‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.56Chapitre 20 sur 80 · S.IO · texte numérisé non relu

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qu'une seule fois (tabl. n" 31); dans quatre cas, il était réduit à une portion de son extrémité supérieure qui ne comprenait pas toujours la tubérosité bicipitale {tabl. n'^^ 14^ 24, 26, 28) ; ordinairement la tète seule existait, maintenue en place par le ligament annulaire; quelquefois l'os était remplacé dans le reste de son étendue par une sorte de cordon fibreux qui en continuait le trajet jusqu'au carpe où il s'attachait (tabl. n" 24) ; trois fois nous avons vu le radius manquer seul (tabl. n"M7, 25, 30) ; dans deux autres cas il y avait en outre absence du pouce (tabl. n"^ 15, 27) ; mais huit fois sur seize, dont deux mains botes doubles, le radius, le premier métacarpien et le pouce manquaient simultanément (tabl. n°M6, 18, 19, 20, 21,22, 23, 29). Dans cette variété, on ne voit pas, comme dans la seconde, le pouce et son métacarpien faire défaut isolément ; ici l'absence d'un des doigts ou d'un des métacarpiens coïncide toujours avec celle du radius, ou tout au moins de ses trois quarts inférieurs, il n'en est pas de même du carpe : j'ai constaté sur une petite fille morte à l'hôpital des enfants (Tab. n° 51), que les os de l'avant-bras étaient normaux, tandis que le carpe faisait presque complètement défaut ; à la face palmaire, il était représenté par deux petits noyaux cartilagineux, l'un, interne, correspondant à l'os crochu, l'autre, externe, correspondant au trapèze, et qui servaient de point d'attache au ligament annulaire, mais ce fait est excessivement rare. En général, le carpe est assez complet; lorsqu'il ne l'est pas, c'est le trapèze et le scaphoïde ou le pyramidal qui manquent ; une seule fois nous avons noté que le scaphoïde, le semi-lunaire et le trapèze faisaient défaut simultanément; contrairement à ce qu'on pourrait supposer, l'absence fréquente du premier métacarpien n'entraîne pas toujours celle du trapèze, seulement dans ce cas, celui-ci est ordinairement peu développé. Enfin on voit encore le pouce exister sans son métacarpien, et s'articuler avec la face externe de l'extrémité inférieure du deuxième métacarpien (tabl, n°^ 24); les doigts sont en général bien conformés, excepté chez les fœtus monstrueux où on peut constater diverses anomalies dont nous n'avons pas à nous occuper

Le cubitus présente dans sa forme, dans son volume et dans ses rapports les modifications les plus intéressantes : sur la petite fille mentionnée plus haut, cet os offrait une particularité remarquable : son extrémité inférieure, placée sur un plan plus élevé de un centimètrQ que celui qui passait par le plan de l'apophyse styloïde du radius était reçue dans une espèce de cavité pratiquée sur côté interne du radius. Celui-ci envoyait au-dessous de la petite tête du cubitus une espèce de prolongement qui s'étendait jusqu'au niveau du côté interne de cet os, et qui le séparait du métacarpe, de telle sorte que ce dernier semblait s'enfoncer dans l'extrémité épiphysaire du radius. Ce fait est une exception; cependant on peut dire que le cubitus est souvent plus court, avec augmentation de volume de la diaphyse et des extrémités ; l'inférieiire a à peu près la forme et les dimensions de celle du radius dont elle rempht alors les fonctions (fig. 1 , 6) ; cependant cette extrémité conserve assez fréquemment ses proportions normales sans présenter de surface articulaire. La diaphyse est souvent aplatie , assez fortement arquée et convexe en arrière ou en dedans; quelquefois elle est comme tordue sur son axe, de sorte qu'en bas la face antérieure regarde directement en dehors ; cette face est, dans un certain nombre de cas, creusée d'une cavité plus ou moins profonde, de forme oblongue, dont le grand diamètre est dirigé tantôt parallèlement, tantôt obliquement, à l'axe de l'os; elle reçoit le condyle du carpe qui s'y trouve fixé par du tissu fibreux très-résistant (tabl. B,

11*» I6etfig. l"^^ 6). La main forme alors avec l'avaiU-bras mi ano^le ouvert, tantôt en avant, tantôt en dehors, et qui peut varier de l'angle aigu à i'an"lt, droit.

Enfin nous devons encore ajouter que l'humérus éprouve dans un certain nombre de cas la même inûuence malformatrice que le squelette de l'avant-bras (fig. 1'% i). Tantôt il est trop long, tantôt trop court : son extrémité inférieure est comme renflée ; le bord antérieur est très-saillant, et se continue en bas avec le bord externe de la trochlée qui descend plus bas que l'interne, ce qui est ordinairement l'inverse. La tubérosité externe est beaucoup plus développée que l'interne (fig. 1''% 2) ; elle ne présente pas de surface articulaire dans les cas où le radius manque , c'est à peine s'il y a quelque trace d'un condyle lorsque le tiers ou le cinquième de l'extrémité supérieure de cet os existe; la diaphyse est quelquefois légèrement cintrée. On rencoatrc aussi d'autres vices de conformation du côté des membres inférieurs, mais qui sortent de notre cadre, et qu'il nous suffit, par conséquent, de signaler, on les trouvera mentionnés dans les tableaux à la colonne des complications.

Les moyens d'union de la main avec l'avant-bras sont rarement mentionnés par les auteurs , cependant les renseignements que nous avons pu nous procurer sur ce snjet suffisent pour permettre de se rendre un compte exact des nouveaux rapports qu'affectent les parties, car il s'agit ordinairement d'une néarthrose, quelquefois même d'un simple accolement médiat du métacarpe, ainsi que Petit l'a mentionné et que j'ai eu occasion de l'observer sur une petite fille dont il a été déjà parlé (tableau B, n" 16, et D 31). Ledru mentionne un fait analogue; mais ici il n'y avait pas de radius et le carpe existait. Ce dernier était uni au cubilus par une masse ligamenteuse très-forte qui, partant surtout du tiers inférieur de la face antérieure de cet os, allait embrasser le carpe en totalité; il n'y avait pas non plus de cavité articulaire. Enfin, dans le cas rapporté par Petit, le carpe ne s'articulait pas avec le cubitus, bien que la tête de ce dernier os présentât une gorge profonde; il était simplement attaché par des membranes au côté externe de la partie inférieure de cet os; le tendon du cubital postérieur passait sur cette extrémité inférieure du cubitus sans y adhérer : à ce niveau, il était large, doublé d'un tissu de substances cartilagineuses, et allait s'insérer au bord interne du carpe par une aponévrose qui descendait jusqu'au cinquième métacarpien ; il faisait ainsi l'office du ligament latéral interne.

Fig. l.Tal)l. D, n" iô.

Membre supérieur droit d'un fœtus de 8 mon.

Humérus. — 2 Tubérosités externes. — 3 Tubérosité interne. — i Cubitus. — 5 Épiphyse cartilagineuses. — 6 Surface articulaire verticale creusse dans le cubitus. --7 Première rangée du carpe. — 8 Deuxième rangée du carpe. — 9 Métacarpiens. ,

Mais les exemples que nous venons de mentionner sont des exceptions ; ordinairement, la néarthrose est maintenue par de véritables ligaments dont la résistance est en harmonie avec les quelques mouvements que cette articulation peut exécuter.

B . Muscles . Première et deuxième variétés . Dans les deux premières variétés, les muscles ne présentent rien de particulier à noter ; ils paraissent complets et

n'offrent aucune apparence de raccourcissement, ni de tension tendineuse : cliez la petite malade de Follin , la région postérieure de l'avant-bras était atrophiée, le développement en était moitié moindre que celui de la région antérieure (tabl. A, n° 6).

Troisième variété. La troisième variété offre des anomalies et des lacunes qui souvent ne paraissent pas être la conséquence nécessaire de l'absence de certains os. C'est ainsi, par exemple, que non-seulement les radiaux, tels que les deux pronateurs, les deux supinateurs et le long fléchisseur du pouce font défaut, mais qu'il en peut être de même des palmaires, des long et court extenseurs du pouce, de celui de l'index et du petit doigt. Quelquefois encore le nombre des muscles qui manquent est plus considérable : sur une pièce conservée au

Membre supérieur gauche d'ua fœtus de 8 mois environ, niusée Dupuytreil (flg. ■"% 7, lU, (Musée Dupuytren, 541, E.) H, 12), nOUS u'avOUS trOUvé que

1. Sous-scapuiaire. - 2. Arièie huméraie. - ô. Nerf \q cubital antérieur, les fléchisseurs

médian. — 4. Biceps. —3. Triceps. — 6. Cubitus. — n • , r i j j • i

7. Cubital antérieur. - 8. Extrémité inférieure du SUpertlCiel et prOIOllddes dOlgtS, qui

cubitus. — 9. .Arcade palmaire superficielle. — pai'aisseiit raccourcis mais bien dé-

10. Tendons de» fléchisseurs superficiel et profond. — ^ , , ^ -, , •

11. Fléchisseur superficiel . - 12. Euenseur commun, vcloppes ; a la region externe et postérieure, l'extenseur commun des doigts et l'extenseur propre du petit doigt ; enfin le cubital postérieur très-gros dont le tendon large et épais se réfléchit à angle droit sur une gouttière profonde , creusée à la face postérieure de l'extrémité inférieure du cubitus. Prestat, sur un fœtus monstrueux dont il a donné la description, n'a trouvé au membre gauche qu'un muscle cubital distinct, tous les autres étaient confondus ; il n'y avait [-as de tendons pour la flexion des doigts ; tandis qu'à droite on rencontrait les muscles fléchisseurs subUme et profond, les cubitaux antérieur et postérieur, un extenseur commun (tabl. n°^ 20 et 21 ).

Parmi les anomalies, quelques-unes méritent d'être signalées. Petit a vu manquer le ligament annulaire antérieur du carpe (tabl. n° 16); les tendons du fléchisseur superficiel formaient à la région palmaire une large aponévrose qui s'insérait d'une part au cinquième métacarpien, et de l'autre, se terminait par

quatre tendons qui s'attachaient aux phalanges comme d'habitude. Chez la petite fille dont il a déjà été question (tabl. n° 3), il y avait à la face dorsale du poignet et de la main une disposition plus curieuse encore ; au-dessous de l'aponévrose normale, on trouvait une autre lame aponévrotique très-forte, réunissant entre eux les tendons de manière à leur donner la forme d'une patle d'oie ; ceuxci étaient fortement tendus de l'extrémité de la première phalange au hgament dorsal du carpe, auquel ils adhéraient tellement qu'ils ne semblaient en être qu'une expansion. Tous les efforts d'extension de la main allaient se perdre sur ce h^Tament qui avait conservé ses attaches normales ; tous les muscles existaient, mais pâles et peu développés ; tous les tendons étaient adhérents à leur gaine. A la face palmaire, le ligament annulaire du carpe laissait passer les muscles fléchisseurs sans y adhérer.

Quant aux muscles de la main, ils ne présentent en général d'autres anomalies que celles qui résultent de l'absence d'un métacarpien ou d'un doigt.

C. Vaisseaux et nerfs. Il n'y a aucun renseignement précis sur la disposition des vaisseaux et des nerfs dans les deux premières variétés, mais il n'en est pas de même pour la troisième. L'artère humérale (fig. 2"% 2) ne se divise pas, elle continue à l'avant-bras le trajet de la cubitale, et dans ce cas, la radiale est réduite à un très-petit calibre, ou bien la division se lait à l'avant-bras après que l'humérale a traversé la partie supérieure des muscles qui représentent les radiaux; la cubitale et la radiale continuent ensuite leur trajet sans rien présenter d'intéressant à noter, mais en général l'artère radiale est toujours filiforme, c'est la cubitale qui nourrit le membre.

Les nerfs médian et cubital réunis suivent, à partir du tiers hiférieur du bras le trajet du cubital (fig. 2'"% 3). Ce nerf accompagne l'humérale en se plaçant en avant et en dehors jusqu'au-dessous de l'épitrochlée où il la croise, et longe ensuite son côté interne et postérieur; arrivé au poignet, il se divise en deux branches d'égal volume ; l'interne se perd dans les muscles de l'éminence hypothénar, l'externe se subdivise en cinq rameaux qui fournissent les collatéraux des trois derniers doigts et le collatéral interne de l'index.

Le nerf musculo-cutané, de volume normal, au lieu de traverser l'aponévrose brachiale pour devenir sous-cutané, reste appliqué sur le bord interne du brachial antérieur, et descend entre ce muscle et le fléchisseur sublime dont il suit le bord interne. Le radial, lorsqu'il existe à l'avant-bras, est assez grêle, et suit à peu près un trajet normal; ordinairement, il se perd au niveau du coude dans les faisceaux musculaires de la région antéro-externe ; enfin, dans certains cas, le médian et le cubital ne présentent rien d'anormal dans leur trajet.

Étiologie. Le mode de ibrmation de la main bote doit être considéré : 1" après la naissance ; 2° avant la naissance.-

l. Après la naissance. La main bote acquise., ou celle qui se produit après la naissance, est ordinairement l'effet de la rupture de l'équilibre entre les forces musculaires qui meuvent la main dans des directions opposées. Cet équilibre est détruit, tantôt par le défaut d'action, tantôt par l'excès d'action d'une partie de ces muscles.

Le défaut d'action partiel des muscles de la main est une cause de main bote beaucoup plus fréquente que leur excès d'action. On l'observe dans les paraly&ies partielles, dans l'atrophie musculaire graisseuse progressive, et dans d'autres circonstances. M. Duchenne, de Doulogne (De V électrisation localisée)., en a publié des exemples intéressants, j'en ai luoi-mèmc cité ailleurs {Leçons sur l'appa-

DICT. ENO. 2's. IV. i2

1-eil locomoteur) des cas, dans lesquels une hémiplégie, datant de l'enfance, avail eu pour résultat, plusieurs années après, la formation d'un pied bot et d'une main bote. On trouve dans la savante thèse, de Robert, sur les vices congénitaux des articulations, la description anatomique d'un lait du même genre, recueilli par FoUin ; ce fait est celui que nous avons déjà mentionné dans Yafiatomie pathologique.

Ce n'est qu'à la longue que la main devient, dans ce cas, le siège d'une difformité véritable et permanente. Pendant longtemps, quoique privée d'un ou de plusieurs de ses mouvements, elle reste droite et souple, et si elle paraît un instant ditlbrme en retombant par son seul poids, il suffît de la moindre impulsion, d'une autre direction donnée à l'action de la pesanteur, pour lui rendre sa position et sa conformation naturelles. Peu à peu, les muscles restés à l'état normal, ou moins affectés que leurs antagonistes, se raccourcissent par l'effet de leur contraction tonique qui n'est plus contre-balancée par celle d«s muscles opposés, et retiennent la raain infléchie de leur côté avec une force toujours croissante, de manière à fixer le carpe dans cet état constant de déviation qui constitue la main bote. La déviation n'est d'abord qu'une attitude semblable à celle qui résulterait dans l'état sain, de l'action des muscles contractés. La traction continue de ces muscles finit par porter le carpe au delà des limites naturelles de ses mouvements sur l'avant-bras, et il se produit une subluxation du poignet. La pression subie par les os dans leur position vicieuse les déforme avec le temps ; et c'est ainsi que les inchnaisons des surfaces articulaires indiquées à l'article de YAnatomie pathologiqiie, de même que les changements qui sur^iennent dans les ligaments et les autres parties molles, dérivent, dans ce cas, de la seule perte de l'équilibre musculaire.

Le sens de la déviation est alors déterminé par le siège de la lésion des muscles. On peut, en quelque sorte, le prévoir o priori ; d'après les fonctions propres à chacun des muscles moteurs de la main, surtout si Ion s'éclaire des nouvelles recherches de M, Duchenne (de Boulogne) sur ce point de mécanique animale. Il est manifeste, en effet, que la divialion sera palmaire si la contractihté est éteinte ou affaiblie dans les deux radiaux et dans le cubital postérieur; qu'elle sera dorsale si, comme cela est b laucoup plus rare, ce sont les deux palmaires et le cubital antérieurqui ont perdu leur acioii.Lepn-mier radial externe et le cubital postérieur étant les agents essentiels des mouvement? latéraux, la perte d'action donnera lieu à la déviation cubitale, si elle atteint le premier, et à la déviation radiale, si c'est le second qui est affecté. Si la lésion ne porte que sur le second radial, extenseur direct, et sur le cubital postérieur, les fléchisseurs et le premier radial prépondérants produiront la déviation radio-palmaire. La lésion simultanée des deux radiaux externes entraînera, de la même manière, la déviation cubito-palmaire. Si le cubital postérieur ou le premier radial sont frappés d'inertie en même temps que les fléchisseurs, il y aura, dans le premier cas, déviation dorso-radiale, et, dans le second, déviation dorso-cubitale. Ces diltérentes variétés se rencontrent effectivement dans la pratique, et l'observation clinique confirme ici pleinement les données physiologiques.

L'excès d'action d'un ou de plusieurs muscles moteurs de la main produit des effets semblables à ceux que je viens d'indiquer ; seulement, ce ne sont plus les muscles sains, ce sont les muscles malades, qui inclinent la main dans le sens de leur action. Une irritation continue, prolongée, de ces muscles ou des nerfs qui les animent, peut, eu excitait leur contraction pathologique, donner lieu à leur

rétraction, et par suite à une main bote. C'est ce que l'on observe quelquefois dans les plaies, les ulcères, les abcès de l'avant-bras, dans les afiections irritatives des nerfs du membre supérieur , ou dans celles des centres nerveux euxmêmes. Ces dernières, néanmoins, produisent bien plus souvent la rétraction consécutive à la paralysie que celle qui dépend de la contracture primitive, cela tient à ce que les contractures sans paralysie, dans les affections des centres nerveux, sont en général aiguës, et ne durent pas assez pour altérer 1 1 constitution physique des muscles. Ainsi voit-on, dans la contracture essentielle de l'enfance, par exemple, le spasme musculaire produire toutes les apparences du pied bot et de la main bote , on croirait qu'il va surgir une difformité permanente ; il n'en est rien • tout disparaît en peu de jours, sans laisser de trace.

Distendus par des tumeurs de l'avant-bras, les muscles réagissent par leur élasticité vivante, et, devenus relativement trop courts, infléchissent la main de leur côté ; il s'établit une déviation qui persiste ou s'accroît avec sa cause. Delpech et Trinquier {Observations sur les difformités) ont vu des cals difformes de l'avant-bras, saillants à sa face palmaire, produire des effets analogues en soulevant les muscles fléchisseurs de la main et des doigts.

L'arthrite rhumatismale, les tumeurs blmches du poignet sont souvent accompagnées d'inclinaisons permanentes, de véritables déviations de la main. L'action musculaire joue bien ici son rôle , mais la rétraction n'y est plus aussi prononcée ni aussi constante, et la difformité dépend principalement des changements qu'ont subis les ligaments et les os.

C'est encore dans le squelette qu'il faut chercher la cause de lamain bote, quand l'inclinaison de la main n'est que le symptôme d'une luxation traumatique ancienne non réduite. Nous ne faisons qu'indiquer cette variété dont l'histoire est inséparable de celle des luxations du poignet.

Nous renvoyons également aux plaies et aux brûlures de l'avant-bras et de la main les déviations causées par des brides cicatricielles.

Létiologie de la main bote acquise rend raison, d'une part, de la fréquence relative de ses différentes espèces, et, d'autre part, de ses complications les plus or.linaires. Ainsi, au premier point de vue, les déviations palmaires sont les plus, communes, parce que les muscles de la région anti-brachiale antérieure sont les plus puissants, les moins exposés à perdre leur action, et les plus sujets à un surcroît d'excitation morbide. Ainsi, pour ce qui est des complications, on explique aisément parla lésion simultanée des muscles soumis à un même tronc nerveux, ou, par une affection étendue à plusieurs nerfs voisins d'origine, comment la rétraction des pronateurs se joint presque toujours à celle des fléchisseurs ; comment la rétraction des moteurs des doigts ajoute si souvent son influence à celle des muscles de la main, dans le développement de la main bote; comment on voit, avec la déviation de la main, des attitudes vicieuses du coude, de l'articulation scapulo-humérale, etc.

IL Avant la naissance. Il est très-rare que la main bote se présente, à la naissance, ainsi qu'il arrive si souvent pour le pied bot, comme un fait tout à fait isolé, indépendant, sans autre désordre organique, chez l'individu, que ceux qui sont inhérents à la difformité qui la constituent, sans lesquels elle n'existerait pas. C'est surtout par le manque presque absolu, à la main, de cette série de faits, si nombreuse dans le pied bot, que la main bote congénitale est beaucoup plus rare que le pied bot natif.

Le phénomène le plus étroitement hé aux déviations congénitales de la main,

c'est la paralysie plus ou moins étendue du membre, paralysie très-souvent incomplète et presque toujours inégale dans les divers ordres de muscles. Tandis que, dans le pied bot congénital, ces cas de paralysie ne constituent qu'une rare exception, ils sont pour ainsi dire la règle dans la main bote native. Il est bien ATaisenibJable que cette paralysie est l'effet d'une maladie intra-utérine analogue à celles qui entraînent le même résultat après la naissance. Cela paraît hors de doute s'il existe, en même temps que la main bote, d'autres traces non équivoques d'une affection antérieure des centres nerveux, telles que la paralysie d'autre.s tissus contractiles, l'état imparfait des organes de la parole, des sens, de l'intellect. Nul ne saurait dire si le fœtus a éprouvé dans ce cas des contractures convulsives, ou si la rétraction n'est qu'un simple effet de l'action tonique et du défaut d'élongation des muscles restés prédominants.

Il est très-probable que, dans certains monstres qui ont subi des lésions plus ou moins profondes de l'encépbale, la main bote est également due, suivant une supposition de Rudolphi, à laquelle les recbercbes de M. .1. Guérin ont donné plus de valeur, à l'influence morbide du système nerveux sur les muscles.

Cependant, il faut aussi tenir grand compte, dans l'étiologie de la main bote congénitale, d'une autre circonstance qui se rencontre fréquemment, comme on l'a vu dans VAnatoynie patJioloçjique; je veux parler du développement incomplet dos os, notamment de l'absence totale ou partielle du radius. Jôrg, en rapportant un cas de ce genre, en 1816, lui accordait déjà une grande part dans la formation de la main bote; car, disait-il, la moindre inégalité dans la traction exercée parles différents muscles suffit pour faire pencher une main si faiblement soutenue par l'avaut-bras. Nous irons plus loin : nous dirons, avec MM. Broca {Rapport sur une observation de M. Blin à la Société anatomiqtie) et Lannelongue {Thèse d'agrégation, 1869), qu'il n'est même pas nécessaire, en pareil cas, d'admettre une action inégale des muscles. Leur traction, en effet, étant supposée égale dans toute la circonférence du poignet, la main devra s'incliner dans le sens oii la résistance fera défaut ; ce ne sera que consécutivement que les muscles dont les attaches se trouveront rapprochées acquerront une brièveté anormale, et se montreront rétractés. Les choses peuvent assurément se passer ainsi dans un certain nombre de cas oii l'imperfection du squelette paraît être la première cause de la déviation de la main .

On pourrait, à la vérité, renverser les termes de la proposition, soutenir que c'est au contraire la rétraction musculaire, fait primitif, ou tout au moins le trouble de l'innervation auquel elle se he, qui s'oppose au développement du radius; ne sait-on pas que la rétraction musculaire déforme les os, les atrophie, et entrave le développement de toute la région du corps qui en est le siège? Mais, quelque spécieuse que puisse paraître cette explication, nous la trouverions tout à fait insuffisante. Elle confond l'atrophie générale d'un membre consécutive à la plupart de ses affections chroniques et le manque absolu de développement d'une moitié de son épaisseur, l'autre moitié n'ayant rien éprouvé de semblable ; elle implique l'existence d'une articulation normale qui aurait précédé la difformité, alors que fes faits anatomiques ne fout pas découvrir la moindre trace d'une pareille articulation. Elle ne rend nullement raison du développement exagéré du cubitus, quand sou extrémité inférieure supplée celle du radius ; enfin elle repose forcément sur la supposition d'une contraction morbide de muscles qui ont souvent disparu avec le radius, et dont l'existence antérieure est plus que problématique. Quant au rôle que jouerait ici 1 influence pathologique du système nerveux, nous

sommes loin de le rejeter d'une manière absolue, mais cette influence est un faif indépendant, distinct de la rétraction musculaire, et pouvant très-bien exister sans elle.

Ajoutons que l'explication de l'absence congénitale du radius et du pouce, par une maladie accidentelle du fœtus, serait peu conciliable avec la transmission de cette ectromélie par voie d'hérédité, transmission dont on connaît plusieurs exemles, et dont nous avons cité un nouveau cas à l'article Anatomie pathologique (tabl. n" 50).

Symptomatologie. Diagnostic, Pronostic. Les caractères extérieurs de la main bote acquise ou congénitale varient suivant la direction, le degré et les complicaticiis de la déviation, nous aurons donc à les examiner dans chacune des divisions principales que nous avons indiquées.

La main bote palmaire est la plus commune, surtout lorsque la difformité se produit accidenteUeraent : on voit alors, à l'extrémité d'un avant-bras amaigri, pendre une main également atrophiée. Le carpe forme avec les extrémités inférieures du radius et du cubitus un coude plus ou moins arrondi suivant le degré de la flexion, coude qni peut aller jusqu'à figurer un pilon comme on en voit un exemple au musée Dupuytren (n° 540) : il est vrai qu'il s'agit ici d'une rétraction cicatricielle par suite de brûlure, fait qui, à proprement parler, est en dehors de notre sujet. Indépendamment du degré de llexion, la forme du coude est encore modifiée par la situation du plan de la première rangée du carpe : lorsqu'il est un peu antérieur à celui de l'avant-bras, les extrémités inférieures du cubitus et du radius forment le sommet du coude qui devient très-proéminent ; par contre, en avant, c'est le bord antérieur de l'extrémité supérieure du carpe qui est sadlant (tab. A, n" 5). Il arrive assez souvent que dans ce cas la main ne pend pas : elle reste maintenue dans une position intermédiaire entre la flexion et l'extension, on voit alors, à la face dorsale, une dépression au niveau de la première rangée du carpe. A la face palmaire, l'éminence thénar est très-proéminente ; un sillon profond et très-étroit la sépare de l'éminence hypothénar qui est plus aplatie ; entre cette face palmaire et l'avant-bras, la peau présente deux plis transversaux très-accusés. La main est souvent immobile, les doigts à demi fléchis ne jouissent que de mouvements très-limités, latéralement ils sont nuls ; le pouce est ordinairement dans l'opposition complète, le premier métacarpien dans l'adduction. On peut étendre ou fléchir la main et les doigts ; pendant la fle.xion de la main, les doigts s'allongent, ils se plient, au contraire, lorsqu'on l'étend sur l'avant-bras : ces mouvements mécaniques sont dus, dans le premier cas, à la résistance tonique des extenseurs des doigts, et dans le second, à celle des fléchisseurs; les mêmes effets se produisent dans les mouvements spontanés du poignet lorsqu'ils sont conservés ; dans les paralysies infantiles, ces caractères s'observent pendant longtemps, mais ils s'effacent avec l'âge, et les articulations finissent par perdre complètement leur mobilité. A l'avant-bras, on trouve dans certains cas un relief fortement accusé, correspondant à la direction du grand palmaire et des fléchisseurs superficiel et profond (tabl. A, ii° 6) ; dans d'autres circonsfances, au contraire, on ne constate la rétraction d'aucun muscle ni la tension d'aucun tendon. La main bote palmaire offre rarement la flexion pure; elle se combine le plus souvent avec la pronation et une inclinaison sur un de ses bords (tabl. n°^ I, 2, 3, 4, 5, etc.).

Nous avons vu dans l'anatomie pathologique que la déviation dorsale de la mnin est r.ire : nous en avons en effet réuni un très-petit nombre d'exemples

dont un seul remonte à la vie intra-utérine (tabl. A, n«»4, 7, B 51) ; nous nous sommes expliqués sur l'origine probable des autres (Voy. Anat. -path.,^. 165). Dans le cas dont nous voulons parler, et qui se rapporte à une déviation dorso-cubitale (tabl. D, n"50), la main faisait avec l'avant-lDras un angle droit ouvert en arrière; elle restait dans une position mixte entre la pronation et la supination ; l'avantbras était demi-fléchi sur le bras, le bord cubital de la main tendait à se relever vers la face dorsale de l'avant-bras, on pouvait porter la main tout à fait dans la pronalion, mais on ne pouvait dépasser la demi-supination, et encore ces mouvements se passaient-ils dans l'articulation scapulo-humcrale. La face palmaire présentait l'éminence thénar effacée, tandis que l'éminence hypothénar paraissait plus saillante; les doigts étaient écartés les uns des autres; la première phalange était fléchie en arrière sur le métacarpe ; la seconde et la troisième étaient légèrement fléchies dans un sens contraire, et demeuraient invariablement dans cette position. La flexion était impossible en avant , les doigts ne pouvaient plus servir à la préhension, le pouce était étendu et semblait continuer l'axe de l'avant-bras, il conservait assez de mouvement pour permettre à la petite malade de saisir les objets entre lui et le bord cubital du second métacarpien et de la première phalange de l'indicateur. La main pouvait être facdement portée dans le sens de la difformité, en l'augmentant, mais tout mouvement tendant à la porter dans l'abduction était impossible. La face dorsale de la main ne présentait qu'une légère saillie au niveau de l'extrémité inférieure du cubitus. Dans les autres faits qui ont été recueillis chez des adultes, on constatait qu'à l'état de repos la main formait toujours avec l'avant-bras un angle variable ouvert en arrière, et qu'on pouvait la ramener en ligne droite avec l'avant-bras. On observait, en outre, deux saillies, l'une en avant, l'autre en arrière, dues tantôt au carpe, tantôt aux extrémités inférieures du cubitus ou du radius, suivant la position réciproque de ces parties osseuses; la mobilité de la main est quelquefois très-grande, puisque Smith cite une femme qui, malgré sa difformité, faisait de la dentelle avec une extrême agilité (B. Smith, Fractures et luxations, p. 240).

Des deux déviations latérales, l'externe ou radiale est la plus commune, surtout lorsqu'elle est combinée avec la flexion palmaire ; c'est à cette forme qu'appartiennent presque toutes les mains botes congénitales que nous avons réunies [Voy. tableaux n"* H, 12, et de 14 à 15). La main forme avec l'avant-bras un angle ouvert directement en dehors ou obliquement en avant et en dehors : cet angle varie jusqu'au point de devenir nul par l'accolement du bord radial de la main contre le bord externe ou antéro-externe de l'avant-bras. L'espèce de coude qui en résulte est arrondi et formé par l'extrémité inférieure du cubitus dont l'apophyse styloïde est quelquefois peu appréciable ; dans un cas, le coude présentait un angle mousse et était uniquement constitué par le carpe; nous avons insisté sur ce fait dans l'anatoraie pathologique. Quelquefois la main et l'avant-bras figurent une hache : le radius manque et l'extrémité inférieure du cubitus dépasse le bord interne de la main de plusieurs centimètres ; suivant le mode selon lequel le carpe est uni à l'avant-bras, la face palmaire regarde directement eu dedans, la face dorsale directement eu dehors, ou bien la direction de ces faces est mixte. Le pouce manque très-souvent, mais les quatre doigts qui persistent sont en général réguHers; quelquefois l'index est bifide; ce fait est très-rare, nous en avons trouvé un exemple (labl. n'' 21). Nous avons peu de renseignements sur les mouvements qui pouvaient exister dans la plupart des cas de main bote radialr et radio-palmaire que nous avons rapportés.

Rambeau a noté (tabl. n" 18) chez un entant mort du croup à sept ans et demi que la main gauche, privée de pouce et moins large que celle du côté opposé, exécutait des mouvements à peme sensibles, et qu'il en était de même des doigts et des phalanges, tandis que l'articulation du coude pouvait exécuter de très-légers mouvements de flexion et d'extension. Sur une petite fille de vingt-sept mois dont la main gauche, privée de pouce, était couchée sur la face antéro-externe de l'avant-bras, j'ai constaté que la main semblait exécuter les mouvements de flexion et d'extension, comme si un ressort était placé entre le métacarpe et l'extrémité intérieure du radius : les doigts jouissaient des mouvements d'abduction et d'adduction avec lesquels la malade pouvait saisir les objets, mais la flexion était molle.

La déviation latérale interne ou cubitale est très-rare ; mais elle est souvent liée à la flexion ou à l'extension, ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer. Robert a rapporté dans sa thèse (tabl. n° 9) l'observation d'une petite fllle de quatre ans et demi qui est peut-être le seul exemple incontestable de déviation cubitale pure remontant à la naissance. A ce moment, les avant-bras en pronation, légèrement fléchis sur les bras, venaient se placer au-devant de l'abdomen, les mains fortement dé\iées étaient en contact par leur bord cubital avec l'avantbras. Quatre ans et demi plus tard, les bras étaient devenus mobiles et pouvaient être écartés du tronc ; ils paraissaient sains, il en était de même du coude. La région postérieure de l'avant-bras était atrophiée, son développement était moitié moindre que celui de la région antérieure. On ne constatait la rétraction d'aucun muscle, ni la tension d'aucun tendon. Toutes les articulations offraient une mobilité anormale, notamment à la main gauche. On pouvait facilement ramener la main dans une position normale , mais aussitôt qu'on l'abandonnait à ellemême, la difformité reparaissait. La malade pouvait se servir d'une manière incomplète de ses membres supérieurs : ainsi il lui était difficile de porter les mains et en particulier la main gauche derrière la tête; elle saisissait facilement les petits objets; mais ils s'échappaient bientôt, comme si les muscles ne pouvaient agir longtemps.

Enfin, pour terminer, nous mentionnerons le fait de Desprez (tabl. n'^ 50). Dans ce cas encore, les doigts conservaient des mouvements latéraux, mais la flexion était iiuUe.

Le diacjnostic différentiel de la main bote ne présente pas en général de difficulté. La forme et la direction du membre sont telles qu'elles frappent le regard, et ne peuvent laisser d'incertitude. 11 faut surtout s'attacher à rechercher la cause qui a donné naissance à la difformité ; si elle est acquise, on s'appuiera sur des renseignements fournis par le malade; on examinera l'ensemble et la marche des symptômes pour savoir s'il ne s'agit pas d'une contracture ibumatismale, d'un spasme aigu de l'enfance, etc. Nous avons vu à l'étiologie ijue c'est le défaut d'action d'une partie des muscles moteurs de la main et des doigts qui est la cause la plus fréquente de la main bote acquise. Nous avons indiqué à ce propos quels sont les muscles dont la paralysie détermine chacune des formes de la déviation; les détails dans lesquels nous sommes entrés nous dispensent d'y revenir, mais le système musculaire n'est pas seul enjeu. On devra s'assurer en outre de la conformation des os par le toucher, et détenniner la position de chacun d'eux : cette étude est souvent impossible pour certains os du carpe qui sont atrophiés , mais on pourra constater la présence ou l'absence du radius, du carpe, d'un métacarpien ; on appréciera la disposition des articu-

18i MAIN BOTE.

lations, leur degré de mobilité, les rapports de leurs surflices. On examinera ainsi les articulations des doigts, du poignet, du coude et même de l'épaule, afin de ne pas se laisser induire en erreur par des mouvements qui paraissent être exécutés par une articulation, tandis qu'en réalité ils le sont par une autre : telles sont la pronation et la supination qui, dans un cas que nous avons cité déjà, se jiroduisaient par des mouvements de l'articulation scapulo-humérale. On recherchera enfin les complications qui résultent des vices de conformation que nous avons étudiés en détail dans l'anatomie pathologique, à laquelle nous renvoyons, et qui malheureusement rendent si souvent impuissants tous les efforts du chirurgien. Nous pensons cependant que, dans un certain nombre de circonstances, le. pronostic de la main bote, même congénitale, peut être relativement favorable ; nous venons d'en citer un exemple, d'après Robert. L'art, dans ce cas, pouvait intervenir utilement, sinon pour faire disparaître complètement la difformité, au moins pour en limiter les progrès, empêcher la déformation des surfaces articulaires de se produire, ainsi que le raccourcissement des ligaments et des muscles; c'est au point de vue du service à rendre qu'il faut se placer, toutes les fois qu'on doit se prononcer sur le traitement d'une difformité. Sous ce rapport, et dans les limites que nous allons indiquer, l'orthopédie joue un rôle important dans l'histoire de la main bote.

Traitement. Rendre à la main sa direction et sa position normale, rétablir ou conserver ses mouvements ; tel est le double but que l'on doit avoir en vue dans le traitement de la main bote. Le bon état des mouvements a ici plus d'importance qu'au pied. Celui-ci, une fois redressé, 1 ut-ce aux dépens de sa mobilité, rendrait encore de grands services comme base de sustentation. Privée de mouvement, la main, au contraire, n'est presque plus propre à aucun usage. Malheureusement, les complications de la main bote constituent sous ce rapport, dans le plus grand nombre des cas, un obstacle sérieux au succès de son traitement.

Les moyens de combattre la difibrmité, indépendamment de ceux que ses complications peuvent réclamer, sont : les manipulations, les appareils mécaniques et la ténotomie.

Manipulations. L'articulation radio-carpienne étant supposée saine, et maintenue seulement dans sa position inclinée par le raccourcissement des ligaments et des muscles, les manipulations consistent à tendre et à allonger peu à peu ces organes en relevant le poignet, en arrivant même à le renverser dans le sens opposé, par un effort graduel des mains, répété à des intervalles plus ou moins rapprochés. On emploie au besoin les inhalations de chloroforme ou un anesthésique local, pour faire taire la douleur.

On ajoute à l'effet de ces manœuvres en faisant garder dans leur intervalle un bandage ou un appareil mécanique qui conserve le redressement obtenu dans chaque séance. Si l'articulation est malade, il faut user de plus de ménagements, ou s'abstenir de pareils efiorts, ou bien pratiquer le redressement forcé en une seule séance ; ce n'est pas ici le lieu de poser les indications d'après lesquelles on doit préférer l'un ou l'autre parti.

Les manipulations ne réussissent à elles seules que lorsque les résistances ne sont pas très-grandes, et surtout quand il y a plutôt contraction anormale des muscles que rétraction proprement dite. Elles constituent néanmoins un adjuvant utile pour préparer et faciliter l'action des appareils; elles peuvent encore servir à prévenir une rétraction imminente, ou le retour d'une rétraction dont on a triomphé.

Appareils mécaniques. Nous ne comprenons sous ce titre ni les bandages composés de bandes d'ouate et d'attelles en bois, en carton, en fer-blanc, en cuir, ou de lames recourbées en gutta-percba, ni les divers appareils inamovibles. Ces bandages agissent bien en partie à la manière des machines et sont souvent appelés à les remplacer, mais ce qui distingue les appareils mécaniques, c'est la possibilité de leur transmettre à tout instant l'effort de la main, et de leur faire continuer cet effort, ea le réglant et en le suspendant à volonté.

L'école de Venel a appliqué à la main bote le levier que ce médecin employait contre le pied bot. Le dernier interprète des successeurs de Venel Mellet a donné {Manuel pratique d'orthopédie) la description et la figure d'un appareil à levier avec lequel il dit avoir remédié ù une déviation palmaire consécutive à une tumeur blanche du poignet, sur une jeune fille de quatorze ans, et ù une main bote double congénitale, radio-palmaire, chez une petite fille de quinze mois.

Le levier de Venel est une petite tringle en fer, assez ferme pour résister à la réaction des muscles rétractés, assez flexible pour pouvoir en divers sens, se courber sous la main du chirurgien. Que l'on suppose la main déviée placée sur une planchette rembourrée et, d'un autre côté, l'avant- bras entouré d'une sorte de brassard portant une plaque prolongée jusque sur l'angle saillant du poignet; que sur cette plaque soit fixée une gâchette dans laquelle l'extrémité supérieure du levier est engagée, on devine que, si l'on relève, en la recourbant, son autre extrémité, si l'on y attache une large courroie qui embrasse la planchette et la main elle-même, celle-ci sera attirée dans le sens opposé à la déviation avec d'autant plus de force que la courroie sera plus serrée, ou que l'extrémité inférieure du levier sera plus écartée de la main. Or telles sont, en effet, la disposition et la manière d'agir de l'appareil de Mellet. Simple et d'une construction lacile, il peut être utilisé quand on se trouve placé dans des circonstances qui ne permettent pas de faire fabriquer un mécanisme plus parfait, mais plus comphqué.

Pendant que l'école suisse s'en tenait à l'œuvre primitive de Venel, des médecins, des artistes ingénieux, étaient à la recherche d'instruments plus délicats et plus précis, et l'on peut dire que bien avant la publication de l'ouvrage de Mellet on possédait ces instruments. Mellet n'unissait la pièce de la main à celle de l'avant-bras que par deux petites courroies dont il tirait parti pour agir sur la main dans un autre sens que ne le faisait le levier, quand la déviation était mixte. Or, dans nos plus anciens appareils de main bote, tels que ceux de Dutertre et de Delacroix, cette jonction des deux pièces principales se fait déjà par une articulation mobile, et des écrous traversés par des vis de rappel imprimaient à cette articulation les mouvements voulus, ce qui est préférable, à tous égards, au levier de Venel.

Aujourd'hui on a perfectionné quelques détails de ces appareils, tout en les simplifiant autant que possible. On a renoncé à cette vingtaine de pièces d'un appareil de Delacroix décrit dans le Traité des bandages de Gerdy, œuvre plus propre à faire briller le talent d'un fabricant qu'à devenir usuelle dans la pratique. On a substitué à la palette en bois de Dutertre et de Mellet une lame métallique mince, matelassée, recourbée en forme de gouttière autour du bord cubital de la main, qui, enveloppée par la courroie que porte cetœ pièce, peut en recevoir une impulsion dans une direction quelconque, de sor^.e que cette disposition convient à tous les genres de déviation. Une gouttière analogue, qu'on peut remplacer par un ou par deux tuteurs latéraux, est fixée le long de l'avant-bras et fournit le point d'appui du mécanisme qui doit ouvrir l'angle résultant de l'inclinaison de

la main. Ce mécanisme est, comme pour les pieds bots, tantôt une bascule dans laquelle une vis de pression, traversant l'extrémité prolongée d'une des pièces princi[jales, tend à la mouvoir comme un levier, tantôt un engrenage qui, au moyen d'une clef, fait décrire à la pièce inférieure un arc de cercle dans le plan de l'angle formé par la main, ou bien une articulation en genou, comme celle que M. Mathieu a appliquée récemment aux appareils de pied bot, el qui offre l'avantage de dispenser de plusieurs articulations de l'appareil lorsqu'il faut produire des mouvements dans des plans différents.

La figure ci-dessous donnera une idée plus complète de ces appareils : celui qu elle représente, construit par MM. Robert et CoUin, est approprié à l'espèce

Fig. 3.

Appareil pour maintenir et redresser une main Lote palmaire gauche.

A. Palette métallique soutenant la main à laquelle la fixent des courroies. — C. Articulation en genouillère qui permet de donner ù la palette les inclinaisons indiquées par le sens de la déviation. — C, F, I, Embrasses reliant les montants latéraux D. — E, G. Vis destinées à limiter le mouvement do rotation de la partie antérieure de l'appareil. — H. Arliculalion pour laisser libres les mouvements de flexion et d'extension de l'avant-bras.

la plus commune de déviation, à la déviation palmaire. On y a joint une disposition particulière, destinée à ramener la main en supination, quand une proiiation permanente s'ajoute à son inclinaison.

Il est facile d'adapter à l'appareil de main bote des prolongements digités, agissant sur les doigts, lorsque leur déviation complique celle de la main, dans kl déviation palmaire, par exemple, à laquelle la flexion permanente des doigts est si souvent associée.

Pour appliquer un appareil de main bote, on le fléchit d'abord sous un angle à peu près égal à celui que forme le poignet , on introduit le membre dans les deux gouttières, que l'on fixe à la main et à l'avant-bras , ou bien on fléchit davantage l'appareil, on y place la main seule, et on relève ensuite la pièce du haut pour l'ajuster à l'avant-bras : quand l'appareil est bien assujetti, on l'ait agir la clef, de manière à produire le degré de redressement que le sujet peut supporter

sans douleurs. On renouvelle tous les jours l'application de l'appareil, et l'on veille à ce qu'aucune excoriation ne se produise. On augmente l'action de l'appareil à des intervalles variables suivant la tolérance du sujet et les progrès du redressement. On laisse l'appareil, autant que possible, pendant le sommeil de la nuit. Le redressement n'est, en général, complet et durable que lorsqu'on est parvenu à renverser facilement la main dans le sens opposé à la déviation. Ou ne supprime alors, néanmoins, que peu h peu l'usage de l'appareil ; on le réapplique même, au besoin, après sa suppression, de temps à autre, afin de prévenir une rechute.

Malgré leur puissance, les appareils mécaniques ont l'inconvénient de ne surmonter que lentement les fortes résistances; il en est même qu'ils ne peuvent vaincre, ou qu'ils ne feraient disparaître qu'au prix de douleurs intolérables. Pour ces motifs, on leur associe le plus ordinairement la ténotomie, qui facilite considérablement leur action, abrège de beaucoup la durée du traitement, et met mieux à l'abri des récidives.

Ténotomie. Une grave question se présente, quand il s'agit de la ténotomie appliquée aux muscles moteurs de la main. Ces muscles reprennent-ils, après la section de leurs tendons, les fonctions qui leur sont dévolues, comme cela a lieu pour un grand nombre d'autres muscles? Cela n'est guère douteux pour les six muscles qui meuvent le carpe ; c'est beaucoup plus incertain pour les muscles qui meuvent les doigts, surtout pour les fléchisseurs. L'examen approfondi de cette question appartient donc à l'article de la ténotomie des doigts; nous n'en dirons qu'un mot plus loin, en nous occupant du traitement des complications delà main bote.

Les moteurs de la main que l'on peut avoir à diviser sont, pour la déviation dorsale, les deux radiaux et le cubital postérieur; pour la déviation palmaire, les deux palmaires et le cubital antérieur; pour la déviation radiale, le premier radial; pour la cubitale, le cubital postérieur. Les déviations mixtes peuvent indiquer la section de deux ou trois de ces mêmes muscles associés pour les former.

Au reste, ce n'est pas seulement sur les données physiologiques et étiologiques que l'on doit baser ici l'indication de la ténotomie. 11 faut encore que les muscles désignés par ces données soient fortement tendus par l'elfort de redressement, qu'd soit bien constaté qu'ils constituent un obstacle sérieux à ce redressement, et que leur état de tension est bien réellement l'effet de leur raccourcissement nutritif, de leur rétraction, et non d'une simple contraction plus ou moins prolongée, distinction qu'on ne peut quelquefois établir d'une manière certaine qu'à l'aide de l'anesthésie chloroiormique.

Sans voulou- retracer des règles et des procédés opératoires, dont la place est marquée ailleurs, nous rappellerons quelqaes particularités essentielles touchant la section des tendons des muscles qui meuvent l'articulation radio-carpienne. Quatre de ces muscles, les deux palmaires, les deux cubitaux, sont superficiels, et le ténotome les atteint aisément, soit qu'on le glisse entre eux et la peau (ténotomie sus-tendineuse), soit qu'on le fasse passer au-dessous d'eux (T. soustendineuse); mais il n'en est pas de même des deux radiaux. Outre que le premier radial recouvre le second, ils sont tous deux croisés et, en partie, cachés par trois muscles du pouce qui ne doivent pas être compris dans la section. On pourra diviser l'un et l'autre radial, lorsque ce sera indiqué, immédiatement au dessus ou au-dessous du point oii leur direction est croisée par celle du giand

abducteur du pouce et de son court extenseur. Pour pratiquer la section isolée de l'un d'eux, il suffit de se rappeler que le long extenseur du pouce les croise seul très-obliquement dans le petit espace où ils se séparent l'un de l'autre, non loin de leur insertion au métacarpe. Abstraction faite de la lame fibreuse mince qui les enveloppe, le premier radial est sous-cutané au-dessus et en dehors du tendon du long extenseur du pouce; le second radial l'est au-dessous et en dedans de ce tendon. C'est dans ces deux points qu'il est le plus facile de les atteindre isolément, à moins que l'un d'eux ne soit ailleurs ass3z tendu et assez soulevé par l'effet de sa rétraction, pour qu'il soit possible de le diviser, en épargnant l'autre tendon, plus relâché et moins saillant.

Les trois muscles de la région postérieure n'ont point, dans leur voisinage, de parties importantes, vaisseaux ou nerfs, dont la lésion puisse compliquer la section de leurs tendons. 11 en est autrement à la région antérieure. Le nerf médian est placé vis-à-vis l'intervalle des deux palmaires ; le nerf et les vaisseaux radiaux sont à peu de distance du bord externe du grand palmaire ; le nerf et les vaisseaux cubitaux côtoient le bord externe du cubital antérieur. Le nerf médian séparé des palmaires pai' le fléchisseur superficiel des doigt<, les vaisseaux et nerf radiaux assez écartés du grand palmaire, peuvent être facilement évités, même chez les enfants, oiî la petitesse des parties rapetisse singulièrement leurs intervalles. La proximité des nerfs et vaisseaux cubitaux les expose davantage à être lésés dans la section du cubital antérieur; nous croyons que le plus sur est, après s'être assuré delà position de l'artère, d'introduire le ténotouje entre elle et le muscle, en rasant le bord externe de celui»ci, et de le diviser de sa face profonde à sa face cutanée. Si l'on adopte ime manœuvre inverse, on conduira l'instrument avec beaucoup de précaution, de manière que son tranchant ne dépasse pas les limites du tendon.

Après la téiiotomie, quand la peau est cicatrisée, on fait agir l'appareil mécanique, mais en procédant avec lenteur dans les premiers temps, afin de ne pas trop écarter les bouts tendineux, et, en outre, pour ne pas donner trop d'intensité à la faible réaction locale qui succède à la section.

Lorsque les extenseurs ou les fléchisseurs des doigts sont rétractés en même temps que les muscles moteurs du poignet, la résistance est augmentée de celle des muscles qui retiennent les doigts, car ceux-ci sont aussi moteurs de la main, et ils brident l'articulation radio- carpienne aussi bien que celles des phalanges. A la région postérieure, cette double résistance peut encore céder aux seuls moyens mécaniques. Si la téiiotomie était jugée nécessaire, il serait tacile d'ajouter à la section des extenseurs de la main, dans la déviation dorsale, celle des extenseurs des doigts ; de joindre à la section du premier radial, dans la déviation radiale, celle du grand abducteur du pouce et son court extenseur. Il faudrait seulement des soins extrêmes, dans le traitement consécutif, pour favoriser la réunion des tendons moteurs des doigts, facilement entravée par le moindre excès d'écartement, surtout si on les a divisés au-dessous de l'avant-bras.

L'obstacle est bien plus grand, à la région antérieure, lorsque, dans une déviation palmaire, la masse des fléchisseurs et leurs douze cordes tendineuses résistent au redressement de la main infléchie et de toutes ses parties enroulées les unes sur les autres. Dans ce cas, plus commun que le précédent, les appareils mécaniques ne réussissent guère que si la déviation est légère ou peu ancienne. Dans les conditions opposées, il faut presque toujours recourir à la ténotomie. Mais ici se représente cette question que nous avons posée plus haut : peut-on faire la

MAIN BOTE. 18a

section des fléc))isseurs des doigts, sans abolir pour toujours leurs fonctions ? On se souvient de la longue discussion soulevée pour cette question, en 1842, à l'Académie de médecine. Nous l'avons déjà dit, ce n'est pas à cet article qu'elle incombe. Nous nous bornerons, en conséquence, à énoncer ici les propositions suivantes qui nous paraissent être l'expression des faits connus.

1» D'abord, il faut effacer des discours académiques les déductions tirées de la conservation du recouvrement de flexion delà première phalange, les deux autres étant dans l'extension, parce que depuis, M. Duchenne, de Boulogne, nous a appris que ce mouvement est produit uniquement par l'action des muscles interosseux et lombricaux.

2° Après la section des trois fléchisseurs de la main, on peut diviser les quatre tendons du sublime dans la même région, à la partie inférieure de l'avant-bras, et il convient de couper ces tendons, s'il se peut, à des hauteurs différentes, pour éviter plus sûrement la fusion de leurs cicatrices.

3" La section des tendons accolés du sublime et du profond, à la paume de la main ou sur la première phalange, expose à une réunion imparfaite, et à l'adhérence des tendons entre eux.

4" 11 est très-difficile de diviser le sublime seul à la paume de la main ou sur la première phalange, et, dùt-on y réussir, ce procédé ne mettrait pas ù l'abri de la séparation permanente des deux bouts, ni de l'adhérence de leur cicatrice avec le tendon du profond.

5° La section du prolond, à l'avant-bras, entraînerait presque inévitablement celle du nerf médian, et ce que nous venons de dire de la section isolée du sublime, à la paume de la main, et au-devant de la première phalange, s'applique également aux tendons du profond. Reste la section de ces tendons au bas de la face antérieure de la deuxième phalange ; elle est facile et sans danger ; mais la réunion est difficile, exige au moins un contact des deux bouts incompatibles avec le redressement, et, de plus, le tendon peut contracter des adhérences avec sa gaine ostéo-fibreuse.

6" Le long flécliisseur du pouce ne peut être facilement divisé, à l'avant-bras, que dans des cas exceptionnels, on peut en faire la section en dedans de l'éminence thénar. Sur la première phalange du jjouce, elle ne présenterait ]ias de meilleures conditions que celle du profond sur la deuxième phalange des autres doigts.

Comme on le voit, c'est le fléchisseur profond dont la section offre les chances les plus défavorables à l'intégrité des mouvements des doigts, il est donc rationnel de tenter d'abord le redressement, sans toucher au profond. En cas d'insuccès, on pèsera les inconvénients attachés à la difformité et ceux qui pourront suivre l'opération, et l'on adoptera le parti qui paraîtra le moins désavantageux pour le malade, en lui laissant sa main bote, ou en lui faisant courir les chances de cette nouvelle ténotomie. Si l'on se décide à pratiquer la section du profond, on renchérira encore, dans le traitement consécutif, sur les soins que nous avons recommandés pour les autres muscles moteurs des doigts. On maintiendra d'abord l'attitude de la difformité, afin d'affronter le mieux possible les bouts tendineux. On condamnera les muscles à une inaction absolue, pour prévenir l'ascension du bout supérieur par quelque contraction volontaire ou involontaire. On ne commencera le redressement, autant qu'il se pourra, qu'après avoir reconnu, par le toucher, l'existence d'une substance intermédiaire unissant déjà les bouts des tendons divisés. On procédera à ce redressement avec une extrême lenteur, en sui-

190 MAIN BOTK.

vaut pas à pas son influence sur clwque cicatrice tendineuse, adn de ne pas s'exposer à la rompre ou à trop l'affailjlir en l'allongeant outre mesure. On s'arrêtera, s'il le iaut, à un certain degré de redressement, en laissant subsister une partie de la ditlormité, plutôt que de risquer la perte des fonctions des muscles divisés. M. Fort, qui ne veut pas désespérer du succès, a donné, sur ces différents points, dans sa Thèse de concours de 1869, des conseils judicieux auxquels nous nous associons bien volontiers, en souhaitant vivement que son espoir ne soit pas trompé, et que l'avenir produise de meilleurs résultats que ceux que l'on a obtenus jusqu'à ce jour.

Quand la main bote est compliquée de déviations ou d'attitudes vicieuses du coude, de l'épaule, on peut traiter en même temps ces différentes difformités, si elles sont curables. On ajoute alors à l'appareil de main bote des pièces articulées qnile prolongent par en haut, et qui portent le mécanisme nécessaire pour les articulations supérieures. Si la ténotomie doit faire partie de ce traitement complexe, il convient de la pratiquer en plusieurs séances, à des intervalles suffisants pour que la réaction suscitée par chacune d'elles ne s'ajoute pas à celle que provoque la suivante,

La paralysie, quand elle accompagne les déviations de la main, doit inspirer une conduite un peu différente de celle qui vient d'être tracée. La ténotomie est en général peu applicable, dans ce cas, surtout si larétraction s'étend aux moteurs des doigts, et si la paralysie des muscles opposés est complète. L'opération, en effet, affaiblit, si elle ne les annihile, les seuls muscles encore doués de quelque puissance, et elle ne ferait que substituer à une main courbe, mais capable de certains actes, une main droite pendante, inerte, qui rendrait moins de services qu'auparavant. La ténotomie ne pourra être indiquée que si la paralysie est inconiplète, si elle est susceptible de diminuer d'elle-même ou par un traitement approprié, après qu'aura cessé l'élongation forcée des muscles, si d'ailleurs, la difformité est trèsgênante, la résistance insurmontable par les appareils seuls, la section peu cominomettante pour les fonctions des muscles divisés. Il ne faut pas oublier que tout n'est pas terminé quand on est parvenu à redresser ces mains botes paralytiques ; une récidive est toujours imminente, tant que subsiste l'inégalité de traction des muscles. C'est à l'aide des manipulations, d'une gymnastique spéciale, d'un bandage contentif léger, simple, à tractions élastiques, que l'on s'opposera à la rechute, tout en continuant, s'il y a lieu, les moyens j)ropres à combattre la paralysie.

La guérison de la main bote peut rencontrer un autre obstacle dans la rigidité des jointures du poignet, du métacarpe, des doigts. Cette rigidité peut être produite par le traitement mécanique lui-même, et por l'immobilité qui l'accompagne, et céder ensuite lentement aux moyens en usage contre la fausse ankylose, et surtout aux manipulations répétées. Les mêmes moyens peuvent réussir dans les rigidités indépendantes du traitement, quand les surfaces articulaires ne sont pas trop altérées ; mais il arrive assez souvent qu'ils échouent, et que le redressement, s'il est obtenu, ne sert qu'à donner à la main une meilleure direction, sans que ses mouvements lui soient rendus.

La main bote congénitale, lorsqu'elle est compliquée d'absence d'une partie des os du membre, pèche au contraire par trop de mobilité. Quand on l'a redressée, elle retombe, faute de point d'appui, dans le vide du squelette de l'avant-bras ou du poifTuet. On ne peut employer, dans ce cas, qu'un moyeu palliatif, un support prothétique, soit une petite plaque en cuir ou en métal mince et léger en alumi-

nium, par exemple, appuyant du côté où la main penche, soit une bande de caoutchouc ou de tissu élastique, fixée du coté opposé.

C'est par des palhatifs analogues que l'on cherche à diminuer les inconvénients de la main bote incurable, dépendant d'une luxation ancienne ou d'une malformation congénitale de l'articulation radio-carpienne.

Nous ne mentionnons que pour mémoire les appareils prothétiques ingénieux de Delacroix, de M. Duchenne (de Boulogne), et d'autres pour suppléer à l'action des extenseurs paralysés, car, dans ce cas, ou bien il n'y a jamais eu main bote, ou la main bote, comme difformité, a été guérie, il ne reste que la paralysie [Voy. les articles Main et Doigts). Bouvier.

MAÏS. §[. Botanique. ZeaL. Genre de plantes monocotylédoues, appartenant à la famille des Graminées, et dont la seule espèce nettement définie est le Zea Mays L., le maïs de nos cultures. C'est une belle plante qui s'élève à la hauteur de 2 mètres. Ses chaumes cylindriques, glabres, remplis d'une moelle légèrement sucrée, portent, à la hauteur des nœuds, des feuilles alternes, engainantes, longues de 40 à 60 centimètres, larges de 6à 8 centimètres, planes, rudes sur les bords, glabres en dessous, portant à la face supérieure un petit nombre de poils mous. Les fleurs sont monoïques. Les épillets mâles forment au sommet de la ti^e une grande panicule à rameaux de 20 à 25 centimètres de long, dont le rachis est flexueux et pubescent. Ces épillets sont placés par paire sur chaque dent du rachis. Us sont composés de deux fleurs mâles, placés dans une glume à deux valves carénées. Les fleurs elles-mêmes sont formées de deux "lumelles, de deux élumelkdes très-minces, membraneuses et transparentes, et de trois étamines pendantes. Les fleurs femelles sont situées au-dessous des mâles, en inflorescences axillaires, spiciformes, sessiles, enveloppées par un certain nombre de bractées enroulées. L'axe de l'inflorescence est charnu, épais, conoïde et porte des séries longitudinales d'épillets biflores, rangés par paire. Entre les deux glumes de l'épillet sont deux fleurs, dont la supérieure seule est fertile. L'ovaire, placé au milieu de deux ou trois glumelles, est sessile, oblique, surmonté d'un style court, terminé par deux stigmates plumeux, très-longs, dont la réunion forme une sorte de barbe épaisse, molle, verdàtre, pendant en dehors des bradées qui entourent l'inflorescence. Les fruits sont des caryopses, rangées sur l'axe de l'épi en lignes longitudinales, entourés à leur base par les glumes et les glumelles persistantes. Ils sont sub-globuleux réniformes. Leur péricarpe, soudé à l'épisperme, forme une membrane mince, chartacée, diaphane. L'embryon est relativement épais et occupe presque toute la longueur de l'albumen.

Le maïs présente un grand nombre de variétés ou de races, qui se distinguent soit par la taille ou la précocité de la plante, soit par la grosseur des grains ou encore leur couleur, qui, le plus souvent d'un beau jaune, peut varier du noir au violet et au blanc. Ces variétés peuvent se féconder mutuellement et produire ainsi de nouvelles formes intermédiaires.

Le pays d'origine du maïs a été l'objet de nombreuses discussions. Les auteurs du seizième siècle, Lobel, J. Bauhin, etc., croyaient l'avoir reconnu dans quelques indications des ouvrages d'histoire naturelle des anciens, particulièrement dans Pline et dans Athénée, et ils en concluaient que c'était une plante de l'ancien monde. Mais ces mentions très-vagues pouvaient parfaitement se rapporter à d'autres plantes, et il est maintenant bien établi qu'on n'a réellement connu le maïs qu'après la découverte de l'Amérique. Là on a trouvé la plante cultivée, en bon-

neur parmi les Indiens du Pérou et du Chili, faisiMil partie des offrandes faites aux divinités, et jouant un rôle important dans l'alimentation. Il ne saurait donc y avoir de doute sur la patrie originaire de cette plante. Mais à cause même de son importance, elle a été de bonne heure répandue dans les régions chaudes de l'Asie et de l'Afrique, à tel point qu'on a pu croire qu'elle provenait de ces régions, et qu'on lui a donné des noms qui semblent consacrer cette origine : blé de Turquie, blé d'Inde, blé de Guinée. On la cultive aussi dans l'Europe centrale et méridionale, où ses graines entrent dans l'alimentation de l'homme et surtout des animaux. La farine de maïs a une couleur jaunâtre : examinée au microscope, elle se distingue très-nettement de la farine du blé, de l'orge et du seigle. En efiet, tandis que l'amidon de ces céréales est composé de grains circulaires et lenticulaires, isolés les uns des autres, celui du maïs montre des grains très-nettement polyédriques, serrés les uns contre les autres. Leur diamètre varie de 0""",0o à O^^jOOS. Ils ont à leur centre de figure un point transparent ou une sorte de hile étoile.

Bauhin (Jean). Htst. Plant., III, p. 453. — Lobel. Icônes. 39. — Lissé. Spec. Plant. 1135. — Parmentier. Le Mali ou Blé de Turquie apprécié sous tous ses rapports. Bordeaux, 1785, et Pai'is, 1812. — ViREï. Sur l'origine uniquement américaine du mais. In Journal de Pharmacie, VII, 362. — De Candolle. Géographie botanique, II. Pt-

j^ IL Bromatoiosie. Le mais OU blé de Turquie diffère par sa culture des autres céréales alimentaires : c'est, en effet une plante sarclée qui, tout en fournissant une nourriture abondante et saine, permet de nettoyer le sol; c'est dire qu'on ne le rencontre que là où l'agriculture est avancée. Comme toutes les plantes sarclées, il épuise la terre, aussi sa culture rend-elle nécessaire la production du fourrage, du bétail, et finalement celle du fumier qui lui est nécessaire.

Il exige pour prospérer une quantité de chaleur un peu supérieure à celle qu'on rencontre dans le département de la Seine, où il ne fructifie complètement que dans les bonnes années. Il appartient à la région de la vigne, dans laquelle il forme une sous-région caractérisée par une température un peu plus élevée. Selon de Gasparin, sa culture s'étend au midi de l'embouchure de la Garonne à Spire. On le rencontre surtout dans les plaines qui bordent les Pyrénées, dans les vallées du Jura, en Lombardie, dans les Etats vénitiens, en Carinthie, en Autriche, en Hongrie. Il se plaît dans les plaines chaudes et dans les terres naturellement fraîches ou arrosées artificiellement. La sécheresse le repousse de la région des oliviers au sud, et le fi-oid de celle des céréales au nord. 11 est également cultivé en Amérique lorsque la température se rapproche de celle de la zone que nous venons de décrire.

Pour les habitants de tous ces pays il forme souvent la base de la nourriture. Il est aux pays du sud de l'Europe ce que la pomme de terre est aux régions plus froides, et il a sur cette dernière l'avantage d'être un aliment complet. 1 kilogramme et demi de farine de maïs et un peu de fromage suffisent par jour au paysan lombard.

On distingue dans la culture les variétés à grain jaune et les variétés à grain blanc. Les variétés rouges ne sont cultivées que par curiosité. Ces différentes variétés dilfèrent par le rendement, la quantité de chaleur nécessaire pour la maturation, et la grosseur des grains. Le poids de l'hectolitre varie de 75 à 78 kilogrammes ^ Cent épis de mais nain fournissent seulement 5%5 de

' D'après M. Pommier, le mais de Bourgogne vendu à Paris ne pèse que 67 à 68 k. l'hectofitre.

grain, tandis que le même nombre d'épis de maïs de Pensylvanie en produit 16 kilogrammes. La tige de ce dernier peut atteindre jusqu'à 5"', 5. En Piémont elle a communément 2 mètres à 2™, 5; on a vu jusqu'à quatorze épis sur un seul pied. La taille du maïs nain (à poulets) ne dépasse pas O'",4o à 0'",4^, et son épi n'a souvent que 0'",08 de longueur. De toutes ces variétés, la plus hâtive est le maïs quaranlain, dont l'évolution peut se faire en quatre-vingts jours, lorsqu'il rencontre les conditions les plus favorables. Dans le Midi, on le sème à la tin de juin et on récolte à la fin d'octobre.

D'après Burger, la plante arrivée à maturité renferme en poids :

Grains 100

Tige, 206

BaUes (axes des épis) 48

Spathes 28

Ces dernières sont employées, sous le nom de paille de maïs pour fabriquer des paillasses d'un excellent usage.

D'après M. Payen, 100 grammes de grain de maïs desséché renferment :

Amidon 67,55

Matières azotes 12, SO

Dextrine ou sulistances congénères 4,00

Matières grasses 8.80

Cellulose 5,90

Matières minérales 0,90

Si l'on compare l'analyse ci-desstis à celle des autres céréales, on est surtout frappé parle chiffre élevé qui représente les substances grasses, et qui est environ quatre fois plus fort que pour le blé. C'est la présence de cette matière grasse qui fait du maïs un aliment complet et qui le rend si utile pour l'engraissement des animaux. Sous le rapport des matières azotées et amylacées, il se rapproche par sa composition des blés moyens.

Dès que les épis sont mûrs, on peut commencer la récolte ou la retarder à volonté parce qu'ils ne sont pas sujets à s'égrener. Vingt-six femmes peuvent récolter un hectare en lai jour. Les épis sont détachés, portés à la ierme, dépouillés de leur spathe et déposés sur l'aire pour les dessécher. Quelquefois la spathe simplement relevée sert à suspendre les épis tout autour des maisons, auxquelles leur belle couleur donne un aspect pittoresque. Après dessiccation complète on égrène au fléau. Quatre batteurs par journée de neuf heures dépouillent 13 hectolitres de grain. Si la dessiccation est imparfaite, le grain est arraché à l'aide d'une lame de fer ; mais en ce cas le travail est double.

Le grain, légèrement humecté, est passé à la meule. La farine obtenue s'emploie sous forme de potages au bouillon ou au lait. Elle sert également à préparer une bouilhe épaisse (gaudes), une pàt^ bouillie (polenta), une pâte cuite au four (mi/ms). La pâte faite avec les gruaux et cuite au four constitue une sorte 'le pain mou, aqueux et facilement attaqué par les moisissures. En cet état, il constitue un aliment insalubre.

Le maïs est quelquefois envahi par un champignon microscopique appelé charbon du maïs [ureclo maydis), qui produit de volumineuses excroissances. Celles-ci se remphssent d'une poussière noire formée par les spores que les vents vont porter au loin. Bien que ce champignon n'ait pas les propriétés vénéneuses lie l'ergot du seigle, la prudence conseille de réserver pour la nourriture des animaux les grains malades. L'ergot des grains de maïs se présente on forme do cône allongé greffé sur une sphère. 11 n'est commun qu'en .Amérique.

DlfT ENC. 2° S. IV. 15

L'action de la meule niélauge dans toute la farine la proportion considérable de matière grasse qui entoure l'embryon. Ainsi divisée, cette matière grasse rancit assez vite et communique à l'aliment un goût désagréable. On remédie à cet inconvénient en restreignant la mouture à la quantité qui doit êti e consommée en moins de deux à ti ois mois.

D'après de Gasparin, le tableau suivant représente eu blé la valeur d'une récolte de 100 kilo.-rammes de graines de mais.

100 kil. de mais 7Ô',00 de blé.

206 kil. de tiges 2',6-i —

26 kil. de spathes ô',64 —

9',26 de blé.

Ou voit, d'après ces chiffres, que le prix du maïs égale les 0,75 du prix du blé. En résumé, cette céréale fournit un aliment à bon marché contenant autant d'azote que le blé tendre, et quatre fois plus de matière grasse. Cette circonstance est d'autant plus précieuse, que, pour former un aliment complet, les farines des céréales manquent surtout de corps gras.

On a reproché au mais d'engendrer la pellagre. A ce sujet, voyez Pellagre.

P. CODLIER.

]M.\ISO\<!i MORTUAIRES. {VoiJ . ObITOIRES).

MAISOXS ©E RETRAITE. Dans la nomenclature de l'administration de rAssistance pubhque, on donne ce nom à tous étabhssements destinés à donner un refuge aux vieillards et aux infirmes. Ces établissements, à Paris, sont au nombre de 12, distingués ainsi : hospices généraux, 5 ; hospices fondés, 5 ; maisons de retraite, 4. On trouvera au mot hospices tout ce qui concerne les établissements des deux premiers ordres, nous ne parlerons ici que de ceux qui sont plus particulièrement désignés sous le nom de maisons de retraite. Ce sont : les Ménages, la maison Larochefoucauld et Sainte-Périne.

L'Hospice des Ménages construit primitivement sur l'emplacement de l'ancienne Maladrerie de Saint-Germain-des-Prés, et qui fut connu longtemps sous le nom d'hôpital des Petites-Maisons, à cause de la forme toute particulière des bâtiments qui le composaient, renfermait autrefois les vieilles gens infirmes, hommes et femmes, qui étaient à l'aumône du Grand-Bureau, les insensés, les indiviilus atteints de maladie vénérienne, ainsi que les teigneux. Un règlement du 10 octobre 1801 affecta spécialement l'hôpital des Petites-Maisons aux époux en ménage. C'est la desfmation qu'il a conservée depuis. Cet étabhssement qui occupait, il y a quelques années encore, l'angle des rues de Sèvres et de la Chaise, a été reconstruit sur un plan nouveau en 1860, dans la commune d'issy, à 2 kilomètres environ de l'enceinte fortifiée de Paris, sur un emplacement de 60,656 mètres de superficie, dans une position des plus heureuses et dans des conditions d'hygiène parfaites. Il est destiné, comme nous l'avons dit, à des époux en ménage ou à des veufs ou veuves, qui, n'ayant pas de moyens suffisants d'existence peuvent cependant payer en entrant un petit capital. Les conditions d'admission sont pour les époux d'avoir 60 ans d'âge au moins, 1 5 années au moins de mariage passées ensemble. Le capital à payer est fixé à 5,200 francs. Ils doivent, en outre, fournir en entrant un petit mobiher. Moyennant ces conditions ils sont placés dans des chambres particulières, et chaque époux reçoit des prestations en argent (5 francs tous les 10 jours), et en ahments, boissons combustibles. Lors du décès de l'un des époux, le conjoint sm-vivant passe dans

51AIS0i\'S DE RETRAITE. 195

l'une des chambres affectées aux veufs et veuves. Les veufs et veuves sout reçus, soit dans des chambres particulières, moyennant un capital de 1,600 francs, soit dans les dortoirs, moyennant un capital de 1,000 francs. Les veufs et \euves eu chambre ont droit aux mêmes prestations que chacun des époux en ménage. Ceux qui sont en dortoir sont tenus de prendre leurs repas en commun. Leur régime est le même que celui des autres hospices de vieillards.

La nouvelle maison des ménages d'Issy renferme 1,398 hts, ainsi répartis : chambres d'époux, 428 lits ; chambres de veufs et de veuves, 454 ; dortoirs, 436 ; infirmerie, 80.

Le service médical se compose d'un médecin et d'un élève interne. Ldi Maison de Laroche foucauld, fondée en 1781, sous les auspices de madame de la Rochefoucauld, destinée à son origine à recueilhr des officiers infirmes ou indigents, des ecclésiastiques et des magistrats sans fortune, ne renfermait dans le principe que 1 6 lits. Après avoir subi plusieurs transformations et de notables agrandissements successifs, depuis la Révolution, la maison de Larochefoucaud contient aujourd'hui 1247 lits pour des vieillards : 108 affectés aux hommes et 119 aux femmes ; plus 20 hts d'infirmerie. Cette maison, située au petit Montrouge, sur la route d'Orléans, entourée de vastes jardins, présente plutôt l'aspect d'une maison de plaisance que d'un hospice. Un seul médecin est chargé du service médical de l'infirmerie.

^Institution de Sainte-Périne est destinée, suivant les termes de l'arrêté réglementaire du 26 août 1856, qui l'a eu partie reconstituée sur de nouvelles bases, à venir en aide, sur la fin de leur carrière, à d'anciens fonctionnaires, à des veuves d'employés, à des personnes qui ont connu l'aisance, et sont déchues d'une position honorable. On y est admis à partir de l'âge de 60 ans révolus, et moyennant le payement d'une pension annuelle de 700 francs, ou le versement d'un capital proportionné à l'âge. Les pensionnaires sont logés, nourris et blanchis. Ils sont soignés quand ils sont malades. Les repas se prennent eu commun dans un réfectoire. Les pensionuau'es infirmes ou très-àgés ont seuls la faculté de prendre leurs repas dans leur chambre.

Cette institution qui occupait autrefois, à Chaillot, l'emplacement de l'ancien couvent de Sainte-Périne, dont elle a conservé le nom, a dû être déplacée par suite du percement de voies nouvelles, et est établie aujourd'hui à Auteuil dans une vaste propriété, dont la situation réunit tous les avantages désirables au point de vue de l'hygiène et de l'agrément. La nouvelle maison de Sainte-Périne occupe le point culminant d'un parc de 78,651 mètres, elle est entourée de larges pelouses et de belles futaies. Les bâtiments, occupant une surface de 5,352 mètres, sont disposés d'après le système des pavillons isolés. Cinq pavillons, situés parallèlement à la grille d'entrée, torment la hgne extrême des constructions. Celui du centre, placé dans l'axe de la cour d'honneur, renferme au rez-de-chaussée, trois salons de réunion, et deux pièces consacrées à la bibliothèque ; les étages supérieurs sont occupés par des logements de pensionnaires. Des logements semblables sont disposés dans les quatre autres pavillons. Les deux bâtiments placés de chaque côté du pavillon central se répètent, vers la grille d'entrée, par deux pavillons de mêmes proportions et de même destination. Ils forment ainsi, avec les premiers, les quatre angles d'un vaste rectangle dont le centre est occupé par la cour d'honneur. A chacun des deux grands bâtiments latéraux, qui circonscrivent, à droite et à gauche, le périmètre de la cour se trouve annexé un bâtiment ou pavillon disposé parallèlement et symétri-

quement, et qui est relié avec lui par une petite construction transversale; celle de droite renfermant la chapelle, celle de gauche les cuisines. Ces deux pavillons annexes renferment diverses parties importantes du service, notamment l'infirmerie, la pharmacie, le service des bains et les logements de quelques employés.

Le régime alimentaire de l'institution, différent de celui de tous les autres étabhssements, est approprié aux habitudes des pensionnaires.

Le nombre des lits de Sainte-Périne était, lors de l'inauguration du nouvel établissement de 268, répartis à peu près dans les proportions suivantes: 2/r» pour les femmes et I/o pour les hommes; plus 25 lits d'infirmerie.

Le service médical est fait par un médecin et un élève interne. Bhochia.

MAisoA'S DE SAXTÉ. Dans son acception la plus générale, la maison de santé est tout établissement destiné à recevoir des malades ou des personnes qui peuvent avoir besoin de soins et de secours médicaux. On comprendrait ainsi sous cette désignation l'hôpital et même l'hospice destiné à recevoir des infirmes ou des incurables, aussi bien que les maisons d'accouchement, les asiles d'aliénés, et les établissements orthopédiques, hydrothérapiques et autres analogues destinés à tel genre ou tel mode particulier de traitement. Dans quelques pays, en effet, ou donne indistinctement le nom d'hôpital ou de maison de santé aux établissements fondés pour l'assistance des malades indigents. (]'est ainsi qu'en Allemagne des établissements hospitaliers, qui ne diffèrent en rien sous le rapport des conditions d'admission et du régime administratif des hôpitaux et hospices, sont désignés sous le nom de Maison de santé.

En France, à l'exception de l'établissement spécial connu sous le nom de Maison municipale de santé, dont nous parlerons tout à l'heure, et qui a une sorte de caractère mixte, tenant à la fois de l'hôpital et de la maison de santé, proprement dite, telle qu'on l'entend généralement, l'usage réserve cette appellatio\i pour les établissements privés où l'on reçoit des malades moyennant rétribution. Pendant longtemps on a reçu indistinctement, dans ces maisons de santé libres et hvrées à l'industrie privée, les malades affectés de maladies communes, médicales ou chirurgicales, les femmes en couches et les aliénés. Aujourd'hui, qu'en vertu de la loi de 1838 les aUénés sont soumis à un régime particulier que réclament aussi bien la nature de leur affection et leur intérêt propre que l'intérêt des familles et de la société, cette promiscuité n'existe plus, du moins qu'à titre exceptionnel, les aliénés étant reçus dans des asiles publics ou dans des établissements spéciaux, auxquels, par une sorte d'euphémisme, et pour ménager certaines susceptibilités des malades ou de leurs familles, on a conservé le nom commun de maisons de santé. 11 ne sera point question ici de ces maisons, tout ce qui les concerne ayant été traité au mot Aliénés, sous le titre : Asiles d'aliénés. Nous laisserons également de côté, pour le moment, les maisons destinées à recevoir les femmes en couche, dont il sera traité sous le titre de Matermtés ou maisons d'accouchement. Nous n'aurons donc à envisager ici que les conditions générales de réglementation, d'aménagement, et les dispositions hygiéniques que doivent présenter les maisons destinées à recevoir, moyennant rétribution, des malades qui, par suite de diverses circonstances de situation ou de domicile, ne pourraient recevoir chez eux les soins qui leur sont nécessaires. Telle est, par exemple, la situation des étrangers qui viennent à tomber malades à l'hôtel où ils 6ont momentanément descendus ou qui sont venus tout exprès pour se soumettre

à une opération ou à des soins spéciaux qu'ils ne pourraient que difficilement trouver ailleurs, ou encore celle de personnes qui, tout en étant à même de suffire pécuniairement à tous les frais d'un traitement, n'auraient pas autour d elles l'entourage nécessaire pour l'exécution des soins que nécessite leur état.

Les maisons de santé n'ont été jusqu'ici réglementées par aucune législation spéciale. Il existe seulement pour le ressort de la Préfecture de police de la Seine, une ordonnance de police, en date du 9 août 1828, qui concerne l'établissement des maisons de santé en général, leur i-égime intérieur, leurs rapports avec l'administration. Il est stipulé dans cette ordonnance qu'il ne peut être établi à Paris, dans le département de la Seine et dans les communes de Saint-Cloud, Sèvres et Meudon, aucune maison de santé sans une autorisation du préfet de police (art. 1").

Toute personne qui veut établir une de ces maisons, indique dans sa demande le nombre des pensionnaires que l'établissement peut contenir. Le nombre qui est mentionné dans la permission ne peut être excédé à moins que l'on ne justifie de nouvelles constructions ou d'une extension suffisante donnée au.v localités. Le nombre des pensionnaires que peuvent recevoir ces établissements est fixé par le préfet, sur le rapport du conseil de salubrité et l'avis de l'inspecteur des maisons de santé, du maire ou du commissaire de police chargé de la surveillance de l'établissement (art. 2 et 3).

Le reste de l'ordonnance concernant les aliénés a été abrogé de fait ou modifié par l'intervention de la loi de 1838.

Quelles sont et quelles doivent être les conditions d'hygiène et d'aménagement d'une maison de santé?

La plupart des établissements de ce genre ont été installés jusqu'ici dans des maisons ordinaires ou d'anciens hôtels plus ou moins bien a[ipropriés à leur nouvelle destination. On s'est généralement peu occupé de rechercher et de déterminer les conditions spéciales que doit remplir l'installation d'une maison de santé. Sans doute pour les conditions générales de salubrité, comme toutes les habitations communes ou privées, la maison de santé tst soumise aux prescriptions des règlements de voirie et de police qui ont pour objet d'en assurer le bon entretien. Mais ici les conditions communes ne suffisent plus. Si la maison de santé tient d'un côté par quelques-unes de ses dispositions de la maison privée, de l'hôtel ou maison garnie, de l'autre elle présente des conditions qui lui sont communes avec l'hôpital. Il y a donc à faire la part de ces deux ordres de conditions. Comme pour un hôpital il importe de tenir compte de la situation que doit avoir une maison de santé, du terrain sur lequel elle repose, de son orientation, des matériaux et des divers éléments qui entrent dans sa construction, de la distribution de ses diverses parties, etc. D'un autre côté, il ne faut pas oubher que les habitudes de bien-être et de confortable des pensionnaires de ces maisons ont aussi leurs exigences qn'il n'importe pas moins de satisfaire.

Voici comment on peut formuler, d'une manière générale, les conditions principales de l'établissement d'une maison de santé à ces différents points de vue.

L'une des premières conditions est l'éloignement des grands centres de mouvement des villes et du tumulte inséparable des grandes agglomérations, sans que cette distance, toutefois, préjudicie en rien à une foule d'avantages que peut procurer seul le voisinage de la ville.

Une deuxième condition, qui n'est pas de moindre importance, est le choix du terrain qui doit servir d'as»iette à la maison. Ce terrain doit êlre sec, légèrement

incliné pour faciliter l'écoulement des eaux, et abondamment pourvu à proximité d'eaux potables et fraîches. Cette dernière circonstance doit d'autant plus être prise en considération, qu'indépendamment de l'eau nécessaire pour l'usage et les besoins des malades, et qui doit dépasser la moyenne de l'eau affectée aux besoins d'une population saine, il en faut également une plus grande quantité proportionnelle pour les lavages, pour la buanderie, pour les lieux d'aisance et pour le service des bains et des diverses pratiques hydrothérapiques, annexe devenue indispensable aujourd'hui dans tout établissement de ce genre. Ces eaux doivent être aménagées et réservées de manière à ce qu'il n'en puisse résulter un excès d'humidité nuisible à la salubrité de la maison.

Toute maison de santé doit être pourvue d'un système d'égout ou de drainage souterrain destiné à recevoir et conduire au loin les eaux impures, et pouvant être facilement et largement lavé.

L'orientation à donner à la maison ne peut être soumise à une règle absolue. Elle doit naturellement varier suivant les climats, les dispositions topograpbiques, la direction et la fréquence habituelle des vents, etc. Pour notre zone tempérée, plutôt froide que chaude, la meilleure exposition pour la façade principale oii s'ouvriront les croisées des chambres de malades, est celle du sud ou du sud-est, lal'açade opposée, si la maison est à double façade, devant être réservée pour les divers services ou exceptionnellement pour les chambres destinées à certains malades pour qui la chaleur ou le grand jour doivent être plutôt évités que recherchés.

La forme de construction carrée ou en parallélogramme, à cour intérieure, close de toutes parts est peu convenable pour ces sortes de maisons On doit lui préférer la forme à deux façades pour les maisons de moyenne dimension ou à pavillons séparés pour les grands établissements, d'après les plans adoptés en ces derniers temps pour les hôpitaux. Mais il conviendrait, en général, que ces établissements n'eussent jamais des proportions assez considérables pour réclamer cette division.

Le système de salles ou dortoirs communs doit être exclu des maisons de santé. C'est là l'avanîage le plus réel et le plus sérieux qu'elles ont sur les hôpitaux. Chaque malade doit avoir sa chambre. Ce serait là l'idéal malheureusement irréalisable du perfectionnement de l'assistance hospitalière. Les chambres devront être spacieuses, pins spacieuses que ne sont commimément les chambres à coucher de nos appartements, par la double raison qu'elles sont occupées par des malades ou des opérés qui ont généralement besoin d'une plus grande masse d'air pur et renouvelé que les personnes bien portantes, et qu'elles le sont pendant une grande partie de la journée, si ce n'est même durant la journée tout entière. Il est bon que quelques chambres aient deux lits, aux cas où des opérés ou des malades gravement atteints auraient besoin de soins particuliers, continus, et d'une surveillance incessante. Dans ce cas, ces chambres ne devraient pas avoir moins de deux croisées, et elles devraient mesurer un cube d'air double de celui des chambres ordinaires.

Nous n'avons pas à entrer ici dans les détails de l'ameublement qui doit réunir à tout ce que réclament les soins de propreté et de toilette, si ce n'est le confortable et l'élégance, du moins toutes les commodités que les personnes du monde sont habituées à trouver chez elles.

Les systèmes d'aération et de chauffage ne doivent pas différer sensiblement de ce qu'ils sont dans les maisons ordinaires, si ce n'est que pour l'aération, du moins, elle doit être plus largement distribuée encore. Nous proposerions volontiers

pour les maisons de santé l'application du système de ventilation établi au « GaligiianiHospital, « fondé depuis quelques années à Paris pour les Anglais résidants, et situé dans l'une des anciennes dépendances du parc de Neuilly. Ce système consiste dans des ouvertures pratiquées à travers les murs, les unes au-dessus des portes et des croisées, près du plafond, les autres au bas des portes, près du plancher. Ces ouvertures, de forme ovale, ont environ de 0™,22 à O^jSS de diamètre. Elles sont recouvertes à chacun de leurs orifices de plaques de zinc perforées, placées à 0"',55 de distance l'une de l'autre dans l'épaisseur.des murs. Les paneaux au bas des portes sont percés d'un grand nombre de trous plus petits, pour établir un courant d'air inférieur et empêcher ainsi le séjour du gaz acide carbonique autour des lits. Ce système de ventilation permanente, sans préjudice, bien entendu, de la ventilation temporaire beaucoup plus large, qui résulte de l'ouverture des croisées et des portes opposées les unes aux autres, est puissamment aidé par le concours d'une cheminée à foyer ouvert dans chaque pièce.

La question des lieux d'aisances, si importante dans toutes les habitations, a une importance plus grande encore dans les maisons destinées à des malades, hôpitaux ou maisons de santé. Le système des Waters-Closets ou lieux dits à l'anglaise avec bascule auto-mobile, effet d'eau et occlusion hermétique, est encore un des meilleurs et l'un des plus usités. Nous n'avons pas besoin d'insister ici sur la nécessité d'un bon entretien et d'un bon système de ventilation de ces cabinets.

Quant aux appareils portatifs ou mobiles, indispensables dans une maison de santé, il nous a paru que de tous les moyens proposés l'un des pins commodes et des mieux appropriés peut-être à cet usage, serait celui des chaises mobiles qui a été imaginé, il y a quelques années, pour la maison de santé dcMnnich. Ces chaises sont en bois et ont la forme d'un fauteuil. Le tond est mobile et au-dessous se trouve un vase rond en zinc avec un couvercle de même métal. Autour de ce vase court une rainure dans laquelle entrent les bords du couvercle, et si l'on a soin de laisser toujours de l'eau dans cette rainure, le vase se trouve terme hermétiquement et peut être vidé sans répandre aucune odeur. Ces chaises sont placées dans des cabinets particuliers, et vidées à certaines heures dans les lieux d'aisances.

Il nous paraîtrait très-utile que toute maison de santé eût, indépendamment des annexes indispensables pour le service, une petite construction annexe séparée du corps principal de bâtiment, pour l'isolement des malades affectés de maladies contagieuses et pour les malades qui ont à subir des opérations graves dont les suites exigent à la fois l'isolement et des soins spéciaux.

Nous n'avons pas besoin d'ajouter que les maisons de santé doivent être entourées de jardins et de cours plantées, en observant toutefois la précaution de maintenir une certaine distance entre les bâtiments et les grandes plantations dont le voisinage trop immédiat peut avoir des inconvénients ; et qu'elles doivent, autant que possible, être pourvues de tous les moyens de distraction si nécessaires pour des valétudinaires et des convalescents, tels que salons de réunion, bibliothèques, salles de jeu, de musique, etc.

Quant aux maisons de santé qui ont une destination spéciale, comme les établissements orthopédiques, les établissements d'hydrothérapie, etc., et qui, aux conditions générales d'hygiène dont il vient d'être question, doivent réunir un assortiment particulier approprié à leur but, il on sera traité à chacun des mots qui les concernent. Mais nous devons dire un mot, en particulier, de la Maison municipale de santé.

Maison municipale de santé. Cette maison est affectée au traitement des maladies internes et des maladies externes. Elle a été fondée dans le but de procurer, à des prix modérés, une chambre particulière ou une place dans un dortoir de quelques lits, aux malades peu fortunés qui peuvent cependant se faire soigner à leurs frais.

La création de la maison de santé est due à l'initiative du conseil général des hospices, lille a été l'objet d'un arrêté du 16 nivôse, an X (6 janvier 1802). Il était dit, dans l'un des articles de cet arrêté, que le petit hospice du nom de Jésus (ce fut son premier nom) serait consacré à la réception des malades en état de payer une somme déterminée, laquelle était fixée à 30 sols {\ fr. 50) par journée de malade. Son installation eut lieu en mai 1802. Placée d'abord dans le faulourg Saint-Martin, elle fut transtérée plus tard (en 1816) dans l'ancienne communauté des sœurs grises de la rue du Faubourg-Saint-Denis. Ce fut à cette époque qu'elle prit le nom de maison royale de santé. M;iis la grande popularité du nom d'Ant. Dubois, qui en fut le premier médecin, fit adopter par la population de Paris le nom de maison Dubois, sous lequel elle a été longtemps désignée. Atteinte par l'expropriation, elle a dû de nouveau changer de place, et a été reportée à l'extrémité du faubourg Saint-Denis, sur l'emplacement qu'elle occupe aujourd'hui et qui paraît devoir être définitif.

Un premier bâtiment, développé en façade sur la rue, est consacré à l'administration, au logement des employés et aux salles de consultation. Les bâtiments destinés aux malades, séparés de ce premier bâtiment par la cour principale, se trouvent ainsi hors de portée du bruit de la rue. Les services généraux, pharmacie, laboratoire, tisanerie, service des bains, cuisine, réfectoire des gens de service, sont placés de chaque côté de la cour. Le service des bains est le plus complet après celui de l'hôpital Saint-Louis, et le plus confortablement installé. L'eau arrive abondamment à tous les étages, et alimente de vastes réservoirs, d'où elle se distribue dans les différents services avec la pression convenable pour les douches et l'hydrothérapie. Un local spécial a été ménagé dans les deux bâtiments distincts, celui des hommes et celui des femmes, pour recevoir des lits de repos. L'établissement délivre moyennement par année plus de vingt mille bains de diverses sortes, bains simples, bains de vapeur, bains médicamenteux, sulfureux ou autres, bains hydrothéra piques, etc.

Les constructions destinées aux malades ont trois étages, compris le rez-dechaussée. Le rez-de-chaussée comprend les appartements réservés, composés chacun d'une antichambre, d'une chambre à coucher, d'un cabinet et d'un salon. Les chambres à un lit et celles à deux lits occupent le premier étage ; le second étage est affecté aux chambres communes, lesquelles sont à trois, à quatre ou à six lits. Chaque chambre, percée d'une ou deux fenêtres, a son entrée sur un long corridor qui prend jour sur le jardin formant un quadrilatère central autour duquel se développent ces bâtiments.

Dans le bâtiment du fond, qui achève le quadrilatère, se trouvent la chapelle au centre, et des deux côtés, à droite et à gauche, un salon de réunion. Les communications entre toutes les parties de l'établissement ont lieu de plain-pied et à couvert.

Des surveillantes, placées à la tête de chaque service, veillent à l'exécution des prescriptions médicales et à l'observation des règlements intérieurs, visitent les malades de temps à autre pour s'assurer de leurs besoins, ordonnent et contrôlent la distribution des aliments. Indépendamment de ces surveillantes et des inûr-

miers, infirmières, ou gens de service, on admet dans la maison, sur la demande motivée des malades, des personnes de garde, soit pour passer la nuit auprès d'eux, soit pour leur tenir compagnie.

Les personnes atteintes de maladies contagieuses, telles que la variole, ou de maladies susceptibles de produire le délire, telles que la fièvre typhoïde, ne sont point admises ou maintenues dans les chambres communes; elles sont placées, à leur entrée, ou transportées, si c'est pendant leur séjour que l'une de ces maladies s'est développée, dans des chambres particulières dont elles sont tenues de payer le prix. Les maladies mentales et l'épilepsie ne sont point traitées dans cet établissement.

Le prix des journées pour les appartements, pour les chambres séparées et les chambres communes, a été fixé par un tarif spécial, établi comme il suit :

Chambres communes, à 6 lits 4 francs.

— — à 4 lits 4 50

— — à 3 lits 5

— — à 2 lits 6 et 7

Chambres particulières 8

Appartements avec antichambre et cabinets 10 et 12

— avec antichambre, cabinets et salon. . . 15

Tous les soins donnés par les personnes attachées aux divers services sont gratuits.

Le régime alimentaire des malades de la maison de santé est l'objet de dispositions particulières. Les malades forment, sous ce rapport, deux classes, suivant qu'ils sont dans les chambres particulières ou dans les chambres communes. Sur un bon du médecin, les malades obtiennent les aliments jugés nécessaires, en dehors des allocations réglementaires.

Le mobilier et le linge de l'établissement sont en rapport avec les habitudes des personnes qui y sont admises.

Le personnel du service de santé se compose de deux médecins, un chirurgien, un pharmacien et treize élèves internes, et de soixante-cmq serviteurs.

Brochin.

MAISOIVS DE SECOURE». (TraitemEiNts a DOMICILE.) Nous a VOUS fait connaître au mot Assistance l'organisation et le mode de fonctionnement de l'assistance à domicile, représentée par les bureaux de bienfaisance qui mettent à la disposition des indigents un certain nombre de maisons de secours réparties dans chaque ville suivant les besoins de la population. C'est dans ces maisons que se présentent les indigents ou les nécessiteux pour recevoir les secours en nature ou en argent qui leur ont été attribués, et, lorsqu'ils sont malades, prendre les consultations des médecins et les médicaments qui leur ont été prescrits. A Paris, l'assistance à domicile est faite par les vingt bureaux de bienfaisance répondant aux vingt arrondissements et qui mettent à la disposition de la classe indigente ou nécessiteuse 57 maisons de secours réparties dans toute l'étendue de la ville. Chacune de ces maisons est desservie par des sœurs de Charité ; le service médical y est lait par les médecins du bureau de bienfaisance de l'arrondissement.

Le traitement à domicile, fait par les soins des bureaux de bienfaisance, a pris depuis quelques années, à Paris, un très-grand développement. Pendant le cours de quatorze années révolues depuis sa réorganisation, de 1854 à 1867, le nombre des malades traités à domicile a été de 613,545 et le nombre des consultations données dans les maisons de secours, de 3,074,486. En calculant le nombre de

202 WAITRE-JAN.

journées de maladie des individus traités à domicile, comparé au nombre de lits d'hôpitaux que ces journées représentent, on arrive au chiffre de !2i,90i pour la période indiquée, on voit de combien les hôpitaux se trouvent dégrevés par les traitements à domicile. Mais ce n'est pas le seul avantage que présente ce mode d'assistance. « Le traitement à domicile, organisé sur une grande échelle, comme il l'est dans la capitale, dit M. Husson dans son exposé des progrès et des améliorations réalisés dans les services dépendant de l'administration générale de l'Assistance publique (1868), a une triple utilité : il maintient au sein de la famille une foule de pauvres gens que l'hôpital séparerait de tout ce qui leur est cher ; il étend le bienfait du traitement gratuit à un grand nombre d'individus qui, pour n'être point indigents, n'ont pas moins un urgent besoin de ce secours spécial. »

Le service du traitement médical à domicile comprend aussi les accouchements, qui sont confiés à des sages-femmes nommées sur la proposition des bureaux de bienfaisance. Cette partie du service a été, dans ces dernières années, l'objet de dispositions particulières ayant pour but de rendre plus efficaces et plus complets les soins à donner aux accouchées, et, en même temps, d'éloigner des hôpitaux, où sévissent trop souvent des épidémies de fièvre puerpérale, le plus grand nombre possible des femmes et des filles-mères qui ont recours à l'assistance. Ces dispositions toutes nouvelles (elles ne datent que de 1866) ont eu pour premier résultat d'accroître notablement le nombre des accouchements pratiqués par les soins de l'assistance, mais sans diminuer corrélativement, jusqu'à présent, le nombre des accouchements qui ont eu lieu dans les hôpitaux. L'avenir fera mieux ressortir sans doute les avantages qu'il y aurait à multiplier encore les ressources du service des accouchements à domicile. (Voir le mot Maternité.)

Brocuin.

MAlTRE-JA^ (Antoine). Nous respectons l'orthographe de ce nom telle que nous la trouvons sur les livres de cet oculiste justement célèbre, et nous ne mettons ni Maitrejean, ni Maitre-Jean, mais bien Maitre-Jan. L'on a malheureusement peu de détails sur la vie de ce savant homme, de ce grand praticien, de ce travailleur honnête et infatigable, qui peut être considéré comme le père de l'ophthalmologie scientifique en France. Tout ce que l'on sait, c'est qu'il naquit à Méry-sur-Seine, qu'il florissait à la fin du dix-septième siècle, qu'il fut l'élève chéri de Dionis, de Ledran, qu'il fut protégé spécialement par Philippe Hecquet, qu'il devint correspondant de l'Académie des sciences par l'intermédiaire de Méry, et qu'il passa presque toute sa vie professionnelle dans sa ville nalûle, répandant autour de lui les trésors de sa pratique et de sa science.

Rien de plus remarquable que le Traité des maladies de l'œil, de Maitre-Jan. Observateur exact et éclairé, il a introduit un ordre plus méthodique dans la classification de ces maladies, et en distingua plusieurs que l'on avait confondues avec d'autres. Le premier il a traité de la cataracte laiteuse et de la manière de diriger l'aiguille pour l'abaisser. Il parvint, en outre, à démontrer que le siège de la cataracte n'est point dans la membrane de l'œil, mais qu'elle dépend de l'opacité de la leu.tille oculaire. Je ne puis résister au plaisir d'emprunter quelques lignes à la « Conclusion » de ce livre si important pour l'histoire de l'oculistique.

« Mon premier motif, en écrivant ce livre, a été de communiquer au public les découvertes et les observations que j'ai faites depuis plusieurs années sur les

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