MACHINE HYDRAULIQUE
La théorie complète de cette machine a été donnée par M. Riess [Annales de Poggendorf, t. CXXXI) ; elle repose sur la double influence (voy. Électricité), en vertu de laquelle un corps isolant, qui se meut entre un corps électrisé et une pointe conductrice isolée, peut, pour une vitesse suffisante, se charger sur sesdeux faces d'électricité de nom contraire à celle de la source ; en même temps, la pointe s'électrise comme le corps mobile, et l'extrémité opposée se charge d'électricité contraire. Ce cas est celui qui se présente dans la machine de iloltz. Considérons un élément du plateau mobile : en passant devant l'armature ja électrisée négativement, cet élément se charge d'électricité positive sur ses deux faces ; le peigne situé en face se charge du même fluide, et l'électricité négativeest repoussée à l'autre extrémité du conducteur. L'élément considéré garde son électricité positive jusqu'à ce qu'il arrive en face de la garniture opposée p'; cet élément agit par influence simple sur l'armature de papier;/, qu'il charge d'électricité positive, tandis que l'électricité négative s'échappe par la pointe pour neu* traliser le fluide du plateau ; le même effet se produit sur l'autre face, le conducteur communiquant avec le peigne reste chargé de fluide positif, tandis que le fluide négatif, qui s'écoule par les pointes, ramène le plateau à l'état neutre. Dès lors, l'armature jo' produit sur le plateau le même effet que la première, si ce n'est que c'est du fluide négatif qui y est réuni ; ce fluide va se neutraliser sur l'armature p, en même temps qu'elle y développe une nouvelle charge positive qui, à son tour, agit par double influence, et ainsi de suite. On voit, en somme, que chaque moitié du plateau comprend un des fluides qui y est développé par influence double de l'une des armatures, et qui sert à augmenter la charge de l'autre.
Cette explication rend compte des phénomènes que l'on observe lorsque l'ort tourne le plateau, et spécialement de l'augmentation d'effet que l'on obtient lorsque l'on a employé primitivement une faible charge.
Cette machine ne donne pas en général directement les étincelles, mais elle sert à charger des bouteilles de Leyde, qui sont constamment en rapport avec les conducteurs et qui se déchargent spontanément lorsque la tension électrique a atteint une certaine valeur. Une étude plus détaillée des effets produits dans la machine montre qu'en effet son emploi est plus avantageux lorsqu'il reste peu d'électricité libre sur les conducteurs, ce à quoi l'on arrive par l'emploi de condensateurs.
La machine de M. Bertsch est, comme la précédente, basée sur l'influence double ; elle est plus simple que celle de Holtz ; le plateau fixe n'existe plus, et les armatures seules subsistent. La théorie est à peu près la même, et nous n'insisterons pas davantage.
Dans ces machines, il ne faudrait pas croire que l'absence de frottement diminue la force nécessaire pour faire tourner le plateau : cette force est faible si les armatures sont à l'état neutre, elle augmente si l'on vient à charger l'une d'elles, et devient plus grande encore par l'augmentation de charge qu'elle prend par réaction. Le travail mécanique appliqué à la manivelle est transformé directement ici en électricité, comme dans le cas oîi il y a frottement, quoique d'une autre manière.
On peut encore obtenir cîe l'électricité à forte tension par d'autres appareils ; mais leur étude sera faite avec celle de l'induction [voy. ce mot), à laquelle ils se rapportent naturellement. C.-M. G.
Machine hydraulique . Voy. Presse hydraulique.
aucun
^ iÏACHiNE PNEUMATIQUE. La maclîine pneumatique est un instrument destiné à raréfier l'air dans un espace donné; on attribue son invention à Otto de Guencke (1630). Depuis cette époque, la machine pneumatique a subi de nombreuses et importantes modifications sans que le principe même subît changement : les divers appareils que nous allons indiquer successivement sont tous fondés sur Yexpansibilité des gaz.
Pour l'explication du jeu de l'appareil, nous supposerons une machine théorique dont les inconvénients pratiques seraient nombreux et qui est cependant la machine primitive telle que l'a conçue son auteur.
Soit V le vase dans lequel on veut raréfier l'air : il est mis en communication par le tube G (fig. 1 ) avec un corps de pompe dont une soupape S', qui s'ouvre de dehors en dedans par rapport à celui-ci, peut le séparer. Dans le corps de pompe se meut un piston ; une ouverture , également munie d'une soupape S s'ouvrant dans le même sens que la première, c'est-à-dire de dedans en dehors par rapport au corps de pompe, fait communiquer le corps de pompe et l'atmosphère : ces deux soupapes, qu'un léger effort suffit à déplacer, permettent librement, par suite, tout passage de l'air allant du réservoir V à l'extérieur, mais s'opposent absolument à tout mouvement en sens contraire.
Pour nous rendre compte de l'effet résultant du mouvement alternatif du piston, supposons d'abord celui-ci au bas de sa course, les deux soupapes étant fermées et l'air du réservoir .«;e trouvant à la pression atmosphérique. Si l'on vient à soulever le piston, la soupape S restera fermée en vertu de la pression atmosphérique qui pèse sur elle. Le vide tendrait à se produire entre le piston et le fond du corps de pompe, si la soupape S' cédant à la pression de l'air du réservoir ne s'ouvrait. Le gaz du réservoir se répand, en vertu de son expansibilité, dans le corps de pompe; mais occupant un espace plus grand que précédemment, sa pression reste constamment inférieure à celle de l'atmosphère et par suite la soupape S reste fermée. Le même effet se continue tant que l'on soulève le piston, vie telle sorte qu'à chaque instant la pression est la même dans le réservoir et dans le corps de pompe. Lorsque l'on vient à baisser le piston, la soupape S' se ferme, isolant ainsi l'air du réservoir qui reste à la pression qu'il avait atteinte.
La pression dans le corps de pompe augmente, puisque le volume diminue, et finit par égaler et même surpasser la pression atmosphérique, si nous supposons que la capacité du corps de pompe peut être réduite absolument à 0. La soupape S s'ouvre et l'air du corps de pompe s'échappe en partie et d'une manière continue ; rien ne s'opoose donc à ce que le piston vienne de nouveau toucher le fond du corps de pompe après avoir chassé tout l'air qui s'y trouvait et à ce que la soupape S se ferme. A partir de cet instant, si l'on soulève de nouveau le corps de pompe, on obtiendra le même effet que nous venons d'indiquer, c'est-à-dire que l'on fera passer une certaine quantité d'air du réservoir dans le corps de pompe, puis de celui-ci dans l'atmosphère. En continuant ainsi indéfiniment, si l'appareil était construit parfaitement, on pourrait diminuer indéfiniment la quantité d'air du réservoir et, par suite, sa pression. Il est facile de voir immédiatement que même en supposant ces conditions, impossibles à réaliser dans la pratique, on ne pourrait obtenir \e vide parfait, c'est-à-dire qu'on ne pourrait enlever la totalité de l'air du réservoir. Supposons en effet que la capacité du corps de pompe soit le quart de celle du réservoir ; on voit que chaque double course du piston a poureffet d'enlever le quart de l'air contenu dans le réservoir ; quelque petite que soit la quantité d'air qui reste dans celui-ci, un nouveau coup de piston n'en enlèvera jamais que le quart, si bien qu'il en restera toujours une certaine quantité.
Ce fait se déduit nettement d'ailleurs de la formule générale qui lie la pression de l'air dans le réservoir au nombre de coups de piston correspondant : Appelons V le volume du réservoir, v celui du corps de pompe ; soit H' la pression de l'air du réservoir lorsque le piston est au bas de sa course. H" la pression après une double course du piston, pression qui est la même que celle de l'air répandu également dans le réservoir et le corps de pompe lorsque le piston est au haut de sa course, comme nous l'avons vu, avant qu'il s'en soit échappé dans l'atmosphère. D's lors c'est la même masse de gaz qui occupait au commencement le volume V du réservoir sous la pression H' et qui, lorsque le piston est au haut de sa course, s'est répandu dans l'espace y -{-v et a acquis la pression H" ; comme l'air suit la loi de Mariette, on doit avoir :
d'où l'on déduit la formule générale :
Si nous appliquons cette formule générale à chacun des coups de piston, on aura successivement, en représentant par H la pression atmosphérique :
Hj = H ^ , après le premier coup de piston;
Hj = Hi îT , après le deuxième coup de piston;
H3 = Hj ;^ , après le troisième coup de piston.;
Hn = Hn iTj , après le n* coup de pislon;
les indices indiquant respectivement le nombre des coups de piston après lesquels on considère la pression. En multipliant ces équations membre à membre, et remarquant que les valeurs intermédiau-es H^, Hj.... Hn i se trouvant dans les deux membres, disparaissent et qu'il van équation, on obtient :
Les diverses pressions de l'air dans le réservoir sont donc les termes d'une
progi ession géométrique décroissante dont H serait le premier terme et ^
la raison. Comme on sait que si les termes d'une progress^ion géométrique décroissante deviennent aussi petits que l'on veut, ils ne peuvent jamais devenir nuls, on conclut qu'il en est de même de la pression de l'air dans le réservoir ; que l'on ne peut, par suite, arriver au vide parfait.
La formule et les conclusions précédentes ne sont applicables que dans l'bypothèse où le piston peut venir s'appliquer exactement contre le fond du corps de pompe de manière à en cbasser la totalité de l'air. Dans la pratique, on ne peut jamais arriver à ce résultat et il reste an intervalle que l'on s'elïorce de rendre aussi petit que possible au-dessous du piston, lorsque celui-ci est au bas de sa course. C'est l'espace nuisible qui a pour effet, comme nous allons le faire comprendre, de fixer une limite de la raréfaction que la formule précédente indique comme indéfiniment décroissante; l'effet de l'espace nuisible consiste à ce qu'à partir d'une certaine pression il ne passe plus d'air du corps de pompe dans l'atmospbère, ni, par suite, du réservoir dans le corps de pompe. Cet effet se produit lorsque, à l'instant oii le piston est au baut de sa course, l'air est assez raréfié pour que sa pression devienne justement égale à celle de l'atmosphère quand il se trouve comprimé dans l'espace nuisible. Cet air ne peut alors soulever la soupape et s'écbîipper ; U reprendra la même pression quand le piston aura atteint l'extrémité supérieure de sa course et, par suite, cette pression étant celle du réservoir, tout restera dans le même état que précédemment, et cet état persistera indéfiniment.
On peut trouver la Umite de raréfaction que l'on peut atteindre dans ce cas : apjielons x cette Umite et soit e le volume de l'espace nuisible. Cousidérons le moment oii la machine s'arrête, et occupons-nous seulement de l'air contenu dans le corps de pompe, puisque aussi bien cet air ne peut passer ni dans l'atmosphère ni dans le réservoir. On a donc une même masse de gaz qui occupe respecti\ement les volumes i; et e aux pressions jr et H ; en appUquant la loi de Mariotte on a immédiatement :
d'oiî l'on tire la pression limitée cherchée : (2) ^=^1'
Cette formule montre que l'on doit diminuer autant que possible le rapport de la ca[acité de l'espace nuisible à celle du corps de pompe. La formule générale (1) montre, d'autre part, que la pression diminue d'autant plus rapidement que la capacité du corps de pompe est plus grande.
Une machine pneumatique construite comme nous venons de le supposer pré- .senterait plusieurs inconvénients dont nous allons signaler les principaux.
11 est facile de voir que cotte machine exigerait un grand effort pour être mise en action, surtout lorsque la raréfaction aurait atteint une certaine valeur ; car en relevant le piston il faudrait déployer une force égale au poids d'un cylindre de mercure ayant pour base la surface du piston et pour hauteur la différence des pressions, exprimées en colonnes de mercure, à l'extérieur et à l'intérieur. Une force égale tendrait à abaisser le piston lors de sa descente, mais il faudrait dépenser un certain travail pour empêcher le piston d'être précipité sur le fond du corps de pompe et de détériorer l'appareil.
D'autre part, le poids des soupapes doit être vaincu par la difterence des pressions et malgré que ces soupapes soient rendues aussi légères que possible, il y
aurait dans leur inertie, particulièrement pour la soupape S', une cause d'arrêt dans la raréfaction de l'air ; la limite de la pression de l'air dans le réservoir serait égale à celle de l'air dans l'espace nuisible augmentée du poids de cette soupape S'.
}yous allons indiquer le dispositif de la machine pneumatique ordinaire et nous signalerons ensuite les modifications principales qu'on y a apportées.
La machine pneumatiue se compose de deux corps de pompe C et C (tig. 2) communiquant chacun avec un tube aboutissant d'autre part au réservoir. Les deux pistons marchent constamment en sens inverse; leurs tiates sont munies de crémaillères T ctT' qui engrènent avec un pignon situé entre les deux et auquel ou ■donne un mouvement alternatif à l'aide d'une double manivelle MM'. De cette façon les deux pistons sont rendus solidaires et la pression qui appuie sur l'un, lors de sa descente, aide l'autre à vaincre la pression qui s'oppose à son mouvement ascendant. 11 faut se rendre compte, du reste, que ces pressions ne sont pas détruites, mais qu'elles donnent une résultante passant par le centre du pignon cL qui appuie l'axe de celui-ci contre son tourillon. L'emploi de deux corps de pompe double d'ailleurs la rapidité de l'opération.
Les pistons sont composés de rondelles de cuir percées d'une lai'ge ouverture au centre et qui sont serrées les unes contre les autres et contre les parois du corps de pompe au moyen de deux plaques de laiton dd' et ee' (fig. 5) réunies par des boulons. La cavité centrale reçoit la soupape d'expulsion qui est très-légère et qui est maintenue en place à l'aide d'un ressort à boudin très-faible.
Fig. 2.
La soupape qui sépare le corps de pompe du réservoir a une forme particulier, son mouvement est hé directement à celui du piston même. Le tube de com raumcation aboutit sur la partie latérale du fond du corps de pompe et son cuver ture b est légèrement évasée ; la soupape a la forme d'un tronc de cône qui peut fermer bermétiquemenl» cette ouverture ; elle est fixée à la partie inférieure d'une tige verticale hh qui passe, à frottement dur, à travers le piston et vient surtir d'une petite quantité par une ouverture pratiquée dans la paroi supérieure du corps de pompe, sa course est d'ailleurs limitée à un très-petit espace par une clavette i qui traverse la tige et vient buter contre cette paroi. Lorsque le piston, au bas de sa course, est soulevé, il eutraîne la tige et la soupape, et la communication libre du réservoir au corps de pompe est ainsi établie automatiquement et, quelle que soit la différence de pression. La soupape, d'ailleurs, reste à uue faible distance de l'orifice pendant toute la course du piston. Lorsque celui-ci
vient à redescendre, il entraîne la tige et la soupape et ferme immédiatement le tuyau de communication de manière à empêcher tout retour de l'air du corps de pompe dans le réservoir.
Un robinet D établit ou interrompt, à volonté, la communication entre le réservoir et les corps de pompe, de manière à maintenir une pression constante dans le réservoir malgré les rentrées de l'air qui ont toujours lieu par les pistons. Mais C3 robinet doit en outre permettre la rentrée de l'air dans le réservoir en mettant celui-ci en communication directe avec l'atmosphère ; il présente une disposition spéciale que nous allons hidiquer et est généralement désigné sous le nom de clef de la macliine pneumatique : c'est un robinet à large boisseau (fig. 4) présentant une première ouverture V comme tous les robinets, mais en outre dans un même plan perpendiculaire à l'axe et à 90° de cette ouverture on distingue l'orifice d'un autre canal qui se courbe presque aussitôt parallèlement à l'axe et qui vient aboutir en m à la base du robinet opposée à celle qui porte la poignée ; cette dernière ouverture peut d'ailleurs cire fermée à 1 aide d'une tige métallique K
dont l'emploi n'est pas cependant indispensable, mais qui est utile parce que les surfaces ne sont pas absolument en contact. Les figures i, 2 et 3 montrent les diverses positions que peut prendre la clef: dans la position 1, le réservoir est en communication directe avec les corps de pompe ; en 2 il est entièrement séparé de ceux-ci et de l'atmosphère; enfin en o il communique avec l'air extérieur.
Sur le tube de communication, entre la clef et le réservoir, on place un manomètre [voy. ce mot) destiné à indiquer la pression de l'air à chaque instint. Ce manomètre consiste simplement en un baromètre à mercure mn placé sous une cloche communiquant avec le réservoir; à mesure que la pression dans la cloche diminue, le mercure descend dans le baromètre, il atteindrait le même niveau
Fig- 4.
à l'intérieur et à l'extérieur si l'on faisait le vide absolu : on évalue la raréfaction de l'air par la différence de niveau mesurée en millimètres. Le plus souvent, le baromètre que l'on emploie est à siphon et se réduit à un tube en U à deux branches égales (O^jlô environ) dont l'une est fermée et remplie de mercure à la pression normale, le niveau de ce liquide dans l'autre étant au bas de la branche; ce baromètre tronqué ne donne d'indications que lorsque la pression de l'air est inférieure à 0",i5 de mercure, ce qui est parfaitement suffisant dans tous les cas.
Le tube de communication qui aboutit aux corps de pompe est terminé à son autre extrémité par une partie filetée 0 sur laquelle on peut visser les ballons on les vases dans lesquels on veut raréfier l'air et qui ont été au préalable munis d'une douille à robinet. Ce tube débouche, du reste, au centre de la platine, plaque en glace parlaitement plane et polie, sur laquelle on pose des cloches R dont les bords inférieurs, usés à l'émeri, sont garnis d'un corps gras destiné à fdciliter l'adhérence; on peut donnera ces cloches des dimensions variables, suivant les usages auxquels on les destine.
Dans le cas où on doit maintenir le vide pendant un certain temps dans une cloche, on se sert de platines mobiles, fixées sur un pied et dont le tube central, muni d'un robinet, peut être mis en communication avec la machine pneumatique à l'aide d'un tuyau en caoutchouc fort qu'un fil de fer tourné en hélice à l'intérieur empêche de s'aplatir sous l'influence de la pression atmosphérique. Ces platines mobiles sont fort commodes et peuvent être employées avantageusement dans un certain nombre d'expériences de physique.
La machine pneumatique que nous venons de décrire peut, lorsqu'elle est bien construite, raréfier l'air jusqu'à ce que sa pression ne soit plus que de 2 millimètres. Cette valeur est plus que suffisante dans un grand nombre de cas; cepen-
MACULNE P^'EUMATIQUE. 609
mt il est nécessaire de pousser le vide plus loin dans quelques cas particuliers : n perfectionnement notable, apporté à la machine pneumatique par .M. Cabinet, îrmet d'atteindre mie limite inférieure.
Machine pneumatique de M. Bahinet. Nous avons dit que la cause de l'arrêt 3 ja'macliine pneumatique est la présence de Tespace nuisible dans lequel l'an- ; réunit sans pouvoir acquérir une pression supérieure à celle de l'atmosphère, i qui ne lui permet pas de soulever la soupape du piston et de s'échapper. i. Babmeta évité cet inconvénient par la disposition suivante :
Lorsque la machine, qui a fonctionné comme nous l'avons indiqué, a atteint la mite qu'elle ne peut dépasser, on tourne d'un quart de révolution un robinet uécial D (fig. 5) placé au point oîi le tube de communication se divise pour aller boutir aux deux corps de pompe. Dans i nouvelle position, et par suite de l'exitence d'un conduit percé à angle droit, 3 récipient communique seulement avec le orps de pompe C ; celui-ci est relié avec 'autre corps de pompe C par un tuyau qui raverse excentriquement le robinet et qui lébouche en t sous la soupajje unique de ce OTps de pompe. Lorsque l'on soulève le )istoa de C, l'air arrive du récipient on il este isolé lors de la course descendante par a fermeture de la soupape ; il est alors re- Fig. 5.
oulé dans l'autre corps de pompe, d'oiî
1 ne peut revenir dans le premier à cause de la soupape qui ferme le tuyau de ;ommunication : l'air ainsi introduit s'ajoutant à l'air qui se trouvait déjà dans l'eswce nuisible de C, la tension peut devenir assez forte, lorsque le piston sera au bas le sa course, pour que la soupape soit soulevée et qu'une partie de l'air vienne i s'échapper au dehors ; il peut arriver que la pression soit encore trop faible, îiais alors un second, un troisième coup de piston, amenant de l'air dans le même îspace, augmenterait la pression jusqu'à permettre à l'air de se dégager. Le même îffet se reproduit un certain nombre de fois, ce qui diminue la pression dans le 'écipient ; il arrive cependant un instant où la machine s'arrête : on peut se rendre îompte de l'effet qui se jToduit alors et calculer la pression limite que l'on peut atteindre. Soient, en effet, v ei e les capacités du corps de pompe et de l'espace auisible ; soient encore x la pression limite dans le réservoir, qui est aussi celle de l'air dans le premier corps de pompe au moment où le piston commence à descendre, et y la pression de cet air dans le second corps de pompe, dans les mêmes conditions : puisque la machine s'arrête, c'est qu'il ne passe plus d'air du second corps de pompe dans l'atmosphère, c'est-à-dire que l'air qui y est contenu atteint une pression juste égale à celle de l'atmosphère H, lorsqu'il est réduit ;iu volume de l'espace nuisible, ou que l'on a :
D'autre part, puisque l'air du premier corps de pompe ne passe pas dans le second, c'est que la pression est justement égale à \j lors([ue son volume est réduit à celui de l'espace nuisible. En appliquant de même la loi de Mariette, on a
WCT. ENC. 2' S. lil. y V 3^
et, multipliant ces deux équations membre à men^bre.
d'où
valeur plus petite que celle donnée par la formule (2), puisque - est une trèspetite fraction.
Le perfectionnement de M. Babinet j^iermet de pousser la raréfaction de l'air plus loin que la machine simple, mais les imperfections de construction ne permettent pas d'atteindre la limite extrême que nous venons d'indiquer. Lorsque l'on veut maintenir pendant un certain temps la raréfaction dans les environs de cette limite, il faut manœuvrer constamment la machine pour compenser les rentrées anormales qui se pi'odiiisent presque toujours, même dans des appareils très-bien construits ; cette précaution peut être inutile, si le vide n'est obtenu qu'à quelques millimètres.
Dispositions diverses de machines pneumatiques. Dans quelques cas, où l'on ne veut obtenir qu'une raréfaction assez faible, on emploie une petite pompe à
air entièrement analogue à la machine théorique dont nous avons parlé; par exemple, pour l'application de ventouses, soit locales, soit générales (ventouses^ Junod).
On a modifié en diverses parties la machine pneumatique que nous avons décrite : c'est ainsi que la machine de Bianchi (fig. 6) présente un seul corps de pompe à double effet ; le corps de pompe est fermé à ses deux extrémités et communique avec le réservoir par sa partie inférieure et par sa partie supérieure, le piston agissant en montant et en descendant ; les soupapes d'arrivée a, a' et d'exliaustion b, h' de l'air sont analogues à celles de la machine ordinaire ; la communication de la partie inlérjeure du corps de pompe avec l'air extérieur se fait par la tige T du piston qui est creuse ; enfin le corps de pompe oscille autour de tourillons inférieurs M, N, et le mouvement du piston est produit par la rotation d'un volant. Cette machine est très-puissante, d'une manœuvre plus commode que la machine ordinaire par suite de la substitution d'une rotation continue à un mouvement alternatif, et son emploi est indiqué lorsque l'on a à épuiser de grandes quantité d'air.
Dans la machine de Breton, qui diffère des précédentes par diverses dispositions, il y a surtout à signaler ce fait, que les soupapes d'expulsion sont mues
Fig. 6.
utoniatiquemenl; l'air peut donc s'échapper, quelque faible que soit l'excès de a pression sur la pression atmosphérique.
Il nous reste à parler d'un appareil (jui ne peut remplacer" les machines précéeutes dans tous les cas, mais qui est utile et indispensable dans quelques expéiences, et qui présente en outre l'avantage d'être peu coiiteux.
Machine pneumatique à mercure de M. Alverçjnial. Cet a[jpareil , cont 'idée, due aux académiciens del Cimeiito, a été appliquée d'abord par Geissler 1858), est construit cntièement en cristal ; il se com- )Ose d'un tube eu verre AB fig, 7), dont l'extrémité inérieure est en commimication avec un tube de caoutchouc CD, terminé par une boule de verre ouverte que l'on peut fixer à diverses hauteurs. Le tube ÂB présente à sa j artie supérieure un robinet à trois voies R, à l'aide duquel il peut communiquer, soit avec un entonnoir H en cristal, soit avec le tube horizontal E que l'on relie au vase dans lequel on veut raréfier l'air Lorsque l'on veut faire manœuvrer cette machine, on élève la houle D au niveau de l'entonnoir, après avoir donné au robinet la position qui met en communication directe le tube et l'entonnoir; le tube se remplit de mercure jusqu'en haut, ainsi que le tube de caoutchouc. On ferme alors le robinet R et l'on abaisse la sphère; dès que la différence de niveau a atteint 7G centimètres, le mercure descend dans le tube qui forme un baromètre dont D est la cuvette, et le vide parfait existe dans la cham- Fig. 7.
bre barométricpie ; on place
alors le robinet dans une position qui met en communicatioa les tubes B et E, une partie du gaz du réservoir arrive par le tube E et fait baisser le niveau du mercure. On replace alors le robinet dans la première position et ou soulève la sphère : le mercure remonte dans le tube en chassant le gaz qui s'échappe à travers l'entonnoir. Lorsque le niveau en revenu le même et que tous les gaz ont été chassés, on recommence l'opération, ce qui permet d'ex-
traire une nouvelle quantité d'air du réservoir. On peut continuer ainsi indéfini ment, chaque opération diminuant la pression, sans que rien arrête le jeu di l'appareil, puisqu'il n'y a pas d'espace nuisible; aussi peut-on atteindre ui degré de raréfaction très-avancé.
L'appareil ne peut servir avantageusement lorsque le réservoir a une grandi capacité, parce qu'il faudrait répéter l'opération un très-grand nombre de fois Mais on l'emploie exclusivement lorsqu'il s'agit de faire un vide presque parfai dans de petits espaces, par exemple pour la construction des tubes de Geissler On doit également substituer cet appareil aux machines que nous avons indiquées précédemment, lorsqu'il doit se produire un dégagement de vapeurs acides qu attaqueraient les pièces métalliques.
La machine pneumatique à merciu^e est également fort commode dans le cas oî l'on veut recueillir et analyser les gaz que l'on extrait du réservoir ; il suffit, en effet, de placer dans l'entonnoir H une petile éprouvette remplie de mercure pour recevoir les gaz qui sont chassés du tube baiométrique par le mercure, lors de l'ascension de la boule D.
Cet appareil aété employé spécialement par M. E. Fernet pour mesurer et analyser les gaz contenus dans le sang. A cet effet, le tube E était mis en communication avec un vase fermé d'ailleurs, contenant une quantité connue de sang et placé dans un bain-marie maintenant la température à 40" environ ; les gaz étaient reçus dans une éprouvette graduée.
Machi7ie de compression. Comme l'indique son nom, cet appareil est destiné à comprimer un gaz dans un récipient. Nous décrirons d'abord la pompe décompression, qui est en réalité une pompe aspirante et foulante. Elle se compose d'un corps de pompe dans lequel se meut un piston plein ; sa capacité communique, par deux tubes aboutissant au fond, d'une part avec le récipient, de l'autre avec un vase contenant le gaz que l'on veut comprimer, ou déboucltant simplement dans l'atmosphère si l'on doit opérer sur l'air. Ces tubes sont munis de soupapes permettant le mouvement du gaz dans un sens seulement, celui du récipient au réservoir, c'est-à-dire que la soupape du tube d'arrivée s'ouvre de dehors eu dedans, et celle du tube de refoulement de dedans en dehors. La machine est la même que celle de la figure 1 , seulement l'extrémité A communiquerait avec le récipient, et le tube G avec le gaz que l'on veut refouler. Si l'on soulève le piston, supposé d'abord au bas de sa course, on diminuera la pression dans le corps de pompe, et la soupape d'arrivée s'ouvrira sous l'influence de la pression extérieure; cet effet se continuera tant que montera le piston et jusqu'à ce que les pressions intérieure et extérieure soient égales. Quand on baisse le piston, la pression intérieure augmente et la soupape d'arrivée se ferme, mais celle de refoulement s'ouvre et le gaz passe en totahté ou en partie dans le récipient, dont il augmente la pression et où il restera lors du nouveau mouvement ascendant du piston, car la soupape de communication se sera fermée aussitôt.
Il y aurait à rechercher la loi qui lie la pression dans le récipient à s» capacité et à celle du corps de pompe, ainsi qu'au nombre de coups de piston ; il y aurait égelement à rechercher l'influence de l'espace nuisible : ces questions sont trèsanalogues à celles que nous avons indiquées au sujet de la machine pneumatique, et nous ne nous y arrêterons pas.
On a construit des machines de compression à deux corps de pompe, qui, comme forme générale et comme dispositions d'ensemble, rappellent la machine pneumatique ordinaire, sauf que les soupapes se meuvent en sens contraire;
MACUI.NKS (hyciÈlne). 613
d'autre part, le baromètre indicateur du vide est remplacé par un manomètre à air comprimé, et le récipient consiste en un vase de verre solidement relié à la platine par une cage en fil de fer et des boulons^ à cause de l'augmentation de pression intérieure qui tendrait à la soulever. Mais cet appareil est d'un mauvais Usage et n'est presque jamais employé ; il ne permet pas, du reste, de comprimer un gaz autre que l'air ; aussi lui préfère-t-on toujours la pompe à compression simple. Dans le cas où l'on veut opérer sur de grandes masses de gaz, on réunit plusieurs pompes qui toutes aboutissent, d'une part, parleurs tubes d'arrivée, au réservoir ; d'aulrc part, par leurs tubes de refoulement, au récipient où l'on veut avoir le gaz comprimé. Ces pompes peuvent être mues séparément ou reliées à un même arbre moteur par les tiges des pistons. Dans le dernier cas, il faut, poui la régularité de la marche, que les divers mouvements s.oient successifs, c'est-àdire que les pistons s'élèvent séparément et à des intervalles de temps égaux. Cette condition est absolument indispensable dans le cas où le récipient de gaz comprimé agit d'une manière continue, et, pour éviter les variations brusques de pression, il faut employer au moins trois pompes accouplées. C.-M. Gaiuel.
§ II. Chirurgie. En chirurgie, le mot de machines a un sens moins étendu que celni d'appareils. (Voy. ce mot.) Il signifie suitout un ensemble de moyens destinés à exercer sur certaines parties du corps des actions mécaniques de diverse nature; par exemple de pression, de redressement, de traction, de sustentation, de coaptation. On peut voir à l'article Lu.xatioss la liste des machines raaginées pour remédier aux déplacements osseux ; à l'article AxÉvr.vsMEs, celle des machines à compression artérielle. La machine de Sculter est un compresseur de la partie radiale ; celle de Thabert un compresseur de la jugulaire. Les corsets et lits orthopédiques sont des machines où l'on combine, en nombres divers, des actions de sustentation, de pression, d'extension, de torsion même. Ces diverses machines, dont il serait inutile de présenter ici l'énumération, sont étudiées au nom des maladies qui en appellent l'emfiloi. A, D.
§ m. Hygiène. Les machines destinées à remplacer ou à suppléer l'adresse ou les forces de l'homme dans une foule d'arts et d'industries, sont assurément fort anciennes, mais elles n'ont pris une extension véritablement immense et, pour ainsi dire, universelle que depuis le commencement de ce siècle, à dater du moment où la vapeur a été introduite comme agent moteur. Du reste, que le mouvement soit donné par un cheval, par une chute d'eau ou par le vent faisant tourner sur une roue à engrenage, à palettes ou à voiles, qu'il soit donné par la course d un piston marchant dans un cylindre sous l'impulsion de la vapeur alternativement dilatée et condensée, il doit toujours être transmis aux parties agissantes, métiers, meules, scies, marteaux, pompes, etc., par un système d'arbres, de pignons, de roues dentées, de poulies, etc., dont nous aurons bientôt à examiner les redoutables effets. La puissance de la vapeur, a encore été utilisée pour entraîner des vagons sur des rails en fer ou pour imprimer, à l'aide de roues diversement configurées, une marche plus rapide aux vaisseaux. Nous ne parlerons ici que des machines employées dans l'indnslric, renvoyant aux mots Chemins de fer et Navale (hygiène) tout ce qui touche l'adaptation de ces engins à la locomotion et à la navigation. Nous aurons aussi à parler des précautions à prendre au ])oint de vue de l'hyLiiène publique.
I. Hyciè.ne i.vDLSTr.iEi.LE. Lcs uiachines exercent sur les ouvriers dift'ércntes
614 MACHINES (hygiène).
influences dont il faut tenir compte ; il n'est point question ici de leurconslruction qui se rattache au travail du fer [voy. Fer (hygiène professionnelle)], mais seulement du rôle qu'elles jouent dans les manufactures. {Voy. aussi ce mot.) Il est bien certain que leur introduction dans les diverses industi ies venant remplacer brusquement un certain nombre d'ouvriers, jette, tout d'abord, ceux-ci dans la misère. Mais bientôt la baisse de prix des produits de fabrication, quels qu'ils soient, résultant de l'emploi des machines, rend plus prompt, plus facile, l'écoulement de ces produits ; la demande s'accroît dans une proportion rapide, les machines d'abord établies ne suffisent plus, il en faut incessamment de nouvelles, et comme elles ne fonctionnent pas seules, les bras inoccupés retrouvent bientôt de l'ouvrage; puis, les voilà à leur tour insuffisants, il en faut encore de nouveaux ; de là cette augmentation de la population autour des centres manufacturiers dont nous sommes témoins depuis plus de quarante ans, et ces plaintes sur le délaissement de l'agriculture qui, elle aussi, commence à avoir recours aux appareils mécaniques pour une foule d'opérations.
Au point de vue intrinsèque les machines faisant, dans beaucoup de circonstances, le travail le plus pénible autrefois accompli par l'homme, il en résulte un véritable soulagement pour celui-ci; une partie de la force mécanique qui n'est pas employée à faire mouvoir les appareils de travail, peut même, dans certains ateliers malsains, être uli'isée à les assainir par la ventilation.
Nous renvoyons à un mot spécial tout ce qui concerne les ouvriers en rapport immédiat avec la machine {voy. Chauffeurs) et nous abordons de suite l'objet principal de cet article.
Des ACCiDEjiTS produits par les îiAcniNES. A une époque où l'usage des machines était loin d'être aussi répandu qu'il l'est aujourd'hui, en 1852, un hygiéniste anglais, Thackrah, écrivait ceci: «Les accidents occasionnés par les machines sont beaucoup moins fréquents qu'on ne pouvait s'y attendre : les chefs de manufactures sont, en général, très-attentifs à recouvrir d'enveloppes de bois les arbres, les rouages et les autres parties dangereuses des appareils mécaniques. Chaque année on voit diminuer le nombre des tués et des estropiés. Dans une fabrique de lin occupant mille quatre-vingt-dix-sept personnes, deux accidents mortels seulement ont eu lieu dans les cinq dernières années ; dans une granJe manufacture où sont employés onze cents ouvriers on n'a pas eu un seul cas de mort par accident pendant les vingt ans qui viennent de s'écouler, ni même un seul cas exigeant l'amputation. 11 faut reconnaître que, dans certaines localités, on a signalé des blessures graves et même mortelles causées par les machines, mais ces malheurs seraient encore bien plus rares si des précautions convenables étaient prises partout pour envelopper les parties dangereuses des appareils. » {The Effects ofthe Arts, Trades, etc., p. 206. Lond., 1852, in-8".) Depuis lors l'autorité est intervenue et une surveillance rigoureuse a rendu les accidents pour ainsi dire exceptionnels.
Il n'en a malheureusement pas été de même chez nous ; dès 1 853, un rapport du conseil de salubrité de Troyes signalait la fréquence et la gravité des sinistres dans les i'abriques, et réclamait comme urgentes des précautions nécessaires pour y mettre un terme, ou, du moins pour les atténuer. {Ann. d'/ujg., 1"'*' série, t. XII, p. 5, 1854.) Mais c'est surtout au département du Nord, si riche en fabriques de toutes sortes, et dans lesquelles la vapeur joue un grand rôle, qu'il appartenait d'étudier la question sous toutes ses faces et d'indiquer les meilleurs moyens préventifs. Le conseil de salubrité siégeant à Lille n'a pas failli à cette mission;
MACHINES (hygiène). 615
un premier et très-remarquable rapport de M. Loiset publié dans le tome VII, des excellents comptes rendus de ce conseil, fut suivi de nouvelles réclamations reproduites, depuis, tous les ans, par M. Gosselet. Les chiffres donnés par ces honorables savants sont empruntés aux registres de l'hôpital de Bon-Secours de Lille, mais ils ne donnent pas la totalité des accidents observés dans cette ville, <lont la population ouvrière, employée dans les manufactures, peut être évaluée à huit ou dix mille âmes ; un grand nombre de blessés, la moitié à ce que pensent les médecins, étant traités à domicile ; ajoutons que les cas de mort instantanée n'y figurent point. Quoiqu'il en soit, il nous a semblé intéressant de réunir ces divers rapports pour les dix années 1844-53, d'en additionner les chiflres et d'en ■dresser une statistique. Le total des cas observés dans l'hôpital de Lille pendant les dix années précitées est de 629. Malheureusement les différents points que nous allons examiner ne sont pas déduits de ces 6^29 cas ; notre travail portant sur une série de rapports, ceux-ci nous présentent, pour ainsi dire, d'année en année, des notations nouvelles suscitées par des objections, des remarques diverses, etc., et qui ont exigé des enquêtes spéciales; mais, au total, les chiffres <jue nous allons examiner sont encore assez considérables pour emporter une signification précise. Remarquons d'abord que ces 629 cas pour dix ans donnent une moyenne de 62,9 par an, qu'il faut doubler, c'est-à-dire porter à 120 cas environ par an, pour avoir le total réel, ce qui représente un blessé sur 83 ou" vriers ; et il ne s'agit ici que d'une seule localité !
Fréquence des accidents suivant les sexes. Ici nous n'avons des renseignements précis qu'à partir de 1847, et sur 458 cas, nous trouvons :
Sexe masculin 260 ou 56,7 pour 100.
Sexe fémiain 198 ou 43,2 —
Ce chiffre assez élevé que présentent les femmes s'explique par leur grand nombre dans les différentes fabriques.
Fréquence suivant les âges, également 458 cas.
Au-dessous de 15 ans 188 cas ou 41,0 pour 100.
De 1.J ù 23 167 cas ou 36,4 —
De 23 à 40 60 cas ou 15,1 —
De 40 à 60 et au delà 45 cas ou 9,5 —
Cette tVéquence si grande chez les jeunes sujets ne tient pas seulement à l'étourderie inhérente à leur âge, mais à leur nombre et aussi à ce que, par leurs travaux, les enfants sont souvent en rapport avec les parties dangereuses des appareils mécaniques.
Des parties le plus souvent atteintes. Ici nous avons pour base les 629 cas, qui nous donnent les relations suivantes :
Membres supérieurs 548 ou 87,1 pour 100.
— inférieurs 47 ou 7,4 —
Tète, tronc 34 ou 5,4 —
Nature des accidents. « Les blessures occasionnées par les divers appareils recevant leur impulsion des machines à vapeur, ont un cachet spécial : toutes constituent des plaies confuses à des degrés divers, la plupart résultent d'une «ortc de laminage qui a broyé tous les tissus ; d'autres sont le produit d'arraché-
C16 MACHINES (hygilne).
ments violents; eii/în quelques-unes des plus complexes sont la suite de l'action de puissances formidables qui fracassent tout ou p.irtie de l'organisme. Leur gravité est généralement considérable et dépend de l'étendue, du nombre et de l'importance des régions atteintes : aussi trouvons-nous que celles soignées à l'hôpitc 1 Saint-Sauveur ont exigé un traitement moyen de trente-trois jours... Dans la plupart des cas de guérison, celle-ci n'a pu être obtenue sans la perte de fraction d'os ou, au moins, de parties molles, laissant après elles une gène pour le travail, en rapport avec l'étendue de la substance enlevée et l'importance de ses fonctions, j» (Loiset, loc. cit.)
Le tableau ci-dessous , constitué d'après 548 cas dans lesquels la nature da l'accident a été spécifiée, démontre l'exactitude des remarques de M. Loiset.
Contusions, plaies contuses 457 ou 85,1 pour 100.
Fractures 49 ou 8,9 —
Écrasements 19 ou 5,4 —
Piqûres, coupures 9 ou 1,6 —
Brûlures 14 ou 2,5 —
;ii8
Gravité des accidents. Nous avons pu constater pour les G29 cas les suites de ces blessures, et l'on voit avec satisfaction, qu'à part les cas de mort instantanée dont la liste n'a pu être donnée, la guérison est pour ainsi dire la règle.
Guéris 512 ou 81,2 pour 100.
Estropies 91 ou 14,4 —
Morts 26 ou 4,1 —
Causes des accidents. Nous abordons ici le côté le plus important de la question, car de la connaissance des causes découlent nécessairement les moyens d'y porter remède. De ces causes les unes résident dans les individus en rapport avec les machines, les autres dans l'aménagement et les dispositions particulières de celles-ci.
En tête des causes purement individuelles on n'avait pas manqué, tout d'abord, de signaler l'état d'ivresse, et en particulier d'accuser le lundi de ces sinistres • mais la statistique est venue donner un éclatant démenti à cette accusation ; en effet, 487 cas où les jours ont été notés, se répartissent comme il suit entre les différents jours de la semaine :
Lundi 75 ou 15,4 pour 100.
Mardi 84 ou 17,4 —
Mercredi 81 ou 16,6 —
Jeudi 81 ou 16,6 —
Vendredi 75 ou 15,4 —
Samedi 84 ou 17,4 — !
Dimanche 7 ou 1,4 —
Et chose assez curieuse, abstraction faite du dimanche qui n'entre ici que pour une proportion insignifiante, les trois premiers et les trois derniers jours de la semaine donnent des chiffres égaux ('240). Si maintenant nous nous reportons à l'âge des blessés, nous avons vu que la grande majorité est parmi les jeunes sujets, chez lesquels, par conséquent, les habitudes d'ivrognerie n'existent pas encore; mais alors surgit une nouvelle cause imputable à l'individu:
\i' imprudence ! Tel est en effet l'éternel reproche que l'on adresse au pauvre blessé. « L'imprudence, s'écrie généreusement JL Gosselet, partout et toujours imprudence ! Mais en vérité quand on songe que tant de mille ouvriers, ouvrières,
MACHINES (hygiène). 617
enfiuits, se trouvent dans la nécessité de passer leur vie au milieu des dangers qui les menacent de toutes parts, à droite, à gauche, en avant, en arrière, sous leurs pas, au-dessus de leurs tètes, on ne peut que s'étonner de ne pas avoir à déplorer des malheurs bien plus fréquents, bien plus graves encore !
« Admettons qu'avec une prudence extrême, avec une attention de tous les instants on puisse souvent les éviter ; mais cette défiance incessante n'est pas dans la nature, surtout de la part des jeunes enfants : c'est là qu'est réellement l'impossible, ailleurs il n'y a que des difficultés, il faut les vaincre; il faut veiller sur eux à leur insu, il faut que des dispositions particulières, que des prescrij.tions obligatoires suppléent à l'inattention des ouvriers ; il faut arriver à ce que, même volontairement, ils ne puissent se blesser dans leurs ateliers, » [Rapp. du cons. de saluhr. du dép. du Nord, t. Xll, p. 16, 1854.) »
Si l'on examine quels sont les ouvriers le plus souvent atteints, on voit que ce sont particulièrement ceux qui se trouvent constamment en rapport avec les parties les plus dangereuses et les plus compliquées des appareils mécaniques ; sur 458 cas où il est tenu compte du genre de travail, nous trouvons 178 fileurs ou filtiirs (les deux sexes réunis), ou 58,8 pour 100; rattacheurs ou rattacheuses, 101 ou 22 pour 100; soigneuses, cardeurs et peigneurs des deux sexes, 35 ou 2,0 pour 100, le reste ne donne que des nombres insignifiants.
« On ne saurait trop signaler, dit 31. Gosselet dans un autre rapport, que ce ne sont pas toujours les ouvriers occupés à leur métier, à leur besogne, qui se laissent prendre dans les engrenages ou sous les courroies, ce sont souvent des personnes étrangères au travail, des journaliers, des ouvriers venus du dehors pour un travad particulier, et, par cela même, peu habitués aux précautions; des enfants voulant agir par excès de zèle, au lieu et place de l'ouvrier principal. Voilà des faits que nous tenons à faire ressortir, car il est évident que les dangers peuvent atteindre tout venant, prudent ou non. » {Rapp., etc., t. Xllf, p. 22, 1855.)
Descendant encore p lus avant dans les détails de ces accidents, on apprend qu'ils se produisent surtout quand les ouvriers veulent faire certaines opérations, nettoyer des cardes ou rouleaux, graisser certains rouages, replacer des courroies, etc., pendant la marche de l'appareil; d'un autre côté on voit des imprudences assurément bien manifestes ; de jeunes ouvriers et ouvrières, s'amusant à se salir mutuellement la figure, allaient prendre avec leurs mains de la graisse noire entre les rouages d'une machine en mouvement, plusieurs eurent les doigts pris et broyés, mais c'étaient des enfants ! Nous verrons plus loin les moyens de mettre un terme à de pareils malheurs.
tixarainons maintenant ces appareils eux-mêmes ; quelles sont les parties qui doiment le plus souvent lieu à des sinistres? Cette circonstance notée dans 487 cas :i présenté :
Engrenages 340 cas ou 69,8 pour 100,
Couiroies . . , 36 cas ou 7,5 —
Cardes 15 cas ou 5,0 —
Koue de volée 15 cas ou ifi —
Manivelles 10 cas ou 2,0 —
Rouleaux, poulies, cylindres, arbres
tournants, etc 30 cis ou 6,1 •»
Autres parties -15
Les détails dans lesquels nous allons entrer sont pour la plupart extraits du rapport de M. Loiset, dont nous avons signalé plus haut l'importance
618 MACHINES (hygiène).
« Des documents officiels, dit-il, révèlent que le chauffeur a parfois reçu la mort ou d'affreuses brûlures par des jets d'eau bouillante provenant soit de soupapes, soit du soulèvement du couvercle du trou d'homme, à l'occasion de la rupture de l'une de ses brides, ou seulement de son mauvais assujettissement; soit, enfin par l'ouverture des tubes bouilleurs, opérée alors que la vapeur possédait encore de la tension. » {Voy. CHAUFFEuns.)
Il peut arriver aussi que les machines se brisent. Ces fractures sont dues, la plupart du temps, soit à des surcharges, soit à l'accumulation dans l'intérieur des cylindres d'eau provenant du conducteur ou de la chaudière.
Enfin, l'accélération de vitesse qui résulte du déclinchage instantané de tous les métiers au moment de la cessation du travail peut entraîner aussi des bris ou ruptures divers de la machine motrice.
Quelle que soit la variété du travail exécuté dans les diverses manufactures, le mouvement des machines est communiqué aux métiers par divers intermédiaires, qui sont, en général : 1° un arbre principal ou moteur; 2 ' plusieurs arbres verticaux ; 3" une suite de contre-arbres ou arbres de couche ; A° une série de courroies ou lanières; 5° des engrenages divers.
L'arbre principal ou moteur, toujours logé dans la cage de la machine, est ou placé à une grande hauteur ou entouré de maçonnerie de manière à être soustrait au contact des travailleurs; il est donc dans des conditions telles que tout danger immédiat est écarté. On a vu, cependant, pour une raison ou pour une autre, l'arbre se briser et causer des dommages assez considérables.
Les arbres verticaux, immédiatement commandés par le précédent traversent forcément les ateliers superposés que renferme l'établissement. Ils donnent souvent lieu à des accidents de la plus extrême gravité. Dans l'excessive rapidité de leur rotation, ils ne surprennent que trop souvent des victimes qu'ils saisissent par les vêtements, et auxquels ils donnent une mort horrible et instantanée. Les risques de cette nature sont d'autant plus grands que ces arbres sont placés plus près d'un mur ou d'un poteau ; dans des parties où la circulation est très-active, et que les pignons ou roues d'engrenage se trouvent à hauteur d'bomme.
Les contre-arbres n'offrent, par eux-mêmes, aucun danger, placés qu'ils sont à une grande hauteur vers le plafond , mais nous allons voir qu'ils peuvent, par l'iulermédiaire des courroies, donner lieu à d'effroyables accidents.
Les courroies ou lanières constituent un dernier élément du système de transmission destinés à l'aire mouvoir les appareils mécaniques; elles soni généralement très-nombreuses, présentent des dispositions variées; parfois verticales, d'autres fois horizontales, plus rarement obliques, traversant ainsi en tous sens les ateliers, elles exposent les ouvriers à des sinistres fréquents et meurtriers. Le plus communément, c'est lorsque la courroie s'échappant delà poulie du contrearbre, l'ouvrier cherche à la replacer sans faire arrêter la machine; alors l'une de ses mains se trouvant prise entre cette poulie et la courroie, son corps entraîné avec une effrayante rapidité va se broyer contre le plafond. Dans d'autres cas, c est en saisissant au passage les vêtements des travailleurs que les courroies occasionnent des accidents. L'obliquité des lanières doit, on le comprend, donner des chances plus grandes à ce dernier ordre de catastrophes que les courroies horizontales ou verticales.
Les engrenages variés et nombreux que présentent les différenles parties des machines, ceux qui font jouer chaque métier en particulier, sont, la statistique nous
MACHI^'ES (hygiène). 619
l'a démontré, l'origine du plus grand nombre des accidents, mais ayant, en général, une gravité infiniment moindre. Ces blessures ont presque toujours leur siège aux premières phalanges, elles occupent dans certains cas la totalité des doigts, parfois même la main tout entière, mais c'est très-exceptionnellement qu'elles atteignent les avant-bras.
Les sinistres sont surtout fréquents dans les fabriques, d'abord un peu restreintes, qui ont reçu des accroissements successifs ; l'encombrement des métiers et le mauvais aménagement des appareils mécaniques, expliquent très-bien cette particularité. Les métiers de cardage, de tirage, remarquables par la multiplicité des rouages, des cylindres dentés, etc., causent un très-grand nombre de blessm'es, mais le plus souvent peu graves. On a remarqué que, dans les filatures de lin, les accidents sont plus fréquents et plus sérieux que dans les filatures de coton ou de laine. M. Loiset attribue cette circonstance à ce que les premières emploient des machines plus grandes et animées d'un mou\ement plus rapide que les secondes. En Angleterre, le môme fait a été observé surtout dans les fabriques oij l'on fait usage des anciennes machines à teiller. La raison qu'en donne M. Maconchy, auteur d'un travail sur ce sujet, c'est que les manufactures de lin ne sont pas soumises à l'inspection, tandis que les autres le sont. {Dubl. Quart. Joum., t. XLllI, p. 65, 1866, et Ann. clhyg., 2° sér., t. XXYIII, p. 409, 1867.) Ainsi, dans un temps donné on a observé :
Accidents mortels
Blessures avec perte du membre
Blessures avec perte de l'usage du membre.