°. — II. Dissertatio de homine aeromctro. Leipz., 1694, in-4°. — III. Dissertatio de morbis endemicis. Leipz., 1694, in-4°. — IV. Dissertatio de liydrope. Leipz., 1695, in-4°.— V. Opéra omniamedico-t/ieoretico-practica. Leipz., 1704, in-fol.
Le quatrième, Chrétieu-Godehoy Lange, né le 20 janvier 1732, à Bautzen, et mort le 28 octobre 1780, a traduit en allemand le Traite de médecine légale àe Faselius.
Le cinquième, Jeaii-Ilenri Lainge, né à Gotlia en 1735, docteur de Kiel, praticien à Helmstsedt, à Lunebourg, mort le 10 novembre 1779, s'est fait connaitre par plusieurs mémoires écrits en latin et en allemand.
Le sixième enfin, Martin Laaige, médecin à Cronstadt, dans la Transylvanie, se recommande à notre souvenir comme un e.vcellent praticien et comme auteur de livres dont voici les titres :
1. PiUdimenta doctrinœ de peste. Vienne, 1784, in-4°. — II. Veber die Lebendsordnung zur zeit cpidemisch grassirender Faulfieber und besonders dcr Pest. Hermannstadt, 1786, in-4°. — III. Recensio remedioruin prœcipuorum Transijlvanicis domesticorum . Ollenbach, 1788, in-8°. — IV. Ueber die iMufigcn Viehseuchen in Sicbenbiirgen , und den vorziiglichsten Mitteln, solchen abzu/ielfen. Hermanjist., 1790, in-8°. A G.
LitiVCiEAC (Eau MiiNÉr.ALE de) athermale, bicarbonatée ferrugineuse, non gazeuse, est peu intéressante à étudier, car elle attire un bien petit nombre de. malades. Une seule source, nommée dans le pa}s Briigeirou, émerge dans unej prairie située à 2 kilomètres de Langeac, petite ville de 3214 habitants, du dépar-[.; lement de la Haute-Loire, de l'arrondissement de Brioude. Nous ne croyontl pas utde d'entrer dans plus de détails, puisque les usages thérapeutiques Irèsrestreints des eaux de la prairie de Langeac sont les mêmes que ceux des sources ferrugineuses non chargées de gaz qui se rencontrent dans chaque département de la France, A. R,
LANGENAU (eau minéuale de). ^■*'
ï.Aî^'CElVAL' (Eau MiNÉr.ALE ET BOUES Dic) cithermak, nmélallite, hicarhonatce calcique et ferrugineuse faible, carbonique forte (cliemin de fer de Pans ii Fovbach, Mannlicim, Francibrt-sur-le-Mein, Hof, d'où une voilure conduit à Langenau par Stebcn en quatre heures), dans la Bavière, dans la haute Franconir, ];angenau, à oQ'l mètres au-dessus du niveau de la mer, est bâti dans une vallée dominée par les ruines fameuses du château de Burgstein. I.e climat est tn- doux et la saison commence le l""" juin et finit le 15 octobre. Les environs de Langenau sont très-pittorescpies, leurs vieux burgs sont très-intéressants à visiter. Les baigneurs se rendent surtout à Lichtenberg, à BlanUenstein, à Rudolfstem dans la vallée de la Saale l'ranconienne, à la forge de Saalkanuner, aux ruines <!e Sparenberg, aux petites villes de Hirschberget de Steben. Cette dernière ])ossè(l(' des eaux alcalines employées en boisson, en bains, en douches et en bains de
boues. {VOIJ. SîEBEiN.)
Une source principale émerge à Langenau; son eau est utilisée depuis plusieurs siècles, mais la source n'est captée régulièrement que depuis I80t-. Ces eaux sortent du micaschiste couvert d'alluvion et devenu du schiste argileux. Le débit de la source principale est de 62,900 litres en vingt-quatre heures. Un griffon moins important, mais laissant dégager une quantité notable de ga/. hvdroaène sulfuré, existe à une certaine distance de la liauptquelle de l.angenau. L'eau delà source Principale est claire et limpide, mais elle laisse déposer, au fond de son bassin de captage, une certaine quantité de rouille; des bull.'s gazeuses assez fortes et en assez grand no ud^rc la traversent et viennent s'ép;inouir à sa surface; lorsque l'eau est dans un verre, une partie du gaz se mêle :i l'air, l'autre partie forme des perles sur les parois du vase; elle n'a pas d'odeu: accusée; son goût est acidulé, piquant et ferrugmeux. Elle rougit légèrement les préparations de tournesol, (jui, après avoir été exposées cà l'air pendant quehpie:. minutes, reprennent leur couleur ordinaire. La température de l'eau de la source Priucipale est de 8", 7 centigrade; M. Duflosen a public la dernière analyse en 1850; il a trouvé dans 1000 grammes les principes suivants :
Caibonaledechaus d.". U!)0
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