II. Physiognomonie, elc. Paris, 1845, gr. in-8°, pi
liavater (Joh.-Heinrich), fils du physiogiiomoniste, né i Zurich, le 21 mai 17G8; étudia la médecine à l'Université de Gœttingue, où il prit le bonnet de docteur en 1789. Il revint ensuite à Zurich ex^ercer la médecine avec beaucou}) de distinction. 11 se fit surtout remarquer pai' le zèle qu'il déploya pour propager ia vaccine parmi ses compatriotes. Il mourut le 20 mai 1819. On a de lui :
I. Observ. de statu hodierno artis medicœ. Gœltingre, 1789, in-4°. — II. Anleitung ziir nnatomischen Kenntniss des menscklichen liorpers fur Zeichner iind Bildhauer . Zurich, 1790, in-S" ; trad. fr. par Gauthier de la Peyronie, et enrichi dénotes. Paris, 1797, in-8», iig. —
III. Abltandhing iiber die Milchblattern oder die sogenannten Ktihpocken, cinen, etc. Zurich, 1800, in-8°; ibid, 1801, in-8».
Il y eut encore ik Zurich :
Lavater (Dirthelm), né à Zurich, en 1777, mort en 1826, qui a laissé un ouvrage intéressant sur les bains, intitulé :
Abhandlung iiber den Niitzen und den Gefahren des Badens der Jugend an freien Orten. Zurich, 1804, in-8''. E. Bgd.
LA'VA.TÈRE [Lavciterci L.). Genre de plantes, de la famille des Malvacées, dont les caractères sont ceux des Guimauves, à deux près : le calicule est formé de trois à six folioles unies à leur base, et les carpelles ont leur portion ovarienne recouverte par une sorte d'auvent circulaire que forme au-dessus d'eux le sommet dilaté de l'axe floral qui leur sert de support. Les Lavatères sont des plantes mu cilagineuses , dont les propriétés sont tout à fait celles des Mauves et des Guimauves, et c'est aux mêmes usages qu'elles qu'on les emploie dans certains pays, et, par exemple, le L. thuringiaca L., en Allemagne ; le L. arborea L., dans le midi de la Francs ; h L. triloha L., en Espagne. H. Bn.
L., Gen., n. 842. — DG,, Prodr., I, 458. — Mer. et Del., Bict., IV, 73. — Duch., Répert., 213. — RosENTH., Sijn. pi. diaphor . , 1Q5. — Endl., Gen., n. 5269. — Benth. et Hook., Gen., 200, n. 5.
LiWAVJeiOOIV ([>e), médecin qui vivait dans la seconde moitié du dix-septième •siècle et qui, selon l'usage absurde de cette époque, enseignait la chirurgie dans les écoles. Dezeinieris a démontré que le traité de médecine opératoire qu'd a fait paraître est, de même que celui de Lacharrière, rédigé d'après les leçons célèbres que DJonis donna au Jardin du Roi de 1670 à 1682, et qui parurent seulement en 1707. Haller l'avait aussi noté comme un compilateur de ses contemporains, particulièrement de Mauriceau et de Fabrice de Hilden :
Voici le titre de l'ouvrage de Lavauguion :
Traité complet des opérations de chirurgie, contenant leurs définitions, leurs causes expliquées sur la structure de la partie, etc. Paris, 1696, in-S"; ibid, 1697, in-8°; trad. angl., Lond., 1707, in-8°, etc. E. Iîgd.
LAVEMENTS. § I. Pliarniacoiogie. Les lavements ou injections intestinales sont des préparations qui ont presque toujours pour véhicule l'eau, à laquelle on f^ite souvent une ou plusieurs substances médicamenteuses. La manière de les obtenir varie selon la nature des matières qui en font partie. Lorsque la substance médicamenteuse est soluble, leur préparation est fort simple puisqu'il suffit d'en opérer la solution, tels sont les lavements à l'azotate d'argent, au sulfate de suude, etc. Quand une plante ou une partie de plante entre dans leur compo-
LAVEMENTS (pharmacologie). 67
gition, il faut avoir recours, selou la densité de la matière, soit à rinfusiou, soit à la décoction . Pour le séné, la mousse de Corse, la camomille on se sert de l'infusion ; pour la racine de guimauve, la graine de lin, on emploie la décoction. Le lavement à l'amidon se prépare par un procédé tout particulier : on délaye l'amidon en poudre dans l'eau froide, et on verse le tout dans le restant de l'eau rpii a été portée à l'éljulliiioii. Lorsqu'on veut introduire dans ces médicaments une résine ou une gomme-résine, ou bien une huile très-épaisse, on a ie plus souvent recours au jaune d'oeuf, c'est ce qui a lieu pour les lavements à l'asa fœtida, au baume de copahu, à la térébenthine, à l'huile de ricin, etc. Cependant lorsque l'huile est très-fluide, comme l'huile d'amandes douces, on se contente de la mélanger avec le véhicule.
Pour les lavements à l'amidon, à l'aloès, à l'asa fœtida, à l'armoise, au borax, au cachou, au camphre, au chloroforme, au baume de copahu, au cubèbe, à la céruse, à la digitale, à l'émétique, à l'azotate d'argent, à la mousse de Corse, à l'iode, au musc, au tannin, au tabac, à la térébenthine, au quinquina, au sulfate de quinine, au sulfate de soude, au savon, à l'huile de ricin, etc., etc. {Voy. ces substances.) Nous ne mentionnerons ici que les formules de quelques lavements qui ne trouveraient pas leur place ailleurs. On trouvera, du reste, dans la partie de l'article consacrée à la thérapeutique, tontes les indications relatives aux modifications amenées dans les diverses formules de lavement par les nécessi tés de la pratique.
Lavement anodin ou laudanise'. Décoction de guimauve, 250 grammes; laudanum de Sydenham, 50 centigrammes. En ajoutant amidon, 15 grammes, on a le lavement d'amidon laudanise.
Lavement anodin des peintres. Huile de noix, 200 grammes; vin rouge, 400 grammes.
Lavement antidiarrhéicjue. (Trousseau.) Eau de chaux, 200 grammes; eau de riz, 500 grammes ; laudanum de Sydenham, 1 gramme.
Lavement astringent. Roses roses, racine de historié, de chacun, 10 grammes. On fait infuser dans 500 grammes d'eau bouillante ; on passe et on ajoute 5 goutte de laudanum de Sydenham. Contre les diarrhées chroniques.
Lavement émollient. Espèces émollientes, 50 grammes ; eau bouillante, q. s.
Lavement gélatineux. Gélatine, 15 grammes; eau tiède, 500 grammes. On fait dissoudre.
Lavement huileux. Huile d'olives ou d'amandes douces, 60 grammes ; décoction de guimauve ou de graine de lin, 500 grammes.
Lavement laxatif. Melhte de mercuriale, 100 grammes; eau tiède, 400 grammes. Mêlez. {Codex.)
Lavement purgatif . Feuilles de séné et sulfate de soude, de chacun, 15 grammes; eau bouillante, 500 grammes. Après un quart d'heure d'infusion, on passe. {Codex.)
Lavement purgatif des peintres. Séné, 8 grammes; eau bouillante, 500 grammes. On fait infuser, on passe et on ajoute jalap en poudre, 4 grammes; diaphœnix, 50 grammes; sirop de nerprun, 50 grammes.
Lavement vermifuge. Tanaisie, rue, absinthe, de chaque, 10 grammes ; on fait infuser dans eau bouillante, 500 grammes ; on passe et on njoute huile de ricin, 20 grammes.
Lavement analeptique. Jaune d oeuf n" 1 ; salep, 2 grammes ; bouillon de viande
sans sel, i!2b grammes.
58 LAVEMENT (kmploi médical).
Lavement nourrissant. Huile de foie de morue, 20 grammes; thé de bœuf, 200 grammes ; vin de Bourgogne, 200 grammes ; jaune d'œuf n° 1 . Contre les dyspepsies chroniques, les vomissements incoercibles des femmes enceintes.
Le tlié de bœuf se prépare de la manière suivante: Bœuf entièrement maigre ec sans mélange d'os, 500 grammes : on hache menu, puis on ajoute son poids d'eau froide, on chauffe jusqu'à l'ébullition. Quand le liquide a bouilli pendant une minute, on passe avec expression. Ce thé de bœuf est employé également pour les convalescents. T. Gobley.
§ IL Emploi médical. Le lavement (de lavare, laver, baigner; dystère, chjsma, -/lixTrôp, de /.^O'dw, je lave; enema de svt/jjiAt, jeter dedans, injecter) est l'injection d'un liquide simple ou composé, faite dans le rectum à l'aide d'un appareil spécial, seringue, clysopompe, clysoir, dans un but hygiénique ou thérapeutique.
L'usage du lavement remonte à la plus haute antiquité médicale. Nous nous abstiendrons de reproduire ici la fable répétée partout de la cigogne ou ibis égyptien, qui nous en aurait donné l'exemple. Qu'il nous suffise de remonter à la source pure et authentique de l'hisLoire.
Le lavement est souvent mentionné dans les œuvres d'Hippocrate, qui le recommande dans diverses affections, notamment dans la pleurésie et la pneumonie, au début de la fièvre, après la saignée, dans les fièvres avec accidents cérébraux, dans le choléra sec, où il prescrit les lavements gras ; dans la dysenterie, dans les plaies du ventre, il conseille les lavements salés et ténus pour les personnes grasses et humides, plus gras et plus épais pour les personnes sèches et grêles ; ils conviennent surtout, d'après lui, pendant les six mois de chaleur. On trouve enfin dans Hippocrate diverses formules de lavements purgatifs, détersifs, émollients, astringents, diversement composés.
Après Hippocrate, Gelse, Galien, Oribase recommandent également l'usage du lavement, non-seulement comme agent thérapeutique, mais encore comme moyen nutritif.
Asclépiade recommandait les lavements comme un moyen auxiliaire très -utile du traitement des fièvres et des affections vermineuses; il ordonnait des lavements irritants pour combattre les maladies chroniques invétérées.
Les anciens, dit Gelse, sollicitaient le relâchement du ventre dans presque toutes les maladies par des lavements et différents purgatifs. La plupart du temps, il est préférable, suivant cet auteur, de recourir aux lavements. Cette pratique adoptée par Asclépiade avec réserve, ajoute-t-il, était à peu près mise en oubli de son temps; et cependant l'usage modéré de ces remèdes, lui paraît offrir les plus grands avantages. Celse eu conseille l'usage dans les circon stances où il y a pesanteur de tête, obscurcissement de la vue, affection du gros intestin, douleurs dans le bas-ventre ou dans les hanches, amas de bile, de pituite ou d'une humeur aqueuse dans l'estomac, difficulté d'expulser les gaz, constipation, séjour trop prolongé des matières fécales dans le rectum ; ou bien encore si le malade, sans pouvoir aller à la selle, rend des gaz d'une odeur stercorale, si les matières alvines sont corrompues, si la diète observée d'abord n'a point enlevé la fièvre, si l'on ne peut faire une saignée nécessaire, parce que les forces du sujet s'y refusejit, ou qu'on n'a pas saisi le moment convenable; si l'on a bu avec excès avant de tomber malade, ou enfin si la constipation succède brusquement à un relâchement du ventre, habituel ou accidentel. H expose longuement les préceptes à suivre à cet égard, et les précautions à prendre,
LAVEMENT (eiitloi wédicai). f)»
relativement à l'état de la digestion ou au degré d'épuisement des malades ; il spécifie les circonstances oîi il convient de s'en abstenir ; il décrit les moyens convenables pour se préparer à cette médication, et pour en assurer les meilleurs effets possibles, et donne la meilleure composition des diverses sortes de lavements adoucissants, astringents, excitants, stimulants, en indique la température, etc.
Oribase traite avec détails de l'emploi des lavements, et il en préconise particulièrement l'usage dans les maladies de la vessie.
Galien formule plusieurs applications importantes de ce genre de médication et parle des lavements nutritifs.
Les médecins arabes, héritiers des traditions de l'époque gréco-romaine, ont conservé et étendu encore l'usage des lavements, malgré les sci'upules et les répugnances que ce moyen paraissait inspirer aux premiers sectateurs de Mahomet*, On trouve des détails curieux à cet égard dans une thèse très-originale et très-bien faite, soutenue en 1867 à la Faculté de médecine de Paris, par M. Edouard Colson. a L'iraan Ahmed, y est-il dit, a établi des textes qui désapprouvent comme chose répréhensible le lavement que n'exige pas une circonstance indispensable ; tandis que d'autres autorités respectées, telles que Djarab, Mondjahed, Hacan, Taôus, Amir, et nombre d'autres déclarent que le clystère n'est point répréhensible. D'après Khallal, le second kalife Omar considérait le clystère comme chose à tolérer. « J'ai questionné, dit Djaber, Mohammed, fils d'Ali, au sujet du lavement. — Il n'y a rien de mal, me répondit-il, à en prendre, c'est un médicament comme un autre. » Enfin Abou-Bekr-el-Mouroïgi, parlant au père d'Abd-Allali des avantages des clystères, lui posa cette question : « Prendre un lavement, est-ce rompre le jeune ou non? » A ce sujet, ajoute Bî. Colson, les casuistes diffèrent encore.
Sans attendre leur décision, revenons à la pratique des médecins arabes.
Avicenne parle fréquemment de l'emploi des lavements, il en décrit les avantages et les inconvénients , et en pose très-nettement les indications. Dans Sermo de tiualitate chjsteriorum et instnimento eorum, il a laissé la description de l'instrument dont il se servait. Il en sera parlé plus loin. On y trouve aussi des conseils sur le choix des positions à prendre pour le patient et pour l'opérateur, etc.
Les médecins du moyen âge et de la Renaissance ont eu garde de laisser tomber l'usage du lavement. Guy de Chauliac, qui, par parenthèse, ne sortait •amais sans porter avec lui une bourse de clystère, le qualifie de notable remède pour rejeter les superûuités qui sont aux boyaux. « 11 est bon, ajoute-t-il, aux passions des boyaux et des rognons et des membres supérieurs. » 11 en distingue trois espèces, savoir : le rémollitif, le mondicatif et le restrinctif.
Ardern, chirurgien anglais de la seconde moitié du quatorzième siècle, qui a donné des détails curieux et intéressants sur l'usige des clystères, nous apprend que les femmes anglaises de son temps, moins dédaigneuses alors qu'aujourd'lmi, sans doute, pour cette pratique hygiénique, en faisaient un très-fréquent usage.
* Cet éloignenient pour le lavement subsiste encore aujourd'hui parmi les observaleurs les plus scrupuleux de la loi du Prophète. L'émir Abd-el-Kader, pendant sa détention au château d'Amboise, étant tombé malade, le médecin appelé à lui donner des soins lui prescrivit l'usage de lavements. L'état était grave, il s'agissait peut-être de la vie. On ne le lui laissait pas ignorer. «Que la volonté de Dieu soit failc, répondit l'émir en s' enveloppant fièrement dans son burnous. » Les lavements ne lurent point administrés, et... i'cmir vit encore,
00 LAVEMENT (emploi médical).
C'est au quinzième siècle qu'on trouve la première description de la seringue classique sous le nom d'instrument à clystère, faite par Marcus Gatenaria, qui en a donné la figure.
Dans le grand siècle, avec le raffinement des mœurs, la vie plus mondaine, et peut-être l'exubérance du régime alimentaire, l'usage du lavement devient de plus en plus fréquent, et passe dans les habitudes hygiéniques journalières. Louis XIV en donne lui-même l'exemple; ce qu'il prend de lavements d'après les conseils de ses médecins Vallot d'Aquin et Fagon, est inimagincible, ainsi qu'en témoigne d'ailleurs le Journal de la santé du roi^. Il n'en fallait pas davantage pour le mettre à la mode. On se ferait difficilement une idée de l'abus que l'on en fit à cette époque et du sans-façon avec lequel on s'en entretenait et on y procédait même parfois. Rien ne peut atteindre, à cet égard, au rapport du duc de Saint-Simon, jusqu'au sans-gène de Madame la daupbine se faisant glisser subrepticement un clystère par-dessous ses jupes par sa femme de chambre, en présence du roi.
Toutefois cette grande faveur devait avoir ses revers. Mais, tant l'entraînement de la mode et l'imitation servile ont de force, il ne fallut pas moins de deux véritables puissances pour mettre un terme à cet engouement. Ces deux puissances furent madame de Mainteuon et Molière. La pruderie de madame de Maintenon fit réformer sinon la chose, du moins le nom, en lui substituant l'expression plus euphémique de remède, qui est restée depuis dans le langage commun. Molière en déversant à pleines mains le ridicule sur le rôle grotesque auquel étaient descendus des hommes respectables d'ailleurs, en se faisant les minisires complaisants et officieux d'une cérémonie qui ne demande que le silence et le secret, n'a pas peu contribué à l'éformer sur ce point les moeurs de son temps, et à ramener la pratique d'une chose saine et utile aux conditions de discrétion qui lui conviennent, et dont elle n'aurait jamais dû sortir.
La scène n'a pas été la seule révélatrice de ces écarts du bon sens; l'auguste enceinte des trdjunaux a plus d'une fois retenti de débats qui ne le lui cédaient en rien, en fait de bouffonnerie. Témoin la fameuse plaidoirie de l'avocat Grosley, en, faveur d'Etiennette Boyau, garde-malade, contre maître François Bourgeois, chanoine de Troyes, à l'effet d'obtenir de ce dernier le payement de 2,190 lavements à lui administrés dans l'espace de deux ans, par la dite Etienuette. (Thèse de M. Col son.)
Mais il est temps de revenir au côté sérieux du sujet. Comme toutes les pratiques bonnes et utiles, l'usage des lavements a résisté ta la double épreuve de l'engouement et de ses réactions habituelles, et il a bravé jusqu'au ridicule même. Nous le voyons, après comme avant cotte phase d'épreuve, préconisé avec raison par tous les grands praticiens. Sydenham recommande les lavements anodins, et particubèrement le lavement de petit-lait dans la dysentrie, dans le choléramorbus, dans la diarrhée, dans la fièvre aiguë avec pissement de sang; les lavements astringents dans la diarrhée des fièvres continues, le lavement avec la térébenthine et les lavements narcotiques dans le calcul produit par la goutte invétérée, etc. Hoffmann écrit un chapitre de clijsteriorum usu medico. 11 faudrait ciler ici plus de trente auteurs, parmi lesquels figurent des noms justement estimés, qui n'ont pas dédaigné de traiter d'une manière spéciale et avec de sérieux détails, de l'usage et des indications des lavements. On en trouvera l'énumération à la bibliographie.
* Voir Journal de la saule du P,nij Louis XIV. por M . Leroy ; Paris, 1862. In-S".
LAVKMENÎ (emploi médical). 61
• Jusqu'ici il n'a été question que du lavement considéré d'une manière générale, sans aucune spéëification de sa composition, de son action locale ou générale. Bien que dès l'origine de la médecine, on ait déjà commencé à distinguer les lavements simples des lavements médicamenteux et des lavements nutritifs, c'est surtout à partir du commencement du dix-huitième siècle, qu'on s'occupa sérieusement de la question du lavement comme moyen d'introduction dans l'économie de substances médicamenteuses actives. Helvétius écrit un livre ayant pour titre : Méthode pour guérir toutes sortes de fièvres sans rien faire prendre par la bouche. Cette méthode consistait tout simplement à administrer le quinquina par la voie intestinale Depuis cette époque, les applications de ce mode de médication se sont de plus en plus multipliées. Avant de rappeler les principaux essais de ce genre, il nous faut exposer le point de physiologie sur lequel ils reposent. Bien que l'expérience clinique ait devancé en ceci comme pour bien d'autres questions l'expérimentation physiologique, il convient de rétablir ici l'ordre de succession logique et de subordination des faits.
I. Physiologie. Quelle est l'action des lavements sur les surfaces avec lesquelles ils sont mis en contact? Quels sont les phénomènes généraux ou spéciaux qui suivent leur absorption? En d'autres termes, quels sont leurs eflets locaux et leurs effets généraux, suivant leur état simple ou leurs divers états de composition? Tels sont les points de physiologie sur lesquels il importe d'être fixé, si l'on veut se rendre suffisamment compte des résultats hygiéniques ou thérapeutiques que l'on désire obtenir par l'usage des lavements.
1" Effets locaux ou action sur les surfaces de contact. Le premier effet d'un lavement simple, d'un lavement d'eau tiède, est de déterminer immédiatement, par sa seule action de contact sur la muqueuse intestinale, une contraction qui en sollicite immédiatement l'expulsion, si l'on ne fait effort pour le garder. La quantité de hquide, sa température, modifient plus ou moins cet effet, soit en l'atténuant, soit en l'activant. Une quantité minime d'eau, soit 100 grammes ou au-dessous, injectée dans le rectum, peut n'y produire aucune impression, être gardée sans effort, et y resler en quelque sorte comme un corps étranger, inerte, et indifférent à l'économie, jusqu'à ce qu'elle soit en partie absorbée, en partie expulsée avec la première selle. Si la quantité d'eau est élevée à 500, 400 ou 500 grammes, elle produit à peu près inévitablement la contraction de l'intestin. A une dose plus élevée, s'il s'agit surtout de jeunes enfants dont les intestins sont facilement extensibles, il peut arriver que la dilatation de l'intestin, soit portée au point de lui faire perdre momentanémen son ressort et toute puissance de réaction sur la masse d'eau qu'it contient.
La température de l'eau a également une grande part dans l'effet immédiat du lavement. A la température du corps, l'effet est nul et l'eau n'impressionne l'intestin que par sa masse et son action de simple contact. Au-dessus ou au-dessous il détermine la réaction de l'intestin par l'impression de chaleur ou de froid, plus énergiquement par le froid que par le chaud. Les lavements chauds, souvent répétés, amènent même à la longue un effet inverse, c'est-à-dire qu'ils émoussent la sensibilité et la conlractdité de l'mtestin, qui en vient peu à peu à se laisser distendre sans réagir.
A la double action de l'eau sur l'intestin par contact et par distension, il faut ajouter son action diluante sur les matières intestinales qui, le concours actif de la contraction intestinale aidant, facilite l'évacuation.
Tel est en effet le mode d'action du lavement simple administré dans les
02 LAVEMENT (eju'Loi jiédical).
conditions ordinaires, c'est-à-dire à température moyenne et en quantité suffisante pour distendre le gros intestin dans une plus ou œoias grande étendue. Telles sont les conditions qui répondent à l'indication la plus commune de l'admiiïistration du lavement, l'indication de provoquer ou de faciliter l'évacuation alvine.
Jusque-là le lavement est plutôt un agent hygiénique qu'un agent médicamenteux, à proprement parler. Nous entrons sur le terrain de la thérapeutique du moment où le lavement est composé, c'est-à-dire qu'il tient en suspension ou en dissolution une substance plus ou moins active, ou bien lorsque à l'état simple il est administré dans le but d'êlre livré à l'absorption, ou dans des quantités et des proportions insolites et qui dépassent l'indication d'une simple évacuation.
Biais avant d'aborder l'étude du lavement considéré cojurae agent thérapeutique, il importe que nous examinions deux autres questions majeures de physiologie, dont la solution nous aidera à comprendre et à régler les différents effets indicateurs; savoir : jusqu'à quel point de l'intestin pénètrent les lavements? Que devient le lavement abandonné à l'intestin?
C'est une question bien vieille et bien controversée que celle de savoir à quelle hauteur du tube intestinal peuvent pénétrer les liquides injectés par l'anus. Galien (livre m, de Causis sympt.) parle de clystères ayant pénétré si haut, qu'ils ont été rejetés par le vomissement. Les médecins du seizième siècle se sont occupés de cette question et ont cherché à se rendre compte des singularités signalées depuis longtemps déjà, par d'autres que par Galien, de clystères rendus par le vomissemeirt. Au rapport de M. Colson, Kerkringuy se serait prononcé positivement, assurant avoir expérimenté plusieurs fois que la valvule peut être franchie. Nombre d'ob?ervatioiis sur ce sujet sont consignées dans les Éphéniérides des curieux de lanature et autres recueils. L'opinion la plus répandue est que les lavements peuvent monter jusqu'à la valvule de Bauhin, sans jamais la dépasser; suivant quelques auteurs, ils ne traverseraient jamais l'S iliaque. De là des divergences sur le mode d'emploi des lavements et sur la quantité de liquide qu'ils doivent contenir.
Cette question a beaucoup occupé les médecins anglais surtout. Le docteur Christison dans son Dispensatory ,àïi({\\e « si l'on se propose de vider l'intestin, le lavement ne doit pas être de moins de 16 onces ou 1 pinte. » Le docteur Burns, dans la huitième édition de son Traité d'accouchement, sans déterminer précisément la quantité de liquide à injecter en cas de constipation, distingue cependant entre les matières accumulées dans le rectum et celles qui sont encore contenues dans le côlon. Contre ces dernières, il conseille de les amener d'abord dans le rectum au moyen de laxatifs administrés par la bouche, puis de les chasser au dehors par des lavements ; ce qui donnerait à supposer que dans son opinion ces derniers ne pénétreraient que peu ou point dans le côlon.
Suivant le docteur Anthony Thomson {Éléments de matière médicale et de thérapeutique, 2*^ édition), le volume d'eau à injecter suivant les différents âges est de 1 pinte pour un adulte, et de 3 onces seulement pour un enfant. Pour lui l'inefficacité des lavements tient surtout à ce qu'ils n'atteignent pas la partie obstruée de l'intestin.
Le docteur Denman {Traité d' accouchement, ¥ édition) insiste également siii* l'inutilité des lavements dans certains cas d'endurcissement des matières fécales^ et n'en conseille l'emploi qu'après avoir divisé ces matières par des moyens mécaniques et pour en entraîner les fragments.
LAVEMENT (emploi médical). 65
A. ces auteurs partisans des lavements à petites closes, on peut en opposer d'autres qui conseillent, au contraire, d'abondantes injections ; tels sont notamment Graves (de Dublin) et Marshall-Hall. « Si l'on veut laverie côlon, dit ce dernier, iî convient d'employer la seringue de Read ; 5 pintes d'eau chaude seront suffisantes. L'injection doit être faite aussi lentement que possible. De cette manière l'intestin ne se distend qu'après avoir été rempli ; son action péristaltique est excitée à la longue par la distension même, et, se contractant énergiquement dans toute sa longueur, il chasse d'un seul coup les matières accumulées. »
Voulant savoir à quoi s'en tenir sur cette question de physiologie et de thérapeutique, le docteur Hall entreprit une série d'expériences propres à déterminer la hauteur à laquelle peuvent parvenir dans le tube digestif les injections pratiquées par l'anus, et spécialement, la quantité de liquide que peuvent contenir les gros intestins.
Dans une première expérience faite sur le cadavre, on put injecter facilement, au moyeu de la seringue de Read, 5 ou 6 pintes d'eau mucilagineuse, qui remplirent complètement le gros intestin, Le liquide avait même franchi la valvule iléo-csecale.
Dans une deuxième expérience sur le cadavre, la paroi abdominale ayant été préalablement ouverte, on put suivre de l'œil le cours du liquide injecté. Quand 3 pintes eurent pénétré, le gros intestin se trouva remph et distendu. Puis le liquide s'étant épanché lentement dans la cavité péritonéale, on découvrit dans le caecum et l'iléon plusieurs ulcérations avec perforation .
Dans une troisième expérience sur le cadavre, S pintes d'eau furent injectées sans difficultés : le liquide parcourut toute la longueur des intestins et remplit même une portion de l'estomac (?), une incision cruciale des parois abdominales avait parmis de suivre rigoureusement, à travers les parois intestinales la marche du liquide.
M. Hall ne s'en est pas tenu là, il a fait des expériences sur le vivant.
Chez un homme affecté d'un rétrécissement du rectum, un tube élastique ayant été porté jusqu'au-dessus de ce rétrécissement, on pratiqua, après avoir toutefois eu soin de constater par la percussion la vacuité des côlons transverse et descendant, une injection de 5 pintes d'un liquide h.uileux. La percussion de nouveau pratiquée donna un son mat sur toute l'étendue des côlons.
Une autre expérience fut faite sur un jeune garçon. Le ventre ayant été préalablement percuté, et le caecum, aussi bien que les trois portions du côlon, ayant donné un son clair, le sujet fut placé horizontalement sur le côté gauche, et 5 pintes de liquide furent injectées. A ce moment, on éprouva de la résistance, et l'injection ne put être portée plus loin. La percussion fit reconnaître que ce liquide avait pénétré jusqu'à l'union des côlons transverse et descendant. Le sujet fut placé sur le côté droit, dans le but de s'assurer si le liquide ne se porterait pas du côté du côlon ascendant et du cœcum; et, en effet, une nouvelle percussion donna un son obscur dans les régions correspondantes où l'on remarquait une distension manifeste, tandis que la région du côlon descendant donnait maintenant un son clair. 5 nouvelles pintes de liquide furent injectées, et après que le sujet eut uriné deux fois, le son devint clair sur toute l'étendue du caecum et des côlons jusqu'à l'S ihaque.
Que peut-on inférer de ces expériences ? que les liquides injectés en certaine quantité par l'anus peuvent i-emplir la totalité du gros intestin ; mais rien de plus, car rien dans ces expériences, ni dans quelf[ues autres analogues que rapporte
fi4 LAVEMENT (emploi miJdical)-
l'auteur, n'autorise à conclure que la valvule iléo-cœcale ait été franchie et que le liquide injecté ait pénétré dans l'iléon.
Il est d'ailleurs une expérience qui se fait tous les jours dans les amphithéâtres d'anatomie et qui résout la question d'une manière péremptoire. Lorsque dans le but de dessécher un gros intestin pour le conserver, on l'insuffle d'air à grand renfort de pression, toute l'étendue du gros intestin depuis l'ampoule rectale jusqu'à la grande ampoule cœcale inclusivement, se laisse distendre par l'air, sans que jamais une bulle d'air s'échappe à travers la valvule iléo-cœcale dans l'iléon. La disposition bieu connue de cette valvule s'oppose absolument et hermétiquement au passage soit de gaz, soit de liquides dans l'intestin grêle. Nous parlons, ' bien entendu, des coiîditions norn)ales. Que si la valvule venait à être détruite par une ulcération ou par toute autre lésion ou à être empêchée dans son mode normal de fonctionnement, comnic il arriverait par exemple par l'interposition d'un corps étranger ou d'une portion de matière fécale durcie qui, sans oblitérer complètement l'orifice, empêcherait les bords valvulaires de s'appliquer exactement l'un sur l'autre, il est clair que dans l'une ou l'autre de ces circonstances un hquide poussé avec force pourrait franchir le passage et pénétrer dans l'intestin grêle. C'est probablement dans des conditions exceptionnelles de ce genre qu'ont eu lieu les faits de pénétration rapportés par quelques auteurs dignes de foi. Mais à part ces conditions exceptionnelles, il est évident que la valvule iléo-csecale oppose une barrière infranchissable au cours rétrograde ou ascendant des liquides, et que c'est à juste titre qu'elle a été qualifiée de barrière ou de colonnes d'Hercule des apothicaires.
Au reste, le point qui intéresse surfont la pratique est moins de savoir si le lavement franchit quelquefois la valvule que de connaître la hauteur à laquelle il peut pénétrer dans les côlons. Or on vient de voir qu'il est assez difficile de pousser le liquide jusque dans le côlon ascendant. Mais on ne doit pas oubher qu'il est possible, à l'aide de canules ou de sondes introduites par le rectum, de porter très-haut un lavement sans être pour cela obligé d'employer une grande quantité de liquide. M. Dechambre nous a fait connaître un cas de sa pratique, dans lequel, le cours des matières étant interrompu depuis huit jours par une tumeur siégeant dans le flanc droit, sur le trajet du côlon ascendant, une sonde, dont il était facile de sentir le bec à mesure qu'elle cheminait, put pénétrer jusqu'au delà de la tumeur et donner passage à un litre d'eau qui ne tarda pas à amener une garde-robe copieuse.
2° Effets généraux ou d'absorption. Que deviennent les liquides une fois injectés dans le gros intestin?
On sait que l'absorption se fait à des degrés divers sur toute l'étendue du tube digestif. Moins active sans doute dans le gros intestin que dans l'intestin grêle où elle est à son summum, elle l'est assez encore pour que cette voie puisse être souvent utiHsée pour l'introduction de certains agents thérapeutiques dans l'économie. Des faits démontrent que chez beaucoup d'animaux l'absorption est plus active dans le gros intestin que dans l'estomac. Les expériences faites avec le curare, par exemple, ont montré que cet agent introduit dans l'estomac de quelques animaux y est absorbé si lentement que les portions qui se trouvent à un moment donné dans le sang de l'animal ne suffisent pas pour déterminer des accidents d'empoisonnement; tandis que introduit directement dans le rectum, il a déterminé chez les mômes animaux des accidents promptenient mortels. On sait que la belladone et l'opium administz'és en lavement chez l'homme agissent
Lavement (emploi médical). 65
à la fois plus rapidement et avec une plus grande intensité que lorsc(u ils sont ingérés dans l'estomac.
Dans le but de déterminer la rapidité relative de l'absorption par l'estomac et par le rectum, le docteur W. Savoi^ a fait des expériences comparatives sur divers animaux avec la strychnine, le cyanure de potassium, l'acide cyanhydrique et la nicotine. Les résultats de ces expériences ont été variables suivant les substances toxiques employées.
La strychnine (en solution) a produit des effets toxiques beaucoup plus rapidement, administrée en lavement qu'ingérée dans l'estomac ; pour le cyanure de potassium et l'acide cyanhydrique, la différence a été bien moins marquée, et pour la nicotine, c'est le contraire qui a été observé.
Se demandant, en présence de cette différence, si elle ne tiendrait pas à ce que la strychnine pouvait être modifiée par le suc gastrique de manière à perdre une partie de ses propriétés toxiques, M. Savory a fait des mélanges artificiels d'une solution de strychnine et de suc gastrique, et il les a injectés dans le rectum. Il a observé alors des effets toxiques au moins aussi rapides et aussi énergiques qu'en employant une solution de strychnine non mélangée de suc gastrique. La réponse était donc négative à cet égard.
Une autre série d'expériences a démontré que la présence d'aliments dans l'estomac n'exerce aucune inlluence sensible sur la rapidité et l'énergie des effets toxiques d'une solution de strychnine.
Lorsque, au lieu d'administrer la strychnine en solution, on la donne en poudre, elle est absorbée beaucoup plus lentement. Dans ces conditions, l'absorpLiou a lieu plus rapidement dans l'estomac que dans le rectum, ce qui tient à l'action dissolvante plus énergique du suc gastrique. {The Lancet et Ga%. méd. de Paris, 1864, mars.)
M. Demarquay a institué aussi une série d'expériences pour arriver à déterminer le degré d'activité absorbante du rectum. 11 a fait administrer à des individus bien portants sous certains rapports, et qui devaient être soumis à un traitement par l'iodure de potassium, un lavement de la contenance de 200 grammes d'eau, avec 1 gramme d'iodure de potassium en dissolution. Dans quelques circonstances, il avait fait vider l'intestin rectum, mais le plus souvent, le lavement était administré sans prendre cette précaution ; l'expérience a été répétée plus de dix fois, et toujours elle a donné le même résultat, toujours l'absorption a été plus prompte par le gi'os intestin que pai" l'estomac.
Voici quel a été ce résultat chiffi-é dans cinq expériences :
Première expérience : élimination en 7 minutes.
Deuxième expérience : — 5 —
Troisième expérience: — ........ 6 —
Quatrième expérience : — 6 —
Cinquième expérience : — 2 —
Ces faits tendent, comme on le voit, à établir que Ton peut faire pénétrer les substances solubles dans le torrent circulatoire plus promptement par le rectum que par l'estomac, et que, chez les individus qui ont une grande répugnance pour l'iodure de potassium, on peut le faire absorber par la voie rectale.
Dans un mémoire communiqué à l'Académie de médecine en 1856 sur l'absorption des substances médicamenteuses introduites dans le gros intestin sous la foi'me de lavements, M. Briquet s'est proposé de déterminer les limites que ceux-ci atteignent, de rechercher si les substances introduites dans le gros intestin
DICT. ENC. 2° S. II. 5
66 LAVEMENT (emploi médical).
éi^rouvent quelques modifications chimiques avant d'être absorbées, dans quelle proportion se fait cette absorption, avec quel degré de promptitude elle se fait, etc. Il a résumé les résultats principaux de ses recherches dans les conclusions suivantes :
1" Le liquide qui constitue les lavements peut assez facilement aller jusque dans le caecum, et par conséquent être en contact avec une surface absorbante fort étendue.
2" La membrane muqueuse du gros intestin et les hquides qui baignent sa surface n'ont aucune action chimique sur les substances introduites dans le gros intestin, ori il n'y a d'absorbé que ce qui était primitivement en dissolution.
5" Quand on administre en lavement des sels solubles de quinine à des doses au-dessous de I gramme, un peu plus du tiers de la quantité administrée est éhminé, et par conséquent a été absorbé.
4" Quand on administre des doses supérieures à 1 gramme, celles-ci sont mal tolérées, et il n'y a qu'un cinquième ou un sixième de la quantité administrée qui soit absorbé...
5° On n'aperçoit de traces d'élimination, et par conséquent d'absorption, qu'une heure après l'administration d'un lavement, et à ce moment l'élimination est peu considérable.
6° La durée de l'élimination est en général assez courte, et ordinairement de 2 à 5 jours au plus.
7° La dilution plus ou moins grande, mais pourtant limitée à un certain degré, la nature plus ou moins visqueuse du liquide, et enfin l'addition des sels de morphine aux alcaloïdes du quinquina ne modifient pas sensiblement l'absorption.
8" Les jeunes gens absorbent mieux que les adultes; les vieillards de l'un et l'autre sexe absorbent très-mal.
9° Les alcaloïdes du quinquina administrés en lavement à des doses au-dessous de 1 gramme, peuvent rendre par cette voie tous les services qu'on peut attendre de ces alcaloïdes donnés à faible dose par la bouche, et peuvent très-bien les remplacer.
10° 11 n'en est pas de même pour les cas où il faut des doses élevées; celles-ci ne sont jamais absoi'bées en assez grande quantité pour produire des «îffets stu- ])éfiants énergiques.
il" On ne peut faire généralement tolérer au gros intestin plus de 2 grammes de sulfate de quinine à la fois.
Ces conclusions peuvent s'appliquer plus ou moins exactement aux diverses substances employées en lavement. [Bulletin de l'Acad. de méd., t. Xll, p. 237.)
Dans un deuxième mémoire faisant suite au précédent, M. Briquet s'est proposé d'étudier les variations que subit l'absorption des médicaments, suivant la nature des maladies, suivant l'âge et suivant le sexe des malades. Voici les résultats auxquels il est arrivé :
L'état pyrétique est notablement plus favorable à l'absorption des médicaments que l'état apyrétique.
L'état typhoïde favorise cette absorption moins que les autres états phlegmasiques ; cependant elle y est, dans le tube digestif, plus énergique qu'on ne l'avait supposé jusqu'à présent, puisqu'elle n'est que d'un dixième à peu près inférieure à celle qui se produit dans l'état pyrétique en général.
Dans le diabète, l'absorption des médicaments dans l'intestin paraît être trèsfaible.
LAVEMENT (emploi médical). 6^
On peut constater si, dans certaines maladies, les états de tolérance ou d'intolérance pour les médicaments tiennent à une susceptibilité particulière ou à des variations dans l'absorption; ainsi, dans l'état hystérique, la tolérance pour l'opium ne tient nullement à un défaut d'absorption : elle est le résultat d'une susceptibilité spéciale.
L'absorption des médicaments analogues aux alcaloïdes du quinquina est plus active chez les jeunes gens que chez les adultes, dans une proportion considérable ; chez les vieillards, elle est encore notablement moins active que chez les adultes ; elle est moins active chez la fenmie que chez l'homme, dans la proportion de 1 sixième à 1 huitième, etc. [Bull, de l'Acad. de méd., t. XXII, p. 1275.)
Ces données physiologiques étabhes, étudions maintenant les diverses sortes de lavements, leurs indications et leurs effets thérapeutiques.
II, Thérapeutique. Nous distinguerons les lavements en simples, médicamenteux et composés ; les lavements médicamenteux et les composés devront être distingués à leur tour, suivant l'objet qu'on se propose, en lavements à action locale ou à action générale; nous ferons, enfin, une dernière catégorie des lavements nutritifs.
1« Lavements simples. Le lavement simple ou à l'eau pure, le plus habituellement mis en usage, a pour objet principal de combattre la constipation, de faciliter les selles naturelles et de rafraîchir, suivant l'expression vulgaire, qui ne manque pas ici de justesse. Nous ne nous y arrêterons pas plus longtemps, ce que nous en avons dit plus haut étant suffisant pour ce point.
Mais le lavement simple devient un agent thérapeutique sérieux et constitue parfois une médication d'une certaine énergie, soit par la répétition fréquente, soit par la quantité d'eau injectée chaque fois, soit par sa température insolite, au-dessus ou au-dessous de la température normale du corps. C'est ainsi, par exemple, que les grands lavements d'eau chaude ont été élevés à la hauteur d'une méthode spéciale de traitement de quelques inflammations abdominales. Un traitement de ce genre a été institué par M. le docteur Eisenmann, après des expériences faites sur lui-même.
Voici en quels termes ce médecin rapporte les effets qu'il a obtenus sur luimême de l'administration de grands lavements chauds pour combattre une inflammation rhumatismale :
« En 1 837, dit-il, je fus pris d'une inflammation rhumatismale peu intense de l'enveloppe séreuse du foie, dont la guérison ne présenta pas de difficulté. Quatre semaines plus tard, la périhépatite reparut à la suite d'un refroidissement, et cette fois avec une intensité effrayante : l'hypochondre droit, un peu ballonné, était le siège d'une douleur tellement forte que tout mon corps était agité de mouvements convulsif?. Cette douleur s'irradiait jusque vers l'omoplate; j'avais des vomituritions et des vomissements, et de la répugnance contre toute espèce d'aliments; l'urine était extrêmement rouge; pouls très-fréquent, tendu et petit. Une application de sangsues, des fomentations chaudes avec une application de sublimé corrosif et des bains n'amenèrent aucune amélioration de l'affection locale. En raison de ma constitution détériorée, je ne voulus pas avoir recours à ime saignée. Vers deux heures de l'après-midi, la douleur étant devenue intolérable, je me remis au bain et j'eus alors l'idée de m'injecter de l'eau chaude dans l'intestin. Exécutant aussitôt mon dessein, je m'injectai successivement sept seringues d'eau à 37" centigrade environ (à peu près 3 litres), jusqu'à ce que l'abdomen commençai à se tendre. Peu de temps après, l'injection fut expulsée, en donnant lieu à
os LA.VEMEM (emploi médical).
une évacuation alvine très-abondante. Je fis inimédiatement une nouvelle injection de cinq à six seringues ; elle ne fut plus évacuée, et la douleur, qui jusque-là avait été excessive, disparut, à mon grand étonnement, d'une manière complète, seulement l'Iiypochondre droit était encore un peu ballonné et sensible à la pression. Je pris alors une première dose 4e vin de colchique opiacé; et une deuxième dose, le soir même, vint clore le traitement de cet accès.
« Dans la suite, j'ai encore eu douze accès au moins de périhépatite rhumatismale, mais je ne laissai plus à l'affection le temps de se développer ; je parvenais toujours à en enrayer la marche dès le début par les injections d'eau chaude et le vin de colchique opiacé.
« Peu de temps après, ajoute M. Eisenmann, une femme fut prise d'une péritonite intense. Je lui fis injecter autant d'eau chaude que la malade put en supporter sans être trop incommodée; cette injection ayant été évacuée avec une grande quantité de matières fécales, j'en fis faire une deuxième toute aussi abondante, que la malade garda ; la douleur disparut comme par enchantement et ne reparut plus. »
En 1838, M. Eisenmann fut pris d'un accès de néphrite. Le résultat des injections d'eau chaude fut le même : en moins d'une demi-heure, il était guéri.
En 1859, un homme de 61 ans, atteint d'une affection fébrile de la muqueuse intestinale, obtint le même résultat.
Plus tard, M. Eisenmann a guéri par l'emploi du même moyen un homme qui présentait tous les symptômes d'un typhus abdominal commençant.
M. Guttiërt rapporte {Gaz. niéd. de Russie) qu'ayant souvent employé les injections d'eau chaude, il pouvait confirmer tout ce que M. Eisenmann avait avancé.
M. Hare a trouvé ces grands lavements très-utiles dans le traitement de la dysenterie des Inde^ orientales, lorsqu'elle ne provient pas toutefois d'affection paludéenne. Lorsqu'un malade atteint de dysenterie arrivait à l'hôpital, on commençait par lui injecter, avec la seringue de Read, de 2 à 5 litres d'eau chaude, jusqu'à produii'e une certaine tension de l'abdomen. On avait la précaution d'adapter à cette seringue une canule élastique assez longue pour dépasser l'S iliaque, des injections aussi abondantes ne pouvant être faites avec une seringue à canule ordinaire, à cause de l'irritabilité du rectum, qui est telle dans cette maladie que le liquide est expulsé dès que quelques onces ont pénétré dans l'intestin. Cette première injection ne tardait pas à être évacuée, et sa sortie était toujours suivie d'un soulagement très-notable. Lorsque le malade était pléthorique ou qu'il avait une forte fièvre, ou encore lorsque l'abdomen était douloureux à la pression, M. Hare faisait pratiquer une saignée abondante et donnait ensuite une dose d'opium. A leur réveil, on leur administrait de nouveau un grand lavement d'eau chaude et l'on appliquait au besoin des sangsues et des fomentations. Dans la nuit, troisième injection d'eau chaude et deuxième dose d'opium, et alors les malades entraient ordinairement en convalescence. Le lendemain, s'ils accusaient la moindre cohque ou une sensation anoriuale de l'abdomen, on revenait aux injections.
M. Hare croit devoir attribuer les heureux résultats qu'il a obtenus de l'emploi de ces grands lavements à la circonstance qu'ils évacuaient les matières irritantes contenues dans l'intestin, opinion erronée. C'est incontestablement un de leurs effets utiles, mais ce n'est pas le seul. M. Eisenmann pense que M, Hare n'a pas retiré de celte médication tous les avantages qu'il eût pu en obtenir, parce qu'il a négligé de répéter l'injection dès que la première avait été expulsée avec les ma-
LAVEMENT (emploi médical). 69
tières fécales. Il attache, pour sa part, une grande importance à cette seconde injection, qui est ordinairement résorbée, tandis que la première ne séjourne que peu de temps dans l'intestin. Le premier lavement produit déjà une amélioration, mais ce n'est qu'à la suite du deuxième que la douleur disparaît d'une manière complète. {Voij. Dysenterie.)
M. Eisenmann a appelé également l'attention sur l'opportunité de l'essai des injections copieuses d'eau chaude dans le traitement du choléra. Il a essayé de donner une théorie de la manière d'agir de ces grands lavements répétés. 11 admet, dans l'état actuel de nos connaissances, que la chaleur humide exerce une action calmante sur les nerfs sensitifs de la vie animale et végétative, notamment aussi sur les nerfs sensitifs des vaisseaux capillaires, et qu'elle les empêche de réagir contre l'irritation produite par la maladie ou d'exciter à cette réaction les nerfs vasculaires moteurs. En tout cas, l'effet de ces lavements doit se porter aussi sur les nerfs sensitifs pris dans un sens plus restreint, car la stase qui existe déjà ne saurait disparaître complètement dans un intervalle de 7 à 10 minutes, ce temps sufiîsant à peine pour en préparer la résolution. Et cependant on voit disparaître complètement, pendant ces quelques minutes, la douleur spontanée pro^ duite par la stase.
Quoi qu'il en soit de ces vues théoriques , le fait de l'utilité de cette pratique reste acquis. {Voy. Choléra.)
M. Piorry a appliqué aussi les grandes irrigations intestinales au traitement de la fièvre typhoïde. Toutes les fois que dans les fièvres graves il constate par la plessimétrie la présence dans l'intestin de matières demi-solides et liquides, ou de liquides et de gaz , dont l'odeur est très-fétide, il a recours à des irrigations abondantes et réitérées coup sur coup, et cela pendant quelques minutes , et il continue ainsi jusqu'à ce que l'eau qui s'échappe de l'intestin pendant et après l'irrigation, soit claire et que les gaz aient beaucoup moins de fétidité. Ces irrigations ont été renouvelées dans les cas graves jusqu'à quatre et cinq fois par jour. M. Piorry attribue à cette méthode la guérison et la brièveté de la convalescence. [Voy. TïPHOÏDE (fièvre).]
On a eu recours aussi en chirurgie aux lavements simples abondants ou forcés pour les invaginations intestinales. Un médecin de Saint-Dié, M. Lhommée, dans un cas d'invagination parfaitement caractérisée, a obtenu le plus heureux résultat en injectant par le rectum une aussi grande quantité de liquide que le malade a pu en supporter.
2° Lavements médicamenteux. Les lavements médicamenteux ont pour objet soit d'agir directement ou topiquement sur la surface intestinale elle-même, soit d'être livrés à l'absorption pour introduire un agent plus ou moins actif dans l'économie.
Au premier rang des lavements médicamenteux, en procédant des moins actifs aux plus actifs, nous placerons les lavements émollients, qui ne diffèrent des lavements simples que par l'addition d'une substance mucilagineuse ou huileuse, et les lavements évacuants laxatifs, qui n'en diffèrent que par l'addition d'une substance qui ajoute son action légèrement excitante sur l'intestin à celle de l'eau pure. Tels sont en particulier le lavement au gros miel ou au miel de mercuriale, le lavement à l'huile de ricin, au séné ou au sulfate de soude, ou bien à l'aloès, toutes substances qui, en excitant la muqueuse intestinale, y déterminent un état lluxionnaire et une augmentation de sécrétion, qui facihte l'effet évacuant.
Lavements purgatifs. Les plus actives des substances dont il s'agit, telles que
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le séné, l'aloès, vont même jusqu'à prodiih'e quelquefois un certain degré d'irritation intestinale, qui, s'ajoutant à l'action évacuante, produit des effets dérivatifs souvent utilisés dans la pratique. Ce sont alûrs de véritables lavements purgatifs. D'après M. Bouchardat, les lavements salins agiraient en déterminant sur la muqueuse intestinale un courant exosmotique beaucoup plus considérable que îe courant endosmotique, et cette voie d'élimination étant frayée, l'économie se débarrasserait ainsi des parties liquides qui ne peuvent plus servir à la nutrition et qui y amènent des perturbations.
On combine quelquefois l'action de la quantité avec celle de la qualité , en administrant de grands lavements purgatifs pour combattre la constipation.
On doit au docteur Ax'an une application utile des lavements purgatifs au traitement du catarrhe utérin. Ce médecin a été conduit à cette pratique par une circonstance fortuite assez curieuse. Ayant prescrit à une jeune fdle aménorrhéique l'usage de petits lavements purgatifs, composés de ÎO grammes d'aloès pour 50 grammes de mucilage, mode de traitement institué par le professeur Schœulein (de Berlin), Aran apprit par cette jeune fille que ces lavements n'avaient point rappelé ses règles , mais qu'ils avaient fait cesser un écoulement blanc trèsabondant, dont elle était affectée depuis plusieurs années. Éclairé par ce fait, Aran se livra à partir de ce moment à une série d'essais dont le succès lui a fait nstitaer, à titre de méthode de traitement du catarrhe utérin, l'emploi des lavements purgatifs à l'aloès, méthode qui consistait à faire prendre, tantôt tous les jours, tantôt tous les deux jours, suivant l'effet produit par le médicament, et toujours le soir en se couchant, d'abord un lavement simple d'eau tiède, pour débarrasser l'intestin, puis un lavement comme suit :
Aloès , )
Savon médicinal ^^ chaque : H ou 10 grammes.
Eau bouillante 100 grammes.
Tout en conservant le même mode d'administration, il a successivement remplacé l'aloès par la coloquinte, par la gomme-gutte, la décoction de rhubarbe, les résines de jalap ou de scammonée, etc. De cette comparaison, il est résulté pour lui que les lavements d'aloès étaient les seuls qui pussent être continués plusieurs jours de suite , sans provoquer des douleurs trop vives vers l'anus. A la suite de ces lavements, l'écoulement utérin diminuait de jour en jour. Chez quelques malades, en vingt-quatre heures il avait déjà diminué de moitié, et chez d'autres en quatre ou six joui\^, toute trace avait disparu. Toutefois le succès n'a pa;i «;te. constant, et il a follu dans quelques cas renoncer à ce mode de traitement.
Lavements astringents. Les substances astringentes et les divers an-ents modificateurs de la vitalité des membranes muqueuses, sont très-souvent administrés sous cette forme, lorsqu'il s'agit surtout de modifier directement un état morbide de la muqueuse du gros intestin.
Les principales substances astringentes employées en lavement sont le tannin, la ratanhia, le kino, le cachou, le sous-acétate et le sous-carbonate de plomb. Les modificateurs plus actifs des muqueuses sont l'iode, le nitrate d'argent, etc.
Les lavements de tannin (de 1 à 2 grammes pour 500 grammes d'eau) ont été administrés dans les diarrhées et les dysenteries chroniques, dans les écoulements muqueux de l'anus (proctorrhée).
Les lavements de ratanhia (de 4 à 20 grammes d'extrait et 4 grammes de teinture pour 150 grammes d eau) ont été particulièrement préconisés par Breton-
LAVEMENT (emploi médfcal). 71
neau et Trousseau dans le traitement de la fissure de l'anus, et appliquées depuis avec succès par un grand nombre de praticiens. Voici de quelle manière Trousseau en a formulé l'emploi: après un lavement d'eau de guimauve, on administre le quart de lavement de ratanhia, qui n'est gardé que quelques instants. On en prend deux dans les vingt-quatre heures, un matin et soir.
La monesia a été également employée de la même manière et dans les mômes circonstances. Mais les effets n'en ont paru ni aussi efficaces ni aussi constants que ceux de la ratanhia.
L'étroite sympathie qui lie les affections du rectum à celles de la vessie, et réciproquement , a inspiré au docteur Miquel (d'Amboise) l'idée de l'ecourir à l'usage des lavements de ratanhia associée au laudanum pour combattre l'engorgement inflammatoire de la prostate. — Il a administré des quarts de lavement contenant 4 gramme d'extrait de ratanhia et 8 gouttes de laudanum de Sydenham pour un verre d'eau, alternés avec des lavements entiers émoUients et huileux, et il en a obtenu de bons résultats.
Lavements aux sels de -plomb. Le sous-acétate de plomb , sous forme d'eau blanche ou d'eau de Goulard, a été employé en injection rectale dans les cas de proctorrhée, de flux purulent hémorrhoïdal et dans la diarrhée chronique qui suit les dysenteries. Le docteur Fr. Barthez, à l'époque où il était médecin en chef de l'hôpital militaire de Saint-Denis, a appliqué avec succès cette médication au traitement de la dysenterie aiguë. Voyant le peu de succès des moyens usités jusque-là, il tenta l'emploi de l'acétate de plomb à des doses d'abord minimes, qu'il a élevées ensuite graduellement jusqu'à 100 gouttes d'extrait de saturne, soit 5 grammes pour 500 grammes d'eau tiède. A cette dose , la dysenterie s'arrêtait presque subitement , sans qu'il ait eu à constater aucun accident. Depuis cette époque le docteur Barthez, poursuivant ses essais, est arrivé, dans le traitement des dysenteries aiguës, jusqu'aux doses énormes de 50, 40 et 100 grammes dans un lavement, sans donner lieu à des accidents toxiques. Boudin a été à même, quand il était médecin en chef de l'hôpital militaire du Roule, de confirmer par ses propres expériences celles de Barthez ; il a employé le sous-acétate de plomb en lavement sur plus de 600 malades atteints de diarrhée, de dysenterie ou de choléra épidémique. Le médicament, dissous dans 100 grammes deau distillée, a été donné depuis 10 jusqu'à 60 grammes dans les vingt-quatre heures, en plusieurs quarts de lavement. Non-seulement l'innocuité du sous-acétate de plomb aiu<i administré a été complète, mais encore les résultats thérapeutiques se sont montrés les plus satisfaisants.
M. Devergie a employé le lavement de carbonate de plomb contre la diarrhée des phthisiques. Voici de quelle manière il le prescrit : acétate de plomlj, 1 gramme; carbonate de plomb, 5 centigrammes; dissous séparément dans nue très-petite quantité d'eau ; la dissolution est versée dans 250 grammes de décoction de lin, et on ajoute quatre gouttes de laudanum de Rousseau.
Lavements iodés. Les lavements iodés ont été prescrits dans la diarrhée et la dysenterie chronique, par M. Eimer (iode de0s'',25 à Os^SO, iodure de potassium q. s. dissous dans 30 à 90 grammes d'eau distillée), pour un lavement que l'on renouvelle deux fois dans les vingt-quatre heures, et plus rarement trois ou quatre fois. S'il y a du ténesme et si le malade a de la peine à garder so)i lavement, on l'additionne de 10 à 15 grammes de teinture d'opium, et on remplace l'eau par un véhicule mucilagineux.
M. le docteur Delioux de Savignac dit en avoir obtenu dans les mêmes circon-
72 LAVEMENT (emploi médical).
stances des succès remarquables. Il donne ces lavements à la dose de 10 à 30 grammes de teinture d'iode, maintenue soluble par 1 à 2 grammes d'iodure de potassium pour 200 à 250 grammes d'eau. Sur douze cas consignés dans son mémoire {lJnio7i médicale, 1855), l'affection intestinale a été notablement amendée ou guérie dix fois ; dans les deux cas d'insuccès, il n'y a eu du moins aucune aggravation. M. Delioux affirme qu'en général ces lavements ne produisent que de légères coliques, très-facilement calmées par un lavement laudanisé. Il ajoute, enfin, qu'en raison de la facilité d'absorption les lavements pourraient servir de moyen d'introduction de l'iode dans l'organisme, dans les cas qui peuvent en réclamer l'usage.
D'après M. le docteur Boinet, on pourrait joindre avec beaucoup d'avantage à la formule de M. Delioux 1 ou 2 grammes d'extrait de ratanhia, ou bien, au lieu d'eau ordinaire, faire usage d'une décoction de ratanhia ou de monesia, ou de toute autre substance renfermant de l'acide tannique. M. Boinet affirme que les lavements ainsi composés lui ont été très-utiles pour arrêter le dévoiement dans le choléra. [lodotherapie, 2^ édit., 1865.)
M. le docteur Bossu (de Lyon) a obtenu, à l'aide de cette médication, des résultats qui ont dépassé toute attente. Sur trois malades qui y ont été soumis, deux ont guéri après l'emploi de deux lavements seulement ; quant au troisième, dont la maladie remontait à plusieurs années, il guérit aussi, mais six lavements furent nécessaires pour venir à bout d'une maladie aussi invétérée. Or, chez ces trois malades, bien que la dose de la teinture d'iode ait été de 15, 20, 25 et jusqu'à 30 gouttes pour un quart de lavement de 150 grammes d'eau, cette dose a été parfaitement supportée, et à part le premier lavement qui a causé un peu de pesanteur et de chaleur rectale, les malades n'ont éprouvé aucun malaise et ont pu le garder depuis un quart d'heure jusqu'à deux et même trois heures. (Thèse de Paris, 1856.) {Voy. Diarrhée, Dysenterie.)
Les lavements iodés ont été utilement mis en usage aussi dans un cas d'hépatite aiguë, par M. le docteur Inhauser. (Journal de médecine de Bruxelles.)
Nous ajouterons ici les diverses formules de lavements iodés que donne M. Boinet dans le Formulaire de l lodotherapie :
LAVEMENT IODÉ.
Teinture d'iode 15 à 2S grammes.
lodure de potassium ) - „
Tannin h=^ 0,2à -
Eau de riz ou eau distillée 125 à 150
Laudanum 19 gouttes.
LAVEMENT D'iODORE DE P0TAS3IDM.
lodure potassique 1 gramme.
Eau distillée . , 250 grammes.
Lavements au nitrate d'argent. C'est encore dans les diarrhées et les dysenteries que les lavements au nitrate d'argent ont été préconisés. Trousseau en a fait un très-fréquent usage, à titre d'agent substitutif, dans le traitement des maladies de l'appareil digestif. Dans la dysenterie aiguë, en même temps qu'il prescrivait de demi-heure en demi-heure une pilule avec un mélange de 5 centigrammes d'amidon ou de mie de pain, 2 centigrammes 1/2 de nitrate d'argent et 2 centigrammes 1/2 de sel de nitrc, il faisait prendre deux fois par jour un lavement avec 500 grammes d'eau distillée dans laquelle on avait fait dissoudre de 15 à 50 centigrammes de nitrate d'argent.
C'est surtout chez les enfants à la mamelle, lorsque la diarrhée persistait lon-r.
LAVEMENT (emploi médical). 73
temps, malgré la diète, le régime et l'usage de la magnésie, du bismutli ou de la poudre d'yeux d'écrevisse, qu'il avait recours au nitrate d'argent. Voici les règles ([u'il formule à cet égard : » Si la diarrhée est tormineuse, accompagnée de sécrétions glaireuses ou de glaires ensanglantées, et en même temps de ténesme, nous prescrivons, dit-il, soir et matin, un clystère composé de 250 grammes d'eau distillée, de 5 à 10 centigrammes de nitrate d'argent, suivant l'âge de l'enfant; quelquefois, après l'expulsion du liquide injecté, nous donnons un nouveau lavement d'eau tiède, auquel nous ajoutons mie demi-goutte ou même une goutte de laudanum de Sydenham. «Il est rare, ajoute-t-il, que cette médication si simple ne guérisse pas avec rapidité une diarrhée qui semble liée à un état phlegmasique de la membrane muqueuse du côlon.
Le lavement au nitrate d'argent, dans la proportion de 0,50 de ce sel pour 100 grammes d'eau, a été utilement employé par Aran dans un cas de flux hémorrhoïdal incoercible chez un homme de 61 ans. Ce lavement fut renouvelé pendant quatre jours, et le malade le gardait pendant deux heures, malgré la cuisson qu'il lui causait.
Les lavements au nitrate ou azotate d'argent ont été, de la part de M. le docteur Delioux de Savignac, l'objet d'une étude spéciale dont les résultats intéressent assez la pratique pour que nous croyions devoir les rappeler ici. Dans un mémoire relatif à l'inQuence que joue l'albumine sur l'absorption et l'assimilation des composés minéraux, communiqué en 1850 à l'Académie des sciences, M. Delioux a démontré, par des expériences en conformité avec des travaux antérieurs de Lassaigiie, que, si l'azotate d'argent précipite au premier abord l'albumine de ses dissolutions, un grand excès de dissolution albumineuse redissout ce précipité; que, d'un autre côté, si les chlorures alcalins précipitent l'azotate d'argent dans l'eau pure, à l'état de chlorure d'argent insoluble, ils ne le précipitent plus dans l'eau albumineuse ; qu'enfin, dans ces deux circonstances, il se forme une combinaison d'albumine et d'azotate d'argent, soluble et conséquemment facilement absorbable.
Ces faits acquis, M. Delioux s'est demandé s'il ne serait pas avantageux d'associer l'albumine et l'azotate d'argent lorsque l'on veut administrer ce dernier sel à l'intéi'ieur, soit par la bouche, soit par l'extrémité rectale. Il ne s'agit ici que de ce second mode d'administration.
Le sel d'argent, employé par injection rectale, déterminant parfois, même à très-petites doses, des coliques assez vives, M. Delioux a pensé qu'on obvierait à cet inconvénient, en même temps qu'on feraitbénéficierle malade des propriétés de l'albumine et de celles de l'azotate d'argent, en administrant ce sel en disso- 'lution, ou dans l'eau albumineuse pure, ou dans l'eau albumineuse légèrement salée par le chlorure de sodium pour les doses élevées. 11 a, en conséquence, adopté comme règle générale de prescrire des quantités égales d'azotate d'argent et de chlorure de sodium pour une quantité donnée de solution albumineuse. Ainsi, pour préparer un quart de lavement d'après cette formule, on pi-end :
Blanc d'œuf n' 1
On dissout dans :
Eau distillée , , , 250 grammes.
On filtre à travers un linge.
On prend d'un autre côté :
Azotate d'argent cristallisé 10, 20, 50 centigrammes.
Chlorure de sodium 10, 20, 50 —
74 LAVEMENT (kmpi.oi médical).
On fait dissoudre séparément les deux sels dans une très-petite quantité d'eau distillée : on verse dans la solution albumineuse d'abord la solution d'azotate d'argent; — il se fait un précipité blanc floconneux; — on ajoute aussitôt la solution de chlorure de sodium, et l'on agite vivement la liqueur avec une baguette de verre ; alors le précipité disparait, la liqueur reprend su transparence, ou conserve, si l'on a employé des doses plus fortes que ci-dessus d'azotate d'argent, une légèrq teinte opaline ; mais il ne se dépose plus aucun précipité. Il s'est formé une combinaison soluble d'azotate d'argent et d'albumine, à laquelle le chlorure de sodium ne prend aucune part, mais dont il favorise seulement et maintient la solubilité.
Cette solution d'azoto-albuminate d'argent, ou d'azotate double d'albumine et d'argent, ne doit être préparée qu'au moment d'être administrée.
M. Delioux affirme, après une longue expérience, que les lavements à l'azotate d'argent, ainsi préparés, ne détei^minent presque jamais de coliques, et jamais de douleurs vives. 11 serait donc rationnel, dans toutes les circonstances oii l'emploi des lavements d'azotate d'argent est indiqué, de substituer cette formule à la dissolution dans l'eau distillée.
Le lavement au nitrate d'argent a été employé aussi avec avantage par M. Guérard, dans un cas d'entérite pseudo-membraneuse chez une malade de son service de l'Hôtel-Dieu ; mais, comme il s'était convaincu, dans un cas analogue qu'il avait eu l'occasion d'observer en ville, de l'insuffisance des petits lavements, la lésion diphthéritique existant dans les parties supérieures du gros intestin, il ne réussit dans ce dernier cas qu'en portant la quantité du liquide jusqu'à 4 litres, de manière que l'intestin se trouvât rempli jusqu'à la valvule iléo-cœcale. Le lavement avait été préparé de la manière suivante : la seringue était remplie presque jusqu'en haut avec une forte décoction de guimauve ; une solution de 50 centigrammes de nitrate d'argent dans 50 grammes d'eau distillée fut mise dans l'espace laissé vide ; on mit en place la canule et l'on administra promptement le lavement. La solution caustique, poussée la première, modifia la surface intestinale, qui fut ensuite lavée par la décoction de guimauve. {Voy. Diarrhée, Dysenterie, Entérite.)
Lavement arsenical. La médication arsenicale, tirée par les travaux de Boudin, de l'oubli ou du discrédit où elle était tombée en France, instituée par cet habile praticien sur une grande échelle pour le traitement des fièvres intermittente.", et étendue depuis au traitement d'un grand nombre d'autres aiïeclions, devait naturellement rappeler l'attention sur la méthode d'administration des préparations arsenicales par la voie rectale, déjà mise en usage très-anciennement. Boudin a eu recours aux lavements d'arsenic, lorsque les malades soumis au traitement arsenical étaient arrivés à la limite de la tolérance de ce médicament par l'estomac. Il l'a formulé ainsi : solution arsenicale, 50 grammes (soit 5 centigrammes d'acide arsénieux, la solution étant au 1,000"). Il a pu, dans un grand nombre de cas, porter la solution à 20 centigrammes d'acide arsénieux, sans provoquer aucun accident, ni même aucun phénomène d'intolérance, alors que les malades ne pouvaient plus supporter 1 centigramme d'acide arsénieux par la voie gastrique.
Nous venons de dire que la méthode d'administration de l'arsenic par la voie rectale avait été très-anciennement mise en usage. En eftet, les lavements arsenicaux ont été conseillés par Cœlius Aurelianus pour détruire les vers intestinaux. Mais, comme le font très-justement remarquer les auteurs du Traité de thérapeutique et de matière médicale, il suffit de savoir qu'elles sont les parties de l'intestin habitées par les vers pour comprendre que ces hivements ne peuvent Cdvc,
LAVEMENT (emploi médical). "^^
utiles que pour la destruction des ascarides vermiculaires. Leur efficacité, dans ce cas, est incontestable. « A l'époque, dit Trousseau, où nous avions un service dans un hôpital d'enfants, nous avons eu souvent l'occasion de les employer. Pour un lavement de 200 grammes d'eau, on fait dissoudre 1 à 5 centigrammes d'arséniate de soude ou d'arsénite de potasse. Cette dose, qui serait énorme si elle était conservée, provoque une irritation assez vive, et par conséquent est rapidement rejetée; mais le contact, quelque rapide qu'il soit, delà solution arsenicale avec les vers suffit pour les tuer. Un seul lavement suffit ordinairement pour détruire ceux qui existent ; mais il y faut revenir deux ou trois jours de suite, et ensuite deux ou trois fois encore, en laissant quatre jours d'intervalle, pour détruire les œufs d'ascarides et faire cesser toute chance de récidive. »
Lavements mercuriels. Le mercure à l'état de calomel a été employé en lavement au même titre que l'arsenic et pour remphr la même indication à l'égard des oxyures vermiculaires. Il suffit d'injecter dans le rectum une petite quantité de mucilage de gomme contenant en suspension 5 à 20 centigrammes de calomel. Ce moyen est peut-être moins fidèle que le précédent. Mais, si le calomel manque quelquefois son effet, il n'en est pas de même des préparations mercurielles solub!es. Pour les adultes, il suffit de faire prendre, deux ou trois jours de suite, un quart de lavement, auquel on ajoute 5 centigrammes de bi-iodure de mercure dissous au moyen de 1/10^ d'iodare de potassium, ou bien la même dose de bichlorure de mercure. La dose doit être quatre ou cinq fois moindre pour les enfants. Cette médication manque rarement son effet.
Lavements opiacés. On a déjcà vu, dans ce qui précède, que l'opium est joint quelquefois à d'autres substances destinées à être administrées en lavement, dans le but de faciliter la tolérance de l'intestin pour ces substances. L'indication des lavements purement opiacés se présente souvent dans la pratique, soit que l'on se propose une action stupéfiante directe sur l'intestin ou sur quelque organe connexe ou voisin, soit que, dans le but d'obtenir une sédation générale, on ait des motifs pour s'adresser de préférence à ce mode d'introduction des narcotiques dans l'économie. Toutes les coliques généralement, de quelque nature qu'elles soient et quelles qu'en soient les causes, sont calmées par l'emploi des lavements opiacés. Les diarrhées avec ou sans coliques, la dysenterie en réclament aussi trèssouvent l'emploi. Ils sont souvent mis en usage aussi, pour combattre les coliques néphrétiques et les coliques hépatiques. On y a eu recours quelquefois dans les cas de hernie étranglée, mais les lavements avec les solanées leur sont préférables. L'une des applications les plus utiles des lavements opiacés est celle que l'on en fait assez fréquemment pour modérer ou calmer les contractions utérines excessives dans le travail d'accouchement, ou les contractions inopportunes comme celles qui surviennent pendant la durée de la grossesse, et qui rendent une fausse couche imminente ; de même que pour combattre les tranchées utérines après l'accouchement. Les névralgies et les douleurs provoquées par la phlegmasie utérine sont également combattues avec avantage par les lavements opiacés. Enfin on a recours à ce moyen d'introduction de l'opium dans l'économie dans les circonstances où cet agent doit être administré à des doses très-considérables, comme dans le tétanos, par exemple, dans certains traumatismes graves ou à la suite de grandes opérations où il est nécessaire de plonger les malades dans le narcotisme pour prévenir l'explosion d'accidents consécutifs redoutables.
Les lavements opiacés ont été conseillés encore et employés, paraît-il, avec succès, par le docteur H. Bennet, contre le mal de mer. {Yoy. Mal de mer.)
70 LAVEMENT (emploi médical).
11 prescrit le laudanum ou la solution de biméconate de morphine (solution de squirrhe) à la dose de 50 gouttes, dans 120 grammes d'eau chaude. {The Lancet, 1857.)
On n'administre guère généralement sous cette forme que le laudanum de Sydenham, le laudanum de Rousseau ou la décoction de pavot. Les doses moyennes sont de 10 à 20 gouttes environ de laudanum de Sydenham, de 5 à 10 gouttes de laudanum de Rousseau par lavement. Mais on conçoit que ces doses puissent varier infiniment selon les indications qu'on se propose de remplir et suivant l'habitude et le degré de tolérance connu des malades. En règle générale, sachant que l'absorption de l'opium introduit dans le rectum est plus active et plus l'apide que lorsqu'il est administré par l'estomac, les doses de l'opium donné en lavement doivent être toujours un peu inférieures à celles que l'on ferait prendre par la bouche.
Quant au pavot, mode essentiellement infidèle et dangereux à la fois par la difficulté de le doser, la prudence veut qu'on ne mette pas plus d'une tète pour un lavement de 500 grammes. Mieux encore serait de s'en abstenir, si l'on n'était pas quelquefois réduit à ce seul moyen.
Lavements à la belladone. L'extrême activité de cette substance, sa facilité d'absorption par le gros intestin et les dangers si graves qu'entraîne l'administration de doses un peu élevées, doivent rendre très-circonspect sur son emploi en lavement. Les recueils périodiques de médecine renferment plusieurs exemples d'accidents très-graves d'empoisonnement produits par l'ingestion de doses d'extrait ou de décoction de belladone, qui pouvaient cependant ne pas paraître au premier abord très-exagérées (50 centigrammes d'extrait, par exemple). Aussi depuis que ces funestes exemples sont connus, l'usage de ces lavements est-il restreint à un très-petit nombre d'indications.
La belladone est donnée en lavement à la dose de 2 à 5 centigrammes d'extrait, comme adjuvant de l'administration de cette même substance par la bouche et en onction sur les parois abdominales, dans le traitement de la colique de plomb, d'après la méthode instituée par M. le docteur Malherbe (de Nantes).
On la prescrit, à la dose de 10 à 20 gouttes de teinture dans une petite quantité d'eau, pour combattre les douleurs utérines, la dysménorrhée, la rétention du flux menstruel, ou le spasme et la constriclion de l'orifice utérin, dans certains accouchements laborieux.
Le docteur Holbrovek a prescrit des lavements avec l'infusion de feuilles de belladone contre la constriction spasmodique de l'urèthre. Mais il n'est pas dit avec quel résultat.
Les chirurgiens ont quelquefois utilisé avec avantage les lavements belladones pour obtenir le relâchement des parties qui produisent la constriction de l'intestin dans l'iléus et la hernie étranglée. Considérant son action sur la contractilité des tissus, le docteur R. Hanius a eu l'idée d'employer les lavements de belladone dans les cas d'iléus, en 1855, et il l'a fait avec succès. [Journal der praciischen Heilkunde de Hufeland et Osann.) On trouve, notamment, dans un journal américain de 1837, traduit ^diV h Gazette médicale (1858), quatre exemples très-remarquables de hernies étranglées, réduites avec le secours des lavements de belladone. Mais la dose administrée dans ces circonstances a été telle (1 gros (4 grammes) de racine de belladone infusés dans 12 onces d'eau et divisés en 3 parties), que nous n'oserions conseiller d'imiter cet exemple.
Le dalura pourrait au même titre que la belladone et dans des conditions ana-
LAVEMENT (emploi médical). 77
logues êlre administré en lavement. Nous ne sachons pas qu'il ait été employé de cette manière. Il ne faudrait pas oublier, en tout cas, si l'on jugeait h propos d'y avoir recours, que, comme tous les agents toxiques livrés à cette voie d'absorption, le datura injecté par le rectum détermine des effets beaucoup plus rapides que lorsqu'il est porté dans l'estomac.
Lavements de tabac. C'est particulièrement dans le traitement de l'iléus ou du volvulus et de la hernie étranglée que les lavements de fumée ou d'infusion de tabac ont été conseillés. Us sont très-usités en Angleterre où ils ont été préconisés déjà par Sydenham, et depuis par Mertens, Abercrombie, Schœfler, Bott et d'autres. Schœffer à l'exemple de Sydenham presci'ivait les lavements de fumée de tabac. Pott, au lieu de fumée, donnait le tabac en infusion, à la dose de 4 grammes de feuilles de tabac pour 500 grammes d'eau. En France, l'application de ce moyen a été beaucoup plus restreinte, quoiqu'il ait été très-préconisé par Lisfranc. On lit de loin en loin seulement dans les journaux de médecine quelques relations de cas d'iléus ou de hernie étranglée qui ont été traités par ce moyen. Les Annales de la chirurgie française et e'^j-an^fère de 1845 rapportent deux cas de volvulus qui auraient été traités avec succès par M. Berruyer à l'aide de lavements de tabac. La Gazette des hôpitaux, de 1858, signale un fait dans lequel le lavement de tabac a été associé à l'usage de la belladone, ce qui en diminue la valeur comme témoignage de l'etficacité du tabac. Le Bulletin de la Société de médecine de Poitiers (1864) rapporte une observation très-intéressante de guérison d'un étranglement interne récidivé à l'aide des lavements de tabac, communiquée à cette Société par les docteurs Gaillard et Albert. Mais voici venir le revers de la médaille. On trouve dans le Bidletin général de thérapeutique (1843) ime relation de M. le docteur Ch. Japiot, qui fait connaître un cas d'accidents toxiques terminés par la mort, à la suite de l'administration du tabac en lavement dans un cas de hernie étranglée. La dose de tabac administrée dans cette circonstance était de 15 grammes en décoction dans la quantité d'eau nécessaire pour un lavement entier, dose élevée, sans doute, mais encore inférieure à celle qui est indiquée dans quelques formulaires. On trouve dans le journal de Vandermonde un cas de hernie étranglée, guérie par un lavement fait avec la décoction de 1 once (30 grammes) de tabac dans 2 livres (1 kilogr.). Personne aujourd'hui n'oserait prescrire cette dose. Les lavements de tabac sont avantageusement remplacés, d'ailleur^, dans ces circonstances, par les lavements de belladone ou de datura. {Voy. Iléus.)
La colique de plomb a été traitée aussi par les lavements de tabac. On les a longtemps employés comme purgatifs, mais ils sont à la fois inefiicaces et dangereux. On les a appliqués avec plus de raison comme anthelminthiques.
Enfin c'est surtout comme moyen de combattre l'asphyxie, et en particulier l'asphyxie par submersion, que les lavements de fumée de tabac ont eu le plus de vogue. On y a à peu près généralement renoncé aujourd'hui.
La valériane, dont les indications sont bien connues, trouve assez souvent son emploi en lavements. On l'administre à la dose de 8 à 16 grammes en décoction.
L'asa fœtida, à raison de la qualité qu'exprime si bien son adjectif, n'est guère administré que sous cette forme. On le prescrit à la dose de 4 à 8 grammes délayé dans un peu d'huile ou dans un jaune d'œuf pour 100 grammes d'eau environ. C'est un des médicaments les plus sûrs et les plus fidèles que nous connaissions contre certains phénomènes hystériques. Nous en avons plusieurs fois obtenu de très-bons résultats.
Le musc, si utile dans quelques épiphénomènes nerveux des phlegmasies pulmo-
78 LAVEMEîST (emploi îiédical),
naires ou de fièvres graves, peut être donne parla voie rectale, mais on n'a que très-rarement roccasion d'y recourir sous cette forme.
Le castoréimi est plus souvent administré ainsi, sous forme de teinture, uni aux teintures d'aloès et d'asa fœtida, et à la dose de 4 grammes. Cette préparation est surtout employée dans l'aménorrhée dépendant d'une sorte de ténesme utérin et qui s'accompagne du gonflement douloureux du ventre, et dans certaines coliques nerveuses.
Le camphre est administré sous cette même forme à peu près dans les mômes conditions que le musc et le castoréum, à la dose moyenne de 4 grammes, délayé dans un jaune d'œuf pour 500 grammes de décoction de graine de lin ou de guimauve. Ses propriétés sédatives et anaphrodisiaques l'ont fait prescrire souvent dans les dysuries et les maladies des voies urinaires.
\Jéther, dans quelques circonstances exceptionnelles oii il était impossible de le faire accepter par l'estomac, a pu être donné avec succès en injection dans le gros intestin.
M. le docteur Laffont de Sainte-Hélène (Gironde) a fait cesser à plusieurs reprises un accès de manie furieuse chez une femme à l'aide d'un lavement d'éther (4 grammes d'éther suUurique dans 125 grammes d'eau fraîche).
Le quinquina et son principe actif, le sulfate de quinine, quand ils sont impérieusement indiqués et que l'état de l'estomac n'eu permet point l'administration par la voie ordinaire, peuvent être confiés à la voie rectale. Voici les deux principales formules pour ce mode d'administration.
Lavement de quinqdina.
Quinquina jaune royal . 20 grammes.
Faire bouillir pendant une demi-heure dans :
Eau commune, q. s. pour colature 250
Passez et ajoutez :
Laudanum de Sydenhara 12 gouttes,
LAVEME>T de SrLFATE BE OtlINIUE.
Sulfate de quinine \ gramme.
Décoction de pavot , 150 grammes.
Acide sulfurique alcoolisé, quelques gouttes pour dissoudre le sulfate.
Lavements vineux et alcooliques. La difficulté qu'on éprouve à faire pénétrer par l'estomac une certaine quantité de toniques, et surtout de vin, sans apporter un trouble marqué à l'accomplissement des fonctions digestives , et d'un autre côté les avantages qu'il y a, dans certains cas, à porter dans le torrent circulatoire, et par suite dans tous les organes, une assez grande quantité d'un liquide aussi vivifiant, ont engagé plusieurs praticiens à recourir à la voie d'introduction rectale. Hoffmann avait eu déjà cette idée, et l'avait môme mise eu pralique, mais elle avait été presque entièrement perdue pour ses successeurs. 11 faut arriver jusqu'à notre époque pour voir remettre cette pratique en honneur.
Dans un cas de métrorrhagie par inertie de la matrice après la délivrance, qui avait résisté à tous les moyens employés, et ne put être arrêtée que par la compression de l'aorte, la malade étant épuisée et dans l'état le plus alarniant, absence du pouls, refroidissement des extrémités, sueur froide, jactitation, relâchement des sphincters, etc., indiquant l'imminence d'une terminaison fatale, et en présence de l'impossibilité d'administrer des stimulants par la bouche, un médecin anglais, le docteur Llewellyn Williams a eu reconrs aux lavements froids
LAVEMENT (emploi médical). 79
de vin d'Oporto, d'abord à la dose de 4 onces avec vingt gouttes de teinture d'opium. Deux minutes après le premier lavement, le pouls radial reparaissait d'abord faible, puis augmentant de force pendant cinq minutes, il faiblit ensuite de nouveau. Deuxième lavement : vingt minutes après, amélioralion marquée. — La malade reprend connaissance. — Demi-heure après, troisième lavement. — Aprèsdix heures, la malade est hors de danger. — Employé un peu plus d'une bouteille ordinaire de vin. {British Médical Journal.)
M. Herpain cite le fait d'un soldat, qui à la suite d'une variole fut pris d'une gastro-entérite, puis d'une péritonite, qui acquirent des proportions menaçantes. Son état général était des plus alarmants, lorsque M. Herpain prescrivit les lavements de vin (vin vieux de Bordeaux), renouvelés trois fois par jour. Les deux premiers jours ils furent mal supportés, M. Herpain ayant ajouté 60 grammes de sirop simple aux 100 grammes devin, ceux-ci furent bien supportés, et la diarrhée ne tarda pas à s'arrêter. Le mieux se manifesta et alla croissant à partir de là.
Cazin, dans son Traité des plantes médicinales indigènes, recommande contre la diarrhée chronique un traitement qui consiste dans l'emploi des lavements de vin et dans l'administration des œufs crus pour nourriture exclusive.
Telles étaient à peu près les seules indications qui existaient dans la science sur l'emploi de ce moyen, lorsque en 1854 Aran eut dans le service dont il était chargé alors à l'Hôtel-Dieu, une femme affectée depuis treize semaines d'un dévoiement que l'ien ne pou\ait arrêter, et qui présentait avec un état anémique des plus prononcés, un œdème des jambes, sans affection du cœur ni urines albumineuses. Trois lavements de vin furent administrés tous les jours h cette malade, et sans être immédiat ni complet, le résultat de ce traitement fut des plus remarquables ; le nombre des selles diminua, mais surtout les forces revinrent, l'œdème disparut, la face prit une coloration plus naturelle et la malade put être occupée dans la salle comme infirmière.
Frappé surtout de l'influence exercée sur l'état général de cette malade par les lavements de via, Aran se demanda si dans la convalescence des maladies graves, alors que les fonctions digestives sont encore languissantes, on ne pourrait pas abréger la convalescence par ce moyen ; si même dans les cas où l'estomac ne poun'ait pas tolérer des aliments, et encore moins des toniques, il ne serait pas possible de soutenir momentanément et de relever les forces des malades à l'aide de ces lavements. L'occasion s'étant présentée de vérifier cette prévision, l'événement est venu montrer à Arau qu'il ne s'était pas trompe. Il a eu recours depuis aux lavements de vin dans la convalescence de toutes les maladies graves, lorsque eette convalescence marchait avec lenteur , et surtout lorsque les fonctions digestives conservaient une susceptibilité morbide qui mettait obstacle à la nutrition. Il y a EU recours avec le même succès dans des cas où une diarrhée persistante compromettait gravement la nutrition pendant la convalescence. Dans la hèvre typhoïde, en particulier, il a vu, à la fin de la maladie, les lavements de vin continués pendant plusieurs jours triompher définitivement de la diarrhée et ramener trèsrapidement à une convalescence parfaite des malades dont la vie semblait compromise. Mais une des maladies dans lesquelles Aran a dit avoir observé les effets les plus inattendus, c'est la phthisie pulmonaire. En employant ces lavements chez les phthisiques, il avait seulement en vue de faire cesser la diarrhée. 11 fut assez heureux pour obtenir ce rér.ultat; mais en même temps que la diarrhée se suspendait, il remarqua que les malades éprouvaient une amélioration inespérée dans
80 LAVEMENT (kmploi médical).
leur état général. Malheureusement leur action s'arrête devant la lésion pulmonaire, et cette amélioration n'est que temporaire.
Les essais d'Aran ne se sont pas bornés là. 11 a employé les lavements vineux chez les dyspeptiques, et en particulier dans la forme gastralgique de la dyspepsie et dans la gastralgie accompagnée de vomissements.
Mais la maladie dans laquelle les effets des lavements de vin ont donné, au dire d'Aran, les résultats les plus surprenants, est la chlorose. H a vu sous l'influence de cette médication, les forces reparaître en quelques jours, tandis que l'œdème et la bouffissure disparaissaient, les palpitations et l'essoufflement ne se monfrer plus qu'après un exercice violent, l'appétit devenir meilleur, les maux d'estomac et la sensation de défaillance faire place à un sentiment de force et de bien-être; puis la coloration devenir meilleure, les bruits de souffle vasculaire cesser d'être continus, et le bruit de souflle intermittent perdre beaucoup de son intensité. Bref, les chlorotiques, dit Aran, se trouvaient ramenées aux conditions normales de la santé, et sortaient de l'hôpital dans un état au moins aussi bon que si elles eussent été soumises à un traitement par les ferrugineux.
Enfin les lavements vineux, d'après ce mciue observateur, lui auraient rendu encore de grands services dans divers autres états morbides, caractérisés par la laiblesse, et en particulier dans les cachexies paludéenne, syphihLique, cancéreuse, dans certains cas d'anasarque, en un mot dans toutes les circonstances qui réclament l'intervenlion des stimulants.
L'utdité de cette médication a été constatée, depuis lors, dans diverses conditions d'asthénie par plusieurs praticiens, notamment par M. Blache, qui a rappelé à la vie à l'aide de ce moyen, des enfants dont l'état lui paraissait tout à fait désespéré; par M. le docteur Giraud (deDraguignan), qui les a administrés avec succès chez un enfant de 2 ans et demi, atteint de rachitisme très-prononcé, avec engorgement des tissus blancs de toutes les articulations, et qui avait été soumis jusque-là sans avantage aux préparations ferrugineuses iodurées, et aux toniques sous toutes les formes ; et chez un enfant de 6 ans affaibli par une longue maladie, et qui a vu revenir promptement ses forces sous l'influence de ce traitement.
Les lavements vineux ont encore rendu de très-grands services dans les cas de syncope hémorrhagique. Dans une circonstance de ce genre oii la transfusion semblait devoir être l'unique ressource, l'ancien rédacteur en chef du i?M//dm général de thérapeutique, le docteur Debout, à l'exemple du docteur Williams, a été assez heureux pour sauver une femme presque expirante, par le concours de l'application du marteau de Mayor et des lavements de vin. Cette pratique a été heureusement imitée, depuis, par M. le docteur Charrier dans un cas analogue, avec cette seule différence qu'd a associé l'opium au vin dans le lavement.
Aran, qui a étudié avec beaucoup de soin cette médication, décrit ainsi les phénomènes qu'il a observés.
Les lavements de vin déterminent, dans les premiers jours de leur emploi, lorsque la personne qui y est soumise n'y est pas encore habituée, des phénomènes particuhers, qui varient suivant la dose de vin qui a été injectée et suivant la susceptibilité individuelle. Ces phénomènes sont ceux de l'ivresse, mais d'une ivresse dont les suites sont bien différentes de celles produites par l'ingestion des alcooliques dans l'estomac. Huit ou dix minutes après le lavement, lourdeur de tête, besoin de dormir, face animée, yeux brillants, pupilles dilatées, peau moite, accélération des battements artériels, et quelquefois un peu d'excitation ou môme
de délire gai ; mais ces derniers phénomènes ne se montrent que chez les malades qui sont restés debout et qui ont continué à causer. Les malades qui se couchent après l'injection s'endorment en général profondément et se réveillent le lendemain matin frais et dispos, sans aucune trace d'ivresse et sans aucun trouble des fonctions digestives.
Ce qui a frappé particulièrement l'attention d'Aran, dans les effets des lavements de vin, c'est l'impression plus grande produite sur le système nerveux par une dose de vin qui resterait presque sans effet général si elle était ingérée dans l'estomac.
Relativement aux quantités de vin à injecter dans le rectum, voici quelques-uns des préceptes qu'il a formulés. Cette quantité varie naturellement suivant la somme d'effets que l'on veut obtenir. Un quart de lavement de vin, soit 150 grammes, suffit souvent pour amener une stimulation convenable dans les cas légers et chez les personnes impressionnables. II faut aller jusqu'à 250 et 550 grammes en une seule fois dans les cas graves et rebelles. La dose peut être moindre si, au lieu d'un seul lavement, on en fait prendre deux. Cette stimulation, répétée deux fois dans les vingt-quatre heures, a paru avoir une influence très-heureuse, surtout chez les chlorotiques, et accélérer beaucoup la guérison. En général, cependant, un lavement dont la dose varie de 150 à 250 grammes de vin rouge de bonne qualité paraît suffire. Il est nécessaire, chez les personnes susceptibles et peu habituées à la stimulation alcoohque, d'accoutumer peu à peu l'économie à en tolérer l'action, en leur administrant pendant quelques jours des quarts ou des demi-lavements d'eau vineuse. Il va de soi que les effets des lavements vineux varient beaucoup suivant les conditions de sexe, d'âge, de constitution et d'habitude, et qu'on en devra régler les doses d'après ces diverses convenances. Debout, qui a expérimenté ces lavements dans une contrée de la Picardie, où l'usage du vin est tout à fait inconnu, a remarqué que les effets de ce traitement se montraient bien autrement puissants chez ces campagnards que parmi les malades de Paris auxquels il avait eu occasion de le prescrire. C'est là une condition dont il y a évidemment lieu de tenir compte dans la pratique.
Les lavements vineux ont en outre, à côté de leurs avantages, leurs inconvénients. Borellus rapporte qu'une femme fut enivrée par un lavement de vin. On trouve dans les Transactions philosophiques divers faits analogues d'hommes plongés momentanément dans un état de délire ébvieux à la suite de lavements alcooliques. C'est au médecin de régler l'emploi de ce moyen suivant les conditions organiques et les habitudes hygiéniques des malades et d'en surveiller les effets. Ces inconvénients, qui peuvent d'ailleurs être évités, ne sauraient en neutraliser les effets véritablement avantageux.
Les substances balsamiques, telles que le ciihèhe, le copahii, la térébenthine, les baumes de Tolu, du Pérou, de la Mecque, le benjoin, le styrax peuvent être lacileraent administrées par la méthode intestinale ou par la voie gastrique, à peu près indifféremment dans toutes les circonstances où elles sont indiquées, mais avec plus d'avantage par l'intestin, pour quelques-unes d'entre elles que le dégoût qu'elles inspirent ou la répugnance de l'estomac lui-même ne permettent que difficilement d'introduire par la bouche. Le cubèbc a été expérimenté sous cette forme dans la blennorrhagic par le professeur Velpeau, qui le prescrivait de préférence au copahu. Le lavement de cubèbc se coiïqiose de 8 grammes de cette substance en poudre dans 160 à 192 grammes d'un liquide oléagineux. Ce mode d'administration a réussi entre les mains d'autres médecins.
DICT. ENC. 2° s. II. 6
Le copahu a été administré par Yelpeau de la même manière. Dans un mémoire publié en 1827 dans les Archives générales de médecine, et dans lequel il a réuni ses expériences sur ces deux agents du traitement de la blennoiThagie, Je cubèbe et le copahu donnes en lavements, il est question de 30 cas relatifs à cette dernière substance. Voici ce qu'on peut en conclure :
Le baume de copahu donné par l'anus diminue à peu près constamment les écoulements blcnnorrhagiques, soit chez l'homme, soit chez la femme. Dans beaucoup de cas, il les supprime- complètement au bout de quatre, cinq, six, sept ou huit jours ; plus souvent il les réduit au tiers ou à la moitié de leur abondance, et, règle générale, après le huitième ou dixième lavement, son action devient nulle s'il n'a pas complètement réussi. Il fout en augmenter graduellement la dose, en commençant par 8 grammes et l'élevant progressivement jusqu'à 32 grammes. On le suspend dans le jaune d'œuf ou dans un mucilage quelconque, la gomme, la guimauve, le lin. Si le rectum est très-irritable, on ajoute 5 centigrammes d'extrait aqueux d'opium, et dans le cas de douleurs excessives de l'urèthre, d'érections pénibles, etc., on y mêle quelques centigrammes de camphre. L'état le plus aigu de la chaude-pisse ne contre-indique pas le copahu, Velpeau affirmant ne l'avoir jamais vu produire d'accidents. Le lavement doit être pris sous le plus petit volume possible et gardé longtemps. On aura soin, en pratiquant l'injection, de ne pas humecter les sphincters avec le contenu de la seringue, le contact de ce liquide sur l'extrémité du rectum pouvant causer des épreintes cuisantes susceptibles de provoquer l'expulsion du remède.
Le copahu en lavement a guéri entre les mains de Velpeau plusieurs blennorrhagies chez des femmes, chez qui elles sont ordinairement si rebelles.
Bretonneau a employé avec succès les lavements de copahu dans le traitement du catarrhe chronique de la vessie, ainsi que dans le catarrhe pulmonaire chronique, lia dû à cette médication la guériscn d'un catarrhe pulmonaire chronique qui avait longtemps passé pour une véritable phthisie avec fonte tuberculeuse.
La térébenthine a été administrée en lavement par Van Swieten dans les dévoiements colhquatifs dus à la résorption du pus chez les phthisiques arrivés au dernier degré de la fonte tuberculeuse des poumons. Rien, dit-il, ne lui paraît plus propre à calmer cette diarrhée et à prolonger les jours du malade, abrégés si souvent par cet accident, que les lavements préparés avec ï gros (4 grammes) de térébenthine bien purifiée, triturée avec un jaune d'œuf, en y ajoutant une demi-once (15 grammes) de thériaque et 4 onces (120 grammes) de lait. Ce lavement doit être gardé le plus longtemps possible. [Voy. Phthisie.)
Le lavement de térébenthine trouve aussi son emploi dans les diverses circonslances où ce médicament est indiqué, savoir : dans les catarrhes chroniques de lu vessie, dans les névralgies, et principalement les sciatiques, dans les coliques liépatiques.
Le docteur Elhotson (de Londres) a employé avec succès le lavement térébenthine contre l'aménorrhée rebelle, chez des jeunes filles de 16 à 18 ans.
Les lavements de térébenthine font partie du système de traitement institué pour la fièvre typhoïde par M. le docteur Worms. Nous nous en sommes servi plusieurs fois avec avantage.
Les lavements de borate de soude ont été préconisés par M. Bouchut dans les diarrhées idiopathiques, nerveuses ou catarrhales des enfants, capables d'entraîner la mort et qui ne laissent ajjrès elles aucune Irace matérielle appréciable. Ce médecin a été guidé dans le choix de cet agent et dans son administration sous cette
forme par les succès que donne le borate de soude dans les maladies de la muqueuse buccale. D'après l'expérience répelée qu'il en a faite à l'hôpital Sainte- Eugénie, sur des enfants atteints de diarrhée, l'action topique du borate de soude sur la membrane muqueuse du gros intestin serait très-efficace dans cette circonstance. Il pense que ce sel agit à la fois comme astrmgent faible et comme substance alcaline destinée à neutraliser l'acescence des liquides du gros intestin. Quoi qu'il en soit de ce mode d'action, le borate de soude aurait sur quelques-uns des autres lavements usités en pareil cas, tels que le lavement au nitrate d'argent, par exemple, l'avantage de n'être point trop irritant et de ne point altérer le métai des instruments destinés à leur administration. La formule de ce lavement est la suivante :
Eau 125 grammes.
Borale de soude 10 à 15 et 20 —
Si l'on augmentait la quantité de borate de soude, il faudrait également augmenter la quantité d'eau, le borax n'étant pas très-soluble. {Voy. Diarrhée.)
Lavements composés. Nous venons d'indiquer les principaux lavements médicamenteux, ceux en particulier qui doivent leur action à la présence d'un médicament spécial, plus ou moins actif. Il nous resterait à citer quelques exemples de lavements composés, c'est-à-dire contenant une réunion de substances destinées là concourir à une action commune. Tels sont, entre autres, le lavement dit anodin des peintres, composé d'huile de noix, 200 grammes, et de vin rouge, 400 grammes; le lavement purgatif des peintres : séné 8 grammes, eau bouillante 500 grammes, jalap en poudi^e 4 grammes, diaphonix 30 grammes, sirop de nerprun 30 grammes; le lavement authelminthique : mousse de Corse 12 grammes, eau 375 grammes, huile de ricin 50 grammes; le lavement antiseptique : camphre 5 grammes, quinquina jaune et serpentaire de Virginie, de chacun 15 grammes pour 500 grammes d'eau ; le lavement d'Hoffmann contre l'entérite et la dysenterie chroniques, avec le baume de Locatelli, composé d'huile de fleurs d'hypericum, de vin d'Espagne, de santal rouge, de térébenthine de Venise et de baume du Pérou, etc.
Nous citerons encore, entre autres formules particulières, celle de M. Richart contre l'invagination et l'étranglement intestinal : décoction de fleurs de mauve, de mélilot et de camomille ; faites infuser rue réceute et pilée, ajoutez 5 grammes de sel ammoniac, 60 grammes d'huile de noix et 60 grammes de miel de mercuriale, pour deux lavements à prendre à deux heures de distance ; — la formule de Nevvbold : sous-acétate de plomb 40 centigrammes, eau distillée tiède 500 grammes, acide acétique étendu de 4/5 d'eau, 8 grammes; — et le lavement de Valérius d'Arlon contre la dysenterie : alun cru 8 à 12 grammes, extrait de valériane 4 grammes, laudanum 1 gramme, amidon 50 grammes, décoction de guimauve 500 grammes, pour deux lavements à prendre en vingt-quatre heures.
Lavements nutritifs. L'application des lavements à l'alimentation est presque aussi ancienne que l'usage du lavement lui-même.
Les lavements ahmentaires ont été prescrits par Hippocrate, par Celse, Oribase, Aveusoar. Mais c'est surtout à dater de la lin du seizième siècle que les médecins retirent cette utile pratique de l'oubli oîi elle paraissait tombée. Parmi ses plus ardents défenseurs on citeBarlholin, Mercuriah, Tulpius, Peyer. M. Colson (thèse) cite, d'après Hiidanus, l'exemple d'une femme grosse qui avait un dégoiVt invincible pour toutes sortes d'aliments, et qui se tira d'affaire avec son entant par le
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moyen des clyslères nourrissants ; et, d'après Tiengius, celui d'une femme qui fat nourrie avec des lavements de lait et de jaunes d'œuf. Les médecins espagnols et italiens donnaient ces sortes de lavements non-seulement aux malades qu'on ne pouvait nourrir autrement, mais encore aux femmes hystériques.
Généralement on prescrit les lavements alimentaires dans toutes les circonstances où les aliments ne peuvent être introduits dans l'estomac, comme dans les maladies organiques du pharynx et de l'œsophage, dans le cancer de l'estomac, dans les cas de vomissements incoercibles, quelle qu'en soit la cause, et danstou5 les cas où le malade tombe dans un état de défaillance par défaut et impossibilité d'alimentation par les voies naturelles. Ces lavements nutritifs sont ordinairement composés de bouillon de viande mélangé ou non avec du vin; de solutions gélatineuses, de décoctions de pain, de lait, etc.
Quand ou administre des lavements nutritifs, il ne faut point perdre de vue que le gros intestin n'est point un organe de digestion, et que les liquides, pour être convertis en sang, ont, de même que les aliments solides, besoin d'être soumis au travail de la chylification. Il Se trouve bien de la bile dans le gros intestin, mais il n'y existe aucun des fluides salins c(ui servent à la digestion. Pour y suppléer, le docteur Nasse fait ajouter aux bouillons une quantité suffisante d'acide hydrochlorique pour leur donner une saveur aigre; déplus, il laisse macérer préalablemant dans l'estomac d'un bœuf encore frais les substances végétales qui doivent entrer dans la composition de ces sortes de lavements. {Korns, Nasse' s wid Wagner s Archiv.,\d'ùA.) Les lavements nutritifs ou alimentaires doivent, enfin, être donnés au degré ordinaire de la température du corps, afin d'être plus sûrement co.iservés;et absorbes.
histrmnentation. L'instrument dont se servaient les anciens pour administrer les clystères consistait en une vessie préparée et dont l'ouverture était fortement fixée parmi lien à un roseau, une brandie de sureau ou toute autre tige creuse, La vessie remplie de liquide, il sufiisaii de presser dessus des deux mains pour iaire sortir le liquide par l'orifice de la tige. On trouve dans Hippocrate [Traité des maladies des femmes) la description d'un appareil un peu plus compliqué, destiné aux injections vaginales. La tige conductrice, fixée à la vessie formant réservoir, était mince et lisse du bout et percée de plusieurs petits trous sur ses parois, indépendamment de son ouverture terminale. « Clysteris quidam summa pars laîvis esto, velut specilli argentea, supra quam interjecto parvo spatio foramen perforctur. Sint autern etalia foramina bine et inde singula sequalitcr intcr se distantia, ex obliqua clysteris parte œqualia singula, non magna sed angusta, etc. )) Cet appareil à injection n'était évidemment qu'une modification de l'appareil destiné aux clystères.
Un instrument analogue est décrit dans Avicenne, qui lui a déjà fait subir quelques modifications importantes, au point d'en faire même un instrument nouveau.
La description en est assez obscure et très-compliquée. Ce qui en ressort de plus clair, c'est c[uc c'est un appareil à double courant, pourvu de deux canules, l'une servant ta diriger l'eau du réservoir dans le rectum, l'autre destinée à livrer passage aux gaz contenus dans l'intestin.
Aujourd'hui, encore, dans nos campagnes et dans quelques contrées européennes notamment en Hollande, on se sert de l'appareil primitif des anciens, d'une vessie de porc emmanchée d'une tige creuse de sureau ou de roseau. D'après Malgaignc, les paysans de la Lorraine se servent journellement d'une vessie ou d'une outre fixée à une canule pour administrer les clystères aux bestiaux. Les Arabes et les
paysans de quelques-unes de nos contrées se servent d'un mslrument beaucoup plus simple encore et plus primitif, et qui a dii être inventé par les premiers pasteurs, c'est une corne de bœuf dont la pointe a été perforée. Cette pointe forme une canule naturelle et la pression seule de l'eau contenue dans la cavité de la corne suffit pour la faire pénétrer dans le rectum.
Lassringue, de o-o^r/?, sijrinx, fistule, ilùte, composée de trois parties distinctes, d'un réservoir ou récipient en forme de cylindre creux en métal, le plus habituellement en étain, d'une cauule ou siphon adaptée à l'extrémité antériaure du cylindre et d'un piston muni d'une tige et glissant à frottement dans ce cylindre, pour chasser devant lui le liquide qui y est contenu, la seringue classique, en un mol, est d'invention relativement moderne; elle ne paraît pas remonter au delà du quinzième siècle; on l'attribue généralement à Marcus Gatinaria ou Gatenaria, qui mourut en 1496. « Ce qui doit assurer à Gatenaria, dit Malgaigne (Introduction a h Chirurgie d' A.. Paré), une juste et inépuisable reconnaissance, c'est qu'il est l'inventeur de cet instrument si simple à la fois et si ingénieux, si bien apprécié, qu'il est devenu chez toutes les nations, d'un usage vulgaire, et que par là même les médecins ont cru de leur dignité de ne plus en souiller leurs mains : la seringue, en un mot, qui, modifiée sous toutes les formes, appropriée à une foule d'opérations, est encore de nos jours un des instruments auxquels le chirurgien a le plus souvent recours. Gatenaria décrit la seringue sous le nom d'instrument à clystère, et il juge môme nécessaire d'en donner la figure ; mais, comme la plupart des inventeurs de cette époque, il n'ose pas de sa propre autorité introduire une si grande innovation dans la pratique; il se réfugie derrière Avicenne, qui en a donné la description, dit-il, mais qui a été mal comprise par plusieurs. Cette déclaration du modeste auteur, ajoute Malgaigne, nous oblige cependant de déclarer qu'il n'y a absolument rien de semblable dans Avicenne. » M. Colson, dans la thèse citée, fait une querelle au savant commentateur d'Amb. Paré, qui se serait trompé, dit-il, sur la date et sur l'auteur de l'invention de l'instrument en question ; il lui reproche surtout la décision tranchante qui termine le passage que nous venons de rapporter. Sans doute, Malgaigne est dans l'erreur quant d dit qu'il n'y a absolument rien de semblable dans Avicenne. Mais il suffit de mettre en regard la description de l'instrument d'Avicenne et celle de la seringue moderne, pour se convaincre qu'il n'y a entre ces deux instruments qu'une analogie très-éloignée, et que si Gatenaria, qui a eu d'ailleurs l'extrême bonne foi d'en convenir, s'est inspiré de cette description d'Avicenne, pour imaginer sa seringue, il a évidemment poussé trop loin la modestie en reportant sur l'auteur arabe tout le mérite de sa propre invention. C'est donc avec raison que Malgaigne attribue à Gatenaria l'honneur d'avoir inventé la seringue en usage de nos temps. Garengeot, qui la décrit dans son Histoire des instruments de clLirurgie, indique quelques-unes des modifications qu'on peut faire subir aux canules selon diverses circonstances, il décrit en particulier une canule à extrémité mousse, en olive, pour les personnes affectées d'hémorrhoïdes.
La seringue classique, qui compte à son avoir de si nombreux services, avait un inconvénient. Elle réclamait l'intervention d'un agent officieux. C'était une sujétion quelquefois nécessaire, il est vrai, mais à laquelle n'eût pas été fâché de se soustraire tout individu libre de ses mouvements et ayant l'usage de ses deux mains. 11 fallait trouver un moyen de supprimer cet agent. L'invention de la canule recourbée ou coudée a réalisé ce progrès. Ce fut d'abord une simple cauule courbe substituée à la canule droite que l'on adapta à la seringue ordinaire. En
appliquant ]e pommeau du piston contre le mur ou un meuble, on s'administrait ainsi assez aisément un lavement soi-même. Plus tard ou perfectionna cette modification en imaginant la canule coudée à angle droit reposant sur une lame métallique plane ; c'est la seringue dite à bidet, qui était généralement en usage durant les vingt ou vingt-cinq premières années de ce siècle. Nous ne savons au juste à quelle époque il faut en faire remonter l'invention. Nous en avons trouvé le premier dessin très-complet et très-bien fait dans un atlas chirurgical de Brambilla, publié en 1780.
Des modifications diverses, mais dont il serait trop long d'indiquer ici les détails, ont été introduites soit dans la forme et dans le mode de propulsion du piston, soit dans l'agencement et la disposition des canules.
Nous rappelerons, en particulier, le piston dit à double parachute , imaginé par M. Charrière pour donner la plus grande précision possible au jeu de l'instrument et prévenir soit l'introduction des bulles d'air que laissaient passer les pistons ordinaires, soit le retour rétrograde du liquide, ainsi que la graduation régulière des différents calibres des corps de seringue, correspondant à des mesures exactes de capacité et celle des canules. (Thillage, Rapp. à l'Acad. de méd., 28 sept. 1841). Il nous faut citer, en outre, ici, la seringue à double canule et à deux soupapes de Read, reproduite avec quelques variantes en France, la seringue à double effet de Robert et Mathieu.
En 1852, un pharmacien de Paris, M. Petit importait en France, en la perfectionnant, la seringue à pompe employée en Angleterre. Cette seringue de six pouces et demi de longueur, sur huit lignes de diamètre, était en tout semblable, pour le mécanisme, aux pompes foulantes et aspirantes ordinaires, et particulièrement aux pompes portatives dont on se sert, en été, pour arroser le devant des maisons ; elle en différait seulement en ce qu'au lieu de clapet elle renfermait un système de soupapes beaucoup plus simple et moins sujet à dérangement. Ce sont deux petites boules métalliques destinées, l'une (inférieure) à s'opposer au refoulement du liquide dans le vase, par l'orifice qui lui a donné entrée, l'autre (latérale) à empêcher la rentrée du liquide dans le corps de pompe, une fois que le piston, en s'abaissant, l'aura poussé dans le cylindre latéral qui doit le transmettre au dehors. L'extrémité de ce cyHndrc est destinée à recevoir le petit bout d'un tuyau flexible, dont l'autre extrémité reçoit à son tour la canule.
Ces différentes pièces étant adaptées, voici comment on devait faire usage de l'insti'ument : on plaçait devant soi, sur une table ou sur une chaise, selon qu'on voulait prendre le lavement debout ou assis, le vase contenant le liquide qu'on se proposait d'injecter ; on y plongeait l'extrémité inférieure de la seringue ; d'une main on la Ibrcait et de l'autre on donnait un coup de piston pour chasser l'air contenu dans l'appareil et le remplacer par le liquide ; puis on introduisait la canule, que la contraction du sphincter maintenait en place. Cela fait on procédait à l'injection, en élevant et en abaissant alternativement le j)iston. Avec cet instrument l'injection se faisait à la vérité plus lentement et par saccades, mais il permettait d'augmenter ou de diminuer à volonté-la force de projection et de ne faire pénétrer à la lois, si on le désirait, qu'une petite quantité de liquide. On pouvait également, à volonté et sans qu'on fut obligé de se déranger, injecter une masse considérable de liquide. C'était là, avec les petites dimensions de l'instrument qui permettaient de le renfermer dans une petite boîte facilement portative, un des avantages jirjncipaux de cet appareil.
Depuis lors, le génie inventif de nos fabricants d'appareils et d'instruments de
chirurgie s'est exercé à qui mieux mieux à perfectionner ces utiles ustensiles. Les médecins et les chirurgiens eux-mêmes n'ont pas dédaigne d'y concourir. C'est à peu près vers cette même époque, en eftlt, que Leroy d'Etiolles imagina de remplacer les anciennes seringues par le clysoir, espèce de tube ou de tuyau, d'environ un mètre de long, fait avec un tissu imperméable, terminé d'un bout par une canule et évasé à l'autre extrémité en entonnoir. L'eau versée par la partie évasée s'écoule par la canule par son propre poids, et en comprimant peu à peu la partie supérieure du conduit. Plus tard, en annexant ce clysoir à une petite pompe agissant à jet continu, on a fait le clyso-pompe, diversement modifié à son tour, tels l'hydro-clyso sans piston, de Naudinat, dans lequel c'est le liquide lui-même qui joue le rôle de piston. — Puis est venu l'invention vraiment originale du docteur Eguisier, l'irrigateur à ressort fonctionnant seul et se montant comme une pendule; et, enfin, plus récemment les irrigateurs à poires de caoutchouc aspirantes, à jet continu et indéfini, plus particulièrement appropriés par leur petit volume à l'usage des voyageurs. Il est bien entendu que nous ne parlons ici que des appareils exclusivement à destination de lavements. 11 sera question ailleurs, et à leur place, des diverses seringues à usage chirurgical et anatoniiques ainsi que des appareils à douches et à injections vaginales ou à autres usages. Bkochin.
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S8 LÂ.VEY (eaux minérales de).
Éphémérides des Curieux de la nature [miscellanea curiosa sive Ephemeridiim medico' physicarum f/srmanicantm academiœ, etc.], de 1670 à 1722. Ony trouve l'indication des mémoires suivants : Clysfer ridiculiis, sed non onmino irrklendus ad alvnm referendam per hijectionem ex syringa Uquoris qui constabal ex solutione globulorum moschatelinorum in aqua calida. — Acris in doloribus ventris scorbuticis convuhionum violentarum causa. — Frigidus mortem inferens. — Iliacum extinguens. — In dysenteria prœatans. — Ex succo . cancrorum fluviatilium. — Ex succo hyosciami et opii dysentcricis noxius. — Ncduralis non ' est biîis. — Ex sapa nigra confectus nigroris urinœ causa. — Calculum comminuens in vesicani urinariam injlciendus. — Per errorem haustus in obstructione alvi feliccm exfe- ' rcns effcctum. — Clysteris ad simplicis usum notabiliis alvi evacuatio consecuta. — In obstructione urinœ prœstantis descripiio. — Clystcri faîso morsimputata. — Clysterem sibi ipsi applicandi modus facilis. — Per forteni empyema ex jAeuritide neglecta curatum. Clysteris frigidi an vilius sint usus. — In morbis chronicis non sunt admodum utiles. — Orc et vomitu innoxic rejecti. — Anlipyreiici, seu febrifugi, insignis sunl usus. — Fcbrifugi ex corlice Peruviano p)ropric non dantur.
Clysterum inventor num sit avis Aigyptiaca, ibis dicta . — Vtilitas in fcbre qnartana. — Usus sinqularis in dentium dolore et obstructione lochioruni. — In morbis infanium usus prcL'stantissinius. — Usus in pathematibus hypochondriacis. — Clysterum in affectibus gravidarum spasmodicis usus innoxius. — Usus in hydrope egregius. — In niola effectus salutaris. — U.sus securus in alvis obstructione. — Mitiorum in excretionihus cutaneis variis cum febre acuta et motibus convulsivis , alvique obstructione junctis, in variolis aliisque exanthcmaticis febribus, jrrorsus innocuus.
CoLsoN (Edouard). De la méthode intestinale. In-4°, 1867. Br\.
IiA.¥ER-BREA». Pain fabriqué avec des algues. [Yoy. Algues, t. II, p. 785.)
l.A.'VEY (Eau.v. îiisérales de) hyperthermcdes ou athermales, sulfatées strontianiques moyennes, chlorurées sodiques faibles.^ azotées moyennes. En Suisse, dans le canton du Valais (chemin de fer de Paris à Genève ou à Lausanne ; une route de fer conduit des deux dernières villes à Saint-Maurice, station de la ligne d'Italie qui n'est qu'à 4 kilomètres de l'établissement de Lavey). La jolie route qui va de Saint-Maurice à Lavey occupe le milieu de la vallée et suit la rive droite du Rhône, dont les eaux rapides et bruyantes quittent trop souvent leur lit. La largeur de la vallée varie de 250 à 500 mètres ; les vents de l'ouest et de l'est y ont surtout accès; elle est perpendiculaire au cours du fleuve. Le sol au point où a été construit l'établissement est constitué par des éboiilements périodiques, dont le sable est la base; ce sable, très-perméable à l'eau, préserve Lavey de l'humidité si fréquente dans presque toutes les parties de la Suisse. L'atniosphère de Lavey et de ses environs est assez excitante, puisque les personnes nerveuses outre mesure éprouvent une suractivité qui est due à la position topographique de l'étaWissement, situé à 375 mètres au-dessus du niveau de la mer, et expose au siroco. La température moyenne des mois de la saison thermale qui commence le premier juin et Unit le 50 septembre, est de 18°, 5 centigrade; ce qu'il faut noter surtout, c'est qu'à Lavey les transitions subites de la température ne sont jamais aussi fréquentes et aussi brusques que dans presque toutes les stations tiiermo-minérales .
L'établissement et les sources de Lavey appartiennent au canton qui les a données à bail pour une période de cmquante années. Par une des clauses du cahier des charges, le concessionnaire est obhgé à rebâtir l'établissement, à compléler le captage des sources, à augmenter et à perfectionner les moyens balnéo-thérapiques.
Lavey n'a qu'une source chaude; son débit de 100,800 litres par vingt-quatre heures suffit grandement aux besoins du service. Une seconde source froide, avant la même minéralisation que la source chaude, se rend à la maison de bains, où elle sert à abaisser la température de la source hyperthermale. Les deux sources émergent à 20 mètres de profoi:dciir d'un b;uic de gneiss; jusqu'à ces derniers
LAVEY (eaux MiNÉR.uEs de). 89
temps le captage de l'eau de chacune d'elles n'avait jamais été exécuté de façon à empêcher complètement leur mélange; mais l'habileté etl'expérience de M. Jules François sont parvenues à vaincre une partie des difficullés, et les deux sources sont maintenant encliamhrées distinctement.
La salle de la buvette est une pièce dallée de ciment et de planclics. Un robinet verse sans cesse l'eau de la source thermale, qui alimente un cabinet de bains et de douches. Cette division contient un récipient, élevé de 2 mètres, rcmph d'eau tlierniale qui se distribue à la buvette, à la baignoire de fonte émaillée et au tuvau de caoutchouc servant à l'administration des douches.
L'eau de la source hyperthermale est claire , limpide et transparente, sans odeur, d'une saveur un peu fade et sensiblement ferrugineuse. Les bulles gazeuses assez grosses qui la traversent, mettent quinze secondes à arriver à sa surface; les plus petites, sont très-nombreuses, s'élèvent lentement et ne s'attachent pas aux parois des verres. Ces dernières montent en cent vingt-cinq secondes à la couche supérieure du liquide. Les premièi^es se comportent comme le gaz acide carbonique, et les secondes comme l'azûte, La réaction de l'eau est très-légèrement acide ; sa température est de 50" centigrade au fond du puits ; elle n'est plus que de 56°, 2 centigi'ade sous le jet du robinet de la buvette, l'air ambiant étant à 15", 0 centigrade. La température de l'eau atherm.î.le, prise dans le ruisseau, qui la conduit au Rhône, est de 20", 5 centigrade ; mais il ne faut tenir qu'un faible compte de cette thermométrie, car elle a été faite avant le captage définitif des sources de Lavey. L'analyse chimique de l'eau hyperthermale, faite en 1855 par M. Samuel Baup, a donné sur 1000 grammes d'eau, les résultats que voici •
Sulfate de strontiane 1,0025
— soude anhydre 0,7033
— chaux 0,0907
— magnésie 0,0068
Chlorure de sodium 0,3635
— lithium 0,0056
— magnésium 0,U045
— potassium 0,0054
— calcium 0,0013
Carbonate de chaux 0,0730
— magnésie 0,0018
Silice 0,0306
Bromure, iodure, fluorure de calcium, phosphate dechaux.l traces ou quantités
oxyde de fer, de magnésium, matière extractive. . . .) indéterminées.
Total des matières fixes 2,5128
I Azote 27,80 ceatimètres cubes.
Gaz ( Acide suUhydrique 5,51 —
j — carbonique 4,34 —
Total des gaz 53,65 centimètres cubes.
En attendant que les bâtiments de la station de Lavey soient construits, en nltendant même que leur emplacement définitif soit arrêté, nous émettons le vœu que le gouvernement du Valais, d'accord avec le concessionnaire, choisisse pour ériger l'établissement thermal le point le plus rapproché de l'émergence des sources. L'expérience a toujours démontré, en effet, que l'efficacité des eaux minérales est d'autant plus grande que les sources sont moins éloignées des moyens balnéaires. Le bâtiment des thermes actuels se compose de deux corps de logis; le bâtiment neuf destiné aux douches fait suite au pavillon dit de la chaudière. On y trouve quatre cabinets pareillement installés, divisés chacun en deux parties, dont l'une sert de vstiaire, et dont l'autre, en contre-bas de 10 centimèircs du
90 LA.VEY (eaux minéhales de).
sol de la première, est le prétoire réservé au douclieur et au douché. Un lit à spirale de fer et à dossier à crémaillère, permet aux malades d'être étendus pendant qu'on leur administre les douches dont l'eau tomba de 5 mètres de hauteur. Les deux buvettes de l'établissement sont formées par deux robinets, dont l'un verse l'eau suréchauffée, et l'autre l'eau à 30°, 8 centigrade. Le second corps de bâtiment est occupé par la division des vieux bains servant aujourd'hui au logement des baigneurs.
Mode d'administration et doses. Les eaux de Lavey se boivent pures ou mélangées d'une certaine quantité d'eau mère, 15 grammes par jour le plus souvent, pris dans les deux premiers verres du matin. L'eau mère est apportée de Bex {voy. ce mot), elle provient, comme nous l'avons dit, des sources deBex, qui renferment 27 grammes de chlorure de sodium par litre d'eau que l'on évapore en chauffant artificiellement, jusqu'à ce que le sel commun se cristallise. Les eaux de la source hyperthermale de Lavey, lorsqu'elles ne sont pas additionnées, s'ordonnent à la dose de quatre à six verres de 125 grammes chacun de quart d'heure en quart d'heure ; le dernier doit être pris au moins une heure avant de manger. Dans certains cas, le médecin double la dose, mais plusieurs buveurs, n'obéissant qu'à leur caprice, ont ingéré jusqu'à trente et quarante verres dans la même jo.urnée ; des accidents sérieux ne tardent pas à survenir alors, ils les instruisent trop tard de leur imprudence. La durée et la température des bains et des douches varient suivant les circonstances; ainsi les bains sont souvent de quatre heures par jour, en deux séances, et à une chaleur de 32° à 33° centigrade dans les affections des os et des ganglions : dans les cas ordinaires, le séjour au bain dépasse rarement une heure ou une heure et demie. Le temps pendant lequel les malades sont soumis à la douche se prolonge de dix à trente minutes en général, L'emmaillottement ou le massage sont appliqués ensuite suivant les indications.
Nous avons dit que la quantité des eaux-mères à l'intérieur était de 15 grammes par jour en deux fois, et mêlées à l'eau hyperthermale de Lavey. On avait aussi l'habitude d'ajouter à l'eau des bains de 3 à 18 litres d'eau-mère des salines de Bex ; mais depuis le dernier captage des sources de Lavey, l'eau étant beaucoup plus active, il est souvent inutile d'avoir recours à l'eau-mère que l'on n'emploie plus d'ailleurs qu'à la dose maximum de 8 à 10 litres par bain.
Emploi thérapeutique. Les effets physiologiques qui se produisent le plus fréquemment après l'ingestion de six verres d'eau hyperthermale de Lavey sont une diurèse marquée, une augmentation de l'appétit, une légère constipation au début de la cure. A dose double, les phénomènes de diurèse et d'augmentation d'appétit sont plus prononcés, il est important de surveiller très-attentivement les buveurs, dont l'affection reprend aisément alors la forme aiguë. Aussitôt que ces accidents apparaissent, il faut diminuer la quantité d'eau minérale, et quelquefois suspendre tout à fait le traitement. Ceux qui ingèrent vingt -cinq ou trente verres dans une même séance, boivent les eaux d'une façon non médicale, et il n'y aurait pas à s'en occuper, si le médecin n'était pas assez souvent appelé à remédier aux accidents fébriles, au catarrhe de la vessie, ou à la cystite inilammatoire résultant de cet abus. Lorsque l'eau de Lavey est prise en proportion convenable, elle ne fait éprouver qu'une légère sensation de plénitude épigastrique, quelques nausées fugaces, et une tendance à la transpiration. Les vertiges, la céphalalgie, l'accélération de la circulation, l'excitation nerveuse, n'arrivent que si la dose est trop forte. Lorsqu'on additionne d'eau-mère l'eau de Lavey en boisson, il faut s'arrêter à un effet laxatif et non provoquer une purgation complète. Les enfimts tolèrent
LA.VEY (eaux minérales de). 91
parfaitement, même pendant des mois entiers, l'eau-mère de Bex dans l'eau do Lavey ; ils la supportent mal, si on la mêle à l'eau ordinaire froide ou préalablement chauffée.
Les bains de courte durée n'ont pas d'effets physiologiques différant sensiblement de ceux d'eau ordinaire chauffée au même degré ; mais les bains prolongés, de quatre heures par jour en deux fois, déterminent souvent la poussée et une fièvre thermale plus ou moins développée. M. le docteur Cossy, médecin inspecteur de Lavey, voit dans la poussée elle-même une compHcation, et voici comment il la combat. Lorsqu'elle a l'aspect rubéolique, il la traite par des fomentations d'eau de Lavey simple ; lorsqu'elle se montre sous la forme d'impétigo ou de boutons qui présentent exactement l'aspect de ceux produits par de véritable vaccin, il prescrit par des aspersions d'eau hyperthermale additionnée d'eau-mère. Dans les plaies fistuleuses avec ou sans séquestres, dans les engorgements ganglionnaires, on doit surveiller attentivement l'administration des bains prolongés, qui amène quelquefois une fièvre accompagnée de l'inflammation des plaies, de la suppuration des glandes, etc., phénomènes qu'il ne faut jamais produire si l'on veut aiTiver à une heureuse issue.
Les eaux de Lavey pures et additionnées d'eau-mère à l'intérieur et à l'extérieur doivent être vantées en première ligne dans le lymphatisme exagéré, dans la scrofule et dans ses complications. Le rachitisme est de tous les accidents strumeux celui qui cède le plus sûrement à l'emploi des eaux de Lavey et de la Mutter Laûcje de Bex. L'action fondante des eaux de Lavey est incontestable et incontestée, et il n'est pas de saison où l'on ne puisse constater leur puissance sur les tumeurs bénignes occupant tous les points de l'économie et sur les engorgements chroniques des viscères. Les résultats les plus favorables de la pratique de M. le docteur Cossy ont été obtenus, assure-t-il, sur des tumeurs sohdcs ou liquides des ovaires, par l'administration méthodique des eaux de Lavey, à l'intérieur ou à l'extérieur, pures on mêlées à l'eau-mère. On envoie à Lavey les malades de l'hôpital de Lausanne qui souffrent de catarrhes graves de la vessie, simples ou purulents. M. Cossy a suivi jour par jour ces malades, et il est convaincu que le traitement hydro-thermo-minéral, consistant surtout dans l'eau en boisson et quelquefois en bains, donne des succès plus constants que tous les autres moyens de la matière médicale.
Les dyspepsies et surtout les diverses formes de gastralgies, les diarrhées chroniques et incoercibles, sont très-favorablement traitées par l'usage interne et à doses fractionnées des eaux hyperthermales de Lavey.
Telles sont les indications principales des eaux de Lavey, qui sont avantageusement conseillées dans les anémies des sujets lymphatiques, ne pouvant s'expliquer par un état pathologique marqué de l'un ou l'autre de leurs organes. M. Cossy vante une méthode particulière et prescrit l'emploi de bains frais, ou de bains ticdes terminés par un lavage à l'eau froide au moyen de quatre éponges, avec lesquelles toute la surface du corps est immédiatement mouillée. Les malades ne doivent pas faire leur réaction au lit ; ils se couvrent de vêtements fort légers, font de l'exercice au grand air, et toute sensation de froid a bientôt disparu. Les affections nerveuses ou utérines sont souvent adressées à Lavey ; elles y sont traitées avec avantage. Les malaches non organiques du foie, les hémorrhoïdes non fiuentes, qui déterminent des accidents congestifs vers la partie supérieure du corps, se trouvent très-bien d'une saison à Lavey, oià elles sont soignées par l'usage interne et externe des eaux, et surtout par l'administration iatérieiire de
92 L.WmOTTE.
l'eau-mère, à la dose de 20 à 50 grammes par jour, de manière à ce que l'on obtienne des effets franchement purgatifs.
Les eaux de Lavey pures ou additionnées d'eau-mère de Bex, sont contreindiquées chez les pléthoriques ; chez ceux qui sont facilement congestionnés, ou qui sont prédisposés à une apoplexie ; chez les personnes qui souffrent de nv^ladies organiques du cœur et des gros troncs vasculaires ; chez celles enfin qui sont depuis trop peu de temps convalescentes d'affections aiguës, longues et graves, qu'il faut avant tout se garder de ramener à un état inflaramatoii'e.
La durée de la cure est, en général, de trente jours.
On n'exporte pas les eaux de Lavey. A. Rotureau.
BiCLioGniPiiiE. — Lebep.t (Hermann). Monographie de Veau minérale de Lavetj. — Dd même Comptes rendus des saisons thermales de 1840, 1841 et 1842. — Cossy (M. J.). Bulletin climque de l'hôpital des bains de Lavetj (saison de 1847), précédé d'une nolice abrégée sur ces eaux thermales. Lausanne, 1848, in-8°, 71 pages. — Die Bâder imd Kiirorte der Schiveiz Zuricli, 1857, in-8°. A. R.
LA. YETRAISSE (Eai) MINÉRALE de) atherniale, bicarhonate'e sadique et calciqiie moyenne, carbonique moyenne, émerge dans le département de l'Hérault. L'eau de cette source, claire, hmpide, inodore, incolore, d'un goût un peu fade sans être désagréable, est traversée par des bulles gazeuses assez grosses et assez rares, elle a une température de 15'' centigrade. Son analyse chimique, faite par M. Ossian Henry, apprend que 1000 grammes de cette eau contiennent les principes suivants :
Bicarljonatc de souJe 0,562
— chaux 0,525
— potasse ■ 0,186
— magnésie 0,174
fer 0,008
— strouliane- indices.
Sulfates alcalins et terreux ) „ ,„,
Chlorures alcalins et terreux J '
lodure et bromure traces.
Acide silicique, alumine j „ „„„
Matière organique, principe arsenical dans !e dépôt. . . . j '
Total bes MATiiir.ES fixes 1,647
Gaz acide carbonique libre . ..;... 1/3" du volume de l'eau.
L'eau de La Veyrasse est exclusivement employée en boisson par les personnes du pays. Son action pliysiologique principale est une diurèse marquée. Son application la plus commune a lieu dans les affections des voies urinaires dans lesquelles il convient de stimuler ou de modifier les fonctions l'énales. Cette eau bicarbonatée est employée aussi dans les troubles de la digestion causés surtout par une congestion ou un état pathologique du foie altérant les quaUtés et la quantité de la bile qu'il importe de rendre plus hquide et plus abondante.
A. Rotureau.
LA-VBROTTE (Louis-Anke), lié à Nolay(Côte-d'Or) le 15 juillet 1725, mort à Paris le 5 mars 1759, et enterré à Saint-Rocb. Ce médecin vécut trop peu pour donner tout ce qu'on pouvait attendre de lui. C'est à Paris qu'il fit ses études; c'est là qu'il fut reçu licencié le 1 0 juillet 1 752, et docteur le 22 août suivant. La Faculté de médecine l'a toujours compté coamieun de ses plus fervents soutiens, et les charmes de son caractère, aimable et doux, ne lui ont fait que des amis dans
Livoms. 93
la compagnie de la rue de la Bùclicrie. Lavirotte fut de plus un grand travailleur.
Outre sa collaboration au Journal des savants, il a laisse les observations et les
traductions suivantes :
I. An duodénum pluriummorborum sedes haud mfrequens? Th. de Paris 1751 (soutenue sous la présidence de De Lépine) . — II. An legitbnœ vidnerum suppiirationl proinovcndœ Cortex Periivianus? Th. de Paris 1752 (soutenue sous la présidence de C. Falconet).— III. An expérimenta circa vim eorporum electricam perficlant mcdicince theoriam et praxini. (18 aoûti75"2 ; thèse pour la licenceV — IV. An morbis ciitaneis liydrargyrus et scammoniuin? (22 août 1752; thèse pour le doctorat). — V. Observations nouvelles sur les prédictions des crises par le pouls, trad. de l'aufrlais de ISibell. Paris, 1748, in-12. — YI. Dissertation sur la transpiration et autres excrétions du corps humain. Pai'is, in-12. — YII. Exposition des découvertes philosophiques de Newton, trad. de l'anglais, de Maclaurin. Paris, 1749, in-4<', — \l\l. Nouvelle méthode pour pomper le mauvais air des vaisseaux, trad. de l'anglais. de Needham. Paris, 1750, in-S". — IX. Nouvelles observations microscopiques, traduites du même auteur. Paris, 1750, in-8°. — \, Dissertation sur la chaleur, avec des observations sur les thermomètres. Paris, 1751, in-12. — XI. Observation sur une hydrophobie spontanée, suivie de la rage. Paris, 1757, in-12. A. C.
LAVOIRS. Hygiène publique. On appelle ainsi des établissements publics, convenablement aménagés, dans lesquels les femmes de la classe pauvre et les blancliisseuses de profession viennent laver le linge à bas prix. On peut y rattacher les buanderies, les blanchisseries particulières, et les bateaux sur rivière.
Cette institution est de date assez récente et elle nous a été importée d'Angleterre. Autrefois les femmes pauvres étaient obligées de laver leur linge à domicile, car toutes ne pouvaient profiter, pour une foule de raisons, dont la principale était l'éloiguement, d'une ordonnance de police qui accordait aux indigents un certain nombre de places gratuites sur les bateaux à lessive.
Déjà cependant, en 1819, un membre très-distingué du conseil d'hygiène de la Seine, Cadet de Gassicourt, avait formé le projet de créer dans Paris plusieurs grandes buanderies oiî auraient été exécutés les procédés de blanchissage à la vapeur, et dans lesquels tout aurait été réglé d'après l'expérience. 11 va sans dire que cette conception fut écartée par l'autorité, pour défaut d'opportunité! .... (Moléon, Rapp. gén. du conseil de salubrité, Rapp. de 1819, t. 1, p. 143, 197, Paris, 1828, in-S".)
Les choses en étaient là lorsque, en 1842, fut ctaMi à Liverpool, à l'aide de souscriptions particulières, le premier lavoir public avec bains à prix réduits. Le succès le plus complet ayant couronné cette entreprise éminemment humanitaire, une foule de villes, en Angletert^e et en Ecosse, s'empressèrent de suivre cet exemple. Sous l'influence de l'initiative privée, si puissante chez nos voisins, des établissements analogues furent fondés à grands frais, quelques-uns môme avec un luxe peu en rapport avec leur destination. Les paroisses entrèrent dans la même voie, et quatre ans s'étaient à peine écoulés, que le gouvernement anglais, comprenant toute l'importance de cette question, faisait adopter par le parlement (26 août 1846 et 2 juillet 1847) deux lois ayant pour objet d'autoriser les paroisses à emprunter, à défaut de fonds suffisants, les sommes nécessaires à la fondation de ces sortes d'établissements et à céder, dans ce but, les terrains qu'elles possédaient. Cette nouvelle impulsion détermina la construction de nouveaux lavoirs-bains à Londres et dans les provinces.
La France ne pouvait rester en arrière, et à la fin de 1849, une commission composée d'architectes , d'ingénieurs et d'administrateurs , fut nommée par le ministère de l'agriculture et du commerce pour ouvrir une enquête minutieuse et complète sur cette question. Des rapports savamment étudiés furent
rédigés, et il en sortit un projet de loi adopté, ^ar l'Assemblée nationale en 1850, qui mettait à la disposition des municipLilités de Paris et des principales villes de l''rance une somme de 600,000 francs, destinée à servir d'aide pour créer des établissements modèles, à l'instar de ceux d'Angleterre ; mais, comme nous l'avons l'ait observer en parlant des bains publics {voy. Bains publics, p. 209), on a peu profité des avantages offerts par le gouvernement.
A Rouen, cependant, en 1849, un habile ingénieur, auquel nous devons un très-reraai'quable rapport sur les lavoirs de l'Angleterre, M. de Saint-Léger, soutenu seulement par quelques souscriptions qui s'élevaient à la modeste somme de 6,402 francs, et après avoir obtenu d'une grande fabrique la concession gratuite des eaux de condensation, avait pu fonder un petit lavoir avec bains. Dans une maison louée à bon compte, il avait installé 5 baignoires, dont 3 de l"^" classe à 25 centimes, et 2 de 2^ classe à 10 centimes; 2 bassins de lavoir, l'un de 1" classe et de 8 places à 5 centimes par heure, l'autre de 10 places absolument gratuites.
Au total, chez nous, à Paris du moins, les lavoirs ont conservé le caractère d'entreprises particulières, et très-peu y joignent les bains; ce n'est guère qu'en province que ces établissements sont l'œuvre des municipalités.
Le savant hygiéniste Pappenheim nous apprend qu'après quelques hésitations, des sociétés fondées par l'initiative de l'autorité, ont ouvert à Berlin, en 1856, des bains-lavoirs avec un immense succès. L'affluence a été telle, que, pour satisfaire aux besoins de la population, il a fallu prolonger les séances de six heures du matin à neuf heures du soir, à la lueur du gaz, et même, le samedi, jusqu'à onze heures. {Handb. der Sanitàts-PoUz., 1. 1, p. 178-187, art. Armuth, Berlin, 1858, in-8°.)
C'est à peu près exclusivement des lavoirs que nous aurons à parler ici ; mais, d'abord, sans entrer dans le détad circonstancié des opérations qui conslituent le blanchissage , nous devons faire connaître très-succinctement en quoi elles consistent, afin que nous puissions apprécier les améliorations effectuées par les lavoirs dans l'intérêt de l'hygiène.
Ces opérations sont les suivantes :
1° Essangeage ou échangeage. Les linges salis sont d'abord plongés dans l'eau pure et lavés rapidement ou seulement agités. On a pour but d'enlever les impuretés les plus grossières qui peuvent se dissoudre dans l'eau et se détacher facilement. On évite ainsi que, pendant le lessivage, elles ne pénètrent plus profondément dans les tissus, de manière à former des taches qu'il serait beaucoup plus difficile de faire disparaître.
2» Lessivage. On se propose ici de dissoudre une foule de matières grasses particulières qui imprègnent le linge. On y parvient à l'aide d'une dissolution al' câline, de cendres ou de carbonate de soude ou de potasse. Une température de 100 à 110° est nécessaire pour cette opération. A une température beaucoup plus élevée, les alcalis, même en dissolution Irès-affaiblie, exerceraient sur les tissus une action destructive ; de même, la solution trop forte à 6 ou 7" du pèse-lessive attaquerait la fibre hgneuse.
Pour opérer le lessivage, à la manière ancienne, le linge est entassé dans un grand cuvier, le plus fm en dessus, le plus gros et le plus sale en dessous; le tout est recouvert d'une grosse tode (charrier), puis d'une couche de cendrés de bois dont l'épaisseur varie suivant la quantité de linge, et d'un second charrier. On verse alors sur celui-ci de pleines cha^ulionnées d'eau bouillante qui traverse le ht de cendres,
se charge des principes alcalins qu'elles renferment, humecte le linge et ressort par un robinet placé à la parlie inférieure du cuvier. Ce liquide est recueilh, porté de nouveau à l'ébullition, versé sur le linge, et ainsi de suite pendant dix à douze heures. On a beaucoup simplifié ce procédé, en versant simplement sur le linge non recouvert d'un lit de cendres, une solution de carbonate de soude bouillante, recueillie et portée de nouveau à l'ébullilion, comme dans le cas précédent. Mais ce procédé exigeait la même durée. Un simple ouvrier a imaginé un appareil adopté dans quelques établissements et dans lequel, sous l'mfluence de la vapeur, la solution alcaline passe d'abord froide à travers le linge, s'échauffe peu à peu jusqu'à rébulhlion. L'opération ne dure que deux heures à deux heures et demie, et n'exige qu'une solution pesante à ù° 1/2. Outre la durée moins grande, on évite encore l'inconvénient que présente l'action trop brusque du liquide bouillant de crisper la fibre du linge et de fixer certaines taches. Assez généralement aujourd'hui on met en usage un système très-simple ; toujours sous l'influence de la vapeur, la lessive chaude passe d'une chaudière placée au-dessous du cuvier par un tube de fonte qui monte verlicalement au milieu de celui-ci, se déverse sur le linge au moyen d'un champignon qui couronne ce tuyau , ressort par-dessous, retourne à la chaudière , d'où elle remonte encore, etc.
û*" Savonnage. On complète l'action de la lessive par le frottement du hnge à la main, le battage, la brosse de chiendent, etc., dans un baquet plein d'une eau savonneuse chaude.
4° Rinçage. 11 se fait dans de l'eau pure, et a pour but de débarrasser entièrement le linge du savon qu'il renferme après l'opération précédente ; il exige généralement beaucoup d'eau ; mais ici l'eau de puits est préférée comme chassant mieux le savon. Le rinçage comprend encore le passage à l'eau de Javelle ou à la solution de chlorure de chaux., quand le hnge doit être livré très-blanc, et le passage au bleu, pour lequel l'eau de puits convient également mieux que l'eau de rivière.
Machines à laver. Un Anglais, M. Jearrad, a imaginé une machine à laver qui est usitée dans quelques lavoirs de Londres et dont on se loue beaucoup. Cet appareil se compose d'un châssis en bois à claires-voies en forme de gril ou de râtelier placé de champ dans une cuve en forme de coffre ou d'auge. Ce châssis est ^nimé d'un mouvement de va-et-vient à l'aide d'une manivelle qui lui fait décrire un arc de cercle autour de son bord supérieur comme axe ; du linge est placé au fond de la cuve, de chaque côté de l'oscillateur; le couvercle est fermé, et un tuyau amené de l'eau chaude ou froide, pure ou renfermant de l'eau de savon, luie solution chlorurée, etc., à volonté. Alors l'oscillateur mis en mouvement, comprime et relâche alternativement les deux paquets de hnge contre les parois de l'auge. Quand l'eau qui imbibe les tissus est sahe, elle s'écoule par un tuyau ménagé à la partie inférieure, et que l'on ouvre et ferme à volonté, et remplacée par un nouveau liquide.
A côté de la machine de M. Jearrad, nous devons placer un appareil plus compli-^ que et dû à un chef de lavoir de Paris, M. Lejeune. Imaginez un arbre auquel se rattachent six branches également inclinées, à l'extrémité desquelles est suspendue une espèce de caisse à claire- voie ou tambour que l'inventeur ap[)elle laveuse. Ces six caisses ou laveuses plongeant dans autant de cuves en bois, à moitié pleines de liquide, y reçoivent un mouvement de rotation tantôt dans un sens, tantôt dans un autre, uu moyen d'un système d'engrenage fixé à l'arbre.
C'est jiar l'agitation que produit le mouvement de rotation que s'accomplit le blanchissage, sans que la main de l'homme intervienne. A l'aide d'un mécanisme parlicuher, on peut changer les laveuses de cuves, et les faire successivement passer par les six, qui contenant chacune un liquide différent, eau pour l'essangeage, solution alcahae bouillante pour le lessivage, eau de savon pour le savonnage, etc., font ainsi subir au linge la série complète des opérations du blanchissage dans le même tambour. Ce procédé épargne évidemment le hnge, qui n'est plus soumis à ces frottements qui en amènent si promptement l'usure et la déchirure, et ménage la santé des blanchisseuses, qui n'ont plus qu'une surveillance sans fatigue, et sans refroidissement à exercer. (Trébuchet, Happort sur les travaux du conseil de salubrité, Paris, 1861, in-4'', p. 471.)
5° Essorage. C'est le premier des moyens employés pour purger le linge de l'eau qui l'imbibe largement après le rinçage. Il se fait ordinairement à la main. C'est le tordage qui distend, désagrège les fibres et hâte singulièrement l'usure du linge; il peut se faire entre deux cylindres qui, par leur pression, font sortir l'eau, ce qui fatigue encore la trame des tissus. Aussi, à ces procédés, doit-on préférer l'emploi des essoreuses, sortes de récipients à claires-voies, et animées d'un mouvement très-rapide de rotation qui chasse l'eau par l'effet de la force centrifuge. Au bout de quelques minutes, la dessiccation est telle que le doigt n'est pas mouillé au contact du linge. Celui-ci, | cependant, est encore humide, c'est-à-dire qu'il retient environ son poids d'eau, et qu'il exige une autre opéralion, qui est la suivante.
Ô° Séchage, flans la belle saison et dans les pays chauds il se fait très-bien et assez promptement à l'air hbre et au soleil ; mais dans les climats froids et dans les temps humides, il faut avoir recours à la chaleur artificielle des étuves ou à une ventilation forcée qui détermine une rapide évaporation du liquide par le renouvellement incessamment répété des couches d'air.
Cette question du séchage ayant été surtout étudiée en Angleterre , ainsi que celle de l'essorage, nous y reviendrons à propos des lavoirs proprement dits.
A côté du séchage se range une opération qui consiste à faire glisser sur le linge encore un peu humide et bien tendu une plaque de fer chauffée et tenue par un manche, c'est le repassage; il a pour but de lisser les tissus et de leur donner une certaine fermeté, surtout quand on les a humectés avec une solution d'amidon ou empois.
Les différentes opérations que nous venons de passer en revue s'exécutent soit chez des particuliers qui ont leur étabhssemcnt, leurs ouvrières, et leur clientèle spéciaux, soit dans des établissements publics créés et entretenus par les communes ou par des industriels, et dans lesquels les ménagères peuvent apporter leur linge pour lui faire subir les mêmes opérations ; celles-ci ayant lieu en coninnin, pourront se faire à bas prix. C'est là l'innovation qui constitue les lavoirs publics qui doivent actuellement nous occuper.
Des lavoirs proprement dits. Nous avons à examiner successivement leur construction, les coirditions de leur aménagement intérieur pour le chauffage, la ventilation, l'origine et la répartition de l'eau, la disposition des localités pour le lavage, l'essorage, le séchage, etc., et, enfin, les avantages et les conditions économiques de leur installation.
1" Constructions. Autant que possible, comme le recommande M. Wool- Cott, secrétaire de la commission pour développer l'institution des bains et la-
LAVOIRS. l'T
voirs, l'emplacement choisi doit être dans un quartier très-populeux, et ouvrir, autant que possible, sur deux rues. Suivant lui, le bâtiment ne doit pas être trop vaste au nommencement ; mais il sera disposé de manière à pouvoir être agrandi. Dans un quartier de 80,000 à 100,000 habitants, il vaudra mieux ouvrir deux étabhssements que de concentrer tout le travail des ménagères dans an seul, hi bâtiment, les machines et appareils doivent être construits avec le plus grand soin et avec des matériaux de choix, dépourvus d'ornements, mais d'une grande solidité. Tout, enfin, sei'a approprié aux classes qui doivent en faire usage, et réunir les conditions nécessaires pour obtenir une bonne ventilation, un beau jour et l'ordre dans le service.
Dans les constructions on préférera surtout la brique et le fer à tous les autres matériaux. Le sol sera couvert de dalles jointes exactement au ciment, ou d'une couche de bitume, avec une pente convenable pour l'écoulement des eaux lequel aura lieu par des caniveaux; les murs seront recouverts d'un enduit imperméable. En Angleterre, on emploie avec beaucoup d'avantage pour le dallage, les cloisons des stalles, et les refends des cabinets de bains, un schiste ardoisier très-commun dans le pays, et susceptible d'un beau poli. Ces cloisons sont très-solides, très-propres, et, on peut le dire, inaltérables.
Les établissements dont nous parlons sont habituellement au rez-de-chaussée, et éclairés par une toiture en vitrage. Getie situation, outre le genre de travail auquel on s'y livre, tend à y entretenir une grande humidité , aussi a-t-on adopté dans quelques lavoirs, en Angleterre, une disposition qui, au point de vue de la salubrité, offre de grands avantages. Le dallage repose sur de petits murs en briques qui rélèvent à la partie supérieure du socle, il en résulte un soubassement de i mètre environ de profondeur entre ce dallage et le niveau naturel du terrain, dans lequel passent les tuyaux pour les eaux chaudes, froides, propres ou sales, et où l'air pénétrant par de nombreuses ouvertures dont le socle est percé autour du bâtiment, circule en toute hberté. Ceci nous conduit à parler de la ventilation.
2* Ventilation. Dans quelques établissements elle a lieu seulement par des fenêtres en tabatières percées dans la toiture de la buanderie. Dans ceux dont nous venons de parler, l'air admis dans le soubassement passe dans le rez-de-chaussée où sont les lavoirs et les bains, puis il se rend dans une cheminée d'aspiration qui enveloppe celle des chaudières et des foyers et se perd dans l'atmosphère. Cette cheminée a 22 mètres de hauteur; elle est divisée à sa base en compartiments, avec registres qui permettent de porter à volonté son action, soit sur les bains, soit sur les buanderies. Cette action est, au besoin, secondée par de puissants jets de vapeur disposés de manière à favoriser le mouvement d'ascension dans la cheminée à air. Mais, fait observer M. de Saint-Léger, comme pendant l'été la différence de température entre l'air extérieur et l'air intérieur n'est pas assez considérable pour favoriser le tirage, l'ascension de l'air échauffé n'a pas lieu d'une manière suffisante. Aussi, pour les buanderies particuhèrement, en est-on revenu, au moins pendant la belle saison, à la ventilation directe à l'aide d'ouvertures pratiquées dans le vitrage qui forme toiture, ou dans les murs même du lavoir.
3" Disposition intérieure pour les opérations du blanchissage. Il y a plusieurs pièces destinées aux différentes pratiques dont nous avons parlé. Nous noterons seulement quelques différences dans les établissements français et anglais.
En Angleterre, les places des laveuses occupent habituellement chacun des côtés d'une longue pièce formée par deux murailles parallèles. Les laveuses se DICT. ENC. «• s. II. 7
tiennent dans des compartiments ou stalles de l^.SO de profondeur sur {"^,{0 de largeur, formés par des montants en bois on des plaques d'ardoise de 2 mètres environ de hauteur, ce qui fait que chaque femme est entièrement isolée de sa voisine (les Anglaises, paraît-il, tiennent beaucoup à ne pas être vues pendant qu'elles lavent leur hnge) ; devant elles passe une auge en bois qui règne dans toute l'étendue de chaque muraille, et olfrant 0"',54 de largeur sur 0"', 28 de profondeur. Cette auge est divisée, au niveau de chaque stalle, en deux compartiments inégaux, l'un de 0'",27, l'autre de 0'",62 de longueur. Le premier, muni d'un couvercle, sert à faire bouillir le linge dans une dissolution de sous-carbonate de soude. Deux robinets y donnent accès, l'un à de l'eau dans laquelle la femme forme elle-même la dissolution alcaline; l'autre à de la vapeur qui détermine l'ébulhtion. Une soupape sert à faire écouler l'eau à volonté, c'est la lessive. Le grand compartiment est destiné à l'essangeage, au savonnage, etc. ; il est également muni de deux robinets : l'un amène de l'eau froide, l'autre amène de l'eau chaude ; une soupape permet l'écoulement de l'eau qui a servi. Ailleurs, l'auge à compartiments est remplacée par deux baquets inégaux destiïiés aux mêmes usages. Ailleurs enfin, les compartiments ne sont pas le long des parois latérales, mais appuyés à des murs transversaux, avec la précaution de laisser un passage libre au milieu ou sur l'un des côtés.
Chez nous il n'en est pas ainsi : le lessivage, qui se paye à part, comme nous le verrons, a lieu dans une pièce spéciale, et en commun, dans de grands cuviers {voy. plus bas, la partie économique); dans le lavoir ont heu les autres opérations. Nos ménagères, moins ridiculement réservées que les Anglaises, sont placées dans de petites stalles mobiles en bois formées d'une petite planche carrée servant de base avec trois montants, un antérieur et deux latéraux qui ne s'élèvent qu'à la hauteur de la ceinture, protègent une partie du corps contre les éclaboussures, et laissent les bras parfaitement libres. Elles ont devant elles un baquet dans lequel elles procèdent successivement au savonnage avec de l'eau chaude, et au rinçage avec de l'eau froide.
Soit dans la même pièce, soit dans un local particulier, sont les essoreuses (hydro-extracteurs) ; c'est en général une corbeille en fil de fer galvanisé, ou une sorte de bassine à parois criblées, offrant {}"\Q0 environ de diamètre sur 0'",15 de profondeur, que l'on rempht de linge mouillé, et qu'une manivelle ou une courroie mue par la machine à vapeur fait tourner rapidement sur son axe ; l'eau, en vertu de la force centrifuge est chassée violemment vers la circonférence, s'échappe par les mailles du treillage ou les trous de la bassine, et se trouve lancée contre la surface intérieure d'une enveloppe de fonte d'où elle s'écoule par un conduit situé au bas. Cet appareil, comme construction, est à peu près le même partout, il n'y a de différence que dans les conditions de son emploi.
Le séchage a donné lieu à une foule de procédés de la part des in"-énieurs anglais ; il serait bien désirable de les voir adopter dans les établissements de Paris afin d'éviter le séchage à domicile. Nous devons entrer ici dans quelques détails.
A Euston-Square, le séchoir fait suite à la buanderie ; c'est une sorte de lonocabinet noir constitué par un refend vertical parallèle à l'axe du bâtiment, lonoétroit, et éloigné de l'",60 de l'un des murs longitudinaux. Cet espace est divisé, par des refends transversaux en maçonnerie, en seize compartiments ou cabinets égaux dans lesquels on entre par une porte en bois de l'",80 de hauteur; le tout est couvert, à la hauteur de 2 mètres, par un plafond percé, au niveau de
chaque cabinet, d'une ouverture fermée par un registre mobile à volonté. Le sol est formé de plaques de tôle criblées de trous, et au-dessous desquelles se développe un système de tuyaux en fonte, contenant de l'air échauffé par un foyer dans lequel passent ces tuyaux, en se contournant de manière à former une sorte de grille. L'air, élevé à une très-haute température, circule sous les plaques, revient au foyer, où il reprend de la chaleur pour recommencer le même parcours. Voici comment on met en usage ces compartiments : le linge est étendu, simple ou plié en plusieurs doubles, sur les barres d'un chevalet en bois de 4°", 70 de hauteur et de l'",40 de longueur, 0'",40de large, puis celui-ci est placé dans un des compartiments, dont chacun peut contenir deux chevalets; l'air n'y pénètre que par les fissures de la porte ; on ouvre le registre peu de temps après le commencement du séchage, pour laisser sortir la vapeur, on le ierme ensuite pour le rouvrir encore à la fin de l'opération, qui dure une demi-heure environ.
M. de Saint-Léger, l'habile ingénieur de Rouen qui a donné ces détails, croit un tel système dangereux, parce que l'on ne peut calculer la température, et par conséquent la tension de l'air échauffé qui, paraît-il, peut s'élever jusqu'à cinquante atmosphères !
A Goulston-Square, qui s'intitule l'établissement modèle, la disposition du séchoir est à peu près la même, seulement ses compartiments sont plus grands et peuvent recevoir chacun sept chevalets juxtaposés et montés sur roulettes. Ces chevalets sont terminés en avant et en arrière par des plaques en toute qui ferment le cabinet quand ils sont entièrement entrés ou entièrement sortis, ce qui permet de les mettre et de les retirer isolément sans refroidir l'intérieur. Le séchoir est cliauffé par un calorifère à air chaud avec deux foyers, de sorte que la chaleur est à peu près égale partout ; la ilamme et la fumée de chaque foyer circulent dans un tuyau horizontal en tôle galvanisée ; il y a une cheminée d'appel pour chaque foyer; elle est placée à l'extrémité du tuyau correspondant. Les deux tuyaux sont posés dans une espèce d'auge en maçonnerie, recouverts par un treillage en lil de fer galvanisé et situé horizontalement sous les chevalets, à quelques centimètres au-dessus des tuyaux, pour empêcher le linge qui tomberait d'être briilé au contact de ceux-ci. L'humidité du linge, vaporisée parla chaleur, s'échappe, comme à Euston-Square, par les ouvertures garnies de registres qui existent dans la petite voûte en briques qui recouvre les compartiments.
Une disposition toute différente et assez compliquée est employée à Saint- Martin-des-Champs : le séchoir forme la partie supérieure de la case dévolue à chaque laveuse; ouvert par le bas, il reçoit le chevalet tout chargé, que l'on fait monter à l'aide de cordes enroulées sur poulies et munies de contre-poids. La base du chevalet porte une planche horizontale qui ferme l'ouverture inférieure du compartiment. Là, il est placé entre des tuyaux à circulation continue du système Perkins. Quand la vapeur commence à sortir par les intervalles mal joints de la planche de iermeture, on lève, au moyen d'une ficelle, un clapet qui couvrait une ouverture percée à la partie supérieure du compartiment, et on la maintient ainsi jusqu'à la fin de l'opération, en fixant inférieurement la ficelle à un clou. Le chauffage a lieu par des tuyaux dans lesquels l'eau circule à une température de 150° à 170" centigrades, avec une pression de quatre à huit atmosphères. Ces tuyaux forment, au moyen de plusieurs circonvolutions horizontales, les parois de ces différentes cases que dessert un foyer auquel ils reviennent s'échauffer de nouveau. Chaque ligne de tuyaux est munie, à son point le plus élevé, d'un petit réservoir ayant la capacité de quelques litres, et qui est plein d'air quand l'appareil est
froid ; il sert à permettre la dilatation de l'eau par la chaleur. Son emploi est indispensable pour empêcher la rupture des tuyaux. Le séchage dure de quinze à trente minutes.
Enfin à Hull on fait sécher directement le linge sur des tuyaux enveloppés d'un manchon en fil de fer treillage.
De ces différents systèmes, l'expérience a proclamé la supériorité de celui de Goulston-square. Suivant M. de Saint-Léger, le secret de la conduite économique du séchage est dans la proportion du courant d'air. 11 faut qu'il y en ait assez pour emporter la vapeur au dehors, et cependant assez peu pour que la température de toutes les parties de l'appareil, soit autant que possible, maintenue audessus de 100° centigrades. C'est dans ces conditions que la dessiccation est le plus prompte et le moins coûteuse. Une température très-élevée de 100° à '110° a, dit-on, le double avantage de donner beaucoup de blancheur au linge et de faire disparaître les mauvaises odeurs. On sait, en effet, qu'une température audessus de 100° est un excellent désinfectant, qui détruit en même temps les germes fermentescibles.
Le repassage a lieu dans une salle à part, oii se trouvent des fourneaux disposés à cet effet.
4° Chauffage. C'est là un des points les plus importants de la question écono- • mique des lavoirs. 11 a lieu ordinairement par plusieurs foyers répondant à chacun des principaux services, quoiqu'il soit d'une économie bien entendue d'utiliser un même foyer pour plusieurs services, les bains et l'eau destinée aux savonnages, par exemple. Comme le fait observer M. Woolcott, la dépense en combustible dépend en grande partie de la perfection des appareils. Dans les premiers établissements construits, cette dépense, en employant du charbon de terre à 15 francs le tonneau, s'est élevée à 93 fr. 75 pour 1,000 bains chauds, tandis qu'à l'établissement modèle, en se servant de menu charbon à 12 fr. 50 le tonneau, on a chauffé le même nombre de bains pour 17 fr. 50. En général, malgré le bas prix du coke, on préfère la houille, qui donne bien plus de chaleur.
Les fourneaux pour les fers à repasser doivent aussi fixer l'attention. AEuston- Square c'est une sorte de poêle en briques, dont le dessus, recouvrant immédiatement le foyer, est formé de plaques de fonte posées horizontalement et sur lesquelles on fait chauffer les fers. Le tout est recouvert d'un couvercle en tôle qui se meut très-facilement à l'aide d'une chaîne en fer et de contre-poids ; on le soulève chaque fois qu'il faut placer ou ôter un fer. C'est l'appareil généralement préféré et substitué pi'esque partout à d'autres procédés moins avantageux.
5° Fourniture de l'eau. Autre question de la plus grande importance. Le volume de l'eau doit être calculé de telle sorte qu'il réponde cà la plus grande consommation pendant l'époque des plus grands travaux. En Angleterre, l'eau est fournie en abondance par des Compagnies qui, dans ce pays d'initiative privée, se chargent de ce service. La plupart d'entre elles l'ont même livrée gratuitement dans les premiers temps, afin de favoriser l'installation d'établissements aussi utiles à la classe pauvre. Généralement elles la foiirnissent à prix réduits; seulement, dans quelques localités, l'eau n'arrivant pas à un niveau suffisant pour alimenter toutes les parties de l'établissement, il faut alors l'élever avec une machine, ce qui augmente les frais.
En France, et particulièrement à Paris, les lavoirs sont alimentés par des concessions de la ville pour l'eau de rivière destinée à la lessive et aux savonnages.
elparde l'eau de puits pour le rinçage. D'après le rapport de M. Darcy, le prix d'ubomieiuents s'élève à environ 10 francs par place.
Mais, il faut bien le dire, à Paris, l'administration semble avoir entièrement perdu de vue les intentions qui ont inspiré la loi de 1852, et que paralysent les tarifs actuels. En 1851, les 20 mètres cubes d'eau de l'Ourcq coûtaient 500 francs pour toute la ville et, chose bien juste, le prix était le même pour les autres eaux sur les points où il n'en existait que d'une seule nature. Aujourd'hui, d'après le tarif de 1861, l'eau de l'Ourcq coiàte950 francs les 20 mètres cubes, et l'eau de Seine 1900 francs, avec cette clause rigoureuse que « l'abonné ne pourra réclamer l'eau d'une origine autre que celle existant dans les conduites placées sous le sol de la voie publique où se trouve la propriété pour laquelle il contracte abonnement, et l'imppssibilité par la compagnie de fournir l'eau d'une nature déterminée, ne pourra donner lieu à la modification des prix fixés ci-dessus. » Or, ainsi que me le faisait observer un maître de lavoir que ces prix élevés ont empêché de joindre des bains à son établissement, comme l'eau de l'Ourcq ne dessert que la partie basse de la ville, et que les lavoirs se construisent surtout dans les quartiers populeux, qui se trouvent dans la partie haute, il s'ensuit que c'est de l'eau de Seine, c'est-à-dire la plus coûteuse, qu'ils sont obligés de prendre.
Ainsi que nous l'avons fait observer à l'article Bains, on n'a utilisé que dans très-peu de localités, l'eau de condensation des machines à vapeur qui va se perdre à l'égout sans profit pour personne.
6° Economie des lavoirs. Avantages. On ne saurait le nier, la création des lavoirs a été un véritable bienfait pour le peuple des villes. On peut s'en assurer facilement en comparant, comme l'a fait M. Darcy, le prix de revient des objets blanchis par les blanchisseuses avec le prix des mêmes objets blanchis au lavoir par une ménagère. Ainsi le blanchissage d'un ouvrier, tout en se renfermant dans les conditions de la plus stricte économie, coûte par mois environ 3 fr. 25; au lavoir les déboursés s'élèveront seulement à 85 centimes, et en estimant à 1 franc le temps employé à cet ouvrage, cela fait à peu près 1 fr. 85. Remarquons, d'ailleurs, que les femmes qui ont beaucoup d'enfants à soigner ne peuvent exercer une profession régulière et lucrative. Ces conditions économiques expliquent les succès obtenus par les établissements qui nous occupent.
Quels sont les prix exigés dans les lavoirs publics pour les différentes opérations qui s'y pratiquent ? 11 y a à cet égard d'assez grandes différences entre les habitudes de la France et celles de l'Angleterre.
Dans ce dernier pays, comme nous l'avons fait observer, le lessivage est accompli par la femme dans un petit baquet à l'aide d'une solution alcaline qu'elle fait bouillir. Voici les prix exigés : 10 centimes pour une heure; plus, comme fourniture : 5 centimes de sous-carbonate de soude ; 6 centimes pour le savon ; bleu, 2 centimes; total environ, 25 centimes. En général, le prix dans les lavoirs anglais est de 10 centimes pour la première heure, avec usage de l'essoreuse, du séchoir et des ustensiles de repassage : on exige 20 centimes pour la deuxième heure, et iO centimes en plus par chaque demi-heure suisaiite. Cet accroissement de prix, pour inie longue durée de travail, a pour objet d'empêcher les blanchisseuses de profession, qui exercent un état lucratif, de profiler d'avantages destinés à la classe ouvrière.
A Paris, le prix de l'heure est de 5 centimes, la demi-journée de 20 centimes et, pour la journée, de 40 centimes; on voit la différence qu'amènent, dans les prix des lavoirs, les différences qui existent dans le mode de création
de ces établissements. Là-bas, ce sont des institutions humanitaires fondées par des souscriptions particulières ou des sommes votées par les paroisses; ici, ce sont des entreprises particulières ; à la tète du lavoir est, non pas un gérant soldé, mais un entrepreneur qui organise et gère à ses risques et périls ; c'est, en un mot, une industrie privée. Nous pensons que les Anglais ont beaucoup mieux compris la question et l'ont posée sur son véritable terrain. Les blanchisseuses qui exercent un état lucratif payent, comme on le voit, assez cher chez nos voisin» le droit de travailler toute une journée, et, chez eux, aux iO centimes par heure se joint le droit d'essorage et de séchage. Ici l'eau froide seule est donnée gratuitement, l'eau chaude se paye à part 5 centimes le seau de J2 litres; l'essorage est de 20 à 50 centimes. Mais les dimensions de l'essoreuse permettent à deux ou trois femmes de se cotiser pour assécher leur linge à frais commun, et, par conséquent à très-bon compte. Et, cependant, plusieurs reculant encore devant cet accroissement de frais, essorent par le ioi'dage qui use et brise si promptement les fibres du tissu. Elles emportent sur leur dos leur linge encore tout imprégné d'eau qui mouille leurs vêtements et les refroidit, et elles l'apportent à sécher dans la chambre du ménage qui se remplit d'humidité.
Chez nous, par exemple, le lessivage se fait en commun et en grand ; chaque femme apporte son paquet de hnge qui est aussitôt muni d'un numéro en zinc, attaché avec une ficelle, et elle reçoit un numéro correspondant; le paquet est rais dans le cuvier avec les autres et, la lessive coulée, la femme le reprend pour aller se livrer, à sa place, au savonnage, etc., des pièces qu'il contient. Le tarif est fixé d'après le volume des objets : pour un paquet renfermant trois ou quatre chemises, on prend 10 centimes, et ainsi de suite en proportion. Les différentes fournitures, savon, eau de Javelle, etc., sont au frais de chaque laveuse qui apporte ou achète à très-bon compte, dans l'établissement même, ces différents objets.
A Londres, il est un établissement, celui de Glass-House-Yard, fondé par une société pour développer la propreté parmi les pauvres, où tout est gratuit jusqu'aux fournitures. De pauvres femmes viennent laver là le linge qu'elles ont sur le corps, et pendant cette opération on leur prête des vêtements. A cela ne se borne pas la sollicitude de cette société ; elle donne aussi de l'eau et des chlorures pour laver les logements des pauvres du voisinage et les assainir ; on leur prête des brosses, des seaux, et, enfin, on leur donne du charbon pour que le logement puisse être séché immédiatement. L'établissement de Euston-Square loue dans le même but des seaux et des brosses, souvent même il les prête pour rien. C'est ainsi que, dans l'espace d'une seule année, 1493 localités (428 chambres, 226 escaliers, 375 cabinets, etc.) ont été nettoyées et assainies. Il se passera du temps avant que Ion voie pareille chose chez nous : non que le zèle manque aux personnes charitables pour le faire, mais en profiterait-on?... Un maître de lavoir me disait qu'il avait fallu plusieurs années pour faire comjjrendre aux femmes du peuple les immenses avantage de l'essorage à l'aide de la machine !
KéuiMON des bains et des lavoirs. Comme nous l'avons dit à propos des Bains PUBLICS (t. VIII, p. 209 et suiv.), on a, en Angleterre, très-habilement et très-économiquement combiné les bains publics avec les lavoirs, de manière à livrer les uns et les autres à des prix réduits en fliveur de la classe pauvre. Nous avons donné là le mode d'aménagement de ces bains ; nous n'avons donc à en parler ici qu'au point de vue économique.
Le chauffage a lieu par le même foyer pour le bain et pour la buanderie, là est la source des avantages que l'on relire de cette association. Suivant toutes les
personnes qui ont étudié la question, les bains doivent faire les bénéfices de Teutreprise. Aussi, suivant M. Woolcott, le nombre des baignoires doit-il être égal, sinon supérieur, au nombres des places de laveuses ; il admet que, d'après les prix fixés en Angleterre, la totalité des recettes doit se répartir de la manière suivante : 7 pour 100 fournis par les baignoires pour hommes ; 6 pour 100 par les baignoires pour les femmes; 7 pour 100 par les bassins de natation; et 16 pour 100 seulement par les laveuses.
Comment expliquer que ces avantages n'aient pas été sentis chez nous, et que si peu de lavoirs, à Paris, possèdent des bains. D'abord à ce fait que ce sont, comme nous l'avons dit, des entreprises particulières, et que tous les chefs de lavoir n'ont pas des ressources suffisantes pour monter et organiser une aussi vaste entreprise qui exige un grand emplacement et de grands frais d'installation. Ajoutons encore le prix de l'eau dans les quartiers qui sont obligés de s'approvisionner d'eau de Seine. Nous avons fait remarquer plus haut que la société concessionnaire des eaux de Paris se montre peu généreuse à l'endroit de ces établissements.
Nous donnons ci-joint le plan d'un projet de lavoir publié par MM. Trélat et Gilbert dans le rapport de la commission d'enquête sur cette question, publié en 1850.
Police médicale. Réglementation. Laissant de côté ce qui est relatif à la santé des ouvriers et ouvrières employés dans les établissements qui nous occupent, et dont il est traité au mot Blanchisseuses, nous avons à examiner quelles sont, au point de vue de l'hygiène publique, les inconvénients des lavoirs et quelles sont les précautions à prendre.
Les lavoirs publics, de même que les buanderies ordinaires, ont des inconvénients nombreux lorsqu'ils ne sont pas établis dans de bonnes conditions, et quand, surtout, ils ne sont pas suffisamment éloignés des maisons voisines ; aussi les a-t-on ranges dans la troisième classe des établissements incommodes et insalubres.
Il existe à l'intérieur de ces établissements une buée continuelle qui pénètre et s'infiltre dans toutes les constructions adjacentes, les dégrade et y entretient une humidité qui rend certains logements inhabitables. Aussi, par suite de plaintes des voisins et de poursuites judiciaires, plusieurs propriétaires d'établissement de ce genre ont-ils été forcés de les fermer, quelques-uns ont même été condamnés à des dommages-intérêts.
11 convient donc d'exiger qu'il y ait un isolement complet entre les lavoirs, buanderies, coulerics et les maisons voisines, au moyen d'une cloison qui sépare le lavoir du mur mitoyen par un espace de 15 à 50 centimètres. Cette cloison doit régner sur toute la hauteur du mur mitoyen. On doit prendre extérieurement l'air qui doit circuler entre cette cloison et les maisons voisines. Le contre-mur ^ sera construit en briques et chaux hydraulique. Dans le cas où cette opération ne peut être faite le long d'un gros mur de séparation, on construira à la hauteur > de 1 mètre une cloison en briques de Bourgogne de 0"',11, hourdées en ciment romain. Enfin, dans certains cas, il suffira d'enduire de ciment romain à la hauteur de 1 mètre, le pourtour du lavoir.
Les autres conditions générales prescrites sont les suivantes :
1" Élever la cheminée de la machine à vapeur de 2 à 3 mètres au-dessus des maisons voisines, dans un rayon de 50 mètres, de manière que ces maisons ne soient pas incommodées par la fumée.
2° Didier et bitumer le sol avec une pente convenable pour l'écoulement des eaux.
5" Diriger les eaux par un conduit souterrain jusqu'à l'égout le plus rapproché. L'enlèvement des eaux savonneuses résultant de» lavoirs, dans les localités où il n'existe ni égouts ni cours d'eau pour les recevoir, constitue une des causes les plus ordinaires et les plus graves d'insalubrité. Il faut alors, ou traiter ces eaux par la chaux, ou les répandre en irrigation sur les terres, ou les vendre pour l'exiraction des matières grasses. Mais on ne devra jamais en permettre le séjour sur la voie publique ni la perte dans les puisards. Quelquefois, et par exception, on a permis que les eaux fussent recueillies dans une citerne étanche, à la condition qu'elles seraient traitées par la chaux et transportées pendant la nuit à la bouche de l'égout le plus voisin. On ne doit jamais en permettre l'écoulement dans les cours d'eau, elles causeraient la mort du poisson.
4" Établir les châssis mobiles destinés à la ventilation sur les côtés opposés aux maisons voisines.
6" Couvrir les cuviers d'un large couvercle en tôle, et les surmonter d'une hotte communiquant à la cheminée, afin de donner issue à la buée.
6" Prendre toutes les précautions nécessaire contre l'incendie.
7" Détei^miner les places en laissant entre chaque laveuse l'intervalle de 1 mètre.
8" Pendant les gelées, les glaces seront soigneusement cassées et l'on sèmera de la cendre ou des scories dans les endroits où elles tendent à se former.
9" On établira des lieux d'aisances convenablement ventilés à l'usage des laveuses.
Si ces conditions ne peuvent être remplies, si, par exemple, les bâtiments sont trop exigus et ne permettent pas de garantir les maisons voisines des inconvénients de la buée et autres vapeurs ; si les eaux ne peuvent avoir un écoulement convenable soit par l'absence d'égout, soit par le mauvais état du sol de la voie publique où elles entretiendraient une insalubrité et une malpropreté permanentes, l'autorisation doit être refusée. (Trébuchet, Rapp. gén. sur les trav. ducons. clliyg. Paris, 1861, in-4", p. 475; et Vernois, Traité prat. dliyg. indust. etadm. Paris, 1860, in-8°, t. II, p. 144.)
Bateaux-lwoirs. Il est bien évident que les premiers lavoirs publics ont été les bords des rivières etdes ruisseaux, et sans remonter à l'exemple classique de la princesse Nausicaa, ce que l'on voit tous les jours, dans les petits villages, le démontre suffisamment. Le blanchissage s'exécutait autrefois à même la rivière ; de Là, des ordonnances de police pour régulariser cette industrie. Ainsi nous trouvons une ordonnance en date du 1 0 juin 1666 qui prescrit aux lavandières de ne pas laver leur linge dans le canal de la rivière qui coule le long de la place Maubert, rue de la liùcherie, des ponts de l'Hôtel-Dieu, Petit-Pont, pont Saint-Michel et pont Neuf, depuis Pâques jusqu'à la Saint-Martin, à cause de l'infection et de l'impureté des eaux qui y croupissent et sont capables de causer de graves maladies, à peine du fouet contre les lavandières ; mais seulement dans le courant où les eaux sont pures et salutaires, etc. (Delamarre, Traité de la police, t. II, p. 490, 3^ édit, Paris, 17:27, in-fol.) Au commencement du dix-huitième siècle ces mêmes ordonnances reparaissent, seulement la peine barbare du fouet est remplacée par l'amende et la prison.
Le système des lavoirs sur bateaux fut réorganisé par une ordonnance de police, en date du 9 mai 1805, qui, entre autres prescriptions telles que l'autorisation
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