L. à serpents, le Cissampelos Pareira (n. 1, lU
32. L. à sirop, le Columnea scandens L., de l'Amérique australe.
35. L. à vers, le Cereus triangularis L. , dont le suc est vermicide [voy. Cierge).
Quelques lianes utiles ont reçu des noms d'hommes, ainsi le Telfairia pedata, de l'Afrique australe, a été appelé Liane Le Joliff, et la L. purgative de Saint- Bomingue (n. 19, 25), L. de Bauduit ou à Bauduit. H. Bn.
OATRBS. Nom générique donné par Schreber et Gaertner à quelques espèces de Composées, retirées des genres Serratida et Vernotiia. Ces plantes présentent les caractères suivants : Involucre à bractées imbriquées; réceptacle nu; corolle tubuleuse, à lobes allongés ; styles à rameaux cylindriques, longuement exsertes ; achaines à dix côtes, surmontés d'une aigrette à poils roides ciliés ou plumeux. Ce sont en général des herbes à feuilles entières ou très-rarement dentées, dont les racines, souvent tubéreuses, contiennent de la résine et ont une odeur de térébenthine assez marquée. Elles habitent le nord de l'Amérique et portent, au Canada, le nom de Pinetta de prairia. Elles sont employées, dans certaines localités, comme diurétiques et même antisyphiiitiques. Les Liatris squarosa W. et L. scariosa W. sont en particulier usités contre la morsure des serpents.
D.C. Prod. V. 128. — Schreber. Gen. 1791. 2. 1263. — G^utn. Be fnict. Tab. CLVII. Fijr. 1.
Pl.
i.ïisj&i^iis. Voy. Boswellie, Encens.
LlBAniOTlS. Nom appliqué par Théophraste, Dioscoride, Pline, etc., à diverses plantes aromatiques de la famille des Ombellifères, qu'il est difficile d'indiquer d'une manière positive, mais qu'on doit probablement rapprocher des genres actuels Cachrys et Athamantha. L'une de ces plantes, le Lihanotis coronaria, de Dioscoride, paraît être le Romarin. Les auteurs du seizième siècle attribuèrent ce nom à un plus grand nombre d'espèces se rapportant aux divers genres Laserpitium, Ligusticum, Ferula, Cachrys, Seseli, Athamantha, Thapsia, Bosmarinus, etc. Plus tard, Gaîrtner et Mœncli établirent, sur les caractères de V Athamantha cretensis un genre Lihanotis qui ne fut point admis par les botanistes. Enfin De Candolle, après Crantz, a réuni sous ce nom générique huit espèces d'Ombelhfères ne différant des Seseli que par les dents du cahce longues, subulées, poilues, presque membraneuses et se détruisant au moins en partie après la floraison. Aucune de ces espèces n'a d'importance médicale.
Bauhis (J.). Hisl. Plant., 111, lib. XXVII, p. 58. — D.C. Collecl. de mém., mém. V, 47, — Prodr., IV, 149. — Crantz, Austr., 222. Pl.
LIBAVIUS (André), un des plus illustres chimistes allemands de la fin du seizième siècle, né à Halle, dans la Saxe, vers l'année 1546, mort à Cobourg, eu 1616, après avoir été successivement professeur d'histoire et de poésie à léna (1588), gymnasiarque et médecin pensionné à Rotenbourg (1591), directeur du gymnase de Cobourg (1606). Libavius fut un grand homme dans toute l'acception du mot. En face des erreurs grossières des partisans de Par accise, eu face de la tyrannie des galénistes, il eut le courage de combattre Amwald, Gramann, Michelius, Scheunemann, Crell, Hartmann, etc., lesquels ne sachant pas appliquer à
LICARI. 503
propos les données fournies par la cliimie, détournaient cette belle science de sa véritable voie, et commettaient en son nom de déplorables abus. Sans doute Libavius ne sut pas secouer complètement le joug de son temps; sans doute il crut à la transmutabilité des métaux, à l'or potable et à d'autres billevesées de celte espèce, mais il a le mérite incontestable de s'être al'francbi du langage obscur et mystique des alchimistes, d'avoir, le )iremier, publié un manuel de chimie générale, plus clair, plus utile qu'aucun de ceux qui avaient vu le jour jusqu'alors, et de tenter avec succès l'ajtplication de la ebimie à l'industrie et aux arts. C'est lui qui a reconnu la propriété qu'a l'oxyde d'or de colorer le verre en rouge; c'est lui qui a découvert le chlorure d'ctain, connu pendant si longtemps sous le nom de ■ liqueur fumante de Libavius. C'est encore Libavius qui h premier a songé à ia transfusion du sang comme un moyen de guérison et de rajeunissement. Le passage d'un de ses livres où cette idée est émise, est trop curieu.x, pour ne pas être traduit ici : Supposons un homme fort, robuste, sain, plein d'nn sang genrreux, et un autre homme épuisé, faible, amaigri, ayant à peine le souffle. Que le maître de l'art se munisse de deux tubes d'argent disposés de manière à pouvoir se visser l'un à l'autre. Chez l'homme robuste il ouvre une artère dans laquelle il insère l'extrémité de l'un des tubes ; puis, chez l'homme malade il ouvre pareillement une artère, quilmimit aussi de Vautre tube; en réunissant bout à ■bout ces deux tubes, le sang chaud de l'homme sain passera dans le corps de l'homme affaibli, y fera pénétrer les sources de la vie, et -dissipera la langueur. Il est impossible d'être plus clair, et nul doute que les partisans malheureux de la transfusion, Christophe Wren, Timothée Clarke, Robert Boyie, Ilenshaw, Richard Lower, J.-D. Major, Denis, Enmieretz, etc., ne prirent d;ms les œuvres du chimiste allemand cette méthode qui provoqua tant d'enthou>iasme et ■qui devait sombrer dans une mer d'orages et de tempêtes. (Voy. le mot Tuans- FusioN.) André Libavius a écrit énormément. Voici les titres de ses ouvrages qui sont les plus recherchés, et qui ont le mieux établi sa célébrité :
1. Epistola de examine panaccœ Amwaldinœ, ut quiaque judicare possit qua arle Amwatdus usus ait. Fraiicof., 1594, in-S». — II. Neo paracelsica, in quibus vêtus medicina de fendit ur adversus ■z^ç^&ri^^ara. tum G. Amwald, cujus liber de panacea excutitur, tum J. Gramanni, servatâ verâ verœ chimiœ lande. Fraiicof., 1594, in-8°. — III. Tractatus duo pliysici, prior de imposturâ vulnerum per unguentuni armarium curatione, posterior de cruentatione cadaverum injustâ cœde factorum, prœsente qui occidisse creditur. Francof., 1594, in-S". — IV. Rerum chymicarum cpistoUca forma ad philosophas et medicos scriptarum. Francof., 1' 95-1599, in-8°. — V. Alchymia è dispersis passim optimorum auctorum, veterum et recentiorum, exemplis potisslnium, etc. Francof., 1595, in-(ol. — VI. Commentationum metallicarum Libri IV, de naturâ mctallorum, mercurio philosophorum, azotho, et lapide seu tinctorâ physicorum cnnficiendâ, è rerum, naturâ, experientiû, et autorum prœstantium fide. Francof., 1597, in-4°. — VU. Alchymia recognita, emendata, et aticta, etc. Francof., 1597, in-4°. — VIII Ejntome metallica, cum variis tractalibus, nempe, de arte pirobandâ lyiineraliâ, de aquû permanente, de aquis mineraiibus ■ Francof., i597, in-4°. — IX. Novus de medicina veterum, tam Hippocraticâ quam hermeticâ Tractatus. Francof., 1599, in-4°. — X. Exameii censurée scholœ Paris'iensis contra alchymiam. Francof., 1601, in-8°. — XI. Praxis alchymiœ, etc. Francof., 1605, in-8°. — XII. Ap/iendix necessaria syntagmatis arcanorum chymicorum Francof., 1615, in-fol. (C'e-t dans ce dernier ouvrage que se trouve le passage sur la transfusion que nous avons rapporté plus haut.) — XIII. Historia Bombycum, Francof., 1599, in-8°. A. G.
OSERIA. Voy. Guinée.
LIBERTÉ MORALE. Voy. RESPONSABILITÉ MORALE et INTERDICTION. LICARI. Voy. DiCYPELLIUM.
LICUE (La) (Eau minérale de), protothermale, amélallite, sulfureuse faible. Dans le département des Hautes-Alpes, dans l'arrondissement de Briançon, sur les monlagnes de l'AIpe-Martin, au milieu d'une prairie naturelle, à 1927 mètres au-dessus du niveau de la mer, émerge la source de la Lichc. Sou eau, claire et limpide, a une odeur manifestement suH'ureuse; son goût est fade et hépatjque; sa température est de 17°, 2 centigrade. Son poids spécifique n'est pas connu; l'on sait seulement que 1000 grammes de cette eau renferment 0''', 1)0825 de gaz acide sulfliydrique. Cette eau est employée en boisson par les bergers qui ont des affections de la peau ou des catarrhes pulmonaires chroniques des voies respiratoires. A. R.
LICIIEIV. (Dermatose). Il est de certains mots dans l'histoire de la médecine que l'on voit avec étonuement se perpétuer d'âge en âge, sans que jamais une idée nette, un objet bien défini, ne viennent en préciser le sens. Tel paraît avoir été le sort du mot lichen, Izi^nit, dont l'origine remonte à Hippocrate, que Ion retrouve sous les acceptions les plus diverses dans les auteurs grecs et latins, et dont las gnification n'a été défnntivcnicnt et îigoureusement déterminée que vers la fin du siècle dernier'.
Ou sait qa'im grand nombre de plantes de la famille des Lichénées se présentent habituellement sous la forme de plaques crustacées étendues sur le sol, sur l'écorco, des vieux arbres ou sur les rochers. Cette étymologie étant admise, on comprend toute la conhision qui dut en résulter nécessairement pour le fait pathologique que le mot lichen se trouvait appelé à représenter. Rien de plus vague, en effet, et surtout rien de plus contestable qu'un caractère basé exclusivement sur un rapport d'analogie plus ou moins grossier entre des objets d'ailleurs complètement dissemblables. Aussi la ))lupart des auteurs anciens, et Hippocrate lui-même, ont-ils appliqué le mot lichen à des formes morbides très-différentes de siège et de modalité pathogénique, formes sèches et formes humides, lésions papuleuses, pustuleuses et vésiculeuses, sans qu'il soit toujours possible de reconnaître au milieu de cette obscurité ce qui a trait plus spécialement à l'affection qui nous occupe. Et cet état d'incertitude devait se contiimer jusqu'à une époque très-rapprocbée de nous, car les écrits de Sauvages, de Lorry, et même ceux d'Alibert nous retracent la même confusion dans les termes et dans les choses.
Il iaut, en effet, arriver jusqu'à WiUan et Bateman pour voir enfin le sens du mot hchen se dégager avec une certaine netteté. Ces auteurs ont décrit sous C3 nom : « Une éruption étendue de papules, se manifestant chez les adultes, accompagnée d'un trouble des organes intérieurs, se terminant ordinairement par une légère desquamation, susceptible de se reproduire et ne se transmettant pas par contagion. »
C'était là un progrès, sans doute, encore bien que cette définition laissât beaucoup à désirer, même en se plaçant au point de vue restreint du classificateur anglais. Il n'est pas exact de dire, par exemple, que le lichen soit une affection particulière à l'âge adulte, car on l'observe fréquemment dans l'enfance : il est vrai (]ue Willan le désignait alors par un autre mot, celui de strophulus. Quant aux
* Il résulte de divers passages de Dioscorides (t. IV, c. 53), Pline (1. XXVI, c. 10), Catien {De simple médicament. Temperam., 1. VII, c. 11, n° 6) que Icnwllich^n a été transporxô de la paUioIogie ù la botanique, et non de la botaniijue à la palhologie, comme on serait tenté de le croire. C'est pour celte liaison que nous plaçons ici la dermatose avant la plante.
troubles fonctionnels intérieurs dont s'accompagne quelquefois le lichen, ils n'ont rien de nécessaire, et dans tous les cas ne sauraient être rattachés à l'altération de la peau par un hen de causalité. Enfin, c'est aller beaucoup trop loin que d'affirmer d'une manière absolue la non contagion du lichen, car nous retrouverons ce caractère au plus haut degré dans les espèces de cause parasitaire.
Quoi qu'il en soit et toute imparfaite qu'elle nous paraisse, la définition de Willan constituait un progrès très-réel au temps oîi elle fut émise ; elle nous a mis en possession d'un fait désormais acquis à la science, en établissant l'existence du lichen comme affection papuleuse sui generis, et en séparant cette affection d'une manière irrévocable de toutes les autres formes éruptives qui se manifestent à la peau.
La plupart des dermalolo^istes qui ont suivi Willan ont accepté sa définition du lichen, en y apportant quelques modifications. Biett fait remarquer que cette affection n'est pas rare dans l'enfance, et qu'elle peut se montrer indépendamment de troubles fonctionnels du côté des organes internes, mais il ne sort pas du cadre tracé par le classificateur anglais, et conserve toutes les variétés que celui-ci avait admises.
Gibert place le lichen dans l'ordre des papules, à côté du prurigo. Il considère le strophulus comme une espèce intermédiaire entre les exanthèmes et les papules, mais sans toutefois le séparer complètement du genre lichen, dont il ne serait qu'une variété plus ou moins distincte.
Telle est aussi l'opinion de M. Cazeuavc, qui n'admet que deux affections papulenses, le prurigo et le lichen.
Rayer et M. Devergie ont conserve îe genre strophulus, et décrit séparément trois maladies papuleuses, le lichen, le strophulus et le prurigo, ainsi que l'avaient fait Willan et Baleman.
Cependant tout le monde en France n'avait pas suivi le mouvement suscité par Willan. Doué d'un sens plus pratique et plus véritablement médical que le pathologiste anglais, Alibert n'avait pu consentir à une doctrine fondée exclusivement sur la forme élémentaire des altérations cutanées, et n'apercevant pas d'ailleurs tout le parti qu'on pouvait en tirer, il crut devoir la répudier complètement pour édifier en sa place ce qu'il appela lui-même une méthode naturelle de classification. Ce n'est pas ici le lieu de juger cette méthode dans l'ensemble des applications qu'en a faites Alibert; mais nous devons nous demander ce qu'elle a produit relativement au lichen. Que devient cette affection dans les cadres du célèbre dermatologiste? Elle disparaît à peu près complètement pour aller se perdre, avec le prurigo et la gale, dans le groupe des dermatoses scabieuses, « dont le caractère général est de provoquer à la suri'ace de la peau un prurit plus ou moins violent, suivi ou non de desquamation, et qui porte les malades à se gratter sans cesse pour apaiser ou éteindre la sensation pénible qui les incommode. » Ce groupe comprend en effet deux genres, la gale et le prurigo, et ce dernier genre se subdivise lui-même en quatre espèces, dont l'une, le prurigo lichénoïde ou furfurant, est ainsi appelée, dit Alibert, « parce que les papules prurigineuses finissent par produire une furfuration analogue à celle du son ou de la farine, d'où vient que certains auteurs, Plenck et Wdlan en particulier, le désignèrent sous le Jiom de lichen, d'autres sous celui d'herpès farinosus. »
C'était nous ramener tout simplement aux plus mauvais jours de l'histoire du lichen, et nous rejeter sans compensation dans toutes les incertitudes dont le système de Willan nous avait à peine délivrés. Quoi de moins naturel, en effet,
LOC LlCnEN.
qu'une famille de dermatoses dont les membres ne présentent d'autre lien entre eux que la prédominance d'un symptôme qui leur est commun, de l'aveu même d'Alibcrt, avec presque toutes les affections cutauces?
Joseph Frank a décrit le lichen dans trois chapitres : dans celui du stroplmlus, dans celui du psydracia et dans celui de l'herpès furfureux.
M. Gintrac (de Bordeaux) a placé le lichen aigu et le stroplmlus ou lichen aigu de la première enfance dans la classe des fièvres éruptives et des exanthèmes aigus, et le lichen chronique dans la classe des herpétides, à côté de l'urticaire et du prurigo.
Enfin, pour n'omettre aucune des vicissitudes qu'a traversées le lichen , nous devons dire que M. Hardy a réuni cette affection au genre eczéma, dont elle formerait « non pas une variété comme l'impétigo, mais une espèce particulière reliée au genre par des caractères si intimes qu'on ne saurait l'en séparer, et qu'en thérapeutique plus encore qu'en diagnostic, il importe de les envisager simultanément. » Dans cette manière de voir, et par un singulier retour des choses, le lichen perd donc encore son individualité distincte pour n'être plus qu'uue période ou l'une des phases de transformation d'une autre affection.
Ces préliminaires historiques étant posés, j'aborde sans autre transition l'étude du lichen considéré comme genre [séméiotique cutanée générale).
La seconde partie de ce travaiLsera consacrée à l'exposition rapide des espèces et variétés admises par les auteurs.
Dans la troisième enfin, nous aurons à examiner le lichen au point de vue des modifications que lui impriment les maladies dont il est la traduction sur la peau [séméiotique cutanée spéciale).
I, Dd lichen considéré comme affection générique. Séméiotique cutanée générale.— Définition. Je définis le lichen : une affection cutanée caractérisée dans sa période d'état par la présence de papules particuUères, agglomérées ou discrètes, envahissant une surface plus ou moins étendue, et s'accompagnent à une certaine période de leur existence d'une hypertrophie des papilles avec exagération des plis naturels de la peau.
Symptomatologie. Le lichen peut affecter une marche aiguë ou une marche chronique, et les symptômes initiaux diffèrent notablement dans les deux cas.
Lorsqu'il se présente à l'étal aigu, son apparition est habituellement marquée par quelques phénomènes prodromiques, tels que malaise, courbature, anorexie, excitation fébrde, etc.; dans ce cas, l'éruption ra[)pelle assez bien par son allure et son extension rapide le mode d'invasion des pseudo-exanthèmes.
Dans le lichen chronique, c'est à la peau que se manifestent les premiers symptômes, soit que l'éruption s'y développe d'emblée, soit qu'elle ait été précédée pendant quelques jours par un prurit plus ou moins intense, local ou généralisé.
L'éruption peut se montrer sur toutes les parties du corps, mais les mains, les avant-bras, le cou, la face constituent pour elle des lieux de préddection. Tantôt partielle à l'origine, elle reste indéfiniment confinée à une région unique; tantôt elle envahit à la fois ou successivement un certain nombre de surfaces plus ou moins étendues, ou même la totahté de la membrane tégumentaire.
Sur la peau s'élèvent de petites éminences dures, pleines, solides, c'est-à-dire ne renfermant aucun liquide, diversement configurées suivant les cas, quel([uefois éparses, le plus ordinairement réunies de manière à constituer des groupes plus ou moins nettement limités et séparés les uns des autres par des intervall s de peau saine. Ces papules dépassent rarement les dimensions d'un grain de millet;
elles sont parfois si petites que la réalité de leur existence pourrait être mise en doute, si le doigt promené sur 1 éruption ne taisait percevoir une légère sensation de rudesse et d'aspérité. Leur forme est généralement en rapport avec leur volume, acuminée ou conique pour les plus petites, aplatie, lenticulaire ou subhémisphérique, lorsque le diamètre du bouton devient plus considérable. D'une coloration rouge et animée dans l'état aigu, quelquefois rouge sur certains points et blanchâtre sur d'autres (stropJmlus candidus), elles ne diffèrent pas sensiblement dans l'état chronique de la teinte normale des téguments voisins. Leur surface est parfois lisse, unie, le plus ordinairement sèche, rugueuse, recouverte de débris épidermiques ou de véritables squames.
Les sensations morbides que détermine le lichen sont variables de caractère et d'intensité, suivant la forme de l'alfection, et surtout suivant sa nature. Le lichen est, après le prurigo, la lésion tégumentaire qui s'accompagne le plus volontiers de cette hyperesthésie spéciale, que l'on a désignée sous les noms de prurit, démangeaison. Cette sensation peut d'ailleurs exister à tous les degrés, tantôt trèsfaible et facilement supportée par les malades, et tantôt de\enant par sa violence une véritable torture. Entre ces deux extrêmes se place une foule de nuances intermédiaires. En général, la tolérance de la peau est d'autant plus grande pour le lichen que les éléments qui le composent sont plus volumineux, plus hypertrophiques, plus isolés les uns des autres. Cette sorte d'antagonisme entre le pruiit et les dimensions de l'élément primitif apparaît surtout avec cAidence lorsque l'on comjiare à ce point de vue les grosses papules indolentes de la syphilis aux papules acuminées et presque invisibles du lichen dartrcux; mais on le retrouve également dans d'autres espèces, dans le lichen scrofuleux, par exemple, ainsi que dans cette variété d'arthritide que nous décrirons bientôt sous le nom de lichen à papules déprimées.
Indépendamment du prurit, le lichen peut en outre imprimer à la sensibilité de la peau des modifications d'un autre ordre. Certains malades accusent surtout de la cuisson, ou un sentiment d'ardeur brûlante; pour d'autres, ce sont des picotements vifs ou des élancements douloureux qui semblent prédominer davantage, soit qu'ils se joignent simplement à la démangeaison, soit qu'ils la remplacent d'une manière plus ou moins complèle. Toutes ces modifications ont une importance séméiotique, que nous aurons à apprécier au point de vue de la détermination des espèces.
Il est rare que le lichen se prolonge au delà d'un certain temps sans que d'autres phéiTomènes ne s'ajoutent à la production papuleuse qui en forme le trait essentiel et caractéristique. Nous avons déjà noté la sécheresse des papules et leur état d'exfoliation ; la membrane cutanée subit en outre des altérations profondes et tr s-remarquables dans sa texture et ses propriétés physiques. C'est d'abord un certain degré d'épaississenient, quelquefois à peine marqué, et quis'accroit eu raison du nombre et de la confluence des éléments papillaires hypertrophiés; en même temps, la peau a perdu sa souplesse et son élasticité normales ; elle est dure, sèche, rugueuse, comme cassante, d'oii résulte une exagération toute particulière de ses rides et plis naturels, et si l'affection occupe des parties trèsmobiles, telles que le creux poplité, l'aisselle, le ph du coude, les espaces interdigitaux, etc. , on observe fréquemment des fissures ou des espèces de rhagades, qui intéressent profondément la substance du derme.
Le lichen est susceptible de revêtir des apparences très-diverses suivant son siège topographique, son étendue, son intensité, la forme, le volume eô la dispo-
sition de ses papules, leur état de confluence ou de dissémination, et mille autres circonstances qu'il est plus facile de concevoir que d'énumérer. C'est sur de semblables considéralions que reposent toutes les divisions et sous-divisions dont les, auteurs ont comme à l'envi hérissé son histoire. Nous retrouverons toutes ces variétés, avec leurs dénominations particuhères, dans la seconde partie de cette étude.
11 est pourtant une forme de lichen qui mérite dès à présent une mention spéciale, en raison de l'importance qui lui a été donnée, je veux parler du lichen agrius. Cette affection ne diffère en réalité de la forme commune que par l'intensité insolite des phénomènes inflammatoires et une certaine tendance à la polymorphie; sous l'influence des grattages et autres manœuvres employées par le malade pour calmer le prurit, les papules irritées et excoriées se recouvrent à leurs sommets de petites vésicules transparentes, suivies elles-mêmes de croûtes squameuses, adhérentes dans un seul point, libres dans le reste de leur étendue, et simulant assez bien l'aspect des lichens que l'on rencontre sur le tronc des vieux arbres. Les croûtes laissent en se détachant des excoriations superficielles qui sont le siège, pendant un certain temps, d'un léger suintement séreux. Dans une autre variété, dont la nature est différente, les papules sont plus grosses et compliquées de véritables pustules donnant lieu ù des croûtes assez épaisses et de forme impétigiueusc ; le prurit est faible et hors de toute proportion avec l'intensité des phénomènes éruptifs : c'est le lichen agrius à grosses papules, que nous avons placé parmi les scrofulides boutonneuses.
En résumé, rien de plus variable que la physionomie du lichen. Quelques-unes de ses formes semblent même tellement différentes à première vue, qu'il n'est peut-être pas inutile de faire ressortir le lien qui les rassemble. Là, c'est une éruption largement disséminée sur toutes les parties du corps ; ici, au contraire, tout se réduit à quelques papules groupées sur un point très-circonscrit. Nui prurit, aucune sensation morbide chez ce malade, tandis que cet autre est en proie à d'intolérables souffrances. Tantôt la lésion est simple, représentée par un seul élément, et tantôt compliquée d'érythème, de vésicules, de pustules, d'ulcérations et de croûtes. Les altérations consécutives de la peau, c'esl-à-dire son mouvement hypertrophique, l'état granuleux de sa surface, l'exagération de ses phs, etc., que nous avons considérées comme propres au lichen, n'existent pas à beaucoup près dans tous les cas. Au milieu de cette symptomatologie mobile et changeante, qre reste-t-il donc en définitive pour caractériser le genre? Un seul phénomène, mais constant, pathognomonique, la papule lichénoïde. C'est elle que l'on constate au début, sous la forme de légères saillies papillaires, a)jpréciables à l'œil nu et au doigt , elle que l'on retrouve sous des apparences variées dans la période d'état, où elle atteint son développement parfait, et c'est elle encore qui persiste, comme partie fondamentale ou essentielle, quelquefois masquée, mais toujours présente et facilement reconnaissable, jusqu'à la disparition complète de l'éruption cutanée. Marche. Durée. Terminaisons. Ainsi que nous l'avons remarqué précédemment, le lichen peut exister à l'état aigu ou à l'état chronique, mais il affecte le plus habituellement cette dernière forme.
Le lichen aigu parcourt rapidement ses périodes, et disparaît en général après une durée de un à deux ou trois septénaires ; il peut aussi se prohnger davantage par le fait d'éruptions successives. Il est d'ailleurs très-sujet à récidiver, soit sur les mêmes points, soit sur d'autres régions, et quelquefois avec une sorte de périodicité.
Le lichen chronique succède rai-ement à la forme aiguë, et revêt d'emblée les caractères particuliers qui le distinguent. C'est alors une des affections de la peau les plus tenaces et les plus rebelles. Souvent, il est vrai, on le voit présenter des améliorations passagères qui donnent l'espoir d'une terminaison prochaine : les papules s'affaissent, la peau reprend peu à peu sa souiilesse et se dépouille dos produits d'exfolialion accumulés à sa surface ; sa sensibilité morbide s'éteint de jour en jour; en un mot, tout semble enfin marcher vers la solution désirée; et puis, sous l'influence d'une cause insignifiante, d'une impression morale, d'un écart de régime, d'un changement brusque dans les conditions de l'atmosphère, une recrudescence survient, de nouvelles poussées papuleuses se produisent, ramenant avec elles le prurit et le reste, et la guérison se trouve encore indéfiniment ajournée.
La marche et la durée du hchen varient d'ailleurs suivant la nature de la cause qui lui a donné naissance. Lorsqu'il est d'origine artificielle, il suffit de soustraire le malade à l'influence de l'agent provocateur pour obtenir une guérison rapide et radicale. Le lichen scrofuleux se termine fréquemment de lui-même, et d'une manière définitive, vers l'âge de la puberté, après avoir quelquelbis persisté, malgré tous les moyens, pendant une grande partie de l'adolescence. C'est dans l'espèce arthritique que l'on observe plus particulièrement ces retours périodiques que nous signalerons tout à l'heure; mais un moment arrive où, après des intei'missions de plus en plus prolongées, l'action morbifique finit par abandonner la peau pour rentrer dans le silence ou se porter sur un autre système organique jusqu'alors épargné. Enfin, lorsqu'il sera question du lichen herpétique, nous verrons que cette espèce, de toutes sans contredit la plus grave, semble prendre de nouvelles forces et s'invétérer davantage avec le progrès des années.
Le hchen coexiste souvent avec d'autres altérations de la peau, et notamment avec l'impétigo, l'ecthyma, le prurigo, l'eczéma, l'urticaire. 11 peut aussi se transl'ormer m sii« en une autre affection, par exemple le lichen agrius en impétigo, ou la forme squameuse en psoriasis ; ou bien les papules dégénèrent lentement et se convertissent en tubercules (syphifis). Un phénomène inverse peut également se produire, le lichen servant à son tour de mode de terminaison à une lésion cutanée différente de forme ou de modalité pathogénique ; et, sans parler du prurigo, que l'analogie de ses caractères anatomiques rapproche singulièrement du lichen, qui n'a vu et pour ainsi dire suivi de jour en join-, dans certains eczémas anciens, les modifications progressives qui s'accomplissent dans le tissu de la peau, son augmentation d'épaisseur, l'exagération de ses phs, la sécheresse de pins en plus marquée de sa surface, et, comme dernier terme, la substitution délinitive des papules hchénoïdes aux vésicules et aux croûtes? L'eczéma s'est fait lichen, et c'est avec celui-ci qu'il faut désormais compter pour le choix des moyens thérapeutiques. Ces sortes de mutations ne portent Ijabituellemeat que sur le genre des allèctions : la forme change, le fond restant le même : mais elles peuvent aussi atteindre l'espèce lorsque, par une coïncidence qui n'est pas ti'ès-rare, le malade se trouve à la lois sous l'influence de plusieurs causes morbifiques distinctes.
Le hchen ne compromet pas par lui-même la vie des sujets qui en sont atteints. Cependant, les désordres fonctioiuiels qui sont la conséquence du prurit, dans les espèces où ce symptôme domine, jettent parfois les malades dans un tel état de faiblesse et d'émaciation, que l'on conçoit alors. la possibilité d'une terminaison funeste en l'absence de toute complication.
Diagnostic. Le lichen ne saurait être méconnu de personne, lorsqu'il se présente sous la forme caractéristique de papules ^roupées sur une surface tégumentaire épaissie et sillonnée profondément dans le sens de ses plis naturels ; mais il est des cas oii ses traits sont mal dessinés, oii les lignes de démarcation s'effacent, par le fait de circonstances accidentelles, et le diagnostic devient alors quelquelois d'une grande difficulté.
Parmi les affections qui peuvent simuler le lichen, le prurigo se place en première ligne. De part et d'autre, nous rencontrons la papule, mais avec des caractères de forme, de volume, de disposition qui diffèrent notablement dans les deux cas. Les papules du prurigo sont généralement plus larges, plus aplaties, plus volumineuses que celles du lichen; toujours isolées et éparses, elles n'ont aucune tendance à se réunir en groupes, comme il est presque de règle pour cette dernière affection ; la peau qui les supporte reste souple et d'ailleurs parfaitement normale ; enfin, elles déterminent un prurit incomparablement plus intense, toutes choses égales, et surtout plus acre et plus brûlant que ne fait le l^îhen, et ne tardent guère à se recouvrir de petites croûtes noirâtres, formées par une gouttelette de sang desséché, ce qui n'a lieu que rarement pour la papule lichénoïde. Assurément, chacun de ces caractères, pris séparément, n'offre pas toujours toute la netteté désirable; il est des nuances difficiles à saisir, et plus difficiles encore à analyser; ou bien ce sont des particularités importantes qui manquent d'un côté ou qui s'ajoutent de l'autre. Ainsi, la papule du prurigo n'est pas nécessairement et dans tous les cas plus volumineuse que celle du lichen, et celle-ci à son tour peut exister pari'ois à l'état d'isolement, et sans autre altération appréciable du tissu de la peau. Ce n'est donc pas sur tel ou tel caractère que doit être basé le diagnostic, mais sur l'ensemble des phénomènes, sur la physionomie générale de l'éruption, sa marche, les circonstances qui ont présidé à son développement. Ajoutons du reste que, par une exception rare, ce point de diagnostic est beauconii plus facile à résoudre en pratique qu'à discuter en théorie.
Tous les auteurs se sont préoccupés de la distinction à établir entre le lichen et la gale. Pour nous, une semblable question n'a pas lieu d'être posée, car elle implique la confusion entre le genre et l'espèce. Le mot gale entraine avec lui l'idée de cause et de nature; celui de lichen indique simplement l'existence d'une éruption papuleuse spéciale, sans rien préciser sur l'origine de cette éruption. Or, il n'y a rien de commun entre ces deux ordres de faits. On sait de plus que le lichen fait précisément partie des phénomènes éruptifs provoqués par la présence de l'acarus scabiei : il s'agit alors d'une affection spéciale, que nous retrouverons bientôt dans l'histoire des espèces, le lichen parasitaire.
L'eczéma, à sa première période, se distingue sans difficulté du lichen par le caractère de son élément primitif, qui est une vésicule remplie de sérosité transparente. Son siège a lieu communément, non au côté externe des membres, mais au contraire à leur face interne, dans le sens de la flexion, sur les phs articulaires, à la partie antérieure du tronc. Il donne lieu à du suintement et à des croûtes jaunâtres et d'aspect humide. Cependant nous avons vu que le hchen pouvait se compliquer pari'ois de la production de vésicules, elles-mêmes suivies d'excoriations et de croûtes. Mais on remarque alors, avec un peu d'attention, que les papules constituent la partie essentielle, et, si je puis ainsi dire, le fond de l'éruption ; qu'elles préexistaient aux vésicules ; que les croûtes sont légères, fragmentées, adhérentes, individuelles pour chaque saillie papuleuse, bien différentes par conséquent des larges concrétions de l'eczéma proprement dit à sa deuxième
période. Jamais d'ailleurs, dans l'eczéma, le corps papillaire de la peau ne présente cette augmentation d'épaisseur et cette sécheresse particulière qui caractérisent si bien le lichen confirmé.
Le lichen a été confondu avec certaines formes de Viirticaire, sous le nom de lichen urticatus. C'est là un rapprochement forcé, que rien nejustilie.Le lichen urticatus n'est pas autre chose, en réalité, qu'une variété du genre urticaire, dont il offre tous les attributs essentiels.
Le lichen circonscrit pourrait en imposer parfois pour un herpès circiné. Mais nous ne retrouvons pas dans le liclien, du moins au même degré, la parfaite régularité de forme et surtout la rapidité d'extension des cercles de l'herpès. Le centre des plaques se dégage beaucoup plus lentement et d'une manière presque toujours incomplète. Les squames sont plus sèches, plus adhérentes, et reposent sur des surfaces rugueuses, jamais excoriées si la lésion est simple. Enfin, il est bien rare qu'un examen attentif ne fasse pas découvrir à la périphérie des plaques ou des cercles quelque élément encore reconnaissable dont la présence vient aussitôt fixer le diagnostic. Il ne faut pas oublier du reste que le lichen constitue l'une des formes primitives de la teigne tonsurante, au même titre que l'horpès dont il reproduit alors exactement la marche et le mode de propaga'ion. Dans ce cas, la lésion élémentaire importe peu, et toute distinction s'efface devant l'ideniité de nature.
Dans ]e psoriasis, comme dans le lichen, il y a épaississement de la peau et formation de squames. Mais la plaque psoriasique est plus exactement limitée, plus uniformément saillante que celle du lichen ; elle est en même temps plus congestive, ainsi que l'atteste sa coloration rouge ; ses squames sont imbriquées, brillantes, nacrées, très-adhérentes ; les démangeaisons qui l'accompagnent sont relativement nulles ou tout à fait insignifiantes. L'erreur ne serait ^éritableuleIlt possible qu'à la période de déclin de l'affection psoriasique, alors que les plaques semblent se fragmenter à leurs bords en une foule de petits points rouges encore élevés au-dessus de la peau, et qui simulent assez bien des papules de lichen. Cependant, un observateur attentif reconnaîtra bientôt que ces points n'ont pas le caractère papuleux ; qu'ils ne sont pas acuminés ; qu'ils sont inégaux entre eux, irréguliers de forme et de volume, peu ou point prurigineux, de nature surtout congestive, etc., et si tous ces signes ne lui suffisaient pas, il saurait découvrir sur d'autres points du corps, et notamment aux lieux d'élection, que l'on doit toujours examiner (coudes et genoux), quelque plaque de psoriasis plus nettement caractérisée.
Dans Verythema papulatum du dos des mains et de la face, on trouve des saillies ressemblant jusqu'à un certain point aux papules du lichen, mais qui en diffèrent par leur teinte rouge, le fond érythémateux sur lequel elles reposent, et l'absence presque complète de démangeaisons.
^ La couperose pourrait être prise pour un lichen de la face ; mais celui-ci occupe ordinairement le front, tandis que la couperose se place de préférence sur le aeZjles joues, le menton; le prurit est vif dans la première affection, etse trouve remplacé plus ou moins complètement dans la deuxième par un sentiment de chaleur et de fourmillement qui s'accroit après le repas, et en général sous l'inîluence de toutes les causes d'excitation. Enfin, la couperose, lésion à la fois érvihémateuse et pustuleuse, s'accompagne de boutons d'acné indurée et pustuleuse, de dilatations des vaisseaux capillaires, ce qui n'a jamais lieu dans l'afïeclion lichénoïde.
Siège anatomique du lichen. Cette question n'a pas encore été scientifiquement résolue. M. Cazenave a placé le lichen dans la papille nerveuse delà peau. Suivant cette opinion, d'ailleurs toute hypothétique, le lichen serait une affection nerveuse des papilles tactiles, et la papule, une sorte de papille pathologique.
Cette manièrede voir est passible d'objections sérieuses. M. Hardy a fait remarquer :
1" Que le prurit est un phéaomène commun à un grand nombre d'affections très-différentes de forme et de modalité patliogénique ;
5" Que le lichen existe rarement, pour ne pas dire jamais, à la paume des mains et à la plante des pieds, c'est-à-dire là oii les papilles cutanées atteignent leur plus haut degré de développement ;
5" Que les papules ne rappellent en aucune façon la disposition en courbes réguhères et concentriques si remarquable pour les papilles physiologiques ;
4" Qu'il est enfin d'autres altérations do la peau, sa sécheresse, son épaississement, l'exagération de ses plis, dont la présence et le mode de formation ne s'expliquent nullement dans l'hypothèse de M. Cazenave.
La théorie que M. Hardy crut devoir émettre à son tour nous parait encore plus dillicile à justifier que la précédente. S'appuyant sur la coloration brune qui survient fréquemment à une certaine période du hchen, il incline à placer le siège anatomique de cette affection dans les parties profondes de l'épiderme, dans le corps muqueux de Malpighi. Mais sans parler des contradictions évidentes que soulève une semblable assertion, comment concevoir que le corps muqueux, simple produit de sécrétion, puisse donner naissance à une lésion aussi spéciale, aussi vitale, si je puis ainsi dire, que celle qui constitue le lichen.
Pour nous, le lichen est une affection de mode hypertrophique, localisée vraisemblablement à l'origine dans les couches les plus superficielles du derme, là où s'élabore la sécrétion de l'épiderme. Telle est l'idée nécessairement vngue et incomplète qu'il nous paraît prudent de ne pas franchir, dans l'état actuel de ia science.
Pronostic. Le lichen, considéré comme affection générique, tire la plus grande partie de sa gravité des démangeaisons qui l'accompagnent, et nous pourrions ajouter qu'il est, toutes choses égales, d'autant plus tenace et rebelle, d'autant plus sujet à récidive, que le phénomène prurit tend à prédoraiiier davantage.
La marche et la forme de l'éruption seront prises en sérieuse considération. Il n'y a évidemment aucune comparaison à établir, au point de vue de la gravité, entre le lichen simple et aigu, dont la durée est de quelques septénaires au plus, et le lichen chronique dont la persistance est presque indéfinie.
Le pronostic varie enfin et surtout suivant la nature du lichen. Lorsqu'il est artificiel, il disparaît de lui-même, et dans un temps fort court, par la soustraction de la cause. Le lichen scrofuleux cède assez facilement, en général, à un traitement approprié. Il en est de même du lichen spécifique, dans lequel le prurit fait défaut, et qui n'a d'importance qu'en dévoilant l'existence de la syphilis. L'espèce arthritique, par sa durée souvent longue et ses récidives fréquentes, comporte un jugement beaucoup plus sévèro. Enfin, sur le dernier plan et le plus sombre du tableau se place le lichen herpétique, espèce redoutable et par le prurit atroce qu'elle détermine, et par la résistance qu'elle oppose auv médications les plus rationnelles et les mieux dirigées.
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Traitement du lichen, considéré comme affection générique. Le traitcnieul diffère sui\ant que le lichen est aigu ou clironique.
Le licheu aigu sera combattu parla médication émollieiite. On piescrira au malade des boissons rafraîchissantes, acidulces ou mucilagineuses, des bains additionnés de son, d'amidon, etc.; s'il s'agit d'un lichen agrius à son début, les surfaces atteintes seront recouvertes de cuta|ilasmes de fécule ou saupoudrées de poudres émollientes, suivant l'état de l'énipliou et l'indication du moment. Dans certains cas, assez rares d'ailleurs, si le sujet est jeune, vigoureux, pléthorique, si la réaction est vive, quelques émissions sanguines seront parfois de quelque utihté. On se trouve également bien, dans les mêmes circonstances, de l'administration d'un purgatif, que l'on peut répéter à quelques jours d'intervalle.
Dans le lichen chronique, le genre nous fournit deux indications dominantes, tirées des principaux symptômes, à savoir: J" cahîier le prurit; 2" favoriser la disparition des lésions de la peau, et le retour de cette membrane à son étal physiologique.
D'autres indication.s secondaires peuvent en outre se présenter par le fail de complications ou de circonstances accidentelles.
1" Calmer le^rurit. S'il est des cas où le prurit est nul (lichen sypliilitique), ou peu marqué (hchen scrofuleux), il, en est d'autres oij ce pliénomène prédomine à ce point que toutes les autres indications lui deviennent subordonnées. Calmer le prurit, c'est là ce que le malade demande sur toute chose et a\ec le plus d'instance.
Le premier soin du médecin sera d'en rechercher la cause. La démangeaison tient-elle à la présence de l'acarus, de pédiculi, les insecticides en auront rapidement raison. Est-elle au contraire sous la dépendance d'une maladie constitutionnelle, c'est dans la nature de cette maladie que l'on cherchera surtout les moyens de la combattre. L'huile de cade, par exemple, qui doime à cet égard de bons effets dans le lichen scrofuleux, réussit beaucoup moins lorsqu'on l'applique au hchen herpétii[ue, et ainsi du reste. La tliérapeutitine du genre nous ramène donc en quelque sorte forcément à la considération des espèces.
Mais il n'est pas toujours facile d'atteindre la cause, ou le résultat se fait longtemps attendre; et cependant le prurit persiste intense et continu, les insomnies se répètent, des troubles fonctionnels se déclarent, etc. Que faire alors?
Deux ordres de moyens se présentent, dans cette difficile situation, les uns internes et les autres externes.
Le prurit étant un phénomène essentiellementnerveux, on aura recours, à l'intérieur, aux narcotiques et aux antispasmodiques, aux préparations opiacées et belladonées, à l'atropine, audatura stramonium, à l'aconit.
Les moyens eî.ternes, beaucoup plus efficaces que les précédents, consistent en bains, lotions et pommades.
Les bains frais produisent un soulagement notable dans un certain nombre de cas. Ainsi agissent encore les bains additionnés de subhmé, d'alun, de sous-carbonate de soude ; les bains sulfureux, les bains de mer, les bains de vapeur conviennent rarement en raison de l'excitation trop vive qu'ils déterminent.
Les pommades ne réussissent presque jamais contre le prurit. Je leur préfèie de
beaucoup les lotions avec la glycérine étendue, celles avec l'eau de savon, avec
l'eau vinaigrée, avec une décoction de jusquiaaie, de têtes de pavots, avec l'eau
de goudron, ou même simplement les lotions à l'eau froide, que les malades em-
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ploient instinctivement pendant la durée desp^KV^ysmes. Les lotions à l'eau blanche (1 gramme de sous-acétate de plomb pour 400 à 500 grammes de véhicule), celles au sublimé (sublimé corrosif, O^^oO; eau, 300 grammes), nous ont paru jouir d'une efficacité très-réelle.
Toutefois, les pommades peuvent être parfois d'une certaine utihté. Elles agissent alors en changeant la nature du prurit, ou plutôt en lui substituant une autre forme de douleur, plus intense peut-être, mais plus facile à supporter que la démangeaison. Ainsi agit la pommade suivante : morphine, 08%05 à (lefJO; axoiige, 50 grammes. Cette pommade ne calme pas, comme on serait d'abord tenté de le croire, mais provoque une cuisson, une véritable douleur. C'est au même titre que peuvent être conseillées les cautérisations avec le nitrate d'argent, sous forme de solutions plus ou moins concentrées, dans quelques cas de Uchen oirrnnscrit.
2" Favoriser la disparition des altérations de la peau, et son retour à l'état normal. Cette deuxième indication réclame rarement une médication spéciale et distiacte de celle que nous venons d'indiquer. Effets émanés d'une même cause morbifique, le prurit et les altérations cutanées cèdent aux mêmes moyens thérapeutiques. Cependant, on pourra combattre la sécheresse toute particulière des surfaces atteintes par des douches et des bains de vapeur qui réveillent en effet parfois, dans une certaine mesure, l'activité fonctionnelle du tissu de la peau. Contre l'état hypertroph<que, on aura recours aux frictions résolutives, aux pommades à l'iodure de plouib ou de potassium, à l'extrait de ciguë, aux préparations alcalines, etc., etc. Biais tous ces moyens, dont il ne faudrait pas s'exagérer la portée, ne sont que des auxiliaires utiles, mais nullement indispensables, de la médication spécifique.
11. Espèces et variétés de lichen admises parles auteurs. Ce chapitre nous a paru servir de transition naturelle entre l'histoire du genre, dont il n'est à proprement parler que la continuation et le complément, et la description particulière des espèces que nous croyons devoir rattacher à ce genre.
Indépendamment de l'intérêt que présente une semblable étude, elle nous était en quelque sorte imposée par la nature même de cet ouvrage, où le lecteur doit trouver, non pas seulement l'affirmation d'une conviction personnelle, mais encore le tableau aussi complet et fidèle que possible de toutes les opinions qui se sont produites sur la matière.
Cette revue rétrospective aura de plus l'avantage de faciliter singuhèrement l'intelligence de nos espèces, considérées dans leurs rapports avec les espèces et variétés correspondantes admises par les auteurs ; et je saisirai toutes les occasions de les mettre en regard les unes des autres, afin d'en faire ressortir les analogies et les différences.
Les dermatologistes qui se sont succédé depuis Willan peuvent être divisés en deux écoles bien tranchées, les uns ayant adopté presque sans réserve les idées du pathologiste anglais, et les autres s'étant ralliés de préférence à la méthode d'Alibert. Tel est l'ordre qui nous guidera dans cette étude.
A. Ecole de Willan. Willan s'était basé sur le nombre et la disposition des papules, sur leur couleur, sur l'intensité de l'éruption, etc., pour étailbr six espèces de hchen, désignées sous les noms de lichen simplex, pilaris, circumscriptus, agrius., lividus, tropicus, auxquelles il faut ajouter une septième espèce décrite par Bateman sous le nom de lichen îirticatus.
1° Le lichen simplex consiste dans une éruption de papules rouges, qui se
montrent d'abord sur la face et sur les bras, et qui s'étendent, dans l'espace de trois ou quatre jours, sur le tronc et les menjbres, principalement dans le sens de l'extension. Dans quelques cas, l'éruption est partielle et occupe seulement la face, le cou et les bras. Elle est précédée de phénomènes généraux, et disparaît après une durée qui varie de un à trois septénaires.
Biett fait observer que le lichen simplex n'a pas toujours, dans sa marche et dans sa durée, la régularité que lui attribue Willan ; que les phénomènes généraux manquent dans la majorité des cas ; que l'éruption peut se prolonger pendant un temps fort long, par poussées successives, soit sur le même point, soit sur d'autres régions.
Le lichen simplex nous paraît surtout correspondre, dans sa forme aiguë, au lichen arlificiel, et dans sa forme chronique et récidivante, à notre lichen de nature herpétique.
2° Le lichen pilaris est une simple modification de l'espèce précédente, dont elle ne diffère qu'en ce que les papules se développent sur des points de la peau traversés par des poils. 11 est plus grave et intéresse plus profondément le tissu cutané. Le bulbe des poils parait atteint. La durée de cette affection est habituellement fort longue.
Le lichen pilaris est pour nous de nature arthritique.
3° Dans le lichen circiimscriptiis, ce sont des faisceaux ou réunions de papules, de forme plus ou moins régulièrement arrondie. Ces plaques sont limitées par un bord bien marqué. Elles peuvent rester stationnaires pendant un temps variable, puis disparaître, ou au contraire s'étendre par la production de nouvelles papules à la circonférence ; dans ce dernier cas, leur centre se dégage par l'affaissement progressif des boutons, mais en conservant une teinte rouge et un aspect furfuracé.
Cette forme fait habituellement partie de notre lichen arthritique. D'autres fois, c'est une affection d'origine parasitaire.
A" Lichen agrius. C'est la plus grave de toutes les espèces de lichen, d'où est venu son nom (â^ptoç). Elle est souvent précédée de symptômes fébriles qui s'apaisent dès que l'éruption se montre. On trouve alors de larges plaques de papules nombreuses et confluentes, d'une coloration rouge vif, et reposant sur une surface érythémateuse souvent très-étendue. Ces papules produisent un prurit très-intense et parfois intolérable. Sous l'influence des grattages et autres moyens plus ou moins violents que le malade met en œuvre pour calmer la démangeaison, la rougeur de la peau augmente, et du sommet excorié des papules suinte un liquide qui ne tarde pas à se transformer en croûtes jaunâtres et d'aspect humide.
Le hchen agrius peut se terminer en quelques semaines ou persister pendant des mois et des années. Lorsqu'il a longtemps existé sur un même point la peau devient sèche, rugueuse, épaisse, sillonnée de rides profondes, surtout au niveau des parties mobiles.
Nous verrons que le lichen agrius de Willan correspond surtout à deux de nos espèces : le lichen scrofuleux et le lichen herpétique.
5° Lichen lividus. « Le docteur "Willan, dit Biett, a décrit sous ce nom une éruption de papules dont la couleur est rouge obscur ou livide. Cette éruption se manifeste principalement sur les extrémités et n'est point accompagnée de symptômes fébriles. Elle est sujette à se reproduire et se prolonge ainsi pendant plusieurs semaines. Les papules sont mêlées de taches violacées, livides, résistant à
la pression : ce qui indique l'affinitc ([ui existe entre le purpura et le liclien lividi-is. » Ces quelques lignes nous donnent le tableau, tracé de main de inaîlre, do l'une des variétés les plus remarquables de notre liclien artliri tique.
6° Le lichen tropicus, espèce particulière aux pays chauds, n'est, suivant toute probabilité, qu'un lichen de cause externe, une sorte d'exanthème sudoral prod uit par la chaleur.
7" Le lichen urlicatus, ainsi appelé par Bateman en raison de l'analogie qu'il présente avec l'urticaire, n'est en réalité qu'une forme de cette dernière affection.
Biett n'a fait que reproduire les divisions de Willan, bien que, dit-il, le nombre pourrait en être réduit.
M. Cazenave admet deux formes principales ; le lichen simples et le lichen agrius.
La première forme peut se présenter à l'état aigu ou à l'état chronique. A l'état aigu, dit l'auteur, les papules sont rouges, enflammées, accompagnées d'une chaleur et d'un prurit incommodes. Au bout de trois ou quatre jours, la rougeur diminue, il s'établit une légère desquamation furfuracée, et la maladie se termine avant la fin du second septénaire, à moins d'éruptions successives. Lorsque la maladie est chronique, ce qui arrive le plus souvent, les papules sont peu ou point enflammées, le plus ordinairement de la même couleur que la peau. Dans ce cas, la durée de la maladie est indéterminée. 11 y a épaississement plus ou moins considérable de la peau et production assez abondante de squames.
M. Cazenave rattache au lichen simplex, à titre de sous-variétés, les formes pilaris, lividus, circumscriptus, urticatus, que Willan et Bateman avaient placées sur la même ligne. Il ne décrit pas le lichen tropicus, mais ajoute aux variétés de l'auteur anglais une forme nouvelle, le lichen gyratus, caractérisé par la disposition rubannée de ses groupes papideux.
Enfin le strophulus, que Bateman considérait comme un genre à part, constitue pour M. Cazenave une variété de hchen particulière aux enfants à la mamelle, existant toujours à l'état aigu, et consistant dans une éruption de papules rouges, ou blanches, accompagnées de vives démangeaisons. 11 admet d'ailleurs les cinq variétés de strophulus reconnues par Bateman, à savoir :
Le strophulus intertinctus, dont les papules enflammées, éparses, sont entremêlées de taches érythémateuses;
Le strophulus confertiis , dont les papules sont plus petites et confluentes;
Le strophulus volaiilicus, dont les papules sont disposées par petits groupes peu nombreux, arrondis et répandus sur diverses régions ;
Le strophulus albidus, dont les papules sont blanches, et quelquefois entourées d'une légère auréole inflammatoire ;
Le strophulus candidus, dont les papules sont plus larges, et dépourvues d'inflammation à leur base.
J'adopte l'opinion de M. Cazenave pour ce qui concerne le classement anatomique du strophulus et sa réunion au genre lichen; mais j'attache fort peu d'importance aux divisions secondaires basées sur des différences d'aspect et de coloration. Le strophulus constitue pour nous, dans l'immense majorité des cas, une des premières manifestations de la scrofule.
La seconde forme de lichen admise par M. Cazenave est le lichen agrius, qui peut exister spontanément ou succéder au lichen simplex. La description qu'il en donne ne diffère pas sensiblement de celle que nous avons relatée plus haut, d'après Willan et Bictt,
Gibert admet toutes les variétés de Willan et Bateman, mais il rapproche le strophulus du lichen et décrit une variété nouvelle, qu'il désigne sous le nom de lichen acarique, et que nous retrouverons plus loin, lorsqu'il sera question du lichen artificiel ou de cause externe.
Indépendamment des iormes déjà nombreuses décrites par les auteurs anglais, Rayer a cru devoir établir quatre variétés de siège : le lichen de la face, le lichen des membres, le lichen des parties génitales et de l'anus, et le lichen du cuir cheveki.
Quelques mots sur chacune de ces variétés :
Le lichen de la face, dit Rayer, est commun pendant l'été chez les personnes dont la face est habituellement exposée aux ardeurs du soleil. 11 est caractérisé par une desquamation furfuracée décrite sous le nom de dartre farineuse ; lorsqu'il passe à l'état chronique, la peau devient jaunâtre, sèche et furfuracée : enfin, l'éruption augmente sous l'influence des boissons spiritueuses. Une lelle aifeclion rappelle assurément beaucoup moins le lichen qu'un pityriasis ou une acné rosacea.
Le lichen des membres, d'après le môme auteur, serait surtout fréquent sur les bras et les avant-bras des cuisiniers, que leur profession expose constannnent à une température très-élevée. 11 s'agit évid-emmcnt dans ces cas d'un lichen artificiel.
Quant au lichen des parties génitales et de la marge de l'anus, variété rebelle et souvent difficile à distinguer de l'eczéma, en raison du suintement qui s'y produit par le fait des grattages , nous pensons qu'il doit être rapporté à l'arthritis par sa nature, quelle que soit d'ailleurs en réahté sa forme primitive.
Enfin le lichen du cuir chevelu, tel que l'a décrit Rayer, ne nous paraît être qu'un pityriasis développé sur cette région.
Dans l'article qu'il consacre au lichen dans son Traité pratique des maladies de la peau, M. Devergie commence par s'élever hautement contre la définition des auteurs, en vertu de laquelle ils considèrent cette affection comme n'étant pas de nature contagieuse, et il cite à l'appui de sa manière de voir plusieurs exemples de transmission évidente, au moyen d'un contact plus ou moins prolongé. Nous ne croyons pas que M. Devergie ait rallié beaucoup de personnes à sa doctrine, du moins dans le sens absolu oii il l'a posée. Sans aucun doute, lorsque le lichen est symptomatique de la présence de l'acarus ou du tricophyton, on comprend la possibilité de sa transmission par le transport du parasite qui en est la cause matérielle et saisissable ; mais affirmer que cette affection est contagieuse dans tous les cas, que le Uchen constitutionnel, par exemple, peut se propager par simple contact d'un individu à un autre, c'est se mettre en contradiction manifeste avec l'expérience de chaque jour et les lois les mieux reconnues de la pathologie.
M. Devergie reconnaît des formes simples et des formes composées de lichen. Les formes simples sont nombreuses et se groupent autour de deux variétés principales : le lichen simplex et le lichen agrius.
Le lichen simplex se montre sous trois dispositions différentes : diffusas, circumscriptus, gyratus. Mais quelle que soit sa forme, il peut être discret ou confluent, aigu ou chronique, et lorsqu'il est confluent et chronique, il devient le Uchen agrius ferox. Il existe enfin, pour M. Devergie, deux autres variétés de lichen simplex, le lichen J9i7arw et le lichen lividus.
Le lichen agrius pourrait succéder au lichen simplex, comme il vient d'être dit,
ou se manifester d'emblée sous la forme qui lui est propre. Il serait alors caractérisé par l'existence de papules volumineuses dont la majeure partie doime lieu, avec le temps, à une sécrétion purulente à leur sommet, comme les pustules, par des démangeaisons beaucoup moins intenses que celles qui accompagnent le lichen simplex conlluent, par une ténacité très-grande, et enfin par son apparition chez des enfants doués d'un tempérament lymphatique.
Ce lichen agrius, qui pour nous constitue une affection scrofuleuse, pourrait d'ailleurs se présenter sous trois formes différentes : diffusus, cire umscrip tus et gyratus, c'est-à-dire dans les mêmes conditions que le lichen simplex.
M. Devergie admet enfin trois formes composées de lichen : le lichen urticant, le lichen eczémateux et le liclien herpétiforme.
Je me suis expliqué sur le lichen urticant, ou urticatus de Bateman, qui doit être rapporté au genre urticaire.
Le lichen eczémateux se montre à la partie externe des membres, sous forme de plaques arrondies, disséminées, sécrétantes, surtout au début; puis la sécrétion s'arrête peu à peu et l'état papuleux se dessine. Cette description répond de point en point à une variété de notre eczéma arthritique.
Enfin, le lichen herpétiforme, qui consisterait en des plaques nettement arrondies, parsemées de papules nombreuses, terminées par un bourrelet à tendance extensive, n'est autre chose à nos yeux qu'une affection symptomatique de la présence d'un parasite, le trichophyton tousurant.
B. Ecole d'Alibert. Alibert a placé le lichen dans sa famille des dermatoses scabieuses (voy. Historique du lichen), où il figure comme variété du genre prurigo sous le nom de prurigo lichénoïde ou furfurant.
M. Gintrac (de Bordeaux) admet un lichen aigu et un lichen chronique. 11 range la première espèce dans la classe des fièvres éruptives et des exanthèmes aigus, et la seconde dans la classe des maladies cutanées chroniques. Les variétés de forme et de siège sont les mêmes que celles des Willanistes.
Le lichen aigu, selon M. Gintrac, se développe en général chez les individus soumis à l'action d'une forte chaleur, chez les forgerons, les cuisiniers, les faucheurs ou les laboureurs, etc., etc.; nous retrouverons cette espèce dans l'histoire du lichen artificiel. Quant au strophulus, ou lichen aigu de la première enfance, qu'il rattache au travail de la dentition, à un dérangement des voies digestives, à une mauvaise alimentation, nous ne pouvons y voir qu'une manifestation scrofuleuse provoquée par une influence occasionnelle.
Enfin nous savons que, pour M. Hardy, le lichen n'a plus d'existence distincte et qu'il va se confondre avec l'eczéma, l'impétigo, le pityriasis et le psoriasis, pour former cette sorte de combinaison dartreuse dans laquelle chacune de ces affections joue un rôle assez difficile à déterminer. Ajoutons cependant que quelques débris du lichen échappent, sous le nom de strophulus, au naufrage général du genre, pour figurer plus loin dans la classe des maladies cutanées accidentelles, entre le zona et le prurigo; mais le strophulus de M. Hardy n'est pas le strophulus de Bateman, c'est tout simplement im prurigo ou un lichen de cause externe. Ce qu'il décrit sous le nom de lichenhypertrophique n est que les mycosis fongoïdes générahsés. (Voir Mycosis.)
Telles sont les espèces et variétés de lichen admises par les auteurs. Je les livre à l'appréciation du lecteur sans autre commentaire ni réflexion critique que l'exposé qui va suivre.
m. Du LICHEN CONSIDÉRÉ COMME AFFECTION SPÉCIALE {séméiotique cutanéc spé-
ciale). Il existe pour moi deux grandes classes de lichens, les uns de cause externe, les autres de cause interne.
Le lichen de cause externe est du, soit à l'action sur la peau de substances irritantes, soit à la présence de parasitas végétaux ou animaux, d'où les deux espèces suivantes : lichen artificiel, lichen parasitaire.
Le lichen de cause interne peut être symptoiuatique de quatre maladies constitutionnelles : la scrofule, l'arlhritis, la dartre et la syphilis.
Le tableau suivant donne l'énumération de toutes les espèces et variétés comprises dans ces deux classes :
LICflr-N DE CAUSE EXTERNE.
1" Artificiel. . . . Agents irritants.
2* Parasitaire . . A '"^''"■"l"c (^'c^''"» ^^al^iei, rouget). ( tnchopliylique.