DICT. ESC. 2* S. IV
forment les brouillards, dans les marais de la Sologne, tandis que les accidents sont presque inévitables si on y reste quelques instants, au milieu du jour, exposé aux rayons du soleil.
L'influence du vent a servi d'argument pour prouver l'existence de principes matériels nuisibles dans l'air des marais ; il balaye et renouvelle les couches infectées, et peut-être, en disséminant les miasmes, il rend les localités palustrefj moins dangereuses. C'est au libre accès des vents que Carrière attribue la salubrité ■de Venise, bâtie au milieu de lagunes marécageuses; le mistral purifie d'une façon évidente les plaines de la Camargue, et l'on voit diminuer, quand il règne, les épizooties qui sévissent dans les pacages humides des Bouches-du-Rhône. Les médecins des pays chauds sont d'accord pour mentionner le danger des calmes prolongés dans les régions malsaines qui avoisinent les tropiques. M. Pauly, dans une étude riche en recherches bibliographiques, a entrepris de démontrer que le danger des foyers palustres en apparence les plus redoutables pouvait être conjuré par l'intensité, la continuité et la direction des courants d'air atmosphériques. S'appuyant sur des documents très-variés, il fait voir que c'est par le libre accès et l'action purifiante des alizés et des moussons qu'il faut expliquer l'innocuité des marais de Taïti, de la Nouvelle-Calédonie, des pampas de la Plata, des îles de l'Uruguay, de Singapour, de la Nouvelle-Zélande, etc.; tandis que rien n'égale la pestilence des forêts marécageuses de l'Abyssinie, de l'Inde et du Mékong, nii jamais la moindre brise ne pénètre. C'est l'explication la plus vraisemblable qu'on ait donnée jusqu'ici de cette étrange immunité de l'hémisphère austral, révélée par Boudin dès 1857. Le vent qui a passé sur des marais actifs peut faire naître au loin, au moyen des émanations qu'il déplace, les accidents habituels aux lieux d'origine ; dans la Charente-Inférieure, le vent de l'ouest, après avoir traversé les marais de Brouage, fait ap])araitre à Marennes des fièvres nombreuses que le vent de l'est dissijie. « Dans la Bresse, dit Moni'alcon, le vent le plus dangereux est le vent du nord, qui n'arrive à Montluel qu'après avoir passé sur les marais du pays. Tout le monde connaît l'épidémie de fièvre intermittente qui, après avoir régné sur les côtes occidentales de la Hollande en 1826, envahit, à la suite d'un vent d'est prolongé, certains districts du littoral britannique oii la fièvre était d'ordinaire à peu près inconnue.
C'est à l'influence du vent qu'il faut rattacher certains bénéfices que confèrent l'orientation des lieux, la présence de rideaux d'arbres, de forêts, de vastes édifices qui font otfice d'écrans et créent parfois des immunités inattendues : les quartiers les plus bas d'une ville, le Ghetto de Rome. « Le docteur \Yood (de Pensylvanie), dit Aitken, rapporte un fliit intéressant de neutralisation des effluves miasmatiques. Il dit qu'ils sont rendus à peu près inoffensifs par l'air des grandes cités. Le lait est notoire pour Rome ; il s'est confirmé d'une taçon éclatante dans les plus grandes vdles des États-Unis, au voisinage desquelles sévissaient violemment les maladies palustres » (Aitken, The Science and Practice of Medicine^ 1868, t. II, p. 984). M. L. Colin {Traité des fièvres intermittentes, Pans, 1870, p. 78), qui nie avec raison tout antagonisme entre l'encombrement et la maParia, lie voit dans cette immunité « que la résultante des obstacles apportés à la pénétration du mauvais air par les murs, les édifices de tout genre, et à sa production locale par le pavage des rues et les autres moyens d'assainissement appliqués au sol... Ici, en outre, les agglomérations humaines sont bien moins souvent la cause que le résultat de la salubrité. )>
Le rayonnement d'action des émanations palustres est d'ailleurs limité, aussi
bien en surface horizontale qu'en altitude. En 1746-47, l'escadre anglaise, stationnant dans l'étroit canal qui.sépare l'ile de Walcheren du Beveland méridional, ne présenta pas un seul cas de maladie palustre, au dire de sir Gilbert Blane, tandis que sur les deux rives les troupes étaient ravagées par les fièvres d'une façon presque incroyable ; le canal n'ayant que 2,000 mètres de largeur, on en pourrait conclure qu'en mer les foyers palustres n'étendent pas leur action au delà d'un kilomètre; dans les régions tropicales, toutefois, le rayonnement est beaucoup plus étendu et nous venons de voir en outre la part importante qu'il faut faire à la direction habituelle des vents et à leur intensité. Dans le sens vertical, la zone de préservation varie avec un grand nombre de conditions, particuhèrement avec les climats et la latitude. Parkes a construit, d'après des documents assez nombreux, le tableau suivant :
Italie 120 à 150 mètres.
Amérique 900 —
Californie 300 —
Inde 600 —
Indes orientales 420, 540, 660 —
Il ne s'agit ici naturellement que de l'altitude relative, c'est-à-dire de la hauteur au-dessus du foyer marécageux; les marais, en effet, se rencontrent et sévissent à presque toutes les altitudes, et n'ont d'autres limites que l'absence ou la pauvreté de la végétation, la persistance des neiges, etc. L'observation et l'expérience sont seules capables d'indiquer pour chaque localité la hauteur à laquelle il faut s'élever au-dessus des marais pour être à l'abri de leur danger ; il serait facile de contredire par des faits chacun des chiffres du tableau de Parkes qui ne donne d'ailleurs que des moyennes et reconnaît leur insutfisance. Dans certains pays, en Bresse, à Malaga, Gibraltar, en Sicile, dans la vallée de Mexico, les habitations ou les villages placés au niveau même des foyers palustres ont une insalubrité moindre que les licalités sises à mi-côte, sur le flanc des collines, à des hauteurs médiocres (Montfalcon, Aitken, Coindet, etc.). Probablement cela n'est vrai qu'à une certaine distance horizontale des foyers, car à leurs confins mêmes le danger doit être le plus grand ; au delà de ce voisinage rapproché, les couches inférieures de l'air restent immobiles, retenues parlés arbres, les maisons, par tout ce qui fait saillie sur le sol, tandis que les courants atmosphériques dont l'intervention ici est nécessaire transportent au-dessus de cette couche immobile d'air pur les émanations qui s'élèvent des marais.
Le remuement des terres marécageuses, l'exposition brusque à l'air des couches profondes non aérées, riches en débris organiques, où la fermentation se faisait lentement à l'abri de la lumière et des gaz de l'atmosphère, provoque d'ordinaire un dégagement miasmatique considérable. M. Chevreul {Mémoire sur plusieurs réactions chimiques intéressant l'hygiène des cités populeuses, lu à l'Académie des sciences, les 9 et 16 novembre 1846 ; Annales d'hygiène, 1853, t. L, p. 5) s'est demandé quelle était l'origine de ces principes toxiques ; proviennent-ils des produits de décomposition incomplète qui se sont accumulées lentement dans le sol, et que l'exposition à l'air dégage; ou bien résultent-ils de l'activité de combustion que désormais l'air et la lumière vont amener dans ces matières organiques découvertes. M. Chevreul démontre par des raisons péremptoires que la première hypothèse est la plus rapprochée de la vérité. Les travaux de drainage, decanahsation, de nivellement; le curage des ports, des fossés d'irrigation, des mares, des étangs empoissonnés, ne se réalisent le plus souvent 'qu'au prix d'une exagération considérable et momentanée de l'insalubrité qu'on
se propose de détruire. Le défrichement des marais desséchés, des landes marécageuses ou de terres souvent inondées et depuis longtemps incultes, comme dans la Mitidja eu Algérie, a fait naître des épidémies soudaines, alors que ces mêmes locahtés, avant toute perturbation àa sol, ne semblaient que relativement malsaines. M. Quesnoy {loc. cit.) comparant dans la Mitidja la mortalité, pendant dix années de défrichement, à celle de dix autres années après le défrichement a trouvé les chiffres suivants :
LE DEFRICHEMENT. ^E DÉFRICHEUERT.
Douera 106 décès annuels sur 1,000 habitants. ... 67
Dély-Ibrahim ...118 — ...!l5
Le Fondouck. . . 80 — . . * . 29
Boufank 48 — . .' ' * 36
Les marais recouverts d'une végétation luxuriante sont, toutes choses étant égales d'ailleurs, moins pernicieux que ceux qui restent nus et improductifs. M. Colin s'est même appuyé sur ce fait pour dire que « la fièvre est causée parla puissance productive du sol, quand cette puissance n'est pas mise en action, quand elle n'est pas épuisée par une quantité de plantes surfisante pour l'absorber » (Cohn, loc. cit., p. 15). Le fait d'observation est généralement vrai, quoiqu'il supporte de nombreuses exceptions ; mais la formule est un peu obscure, elle a comme un reflet ontologique qui la rend suspecte. La force productive du sol est une abstraction ; c'est la représentation idéale d'un groupe de phénomènes très-complexes ; or, dans les sciences positives, une abstraction ne peut devenir la cause d'un phénomène matériel. Toutefois, il est certain que la fertilité du sol est d'ordinaire en rap[jort avec la quantité des matières organiques qu'il contient; dans un terrain humide et compacte, mal égoulté et mal aéré, confiné, l'oxydation, la décomposition des matériaux se fait lentement, incomplètement, et il se forme peutêtre des composés intermédiaires toxiques en quantité proportionnelle à celle de la matière qui les fournit. D'un autre côté, la végétation use, détruit, dissout les principes fermentescibles enfouis dans le sol, les fait passer plus rapidement par les phases dangereuses de la décomposition lente, et accélère leur réduction à leurs éléments minéraux constitutifs; de plus, chaque plante est en quelque sorte un rudiment de drainage qui améliore le sol. En ces termes, l'explication de M. Colin est admissible; la formule qu'il adopte, au contraire, pourrait conduire à un résultat inattendu, c'est-à-dire à l'hypothèse, qu'il repousse, d'une végétation parasitaire cryptogamique, cause de tous les accidents.
D'ailleurs, les exemples ne manquent pas de marais dont l'insalubrité extrême n'a d'égal que la puissance de la végétation qui les recouvre; nous avons déjà mentionné les forêts marécageuses du Mareb en Abyssinie, du Terrai au pied de l'Himalaya, de la vallée du Mékong (Thorel, Notes médicales du voyage d'exploration du Mékong, Paris, 1870, p. 61 et 68) en Cochinchine, forêts où l'on ne peut pénétrer que la hache à la main, au milieu d'arbres gigantesques qui se touchent et que relient des lianes et des broussailles d'une vigueur inouïe ; les rizières de la Lombardie et de la Chine, les hauts herbages à travers lesquels le buffles des marais Pontins réussissent à peine à se frayer un passage dans la vase, excluent-ils la gravité et la fréquence des fièvres ? Tout ce qu'on pourrait dire, c'est que la végétation la plus puissante ne réussit pas toujours à détruire assez vite la matière organique du sol, sur lequel, d'ailleurs, l'incurie et le défaut de culture laissent joncher une couche épaisse de débris.
On connaît le danger du mélange des eaux douces marécageuses avec les
eaux chargées de sel, et en particulier avec l'eau de mer; ces conditions se réalisent dans les marais gâts ou salines abandonnées, les étangs salés communiquant avec la mer d'une façon intermittente par le mauvais état des graus, dans les zones marécageuses du littoral, les marigots, les maremmes, etc. Les accidents sont en rapport avec la quantité de matière organique que contiennent ces eaux, et qui proviennent des végétaux et des animaux. La vie peut se développer et se mauiteiiir dans le mélange d'eau douce et d'eau salée, à peu près à toutes les proportions ; soit accoutuniiuice, soit remplacement de certaines espèces par d'autres, il y a ua acclimatement véritable quand le milieu ne change pas ; es qui est incompatible avec l'existence, c'est l'instabilité du mélange; à chaque oscillation nouvelle, les espèces existantes disparaissent et sont remplacés par d'autres, qui subissent le même sort par le retour du liquide à son éla't antérieur. Ces débris entraînent la formation d'une quantité pariois énorme d'hydrogène sulfuré, dont l'odeur est si évidente sur certaines côtes bordées de mangliers et de palétuviers. Ouelques observations récentes se sont élevées contre l'opinion un peu trop radicale des anciens auteurs, touchant la nocuité des amas d'eau saumàlre. Déjà Robert J.ickson (Fevers in America, 1791, p. 4) disait, à la fm du siècle dernier : « Je n'ai jamais trouvé le voisinage des marais saumàtres, dans les différentes parties de l'Allemagne que j'ai parcourues, moins salubre que le reste du pays; fréquemment même elles l'étaient davantage. » Nous avons déjà mentionné ce fait que, dans la Floride, les fièvres sévissent bien moins sur le littoral marécageux, couvert de palétuviers, que dans les savanes de 1 intérieur, inoniléespar l'eau douce des pluies et des rivières. A Singapour, le même phénomène se produit sur le littoral. M. Thorel {loc. cit., p. 61), dans son intéressante relation, expose un grand nombre de faits tendant à démontrer que h les marais saumàtres de la basse Cochinchine sont très-peu dangereux, si on les compare à ceux des forêts oiî les eaux douces séjournent et oii, en même temps, les terres ne sont pas alluvionnaires. » 11 nous semble qu'on peut trouver l'eKplication de ces différences dans la quantité variable de matière organique contenue dans les eaux mélangées ; bien évidemment, la dilution plus ou moins grande des sels n'a par elle-même aucun danger, et il ne faut pas oublier qu'il s'agit avant tout de marais auxquels l'addition d'eau salée imprime un surcroit d'insalubrité. Sur certaines côtes basses, au contraire, le reflux entraine, chaque jour, et balaye les débris provenant de la terre ferme, tandis que le flux n'y apporte presque rien de la haute mer; dans les aroyos du Cambodge et de la Chine, la marée déplace chaque jour une masse d'eau énorme; on comprend que, dans ces cas, la stagnation des produits de décomposition, soit difûcile ou de courte durée, et que le mélange salé conserve une innocuité relative.
L'action des marais peut-elle se manifester, soit au loin, soit sur place, par l'ingestion de l'eiu qui les recouvre? Les auteurs anciens n'eu doutaient pas : Hippocrate lui attribue l'engorgement chronique de la rate; Rliazès, des fièvres très-rebelles. L'importance que Lancisi attachait aux effluves, a fait un peu néghger celle intéresbante recherche. La croyance en la réalité de cette influence est générale dans les pays à fièvres; Park.es '(4 Maiiual of practical Hygiène, 5* édit. Londres, 1869, p. 71), dont le chapitre est très-riche en indications bibliographiques que nous utilisons ici, Parkes dit que, pendant la guerre de Crimée, il visita les plaines marécageuses oii fut Troie; là, il est admis par tout le monde que ceux qui boivent l'eau stagnante ont la fièvre toute l'année,
tandis que ceux qui boivent une eau réellement pure ne l'ont qu'à la fin de l'été et en automne. Deux médecins de l'Inde, Bettington et Moore (Bettington et Moore, Indian Annals; 1856 et 1867) citent des exemples très-précis de l'action de l'eau marécageuse : ici, c'est un village où la fièvre a disparu depuis quatorze ans, après qu'on eut fait creuser un puils et renoncé à l'usage de l'eau des marais voisins; là, tous ceux qui, dans un même village, boivent l'eau d'une source sont à peine touchés par la fièvre; leurs voisins qui se servent d'une eau stagnante sont ravagés par la maladie. M. Blower, de Bflfort (Snow, On the Mode of communication of Choiera, 2^ édit. , 1855, p. 130) a relevé, pour certaines communes et paroisses en Angleterre, des faits analogues, concernant spécialement la fièvre intermittente. En France, d'après l'enquête agricole de 1866-70, l'établissement de puits donnant une eau très-pure a suffi, dans beaucoup de localités, pour diminuer et parfois faire cesser les maladies palustres qui régnaient dans le pays.
Félix Jacquot [De Vorigine miasmatique des fièvres endémo-épidémiques. In Annales d'Injgiène, 1854, 2* vol., p. 33 et seq.) a réuni également un grand nombre de laits confirmatifs empruntés à des sources nombreuses. Il cite, d'après Dazille, l'endémo-épidémie que le gouverneur Labourdonnais fit cesser à Saint-Louis (Réunion), eu remplaçant par l'eau pure de la Grande- Rivière l'eau corrompue dont on faisait usage jusque-là. Pereyra (de Bordeaux) a vu, pendant treize ans, dans les landes de Gascogne, tous ceux qui filtraient an charbon l'eau marécageuse que tout le monde boit dans le pays échapper à la fièvre, tandis que les autres étaient constamment atteints. 11 est impossible de ne pas mentionner ici le fait si connu de l'Argo, rapporté par Boudin [Traité de géographie et de statistique médicales, 1857, t. I, p. 142), où l'on voit des soldats d'Afrique, passagers sur un navire de commerce (l'Argo), présenter des accidents palustres graves et de nombreux décès, parce qu'on leur avait distribué de l'eau recueillie dans un endroit marécageux, tandis que les matelots de l'équipage et les militaires de même provenance, montés sur deux autres navires approvisionnés d'eau de bonne qualité, ne présentèrent aucun cas de fièvre.
De son côté, Finke (Œsterlen's Handbuch der Hygiène, 2« édit., 1857, p, 129) prétend qu'en Hongrie et en Hollande tout le monde boit journellement l'eau des marais sans en être en rien incommodé. Faut-il, avec Giosz, attribuer cette immunité à la grande quantité d'alcool que les Hongrois ajoutent à l'eau de leurs boissons? ou, plutôt, ne faut-il pas penser que la question reste encore obscure, parce que presque toujours les individus observés sont soumis en même temps à l'influence de l'eau et à l'influence de l'air des marais? La même remarque est a'plicable aux animaux : la mortabté par le charbon augmente beaucoup pendant l'été, quand les animaux s'abreuvent à l'eau des mares à demi desséchées; en Suisse, on n'observe le charbon que lorsque le bétail s'abreuve l'été dans les trous creusés au milieu des bois. Toutefois, une observation pourrait être faite à ce sujet : les maladies du foie, la pourriture, qui naissent dans les mêmes conditions, sont généralemetil des affections parasitaires (douves du foie, fascioles hépatiques, etc.), et l'on comprend leur fréquence par l'ingestion des germes très-vivaces de ces entozoaires, qui abondent dans les eaux croupissantes. On peut de même expliquer facilement par le transport de germes et de semences le fait, cité par Magne [loc.cit., t. I, p. 89), de prés du comté de Somerset, composés de graminées et de légumineuses, qui secouvrirent decarex, de joncset
4e bruyères, après avoir été arrosés avec l'eau d'un ravin alimenté par des marécages.
L'action des marais varie encore suivant de nombreuses condilions individuelles, parmi lesquelles figurent la durée du séjour, la race, etc. Toutes ces questions se rattachent surtout à Ihistoire et à la description des maladies palustres, et nous y renvoyons; il en est de même de V acclimatement Qi de l'antagonisme qui ont fait l'objet d'articles spéciaux dans ce dictionnaire.
ÂssAiMssEMEKT DES MAR.MS. Nous u'avons poiut à indiquer ici les moyens par lesquels on se préserve de l'action des marais ; l'énumération des mesures d'hygiène individuelle appartiennent à la prophylaxie des fièvres et des maladies palustres.
Quoique l'assainissement et la destruction des marais soit l'oeuvre spéciale de l'administration compétente, et bien qu'il ne faille pas empiéter sur l'art de l'ingénieur, le médecin ne peut rester étranger à rien de ce qui intéresse la santé privée et publique ; son intervention dans les conseils d'hygiène et de salubrité lui font un devoir de connaître les ressources que la science peut opposer à un fléau aussi redoutable.
Un marais étant donné, le problème est de le faire disparaître, ou de rendre inoffensifs ceux qu'on ne peut réussir à détruire. Dans un marais, l'élément nuisible par excellence, c'est la nappe d'eau croupissante, c'est l'humidité qui imprègne la couche superficielle ou profonde du sol ; un marais desséché n'est pas encore un marais inoffensif, mais il se trouve dans les conditions les plus favorables pour arriver à l'assainissement complet.
A peine est-il besoin de rappeler que si l'inclinaison du sol est suffisante, l'évacua^tion peut être obtenue par un système de canaux tributaires les uns des autres et portant en définitive l'eau accumulée dans les rivières, les fieuves ou la mer. Il est peu de pays oîi cette canalisation n'ait été pratiquée ou tentée, malgré les dépenses parfois énormes que nécessitent de profondes tranchées à travers le cordon littoral, les dunes, les collines interposés entre l'émonctoire naturel et le bassin des eaux stagnantes. Le plus souvent, l'obstruction des canaux a lieu rapidement par les plantes parasites, par la faible déchvité, la longueur du réseau, la lenteur de l'écoulement, le limon épais que l'eau des pluies détache sans peine d'un sol privé de végétation. L'enquête agricole fait voir les améliorations considérables réalisées dans les localités palustres par le curage de ces canaux, aux frais communs de l'État et des communes; cette opération, sur une vaste échelle, a été l'un des premiers résultats de l'application du programme du 17 janvier 1860 sur le dessèchement et le défrichement.
D'ordinaire on est obbgé de combiner l'écoulement par les canaux avec un système d'appareils élévatoires destinés à porter l'eau des bas-fonds dans des fossés de ceinture dont le niveau est assez élevé et l'inclinaison sutfisaniment rapide. L'organisation des watteringues dans le département du Nord peut être considérée comme le type de cet ensemble ingénieux de procédés. Pendant longtemps, en Hollande, ce sont des moulins mus par le vent qui oijt rempli le rôle de machines élévatoires, et c'est à ce procédé simple et économique, combiné plus tard avec des engins mécaniques plus compliqués qu'est du le dessèchement de la mer de Harlem, du Zuid-Plass, du polder de Cohorn, etc. : en 1844, il y avait en Hollande pour le service des dessèchements 2,445 moulins à vent; en Angleterre, entre Lincoln et Cambridge, il yen avait 7,000. Aujourd'hui on tend de plus en plus à remplacer ces forces naturelles par l'action puissante des machines à vapeur, et ce sont les appareils d'épuisement de ce genre, en particulier des écoppes à vapeur très-simples, qui fonctionnent actuellement
dans les marais du Lincolnshire et dans plusieurs localités de la Belgique et de la Hollande. En certains cas, en présence d'un obstacle qui ne doit pas être détruit, on a dû recourir à d'énormes siphons, et celui qui existe dans l'étang de Thau depuis longtemps rappelle assez bien l'immense tube immergé dans la Seine et 'destiné à réunir les égouts des deux rives dans le grand collecteur d'Asnières.
Les puits absorbants constituent une ressource précieuse, utilisée déjà depuis plusieurs siècles, et dont certains spécimens très-anciens fonctionnent encore de nos jours. La plaine des Faluns, près de Marseille, dit Boudin {Ann.d'hyg. 1854, I, p. 123) était un grand bassin marécageux qu'il paraissait impossible de dessécher par des canaux superficiels. Le roi René y fit creuser un grand nombre de puisards ou embugs ; ces trous jettent encore dans des couclies perméables profondes les eaux qui rendaient toute la contrée improductive et malsaine. C'est de cette façon qu'on a desséché et assaini les vallées d'Aubagne et de Gémenas dans les Bouchcs-du-Rhône; dans le département de l'hidre, l'eau s'accumulait sans cesse dans des bas-fonds situés à un niveau de beaucoup inférieur aux cours d'eau voisins ; en creusant seulement de 3 ou 4 mètres, on atteignit un lit marneux très-perméable. Le marais de l'Archaut, en Gâtinais, est un des dessèchements les plus importants obtenus par ces puisards ouboitout. Dans l'arrondissement de Chàleauroux, des puits forés de la sorte, comblés en partie avec de gros fragments de pierres, n'ont pas dépassé le prix de 25 francs, et ont amené des résultats extrêmement favorables (Barrai, Traité du drainage, 3* vol., p. tii).
Le drainage est un moyen qui repose à la fois sur le système des puiis absorbants et sur celui des canaux à ciel ouvert. On crée de la sorte un lit perméable à une faible profondeur, et l'on donne à l'eau, au-dessous de la couche arable, un écoulement facile par des peu les bien ménagées. On trouve dans l'ouvrage important de M. Barrai les renseignements les plus curieux et les plus instructifs sur l'emploi du drainage pour l'amélioration des terres, le dessèchement des marais, et sur l'accroissement énorme de la salubrité et de la fortihté dans les localités drainées. Les principaux avantages du drainage peuvent se résumer de la façon suivante : l" En éloignant la couche humide de la surface, le drainage diminue l'évaporation et les inconvénients qu'elle entraîne, c'est-à-dire la soustraction du calorique du sol et de l'atmosphère, la formation de brouillards, véhicule habituel des effluves; 2° Élévation de la température de la couche arable par la pénétration plus facile de l'eau pluviale, qui abandonne au sol une partie du calorique transmis par l'atmosphère; 3° Porosité plus grande, aération continue et régulière du terrain drainé : quand l'eau ou la pluie se répand sur une place sans écoulement suffisant, l'air et le gaz jusque-là retenus dans Is sol sont déplacés par l'eau et se dégagent en bulles à la surface ; l'air ne viendra de nouveau reprendre la place de l'eau que lorsque celle-ci se sera lentement évaporée, et seulement après avoir abindonné une partie de l'oxygène dissous dans l'eau. Au contraire, avec le drainage, l'eau qui descend vers les drains chasse devant elle l'air stagnant, corrompu, dépouillé d'oxygène par son séjour prolongé dans le sol; quand l'eau ne forme plus d'amas à la surface, le sol s'égoutte, et chaque goutte aspire de haut en bas et laisse pénétrer un volume équivalent d'air fraîchement renouvelé; en outre, la dessiccation amène un grand nombre de fissures qui rendent la terre meuble, légère, poreuse, facilement perméable aux spongioles radiculairos des plantes ; 4° le renouvellement incessant des gaz, le lavage continuel du sol occasionne une dépuration véritable, le départ des produits de combustion incomplète qui concourent à produire l'insalubrité des marais; au
sortir des drains, l'eau d'infiltration contient une proportion d'acide carbonique dix fois supérieure à l'état normal.
Le drainage se pratique au moyen de tubes ou de briques en terre cuite, ajustés bout à bout, placés au fond de tranchées étroites et recouvertes. Dans beaucoup de pays, d'après une coutume très-ancienne mentionnée déjà par Columelle, on place dans la tranchée des fascines, des fagots de bois épineux, des blocs de pierre espacés les uns des autres, et recouverts àz terre. Les fossés et saignées creusés profondément autour dos champs humides transforment ceux-ci en autant d'îlots ou de plateaux élevés, dont les couches supérieures laissent égoutter l'eau d'infiltration dans le canal de ceinture; on obtient ainsi un dessèchement relatif très-satisfaisant ; malheureusement le peu d'inclinaison du sol ne permet pas toujours le renouvellement facile de l'eau des fossés qui peuvent devenir les foyers d'une grande insalubrité.
Pour faire cesser la disposition en cuvette, source de tant d'obstacles à l'assainissement des localités palustres, trois moyens, outre les puits absorbants, ont été em|;loyés : le colmatage, le terrement et le ivarpac/e.
Le colmatage n'est autre clvose que l'utilisalion, au profit de l'amélioration du sol, du phénomène qui fait naître à l'embouchure des grands fleuves et des cours d'eau limoneux les atterrissements dangereux et les deltas insalubres. Au moyen de canaux et d'écluses, on accumule en un point des amas d'une eau tro;'.lilc, épaisse, tenant en suspension une grande quantité de particules terreuses : par le repos, l'eau abandonne ses troubles sur le sol qu'il s'agit d'exhausser et, rede- ■venue claire, on la laisse s'écouler dans son lit naturel. C'est par le colmatage, et sur les plans primitifs de Galilée et de Torricelh, qu'on a réussi, au commencement du siècle, à combler la vallée de la Chiana, longue de 50 kilomètres, entre le Tibre et i'Arno. C'est également en détournant l'eau tourbeuse de l'Cmbroue et de plusieurs torrents, qu'on a détruit, dans la vallée de Grosseto, le palude di Castiglione, le lacus Prelius de Cicéion, vaste marécage d'une superficie de 55 kilomètres carrés. Le colmatage implique certaines dispositions to[ ographiques naturelles : déclivité spéciale, voisinage d'un cours d'eau charriant une quantité suffisante de limon. Les cliilfres suivants font voir à quel point varient les proportions de limon contenu dans l'eau des fleuves :
M. Surrel a trouvé dans le Pdiône (Boussingault, Traité d'économie rurale, Paris, 1851, t. Il, p. 143) :
POIDS MOYEN DU LIMON POUR UN MÈTRE CUBE d'eAU.
, . ■ .oio ( l'',0o8 à la surface
K Beaucaire, le 17 ma. 1816. . . . { 2,,„-3 . - ^.j,.^^ ^^ profondeur.
— moyenne de l'année. . 0',48'2 —
A Lyon 0',096 -
M. Gorse a trouvé dans les plus grandes crues du Rhône jusqu'à 65 kilogrammes par mèlre cube ; le Rhin, à Bonn, n'a que 48 grammes en avril, 80 grammes, ' en novembre; le Pô a en moyenne 749 grammes ; le Nd, lors des inondations, en moyenne 833 grammes (Barrai, Traité du drainage, ¥ vol., p. 475).
M. Uervé-Mangon {Expériences sur les limons, etc., in Bullet. Acad. des se, 1869, 68M'o1., p. 1214) a publié récemment le tableau comparatif ci-contre.
Pour l'eau de la Seine, au Port à l'Anglais, en amont de l'embouchure de la Marne, le poids moyen du limon du 1" novembre 1863 au 31 octobre 1866 a été de 59 grammes, le minimum de ^s^55, le maximum de2e'',738.
Dans les pays où l'eau est très-propre au colmatage, sur les bords de l'Aude,