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/ Zurich
l" Dans la Milidja.
J Marengo
j El-Afroun
43,55 2';,iO
' Fondouck
1' Daus 1'AUas . .
j Lodi
i Damiette
Les contrées palustres se distinguent en g^énéral par ia faible densité de leur population; en général, il en faut chercher la cause bien moins dans l'excès de la mortalité que dans les vastes surfaces rendues inhabitables et occupées par lesétangs, et dans un mouvement d'émigration qui dépasse presque toujours celui de l'immigration. Tandis que, en France, en 1866, la densité de la population était en moyenne de 70 habitants par kilomètre carré, dans le département de l'Indre (la Brenne), M. Bertrand (Études statistiques sur le recrutement dans le département de l'Indre, in Recueil des mémoires de médecine et de chirurgie milit., 1865, t. XV, p. 286) comptait en 1865 41 à A'^ habitants par kilomètre carré dans les trois cantons non palustres, 34 dans l'arrondissement du Blanc qui est mixte, et 29 seulement dans les trois cantons insalubres qui corres|:oudent à la Brenne. En Bombes, il n'y avait que 24 habitants par kilomètre, au lieu de 67 , chiffre moyen de la France à cette époque ; et encore ce chiffre était-il considérablement augmenté par le mouvement d'immigration qui était très-lort dans le département. De 1804 à 1862, il y a eu un accroissement total de la population de 6,554 habitants, sur lesquels il faut déduire 4,376 imïnigrants, soit les deux tiers.
Nous l'avons déjà dit, c'est sur les cantons déshérités que pèse le plus lourdement l'obligation du service militaire; avant 1820, à Brouage, M. Leterme dit avoir vu des années où il ne restait personne de la classe au moment du tirage, tous les jeunes gens nés vingt ans auparavant étant morts ou ayant disparu. JI. Bertrand a relevé les statistiques du recrutement dans le dé|iartement de 1 Indre, et il a trouvé, pour une période de trente ans, que les cantons non marécageux présentaient 254 à 280 exemptions pour infirmités sur 1 ,000 inscrits, tandis qu'il y en avait de 300 à 519 dans les cantons marécageux qui forment la IJrenne, en Bombes. M. Rollet trouve encore des chiffres phis élevés : "'90 exemptés sur 1,000 inscrits dans les cantons où les étangs n'occupent que 8 pour lOO de la surface; 650 exemptés sur 1,000, quand la surface occupée par les étangs atteint 25 pour 100 de la superficie totale. Même en dehors des consid rations ethnologiques, l'influence des marais se traduit par un abaissement notable de la taille la statistique a également permis à II. Bertrand de tracer le tableau ci-après :
EXEMPTÉS FOnt INSOFFISANCE DE TAILLE SDR 1,000 H.
(Brenne)
Canton
inarécageux.
Caaioa
non
marécageux.
de Mézières (enlièrement marécageux).. . . 145,5
Tournoo 124.8
Le Blanc 101,4
Levioux 50.0
Issoudun sud • 75,4
issoudun nord 86,7
Quant aux modificatious que les marais impriment au caractère, à l'intelligence, à la criminalité des populations, nous manquons d'indications précises et de renseignements vraiment scientifiques ; nous ne pouvons que renvoyer à YHistûire médicale des marais de Monfalcon. Le savant médecin lyonnais a aliordo ce sujet et l'a traité avec un charme de style et mitaient littéraire qui justifient les citations nombreuses que lui ont empruntées tous les auteurs depuis
Causes de l'insalubrité des marais. Il est aujourd'hui malaisé de s'entendre sur ce qu'on appelle les maladies jaa/us^res, difficile par conséquent d'en définir et d'en rechercher les causes. Ce mot s'est éloigné peu à peu de sa signification primitive, de celle que l'étymologie lui assigne : palus, marais, palustris, qui est en rapport avec les marais. Il existe dans les localités marécageuses un grand nombre d'influences capables d'agir sur la santé de l'homme et des animaux ; nous avons pris pour type l'une de ces influences, celle, inconnue dans sa nature, qui engendre le groupe des maladies dont la fièvre intermittente est le type; et, par une tendance naturelle, naturefle surtout à l'esprit médical, ce terme général palustre a été réservé exclusivement au groupe restreint des fièvres à quinquina. On ne réforme pas le langage médical, on le subit, mais il n'est pas inutile de faire remarquer que souvent, au cours des discussions, les uns emploient le mot palustre dans son sens particulier, tandis que d'autres lui restituent sa signification commune, grammaticale, la seule qui convienne à une revue comme celle-ci.
Un marais est le type de ce qu'on appelle en physiologie générale un milieu, c'est-à-dire un ensemble de conditions, de phénomènes capables d'agir sur les êtres qui y vivent. Dans un même marais, plusieurs de ces conditions peuvent devenir des causes d'autant de maladies différentes; à plus forte raison, dans des marais dissemblables, pourront naître des maladies dissemblables. Ce qui a toujours fait le succès des théories parasitaires, même de celles qui n'avaient aucun fondement, c'est que l'esprit se complaît volontiers à cette hypothèse d'un terrain, d'uu milieu dans lequel se développent des germes d'origine végétale ou animale, appartenant à un même genre si l'on veut, mais à des espèces distinctes, dont chacun peut faire éclore une maladie spécifiquement dilférente. Ouelques esprits, trop pressés de conclure, font déjà naître la fièvre intermittente simple des palmelles ou des oscillaires, le choléra de l'urocystis, en attendant qu'ils rattachent la fièvre jaune à quelque autre végétal cryplogamique engendré également dans la vase des marais.
Il n'est pas permis, dans l'état actuel de la science, de s'abandonner à cette pathogénie un peu passive, mais séduisante après tout, et qu'on aurait aussi grand tort de rejeter systématiquement que d'accepter sans preuves suffisantes.
Dans un autre ordre d'idées, on est parti de ce fait, que parmi les débris organiques qui se décomposent dans les marais, les uns appartiennent au règne végétal, les autres au règne animal ; d'a[irès un grand nombre d'auteurs, les effluves provenant de la décomposition des végétaux donneraient naissance au groupe des fièvres intermittentes et rémittentes, tandis que les produits de la fermentation animale, qui d'ordinaire, hors des marais, engendrent les maladies typhiques, seraient la cause, quand ils prédominent dans un foyer palustre, de ces maladies infectieuses, graves : dysenterie, choléra, peste, fièvrejaune, etc. M. Fonssagrives a exprimé par les mots intoxications phytohémique et nécrohémique cette diliérence d'action de la matière qui se décompose. On comprend dès lors que, dans un foyer marécageux également riche en débris organiques des deux règnes, pla-
sieurs individus puissent contracter, les uns la fièvre, d'autres la dysenterie, sans même heurter cet aphorisme dont la justesse est très-contestable : une même cau>e ne peut produire des effets diflerL'nts. Quand la substance organique se décompose sous nos yeux, ne la voyons-nous pas produire de l'alcool, des acides acétique, lactique, butyrique, etc., suivant la nature de la matière première qui a subi la fermentation. Ces produits n'ont ni la même composition chimique, ni la même action sur l'organisme, ni surtout Jes mèmisprolorgaiiismes qui constituent les ferments. Ne peut-il pas en être de même dans les foyers maiécageuxf Une végétaiion aussi spéciale que celle des (lalétuviers, par exemple, la vase marine qui leur sert de sol, les myriades d'animaux de toute classe qui viennent y périr, doivent-ils nécessairement donner des produits de décoraposilion ideutiques à ceux de la Sologne, de l'Âgro romano ou de la Mitidja? Les marais fioids et brumeux de l;i Hollande et des bouches de l'Elbe doivent-ils agir comme ceux du delta du Gange et du Mississipi? Quelle part, en outre, faut-il faire à l'action directe de la chaleur sur les phénomènes intimes de nutrition, sur les fonctions du foie et des glandes vascul.iires sanguuies, chez les individus qui vivent exposés à ces émanations pestilentielles. Indépendamment de ces différences en quelque sorte spécifiques, mais ressortissant à un même genre de causes, les influences qui agissent dans les marais peuvent être d'ordre même très-éloigné. Nous avons vu sévir chez les animaux une affection épizootique, la pourrilure, considérée pendant longtemps comme l'analogue de notre cachexie palustre. On sait aujourd'hui qu'elle est produite par l'accumulation dans les voies biliaires de distomes dont les embryons pullulent dans l'eau croupissante des marais ; à ce titre, c'est réellement une affection palustre dont la cause n'a aucune analogie avec celle qui chez l'homme fait naître quelques accès de fièvre tierce ou quotidienne.
Dans l'étude des causes des maladies palustres en général, il faut donc faire intervenir pour leur part les conditions étiologiques multiples qui existent dans les marais, et dont, pour une grande part, nous ignorons encore l'nnportance; continuer à faire de l'élément palustre un être abstrait, une cause sfiécilique, indécom|iosable, c'est retarder les recherches de physiologie pathologique qui éclaireront le processus de la fièvre, c'est prolonger la confusion qui existe sur la classification et la nature des pyrexies infectieuses.
Nous allons passer en revue les hypothèses nombreuses qui ont été émises pour expliquer les maladies palustres proprement dites, réservant à la pathologie générale l'appréciation des causes secondaires qui interviennent pour modifier la santé des habitants de marais.
On a cherché à expliquer l'action des marais par certains changements survenus, sous leur influence, dans ce qu'on apjtelait autrefois fluides inij ondérables, et en particulier dans l'électricité, la température, l'ozone atmosphériques, etc.
L'étude plus complète des phénomènes électriques qui se passent chez l'homme, les travaux de Mateucci, Weber et Dubois-Reymond , etc., ont fait naître, il y a une vingtaine d'années surtout, un grand nombre de théories tendant à expliquer par desperiurbat:ons de l'électricité animale ou cosmique certaines maladies dont la nature restait encore obscure. Eisenmann est certainement celui qui a su le mieux donner à celte hypothèse l'apparence d'une explication scientifique, et nous empruntons à un travail de Hii'sch {Recherches sur Uétioloyie de la fièvre iniermittente, in Zeitschrift fur die gesammte Mediziri, 1849, et Gaz. med , 1850, p. ô-il) l'exposé de cette doctrine ingénieuse. Le point de déj art du raisonnement est cette pétition de principe : l'augmentation et le changement d'es-
pècede l'électricité atmosphérique produisent les fièvres intecmittentes. Aulieu de reclierclier exj érinieutaleraent si l'éloctncilé est capable de di'terminer cliez l'homme des phénomènes comparables à la fièvre, Kisenmann admet d'emblée cette hypotlièse, et s'efforce d'en démontrer la vérité en faisant voir qu'on peut expliquer par elle tous les faits de l'observation médicale. Les couches superposées du sol, formées de matières minérales, salines, ou organiques, constituent de véritables batteries électriques, de la même façon que les rondelles de la pile de Voila; l'eau qui infiltre le sol est une solution saline plus ou moins concentrée, et joue le rôle du liquide générateur dans une pile ordinaire. La quantité d'électricité ainsi formée varie avec la nature chimiquo du terrain, le nombre des couches, leur humidité ou leur sécheresse : quand le dégagement est considérable, les accidents palustres se produisent. Ainsi s'expliquent les rap(.'orls de la fièvre avec certaines conditions topogra] biques réputées favorables à son développement, les inondations, les pluies très-prolongées, la stagnation accidentelle de l'eau de mer sur un terrain habituellement découvert, le mélange de l'eau douce €t de l'eau salée en contact prolongé sur le sol. Dans ces cas, l'eau salée qui pénètre les couches profondes représente l'acide ou la substance saline qu'on ajoute au liquide d'une pile pour en ranimer l'activité. On s'explique ainsi pourquoi certaine localité où l'on ne peut découvrir d'eau stagnante est un foyer habituel de fièvres ; c'est que la composition cliimique des stralitications géologiques est telle, qu'elles réagissent activement l'une sur l'autre et engendrent beaucoup d'électricité. En outre, dans les pays marécageux, l'humidité constante des couches superficielles du sol, les alternatives rapides d'échauffement et de refroidissement do. l'atmosphère amènent des changements continuels dans la condensation et l'évaporation de l'eau, la formation de brouillards; de là résulte la mise en liberté d'une grande quantité d'électricité, et la fréquence d'accidents le matin €t le soir, surtout pendant l'automne où des nuits fraîches succèdent à des journées brûlantes.
On le voit, ce ne sont pas les interprétations ingénieuses qui font défaut à l'auteur pour justifier sa doctrine. Pallas avait déjà invoqué l'électricité atmosphérique pour expliquer la fièvre ; après avoir été longtemps partisan de la théorie des miasmes, il était arrivé à penser que les oscillations de l'électricité pouvaient seules être la véritable cause des fièvres intermittentes. M. Armand [De r Alger ie médicale , Paris, 1854), qui nie l'existence d'un miasme palustre quelconque et même la coïncidence des marais et de la fièvre, s'est rangé à l'opinion de Pallas et d'Eisenmann ; malgré une discussion pleine de verve et parfois de solidité, il réussit mieux à détruire qu'à édifier, mais il n'apporte aucune démonstration expérimentale à l'appui, et, comme eux, il continue à laisonner sur une hypothèse contestable. Cela est si vrai, que M. Burdel attribue, à son tour, la fièvre à la soustraction brusque de l'électricité par l'action combinée de la chaleur, de l'humidité, etc. C'est par là surtout que sa manière de voir diffère de la précédente ; elle ne repose non plus que sur des déductions théoriques et des interprétations que tout le monde sans doute trouvera plus ingénieuses quo solides. « C'est, dit-il {Recherches sur la fièvre paludéenne. Paris, 1858, p. 88), dans la période pendant laquelle l'électricité diminue, c'est-à-dire vers la milieu du jour, et non le soir et le matin, que l'homme subit le plus cette iii* fluence que lui communiquent l'atmosphère qui l'entoure et le sol qu'il foule auE pieds; que tous deux, lorsqu'ils sont éehaulTés par les rayons du soleil, soutirent l'électricité propre à l'homme, en produisant chez lui les troubles particuhcrs
DICT. EKC. 2' s. IV. 4ô
auxquels on a donné le nom d'impaludalion. » Pour lui également, le sol est unepile éleclro-lhermiqiie, la décomposition de la matière dégage de l'électricité; leî^ variations nyclliémcrales de la température favorisent la formation des brouillards, qui jouent le rôle principal dans la théorie ; «le soir l'électricité positive qui le ma lin s'élève du sol, intimement combinée avec les globules humides, descend peu à peu des régions supérieures de l'atmosphère et s'abat sur la colonne d'air voisine du sol. ))
Au moyen d'un appareil particulier, le condensateur hygro-thermo-électrique, l'auteur constate que l'ozone et l'électricité atteignent leur minimum au milieu du' jour, par la plus grande action du soleil ; c'est à ce moment, selon lui, que dans les marais on contracte le plus si^irement la fièvre. C'est, on le voit, l'opinion développée par Eisenmann, à cette différence près que l'un attribue à l'excès d'électricité et que l'autre explique par la soustraction de ce fluide; il n'est pas de meilleure réfutation possiljle. En outre, les brouillards par les oscillations qu'ils impriment, selon M. Burdel, à l'état électrométrique de l'air, devraient mesurer l'insalubrité des localités, ce qui est très- loin d'être vrai ; aussi l'auteur s'efforce « de distinguer les brouillards ordinaires, de la vaporisation hnmique qui se produit sur les parties aqueuses intimement mélangées au sol, le dissolvant lui et une grande partie des matières qui le composent. » Le défaut, de toutes ces explications, c'est d'échaiïaudcr une théorie sur des faits scientifiques insuffisamment démontrés, et de chercher des preuves dans des raisonnements et non pas dans des expériences. M. Durand de Lunel n'a pas évité cet écueil dans son Traité dogmatique et pratique des fièvres intermittentes, faris, 1852. C'est également à des phénomènes électriques que l'auteur attribue l'action des marais, mais il s'est attaché surtout à montrer comment se produit la perturbation de l'électricité des tissus et du corps humain. Pour être sûr de rendre exactement la pensée de l'auteur, nous empruntons à un article publié par luimème dans la Gazette médicale, de 1862, p. 681, le résumé et la fustification de sa doctrine.
«... Vassali-Piandi, Bellingeri, Jlatteucci ont reconnu que le sang et surtout le sang rouge avait une tension électro-positive prononcée... Le nu'asme n'est autre chose qu'une parcelle de la matière organique putride d'où il émane... il pénètre en nature par voie d'absorption dans l'économie, et propage sou mouvement de fermentation molécule organique à molécule organique similaire... Si la matière putride d'où procède le miasme est de nature végétale, elle donne des^ produits de décomposition gazeuse à réaction acide, et par conséquent, a\ec eux,, d'après les lois de l'électro-chimie, de l'électricité négative, cette électricité négative que Tliouvenel a reconnue au-dessus des points marécageux ; si elle est dénature animale, elle laisse dégager des produits ammoniacaux, et avec eux de l'électricité positive... La présence du miasme paludéen dans les voies circulatoires a pour effet d'y neutraliser ou d'y déprimer l'impression électrique normale du sang... Les produits gazeux à prédominance acide sont probablement, comme les acides non concentrés, des tempérants de l'action sanguine. Par conséquent, le miasme paludéen est un agent d'hypostliénie pour les extrémités de l'appareil nerveux des vasculaires sanguins, ce qui ne manque pas d'éveiller les susceptibilités de l'appareil nerveux de la vie animale. »
Je suis encore à me demander, dit l'auteur, si dans mes opérations intellectuelles je suis parti de quelque hypothèse. Tout est hypothèse, pourrions-nous dire^ au contraire ; le point de départ est un fait contesté, mal connu, et les travaux de M. Scoutelten , les critiques de l\I. Decliambre et de M. Béclard (voy. Gazette
hebdom., I8G0, p. 551, etc.) font voir combien il est difficile de déterminer IVlat électrique du sang.
En somme, personne n'a encore étudié d'une façon rigoureuse l'action que les variations de l'électricité atmosphérique exercent sur la santé de l'homme ; il est donc tout à fait prématuré de rattacher à ces variations la cause non-seulement de la fièvre intermittente, mais encore de tous les accidents qu'on observe dans les marais. Il en est de même de l'ozone; quelle que soit la nature réelle de cet agent, et quelque exactes que puissent être les réactions qui en décèlent la présence, il est impossible de le considérer comme le principe nuisible producteur des accidents palustres. Ce qu on sait aujourd'hui de son histoire et de ses propriétés permet tout au plus de le considérer comme un agent capable d'augmenter ou de diminuer par ses oscillations la salubrité de l'atmosphère marécageuse, et c'est à ce titre seulement qu'il en sera question plus loin. Si nous pas- I sions ici en revue les causes de la fiè\Te intermittente, et des accidents palustres, ; nous devrions mentionner l'opinion de Broussais qui avec sa verve accoutumée rattachait uniquement la fièvre aux alternatives de la tempéral;ure ; celle de Faure, pour qui la fièvre était la conséquence de l'extrême chaleur, etc. Mais nous n'étudions ici que la cause des effets nuisibles des marais sans savoir si d'autres conditions encore peuvent produire des maladies analogues.
11 est inutile de s'attarder aujourd'hui à combattre l'opinion ancienne qui cherchait le poison palustre dans un des composés chimiques volatils ou gazeux actuellement connus, qu'on peut dégager de l'eau ou de la boue des marais. Si intéressants et si curieux que soient les travaux de Daniell, Chevreul et Savi sur la production de l'hydrogène sulfuré par l'action réciproque des sulfates et des matières organiques, on sait par des expériences directes que l'inhalation de ce gaz produit des accidents qui n'ont aucune analogie avec les maladies palustres. On en peut dire autant de l'action de l'hydrogène carboné et phosphore, et même de l'oxyde de carbone que Boussingault a démontré exister en petite quantité audessus des nappes d'eau dormante couvertes de plantes aquatiques. Il n'est pas impossible cependant qu'on découvre un jour, dans l'air ou dans l'eau des marécages, un corps volatil ou gazeux, d'une composition chimique bien définie, et qui agisse sur l'économie à la façon d'un grand nombre d'agents toxiques ; fodeur spéciale qui s'élève le plus souvent les marais rend en quelque sorte cetle espérance légitime. M. Chevreul, dans la séance du 50 novembre 1865 à l'Académie des sciences, protestait énergiquement contre le reproche d'impuissance de la chimie à découvrir dans l'atmosphère des corps délétères qui peuvent y être répandus. La condition nécessaire, disait-il, c'est que le chimiste soit mis en possession de quantités suffisantes de la matière à examiner, et l'examen des matières organiques exige que le chimiste ne trouble pas la composition spéciale des principes immédiats qu'il doit séparer. Déjà, dans un rapport fait à l'Académie le 18 mars 1859 {Comptes rendus, VII, p. 580), M. Chevreul énumcrait les recherches qu'il conviendrait d'entreprendre afin que la chimie pût donner toutes ses lumières dans le cas où l'air contient une matière appréciable à un de nos sens et en particuher à l'odorat ; il citait un moyen mécanique de compression de gaz; un mojen physique de relroidir, afin de condenser en liquide ou en solide des vapeurs mêlées à des gaz proprement dits ; des moyens chimiques afin de con. centrer par absorption des vapeurs ou des gaz mallaisants mêlés à l'atmosphère.
« Si, dit-il, avant la découverte de la composition immédiate du beurre et de
ses acides odorants, le butyrique, le caproïque et le caprique, on eût demandé au chimiste le plus liabile de reconiiaîlre la cause de l'odeur de quelques litres d'air dans lesquels le beurre eût séjourné 24 heures, la réponse eût été que la chose n'était pas possible. Mais l'analyse immédiate du beurre en margarine, oléine, butyrine, caproïiie el caprine une fois faite, et les propriétés des acides butyrique, etc., une fois connues, le problème proposé élait résolu. Or substituez au beurre un corps neutre capable de dévelo|iper sous l'influence de l'air une vapeur odorante ou inodore, mais toxique, supposez que, par des moyens correspondant à ceux qu ont présidé à l'analyse du beuire et à la découverte de ces acides, vous obteniez à part le printipu toxique, et le problème de l'existence dans l'air d'un miasme de propriétés connues sera résolu. »
La comparaison est d'autant plus juste que Kraut et Schweizer ont trouvé, dans de l'eau croui issante, des acidts gras volatils, et en particulier des butyrates ; or la série des acides du type Cn Ilu -f- 4 0 est extrèmi ment nombreuse ; ces corps se rattachent aux alcools et aux aldéhydes, dont ils dérivent par oxydation, et bien qued'auties hypothèses paraissent plus \raisemhlables, il n'est pas impossible qu'un de ces acides ou un de leurs dérivés protéiformes agisse sur les êtres vivants à la façon des poisons chiniiquis.
Ces composés toutefois peuvent exister, non pas à l'état gazeux, mais sous forme de particules en suspension dans l'air, onde subs'.auces dissoutes dans une petite quantité de vapeur d'eau. C'est pour cela qu'il ne faut pas renoncir aux recherches inaugurées par Moscali, continuées par Rigatul de L'Isle elYauquelin, Thenard et DupuNiren, Brocchi, Boussingault, et plus récemmeut pir Beclii, recherches qui consistent à condenser, au moyen de \ases contenant de la glace, la rosée et la vapeur d'eau contenue dans l'air au-dessus des marais. Dans une tiièse déjà ancienne et un peu oubliée, M. Meirieu fils (De V influence des miasmes marécageux sur l'économie animale, Montpellier, i8'29) dit avoir recueilli de la rosée dans les marais, et en avoir fait avaler une certaine quantité a des lapins. « Une demiheure après la première cuillerée, les trois lapins donnèrent des signes d'une faiblesse et d'un trouble général qui ne permettaient pas démettre en doute l'action du miasme auquel leau sert d ordinaire de véhicule. Dans cet état, je fis avaler encore à chacun d'eux une cuillerée du même liquide, et un instant après, ils furent saisis de tremblement et de stupeur. Mon père essaya de boire le matin à jeun un demi-verre de cette rosée que nous venions de recueillir ; il eut aussitôt des envies de vomir et une légère cardialgie. Le lendemain, il se sentit faible et abattu ; alors il fit usage d'une décoction de quinquina mêlé de quelques gouttes de laudanum, et cet état se dissipa sans suites fâcheuses.» Ces dernières observations sont réellement très-curieuses, elle mériteraient d'être reprises et contrôlées. Sans doute, il ne faut pas ajouter une signification exagérée aux symptômes fugaces ressentis par Texpérimentateur; sans doute faut-il attribuer une certaine part à l'opération elle-même dans le tremblement, la stupeur, le trouble général manifestés par les animaux ; toutefois l'étude des propriétés physiologiques de la rosée des marais mérite de prendre place à côté de l'énumération des caractères physicjues et chimiques qui seule a été faite jusqu'ici. Tous les auteurs ont vu dans la lit]ueur ainsi recueillie se former des flocons albumineux qui, en se putréfiant, dégagent une odeur cadavérique; l'analyse chimique y a révélé de l'ammoniaque, une réaction alcaline, résultats de la décomposition putride, de plus, la présence d'une matière organique non déterminée. Bechi, plus récemment, a pu doser cette substance et l'évaluer à O^%000!27 par mètre cube d'air atmosphé-
rique; il a trouvé qu'elle noircissait l'acide siiH'urique en passant dans le tube laveur de Kiebig, et qu'elle colorait en ronge, par réduction du métal, une solution de nitrate d'argent. Malheureusement, les procédés employés jusqu'à ce jour pour reconnaître la composition et la nature de cette matière organique ne pouvaient conduire à un résultat scientifique ; les analyses n'ont élé faites le plus souvent que sur des liquides altérés déjà par la putréfaction, comme les deux fioles de rosée recueillie par Rigaud de L'Isle sur les marais Pontiiis, et examinée longtemps après par Vauquelin à Paris, etc. En outre, l'oiération chinii([ue a consisié dans ce qu'on appelle l'analyse élémentaire ou ultime, c'est-à-dire qu'on a cherché à reconnaître, en détruisant cjtte substance, la qualilé et la proportion des éléments, le nombre des équivalents d'hydrogène, d'o.vygène, de carbone et d'azote qui entraient dans sa composition ; nous verrons tout à l'heure que l'air même le plus salubre, renferme une assez notable quantité de poussières, de débris organiques de toute sorte, et l'on comprend que l'analyse élénienlaire de ce mélange complexe, eu voie de décomposition, ne peut en rien éclairer sur la nature et la composition d'un corps chimii|uc qui y serait contenu. Pour arriver à une notion scienlifii]uc quelconque, il est nécessaire de recouiir aux procédés stœchiologiques, comme les a appelés M. Robin, à l'analyse immédiate (|ui sépare, isole, sans décomposition chimique, mais par une sorte d'analyse anatomique, les principes immédiats, solides, liquides ou gazeux, végétaux ou aniraau.x que renferme la matière à examiner; la coagulation, la cristallisation, l'examen sous le microscope des formes cristallines et des réactions délicates, etc-, doivent dorénavant remplacer les procédés grossiers du chalumeau, du chaulfage au charbon, etc., applicables uniquement à l'analyse des substances pures et bien définies, jamais à celles des mélanges.
Outre les principes immédiats toxiques à composition chimiipie déterminée, mais encore complètement inconnus, que le dépôt flocouiieux de la rosée des marais pourrait contenir, on a pensé qu'il représentait les molécules de matière orgaiii |ue altérée qui prennent généralement le nom de miasmes ou d'effluves quand elles sont à l'état de suspension dans l'air.
« Solides, ou liquides, ou en suspension dans la vapeur d'eau, ces substances organiques offrent cette particulariti'' que lorsiju'elles sont altérées, elles transmettent aux substances organiques saines, par simple contact, leur genre d'altération ou un genre d'altération analogue. Pour cela, il n'est pas nécessaire que la quantité de la substance organique altérée offre un rapport déterminé de niasse
eu égard à telle des substances qu'elle vient modifier Les substances organiques
dont l'altération a commencé dans certaines conditions de température, d'humidité, etc., transmettent cet état par simple contact ou après mélange moléculaire avec les substances saines, lors mêmes qu'elles sont en quantité excessivement minime, parce que la modification a lieu, de proche en proche, de molécule à molécule (Ch. Robin, Des miasmes, des virus, etc., in Gazette des hôpitaux, 2 aoùtl85G). »
Ces lignes ont été écrites il y a près de quinze ans, à une époque oii la force catalylique imaginée par Berzelius, les effets de contact ou de présence de Mitscherlicli servaient à expliquer à la lois les putréfactions, les fermentations et les phénomènes catalyt ques proprement dits. Des trava;ix plus récents, en particulier ceux de M. Pasteur, t^nJent de plus en plus à rattacher ces mouvements et ces propriétés de la matière organiipie altérée à la présence d'organismes inférieurs ou ferments, dont le nombre et les espèces se multiplient chaque jour ; à ce
titre, le rôle étiologique des miasmes, ainsi que les compiend M. Cli. Robin, tendrait à se confondre avec cetle [lathogénie animée qui prend droit de domicile dans la science et que nous exposerons tout à l'heure.
Dans l'état actuel de nos connaissances, il serait prématuré sans doute de renoncera cette liypotliè>e de particules miasmatiques transmettant à toute l'économie, de molécule à molécule, cetie altération de la matière qui constitue les maladies totins suhsLantice ; plus l'acilement admissible pour expliquer la patliogénie des maladies virulentes que pour rendre compte de l'infection palustre, elle ne repose pas sur une base positive bien affermie, et l'on cherche en vain la démonstration matérielle d'une altération progressive et molécuhàre de tous les tissus dans l'enipoisonnement par le miasme des marais.
Comme transition à la patliogénie animée dont nous parlions tout à l'heure, nous devons donner ici une large place à l'opinion assez inattendue d'un savant dont les vues originales et les appréciations ingénieuses ont généralement la bonne fortinie d'exciler l'intérêt et la curiosité du monde médical.
M. Boucliardat (Raj9;)ori sur les progrès de l'Iiijgiène, Favh, 1867, p. 34; Des poisons et des venins, in Annuaire de thérapeutique, 18G6, p. 299-557) ne comprend le développement des accidents palustres qu'en admettant l'existence d'eflluvcs, c'est-à-dire d'une matière organique qui se produit dans certaines substances végétales en putréfaction, et qui, entraînée par la vapeur d'eau et inhalée par les poumons de l'homme , engendre les maladies des marais. L'hypothèse la plus vraisemblable sur la nature do ces effluves « consiste à admettre que c'est un venin produit par une des espèces des animaux microscopiques qui déterminent la fenncntation des marais. » Quel est le parasite qui fournii, le venin? le savant professeur l'ignore, mais.cc n'est pas un de ces vibrions agents moteurs de la feraieatation putride, car ces vibrions (anaérobies de Pasteur) ne vivent que dans un milieu privé d'oxygène, taudis que les effluves des marais ne se dégagent que lorsque les fonds vaseux sont à nu et reçoivent l'accès de l'air; en outre, les produits de la fermentation putiide affectent péniblement l'odorat et provoquent des accidents qui n'ont aucun rapport avec ceux des marais. [jCS eflluves ne sont pas formés par les infusoires mêmes (proliablement des aérobies) qui font naître la fermentation paludique ; leur absence dans les préparations microscopiques semble à M. Bouchardat un argument décisif; par contre, l'instriunont grossissant découvre dans la rosée recueillie au-dessus des marécages, avec des débris organiques de beaucoup de sortes, de petits [locons qui lui paraissent être la matière toxique elle-même. « Admettre que cette matière est produite par un acte de la vie de ces infusoires qui pullulent dans la houe des marais en voie d'assèchement, est l'hypothèse qui rend le mieux compte des observations : dire que cette substance se rapproche des poisons introduits |iar les animaux (les venins), ce n'est que donner aux faits leur interprétation la plus légitime, n Parmi les infusoires qui abondent dans les détritus végétaux, quelques-uns n'ont d'autre moyen de s'emparer de leur proie que de ralta<juer par un venin ; bien que nous soyons encore dans l'impossibilité complète de décrire et de classer les animalcules microscopiques toxil'ères, il est probable que les conditions d'habitat, la nature des boues, le mélange des eaux douces et dcg eaux salées engendrent des espèces distinctes, et que le venin de chacune d'elles a une aciion différente sur l'homme. L'immunité dont jouissent certains foyers maiécageux de la Nouvelle-Calédonie, de Taïti, etc., ne résulteraitelle pas de l'absence des infusoires toxilèrcs, soit par le fait qu'ils n'existaient pas
•et qu'ils ii'onl pas été transportés dans ces localités, soit encore parce que les \égélau.\ qui pourrissent dans ces marais sont des mallaleuca ou d'autres végé> taux à essences qui tuent les infusoires toxifères. On est conduit par un grand nombre d'observations concordantes à admettre que les effluves des marais jouent un rôle important dans la genèse des foyers primitifs du clioléra contagieux, d^ la fièvre jaune et peul-êlre de la peste. On s'explique difficilement pourquoi, sous l'influence de conditions qui eu apparence sont identiques, ou -voit naître, la misère et l'encombrement aidant, des maladies si dilférentes. Tout s'interpréterait avec facilité, si l'observaliou venait à nous démontrer qu'elles ■résultent de poisons produits par des espèces voisines, mais spéciliquement dilférentes. Une de ces espèces vit au delta du Gange, et son poison donne le choléra ; une autre, à l'embouchure des grands fleuves de l'Amérique, oii elle -devient le moteur de la fièvre jaune.
Ces vues théoriques, dirons-nous avec le savant dont nous venons de résumer fidèlement les idées, ont besoin pour être admises de la sanction de l'observation et de l'expéiience ; mais peut-être n'oserions-nous pas croire, comme lui, que celte hypothèse est la plus vraisemblable de toutes celles qui ont été émises sur la nature des émanations palustres. Tout ici repose sur une vue ingénieuse de l'esprit, et l'on lait la part réellement trop petite aux faits rigoureusement démontrés : si •la substance floconneuse contenue dans la rosée des marais est un venin, pour- <juoi ne pas tenter de l'inoculer sous la peau ou de la faire absorber par la muqueuse re-piratoire? Est-il bien démontré que les venins produisent leur action habituelle parle simple contact avec les muqueuses non entamées ? Les venins sont-ils capables de déterminer des maladies ou des troubles de nutrition dans le règne végétal? Les objections se pressent ; il est à désirer qu'elles se multiplient et qu'on ch. rche à les résoudre ; il est désirable surtout qu'on étudie au point de vue de la morphologie et de l'histoire naturelle cette vase marécageuse, réceptacle d'oiganismes divers, auxquels à tant de reprises on a voulu attribuer un rôle important dans l'intoxication palustre.
L'hypothèse de M. Bouchardat est en quelque sorte l'application au règne animal microscopique du rôle que Boudin attribuait à la flore des marais. Boudin pai'tait de ce fait que certaines émanations végétales déterminent chez l'homme des çhénomènes morbides, non pas seulement par les gaz nuisibles, acide carbonique, oxyde de carbone, etc., mais par les principes volatils, les huiles essentielles qu'elles entraînent et qui les constituent; remarquant qu'on trouve fréquemment dans les marais les mêmes plantes à odeur forte et plus ou moins fétide, il s'est ■demandé s'il fallait ajouter foi au préjugé populaire qui attribue une vertu fébrigèueà plusieurs de ces espèces : la flouve {antlioxanthura odoratum), le chara vuhjaris, certaines rhizoj)liorées, etc. Dans cette manière de voir, le marais n'in' tervienl plus que d'une façon indirecte dans la production des accidents : il n'est que le milieu favorable où la plante, véritable agent patbogénique, trouve les conditions de sou développement ; tel marais ne produira point de fièvre, s'il n'y vit ni chara, ni flouve, etc.; la fièvre peut régner là où il n'y- a point de marais, i pourvu qu'on y rencontre des plantes réputées fébiifères. A priori, l'hypothèse , n'est pas inadmissible; cela ne sulfit pas pour qu'elle soit une réalité: si les accidents sévissent surtout à l'époque où ces végétaux dégagent au plus haut degré leur odeur fragrante, c'est que leur floraison a lieu précisément en automne, au moment où les marais, en partie desséchés et en pleine fermentation, dégagent leurs effluves avec le plus d'activité; la flouve odorante, à qui, dans la
« basse Bresse, on attribue rinfluence la plus nuisible, est semée, cultivée dans beaucoup de prairies naturelles, humides ou môme marécageuses, pnrce qu'elle améliore le l'ourrage, en lui transmettant une odeur assez parfumée qui rappelle le benjoin, et la fièvre est parfois inconnue là même où cette graminée est le plus abondante. Il est enfin des marais, foyers d'une insalubrité extrême, où l'on ne rencontre non-seulement aucune des filantes incriminées, mais encore, pour ainsi dire, aucune espèce de végétation. L'opinion émise par Boudin paraît donc assez hasardée, et l'on peut dire qu'elle n'a conquis jusqu'ici qu'un bien petit nombre d'adhérents. Salisbury, à la fin de son mémoire, énumère longuement les phénomènes et les symptômes qui résultent de l'inhalation des principes volatils des phanérogames, mais il cherche h prouver que ces accidents n'ont aucune analogie avec ceux que déterminent les spores des plantes à fièvre.
C'est donc par une extension forcée et une fausse interprétation, que certains auteurs ont trouvé une analogie étroite entre la théorie de Boudin et la découverte des palmellae par Salisbury : la première fait des accidents palustres une maladie par empoisonnement, l'autre tend à en faire une maladie parasitaire.
Ce n'est pas de nos jours seulement qu'on a cherché à expliquer les maladies des marais par l'introduction dans l'économie de petits êtres doués de vie, jiarasites du règne animal ou végétal. Déjà, à la fin de l'ère ancienne, Vitruve et Varron, et un peu plus tard Columelle, émettaient l'idée que certains insectes, en pénétrant dans le corps de l'homme, étaient capables de faire naître un grand nombre d'affections. L'impulsion vive que prirent les sciences naturelles après la Renaissance, la découverte et l'emploi du microscope, le goût naissant pour l'intervention des causes matérielles dans l'explication des maladies, permettent de comprendre la faveur avec laquelle les médecins du dixseptième et du dix-huitième siècle accueillirent les premiers travaux du P. Ath. Kiicher sur cette pathologie animée, qui paraissait de\oir éclaircir tant de mystères. Les insectes volumineux et grossiers, admis par Varron, Vitruve et Columelle, étaient remplacés désormais par des êtres microscopiques, capables, en raison de leur petitesse, de passer dans le sang par les voies respiratoires ou les pores de la peau. Lancisi, dans son livre admirable sur l'insalubrité de la campagne romaine, s'est efforcé de démontrer que les effluves sont formés par les produits de la putréfaction végétale, et il n'est pas éloigné de faire jouer un rôle important à des animalcules microscopiques suspendus dans l'air des marais, et susceptibles de pénétrer dans le torrent circulatoire. Ces idées furent soutenues par Rasori, le grand réformateur italien, au commencement de ce siècle, et se propagèrent à tel point, que pour empêcher la pénétration de ces animalcules fébrifères, appelés dans le peuple serafici, on conseillait en Italie de ne plus respirer l'air des localités à mal'aria qu'à travers un tissu de gaze légère, en môme temps qu'on s'imposait l'obligation (Armand, l'Algérie médicale, p. 68) de vivre dans une atmosphère saturée d'ail par l'emploi de ce. végétal sous toutes les formes intus et extra. De nos jours, les belles recherches d'Ehrenberg sur les infusoires avaient inspiré à Virey, qui cependant combattait au premier rang dans le camp des vilalistes, la croyance que ces animalcules étaient la cause véritable de l'insalubrité des marais. Tout le monde sait la part qui revient à Raspail dans la création de cette pathologie animée, dont il compromit plutôt qu'il n'assura le succès par une généralisation exagérée et par des procédés qui n'ont rien de commun avec ses grands tra-
vaux de chimie et d'iiistoire naturelle. Les découvertes de Pasteur [Annales de physique et de chimie, 1862, etc. — De Vauréal, Essai sur l'histoire des ferments, de leur rapprochement avec les miasmes et les virus. Thèse de Paris; 1864. — Gaulier, Études sur les fermentations, etc. Thèse de Paris; 1869) ont inaiignré une voie presque nouvelL pour expliquer les phénomènes de déconiposilioii analogues à ceux qui si; passent dans les mara s. Tandis que Liebig rattachait à des actions chimiques lout le processus de la fermentation. Pasteur a fait intervenir des organismes nombreux et divers, véritables ferments analogues à celui de la levure de bière, et dont successivement il démontra l'existence. La question est encore indécise de savoir si ces ferments microscopiques proviennent de germes répandus dans l'atmosphère, ou s'ils peuvent se former de toutes pièces par un certain agrégat de la matière organique. Quand le milieu est acide, ce sont des ferments végétaux qui se développent : pénicillium, aspergillus, niucor, cryptococcus, etc. ; quand le milieu devient neutre ou alcalin, toutes les espèces végétales disparaissent et sont remplacées par des animalcules, vibrions, bactéries, etc. J. Lemaire {Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1864, p. 426 et 317) a étudié, à ce point de vue, la vapeur d'eau condensée au-dessus d'une des locahtés les plus malsaines de la Sologne, voisine du village de Saint-Viàlre, et connue dans le pays sous le nom expressif de Tremble-vif. Le hquide fut examiné heure par heure sous le microscope, et l'on put y suivre une sérid curieuse de transformations. Après avoir constaté la présence de cellules, de spores, de débris de loute sorte, J. Lemaire vit se développer sous ses yeux des Algues, des Mucédinées, des Champignons; plus tard, ceux-ci meurent ou cessent de croître; ils sont remplacés par des monades, des vibrions, des spirillum, des bactéries. A mesure que cette prolifération et ces transformations s'accomphssent, le liquide, d'abord parfaitement limpide, se trouble, devient flocoimeux, et dépose une matière organique, formée sans doute des éléments ci-dessus indiqués.
D'après ces travaux, les miasmes ne seraient autre chose que les ferments eux-mêmes, entraînés dans l'air par la vapeur d'eau et les gaz qui s'élèvent des foyers de décomposition organique. Ces ferments pénétreraient dans l'économie par les voies respiratoires, et y joueraient le même rôle que Robin attribuait aux particules miasmatiques, sous l'intluence de l'effet de contact ou de la force catalytique.
Tandis que Pasteur admet la nécessité d'un ferment spécial ou spécifique pour chaque espèce de fermentation, d'autres essayent de démontrer que les ferments se transforment les uns dans les autres, et déterminent des fermentations dilférentes, suivant les conditions du milieu où ils sont placés (Ilalher). Au point de vue pathogénique, M. Lemaire tend à réunir tous ces ferments dans un groupe unique, capable de faire naître tour a tour la fièvre intermillente, la lièvre jaune, le typhus, le charbon, etc., suivant les qualités, la composition du foyer de décomposition organique; l'alternance des épidémies de charbon, de fièvre typhoïde, et de fièvres intermittentes simples aux bords de l'étang de la Seille (Meurthe), selon les années de mise en eau, d'assec, etc., pourra être invoquée comme un argument en faveur de cette opinion.
Les idées de Pasteur sur les fermentations et partant sur la nature des miasmes, ne sont point acceptées sans conteste. Berthelot, entre autres, croit que les \nicrozoaires et les microjihytes sécrètent le ferment de la môme façon, par exemple, que l'orge germé sécrète la diaslase; le ferment ainsi produit agit par
ine simple action de présence, et détermine la fermentation pntride, acétique, de, comme la diastase transforme l'amidon en sucre, comme la synaptase décompose l'amygdaline, etc. Dans un ordre d'idées un peu dilférent, la conception de Berthelot rappelle assez bien l'iiypotlièse émise par Bouchardat, d'un venin sécrété par uii mfusoire microscopique, et imprimant aux effluves marécageux leur aciion nuisible sur l'organisme humain.
Nous ne pouvons entrer dans la discussion de théories qui ne sont (ju'ébauchées, et dont la critique trouvera sa place dans une autre partie de ce Dictionnaire. Admissibles pour expliquer la propagation et le développement des maladies virulentes, inoculables, oii l'on constate des infusoires doués de vie dans les liipiides de l'organisme, ces conceptions pathogéniques semblent difficilement ap[)licables aux fièvres intermittentis, à la cachexie palustre, et à beaucoup d'accidents de même sorte, où manquent les caractères que nous venons d'énoncer (i)Oi/. Fermentation).
Les germes disséminés dans l'air n'agissent pas seulement comme ferments; il en est qui peuvent pénétrer dans l'intérieur des organes, s'y implanter comme parasites, et y devenir la cause d'accidents très-variés. C'est dans cet ordre d'idées que Mitcbell, Salisbury, etc., ont cherché à rattacher l'action nuisible des marais à l'introduction de parasites végétaux microscopiques dans le coiu'ant sanguin et dans tous les liquides de l'organisme. J. K. Mitcliell {On tite Cnjptoganiûus origin of malarioas and épidémie fevers. Phikidelpiiie; 1849), un des premiers, a formulé cette doctrine dans une série de leçons professées au Collège médical de Jefferson, à Philadelphie, et réunies quelques années plus tard dans un traité didactique -, il cite des exemples nombreux d'individus atteints de fièvres, après avoir respiré un air chargé de spores de champignons, et dans les bronches ou les mucosités pulmonaires desquels on rencontrait une grande quantité de ces petites cellules. Malheureusement, il se préoccupe trop peu de définir l'espèce ou les espèces susceptibles de développer ainsi lis accidents palustres. C'est également d'une taçon théorique, et en quelque sorte par voie d'exclusion, que Miiluy [Die (jeo^jraphisehen Verhàilnisse, elc, chap.- Yi) arrive à cette conclusion, que les marais agissent au moyen d'un miasme animé, consistant dans des infusoires végétaux microscopiques; dans le chapitre qu'il consacre à ce sujet dans la seconde partie de son ouvrage, il ne mentionne aucune observation directe qui lui soit personnelle. Ce sont, au contraire, les expériences et les descriptions en apparence positives qui donnent un grand intérêt au travail de Salisbury {On tlie Ganse of intermittent et rémittent fevers, with investigations ivhich tend to prove tliat thèse affections are caused hy certain species of PaJmellœ, by J. H. Salisbury, M. D. professer of Physiology, Histology et Pathoiogy in Charity hos[)ital médical Collège. In the American Journal of Ihe médical Sciences, new S., t. Ll, janvier 1806, p. 51-75). Ce mémoire a été, en partie, traduit et analysé par M. Beaugrand djus ks Annales d'hygiène, 1868, t. XXIX, p. 417. Le 6 novembre 1869, la Revue des cours scientifiques a publié des recherches du même auteur sous ce titre : Ecole de médecine de Claveland (Ohio), Cours de M. J. H. Salisbury: Causes des fièvres intermittentes et rémittentes. Beaucoup de personnes ont cru y voir la confirmation, à trois ans de distance, des premières recherches de l'auteur, ce qui leur donnait une sorte de sanction expérimentale; nous nous sommes assuré que l'article de la Revue n est que la traduction littérale, conqjjète, sans anct.ne -addition ni suppression du mémoire publié, en 1866, dans the American
Journal; c'est là une constatation (jui peut avoir son opportunité et son intérêt.
En iS&'-l, la fièvre intermittente était endémique dans les districts marécageux des vallées de l'Ohio et du ilississipi. Salisbury examina l'expectoration des mdividus atteints par la maladie; il y rencontra, d'une façou banale, une grande quantité de cellules zoosporides, d'animalcules, de diatomées, de dismidiees, de cellules et de filaments d'algues, des spores fungoïdes, etc. Au contraire, il trouva d'une façon constante d'autres petites cellules qu'il dit appartenir au genre algues, et ressembler fortement aux espèces paJmellœ. Ces dernières cellules avaient pour caractère } articulier de présenter l'apparence de ■ce que \irclio\v appelle des physaîides, c'est-à-dire une petite chambre claire et vide entre le noyau et la paroi cellulaire. Ces éléments se rencontraient exclusi- ■vement dans la zone où régnait la fièvre, mais ils ne faisaient jamais défaut; en outre, dans l'urine des fébricitanis, ils formaient de petits flocons très-ténus, il'autant plus nombivnx que la maladie était plus grave; ils n'y manquaient jamais, pas plus que dans la sueur, etc. Salisbury considère les organes urinaires et l'appareil sudoriparo comme la voie importante de leur élimination. L'auteur admet comme démontré que ces éléments microscopiques sont les spores d'une espèce d'algues, appartenant à l'organisation végétale la plus inférieure qui soit connue, ]espaImeUœ; et pour affirmer le rapport qui les lie aux lièvres des marais, il crée pour eux le nom de gemiasma, miasmes de la terre. Jl donne lui-même les caractères du type :
« Gemiasma (Salisbury). Plantes a\ant l'apparence de cellules consistant ■chacune en une paroi extérieure mince, contenant un noyau rempli de petites spores, soit simples, soit agrégées, se multipliant par dédoublement ou segmentation de la face interne d'une membrane mère, et provenant de spores. Couleurs variées, rouges, vertes, jaunes, blanc!;es, plombées, etc. Il y a plusieurs espèces qui semblent agir comme un poison malarial. Les plantes rouge brique et plombées se trouvent principalement dans les sols riches en calcaire, pendant que les variétés jaune verdàtre et blanches se rencontrent plus souvent dans les terrains ilépourvu de calcaire, o Ces parasites forment, sur la croûte à demi desséchées, des marais, des fossés, ou des bas-fonds vaseux, un enduit pulvérulent, réuni en petits amascristalloïdes, au niveau des moindres saillies ou aspérités de la surface.
En suspendant, la nuit, au-dessus des points marécageux, des lames de verre maintenui s humides par une solution concentrée de chlorure de chaux, Salisbury trouva toujours le lendemain matin, à la face supérieure des plaques, la plupart des organi-mes rencontrés dans les sécrétions, et, d'une façon constante, des spores ohlongues de palmelles. Au moyen d'un appareil apjjroprié, il examina les éléments morphologiques des différentes couches de l'atmosphère, et il arriva aux conclusions suivantes :
Il 1° Les spores cryptogamiques et les autres corpuscules se maintiennent audessus du sol, surtout pendant la nuit. Ils s'élèvent et restent suspendus dans les exhalaisons froides et brumeuses de la terre après le coucher du soleil, et retombent sur le sol peu après le lever du soleil ;
« 2 ' A la latitude de l'Ohio, ces corps montent rarement à plus de 55 à 60 pieds au-dessus des terrains bas ;
« 5° A Nashville et à Memphis, cette hauteur va de 60 à 100 pieds ;
(( i° Au delà de la limite des exhalaisons nocturnes, ces corpuscules ne se montrent pas, et les fièvres intermittentes n'apparaissent plus;
« 5" Pendant le jour, l'air des districts fiévreux ne contient pas une seule de ces spores palmelloïdes, et ne renferme par conséquent aucune des causes qui donnent naissance aux accès fébriles. »
En parcourant les endroits marécageux où Salisbury reconnaissait des couches de palmellse de plantes à fièvre (agueplants) comme il les appelle, il a souvent ressenti au fond de la gorge, ainsi que les docteurs Effinj^er et Boerstler qui l'accompagnaient, une sécheresse, une constriction et une sensation fébrile particulières, gages assurés de la pénétration des spores dans les premières voies de la respiration. Salisbury cite un grand nombre de cas particuliers oîi, la fièvre ayanc sévi dans telle ou telle localité, d'une façon parfois accidentelle, il a toujours pu trouver la végétation qu'il incrimine étendue sur une large surface ; une couche de chaux ou de paille répandue sur le sol arrêtait définitivement ou momentanément le soulèvi^ment des spores et la manifestation des accidents. Pour compléter sa démonstration, l'auteur rempht six caisses en bois d'une couehe mince de terre marécageuse et riche en palmelle, et les fit porter à 5 milles de là, dans un lieu élevé, d'une salubrité extrême, oîi jamais on n'observe de fièvres; ces caisses furent placées sur la fenêtre d'une chambre occupée par deux jeunes gens sains et bien portants. Au bout de 15 jours environ, les deux jeunes gens avaient des accès de fièvre tierce bien réglée, alors que personne autour d'eux, ni dans les autres parties de la maison, n'était atteint; dans une autre expérience presque identijue, deux individus sur trois prir^'ut bientôt des accès de fièvre. Enfin, il raconte qu'un jour il laissa dans le cabinet de travail de son collègue, le docteur House, un vase rempli de palmelles qui venait de servir à une démonstration; incomplètement caché sous un journal, le vase fut oublié là; quelques jours après, le docteur House fut pris de courbature, de fièvre intermittente bien caractérisée, qui cessèrent dès qu'on eut découvert et enlevé le corps du délit.
Le processus pathogénique imaginé par Salisbury ne laisse pas que d'être fort obscur; les spores traversent, en les altérant, les cellules épithéliales des surfaces internes et externes du corps; elles gagnent le torrent circulatoire, les tissus vasculaires, de là les organes hémalopoïétiques et glandulaires, envahissent les celluhs du foie, de la rate, des glandes mésenténques, modifient leur contenu, partant troublent les phénomènes de nutrition et de sanguification, etc. On peut négliger ici ce côté de la théorie et s'occuper uniquement d'examiner si les faits allégués sont réels, acceptables, suffisamment démontrés.
L'obscurité qui règne encore, au point de vue de l'histoire naturelle, sur les espèces inférieures des champignons microscopiques, semblait imposera Salisburyune description minutieuse de ces palmollae qui existent dans le sol, et dont l'existence est la base même de sa théorie; il se contente dédire que ces palmellœ appartiennent à I organisation végétale la plus inférieure qui soit connue ; il leur donne un nom générique nouveau, geiniasma ; il dénomme et baptise de nouvelhs espèces G. rubra (Salisbury), G. paludis (Salisbury), etc., etc. ; mais il est extrêmement sobre de caractères anatomiques et descriptifs. On pourrait conclure de là que Salisbury mérite un peu le reproche que Hallier (d'Iéna) adresse à Pasteur de ne pas être assez morphologiste, assez botaniste dans ses travaux sur la fermentation. Il est vrai que Pasteur, dès le début de ses recherches, avouait rinsulfis;uice relative de ses connaissances en cette difficile matière et qu'il s'en affligeait, ce qui est la marque du vrai savant et doit rassurer sur les conséquences de cet aveu. 11 est assez comnuin au contraire de voir des médecins, qui jusque-là avaient
tout au plus les notions élémentaires sur les diverses classes de parasites végétaux ou animaux, entreprendre les travaux les plus délicats de la bioscopie, employer des grossissements excessifs, découvrir des espèces nouvelles ou des proliférations jusque-là inconnues; il suffit d'avoir jeté les yeux sur les travaux de Hallier qui, lui, est un véritable et savant botaniste, il faut avoir une certaine pratique du microscope pour comprendre à quelles illusions on peut se laisser entraîner en de telles matières. Les titres scientifiques de Salisbury, professeur de physiologie, d'histologie et de patholoi^ie dans une des universités de l'Ohio, nous persuadent que le savant Américain ne mérite aucun des reproches que nous adressons à ceux qui s'improvisent, du jour au lendemain, botanistes et mycologistes; mais nous aurions désiré une description plus rigoureuse des corpuscules trouvés dans les sécrétions : leur dimension exacte, qui d'après Hallier dépasse i\ peine 2 ou o millièmes de millimètre ; les moyens qui lui ont permis d'éviter lu contusion avec les globulins du sang, avec les corps granuleux ou les parasites qui se développent facilement dans les produits de l'expectoration, avec les moisissures, les globules de levure qui naissent dans l'urine parfois un peu sucrée des fébrieitants. Salisbury a craint sans doute d'ajouter à la longueur de son mémoire en développant ces questions, que d'aucuns trouvent d'une importance capitale. Tant qu'on n'aura pas appliqué à ces gemiasma les procédés de culture qui caraetérisent les travaux de llailier, il resteia quelques doutes sur la subtilité ou la comj.laisance du microscope de Salisbury, auquel nous devons déjà les parasites de la rougeole des camps {Camps meastes), de la syphilis, du rhumatisme articulaire aigu, etc.
Cherchons maintenant dans les travaux d'autres auteurs le contrôle de l'opinion précédente. W. A. Hammond [A Treatise on hygiène. Philadelphia, 1865, p. 179-185), le chirurgien général de l'armée des États-Unis, considère comme plausibles a priori les théories deMitcheil sur la nature fungoide de la mal'aria. 11 a constaté très-souvent une prodigieuse quantité de spores dans l'atmosphère des localités marécageuses ; au moyen d'un aspirateur bien connu, il a recueilli ces sporules, appartenant surtout aux bassidiospores, aux hyménomycètes, et aux gastéromjcètes; il dit avoir contracté lui-même une fièvre intermittente, après avoir inspecté une grande provision de fourrages altérés ; il a fréquemment souffert de mal de Icte, a\ec fièvre, après avoir manipulé de vieux livres couverts de moisissure. En un mot, il croit que les maladies palustres seront répuLées un jour devoir leur origine à l'inhalation des spores de certains champignons, à l'exclusion de toute autre cause; il se garde, toutefois d'incriminer telle espèce plutôt que telle autre. Il faut ajouter qu'à cette époque Salisbury, dont il apprécie hautement les travaux sur l'origine parasitaire de la rougeole des camps, n'avait encore ni publié ni terminé ses recherches sur les palmelles.
Un médecin de Ceylan, le docteur Massy {On the Premlence of Fiingî in Jaffna (Ceylan); in Army médical Report for 1865, t. Yll, p. 559), a publié en 1865 une série de notes tendant à démontrer la coïncidence d'une quantité énorme de champignons microscopiques dans l'atmosphère pendant une recrudescence de 1 endémo-épidémie palustre à .laflha, localité célèbre pour ses marécages. L'air, l'eau des puits, des citernes, la poussière noire qui couvre les feuilles, comme aussi l'urine, l'expectoration de la plupart des fébricitanis contenaient des spores extrêmement nombreuses de ce que Massy appelle la mucédinée réréale, et dont il donne une desciiption assez complète (voy. 31 juillet, 4 septL-mbre, 8 août, etc ). Ce qui diminué un peu la signification pa'.hogénique de
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cette mucédinée, c'est sa fréquence même et l'abondance avec laquelle on la rencontre partout : dans la sérosité des vésicules du lichen Iropicus, sur les clie\eux d'un indigène atteint de plique polonaise, sur les ulcères endémiques de la langue [sore tonçjiie), comme aussi et surtout chez tous les individus atteints de fièvres; dans certains cas, le mycélium du parasite est assez abondant pour Ibrnier des calculs vésicaux qu'ils constituent pour la plus grande partie. « De tout ceci, dit le docteur Massy, il parait très-probable que l'agent de la fièvre intermittente est un poison spécial transporté et développé par des champignons ; que c'est un virus de nature organique dans une période de transition, » etc. Ajoutons que ces observations ont été brusquement niterrompues par l'invasion d'une épidémie de choléra, et, dit l'auteur, il parait probable que la dissémination des sporules de champignons a été la cause du développement rapide de la maladie.
Un autre médecin américain, Holden {American Journal of the médical Sciences, janvier 1866), donne la relation d'une petite épidémie de fièvre intermittente qui sévit sur un vaisseau en pleine mer pendant une traversée; la soute aux provisions, mal protégée, avait été souillée par l'eau de mer, et une couche épaisse de moisissure en recouvrait toutes les parois ; mais la cale était également infectée par l'eau de mer non renouvelée, et il y aurait autant de motifs d'invoquer l'action du marais nautique de Fonssagrives, que l'empoisonnement par des champignons parasites ainsi que le fait l'auteur.
Ilallier (Richter, Ueber die... Revue critique des connaissances nouvelles sur les champignons parasitaires causes de maladies, in SchmidCs Jahrhûchery 4867, 3'' vol., p. 81, et 1868, novembre, p. 101), dont les travaux ne peuvent manquer d'éclairer dans peu d'années l'origine parasitaire des maladies, n'a pas^ fait de recherches spéciales sur les champignons de la fièvre intermittente ; mais il est tenté de croire que si la cause de la fièvre est un parasite, il est plus probable que c'est une espèce voisine des oscillariniées, c'est-à-dire de ces organismes vermiformes doués de mouvements très-vifs, qu'on trouve en abondance dans lenduit verdàtre des égouts, et qu'on a placés tour à tour dans le règne animal et dans le règne végétal.
L'observation suivante du docteur Schurtz, de Zwickau, {Archiv der Heilkunde^ 1808, p. 69) pourrait contribuer à affermir cette hypothèse. Un malade fut pris d'accès intermittents à Zwickau dans des conditions de salubrité telles,, que Schurtz ne pouvait en comprendre la filiation étiologique. 11 finit par apprendre que son malade se hvrait à l'élude des cryptogames, qu'il avait dans sa chambre à coucher vingt-quatre soucoupes contenant des oscillariées en voie de culture. Malgré 1 exiguïté des foyers de décomposition organique, en entrant lematm dans la pièce, on était saisi par une odeur marécageuse très-forte, insensible dans la journée, parce que le malade tenait les fenêtres ouvertes jusqu'à l'heure de son sommeil. « Cette odeur saisissante de marécages développée par de petites masses d'oscillaires, me les iait soupçonner, dit l'auteur, de n'être pas indifférentes dans la production des fièvres à mal'aria. J'en ai cultivé longtemps sous des cloclu's très-propres, et chaque matin je trouvais des cellules à couleur verdàtre dans les gouttelettes déposées sur les parois internes de la cloche. Quel rapport y a-t-il entre ces cellules et les oscillaires ? je l'ignore; néanmoins, si je les avais trouvées dans toute autre circonstance, je les aurais prises pour îles palmelles, et il est fort possible que, en général, les palmelles et tous les végétaux de même genre, encore incomplètement connus, soient des degrés inférieurs du développement d'algues plus parfaites. »
Le professeur van den Corput {Journal de médecine de Bruxelles, 1866, t. XLII, p. 530) a rapporlé, en 1866, une observation qui a beaucoup d'analogies avec la précédente; seulement, dans le cas du savant médecin de Bruxelles, c'étaient des cryptogames de l'espèce palmelle qui avaient produit la iièvre.
Au congrès rhédical international de Florence, en 1869, une des questions les plus actuelles qui aient été traitées a été elle des marais et de l'impaludisme. M. Dalestra {Recherches et expériences sur la nature et l'origine des miasjnes I aludéens, Académie des sciences, 18 juillet 1870, et Congrès médical de Wlorence, m Union médicale, 4 novembre 1869, p. 645) y lut un mémoire préjjenté récemment à l'Académie des sciences, pour défendre la nature parasitaire des miasmes paludéens. Dans l'eau des marais Pontins, à Maccarebe et Ostie, DUtre un grand nombre d'animalcules microsco] iques, il a trouvé constamment et en nombre proportionné au degré de putréfaction de l'eau i;n micropliyte granulé de l'espèce algue, dont il donne la description, d Cette algue surnage à la surface de l'eau ; elle est irisée si elle est jeune, et reproduit l'apparence de tacbes d'buile. C'est seulement quand elle se trouve au contact de l'air, exposé aux rayons solaires, en présence de végétaux en décomposition, qu'elle se dévelopi e rapidement en laissant dégager de petites bulles gazeuses. » Dans l'air de Rome et des localités insalubres du voisinage, il a trouvé cette algue en proportion directe avec la saison, le degré d'insalubrité, l'état du ciel, et il ne doute pas que le principe miasmatique des foyers palustres ne réside dans les spores ellesmêmes on dans quelques principes qu'elles renferment.
Il nous semble inutile de mentionner autrement l'opinion du docteur Jacob {Union médicale, 4 novembre 1869, p. 645j, de la Réunion, qui, pour expliquer l'apparition de la fièvre dans les îles de l'arcbipel de Mascareigne, invoque l'introduction de quelques pieds de violette aux racines desquelles adhéraient peut-être quelques algues fébrigènes ! Il en est de même d'un travail de M. Lediberder. dissertation exclusivement dogmatique, qui n'a même pas l'occasion d'un fait expérimental quelconque.
En réponse à quelques-unes de ces affirmations, M. Wood [An examination tnto the truth of the asserled production of gênerai diseases hy organised entities, in American. Journ. of med. Se. 1868, p. oo3-552), professeur de botanique à l'université de Pliiladelpbie, a opposé la réfutation suivante. Luimême et le professeur Leidy ont couché pendant un mois dans une chambre oii l'on avait réuni une quantité énorme de diverses espèces de palmelles : ni lun ni l'autre n'a été malade, bien que Wood eût une grande disposition à contracter la fièvre. En outre, les palmelles sont des plantes très-riches en chlorophylle, elles ont besoin pour vivre de l'action de la lumière, et ne peuvent se développer ou continuer à vivre dans l'intérieur du corps. Les palmelles qu'on trouve en abondance dans une foule de localités non marécageuses et même dans les régions arctiques, se développent et se reproduisent aussi bien dans la neige que dans Veau à -4- 60° centij^rades, tandis que la mal'ana ne se produit que dans les saisons chaudes, et que le froid fait cesser sa fâcheuse influence . Comme dernier argument, Wood montre qu'on peut faire vivre très-bien les Pamelles dans des solutions de sulfate de quinine, ce qui prouve, d'après lui, que le quinquina ne gué» rit pas la fièvre en détruisant un végétal parasite introduit dans l'organisme.
Pour terminer cette longue énumcration, nous devons mentionner les travaux mycologiques récents, non pas sur la propagation, mais sur l'origine du choléra.
Les recherches de Kolb, de Thomé, de Rallier, tendraient à rendre vraisembJLble l'opinion suivante : o Les districts mprécageux de la presqu'île indo-gangctique sont la patrie naturelle d'une mucédince qui vit sur le riz comme chez nous ï urocystis occulta, qui lui ressemble beaucoup et pour la forme et pour [e< spries végétales, vit Kir le cliaunie et dans la Ileur du froment et du seigle » (Wiener, la mucédinéedu choiera, Gaz. hebdom., 1866, p. 65 et 97) ; le parasite, eu passant dans les viscères de l'iionmie, amènerait les désordres considérables qu'on constate dans les éléments cellulaires, et c'est lui qui, en subissant une évolution encore très-obscure, serait l'agent de la propagation du choléra hors de ses foyers primitifs. Nous étendre davantage sur ce sujet, ce serait préjuger une question encore incei taine, déjà traitée à sa place : des rapports qui unissent le choiera avec les marais insalubres dans son berceau primitif, et la nature parasitaire de la maladie.
Quelle que soit l'opinion qu'on adopte sur la nature des effluves, quand on voit sévir d'une façon épidémique des maladies aussi spéciales que le choléra et la fièvre jaune, on se demanda; si les conditions extérieures font naître, créent de toutes I ièces les miasmes qui les propagent, ou bien si ces conditions ne font que préparer le milieu où le germe créé depuis longtemps, mais stérile et sommeillant faute de conditions convenables, pourra se développer et se reproduire. A la génération spontanée des êtres correspond la spontanéité des germes morbides, (juestions obscures toutes deux, liées étioitement peut-être, que nous n'avons pas à résoudre.
CIRco^sTANCES QUI MODIFIENT l'actjoin DES îiARAis. Les cffets dcs marais varient avec les conditions difiérentes que présentent le marais lui-même, le milieu cosmique où il se trouve, les individus soumis à son influence.
La distinction classique des marais couverts, découverts et alternatifs se justifie à tous les points de vue. Une couche d'eau épaisse empêche la chaleur produite par la radiation solaire d'atteindre le fond chargé de détritus organiques; elle absorbe et dissout les émanalions, les gaz, les piincipes volatils qui résultent de la décomposition de ces inalicrcs. Le dessécliement, au contraire, quand il est comjilet et qu'il atteint les couches les plus prufondes, produit un assainissement relatif; c'est ainsi qu'on voit des débris de tissus vivants exposés à un soleil très- \if et dans un air très-sec se dessécher et se momifier sans fermentation putride appréciable, sans moisissure, sans mauvaise odeur, etc. Ce sont les alternatives de dessèchement et d'humidité qui rendent les marais dangereux et actifs, et les pluies amènent ce résultat, ici par leur rareté, ailleurs par leur abondance. En Hollande, la grande sécheresse lait cesser rinnocuité de certaines localités marécageuses en épuisant la mince nappe d'eau qui retenait les émanations : c'est de la même façon qu'en 1855 une sécheresse excessive produisit en Suède une épidémie grave de maladies palustres; dans l'île de la Trinité, dit Ailken, {The Science and practice ofmedicine, 5'' cd , 1868, t. Il, p. 988), dont la surface est vraiment une mer de marécages, la pluie tombe pendant neuf mois de l'année, la salubrité règne tant que le pays malsain est sous l'eau; mais s'il ne pleut que pendant huit mois au lieu de neuf, les fonds marécageux se découvrent, ils sont brûlés par le soleil, et les épidémies de fièvres rémittentes les plus graves apparaissent. C'est le contraire qui a lieu à la Barbade, où la sécl.eresse est habituellement extrême. Les pluies abondantes font naître les épidémies palustres en favorisant brusquement la léimenlalion du sol, empêchée par la privation complète d'eau pendant la saison sèche. Telleiikofer est tenté d'expliquer par des changements coiisidéiabks dans le niveau de la couche souterraùie les épidé-
mies palustres qui sévissent parfois en Allemagne sans cause extérieure bien appréciable, et les Arcli. der Hetlkiinde ont publié dans ces dernières années de nombreux grapliiques qui semblent favorables à cette opinion.
L'influence de la température n'est pas moins évidente. Le froid empêche, retarde ou arrête les phénomènes de fermentation; il suspend la vie des organismes inférieurs ; la croûte de glace qui se forme sur les maiais s'oppose d'une façon mécanique au dégagement des eifluves ; cependant Joseph Frank {Praxeos medicœ universœ prcecepta, t. I, p. 112) dit « avoir vu plusieurs fois les fièvres intermittentes sévir à Wilna dans le mois de février, aloi's que le thermomètre de Réaumur marquait 20° de froid et plus, à une époque où les marais pris en une masse pierreuse ne pouvaient certainement rien dégager. » La chaleur, au con- ' traire, active la décomposition; elle augmente la capacité de saturation de l'air, et c'est la vapeur d'eau qui entraîne, soutient et laisse retomber avec les brouillards les principes inconnus qui causent les accidents. L'action de la température sur les marais se manifeste suivant les latitudes, les climats, les saisons, etc. Hirsch indique le 62* degré de latitude comme la limite en Europe des endémo-épidémies palustres; mais cette limite s'élè\e ou s'abaisse suivant la longitude, les localités, etc.; elle est, au contraire, parallèle à la ligne isothermique, et elle suit exactement l'isotherme de -f-5°, qui représente une moyenne inférieure, de 0° et mie moyenne supérieure de -h 10°. Le type des maladies palustres, leurs formes, leur gravité, varient avec la température, la latitude, etc. Dans les chmats tempérés, la périodicité est réguhère, à intervalles espacés ; dans les climats chauds, rinterniillence fait place à la rémittence, les formes graves apparaissent ; la subcontinuitt, les accès pernicieux, les formes biheuses, hémorrhagiques, la tendance à la stupeur, prédominent entre les tropiques et l'équateur, là où la hèvre jaune a ses foyers endémo-épidémiques. Les saisons, comparables aux chmats, reproduisent en partie ces dilférences ; tandis que les marais sont à peu près inoffensiis en hiver, c'est de la fin de juin au mois d octobre qu'en deçà de nos tropiques règne ce qu'on appelle l'endémo-épidémie estivo-automnale ; au delà et dans l'autre hémisphère, le retour de l'insalubrité varie avec les saisons, et c'est un ou deux mois après l'hivernage que les marais ont toute leur puissance, alors que l'ardeur du soleil commence à dessécher les bas-fonds inondés et couverts pendant la saison des pluies.
C'est le soir, au moment où le soleil se couche et que les brouillards s'élèvent, que les marais acquièrent leur plus haut degré de nocuité; l'odeur pénétrante qui s'en dégage, la transition brusque de la température, l'impression de froid humide que l'on ressent à ce moment, confirment et justifient le sentiment populaire ; ils permettent de comprendre cette opinion étrange du baron Michel [Topogravhie médicale de Rome et de VAgro romano, 1853, p. 52), que la fièvre n'a à Rome d'autre cause que le brouillard et le froid du soir. M. Léon Colin [Traité des fièvres intermittentes, Paris, 1870, p. 68) mentionne, d'après Puccinotti, le dan^^er de ces représentations données à Rome à l'intérieur du mausolée d'Auguste transformé en amphithéâtre découvert. « Pendant la saison chaude, les représentations commencent vers six heures du soir, à l'heure réputée si redoutable de VAve Maria, pour finir quelques instants après le coucher du soleil, en sorte que les spectateurs subissent, en plein air et immobiles, cette brusque transition du jour à la nuit; des accès pernicieux soit parfois contractés dans ces conditions. » M. Rurdel, par une exception singulière, affirme que, d'après son expérience, il n'y a aucun danger à séjourner le soir, et même au moment où se