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DES

LOCHS CERL'LEL'S OU FEKRUGïXEl'S, point (Ic la substance grise du quatrième ventricule oflrant une couleur bleuâtre. {Voy. Ventricules.)

LOtl'S XBiiER (de Sœmmerri.ng), nom donné à la substance grise foncée qui sépare les deux couches, inférieure et supérieure, de la substance blanche des pédoncules cérébraux.

LODER (Jlstl's-Christia>), également célèbre et comme chirurgien et comme anatomiste. Il était né à Riga le 28 février 1 755, et fit de solides études médicales à Gœttingue, oîi il prit le bonnet de docteur en 1 777. L'université d'Iéna ne tarda pas à se l'attacher comme professeur d'anatomic , de chirurgie et d'accouchements. Il remplit aussi, pendant longtemps, les fonctions de premier médecin et de conseiller inlime du prince de Saxe-Weimar. En 1 803, il passa à la célèbre université de Halle, puis, trois ans après, chassé par les guerres de cette époque, il alla à Kœnigsberg. C'est de là que l'empereur de Russie l'appela à Saint-Pétersbourg, où il lui offrit une brillante position. Pendant les terribles campagnes de 1812 et 1813, il fut chargé d'organiser le service des hôpitaux mihtaires, importante mission à la hauteur de laquelle il sut se montrer. Loder est mort le 16 avril 1832 comblé d'ans et d'honneurs ; la Russie lui doit le grand hôpital militaire de Moscou, dont il fut quelque temps directeur, et l'établissement d'un amphithéâtre d'anatomie dans cette même ville, où il enseigna pubhquement cette science à partir de 1819.

Outre ses beaux travaux d'anatomie et son grand atlas qui ne renferme pas moins de 180 planches dont plusieurs nouvelles, Loder s'est beaucoup occupé d'ophthalmologie à laquelle il apporta d'heureuses modifications. En cliirurde, il s'est déclaré partisan de la taille en deux temps; il en limitait l'intervalle à l'arrivée de la suppuration. Pour les amputations, il avait adopté la métbode d'Alanson modifiée, etc.

1. Descriptio anatomica baseos cranii humani. iconibus illustrata. Gœttingœ, 1777, in-4''. — W.Synchondroseos ossiumpubis sectionein, in partu difficili inslitiiendam demio expeiZiJii.

DICT. ENC. 2° s. IIL 1

2 LŒBENSTEIN-LŒBEL.

Ibid., 1778, iii-4\— III. Primœ lincce ncvrologiœ corporis humani comment. I. lena. 1778.

— IV. Anzeige eine.j fur die Liebhaher dcr Anthropologie zu haltendcn CoUegiumfi ûher die Analomie und Physiologie des menschlichen Kôrpers. Ibid., 1784, in-8». — V. Anatomischcs Handbuch, 1" B 1. Osteol. und Syndesm. Ibid., 1788, et 2» édit. aupm., ibid., 1800, in-S°.

— VI. Anfangsgriinde der medicinischen Anthropologie und der Staatsarzneikimde . Ibid., 1792, in-8''; ']■= édit., Weymar, 1793, in-8'=; 3» édit., lena, 1800, iii-8° (trés-augm.). — VII. Chirurgisch-medicinische Beobachtungen, mehrenthcils in der herzoglich Sachsen-Weimai'ischcn chirurgischen Anstalt in Jena gcsammelt. 1" Bd. Weymar, 1794, in-8°, fig. — VIII. Anatotnische Tafeln ziir Befôrderung der Kenntniss des menschlichen Kôrpers [texte allem.lalin). Ibid., 1794-1803, in-fol., pi. gd. in-i'ol. — IX. Grundriss der Anatomie des menschlichen Kôrpers; zum Gehrauche, etc. 1" Th. lena, 1806, in-8°. —X. Index prœparatarum aliarumque reriim ad anatomen spectantium quœ in Musœo Cœsareœ universitatis Mosguensis scrvantur. lense, 1825, in-8'. —XI. Elementa anatomiœ humani caporis quœ tironibus, etc. N. I (osteol., syndesmol., niyol.). Moscou, 1825, in-8°. —XII. Journal fur die Chirurgie. Geburtshûlfe und gerichtliche Arzneikunde. lena, 1797-1800, 4 vol. in-8», ou Loders Journal, auquel il a donné plusieurs articles, ainsi qu'à divers autres recueils.

— Plus une trentaine de Programmes, dans lesquels il exposait à la discussion divers sujets d'anatomie et de chirurgie. E. Bgd.

L0I90ICÉE. Palmier des Seyclielles, appelé par Labillardière Lodoicea Seychellarum, par Persoon L. maldivica, et vulgairement connu sous le nom de Cocotier des Seychelles ou des Maldives. C'est un bel arbre, à feuilles palmées, et dont les fleurs trimères sont analogues à celles des Borassus (le genre a été placé dans la tribu des Borassinées), mais dont les étamines sont nombreuses (de 24 à 56), monadelphes, et dont l'ovaire est à deux, trois ou quatre loges. Le fruit est une grosse drupe, ordinairement nommée Coco de mer, des Seychelles, ou Cul de négresse. Sous son mésocarpe fibreux se trouvent un, ou plus sûrement, deux ou trois noyaux bilobés, didymes, renfermant une graine à embryon basilaire, accompagné d'un albumen charnu. Les spathes de cette espèce sosit énormes. Les fruits sont les Nuces indicée des anciens voyageurs. Ils ont été longtemps si rares et réputés si précieux, qu'on les a vendus jusqu'à 10,000 francs. Le nom de Nux medica a aussi été donné à ce fruit, parce qu'il pouvait, prétendait-on, servir d'antidote à tous les poisons. L'arbre qui le porte ne fut découvert qu'en 1759; il habile une région très-restreinte de la mer des Indes; et l'on dit même qu'aux îles Maldives, l'espèce va disparaître complètement, parce que les indigènes ont abattu une grande quantité de ces arbres pour exploiter les fibres avec lesquelles ils font de très-jolis travaux de vannerie et de sparterie fines, qu'ils vendent ensuite aux Européens. Les noyaux servent à fabriquer des vases trèssolides, de grande capacité et, d'une manière générale, ce qu'on a appelé la Vaisselle de l'île Praslin. C'est dans ces vases qu'on croyait autrefois pouvoir boire en toute sécurité, même les venins les plus terribles qui se seraient trouvés annihilés par leur contact. L'amande est comestible ; elle passe pour aphrodisiaque et pour astringente. Elle se prescrit dans les cas de dysenterie. C'est dans Rumphius qu'il faut voir l'énumératiou des propriétés et des vertus extraordinaires Au Lodoicea, que l'auteur hollandais n'hésite pas à appeler Mirum miraculorum naiurœ. Sonnerat a introduit ce bel arbre à l'île Maurice. H. Bn.

RujiiPii., Herb. amboin., lib. XII, cap. 8. — Cluïtius, Hist. Cocc. de Maldiva las. s. Nucis medicœ, in Opusc. sing., Amsterd,, 1854. — Sonnkrat, Descr. du gr. Palm, de l'Ile Praslin, In Obs. sur la phys., VII, 207; Voy. à la Nouv.-Guinée, 7, t. 5. — Labill., Sur le Cocotier des Maldives, in Ann. Mus., IX, 140, t. 15. — Mér. et Del., Dict. IV, 139; VII, 459. — llooic, in Bot. Mag., t. 2734-2738.- K., Enum., III, 225. — Martius, Pabn., 221, t. 109, 122; X, fig.H, ZV, fig. VIII. — ENDL.,Gc«.,n. 1746.— Rosenth., Sijnops. plant, diaphor., I5i'.

LŒBE1KSTEI]\-L(EBEL (Édouard), médecin qui a joui en Allemagne d'une

LOEBER (les trois). 5

célébrité méritée; il était né à Luben (Lusace) en 1779, et fît ses études médicales à léna ; c'est là qu'il prit le bonnet de docteur en 1802, et sa réputation fut, en quelques années, assez grande pour qu'il obtînt, en 1811, la place de professeur extraordinaire de médecine dans l'Université de cette même ville. Poussé par son mérite, il obtint le titre de médecin conseiller du grand-duc de Saxe-Weimar. Mais il ne jouit pas longtemps des positions élevées qu'il devait à ses travaux; une mort prématurée l'emporta le 16 avril 1819 dans sa quarantième année. On a de lui :

I. De rhumatismi sthenici et asthenici natura et curatione. lenae, 1802, in-4°. — II. Hygiène fur Frauen und Kinder, oder : Warum sehen wir so viele krdnkliche Fraiien und so schivackliche Kinder und, etc.? Leipzig, 1804, in-S". — III. Der Freimiithige Heilkunstler. Berlin, 2 Theile, 1805-1807, in-8". — IV. Der Haiisfreund, oder das geheimc Buch; eine fassliche Anweisung, etc. (sans nom d'auteur). Leipzig, 1806, in-8°. — \. Erkenntniss und Heilutig der hdutigen Brâune, des Millar'schen Asthnia und des Keiichhustens. Ibid., 1811, in-8°. — VI. Die Erkenntniss iind Heilung der Gehirnentzûndung , des innern Wasserkopfes und der Krampfkrankfieiten im kindlichcn Aller .lena, 1815, in-S". — VU. Grundriss der Sémiologie des Au jes fûrAerzte. Ibid., 1817, in-8°. Trad. fr. parLobstein. Strasb., 1818, in-S"". — VIII. Die Anwendung und Wirkung der Weine in lebensgefârliclien Krankhciten und deren Verfàlscliungen. Altenbnrg- und Leipzig, 1817, in-S". Trad. fr. par Lobstein. Strasb., 1817, in-8°. — IX. Wesen und Heilung der Epilepsie. Altenb., 1818, in-8°. — X. Specielle Pathologie und Thérapie der Epilepsie mit, etc. IN'aumburg. 1818, in-8''. — XI. Un certain nombre d'articles dans le/ournaidllufeland, les Annales d'.AItembourg, et les Archives de Ilorn E. Bgd.

I.OEBEB (Les trois) . Nous ne savons pas si ces trois médecins appartenaient à la même famille.

Loebep Valentin), cultiva bien plus la poésie que la médecine. Né à Erfurt en 1620, mort le 18 mars 1685, il fut docteur de Rostock (1658), médecin principal des duchés de Brème et de Verdun. Son commerce avec les muses le porta à traduire en vers allemands les Epigrammes de l'anglais Jean Owen (Hamb., 1651, in-12), epigrammes, on lésait, assez licencieuses, dirigées particulièrement contre le clergé, et que près de deux siècles après, Auguste La Bouisse devait publier à Lyon, d'après la traduction française de Kerivalant. Valentin Loeber a encore laissé un opuscule médical, portant ce titre, et que nous trouvons signalé dans le Liiulenius renovatus de Mercklin j(1686, in-i'^, p. 1053) : Anchora sanitatis clialogice fabricata, cui annexa est maniissa de venenis et eorimi antidotis (Francof. et Hamb., 1671,in-8''; Francof., 1679, in-8°).

lioeber (Emmaistjel-Chrétie:^), né à Orlamunda, en 1696, mort à léna en 1765, médecin pensionné de Cambourg, se déclara partisan enthousiaste des idées mécaniques de Boerhaave, et a écrit les ouvrages suirants :

I. Historia inflammationis ex principiis mechanicis et anat omicis deducta. Halle, 1722 iû-4''. — II. Commentatio de sanguinis missione ejusque utilitate in tnorbis infanlum acutis, prœlectionibus publias prœmissa. lena, 1725, in-i". — III. Dissertatio exhibens historiam morborum ex acido. lena, 1724, in-4°. — IV. Dissertatio exhibens historiam contusionum. lena, 1726, in-4''. — V. Dissertatio sistens plethorœ naturam, ortwn atgue ejfectus. lena 1728, in-i". — VI. Grûndliche Amveisung zu einer glûcklichen Blattercur. lena, 1726,

in-4°. —VII. Solida manuductio ad felicem variolarwn curationem. lena, 1731, in-8°.

VIII. Kurze und grûndliche Anfïihrung zu einer heilsamen Lebensart. zum Gebrauch der Speisen, durch welche man die Gcsundheit crhalten, dcn Leib zum langen Leben geschickt machen, die anwandelnden Krankhciten in Zeiten abwenden, und den ubei-fiand genommenen begegnen, auch die verlohrnen Krâfte geschwind und sicher wieder ersetzen kônne. lena, 1743, in-8°, 2 vol. — IX. Wahrhafte Erzâhlung der heftigen Krankhciten, die Ihn befallen. lena, 1746, in-4°.

Loeber (Ghrétien-Joseph), né à Altenbourg , le 14 août 1745, mort à Vorsfeld,

4 LOËCIIE-LES-BAIi\S (eaux minérales de). .

duché de Brunswick, le 22 décembre 1794, s'est fait avantageusement connaître eu publiant les ouvrages suivants :

I. De cordis fabrica et functione, atque de sanguinis per cor et vasa sanguinea circulatione. Erford., 1707, in-4°. — II. Sendschreiben votmoiederkommenden Pocken nacli der Einpfropfung. lena, 1767, in-S". — III. Anfangsgrûnde der Wiinderarzneykunst . Laiigens;ilz, 1770, in-8°. — III. Sendschreiben von einer gliicklich geheilten Lungenentziindung . Friedricbstadt, 1770, in-8°. — IV. Belastigungen m den Bàdern vor Dresden. Dresde, 1778, in-8». A. C.

IiOËCIIE-L,ES-BAI!\[S OU L,EUMERBA.D (Eaux MINIÎBALES ET CURE DE PETIT- LAIT DE), hyperthennales, sulfatées calciques moyennes, azotées et carboniques faibles. En Suisse, dans le canlon du Valais, à 1,450 mètres au-dessus du niveau de la mer, est un village de 157 habitants, bâti au fond d'un vallon sauvage et assez triste, au pied de la Gemmi, du Daubenhorn, du Lanmiei'horn, de la Strubelstoch, du Plateniiorn, du Rinderhorn, de l'Altels, du Mainghorn ou Torrent horn et du Chermignon ou Galmhorn (chemin de fer de Paris à Genève, Sion et Souste, d'où une voiture monte à Loëche en trois heures). Loëche- Ville est à 12 kilomètres de Loëche-les-Bains, que traverse un torrent appelé la Dala. La position topographique de Leukerhad, le voisinage des montagnes dont il est entouré, dont quelques-unes sont recouvertes d'une couche épaisse de neige qui ne fond jamais complètement, explicfuent l'inconstance du cHmat, et avertissent les baigneurs de se munir de vêtements légers pour les heures du milieu de certains jours, d'habits épais et chauds pour les matinées et les soirées qui sont très-fraîches en général ; pour les temps de pluie pendant lesquels le froid humide se fait si désagréablement sentir. Loëche-les-Bains est situé dans une sorte d'entonnoir ouvert au vent du sud-ouest dans une vallée de 1 6 kilomètres de longueur et de 500 à 400 mètres de largeur seulement. 11 est fâcheux que des observations barométriques, thermométriques et eudiométriques suivies n'aient pas été faites et que l'on ne sache rien de la pression habituelle de l'air, de la température et de la quantité d'eau tombée pendant la saison thermale qui commence le 1^"' juin et finit le 50 septembre. L'air est d'une pureté remarquable^ les mélèzes qui entourent Loëche-les-Bains contribuent encore à rendre balsamique et salubre une atmosphère déjà privilégiée.

Avant d'indiquer le nom et les propriétés physiques et chimiques des trois sources qui alimentent les établissements thermaux de Loëche, nous devons prévenir qu'il serait facile d'obtenir une quantité d'eau qui doublerait celle dont ou se sert aujourd'hui : il est curieux de voir à Loëche-les-Bains, comme à Abano {voy. ce mot) un moulin dont la roue tourne par une chute d'eau thermo-minérale non utilisée. Les sources importantes à connaître se nomment : la source Saint-Laurent, la source des Pauvres, la source des Guérisons. L'eau d'un quatrième griffon qui émerge au voisinage de l'église et se mêle à l'eau de la source Saint-Laurent, alimentait la piscine n" 4 du bain zurichois, on l'appelait la source d'Or. Toutes ces sources connues depuis le douzième siècle, et surtout depuis le commencement du seizième, viennent d'un terrain composé de schiste argileux et de calcaire dans lequel on rencontre des cristaux de quartz et des pyrites.

1° Source Saint-Laurent. Elle émerge à 5 mètres au-dessous du sol de b place des Bains par un jet qui a près de 50 centimètres de diamètre; son débit est de plus de 6 millions de litres en vingt-quatre heures, ce qui montre qu'elle est une des sources les plus abondantes de l'Europe. Une grille de fer corrodé plutôt que rouillé par les émanations des vapeurs et des gaz qui s'en élèvent.

LOÈCHE-LES-BAINS (eaux minérales de). 5

protège son réservoir. L'eau de cette source' est reçue d'abord dans un bassin d'oîi elle se rend à la fontaine Saint-Laurent, ou à une buvette extérieure, au bain Saint-Laurent, au bain Neuf, au bain Werra, au bain Zurichois ou des Pauvres. Les parois du bassin qui reçoit l'eau de la fontaine Saint-Laurent sont recouvertes d'une couche assez épaisse de conferves dont la couleur verte est d'autant plus intense que l'on s'éloigne davantage du point où tombe l'eau versée par un conduit toujours ouvert. L'eau de la source est claire et limpide; après les grandes pluies elle est quelquefois trouble, comme si elle tenait en suspension des matières terreuses. Le 7 septembre 1867), il y avait longtemps qu'il n'était tombé d'eau et pourtant elle était d'un blanc sale qui empêchait sa transparence, non-seulement lorsqu'elle était en nappe, mais encore lorsqu'on la regardait au travers des parois d'un verre. Elle n'a aucune odeur ; son goût n'est pas très-prononcé, il ressemble beaucoup à celui de l'eau de Weissembnrg (voy. ce mot) . Des bulles de gaz assez grosses montent au bout de cinq secondes à la surface du vase dans lequel on la reçoit, d'autres plus petites mettent cent vingt-cinq secondes à la traverser complètement; aucune d'elles ne paraît former de perles qui s'attachent au verre. Sa réaction est franchement acide ; sa température est de 51", 3 centigrade, l'air ambiant marquant 14°, 5 centigrade; sa densité est de 1,0025. Pyrame Morin, en 185i, a trouvé que 1000 grammes de l'eau de la source Saint-Laurent renferment les principes suivants :

Sulfate de diaiix 1,5200

— magnésie 0,5084

— soude 0,0502

— potasse 0,0386

— strontiane 0,0058

Carbonate de protoxyde de fer 0,0105

— magnésie 0,0096

— chaux 0,0055

Chlorure de potassium 0,0065

Silice 0,0560

Alumine, phosphates, azotates, se's amiiioniacaux traces.

Glairine quaiitilé indéterminée.

Total des matières fixes 1,9907

l Azote 0,0145 grammes == 11,5180 centim. cubes.

Gaz < Acide carbonique. 0,OU47 — = 2,5890 —

( Oxxgène 0,0015 — = l,054:i —

Total des gaz. . . 0,0207 grammes z= 14,9015 ccruim. cubes.

^° Source des Pauvres. Cette source émerge par deux griffons, qui sont à 100 mètres l'un de l'autre. Le premier, nommé le Fiissbad (Bain de pieds) est exclusivement employé à l'extérieur et les indigents viennent y baigner leurs membres couverts d'ulcères. Le débit, très-peu abondant au commencement, est maintenant considérable. Cette eau a les mêmes carctères physiques et chimiques que ceux de la source Saint-Laurent, dont elle ne diffère que par sa température qui est de 39°, 1 centigrade. La deuxième origine est à l'est de la précédente, et connue sous le nom de Source du bain des pauvres; elle portait autrefois celui de Source des lépreux. Son eau se rend à l'étiiblissement des pauvres. Ce griffon très-abondant, mais dont le débit exact n'est pas connu, a une température de 41°, 5 centigrade. On ne sait pas la densité des deux filets de la source des Pauvres; leur analyse chimique n'a jamais été faite.

3'^ Source des Gue'risons {Heilquelle, source de la Santé). Son émergence se fait à 300 mètres environ du village de Loëchc-Jes-Bains, dans un terrain sous lequel se trouve le bassin de captage qui reçoit les eaux des deux griffons de la

6 LOËCHE-LES-BAINS (eaux minérales de).

source précédente. Les propriétés de l'eau ne peuvent donc être étudiées au moment où elle sort de terre et où la prennent des tuyaux de bois qui la conduisent aux piscines de l'hôtel des Alpes. Le Heilbad (bain de la Santé) avait été construit sur le point d'émergence de la source des Guérisons, mais une avalanche l'a complètement détruit, ainsi que l'hôtellerie qu'on avait bâtie aux environs. Cette eau a les mêmes propriétés physiques et chimiques que celle de la source Saint-Laurent ; sa température est de 48", 7 centigrade. On ne connaît ni sa densité ni son analyse exacte.

Établissements de bains. Les établissements alimentés par l'eau des trois sources principales de Loëche sont au nombre de cinq, ils se nomment : le bain Saint-Laurent, le bain Neuf, le baiii Werra, le bain Zurichois et le bain des Alpes. Le bain Saint-Laurent est à gauche de la source de ce nom et n en est éloigné que de 4 mètres. Une seule pièce contient trois piscines et trois cabinets de bains et de douches. Les deux piscines de droite sont jiareilles et carrées, la piscine de gauche occupe de l'autre côté du trottoir le môme espace que les deux piscines de droite. Les trois cabinets de bains isolés donnent sur le compartiment où est le corps de pompe qui monte l'eau des douches. Le bain Neuf est alimenté par l'eau de la source Saint-Laurent ; il se compose de deux grandes piscines et de quinze petites. Le bain Werra est à l'angle opposé de la place des Bains et au midi de la fontaine Saint-Laurent ; il se compose d'un bâtiment qui renferme quatre grandes et quatre petites piscines. Le bain Zurichois est en face et au midi de l'hôiel de France, c'est un pavillon contenant deux piscines, dont chacune est divisée eu deux cabinets de douches et deux salles pour l'application des ventouses. Ces deux dernières pièces ont deux piscines qui communiquent avec les grandes piscines du bain Zurichois. Des ventouses de verre ou de ferblanc, très-petites, dont l'air est échauffé et raréfié par la flamme d'une chandelle, sont très-bien et très-promptement appliquées par l'homme ou la femme chargés de ce soin; un scarificateur à seize lames, préalablement armé, est posé sur le point de la peau, et fait les incisions sur lesquelles les godets sont placés de nouveau. Le bain Zurichois est fréquenté par les malades qui ne peuvent payer qu'une faible rétribution (40 centimes par jour); deux de ses piscines sont affectées aux pauvres qui sont reçus gratuitement, quand ils sont munis d'un certiûcat d'indigence délivré par une des autorités de leur pays ; ils touchent, de plus, une gratification quotidienne s'élevant de 75 centimes à 1 fr.50 provenant de quêtes faites hebdomadairement dans les hôtels. L'établissement de l'hôtel des Alpes est au premier étage de la maison ; il comprend une buvette, deux grandes piscines, deux' vestiaù^es, un cabinet de grandes douches, quinze piscines de famille et un cabinet de douches ascendantes.

Mode d'administration et doses. Les eaux de Loëche s'administrent en boisson, en bains, en douches, en injections, en lavements et en lotions. La cure interne est de beaucoup la moins importante, elle est assez rarement suivie. L'eau deLeukerbad, à l'intérieur, se prescrit à la dose d'un, de deux ou de trois verres, qui se prennent le matin à jeun, de demi-heure en demi-heure; il est rare qu'on continue la cure plus de dix ou quinze jours de suite, car l'eau de Loëche est difficilement acceptée par l'estomac ; c'est l'eau de la source Saint-Laurent qui est préférée. Si la boisson et le bain sont mis en usage en même temps, les malades boivent l'eau pendant la durée du bain et emphssent leur verre au robinet des piscines. On emploie en bains les eaux de cette station d'une manière toute spéciale et qui n'est suivie dans aucun autre établissement thermo-minéral ; nous croyons

LOËCIIE-LES-BAINS (eaux minéraies de). 7

devoir entrer dans quelques détails sur ce point, afin que les médecins peu fa* miliers avec cette méthode balnéaire, soient renseignés sur les habitudes de Loëche, dont les eaux ont des effets physiologiques et curatifs si peu communs et si puissants.

L'eau des piscines de Loëche a une température réglementaire de 54°, 8 centigrade. La durée des bains ou la baignée, pour parler le langage du pays, est de trois quarts d'heure à une heure le premier jour. On va graduellement, suivant la constitution du malade et les phénomènes que l'on observe, en augmentant journellement d'une demi-heure à une heure, jusqu'à ce que les malades restent dans l'eau quatre, cinq et même six heures en deux séances, dont la plus longue doit être celle du matin. Les bains sont toujours aussi prolongés tant que la poussée ne survient pas ; quand elle arrive, ou ne doit pas prendre les bains d'une moindre durée ; pendant sa période initiale, ascendante et stationnaire, le séjour dans l'eau reste le même qu'au moment oij les accidents cutanés se sont montrés pour la première fois. Ce n'est que pendant la décroissance ou la desquamation qu'on rend progressivement l'immersion plus courte.

La déhaignée suit à peu près la même marche que la baignée.

Il est très-rare aujourd'hui que les malades restent pendant plus de cinq à six heures par jour dans les bains de piscines; assez fréquemment, il y a un quart de siècle, on demeurait dans l'eau jusqu'à dix heures par jour. Les baigneurs, dans les piscines de Loëche, ne savent trop comment occuper leur temps; le déjeuner, les jeux, les anecdotes et les chansons ne suffisent pas à les distraire. Un des amusements les plus goûtés est l'entrée au bain d'un nouveau venu, ou la visite d'un touriste qui arrive sans saluer ou qui garde son chapeau sur sa tête. Il est bon de prévenir de ces enfantillages ceux qui vont à Loëche pour la première fois, car l'infraction de ce qu'on appelle les règles du bain en commun, a été la cause quelquefois d'une grande contrariété pour certains malades susceptibles ou craintifs qui ont, dès le premier jour, renoncé au bénéfice des bains de piscine.

Les douches de toute forme, de tout calibre, d'une chaleur et d'une percussion variables, s'administreut souvent à Loëche-lcs-Bains; elles ne font cependant qu'une partie accessoire de la cure ; leur durée varie de 10 à 30 minutes.

Action physiologique et thérapeutique. Un embarras gastro-intestinal est le premier phénomène qui apparaît chez presque toutes les personnes qui font usage des eaux de Loëche en boisson. Ces eaux sont diurétiques, elles sont aussi excitantes, c'est-à-dire qu'elles augmentent l'activité de la circulation et du système nerveux. L'effet physiologique le plus marqué des bains de Loëche est une stimulation très-notable qui se manifeste par de l'agitation, par de l'insomnie, par des rêves prolongés et pénibles, et quelquefois par une mélancolie et une tristesse que rien ne peut empêcher. Cet effet peut agir sympathiquement sur le système nerveux et déterminer de l'essoufflement, de l'oppression, une grande difficulté à se mouvoir, une accélération sensible du pouls, de la cardialgie et des palpitations. L'embarras gastrique, le dévoiement ou la constipation ne tardent pas à se joindre au cortège des symptômes qui viennent d'être énumérés. L'eau en bain comme en boisson produit la diurèse ; les urines changent de couleur ou au moins de teinte suivant les maladies ; elles laissent déposer un sédiment briqueté chez les rhumatisants. La sensibilité n'est point troublée par le séjour prolongé dans les piscines, mais le système moteur est presque constamment affecté, et des lassitudes douloureuses dans les membres, dans les articulations surtout.

s LOËCHE-LES'BAINS Jeabx minérales de).

sont presque toujours observées dans le courant de la cure par les bains de Loëche. L'effet physiologique le plus intéressant à étudier est assurément la poussée. Cet accident thermal est fortuit et de peu d'importance dans la plupart des stations d'eau minérale, il entrave plus qu'il ne favorise la guérison des maladies qu'on y soigne.

Il n'en est pas ainsi à Loëche-les-Bains où la poussée est un phénomène presque constant. Si elle n'est pas absolument indispensable à l'issue heureuse du traitement, elle est regardée avec juste raison comme un des événements favorables à la guérison. Une considération qui rend spéciale la poussée de Loëche, c'est qu'elle n'a pas de meilleure médication que ra[)plication topique de l'eau elle-même sur les points du corps le plus douloureusement affectés par la dermatose accidentelle, et sur les démangeaisons intolérables occasionnées par les bains. On agit donc avec la poussée tout autrement que dans les autres établissements thermaux où le premier soin, dès qu'elle apparaît, est de modifier ou de suspendre la cure. Beaucoup de médecins, beaucoup d'hydrologistes même, croient et soutiennent que l'éruption thermale ne reconnaît pas d'autre cause que la longueur des bains; l'unanimité cependant des confrères honnêtes et éclairés qui ont pratiqué à Loëche depuis plus d'un siècle, et qui ont décrit la poussée dans des termes à peu près identiques, doit modifier des opinions préconçues. Les conversations que nous avons eues avec les docteurs Grillet et Loretan oncle, les malades que nous avons observés ont dissipé nos premiers doutes, et nous avons la conviction profonde que la poussée de Loëche ne ressemble en rien à celle dont nous avons parlé et dont nous parlerons dans les articles consacrés aux autres stations thermales, et qu'elle doit occuper une place importante et spéciale dans le cadre des effets physiologiques et curatifs des eaux de Leukerbad. Il est rare qu'elle apparaisse avant le sixième jour et qu'elle vienne après le douzième ; mais il s'est présenté assez souvent des cas où l'éruption a commencé après le deuxième et le troisième bain. Si on se rappelle le mode actuel de l'administration des bains dont la durée ne dépasse pas trois quarts d'heure ou une heure dans les premiers jours, on verra qu'il est impossible d'invoquer la longueur de l'immersion pour expliquer l'existence de la dermatose. La poussée n'est pas compatible avec l'idiosyncrasie de quelques baigneurs; c'est une exception qui confirme la règle. Nous signalerons toutes les particularités de la poussée de Loëche-les-Bains dans l'article général sur la Poussée. Nous renvoyons donc à ce mot.

Les eaux de Loëche sont sulfatées calciques ; on sait que les eaux de ce genre deviennent souvent sulfureuses accidentelles, et tous les médecins connaissent les heureux résultats qu'elles donnent alors dans les maladies où convient un traitement hépatique. Mais les eaux de toutes les sources de Loëche ne sont pas dans ce cas, et le sulfate de chaux qui est leur élément minéralisateur principal est parfaitement fixe; il reste à cet état quel que soit le temps durant lequel elles sont exposées à l'air. Ce n'est donc point dans cette décomposition chimique qu'il faut chercher la clef des vertus de ces eaux thermo-minérales, pas plus que dans les principes ammoniacaux résultant des excrétions d£s malades qui séjournent dans les piscines pendant plusieurs heures de suite; ces opinions ne peuvent être soutenues que lorsqu'on n'a pas visité Loëche et que l'on ne sait pas la bonne tenue et les exigences des bains en commun. Comment exphquerait-on, d'ailleurs, la poussée chez les personnes qui prennent leur bain dans des piscines isolées ou dans des baignoires? Quoi qu'il en soit, l'usage interne et surtout externe des eaux de Loëche en bains graduellement prolongés, a son indication principale dans les

LOËCHE-LES-BAINS (eaux minérales de). 9

alfections récentes ou anciennes de la peau qui ont résisté aux médications les plus énergiques et les plus variées, aux préparations otficinales et à l'emploi des eaux minérales sulfurées et sulfureuses, bicarbonatées et chlorurées, les plus justement célèbres. C'est particulièrement dans les formes humides que réussissent, le mieux les eaux de Loëche; elles sont très-utilement administrées dans les maladies vésiculeuses, huileuses ou pustuleuses, au nombre desquelles il faut placer en première ligne l'eczéma, l'herpès, l'ecthyma et limpétigo. On obtient quelquefois aussi, du séjour prolongé dans les piscines de Loëche, de bons effets contre les dermatoses sèches, mais leur g\icrison est beaucoup plus difficile. Lorsqu'une maladie de la peau a disparu tout d'un coup et a laissé dans la santé des désordres plus ou moins sérieux qui ne peuvent être attribués à une autre cause, le médecin fait tous ses efforts pour rappeler à la peau une éruption devenue indispensable. Il n'y réussit pas toujours, et il est quelquefois très-heureux d'avoir recours à la poussée de Loëche qui replace l'affection sur son véritable terrain. L'emploi de ces eaux convient même dans les affections cutanées qui sont encore à l'état aigu ; mais les malades doivent être préalablement soumis à une médication antiphlogistique et révulsive que l'on applique à Loëche avec autant de succès et d'habileté que dans les stations les plus renommées de l'Autriche et de la Hongrie [voij. Baden-bei-Wien et Balaton-FiJred, etc.), nous voulons dire aux ventouses scarifiées appliquées pendant que les malades sont au bain.

Les eaux de Loëche sont indiquées aussi dans les rhumatismes articulaires et musculaires, pourvu que leur période inflammatoire ait complètement disparu, lorsqu'ils afiectent surtout des sujets nerveux ou débihtés. La constitution des goulteux devenus anémiques est en général favorablement modifiée; l'engorgement du tissu cellulaire qui entoure les articulations diminue, et quelquefois les tophus sont résorbés ; ils sont plus souvent expulsés. Le médecin qui dirige la cure doit alors conseiller les eaux en boisson, en bains et en douches.

Les laryngites, les bronchites chroniques et l'asthme reçoivent une modification favorable et sont parfois guéris par ces eaux en boisson, et surtout en bains administrés de fliçon à produire la poussée aussi promptement et aussi énergiquement qu'on le peut. La cure de petit-lait de chèvre est un adjuvant utile de la médication thermale. Les rhumatisants doivent prendre de grandes précautions, surtout au commencement et au déclin du jour, pour éviter les changements brusques de température et les rigueurs du climat si fréquents à Loëche, et si nuisibles aussi lorsque les baigneurs ont des affections laryngiennes, bronchiques ou pulmo-

naires.

Les eaux en boisson, en bains et en douches agissent utilement sur le lymphatisme et sur la scrofule, quelles que soient leurs expressions symptomatiques. L'action stimulante de l'air pur et balsamique de la vallée de Loëche est d'un puissant secours pour tonifier les malades, reconstitués par les éléments ferrugineux en solution dans les eaux minérales. Les ulcères atoniques, variqueux, de mauvais aspect, se détergent et se guérissent par les bains généraux et locaux, par les lotions et par les douches. La boisson, les douches sur la région hypochondriaque droite, les bains généraux en baignoires oii en piscines, parviennent à résoudre dos engorgements du foie et de la rate occasionnés par une congestion simple de ces organes ou consécutifs à l'existence antérieure de fièvres intermittentes longues et rebelles que les eaux bicarbonatées les plus actives avaient été insuffisantes à soulager. Les chlorotiques et les anémiques se trouvent bieu du séjour à Loëche-les-Bains, où la stimulation des eaux intùs et extra, l'excitation

10 LOËCHE-LES-BAIISS (eaux minérales de).

du tégument externe, le fer et les promenades, remontent une vitalité momentanément déprimée et remettent dans le sang les éléments qui lui manquent.

Dans les paralysies, quels que soient leur siège et leur étendue, lorsqu'elles reconnaissent pour cause un rhumatisme ou un trouble profond dans le système nerveux périphérique, lorsque même elles sont produites par un tahes dorsalis sans dépôt tuberculeux dans le tissu vertébral, péri-médullaire ou médullaire, ou par un commencement de maladie de la moelle ou de ses enveloppes, les eaux de Loëche en bains et en douches produisent assez souvent des résultats favorables ; mais les paralysies consécutives à des violences extérieures, à de grands traumatismes ne sont pas sensiblement modifiées par un traitement à celte station. Les femmes qui ont des affections utérines sans aucune inflammation, celles qui souffrent à la suite de couches, de fausses couches ou de pertes nombreuses, rapprochées, abondantes, obtiennent souvent une guérison complète par les bains,, les douches et les injections avec les eaux de Loëche. Beaucoup d'enfants s'élèvent mal, ils sont chétifs sans que le médecin le plus attentif et le plus éclairé puisse en découvrir la cause; les eaux en boisson, les bains et les douches de Leukerbad favorisent un développement qui se faisait trop longtemps attendre.

Plusieurs malades sujets à des névralgies et à deà névroses mal caractéTisées ou erratiques, à des migraines dont les accès sont si violents et si rapprochés que la vie leur devient insupportable, ont trouvé dans les eaux de Loëche, en bains siu'tout et dans la poussée qu'ils déterminent, un soulagement qu'aucune médication ne leur avait procuré jusque-là. Lorsque rbyponchondrie peut s'expliquer par un trouble des organes digestifs et de leurs annexes, les eaux en boisson, et surtout en bains de piscine avec des compagnons joyeux, ont plusieurs fois donné des succès inesfiérés et amené un retour à la santé sur lequel on n'avait guère le droit de compter.

Les sources sulfurées et sulfureuses hyperthermales sont celles qui démasquent le mieux les syphilides larvées, nous avons vu cependant que certaines eaux amétaUites hyperthermales produisaient le même effet. Ces deux groupes amènent en général des manifestations vers la peau ; les eaux de Loëche présentent ce caractère particulier, qu'elles déterminent l'éruption spécifique vers les membranes muqueuses de l'arrière-bouche et du voile du palais.

Les eaux de Loëche sont contre-indiquées dans tous les étals franchement phlegmasiques ; une angine simple suffit pour mettre le médecin sur la voie de la réserve qu'il doit apporter à l'admission de ces malades au traitement hydrominéral. L'otite la plus bénigne, les douleurs dentaires les plus légères sont un indice de suspendre la cure. Il faut bien se garder d'envoyer à Loëche les squirrheu.v, les cancéreux, les personnes qui sont affectées de maladies organiques du cœur et des gros vaisseaux, de syphilis au premier degré, de polypes utérins ou de kystes de l'ovaire. Il est une maladie de peau, le lupus, que le docteur Lorelan oncle disait avoir vu guérir avec une perte de substance; M. le docteur Grdlet est arrivé à un résultat opposé à la suite de l'application des eaux de Loëche, qui produisent de mauvais effets encore dans la phthisie pulmonaire à tous ses degrés,, et dans les engorgements de la prostate.

Durée de la cure, de vingt-cinq jours, en général.

On n'exporte pas les eaux de Loëche. A. Rotureau.

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LŒSEKE. H

pharmacien à Sion). De Sedunorum thermis et aliis fontibus inedicatis, 1569. Cette dissertation se trouve à la fin de l'ouvi'agc qui suit : Suileu. De Vallcsiâ et Alpibus commentarius . Zurich, 1574. — De Castel (Constantin). Badgespan, en latin et en allemand. Sion, 1647. — HiLDANus (Fabricius). De thermis Leucensibus in Vallcsiâ. Francolurti, 1682. — Scheukzer (Jean-Jacob). Schweizerische Berg-Rsiscn. Zurich, 1708, vol. 5°. — Erleb (Joseph-François). Gcistlicher Samarilan. Zug, 1715. — Du même. Les délices de la Suisse, etc., t. IV. Bâle, 1704. — Naterer. Beschreibung der Mineralwâsser des Lcukerbades. Sitten, 1769. — Rouelle. Analyse des eaux -minérales des bains de Loëche, 1776. — Develey. Observations et expériences sur les eaux thermales de Loëche en Valais, 1797. — IIolueu. Reise durch das Wallis, 1805. — Ebel. Anleitung die Schweiz zu bereisen , 2ter und 3ter Theil. Zurich, 1804 und 1805. — Payes (J. F.). Essai sttr les eaux minérales thermales de Loueschc. Thèses de Paris, 1824, in-4'' et in-S". — Brunner und Pagenstecher. Chendsche Analyse der Heil- (jucllen von Leuk, im Canton Wallis, 1827. — Cercuiold. Versuch einer vollkommncn Darstellung der I^euker Bàder und ihrer Topographie. Notice inédite, 1829. — Bonvin. Notice sur les eaux minérales de Loëche. Genève, 1854, in-8°. — Studeh. Géologie der wesllichcn Schweizer Aipeti. Heidelberg und Leipzig, 1854. — Foissac. Notice sur les piV2}riétés médicales des eaux de Loëche. Paris. 1856, in-S". — Engeliiardt. Natnrschilderungcn, Sitlenuige, etc. Basel, 1840. — De Fellenberg (L. R.). Analyse chimique de l'eau thermale des bains de l'hôtel des Alpes. Lausanne, 1844. — Giullet (Joseph-Hyacinthe). Les sources thermales de Loëche au canton du Valais. Sion, 1845, in-8'', 208 pages. — Worin (Pyrame). Analyse de Veau minérale de J^oëche. In Journal de pliarmacie et de chimie, 1840 et 1854, — Loretam (A.). Notice sur les sources thermales de Loëche-les-Dains et sur ses environs . Genève et Paris, 1845 et 1857, in-8°, 118 pages. — LASiiiossï. Locche-les-Bains ; observations sur la manière de jjrocéder dans les cures de ces eaux thermales, 1849. — Fenoglia (F. B.). Cenni intorno ai Bagni di Loëche. Torino, 1852. — Ordinaire (P, C). Souvenir de Loëcheles-Bains. Sion, 1855. A. R.

l,<EFiLïî\Ci (Pierre), médecin suédois, qu'une mort prématurée empêcha de donner tout ce qu'il pouvait, mais que le grand Linné a illustré par l'amitié constante dont il l'honora. Lœfling naquit le 51 janvier 172'.J, à Tollforsbruch, près deWalbo, et mourut le 22 janvier 1756, à San-Thomé de Guyana, dans une expédition qu'il avait organisée pour étudier les productions naturelles de la Nouvelle-Andalousie. Six ans auparavant (1749), Linné, sur la demande de l'ambassadeur d'Espagne à Stockholm, l'avait désigné comme le plus digne pour remplir les fouctions de botaniste que l'Espagne voulait s'attacher. Le jeune médecin suédois, parti de Stockholm en 1751, remplit avec intelligence et dévouement lamission dont il avait été chargé, et grâce à la bienveillance qu'il rencontra auprès d'Ortéga, de Minuartz, de Quer, de Vêlez, il put recueillir autour de Madrid plus de quatorze cents plantes. Nous venons de dire qu'il mourut à San Thomé de Guyana. Mais Linné ne laissa pas périr le nom de son cher élève, car ayant obtenu les papiers de Lœfling, il publia le voyage de ce dernier en Espagne, sous ce titre :

Iter hispanicum, eller resa tilt spanska iMendertia uti Europa, och America gfœrraettad, ifranM^X <tH856, met bescrifninger och fiocn œfver de markwaerigestc Waender. Stockh., 1758, ln-8°. A. C.

lifESEKE (Jean-Louis-Leberecht). Médecin allemand qui a joui dans son temps d'une grande réputation, mais sur lequel on a peu de renseignements biographiques. On sait seulement qu'il vint au monde en 1724, et qu'il mourut à Berhnle 9 avril 1757, professeur au collège médico-chirurgical de cette ville. Les ouvrages suivants ont suffi pour asseoir sûrement sa renommée comme praticien et comme écrivain.

l. Dissertai io de motu sanguinis intestino. Halle, 1745, in-4°. — II. Observationes anatomico-chirurgico-medicœ novœ et rariores, accurate descriptœ, et iconibus illustratœ. Berlin, 1754, in-4''. — III. Abhandlung der auserlesensten Àrzneymitlel, nach derselben Vrsprung, Giite, Bestandtheilen, Maase, und Art zu wirken, ingleichen wie dieselben aus

12 LOGANIACÉES.

dcr Apothcke zu vcrschrciben siml. Borliii, IToo, in-8°, etc., etc. — IV. Mafcria mcdica conccntrata oder Vcrzeicfmiss von dcn vorzuglichsten in- und dusserlicfien ArzneynuUcln. Dresde, 1758, in-8°. — V. Physiologie, oder Lchre vont gesunden Zustandc des mcnsck- Uchnn Kôrpers. Dresde, ITG^, in-8°. — VI. Therapia specialis interna, oder grCuuUiche Anweisung zur Erkcnnlniss und Ciir der innerlichcn Kranhheitcn des mcnschlickcn Kôrpers. Dresde, !';(i2, in-8°. —VII. Semiotik, oder Lekrc von den Zeichcn der KronkkeUen. Dresde, -17GS, in-8°. — VIII. Pathologie, oder Lchre von den Krankheilen des menschlichen Kôrpers. Dresde, 1775, in-8°. A. C.

L©E^Y (iLes). On connaît trois médecins distingués de ce nom, et tous trois appartenant à la Hongrie :

Loew (Jean-François) était d'Erlsfeld; aussi, signait-il : Joliannes-Fraiiciscus Loew ab Erisfeld. On sait qu'il vivait pendant la seconde moitié du dix-septième siècle, et au commencement du di.v-huiùème, qu'il fut comte palatin, médecin de l'Empereur, qu'il devint, en 1717, membre de l'Académie des curieux de la nature, sous le nom diAaron, et qu'il a écrit plusieurs ouvrages, entre autres :

I. Tractatiis de variolis et morbUlis. Nurcmb., 1G09, in-i". — II. Apodixis medica de morhis infantum. Nurcinl)., 1G90, in-4° (avec le : Parlas mcdicas, midlo labore a Leone in lueem éditas, seu traetatus novissimus de morhilUs et variolis). — 111. ISova et velus aphorismorum llippocratis interpretalio. Francol'., 1711, in-'t". — IV. Universa medicina, juxlà menteni veterum et recenliorum efj'ormata et aucta. Kuremb., 1724, in-4°, 4 vol. — V. Thcatrum ntedico-practicum. Nureinb. , 1725, in-4°.

Loew (Akdré) a laissé ces ouvrages posthumes :

I. Succincta deseriptlo duorum Ilungariœ medieatorum fontium quorum aller pencs locuni l'iscnium, altéra in Castri fcrrei Comitatu, pênes Binkafeld enascilur, 1759, in-4°. — II. Observationum medicinaliani Hungaricarum Ccnluria... 1740, in-i°.

L.oew (CHARLEs-FRÉDÉnic), fils du précédent, non-seulement a rendu publics les deux ouvrages de son père, mais il a écrit une lettre qui a été insérée dans les Actes nat. cur. (1759 ; bebd. XLI , p. 521) et qui porte ce titre :

Epistola ad eeleberrimos omnium regionum botanicos, de Flora Pannonicâ. A. C.

î.®îj;.4î%!i!ACÉES. Famille de plantes dicotylédones, monopétales, établie par R. Brown, en 1814, pour un certain nombre de genres placés aupravant parmi les Rubiacées, Apocynées, Gentianées, etc., etc., et dont l'organisation ne répondait pas complètement aux caractères généraux de ces familles. Ainsi, avec les feuilles opposées des Rubiacées, les Loganiacécs n'ont pas leur ovaire infère. Avec l'ovaire supère des Apocynées, elles n'ont pas un fruit formé de deux follicules, lorsqu'il est sec; et lorsque leur péricarpe est cbarnu, comme dans certaines Apocynées, les Loganiacées ont la corolle valvaire et non tordue. Les Gentianées ont des feuilles opposées et une corolle dont la préfloraison peut être la même que celle des Loganiacées; mais ces dernières n'ont ni des placentas bilobés, ni des stipules. Les Loganiacées ont été l'objet d'un travail spécial du docteur Bureau, qui en a écarté les Mitreola, Mitmsacine, Pohjpremum et Sijhesia, pour les reporter aux Rubiacées; les Gelsémiées dont il fait des Apocynées; les Fagraeacées qu'il relie aux Gentianées ; les Nuxia enfin, rattachées aux Scrofulariées. De la sorte, la famille des Loganiacées se trouve réduite aux genres Stnjchnos, Brehmia, Ignaiia, Piouhamon, Logania, Geniostoma, Labordia, Antonia, Norrisia, Usteria, Gardneria, Gcertnera, Pagamea et Spigelia; la plupart seront étudiés individuellement dans ce Dictionnaire, attendu que leurs propriétés sont très-accentuées. Pour le moment, il suffira d'indiquer les caractères généraux du groupe ainsi constitué, caractères que l'auteur précité résume de la façon suivante. Les

LOGKMENTS. 13

Loganiacées ont des fleurs à calice gamosépale (|.olys Jpale dans le genre Antonia), à cinq lobes disposés dans le bouton en préfloraison quinconcialc, ou à quatre lobes imbriqués. La corolle est gamosépale, à quatre ou cinq lobes, valvairesouimbriciués dans le bouton. L'androcée est isostémone (sauf dans VUsteria quiestmonandre), elles étamines alternipétales ont des antbères à pollen pulvérulent, biloculaires et déhiscentes par deux fentes longitudinales. Le gynécée est libre, avec un ovaire biloculaire (uniloculaire dans le genre Brehmia) , avec des ovules anatropes ou ampbitropes, ou un seul dans chaque loge, avec le micropyle inférieur, ou en grand nombre, msérés sur des placentas axiles. Le style est unique ; le stigmate, simple ou bifide. Le fruit varie dénature suivant les tribus. Les graines sont pourvues d'un albumen qui entoure un embryon droit, parallèle au plan de l'ombilic (sauf dans les Pagamea et les Gœrlnera où la radicule répond au micropyle). Ce sont des arbres ou des arbrisseaux, rarement des herbes, à feuilles opposées, entières, presque toujours pétiolées et stipulées, à inflorescences définies, axillaires ou terminales. Toutes croissent dans les pays chauds, ordinairement dans les régions tropicales.

Les Loganiacées se divisent en sept tribus, d'après les caractères suivants :

1" Le nombre des ovules contenus dans chaque loge. Ou il n'y en a qu'un seul, comme dans les Giiertnérées. Celles-ci se subdivisent en Eugan-tnérées et en Gardnériées, suivant que leurs stipules sont engainantes ou linéaires, que leurs ovules sont anatropes ou campulitropes.

Ou il y a de nombreux ovules dans chaque loge ; c'est ce qui arrive dans toutes les vraies Loganiacées.

2° La déhiscence ou l'indéhiscence du fruit. Ou il est déhiscent, comme dans les Spigéliées, les Antoniées,les Euloganiées.

Ou il ne souvre point, comme dans les Strychnées et les Labordiées.

3" La préfloraisou de la corolle. Ou elle est valvaire (Antoniées et Spigéliées), ou elle est imbriquée (Euloganiées).

4" La nervation des feuilles. Ou elle est pennée (Labordiées), ou elle est digitée (Strychnées).

En principe, toutes les Loganiacées sont dangereuses : beaucoup d'entre elles renferment des alcaloïdes énergiques, tels que la Strychnine, la Brucine, l'Jgasurine ; plusieurs d'entre elles servent à préparer le Curare. D'autres contiennent des principes acres, amers, etc. Ces propriétés seront examinées à propos de chacun des genres employés en médecine.

Aussi bien par leurs propriétés si accentuées que par leur organisation, les Loganiacées affectent des rapports étroits avec les Solanées. Si l'on compare surtout aux Solanées à fruit charnu, les Loganiacées à baie polysperme, on verra que l'organisation florale et la structure fondamentale du fruit sont les mêmes dans les deux types, mais que les Loganiacées qui présentent ces caractères ont ordinairement des tiges ligneuses ou sarmenteuses, des feuilles opposées et des stip)iles, tandis que les Solanées correspondantes ont des feuilles alternes, sans stipules. H. B.\.

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H. Bn.

L,OKEMEi\T!S (Insalubrité et assainissement des logements). Les mots habitation et logement pourraient, à la rigueur, être considérés comme syno-

nymes, exprimant l'un et l'autre le lieu où l'on demeure, où l'on habite, où l'on loge. Nous ne les considérons pas comme tels ici.' Le premier, le mot habitation, d'un sens beaucoup plus large et plus ctendu, doit comprendre les considérations relatives à l'assiette de l'habitation, au lieu où elle est construite, à la nature du sol sur lequel elle repose, à son exposition, à ses dispositions diverses, à la nature et au choix des matériaux qui entrent dans sa composition, et aux influences que ces diverses conditions peuvent exercer sur la santé des habitants. Ce mot embrasse aussi bien les habitations collectives que les habitations privées, les grandes habitations que les petites. Tandis que sous le nom de logements, nous entendons ne traiter ici exclusivement que de l'habitation de l'individu ou de la famille, considérée dans sa plus étroite circonscription, l'habitation de la classe pauvre, l'habitation de l'ouvrier, composée souvent, pour lui et sa famille, d'une ou deux pièces, où se trouvent le plus ordinairement réunies toutes les conditions funestes de l'encombrement. Nous envisagerons, en un mot, l'habitation non pas telle qu'elle devrait être, mais telle qu'elle est, c'est-à-dire trop souvent insalubre par elle-même, par ses mauvaises dispositions intrinsèques, par le défaut d'entretien et par les habitudes de négligence trop communes chez les personnes qui l'occupent. Après le tableau que nous allons avoir à tracer du logement de l'ouvrier des grandes villes, et particulièrement des villes industrielles et manufacturières, et de l'habitation du paysan dans la plupart de nos campagnes, nous examinerons une à une les principales causes d'insalubrité qu'on y trouve, et nous indiquerons, autant qu'il nous sera possible de le faire, les moyens, siuon de les faire cesser complètement, au moins d'y obvier dans la mesure de ce qui est praticable et d'en atténuer ainsi les effets fâcheux sur les habitants. Nous exposerons enfin, sommairement, ce que les diverses administrations qui se sont succédé dans le cours de ces trente ou quarante dernières années ont fait dans l'intérêt de la surveillance et de l'assainissement du logement du pauvre. Nous aurons surtout h faire connaître les bons effets de l'application de la loi du 13 avril 1850 sur les logements insalubres et les utiles travaux des commissions instituées en vertu de cette loi.

Il n'est pas douteux que de tout temps les pouvoirs publics, les législateurs, les hygiénistes et les hommes qui, sous quelque nom et à quelque titre que ce soit, se préoccupent du bien-être de leurs semblables, n'aient porté leur attention sur les conséquences funestes des habitations insuffisantes et le plus souvent malsaines qui ont dû à toutes les époques, comme aujourd'hui encore, servir d'abri aux classes pauvres. Témoin le passage du Lévitique, où Moïse, après avoir parlé de la lèpre du corps et de celle des vêtements, parle aussi de la lèpre des maisons et formule des prescriptions que l'hygiène moderne ne désavouerait pas. Mais ce n'est pas ici le lieu de faire de l'histoire. Nous franchirons d'un bond toute l'antiquité et le moyen âge dont les annales nous auraient pu fournir probablement plus d'un trait pour le tableau que nous allons esquisser, et nous entrerons de plain-pied dans l'époque actuelle. Nous ne nous occuperons que de notre temps et de notre pays.

L'habitude de voir le mal finit souvent par émousser l'impression pénible qu'il produit sur notre esprit, l'indifférence le perpétue. Mais il est des époques et des événements qui semblent avoir le privilège de secouer cette indifférence et d'appeler l'attention sur ces grandes questions d'hygiène et d'intérêt public. L'invasion du choléra indien en Europe a été un des ces événements. Il semble qu'en provoquant un redoublement d'activité dans l'étude et dans le déploiement de tous les

moyens dont pouvaient disposer l'hygiène publique et l'hygiène privée, le fléau nous ait apporté à sa suite comme une sorte de dédommagement de tout le mal qu'il a produit. Une vaste enquête a été instituée, embrassant à la fois tous le points de la France et toutes les grandes questions d'assainissement. Ce sont les résultats de cette enquête qui vont nous fournir en grande partie les éléments de cet article.

I. 11 est ressorti de cette enquête que dans le midi de la France, oii, il est vrai, les grandes manufactures sont rares, les logements des ouvriers sont généralement sains. Dans les villages comme dans les cités du Sud, dit un rapport adressé à l'Académie des sciences morales en 1849, les logements sont plus vastes, plus sains. A peine dans qnelques localités se plaint-on que beaucoup de logements situés dans des rez-de-chaussées sont humides, mal éclairés et mal aérés, tandis que d'autres placés dans des espèces de greniers ont le double inconvénient d'être trop chauds en été et trop froids en hiver.

Dans l'Est et dans le Nord, les logements placés hors des villes sont également à peu près iiTéprochables, ou tout au moins tolérables.

C'est dans l'intérieur des grai\ds centres de population et d'industrie que se rencontrent les logements réellement insalubres.

C'est surtout à Mulhouse, à Amiens, à Reims, à Rouen, à Lyon, à Lille que les enquêtes ont révélé les faits les plus regrettables et les plus dignes d'intérêt sous ce rapport.

« J'ai vu à Mulhouse, dit Villermé dans une enquête faite au nom de l'Académie des sciences morales et politiques, j'ai vu à Dornach et dans des maisons voisines, de ces misérables logements oij deux familles couchaient chacune dans un coin, sur de la paille jetée sur le carreau et retenue par deux planches. »

A Amiens, les ouvriers logent dans la partie basse de la ville, dans des rues étroites, où les maisons, fréquemment en bois, sont distribuées en chambres humides, mal éclairées, mal closes et malsaines.

Les logements des ouvriers de Reims sont plus mauvais encore. Ce sont de misérables réduits que précèdent des cours mal pavées et couvertes d'ordures.

A Rouen, on n'entre dans certaines maisons que par des allées basses, étroites et obscures, qui servent souvent de lit à un ruisseau fétide chargé d'eaux grasses et d'immondices qui séjournent dans de petites cours mal pavées, oii elles forment des flaques pestilentielles. On y monte par des escaliers en spirale, sans garde-fous, sans lumière, hérissés d'aspérités produites par des ordures pétrifiées, et on aborde ainsi de sinistres réduits bas, mal fermés, mal couverts. Il n'y a presque jamais de carreaux aux fenêtres, et les rez-de-chaussée sont parfois si humides, que leurs parois sont tapissées de mousses. Dans plusieurs rues, on voit jaillir de petites sources aux portes des maisons, quand Feau ne suinte pas le long des murs.

On sait ce qu'étaient, il y a quelques années, les rues de Lyon et ce que sont encore quelques-unes d'entre elles. On connaît ces impasses obscures, ces cours petites et sales, ces constructions d'une hauteur excessive et d'une malpropreté insigne, où étaient entassés 25,000 métiers.

« Combien de ménages, à Lyon, dit M. le docteur Passot, dans un travail sur les logements insalubres communiqué à la Société médicale de Lyon, en 1851, qui ne disposent que d'une seule pièce, petite, humide, basse, obscure, souvent en contrebas du sol ou bien sous les toits, aussi froide en hiver qu'étouf lante en été, et qui n'ont pour tout horizon qu'une triste muraille à quelques pieds d'eux ? 11 suffit

lô LOGEMENTS.

d'avoir pénétré dans l'intérieur d'un de ces logements pour être frappé de l'insalubrité qui y règne. Souvent c'est un encombrement occasionné par le Imge sale, par les divers objets de la profession et par d'ignobles grabats où s'entassent, se pressent et croupissent des individus de tout sexe et de tout âge; c'est à peine s'ils ont quelques mètres cubes d'air à respirer. Que de maisons dont les allées servent d'urinoirs, dont l'escalier et le carré sont toujours recouverts d'immondices et de déjections, et où l'on voit d'étage en étage des latrines toujours ouvertes qui offensent les regards et infectent horriblement! Que de maisons dans des rues ou impasses étroites et boueuses dont les fenêtres s'ouvrent sur des cours si petites qu'elles ressemblent à des puits où l'air et le jour pénètrent à peine, et dont le fond est plein de débris d'aliments et d'eau de lavage fétide et croupissante ! »

« Nous connaissons pour les avoir visités, ajoute M. Passot, bon nombre de

logements tellement noirs, tellement humides, qu'ils ne conviendraient pas même à des animaux. » Enlhi le médecin lyonnais signale particulièrement les loges de portiers, presque toutes étroites, obscures, sans ventilation, coupées par des soupentes, prenant, pour la plupart, le jour sur des allées sombres ou sur des cours toujours humides. Aussi, dit-il, les portiers sont-ils généralement rhumatisants et leurs enfants scrofuleux.

Marseille, à quelques- égards , n"est pas beaucoup mieux partagée que Lyon.

Nous ne nous occuperons pas ici de ses conditions hygiéniques générales et de l'insalubrité proverlDiale de son vieux port. On sait d'ailleurs les transformations qu'a subies depuis la grande cité phocéenne. Pour rester dans notre sujet, nous ne parlerons que de l'intérieur des maisons. Ce que nous en pourrions dire d'après des souvenirs qui remontent à plus de trente ans, passerait peut-être pour suspect aujourd'hui. Nous aimons mieux oublier ce que nous avons vu, pour nous en tenir à ce que nous apprend sur ce sujet une esquisse de Marseille, au point de vue de l'iiygiène, pubUée il y a quelques années seulement par M. le docteur S. G. Maurin.

« Les conduits d'eau et les égouts donnent encore lieu parfois cà des infiltrations aussi nuisibles pour la solidité des habitations que pour la sauté des habitants. Les égouts particuliers (branchements) hont, de leur côté, souvent mal maçonnés; de là des épanchements d'eaux fétides qui infectent les maisons. » M. Maurin mentionne, en outre, un usage aussi mal[)ropre qu'insalubre et qui mérite d'être relaté ici : « Dans certaines maisons de la ville moderne, au milieu de la cour ou du jardin, on aperçoit une planche carrée percée de plusieurs trous, d'où s'exhalent continuellement des eJfluves insupportables. Cette planche recouvre une fosse plus ou moins profonde appelée éponge^ à laquelle aboutit un canal qui conduit l'eau des éviers, laissant à la terre le soin de les absorber. L'infiltration, la stagnatloii, la fermentation putride ne sont plus ici des accidents, ce sont les principes sur lesquels repose la construction de ces réservoirs malsains. »

Dans la ville ancienne, les maisons sont très-hautes et les appartements, en général très-étroits, renferment une population dense, surtout dans les quartiers où se trouvent des fabriques; d y règne partout une grande malpropreté. Dans la ville moderne, les appartements sont plus confoi'tables ; c'est là cependant qu'on trouve ces éponges infectes dont if vient d'être question. Dans la ville nouvelle, certaines maisons sont parfaitement aménagées; mais dans les faubourgs, les cou-, ditions sont trop souvent déploi\ibles.

A Marseille comme dans toutes les cités populeuses et industrielles, il y a de

grandes misères, et l'on y trouve de ces bouges immondes où se rassemblent ton^ ceux que la paresse et le vice ont faits le rebut de la société.

Les logements des domestiques sont dans des conditions déplorables. « J'ai vu dans l'une des plus belles maisons de Marseille, dit M. Maurin, un concierge, sa femme et sa fille de 16 ans, confinés pendant la nuit sur une soupente que n'éclairait pas même une lucarne. »

La iiopulation flottante pauvre y est fort mal traitée. «Que dire de ces réduits infects, connus sous le nom de caboulots^oh. vont prendre leurs repas et dormir les voyageurs pauvres? J'ai vu cbez un logeur, neuf lits à la suite l'un de l'autre, tètes touchant pieds, dans une chambre large de 2 mètres, à peine éclairée par une lucarne et servant d'atelier à un cordonnier pendant le jour. A la rue de l'Échelle, on voit dans des caves humides, à la faible lueur d'une chandelle fumante, couchés sur de la paille,

pêle-mêle, femmes, enfants et hommes que la vermine dévore Tout ce que la

société a de plus abject vient se réfugier dans ces foyers d'infection; des hommes que les vices les plus crapuleux ont conduits à la dernière des misères, se cachent là pour échapper aux recherches de la police. En vain la charité s'épuise à créer des retraites sûres et salubres pour les pauvres. Le dépôt de mendicité, les lits réservés à la charité pour les passagers demeurent vides. C'est dans ces lieux infects que les germes morbides se développent tout à leur aise pour se propager ensuite des quartiers populeux aux maisons isolées, comme le prouvent les épidémies de 4720, 1812, 1855, 1849 et 1854. »

Enfin, on connaît les trop fameuses caves de Lille. « Une portion considérable de la population manufacturière de Lille, écrivait M. Blanqui, habite dans des caves situées à 2 ou 5 mètres au-dessous du sol et sans communication avec les maisons dont elles dépendent. J'ai visité presque toutes ces caves à plusieurs reprises, ajoutait-il, tantôt accompagné d'un médecin qui en connaissait tous les habitants, tantôt avec les autorités de la ville, épouvantées des découvertes déchirantes qu'elles faisaient en y entrant. Dans le quartier Saint-Sauveur, notamment, toutes les combinaisons semblent avoir été réunies pour l'insalubrité. C'est là qu'on voit cette série d'îlots séparés par des ruelles sombres et étroites, aboutissant à de petites courettes qui servent tout à la fois d'égouts et de dépôts d'immondices. C'est autour de ces foyers d'infection que sont distribuées les habitations. C'est là, dit M. Blanqui, qu'on voit une population étrange d'enfants étiolés, bossus, contrefaits, d'un aspect pâle et terreux... Mais ceux-là, du moins, ajoute ce savant économiste, respirent à l'air libre, et c'est seulement au fond des caves que l'on peut juger du supplice de ceux à qui leur âge ou la rigueur de la saison ne permet pas de sortir. »

En 1828, d'après M. de Yilleneuve-Bargemont, qui a administré pendant plusieurs années le département du Nord, il se trouvait jusqu'à trois mille six cent quatre-vingt-sept personnes logées dans ces caves privées d'air et de jour, où règne la malpropreté la plus dégoûtante.

Bien que cette situation ait été très-améliorée à plusieurs égards depuis l'époque où l'enquête l'a fait connaître, il s'en faut qu'elle soit encore satisfaisante.

« Si, d'une cave, écrit M. A . Houzé de l'Aulnoit, nous remontons les étages d'une maison habitée par des pauvres, dans l'une des rues que nous avons citées, nous sommes arrêtés dès le rez-de-chaussée par des exhalaisons fétides qui nous poursuivent; ce sont les lieux d'aisance, cloaque infect qui empoisonne la maison. Nous pénétrons, et après avoir gravi un escalier obscur, une chambre s'offre à nous; la porte est à peine ouverte que des miasmes délétères nous saisissent à la gorge. DicT. ENC. 2° s. m. 2

18 LOGEMEfiTS.

« La cuisine (et quelle cuisine!) la lessive et le séchage du linge, la malpropreté des enfants, toutes ces odeurs agglomcrces, forment quelque chose d'horrible. Et si vous demandez de l'air, peut-être répondra-t-on que c'est impossible : les châssis tomberaient au moindre mouvement, ou bien encore ils sont cloués par les propriétaires ! »

j Un rapport du préfet du Nord en date du 24 février 1851 faisait savoir que la même situation se présentait à Roubaix.

I « Il y a dans nos départements, disait tout récemment encore M. DoUfus, un très-grand nombre d'ouvriers cariés qui ont cinq ou six enfants. Ils logent dans une petite chambre avec leur femme et leurs enfants. La même chambre sert à tout; on y fait la cuisine, et ils ont peut-être chacun 6 mètres cubes d'air, et souvent moins encore, alors qu'on en donne 20 mètres cubes aux prisonniers, aux individus condamnés ! J'ai vu de ces logements, ajoute M. DoUfus, dans lesquels des femmes m'ont déclaré avoir eu dix et douze enfants ; il ne leur en reste souvent que deux ou trois. » [Bulletin de la Société de protection des apprentis et des enfants des manufactures, \\°' 5 et 4, 1868.)

Parmi nos grandes villes réputées les plus belles et les plus saines, il n'en est pas une où l'on ne trouve, dans quelque point obscur et retiré, des maisons qui ont aussi leur lèpre, pour parler le langage du Lévitique. On ne se serait pas attendu à coup sûr, à voir la ville de Bordeaux figurer au nombre des villes insalubres ; et cependant Bordeaux a aussi ses quartiers où l'on trouve des amas d'immondices dans les cours ou enclos attenant aux habitations, des eaux stagnantes provenant du mauvais état ou de l'absence de pavage des cours, des conduites d'eaux ménagères en mauvais état d'entretien, des latrines mal tenues et infectes, de sales escahers et de sales corridors conduisant dans des logements bas, étroits, aux murs humides et salpêtres, où manquent à la fois le jour et l'air. « Il faut avoir vu, avant les travaux qui y ont été exécutés, dit le rapporteur de la Commission des logements insalubres pour l'année 1866, ce long couloir de l'impasse de la Fontaine-Bouquetière resserré entre des maisons élevées qui n'y laissent pénétrer qu'avec parcimonie l'air et le soleil, ces murs recouverts d'une humidité visqueuse entretenue par les couches superposées des émanations les plus fétides ces gargouilles et ces bouches d'évier projetant, de tous les étages, les eaux ménagères qui, en tombant, ravinaient le sol, ce sol lui-même, inégal, raboteux formant de nombreux cloaques ; enfin cet égout roulant à ciel ouvert, sur plusieurs mèires de longueur, des eaux corrompues, etc.; il faut avoir vu tout cela pour comprendre combien était dangereuse, au milieu d'un quartier populeux, l'existence d'un pareil foyer d'infection. » Bordeaux a aussi ses hôtels des miracles amas de logis informes tenus par des logeurs en garni et où des ouvriers, des colporteurs, des chiffonniers, une foule de voyageurs indigents viennent chei'cher un gîte pour la nuit moyennant quelques sous. Rien ne manque au triste tableau que présentent ces hideuses demeures, où l'encombrement et la saleté accumulent toutes les conditions possibles d'insalubrité; rien n'y manque, jusqu'aux caves, qui servent d'asile aux plus malheureux.

Que dire de Paris? L'état de certaines habitations de Paris n'était guère plus édifiant il y a peu d'années que tout ce qu'on vient de voir ; et aujourd'hui encore, malgré les immenses travaux d'assainissement qui ont entrahié la démolition d'un grand nombre de ses quartiers les plus insalubres, malgré l'intervention si active des conseils et des commissions d'hygiène, il reste encore trop de ces maisons délabrées, infectes, à demi privées de jour et d'air, où une malpropreté horrible

engendre et entretient des maladies sans nombre ; sombres réduits infectés le plus souvent par les émanations des cabinets d'aisance et ne recevant le jour et l'air que de cours étroites, infectées elles-mêmes par la stagnation des eaux ménagères et par le séjour d'immondices de toutes sortes, et auxquels on n'accède que par des escaliers et des corridors obscurs, étroits, suintant l'humidité de toutes parts et le pïus souvent encombrés d'ordures et de détritus.

Voici en quels termes s'exprimait, le 8 juillet 1848, un rapport du conseil de salubrité, sur le résultat des visites faites en 4846 par une commission spéciale.

« Le défaut d'oir et de lumière, l'humidité, la stagnation des eaux ménagères, la malpropreté générale, et en parliculiei- la mauvaise tenue des heux d'aisance et des plombs, caractérisent la presque totalité des habitations. Les escaliers sont couverts d'immondices; les cours, les allées, en un mot toutes les parties de ces maisons sont tenues dans l'état le plus déplorable.

« C'est surtout dans les quartiers Saint-Jac(|ues, du jardin des Plantes, Saint- Marcel, disait, dans un rapport, le maire de l'ancien Xîl" arrondissement, que se rencontrent une foule de rues oîi les rayons du soleil, interceptés par de hautes maisons, parles sinuosilés du sol, pénètrent à peine; d'un autre côté, les rues bâties sur une pente très-rapide reçoivent toutes les infiltrations des terres dominantes; l'humidité y est constante, elle ne disparaît que dans les jours les plus chauds de l'été.

« Ce fâcheux état s'aggrave encore par l'incurie des habitants qui, loin de corriger par des soins et par la propreté les inconvénients de l'habitation, semblent prendre à plaisir de les exagérer par leur inintelligence des principes de l'hygiène et de la salubrité. Presque tous les métiers infimes s'y sont donné rendez-vous : le bas prix des loyers, les nombreux magasins de chiffonniers en gros qui y existent, y ont attiré la majeure partie des chiffonniers de Paris qui, par la nature même de leur profession, ont contracté des habitudes de malpropreté auxquelles se joignent trop souvent des habitudes d'intempérance. »

On connaît l'insalubrité presque proverbiale de ces logements dits hôtels à la nuit, maisons meublées, garnis, chambres, etc., plus particulièrement à l'usao^e des ouvriers nomades ^ On n'a pas oublié qu'en 1852, sur 954 maisons garnies qui recevaient des journaliers, des balayeurs, des chiffonniers, des ramoneurs et des maçons, 499, plus de la moitié, furent atteintes par le choléra. Ces maisons, dont un grand nombre ont heureusement disparu aujourd'hui, étaient pour la plupart de vieilles masures humides, peu aérées, mal tenues, renfermant des chambres qui contenaient huit ou dix lits pressés les uns contre les autres et oii plusieurs personnes couchaient dans le même lit. Ici c'est l'encombrement surtout qui constitue l'insalubrité. Mais ce n'est rien à côté du spectacle hideux que présentent les logements de la plupart des chiffonniers. « On voit agglomérés dans

* II ressort d'une enquête qui a été faite, à ce sujet, par la chambre de commerce de Paris, que sur plus de 200,000 ouvriers qui, en bonnes circonstances, travaillent à Paris, plus de 1/5, et sur 106,000 ouvrières, beaucoup plus de 1/20, par conséquent plus de 40,000 hommes et 6,000 femmes, log^ent en garni, deux tiers environ plus ou moins sédentairement, l'autre tiers momentanément et pendant la seule saison des travaux, retournant au pays pendant la morte saison. Une partie de ces garnis, un tiers environ, sont dans d'assez bonnes conditions, un autre tiers dans des conditions passables ; le surplus est dans des conditions mauvaises et quelquefois très-mauvaises, d'ordre, de propreté, de salubrité et même de moralité. Dans presque tous on entasse dans une même pièce un nombre plus ou moins considérable ou d'hommes, ou de femmes, et même des uns et des autres ensemble.

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des espèces de cages, dit le rapport général du conseil de salubrité de Paris en iSWô, de malheureux chiffonniers au crochet qui n'ont pour lit qu'une couche de paille sale j our eux et pour leurs enfants ; encore est-elle placée au milieu de quelques chiffons triés d'où émane une odeiu^ repoussante.. . Les habitants de ces sortes de chenils y vivent principalement le jour, les abandonnant la nuit pour se livrer à leur industrie. On ne pénètre pas dans ces affreux réduits sans un profond dégoût et sans y éprouver une sorte de suffocation. Los agents de police chargés de la surveillance de ces tristes habitations n'y pénètrent qu'avec l'épugnance. » Nous avons pu juger par nous-même, dans les visites fréquentes que nous y avons faites pour chercher à apporter quelque atténuation à ces tristes conditions, des efforts qu'il faut faire sur soi-même pour surmonter le dégoût qu'inspire la vue de ces tristes demeures et pour respirer quelques instants les émanations fétides et suffocantes qui s'en exhalent. Il faut être mû par le sentiment d'un devoir à accomplir ou do quelque bien à faire, pour se soumettre volontairement à une pareille épreuve.

« C'est dans quelques-unes de ces maisons, quand on a le courage d'y pénétrer, qu'on se trouve tout à coup transporté au milieu de chambres obscures dont les murs noircis sont minés par le temps. A peine l'air se renouvelle-t-il dans ces sombres réduits oîi de sales carreaux laissent pénétrer quelque peu d'un jour sombre, qui se glisse à travers les murs élevés d'une cour étroite, es'^èce de puits infect, où viennent se dégorger les tuyaux de décharge des toits et des eaux ménagères, et dont les cuvettes, souvent encombrées d'ordures de toute espèce, et même du reflux des latrines, les versent sur les escaliers pourris des différents étages, d'oii ils vont, en s'écoulant jusque dans les chambres, abreuver, en l'infectant, leur sol dépouillé de carreaux.

« Là les habitants sont en rapport avec la demeure. La plupart s'occupent à trier pendant le jour le produit de leurs rondes nocturnes ; accroupis autour de ce sale butin, ils entassent dans tous les coins, et jusque sous leurs couchettes, des os, de vieux linges souillés de fange, dont les miasmes se répandent au milieu de ces hideux galetas où souvent un espace de 2 mètres carrés sert d'abri à toute une famille. » {Compte rendu de la marche du choléra à Paris en 1852.)

« Parmi les chambrées de femmes, disait un représentant, membre de la commission de l'assistance et de la prévoyance publique, il en est une dans le quartier de la Cité qui est renommée pour le tableau de décrépitude et d'abjection qu'elle présente. Les femmes qui l'occupent habituellement sont de vieilles ivrognesses.. . La police a l'oeil ouvert sur ces femmes comme sur tous les habitants des mauvais garnis. Il arrive quelquefois aux agents de faire des descentes au point du jour dans cette chambrée immonde, et de voir toutes les femmes qui l'occupent sur leur séant, pour faciliter les recherches. Le spectacle de ces momies animées a quelque chose de sépulcral, et l'on dirait que le célèbre auteur de Gii Blas y a esquissé jadis le portrait de Léonarde. » Ces repaires ont heureu^emeu disparu. Qu'on juge de ce qu'ils devaient être par ce qu'étaient leurs habitants

Nous terminerons l'esquisse de ce triste tableau par le trait suivant, que l'on trouve dans une Topographie médicale de Paris, par le docteur Bayard. « Dans une pièce au quatrième étage, ayant à peine 5 mètres en carré, je trouvai vingttrois individus, hommes, femmes et enfants couchés pêle-mêle sur cinq lits ; l'air de cette chambre était tellement infect, que je fus pris de nausées, la chandelle qui m'éclairait faillit s'éteindre, » etc.

Nous venons de parler des logements d ouvriers et d'indigents dans les villes, et

plus particulièrement dans les grands centres industriels; les habitations de la classe pauvre des campagnes sont-elles dans des conditions meilleures?

II. Il ne s'agira ici ni de l'état de la voierie rurale, ni de l'inobservation de toutes règles relatives à l'emplacement et au régime des cimetières, toutes circonstances qui ont une influence si manifeste sur la santé des habitants des campagnes, mais qui rentrent dans les considérations d'hygiène publique dont il devra être traité ailleurs. Pour nous restreindre dans notre sujet, nous ne parlerons que de l'état des logements eux-mêmes.

« Les habitations rurales, dit M. Michel Lévy, mal distribués, mal closes, ne sont, dans nn grand nombre de localités, que d'immondes refuges oii s'entassent les familles ; les misérables chaumières delà Sologne, les masures du Doubs, etc., valent-elles beaucoup mieux que la hutte du sauvage? » {Traité d'Iujriiène.)

La plupart des rapports sur les épidémies signalent la malpropreté des logements, l'insuffisance de leur aération, l'entassement des familles dans la môme pièce, située le plus souvent dans un rez-de-chaussée humide, presque en communauté avec les animaux domestiques, dont elles ne sont séparées que par des cloisons à jour ou des planches mal jointes; ailleurs, des alcôves impénétrables à l'air et à la lumière reçoivent plusieurs individus dans un seul lit hermétiquement fermé par des rideaux ; ailleurs les lits se touchent par tous les points et encombrent une seule chambre. Ajoutez à cela la saleté des objets de couchage, l'absence de latrines, le méphitisme résultant de la promiscuité des honuiies et des animaux dans la même atmosphère.

Voici, en particuliei-, le tableau que M. le docteur Jlonteil fait d'une localité de l'arrondissement de Florac, département de la Lozère, qui a été le siège d'une épidémie typhique grave en 1850. Indépendamment de l'assiette vicieuse du village occupant le revers d'une petite colline et en partie un bas-fond où s'accumulent les eaux infectes qui coulent ou croupissent dans les rues, et entourée de toutes parts de hautes montagnes qui interceptent dans tous les sens les courants atmosphériques, l'état de ses habitations présente un spectacle déplorable. « Les maisons sont basses, noires, enfumées; les logements des familles ne sont séparés que par des planches mal jointes, des écuries, des étables et des loges à cochons, de telle sorte qu'elles vivent dans l'atmosphère des animaux. C'est dans ce mdieu délétère et nauséabond qu'elles mangent, boivent, dorment, travaillent en hiver. » Aussi, dit le rapporteur, quand il règne des épidémies daiis la contrée, c'est la population de ce village qui paye le plus fort tribut. La décroissance de sa population est une preuve flagrante de sa constante insalubrité. (Rapport sur les épidémies de 1850, par M. Michel Lévy, dans les Mémoires de l'Académie de médecine, t. XVII, 1855.)

Dans le midi de la France, que l'enquête générale sur l'état de l'hygiène publiqi e présente comme relativement assez satisfaisant sous le rapport des habitations, il s'en faut cependant qu'il n'y ait rien à reprendre. Bans un rapport au préfet de l'Hérault sur l'état d'insalubrité des communes rurales de l'arrondissement de Montpellier, voici ce qu'on lit : « Les cours des cultivateurs, des petits ménages, sojit encombrées de fumiers, d'immondices sur lesquels on jette les eaux sales, les matières fécales, ce qui forme une masse infecte jusqu'au moment où les besoins de l'agriculture les font transporter dans les terres... Chez les gens pauvres, les dispositions sont encore plus fâcheuses; car le creux à fumier est alors situé dans une cour exiguë, à côté de la maison, sous les croisées destinées à lui donner de l'air et du jour, parfois même au rez-de-chaussée dans quelque réduit obscur.

mal aéré , où l'on trouve encore entassés divers animaux domestiques...

«Dans quelques localités, le sol des habitations est inférieur au niveau du terrain sur lequel elle sont assises, d'où une humidité excessive des pièces du rez-dechaussée. En général, dans les communes rurales, la plupart des anciennes maisons ne sont pourvues que de fenêtres étroites, basses, mal fermées, qui rende'nt difficile l'accès de l'air et de la lumière; c'est, de plus, la pièce la plus reculée, la plus sombre, la moins aérée, qui sert de chambre à coucher à presque tous les membres de la famille... Dans un village de 1,500 habitants, il existe un quartier que son insalubrité proverbiale a fait désigner sous le nom de Yhospitalet (le petit hôpital). 11 est rare qu'il n'y ait pas quelques malades parmi ses habitants; les maladies endémiques y acquièrent une gravité qu'elles ne présentent point ailleurs, et toutes les épidémies qui paraissent dans le pays s'y développent tout d'abord en y exerçant plus de ravages.

(( Enfin, dans une localité située surle bord d'un étang, des pécheurs s'entassent dans des espèces de caves ou dans des locaux mal aérés et tellement humides que le linge y moisit. Ces locaux n'en servent pas moins de cuisine, de magasin pour les agrès de pêche, et de chambre à coucher pour toute la famille. {Rapport général des travaux du conseil d'hygiène et de salubrité publique du département de VUéraidt, par M. le professeur Dumas, 1860.)

Le rapport général sur les tavaux du conseil d'hygiène publique et de salubrité de Tarn-et-Garonne (de 1849 à 1858), par M. le docteur J. Lacaze, renferme un rapport de M. le docteur Lasserre, qui signale les nombreuses causes d'insalubrité que présentent les habitations privées de Montauban, et qui résultent j:)Our la plupart des vices de construction, de l'insuffisance de capacité des chambres, de leur encombrement et des mauvaises dispositions des latrines, des éviers, cuvettes, plombs et gargouilles, etc. II fait connaître en même temps l'état de malpropreté déplorable des habitations de plusieurs communes des environs, fréquemment visitées par des épidémies de fièvre typhoïde.

« Rien n'est insalubre, en général, dit un autre médecin, M. le docieur Druhen, comme la demeure du paysan, excepté toutefois celles des ouvriers de Lille et de Rouen : balayures, débris de légumes destinés à la nourriture des animaux, graines sèches, chanvre à filer, chaussures, eaux grasses, etc., sont mêlés dans une ridicule et dégoûtante confusion. Une chambre principale est le point de réunion de la famille entière pour les repas, pour les veillées ; pendant l'hiver, chacun prend sa place autour d'un feu ardent où cuisent les ahments de la famille et des animaux, et pour que l'air ne puisse renouveler cette atmosphère épaisse de miasmes et de vapeurs, on ouvre rarement les portes et on condamne les fenêtres. L'habitude et l'indifférence pour tout ce qui concerne les soins de la maison, laissent les fenêtres ainsi condamnées pendant l'été, et le cultivateur, obligé de dormir au milieu des vapeurs méphitiques et malsaines, a bientôt perdu les salutaires effets d'une journée passée à l'air pur et vivifiant de la campagne. Pour les enfants, la malpropreté, l'abandon, la qualité de l'air qu'ils respirent à la maison, altèrent peu à peu leur santé et les prédisposent assez souvent aux maladies lymphatiques, qui sont le partage des enfants pauvres des vdles, » etc. (Druhen, Des causes de l'indigence, 1850.)

Yoici le tableau que M. le docteur L. Garadec fait des habitations des villages du Finistère, dans une très-bonne topographie médico-hygiénique de ce département, publiée en 1861. « Mal distribuées, basses, en contre-bas du sol, plus rarement au même niveau, n'offrant pas une capacité proportionnée au nombre

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des habitants, elles sont' percées d'ouvertures cfroites, insuffisantes pour la lumière et empêchent le renouvellement de l'air... Ces habitations sont dépourvues de carrelage ou de plancher; la terre sur laquelle reposent les meubles et qu'on foule chaque jour, finit par se creuser et former des cloaques où séjournent les eaux. La grande humidité qui en résulte se trouve considérablement augmentée par les eaux croupissantes provenant des fumiers souvent adossés aux maisons. Les eaux, par la grande humidité qu'elles déterminent, facilitent la corruption des matières organiques avec lesquelles elles se trouvent en contact, ne tardent pas à détremper les matières, à filtrer à travers les murs et à pénétrer dans les maisons, oîi, sous l'influence de la chaleur et de l'humidité, elles donnent lieu à des gaz méphitiques et pestilentiels. . . Dans la pièce occupée par la famille (l'autre, qui n'en est séparée que par une cloison ou souvent même seulement par les meubles, est destinée aux bestiaux), se trouve une énorme cheminée dont la largeur démesurée du foyer diminue le tirage et force la fumée à se répandre dans ces tristes demeures. Elle est quelquefois si abondante, que les étrangers qui pénètrent dans ces sombres habitations s'empressent d'en sortir par suite de la gêne qu'ils éprouvent aux yeux et aux voies respiratoires. Cette atmosphère enfumée et puante, chargée de toute espèce d'exhalaisons méphitiques, use et abrège la vie entière en diminuant la transpiration et la respiration , et en versant dans nos organes le poison lent et subtil qui détermine les maladies graves et épidémiques...

« C'est aux vices de construction des logements, ajoute plus loin M. Caradec, à la malpropreté bien plus qu'au régime et à l'hérédité, que l'on doit la perpétration du principe scrofuleux dans les campagnes. » [Topographie médico-hygiénique du département du Finistère, par le docteur Louis Caradec. Brest, 1861.)

Afin qu'on ne puisse se laisser aller à l'idée de quelque exagération ou de quelques traits forcés dans ces tableaux tracés par des médecins habitants des villes, par des médecins d'épidémies qui pourraient n'avoir vu qu'en passant les localités dont ils parlent et les situations qu'ils exposent, nous invoquerons les témoignages non suspects de médecins vivant et pratiquant au milieu des populations rurales.

« ... L'indigne! — s'écrie M. Munaret en parlant du paysan et après avoir énuméré les avantages de la vie rurale — croiriez-vous qu'il neutralise plus of moins d'aussi précieux avantages par la routinière habitude de construire sa de meure dans l'endroit le plus bas de son terrain, en l'appuyant contre ce terrain même, en le creusant pour l'y enterrer, en l'obstruant d'arbres ou de broussailles parasites, sous prétexte de l'abriter contre les vents, et en perçant enfin, dans l'épaisseur des murs, de très-petites fenêtres, pour mieux garantir le dedans des atteintes de l'hiver?

« Cette habitation, chef-d'œuvre d'architecture pathogénésique, est entourée de cloaques où le propriétaire fait pourrir ses détritus de tout règne, et d'égouts où il fait rouir le chanvre, dont les émanations putrides enveloppent, imprègnent murs, meubles et vêtements.

« Mais ce n'est pas tout... Entrez dans cette maison: qu'y voyons-nous? des chambres trop exiguës et des planchers trop bas pour une famille ordinairement nombreuse ; des lits enfoncés sous des escaliers, que l'air ne peut jamais balayer, ou bien réunis au nombre de quatre, de six et plus, dans une pièce où la lumière n'ose pas entrer, pour ainsi dire, au travers d'une lucarne barricadée par un

châssis de papier. Pendant l'hiver, un poêle en fonte, chauffé au rouge, dix ou quinze individus des deux sexes, acc.rou|iis alentour, et toutes les sales guenilles du logis, étalées sur des cordes et envahissant le restant d'espace qui se trouve entre toutes ces tètes et le plancher. C'est là qu'une ou plusieurs familles se casernent pendant plusieurs mois de l'année!... » [Du médecin de campagne et de ses malades, 1857.)

Le tableau que M. Monin fait du logement des paysans de la contrée qu'il habite n'est pas plus flatté.

« Quelques amas de chaumières ou de maisons de pisé, aux portes basses, aux fenêtres étroites, pavoisées de guenilles séchant au soleil ; après avoir traversé une sorte de cour, ou plutôt une dc|)endauce de l'étable, tant elle est encombrée de fumier, on arrive à une grande pièce mi-partie pavée et garnie de terre battue, dont quelques meubles boiteux et désemiarés, bancs de bois, chaises dépaillées, forment le grossier ameublement. Çà et là dans les coins, sous l'escalier, un ou deux lits vermoulus, à rideaux de serge criblés de trous et comme enfouis sous une épaisse couche de poussière, un tas d'objets sans nom amoncelés sur le ciel du lit. Ici des coffres sordides d'où s'exhale une odeur mixte de lait aigre, de lard rance et de fromage vieilli ; des poules becquetant sous la table les bribes du dernier repas, ou la couveuse gloussant et traînant sur l'âtre ses poussins frileux, luyant l'bumidité qui suinte de toutes parts ; tandis que, au dehors, des dindons, des oies, des canards, pêle-mêle avec l'animal qui se nourrit de glands, assiègent la porto branlante. » {Monin, Bréviaire du médecin, Précis de médecine rurale, d'économie et de philosophie médicales. In-12, 1868-69.)

Est-il nécessaire, après l'exposition des faits qu'on vient de lire, de dire tout ce que de pareilles conditions ont de funeste pour la santé, tout ce qu'elles peuvent engendrer de germes et d'éléments morbides. L'habitation de logements malpropres et insalubres n'atteint pas seulement la constitution physique de l'ouvrier, elle tend aussi à le dégrader moralement. « C'est une conviction chaque jour croissante parmi les philanthropes, disait M. Roberts au congrès de Francfort, qu'd faut attribuer à l'état actuel de leur habitation la plus grande partie de la misère qui pèse sur les classes inférieures, misère contre laquelle doivent échouer tous les remèdes essayés, si l'on n'y associe une complète réforme des logements. » Il y a en effet une corrélation directe manifeste entre l'habitation domestique et les mœurs. Les habitudes de certaines populations se traduisent en quelque sorte par l'état de leurs habitations. Mais pour rester sur le terrain purement médical, on peut voir les conséquences funestes des habitations insalubres écrites en quelque sorte dans les statistiques. On lit dans un travail de M. Houzé de l'Aulnolt, inséré dans les Annales d'hijgiène de janvier 1864, que dans le quartier Saint-Sauveur, à Lille, à peine 1 enfant sur 20 atteint l'âge de 5 ans. Dans le quartier de la rue Royale, de la même ville, le nombre des enfants morts avant 5 ans est de 25 à 30 p. 100, tandis qu'il est de 95 p. 100 dans certaines rues du quartier Saint-Sauveur. La conscription, dans cette même population, montre que le chiffre des hommes propres au service, qui presque partout ailleurs est de 60 p. 100, ne dépasse pas 25 p. 100. 11 pourrait être intéressant, assurément, de chercher dans les maladies populaires, dans les diathèses qui semblent être plus spécialement l'apanage des classes pauvres, dans les endémies propres à certaines localités ou à certains quartiers des grandes villes, dans le tribut considérable que ces classes payent habituellement aux grandes épidémies, la part qui peut revenir à chacune des conditions si multiples d'insalubrité qui se groupent

autour de la demeure de l'indigent. C'est un travail d'analyse pathogénique qui trouvera ailleurs sa place. Nous devons nous borner à constater ici le l'ait trop bien démontré par l'expérience de tous les temps, et à indiquer les mesures d'assainissement qui ont été opposées jusqu'à présent à ce triste cortège d'influences raorbifiques, les améliorations qui ont été apportées dans l'état des logements et ce qu'il peut être utile d'ajouter encore à ce qui a été l'ait à ce double point de ' de vue.

■ III. La police sanitaire des habitations a son code, qui remonte, au moins pour 'Paris, au quatorzième siècle, et dont ou trouve les premiers articles dans ce que ■ Ton appelle la Coutume de Paris. 11 suliit de jeter un coup d'œil sur les recueils 'des actes administratifs, des ordonnances et décrets qui régissent la matière, pour l'- se convaincre que ce n'est pas d'aujourd'hui, en efiet, que les gouvernements se sont préoccupés de l'assainissement des habitations. Sans parler des mesures d'hygiène pubhque générale et de la réglementation de tout ce qui a rapport à la voie publique, et pour nous restreindre à ce qui concerne les habitations proprement dites, nous voyons un article de la Coutume de Paris, de 1374, prescrivant à tous propriétaires de maisons en la ville et laubourgs de Paris d'avoir des latrines et privés suffisants en leurs maisons; une ordonnance de 1608 qui règle la manière dont ces latrines doivent être construites; une ordonnance de 181'J qui détermine le mode de construction des fosses, etc. D'un autre côté, c'est à nos plus anciennes coutumes, à nos plus anciens règlements de voirie que remonte l'obligation d'autorisation préalable pour bâtir, modifier ou surélever une façade, autorisation qui, entre autres conditions, imposait des hauteurs réglementaires aux maisons et à ses diverses divisions, proportionnées avec la largeur des rues et la profondeur des maisons. Quant aux habitations des classes pauvres, particulièrement, elles avaient déjà fait l'objet d'une des principales attributions de la lieutenance générale de police, créée en 1666, puis de la préfecture de police instituée à Paris, par arrêté consulaire de l'an VIII, et notamment du conseil de salubrité, créé en 1802.

Mais c'est surtout, ainsi que nous l'avons déjà dit plus haut, de 1851, époque où la France était menacée de l'invasion très-prochaine du choléra asiatique, que date un mouvement considérable dans l'hygiène pubhque et privée; c'est à cette époque surtout qu'on s'est préoccupé sérieusement, de la salubrité des habitations.

Une commission centrale de salubrité, dont faisaient partie les membres du conseil de salubrité, fut instituée en août 1851 ; on créa en outre, au commencement de 1852, des commissions sanitaires dans les divers quartiers; enfin la commission centrale chargea une commission spéciale de rechercher les causes d'insalubrité des maisons particulières et des logements garnis et d'indiquer les moyens propres à y remédier. Cette enquête eut pour résultat la publication d'une instruction officielle, qui rendit déjà à cette époque de grands services.

Plus tard, en 1846, la question fut de nouveau soumise au conseil, dans le but d'arriver non plus, comme en 1852, à une simple instruction, mais à une ordonnance. Le conseil se livra, en conséquence, à de nouvelles investigations, qui aboutirent cette fois à l'ordonnance du 20 novembre 1848, encore en vigueur aujourd'hui. On trouvera plus loin le texte de cette instruction et de celte ordonnance.

Cette ordonnance a principalement pour objet de faire disparaître les causes extérieures d'insalubrité qui intéressent sous certains rapports la salubrité pu-

26 LOGEMEiNTS.

bliqiie, telles que les amas d'immondices dans les com's, allées ou enclos attenant aux habitations ; les stagnations d'eaux provenant du mauvais état ou de 1 absence du pavage des cours, des allées; le défaut d'entretien des conduites d'eaux ménagères; la mauvaise odeur des fosses, des cabinets d'aisances, des puits, des puisards, etc.; la saleté des murs, des corridors, des escaliers; la présence d'animaux tels que porcs, poules, lapins, pigeons, etc.

D'un autre côté, l'administration municipale édictait successivement des ordonnances et arrêts concernant la vidange, les fosses fixes ou mobiles, les puits, puisards et égouts particuliers, la désinfection des matières contenues dans les fosses et l'écoulement des eaux vannes aux égouts, etc.; toutes mesures concourant plus ou moins directement h. l'assainissement des maisons, en même temps qu'elles intéressent surtout la salubrité publique.

Ainsi qu'on peut le voir par cette rapide énumération, la salubrité des maisons n'avait pas été négligée, tout ou presque tout avait été prévu pour ce qui concerne la construction et le bon entretien de la voie publique, la sobdité des habitations. L'ordonnance du 20 novembre 1848, que nous verrons compléter plus tard par celle du 23 novembre 1855 (voy. les Documents, a), prévoit tout ce qui peut être apporté de surveillance et d'amélioration dans la bonne tenue des maisons, de leur accès, des cours, corridors, escaliers, des accessoires et dépendances, la police des fosses d'aisances, l'écoulement des eaux ménagères, l'éclairage de l'intérieur des habitations, etc. Et cependant, toutes ces sages mesures étaient encore insuffisantes et absolument impuissantes même, à beaucoup d'égards, pour porter un remède efficace aux causes si nombreuses d'insalubrité qui affectent l'intérieur même des habitations.

Par cela seul qu'aux termes de la loi le domicile, c'est-à-dire le logement proprement dit, est inaccessible, sauf les cas particuliers qu'elle a prévus, à tout agent de l'autorité, il n'avait pas été possible jusque-là-de connaître de ces causes intérieures d'insalubrité. La police pouvait bien, comme elle le peut encore, pénétrer à toute heure dans les garnis et y prescrire les mesures de siireté et de salubrité jugées utiles, mais son pouvoir s'arrête devant le logement privé. De sorte que les causes intérieures d'insalubrité des habitations privées, celles qui sont inhérentes au logement même, telles que rimmidité, le défaut d'air, de lumière, l'exiguïté, etc., échappaient à toute surveillance et à toute mesure spéciale. Et c'est ainsi que dans les grands centres, au milieu des agglomérations d'habitants, à Paris surtout, il existait des abus séculaires que le progrès général du bien-être n'avait point atteints. 11 y avait, en un mot, dans notre législation une lacune importante qui devait surtout frapper les yeux des législateurs et des philanthropes à une époque où les esprits étaient vivement émus à l'endroit de l'améUoration du sort des classes ouvrières. Grâce à l'initiative d'un de ces hommes de bien, M. de Melun, la loi du 13 avril 1850 est venue combler cette lacune. [Documents h.)

La loi du 13 avril 1850, ainsi que l'ont dit MM. de Melun, son promoteur, et de Riancey, le rapporteur de la commission à l'Assemblée législative, est une loi d'humanité et de civilisation. Elle est le résultat des progrès que font, à de certaines époques, toutes les institutions sociales.

Les législateurs de 1850 ont reconnu qu'en présence du mouvement toujours croissant de l'industrie et de l'extension donnée aux divers usages de la propriété immobilière, usages qui dégénéraient quelquefois en abus de la part des propriétaires, il y avait un pas de plus à faire, et que l'insalubrité dont n'avaient à souffrir ' que des individus isolés dans leur propre habitation devait être considérée comme '

L0GE3IEiNTS. 27

affectant l'intérêt général et devait être réprimée [ar l'autorité publiqne. C'est à ce besoin qu'a pourvu la nouvelle loi ; seulement, par un respect scrupuleux de la propriété, un peu exagéré peut-être, nos législateurs n'ont pas cru que les investigations de l'autorité dussent s'exercer jusque chez le propriétaire habitant sa propre maison. Il n'en a pas été de même en Angleterre ; dans ce pays, où a été décrétée la propreté obligatoire, le législateur ne s'est pas arrêté devant le domicile du propriétaire. D'après la loi anglaise de 1846, le propriétaire habitant son propre logement est astreint aux mêmes obligations que le locataire, et la loi anglaise donne à ces dispositions une sanction bien plus rigoiu'euse que la loi française.

On trouvera à la suite de cet article, aux documents officiels, le texte de la loi, dont les termes sont assez clairs pour n'avoir pas besoin de commentaires. Aussitôt la loi promulguée, la ville du Paris et les principales villes de France où la nécessité s'en était l'ait le plus sentir, se sont empressées d'instituer les commissions chargées d'en faire l'appHcation. La commission de Paris, installée au mois de novembre 1850, est arrivée en peu de temps, après une sérieuse étude de la question et quelques tâtonnements inévitables, à arrêter les principes généraux et la jurisprudence qui l'ont guidée jusqu'ici dans la poursuite de sa lâche. Ces principes et cette jurisprudence ont été adoptés par la plupart des autres commissions. Nous allons essayer de les résumer dans ce qu'ils ont seulement d'immédiatement applicable à l'hygiène.

Que doit-on entendre par insalubrité? La commission a pensé qu'on ne pouvait adopter de règle fixe; pour elle, et en cela elle était d'accord avec le conseil de salubrité, il y a insalubrité partout où il y a mauvaise odeur pouvant vicier l'air des habitations, partout où régnent l'humidité, la malpropreté, où manquent l'air et la lumière ; dans toutes les circonstances enfin prévues par l'ordonnance de police du 20 novembre 1848 sur la salubrité des habitations, ordonnance dont les dispositions ont été implicitement consacrées par l'exposé des motifs de la loi du 13 avril 1850.

Toutefois, la commission a établi quelques distinctions entre les causes d'insalubrité qu'elle était appelée à reconnaître.

Les unes sont extérieures : tels sont les amas d'immondices dans les cours ou enclos attenant aux habitations, les stagnations d'eau provenant du mauvais état ou de l'absence du pavage des cours, des allées, le défaut d'entretien des conduites d'eaux ménagères ; la mauvaise odeur des fosses et des cabinets d'aisances, des puits , des puisards : la saleté des murs, des corridors, des escaliers, etc. Toutes ces causes d'infection, indépendantes de l'habitation même, que l'on peut considérer comme des cas d'insalubrité publique, tombent généralement sous l'application des règlements de police, qu'il suffit d'invoquer pour qu'elles disparaissent.

Les autres sont intérieures et inhérentes à l'habitation même : telles sont l'agglomération des habitants, l'humidité, le défaut d'air, de lumière, l'exiguïté des logements, la malpropreté; ce sont celles qui out paru à la commission rentrer plus particulièrement sous l'action de la loi du 15 avril 1S50.

Malheureusement il en est une, et c'est peut-être la plus grave, devant laquelle la commission a dû se reconnaître impuissante ; c'est l'encombrement des logements , « de ces chambres, dit le rapport de la commission pour l'année 1852, où des familles entières vivent entassées, et où elles ne respirent qu'un air corrompu. » Du moment où le logement n'était pas insalubre par lui-même et qu'il ne le devenait que par le seul fait du trop grand nombre d'occupants, la commis-

sion, dans ce cas, n'avait rien à demander au propriétaire. Dans ces tristes cn'constances, elle devait se borner à conseiller tous les moyens qui pouvaient combattre ce que l'agglomération des individus avait de fâcheux pour leur santé, tels que l'aération du logement , de fréquents lavages , le blaucliinient des murs, etc.

Une autre cause d'insalubrité était naturellement indiquée à l'attention de la commission, c'est l'humidité des maisons nouvellement bâties. Tout en en reconnaissant la réalité, elle n'avait pas cru d'abord qu'elle dût intervenir dans ce cas. Elle se bornait h cet égard ainsi que pour tout ce qui concerne les conditions d'uno boime construction des maisons, à appeler sur ce point l'attention des architectes et des entrepreneurs, ainsi que des inspecteurs de constructions. Mais mieux pénétrée aujourd'hui, par l'expérience, de toute l'étendue de ses droits, elle n'hésite pas, dans ce cas, ou à prononcer l'interdiction provisoire, ou à prescrire les moyens qu'elle juge les plus propres à rendre le logement habitable.

^n résumé, les investigations de la commission se sont plus particulièrement portées, dès le début de son fonctionnement, sur les causes d'insalubrité inhérentes aux logements eux-mêmes, comprenant plus spécialement les loges de portiers, les maisons et les logements particuliers, et les logements garnis.

Mais avant d'entrer dans le détail des causes particulières d'insalubrité que la commission a eu le plus souvent à combattre, disons un mot de son mode de fonctionnement.

Voici, pour Paris du moins, quel est le fonctionnement de la commission. De quelque manière qu'elle soit saisie, par les plaintes des particuliers ou ])ar les signalements fournis à l'administration par les commissions d'hygiène des arrondissements, parles agents de la salubrité publique, ou par des rapports des commissaires de police, des architectes voyers ou des médecins chargés de la vérification des décès, les affaires sont réparties entre les divers membres de la commission, qui vont examiner les lieux, font sur place une sorte d'enquête auprès des occupants, interrogeant au besoin les voisins, entendant souvent les propriétaires ou leurs délégués, prenant des notes sur la situation, levant au besoin le plan des lojabtés, renouvelant quelquefois leurs visites plusieurs fois, lorsque, par exemple, il s'agit de s'assurer de l'existence d'inconvénients qui ne se manifestent qu'à de certains moments, se iaisant accompagner, dans certaines circonstances, par des bommes spéciaux, dont le concours peut leur être utile, tels qu'architectes, constructeurs ou agents de la salubrité. Ces investigations deviennent le sujet d'un rapport écrit pour cliaque affaire spéciale, et qui est lu en assemblée générale de la commission, oii il est soumis à discussion s'd y a heu. En cas de doute sur l'opportunité des prescriptions proposées, de difficultés quant à leur exécution, et généralement toutes les fois qu'il s'agit d'une mesure grave et radicale, comme l'interdiction, par exemple, une nouvelle visite est ordonnée, soit contradictoirement par un autre membre, soit collectivement par une sous-commission composée de plusieurs membres qui s'adjoignent à cet effet à l'auteur du rapport, et un nouveau rapport est soumis à la délibération de l'assemblée qui, après discussion, en vote détinitivement les conclusions. Dans c[uelqucs cas qui impliquent des difficultés particulières sur lesquelles la sous-commission n'a pu se mettre complètement d'accord, il est procédé à une troisième enquête.

Les rapports une fois adoptés, signés par le président et l'un des secrétaires, sont déférés à l'administration chargée d'en notifier la teneur aux intéressés et d'en poursuivre l'exécution.

^ Dans une période de quinze années, de 1851 à 1865 inclusivement, la commission des logements insalubres de Paris a expédié environ vingt-deux mille affaires. En défalquant de ce chiffre les non-lieu, on peut évaluer approximativement à vingt mille le nombre des logements de Paris qui ont été l'objet d'une mesure d'assainissement.

Les causes principales d'insalubrité qui ont été constatées sont, dans les logements proprement dits : la malpropreté, l'humidité, le défaut d'air et de lumière, l'insuffisance de capacité, le mauvais état du sol et son insuffisant isolement dans les rez-de-chaussée, l'absence ou -la mauvaise disposition des cheminées, la disposition défectueuse des fourneaux et divers moyens de cbauflage ou de cuisson des aliments, le mauvais état des moyens de clôture (portes, fenêtres, vasistas, etc.); dans les dépendances ou accessoires des logements : la mauvaise disposition, le défaut d'entretien et la saleté des cabinets d'aisance communs ou privés et de leurs dépendances, le mauvais état des plombs, gargouilles et gouttières, la saleté des escaliers, des corridors et des paliers , le mauvais état d'entretien des cours et courettes, l'insuffisance d'eau pour l'entretien de la propreté des maisons;... Parmi les logements présentant des conditions spéciales, soit par leur destination, soit par leur construction même, nous aurons à considérer particulièrement les loges de portiers, les chambres de domestiques, les baraques, enfin les maisons neuves.

Afin d'éviter des répétitions inutiles, nous grouperons tout ce qui concerne en particulier chacune des causes principales d'insalubrité et les moyens d'assainissement qu'elles réclament, après que nous aurons terminé l'exposé sommaire des renseignements que nous avons pu nous procurer sur les travaux des commissions des principales villes de France.

IV. Après Paris, la ville de Lille, d'où étaient parties à la fois et les premières révélations sur l'état déplorable des logements de la classe ouvrière, et les premières ^i aspirations vers la réforme que la nouvelle loi était destinée à accomplir, devait

lui naturellement être aussi la prernière à s'en assurer les bienfaits. En 1850 môme

(in[ une commission cantonale était instituée à Lille en exécution de la loi. En dé-

»][ cembre de la même année, le maire de Lille adressait déjà au préfet du Nord un

^i premier rapport. Le 21 février 1851, un nouveau rapport du même officier muni-

jjj cipal faisait connaître l'ensemble des travaux de la commission, qui avait visité

j|[ 595 logements, en avait assaini ou proposé d'assainir 585, et avait déclaré non

j(j susceptibles d'assainissement et par conséquent à interdire 21 0 logements.

I,j5 Relativement aux caves qui étaient surtout l'objet de la plus vive préoccupa-

( tion des habitants de Lille à cette époque, voici les renseignements que transmet-

tait le maire sous la même date. Les caves habitées étaient, avant la promulga- •. tion de la loi, au nombre de 799. Depuis cette promulgation jusqu'au 21 fé-

vrier 1851, 85 avaient cessé d'être affectées à cet usage, tant par suite des pres- , , criptions de la commission que volontairement de la part des propriétaires.

I Le dépouillement des rapports, à cette époque, donnait les chiffres suivants :

f" Caves signalées comme insalubres 214

* — à assainir 108

— non susceptibles d'assainissement .... 106

, Du 15 mai 1 850 au 9 juillet 1 852, la commission de Lille avait déposé 1 143 rap-

ports. Elle avait supprimé 804 habitations, savoir : 526 caves, 157 pièces de rezde-chaussée, 71 chambres, entre-sols, greniers et soupentes, 14 maisons eniières

ou corps de bâtiment. Elle avait signalé comme susceptibles d'assainissement, 1978 habitations (541 caves, 672 pièces de rez-de-chaussée, 765 chambres, greniers et soupentes).

Bientôt après, les travaux de la comimission se ralentirent par suite de l'insuffisance des logements et de l'impossibilité où étaient les ouvriers de s'en procurer. Mais à la suite des travaux d'agrandissement et des nombreuses reconstructions qui ont en partie changé l'aspect de la ville de Lille, la commission a repris ses fonctions avec une nouvelle activité, dont témoignent les deux remarquables rapports de 1864 et de 1866. En rentrant dans ses attributions, elle a, de nouveau, particulièrement fixé son attention sur les caves.

Le nombre des caves qu'elle a visitées dans cette période de deux années, a été de 360. Toutes présentaient, dans une mesure peu variable, des conditions fâcheuses d'insalubrité, et la commission a dû, pour toutes, proposer l'interdiction comme habitation. Ce travail une fois accompli, la commission a du porter son attention sur lescavesdes maisons nouvellement bâties, dans les nouveaux quartiers annexés. La plupart de ces caves sont habitées, et elles se trouvent, dit le rapport, dans des conditions plus fâcheuses encore que celles de l'ancienne ville. Les caves de l'ancienne ville, en effet, semblaient avoir été disposées dans le but de les faire servir de demeure ; leur entrée donne sur la voie publique, et elles ont sur les côtés plusieurs ouvertures pour recevoir l'air et la lumière ; plusieurs même sont pourvues de petites cheminées. Les caves des nouvelles constructions, au contraire, ont été établies évidemment pour servir au dépôt du charbon et de provisions diverses ; elles s'ouvrent dans l'intérieur de l'habitation, souvent dans une cuisine, et l'air qu'elles reçoivent par cette voie est déjà vicié par la concentration et la respiration des habitants ; elles ne communiquent avec la voie pubhque que par d'étroites lucarnes tout à fait insuffisantes pour l'aération et presque nulles pour l'éclairage. La commission a vu presque toutes ces caves habitées par des familles nombreuses, quelques-unes servaient en même temps d'ateliers de travail à certaines industries ; plusieurs servaient, en même temps que de lieu de couchage, aux industries les plus compromettantes pour la santé publique. Aussi la commission de Lille déclarait-elle, dans son dernier rapport, qu'elle ne croyait plus pouvoir tolérer plus longtemps l'habitation des caves, et que d'un avis unanime, elle était déterminée à mettre fin au plus tôt à cette pernicieuse habitude.

Après les caves viennent dans l'ordre des causes les plus graves d'insalubrité à Lille, les cours et courettes de l'ancienne ville. Il en est un bon nombre, dit la commission, dans lesquelles s'élèvent des constructions à deux et trois étages, n'ayant entre elles qu'un espace de 2 mètres à peine et quelquefois moindre encore; des murailles d'une hauteur de 18 à 20 mètres ferment les deux extrémités de ces courettes et les font ressembler à une sorte de cheminée. C'est dans ce tuyau, qui mesure à peine 20 à 25 mètres de superficie, que viennent s'ouvrir du rez-de-chaussée au troisième étage un nombre considérable de fenêtres, seule voie par laquelle un nombre égal de familles d'ouvriers reçoivent l'air et la lumière. L'atmosphère est souvent viciée au niveau du sol par les latrines et l'écoulement des eaux, et aux divers étages par le linge qu'on fait sécher.

Dans ces courettes, la commission de Lille a constaté avec regret des constructions récentes, datant de quelques années seulement. Quant aux constructions anciennes, qui, outre les conditions déplorables qu'elles présentaient au point de vue de l'hygiène, étaient dans un tel état de vétusté et de délabrement que la sûreté des habitants en était immédiatement compromise, la commission n'a pas

LOGEMENTS. ?ll

hésité à les interdire. Pour l'une de ces cours elle a dû proposer l'évacuation immédiate de vingt demeures tombant littéralement en ruine.

Un fait général qui, dès le début de ses travaux, n'a cessé de frapper l'attention de la commission lilloise, c'est l'exiguïté des pièces destinées au logement des ou\riers. Il n'est pas une de ses visites dans laquelle elle n'ait rencontré des logements dont l'espace ne laissait h chaque individu que 6, 4, 5 et même seulement 2 mètres cubes d'air. Dans ces conditions très-regrettables, mais où elle se trouvait désarmée vis-à-vis des propriétaires, la commission s'est bornée à intervenir par d'itératives observations près des habitants, à l'effet d'obtenir de leur part une plus grande sollicitude pour l'aération et d'atténuer par de plus grands soins de propreté les conséquences funestes de la vicia tion de l'air confiné.

L'attention de la commission a été appelée sur une série d'habitations qui occupaient les zones les plus rapprochées des anciennes fortifications, toutes dans le dernier état de délabrement, pénétrées par l'humidité, imprégnées de salpêtre et tombant en ruines. Elle a dû réclamer l'interdiction de la plupart de ces lialjitations.

L'état de la voirie de Lille est loin encore de présenter partout des conditions satisfaisantes, et la commission a dû signaler encore tout récemment à l'administration, comme une des causes les plus puissantes d'insalubrité, l'état de malpropreté extrême de certaines rues plus particuhèrement habitées par la classe ouvrière, rues étroites, sinueuses, obscures, mal aérées, mal pavées et encombrées d'eaux stagnantes et d'immondices qui constituent des foyers permanents d'infection.

Pour Lyon , voici les renseignements que nous tenons de M. le docteur Ph. Passot, membre de la commission des logements insalubres, sur les travaux de cette commission et sur l'état sanitaire actuel des logements de cette ville.

Le nombre des plaintes depuis le mois d'octobre 1852 jusqu'à ce jour (18 mai 1869), c'est-à-dire pendant une période de près de 17 ans, s'est élevé à 545 ^ Sur ces 545 affaires, 21 fois la commission a conclu à l'interdiction absolue ou provisoire de locaux signalés comme insalubres. Il faut ajouter à cela les tra\aux de la commission hygiénique qui a fonctionné à la Croix-Rousse en 1851. Plus de 350 propriétaires ont eu à pourvoir à l'assainissement de leux's maisons ou dépendances. De même qu'à Lyon, les interdictions absolues n'ont été que trèsexceptionnelles et ne se sont pas élevées à plus de 5 ou 6. Aujourd'hui, la commission hygiénique de la Croix-Piousse n'existe plus, la commission de Lyon étant chargée, depuis le 5 avril 1852, de visiter les logements insalubres de la ville et des faubourgs.

La commission s'est occupée d'une manière particulière des baraques situées dans les bas-fonds des Brotteaux, de la Guillotière et de Perrache, oii elles sont exposées à être inondées non-seulement par les eaux pluviales, mais encore et surtout par les crues fréquentes du Rhône et de la Saône. Tous les rez-de-chaussée

* Ce chiffre relativement très-minime si l'on tient compte du nombre encore considérable de logements insalubres que renferme la ville de Lyon, malgré les grands travaux d'assainissement qui y ont été accomplis, s'explique par cette circonstance que la commission lyonnaise, interprétant strictement la loi, s'est abstenue de prendre l'initiative, n'intervenant que sur une plainte et autant qu'elle en était saisie par le préfet, et renvoyant à qui de droit les plamtes relatives au mauvais état des rues, allées, cours, escaliers et lieux-d'aisance donnant sur le palier, etc. La jurisprudence de la commission de Lyon diffère à cet égard de celle de la commission de Paris en cela que celle-ci connaît de toutes les causes d'insalubrité intérieures, intrinsèques ou extrinsèques au logement proprement dit, et qu'elle prend, au besoin, l'initiative de son intervention.

ont été interdits pour y couclier. Les remblais ont dc'jà fait disparaître un grand nombre de ces baraques, et celles qui restent feront bientôt place à de nouveaux remblais. Quant à celles qui sont construites au-dessus, la commission les admet en principe, seulement elle s'est appliquée à faire plancbéier les rez-de-cbaussée en général et surtout ceux qui sont en contre bas ou au niveau du sol.

Ont été frappés d'une interdiction absolue de sales et obscurs greniers où l'on n'entrait qu'en se courbant et où il était impossible de se tenir debout, ainsi que plusieurs autres locaux pouvant être considérés comme de véritables caves et bons seulement pour servir de lieux de dépôt.

Des maisons entières situées au centre de la ville ont été interdites provisoirement. « Il est impossible, dit le rapport, d'imaginer quelque chose de plus sombre, de plus triste, de plus sale et de plus repoussant que les misérables et infects taudis dans lesquels des créatures humaines consentent à habiter le jour et la nuit. »

La commission lyonnaise a plusieurs fois eu l'occasion de demander et d'obtenir la suppression de puits perdus, véritables fosses d'aisances non bétonnées donnant lieu à des exhalaisons fétides et dont les infiltrations corrompaient des eaux potables.

De toutes les causes d'insalubrité qu'elle a eu à combattre, la plus commune de beaucoup a été, sans contredit, l'humidité. Et maintenant, nous écrit M. Passot, que des travaux d'exhaussement des rues et des quais ont été faits, le nombre des rez-de-chaussée en contre-bas du sol est considérable à Lyon. Aussi a-t-on dû y faire un grand emploi des substances hydrofuges (ciment romain, ciment de Vassy, mastic hydraulique Machabée, etc.). Mais ces immenses travaux d'exhaussement auront pour effet de mettre définitivement à l'abri des inondations une nniltitude de locaux que les eaux envahissaient et finalement d'obliger les propriétaires à prendre le niveau réglementaire.

Depuis les dernières inondations qui ont affligé notre ville, ajoute notre correspondant, l'administraliou a pris un arrêté de la plus haute importance au double point de vue de la salubrité et de la sécurité. Désormais, on ne verra plus, si ce n'est à partir d'une certaine hauteur (celle d'un premier), bâtir des maisons soit en pisé, soit en briques et bois, déplorable abus contre lequel la commission avait à lutter et sur lequel elle avait souvent appelé l'attention de l'adaiinistralion.

En résumé, les travaux d'assainissement que la commission lyonnaise a eu le plus souvent à prescrire sont les suivants : repiquage des murs humides, application sur leur surface de ciment hydrofnge, surélévation des pièces en contrebas du sol, établissement de cuvettes et de latrines inodores, substitution de planchers aux dallages et aux carrelages, agrandissement des portes et des croisées, boiseries correspondant au ht, nettoiement et blanchiment complet à la chaux, réfection de toitures en état de vétusté, réunion de deux pièces ou de deux alcôves en une seule, enlèvement de terrains ou de fumiers appuvant contre les murs, crépissage extérieur, détournement des eaux de sources, des eaux pluviales ou ménagères, au moyen d'une tranchée, d'une rigole pavée ou de canivaux, etc.

Enfin, à l'occasion d'une circulaire du ministre de l'agriculture, du commerce et des travaux publics, en date du 25 février 1859, la commission lyonnaise a exprimé les vœux suivants :

i" Que tous les rez-de-chaussée habités et situés au niveau ou en contre-bas du

LOGEJIENTS. 55

sol soient planchéiés; 2" que dans toute nouvelle construction l'autorité exige à l'avenir un minimum d'espace ; 5'^ qu'aucune maison neuve ne soit habitée sans une permission de l'administration délivrée après une enquête faite par des hommes compétents; ¥ enfui qu'une commission des logements insalubres soit instituée à Tarare, à Yillefranche et à Beaujeu.

La commission des logements insalubres de Bordeaux, indépendamment des nombreuses mesures partielles d'assainissement qu'elle a prescrites depuis sa création en 1854, a eu à redoubler de surveillance et d'activité en 1866, dans la prévision, qui, heureusement, ne s'est pas réalisée, de l'invasion du choléra. Ce redoublement de zèle a eu pour effet heureux d'assainir un grand nombre de maisons des vieux quartiers. Son action s'est étendue au delà ; elle a obtenu de l'administration de faire disparaître, par voie d'expropriation, non sans difficidtés et résistance, cette impasse de la fontaine Bouquière dont on a vu une esquisse plus haut.

Le quartier de la Bastide, séparé du vieux Bordeaux par le fleuve, ayant été aimexé, a aussitôt éprouvé les bienfaits de l'intervention de la commission. Entre autres mesures urgentes, elle a signifié immédiatement à 41 propriétaires d'avoir, dans un court délai, à établir dans leurs maisons des fosses d'aisances réglemen taires. Elle a eu, en outre, à signaler à l'administration de nombreuses améliorations de voirie à introduire dans ce quartier.

A Marseille, la commission des logements insalubres n'a fonctionné qu'en temps d'épidémie. Elle est, paraît-il, en inactivité en ce moment.

Dans beaucoup de villes, même des plus importantes et des plus populeuses, comme Rouen, Amiens, par exemple, il n'a point été institué encore de commissions spéciales ; ce sont les conseils de salubrité et d'hygiène publique qui appliquent la loi de 1850. Il serait beaucoup trop long et fastidieux de reproduire ici tous les renseignements (pie nous avons pu recueillir à cet égard.

Il nous reste maintenant à indiquer les principales causes d'insalubrité, celles du moins qui ont été le plus généralement constatées, et à mettre en regard de chacune d'elles l'ensemble des moyens proposés ou mis en pratique pour y remédier.

V. Défaut de propreté. Les hygiénistes, d'un accord unanime, ont mis le défaut de propreté au premier rang des causes d'insalubrité. 11 paraîtra incontestable pour tout le monde que l'entretien de la propreté autour de soi, dans ses vêtements, comme dans sa demeure, est une condition de santé. La négligence des moyens de propreté, poussée à un certain degré dans une habitation, agit évidemment d'une manière fâcheuse sur la santé, ne fut-ce que par les mauvaises odeurs, les miasmes qui en résultent et qui altèrent l'atmosphère de la chambre ou de la pièce oîi se tient habituellement la famille. Les moyens les plus simples et les plus vulgaires ont ici leur importance : nettoiement de tous genres, lessivage des planchers et des boiseries ; grattage et récrépissage des murs et des plafonds ; renouvellement des papiers ; destruction des insectes qui se nichent si souvent sous les papiers, dans les joints ou les défauts, au moyen de lavages avec la décoction d'absinthe ou en soupoudrant avec la poudre de pyrèthre; peintures à la chaux ou à l'huile. La peinture des murs à l'huile a l'avantage de s'opposer à l'imprégnation des murs par les matières organiques, d'assurer leur durée et de permettre les lavages. La couleur au blanc de zinc, pour la peinture de l'intérieur des logements a, sur la plupart des autres et surtout sur les couleurs à la céruse, l'avantage de n'être point toxique, du moins à un degré à beaucoup près aussi prononcé DICT. ENC. 2° s. III. . 3

et de ne point brunir au contact des émanations d'acide sulfhydrique et de sulfhyrate d'ammoniaque, de résister dans les locaux exposés aux fuites du gaz de houille, aux émanations des latrines, des bains sulfureux, etc. Nous voudrions voir adopter, pour les chambres et les logements d'ouvriers, l'usage du stuc dont on a pu apprécier l'excellent effet à l'hôpital de Lariboisière et dans la plupart des constructions nouvelles annexées aux anciens hôpitaux. Rien n'est aisé' comme l'entretien delà propreté d'un mur sluqué. Il suffit de quelques lavages de temps en temps pour les débarrasser des saletés et des matières organiques qui peuvent y adhérer à la longue.

Lequel est préférable de recourir à la propreté sèche ou à la propreté humide. La question vaut la peine d'être examinée. Dans son rapport de 1857, la commission de Paris a cru pouvoir établir, en principe, que la propreté sèche était de beaucoup préférable à la propreté humide. Oui, sans doute, si l'on n'avait à se débarrasser que de poussières et de matières sèches ou desséchées, et encore ce procédé aurait-il l'inconvénient, après chaque balayage à sec, de laisser voltiger dans l'atmosphère du logement une poussière qui retomberait bientôt en entraînant avec elle les matières pulvérulentes organiques que le balai n'aurait fait que soulever. Il s'en faut d'ailleurs qu'il n'y ait à faire disparaître des planchers et des murs que des détritus pulvérulents, il y a dans presque tous les ménages presque tout autant de détritus humides et plus ou moins hquides. Le lavage est donc plus pratique et plus sûr dans ses résultats, mais à la condition d'enlever immédiatement après, par un frottage suffisant, l'excès d'humidité qui a pu résulter, momentanément, de ce lavage. C'est pour faciliter le moyen d'approprier l'intérieur des habitations, ainsi que les cours, corridors et autres dépendances et surtout pour assurer le bon état d'entretien des lieux d'aisances, que la commission de Paris, sur un rapport très-remarquable de M. Robinet, a adopté, en principe, la prescription, aux propriétaires, de pourvoir leurs maisons de la quantité d'eau nécessaire à cet effet. Ce principe a été adopté par les commissions départementales.

Insuffisance de jour et de lumière. L'obscurité ou l'insuffisance de jour étant nuisible, non-seulement à la vue, mais encore à l'équilibre des fonctions générales, il y a lieu de chercher à y remédier, par l'ouverture de nouvelles fenêtres ou de portes vitrées, par la suppression des croisées à petits carreaux, des barreaux et des grillages qui ne servent, le plus souvent, qu'à intercepter la lumière, sans aucun avantage qui compense suffisamment cet inconvénient, et par l'établissement de châssis vitrés au plafond dans les localités qui s'y prêtent.

Insuffisance d'aération. Il serait superflu d'insister ici sur la nécessité de premier ordre d'un renouvellement suffisant de l'air dans les habitations. Partout où les moyens d'aération sont insuffisants, il faut y suppléer par l'établissement de vasistas, de portes ouvrant à moitié, de cheminées établissant un courant d'air pendant la saison rigoureuse, alors qu'on tient habituellement les croisées fermées. Toutes les fois qu'une pièce n'est pas aérée directement par une croisée ouvrant sur la voie publique, sur une cour ou tout au moins sur un large corridor suffisamment aéré lui-même, elle doit être rigoureusement interdite comme habitation.

Insuffi,sance de capacité. La capacité d'une chambre doit être proportionnée au nombre d'individus qui l'habitent et à la durée moyenne du séjour qu'ils y font pendant les vingt-quatre heures. Elle se proportionne, en outre, aux moyens de ventilation. On sait combien ont varié les appréciations de la quantité de mètres

cubes d'air nécessaires par individu et par heure dans un lieu confiné. Il est trèsdilticile, en présence même de ces appréciations si différentes, dédire avec quelque précision quelle est la limite en deçà de laquelle une pièce doit être réputée trop exiguë pour l'habitation, d'autant plus que dans quelques circonstances cette exiguïté peut se trouver compensée par une bonne aération et par un renouvellement facile de l'air respirable. C'est donc là une affaire toute d'appréciation locale. En général toute chambre destinée à l'habitation de nuit qui n'a pas au moins 4 mètres de côté et 2'", 60 de hauteur, minimum fixé par les nouvelles ordonnances, pour les constructions neuves, doit être considérée comme ayant une capacité insuffisante '.

Les mesures prescrites, dans ce cas, consistent le plus habituellement dans la suppression des cloisons ou des soupentes qui rétrécissent souvent encore ces locaux. Lorsque l'exiguïté des chambres est telle, qu'il n'est possible d'y remédier par aucun moyen de ce genre, il y a lieu d'en interdire l'habitation.

Humidité. L'humidité est sans contredit une des causes d'insalubrité les plus graves, dans les vieilles maisons notamment, dont les murs sont dégradés et salpêtres. Outre qu'elle indique en général un renouvellement insuffisant de l'air, qui est déjà par lui-même une cause notoire d'insalubrité, elle produit dirccte- '^ ment des effets pernicieux bien connus sur l'économie, surtout lorsqu'elle est \* associée au froid.

■ On peut combattre jusqu'à un certain point l'humidité des logements, quand ™ elle provient des murs notamment, par le grattage à vif et le récrépissage des t lui murs vieux et salpêtres ; suppression des conduits susceptibles de laisser fuir des" ^^^ eaux quelconques; renouvellement des carrelages et dallages, ou mieux établis- "" sèment de planchers ou parquets ; meilleure aération des lieux par l'ouverture des pt» cheminées, fenêtres, vasistas et portes ; revêtement des murs humides par des tilîfa boiseries isolées sur tasseaux et doublées d'une couche de bitume ou de goudron, p^ ou mieux encore soumises au flamblage par le procédé Lapparent, c'est-à-dire par un jet de gaz inflammable. Les boiseries préparées par ce procédé paraissent joiitii se conserver beaucoup plus longtemps que les boiseries brutes ou même peintes à lioiiiî» l'huile ou au bitume. Enduits des murs en ciment romain, en bitume ou tout feiÉii enduit hydrol'uge quelconque. On a cheiché vainement jusqu'ici un enduit véristofi» tablement hydrofuge, c'est-à-dire susceptible d'éloigner définitivement l'humidité uitK,!' de la maçonnerie, l'humidité finissant toujours par pénétrer ou par détacher de ia iil'ilii masse, soit la partie imprégnée, soit l'enduit lui-même.

On a proposé pour remédier à l'humidité des murs, des placages en feuilles de ■^\ verre, recouvertes en toile sur une face, juxtaposées, au moyen de tenons en masjijr' tic et d'attachés en zinc, contre les parties humides à un intervalle de quelques jtfeiï millimètres rempli en sablou fin et sec, et pouvant recevoir toute espèce de recoulurjilii -vrement en tenture ou en menuiserie], peintures, etc. On a proposé encore joiift!» pour revêtements analogues des plaques en terre recouvertes d'un enduit vitrifié. jiietK* Enfin un chimiste, M. Duval, a eu l'idée qui a été favorablement accueillie, de

■ug; * D'après M. Péclet, qui s'appuie exclusivement sur la quantité d'air atmosphérique né- ' cessaire pour dissoudre la vapeur d'eau produite par l'exhalation pulmonaire, l'homme , aurait besoin de 6 mètres cubes d'air par heure. M. Leblanc, qui a ajouté à ce calcul la ortid* quantité d'air nécessaire pour dissoudre et atténuer l'influence nuisible de l'acide carboijjjcffj nique exhalé, a fixé à 8 mètres cubes la quantité d'air nécessaire par heure et par individu. ,1; M. Dumas, à la suite de calculs semblables, l'a fixée de 8 à 10 mètres. Enfin, d'après M. Poui"!* met, qui a fait entrer beaucoup plus d'éléments dans la solution de ce problème, il en ^0 faudrait 20 mètres. [Voy. l'article Atmosphère.)

conslruire des dalles hjdrofuges en pierre factice, à tenons d'isolement propres à Ibrmer , en avant des murs imprégnés d'humidité, des revêtements avec courants d'air.

Rez-de-chaussée. La question de l'habitation des rez-de-chaussée a souvent été examinée. Dans un grand nombre de localités, dans les villages, dans les ' petites villes, oii les rez-de-chaussée donnent sur des jardins, sur de grandes cours, sur des routes, leur occupation paraît sans danger. Il n'en est pas de niême à Paris et dans les grandes villes. Les rez-de-chaussée habités sont bien souvent des arrière-bouticpies qui ne prennent l'air et la lumière que par la porte de la boutique elle-même ; d'autres fois, ils donnent sur des cours tellement exiguës qu'elles ressemblent à des puits; on en voit enfin qui sont adossées à des terrains élevés, à travers lesquels s'infiltrent les eaux. Ces mauvaises conditions ont obligé plus d'une fois à interdire ces rez-de-chaussée comme habitation et à n'en autoriser la location que comme magasins, réserves ou écuries. Dans les cas où ils paraissent pouvoir être assainis par les procédés indiqués plus haut pour combattre l'humidité, qui est la cause la plus commune de leur insalubrité, il y a lieu de les appliquer plus rigoureusement encore que dans les autres étages et d'insister surtout sur l'isolement du plancher et sa surélévation au-dessus du sol, lorsqu'il se trouve en contre-bas. Un jilancher reposant sur lambourdes ou sur un lit de bitume ou de mâche-fer est tréquemmont prescrit en pareil cas.

Sous-sol. La question de savoir jusqu'à quel point les sous-sols pouvaient être habités sans inconvénient a été examinée et étudiée dans le sein de plusieurs commissions. Il suffit de se rendre compte de l'insuffisance du renouvellement de l'air dans les sous-sols, accusée par la constance de leur température, pour comprendre que l'habitation de nuit de pareils lieux doit être interdite.

Une réserve a été faite à cet égard dans quelques pays, à Londres, par exemple, où l'on en fait un grand usage. Mais il faut dire qu'à Londres on est parvenu à rendre sains et habitables non-seulement les rez-de-chaussée, mais aussi des étages situés en contre-bas du sol des rues. Ces étages sont préservés de l'humidité du sol par un isolement assez large qui favorise la circulation de l'air ; de plus, la grande largeur des rues et le peu de hauteur des maisons permettent au soleil de pénétrer même dans cette partie inférieure des habitations, où d'ailleurs on ne couche pas. A Paris, certains sous-sols sont habités de nuit sans qu'il ait paru en résulter jusqu'à présent de sérieux inconvénients pour ceux qui les habitent; tels sont, par exemple, les sous-sols de certaines grandes maisons où sont installées les écuries et à côté de ces écuries des logements pour les palefreniers. Mais il y a une distinction à faire, à cet égard, entre certains de ces sous-sols reposant sur caves, et dont les plafonds s'élèvent un peu au-dessus du sol, prenant jour et air sur des cours ou des jardins par des baies verticales ou latérales, et les sous-sols en complète substruction, ne recevant le jour et l'air que par des percées horizontales ou véritables soupiraux manifestement insuffisants pour le renouvellement de l'air. Ces derniers seuls sont et doivent être absolument interdits comme habitation, soit de nuit, soit de jour. — A Bordeaux, les sous-sols paraissent prendre une certaine faveur et tendent à se généraliser. Cette tendance n'a pas échappé à la sollicitude de la commission de cette ville. Les sous-sols de Bordeaux ne servent point, il est vrai, d'habitation à proprement parler ; on n'y couche point, ils servent seulement d'ateliers. Mais au point de vue d'une bonne hygiène, il n'est pas indifférent que des ouvriers passent toute une journée dans des substructions où l'air se renouvelle si difficilement, où le soleil ne pénètre jamais, où l'atmosphère est constamment viciée par les émanations des corps

bumains et par celle du sol. La commission de Bordeaux paraît disposée à ne pas tolérer cet état de choses.

Caves. Nous ne rappellerons pas ici ce qui a été dit plus haut à propos des caves de Lille. Ce n'est que très-exceptionnellemeuL qu'on a pu voir à Paris des caves habitées. L'interdiction dans ce cas est et doit èti-e absolue.

L'absence de cheminées devient dans bien des circonstances une condition d'insalubrité, comme par exemple dans les chambres où loge toute une famille et où se font toutes les opérations habituelles d'un ménage, cuisine, lessive, re^assage du linge, etc. Dans ces cas, il y a Heu de prescrire une cheminée comme moyen d'assainissement, indépendamment de son utilité directe pour le chauffage et la cuisson des aliments. Elles permettent souvent de rendre habitables des logements qui sans cette condition devraient être interdits.

Dans les chambres où l'aération est suffisante d'ailleurs, sans le concours d'une cheminée, et où il y a pour moyen de chauffage ou de cuisson des ahments des fourneaux de cuisine, on peut s'abstenir de prescrire une cheminée, mais il doit être impérieusement prescrit, dans ce cas, d'établir une hotte communiquant directement avec le tuyau d'une cheminée voisine et une ventouse ou prise d'air pour les ventiler.

Chauffage. Dans certains cas, l'insalubrité provenant des procédés imparfaits ou vicieux de chauffage ou de cuisson des aliments, on a prescrit l'établissement de cheminées ou de hottes ouvertes au dehors. Il existe d'ailleurs, pour cet objet, une histruction du conseil d'hygiène publique du département de Ja Seine, dont on trouvera le texte plus loin et qui insiste surtout, avec beaucoup de raison, sur la proscription absolue des braseros, des poêles et des calorifères portatifs de tout genre qui n'ont pas de tuyau d'échappement au dehors. Cette instruction s'élève énergiquement aussi contre la pratique dangereuse de fermer complètement la clef d'un poêle ou la trappe intérieure d'une cheminée contenant encore de la braise allumée.

Fosses et latrines. L'une des causes d'insalubrité les plus graves et le plus journellement constatées dans les habitations de la classe ouvrière et des classes pauvres, c'est l'infection provenant des fosses et des cabinets d'aisances. Ce n'est pas assurément faute de prescriptions et de réglementations de la part de l'administration. Si l'on se reporte à trois siècles en arrière, à l'époque où les rues de Paris étaient le réceptacle des déjections et des immondices de toute sorte, on trouvera que d'importantes améliorations ont été successivement obtenues, surtout depuis l'arrêt du parlement du 15 septembre 1533, confirmé en 1559. Le régime des fosses et de la vidange, réglementé encore aujourd'hui par une ordonnance royale de 1819, est en ce moment l'objet de nouvelles études.

Un article spécial devant être consacré aux fosses d'aisances, nous devoiis nous borner ici à dire un mot de l'influence qu'elles peuvent exercer sur la salubrité des logements. {Voy. Fosses d'aisaîsces.)

Sous ce point de vue, il y a à considérer les fosses, les cabinets et les tuyaux de chute qui étabhssent la communication des uns aux autres. Les fosses dont toutes les conditions sont parfaitement réglementées sont rarement l'objet de prescriptions spéciales de la part des commissions. Les irrégularités et les défectuosités qui les concernent sont signalées aussitôt au service spécial à qui en incombe la surveillance ainsi que l'application des règlements. Toute fosse qui est signalée comme dépourvue de conduit d'évent, est aussitôt l'objet d'une prescription à l'effet de la pourvoir d'un conduit d'évent réglementaire.

Les tuyaux de chute, qui, trop souvent, dans les maisons de peu de valeur, sont faits en poterie mal cuite, présentent souvent des joints mal faits ; il en résulte des infdtrations et une humidité qui se communique aux plâtres qui les enveloppent et aux murs auxquels ils sont adossés : d'où la dégradation des murs imprégnés et la pénétration des miasmes de la fosse dans Tintérieur des logements. On a généralement substitué aux tuyaux de poterie les tuyaux de fonte qui sont moins sujets aux bris et aux disjonctions. Cependant, quelque bien jointes que soient entre elles les pièces de fonte, celles-ci laissent quelquefois aussi passer les émanations et les fdtrations à travers les ciments qui les unissent. Pour obvier à ces inconvénients, on a proposé d'isoler le tuyau de chute dans un coffre en plâtre, libre dans toute la hauteur du bâtiment, ouvert en bas et au-dessus du toit. Il s'établit dans ce coffre un courant d'air qui emporte les émanations ainsi que le peu d'humidité qui a pu se former sur la surface extérieure du tuyau. Ce mode d'isolement du tuyau de chute a été souvent prescrit avec avantage.

En ce qui concerne les cabinets d'aisances, il faut s'attacher surtout aux mesures les plus capables d'y maintenir la propreté et de prévenir le reflux des émanations de la fosse par le tuyau de chute. A cet effet on prescrit, toutes les fois que ces conditions manquent, l'adaptation aux cuvettes d'appareils à fermeture hermétique, appareils à bascules ou autres analogues. Le sol des cabinets doit toujours être construit en matériaux imperméables et avoir une pente suffisante pour faciliter le libre écoulement des liquides par la goulotte qui les déverse dans le tuyau de chute, au-dessus de la soupape. On veille attentivement à ce que les cabinets réalisent ces deux conditions principales. La commission de Paris voudrait, mais ici elle ne peut agir que par la voie des conseils et de la persuasion, elle voudrait voir se généraliser dans les cabinets communs des maisons occupées par la classe ouvrière, l'usage de sièges assez proprement tenus pour qu'on puisse s'y asseoir, comme dans les privés des maisons bourgeoises. Espérant peu parvenir à modifier sur ce point des habitudes malheureusement trop invétérées et entretenues, il faut le dire, par la mauvaise tenue habituelle des cabinets, quelque surveillance qu'on y apporte (car il y a là une sorte de cercle vicieux), la commission fonde en revanche de grandes espérances à cet égard sur les utiles réformes qu'elle a contribué en grande partie à introduire dans la bonne tenue des cabinets des écoles publiques. Elle a pensé, avec raison suivant nous, que la medleure manière de modifier les mœurs des classes ouvrières à ce sujet était de s'adresser aux enfants et de leur inculquer de bonne heure les habitudes d'ordre et de propreté qui ont manqué à leurs parents. L'administration des hôpitaux et hospices de Paris, marchant dans la même voie, agit plus directement sur la population adulte, en donnant aux malades qu'elle assiste l'exemple et le précepte d'une irréprochable propreté. Il y a lieu de fonder quelque espoir sur ce double concours pour l'avenir.

Urinoirs. Dans les cours de beaucoup de maisons et surtout dans celles oii des industries rassemblent un grand nombre d'ouvriers, il existe des urinoirs qui deviennent quelquefois des causes permanentes d'infection. On exige dans ce cas des propriétaires qu'ils mettent de l'eau en quantité suffisante à la disposition des personnes chargées de l'entretien de la propreté de la maison.

Escaliers. Les escaliers devant être considérés, indépendamment de leur destination principale, comme des moyens d'aération de l'intérieur des maisons, on a souvent prescrit, pour obtenir ce résultat, l'ouverture de fenêtres, de châssis à jour ou de lanterneaux dans la cage de l'escalier et l'emploi de portes d'allées non pleines.

La propreté des escaliers, comme celle des corridors, n'importe pas moins à la ■salubrité des maisons ; aussi prescrit-on généralement la réparation et le badigeonnage à la chaux ou la peinture à l'huile des murs des escaliers et des corridors.

Écoulement des eaux. L'écoulement facile des eaux de toute sorte et surtout des eauK ménagères est d'une importance capitale pour la salubrité des maisons. Un décret du 26 mars 1852 porte que toute construction nouvelle, dans une rue pourvue d'égout, devra être disposée de manière à y conduire les eaux pluviales et ménagères, et que la même mesure devra être prise pour toute maison ancienne en cas de grosses réparations. Les commissions, toutes les fois qu'elles en trouvent l'occasion, vedlent à l'exécution des prescriptions de ce décret.

Cours. Le pavage et le dallage défectueux des cours, allées, rez-de-chaussée, doivent également appeler l'attention comme pouvant avoir dans quelques circonstances une influence fâcheuse sur la salubrité des logements. Il y a lieu de remplacer, autant que possible, par des pavages imperméables, ceux qui laissent infiltrer les eaux de toute nature, ou revenir à la surface l'humidité et les émanations naturelles du sol.

Un abus tendait à se répandre de plus en plus dans les grandes villes commerçantes et industrielles, c'est la conversion des cours en magasins au moyen de vitrages disposés à la hauteur du premier plancher et souvent plus haut. La couverture de ces cours a presque toujours pour résultat d'intercepter tout courant d'air entre les diverses parties des bâtiments ; elle est surtout préjudiciable aux pièces du rez-de-chaussée, qu'elle prive de jour et d'air. Toutes les fois que la commission de Paris a jugé que les cours couvertes pouvaient porter un préjudice réel aux habitants, ou elle a proposé le rétablissement de l'état primitif des lieux par la suppression du vitrage, ou bien elle a prononcé l'interdiction comme habitation des pièces situées sous cette couverture. Dans un assez grand nombre de circonstances, elle se borne à prescrire une aération suffisante au moyen de vasistas ou de châssis ouvrants.

Loges de portiers . A différentes époques ces loges ont été signalées comme présentant des causes graves d'insalubrité capables de compromettre la santé et même la vie des personnes qui les habitent. Les visites que la commission des logements insalubres de Paris a faites dès la première année de son institution, lui ont fait reconnaître qu'il n'y avait rien d'exagéré dans ces renseignements, que ces loges étaient souvent des réduits infects vraiment inhabitables. Elle a constaté qu'un grand nombre avaient leurs murs humides, salpêtres, le sol en contre-bas et très-humide, qu'elles manquaient d'air et de lumière; la plupart avaient une capacité et une hauteur insuffisantes. On a vu plus haut ce que sont aussi un grand nombre de loges à Lyon et à Marseille.

11 a été souvent facile de faire disparaître les causes d'insalubrité constatées ■dans ces loges, en relevant le sol, lorsqu'il était en contre-bas, en lambrissant les murs, en ouvrant des croisées ou des vasistas, en agrandissant la loge quand les localités s'y prêtaient, en passant les murs à la chaux, etc. Lorsqu'il a été entièrement impossible d'assainir ces localités, quelque disposition qu'on pût adopter, les commissions n'ont pas hésité à en proposer la suppression, ou tout au moins à en interdire l'habitation de nuit.

C'est surtout dans les loges de portiers que s'est établi et presque généralisé l'abus des soupentes. Dans le but de mén.ger un plus grand espace pour la demeure de jour, un grand nombre de concierges, d'accord avec les propriétaires le plus ordinairement, construisent des soupentes où ils placent leurs lits. Il faut

avoir visité souvent ces soupentes, comme ont été à même de le faire les membres des commissions et comme beaucoup de médecins le l'ont journellement, pour s'assurer combien l'air, qu'il est souvent très-dillicile de renouveler, y est vicié et combien l'babilation en est insalubre. Aussi les commissions tes condamnentelles presque toujours, sauf le cas, toutefois, où. ces soupentes peuvent être aérées directement sur une cour ou tout au moins sur un large passage.

Chambres de domestiques. Les cbambres de domestiques, généralement installées dans les combles des maisons, alors qu'elles ne sont pas précisément insalubres, en ce qu'elles sont ordinairement sècbes, aérées et éclairées suffisamment, ont cependant trop souvent un cube d'air insuffisant pour une personne qui doit y passer la nuit. Aussi, en cas de maladie, les médecins sont-ils presque toujours obligés de prescrire la translation des domestiques dans un autre local. Elles ont en outre presque toutes l'inconvénient, à raison du peu d'épaisseur du plafond, quand elles en ont un, d'être très-froides en biver et brûlantes en été, surtout lorsqu'elles sont sous une toiture en zinc. Ici on comprend l'embarras oii se trouve souvent l'hygiéniste en présence du fait malheureusement accompli de l'exiguïté excessi\e de la plupart des chambres destinées aux domestiques, même dans les maisons nouvellement construites. Lorsque ces chambres sont convenablement aérées d'ailleurs, les commissions les tolèrent. Cependant, quand leur exiguïté est telle qu'on peut considérer le séjour durant toute la nuit comme susceptible de porter atteinte à la santé, elles uhésitent pas à en prononcer l'interdiction.

Baraques. Le renchérissement des loyers et les grands travaux de percées et de constructions dévoies nouvelles ont amené dans quelques grandes villes, et à Paris plus particulièrement, une sorte d'industrie nouvelle en matière d'habitations. De petits entrepreneurs ont loué des terrains vagues dans les quartiers excentriques, des cours ou d'anciens jardins, et y ont construit, à l'usage des ouvriers et des ménages pauvres, de petites baraques en maçonnerie légère, le plus souvent en planches, recouvertes d'une toiture en planches doublées de papier goudronné. L'usage de ces habitations, moins insalubres en fait que la plupart des petits logements qu'occupe la classe ouvrière dans de vieilles maisons humides et mal aérées, a dû être toléré le plus souvent, à la condition toutefois d'assurer le libre écoulement des eaux pluviales et ménagères, de les garantir de l'humidité du sol et d'entretenir la propreté des cours et passages et des cabinets d'aisances.

Maisons neuves. De tout temps les hygiénistes ont dû se préoccuper des dangers que peut entraîner l'habitation de maisons récemment construites. Déjà P. Frank deiuandait une loi qui défendit l'habitation des maisons avant un an, à partir du jour de leur entier achèvement. La question des maisons neuves a été très-souvent soulevée dans le sein des commissions, au sujet de l'application de la loi de 1850. La rapidité avec laquelle on construit aujourd'hui les maisons a considérablement augmenté les conditions de l'humidité et de sa persistance plus ou moins grande. Nous n'avons pas à considérer ici ce qui concerne la construction, ce sujet devant être traité ailleurs. Étant donnée une maison nou\ellement construite, à quel moment les logements peuvent-ils être occupés sans danger? Y a-t-il des moyens qui permettent de les rendre habitables immédiatement sans préjudice pour la santé? Quels sont ces moyens? Voilà les seules questions qui nous intéressent.

Nous devrions peut-être commencer par démontrer le danger d'habiter des

maisons neuves. Mais cette démonstration nous paraît superflue. Du moment où les murs et jjlanchers encore frais d'une maison nouvellement construite exhalent de l'humidité, il est évident que l'habitation en est insalubre. ÎN'ous ne voudrions pas, cependant, laisser échapper l'occasion de signaler et de résumer même, eu quelques mots, un très-bon travail sur ce sujet qui a été communiqué en 1851, par un de nos confrères, M. le docteur Pointe, à la Société de médecine de Lyon.

Voici en quels termes M. Pointe décrit les effets de l'habitation prématurée d'une maison fraîchement construite. « Ces affections morbides que l'appât du gain nous font rencontrer dans toutes les classes de la société, dit-il, se présentent avec des symptômes propres, avec un type, un cachet spécial ; ce ne sont plus des désordres simples, communs, l'état rhumatismal ou muqueux qu'en général l'humidité détermine; ici c'est l'économie tout entière qui est compromise. Si parfois le système lymphatique semble le point de départ des lésions qui se manifestent, tous les organes bientôt paraissent atteints ; les diverses fonctions s'alanguissent et se troublent, les dégénérescences deviennent plus promptes et plus faciles; on observe l'état particulier que les anciens appelaient dyscrasique. C'est l'ensemble du système nerveux qui est profondément frappé, témoin i^cs douleurs .vagues, erratiques, ces névropathies, ces névralgies rebelles, ces maux du côté de la moelle épinière ou des enveloppes ; en un mot, il se manifeste un empoisomiement miasmatique lent, mais progressif. »

Un point essentiel sur lequel M. Pointe insiste est, sinon l'incurabilité, du moins l'opiniâtreté excessive des maladies puisées dans ces circonstances, qui, trop souvent, laissent des traces indélébiles de leur passage.

Pour M. Pointe, les causes de ces altérations profondes de l'économie sont complexes : « elles tirent leur origine des changements survenus dans les condilions même de la construction oîi, dans la préoccupation de faire vite, on refuse au temps la part qu'il devrait avoir dans la confection et la consolidation de l'édifice. L'humidité est, sinon l'unique, du moins le principal élément générateur des causes morbides. Cette humidité s'échappe de la profondeur des fondations, des façades, des murailles intérieures; elle ressort de ces énormes blocs de pierre qui, mis en place au sortir de la carrière, recèlent une grande quantité d'eau de cristallisation ne s'évaporant qu'avec une lenteur extrême, i^c plâtre, aussi bien que le stuc, les ciments, les peintures à l'essence ou à l'huile, dont on revêt les murs, rendent sans doute l'exsudation plus difficile, mais ne l'empêchent pas. La dessiccation complète ne s'en fait attendre que plus longtemps; graduellement les boiseries légères sont pénétrées, se gonflent, se disjoignent, les plafonds se gercent ou se détachent ; les vernis sont attaqués, ramollis, et chargent un air confiné des principes altérants, toxiques, qui entrent dans leur composition ; les tapisseries, les papiers peints subissent la même action destructive ; détrempés, ils cèdent une portion de leurs bases ; allume-l-on des calorifères pour s'opposer à ces accidents, les vapeurs n'en naissent que plus intenses, plus malfaisantes, l'humidité s'infiltre plus intimement, elle devient un dissolvant plus puissant encore. Dans les points où l'air ne circule pas, dans les alcôves, les réduits cachés, les placards, des moisissures s'organisent, des végétations parasitaires se montrent, des animalcules, des infusoires rencontrent dans ces circonstances des conditions favorables à leur développement et à leur multiphcation. Enfin, si l'on considère l'étroitesse, l'exiguïté des chambres sacrifiées pour donner plus d'ampleur aux magasins ou aux lieux de réception,

on n'aura pas de peine à se convaincre que la masse d'air respirable y est à peine suffisante ; réquilibre entre les proportions d'oxygène et d'azote est bientôt rompu ; l'acide carbonique et la vapeur d'eau en excès tiennent en suspension des résidus provenant d'une foule de sources impures ; ^'atmosphère est bientôt altérée par un mélange d'ammoniaque, d'acide nitrique , d'hydrogène carboné et d'hydrogène sulfuré. Delà les fatigues, les courbatures, les pesanteurs de tête, les céphalalgies, les dégoûts, les nausées, les malaises généraux dont se plaignent, à leur réveil, les personnes qui ont subi, durant toute la nuit, l'influence de semblables émanations. Il est tels malades dont l'état ne s'est amélioré que lorsqu'ils ont cessé de coucher dans leurs nouveaux appartements; d'autres n'ont été guéris qu'en quittant leur demeure pour aller à la campagne recevoir l'influence d'une insolation prolongée. »

L'humidité n'est pas le seul inconvénient des maisons neuves. L'odeur des peintures fraîches a aussi sa part dans les accidents produits par l'habitation d'une pièce récemment construite. Des expériences sur les animaux ont démontré l'action nuisible de l'essence de térébenthine.

Nous reprenons l'ordre de nos questions :

A quelle époque une maison neuve peut-elle être habitée? Il est évidemment impossible d'adopter une règle fixe à cet égard, tant sont variables les circonstances qui peuvent entretenir plus ou moins longtemps l'humidité, l'époque de la saison où la maison a été construite, la nature des matériaux qui sont entrés dans sa construction, son exposition, etc. C'est donc uniquement sur la constatation du fait de la persistance de l'humidité, qu'on peut se baser, soit pour interdire l'habitation, soit pour prescrire les moyens de la rendre habitable^. Les commissions de logements insalubres ont parfaitement le droit, aux termes de la loi, d'interdire l'habitation d'une maison neuve déjà habitée ou mise en location, du moment où elles ont constaté le danger qu'elle peut avoir. Elles ont eu plus d'une fois à user de ce droit.

Quels remèdes peut-on opposer aux causes d'insalubrité inhérentes aux maisons neuves?

On a cherché à y obvier en recourant à des procédés de dessiccation artificielle, tels qu'un foyer ardent mobile que l'on promène autour des murs, de manière à diriger et concentrer plus particulièrement la chaleur sur tels points où elle est jugée le plus nécessaire. Des expériences ont été faites à Paris dans les théâtres et dans quelques grands hôtels, à Lyon dans quelques maisons particulières; les résultats n'ont pas répondu à ce qu'on en attendait. La solidité des édifices a été compromise par les fissures profondes, par le brusque retrait des matériaux.

On a imaginé depuis un mode de séchage immédiat au moyen d'un feu rayonnant et de forts courants d'air chaud. Ce système se compose d'un foyer réflecteur, de tuyaux répandant le calorique partout où les rayonnements du foyer sont sans action, et d'un ventilateur accomplissant un double effet utile. Quand le coke est incandescent, lorsque la pièce où s'opère le séchage est bien close, les

^ On s'est beaucoup occupé dans ces derniers temps des moyens de constater le degré d'humidité des logements, afin de déterminer l'époque à laquelle ils peuvent être liabités sans danger. Un a conseillé de placer pendant vingt-quatre heures, dans les pièces humides, hermétiquement fermées, des vases contenant une quantité déterminée de chaux vive broyée ; la diflerence de poids indique la quantité de vapeur d'eau absorbée; en répétant celle expérience à différentes époques, on voit quand l'air a cessé d'être sursaturé de vapeur d eau. Une augmentation de poids de 3 à 4 grammes pour 500 grammes de chaux indique un appartement habitable.

murs et les plâtres entreat eu transpiration jusqu'à épuisement ; à ce moment, le ventilateur est mis enjeu, et toute la vapeur, attirée vers le foyer, se décompose sur la masse incandescente. Ainsi débarrassés de leur partie aqueuse, les plâtres acquerraient immédiatement une dureté et une cohésion qui ne peuvent être obtenues par le temps. Le côté aspirant du ventilateur s'alimente sur le foyer, et le côté refoulant envoie nécessairement de l'air chaud et très-vigoureusement ^gité, dans les angles et sur les surfaces oîi le rayonnement du foyer ne peut être utihsé. Nous ignorons si ce procédé a été mis en usage, il nous paraît passible en partie des mêmes reproches que les autres moyens de dessiccation artificielle. Le procédé de flambage de M. Lapparent quia été employé avec tant d'avantages pour les constructions navales, pourrait être utdisé peut-être pour les charpentes et les boiseries; mais on sait combien le bois est peu employé dans les constructions nouvelles ; aurait-il le même avantage pour le séchage des pierres et des plâtres? Nous inclinons à penser, jusqu'à nouvel ordre et jusqu'à démonstration contraire, qu'une aération large et continue, le temps aidant, est encore le moyen le plus sûr et le meilleur.

La commission des logements insalubres de Paris, très-justement préoccupée de l'importance de cette question, indépendamment du droit d'interdiction temporaire qu'elle se reconnaît, d'après une juste interprétation de la loi de 1850, n'a cessé dans ses rapports annuels d'appeler l'attention de l'administration sur l'application rigoureuse du décret du 26 mars 1852, qui oblige les constructeurs à soumettre à l'administration les plans des constructions projetées, et à se conformer aux prescriptions qui leur seront laites dans l'intérêt de la sûreté publique et de la salubrité*.

Nous aurions peut-être dû ici, à propos des moyens proposés pour l'assainissement et l'amélioration de l'habitation de la classe ouvrière, parler des cités ouvrières. Mais nous avons pensé que ce sujet était assez important pour être traité séparément et d'une manière spéciale. Nous renverrons donc tout ce qui les concerne au mot où il eu devra être question.

L'hygiène publique des grandes villes a fait sans contredit, de nos jours, d'immenses progrès, grâce surtout aux importants travaux d'assainissement accomplis dans ces derniers temps : élargissement des voies publiques, vaste système de drainage par les égouts, multiplication des places plantées et des jardins publics, établissement de réservoirs pour le lavage des rues et l'arrosement des promenades, distribution abondante de l'eau à la disposition des propriétaires, etc.

L'habitation privée a bénéficié sans aucun doute de toutes ces améliorations. On vient de voir tout ce que les règlements de voierie, les ordonnances de police et la loi sur les logements insalubres ont apporté de compléments utdes à ces grands moyens d'assainissement, en assurant le bon entretien de tous les accès et de toutes les dépendances de l'habitation, en pénétrant dans l'habitation elle-même pour y introduire les habitudes de propreté et y combattre les nombreuses causes d'insalubrité qui en peuvent compromettre l'usage. On peut juger par le bien que ces mesures combinées ont déjà réalisé, tout insuffisant qu'il soit relative-

1 * Bien que nous n'ayons pas à nous occuper ici des matériaux qui doivent entrer dans la ' composition des maisons, nous croyons néanmoins devoir signaler pour les réparations et réfections que l'on peut avoir à prescrire en vue de l'assainissement des logements, l'usage récemment introduit dans l'art des constructions des briques creuses pour cloisons et planchers. Un industriel, M. A. Guillon, a imaginé tout récemment de substituer aux briques d'argile des briques tubulaires en plâtre qui paraissent réunir aux avantages de la léo-èreté, de l'insonorité et d'un prompt séchage, ceux de la facilité et de l'économie de la fabrication.'

ment à ce qui reste à faire, de celui qu'on pourra obtenir par une ajjplication plus persévérante et plus générale encore.

Mais en matière d'assainissement des logements, pas plus qu'en aucun autre point d'hygiène publique ou privée, il ne faut s'en rapporter uniquement à ce que peuvent /aire les lois et les règlements administratifs. Il faut demander beaucoup à l'initiative individuelle, éclairée par les conseils de la science et dirigée par l'amour du bien.

La loi sur les logements insalubres, faite spécialement en vue da l'assainissement des logements d'ouvi'icis des villes et des centres industriels, n'est point applicable, d'ailleurs, aux babitations des populations rurales, rarement mises en location et occupées dans l'immense majorité des cas par leurs propriétaires ou usufruitiers. Les ordonnances et règlements de voirie et de police, bien que d'une application plus générale, sont rarement mis en pratique dans les campagnes. On a vu cependant de combien il s'en faut que les habitations rurales soient généralement dans de meilleures conditions hygiéniques que les logements d'ouvriers et d'indii;ents des villes. Faut-il cependant désespérer d'introduire jusque dans nos campagnes les habitudes et les progrès modernes de l'hygiène? Sans doute, il serait peut-être injuste de ne pas reconnaître quelques améliorations partielles accomplies déjà dans ce sens. « L'hygiène, écrivait récemment un auteur que nous avons déjà cité, M. le docteur Druhen aîné, de Besançon, commence à être consultée dans les nouvelles constructions, et la propreté, la salubrité, la commodité ne sont plus aujourd'hui dédaignées par nos contemporains comme elles l'étaient par leurs ancêtres.» Mais on ne peut se dissimuler que ce ne sont encore là que des progrès bien faibles et bien insuffisants.

11 y a une grande et profonde réforme à introduire sur ce point dans les mœurs et les habitudes des paysans. C'est aux médecins surtout qu'il appartient d'en prendre l'initiative. Nous ne doutons pas de l'influence heureuse que pourraient avoir à cet égard nos confrères des campagnes, par le seul ascendant de leur exemple et de leurs conseils, s'ils consentaient plus souvent qu'ils ne le font, peutêtre, à étendre leur rôle et à répandre autour d'eux, avec les habitudes sociales qu ils ont puisées au grand foyer commun de la civilisation, les notions et les règles les plus simples et les plus élémentaires de l'hygiène qu'ils y ont apprises. Nous ne nous faisons aucune illusion sur les difficultés et les résistances qu'ils pourront rencontrer d'abord. 11 en a été et il en sera toujours ainsi toutes les fois qu'il s'agit de loucher aux mœurs et aux coutumes invétérées d'une population ignorante. Mais ici les efforts devront se multiplier en raison de l'importance du but. Ce n'est que par une action lente mais continue et persistante qu'on pourra l'atteindre.

Parmi les modifications les plus importantes qu'il serait désirable de voir introduire dans le régime intérieur des campagnes, nous nous bornerons à indiquer en particulier les suivantes : éloignement des fumiers des pièces d'habitation ; suppression des couvertures en chaume qui entretiennent l'humidité et sont le sié"e et le réceptacle de décompositions organiques; agrandissement et multipHcation des croisées et autres voies d'aération ; dallage, carrelage ou mieux planchéiage des rez-de-chaussée et leur surélévation au-dessus du sol ; suppression des alcôves, des baldaquins, épais rideaux, qui sont tout autant d'obstacles à la libre circulation de l'air autour du lieu de couchage, ainsi que de ces sortes de cabines obscures confinées dans la partie la plus reculée de l'habitation et la plus inacces-' sible à l'air, où couchent un grand nombre d'habitants des contrées froides et des

montagnes ; veiller surtout ù la bonne installation et au bon entretien des latrines, quand il en existe, et là où elles sont inconnues, ce qui n'est pas rare, rappeler du moins ce sage et vieux précepte trop oublié du Deutéronome, dont l'idée sans doute fut inspirée à Moïse par les bonnes habitudes instinctives de quelques-uns de nos animaux domestiques.

DOCUMENTS OFFICIELS RELATIFS A l'aSSAINISSEMENT DES LOGEMENTS. '

a. Ordonnance concernant la salubrité des habitations {au l^ novembre 1855), comprenant

implicitement toutes les mesures prescrites dans l'ordonnance du 20 novembre 1848, que

nous ne reproduisons pas ici, pour éviter des répétitions inutiles.

Considérant que la salubrité des habitations est une des conditions les plus essentielle? de la santé publique ;

Considérant, etc.

Vu, etc.

Ordonnons ce qui suit :

Akt. ^'^ Les maisons doivent être tenues, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, dans un état constant de propreté.

Art. 2. Les maisons devront êlre pourvues de tuyaux et cuvettes, en nombre suffisant pour l'écoulement et la conduite des eaux ménagères. Ces tuyaux et cuvettes seront constamment en bon état ; ils seront lavés et nettoyés assez fréquemment pour ne jamais donner d'odeur.

AiiT. 3. Les eaux ménagères devront avoir un écoulement constant et facile jusqu'à la voie publique, de manière qu'elles ne puissent séjourner ni dans les cours ni dans les allées ; les gargouilles, caniveaux, ruisseaux, destinés à l'écoulement de ces eaux, seront lavés plusieurs fois par jour et entretenus avec soin. Dans les cas où la disposition du terrain ne permettrait pas de donner un écoulement aux eaux sur la rue ou dans un égouf, elles seront reçues dans des puisards, pour la construction desquels on se conformera aux dispositions de l'ordonnance de police du 20 juillet 1838.

Art. 4. Les cabinets d'aisances seront disposés et ventilés de manière à ne pas donner d'odeur. Le sol devra être imperméable et tenu dans un état constant de propreté. Les tuyaux de chute seront maintenus en bon état et ne devront donner lieu à aucune fuite.

Art. 5. Il est défendu de jeter ou de déposer dans les cours, allées et passages aucune matière pouvant entretenir l'humidité ou donner de mauvaises odeurs.

Partout où les fumiers ne pourront êlre conservés dans des trous couverts ou sur des points où ils ne compromettraient pas la salubrité, l'enlèvement en sera opéré chaque jour avec les précautions prescrites par les règlements.

Le sol des écuries devra être rendu imperméable dans la partie qui reçoit les urmes ; les écuries devront être tenues avec la plus grande propreté; les ruisseaux destinés à l'écoulement des urines seront lavés plusieurs fois par jour.

Le préfet de police croit devou" rappeler au public qu'en vertu de l'art. 6 du décret du 26 mars 1852 sur la grande voirie de Paris, toute construction nouvelle dans une rue pourvue d'égouts doit être disposée de manière à y conduire les eaux pluviales et ménagères.

La même disposition doit être prise pour toute maison ancienne, en cas de grosses réparations, et, en tout cas, avant dix ans.

Tout cabinet d'aisances sera clos et couvert, clair et aéré. L'emplacement aura des dimensions qui permettent de s'y mouvoir aisément. Le sol sera imperméable et disposé de manière que les liquides aient leur écoulement dans la fosse. Le siège sera à lunette, dans les conditions d'usage, avec fermeture hermétique.

Tout urinoir doit écouler directement ses liquides dans une fosse d'aisances, ou être pourvu d'un mode de lavage permanent, à l'aide d'un filet d'eau à jet continu.

Art. 6. Indépendamment des dispositions prescrites par les articles qui précèdent, il sera pris à l'égard des habitations, et notamment celles qui sont louées en garni, telles autres mesures spéciales qui seraient jugées nécessaires dans l'intérêt de la salubrité et de la santé publiques .

Il est d'ailleurs expressément l'ecommandé de se conformer à l'instruction du conseil de salubrité annexée à la présente ordonnance.

Art. 7. Les ordonnances de police des 25 octobre 1819, 5 juin 1834, 12 décembre 1849, 8 novembre 1851, 5 décembre 1829, 27 mai 1845, 27 février 1838, 20 juillet 1858, 31 mai 1842, 5 novembre 1846 et 1" septembre 1855, concernant les fosses d'aisances, les animaux élevés dans les habitations, les vacheries, les puits et puisards, l'éclairage par le gaz dans l'intérieur des habitations, le balayage et la propreté de la voie publique, et tous autres

règlements intéressant, la salubrité, continueront de recevoir leur exécution dans celles de leurs dispositions qui ne sont pas contraires à la présente ordonnance.

Art. 8. L'ordonnance de police précitée du 20 novembre 1848 est rapportée.

Art. 9. Les contraventions aux dispositions qui précèdent seront déférées aux tribunaux compétents sans préjudice des mesures administratives qu'il y aurait lieu de prendre suivant le cas.

Art. 10. Les commissaires de police de Paris, le chef de la police municipale, les offlciers de paix, l'inspecteur général de la salubrité et les autres préposés de la préfecture de police sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution de la présente ordonnance .

b. Instruction concernant les moyens d'assurer la salubrité des habitations (annexée à la précédente ordonnancel.

La salubrité d'une habitation dépend en grande partie delà pureté de l'air qu'on y respire. Tout ce qui vicie l'air doit donc exercer une influence fâcheuse sur la santé des habitants.

L'insalubrité d'une habitation peut être locale ou générale; locale, quand elle existe seulement dans le logement de la famille ; générale, lorsqu'elle a sa source dans la maison tout entière.

Dans ces diverses conditions locales ou générales, l'air peut être vicié au point de faire naître des maladies graves et meurtrières. S'il est moins altéré, il minera sourdement la constitution, il causera l'étiolcment et des maladies scrotuleuses.

Enfin l'expérience a démontré que c'est dans les habitations dont l'air est insalubre que naissent et sévissent avec plus d'intensité certaines épidémies dont les ravages s'étendent ensuite sur des cités entières .

Notons ici que l'insalubrité peut exister aussi bien dans certaines parties des habitations les plus brillantes que dans les plus humbles demeures; comme aussi ces dernières peuvent offrir les meilleures conditions de salubrité.

Moyens d'assurer la salubrité des logements. — Aération ; l'air d'un logement doit être renouvelé tous les jours, le matin, les lits étant ouverts; ce n'est pas seulement par l'ouverture des portes et des fenêtres que l'on peut opérer le renouvellement de l'air d'un logement; les cheminées y contribuent efficacement aussi ; les cheminées sont même indispensables dans les maisons simples en profondeur et qui n'ont qu'un seul côté : les chambres où l'on couche devraient toutes en être pourvues. On ne saurait donc trop proscrire la mauvaise habitude de boucher les cheminées afin de conserver plus de chaleur dans les chambres.

Le nombre des lits doit être autant que posLible proportionné à l'espace du local, de sorte que, dans chaque chambre, il y ait au moins 14 mètres cubes d'air par individu, indépendamment de la ventilation.

Modèle de chauffage. — Les combustibles destinés au chauffage et à la cuisson des aliments ne doivent être brûlés que dans les cheminées, poêles et fourneaux qui ont une communication directe avec l'air extérieur, même lorsque le combustible ne donne pas de fumée. Le coke, la braise et les diverses sortes de charbon qui se trouvent dans ce dernier cas, sont considérés à tort, par beaucoup de personnes, comme pouvant être impunément brûlés à découvert dans une chambre habitée. C'est là un des préjugés les plus fâcheux; il donne lieu tous les jours aux accidents les plus graves, quelquefois même il devient cause de mort. Aussi doit-on proscrire l'usage des braseros, des poêles et des calorifères portatifs de tout genre qui n'ont pas de tuyaux d'échappement au dehors. Les gaz qui sont produits pendant la combustion de ces moyens de chauffage et qui se répandent dans l'appartement sont beaucoup plus nuisibles que la fumée de bois. On ne saurait trop s'élever aussi contre la pratique dangereuse de fermer complètement la clef d'un poêle ou la trappe intérieure d'une cheminée qui contient encore de la braise allumée. C'est là une des causes d'asphyxie les plus communes. On conserve, il est vrai, la chaleur dans la chambre, mais c'est aux dépens de la santé et quelquefois de la vie.

Soins de propreté. — 11 ne faut jamais laisser séjourner longtemps les urines, les eaux de vaisselle et les eaux ménagères dans un logement. 11 faut balayer fréquemment les pièces habitées, laver une fois la semaine les pièces carrelées et qui ne sont pas frottées, les ressuyer aussitôt, pour en enlever l'humidité. Le lavage qui entraîne à sa suite un état permanent d'humidité est plus nuisible qu'avantageux ; il ne doit donc pas être opéré trop souvent.

Lorsque les murs d'une chambre sont peints à l'huile, il faut les laver de temps en temps pour en enlever les couches de matières organiques qui s'y déposent et qui s'y accumulent à la longue. Dans le cas de peinture à la chaux, il convient d'en opérer tous les ans le grattage et d'appliquer une nouvelle couche de peinture.

Tout papier de tenture que l'on renouvelle doit être arraché complètement, le mur doit être gratté et les trous rebouchés avant de coller le nouveau papier. Les cabinets parti-

culiers d'aisances doivent être parfaitement ventilés et, autant que possible, à fermeture au moyen de soupapes hydrauliques.

Moyens d'assurer la salubrité des maisons. — Indépendamment du mode de construction d'une maison, quel que soit l'espace qu'elle occupe et quelle que soit la dimension des cours et des logements, cette maison peut devenir insalubre :

1° Par l'existence des lieux d'aisances communs mal tenus ;

2° Par le défaut d'écoulement des eaux ménagères, le défaut d'enlèvement d'immondices et de fumiers, le mauvais état des ruisseaux ou caniveaux;

3° Par la maïpropreté ou la mauvaise tenue du bâtiment.

Cabinets d'aisances communs. — Il n'est guère de cause plus grave d'insalubrité ; un seul cabinet d'aisances mal ventilé, ou tenu malproprement, suffit pour infecter une maison tout entière. On évite, autant qu'il est possible, cet inconvénient, en pratiquant à l'un des murs du cabinet une fenêtre suffisamment large pour opérer une ventilation et pour éclairer ; en tenant, en outre, les dalles et le siège dans un état constant de propreté à l'aide de lavages fréquents. On doit renouveler souvent aussi le lavage du sol et celui des murs, qui doivent être peints à l'huile et au blanc de zinc ; chacun de ces cabinets doit être clos au moyen d'une porte ; enfin, il faut, autant que possible, éviter les angles dans la construction desdits cabinets.

Eaux ménagères. — Les cuvettes destinées au déversement des eaux ménagères doivent être garnies de hausses, ou disposées de telle sorte que les eaux projetées à l'intérieur ne puissent jaillir au dehors. Il faut bien se garder de refouler à travers les ouvertures de la grille qui se trouve au fond des cuvettes les fragments solides dont l'accumulation ne tarderait pas à produire l'engorgement des tuyaux.

On doit placer une grille à la jonction du tuyau avec la cuvette, afin d'empêcher l'obstruction par des matières solides.

Il ne faut jamais vider d'eaux ménagères dans les tuyaux de descente pendant les gelées.

Lorsque l'orifice d'un de ces tuyaux aboutit à une pierre d'évier placée dans une chambre ou dans une cuisine, on doit le tenir parfaitement fermé au moyen d'un tampon ou d'un siphon ; il y a toujours avantage à diriger les eaux pluviales dans les tuyaux de descente, de manière à les laver. Lorsque ces tuyaux exhalent une mauvaise odeur, il faut les laver avec de l'eau contenant au moins 1 pour 100 d'eau de Javel.

Une des pratiques les plus lâcheuses dans les usages domestiques et contre laquelle ou ne saurait trop s'élever, c'est celle de déverser les urines dans les plombs d'écoulement des eaux ménagères.

Les ruisseaux des cours et les caniveaux destinés au passage des eaux ménagères doivent être exécutés en pavés, en pierre ou en fonte ; les joints doivent être faits avec soin, et les pentes régulières, de manière à empêcher toute stagnation d'eau et à rendre facile le lavage de ces ruisseaux et caniveaux. Les immondices des cours doivent être enlevées tous les jours ; les fumiers ne doivent pas être conservés plus de huit jours en hiver et de quatre jours en été.

Propreté du bâtiment. Balayage. — Il faut balayer fréquemment les escaliers, les corridors, cours et passages; gratter les dépôts de terre ou d'immondices qui résistent à l'action du balai.

Il est utile de peindre à l'huile les murs des maisons, façades, couloirs, escaliers; cette peinture empêche les murs de se pénétrer de matières organiques; mais il faut avoir soin d'en opérer le lavage une fois l'an.

Lavage du sol. — Les pai'ties carrelées, pavées ou dallées doivent être lavées souvent quand il s'agit d'escahers ou de sol de corridors ; il faut les ressuyer aussitôt api'ès le lavage, pour éviter un excès d'humidité toujours nuisible.

L'eau suffit le plus ordinairement à ces lavages, mais, dans les cas d'infection et de malpropreté de date ancienne, il faut ajouter à l'eau l pour 100 d'eau de Javel ou de chlorure d'oxyde de sodium. L'emploi du chlorure de chaux (hypocblorite) aurait l'inconvénient de laisser à la longue un sel hygroscopique (chlorure de calcium), qui entretiendrait une humidité permanente contraire à la salubrité. C'est en pratiquant ces soins si simples, d'une exécution si facile et si peu dispendieuse que l'on tend à la conservation de la santé en même temps que l'on s'oppose au progrès des épidémies, qui peuvent frapper d'un moment à l'autre toute une population.

c. Fm relative à l'assainissement des logements insalubres (des 19 janvier, 7 mars et 13 avril 1850, promulguée le 22 avril 1850) .

L'Assemblée nationale a adopté la loi dont la teneur suit :

Art. 1". Dans toute commune où le conseil municipale l'aura déclaré nécessaire par une délibéraiion spéciale, il nommera une commission chargée de rechercher et indiquer les

mesures indispensables d'assainissement des logements et dépendances insalubres mis en location ou occupés par d'autres que le propriétaire, l'usufruitier ou l'usager.

Sont réputés insalubres les logements qui se trouvent dans des conditions de nature à porter atteinte à la vie ou à la santé de leurs habitants.

Akt. 2. La commission se composera de neuf membres au plus et de cinq au moins.

En feront nécessairement partie un médecin et un architecte, ou tout autre homme de l'art, ainsi qu'un membre du bureau de bienlaisance et du conseil des prud'hommes, si ces institutions existent dans la commune.

La présidence appartient au maire ou à l'adjoint.

Le médecin et l'architecte pourront être choisis hors de la commune.

La commission se renouvelle tous les deux ans par tiers; les membres sortants sont indéfiniment rééligibles.

A Paris, la commission se compose de douze membres '.

Art. 3. La commission visitera les lieux signalés comme insalubres. Elle déterminera l'état d'insalubrité et en indiquera les causes ainsi que les moyens d'y remédier. Elle désignera les logements qui ne seraient pas susceptibles d'assainissement.

Art. 4. Les rapports de la commission seront déposés au secrétariat de la mairie, et les parties intéressées mises en demeure d'en prendre communication et de produire leurs observations dans le délai d'un mois.

Art. 5. A l'expiration de ce délai, les rapports et observations seront soumis au conseil municipal, qui déterminera :

1° Les travaux d'assainissement et les lieux où ils devront être entièrement ou partiellement exécutés, ainsi que les délais de leur achèvement;

2° Les habitations qui ne sont pas susceptibles d'assainissement.

Art. g. Un recours est ouvert aux intéressés contre ces décisions devant le conseil de préfecture, dans le délai d'un mois, à dater de la notification de l'arrêté municipal. Ce recours sera suspensif.

Ar.T. 7. En vertu de la décision du conseil municipal ou de celle du conseil de préfecture, en cas de recours, s'il a été reconnu que les causes d'insalubrité sont dépendantes du fait du propriétaire ou de l'usufruitier, l'autorité municipale lui enjoindra, par mesure d'ordre et de police, d'exécuter les ti'avaux jugés nécessaires.

Art. 8. Les ouvertures pratiquées pour l'exécution des travaux d'assainissement seront exemptées, pendant trois ans, de la contribution des portes et fenêtres.

Art. 9. En cas d'inexécution, dans les délais déterminés, des travaux jugés nécessaires, et si le logement continue d'être occupé par un tiers, le propriétaire ou l'usufruitier sera passible d'une amende de seize francs à cent francs. Si les travaux n'ont pas été exécutés dans l'année qui aura suivi la condamnation, et si le logement insalubre a continué d'être occupé par un tiers, le propriétaire ou l'usufruitier sera passible d'une amende égale à la valeur des travaux et pouvant être élevée au double.

Art. 10. S'il est reconnu que le logement n'est pas susceptible d'assainissement, et que les causes d'insalubrité sont dépendantes de l'habitation elle-même, l'autorité municipale pourra, dans le délai qu'elle fixera, en interdire provisoirement la location à titre d'habitation.

L'interdiction absolue ne pourra être prononcée que par le conseil de préfecture, et, dans ce cas, il y aura recours de sa décision devant le conseil d'État.

Le propriétaire ou l'usufruitier qui aura contrevenu à l'interdiction prononcée sera condamné à une amende de seize à cent francs, et, en cas de récidive dans l'année, à une amende égale au double de la valeur locative du logement interdit.

Art. 11. Lorsque, par suite de l'exécution de la présente loi, il y aura lieu à résiliation des baux, cette résiliation n'emportera en faveur du locataire aucuns dommages-intérêts.

Art. 12. L'art. 463 du Code pénal sera applicable à toutes les contraventions ci-dessus indiquées.

Art. 13. Lorsque l'insalubrité est le résultat de causes extérieures et permanentes, ou lorscjue ces causes ne peuvent être détruites que par des travaux d'ensemble, la commune pourra acquérir, suivant les formes et après l'accomplissement des formalités prescrites par la loi du 3 mai 18il, la totalité des propriétés comprises dans le périmètre des travaux.

Les portions de ces propriétés qui, après l'assainissement opéré, resteraient en dehors des alignements ari'êtés pour les nouvelles constructions, pourront être revendues aux enchères publiques, sans que, dans ce cas, les anciens propriétaires ou leurs ayants droit puissent demander l'application des art. 60 et 61 de la loi du 5 mai 1841.

Art. 14. Les amendes prononcées en vertu de la présente loi seront attribuées en entier

' Depuis l'annexion elle est composée de trente membres. Ce dernier paragraphe a été modifié ainsi par la loi des 25-31 mai 1864. Dans les communes dont la population dépasse 50,000 âmes, le conseil municipal pourra, soit nommer plusieurs commissions, soit porter jusqu'à vin^t le nombre de? membre,de la commission existante; à Paris, le nombre des membres pourra être porté jusqu'à trente.

au bureau ou établissement de bienfaisance de la localité où sont situées les habitations à raison desquelles ces amendes auront été encourues. Délibéré en séance publique, etc. Brochin.

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Î.OIS e:\I pathioilo&ee. I. Définition. En pathologie, on donne le nom de lois aux rapports de causalité nécessaires qui, dérivant delà nature des choses, règlent la production, l'évolution, la marche, la durée et la terminaison des manifestations dites morhides des organismes vivants.

Du point de vue empirique, la dénomination de lois s'applique à de simples faits d'expérience, parfois numériquement constatés, impliquant des rapports de causalité j;rofea&/es, mais incompris et non encore scientifiquement déterminés. C'est ainsi que Louis, s' appuyant sur la statistique, crut pouvoir établir coamie loi la présence de tubercules dans le poumon toutes les fois que l'on en constate dans

d'autres organes.

II. Importance générale de la connaissance des lois. Comme toute autre science, la pathologie suppose la connaissance des lois qui régissent l'ordre des faits dont elle s'occupe ; elle pourra se constituer sur une hase d'autant plus solide que la notion de ces lois sera plus positive et plus exacte. La science pathologique, en effet, n'a pas seulement pour mission de faire connaître les maladies, elle doit aussi les faire comprendre.

Or, si, pour connaître un fait, il peut suffire de s'en former une idée e.xacte et vraie, il faut, pour le comprendre, pouvoir se rendre compte de sa raison d'ètro ; nous le comprenons, quand nous pouvons déterminer ses conditions, ses modes de production et ses effets. La notion des rapports de causalité nécessaires, la connaissance des lois régulatrices des phénomènes, l'intuition du principe dont les lois elles-mêmes dérivent, représentent les conditions essentielles de la compréhension scientifique. La pathologie étant une science d'application, la notion positive de ses lois permettrait de prévoir ce qui doit nécessairement arriver dans telle ou telle condition donnée. Une telle prévision dirigerait à son tour la pratique dans une voie sûre d'expéi'imentation.

in. Réalité des lois. Pour qu'une série de choses, de faits ou de phénomènes puisse faire l'objet d'une science, il faut qu'ils soient unis entre eux par des rapports réels, subordonnés à des règles, à des lois déterminées. L'esprit scientifique n'invente ni les phénomènes, ni les faits, ni leurs rapports de causalité, ni leurs lois, ni leurs principes. Sa mission consiste aies rechercher, à les constater, à les étabhr sur une base aussi solide que possible. Les rapports de causalité et les lois sont aussi des faits. L'observation répétée, et l'expérimentation, qui n'est que l'observation appliquée à des rapports de causalité artificiellement produits, établissent l'existence de ces faits sur la base solide de l'expérience. L'expérience conclut à l'existence d'une loi positive, quand le rapport de causalité est constant et invariable. Elle la présume quand, dans des conditions multiples et complexes, un même effet se manifeste d'une manière prépondérante sous l'influence d'une même cause possible. De là, l'utilité de la statistique ou des rapports numériques,

quand il s'agit d'établir empiriquement des rapports de causalité et des lois probables.

Comme faits empiriquement constatés, les rapports de causalité ont eux aussi leur raison d'être. Ils dérivent de lois plus générales ; ils ont leurs principes. Remonter jusqu'à ces principes, en tant qu'ils peuvent être positivement établis, est la mission la plus élevée de la science ; à la limite de ces principes positifs, les sciences expérimentales s'arrêtent. En la franchissant, nous entrons dans le domaine de la philosophie, dans le domaine des causes premières et métapliysiques. Ce domaine ne peut rester étranger à aucun homme de science ; bon gré, mal gré, ces limites seront incessamment franchies; car la question des causes premières, la question des principes, est imposée à l'esprit humain par sa nature même. Quand l'imagination seule suppose des rapports de causahté, sans qu'ils soient réels, elle enfante des théories fausses ; quand elle établit des principes non démontrés, elle enfante des doctrines hypothétiques ; elle peut même ainsi créer des sciences imaginaires. Telle fut l'astrologie du moyen âge, qui supposait un rapport de causalité, une communauté de principes et de lois entre les mouvements et la conjonction des astres et les événements humains. Telles sont encore ces doctrines hypothétiques qui fourmillent en pathologie et dans les sciences incomplètement développées, où elles usurpent la place des lois et des ra|)ports de causalité réels. La réalité âes rapports de causalité et des lois, la possibiHté de les constater par l'observation, sont donc la première condition de toute vraie science.

IV. Fixilé des lois. Une seconde condition, tout aussi essentielle, est la fixité des lois régulatrices des phénomènes. Elle repose sur le principe en vertu duquel les mêmes causes produisent invariablement les mêmes effets. L'arbitraire ^et le hasard n'existent pas dans le domaine de la science, pas plus dans la science de l'organisation vivante que dans les autres sciences naturelles. Il serait puéril aujourd'hui de discuter ce principe à propos de physique ou de chimie. Personne ne peut plus méconnaître ni la réalité, ni la fixité des lois qui règlent cet ordre de phénomènes. Si la philosophie scientifique fait a priori de cette fixité la loi générale de toute science, la constitution positive des sciences physico- ; chimiques démontre a posteriori la vérité du principe.

g II n'en saurait être autrement des phénomènes qui se produisent dans les orga- (ïoismes vivants.

lE A mesure que la science progresse et se complète, la vie physiologique et ses j fonctions, les maladies et leur guérison apparaissent comme un processus, comme une succession de causes et d'effets reliés entre eux par des rapports étiologiques iinccessaires ; chaque maladie a ses lois de développement et d'évolution; là même yaii toute l'évolution phénoménale est encore incomprise, l'ordre, la régularité ^typique, qui se manifestent dans la succession, l'enchaînement des phénomènes uinorbides, révèlent une loi, c'est-à-dire des rapports de causalité intimes qui les jj 'client les uns aux autres.

il;. Le principe fondamental de la science pathologique, la réalité et la fixité des ■j,i:ois qui régissent les phénomènes morbides, ne diffère donc pas de celui des autres iiciences naturelles; mais, ce qu'il importe de remarquer, c'est, d'un côté, la ^çrande complexité des phénomènes ; de l'autre, l'excessive mobilité des conditions jjjstablissant des rapports de causalité. De là, une extrême difficulté de mettre en jjividence les causes réellement déterminantes; de là, les nombreuses exceptions Ifux règles, exceptions plus apparentes que réelles, car l'exception à la loi imjji^lique toujours une différence, une inconnue négligée dans les conditions de

» production des phénomènes. Les exceptions résultent de rapports de causalité mal déterminés, incomplètement connus ou négligés. Elles révèlent une science mcomplète, mais n'infirment en rien le principe fondamental delà science.

La complexité des phénomènes morbides, la multiplicité des rapports de causalité qui les dominent, et partant la difficulté d'établir des lois absolues, sont inhérentes à la nature même de l'organisation vivante et de ses conditions d'oistence; elles sont elles-mêmes la conséquence nécessaire, inévitable, des lois générales de la vie ; mais il serait absurde de nier le principe même de la science par cela seul que ses problèmes sont difficiles et sa constitution définitive encore éloignt'e.

V. Division. Les lois dont la connaissance est nécessaire à l'interprétation et à la compréhension scientifique des manifestations morbides des êtres vivants sont de deux ordres, et peuvent être divisées en lois générales et en lois spéciales.

Les lois générales sont celles qui règlent toutes les manifestations des êtres organisés et vivants : leurs manifestations dites normales ou physiologiques, aussi bien que leurs manifestations dites anormales ou morbides.

Dans l'état actuel de la science, les lois générales se rapportent : 1° au principe de matérialité et de corporahté, condition première de l'existence même de tout être vivant; de ce principe dérivent les lois physico-chimiques ; 2° au principe de la vie qui détermine la nature propre et établit l'autonomie des corps et des êtres organisés et vivants.

Les lois spéciales comprennent certains rapports particuhers de causalité qui règlent les conditions de production, de manifestation phénoménale, d'évolution et de terminaison des différentes maladies. La notion de ces lois spéciales ne peut point s'obtenir par simple déduction des lois générales ; elle est le fruit de recherches entreprises sur un terrain spécial d'observations et d'expérimentations. La connaissance de ces lois a de plus un but pratique spécial, celui de permettre la solution des problèmes diagnosti(jucs, pronostiques et thérapeutiques.

Il est de toute évidence que le cadre établi par cette division ne saurait être rempli par l'indication détaillée de toutes les lois qu'il embrasse. Nous nous bornerons donc, dans cet article, à l'exposé du principe en vertu duquel la notion des lois physico-chimiques est nécessaire à la compréhension scientifique des manifestations pathologiques de l'crganisme vivant. Nous démontrerons ensuite l'autonomie des êtres organisés et vivants, et de leurs manifestations spécifiques, pai' l'exposé succinct des lois générales qui caractérisent leur mode d'existence et leur nature propre. Nous établirons l'unité de principe et la solidarité de la physiologie et de la pathologie, en montrant que la notion des lois biologiques apphquées à la pathologie doujie la raison d'être des maladies en général, de leur évolution et de leur terminaison, et comment la compréhension scientifique des maladies eu particulier dépend en partie de la notion des lois qui règlent le dynamisme spécifique des éléments ^ivants, des organes et de leurs fonctions.

Dans le cadre des lois spéciales, nous ne pourrons pas davantage, sans faire un livre de pathologie, exposer toutes les lois spéciales de l'étiologie et de la phénoménologie pathologique ; nous nous bornerons à signaler le domaine spécial d'observations et d'expérimentations, ainsi que les méthodes qui permettent d'établir les lois spéciales à la pathologie. Nous nionf.rerons, par quelques exemples, coaiment la notion complète des lois et des rapports de causalité positivement établis donne l'intuition du mécanisme de production et d'évolution des maladies. Enfin, nous signalerons l'importance pratique des lois qui permettent de prévoir ce qui

ffei

If LOIS EN PATHOLOGIE. 53

doit nécessairement arriver dans telle ou telle condition donnée, et de résoudre scientifiquement les problèmes de la médecine pratique.

l. Lois GÉNÉRALES. — 1. Lois plujsico-cliimiques. Tout être vivant suppose la matière, il est lui-même matériel et corporel; il est représenté dans la réalité par un corps. 11 est soumis, comme tel, à toutes les lois de lacorporalité. Néanmoins, ■ l'observation de tous les temps et de tous les pays a disùngué les corps vivants de ^ de ceux qui ne le sont pas. Les progrès de la science moderne n'ont fait que confirmer et rendre plus évidentes les différences qui les séparent. Ces différences établissent et maintiennent l'fiwtonomie de la science biologique, et ne permettent pas quant à présent sou absorption par les sciences pbysico-cliimiques. Mais il est certain, d'autre part, que pour être transformé en un être ou un corps vivant, la matière ne S3 dépouille nullement de ses propriétés primitives et essentielles, et ^'^^^ que, dans la composition matérielle et les manifestations dynamiques des corps *'" vivants, se produisent une foule d'actes et de phénomènes purement physicochimiques, soumis aux lois qui régissent cet ordre de faits. Ces actes ou ces phéf nomènes physico-chimiques fout partie intégrante d'un grand nombre de pro- ^ cessus organiques et vitaux, physiologiques et morbides. Ils constituent, comme *1 la matière elle-même, un élément essentiel, une condition absolue du mode ^'^ d'existence et d'activité des corps vivants. Ils ne se produisent pas fortuitement, accessoirement, à propos de certaines manifestations organiques; celles-ci, au » contraire, sont essentiellement complexes. Mais la complexité des manifestations Il*" organiques ne permet pas de confondre les lois différentes qui les régissent, elle ièi ne permet pas d'attribuer au dynamisme vital des effets physico-chimiques soûlerai niis aux lois qui régissent cet ordre de phénomènes ; et, d'autre [lart, l'exisériJB tence de phénomènes physico-chimiques, et celle des lois qui règlent leur prolite duction, n'excluent pas l'autonomie des corps dans lesquels ils se produisent. 1^ Les lois physico-chimiques qui règlent les propriétés générales de la matière, m» trouvent en physiologie, aussi bien qu'en pathologie, d'incessantes et nombreuses ]0 applications. Seules, elles sont en mesure de faire comprendre le mécanisme de oelliii certaines fonctions ; seules aussi, elles peuvent éclairer certaines conditions de Iqiit causalité et de phénoménalité des manifestations morbides. C'est ainsi que tout isa* d'abord le principe de corporalité et de matérialité, condition première de tout ^ être vivant, rend nécessairement aussi tout organisme, et chacune de ses parties 'eji* constituantes, apte à subir, sous l'influence des agents physico-chimiques, des ileli]! altérations plus ou moins profondes, et de nature purement physico-chimique. 5jn[| Tels sont les effets mécaniques et immédiats des traumatismes : les fractures, j^ les déchirui^es, les contusions, les déplacements, les commotions, et toutes les u^ lésions directement produites par des violences mécaniques. Tels sont encore les ujjiiî effets des extrêmes de température ; les altérations produites par le froid excessif, la congélation ; ou par les températures élevées, la combustion, la brûlure ; les jjjj, effets immédiats produits par l'électricité, le galvanisme, et une foule d'agents jiji^ chimiques qui altèrent directement les matières organiques, en raison de leurs 'ij)éa propriétés chimiques et des lois qui les régissent.

lentd Sans doute, ces lésions mécaniques, ces altérations chimiques directement ])p](S produites par les agents physico-chimiques n'engendrent des maladies qu'en tant Tié qu'elles sont produites dans un organisme vivant ; elles ne représentent qu'un (Jifii élément du processus morbide qui se développe sous leur influence ; elles ne )i# constituent pas la maladie traumatique tout entière, pas plus que les propriétés physiques de continuité, de solidité, d'élasticité, de position, de forme, de vo-

lume, de composition élémentaire des organes, ne constituent le processus fonctionnel dont elles représentent néanmoins une condition première et nécessaire.

En phénoménologie pathologique, la connaissance des lois physico-chimiques est indispensable pour comprendre le mécanisme de production d'une foule d'altérations fonctionnelles. Les troubles mécaniques de la circulation du sang sont régis, en partie, par les lois de l'hydraulique. Les troubles de l'absorption et de l'exhalation par les lois de l'endosmose. Certaines lésions de la vision ne deviennent compréhensibles que par les lois de l'optique. Les lois de l'acoustique sont indispensables pour qui veut se rendre compte de cet ordre de manifestations phénoménales, ainsi que des moyens d'investigation physiques que le médecin utilise dans un but pratique, et qui jouent un si grand rôle en séméiotique. C'est en vertu de la loi de la pesanteur que, dans la cavité pleurale, l'air occupe le sommet, et le liquide épanché les parties les plus déchves, et que, dans une collection de liquide, les parties les plus légères surnagent, tandis que les éléments les plus lourds (pus, sang, fausses membranes, concréLions, etc.) se déposent dans les couches inférieures. C'est parce qu'il obéit aux lois de la pesanteur, qu'un organe, augmenté de volume et par conséquent de poids, tend incessamment à s'abaisser. C'est aux lois de l'hydrostatique et de l'hydiodynamique qu'obéissent les liquides anormalement épanchés ou accumulés dans les cavités de l'organisme. C'est parce que les liquides sont incompressibles, que l'épanchement pleural dilate les parois thoraciques, comprime le poumon et refoule les organes voisins. Par la même raison, l'urine, après s'être accumulée dans la vessie et l'avoir dilatée, dilate, à son tour, les uretères, les bassinets et les calices, et finit par atrophier le parenchyme rénal, après l'avoir longtemps comprimé. Quand, après le cathétérisme ou la thoracenlèse, nous jugeons, d'après la courbe plus ou moins prononcée, ou la direction presque verticale du jet, de la quantité de liquide encore contenu dans la vessie ou dans la plèvre, et par conséquent de la pression qu'il supporte, nous sommes autorisés à le faire, puisque l'écoulement des liquides est soumis aux lois de l'hydz^odynamique. C'est encore d'elle que dépend la loi à laquelle, dans l'organisme malade, on a donné le nom de prostenosie et à'opistectasie, en vertu de laquelle tout rétrécis sèment survenu dans un canal organique a, au bout d'un certain temps, pour conséquence un rétrécissement de la portion du canal située en avant, et, au contraire, une dilatation en arrière. Cette loi est générale à tous les canaux de l'organisme, qu'ils servent au transport continu ou intermittent de matériaux solides, comme l'intestin, l'œsophage; hquides, comme les vaisseaux sanguins, les voies urinaires; gazeux, comme les bronches.

Les lois de la chimie ont une application tout aussi étendue. Impossible, sans elles, de se rendre compte des elfets de l'anhématosie, de ceux de l'inspiration de certains gaz toxiques. Les anomalies de la digestion, de l'assimilation, de la nutrition, des sécrétions, sont, en grande partie, passibles d'interprétations chimiques ; les effets des ferments sur la composition des hquides organiques, les phénomènes de décomposition dans la gangrène, etc., etc., ne se comprennent que par les lois de la chimie.

La notion des rapports de causalité qui subordonnent un grand nombre de manifestations morbides à des conditions physico-chimiques, permet de prévoir ce qui peut ou ce qui doit arriver nécessairement dans telle ou telle condition donnée. Elle permet de prévoir que tel ou tel effet làcheux ne se réalisera pas,

ou disparaîtra nécessairemiuit avec sa cause productrice. 11 en résulte que la thérapeutique peut puiser dans les conditions physico-chimiques une foule d'indications de la plus haute importance pratique, et qu'elle peut aussi, par des modifications mécaniques ou chimiques, artificiellement produites, réaliser des conditions favorables à la disparition des manifestations morbides.

Quelque grande que soit l'importance des phénomènes physico-chimiques, ils sont toujours liés dans les manifestations des corps vivants à d'autres phénomènes d'un ordre tout différent, et ce sont précisément ces phénomènes, échappant à l'interprétation des lois physico-chimiques, qui donnent aux manifestations des organismes vivants leur caractère propre, spécifique et essentiel. Si la matière et ses pi'opriétés représentent la première condition de tout être vivant, si les phénomènes mécaniques et chimiques peuvent être la condition sine qua non d'une manifestation physiologique ou morbide, d'une fonction ou d'une maladie, ils ne constituent jamais ni la fonction, ni la maladie tout entière dont ils représentent un élément plus ou moins important.

Dans l'état actuel de la science, la matière, ses propriétés, et les lois physicochimiques apparaissent, dans les corps vivants et dans toutes leurs manifestations, comme subordonnées à une législation supérieure irréductible, qui règle par son autonomie le mode spécial d'existence et d'activité des êtres et des corps vivants.

Cette législation supérieure a pour principe l'organisation et la vie. Les lois qui dérivent de ce principe portent le nom de lois biologiques.

2. Lois biologiques. La législation spéciale et supérieure qui constitue l'autonomie des corps vivants domine simultanément, et leur constitution matérielle, et leur dynanisme spécifique ; elle domine également toutes leurs manifestations ; celles dites physiologiques ou normales, aussi bien que celles dites pathologiques ou morbides.

Une première série de lois règle la composition générale et le dynanisme spécifique des éléments constitutifs des organismes, le mode général de production, les conditions générales et le mode général d'existence des êtres vivants ; nous les désignons par le nom de lois biologiques générales. Telles sont, pour ne citer que quelques-unes des plus importantes :

1° La loi de composition de tous les êtres vivants par des éléments organisés cellulaires, dont le dynamisme spécifique résdise les attributs de leur organisation et de leur vie en constituant les différents tissus, humeurs, organes et appareils plus ou moins complexes, selon le type spécial de chaque organisme vivant.

2° La loi de l'unité de l'être vivant avec la multiplicité et la diversité des parties constituantes et de leurs fonctions, et partant les lois de dépendance et de concordance entre tous les éléments constitutifs, entre tous les tissus, humeurs, organes, appareils et fonctions d'un organisme.

o° La loi de genèse par reproduction, en vertu de laquelle les corps organisés doivent leur existence à de la matière ou à des éléments organisés séparés de la substance d'autres corps semblables.

4° La loi de descendance, en vertu de laquelle les éléments reproducteurs réalisent, par leur évolution, le type originel spécifique d'organisation et de vie de leurs ascendants.

5*^ La loi de V individualité, en vertu de laquelle tout organisme, quoique reproduisant le type originel des ascendants', réalise néanmoins un type tout individuel, caractérisé par des particularités qui le distinguent de tout autre organisme de même espèce.

G° La loi de l'évolution continue, progressive et régressive, en vertu de laquelle le mode d'existence des corps organisés, tout en maintenant le type originel, apparaît comme un processus non interrompu de formation, de développement et d'entretien par intussusception, caractérisé par les phases d'une incessante mutation aboutissant nécessairement tôt ou tard, sous l'inlluence de la loi de dépendance, à des modifications matérielles et dynamiques finalement incompatibles avec le mode spécial d'existence de l'être vivant et à sa mort.

7° La loi de dépendance, en vertu de laquelle aucun corps organisé et aucune de ses parties constituantes ne trouvent en eux-mêmes toutes les conditions indispensables à leur formation, à leur entretien, aux processus organiques et fonctionnels qui seuls peuvent assurer leur existence et leur maintien. Tous, au contraire, dépendent du milieu ambiant externe ou interne, et entretiennent avec lui des rapports nécessaires. — Ces rapports nécessaires entre l'organisme et le milieu ambiant sont réglés par :

8" La loi d adaptation, en vertu de laquelle aucun organisme ne peut exister que dans des milieux auxquels il est adapté et auxquels il peut s'adapter

Ces rapports nécessaires représentent les conditions sine qua non des manifestations organiques et vivantes. Chaque organisme individuel a les siennes.

Ce qui est loi pour l'organisme dans sa totalité l'est aussi pour chacun des éléments vivants, aucun d'entre eux ne trouve en lui seul toutes les conditions de son existence et de son dynamisme spécifique. Tous dépendent et sont adaptés à certaines conditions de milieu externe ou interne.

Ces lois biologiques dominent toute l'existence des corjis vivants et de chacun de leurs éléments. C'est nécessairement jusqu'à elles qu'il faudra remonter quand il s'agit de se rendre compte de la raison d'être des faits les plus importants de la pathologie générale. — C'est ce que nous allons démontrer en choisissant pour exemple le fait le plus capital, le plus général de la pathologie.

Quelle est la raison d'être de la santé, des maladies, de leur guérison spontanée et de leurs autres modes de terminaison?

En vertu de quel principe, en vertu de quelles lois l'organisme vivant réaliset-il ces dilférentes manifestations? Il ne suffit pas de constater que la morbilité est une loi empirique du mode d'existence des êtres vivants. La pathologie, sous peine de n'être pas une science, est tenue de répondre à ces questions capitales. Or elle ne le peut qu'en appliquant à l'interprétation du fait empirique de la morbilité générale les lois générales de la vie. La notion de ces lois et leur application rationnelle à la solution scientifique du problème peuvent seules donner au médecin l'intuition de la véritable nature de la maladie et lui faire comprendre sa production, son évolution et ses terminaisons comme une manifestation naturelle et nécessaire des organismes vivants.

La loi de la genèse par descendance, à laquelle tout organisme est soumis, ne représente pas seulement la condition première de sa production, elle rè^le en môme temps le type général de sa composition matérielle et de son dynamisme fonctionnel, de sa formation, de son développement, de sa nutrition et de ses fonctions de relation.

Lmtile de faire ressortir ici l'importance physiologique de la loi de descendance, et de son influence régulatrice sur le type de l'organisation et de la vie.

Cette loi du type originel domine toute l'existence de l'être organisé depuis le moment de la fécondation de la cellule ovulaire, date de son origine, jusqu'à sa mort. Elle règle la formation embryonnaire, elle prédétermine toutes les phases

d'évolution du futur organisuie. A chacun de ses clémeuts constitutifs, à cliaque cellule, à cliaque tissu, à chaque organe, à chaque appareil la loi de descendance imprime le type spécial qui les rend analogues dans leur forme, leur composition, leurs rapports, leur dynamisme au type primitif des ascendants. — Dans l'organisme développé, la même loi règle les rapports nécessaires entre les difléreuts éléments ou rouages de la machine vivante. Les cellules, les tissus et leurs propriétés, les organes et leurs fonctions, l'engrenage concordant de tous les organes et de toutes leurs fonctions sont subordonnés à la même législation typique. C'est encore elle qui prédétermine les rapports nécessaires entre l'organisme et le miheu auquel il est adapté originellement, lui assurant la possibilité de maintenir son existence dans de certaines conditions spéciales.

Le type prédétei'miné par la loi de descendance réalise deux ordres d'attributs. Les uns, généraux et d'une fixité plus grande, caractérisent toute la série des ascendants d'un organisme; ils expriment la loi typique de l'espèce.

Les autres, plus fugaces et plus spéciaux, sont transmis par les ascendants directs ; ils expriment la loi du type hércdilaire.

L'abstraction scientifique peut , ta l'aide des attributs généraux communs à plusieurs espèces, s'élever à la conception d'un type idéal plus général de genres et de classes : elle peut aussi concevoir un type idéal d'une espèce d'organismes, le type humain, par exemple, résumant, du point de vue matériel, toutes les qualités nécessaires à un organisme parfaitement constitué, adapté au milieu dans lequel il est destiné à vivre, et offrant, du [)ointde vue dynamique, une régularité harmonique de toutes les fonctions en concordance parfaite avec le milieu ambiant. C'est à ce type idéal, à cette conception esthétiqxie parfaitement légitime et réellement scientifique que nous donnons en médecine le nom d'état de santé absolue.

Cet état, qui assurerait au corps organisé et à chacun de ses éléments constitutifs un mode d'existence en rapport parfait avec sa nature et le but idéal de sa destinée, a reçu encore le nom à' état physiologique.

Pour peu que l'on se rappelle les lois gcnérales auxquelles tout corps organisé est également soumis, il devient évident qu'aucun organisme ne pourra jamais réaliser intégralement toutes les conditions nécessaires à ce type idéal d'organisation et de vie. Tout d'abord certaines conséquences des lois de descendance et d'individualité s'y opposent.

En effet, indépendamment des attributs communs du type originel, tout organisme réalise plus ou moins le type spécial de ses ascendants directs, le type de sa race, le type de sa famdle, le type de ses parents.

Or ces variétés typiques acquises par les ascendants directs et transmises héréditairement, tantôt se rapprochent, et tantôt s'écartent plus ou moins des attributs du type physiologique idéal. Le type d'une race dégradé, le type d'une famille caractérisé par des vic^s de conformation, par la faiblesse de son organisation, ou dt^à altéré plus profondément par des modalités morbides, se transmet tout aussi bien par hérédité que les types opposés. La loi de descendance même peut donc conduire à d;^s écarts inconciliables avec l'idée esthétique que l'état physiologique exprime. — 11 existe toute une série de types morbides qui peuvent se transmettre par hérédité ; c'est la classe des maladies héréditaires. Des lois spéciales règlent la transmission des modalités morbides héréditaires ; elles doivent être exposées dans les articles spéciaux de la pathologie générale ou spéciale.

D un autre côté, la loi de l'individualité, dans l'infinie variété de types d'organisation et de vie qu'elle réalise, ne produit que rarement des organismes qui se rapprochent de ce type de perfection idéale, attribut de la santé absolue. — Dans un organisme donné, l'état de santé n'est jamais que relatif. L'état physiologique individuel présente des écarts qui conduisent par des nuances infinies jusqu'à l'état pathologique. Les limites de l'un ou de l'autre n'ont rien d'absolu dans la réalité vivante.

Mais c'est surtout dans la loi de l'incessante évolution et dans la loi de dépendance que réside plus spécialement la morbilité ou la faculté pathogénique des corps organisés et de leurs éléments vivants. — Depuis le moment où dans le germe fécondé la vie commence par la segmentation de la cellule primitive, le mode d'existence des corps organisés et de chacun de leurs éléments est représenté par un processus non interrompu de formation de nouveaux éléments, de développement progressif et d'évolution régressive, dont l'ensemble constitue les phases de la vie générale ou partielle. A toutes ces phases, l'organisme tout entier, aussi bien que ses éléments constitutifs organisés et vivants comme lui, ne maintiennent leur existence qu'à l'aide d'un incessant mouvement d'action et de réaction, de composition et de décomposition, ils changent et se transforment sans cesse. Le mode d'existence de tout ce qui vit est un incessant devenir. La loi de l'incessante évolution a pour conséquence nécessaire l'incessante mutation.

A la loi de l'immanence du type originel, qui a sa raison d'être dans la loi de descendance, s'ajoute donc la loi de la mutabilité, qui a sa raison d'être dans la loi de l'incessante évolution progressive et régressive.

La mutabilité et la mutation nécessaires ne porteraient aucune atteinte au type originel et physiologique si l'organisme tout entier et chacune de ses parties conslituantes trouvaient en eux-mêmes toutes les conditions nicessaires à leur formation, à leur développement, à leur nutrition, à leur dynamisme lonctionnel régulier et physiologique ; mais il n'en est pas ainsi.

Depuis leur origine jusqu'à la fin de leur existence, les corps organisés et tous leurs éléments constitutifs sont soumis à la loi de dépendance du milieu ambiant externe ou interne. La loi de dépendance, pas plus que la loi de mutation, n'altéreraient le type originel et physiologique individuel, si les conditions extérieures de formation, de développement, de nutrition et de fonctionnement des organes et des appareils étaient partout et toujours, par leur qualité et leur quantité, juste ce qui convient à une évolution physiologique ; mais une telle situation n'existe en réalité invariable pour aucun organisme vivant, elle n'existe pour aucune de ses parties constituantes. — Dans leurs rapports inévitables, dans leur dépendance nécessaire avec le milieu ambiant , ils ne trouvent pas toujours le strict nécessaire, ils sont soumis à des conditions essentiellement variables, ils sont en conflit incessant avec une foule d'influences accidentelles, avec une foule d'agents différents de nature, les uns favorables, les autres plus ou moins hostiles, nuisibles ou délétères. Les mutations nécessaires qui se produisent sous ces influences peuvent aboutir à trois ordres de résultats très-différents.

11 est des influences qui ne produisent dans les organes que des phénomènes d'excitation fonctionnelle et des changements transitoires instantanément réparés par la nutrition typique. D'autres produisent dans les organes ou dans l'organisme des changements plus durables, en vertu desquels ils s'adaptent aux conditions nouvelles et plus ou moins anormales qui leur sont laites accidentelle-

ment. C'est la loi deV adaptation ou de l'accommodation inhérente à tout organisme vivant et à tous ses éléments constitutifs. En vertu de cette loi, le type primitif physiologique se transforme plus ou moins en un autre type également physiologique en tant qu'il est parfaitement compatible avec l'idée esthétique que l'état physiologique exprime, elles latitudes qu'il admet; mais l'évolution organuiue, en raison des changements produits par les conditions cxtéi'ieures, peut aussi réaliser un mode d'évolution absolument inconciliable avec l'idée du type physiologique que nous avons conçu et précédemment défini. Ce type nouveau constitue le mode morbide ou 2)atliologique. En face d'un corps vivant complexe comme l'organisme humain et celui des animaux supérieurs, qui réalise l'unité de l'être par une grande variété d'organes et de fonctions, il est impossible de concevoir une influence assez générale ou assez puissante pour agir également à la fois sur tous les éléments vivants, sur tous les tissus, sur tous les organes, sur tous les appareils, sur toutes les fonctions. L'anomalie d'évolution, le type morbide est donc toujours primitivement plus ou moins circonscrit, localisé dans un élément, dansxm tissu, dans un organe, dans une fonction.

Mais en vertu de la loi de concordance et de dépendance qui relie entre eux les différents éléments d'un organisme, l'anomalie primitivement localisée place nécessairement d'autres organes et d'autres fonctions dans des conditions nouvelles, également anormales. Ces conditions, en tant qu'elles agissent sur l'organisme dans sa totalité, constituent l'état morbide, l'état de maladie de l'organisme vivant. Selon l'importance et le rôle physiologique de l'élément, du tissu, de l'organe ou d'une fonction engagé dans un processus morbide le trouble deviendra plus ou moins général, plus ou moins grave, plus ou moins incompatible avec la persistance même du mécanisme de la vie. Certaines maladies déterminent donc nécessairement, ou peuvent déterminer la mort.

D'autres peuvent être circonscrites et, tout en constituant un type d'évolution morbide dans un élément, dans un tissu, dans un organe ou dans une fonction, compromettant le type physiologique dans ces éléments, ces tissus ou ces organes, elles sont compatibles avec la persistance de la vie, et peuvent elles-mêmes persister indéfiniment. D'autres fois, une évolution morbide dans un élément vivant ou dans an organe aboutit à sa destruction, à sa transformation, à son remplacement même par un autre tissu. Il en résulte des altérations, des changements persistants de forme et de composition qui, entant qu'ils sont compatibles avec révolution typique physiologique des autres éléments constitutifs, ne représentent plus que des résidus de maladies éteintes, des vices de forme ou de conformation.

Enfin il est évident aussi qu'une cause ou qu'une condition anormale, en provoquant dans un tissu, dans un organe, dans une fonction un type d'évolution morbide, ne détriiit pas pour cela la loi du type originel et primordial inhérent à chaque organe, à chaque tissu, à chaque cellule, aussi bien qu'à l'organisme vivant tout entier. Cette loi se traduit par une tendance naturelle au retour vers l'évolution selon le type primitif ; ce dernier reparaît dès que la cause pathogénique a épuisé son action, dès qu'elle a cessé d'agir. Le processus régressif du type morbide vers le type physiologique porte le nom de processus curatif ou de guérison.

Dans le mécanisme complexe de la vie il existe une foule de combinaisons possibles, en vertu desquelles le processus morbide peut suivre une évolution dont les résultats ne sont plus absolument incompatibles avec le retour à un état qui se rapproche plus ou moins de l'état physiologique, comme il en est d'autres qui

60 LOIS EiN PATHOLOGIE.

conduisent fatalement à la mort. En vertu de la loi de concordance et de dépendance qui relie entre eux les différents éléments d'un organisme, il peut se produire des mutations par lesquelles les autres organes, l'organisme tout entier s'adaptent à certaines altérations par elles-mêmes irrémédiables. Quand un organe sécréteur est anéanti, son congénère accomplit à lui seul la {onction, il -s'hypertrophie et l'équilibre fonctionnel se rétablit. Quand un vaisseau est oblitéré, les collatérales so dilatent et rétablissent la circulation. Quand un orifice du cœur est rétréci, il se produit une hypertrophie de compensation, etc., etc.

Aucun de ces modes de guérison par accommodation ou adaptation ne réalise dans son intégrité le type physiologique originel, mais le type nouveau devient compatible avec un état de santé relatif, et la maladie, en tant que procès pathologique, a cessé.

La santé, la uialadie et la guérison ont donc également leur raison d'être dans la nature de l'organisme vivant, dans les lois générales qui règlent les rapports et les conditions de son mode d'existence et d'activité.

De même que la notion positive et l'appréciation rationnelle des lois biologiques générales peuvent seules rendre compte de la nature de la maladie, de son mode de production, d'évolution et de terminaison, de même la connaissance des lois biologiques plus spéciales qui règlent le dynamisme spécifique des éléments constitutils de l'organisme (des cellules, des tissus, des organes et des appareils) peut seule rendre compte des différents modes morbides que ces éléments réalisent.

L'élément primordial essentiel et spécifique de tout organisme mis en pleine évidence par la science moderne est représenté par la cellule vivante. Cet élément organisé est doué de propriétés que la malière simplement organique ne possède pas ; il révèle un dynamisme spécifique. qui n'appartient qu'à lui et que ne saurait réaliser aucune des matières organiques que la chimie peut extraire des corps et des éléments vivants en détruisant leur organisation.

La cellule, en effet, est soumise à toutes les lois générales de la vie. Elle naît par descendance et se reproduit ; elle se développe, elle grandit, elle meurt et se redissout ou se transforme en éléments organisés plus stables, en fibres de différents tissus, connectif, élastique, osseux, musculaire, nerveux, etc. Pendant toute la durée de son existence, elle est soumise, comme tout ce qui vit, à la loi de l'évolution continue de formation, de nutrition par intussusception. Elle dépend du milieu ambiant et de la substance organique intercellulaire, oij elle puise les éléments de son entretien et le stimulant nécessaire à son dynanisme spécifique. Elle ne peut maintenir son existence que par une incessante mutatiou de ses éléments chimiques, que par un rapport continu d'action et de réaction qui l'enchaîne au monde extérieur, à d'autres matières inorganiques ou organiques, ou à d'autres éléments organisés qui représentent le milieu externe ou interne auquel elle est -adaptée et auquel elle puisse s'adapter. Ce n'est qu'à l'aide de ce milieu adapté qu'elle maintient à l'état physiologique son individualité, comme l'organisme tout entier maintient la sienne dans ses rapports nécessaires avec le monde extérieur.

Indépendamment des actes de formation, de reproduction, de nutrition, certaines cellules ou leurs dérivés réalisent des manifestations dynamiques spéciales, des mouvements autonomes divers ; d'autres entrent dans la composition de tissus et d'organes complexes dans lesquels les éléments cellulaires excités et les organes qu'ils constituent ne peuvent produire que des manifestations dyna-

LOISEN PATHOLOGIE. 61

miques prédétcr minces par leur nature propre ou leur organisation. Dans les cellules, dont le dynamisme spécifique se réduit aux actes de la vie végétative, l'excitation ne peut se traduire que par des phénomènes de reproduction, de développement, de formation, d'évolution progressive ou régressive. Mais les éléments vivants qui possèdent en outre des propriétés spécifiques de motricité, les éléments contractiles, les cellules excito-motrices, les cellules et les éléments nerveux peuvent manifester en plus, sous l'influence des excitants, leur dynamisme fonctionnel spécifique, mais ils ne peuvent produire que des actes prédéterminés par ce même dynamisme.

La notion des lois de l'histologie, mises en évidence ou recherchées avec ardeur par les investigations modernes est d'une importance capitale en pathologie aussi bien qu'en physiologie. — Les lois qui règlent la formation, le développement, la nutrition des éléments vivants, des tissus et des organes à l'état normal sont les mêmes que celles qui président à la formation des tissus morbides, aux néoplasmes pathologiques, aux anomalies de la vie végétative que nous appelons atrophie, hypertrophie, néoplasie, hétéroplasie, inflammation, cancer, etc., etc. Toutes les altérations matérielles de composition et de structure des tissus et des organes qui ne sont pas cUreclemenl produites par des traumatismes ou des agents chimiques, toutes celles qui dans les éléments et les tissus vivants se développent consécutivement à des lésions physico-chimiques, ou directement sous l'influence de causes pathogcniqucs d'excitation, dérivent du dynamisme spécifique des éléments vivants et des cellules, elles sont prédéterminées par ce dynamisme spécifique, et ne sont compréhensibles qu'à l'aide des lois auxquelles il est soumis. Ce dynamisme et ces lois n'ont évidemment pas été créés au moment où l'organisme est soumis à des causes pathogéniques. L'influence pathogénique les met en évidence sous une forme nouvelle et différente dans ses résultats. C'est ainsi que, sous l'influence d'un excitant anormal, agissant sur un tissu riche en cellules plasmatiques, nous voyons le dynamisme spécifique de ces éléments produire toute une série d'altérations qui cependant ne se réalisent qu'en vertu des lois primordiales de l'hystogénie. C'est en vertu de ces lois que la nutrition des cellules excitées devient plus active, elles augmentent de volume, elles s'hypertrophient, et le tissu qu'elles constituent se tuméfie. L'activité nutritive exagérée portant également sur les noyaux, les cellules, d'abord hypertrophiées, s'hyperplasient ; elles engendrent une énorme quantité d'éléments nouveaux, dont l'évolution progressive et régressive peut aboutir à des lésions très-différentes. — Selon les conditions, les nouveaux éléments se transforment en globules de pus et forment dans le tissu des collections ou des abcès qui y restent emprisonnés ou qui s'ouvrent au dehors. D'autres fois, l'évolution n'arrive pas jusqu'au dernier terme, alors la partie malade persiste à l'état de tuméfaction indurée. D'autres fois encore, le globule de pus éprouve une fonte complète, il s'infillre de graisse, et sa dissolution permet la résorption du produit de nouvelle formation. Ou bien encore, l'hyperplasie des cellules s'arrête dans son évolution morphologique à la forme nucléau'e, puis entre dans une évolution régressive (tuber * cnles). Enfin, les cellules en voie d'évolution peuvent se métamorphoser en éléments fusiformes qui se soudent, s'allongent, et donnent lieu au tissu cicatriciel. Entre chacune de ces évolutions distinctes et leur résultat final, production d'une induration, de tubercules, de cicatrice, il existe un rapport nécessaire de cause à effet, prédéterminé par les propriétés spécifiques inhérentes aux cellules du tissu conjonctif. Toutcftùs, V éiucidation des conditions sous l'influence des-

quelles s'engage de préférence l'un ou l'autre de ces formes d'évolution, constitue un des problèmes les plus délicats de l'histogénie pathologique.

Les cellules tirent les éléments de leur nutrition des blastèmes dans lesquels elles sont plongées. Il en résulte que si les blastèmes sont modifiés dans leur composition, les conditions du dynamisme spécifique des cellules seront également altérées. Ces rapports de causalité entre les altérations des blastèmes et celles des cellules expliquent la diffusion de certaines maladies dites générales, ou [jlutôt à localisations multiples, et notamment celles des maladies dites diathésiques. La diatlièse goutteuse herpétirpie, etc.

De même que les lois de l'histogénie peuvent seules faire comprendre le mode de production des altérations des tissus, des organes et des ajipareils qui caractérisent certaines maladies de l'organisme dévelop[)é ; de même la notion des lois de l'organogénie est indispensable quand il s'agit de se rendre compte des vices de conformation et des monstruosités produits pendant les phases de l'évolution embryonnaire.

Enfin les lois biologiques qui règlent la composition organique et le dynamisme spécifique des tissus, des organes et des appareils complexes dont l'ensemble constitue l'organisme vivant, sont incessamment invoquées par la pathologie quand il s'agit de rendre compte des manifestations morbides réalisées par ces mêmes tissus, ces organes et ces appareils.

C'est ainsi que la composition élémentaire et le dynamisme spécifique d'un tissu ou d'un organe peuvent seuls faire comprendre les modalités morbides qu'il peut réaliser. Les maladies des muqueuses sont prédéterminées par leur structure, parle dynamisme spécifique des éléments qui entrent dans leur composition; il en est de même des séreuses, des os, des cartilages et de tous les tissus vivants. Les maladies d'un organe, plus complexe, celles du rein, par exemple, sont prédéterminées par les tissas qui entrent dans sa composition, par sa constitution anatomique, par ses rapports matériels et dynamiques avec les autres organes, par le rôle fonctionnel qu'il joue dans l'ensemble de l'économie vivante. Nous retrouvons dans le rein des modalités morbides réalisées par l'épithéliuni des canaux urinifèrcs, d'autres produites par les cellules plasmatiques et le tissu connectif, d'autres par les vaisseaux sanguins et les nerfs, d'autres par la nature de ses fonctions, et le produit de sa sécrétion, d'autres par la forme anatomique des bassinets et des calices. Enfin les causes, les effets et la nature des maladies du rein ne se comprennent qu'en tant que le pathologiste reconnaît les conditions sous l'influence desquelles la sécrétion s'accomplit et le rôle qu'elle joue dans l'organisme vivant. — C'est dans les lois qui règlent la composition histologique, la constitution et les rapports anatomiques et fonctionnels des organes que réside la donnée essentielle et nécessaire à l'interprétation des manifestations morbides réalisées par les organes et les appareils complexes de I l'économie vivante. — C'est ainsi que la connaissance des lois qui règlent la struc- ' turc et les fonctions des organes de l'innervation peut seule rendre compte des manifestations et des modalités morbides de cet appareil si complexe, car c'est en vertu de ces lois, c'est en vertu d'un mécanisme organique préétabli que se réalisent partout les manifestations morbides aussi bien que les manifestations physiologiques. Les lois biologiques sont toujours identiques en elles-mêmes, elles sont toujours les mêmes dans leur essence et dans leur nature, m;iis leurs manifestations diffèrent selon les conditions dans lesquelles se produisent les phénomènes qui en sont l'expression. Si ces conditions sont normales , adaptées

LOIS EN PxVTIIOLOGIE. 65

à l'organisation et à la vie de l'être, de l'appareil, de l'organe, du tissu de l'élément vivant, le type physiologique se maintient ; si elles ne le sont plus, le type se modifie, et le mode morbide se produit, mais encore une fois, ce mode ne se réalise qu'en vertu même des lois générales de la vie et des lois biologiques spéciales qui règlent le dynamisme spécifique des éléments organiques, des organes, des tissus et des appareils mis en rapport avec un milieu qui ne leur est point adapté. [Voij. Maladie.)

}\. Lois spéciales à la pathologie. Par les considérations qui précèdent nous avons établi l'vimté de principe et partant l'intime solidarité qui existent entre la physiologie et la pathologie, ainsi que la nécessité absolue eu pathologie de chercher dans les lois générales le principal élément de compréhension et d'interprétation des manifestations morbides. Néanmoins, la prétention de vouloir déduire la pathologie et toutes ses lois de la physiologie, serait une grave, une déplorable erreur.

La physiologie, qui s'occupe de l'organisation vivante envisagée au point de vue de son fonctionnement dans des conditions favorables ou adéquates à une évolution typique normale, ne peut pas avoir la prétention de mettre en évidence ce qu'elle n'a ni cherché, ni étudié. Elle ne peut pas deviner ou prédire d'avance l'influence des innombrables causes pathogéniques, ni dire ce que deviendra le mécanisme vivant soumis à des conditions auxquelles il n'est point adapté, et partant incompatibles avec sa régularité typique.

Si donc la pathologie emprunte comme la physiologie ses principes d'interprétation à des sciences plus générales et, si je puis dire, fondamentales, elle a néanmoins des notions et des lois qui lui sont propres. Ces lois spéciales se rapportent :

1" A la pathogénie ;

!2'^ A l'évolution phénoménale.

o" Aux modes et aux conditions de terminaison des manifestations morbides.

Ces notions et ces lois ne peuvent être que le fruit de l'exploitation d'un domaine spécial d'observation et d'expérimentation. Ce domaine est tout d'abord celui delà clinique médicale; il se complète, d'un côté, par l'anatomie patholo- '^ique, les recherches entreprises sur le cadavre d'organismes, de tissus ou d'éléments organiques malades ; de l'autre, par des ex-périmentations qui placent artificiellement des êtres ou des éléments vivants dans des conditions spéciales pathogéniques ou théi'apeutiques en vue de mettre en évidence des rapports de causalité supposés ou probables. — L'observation et l'expérimentation pathologiques ont été exploitées cà deux points de vue différents. L'un de ces points de vue s'est imposé plus spécialement sous la pression des nécessités de la médecine pratique : c'est celui de la nosologie emjnrique. L'autre s'est développé plus spécialement sous l'influence du besoin de comprendre, il est imposé par les nécessités scientifiques : c'est celui de la biologie pathologique.

L'empirisme nosologique a un principe d'existence légitime. C'est la fixité même du type réahsé par l'organisme dont on obsei"ve les manifestations morbides. L'organisme de l'homme réalise des types d'évolutions morbides analogues sous l'influence de conditions pathogéniques analogues. C'est là ce qui a permis à la pathologie empirique de déterminer les maladies d'après leur cause, et d'après leur apparence phénoménale avant de pouvoir les interpréter ou les comprendre. A ces modalités pathologiques, désignées par des noms propres, il est légitime de rattacher tout ce que l'observation apprend successivement sur leurs causes, leurs

formes, sur leur marche, sur leur durée, sur leurs terminaisons et leur traitement.

Par un artifice d'abstraction l'esprit de systématisation a assimilé ces types morbides à des unités de même espèce, à des êtres qu'il classe d'après leur ressemblance et leur dissemblance, comme l'bistoire naturelle classe les êtres réels de la création.

Entreprise de ce point de vue l'observation médicale, pour formuler des lois, s'est plus spécialement imposée la tàcbe de constater des faits de succession et de coïncidence ; elle s'est attachée à déterminer la constance ou la fréquence de ces faits; car c'est sur cette constance ou cette fréquence que se fondent tous les rapports de causalité, toutes les lois spéciales empiriquement établies aussi bien que la valeur séméiotique des phénomènes.

11 est des rapports de causalité et des lois empiriques que la constance même des rapports de succession ou de coïncidence met flicilement en évidence. Telle est, par exemple, l'inQuence des causes pathogéniques spécifiques et celle des médications spécifiques ; mais il en est d'autres qui ne se fondent que sur des rapports de coïncidence et de succession très-fréquents déterminés par la statistique. Les notions de ces rapports ou de ces lois numériques ont par elles-mêmes une grande importance en ce qu'elles peuvent faire soupçonner des rapports de causalité là où se révèle une notable prépondérance de chiffres, mais elles n'acquièrent toute leur valeur que sous l'influence de l'interprétation scientifique.

C'est ainsi que les prédispositions morbides des différents âges de la vie ont été formulées en lois numériques, selon le rapport de fréqueiice de telle ou telle maladie à tel ou tel âge. Il serait erroné de ne pas reconnaître k ces lois numériques une importance réelle; mais il est évident, d'une part, que le praticien ne peut pas affirmer que tel enfant sera nécessairement atteint d'une maladie trèsfréquente de l'enfance, et que tel vieillard en sera absolument exempt. 11 y a plus, la loi numérique de la prédisposition n'est elle-même comprise qu'en tant qu'il est possible d'établir, sur les données de la biologie, un rapport de causalité fondé sur l'existence de telle ou telle particularité d'organisation et de vie spéciale et plus fréquente à tel ou tel âge. Il en est de même de toutes les lois statistiques, et c'est parce qu'il en est ainsi que la pathologie, pour sa constitution réellement scientifique, a besoin de se placer à un autre point de vue d'observations et d'expérimentations ; ce point de vue est celui de la biologie pathologique.

Pour établir ses lois spéciales, la biologie pathologique doit suivre, comme toutes les sciences naturelles, la méthode expérimentale ; elle doit chercher par l'analyse et l'induction, constamment appuyées sur l'observation et l'expérimentation, et y revenant sans cesse, à pénétrer de plus en plus en avant daiis la connaissance de la réalité des rapports de causahté nécessaires.

Les causes des maladies et leur mode d'action, les éléments constitutifs du processus morbide et curatif doivent être mises à découvert, leur enchaînement et leurs rapports doivent être établis par un travail d'analyse et d'induction analogue à celui que la physiologie emploie pour faire connaître et comprendre les fonctions. Dans cette recherche, la pathologie s'appuie sur la notion des lois générales dont l'intervention nécessaire a été démontrée dans le précédent chapitre.

Les lois physico-chimiques, les lois générales de l'organisation et de la vie, les lois de l'histologie, de l'anatomie et de la pliysiologie sont indispensables à la solution des problèmes que la biologie pathologique doit résoudre ; car dans ces pro-

blêmes il y a des questions de mécanique et de chimie aussi bien que des questions d'organisation et de dynamisme vital. En voie d'un développement rapide et progressif, arrivée à la conscience de sa véritable méthode, la pathologie biologique est sûre de son avenir et peut être fière déjà de ses conquêtes, mais elle doit se rendre compte aussi des lacunes nombreuses qui restent à combler, du peu de certitude de ses lois numériques, de l'imperfection de ses théories, de la difficulté d'établir des lois réellement scientifiques, enfin du labeur d'observation et d'expérimentation incessant, long et pénible qui seul peut la rapprocher du but. — Si de ce point de vue nous jetons un coup d'oeil sur les lois spéciales de la pathologie, nous trouvons tout d'abord, en ce qui concerne la pathogénie, un certain nombre de rapports de causaUté empiriquement mais solidement établis par l'observation et l'expérimentation. Tels sont les rapports qui existent entre certains modes morbides et les influences spéciales ou spécifiques qui les produisent. Dans un certain nombre de cas ce rapport de causalité peut être scientifiquement compris par la connaissance du mode d'action de la cause. L'enchaînement phénoménal, qui en est la conséquence et l'effet, se déroule comme une nécessité logique. Tels sont les effets de certains traumatismcs ou de certains agents physico-chimiques. D'autres fois le fait brut du rapport de causalité est seul éta-. bh. Nous connaissons les effets dn virus vaccinal, mais nous ignorons le mécunisme de production de la maladie vaccinale ; nous connaissons le rapport de causalité q»ii existe entre les fièvres intermittentes et les ellluves des marais, mais nous ne connaissons qu'imparlaitement la nature du miasme, et encore moins le mécanisme biologique de la genèse de la fièvre intermittente.

Si nous cherchons i'i apprécier la nature des notions recueillies sur les causes pathogéniqaes d'une foule de maladies, nous nous trouvons en face de certaines lois numériques ou de notions plus ou moins positives sur les influences dites prédisposantes, et sur celles qui déterminent le plus souvent le mode morbide.

La prédisposition elle-même, c'est-à-dire la particularité individuelle d'organisation et de vie en vertu de laquelle la maladie se développe de préférence et qui représente la véritable cause prédisposante, nous échappe très-souvent, mais souvent aussi les lois de la biologie permettent de la déterminer et de la comprendre.

Quant aux causes occasionnelles, le mode d'action des plus vulgaires influences nous échappe encore trop fréquemment. Nous savons bien, de par l'observation et la statistique, que la pneumonie et le rhumatisme se développent sous l'influence du refroidissement, mais nous n'avons encore que des hypothèses pour établir le mode d'action delà réfrigération subite. Tout ce qui se rapporte à l'immunité temporaire ou indéfinie que procurent à l'économie certaines maladies, à l'antagonisme qui existerait entre d'autres, reste à l'état de notion empirique ou de loi numérique souvent sujette à caution. Dans l'état actuel de la science, la raison d'être du rapport qui fait loi nous échappe absolument.

Les lois spéciales qui régissent la phénoménologie morbide, c'est-à-dire les lois qui expriment les rapports de causaUté existant entre les diflérenls phénomènes morbides sont en plus grand nombre, à la fois solidement établies par l'observation et réductibles à des lois physico-chimiques ou biologiques plus générales. Un certain nombre d'entre elles sont cependant simplemen!; basées sur la statislique, ou des rappoMs de succession ou de coïncidence.

C'est ainsi que la loi de l'action nerveuse réflexe nous permet de comprendre le DICT. EXC. 2° s. III. 5

mécanisme de production de certains phénomènes : de la toux, de l'éternument, du ténesme, du vomissement qui se produisent sous l'influence de l'irritalion de certaines muqueuses. Nous comprenons déjà beaucoup moins le mécanisme plus complexe de la production de la fièvre dans l'inflammation. En ce qui concerne l'augmentation de température, nous avons des rapports numériques et statistiques très-importants; mais la pathogénie et la biologie pathologiques du mouvement lebrile sont encore un problème à l'étude.

La loi biologique générale en vertu de laquelle le développement de tout organe est en rapport avec son exeixice fonctionnel, peut rendre compte d'une foule d'atrophies et d'hypertrophies constatées à la suite de certaines lésions. C'est ainsi que s'exphque l'atrophie des membres, des os et des muscles à la suite de coxalgie; l'hypertrophie d'une glande quand sa congénère est détruite. Mais pourquoi les diabétiques sont-ils si souvent affectés de cataracte ; pourquoi succombent-ils si souvent à des phthisies pulmonaires ; pourquoi la rétine subit-elle une dégénérescence graisseuse à la suite de la maladie de Bright? Nous l'ignorons et devons nous contenter provisoirement de la loi numérique qui établit ce fait.

Les lois empiriques qui règlent la marche, la durée, la terminaison des maladies par la guérison, ou par la mort, ou par d'autres modes morbides consécutifs sont généralement établies sur les données positives de l'observation et chiffrées en rapports numériques. Mais la raison d'être de ces faits, les lois biologiques en vertu desquelles le fait de la marche, de la durée et de la terminaison déterminée se réalise, ne sont mises en évidence que dans un certain nombre de cas. Nous connaissons très-positivement la marche et la durée des fièvres éruptives, de la fièvre typhoïde, du typhus, de la fièvre jaune, nous sa\ons que ces maladies sont aiguës, qu'elles parcourent leiu's différentes phases d'évolution avec des manifestations à peu près constantes; mais nous n'avons que des hypothèses sur l'enchaînement biologique qui prédétermine cette marche et cette durée fixe. Les recherches modernes établissent que ce sont là des maladies infectieuses et zymotiques; mais quel rôle jouent les microzymas? Est-ce à leur multiphcation, à leur évolution régulière, à leur diffusion dans un temps limité que la maladie qui en est l'effet doit la régularité de sa marche et de sa durée? nous ne le savons pas positivement. Les lois numériques de la mortahté et de la curabihté des maladies ont une incontestable valeur, mais les lois biologiques en vertu desquelles la mort se produit nécessairement quand telle ou telle condition se réaHse, ont une importance scienlifiquc et pratique supérieure. Le médecin, qui connaît lés différentes conditions qui peuvent produire la mort dans la pneumonie, sera seul en mesure de les rechercher et de les écarter dans le cas individuel. Il en est de même de la curabilité. Le mécanisme biologique, les différents modes et les conditions de la guérison sont les données sur lesquelles l'indication thérapeutique rationnelle se l'onde, et c'est dans les lois biologiques qu'il faut chercher et trouver la raison d'être de la guérison, et la condition nécessaire de cette heureuse terminaison dans chaque cas spécial.

Le but pratique spécial que la patliologie ne doit jamais perdre de vue lui impose des recherches spéciales sur les modificateurs de l'économie malade ou les agents thérapeutiques.

Entreprises du point de vue de l'empirisme nosologique, l'observation et l'expérimentation cliniques sont arrivées à formuler quelques lois d'une valeur incontestable. Elles ont su découvrir, en effet, un certain. nombre de médications spécifiques répondant à des noms propres de maladies et fondées sur des rapports

numériques dont l'extrême fréquence ou la constauce font la loi en thérapeutique.

Mais ces lois ne sont qu'en petit nombre. En thérapeutique elles se rapportent à des effets pathologiques assez simples ou à des affections qui sont dominées par une influence causale toujours semblable à elle-même, influence que la médication détruit ou combat directement. Quand on aura cité le mercure et l'iode dans la syphilis, le soufre dans la gale, les vermifuges dans les maladies vermineuses, l'huile de foie de morue et l'iode dans la scrofule, l'arsenic et le soufre dans les maladies herpétiques, les contre-poisons dans les intoxications, la liste des remèdes spécifiques est bien près d'être épuisée.

Quoique désignées par des noms propres, les maladies sont rarement dominées j)ar uneintlucnce causale persistante, toujours identique. L'évolution morbide une lois engagée, représente un enchaînement phénoménal, un processus biologique dont l'issue définitive est prédéterminée par des conditions qui varient à l'iiiliiu dans chaque cas individuel et qui, selon qu'elles sont jugées favorables ou défavorables, deviennent la source d'indications thérapeutiques. Les indications thérapeutiques se puisent non dans une loi numérique qui ne peut l'ormuler que l'incertitude chiffrée ; elles dérivent de l'analyse clinique biologique de chaque cas individuel et de l'apphcation raisonnée à ce cas de toutes les données que l'expérience peut fournir, de toutes les lois que la science biologique iormule en vue de déterminer les modifications qu'il serait nécessaire ou utile de produire pour imprimer à l'évolution morbide une direction favorable.

Pour établir un rapport logique entre les modifications jugées utiles et les agents capables de les produire, il faut connaître le mode d'action de ces agents, l'influence physiologique et thérapeutique des agents diététiques, pharmaceutiques et mécaniques. Des branches spéciales de biologie médicale se sont constituées sous la pression de ces exigences pratiques ; elles formulent des rapports de causalité nécessaires, et des lois qui permettent de prévoir la modification qui se produira nécessairement ou probablement dans l'organisme vivant sain et malade sous telle ou telle influence.

C'est sur la notion de ces lois que se fondent les différentes médications : la médication reconstitutive, la médication débilitante ou déplétive, la médication dite résolutive, la médication purgative, la médication diurétique, la médication antipyrétique, la médication narcotique anesthésique, la médication excitante, la médication calmante, la médication révulsive, etc., etc.

Dans l'immense majorité des cas, l'interprétation biologique du mode d'action de tel ou tel agent, de telle ou telle médication nous échappe ; mais la loi est empiriquement fondée sur la constance ou l'extrême fréquence de l'effet.

Les lois pharmacodynamiques de l'action des narcotiques, de l'opium, de la belladone, etc., sont fondées sur les résultats constants de l'expérimentation. "* Quand nous voulons dilater la pupille, nous savons que la belladone produit cet effet. Quand nous voulons l'alentir les battements du cœur ou abaisser la température, nous avons dans la digitale, le vératrum vivide, etc., etc., des agents efficaces; mais la question de savoir si ces substances, en amenant le ralentissement ,, du pouls et l'abaissement de température exercent une influence heureuse sur la , , marche, la durée et la terminaison de telle ou telle maladie, ne peut se résoudre ' que par des expériences qui établissent sur de nouvelles données statistiques la ' constance ou l'extrême fréquence de l'effet curatif dans telle ou telle condition en * oïncidence avec l'effet pharmacodynamique. La loi thérapeutique n'est pas la

conséquRnce nécessaire des lois pharmacodynamiques. Laguérisou ne se produira et ne sera favorisée que si l'indication de la médication est en coïncidence avec les lois biologiques qui règlent le mécanisme de la guérison et de la maladie.

Il résulte de ce qui précède que, dans l'état actuel de la science, la biologie pathologique ne saurait élever qu'une prétention restreinte et limitée d'intervention quand il s'agit de ses applications pratiques à l'art de guérir. Ces limites sont tiès-neltenient fixées par ses conquêtes positives. Partout où les notions quelle fournit et les lois quelle formule sont l'expression de la réalité des rapports de causalité, leur influence sur la pratique est définitivement établie.

Il est des branches entières de l'art de guérir qui, sans réaliser l'idéal d'une concordance absolue entre la science et la pratique, s'en rapprochent néanmoins d'une manière remarquable. Dans cette catégorie se rangent l'art des accoucliements et la chirurgie. En locologie la science biologique est en mesure de formuler d'une manière nette et précise les conditions organiques et les lois qui règlent la fonction de la parturition. Toute l'histoire de la distocie apparaît à l'inteiligence éclairée de raccouclicur comme un mécanisme vivant entravé par des causes organiques connues ou s'exécutant dans des conditions anormales déterminées par l'observation clinique antérieure.

Il en est de même, en grande partie, en chirurgie. En vue de l'intervention pratique manuelle, cette branche de l'art s'occupe plus spécialement de l'élément aiiatomique matériel des maladies, des lésions physiques et des conditions mécaniques favorables à la guérison. Elle exploite à son profit dans la science de l'organisation et de la vie un domaine qui embrasse la notion des lois les mieux connues et les plus solidement établies. Aussi les technologies obstétricale et chirurgicale sont-elles en mesure de formuler des règles et des préceptes scientifiquement compréhensifs et généralement rationnels, quoiqu'ils soient en réalité l'expression d'une expérience toute spéciale.

L'art, en effet, n'est jamais et nulle part une simple déduction scientifique; ses règles et ses préceptes sont toujours, au contraire, le résultat d'un genre tout | articulier de recherches, d'inductions, de découvertes expérimentées sur le terrain même de la pratique. La science n'intervient que pour diriger, pour éclairer le génie pratique en quête de procédés, de méthodes et de moyens d'actions de plus en plus parfaits ; elle signale d'avance, à l'aide des lois qu'elle formule, des rapports de causalité probables ou certains. La science intervient encore pour rendre compte, à l'aide des mômes lois, du mode d'action, des moyens employés et des résultats obtenus, étabhssant ainsi ou des règles scientifiquement logiques ou une compréhension scientifique de plus en plus complète des préceptes empiriques que l'ait avait déjà inventés, formulés, appliqués.

La médecine dite interne est de toutes les branches de l'art la plus éloignée de cette concordance idéale. C'est qu'en médecine les problèmes pratiques sont des plus complexes, et leur solution scientifique exige la notion des lois spéciales que la science biologique n'est en mesure de fournir que d'une manière incomplète, fragmentaire et partielle. De là la nécessité du maintien d'un double point de vue d'observation et d'expérimentation médicale. Le point de vue nosologique empirique est impérieusement commandé par l'insuffisance partielle de la science. Le point de vue biologique par le génie même de l'art médical, car l'art de guérir doit pouvoir se rendre compte de ses procédés et de ses actes pratiques. Ce but ne peut être atteint que par la recherche et la découverte progressive de toutes les lois et de tons lesrapports de causalité qui, dérivant de la nature des choses,

LOLIMMA-RAJA. 69

règlent l'évolution des manifestations morbides et curatives de l'organisme vivant. Schùtzenberger et Hecht.

LOlSELEUR-DESLOl^GcnAMPS (Je\n-Lodis-Augustin). Naturaliste trèsdistingué, membre de l'Académie de médecine, membre de la Légion d'honneur, etc., naquit à Dreux le 24 mars 1775, et prit le grade de docteur en médecine à Paris en 1805. Sa passion pour la botanique lui fit entreprendre divers voyages en France pour en étudier la flore ; mais dans ses recherches sur les plantes, il n'oublia pas qu'il était médecin et il s'occupa particulièrement de celles qui peuvent jouer un rôle dans la thérapeutique. On lui doit aussi d'avoir porté son attention d'une manière toute spéciale sur les végétaux indigènes dont les propriétés se rapprochent de celles des végétaux exotiques et qui pourraient remplacer ceux-ci; idée heureuse à une époque où le blocus continental avait fermé nos ports aux arrivages de l'étranger. On a encore noté ses recherches en agronomie et en horticulture. Loiseleur-Deslongschamps mourut au commencement du mois de mai 1849, âgé de soixante-quatorze ans. Ce laborieux savant a beaucoup écrit; nous ne donnons ici que ses principales publications et spécialement celle qui s'appliquent à la médecine.

I. Recherches sur l'anciennctc des purgatifs et des purgatifs indigènes. Th. de Paris, 4805, n° 575. — II. Flora gallica. Lutetise, 1806-7, 2 vol. in-12, pi., cl ibid., 1828, 2 part. in-8°. — III. Nouveau voyage dans l'empire de Flore, ou principes élémentaires de botanique. Paris, 1817, 2 part en! vol. in-S", tabl. — IV. Manuel des plaides usuelles indigènes, ou Histoire abrégée des plantes de France distribuées, etc. Paris, 1819, 2 vol. in-8", pi. (Réunion d'articles sur les succédanés indigènes publiés antérieurement dans divers recueils.) — V. Herbier général de l'amateur contenant la description, etc. Paris, 1817-20, 8 vol. in-8», îig. (Le t. I. est de Mordant-Delaunay.) — VI. Flore générale de la France. Paris, 1828, in-8'>, pi. (les phanérogames). — VU. Histoire médicale des succédanés de tlpécacuanha, du Séné, du Jalap, de l'Opium, etc., ou Recherches, etc. Paris, 1830, in-8''. — VIII. Nouvel herbier de l'amateur. Paris, 1850-32, in-8'> et in-4'', 11g. — IX. Près de 500 articles de botanique dans le Dict. des se. méd. en 60 vol., dont la plupart en collaboration avec Mai-quis. Divers articles dans le Dict. des se. naturelles, dans le Journ. général de médecine, etc. E. Hcp.

LOï.oi9îA-K.%JA OU L®ï.aMis.A-RAJA, passe pour être l'auteur d'un petit ouvrage relatif à l'art de guérir, très-répandu et très-appréciédans l'Inde, intitulé Vaidyajîvana, la vie du médecin. Ce livre, ordinairement divisé en cinq sections, consiste en un ensemble d'aphorismes médicaux, dans lesquels sont passées en revue brièvement, la description nosographique des fièvres, de leurs diverses formes, et des traitements qu'on leur oppose dans l'Inde, la pathologie des affections viscérales, et notamment des maladies du cœur, etc. Un commentaire trèsrenommé accompagne souvent le texte des manuscrits; le commentaire est attribué à Rudrabhatta, fils de Konerabhatta. Dans l'un des manuscrits de la collection Mackensie {Mackensie Coll. Catal., t. I, p. iô4, cod. lxxxviii), l'ouvrage est attribué à Dolamba-Ràja; mais Rolamba est évidemment une faute de copiste, pour Lolimba. Un autre manuscrit est annoté de la main de Colebrooke, l'illustre indianiste, qui s'était, comme cela le prouve, déjà sérieusement occupé de la littérature médicale indoue. Les manuscrits du Vaitlyajivana sont assez communs en Europe; il en a été publié, à notre connaissance, quatre éditions dans l'Inde.

Bibliographie. — Vaidi/ajivaiia. A treatisc on médecin. In sanskrit and prakrit, in-4» Bombay, 1862. — Vaidjajivana. A médical work. In sanskrit and mahralhi. in-4»'oblon"-". Bombay, 1854; id., autre édition, 1861. — Vaidijajivana, 70 pages in-8°. Bombay, ISol" Lithogr. — Manuscrits : East-lndia-house Biblioth. Cod. Lond. 619. caract. bengalis. (Àiînotat

70 LOMBAIRES (artères).

Colebrooke.) Cfr. Dietz. Anaîecta med., p. 155. Cod. XVIII. 2. — Id. Cod. Lond. 1103, Caract. dêvanâg-aris. Cfr. Dietz. Op. cit., p. lil, cod. XXXVI. — Id. Cod. Taylor. 99. Carac. dêvanâg. Clr. Dietz. Op. cit., p. 158, cod. LXXXIX. — Id. Cod. Lond. 1876. Cfr. Dielz. Op. cit., p. 154, cod. LXV. 3.— Id. Cod. Lond. 1911. Cfr. Dietz. op. cit., p. 155, cod. LXVII. Ces deux derniers manuscrits sont accompagnés du conimcnlairc de l'aidrabliatta. — Collect. Mackensie. Cod. LXXXVIII. Cfr. Catal. p. VVilson, t. I, p. 134. G. Liétaud.

LOLIUM. Yoy. Ivraie.

LOLO, LOLOTIER. VoiJ . PaPAYER.

LOMBAIRES (ARTÈRES, Plexus). 1° Artères. Les artères lombaires sonk aux parois abdominales ce que les intercostales sont aux parois thoraciques ; leur origine, leur trajet, leur distribution et leur mode de terminaison sont identiques avec ceux de ces dernières ; la seule différence qui les distingue, c'est que les intercostales droites sont plus longues que les gauches, tandis que les lombaires des deux côtes sont égales. Ce fait s'explique tout naturellement par la situation de l'aorte tboracique sur le côté gauche des vertèbres dorsales, l'aorte abdominale étant, au contraire, placée au-devant de la partie moyenne des corps vertébraux.

Nées, à angle droit, de la partie postérieure de l'aorte, en arrière des piliers du diaphragme, les artères lombaires sont ordinairement au nombre de quatre pour chaque côté. L'espace compris entre la dernière apophyse transversc et la crête iliaque est occupé par la branche ascendante de l'artère iléo-lombaire. Lorsque celle-ci fournit aux deux derniers espaces intertransversaires, ce qui est fréquent, le nombre des artères "lombaires se trouve réduit à trois ; plus rarement il existe cinq lombaires de chaque côté, l'iléo-lombaire ne s'élevant pas au-dessus de la crête iliaque. Chaque artère lombaire se dirige horizontalement dans la gouttière des corps vertébraux et atteint la base des apophyses transverses oli elle se divise en deux branches : une branche antérieure, pariéto- abdominale., et une branche postérieure, dorso-spinale.

La branche antérieure., moins volumineuse que l'autre, est l'analogue de la branche pariétale des artères intercostales. Elle continue directement le trajet du tronc principal, traverse l'arcade fibreuse correspondante du muscle psoas, passe en arrière du carré des lombes, entre ce muscle et le feuillet moyen de l'aponévrose du ti-ansverse, et se subdivise en deux rameaux logés, l'un entre le traiisverse et le petit oblique, l'autre entre ce dernier muscle et le grand oblique. Ces deux rameaux parcourent ainsi toute la paroi abdomiziale d'arrière en avant, un peu de haut en bas, et se terminent en s'anastomosant avec les branches de l'épigastrique. Il n'est pas rare de voir manquer la branche antérieure de la troisième ou de la quatrième lombaire. L'artère comprise entre la dernière apophyse transverse et la crête iliaque, quelle que soit son origine, envoie constamment quelques rameaux descendants à la région lessière.

La branche dorso-spinale naît tout près du trou de conjugaison et se bifurque presque immédiatement. Son rameau spinal pénètre dans le canal rachidien pa! le trou de conjugaison, donne quelques ramifications au corps de la vertèbre, et une branche médullaire qui gagne la moelle et ses enveloppes. Son rameau dorsal se dirige d'avant en arrière et fournit deux branches : une branche externe pour le sacro-lombaire et le long dorsal, une branche interne destinée au transversaire épineux . Chacune de ces branches traverse l'épaisseur de la couche musculaire, perfore l'aponévrose dorso-lombaire et va se terminer dans les téguments de la région.

LOMBAIRES (autères). 71

En raison de leurs anastomoses avec l'épigastrique et l'iléo-lombaire, les artères lombairos établissent une communication entre la cii-culation sus-diaphragmatique et les artères hypogastriques ; mais on ne saurait se dissimuler que cette voie ne soit tout à fait insuffisante pour suiiplcer à l'oblitération de l'cxU-émité inférieure de l'aorte, surtout lorsque cette oblitération se produit brusquement, comme par le fait d'une ligature.

Yeiines. Les veines lombaires ou vertéhro-lombaires, au nombre de trois ou quatre de chaque côté, suivent exactement le trajet des artères correspondantes ; c'est assez dire qu'elles sont formées parla réunion de deux brandies : l'une antérieure ou par iéto-abdopiinale, l'autre postérieure ou dorso-spinale.

La première accompagne, d'un bout à l'autre, la branche antérieure de l'artère ; mais la branche dorso-spinale affecte un mode d'origine tout particulier. En suivant cette dernière branche d'avant en arrière, on constate qu'elle provient de deux sources : 1° des muscles et des téguments de la région lombaire, par des ramuscules qui représentent exactement les rameaux de l'artère dorso-spinale ; 2° du système veineux rachidien, par le plexus extra-rachidien postérieur. Ce plexus est lui-même constitué par des branches verticales, étendues d'une veine dorso-spinale à la suivante, formant ainsi une série d'arcades à la base des apophyses transverses, et communiquant, d'autre part, avec l'intérieur du canal rachidien, à travers les trous de conjugaison.

De la réunion de ces deux branches résulte un tronc qui suit horizontalement la gouttière de chaque corps vertébral et va se jeter, à angle droit, dans la face postérieure de la veine cave inférieure, après s'être réuni, le plus souvent, à la veine lombaire du côté opposé.

Les veines lombaires gauches croisent perpendiculairement la face postérieure de l'aorte ; elles sont plus longues que celles du côté droit, à cause de la situation, delà veine cave inférieure à droite de la colonne vertébrale. D'après Cruveilhier, la première veine vertébro-lombaire gauche aboutirait souvent à la veine rénaledu même côté.

2° Plexus. On donne le nom de plexus lombaire à l'entrelacement formé par les anastomoses des branches antérieures des cinq nerfs lombaires. Ce plexus occupe les parties latérales des corps vertébraux; ses branches constituantes sont comprises entre les apophyses transverses des vertèbres lombaires et les faisceaux d'insertion du muscle psoas. Les branches lombaires sont d'autant plus volumineuses qu'elles naissent plus bas; avant de s'anastomoser, elles envoient chacune un ou deux rameaux aux ganglions lombaires du grand sympathique et fournissent quelques filets au muscle psoas.

La première sort entre les deux premières vertèbres lombaires ; elle reçoit, une branche anastomotique venue du douzième nerf dorsal, et se divise, immédiatement après sa sortie du trou de conjugaison, en deux rameaux : l'un, interne,, presque vertical, va se réunir à la deuxième branche lombaire ; l'autre, externe, plus volumineux, se subdivise bientôt lui-même en grande et petite branche abdominale.

La deuxième reçoit l'anastomose delà première et se jette, presque tout entière,, dans la troisième, après avoir donné les deux branches inguinales du plexus.

La troisième, devenue plus grosse par suite de sa jonction avec la précédente,, envoie une branche à la suivante et se subdivise en deux rameaux, qui, réunis à deux autres rameaux fournis par le quatrième nerf lombaire, constituent le nerf crural et le nerf obturateur. Assez souvent une des oiigines de ce dernier nerf

72 LOMBAIRES (artères).

provient de l'anastomose qui joint la deuxième branche lombaire à la troisième.

La quatrième donne trois branches : une verticale, qui s'unit au cmquième nerllombaire, et deux obliques, qui concourent, avec la troisième paire, a la formation du nerf crural et du nerf obturateur.

La cinquième, unie à l'anastomose que lui envoie la quatrième, forme un gros tronc, le nerf /omfco-sacre, qui, sans fournir aucune branche, va se jeter tout entier dans le plexus sacré.

Ou distingue les branches du plexus lombaire en branches terminales et branches collatérales. Les premières sont : le nerf crural, le nerf obturateur et le nerf lombo-sacré ; nous n'aurons pas à nous en occuper ici, par la raison que les nerfs crural et obturateur doivent faire le sujet d'articles spéciaux et qu'il suffit d'avoir indiqué, d'un mot, le nerf lombo-sacré. Quant aux branches collatérales, au nombre de quatre, dont nous allons exposer le trajet et la distribution, il semble vraiment que les anatomistes se soient complu à en embrouiller la nomenclature, en substituant sans cesse aux dénominations anciennes des dénominations nouvelles qui ne valent pas mieux, de telle sorte que le même nerf porte jusqu'à cinq noms différents. Delà, une difficulté réelle pour celui qui veut apprendre, et souvent un vague regrettable dans les connaissances acquises. Pour nous, toutes ces nomenclatures nous étant également indifférentes, nous adopterons la plus simple, celle de Cruveilhier, et nous diviserons ces quatre branches en deux groupes : 1° les branches abdomiyiales (grande et petite); 2° les branches inguinales (interne et externe).

Grande bra7îche abdominale {abdomino-génitale supérieure, grande àbdomino-scrotale, iléo-scrotale, muscido-cutanée supérieure). Elle naît du premier nerf lombaire, se dirige obliquement en dehors et en bas, traverse le psoas et marche au-devant du carré des lombes, dans le tissu graisseux sous-péritonéal et en arrière du rein. Arrivée en dehors du carré des lombes, elle s'engage entre le transverse et le petit oblique, un peu au-dessus de la crête iliaque, et suit une direction parallèle à celle de cette crête jusqu'au niveau de l'épine iliaque antérieure et supérieure, où elle se divise en deux rameaux : un rameau abdominal et un rameau génital ou pubien.

Le rameau abdominal, d'abord contenu entre le petit oblique et le ti^ansverse, passe bientôt entre les deux obliques, en fournissant à ces muscles. Parvenu au bord externe du grand droit, il donne un rameau perforant destiné aux téguments de Tabdomen ; puis, continuant son trajet, il envoie des filets au muscle droit et se termine par un second rameau perforant qui traverse l'aponévrose le long du bord interne de ce muscle. Analogue aux nerfs intercostaux dont il représente exactement la distribution à l'abdomen, il marche parallèlement à la branche abdominale de la douzième paire dorsale et s'anastomose presque constamment avec cette branche.

Le rameau génital on pubien traverse le muscle petit oblique, et s'anastomose avec la petite branche abdominale, au niveau de l'épine iliaque antérieure et supérieure. Il longe le bord supérieur de l'arcade fémorale, à une distance varia- ; ble, s'accole à la face supérieure du cordon spermatique ou du ligament rond, ; suivant le sexe, traverse l'orifice externe du canal inguinal et arrive ainsi dans les tissus sous-cutanés de l'abdomen où il se subdivise en filets transversaux destinés à la peau du pubis, et en filets descendants qui vont se perdre dans le léoument du pli inguinal, à la partie supérieure de la grande lèvre chez la femme et du scrotum chez l'homme.

/ LOMBAIRES (artèhes). 73

Sur certains sujets, la grande branche abdominale envoie un rameau descendant à la peau de la région fessière.

Petite brandie abdominale (abdomino-génitalc inférieure, petite abdominoscrotale, musculo-cutanée moyenne). Cette branche, peu volumineuse, naît, comme la précédente, du premier nerf lombaire ; parfois elle se détache de la grande abdominale avec laquelle elle s'anastomose toujours. Elle croise obliquement la face antérieure du muscle carré des lombes et suit la face profonde du transverse jusqu'à la hauteur de l'épine ihaque antéro-supérieure. Là elle passe au-dessous du petit-oblique et du transverse, fournissant des filets à ces deux muscles et se confond fréquemment avec le rameau pubien de la grande abdominale. Lorsqu'elle continue isolément son trajet, elle marche parallèlement à l'arcade crurale le long du cordon spermatique ou du ligament rond, sort par l'anneau inguinal externe et s'épuise dans la peau du pubis et dans la partie supéiùeure du scrotum ou de la grande lèvre. Elle représente la grande branche abdominale, moins le rameau abdominal.

Branche inguinale externe {fémoro-cutanée, fémorale cutanée externe, inguino-cutanée, musculo-cutanée inférieure). La troisième branche collatérale du plexus lombaire naît ordinairement, du deuxième nerf lombaire; Cruveilhier l'a vue se détacher du nerf crural. Elle traverse la partie supérieure du psoas et parcourt obliquement la face antérieure du muscle iliaque contre lequel elle est maintenue appliquée par le fascia iliaca. Enfin, elle sort du bassin en passant au-dessous de l'arcade crurale et en s'engageant dans l'échancrure intermédiaire aux deux épines iliaques antérieures ; elle se trouve alors logée dans un dédoublement du fascia lata et se divise en deux rameaux ; un postérieur ou fessier, et un antérieur ou fémoral. On trouve par exception un troisième rameau, vertical, destiné à la peau de la partie antérieure de la cuisse.

Le rameau fessier se contourne en arrière, dès son origine ; il croise obliquement le muscle tenseur du fascia lata et ^e distribue aux téguments de la région fémoi^ale postérieure, dans la moitié supérieure et externe de cette région. Ce rameau est à peine développé toutes les fois que la grande branche abdominale fournit un rameau cutané fessier.

Le rameau fémoral se bifurque après un court trajet; sa branche externe se résout en filets qui s'épuisent dans la moitié supérieure et externe de la région fémorale antérieure; sa branche interne donne de nombreuses ramifications que l'on peut suivre, sur la face antéi^ieure de la cuisse, jusqu'au niveau du cul-desac supérieur de l'articulation fémoro-tibiale.

Branche inguinale interne {g énito-c rurale, fémoro-génitale, sus-pubienne) . Elle provient de la seconde paire lombaire, comme l'inguinale externe. Après avoir traversé le psoas d'arrière en avant, de manière à venir émerger près du bord interne de ce muscle, elle se dirige presque verticalement de haut en bas, dans le tissu sous-péritonéal, atteint l'artère iliaque externe dont elle suit la face antérieure, et avant d'arriver à l'arcade fémorale, se divise en deux rameaux : un l'ameau externe ou fémoral et un rameau interne ou scrotal.

Le rameau fémoral donne souveiit quelques petits filets au muscle psoas-iliaque; puis il traverse l'anneau crural en dehors des vaisseaux, contourne l'artère fémorale pour se placer au-devant d'elle, perfore ensuite le fascia cribriformis et se distribue à la moitié interne et antérieure de la cuisse. On peut suivre ses derniers filets jusqu'un peu au-dessus du genou. Sa situation dans l'angle externe de l'anneau crural l'expose à être sectionné dans le débridement de la hernie crurale.

74 LOMBAIRES (artères). / »

Le rameau scrotal croise l'artère épigastrique, pénètre dans l'orifice interne du canal inguinal et parcourt ce canal dans toute sa longueur, en suivant la face inférieure du cordon des vaisseaux spermaliques ; pendant ce trajet, il donne quelques filets très-grêles au transverse, au petit oblique et au crémaster. Sorti de l'abdomen par l'anneau inguinal interne, il devient sous-cutané, s'anastomose avec un rameau du nerf crural et se subdivise en plusieurs branches qui se perdent dans la partie supérieure et postérieure du scrotum chez l'homme, de la grande lèvre chez la femme, et dans la peau dupU génito-crural.

En résumé, le plexus lombaire, si l'on y joint les branches terminales, que nous avons, à dessein, passées sous silence, donne des rameaux aux quatre muscles de la paroi abdominale antérieure, c'est-à-dire au grand droit, au grand oblique, au petit obhque et au transverse; il anime encore le psoas, l'iliaque, le pectine, tous les muscles de la région antérieure de la cuisse, les trois adducteurs et le droit mterne. Ses branches sensitives se répandent dans le tégument de la partie inférieure de l'abdomen, du scrotum ou de la grande lèvre, de la fesse, des régions externe, antérieure et interne de la cuisse, de la face interne de la jambe et du pied. Enfin il entre dans la constitution du plexus sciatique par le nerf lombosacré, et concourt, par conséquent, à la sensibilité et à la motilité du membre abdominal tout entier. {Voy. Crural (aerf) et Obturateur (nerf).)

Partant des données anatomiques exposées ci-dessus, et sans qu'il soit nécessaire d'entrer dans plus de détails à ce sujet, il est facile de concevoir quelles pourront être les conséquences de la compression, de la contusion, ou de la section, soit de telle ou telle branche nerveuse, soit de la totalité du plexus. Ce dernier cas s'observe rarement, car on n'a pas souvent l'occasion de rencontrer un concours de circonstances capables de détruire ou de comprimer, d'un seul coup, les cinq branches lombaires. Il est même à remarquer que des tumeurs volumineuses peuvent occuper les régions lombo-iliaques sans influencer l'innervation d'une façon bien appréciable , ce qui s'explique par la lacilité que ces productions morbides trouvent à se développer du côté de la paroi abdominale antérieure. Dans les cas de section complète, de compression ou de destruction de la moelle épinière, il va de soi que le plexus lombaire est paralysé ; mais encore faut-il que la moelle soit détruite ou interrompue au moins à la hauteur de la onzième apophyse épineuse dorsale, car c'est à ce niveau que la première paire lombaire se détache du centre nerveux rachidien.

Une pareille lésion entraînant en même temps la paralysie du plexus sacré, if s'ensuit que la sensibilité et le mouvement seront entièrement abolis dans toutes les parties du corps situées au-dessous des crêtes iliaques.

La névralgie dorso-lombaire occupe les lombes et la portion hypogastrique de la paroi abdominale. Le plus souvent, la douleur est unilatérale; elle part des vertèbres lombaires et s'irradie vers la crête iliaque, vers le canal inguinal ou vers le milieu du ligament de Fallope et descend jusque dans le scrotum chez l'homme ou la grande lèvre chez la femme. Lorsque le nerf crural participe à la maladie, ce qui est assez rare, le malade accuse des points douloureux à la partie interne du genou, de la jambe et du pied. Le traitement ne diffère pas de celui des névralgies en général.

Pour toutes les considérations qui n'ont pas trouvé place dans cet article, voyez le mot Lombes.

La description des vertèbres lombaires sera donnée à l'article Rachis, et celle des ganglions lombaires à l'article Sympathique (grand). Padlet.

LOMBES (anatomie). , 75

LOMBARD (Claude-Akioike) . Cliirurgien militaire qui se fît un nom vers la fin du siècle dernier. Il était né à Dole en i 741 . C'est là qu'il fit ses études médicales. Mais quelques discussions avec ses conlrères l'obligcrent d'aller à Besançon, où il se fit conférer la maîtrise. Son mérite trioniphant des obstacles que lui suscitait son caractère âpre et intolérant, il revint àDôle même où il fut appelé à remplir leslonctious de chirurgien en chef des hôpitaux civils et militaires. Après avoir ensuite servi quelque temps dans les armées avec un grade supérieur, comme sa santé ne lui permettait plus de supporter les fatigues de ces rudes campagnes de la république, dalla à Strasbourg avec le titre de chirurgien en chef de l'hôpital mihtaire de cette ville, et dans celte position il put salislaire son goût pour la littérature médicale. Mais plusieurs attaques d'apoplexie l'ayant mis hors d'état de continuer ses fonctions, il se retira auprès de Paris où il mourut le 15avrdl8H.

Lombard a eu un grand mérite dont on ne semble pas lui avoir suffisamment tenu compte, c'est d'avoir pris surtout l'emploi de moyens médicaux pour base de sa thérapeutique en chirurgie. On lui doit d'avoir beaucoup insisté sur l'utifité des applications d'eau froide ou tiède dans le pansement des plaies et surtout des plaies contuses, d'avoir réhabilité l'emploi des sutures, etc.

I. Déterminer comment l'air, par ses diverses qualités, peut influer dans les maladies chirurgicales et quels sont les moyens de le rendre salutaire à leur traitement? XwPrix de l'Acad. de chir., t. V, p. 977. — II. Exposer les effets du mouvement et du repos, et les indications suivant lesquelles on doit en prescrire l'usage dans la cure des maladies chirurgicales (prix partagé avec Rheyne], Ibid., p. 662. — III. Diss. sur les évacuants dans les plaies récentes simples ou graves, suivie d'observations, etc. Slrasb. et Paris, 1782, in-8. — IV. Dissert, sur l'utilité des évacuants dans la cure des tumeurs, des plaies anciennes et des ulcères, précédée d'un supplément à une i^remière dissert. Stiasb. et Paris, 1785, in-8°. — V. Opuscules de chirurgie sur l'utilité et l'abus de la compression et la propriété de l'eau froide et chaude dans la cure des maladies chirurgicales. Strasb., 1786, in-S". — VI. Cours de chirurgie pratique sur les inaladies vénériennes. Strasb., 1790, 2 vol. in-S». — VIT. Remarques sur les lésions de la tête pour servir à l'instruction des jeunes chirurgiens. Strasb., 1791, in-8°. — VIII. Sur les fractures du crâne occasionnées par les coups de feu. IX. Instruction sommaire sur les pansements à l'usage, etc. Strasb., 1797, in-S". — X. Clinique chirurgicale relative aux plaies, pour faire suite, etc. Strasb., 1797, in-8°. — XI. Clinique des plaies récentes où la suture est utile et de celles oîi elle est abusive; avec une planche, etc. Strasb. et Paris, 1800, in-S". — XII. Clinique chirurgicale des plaies faites par armes à feupour servir, etc. Lyon, Strasb. et Paris, 1804, in-8°. — XIII. Quelques articles insérés dans le Recueil des mém. de méd. milit. publiés par de Horne. E. Bgd.

LOMBES (région lombaire). § I. Anatomie. 11 est peu d'expressions en anatomie, en médecine et en chirurgie plus souvent employées que celle de lombes, soit pour les douleurs dont cette région est le siège, soit pour les opérations qu'on y pratique ou pour les abcès qui s'y développent; et cependant, chose remarquable, nulle part, dans aucun traité d'anatomie chirurgicale , il n'est donné une description de la région lombaire. On en trouve des descriptions partielles à propos de la paroi abdominale postérieure, de la colonne vertébrale, des rapports des reins, etc., mais on n'a pas encore songé à décrire une région lombaire comme on décrit une région sus-hyoïdienne, par exemple. C"est cette lacune que nous nous proposons de combler dans cet article.

La région lombaire est intermédiaire, en haut, à la région dorsale, en bas, à la région sacrée sur la ligne médiane, et à la région fessière sur les côtés ; en avant à la paroi abdominale.

Ses limites en haut et en bas sont nettement tranchées : eu haut, elle a pour

76 ' LOMBES (anatomie).

limite le bord inférieur de la dernière côte; en bas, le rebord supérieur de la crête iliaque dans sa moitié postérieure. Ses limites en dehors sont beaucoup plus difficiles à déterminer, et jusqu'à présent il n'y en a pas eu de fixées ; il semble que la région lombaire doive être limitée en dehors par le relief que forme le bord externe de la masse sacro-lombaire; mais c'est là une erreur, car la hernie de J.-L. Petit, par exemple, désignée encore sous le nom de hernie lombaire, est assez loin de ce bord. La limite de cette l'égion eu dehors doit être anatomiquement déterminée par le bord postérieur du muscle grand oblique de l'abdomen.

Ainsi comprise, celte région est parfaitement naturelle et susceptible d'une description spéciale.

La région lombaire est divisée sur la ligne médiane par la série des apophyses épineuses lombaires en deux parties latérales à peu près symétriques ; elles le seraient complètement si ce n'était le rapport du rein droit qui descend un peu plus bas à droite qu'à gauche à cause de la présence du foie.

Chacune de ces moitiés représente un quadrilatère dont un côté supérieur, l'autre inférieur, le troisième interne et le dernier externe ; les deux côtés supérieur et inférieur sont courbes et leur concavité regarde en bas ; le bord interne est vertical ainsi que l'externe, qui est beaucoup moins long. Les deux moitiés envisagées ensemble représentent un vaste quadrilatère dont le diamètre transversal est beaucoup plus grand que le vertical ; les bords de ce quadrilatère sont les deux dernières côtes en haut, les deux crêtes iliaques en bas et sur les côtés les bords postérieurs des deux grands obliques de l'abdomen.

Toutes les parties molles contenues dans l'aire de cet espace, depuis la peau jusqu'aux viscères abdominaux, constituent la région lombaire.

Considérée extérieurement, la région lombaire présente sur la ligne médiane une gouttière étroite au fond de laquelle est le sommet des apophyses épineuses lombaires ; sur les côtés sont deux saillies arrondies formées par les muscles de la masse sacro-lombaire ; en dehors de ces saillies, un méplat correspondant au muscle carré des lombes.

Les plans qui constituent la région lombaire sont ; 1° la peau ; 2° le tissu cellulaire sous-cutané ; 3<* l'aponévrose lombaire ; 4° un plan musculo-aponévrotique, se composant lui-même de plusieurs couches; 5° un plan profond ou viscéral. Des vaisseaux- artériels, veineux et lymphatiques, d'un intérêt secondaire, ainsi que des nerfs, se rencontrent entre ces différentes couches.

1" La peau de la région lombaire est remarquable par son épaisseur et son peu de mobilité ; elle adhère sur la ligne médiane aux apophyses épineuses lombaires, à'où la gouttière que nous axons signalée; elle n'est d'ailleurs le siège d'aucun processus pathologique spécial.

2" Le tissu cellulaire de la région lombaire est manifestement formé de deux feuillets, l'un plus superficiel, très-adliérent à la face profonde de la peau et pouvant contenir d'abondantes cellules adipeuses; l'autre plus protoud, en rapport avec l'aponévrose, et de forme lamelleuse. Je crois devoir signaler l'existence de plusieurs de ces lamelles extrêmement résistantes qui se détachent de l'aponévrose sous-jacente au niveau du bord externe de la masse sacro-lombaire et vont se continuer avec l'aponévrose fessière.

La couche lamelleuse du tissu cellulaire sous-cutané de cette région peut être le siège d'une affection curieuse connue 'seulement depuis un petit nombre d'années, grâce surtout aux travaux de M. Morel-Lavallée, je veux parler des épan-

LO.MUI'S (anatomie). "il

chements traumatiqiies de sérosité. La région lombaire est morne un des sièges de prédilection de cette lésion. Les conditions aiiatomiques de la production s'y rencontrent en effet : une peau résistante et pouvant glisser, par l'intermédiaire d'une couche lamelleuse, sur un planaponévrotiqae sous-jacent fortement tendu. Qu'un corps orbe et pesant puissamment mù vienne à rencontrer obliquement une région ainsi disposée, la peau se détache de l'aponévrose, et dans la cavité qui en résulte s'épanche un liquide que la cliniipie a appris n'être autre que la sérosité du sang. Ifn malade de mon service, à i'hôpilal Saint-Antoine, présentait dernièrement une lésion de ce genre ; un bloc de pierre avait froissé sa région lombaire, déterminé une excoriation très -légère de la peau, et un décollement de la face profonde reconnaissable au tremblottement caractéristique de ces sortes de poches.

5° L'aponévrose lombaire est la plus résistante du corps Immain, elle présente une forme bien déterminée, c'est celle d'une ellipse, ou mieux d'un losange dont le grand diamètre est vertical et le petit diamètre borizontal ; le premier s'étend de la dernière vertèbre dorsale à la troisième pièce du sacrum, le second va d'une épine iliaque postérieure d'un côté à celle du côté opposé; des quatre bords de ce losange les deux supérieurs, obliques de haut en bas et de dedans en dehors, sont les plus longs et donnent insertion aux libres du grand dorsal, d'où le nom d'aponévrose du grand dorsal qu'on donne en anatomie descriptive à l'aponévrose lombaire; les deux inférieurs, obliques de haut en bas et de dehors en dedans, donnent insertion aux iibres du muscle grand fessier. Nous connaissons déjà les rapports de la face postérieure ; par sa face antérieure, elle bride la masse commune des muscles sacro-lombaires et se confond même dans les gouttières sacrées d'une façon si intime avec l'aponévrose d'insertion de ces muscles, qu'il est impossible de l'en séparer ; de plus, elle adiière très-intimement sur toute la ligne médiane à la série des apophyses épineuses lombaires, circonstance qui, jointe à la saillie latérale des masses musculaires, donne à la région sa forme caractéristique.

L'aponévrose lombaire reçoit en outre par ses bords l'insertion de l'aponévrose du petit dentelé inférieur, celle du petit oblique et le feuillet postérieur de l'aponévrose du transverse.

Cette aponévrose, quoique très-vaste, n'occupe pas tout l'espace qui constitue la région lombaire; elle n'arrive pas, en effet, jusqu'au bord postérieur du muscle grand oblique de l'abdomen, vraie limite externe de la région. Qu'y a-t-il entre l'aponévrose et ce muscle? un petit espace triangulaire résultant de la direction différente des deux muscles grand dorsal et grand obh([ue. Le premier, en effet, est oblique de bas en haut et de dedans en dehors, le second est vertical. Ces deux muscles se rencontrant et se croisant à mi-chemin environ entre la crête iliaque et la dernière côte, laissent entre eux, en bas, un espace triangulaire dont lesboidssont : endehors, le bord postérieur du graml oblique: en dedans, le bord antérieur du grand dorsal ; en bas, le crôte iliaque. L'aire de ce triangle, d'étendue très-variable, suivant les sujets, est occupé par les fibres les plus postérieures du muscle petit obliiiue qui se trouve ainsi directement en rapport avec le tissu cellulaire sous-cutané et la peau. La paroi abdominale est bien moins résistante en ce point que partout ailleurs, et on conçoit aisément la formation, soit d'une éventration, soit d'une hernie. Cet espace est connu sous le nom de triangle de J.-L. Petit.

L'aponévrose lombaire enlevée, nous trouvons une quatrième couche, la

78 LOMBES (anatojhe).

couche mnsciilo-aponévrotique. Sur un premier plan, et de chaque côté de la ligne médiane est la masse sacro-lombaire, sur un plan pins profond et dépassant légèrement en dehors le bord externe des muscles lombaires est le muscle carré des lombes ; ces muscles sont en rapport avec plusieurs plans aponévrotiques que nous indiquerons.

La masse sacro-lombaire est l'origine commune des trois muscles qui remplissent à peu près exclusivement les gouttières vertébrales : le sacro-lombaire, le long dorsal et le transversaire épineux. Cette masse, qui prend naissance dans la région sacrée, occupe toute l'étendue de la gouttière lombaire et la déborde même chez les sujets vigoureux.

Elle prend son insertion sur les surfaces osseuses qui constituenf, la gouttière vertébrale, et aussi sur la face profonde d'une aponévrose brillante, nacrée, très-résistante, confondue en bas avec l'aponévrose lombaire et se terminant à la région dorsale. Nous avons déjà vu que cette masse musculaire est bridée en arrière par l'aponévrose des lombes ; son bord externe se trouve au niveau du dédoublement superficiel de l'aponévrose du muscle transverse, c'est-à-dire entre le feuillet qui va se continuer avec l'aponévrose du grand dorsal que nous avons déjà signalé et le second feuillet qui passe en arrière du carré des lombes, et que nous retrouverons dans un instant. La masse commune lombaire est donc enfermée de toutes parts dans une gaîne ostéo-fibreuse. Ce qu'il importe le plus de rappeler, c'est que le bord externe de cette masse musculaire constitue un point de repère essentiel pour le chirurgien appelé à pratiquer des opérations dans la région lombaire : c'est le long de ce bord, en effet, qu'il faut faire l'incision pour la néphrotomie, pour l'entérotomie lombaire, pour donner issue aux abcès périnéphrétiques, etc.

La région lombaire, pour l'anatomiste, est celle que nous avons délimitée, mais la véritable région lombaire chirurgicale est en dehors de la masse sacrolombaire ; elle correspond au méplat que nous avons signalé, en parlant de la configuration extérieure, au-dessus de l'os iliaque, et est comprise entre le bord externe de la masse conmaune et le bord postérieur du muscle grand oblique ; c'est cet espace fort important qu'il nous reste à décrire.

Après avoir enlevé la peau, le tissu cellulaire sous-cutané et l'aponévrose lombaire, à laquelle viennent s'unir l'aponévrose du petit dentelé inférieur, l'aponévrose du petit oblique et le feuillet superficiel de l'aponévrose du transverse, nous rencontrons trois plans : un plan aponévrotique, un plan musculaire et un deuxième plan aponé\Totique ; ces deux plans aponévrotiques sont le deuxième et le troisième feuillet de l'a|:onévrose du muscle transverse, et le plan musculaire compris entre elles est le carré des lombes.

Les aponévroses de la région lombaire ont donc la disposition suivante :

1'^ Du sommet des apophyses épineuses lombaires part une aponévrose résistante, la plus résistante de toute l'économie qui recouvre et bride la masse sacrolombaire et s'unit en bas avec l'aponévrose d'insertion de cette masse. Par ses bords, cette aponévrose reçoit l'insertion du grand dorsal en haut, du grand fessier en bas ; sur un second plan plus profond, elle reçoit l'aponévrose du petit dentelé inférieur et du petit oblique de l'abdomen, sur un troisième plan l'aponévrose du transverse.

2° Du sommet des apophyses transverses lombaires part un feuillet aponévrotique moins résistant que le précédent, mais cependant très-solide ; ce feuillet forme la paroi postérieure de la gaine destinée à la masse commune, re-

LOMBES (anatomie). 79

couvre la face postérieure du muscle carré des lombes, et va ensuite s'unir à la précédente au niveau du bord externe de la masse spinale.

5" De la base des apophyses transverses lombaires part un troisième feuillet aponévrotique à peine digne de ce nom, car c'est presque une toile celluleuse, qui tapisse la face antérieure du carré des lombes et vient s'unir aux deux feuillets précédents.

La description suivante, quoique non rigoureusement exacte, résume bien les dispositions qui précèdent : l'aponévrose du muscle transverse se divise en arrière en trois feuillets, un superficiel s'insérant aux apophyses épineuses, un moyen s'insérant au sommet des apophyses transverses, un profond s'insérant à la base de ces mêmes apophyses ; ces trois feuillets limitent deux loges : l'une postérieure pour la masse commune des muscles spinaux, l'autre antérieure pour le carré des lombes.

Après avoir enlevé le feuillet moyen de l'aponévrose du muscle transverse, on met à nu le muscle carré des lombes, dont on n'aperçoit cependant qu'une faible partie, car pour le voir entièrement il est nécessaire d'enlever la masse lombaire qui en recouvre les deux tiers internes environ .

Le carré des lombes est un véritable muscle intertransversaire, quadrilatère, aplati d'avant en arrière, épais seulement de quelques millimètres cà 1 centimètre. Ce muscle n'offre qu'une bien faible résistance à l'effort des liquides tendant à se faire jour par la région lombaire, tandis que l'aponévrose qui le bride en arrière résiste au contraire énergiquement.

Cinquième couche ou couche viscérale. Le muscle carré des lombes enlevé ainsi que la faible aponévrose qui le limite en avant, on aperçoit un vaste espace limité en haut par la douzième côte et en bas par la crête iliaque ; cet espace est entièrement occupé par le rein en haut et par le côlon en bas ; le rein occupe le tiers supérieur et le côlon les deux tiers inférieurs environ de cet espace. La partie du rein débordant la douzième côte eu bas et correspondant aux lombes est d'environ la moitié de cet organe ; il descend un peu plus bas à droite qu'à gauche. Je n'ai pas à m'occuper autrement ici de ces deux viscères, qui trouveront ailleurs leur descriplion ; je dirai seulement que dans toute l'étendue de la région lombaire, leur face postérieure, la seule qui fasse partie de la région lombaire, est entièrement privée de péritoine, d'où la possibilité d'atteindre le rein, de l'extii^per même, d'ouvrir le côlon lombaire sans intéresser la grande séreuse péritonéale; d'où encore la saillie à la l'égion lombaire des abcès qui prennent origine dans le rein ou dans le tissu cellulaire qui l'entoure.

En avant du carré des lombes, en dedans du rein et du côlon, se trouve le muscle .psoas couché sur les côtés de la colonne vertébrale, mais ce muscle fait réellement partie de la cavité abdominale et non de la région des lombes.

Vaisseaux etnerfs de la région. Rien d'intéressant à noter sous ce rapport; les artères viennent, partie de l'aorte, partie de l'artère iléo-lombaire, et les veines suivent un trajet correspondant. Les vaisseaux lymphatiques sont superficiels et profonds, les vaisseaux superficiels aboutissent aux ganglions de l'aine, et les profonds aux ganglions.

Deux nerfs, branches du plexus lombaire, les deux abdomino-génitales, traversent obhquement la région de haut en bas et de dedans en dehors en croisant obliquement la face postérieure du carré des lombes. {Voy. Lombaire.)

Résumant tout ce qui précède, nous dirons que la région lombaire présente

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