LOMUES (pathoiogie
trois sous-régloiis très-distinctes au point de vue chirurgical, l'une interne, l'autre moyenne et la troisième externe.
L'interne correspond à la masse commune lombaire, la moyenne au carré des lombes, l'externe au triangle de J.-L. Petit.
Les plans anatomi»|Ues qui les constituent sont les suivants :
Soiis-rcgion interne : peau, tissu cellulaire sous-cutané, aponévrose lombaire, masse sacro-lombaire, gouttière vertébrale.
Sous-région moyenne : peau, tissu cellulaire sous-culanc, aponévrose lombaire, deuxième feuillet de l'aponévrose du transverse, carré des lombes, troisième feuillet de l'aponévrose du transverse. Ce sont ces dilférents plans que le bistouri rencontrera, soit pour ouvrir un abcès périnéphrctique, soit pour crJer un anus contre-nature par la méthode de Callisen.
Sous-région externe : peau, tissu cellulaire sous-ciilané, muscle petit oblique, muscle transverse et péritoine. Cette région est peu protégée par les coucl;es qui la forment, elle est de plus hmitée proJ'ondément par la séreuse périlonéale; le bistouri doit donc s'en écarter, et pour cela se rapprocher le plus possible du bord exterrie de la niasse sacro-lombaire.
g IL Pntiiologîc. La région lombaire est le siège d'un certain nombre d'affections qui lui sont propres : ainsi le lombago, la heruie lombaire, etc. ; elle est également le siège d'opérations spéciales : l'entérotomie lombaire, la néphrotomie par exemple. Nous allons étudier successivement: 1° la lombalgie ou douleur des lombes; 2" les tumeurs de la région lombaire; 3° les opérations qu'on pratique dans la région.
I. Lombalgie est une expression que nous proposons de substituer au mot lumbago. Kous voyons à cela l'avantage qui suit: lumbago signifie seulement, dans le langage médical actuel, rhumatisme de la région lombaire. Le mot lombalgie signiliant douleur des lombes, n'est qu'un symptôme commun à un certain nombre d'états morbides dont il constitue le caractère commun.
Ainsi envisagée, la lombalgie reconnaît un nombre assez grand de causes pur rapport auxquelles on peut la diviser comme il suit :
1'^ Lomb-^laie traunialique ;
2° Lombalgie rhumatismale ;
3<* Lombalgie idiopathicpe ;
4" Lombalgie symptomatique ;
h° Lombalgie sympathique.
Nous ne pouvons décrire ici, bien entendu, toutes les affections qui donnent lieu à de la lombalgie ; nous nous proposons seulement, en parcourant les divisions précédentes, de présenter un court chapitre de pathologie générale ou plutôt de séméiotique.
1° Lombalgie traumaticjue. Je désigne ainsi ce qu'on appelle vulgairement tour de reins. C'est cet accident que nous observons journellement aux consultations des hôpitaux, caractérisé par une douleur très-vive, survenue brusquement dans la région lombaire à la suite d'un effort intense, celui qtii consiste surtout à soulever un fardeau. Au moment de l'effort, le malade a entendu craquer dans ses reins. Depuis ce moment, tout travail lui est impossible ; la pression directe est très-douloureuse, il en est de môme des mouvements de flexion, d'extension et de rotation du tronc. Cette affection purement locale est e.\emple de fièvre. Elle est sans aucun doute le résultat d'une rupture musculaire o!i oponévrotique de la masse sacro-lombaire, et persiste pendant le temps nécessaire à la cicatrisa-
LOMBES (pathologie). 81
tioR, c'est-à-dire une huitaine de jours. Cette espèce de lombalgie ne saurait être confondue avec aucune autre en présence des comménioratils.
D'autres lésions, telles que rupture du rein, fracturede la colonne vertébrale, etc., donnent certainement lieu à de la lombalgie ; mais ce symptôme ne jouant là qu'un rôle très-secondaire, nous croyons inutile d'insister.
Le traitement, à peu près unique à employer, consiste dans le repos et l'application d'un nombre plus ou moins grand, suivant la force du sujet, de ventouses scarifiées.
2° Lombalgie rhwnalismale . La lombalgie rhumatismale ou lumbago ou rhumatisme des lombes occupe la masse des muscles sacro-lombaires. Connue dans le rhumatisme musculaire en général, le lumbago se présente sous deux formes : la forme aiguë et la forme chronique.
Voici comment Valleix décrit le umbago aigu : « Les douleurs sont excessives à cause de la violence des contractions. Lorsque le malade, étant couché, veut se mettre sur son séant, cette douleur est très-intense ; elle l'est plus encore quand il veut s'étendre de nouveau sur son dos : la contraction musculaire pour reporter le tronc en arrière, se faisant trop brusquement, la souffrance est excessive ; le malade, malgré lui, se retient, ce qui augmente sa souffrance à cause des efforts qu'il est obligé de faire, et enfin, vaincu par la doidcur, il se laisse tomber comme une masse inerte en poussant un gémissement, il est obligé de garder le lit o\i il reste toujours dans la même position, le moindre mouvement est devenu impossible. »
Le rhumatisme musculaire chronique des lombes ne présente rien qui ne se rapporte au rhumatisme en général.
On a signalé un rhumatisme articulaire des lombes ; mais outre que celte affection est excessivement rare , il me paraît bien difficile de le distinguer du précédent.
La lombalgie rhumatismale, d'un diagnostic généralement facile, peut cependant parfois présenter de grandes difficultés. C'est lorsque la lombalgie est le résultat d'une lésion portant soit sur l'appareil urinaire, soit sur la colonne vertébrale, alors que cette lésion, à son début, n'a pas encore de caractères trèstranchés. C'est par exclusion seulement que le diagnostic sera alors possible. Nous verrons plus loin les caractères qui la différencient de la névralgie lombaire.
Comme traitement, on appliquera celui qui est indiqué pour le rhumatisme en général. {Voy. Rhumatisme.)
5" Lombalgie idiopathiqne. La lombalgie idiopathique ou essentielle n'est autre qu'une névralgie lombaire. L'affection qui donne lieu à la lombalgie a été décrite par Yalleix sous le nom de névralgie lombo-abdominale.
D'après cet auteur, elle est plus fréquente chez la femme que chez l'homme ; elle attaque plus souvent le côté droit que le côté gauche. Dans les cas qu'a observés avec soin Valleix, les nerfs envahis étaient évidemment les premières paires lombaires, et surtout la première. Tantôt l'affection n'occupait que les branches postérieures, tantôt elle gagnait les branches antérieures, et, dans ce dernier cas, il y avait une différence dans la forme de l'affection, suivant que la douleur se bornait en avant à l'hypogastre, ou qu'elle se rendait jusqu'au testicule ou à la grande lèvre.
Indépendamment de la douleur spontanée, qui ne diffère pas des douleurs névralgiques ordinaires, il existe une vive douleur à la pression. Ce mode d'exploration est fort important pour le diagnostic et permet de reconnaître plusieurs DiCT. Exc. 2" s KL ù
82 LOMBES (pAinoLOGiii).
points douloureux. D'abord le point lombaire, un peu en dehors des premièrcs^ vertèbres de ce nom ; le point iliaque, nu pen au-dessus du milieu de la crête de l'os des iles. 11 y a encore les points hypoyastricjue, inguinal ; on peut encore parfois constater un point scrotal ou de la grande lèvre et nji point utérin.
Pour reconnaître qu'une lombalgie est idiopatbique, il faut se rappeler les signes précédents et de plus rechercher si la lombalgie ne serait point le résultat d'une affection organique ou inflammatoire du voisinage. Comme pour le lumbago, le diagnostic, s'il ne s'impose pas en quelque sorte de lui-même, devra être fait par exclusion.
Quant au diagnostic entre le kunbngo et la névralgie lombaire, voici comment s'exprime Valleix dans son Traité des névralgies : « Dans les cas de douleurs musculaires des lombes que j'ai pu étudier, la douleur existait des deux côtés ; elle occupait la luasse des muscles sacro-lombaires et long dorsal, et ne s'étendait pas au delà. Ordinairement la pression était douloureuse à un faible degré sur les masses musculaires, mais dans une étendue plus large que dans la névralgie lombaire. Elle était principalement exaspérée parles mouvements de flexion et de redressement du tronc. Elle était faible ou nulle dans l'immobilité, à moins que la maladie ne fût très-aiguë. Les élancements, moins vifs que ceux de la névralgie, restaient fixes dans la région lombaire. »
Cette névralgie lombo-abdominale est souvent liée à la chlorose ou à l'anémie, il est donc utile de donner un traitement général, tel que vin de quinquina et préparations ferrugineuses. Le traitement local consiste principalement dans les vésicatoires volants. On a employé également la car.térisation transcurrente. Malgaigne a conseillé l'incision du col utérin. On pourrait utiliser avec avantage la méthode hypodermique.
4° Lombalgie symptomatique. La lombalgie est un symptôme commun à un assez grand nombre d'affections qui trouveront leur description en temps et lieu, et que nous ne ferons que mentionner. En première ligne nous plaçons les affections de la colonne vertébrale, ostéite, carie, nécrose, les affections de la moelle ou de ses enveloppes, puis les lésions de l'appareil rénal et périrénal, telles que néphrite, pyélite, cancer du rein, phelgmon périné[jhrétique, etc. La lombalgie est un des symptômes constants de la colique néphrétique. On l'observe également dans les maladies inflammatoires et organiques de l'utérus, etc.
La lombalgie symptomatique ne nécessite d'autre traitement que celle de l'affection qui lui donne naissance, aussi nous ne nous y arrêterons pas.
^''Lombalgie sympathique. Nous rangeons soiis ce chef la lombalgie qu'on observe au début de quelques maladies, telles que la fièvre typhoïde par exemple : au début des fièvres graves, il est rare que les malades n'accusent pas un sentiment de douleur et de brisure dans les lombes. On sait que la lombalgie est un des signes précurseurs les plus fréquents et les plus certains de la variole.
II. Des TUMEUiiSDE LA RÉGION LOMBAIRE. La région lombaire, comme les autres parties du corps, est susceptible de donner naissance à toute la série des tumeurs qui n'empruntent pas un caractère spécial à la région qu'elles occupent : lipome, fibrome, carcinome, abcès, etc., peuvent s'y développer. Cependant, en raison de l'anatomie de la région, du peu d'importance du système vasculaire, on conçoit que les tumeurs prenant leur point de départ dans ce système, y soient extrêmement rares.
Les tumeurs spéciales à la région lombaire sont très-limitées. Nous ne ferons que mentionner le spina bifida qui, quoique non spécial à cette région, s'y
LOMBES (pathologie). 85
montre cependant dans la grande majorité des cas. Il en est de même de l'épanchement traumalique de sérosité dont nous avons parlé au chapitre anatomie.
Nous ne trouvons en définitive à la région lombaire que deux tumeurs qui lui soient complètement propres : ce sont les abcès et la hernie lombaire, et quand nous disons les abcès, ce n'est pas très-exact, il faudrait mieux dire un abcès. En efl'et, à part les abcès chauds ou froids qu'on trouve là comme ailleurs, la région lombaire est plus spécialement le siège des abcès par congestion ; mais encore ces abcès par congestion ne diffèrenl-ils en rien des abcès ossifluents des autres régions. Il n'en est pas de même de l'abcès succédant phlegmon périnéphrétiquo qui emprunte à la i"égion tous les caractères, et présente par conséquent des caractères bien spéciaux.
Les tumeurs spéciales à la région lombaire se réduisent donc à deux : l'abcès périnéphrétique et la hernie loxihalre.
1" Ahcès périnéphrétique . L'abcès périnéphi'étique est le plus souvent consécutif à un phlegmon du tissu cellulo-adipeux périrénal. Il peut cependant succéder à mie inflammation du rein lui-même, des caHces ou du bassinet par suite de la présence de calculs. On a vu encore la psoïtis donner naissance à un abcès vjuant faire saillie aux lombes, mais cela est très-exceptionnel, car, dans l'immense majorité des cas, le pus de lapsoïLis suit la gaine du psoaset vient apparaître à la racine de la cuisse. Nous ne faisons du reste que signaler ces trois sources principales de l'abcès lombaire, car nous n'avons pas à décrire ici les affections qui lui donnent naissance. [Voy. Maladies du rein, Psoïtis.) Que le pus provienne de la fonte du tissu périrénal, de l'uiflammalion de cet organe, ou de la suppuration du psoas, lorsqu'il suit la voie lombaire il est d'abord situé en avant du muscle carré des lombes, il distend et traverse l'aponévrose antérieure de ce muscle, puis le muscle lui-même, son aponévrose postérieure, puis l'aponévrose lombaire, aiTive dans le tissu cellulaire sous-cutané et enfin sous la peau, qu'il finit par perforer si le chirurgien ne lui donne issue.
Le foyer purulent est donc limité en avant par la face postérieure du rein et la face postérieure du côlon lombaire, en haut par la douzième cote, en bas par la crête iliaque, en dedans par les apophyses transverses, en dehors par le bord postérieur du grand oblique. Le pus ne respecte cependant pas toujours ces limites, c'est ainsi qu'il peut se porter dans la cavité abdominale en ulcérant le péritoine, sortir par le côlon, se porter dans la fosse iliaque ou bien sous les côtes, traverser même le diaphragme et donner lieu à une vomique.
L'abcès lombaire se présente sous la forme d'une tumeur plus ou moins volumineuse, douloureuse à la pression, fluctuante. La fluctuation est assez difficile à percevoir au début, mais elle devient de plus en plus aisée à mesure que le pus se rapproche de la peau. La peau a conservé sa couleur normale, si ce n'est vers la fin, lorsque le pus va la perforer, elle devient alors rouge. La tumeur présente son grand axe vertical, elle est aplatie, ou uniformément arrondie si le malade est couché sur le ventre ; mais vient-on à le mettre sur son séant, le pus tombant dans la partie inférieure de la poche, fait une plus grande saillie au voisinage de la crèleiliaque. Ce qu'il importe de savoir, c'est que le pus vient se montrer au bord extrême de lamasse sacro-lombaire. C'est là qu'il faut chercher la fluctuation. Ajoutons que les symptômes généraux qui accompagnent la formation de l'abcès périnéphrétique, sont extrêmement intenses. Le diagnostic de ces abcès est assez difficile ; au début, il est même impossible, car si la présence des symptômes généraux permet d'écarter la lombalgie rhumatismale et la névralgie lombaire, on pourrait
84 LOMBES (pathologie).
croire à l'inciibalion d'une fièvre grave. Bientôt le diagnoslic peut être soupçonne' par le siège de la douleur, et il devient certain par l'existence de la fluctuation. 11 faut autant que possible reconnaître celle-ci alors qu'elle est encore profonde, car il y a un grand intérêt pour le malade à ce que l'abcès soit ouvert de bonne heure pour empêcher la migration du pus, et surtout son contact avec le péritoine.
Le pronostic de l'abcès périnéphrétique est sérieux ; cependant quand l'incision est faite de bonne heure, que la santé générale du sujet est bonne, la guérison est la règle.
Le traitement consiste presque tout calier dans l'incision qu'd convient de pratiquer aussitôt que la fluctuation est perçue. Le malade étant couché sur le côté ou sur le ventre, on fera une incision verticale en dehors du bord externe de la niasse spinale ; cette incision sera faite couche par couche, lentement ; arrivé au fond de la région lombaire, si le foyer n'est pas ouvert, il sera bon de déchirer les parties molles restantes, avec le doigt ou mieux le bec de la sonde cannelée, car le bistouri pourrait rencontrer la face postérieure du rein ou du côlon qui limitent ]3rofondément la région. Il s'écoule ordinairement une quantité énorme de pus (plusieurs centaines de grammes). Ce pus est de bonne nature, mais parfois trèsfétide. Une mèche et des cataplasmes constituent le pansement. Si le pus s'écoulait difficilement, si le foyer n'avait qu'une faible tendance au recollement, il conviendrait de faire des injections et des lavages antiseptiques pour empêcher l'infection putride et la fièvre hectique, terminaison rare, mais possible de cet abcès.
2° Hernie lonibaù'e. Jusqu'à ces derniers temps, la hernie lombaire était considérée comme une lésion excessivement rare, tellement rare qu'elle ne faisait pas l'objet d'une description spéciale. C'est ainsi que le professeur Gosselin ne la signale même pas dans son traité des hernies publié par M. le docteur Labbé. Ce n'est pas que le savant chirurgien n'y ait sojigé, mais il la considérait comme une maladie exceptionnelle et qu'on n'avait pas rencontrée depuis .j.-L. Petit, ensorte qu'elle ne méritait pas de prendre place dans le cadre nosologique. Malgaigue l'avait également peine à mentionnée. M. Hardy en a récemment présenté un exemple à l'Acddémiede médecine et M. Hippolyte Larrey aprofitédc cette circonstance pour publier dans un mémoire spécial ses recherches à ce sujet. Au lieu de quatre ou cinq exemples de hernie lombaire signalés par M. Hardy, M. Larrey en a recueilli et publié vingt-cinq. C'est donc le travail de M. Larrey qui va servir de base à cet article.
Nous avons soigneusement indiqué dans l'anatomie le petit triangle, dit triangle de J.-L. Petit, limité en avant parle bord postérieur du grand oblique, en arrière par le bord antérieur du grand dorsal et en bas par la crête iliaque. L'aire de ce triangle est occupé par les fibres du muscle petit oblique qui répond directement à la peau d'une part et de l'autre au péritoine dont il n'est séparé que par le transverse fort aminci en ce point. La paroi abdominale étant là moins épaisse que partout ailleurs, si l'on excepte la région des anneaux inguinaux, il n'est donc pas étonnant qu'elle cède sous l'influence des viscères refoulés par une pression énergique de cette paroi.
La hernie lombaire, que M. Larrey appelle encore costo-iliaque et M. Huguier sus-iliaque, est une tumeur située à la partie externe et inférieure de la région lombaire, au niveau du triangle de J.-L. Petit, et constituée par l'issue des viscères situés dans la cavité abdominale.
C'est à tort que l'on a attribué à J.-L. Petitla découverte de cette hernie. Nous
LOMBES (pathologie). 85
trouvons dans le mémoire de M. Larrey que la premièi-c mention de ce fait appartient à Paul Barbette. 11 cite encore le passage suivant extrait de Rencauîme de Lagarenne (IT'iô) : « Dolée parle d'une espèce de hernie qu'il nomme lombaire, dont il donne la situation entre les dernières des fausses côtes et la crête de l'os des lies, arrivée par la division des fibres des muscles obliques et du muscle transverse. Elle paraît si singulière, que l'on pourrait douter qu'elle eût jamais existé sans plaie qui l'eût précédée. »
M. Larrey la divise en spontanée et traumatique, la première se produisant comme les hernies inguinale et crurale sous l'inlluence d'un effort, et la seconde à la suite d'un coup porté sur les lombes ou d'un projectile reçu dans cette région. Cette dernière variété mériterait peut-être mieux le nom d'éventration lombaire que celui de hernie; tel est au moins le cas de M. Larrey. La hernie s'était produite à lasnite de l'extraction d'une lalle qui était allée se loger dans la peau des lombes et les symptômes signalés dans l'observation se rapportent plus à une éventration qu'à une hernie.
11 est bien difficde de décrire la constitution de la poche, car il n'existe qu'une seule autopsie rapportée par M. Larrey, et il n'y a aucun détad à ce sujet. Les muscles doublent-ils la poche ou bien leurs fibres sont-elles écartées ?î\ous ne sommes pas beaucoup mieux fixés sur le contenu de la tumeur. Deux cas peuvent seuls nous servir à cet égard, celui de Ravaton, dans lequel il existait de répi[iloon et au-dessous, trois circonvolutions de l'intestin grêle, et l'observation de M. Larrey, où le contenu était de l'épiploon.
L'apparition de la hernie peut se faire brusquement à la suite d'un effort comme dans l'observation de M. Hardy; elle peut se manifester lentement, ce qui était sans doute le cas du malade de M. Bouisson, dont l'histoire a été relatée par son interne, M. Grjnfelt, dans Montpellier médical de. 1866.
Le volume en est très-variable depuis celui d'une noix (Garengeot) jusqu'à celui des deux poings. (Hardy.)
Elle se présente sous la forme d'une tumeur molle, élastique, sonore ou mate, suivant le contenu, arrondie ou aplatie, réductible, sans changement de couleur à la peau. La réduction se fait très-aisément avec la main ; elle peut aussi se faire spontanément. Dans son observation, M. Cloquel a signalé l'augmenlalion de volume de la tumeur dans la station debout, sa diminution dans le décubitus dorsal, et sa réduction spontanée par la position du malade sur le ventre, à ce point qu'au lieu d'un gonflement une dépression devenait manifeste. Dans l'observalion de M. Hardy, après la réduction, on sentait une échancrure évidente palpable du rebord de la crête iliaque, échancrure qui avait sans doute favorisé le développement de la hernie.
La hernie lombaire est ordinairement indolente. Elle peut toutefois s'accompagner au moment de son apparition d"une douleur vive avec sensation de craquement. (Hardy, Cloquet.) Elle ne donne ordinairement lieu à aucun trouble digestif. Cependant, non réduite, elle peut devenir le point de départ de coliques, de nausées, de phénomènes d'étranglement véritable. Dans sa thèse de concours eu 1819, M. Cloquet rapporte le fait suivant auquel nous avons déjà fait allusion: un homme âgé de 75 ans, d'une bonne constitution, mais sujet depuis une vingtaine d'années à des maux d'estomac et à de fréquents vomissements, fait le 10 mars 1812, un effort violent pour soulever un matelas, et aussitôt, il éprouve une douleur vive dans la région lombaire droite, avec sensation de déchirement.
86 LOMBES (pathologie).
Cette douleur disparaît bientôt, mais pour reparaître deux mois après dans le même point, pendant un mouvement du malade pour se lever sur son lit. M. Cloquet, appelé le lendemain, constata les signes d'un étranglement hermau-e: coliques, nausées, vomissements, constipation, etc. Une tumeur siégeant entre la dernière côte et la crête de l'os iliaque présente tous les caractères d'une hernie incomplètement réductible, avec une douleur vive et continue dans la région iliaque et lombaire, selon la direction du cfecum et du côlon ascendant. Une ceinture bouclée, garnie d'une pelote débarrassa le malade de toute espèce d'accident.
La hernie lombaire, bien que très-facile à réduire ordinairement, peut cependani deven irirréductible. L'exemple unique d'irréductibilité a été rapporté par Ravaton dans son traité des plaies d'armes à feu, 1750. Voici ce fait très-intéressant que j'extrais du mémoire de M. Larrey.
Ravaton avait été mandé, en 1738, auprès d'une femme enceinte ayant, depuis trois semaines, une tumeur hémisj licrique à la région lombaire gauche, et vomissant, depuis son apparition, tout ce qu'elle prenait. Plusieurs médecins, successivement appelés, considéraient cet accident comme un effet de l'état de grossesse, en déclarant que la tumeur et les vomissements disparaîtraient, au terme de l'accouchement. Mais de la fièvre et quelques symptômes inquiétants firent consulter Ravaton, qui, en examinant avec soin la tumeur, constatales signes les plus caractéristiques d'une hernie ventrale irréductible.
N'osant d'abord tenter l'opération du débridement, il prescrivit, en vain, dilfé-
Tcnts remèdes, propres à faire cesser les symptômes d'étranglement. La malade
e supplia ensuite elle-même de tout entreprendre pour lui sauver la vie, et il
i-.'emprcssa de l'opérer, en présence des autres médecins convoqués exprès. Voici
comment il rend compte de cette opération :
« L'ineision des téguments et des muscles faite, quelques membranes et le sac herniaire déchirés, je découvris d'abord un dépôt de matière purulente qui s'évacua et me laissa voir une portion de l'épiploon altéré, suppuré, que je nouai et coupai tout de suite ; il y avait au-dessous trois petites circonvolutions des intestins grêles que je fis rentrer, parce qu'ils m'avaient paru dans l'état naturel, avec la portion de l'épiploon noué. Après avoir suffisamment dilaté la plaie et arrosé toutes ces parties d'un mélange d'huile et de vin tiède, j'appliquai dessus un morceau de linge fin trempé dans la même liqueur, plusieurs compresses mouillées d'eau-de-vie, et le bandage de corps pour soutenir le tout. Deux heures après, la malade fut copieusement à la selle, dormit dix heures d'un sommeil profond, garda les aliments que je lui ordonnai, et ne fut plus travaillée des vents, comme elle l'avait été, depuis le commencement de sa maladie, de façon que ses parents la crurent hors de danger. »
Mais la suite de l'observation nous montre que les accidents reparurent le lendemain, soit par la ligature de l'épiploon, soit par la sortie des intestins ; l'appareil fut levé, diificilement réappliqué ; les symptômes généraux, toujours graves, se calmèrent cependant, les forces épuisées se ranimèrent peu à peu, par un régime approprié; la hgature faite à l'épiploon se détacha, le onzièmejour, par la suppuration; et quoique les intestins fissent irruption, à chaque jjansement, quoique de la diarrhée survînt avec quelques vomissements et persistance de la fièvre, cet état si alarmant fut enfin modifié, puis améhoré, par les soins excelents de Ravaton pour sa malade. Le danger, encore extrême, parut moindre, du douzième au quinzième jour, et ensuite la diarrhée cessa, les vomissements se
■calmèrent, les pansements devinrent plus faciles, par la réduction graduelle des intestins et par la cicatrisation progressive de la plaie, qui fut enfin guérie tout à fait, deux mois et quelques jours après l'opération. Cette femme se rétablit ainsi peu à peu et accoucha heureusement.
Ravaton ajoute à ce fait si remarquable une très-judicieuse réflexion, que je crois devoir citer en termes textuels :
« Ce qui a rendu, dit-il, cette maladie rebelle et dangereuse, c'est qu'elle fut méconnue, au commencement et qu'on laissa passer un temps précieux, sans y apporter aucun remède. Si l'on eût tenté la réduction de la hernie, au moment qu'elle parut, et qu'on l'eût contenue avec un bandage, il ne serait point arrivé d'accident. Le succès de l'opération était bien équivoque, cependant elle a réussi; c'est pourquoi je conseille de tout tenter, pour sauver les malades, dans les cas désespérés. »
Le diagnostic de la hernie lombaire est extrêmement facile, le siège delà tumeur, sa mollesse, sa réductibilité rendant l'erreur impossible.. La seule tumeur qui présente des caractères analogues, est un abcès par congestion de la région lombaire, si ce dernier était réductible ; mais il suffit d'y songer pour éviter l'erreur. La fluctuation de l'abcès, les douleurs qui ont précédé son apparition, sa marche, l'état général du malade, etc., sont autant de signes qui conduiront aisément au diagnostic. L'erreur a cependant été commise. Le professeur Dolbeau a dit à M. Larrey avoir observé dans ces derniers temps chez une femme une hernie lombaire intestinale qui, prise pour un abcès, fut ouverte avec le bistouri et donna issue à des matières fécales. Le pronostic ne présente que peu de gravité, à condition toutefois de maintenir la hernie réduite pour éviter son développement exagéré et aussi les accidents possibles d'étranglement.
Le traitement consiste à faire porter au malade une ceinture dont la construction variera avec chaque cas particulier, mais sera toujours d'une application facile.
III. Opérations qui se pratiquent sur i,\ région lombaire. Les opérations spéciales que l'on pratique sur la région lombaire sont au nombre de deux seulement: la néphrotomie et l'anus artificiel par la méthode de Callisen.
Nous n'avons qu'à signaler ici ces deux opérations, car l'opération de l'anus artificiel a déjà été longuement décrite [voy. Anus artificiel), et la néphrotomie est une opération qui, dans le sens strict du mot, ne se pratique pas. L'incision du rein ne doit jamais se faire, à moins qu'un abcès volumineux développé dans son épaisseur ne vienne faire saillie à la région lombaire, auquel cas il faut se comporter comme nous l'avons indiqué à propos des abcès périnéphrétiques.
P. TlLLAUX.
IiOIllBO-ABD09lirVA.ii (Muscle). Voy. Transverse du bas-ventre.
LOMBO-COSIAL (Muscle). Voy. Dentelé inférieur.
LOMBO-HUMÉRAii (Muscle). Voy. DoRSAL (Grand).