MAIN (anthropologie
Indication de quelques vices de conformation de la main.
La pièce n° 18 du musée Dupuytren représente le squelette d'une main gauche, qui prosente six métacarpiens et six doigts très-bien conformés. Cette pièce a été donnée par Lassus. Au n" 19 se trouve une autre main de fœtus qui possède six doigts. — Pou- TAL (Antoine). Mains énormes. In Cours d'anatomie médicale, t. I, p. 14; L'-OS. — Iîlandix. Vice de conformai ion de la main; trois os au corps, trois métacarpiens et deux doigts. In Bull, de la Soc. anat., 2^ année, p. 188; 1827. — Gubler. Vicc.dc conformation des mains. In Comptes rendus de la Soc. de biol., 1'= série, t. II, p. 92; 1850. — Hcgueii. Ab.Hence de la main et de la moitié de V avant -bras chez un enfant; présentation. In Bull, de la Soc. de chir., t. V, p. 312; 1855. — Murray-Jardine. Observation d'une femme qui possédait trois mains. In Med. limes, vol. 11, p. 070; 1862.
§ II. Physiologie. Les usages de la main sont relatifs à la préhension et au TOUCHER [Yoij. ces mots). Polaillon.
g m. Anatomie comparée et anthropologie. Au point de vue de l'anatomie comparée, il faut détinir la main, avec Vicq-d'Azyr : l'extrémité termiualedu membre thoracique des vertébrés supérieurs. Toute autre définition est contestable et conduit à des discussions subtiles, dont le moindre défaut est d'être parfaitement oiseuses ; c'est ainsi que Cuvier, préoccupé de bien marquer la distinction des prétendus quadrumanes et des bimanes, a donné pour caractère de la main : « la faculté d'opposer le pouce aux autres doigts pour saisir les plus petites choses. » Laissons de côté ces « petites choses » comme ne méritant pas l'examen. Nous trouvons, en vertu de cette définition, que les deux caractères de la main seraient l'opposabilité du pouce et la préhension. Quant à la préhension, aucun doute que des pieds à pouces non opposables parviennent, par l'éducation, à tous les degrés possibles de l'industrie. L'exemple si connu du peintre Ducornet et le cas, rapporté par Broca, du bateleur Ledgewood qui, né sans bras, n'avait qu'un pied avec lequel il se rasait, ramassait une aiguille, l'enfilait, etc. {Bull, de la Soc. anat., t. XXVIl, p. 275-294), en sont d'irrécusables démonstrations.
A l'égard de l'opposabilité, Isidore Geoffroy a montré que plusieurs espèces de singes, du nouveau monde, ne possèdent qu'un pouce rudimentaire, parfois enseveli sous les chairs [g. atele et eriode); chez les ouistitis le pouce n'est pus opposable ; dans la plupart des autres singes américains, alouates, sajous, lagotriches, etc. , le pouce est fort peu opposable ; Broca, à qui j'emprunte ces détails, ajoute que, chez certains singes de l'ancien monde, du genre Colobe, le pouce est rudimentaire, et qu'il est nul dans le Colohus verus. Ni l'opposabilité, ni la préhensibilité ne peuvent donc servir de caractères à l'organe que nous appelons main. Isidore Geoffroy, après avoir critiqué Cuvier, n'a guère été plus heureux que lui en restant pour définir la main, au même point de vue fonctionnel, c'est-à-dire en faisant abstraction des relations anatomiques de cet appendice, pour n'y voir que ses aptitudes ou ses usages. « La main, dit-il, est une extrémité pourvue de doigts allongés, profondément divisés, très^mobiles, très-flexibles, et, par suite, susceptibles de saisir {Hist. nat. des règnes organiques, t. II, p. 209). «
Ainsi que le fait remarquer P. Broca, en effet, cette définition s'applique aussi bien aux pieds des perroquets et des caméléons, et, d'ailleurs, elle ne repose pas^ ilfautl'avouer, sur de véritables caractères distinctifs,mais sur des degrés, de sorte qu'en supposant les doigts moins allongés, moins divisés, moins mobiles, et moins llexibles on a un véritable pied. Cela étant, on ne pourrait soutenir rigoureusement que la main diffère du pied par un caractère de premier ordre, et, en effet, il n'y a pas de différence de cet ordre entre les extrémités antérieures et les postérieures.
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La définition d'Isidore Geoffroy avait évidemment jiour but de maintenir l'ordre des quadrumanes; mais, si elle était acceptée, la conséquence en serait que les hommes seraient quadrumanes, au même titre que les singes, car les diflérences morphologiques entre le pied et la main de l'homme, se reproduisent presque identiques dans toute la série des anthropoïdes. Si donc, l'on appelle mains les extrémités de membre postérieur des singes, il faut désigner du même nom, celles du membre inférieur des hommes. A vrai dire, cependant, celles-ci ont moins de flexibilité, et leur gros orteil n'est pas opposable ; mais, nous l'avons déjà vu, l'opposabilité du pouce ne peut servir de caractéristique à la main des primates, puisque, selon la remarque de Geoffroy, il y a des gemmes nondDreux où le pouce n'existe pas. D'ailleurs, la question de l'homologie du pouce n'est pas délinitivement jugée, et, ainsi qu'on le verra plus loin, Folz considère comme homologue du pouce, non le gros orteil, mais le quatrième et le cinquième métatarsien.
En défmiss'ant lan]ain, l'extrémité du membre antérieur ou supérieur des primates, on ne renonce pas cependant, à l'effet de déterminer des catégories, à se servir, pour chaque espèce, des caractères anatomiques et fonctionnels spéciaux, mais on assigne à ces caractères une place secondaire.
La main est donc distincte du pied, et l'homologie de ces deux organes ne doit pas sortir du champ de l'anatomie abstraite ; les faits sur lesquels se fonde cette distinction sont les suivants : premièrement, le carpe compte huit os, tandis que le tarse n'en compte que sept ; secondement, la disposition des os de la première rangée du tarse, calcanéum, astragale et scaplioide, leur forme et leur volume diffèrent si notablement de ceux de la première rangée du carpe, que l'on éprouve les plus grandes difficultés à trouver leurs homologies ; troisièmement, l'un des fléchisseurs des orteils etl'un de leurs extenseurs sont, au pied, des muscles courls, à la main, des muscles longs; quatrièmement, aucun muscle de la main ne ré-poiid au long péronier qui s'insère à la base du gros orteil. La conséquence de ces dis positions anatomiques est d'abord une mobilité considérable de la main et des doigts, dont les mouvements ne sont gênés dans aucune direction, tandis que ceux du pied sont relativement beaucoup plus Hmités ; partout où se rencontrera un calcanéum et un astragale, il est évident que la direction de l'axe du pied formera un angle avec l'axe de la jambe, tandis que l'axe de la main sera dans le prolongement de l'axe du bras.
A l'égard de la fonction nul doute n'est possible, et les membres antérieurs des singes, quoique utilisés pour leur locomotion, ont tout spécialement pour usage, non la préhension, mais, ainsi que le fait justement remarquer Broca, le loucher.
Il faut noter ici, avec le même auteur, que s'il est vrai de dire que « certains lémuriens et certains singes d'Amérique, auxquels Isidore Geoffroy donnait pour cela le nom de géopithèques ou singes de terre, et parmi les singes de l'ancien continent les magots et les cynocéphales, courent sur le sol comme de vrais quadrupèdes.... ce métanisme, si nous passons aux anthropoïdes, fait place à un mécanisme diamétralement opposé. La main, pour s'appuyer sur le sol, 7ie se fléchit pas en avant, mais en arrière, les doigts ne s'étendent pas, il se ferment au contraire, et ce n'est pas leur face palmaire, c'est leur face dorsale qui fournit le point d'appui [Bull, delà Soc. antlir., 1869, p. 295). »
La locomotion, chez les singes supérieurs, n'est donc pour les mains qu'une fonction secondaire, et, dans une certaine mesure, elle est comparable à celle de
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la main, qui s'appuie sur un bâton. A ce point de vue, ces ap| endices se rapprochent de ceux de l'iiomme sans que nous puissions dire si la spécialisation d'usage, graduellement plus complète, est finalement chez ceux-ci un fait primitif ou un fait consécutif. Broca, qui a étudié à fond cette question, la résume dans ces ternies : « La main est un [lied modifié et devenu ainsi apte à de nouvelles fonctions {loc. cit., p. 286). ))
il faut donc elfacer définitivement les quadrumanes du nombre des ordres zoologiques, de même qu'on a eflacé les quadrupèdes et les rongeurs, car il y aurait peut-être plus de raison à rétablir le dernier terme qu'à conserver le premier. Il semble, en effet, que èi quelques genres des plantigrades et de digitigrades se servent de leurs membres antérieurs pour la préhension, la presque totaUté des mammifères ne fait servir ses quatre appendices qu'à la locomotion ; ils sont infiniment plus quadrupèdes que les singes ne sont quadrumanes.
Les différences anatomiques des mains simiennes et des rnains humaines sont toutefois considérables, mais elles le sont beaucoup juoins que celles que présentent entre eux les différents groupes simiens et, a fortiori, les simiens et les chéiroptères. Ainsi, nous l'avons déjà dit, le | once est, cliez quelques espèces, rudimentaire (g. gorille, colobe), et, quelquefois, selon E. Alix, manque d'une manière absolue chez quelques espèces arboricoles.
Guvier a établi que le carpe, chez tous les singes, à l'exception du chimpanzé, compte neuf os au lieu de huit ; il considérait ce neuvième os comme un démembrement du grand os ; mais E. Alix a soutenu avec raison que cet os, appelé par Blainville intermédiaire, provenait plutôt du scaphoïde que du grand os. Plus tard on a reconnu que le gorille partageait avec le chimpanzé l'honneur de ne compter que huit os à son carpe.
Ahx a encore signalé dans un travail remarquable Sur la disposition des lignes papillaires de la main et du pied (Aiin. des Se. nat., t. VIll, 1868), d'autres diftérences plus ou moins caractéristiques. Ainsi la diminution successive du volume des phalanges est bien plus rapide chez les anthropoïdes que chez l'homme, et les phalanges unguéales sont d'une brièveté excessive. Le pouce n'est jamais aussi long, et, par suite, le mouvement d'opposition est bien plus borné ; les phalanges sont arquées et offrent à la face palmaire des gouttières profondes oii se logent les tendons. Les ongles sont plus fortement courbés.
Les dimensions proportionnelles des mains diffèrent aussi considérablement, mais les singes entre eux diffèrent tellement qu'il est injpossible de prendre un terme uniforme de comparaison. Gaddi, dans un mémoire ingénieux sur la supériorité de la main humaine (Modène, 1866), a fait remarquer, qu'à la main, le pouce de l'homme s'écarte beaucoup plus que le pouce simien, tandis que le contraire est vrai pour le pied. L'axe de la main qui offre, chez l'homme, une longueur d'environ 20 centimètres est, chez les singes, par rapport à une hauteur moyenne de 170 centimètres, comme 1 : 8. L'ouverture de la main est à la hauteur supposée de 101 centimètres, comme 1 : 25. Cette ouverture n'est, selon l'auteur, que de 7 centimètres. Gaddi a encore insisté sur la largeur de la main humaine par rapport à sa longueur. On peut dire, en effet, qu'en général la largeur de la main est supérieure d'un dixième de la moitié de sa longueur ; elle serait, chez les singes inférieurs, d'un dixième, ce qui donne deux dixièmes de diflérence. Les plis de la main simienne diricrent des phs humains. D'à] rès Alix, « ceux qui correspondent à la fiexion des doigts vont directement d'un côté de lu main à
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l'autre, et il n'y a pas de pli particulier qui corresponde à la flexion des trois derniers doigts pendant que l'index reste étendu {loc. cit., p. oiô). »
Les singes seraient donc dépourvus de la ligne de cœur des chiromanciens, qiu d'ailleurs ne parait pas être constante chez l'homme. Mais Broca a constaté, sur trois chimpanzés, dont un vivant, l'existence du douhle pli palmaire, tandis qu'un quatrième chimpanzé vivant n'ofiVait que le pli unique des singes.
Quant aux lignes papiilaires, les différences de configuration et de nombre qu'elles présentent de l'homme aux anthropoïdes ne nous ont point paru avoir toute l'importance que cet auteur leur attribue dans sa monogra[)liie, si complète et si minutieuse. Elles ne sont vraiment caracléristiques que pour les singes américains par rapport aux singes de l'ancien continent. Tout récemment, G. Nepveu a décrit les corpuscules de Pacini chez quelques primates. Déjà Guitton les avait étudiés sur les nèofre?, — oii ils lui avaient paru être en plus petit nombre que chez les ]j1;^„cs, — et sur un singe macaque où ces corpuscules se trouvaient à peu {u'cs semblables à ceu\ du nègre, un peu moins gros, mais presque aussi nombreux (Th. de Paris, 1845). Nepveu étendit ses observations au blanc, au charrua, au cliimpanzé [Trogl. niger), à la moue {Cercopith. mona), au Papion {Ci/noc. sphiiiv),ixu. sajou {cebiis), et il a trouvé, au point de vue du volume, une dégradation réi^ulière entre les trois premiers sujets {Obs. siu' les corps de Pacini, chez le singe. In Bibliolk. de l'École des hautes études, t. I, 1870). Mais on sait que ces cor(iuscules qui étaient autrefois considérés comme les organes spéciaux du tact paraissent jouer un rôle plus général, et qu'ils existent non-seulement à la main, mais dans un certain nombre de viscères. Il semblerait que c'est aux corpuscules décrits, en 1869, par Langerhaus, qu'il faut rattacher la fonction tactile.
Pielafivement aux différences du système musculaire, nous ne pouvons mieux fliire que de citer ici une page du mémoire de Broca, h qui nous avons déjà fait de nombreux emprunts :
« Parmi les muscles courts de la main , les interosseux, les lombricaux sont les mêmes chez l'homme et chez les singes ; les muscles de l'éminencj thénnr et de l'émincnce hypothénar du gorille et du chimpanzé sont bien distincts comme chez l'homme: mais, chez l'orang, ils tendent déjà à se fusionner un peu, et cette fusion se manifeste de plus en plus chez les singes proprement dits ; quelquefois même, la démarcation des muscles se trouve presque entièrement effacée. Ce sont les muscles longs des doigts qui présentent seuls des différences notables. .Le fléchisseur propre du pouce, muscle si puissant chez riiomme, paraît, au }:reniier abord, faire entièrement défaut chez les anthropoïdes, mais, eu réalité, il n'est qu'atrophié et fusionné avecle fléchisseur profond des doigts qui se rend à l'inde.v. Chez le gorille, un tendon grêle se détache du bord externe du tendon volumineux, que le commun fléchisseur protond envoie à ce dernier doigt, et va se rendre au pouce oii il remplace pour l'anatomiste, mais non pour le physiologiste, le fléchisseur propre de ce doigt. Chez le chimpanzé, ce tendon est plus grêle encore. Chez l'orang et les gibbons, il fait tout à fait défaut; ce n'est plus le fléchisseur commun, mais un des muscles thénar, l'adducteur du pouce, qui fournit le petit tendon fléchisseur. Au point de vue de la fonction, cette disposition est plus efficace que celle qui existe chez le gorille et le chimpanzé ; mais, au point- de vue de la constitution anatomique, le fljclûsseur du pouoe de ces deux derniers singes diflère moins de celui de Phomme que de celui de Forang et des gibbons. « Du côté des extenseurs, aucune différence entre la main de l'homnae, celle du
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gorille et celle du cliimpanzé. On a dit que le chimpanzé noir n'avait pas d'extenseur propre de l'index, et on en a conclu que cet animal était privé de l'un des caractères les plus nobles de la main de l'homme, celui qui lait de l'indicateur un doigt indépendant, et qui lui a valu son nom. Il faut croire que si l'extenseur propre de l'index manquait sur le chimpanzé, disséqué par Frœlick, c'était un fait anormal et purement individuel, car ce muscle existe, et est parfaitement développé, à droite comme à gauche, sur les deux chimpanzés que je conserve dans mon laboratoire. Mais chez l'orang, les pithéciens et probablement, chez tous les primates, comme d'ailleurs chez les c:iniassiers, nous trouvons une disposition qui diffère entièrement du type observé chez l'homme, le gorille et les chimpanzés. Au lieu d'un extenseur propre de l'index et d'un extenseur propre du cinquième doigt, l'orang et les singes ordinaires ont un seul muscle de ces quatre tendons qui étend les quatre derniers doigts en sus de l'extenseur commun que nous possédons comme eux. Il en résulte, pour eux, l'avantage d'avoir à chacun de ces doigts, deux tendons extenseurs, tandis que chez nous le troisième et le quatrième doigt n'ont qu'un seul teudon extenseur; mais cet avantage n'est qu'appai'ent ; l'index et l'auriculaire y perdent la facilité de se détacher des autres doigts parce qu'ils sont associés au troisième et au quatrième doigt par la communauté de leurs muscles. La main est privée des mouveaieuts partiels et délicats qui en font à la fois un merveilleux outil et un organe d'expression. C'est là, de l'homme aux singes ordinaires, une dillérence considérable ; mais le chimpanzé et le gorille se séparent ici des autres primates, pour se rattacher exactement au type humain (loc. cit., p. 520) ».
11 serait intéressant d'étudier ici l'ensemble des modifications que présente l'extrémité des membres antérieurs dans la série des êtres vivants, mais cette étude demanderait des développements qui nous forceraient à sortir de notre cadre, alors même que nous n'aurions pas la prétention de faire un résumé complet d'anatomie comparée. Renvoyons donc, pour les détails, aux travaux de Flourens, aux Principes d'ostéologie comparée de R. Owen (1855), à la Théorie du squelette humain de P. Gervais (1856), et aux Leçons de physiologie et d cinatomie comparée de Jlilne Edwards, qui forment les travaux les plus complets que la science ait produits dans ces derniers temps.
L. Guitton, dans sa Nouvelle classification zoologique (1854), a avancé que « l'intelligence apparaît, se développe et croît graduellement, suivant une proportion mathématique, cà mesure que la main, d'abord à l'état d'ébauche, prend une forme mieux définie, se dessine, se moule, pour atteindre enfin ce haut degré de perfection qu'elle présente chez l'homme, n mais il s'en faut qu'il ait donné à cette proposition, trop compréliensive, une démonstration suffisante. Un examen plus approfondi des conditions de la supériorité d'un type sur un autre type, montre que cette supérioritiî ne tient jamais à un fait isolé, mais à un ensemble complexe défaits. On peut, en effet, soutenir à chances égales, d'une part, que la supériorité de l'homme tient à sa main, d'autre part, que la supériorité de la main tient à la supériorité de l'homme. Les développements organiques marchent d'ensemble ; leurs corrélations ne sont ] as des successions; ils coïncident et ne sont point consécutifs l'un à l'autre. Le chat, l'écureuil, le loir ont des mains beaucoup plus parfaites que le chien, l'éléphant et l'àne, sans avoir, à beaucoup près, le même degré d'intelligence.
Cependant, quand on en arrive aux vertébrés supérieurs, c'est-à-dire aux pnuwies, ou observe une gradation régulière qui rapproche, de plus en plus, le type
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simien du type humain. Broca, dans son récent mémoire sur l'anatomie comparée des primates, recherchant quels sont les caractères fixes auxquels on peut reconnaître, chez l'homme, les memhres thoraciqucs du membre abdominal, a déterminé les trois points suivants : 1° l'articulatiou de l'épaule est mobile en tous sens, ce qui est dû surtout à la direction de l'axe de la tête de l'humérus qui est compris dans un plan transversal, et non dans le plan antéro-postérieur. De même, la cavité glénoïde n'est pas tournée en avant, mais en dehors ; 2° le radius articulé en trochoïde exécute, autour du cubitus, des mouvements de pronation, et de supination, dont l'amplitude atteint 180" ; de là vient que la main, lîxée au radius, peut diriger ses laces dans toutes les directions; 3" enfui, l'axe de la main est placé sur le prolongement de l'axe de l'avanl-bras, et s'élève également des deux côtés du plan transversal dans une étendue presque égale. Plus on s'élève dans l'échelle des primates, plus s'accentuent les trois caractères distinclifs du membre thoracique. En d'autres termes, la main des primates sera d'autant plus semblable à celle de l'homme, abstraction faite de quelques détails morphologiques, que les angles de torsion décrits par l'humérus sur la cavité glénoïde, et par le radius sur l'épicondyle seront plus grands, et que l'axe de la main sera plus sensiblement la i)rolongation de l'axe del'avant-bras.
Or, les deux premiers caractères ont été mesurés en chiffres ; la main humaine, placée en supination complète, a exécuté un mouvement de rotation de 180". Chez un singe du nouveau continent (ceiî/s), Broca a constaté une torsion deOO". Chez le moue (cercopitheciis) le mouvement est de 100'; chez deux chimpanzés, conservés dans le tafia, il était de iAO°, et chez Je troglodytes Auhnji deGraliolet et Alix, il était de 180", « En résumé, ajoute Broca, la supination qui n'est que d'un angle droit environ chez les singes inférieurs, s'élève à deux angles droits chez les anthropoïdes. »
Pour ce qui est de la torsion de l'humérus, il faut se rappeler que, d'après la belle découverte de Charles Martins,cet os n'est qu'un fémur retourné ; en d'autres termes, pour comparer l'humérus au fémur, il fuit placer l'épitivchlée en dehors, l'épicondyle en. dedans, et alors on retrouve toutes les homologies, alors le radius qui devient l'analogue du tibia se trouvera en dedans, et le cubitus, analogue du péroné, muni de son olécràne (rotule) se trou\era en dehors; le pouce sera, comme le gros orteil, en dedans, etc. Or cette détorsion de l'humérus donne, pour le membre antérieur, la mesure de la modification qui s'est opérée chez les vertébrés supérieurs; et cette mesure est approximativement représentée, chez l'homme, par une demi-circonférence, soit 168°. Ce chiffre décroit régulièrement des races supérieures du genre humain aux anthropoïdes jusqu'aux quadrupèdes oiî l'angle de torsion ne dépasse guère 95". Cet angle se mesure en projetant sur un plan horizontal l'axe de la tête humérale et l'axe transversal du coude, il est évident que les conséquences de cette torsion se font sentir sur les mouvements de la main qui, pour se produire à leur façon, exigent la rotation de la tète du radius sur le condyle (Voy. Bull, de la Soc, d'anthr., 1868, p. 321 et seq., et p. 695, 1869, p. 228 et seq.).
En résumé, l'anatomie comparée nous montre, chez les vertébrés supérieurs, une spécialisation ou, si l'on veut, un perfectionnement parfaitement régulier du membre thoracique, et il y a dans l'ensemble du monde vivant, une tendance marquée vers la distinction anatomo-physiologique des extrémités; cette tendance ne se réalise parfaitement que chez l'homme. Elle est manifeste si l'on se place, pour un moment, au point de vue de l'anatomie philosophique, c'est-à-dii'e de la
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théorie des répétitions organiques ou des liomotypies; en assimilant, par la pensée, les os du membre int'érienr et ceux du membre supérieur on voit combien l'évolution, qui a déterminé chaque type, les a profondément séparés; cependant l'analogie reprend ses droits et reconnaît l'unité fondamentale de structure {Voij. R. Owen, op. cit., p. 556 et 407). Il s'en faut, toutefois, que les anatomistes s'entendent de tous points. Vicq-d'Azyr, le premier, a comparé la main au pied, dans son Parallèle des os qui composent les extrémités. Mais ce mémoire, très-sommaire et tout empreint d'idées préconçues sur la destination des parties, n'a servi que de point de départ dans cette question difficile. 11 compare (l'avantbras d'un côté et la jambe de l'autre), le tibia au cubitus et le péroné au radius ; le calcanéum au pisiforme, l'astragale au semi-lunaire, auquel on aurait ajouté la tête du grand os, le cuboïdeà l'os crochu, le scaphoïde au scaphoïde renversé, la base du premier cunéiforme, à l'éminence du trapèze, le trapézoïde au second cunéiforme, le troisième cunéiforme au trapèze. Ces homologies, admises à peu de chose près comme exactes quant au tarse et au carpe par R. Owen, ont été plusieurs fois modifiées. C'est ainsi, qu'à la suite de Vicq-d'Azyr, Cuvier et, récemment, Foltz persistent dans la comparaison du tibia au cubitus, tandis que de Blainville, Martins, R. Owen et la grande majorité des anatomistes soutiennent l'opinion opposée et donnent le péroné comme analogue du cubitus.
A l'égard du pied, les dissidences sont à peu près écartées. Foltz, dans son mémoire Swrr/iO)?io/o(/ie des membres pelviens et thoraciqiies (Joiirn. de physiol. de Brown-Séquard, t. VI, 1865) comparant, pour l'homologie directe, les membres de côtés opposés, est arrivé à une théorie remarquable sur les os du pied et de la main. Disons auparavant que l'iiomologie, très-bien établie par cet auteur, mais qui n'est pas d'ailleurs généralement admise, est celle qui donne pour correspondants : au calcanéum le scaphoïde carpien, associé au pisiforme ; à l'astragale, le semi-lunaire et la tête du grand os ; au scaphoïde du tarse, le pyramidal; au premier cunéiforme, l'os crochu ; au deuxième cunéiforme, le corps du grand os; au troisième cunéiforme le trapézoïde, aucuboïde le trapèze. Arrivé au métatarse et au métacar|je, cette homologie subit un grave échec, car tandis que le cuboïde supporte en avant le quatrième et le cinquième métatarsien, son homologue, le trapèze supporte le premier métacarpien, c'est-à-dire le pouce. La rangée des métacarpiens serait donc renversée si l'homologie que nous venons d'indiquer était réelle ; en d'autres termes, il n'y aurait plus de correspondance directe ; là où devrait se trouver le pouce se trouve le petit doigt, là oîi devrait se trouver le gros orteil se trouve le dernier orteil. C'est ici que Foltz fait intervenir sa nouvelle théorie des homologies du métatarse, il dit : 1** que le gros orteil a pour homologues, non le pouce, mais les deux derniers doigts, tandis que le ponce a pour homologues, non le gros orteil, mais les deux derniers orteils ; 2" que le pouce et le gros orteil ne sont pas simples, mais qu'ils sont formés par la coalescence de deux doigts. Pour démontrer la premièrvî proposition, Foltz invoque les connexions: « Le premier métatarsien, dit-il, s'articule avec un seul os du tarse, le premier cunéiforme ; de même, les métacarpiens du petit doigt et de l'annulaire s'articulent avec un seul os du carpe, l'os crochu, que sjs connexions donnent pour homologue au précédent. Le pouce est en connexion par son métacarpien avec un seul os du carpe, le trapèze, qui a pour homologue le cuboïde, avec lequel s'articulent les quatrième et cinquième métatarsiens. En conséquence, le gros orteil et le pouce ne sont pas homologues entre eux, mais chacun respectiM-ment avec les deux derniers doigts du membre homologue (lac. cit., p. 67) ».
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Pour établir la binarité du pouce et du gros orteil, Foltz invoque les exemples de bifurcation du pouce, et notamment celui que P. Dubois a présenté à l'Acadéaiie de médecine, d'un enfant sexdigitaire, cliez lequel le pouce égal en lono-ueuraux autres doigts avait, comme eux. trois phalanges. Quelques faits d'anatomie comparée servent également au professeur de Lyon pour étayer sa théorie. En suite de ce qui précède, le deuxième orteil a pour homnlogno le troisième doigt ou médius, le troisième orteil correspond au deuxième doigt ou index.
Il nous suffit d'avoir rappelé l'ingénieuse et savante théorie de Foltz, sans que nous ayons à analyser les liomologies musculaires, vasculaires et nerveuses, qu'il a signalées dans son mémoire; il est difficile de lire attentivement ce travail sans se sentir dis[)osé à admettre quelques-unes de ses conclusions, c'est-à dire que la main et le pied sont deux modifications d'un même type ; que l'homologie est symétrique entre le pied et la main du même côté, directe ou superposée entre le pied et la main du côté opposé, et qu'enfin le type des segments terminaux des membres est à six doigts, ramenés à cinq par la coalescence de deux d'entre eux, des deux externes pour la main, des deux internes pour le pied. C'est à l'anatumie comparée et à la tératologie qu'il laut demander une démonstration plus complète.
Darwin, dans son récent ouvrage sur la variation des plantes et des animaux (t. I, p. 16), a parlé assez longuement des cas singuliers de sexdigitisme, dont il a relevé des exemples sur quarante-six persoimes ; sa conclusion, rapprochée du travail de Foltz que Darwin ignore complètement, est qu'il f:mt « soupçonner que même en l'absence de tout rudiment réel et visible, il existe chez tous les mammifères, l'homme compris, une tendance latente à la formation d'un doigt additionnel. » En rapprochant cette opinion, qui repose sur l'examen d'un grand nombre de faits de tératologie comparée, de la théorie de Foltz, on serait donc porté à admettre que l'apparition d'un doigt surnuméraire pourrait être considérée comme un fait d'atavisme, ou, selon les termes mêmes de Darwin, « comme un cas de retour vers un ancêtre prodigieusement éloigné d'une organisation inférieure et multidigité {loa. cit., p. 17) ».
Laissant maintenant de côté l'anatomie comparés et analogique de la main, nous pouvons l'examiner enfin, dans ses formes générales et dans lesrac^s humaines. On sait l'enthousiasme que cette extrémité a de tout temps excitée chez les contemplateurs de la nature et rien n'est plus légitime, puisque la main nous rend d'mcessants services. 11 est vrai, d'un autre côté, que si nous n'avions pas de mams, nous ne serions pas hommes, en sorte qu'admirer la main, c'est finalement admirer l'homme. Mais ces admirations naïves qui commençant avec Galien, se sont exprimées sous des formes parfois agréables et délicates, se réduisent à constater que grâce à la main, nous pouvons faire telles ou telles autres choses et que ces choses étant admirables, la main l'est aussi. Il est superflu de de faire observer que les œuvres de la main ne tiront leur importance que des relations de cet organe avec le cerveau et d'ailleurs avec l'être tout entier ; Cruveilhier s'extasie donc mal à propos sur le mécanisme de la main, « si parfait, dit-il, qu'il est impossible d'imaginer aucune pièce osseuse, aucune modification de structure qui puisse augmenter la mobilité de la main et que des pièces nouvelles ne feraient qu'entraver ses mouvements [Anatomie descriptive, 4** éd., t. I, p. 200)».
Il est en effet facile d'imaginer des appareils qui répondraient d'une manière plus complète aux besoins des hommes et surtout qui seraient soumis à moins de vicissitudes et à des conditions pathologiques moins nombreuses Mais ce travail
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d'imagination est pnrement oisif. La main n'est ni à admirer ni à critiquer. Elle est ce que l'homme eu a hiil en vertu de sa spontanéité, et on ne peut découvrir qu'après cotip, dans sa conformation, la raison préconçue ou finale du développement de l'intellect et des civilisations. Il existe, en effet, un grand nombre de races humaines inférieures dont les mains offrent sensiblement la même conformation que celles des races supérieures, et que rien ne semble pouvoir tirer d'une condition voisine de celle des animaux. Il en est de même des microcéphales et des idiots, tandis qu'au contraire des lionmies privés de mains, ont pu, même dans les arts manuels, suppléer, à l'aide du pied, aux fonctions qui ne sont l'apanage de la mam qu'en raison de la spécialisation du travail physiologique.
La main n'est donc pas plus admirable qu'un organe quelconque, ou même qu'un phénomène quelconque de l'ordre naturel. Mais il estvi^ai de dire que ses fonctions lui confèrent une importance qui la rendent plus digne d'attention que les autres parties de l'appareil locomoteur.
En effet, les aptitudes de la main se révèlent souvent par sa conformation générale, et ces aptitudes sont elles-mêmes liées à des dispositions cérébrales plus ou moins analogues. D'ailleurs les formes extérieures des membres se rattachent à un type d'ensemble que l'on peut reconstruire avec une assez grande exactitude, sur la seule inspection d'un fragment. L'analogie des pieds et des mains est plus saisissante sur le vivant que sur le squelette ; mais on peut aller plus loin dans cette voie et affirmer qu'il y a dans la configuration des parties une tendance à la reproduction des mêmes contours qui est une sorte de loi géométrique de répétition ; lorsque les épiphyses d'un os long sont volumineuses, relativement à la diaphyse, on est à peu près assuré de trouver toutes les articulations trèsgrosses et les extrémités très-larges et très-courtes ; les traits du visage semblent même participer à cette tendance; la face s'élargit souvent et le crâne est brachycéphale. Par contre, les épiphyses délicates s'associent généralement à un type élancé et à la dolichocéphalie.
Le concours des parties vers un même type implique donc pour chacune de ces parties une corrélation i|uelconque telle, que si l'une quelconque d'entre elles a une signification déterminée, on peut conclure de la partie au tout.
C'est sur ces données que, de tout temps, des observateurs qui en avaient plus ou moins conscience, ont fondé une prétendue science qui, à l'égard de la main, a pris le nom de chiromancie et, plus récemment de chirognomonie. Malheureusement les hommes qui se sont occupés de cette question semblent avoir pris à tache d'eu écarter tout ce qui pouvait la rendre digne d'attention et se sont lancés dans les spéculations les plus extravagantes. Mais ce n'est pas là une raison pour proscrire absolument toute recherche sur les relations des caractères extérieurs et des formes géométriques du corps avec les aptitudes et aux dispositions mentales.
Toutefois, alors même que cette donnée générale serait admise, il faut avouer que l'utilité des renseignements que fournirait l'observation de la main serait très-contestable et leur portée très-limitée. On peut admettre que la consistance des parties molles est en relation avec le degré d'activité ou de paresse ; qu'une main large ou une main longue correspond à la prédominance de l'esprit de synthèse ou d'analyse ; que le volume des articulations métacarpiennes coïncide avec certaines tendances du caractère ; que la terminaison des phalanges, en cône tronqué, en spatule ou en massue s'associe à telles ou telles dispositions ; on peu
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même supposer que la concordance de certains mouvements des doigts avec certains états du système nerveux central déteimine des modifications significatives dans les plis de locomotion. Mais à les supposer bien établis — et il s'en faut qu'ils le soieut — quelle pourrait être la portée de ces faits. Si l'on peut reconnaître par l'inspection de la main, qu'un individu est actif ou contemplatif, poëteou mathématicien, réfléchi ou primesaulier, régidier ou désordonné, mystique ou positif, on le reconnaît bien mieux encore à d'autres traits, et notamment à la physionomie, à l'attitude et à une foule d'indices faciles à retrouver dans une société où on ne va pas tout nu.
Aussi, si la chirognomonie s'en était tenue là, elle n'aurait pas eu tout le succès et toute l'intluence (ju'elle a eue jusqu'au siècle dernier et dont elle jouit encore auprès de certains esprits ; c'est par la chiromancie que s'est traduit l'instinct superstitieux appliqué à la main. Sans aucun doute, l'esprit humain compte dans son histoire et même dans son histoire comtemporaine des bizarreries aussi fantastiques que l'art de prédire la destinée par les saillies et par les lignes de la main, et toute croyance qui a, comme celle-ci, une base vérifiable, à savoir un certain rapport entre l'état statique et l'état dynamique, est presque raisonnable. Une foule de symboles, de dogmes et de mythes religieux le sont infiniment moins. Néanmoins, on peut encore s'étonner de la foi qu'y attachaient quelques grands esprits, Aristote, Platon, Anaxagore, Galien, Averrhoès, tout le moyen âge et une partie de la Renaissance, et jusqu'à Mélauclithon. On a vu d'ailleurs de nos jours même, des hommes considérables par la place qu'ils occu[ient dans le monde des arts ou des lettres, attacher publiquement foi aux pronostics d'un chiromancien de troisième main, qui fait imprimer leurs adhésions et leurs félicitations. Ce même chiromancien n'obtient-il pas la faveur très-enviéi d'être admis auprès des grands criminels et de donner de leurs mains des descriptions avidement recuedlies oti se trouvent des prophéties, a posteriori, qui ne lont sourire personne ? On peut même rencontrei' dans la pratique médicale des personnes fortement impressionnées par les prédictions des chiromanciens, et préférer, parfois, leurs indications à celles de la science la mieux fondée.
11 s'est cependant trouvé un homme du monde à l'esprit finement observateur, qui a su écarter de ce qu'il appelle la science de la main, les plus grosses extravagances, les influences astrales, les hgnes ou plis de la comationet les saillies ou monts planétaires. Il s'appelait le capitaine d'Arpentigny et il rattachait à ses campagnes d'Espagne ses premières observations chirognomoniques. Ce fut lui qui rappela l'attention du public sur l'élude physiognomonique des mains dont Lavater n'avait parlé qu'en termes très-vagues (t. lll, édit.de Moreau, 1855).
Dans son ouvrage sur la chirognomonie dont la première édition parut en 1843, il détermina les types suivants : main élémentaire ou à grande paume ; main nécessaire ou en spatule ; main artistique ou conique ; main utile ou carrée ; mmi philosophique ou noueuse ; main mixte. De plus, d'Arpentigny attacha des significations particulières à la paume de la main qui, grêle et étroite, indique un tempérament faible des inistincts sans portée et une imagination sans chaleur et sans force, el dont à l'extrême opposé, l'ampleur et la dureté est le signe des instincts puissants et d'une tendance vers l'animahté. Il distingua les doigts lisses et les doigts noueux ; à terminaison en spatule carrée ou conique. Aux nœuds de la phalangette, il rattache l'ordre dans les idées ; aux nœuds de la phalange, l'ordre matériel ; les doigts sans noeuds sont artistiques, le goût qui résulte de la mesure appartient aux doigts noueux, la grâce aux doigts lisses.
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De là des combinaisons nombreuses oîi toutes sortes de notions discntal)les viennent se conrondre et qui laissent aux beaux parleurs un cbamp de manœuvre fort étendu. Avec quelque facilité on trouve toujours des explications dont l'ex plication peut satisfaire le cercle des consultants.
Le pouce joue, en chirognomonie, un rôle considérable. 11 représente la volonté, la logique, la décision raisonnées. On dit que le mot de poltron vient de pollex truncatus, pouce coupé, et désignait, chez les Romains, le citoyen couard qui se coupait le pouce pour ne pas aller à la guerre. Ce qui fait dire à d'Arpentigny que « l'animal est dans la main, l'bomme dans le pouce. » Il parait même que « les idiots de naissance viennent au monde sans pouce,» que « les nourrissons, jusqu'à ce qu'une lueur d'intelligence leur vienne en aide, tiennent constamment leurs mams fermées, les doigts par -dessus le pouce, \> que les épileptiques « ferment le pouce avant les doigts » (ce qui est vrai !), que « le pouce des moribonds, comme pris d'un vague elfroi, se réfugie sous les doigts, » etc. De ces données, associées à l'observation, d'Arpentigny conclut que « sur la racine du pouce siège le signe de la volonté raisonnée, » dont on mesure l'intensité à la longueur, à l'épaisseur de cette racine ; la première phalange mesure la logique, la seconde, l'invention, la décision, l'irritation. » Rien de plus pittoresque que les diagnostics de notre auteur, ces données admises, sur ce que devaient être les pouces de tel ou tel homme célèbre.
Des six types de mains que nous avons cités plus haut, il en est au moins un, la main élémentaire, qui parait tout imaginaire ou consécutif à l'usage. D'Arpentigny le définit : « doigts gros et dénués de souplesse, pouce tronqué, souvent retroussé, paume d'une ampleur, d'une épaisseur et d'une dureté excessive. » Il paraît, autant qu'on peut s'y reconnaître, que c'est là une main nécessaire, une main vouée aux occupations et aux instincts grossiers. Quant à la main aux doigts spatules, elle exprime « la locomotion, l'action, le mouvement et la pratique des arts par qui la faiblesse physique de l'homme est protégée. » Elle est caractérisée par la forme « en spatule plus ou moins évasée de la troisième phalange de chaque doigt. » D'Arpentigny l'attribue aux Anglais et aux colons de l'Amérique du Nord en général, aux Kabyles, aux Suisses et aux Flamands.
La main artistique est celle dont les doigts se terminent en cône plus ou moins obtus, son pouce est petit, sa paume assez développée. La main utile est de dimension moyenne, à pouce grand, aux phalangettes carrées, à paume moyeime, creuse et ferme. 11 paraît que ce type est commun en Chine. La main philosophique offre une paume grande et élastique, elle a des nœuds dans les doigts, le pouce est grand, les phalanges terminales sont quasi carrées, quasi coniques. Enfin la main psychique qui est de toutes la plus belle et la plus rare, est petite et fine, i^lativementà la personne. Paume moyenne, doigts sans nœuds ou légèrement ondulés, phalange terminale longue et effilée, forme élégante et petite. Quelques remarques sur les mains mixtes et sur les mains de femmes terminent l'ouvrage du capitaine d'Arpentigny dont le lecteur doit trouver, je le crains bien, que nous avons trop parlé.
Carus dont le nom se trouve mêlé, non sans gloire, à toutes les spéculations physiologiques du siècle, a publié, peu d'années après la date du livre de d'Arpentigny, un curieux opuscule sur la base et la signification des différentes formes de main {Ueber Grund und Bedeutung der verscliiedenen Fonnen der Hand, Stuttgart, 1846). Cet opuscule est, à coup sur, ce que la littérature chiroguomonique compte de plus sérieux, encore qu'il soit loin d'oifrir la méthode et le carac-
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(ère positif que l'on peut attendre d'un savant de profission. Mais nous nous sommes trop étendu sur ce sujet pour rfu'd nous soit loisible d'y revenir, et nous nous bornerons à signaler la modilicadon que le piiysiologisle saxon a introduite dans la classification de d'Arpentigny sur laquelle, d'ailleurs, il s'est constamment appuyé; il ramène à quatie les cinq types de l'auteur IVançais et il leur donne comme prototype moral, savoir : à la main élémentaire, Sancbo Pança; à la main motrice, Marins; à la main sensible, le Tasse; à la main psychique, Jésus-Christ [loc. cit., p. 7). On peut voir, dans ces dénominations, un progrès notable, mais il est encore insuffisant pour faire passer la chirognomonie à l'état de science. Il reste néanmoins certain, au milieu de toutes les imaginations des adeptes de la science de la main, qu'il y a un rapport général entre la conformation primitive de la main et les aptitudes individuelles. Mais tant de circonstances surviennent qui modifient cet organe, qui en altèrent les formes primitives, telles que les occupations, les maladies, les professions, etc., qu'il n'y a pas lieu d'espérer que ces rapports demeurent assez constants pour donner lieu à des déductions rationnelles.
Parmi les faits singuliers, plus ou moins exacts, qui se rattachent à l'étude des mains, il faut citer les dilltrences qu'olfrent la droite et la gauche quant à la température, au volume, à la forme, aux développements et aux propriétés spéciales. Dans leur configuration extérieure, les différences sont assez peu sensibles et les grands plis de la commotion restent à peu près symétriques ; cependant il est de règle, chez les devins, anciens et modernes, d'examiner la main gauche, qui seule est caractéristique; la droite ne fait que corriger par le défaut, s'il y a lieu, les excès de certains traits ; le fait est que la symélric générale des plis des deux mains fait défaut pour une foule de plis secondaires dont les mouvements et les usages des mains rendent toujours compte d'une manière suffisante. Dans la grande majorité des cas, la main droite est néanmoins plus volumineuse que la gauche ; l'usage plus fréquent de cette main suffirait d'autant mieux à expliquer le fait que d'après une vingtaine d'observations il m'a paru que cette inégalité n'existait pas dans les races sauvages non plus que chez les singes anthropoïdes, dont les squelettes se trouvent au Muséum. Cependant, comme cette inégalité se retrouve, parait-il, dans le pied droit et dans le gauche, le fait n'est pas clairement expliqué; car il est difficile d'étabhr que le pied droit a plus d'exercice que le gauche.
On ne connaît, jusqu'à présent, aucune race humaine oîi l' usage de la main gauche soit aussi ou plus fréquent que l'usage de la droite. Hecquart rapporte que dans le grand Bassam la droite seule sert à manger, tandis que la gauche, dont les ongles croissent librement, ne sert qu'aux occupations malpropres. Haffcnl a fait la même remarque pour les indigènes de l'isthme de Darien. On mpporte encore que les Hottentots et les Bushmen semblent être manchots, tant l'usage d'mie seule main est prépondérant {Voy. Waitz, Antlir. der Nattirvôlker, I, sect. 2). Gratiolet a, on le sait, expliqué le fait des droitiers par la précocité du développement des circonvolutions de l'hémisphère gauche par rapport aux droites. Les gauchers auraient en conséquence cet ordie de développement interverti. Mais il reste à sd rendre compte de la raison pour laquelle les circonvolutions gauches se développeraient avant les droites ; on pourrait supposer que ce fait est consécutif et non primitif.
Dans toutes les langues, la séneslre a servi à désigner l'injustice, la fourberie, le malheur ; la droite représente les idées opposées; tautôL c'est la nolion philo-
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sopliique qui a donné sou expression à l'une des deux mains, tantôt c'est le contraire. Partout on tend la main droite en signe d'amitié ; la gauche se refuse souvent et sert parfois à déjouer les sorts.
Enfin, pour tout dire, l'inventeur de VOd, Reiclienbach, et à sa suite un certain nombre de magnétiseurs croient que la droite et la gauche ont une polarisation qui leur confère des propriétés spécifiques ; il avance qu'à l'égard de ce fluide (l'od) la gauche représente le pôle positif, la droite le négatif, et que quand deux personnes sensitives placent l'une dans l'autre les mains de noms contraires, elles se produisent une impression agréable, tandis que l'impression est péndile et à la longue nauséeuse; les mêmes sensations se produiraient lorsqu'on tient un aimant par l'un des pôles : si l'on met le pôle nord (négatif) dans la main gauche (positiye), et le pôle sud dans la droite, un courant magnéto-odique s'établit et détermine des efTets d'oppression, de constriction et des vertiges, qui cessent dès que le circuit est interrompu (Ileicbenbach, Physico-phijsiol. Researches on the dynainics, p. !25!2, etc., trad. angl. d'.4shburner, 1850. Voy. aussi Lettres odiques magnétiques, tvaÀ. française. G. Baillière, 1855). Le même auteur a exposé de nombreuses expériences desquelles il lui paraît résulter que la main gauche donne des sensations chaudes et désagréables et qu'elle émet dans l'obscurité complète une lumière ronge, tandis que la droite émet une lumière bleue et donne des sensations traîches et agréables (p. 284). Ces expériences et d'autres sont longuement décrites et ont donné lieu à un travail intéressant de M. Boscowitz {Revue germanique, 1805). Il ne sera pas sans intérêt, pour ceux qui s'intéressent à reuchahiement historique des doctrines, deratfacher l'od du célèbre chimiste viennois à l'école des polaristes, dont Broussais a si habilement analysé les principes dans l'Examen des doctrines (III, p. 156).
D nous reste à examiner si, dans les différents types du genre humain, la main varie de façon à offrir des caractères différentiels importants. Jusqu'à ces derniers temps ce n'est qu'en termes vagues que les observations ont été recueillies. On se bornait à dire, par exemple, que les mains des nègres étaient plus longues et celles des Arabes plus petites que celles de l'Européen. Parfois les vovageurs out noté, en passant, la longueur ou la petitesse des extrémités ; les mains suisses et génoises sont proverbiales pour leur volume, tandis que dans la Maurienne, à la Suze, de Mortillet a signalé", dans la masse de la population, des mains d'une petitesse remai-quable. Desor et Vogt out, tous deux, remarqué la petitesse des poignées d'épée dont se servaient les hommes de l'âge de bronze eu Suisse, ce qui contraste avec le grand développement actuel de cette extrémité. A l'occasion de cette remarque, L. Guilltird affirme que l'on vend, au Caucase, des ai'mes de dimensions redoutables dont la poignée est insuffisante pour une main de grandeur moyenne; H. Martin dit qu'en Irlande les épées de bronze ont des poignées fort petites, et que les Indiens de la caste des gueiTiers out également des armes à dimension fort exiguës {Congrès internat, d'anûiropol. préhist., 1868, p. 504).
Mais ces remarques qu'il serait facile de multipUer n'ont guère de portée, surtout depuis queBrocaa établi que ce n'était qu'avec des mesures rigoureuses que les caractères dilférentiels des races humaines pouvaient se reconnaître et depuis que la société d'anthropologie, dans ses Instructions générales et dans ses Feuilles d'observation, a donné des procédés de mensuration auxquels un nombre déjà important de voyageurs se sont conformés, et notamment Bourgarel, Gilbert Dhercourt, Roubaud, Weisbach. Nous donnerons plus loin les résultats numéri-
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ques de ces observations. Mais il n'est pas inu(ile de rappeler ici que l'un des premiers Broca a traduit en chiffres les rapports proportionnels réciproques des membres et de leurs segments. Ainsi il a établi ce iait intéressant, que la longueur del'bumérus étant représentée par 100, celle du radins est chez les nègres 79,40, chez les blancs 73,93. D'oii cette conclusion que pour un même bras la longueur de l'avant-bras est plus longue chez le nègre que chez l'Européen. Les nombreuses comparaisons numériques de Broca ont été consignées dans deux mémoires (\oy. Bull, de la Soc. d'anthrop., 1862, p. 162; 1867, p. 641) dont il sera question ailleurs. Cet auteur n'a malheureusement point étendu ses recherches à la main et il n'a donné dans ses tableaux ni la stature ni la longueur de la colonne vertébrale, car son but n'était pas de faire un travail d'ensemble. Il va de soi, cependant, que si l'on veut comparer les proportions ethniques des membres il faut le faire par rapport à une mesure générale et constante qui sera soit la taille, soit la hauteur de la colonne vertébrale, ramenées à une unité; les mesures prises sur les mains, sans égard à l'une de ces deux valeurs, n'ont isolément aucune signification, puisque la longueur des extrémités variant avec la taille, de très-petites mains peuvent être en réalité très-grandes, et de très-gr.iudes mains fort petites eu égard à l'unité de taille. C'est ainsi que la main de squelette la plus longue que nous ayons mesurée chez l'homme, celle du géant du laboratoire de M. Broca, est en réalité une main petite puisque la (aille osseuse de cet individu s'élève à 2 mètres, tandis qu'une main de nègre, apparlenaut au Muséum et mesurant 19 centimètres, est très-longue pour une taille de l'",65. Mais les difficullés que l'on trouve à prendre la hauteur totale d'un squelette nous fout proférer, avec Huxley, la comparaison a\ec la hauteur de la coloane vertébrale et c'est sur cette donnée que nous avons mesuré les 42 squelettes de la galerie anthropologique du Muséum.
Sur le vivant, voici les mesures qui à notre connaissance ont été prises jusqu'à ce jour. Gillebert Dhercourt dans les mesures prises sur 76 indigènes de l'Algérie (17 Berbères-Kabyles, 6 Mozabites, 8 Arabes des villes ou Maures, 25 Arabes des tribus, 4 Kourouglis, 12 nègres, 6 Israéhtes) a trouvé, pour la main, les longueurs moyennes absolues suivantes données en millimètres :
Kabyles : hommes 175, femmes 171 ; Mozabites: 170; Arabes des villes: hommes 185, femmes 174; Arabes des tribus: hommes 185, femmes 176 ; Kourouglis 189; nègres : hommes 194, femmes 179 ; Israélites : honuues 182, femmes 191.
Ces mesures, pour porter toute leur signification, doivent être comparées à la stature des sujets observés. Ainsi, faisant abstraction des femmes et iif prenant que deux des types algériens, le Kabyle et le nègre, dont la taille moyenne est d'après les chiflres de Gillebert, de 1703 pour les premiers et de 1645 pour les seconds, nous trouverons que la taille, ramenée à 100, donne pour longueur de main aux Kabyles 10,2 ; aux nègres tout près de 11,8. Ce qui revient à dire que, pour une taille de 2 mètres, la longueur de la main du nègre serait de 25,6 et celle du Kabyle de 20,4. Ce résultat concorde très-sensiblement avec celui que nous avons obtenu sur les squelettes du Muséum [Mémoires de la Soc. d'anthr., t. 111).
Bourgarel, dans son excellent mémoire sur les races de l'Océanie française, a trouvé sur 12 Calédoniens adultes, une taille moyenne de 167,4 et une longueur moyenne de main de 19,5. Ou trouve donc ([ue la taille étant rcprésentLC pal' 100, la longueur de la main est de 11,5 {Mémoires de la Soc. d'anthr.).
<4S MAIN (anthPi opologie).
Le voyage de circumnavigation entrepris par la l'régate Novara en 1857, 18à8 et 1 859 a donné à Scherzer et Sclnvartz des résultats numériques considérables que le docteur Weisbacli a consignés dans le deuxième fascicule de la relation anthropologique du voyage {P^eise der fregatte Novara,... Korpennessimgen bearbeitet von Weisbach, Vienne 1867).
Toutefois, les tableaux d'ensemble ne donnent pas -isolément la longueur des mains : il faut la déduire par la soustraction des longueurs additionnées du bras et de l'avant-bras delà longueur totale du membre supérieur. Mais en nous reportant au texte, nous avons relevé les chiffres suivants. Sur 26 Chinois, la longueur moyenne de la main a été trouvée de 216 (taille moyenne 1652) ; sur 56 indigènes de iNicobar 215 (taille m. 1651) ; sur 9 Javanais 220 (taille m. 1679) ; 5 Néo-Zélandais 241 (taille m. 1757); 7 Haïtiens 205 (taille m. 1650) ; 4 Australiens 209 (taille m. 1617). Les mêmes auteurs donnent pour taille moyenne aux Allemands 1680 millimètres et pour longueur de main 202, aux Slaves 1678 de taille moyenne et 215 de longueur de main. Les mains les plus longues qu'ils ont trouvées sont celles d'un insulaire de l'ile de Stewart qui mesuraient 265 millimètres. Viennent ensuite celles des Néo-Zélandais, 241 ; insulaires des îles de la Sonde. 226 ; Javanais, 220 ; indigènes de Nicobar, 214; Australiens, 208, etc.
E. Uoubaud, dans un mémoire encore inédit, couronné en 1869 parla Société d'anthropologie, a publié dix-huit observations complètes sur les peuples de l'Inde méridionale, savoir trois Toulkou, à peau jaunâtre, auxquels Roubaud