DANS
LA LEUCOCYTUÉMIE
Densité du sang
Id. du sérum
Total des solides, est à l'eau
Id. des matériaux solides du sérum, est à l'eau
Id. des matériaux solides du sérum, est au total des solides.
Globules, sont au total de l'eau
Id. sont au total des solides
Id. sont aui solides du sérum
Fibrine est à l'eau
Id. est au total des solides
Id. est aui solides du sérum
Id. est aux globules, ,,,,,,,,,,,,,,,,»
Nous avons nous-mêmes trouvé, en 1855 (observ. Blache, Tsambcrt et Robin) les chiffres suivants :
Eau 838,99
Fibrine 1,40
Matériaux solides du sérum 70,41
Globules 69,22
et dans une seconde analyse ; . i
Eau 823,351
Matériaux solides desséchés (fibrine, albumine, globules
et sels) 169,420
Matières grasses 7,229
i.ooivooo'
294 LEUCOCYTHÊMIE (anatomie pathologique).
Becquerel {Soc. méd. des hop. 1856, p. 52), donne le tableau suivant:
Densité du sang défibriné 1018,50
Globules 70,5
Fibrine 2,9
et sur 4,000 parties de sérum :
Alljumine 40,S0
Matières extractives, matières grasses et sels -là, 50
Densité du sérum 1018,50
l>ans une aulre observation {ibidem, p. 495), il donne le tableau suivant :
Eau 839,o9
Total des parties solides 160,68
^ : Globules rouges et blancs 70,84
Fibrine 4,05
Parties solides du sérum 85,70
pour 400 grammes de sérum :
Quantité d'eau 909,76
Somme des parties solides 92,24
Albumine 75,83
Mat. extraclives, salines et grasses 16,39
La méthode de M. Donné (séparation par le repos du sang défibriné), avait donné :
Hauteur du sérum 6/12
— des globules blancs 1/12
— des globules rouges 5/12
Enfin, M. Regnault a trouvé dans une observation de M. Vidal {Soc. analom.y 1852, p. 340) les chiffres suivants :
Eau et principes volatils 832,35
Globules 90,58
Albumine et principes fixes du sérum 74,59
* Fibrine 2,66
La méthode de séparation de M. Donné donnait dans ce cas à la couche des globules blancs, une hauteur deux fois moindre que celle des globules rouges.
Le résultat général des analyses du sang leucocythémique donne en résumé le résultat suivant :
Diminution considérable des globules, qui peut aller jusqu'à près de moitié.
Diminution de l'albumine (partie principale des matériaux solides du sérum) pouvant être de près de moitié.
Augmentation de l'eau, constante.
Augmentation ou diminution de la fibrine.
Diminution du fer, constatée par Strecker et Drummond (observ. XXX et obs. Il du tableau précédent).
Augmentation des matières grasses. (Robertson, Tsambert et Robin.)
C'est donc une sorte de cachexie séreuse, avec changement de proportion considérable de certains éléments.
Nous demanderons la permission d'insister encore sur quelques-uns des points principaux de celte question.
fibrine. On a vu par les cbiffres précédemment cités que les auteurs sont
LEUCOCYTHÊMIE (anatomie pathologique). 2?5
loin d'être d'accord sur h proportion de la fibrine. Vircbow déclare que, dans les premiers cas de leucémie qu'il lui fut donné d'observer, un fait le frappa : « C'est que la quantité de fibrine contenue dans le sang n'avait pas sensiblement varié. » Depuis, on a vu la fibrine être augmentée, ou diminuée, enfin rester en proportion normale {PaiJiol. cell. p. 139).Bennett (tableau ci-dessus) trouve l'augmentation de la fibrine dans 7 analyses sur 9. Les deux cas de diminution étaient : 1° un cas de purpura (leucocytbémie liémorrbagique) ; 2° un cas oi\ le sang avait été recueilli après la mort. La note ajoutée à l'observation Mil du tableau prouve que le cbiifre élevé de la fibrine lui inspire des doutes : elle a pu être confondue avec une 'certaine quantité de globules blancs. Il conclut du reste qu'il n'y a aucune relation entre l'excès de la fibrine et la diminution des globules, car, dans l'observation 111, oià la fibrine est au minimum 2.5, les globules tombent à 49.7, et dans l'observation VIII où elle est au maximum 7.08, les globules ne montent qu'à \^)ÏX^'5.
11 fiut, pour se rendre compte de ces variations, se préoccuper d'une considération dont les auteurs que nous avons cités ont fait un peu trop abstraction, je veux dire des circonstances cliniques et des symptômes que le malade a présentés au moment de l'analyse du sang. Dans les premières observations de Bennett, nous voyons en effet mentionner plusieurs fois l'état fébrile du malade, soit qu'il s'agisse de la fièvre qui s'allume in extremis, soit de quelque complication intercurrente. 11 est certain que, dans ce cas, la quantité de fibrine pourra varier : elle ne sera probablement jias la même non plus dans les cas où le malade succombe à une cacliexie progressive, et dans ceux oîi il meurt épuisé par des hémorrhagies multiples, ou sidéré par des hémorrhagies internes. Bennett a déjà remarqué que la fibrine présentait son minimum dans un cas liémorrbagique. M. Huss, note aussi la diminution de la Fibrine. [Arch. gén. cleméd. 1858, t. II, p. 515.) Nous avons nous-même, dans un cas bémorrhagique des plus remarquables (observ. citée, 1855), trouvé un cbiffre encore plus bas que le sien, dans une première analyse (1,40 sur 1000 de sang).
Mais ce n'est pas seulement l'abaissement du chiffre de la fibrine que nous avons rencontré dans cette observation, c'est une altération moléculaire complète de cette substance, dont nous rendions compte dans les termes suivants: « L'agitation n'a pu réunir la fibrine en masse filamenteuse comme dans les cas ordinaires. En filtrant ce sang à travers un Imge fin, la filtration était extrêmement lente, et on n'obtenait sur le linge que quelques grumeaux fîbrineux, gras au toucher, qu'il a été impossible de recueillir assez exactement pour les peser. » — Nous avons cherché aies réunir par une autre méthode : « Ordinairement, quand on malaxe un caillot sous un courant d'eau dans un nouet de linge, on obtient rapidement une diminution notable de ce caillot, et le lavage ne laisse bientôt plus que de la fibrine blanche, filamenteuse, bien agrégée. Ici, au contraire, après avoir malaxé longtemps, le volume du caillot paraissait à peine diminué; lorsqu'on pressait plus fort, ou déterminait dans le linge des éraillures, qui laissaient passer à la fois les globules et de la fibrine en grumeaux très-fins. L'examen microscopique a montré la structure fibrillaire de la fibrine, toutefois la séparation de celle-ci en filaments était beaucoup moins manifeste qu'à l'état normal; en outre, on observait dans l'épaisseur des magmas fibrillaires qu'elle constil;uait une grande quantité de fines granulations graisseuses, semblables à celles que nous avons décrites dans le sérum. La fibrine avait également englobé une assez grande quantité de globnlins. — Cette expérience recommencée deux ou trois jours après sur une masse d'environ 200 grammes de caillots recueillis sur le cadavre a donné les mêmes
296 LEUCÛCYTIIÉMIE (anatomie pathologique).
résultats et n'a fourni qu'une très-faible quantité de fibrine en grumeaux. {Soc. d'ebiologie, 1855; Gaz. médic, 1856.)
Nous faisions remarquer, dans ce même cas, les modifications profondes qu'une telle altération de la fibrine devait apporter à la coagulabililé de ce fluide, et surtout les incertitudes qu'elle apportait à l'analyse quantitative du sang. En effet, on ne pouvait déterminer exactement le chiffre de la fibrine, puisqu'il était impossible de la réunir en masse, et surtout de la séparer des globules rouges et iDlancs. La détermination du chiffre de ceux-ci devenait également incertaine, puisque l'espèce de filtration (nous dirions presque de collage), par lequel la fibrine emprisonne habituellement les globules pour les séparer du sérum ne pouvait plus se faire, et que celui-ci restait trouble et rempli de globules. Nous insistons sur cette difficulté, parce qu'elle a Au. certainement se présenter à d'autres observateurs, et parce qu'elle explique la grande divergence des chiffres mis en avant, tant pour la fibrine que pour les autres éléments du sang.
Cette altération spéciale, cette précipitation de la fibrine grumeleuse n'a pas été vue que dans ce cas (1855). En 1858, nous la constations de nouveau sur un autre sujet : environ 500 grammes de sang coagulé furent recueillis sur le cadavre et malaxés dans un nouet de linge sous un courant d'eau : cette quantité ne laissa pas de fibrine à longs filaments élastiques, mais seulement de très-petits grumeaux blancs, gras au toucher, dans lesquels cependant le microscope faisait reconnaître la structure fibrillaire de la fibrine. « Il serait intéressant, ajoutionsnous, de rechercher si cette altération de la fibrine est un fait fréquent dans les cas de leucocythémic, et à quelle époque elle survient dans le cours de cette maladie ; si ce n'est pas un fait général, il est singulier qu'il se soit rencontré deux fois de suite entre les mains du même observateur. » {Sur un nouveau cas de leucocytlieniie , compte rendit de la Soc. de biologie, 1858.) Dans la première observation de Bennett {Edinburgh Med. and Snrg. Journ., oct. 1845, p. 418), on trouve en elfet la mention d'un état analogue de la fibrine. « Là où le caillot jaune était plus mou que d'habitude, les corpuscules de pus (leucocytes) étaient plus nombreux, et la fibrine était désagrégée [braken doivn) en une masse diffluente, en partie moléculaire et granuleuse, et en partie de débris et filaments brisés en morceaux de longueurs différentes. » Nous n'avons pas trouvé de mention plus expHcite sur l'altération qui nous occupe, dans les observations qui ont précédé les nôtres; M. Robin trouva à la même époque un aspect analogue de la tihriue chez le malade (obs. II) de M. Vigla. {Yoij. Vidal, ouvr. cité, p. 25.) Enfin, Becquerel {Soc. méd. des hop. 1856, p. 196) mentionne aussi la fibrine granuleuse que le battage ne peut réunir. Nous ne voyons pas que d'autres auteurs l'aient signalée depuis dans la leucocytémie.
Glohdes. Les globules ont été très-bien étudiés au microscope, mais au point de vue chimique, nous devons insister sur l'incertitude que présente la détermination quantitative de ces éléments dans les cas où le sang présente cette dissolution, qui permet à peine la formation d'un caillot, et rend la séparation complète des globules et du sérum à peu près impossible. Il est assez probable que le chiffre en a été trouvé plus faible qu'il n'était en réahté, par suite de cette perte, bien que la diminution considérable du total des globules soit un fait incontestable.
Albumine. L'incertitude est au moins aussi grande au sujet du chiffre de l'albumine, qui se dose habituellement d'une manière indirecte, par différence; il est probable qu'ici l'erreur est en sens inverse, le chiffre des matériaux solides
LEUCOCYTIIÉMIE (anatomie rATiiOLOciQUE). 297
du sérum (qui fournit celui.de l'albumine après qu'on en a déduit celui des sels et des matières grasses) se trouvant légèrement augmenté par la présence des globnles blancs qu'il est si difficile d'en séparer, puisque dans la majorité des cas le sérum est resté trouble et laiteux. Dans les analyses ci-dessus, Becquerel donne les cbiiïres de 75,85 et de 40,50 pour l'albmniue. M. Ducom a trouvé seulement 57 sur 1,000. (Obs. II deM. Vigla. Voyez Vidal, ouvr. cité, p. 24.)
Corps gras. 11 est bien entendu, après les longues explications dans lesquelles nous sommes entrés au début de cet article, que nous ne confondons pas laleucocylbémie avec les cas de sang chyleux, laiteux (lipœmie) où la prédominance des corps gras est si considérable. Nous trouvons dans la leucocythémie véritable la mention d'une augmentai ion numérique des corps gras dans l'observation de Robertson. [Voy. n" XXXVH du tableau de Bennelt, ci-dessus reproduit.) Nous l'avons nous-même constatée et mesurée dans notre observation de 1855, puisque nous avons trouvé le cbiffre de 7,229 sur 1000 de sang. Le sang fdtré laissait former par le repos une coucbe d'un blanc laiteux très-opaque qui venait surnager les globules rouges. Cette couche s'attachait aux parois du vase. Elle était composée presque entièrement de granulations graisseuses. Il est probable que le passage d'un certain nombre de globules blancs à l'état graisseux était pour quelque chose dans cette augmentation des matières grasses.
Becquerel ISoc. méd. des hôp. 1856 p. 196) trouve 5,014 de matières grasses pour 1 ,000. MM. R. Mattei et Cappezuoli de Florence ont trouvé 5,7 de matière grasse sur 100 de caillot desséché dans leur observation. {La Sperimeniale, mars 1858.)
Nous sommes étonné qu'un nombre plus grand d'observateurs ne se soit pas occupé de cette question. A peine voyons-nous qu'on se soit enquis de la détermination quantitative des matières grasses. Quant à l'analyse qualitative et à la détermination des différentes substances grasses, dont l'ensemble constitue un chiffre aussi considérable, nous sommes dans l'ignorance la plus complète, et nous manquons entièrement de renseignements.
Sels. Nous ne voyons pas non plus que l'on se soit occupé delà détermination des sels du sérum et des variations qu'ils auraient pu subir dans leur quantité. Nous sommes toutefois autorisés à croire que ces variations ne doivent pas être importantes, puisque la densité du sérum varie très-peu d=ans cet état pathologique. Mais il faudrait faire à ce sujet des expériences directes.
Fer. Le fer a été dosé quantitativement par Strecker (observation de Vogel), qui a trouvé 3,42, et par Drummond (obs. II du tableau de Bennett), qui a trouvé 2,06 pour 100 parties de cendres après calcination des solides du sang. C'est une diminution de la quantité normale.
Substances organiques diverses. Scherer a trouvé dans deux cas de sang de leucémique que lui avait fournis Virchow, l'hypoxanthine, la Icucine, les acides urique, lactique, acétique et formique. {Wûrzb. Verhandl., t. II, p. 521, et t. Vif, p. 120.) Un foie, que Virchow avait abandonné quelque temps, se recouvrit spontanément de grains de tyrosine ; dans une autre observation, le contenu de l'intestin fournit des cristaux très-abondants de leucine et de tyrosine. Bref, tout démontre une augmentation dans l'activité de la rate qui contient ces substances. {Palh. celL, p. 142 et 145.) Toutes ces substances ont été retrouvées par M. Folvvarczny dans une observation du professeur Oppolzer. {Wiener Allgem. med. Zeiiung, 1858, n» 29-52 ci Arch. gén. de méd., 1856, t. I, p. 614.) Virchow regi'ette avec raison que ces recherches n'aient pas ét(; poursuivies. 11 importe-
298 LRUCOCYTUÉMIE (anatomif. pathologique).
rait en effet de bien déterminer les circonstances où se produisent ces substances. On avait cru un instant que l'analyse chimique des produits de sécrétion et du sang pourrait, en accusant l'augmentation de ces substances et particulièrement de rhypoxantjiine, caractériser la leucocytbémie splénique et la différencier de la variété dite lymphatique, M. F. Mosler a montré récemment (Virch. Arch., 1866, t. XXXVII) qu'on ne peut pas compter sur ce caractère.
MM. Charcot et Vulpian ont décrit avec beaucoup de soin [GazeMe hebdom., 1860, p. 755) des cristaux qu'ils ont trouvés en grand nombre dans le sang d'un sujet leucémique, et qui, peu apparents le premier jour, ont augmenté à mesure que le temps s'écoulait, et étaient devenus très-nombreux dans le sang conservé le vingt-cinquième jour après l'autopsie. Ces cristaux ont été trouvés aussi dans le foie surtout et dans la rate. Les auteurs ont dessiné les formes géométriques de ces cristaux qui sont des octaèdres diversement groupés entre eux, et indiqué les principales réactions chimiques qui les caractérisent, sans pouvoir les identifier, tant sous ce rapport que sous celui des formes cristallines, avec les divers cristaux organiques que l'on connaît. La circonstance de leur formation tardive, et plusieurs de leurs caractères chimiques les rapprochent de la tyrosine, mentionuée ci-dessus par Scherer : comme elle, ils sont peu solubles dans l'eau (à 60° ou 70° centigrades seulement), complètement insolubles dans l'alcool, dans l'éther, solubles dans les alcalis et dans les acides en général ; mais ils en diffèrent en ce que celle-ci n'étant pas soluble dans l'acide acétique, eux au contraire le sont très-bien, mais sont en revanche très-réfractaires à l'action des acides chromique et azotique qui, loin de les attaquer, leur ôtent définitivement la faculté qui leur appartenait auparavant de se dissoudre dans l'acide acétique et les alcaHs. Les auteurs croient ces cristaux identiques avec ceux que l'un d'eux avait constatés antérieurement dans une observation prise avec M. Robin. (Comjjtes rendus de la Soc. de biologie, 1853. — Obs. de leucocythémie, par Charcot et Robin.) Tout récemment, dans une observation de M. Desnos {Bull, et mém. de la Soc. méd. des hôpitaux, 1867, t. lY), des cristaux analogues ont été retrouvés par M. Hayem.
On voit que le champ est encore largement ouvert aux investigations nouvelles sur la composition du sang des leucocylliémiques.
2° Lésioxs viscérales. Une altération aussi complète du iïuide nourricier doit répondre, on s'y attend bien, à des lésions viscérales très-nombreuses et trèsdiverses. Il n'est pas à vrai dire d'organe qui paraisse y être soustrait d'une manière absolue. Nous distinguerons cependant les lésions qui se trouvent répandues dans toute l'économie, d'une manière plus ou moins régulière, la plupart accidentelles : ce sont surtout des hémorrhagies interstitielles, des infarctus disséminés çà et là; et d'autres lésions, qui, par leur fréquence, leur constance même, sont en connexion évidente avec la dyscrasie sanguine, telles sont les hypertrophies de la rate, du foie, de la plupart des organes glanduleux. C'est ù vrai dire la démonstration de ce rapport entre ces lésions viscérales, et les altérations du sang, déjà plusieurs fois entrevues, qui a constitué la découverte de la leucocythémie. L'étude de ces lésions forme donc le second élément constitutif de l'état pathologique, et nous lui devons à ce titre toute notre attention. Nous aurons plutôt à écarter, qu'à relever en passant, les lésions viscérales diverses qui n'apparaissent qu'à l'état de complications dans la leucémie. Commençons donc notre revue par celles de ces lésions que l'on a rencontrées le plus constamment dans les autopsies. Nous nous servirons pour les données numériques qui
LEUCOCYTHÊMIE (anatomie pathologique). 299
VGul suivre, du relevé de M, Vidal {De la leiicocijthémie splé)iique,fms, 1850, p.57)portaiit sur 52 cas observés do 1845à'1850, et d'un relevé que nous avons fait récemment de 41 cas nouveaux postérieurs à ceux qu'a analysé M, Vidal, eu tout 75 cas bien observés.
Rate. « La lésion splénique domine tout le tableau pathologique, » dit avec raison Virchow. {Path. celhtl. trad. Picard, p, 141.) Toutes les statistiques sont d'accord pour le démontrer. On la trouve 19 lois sur 20 (Bennett, Soc. de biologie, 1851) ou dans 25 cas sur 52 (relevé de M. Vital). Dans un relevé de 41 observations nouvelles, nous la notons 56 fois, en tout 61 fois sur 75 cas. Cette hypertrophie atteint souvent des limites énormes ; à l'ouverture de l'abdomen, la rate occupe quelquefois la plus grande partie de la moitié gauche de la cavité abdominale ; elle s'étend depuis le niveau de la sixième côte, jusqu'à l'ombilic, ou même jusqu'au pubis (observ. de M. Barth). Elle mesure alors 52 centimètres de longueur, 19 centimètres de large, et 8 centimètres d'épaisseur, Son poids est d'environ 5 kilogrammes. (Craigie, Bennett donnent à peu de chose près les mêmes chiffres.) Le volume le plus considéi^able noté dans le relevé de M. Vidal [De la leucocythémie splénique, Paris, 1856, p. 57), portant sur trente-deux observations, est de 41 centimètres de hauteur sur 20 centimètres de largeur et 7 d'épaisseur. Le volume le plus fréquent varie entre 50 et 32 centimètres de hauteur, sur 16 à 18 de largeur. Le poids le plus considérable est de 5'''',5, le moins considérable de 1 kil. C'est douze ou quinze fois le poids normal. M. Becquerel a même trouvé le poids de 4'''',400, {Soc. méd. des hop, 1 856, p. 1 95.) Du reste, cette hypertrophie énorme peut ne pas altérer la forme primitive de la rate ; la concavité du bile paraît un peu exagérée par l'amplification des lobes qui le limitent : quelquefois on observe le long de son bord interne deux échancrures produites par l'exagération des deux scissures qui, à l'état normal, indiquent les trois lobescorrespondant aux divisions de l'artère splénique, Dans onze cas, sur trente-deux observations relevées par M. Vidal, la rate adhérait au diaphragme et au péritoine pariétal, ou à l'épiploon par des exsudations plastiques plus ou moins étendues. La capsule présente parfois des plaques laiteuses à la surface, ou des cicatrices demi-cartilagineuses. Cette meni' brane, souvent encore assez fine malgré l'énormité de l'hypertrophie, est ordinairement plus épaisse et plus opaque que sur une rate saine.
La couleur de la rate est d'un rouge violacé à l'extérieur, présentant souvent des reflets opalins, légèrement irisés comme ceux que nous avons notés à la surface du sang pris en couche mince. Ce reflet se retrouve aussi sur la coupe du parenchyme, qui offre l'aspect d'une surface lisse, nette, luisante, relativement sèche, dont la couleur ordinairement un peu plus claire qu'à l'état normal, varie depuis le rose violet ou le rose jaunâtre jusqu'au rouge brun; quelques-uns la comparent à l'acajou ou au jambon. Nous l'avons vue présenter une couleur rose pâle, devenant plus vive au contact de l'air (obs. citée, 1855; obs. de Bourdon, 1867), Sa consistance est ferme, dense, et offre l'apparence d'un tissu comme carnifié , au milieu duquel les trabécules fibro-celluleux de la capsule apparaissent en tractus blancs manifestement hypertrophiés. Toutefois ce tissu est plus ou moins résistant, souvent il est cassant et friable. Les gros vaisseaux, la plupart élargis, présentent seuls des ouvertures béantes. Les follicules sont ordinairement ])etits, mal limités, et doivent être cherchés avec une certaine attention. On les distingue à leur couleur blanche, qui se détache sur la pulpe rouge. Virchow insiste sur l'importance de ces pomts blancs, qui ne sont autres que les
300 LEUCOCYTHÉMIE (anatomie pathologique).
corps blancs de Malpighi, « une des parties coiistiluantes de la rate, qui chez les divers sujets se trouvent répandus dans le parenchyme de la rate en quantité tout aussi variable que les follicules solitaires et les plaques de Peyer dans l'intestin. La structure de ces foUicules ressemble exactement à celle des loUicules des gangUons lymphatiques.» {Pathol. celluL, p. 160.) L'auteur en conclut, conformément à sa théorie anatomo-pliysiologique de la leucémie, que ce sont justement ces corps blancs dont la tuméfaction contribue surtout à accumuler les globules blancs dans le sang. Mais le changement se borne rarement à cela ; ordinairement on trouve des masses plus serrées, d'un rouge plus intense, pénétrant en forme de coin dans l'intérieur de la glande, et re.ssemblant de plus eu plus à des infarctus hémorrhagiques. Plus tard, ces taches deviennent plus claires, blanchâtres, semblables à des produits caséeux ou tuberculeux (Virchow, Gesamm. Abhandl., p. 206).
Au microscope, le tissu de la rate présente tout d'abord les caractères d'une hypertrophie simple, beaucoup plus analogue à l'hypertrophie de la fièvre intermittente qu'à l'infiltration inflammatoire qu'on observe dans les affections typhoïdes : cette dernière se voit quelquefois à la période terminale, mais au début on constate seulement une hyperplasie avec induration des éléments normaux de la rate, et qui porte sur la trame fibreuse et les gloinérules de Blalpiglii. M. Luys a aussi insisté (Soc. anat. 1858, p. 551, etSoc. de è/o/.,1859, p. 159), sur le développement anormal de ces glomèrules. C'est l'hypertrophie de ceux-ci qui donne à la coupe l'aspect marbré que l'on observe quelquefois, avec des îlots jaunes blanchâtres, variant du volume d'une lentille à celui d'un œuf de pigeon. Ces glomèrules hypertrophiés ou fondus ensemble sont constitués par un tissu adénoïde, qui ne présente en aucune façon les réactions de la matière amyloïde. (Ollivier et Ranvier, observ. nouvelles, Arch. de phijs. et de paih. de Brown-Séquard, etc., Paris, 1869, p. 412, 419.) La dégénérescence amyloïde est au contraire signalée par M. Bœttchers. (Virchow, Archiv, t. XIV, et Arch. gén. de méd., iSGO, t. II, p. 767.)
Après durcissement dans l'acide chromique sur des coupes minces, on constate que des corpuscules lymphatiques s'échappent avec facilité et laissent à découvert un stfoma réticulé très-manifeste. (Ollivier et Ranvier, Soc. de biol. 1866, p. 252.)
D'autres fois, on constate de véritables infarctus blanchâtres dus presque entièrement à des amas de globules blancs (obs. Bourdon, Soc. méd. des hôp. 1867). Autour, les éléments normaux de la rate sont ratatinés et en voie de régression. Les capillaires sont dilatés et contiennent une grande quantité de globules blancs. Cette distension des vaisseaux sanguins par du sang leucocythémique s'observe en effet particulièrement dans la veine spléniqueoii l'on a trouvé souvent des caillots tout à fait blancs et décolorés (notamment, observ. Charcot et Vulpian, Gaz. hebdom. 1860, p. 756). M. Robin a constaté aussi dans le sang de la veine splénique la présence de corps fusiformes, recourbés sur eux-mêmes, à noyau latéral, telles que sont indiquées les fibres musculaires de la vie organique dans le tissu de la rate. On reirouve du reste ces éléments même dans des préparations faites sur la rate normale (obs. citée. Soc. de biol., 1855).
Rappelons enfin que l'on a constaté dans le sang de la rate des cristaux brillants, les uns qui paraissent avoir été de la cholestérine (obs. Goupil, Soc. méd. des hôp., novembre 1858), et les autres, ces cristaux signalés par MM. Charcot et Vulpian (obs. citée, 1860), dont nous avons parlé plus haut.
LEUCOCYTIIËMIE (anaiomie patholocique). 301
Foie. Après la rate, le foie est l'organe qui a présenté les lésions les plus constantes. Son hypertrophie est notée douze fois sur vingt (Bennett, Soc. de hiol., 1852), quatorze sur vingt autopsies (relevé de M. Yidal) et enfin trente-deux ibis sur quarante-une (relevé personnel). Dans onze cas sur douze, cette hypertrophie coïncidait avec celle de la rate, et une fois sur douze seulement avec des engorgements lymphatiques. (Bennett, Soc. debiol. 1852.) Dans quelques cas, cette hypertrophie atteignait le triple du volume normal, le poids s'élevant à 12 ou io livres. Nous l'avons trouvé de 8kilog.; son diamètre antéro-postérieur était de 52 centimètres pour le lobe droit, de 20 centimètres pour le lobe gauche ; son diamètre transversal de 58 centimètres; sou épaisseur ou sa hauteur, prise en arrière, était de 11 centimètres. 11 descendait depuis l'Iiypochondre gauche jusqu'à la région hypogastrique; son lobe gauche énormément hypertrophié cachait l'estomac (obs. citée, Soc. de bioJog. 1858). MM. Ollivier et Ranvier (obs. citée, 1866) trouvent 44 de diamètre transversal, 27 de hauteur (diamètre antéro-postérieur), 8 d'épaisseur; poids 3250; et, une autre ibis (nouv. observ., Arcli. de Brown-Séquard, etc., 1869, p. 419): diamètre transversal, 50; diamètre antéro-postérieur, lobe droit, 26; id. lobe gauche, 21; diamètre vertical, 9.
Dans plusieurs de ces observations, on note des adhérences du foie avec la l'ace inférieure du diaphragme, les parois abdominales, ouïe péritoine intestinal.
La coloration du foie reste souvent normale ; quelquefois il présente une coloration rouge sale, tirant sur le gris (obs. Ollivier et Ranvier, 1866), ou un aspect un peu cirrliotique (obs. Bourdon, 1867), ou une teinte violacée, analogue à celle de la rate, mais plus brune (obs. Isambert, 1858) ou une couleur chocolat (obs. Charcot et Vulpian, 1860).
Le tissu hépatique, tel qu'on le voit sur une coupe fraîche, est le plus souvent plus ferme, plus résistant qu'à l'état normal, et ne présente aucune altération apparente : c'est de l'hypertrophie simple. D'autres fois il est plus friable, nous l'avons vu (obs. Isambert et Robin, 1 855), plus mou, et se laissant réduire facilement soit par l'écrasement, soit par le raclage, en une sorte de pulpe analogue à labouespléiiique. « 11 était facile de voir que ces caractères tenaient à une distension vraiment énorme des capillaires par des globulins, distension portée à un degré tel que la masse des globulins contenus dans ces capillaires distendus était réellement plus considérable que la masse représentée par les cellules hépatiques.» Cette disposition des capillaires a été retrouvée depuis par plusieurs observateurs (cas de Bourdon, 1867). Elle donne naissance à des infarctus blancluitres, qui ont ététi'ouvés par Virchow [Gesamm. Abhandl., p. 207) gros comme des grains de millet, ou comme des grains glanduleux du foie, quelquefois gros conmie des pois, et qui laissaient échapper à la coupe un liquide blanchâtre, dans lequel le microscope faisait reconnaître des noyaux semblables à ceux des glandes sanguines ou lymphatiques. Ces petits corpuscules se laissaient facilement énucléer du parenchyme, et présentaient au microscope le même aspect que les ibllicules de la rate : une enveloppe presque amorphe et une masse serrée de petits noyaux glanduleux. (Virchow, Archiv, 1. 1, p. 569). Dans un autre cas, le foie présentait un aspect marbré, de trois substances difiérentes, un parenchyme jaune grisâtre, avec des taches d'un jaune intense, et enfin de grandes places gris rouge, légèrement transparentes. La première était composée des cellules du foie rempfies d'un peu de graisse, les taches jaunes d'une infiltration de la matière colorante, et enfin les taches gris rouge transparentes étaient formées de cellules et de
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noyaux à enveloppe membraneuse très-mince, semblables à ceux qu'on trouvait dans le sang du cœur. Cette infiltration de noyaux paraissait partit- de la veine porte et de ses divisions ; on en trouvait aussi dans les conduits biliaires. Ces éléments étaient réunis par monceaux, ou par groupe de noyaux, qui étaient entourés extérieurement d'une membrane amorphe. (Virchow, Archiv, t. \, p. 58.) Ces infarctus ont été récemment étudiés à nouveau par MM. Ollivier et Ranvier (obs. 1866), qui exposent les résultats de leur examen dans les termes suivants : « Les lobules du foie paraissent partout délimités par des îlots irréguliers, obscurs à un grossissement de 50 diamètres. Ces îlots, dans quelques points ont 2 ou 5 dixièmes de millimètres d'étendue ; ils avancent du coté du centre du lobule en donnant des figures dentelées. A des grossissements de 250 à 500 diamètres, on voit que ces îlots sont formés par une accumulation de globules blancs, et qu'ils s'abouchent à plein canal avec les capillaires dilatés qui sont remplis eux-mêmes de globules blancs, et qui sillonnent le parenchyme hépatique suivant la disposition vasculaire habituelle de l'organe. Dans certains points on peut même voir des capillaires tangents à ces accumulations de globules blancs, et au niveau de la jonction, on ne distingue aucune ligne de démarcation, et par conséquent, aucune membrane de capillaire tandis que celle-ci peut se reconnaître assez distinctement en deçà et au delà. » Les auteurs concluent de leur description que les amas de globules sont dus à une rupture vasculaire, à une véritable hémorrhagie capillaire, et non à une hyperplasie du tissu conjonctif interstitiel du parenchyme hépatique comme le veulent Yircbow, Waldeyer et Bœttcher. M. Damaschino {Soc. anatom. de Paris, janvier 1868) se rallie àcette manière de voir. Cette disposition s'est montrée encore plus marquée dans deux observations récentes de MM. Ollivier et Ranvier (nouv. ohs., Arch.de phy s. et clepath. deBrown- Sequard, etc., 1869, p. 411 et p. 419). Entre les cellules hépatiques, contenant un grand nombre de granulations graisseuses fines, on trouvait des mailles capillaires vides, d'un diamètre supérieur à celui des cellules hépatiques, et dans quelques points les capillaires dilatés formaient un véritable système caverneux rempli de globules blancs, et enfin des îlots d'un dixième de millimètre exclusivement formés de globules blancs. La dilatation des capillaires, et la diffusion des leucocytes avaient amené l'atrophie des cellules hépatiques correspondantes.
M. Bœttcher (obs. citée) a trouvé dans le foie la dégénérescence amyloïde.
Il est à peine nécessaire d'ajouter que la vehie porte est un des gros troncs veineux oij l'on a trouvé le plus manifestement le sang boueux, lie de vin, ou d'un brun grisâtre.
C'est enfin dans le foie que MM. Charcot et Vulpian ont trouvé le plus grand nombre de ces cristaux octaédriques solubles dans l'acide acétique qu'ils ont décrits (obs. citée, Gax-. hebdom. 1860), et sur le foie que Virchow a vuseformer tant de cristaux de tyrosine. {Path. celluL, p. 142^)
Reins. Les reins sont beaucoup moins souvent hypertrophiés que la rate et le foie. Onn'en trouve qu'un cas mentionné dans lespremières observations de Virchow et dans le relevé de M. VidaL « Les deux reins étaient très^augmentés de volume, et pesaient ensemble 1 livre et demie. Ils étaient très-flasques, tnès-humides, et marbrés. A côté de grandes surfaces de substance médullaire blanche, on en Voyait déjà à la surface d'autres places d'un gris rouge, et enfin d'autres gris jaunâtre, comme celles de l'état normal. A la coupe, on trouvait la même disposition qu'à la surface, notamment une infiltration médullaire particulaire répondant aux places médullaires. Le microscope montra Vi aussi des noyaux si serrés, qu'à
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certains endroits on ne pouvait plus toir. autre chose. (VJrchow, Ardiiv, t. V, p, 58, et Gesamni. Ahhandl. p. 207.)
Nous avons trouvé chez un enfant de 15 ans, les dimensions suivantes: