‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.54Chapitre 83 sur 86 · LITTRE · texte numérisé non relu

LITTRE

à sa base d'une dilatation du réceptable ou du pédoncule. Ce sont des arbres aromatiaues de l'Asie et de l'Australie. Le L. cjlauca Nées est le Camphora glauca Don ; il produit une huile camphrée très-odorante. LeL. Myrrha Nées et le Laurus Myrrha LouR., ou Arbre à Myrrhe de la Gochinchine, dont le suc résineux s'emploie comme anthelminthique, excitant,- emménagogue. A Java, il y a un Litsea qui donne une sorte de cire. Blum l'a nommé L, Sebifera. Les L. Thiyyibergi Sieb. et monopetala Roxb. sont des Tetranthera. {Voy. ce mot.) Le L. Zerjlanica J. est le Cannellier-Tambour. H. Bn.

îuss., in Dict. des se. nat., XXVIl, 79 (part.). — Nées, Stjst. Launn., 6'21. — Endl., Gen., n. 2066. — Meissn., in DC. Prodrom., XV, sect. I, 220. — Guib., Drog. simpl., éd, 4, II, 374. — RosENTU., Synops. plant., diaphor., 236.

tïTTORTOE {Littoralis, qui vit sur le rivage). Genre de mollusques gastéropodes univalves, établi par de Férussac aux dépens des Paludines. Ces mollusques ont une coquille ovale et un peu globuleuse, à spire ne dépassant pas la longueur du dernier tour; l'ouverture est généralement semi-lunaire. L'animal rampe au moyen d'un pied ovalaire, arrondi, court, entièrement caché par sa coquille; en avant est une grosse tête, ridée en travers, fendue dans toute sa longueur par la bouche; à l'extrémité postérieure du pied, on trouve un opercule corné, avec une faible spire et pouvant boucher la coquille. La cavité cervicale de l'animal présente en avant adroite l'anus et les organes génitaux, et, à gauche, un organe branchial assez développé.

Les Littorines s'éloignent des Trochus et des Turbo et sont voisines des Paludines, des Scalaires et des Turritelles d'après Deshayes. Ces mollusques marins, communs sur nos côtes, vivent attachés aux rochers près du niveau de la mer et reçoivent l'eau des marées ainsi que celle des pluies. Les habitants du littoral les mangent après les avoir fait bouillir dans l'eau salée. {Voy. Mollusques.)

A. Laboulbènê.

lilTTBE (Alexis). Un des anatomistes les plus méritants de la France, né à Cordes (Tarn-et-Garonne), le 21 juillet 1658, mort à Paris le 4 février 1726, et enterré à Saint-Merri. Il fut successivement professeur libre d'anatomie pendant quinze ans à Paris, licencié en médecine (2 août 1690), docteur en médecine de la faculté de Paris (25 janvier 1691), membre de l'Académie des sciences (1699). Passionné pour les recherches anatomiques, on le vit, en 1684, disséquer à la Salpètrière plus de deux cents cadavres, nombre vraiment extraordinaire, à une époque oii il était si difficile d'obtenir des sujets d'études. On le vit encore, inquiété, traqué par les chirurgiens et les médecins, se réfugier dans le Temple, et là, protégé par \e grand-prieur, se livrer encore à son étude favorite. Alexis Littre n'a laissé, je crois, aucun ouvrage, mais il a enrichi les recueils de l'Académie des sciences d'un grand nombre de mémoires et observations qu'il est bon de rappeler :

I. Observation sur une espèce de hernie, in Ibid., 1700, p. 300. — II. Description de l'urèthre de Vhomme. Ibid., p. 311. — III. Observation sur un fœtus humain monstrueux. Ibid., 1701, p. 90. — IV. Observations sur les ovaires et les trompes d'une femme, et sur un fœtus trouvé dans l'un de ses ovaires. Ibid., 1701, p. 111. — V. Observations sur le corps d'une femme grosse de huit mois de son premier enfant, vwrte subitement d'une chute. Ibid., 1701, p. 294. — VI. Observation sur deux pierres trouvées dans les parois de la vessie d'un garçon de vingt ans. Ibid., 1702, p. 26. — VII. Observation sur un fœtus humain trouvé dans la trompe gauche de la matrice. Ibid., 1702, p. 208. — VIII. Histoire d'un fœtus humain tiré du ventre de samère par le fondement. Ibid., 1702, p. 234. — IX.

Liiviiunii,. 739

Obsei-vation sur une hydropisie particulière. Ibid., 1703, p. 90. — X. Observations sur des plaies de ventre. Ibid., 1705, p. 32. — XI. Observations sur les reins d'un fœtus de neuf mois. Ibid., 1705, p. 111. — XII. Observations sur la matrice d'une fille de deux mois. Ibid., 1705, p. 582. — XIII. Observation sur la glande pituitaire d'un homme. Ibid., 1707, p. 125. — XIV. Observation sar une hydropisie du péritoine. Ibid., 1707, p. 502. — XV. Sur un fœtus humain monstrueux. Ibid., 1709, p. 9. — XYI. Observations sur la gonorrhée. Ibid., 1711, p. 1799. ~ XVII. Observation sur une espèce d'enflure appelée emphijsème. Ibid., 1713, p. 5. — XVIII. Sur Vhydropisie appelée tympanite. Ibid., 1715, p. 255. — XIX. Sur une hernie rare. Ibid., 1714, p. 200. — XX. Sur des vaisseaux jmrticuUers observés dans les corps morts deperte de sang. Ibid. 1714, p. 327. — XXI. Sur une difficulté d'avaler. Ibid., 1710, p. 185. — XXII. Observation d'un fœtus monstrueux qui n'avait qu'un œil. Ibid., 1717, p. 285. — XXIII. S'il y a du danger de donner par le nez des bouillons, de la boisson, ou tout autre liquide. Ibid., 1718, p. 298. — XXIV. De la dissolution des pierres de la vessie dans les eaux communes. Ibid., 1720, p. 450. A. Ch.

lilvÊCHE {Levisticiim Kocn) . Genre de la famille des Ombellifères, établi par Koch pour une seule espèce, h Levisticum officinale {Ligusticiim levisticum L.), détachée du genre Licjusûcum de Tournefort et de Linné. Les caractères génériques sont ainsi indiqués par Koch : calice à limbe presque nul ; pétales orbiculaires, entiers, portant un lobule infléchi en dedans; fruit coniprimé à section transversale ovale; méricarpes à 5 côtes membraneuses ailées, les 5 dorsales égales et rapprochées entre elles, les 2 latérales plus distantes et plus largement ailées que les autres ; une seule bandelette résineuse dans les valléculcs ; involucrcs et involucelles polyphyllcs.

L'espèce unique de ce genre, X^Livêche ou Ache des viontaçines, croît dans les Pyrénées, les Cévennes, les Alpes de Savoie, les Apennins et la Transyh unie. Dans les régions plus septentrionales, elle est fréquemment cultivée dans les jardins, et se trouve même quelquefois subspontaaée en Allemagne et en Suisse. Elle se fait remarquer par sa tige épaisse et iîstuleuse, haute de 4 à 5 pieds, garnie à son sommet de rameaux opposés ou verticillés. Ces rameaux portent des ombelles de 6 — 12 rayons, terminés par des ombellules denses, à fleurs brièvement pédicellées, jaunes verdùtres. Les feuilles sont grandes, d'un vert luisant, bi ou tripinnatiséquées, à segments rhomboïdaux, larges, cunéiformes à la base, incisés, lobés dans leur moitié supérieure.

La Livêche donne à la matière médicale ses fruits aromatiques et surtout ses racines vivaces, qu'on récolte quand la plante a 2 ou 3 ans et qui se \ endent en morceaux généralement coupés en deux dans leur longueur. L'écorce est à l'extérieur d'un gris brun, profondément marquée de sillons longitudinaux, et çà et là de cicatrices irrégulières, provenant de la chute des rameaux latéraux. La coupe transversale montre une partie corticale, dont la largeur égale à peu près la moitié du rayon et qui, par le ramollissement dans l'eau, devient plus épaisse que le bois. Cette écorce, d'un blanc sale, est parcourue dans la partie intérieure par des lignes rayonnantes brunes, qui se rapprochent près de la couche génératrice de manière à former une zone continue de couleur brunâtre : ces lignes contiennent un nombre considérable de vaisseaux remplis d'une substance oléo ou gommorésineuse. Le corps du bois est spongieux, formé d'un grand nombre de faisceaux ligneux jaunâtres, ayant l'aspect de feuillets distincts, minces, rayonnant vers l'extérieur, anastomosés entre eux vers la partie médullaire. La racine sèche conserve une odeur agréable : elle a une saveur aromatique sucrée et en même temps un peu acre. Elle contient de la résine, une huile essentielle qui lui donne son odeur particuhère, du sucre, de la pectine, de l'acide malique (surtout au moiuciit de la floraison) et de l'acide angélique.

740 LOBB,

La Livêche est entrée dans la thérapeutique couime stimulante, stomachique et eniménagogue. (Infusion de racine, de semences et de feuilles, 10 à 15 grammes par kilogramme d'eau; extrait, 2 à 4 grammes; teinture, 2 à 6 grammes.)

KocH. Umbell., 101, fig. 41. — DC. Prodr., IV, 165. — Berg et Smidt. Offizinelîe Gew«cÂse, IV, planche 26 d. Pl.

LIVIDITÉS». Taches de couleur violelte plus ou moins foncée. Sur l'homme vivant, les lividités se confondent avec les ecchymoses, les extravasations sanguines (voy. Blessures, Contusion, Ecchïsioses) ; mais on réserve plus spécialement cette dénomination à des taches qui apparaissent sur le cadavre et qui sont connues en anatomie pathologique et en médecine légale sous le nom de lividités cadavériques. [Voy. Cadavres.) A. D.

irLAiviAPAiviii. Voy. MUCUNA.

LLËDoniE. Voy. Micocoulier.

lilO 'E.vux MINÉRALES de), hypotheriiiales, sulfurées sadiques faibles, azotées faibles.

Dans le département des Pyrénées-Orientales, dans l'arrondissement de Prades, à 1 kilomètre du village qui leur a donné son nom, émergent du granit les trois sources de cette station. Leurs eaux ont les mêmes propriétés physiques et chimiques, à l'exception de leur température qui varie de 27", 5 centigrade à 29°, i centigrade. La source principale, dont le débit est le plus abondant, se nomme ]a.source deLlo. L'analyse chimique de ces sources n'est pas bien connue; Anglada a indiqué seulement la richesse quantitative du sulfure de sodium, du sulfate de chaux, du chlorure de calcium, de la barégine et du gaz azote que ces eaux renferment.

Cet auteur ajoute que les eaux des sources de Llo ont une composition élémentaire à peu près pareille aux sources à'Escaldas {voy. ce mot), éloigné pourtant d'un peu plus de 16 kilomètres.

L'eau de Llo est employée en boisson ; on l'utilise quelquefois en bains généraux ; les habitants du pays s'en servent aussi pour le blanchissage de leur linge, auquel elle communique une extrême blancheur. Les maladies de la peau et des membranes muqueuses sont celles qui sont traitées avec le plus de succès à la station de Llo, qui n'occupe certainement pas le rang qu'elle mérite et qu'elle aura le jour oiî une administration éclairée voudra exploiter convenablement ses eaux minérales. A. R.

LOBAIRE^!» (Artères). Voy. Carotide interne et vertédrale (Artères).

LOBB (Théophile), médecin anglais né en 1678 ; il pratiqua à Londres et mourut en 1763. Lobb s'est fait connaître par des ouvrages justement estimés, et qui portent ces titres :

I. A Treatise on Ihe Small-pox, in iwo Paris London, 1731, in-8°. Traduit en français sous ce titre : Traité de la petite vérole, jmr Théophile Lobb. Traduit de l'anglais sur la seconde édition par M. B. P. (Boyer de Prébrandier), docteur en médecine. Paris, 1749, in-12, 2 vol. — II- National Methods of curing Fevers, deduced from the Structure of Human Bodij. Lond., 1754, in-8°. — III. Practical Treatise of Painful Distempers, with some Effectuai Methods in curing theni. Lond., 1739, in-8°. — IV. A Treatise on dissolvants ofthe Stone, and curing the Stone and Goût by Aliments. Lond., 1739, in-S". Trad. franc. Paris, 174i, )n-12. — V. An Address to the Faculty of Physic relating to miss Stephen's Médecine. Lond., 1739, in-S". — VI. Letter Relative to the Plague and the Contagions Distempers. Lond., 1745, in-4*. — VII. Compendium of Practice of Physik. Lond., 1747, in-8°. A. C.

LOBÉLIE (botanique). 741

LOBEL (Matthieu de). Tout Je momie connaît celle charmante plante de la famille des Campanulacées, appelée lo&e/m. Plumier, en adoptant ce nom, a voulu rendre hommage aux travaux de Matthieu de Lobel, qui s'est montré en effet, au seizième siècle, un botaniste distingué, à une époque où cette science ne reposait guère que sur les livres de Dioscoride et de Matthioli. La vie de Lobel fut assez agitée. Né à Lille, en 1558, de Jean de Lobel, jurisconsulte distingué, on le voit se faire recevoir docteur à Montpellier, voyager ensuite en Allemagne, en Suisse, dans le nord de l'Italie, pratiquer la médecine à Anvers, à DeUt, être attaché au prince d'Orange, se rendre ensuite en Angleterre, parcourir le pays en herborisateur, être honoré de l'amitié du roi Jacques, et mourir à Highgate, le 2 mars 1616, âgé de soixante-seize ans. Voici les titres des ouvrages qu'il a laissés et qu'on recherche encore aujourd'hui.

I. Stirpinm adversaria nova. Loncl., 1570, in-fol., etc. — II. Piantarum seu slirpium hisloria, cui annexum est adversariorum volumen. Anvers, 157G, iu-fol., 14H0 figures. — m. Icônes stirpium, seu plantariun tam exoticarum quam indlgcnamm, in diias partes dhjestœ. Anvers, 1581, in-i», 2116 figures. —IV. Balsami, opobalsami, carpohahami, et xylobalsami citm siio cortice explafiatio. Loncl., 1598, in-4°. — V. Slirpium illustrationes plurimas élaborantes inatiditas plantas. J. Parkinsonii rapsodiis sparsim gravatœ. I.ond., 1655, in-4'>. — VI. Nova stirpium adversaria; aucl. Pet. Pena et Matt. de Lobel. 1576, in-fol. A. C.

LOBÉLIE (Lo&eZiaL.). §1. Botanique. Genre de plantes, à coroUe gamopétale, qui a donné son nom au groupe des LobL'liacées. Les Lobéliacées, considérées par beaucoup d'auteurs comme formant une famille distincte, sont simplement des Campanulacées à corolle irrégulière et ne doivent pas plus être séparées des Campanulacées que les Rhododendrées des Éricacées, les Chicoracées des Composées, etc. Les Lobélies ont les fleurs irrégulières, hermaphrodites et résupinées. Leur réceptacle est concave et porte dans sa concavité un gynécée en partie inière, et, sur ses bords, un périanthe à verticilles pentamères. Le calice est gamosépale, à lobes presque égaux. La corolle est gamopétale, ordinairement allongée et tubuleuse, irrégulière. Son tube est ordinairement fendu jusqu'à la base du côté antérieur de la fleur. Quant à son limbe, il forme deux lèvres, la postérieure composée de trois lobes, l'antérieure, de deux ; ces lobes sont valvaires dans la prélioraison, ou plus ou moins indupliqués. Les étamines sont au nombre de cinq, alternes avec les divisions de la corolle sur laquelle elles ne s'insèrent pas. Portées ]iar le réceptacle, elles se composent chacune d'un blet aplati à sa base et d'une anthère biloculaire, introrse, s'ouvrant par deux fentes longitudinales, plus ou moins barbue. Les anthères sont très-souvent syngénèses, c'est-à-dire unies entre elles pai' leurs bords en une sorte de tube qui entoure le style. Le gynécée se compose d'un ovaire en partie infère, surmonté d'un style dont l'extrémité sligmatique est plus ou moins bilobée ou déprimée en forme de sac et renferme à l'intérieur les papilles stigmatiqucs. L'ouverture est entourée d'une couronne plus ou moins développée de poils. L'ovaire est ordinairement à deux loges, l'une antérieure et l'autre postérieure; et chaque loge contient, dans son angle interne, un gros placenta chargé d'un nombre indéfini d'ovules auatropes. Le fruit est une capsule loculicide, dont la déhiscence, souvent incomplète, commence parla partie supérieure et s'étend souvent dans une portion variable de la cloison. Les graines sont nombreuses et renferment, sous leurs téguments, un embryon charnu dont l'axe est occupé par un embryon à cotylédons courts. Les Lobélies sont des herbes, annuelles ou %ivaLes, qu'on trouve dans toutes les régions tropicales et sous-tropicales du globe, surtout dans l'Amérique équinoxiale. Leurs feuilles sont alternes, sira-

742 LOBÉLIE (botanique).

pies, sans stipules. Leurs fleurs sont ordinairement disposées en grappes ou en épis ; leur pjdiccllc se tord un peu avant l'époque de l'épanouissement, et la lèvre inférieure de la corolle devient de la sorte supérieure. Presque tous les organes des Lobélies sont gorgés d'un latex blanc ou jaunâtre auquel ces plantes doivent leurs propriétés acres et vénéneuses. Plusieurs espèces doivent être étudiées comme poisons ou comme médicaments.

I. LoBÉLiE BRULANTE {Lobella urcns \j.,Spec., 1521). Cette espèce indigène est une herbe vivace, haute de 2 à 5 ou 6 décimètres. Sa tige est dressée, anguleuse, feuillée, pubérulente ou glabrescente, simple ou rameuse. Ses feuilles sont variables de forme : les radicales sont ovales-oblongues, atténuées inférieurement en pétiole, réunies en rosette lâche; les cauhnaires sont ovales-lancéolées et sessiles. Toutes sont découpées sur les bords en dents inégales et brièvement pubérulentes. Les fleurs, d'un bleu clair ou légèrement violacé, sont nombreuses, réunies en une longue grappe terminale. Leur pédicelle est plus court de moitié que leur tube calicinal. Les bractées dont elles occupent l'aisselle sont linéaires, égales au pédicelle et aucahce. Le tube réceptaculaire est étroit, allongé. Les sépales sont acuminés, linéaires ; ils n'arrivent pas jusqu'au milieu de la hauteur de la corolle. Celle-ci a un tube en entonnoir, et cinq lobes lancéolés, aigus, presque égaux. Elle est pubérulente, ainsi que les anthères. Cette espèce croît dans les endroits humides, dans les landes des marais ; elle est commune dans le centre et dans l'ouest de la France, rare dans les environs de Paris; elle fleurit à la fin de l'été. Sa saveur est extrêmement acre et brûlante; et ce caractère suffirait à la distinguer de la Pelite-Centaurée avec laquelle on dit qu'on l'a parfois confondue avant la floraison et dont le goût est simplement amer. D'ailleurs, elle a des feuilles opposées et non alternes comme celles du Lobelia urens. ■

II. L. SYPHILITIQUE (L. sypIiUUica L., Spec, 1502). Cette espèce est herbacée, vivace. Sa tige est haute d'un quart à un demi-mètre, anguleuse, velue, principalement dans sa portion inférieure. Ses feuilles sont alternes, sessiles, rapprochées, étalées, irrégulièrement lancéolées. Ses bords sont irrégulièrement sinueux et denticulés. Les fleurs sont d'un bleu plus ou moins violacé, solitaires à l'aisselle des feuilles ou des bractées qui les remplacent dans les portions supérieures. Elles ont un court pédoncule, et leur réunion forme au sommet des branches une longue grappe feuillée. Leur réceptacle a la forme d'une coupe assez profonde dont la moitié environ de l'ovaire occupe la concavité, l'autre moitié étant libre. Sur les bords de cette coupe s'insère un calice à cinq sépales lancéolés, très-aigus, foliiformes, ciliés, se prolongeant au-dessous de leur insertion sur le réceptacle, et formant, par le rapprochement de leurs bords, de profondes gouttières. La corolle est allongée, gamopétale, tubuleuse, un peu dilatée à la base, arquée dans sa portion supéi'ieure, irréguhère, bilabiée, une de ses lèvres étant formée de trois lobes, et l'autre, l'inféi^ieure, de deux lobes ; de plus, elle est fendue inférieurement dans toute sa longueur. Les étamines sont unies, et par leurs anthères, et par une portion de leur filet ; on les dit symphysandres. Elles viennent faire saillie en haut, au-dessus du limbe de la corolle. Leurs filets sont blanchâtres ou violacés, libres seulement dans leur portion inférieure, là où ils sont le plus larges et le plus membraneux. Leurs anthères forment, par leur rapprochement, un tube court, arqué ; deux d'entre elles, les supérieures, sont un peu plus longues que les autres; elles sont surmontées d'un petit pinceau de poils. L'ovaire est biloculaire; il s'atténue supérieurement en un style cylindrique, glabre, un peu plus long

LOBÉLIE (botanique). 745

que les étamines, dans le tube desquelles il esl longtemps renfermé. Il se recourbe et se renfle un peu à son sommet; là il présente un orifice bordé de deux petites lèvres, l'une supérieure et l'autre inférieure, entouré d'un petit cercle de poils blanchâtres et soyeux. L'orifice donne accès dans une cavité stigmatifère assez profonde. Dans cliaque loge de l'ovaire ou observe sur la paroi interne un gros placenta axile, chargé d'un nombre indéfini de petits ovules anatropes. Le fruit est une capsule anguleuse, munie à sa base du réceptacle persistant, et, plus haut, des débris du calice. Elle s'ouvre, dans sa partie supérieure, par deux fentes verticales qui, non-seulement descendent jusqu'à une certaine distance du sommet des parois, mais encore partagent supérieurement la cloison en deux portions qu s'écartent l'une de l'autre en laissant entre elles un large sinus à concavité supérieure. La Lobéhe syphilitique est originaire de l'Amérique septentrionale. Kalni, dit-on, l'y a le premier observée, dans les forêts marécageuses. Elle croît depuis la CaroUne jusqu'au Canada et aussi dans les environs de la Nouvelle-Orléans. Le Rapunlium syphiliticum de Miller {Dict., n. 2) se rapporte à cette espèce. Toutes ses parties sont excessivement acres; elles contiennent un latex abondant, de couleur jaune pâle. On en distingue plusieurs variétés : le Ludoviciana, dont les feuilles sont glabres et presque entières, et le macidata, dont les feuilles, tachées de brun, sont finement denticulées.

III. L. CARDINALE (L. cardiiialis L., Spec, 1500). Cette espèce, dont toutes les parties sont finement pubescentes, a une tige simple dressée, des feuilles oblongues-lancéolées , atténuées aux deux extrémités, aiguës, irrégulièrement dentées. Les fleurs sont disposées en grappes allongées. Les bractées, lancéolées, étroites, sont découpées en dents en scie glanduleuses. Les inférieures sont plus longues que le pédicelle de la fleur axillaire; les supérieures sont plus courtes. La fleur a un calice à sépales linéaires-lancéolés, acuminés, plus longs que le réceptacle hémisphérique qui les supporte. La corolle, d'un rouge éclatant, est à peine plus longue que les sépales. Les étamines sont exsertes, et les anthères des inférieures sont barbues. Cette plante est le Rapimtium cardinale de Pursh {Prodr. Lobel., 26) et le Flos cardinalis Barberini de Hernandez {Mex., t. 880). Elle se trouve dans les régions méridionales de l'Amérique du Nord, depuis la Caroline jusqu'à la Nouvelle-Angleterre.

IV. L. ENFLÉE (L. inflata L., Spec., 1320). La tige de cette espèce se présente avec des dimensions très-variables, tantôt haute de 2 à 4 décimètres et souvent alors simple, tantôt haute de près de 1 mètre, et alors ramifiée. Ses racines sont fibreuses. Sa tige est dressée, angulaire, couverte de poils. Les feuilles sont également velues, ovales, découpées en dents de scie ; elles n'ont pas la même forme sur toute l'étendue de la tige. Ainsi, les inférieures sont oblongues, obtuses, avec un pétiole court, et les moyennes sont ovales-aiguës, sessiles. Les fleurs sont réunies eu grappes, avec des pédicellesplus courts que les bractées, qui sont 'acuminées. Le réceptacle est glabre, ovoïde. Les sépales sont subulés, linéaires, presque égaux en longueur à la corolle, qui est d'un bleu teinté de pourpre, et dont les divisions sont inégales. Les anthères sont purpurines, unies en un tube pourpré, avec des filets blancs. Le style est filiforme, ai-qué et caché par les anthères dans sa portion stigmatique. Le fruit est une capsule biloculaire, turgide, ovale, comprimée, couronnée par le calice et portant dix angles saillants. Les graines sont nombreuses, petites, brunes. Toute la plante est gorgée d'un latex extrêmement acre. C'est le Rapuntiuni inflatiiin de Miller [Dict., n. 5). Elle croît communément dans les champs et sur les bords des routes, dans l'Amérique du

744 LOBÉLIE (emploi médical).

Nord, depuis le Canada jusqu'à la Caroline et au Missouri. On l'appelle aux États- Unis Indian Tobacco.

V. Les Lobelia spendens W. {Hort. berol., t. 86), fulgens W. {loc. cit., t. 85), espèces mexicaines, voisines du L. cardinalis, servent aux mêmes usages que lui. Le L. decurrens Cav. (Icon., VI, 13, t. 521), du Chili, est employé dans son pays natal comme fébrifuge. Au Brésil, on considère comme narcotiques, vénéneux, le L. coccinea W. ; aux Antilles, les L. cirsiifolia\jtMK, et stricta Lev. passent pour avoir les mêmes propriétés. LeL. Dortmanna L., espèce voisine du L. urens et qui croît, comme lui, en Europe, n'en diffère pas non plus par ses propriétés.

Le L. longiflora L. est un Isotoma.

Le L. Feuillœi L. est un Tupa.

Les L. barbata Cav. et Caoutschoiic H. B. K. sont des Siphocampylus .

H. Bn.

L., FI. lappon., 227; Gen., n. 1006 (part.). — Juss., Gen. platit., 165. — Lame, Dict, III, 581. — Mer. et Del., Dict., IV, 136. — Guib., Drog. simpl, éd. i, III, 9. — Rich. (A.), in Dict. de mécl. (en 30 vol.), XVIII, 174 ; Elém, éd. 4, II, 28. — A. DC, Prodr., VU, 357. — BiGEL., Med. Bot., I, t. 19. — Lindl., FI. med., 403. — Pereiba, Elem. Mat. med., éd. 5» II, p. II, 8. — RosENTH., S]jn. pi. diaph., 314. — Cazin, PL méd. indig., éd. 5, 599. — H. Bn, ap. Payer, Fam. nat., 248.

g II. Emploi médical. On emploie principalement la lobélie enflée et la lobélie syphilitique.

4" Lobélie ENFLÉE. Lobelia inflata; Indian Tobacco des Anglais.; asthmaweed, herbe à l'asthme ; emetic weed, herbe émétique.

Pharmacologie. Toutes les parties de cette plante possèdent une grande activité, qui paraît due principalement à un alcaloïde particulier, la lobéline, dont il sera question plus loin. Les parties les plus actives sont les semences; viennent ensuite la racine; puis les feuilles. Ce sont ces dernières néanmoins qui sont le plus usitées.

Les feuilles de lobélie enllée sont récoltées en Amérique aux environs de New- Labanon, au mois d'août, et mises sous forme de carrés longs comparables à ceux du tabac de Virginie livrés par la Régie, fortement comprimés et du poids de 250 à 500 grammes. Telles qu'elles arrivent en France, elles sont d'un vert jaunâtre, mélangées d'une assez forte proportion de pédoncules d'une odeur légèrement aromatique, d'un goût un peu acre, rappelant celui du tabac. Fumées dans une pipe, comme les emploient les sauvages de l'Amérique du Nord, elles ont encore une saveur et une odeur analogues à celles du tabac, mais plus douces.

Ces feuilles s'emploient : En poudre, rarement prescrite ;

En fumigations : dans une pipe, ou sous forme de cigarettes;

En infusion : 25 à 50 centigrammes, 1 ou 2 grammes pour une quantité d'eau susceptible de varier, selon que l'on veut en faire une potion ou une tisane ;

En teinture : teinture éthérée, peu usitée; teinture alcoolique, laquelle est le mode d'administration le plus ordinaire de la lobelia inflata.

La pharmacopée des États-Unis donne pour formule de la teinture de Lobélie : Lobelia inflata (feuilles), 120 grammes; alcool dilué, 900. — Si nous suivions les prescriptions du codex français, nous préparerions dans les proportions de 1 partie de feuilles et 5 parties d'alcool à 85". — Mais pour cette teinture comme pour d'autres analogues à base de feuilles ou de fleurs, la quantité d'alcool est vraiment insuffisante, et je conseille de préparer, avec les proportions de 1 de feuille et 10 d'alcool, la teinture de lobélie enflée.

LOBÉLIE {emploi médical). 745

Il y aurait lieu de mettre au nombre des préjjaralious officinales de Lobelia inflata la teinture alcoolique des semences, et de l'expérimenter comparativement avec la teinture des feuilles.

Analyse chimique; Lobéline. La lobélie enflée contient, d'après Procter: un principe odorant volatil (huile essentielle?), un alcaloïde spécial, la lobéline, signalée antérieurement par Reinsch et par Colhoun; un acide spécial (déjà reconnu par Pereira), l'acide lobélique ; une huile fixe, presque incolore, très-siccative ; une résine ; de la gomme; de la chlorophylle ; du ligneux ; des sels de chaux et de potasse et de l'oxyde de fer.

Procter a obtenu la lobéline en traitant les semences avec de l'alcool acidulé au moyen de l'acide acétique, pour enlever le principe acre ; la teinture fut ensuite évaporée. L'extrait résultant lut trituré avec de la magnésie et de l'eau, et, après une agitation répétée pendant (Quelques heures, la liqueur, tenant la lobéline en dissolution, fut filtrée ; celle-ci fut ensuite reprise par l'éther, et la nouvelle solution, après avoir été bien décantée, fut abandonnée à l'évaporation spontanée. Le résidu, qui était d'une couleur rouge brunâtre et de la consistance du miel, fut débarrassé de sa matière colorante en le dissolvant dans l'eau et en y ajoutant un petit excès d'acide sulfurique, faisant bouillir avec du charbon animal, et saturant avec la magnésie. Après filtration, agitation avec l'éther et évaporation de celui-ci, le licfuide restant est la lobéline.

William Bijislick, de Londres, ignorant sans doute le procédé de Procter, a publié, en décembre 1850, un procédé pour l'obtention de la lobéhne, en faisant macérer pendant quarante-huit heures 2 livres de la plante dans un gallon d'alcool auquel on a préalablement ajouté 5 onces d'acide sulfurique ; il traite ensuite par la cliaux caustique en poudre, et, après différents lavages, par une solution concentrée de carbonate de potasse. On traite alors par l'éther, et l'on obtient la lobéhne comme dans le procédé de Procter. (Victor Guibert, Hist. nat. etméd. des nouveaux médicaments, etc., Bruxelles, 1860.)

La lobéline ressemble, dit-on, par plusieurs de ses propriétés, à l'hyoscyamine. Elle en diffère, cependant, en ce qu'elle est liquide et incristallisable. Sous ce rapport, elle se rapproche plutôt de la nicotine, avec laquelle, d'ailleurs, elle a aussi des analogies d'action pharmacodynamique. La lobéline se présente sous forme d'une huile visqueuse, un peu jaunâtre, plus légère que l'eau, à réaction fortement alcaline, d'une odeur aromatique qui rappelle celle de la plante. Elle est volatile (Procter, Bastick), mais finit par s'altérer en se volatilisant. (Pereira.) Elle est un peu soluble dans l'eau, et complètement dans l'alcool et dans l'éther, Les alcalis caustiques la décomposent. Elle forme des sels solublcs et cristallisables avec les acides sulfurique, azotique, chlorhydrique, et un sel double mais incristallisable avec l'acide acétique. Le tannin précipite la lobéline et ses sels. La chaleur décompose la lobéline ; mais lorsqu'elle est combinée avec un acide, elle peut supporter l'ébullitlon sans être altérée.

La lobéline est très-toxique, dès la dose de 1 à 5 centigrammes ; elle hyposthénise profondément les sujets de l'expérience ; elle dilate la pupille. (Procter.) Historique. La lobéhe enflée jouissait depuis longtemps d'une réputation populaire aux États-Unis ; mais elle y était surtout connue, et employée par les indigènes, pour ses propriétés vomitives, lorsque vers 18201e docteur Cutler la recommanda spécialement contre l'asthme, après en avoir fait l'épreuve avec succès sur lui-même. Bientôt de nombreux travaux, publiés dans les journaux de médecme des États-Unis, d'Angleterre et d'Allemagne, confirmèrent les propriétés

746 LOBÉLIE (emploi médical).

anti-asthmatiques de cette plante, et étendirent encore le cliamp de ses applications. Elle restait presque complètement méconnue en France ; on ne pouvait guère citer, à son sujet, qu'une notice de Bidault deVilliers {Nouvelle Bibliothèque médicale, t. Y, p. 226) ; l'article succinct de Mérat et Delens, dans leur Dictionnaire de matière médicale (tome IV, 1852), suivi de quelques renseignements nouveaux dans leur Supplément (1846); une note de Sigmond, sur les propriétés des Lobelia inflata etsyphilitica, dans le Journal de chimie médicale (1855, t. IX, p. 587). Enfin, en 1860, le docteur Michéa publia dans le journal VObservation un fait constatant l'efficacité de la lobelia inflata contre l'asthme ; et en 1864 parut dans le Bidleti^i général de thérapeutique le mémoire du professeur Barrallier, de Toulon, sur les effets physiologiques et l'action thérapeutique de la lobelia inflata, mémoire le plus important quiait été jusqu'ici publié en France sur cette question, et doublement intéressant par les expériences propres à l'auteur, et par les renseignements qu'il contient sur les diverses et récentes applications du médicament dont il s'agit. Aussi est-ce principalement à cette dernière source que nous puiserons pour la rédaction du présent article.

Action rnysioLOGiQUE. Dans les expériences physiologiques instituées sur l'homme pur Barrallier, la teinture de lobélie étant administrée depuis 25 centigrammes jusqu'à 2 grammes, toujours en une seule dose et le matin à jeun sur des sujets sains, les phénomènes observés ont été : une sensation de picotement désagréable dans la bouche, surtout à la pointe et vers la base de la langue ; une autre sensation d'àpreté, de sécheresse dans la gorge; plus ou moins de constriction dans le pharynx, allant parfois jusqu'à la dysphagie ; une constriction thoracique et laryngée, avec gène de la respiration ; de l'irrégularité dans les mouvements du cœur et du pouls, de la diminution dans le nombre des pulsations ; de l'engourdissement cérébral, de la céphalalgie, de la tendance au sommeil; la ddatation des pupilles.

Ces phénomènes, s'accusant d'autant plus que la dose de teinture de lobélie avait été plus élevée, sont considérés par Barrallier comme spéciaux, et notés par lui comme ayant été à peu près constants dans ses expériences ; en outre, il a constaté, en les jugeant accessoires, les phénomènes suivants : la fatigue musculaire ; les troubles des fonctions digestives, tels que nausées, inappétence, coliques, diarrhée, ces deux derniers symptômes ayant été plus rares que les autres.

Malgré le soin avec lequel ces expériences ont été conduites, elles ne nous révèlent cependant que d'une manière incomplète l'action du médicament en question. Ainsi, par exemple, si, au lieu d'une dose administrée d'un seul coup, on fractionne les doses, on obtient des effets moins perturbateurs que dans les expériences relatées plus haut. Si, au heu d'introduire la lobélie dans un organisme sain, on la fait intervenir dans le traitement d'une maladie où elle a paru être indiquée, on recueille certaines actions modificatrices opposées, en apparence du moins, à certains résultats de l'expérimentation physiologique. Ainsi, administrée, à doses minimes et fractionnées, par les médecins anglais et américains contre les affections catarrhales de la muqueuse bronchique, loin de produire la dysphagie et la sécheresse de la gorge, elle excite l'expectoration. Prescrite contre certains états dyspnéiques, au lieu d'exagérer l'angoisse respiratoire, elle la diminue, elle la supprime même, non plus en déterminant une sensation de constriction du thorax, mais en amenant une détente dans le spasme qui enraye la respiration, ou en excitant, non plus une contraction exagérée, mais le jeu normal des puissances auxihaires de cette fonction.

LOBÉLIE (emploi médical). IH

Le docteur Noacli (de Leipzig) pense que L^ lobélie enflée agit d'une manière spéciale sur le système nerveux pneumogastrique, et que par suite elle exerce une influence remarquable sur la membrane muqueuse des bronches. S'il est wai, comme l'admet le professeur Germain Sée, que le nerf pneumogastrique soit un nerf modérateur de l'impulsion donnée au cœur par les ganglions cardiaques, et que tout agent qui excite ce nerf tend à diminuer cette impulsion, l'irrégularité et le ralentissement circulatoire observés par Barrallier, justifieraient jusqu'à un certain point l'opinion de INoach. Mais la seule spécialité d'action de la lobélie enflée sur le nerf pneumogastrique ne suffirait pas à expbquer ses autres effets physiologiques et surtout ses effets thérapeutiques. Ceux-ci proviendraient plutôt, à mon avis, d'une influence exercée sur le nert grand sympathique, du moins lorsque l'on opère avec de minimes doses de lobélie enflée, ainsi que semble le démontrer la contractilité excitée : dans les tibres lisses des bronches, pour le cas des accès d'asthme ; dans les couches musculaires de l'intestin, ce qui peut expliquer les coliques, le relâchement du ventre, la réduction d'étranglements herniaires ; dans les plans musculeuxde l'utérus, d'où se déduit son opportunité comme agent obstétrical ; enfin, dans les muscles vasculaires, comme le prouve son action mydriatiquc.

A doses élevées, à doses toxiques surtout, la lobélie enflée envahit incontestablement le système nerveux cérébro-spinal ; de là des vomissements, des siiperpurgations, des convulsions bientôt suivies d'une résolution générale des forces avec sueurs profuses, parfois avec des symptômes de congestion du cerveau. Alors aussi on peut voir survenir, au lieu de l'excitation salutaire de la contractilité des muscles, leur rigidité tétanique avec l'angoisse thoracique qui rappelle celle pi'oduite par les strychnées.

Et ce ne sont pas encore les seuls phénomènes que cette plante éminemment active puisse déterminer. Ainsi on la voit encore, d'après Elliotson {The Lancet, 25 février 1833; Gubler, Comment, the'rap. du Codex), provoquer des étourdissements, de la céphalalgie, de la toux, un fourmillement général sous la peau, des douleurs aiguës dans les voies urinaires pendant la miction.

La lobélie enflée offre donc une échelle pharmacodynamique très-développée. Elle présente, en outre, cette particularité d'avoir de frappantes similitudes d'action avec d'autres plantes très-éloignées d'elle dans la série physiologique.

Ainsi, elle est vomitive comme l'ipécacuanha. Elle peut être maniée de façon, néaimioins, à ce que l'on n'obtienne que des effets expectorants; elle est susceptible aussi d'appeler la diaphorèse ; elle a cela de commun, comme le fait remarquer le professeur Gubler [loc. cit.), avec toutes les substances émétiques qui excitent un état nauséeux favorable à la sécrétion des liquides buccaux et bronchiques ainsi qu'à celle de la sueur. Elle ralentit les mouvements du cœur, comme la digitale, comme la vératrine : action qui n'a pas encore été assez remarquée, mais dont je crois que l'on pourra tirer quelque parti. Mais c'est surtout avec les solanées vireuses qu'elle offre d'intéressantes ressemblances. Elle provoque au sommeil comme la jusquiame, et paraît avoir des manières de calmer qui, sous ce rapport, la rapprochent plus de cette solanée que de ses pareilles. Elle délie la respiration comme le datura stramonium, auquel elle peut disputer la prééminence dans le traitement des dyspnées. A l'instar de la belladone, elletend à produire la sécheresse de la gorge, ladysphagie, des hallucinations, la dilatation pupillaire ; elle excite la contraction des muscles de la vie oi'ganique, favorise la liberté du ventre, l'émission urinaire, la parturition. Son alcaloïde a les carac-

748 LOBÉLIE (emploi médical),

tères physiques de celui du tabac ; la lobéline a des propriétés toxiques de bien peu inférieures à celles de la nicotine ; elle donne à la plante qui la recèle la faculté de remplacer le tabac dans l'usage de fumer, et, ce qui nous importe plus, de lui servir, pour l'emploi médical, de succédané plus doux, moins dangereux, avec une grande analogie dans l'effet thérapeutique. Enthi, quoique avec un bien moindre degré d énergie, la lobéhe enflée se montre susceptible d'influencer la moelle épinière à la manière de la noix vomique, au point de convul. ser, de tétaniser môme les muscles placés sous la dépendance des nerfs spinaux.

Action thérapeutique. Les indigènes du nord de l'Amérique emploient la Lobélie enflée comme émétique. En France, Bidault de Villiers la proposa à ce titre. (Notice sur l'emploi du Lohelki inflata dans l'astlime et comme émétique, in Nouv. hihlloth. méd., V, "226.) Mais elle n'a aucun avantage sur les autres substances vomitives, et elle a l'inconvénient de provoquer des vomissements violents au milieu d'un état nauséeux persistant et très-pénible, suivis quelquefois de purgation, de sueurs copieuses, de débilitation extrême. II n'y a donc pas lieu de patronner ce médicament comme agent de la médication vomitive.

C'est dans le traitement de l'asthme, et par extension contre toutes les dyspnées, quelle qu'en soit la cause, qu'il paraît appelé à rendre le plus de services; non pas qu'il doive on être considéré comme la panacée, mais il peut réellement, par son action spéciale sur les puissances nervo-musculaires de la respiration, rendre à cette fonction son libre exercice, ou diminuer au moins l'angoisse résultant de tout obstacle qui la compromet. En général, les médecins qui ont fait usage de la lobélie enflée disent avoir reconnu qu'elle réussit particuhèrement contre l'asthme nerveux. (Voy. Journ. de chim. et de pharmacie, l, 454, 2^ série.) Toutefois, là môme on cette névrose n'existe pas dans sa pureté, se complique par exemple de catarrhe pulmonaire ou de lésion organique du cœur, la lobéhe peut encore être utile , ne fût-ce qu'en soulageant momentanément. Plusieurs médecins anglais l'ont donnée contre d'autres maladies des organes respiratoires, les laryngites, les bronchites aiguës et chroniques, la coqueluche, tant à titre de calmant qu'à titre d'expectorant. BarrallierTa employée contre lad\spnéedes phthisiques, contre celle des anémiques et des chloroliques, contre l'oppression qu'éprouvent les sujets atteints de catarrhe pulmonaire, de maladies du cœur, de pneumonie, de pleurésie ; et dans ces divers cas il a presque constamment vu les symptômes dyspnéiques s'amender.

En dehors du cercle tracé par les dyspnées, et qui laisse déjà un champ assez large aux applications de la lobélie, la thérapeutique n'a pas encore acquis de preuves suffisantes de son utilité dans d'autres maladies.

Ainsi on l'a proposée contre les maladies convulsives, telles que la chorée, le tétanos.

Le docteur Eberle a administré une fois, avec succès, une forte décoction de cette plante, en lavement, dans un cas de hernie étranglée.

Aux Etats-Unis, le docteur Livezey a popularisé l'emploi de l'infusion, en injections, contre la rigidité du col utérin pendant le travail de l'accouchement; de nombreux faits en faveur de l'efficacité de cette méthode ont été relatés dans les journaux américains. Antérieurement, on l'y avait recommandé contre la leucorrhée.

On a aussi, en Allemagne et en Angleterre, employé l'infusion de lobélie, en fomentations, dans le traitement des plaies douloureuses.

En somme, il s'agit ici d'un médicament sérieux, trop peu expérimenté dans

LOBELIE (emploi médical). 749

notre pays, et qui demande une étude complète. Je m'en suis servi plusieurs fois et.i'ai toujours eu à me louer, plus ou moins, de ses propriétés antidyspnéiqucs. Malheureusement, je n'ai eu à ma disposition que la teinture alcoolique des feuilles et je crois que, avec celle des semences, on arriverait à des résultats plus énergiques et plus constants. Je crois même qu'il faudrait varier davantage les fornmles et les expériences, préparer et employer comparativement poudre, infusion, décoction, extrait, et cela tant à l'extérieur qu'à l'intérieur.

Un jour peut-être, la mode ou quelque spéculation y aidant, la feuille de lobélie pourrait bien être accueillie par les fumeurs et lutter contre la vogue actuelle du tabac. Alors surgirait une question d'iiygiène dont la solution n'aurait d'intérêt, quant à présent, que pour quelques tribus sauvages de l'Amérique du Nord, à savoir, si l'usage de la lobélie est plus ou moins dommageable pour la santé que celui de la nicotiane.

Les doses et modes d' administration sont si mal déterminés qu'ils ne doivent être indiqués ici que sous toutes réserves.

La poudre se donne, comme expectorant, à la dose de 5 à 20 centigrammes ; comme émétique à la dose de 50 centigrammes à 2 grammes.

\i infusion ou la décoction se feraient sur 2 à 4 grammes de feuilles pour obtenir des vomissements, à doses moindres si l'on voulait les éviter ; à doses supérieures pour l'emploi externe.

La teinture alcoolique des feuilles au dixième se donnera progressivement de 50 centigrammes à 2 grammes, terme moyen \ gramme, par doses fractioiniées, pour vingt-quatre heures; au delà il peut survenir des accidents, en présence desquels on diminuera la dose, ou bien on la suspendra.

On peut enfin faire fumer les feuilles de lobéhe enflée, dans une pipe ou en ci-^arettes, comme celles de datura, de belladone, de nicotiane; ce dernier mode d'emploi ne paraît pas avoir été essayé dans la thérapeutique de l'asthme, et il mérite de l'être; on peut y recourir, du reste, en même temps qu'à l'administration interne de la teinture de Lobélie, préparation la plus usitée jusqu'à présent,

2° Lobélie syphilitique ou aintisyphilitique, Lobelia sijphilitica. Pharmacologie. Partie usitée, la racine. Celle-ci est d'une saveur d'abord sucrée, puis càcre et nauséeuse persistante. Les racines sèches provenant du Nord-Amérique sont orosses comme le petit doigt, d'un gris cendré, striées longitudinalement; la cassure en est jaune, comme feuilletée, offrant beaucoup de cavités rayonnantes. (Mérat et Delens.)

Boissel, qui a analysé cette plante, y a trouvé : une matière grasse, de consistance butyreuse ; une matière sucrée; du mucilage ; du malate acide de chaux et du malate de potasse; des traces d'une matière amère très-fugace; quelques sels inertes et du hgneux. {Journal de pharmacie, t. X, p. 623, 1824.)

La racine de Lobelia syphilitica, importée autrefois de l'Amérique septentrionale (on paraît avoir peu utilisé celle de la plante que l'on a acclimatée dans nos jardins d'Europe : aurait-elle moins de vertus?) s'employait particulièrement en décoction; on en faisait aussi parfois une teinture alcoolique et un extrait.

Emploi médical. Les indigènes du Canada, dès avant leurs relations avec les Européens, considéraient et appliquaient cette plante comme un spécifique antivénérien. Selon les uns, Johnson, médecin anglais qui vivait au milieu d'eux, surprit ou acquit ce secret et le transmit au voyageur suédois Kalin ; selon d'autres, la révélation en fut faite, par un vieux cl.ef de sauvages, à Kalm. Toujours est-il que c'est ce dernier qui donna la première publicité à ce remède anii-

750 lob:

syplulitique dont il crut pouvoir certifier l'efficacité. {Description d'un spécifique contre le mal vénérien, in Mém. de J'Acad. de Stockholm, XII, 1750, traduit du suédois et inséré dans l'ancien Journal de médecine, t. XII, p. 174.) D'autres voyageurs vinrent bientôt confirmer ses éloges. La racine canadienne était déclarée susceptible de guérir aussi bien, sinon mieux que le mercure, et même encore plus rapidement, tous les symptômes de la syphilis. Le traitement consistait en une décoction qui se buvait largement, en même temps qu'on l'opposait localement à toutes les manifestations extérieures du mal.

La racine de Lobelia syphilitica, à faibles doses, agit comme diurétique, à hautes doses comme éméto-cal har tique ; on lui attribuait aussi des propriétés sudorifiques. Peut-être la purgatioii qui survenait sous l'iafluence de son emploi, dans la méthode canadienne, contribuait-elle à une sorte de dépuration dont bénéficiait la diathèse syphilitique. Néanmoins, malgi-é l'appui donné à cette nouvelle médication vers le milieu du dix-huitième siècle, par Kalm et Linné en Suède, Havermann en Allemagne, Dupau en France [Journal de Paris, 1780), elle ne put prévaloir contre l'usage des mercuriaux et finit par être complètement mise de côté. Desbois de Rochefort dit l'avoir vu essayer sans beaucoup de succès. {Mat. méd., t. II.) Tout au plus serait-il admissible, et quelques anciens praticiens en avaient ainsi jugé, que la racine de lobélic fût utile à titre d'adjuvant dans les traitements antisyphditiques, à l'instar de la salsepareille, et susceptible de servir de succédanée ii celle-ci.

La racine de lobélie sypliilitique se prescrivait depuis 15 jusqu'à 30 grammes par jour, en décoction, pour 1 ou 2 litres d'eau ; l'extrait de cette racine, à la dose de 10 à 20 centigrammes par jovu\

0° La Lobélie brûlante, Lobelia iirens, ainsi nommée parce que le suc laiteux, acre et caustique, commun à toutes les lobéHes, est dans celle-ci plus abondant et plus actif encore que dans les autres, a été, par suite de cette activité même, essayée dans la médecine populaire de nos contrées contre les fièvres opiniâtres. (Bonté, ancien Journal de médecine, t. XIV, p. 550.) Mais si parfois les fièvres ont guéri, plus souvent sont survenus de graves accidents gastro-intestinaux.

Bodard {Cours de botanique comparée, Paris, 1810, 1. 11, p. 144) l'a conseillée comme succédanée du gaïac et de l'espèce précédente, L. syphilitica, dans le traitement de la syphilis ; peut-être en effet son énergie supérieure la rendrait-elle plus utile dans cette maladie ; mais, même en la dosant avec plus de réserve, peut-être aussi courrait-on plutôt le risque d'accidents sans profit, que la chance d'avantages réels.

C'est le suc laiteux de la lobelia urens que Bodard conseillait en pareil cas, depuis demi-grain jusqu'à un grain de ce suc, tempéré avec quelque substance acide ou mucilagineuse, en augmentant peu à peu suivant l'effet.

Quelque oubliées que soient aujourd'hui les deux plantes dont il vient d'être question {L. syphilitica et L. urens), il pourrait être avantageux de les expérimenter, ne fût-ce qu'en désespoir de cause, contre certaines dermatoses invétérées, notamment les syphilides, qui ont résisté aux pi'éparations de salsepareille, aussi bien qu'aux autres altérants ou dépuratifs, tant végétaux que minéraux. JVous dédaignons peut-être trop aujourd'hui, pour des substances minérales très-actives et fort recommandables sans doute, des plantes non moins actives qu'ont su utiliser nos prédécesseurs.

Toxicologie. Les lobélies sont plus ou moins toxiques. Leur suc, acre et

LOBEKA. 751

corrosif, agit localement comme poison irritant; l'absorption de ses principes et de ceux des autres parties de la plante produit des phénomènes généraux, plus graves encore, et dont les principaux: caractères ont été indiqués en parlant de Vaction physiologique {votj. plus haut) de la lobélie enflée.

Si un cas d'intoxication de cette nature se produisait, spécialement par la lobélie enflée, il faudrait recourir d'abord au tannin ou à une préparation tannifère, afin de tacher de précipiter et d'amener à l'état de combinaison insoluble la lobéline dans l'estomac, puis faire vomir.

Si les symptômes de l'intoxication avaient pris leur cours, on leur opposerait les moyens ordinairement mis en usage contre les accidents déterminés par les Solanées, en se guidant par ailleurs, et comme dans tout empoisonnement, d'après la nature des symptômes et l'état du malade. L'analogie d'action de la lobélie avec le tabac autoriserait à employer le calé, lequel est, dans une certaine mesure, antagoniste du tabac. Mais une analogie d'action non moins marquée avec la belladone justifierait l'essai de l'opium, antagoniste si remarquable de la belladone; il y aurait, en pareil cas, une intéressante expérience à instituer. S'il survenait enfin des phénomènes convulsifs et tétaniques, nous conseillerions, ainsi que contre le strychnisme, les inhalations, soit de chloroforme, soit d'éther, et l'éther à hautes doses en potion.

Dans les expertises médico-légales, il nous semble que l'on pourrait se comporter, pour la recherche de la lobéline, comme pour celle de la nicotine dans les cas d'empoisonnement par cet alcaloïde ou par le tabac. {Voy. ces mots.)

D. DE Savignac.

liOBÉLl.^E. Extrait de la lohélia inflata; oléagineuse; très-solublc dans l'eau, l'alcool et l'éther; en partie volatile. [Voy. Lobélie.) â. D.

LOBERii. (Luiz) ou Llobera de âvila. Se trouve mentionné par plusieurs historiens et bibliographes sous ce nom de Avila, qui est celui d'uue localité de la Castille vieille, où il vint au monde vers la fin du quinzième siècle. On croit qu'il fit ses études médicales en France, et, ici, Morejon, l'historien delà médecine en Espagne, commet une singulière méprise. Au commencement d'un livre sur i'anatomie, Lobera a placé en note marginale, autour du texte espagnol, presque tout le chapitre écrit en latin sur cette science par Guy de Chauliac, et dans lequel le chirurgien de Montpellier parle de son maître Bertruccius [voy. Ber- TRUCCio). Morejon, qui ne s'est pas aperçu de cette addition, la rapporte à Lobera et se demande sérieusement quel peut être ce Bertruccius?,.. Quoi qu'il en soit; de retour en Espagne, Lobera se livra pendant quelque temps à la pratique de son art, à Ariza; mais bientôt, appuyé par le crédit de don Juan de Palafox, il prit du service dans les armées de Charles-Quint, dont il parvint à captiver la confiance et dont il devint le premier médecin. 11 suivit ce prince dans ses campagnes et dans ses voyages en Europe et même en Afrique, et rassembla de nombreuses observations. Voulant reconnaître l'accueil bien\ cillant que lui avaient fait les grands personnages qui entouraient l'empereur, il écrivit un Traité des maladies des gens de cour; il les rapporte à quatre principales qui sont : le catarrhe, la goutte, la pierre et... la maladie vénérienne, désignée sous le nom de bubons. Cette dernière partie est fort intéressante; outre les bubons, dont il flùt, l'un des premiers, un des symptômes de la syphihs, il s'occupe des abcès du périoste avec carie de l'os ; insiste beaucoup sur l'usage des frictions mercu-

752 LOBSTEIN (les).

rielles à l'intervalle de deux jours, sur l'utilité du gaïac, etc. Lobera a écrit sur le ré<^ime, sous le titre assez original de Banquet de cavaliers. On ignore l'époque de sa mort.

Il a laissé les ouvrages suivants :

I. Remédias de cuerpos humanos, ysilvadc esperiencias, y otras cosas idilissimas. Alcala Je Ilenarès, 1542, in-fol. (C'est dans le livre I, qui traite de l'anatomie, que se trouve l'intercalation du chapitre de Guy de Chauliac.) — II. Vergel de Sanidad, que per otro nombre se llamava, Banqueté de Cahallcros, etc. Alcala, 1542, in-fol. — III. De pestilencia Libro del reghniento preservativo y curaUvo, etc. A la suite du précédent, sans lieu ni date (proliablement à Alcala, 1542), in-fol. — IV. Libro de las cuatro infcrmedades cortesanas que son : Catarro; gota artetica, sciatica ; mal de Picdra; y mal de biibas. Toledo, 1544, in-fol. Trad. ital. par P. Lauro. Venezia, 1558, in-8°. — V. lAbro de esperiencias de medicina, y muy agrobado por sus efectos. Toledo, 15i4, in-fol. — VI. Libro de regimiento de la salud, y de la esterilidad de los hombres y Meyeres. Valladolid, 1551, in-fol. E. Bgd.

liOBES (Edm. Vinc. Guldener von). Naquit à Pilsen (Bohème) en 1765, et prit le bonnet de docteur à Prague en 1785, Après avoir longtemps pratiqué à Vienne où il avait le titre de médecin pensionné, il devint ensuite proto-médecin de la Basse-Autriche, et mourut le 3U mars 1827. Lobes était un observateur distingué ; on lui doit un important travail sur la gale, dont il avait recueilli les éléments à Prague, dans la maison de force de cette ville.

I. Posifioncs medicce. Prag', 1783. — II. Beobachlmigen ûber die Krâtze, gesammelt in deni Arbciishause zu Prag. Ibid., 1791, in-S", et ibid., 1795, in-8°. — III. Sammhing der Saniluls-Verordnungcn fur das Herzogthuni Oesterreich, etc., enlhaltend die Vcrordnungen vovi Jahre 1807 bis Ende d. Jahres 1824. Wien, 1824-1823, in-8°, pi. 1. E. Bgd.

LOB§»TEiiv (Les). Famille de savants qui adonné à Strasbourg deux de ses plus grandes illustrations.

Lobstein (Jean-Frédéric). Naquit le 30 mars 1736 à Lampertheim, près de Strasbourg. Après de solides études médicales dans cette dernière ville, et qui eurent surtout l'anatomie pour objet, il prit le bonnet de docteur en 1760, et fit quelques voyages scientifiques en France et en Hollande. Étant revenu à Strasbourg, il commença des cours d'anatomie et avec un succès tel, qu'en 1764 il fut nommé démonstrateur public; quelques années après il passe professeur extraordinaire d'anatomie, en même temps que la mort d'Eisemann le mettait en possession de la chaire de chirurgie. Ces diverses fonctions et la pratique civile occupèrent tous ses instants jusqu'à sa mort, arrivée en 1784; il n'avait alors que quarante-huii ans.

Lobstein était réputé pour son habileté comme chirurgien, il avait surtout conquis une grande renommée pour ces opérations de la taille et de la cataracte, que les chirurgiens du moyen âge abandonnaient aux opérateurs ambulants. Malgré la roideur de son caractère, l'estime dont il jouissait était tellement profonde que, par deux fois, il fut désigné pour les tonctions de recteur de Tuniversité de Strasbourg, et que dix fois il présida les actes de la faculté de médecine en qualité de doyen.

Absorbé par ses nombreuses occupations, Lobstein a peu écrit par lui-même : outre les dissertations qui lui servirent d'actes probatoires et que nous allons mentionner, il avait composé des ouvrages {Anaiomicœ institutiones, et Commentarii physioîogici) qui servaient de base à ses leçons. Ces deux ouvrages n'ont pas été publiés. Mais ses découvertes, ses idées n'ont pas été perdues pour cela, elles ont été exposées par ses élèves et se trouvent dans une cinquantaine de

LOBSTEIN (i.Es) 753

thèses soutenues sous sa présidence. Des dissertatious composées par lui la première est intitulée : De prohalis'^ima extrahendi calculum methodo. Argentorati, 1759, in-/i°; et l'autre, De nervo spinali ad pAr vagum accessorio, ibid., 1760, in-Zi» ; réimprimée dans le Thésaurus de Sandifort.

i^ohMein (Jean-Frédéiuii-Uaniel). Fils du précédent. Nous devons en parler, bien qu'il n'ait pas fait beaucoup d'honneur à la famille, parce que ses écrits ont été confdtidus par quelques bibliographes avec ceux de son illustre cousin, qui va nous occuper bientôt. Daniel était né à Strasbourg en 1777 et fut privé, bien jeune encore (en 178Zi) de l'appui et de la direction de son père. Il remplissait déjà les fonctions de uiédecin et d'accoucheur adjoint à l'iiospice de Strasbourg, quand il vint à Paris, au commencement ds ce siècle, pour suivre les leçons d Alph. Leroy et de Baudclocque, et se faire recevoir docteur, dans cette même ville, le 4 vendémiaire an XII; il élait alors membre de la Société médicale d'émulation. Pendant toute la durée de l'cmpive, il suivit les armécis en qualit'i de chirurgien militaire et retourna à Strasbourg vers 1815. Là, malgré un savoir très-réel, une intelligence incontestable et le nom (ju'il portait, il ne fit que végéter. D'après une note que je dois à l'obligeance de notre savant collaborateur M. Tourdes, Daniel Lobstein s'établit bandagiste, mais son d'^faut d'ordre et ses prodigalités le conduisirent à la ruine ; il fit faillite et so réfugia eu Auicriqtie, à New-York, oii il traîna péniblement son CNisteiice dans un état voisin de la misère, jusqu'à l'époque de sa mort, vers 1840.

Il a laissé :

I. Leçons du cit. Alph. Leroy sur les pertes de smtfj pendant la grossesse, lors et à la suite de l'accouchement. Paris, an IX, in-8°. — II. Dissertation sur la fièvre puerpérale. Thèse de Paris, anXII, n'ôS. — III. Recherches et observations sur le phosphore. ^Xvash., 1815, in-S». — IV. Traduction du Traité de Lœbenstein-Lœbel sur l'usage et les effets du vin. Strasb., 1817, in-8°, et du même auteur, Tableau de la séméiotique de l'œil à l'usage des médecins. Strasb., 1818, in-S°,

Lobstein (jEAN-GEORGES-CHRÉTiEN-FRÉDÉnic-MARTiî«). Ncvcu de Jean-Frédéric et cousin du précédent, célèbre chirurgien et anatomo-pathologiste, naquit à Giessen le 8 mai 1777. Sa famille étant venue vers 1790 habiter Strasbourg, il se voua, à l'étude de la médecine. Entraîné par les événements de cette grande époque, il assista, pendant quelques années, comme chirurgien militaire, aux premières caïupagnes sur le Rhin, puis il revint à Strasbourg oii il se fit recevoir docteur en 1802; il était déjà, depuis 1799, professeur à l'École de médecine de cette ville. En 1804, il possédait le titre de médecin accoucheur adjoint à l'hôpital civil de Strasbourg, titre qu'il échangeait pour le grade de titulaire en 1806. Malgré son mérite exceptionnel, il succomba, en 1814, dans la compétition de la chaire de médecine légale, devant un adversaire que recommandaient surtout des titres antérieurs, devant Fodéré. Cet échec, si c'en esl un, fut bientôt réparé ; Cuvier, juste appréciateur des rares talents de Lobstein, fit créer pour lui la chaire de médecine légale oîi il monta en 1819. Deux ans après, à cette chaire, il joignait celle de pathologie interne, double enseignement qu'il mena de front avec le même zèle et le même succès. Lobstein succomba le 7 mars 1835, à peine âgé de cinquante-huit ans, aux progrès d'une maladie des reins compliquée d'accidents diphthériques.

Lobstein a donné une vive impulsion à l'anatomie pathologique qu'il envisageait d'une manière large et tout à fait scientifique. Suivant lui, ce n'est pas l'organe altéré mort que le médecin veut connaître, c'est cet organe vivant, agismCT. EHC. 2' s. II. • " -48

Page 1