SUR 100 FEMMES MARIÉES
de 15 ans à la On
delà vie combien
d'enfants.
* Ces différences sont si profondes et si imprévues que nous donnons ici les chiffres absolus à l'appui des rapports ci-dessus : en France, dans la période 1861-63, ou compte (année moyenne). 928 934 naissances légitimes et vivantes, et, dan? le même temps (moyenne des deux censuî 1861-66); 7 573 000 épouses au-dessus de 13 ans, dont 4 496 000 de 13 à 45 ans et 5 300 000 de 15 à 40 ans. A Paris, dans la période 1861-63, il y avait (moyennes des deux census 1861 et 1S66, documents non publiés, communiqués par le ministère) 570 655 épouses dont 265 501 de 13 à 45 ans et 217 664 de 15 à 40 ans, et, dans la même période, une moyenne annuell* de 38 645 naissances légitimes et vivantes et de 16 523 mariages. Enfin, en Belgique, dans la période 1851-60, on compte 126 274naissances légitimes vivantes et 689 876épûuses au-dessus de 15 ans dont 581 838 de 15 à 43 ans et 283 6-23 de 13 à 40 ans.
CeX® tableau est sans doute fort imprévu dans ses résultats : tandis que 100 de nos femmes de 1 5 à 40 ans ne nous donnent annuellement que 86 enfants, les femmes anglaises eu donnent 39 à 40 ! et les femmes belges, hollandaises en ont 44 !
27. II y aurait encore lieu d'étudier la fécondité des mariages suivant l'aisance, la position sociale, l'instruction, la profession, les âges respectifs des époux le jour de leur mariage, le séjour de la ville ou de la campagne, etc. Malheureusement, les documents sont rarement assez analytiques pour permettre ces recherches. En France, pourtant, il y a lieu de remarquer que si le département de la Seine donne (1861-65) le moins de naissances par mariage (2,44), cependant le reste de la population urbaine de France (habitant des villes de plus de 2 000 âmes), est plus féconde (3,'i3 enfants par mariage) que la population rustique (3,08 enfants).
28. Influence de Vâge des époux sur la fécondité des mariages. On conçoit que l'âge des époux contractant mariage ait une influence de premier ordre sur la fécondité. D'après les recherches de Salder sur les pairs anglais (re.xactilude de ces recherches ne compense pas le trop petit nombre des faits ob-
MARIAGE (démographie). 33
serves), la fécondité moyenne de tous ces mariages était de 4,1 enfants par mariage. Mais quand l'âge de l'homme était au-dessous de 26 ans, elle s'élevait à 5,11 enfants, et à 4,43 s'il était compris entre 26 et 36 ans, et seulement à 8,84 si l'homme entrait en ménage après sa 36" année. Même résultat général pour les épouses : si elles se marient avant 26 ans, elles ont 5,13 enfants; mais 3,5, si leur âge est compris entre 26 et 56, et seulement 2,89 pour les mariées au-dessus de 36 ans. Par imprévu, les mariages des veufs ou des veuves se sont montrés un peu plus féconds ! 107 mariages ont donné 460 enfants, soit 4,3 par
mariage.
Cependant, les femmes mariées trop tôt paraissent moins fécondes, et leurs enfants moins viables. Ainsi, chez les pairs anglais, les femmes mariées, avant 16 ans accomplis, ont eu 4,4 naissances par mariage, et ces enfants ont une mortalité de 28 décès avant l'âge nubile, par 100 naissances. (Qu'est-ce que l'âge nubile?) De 16 à 20 ans, 4,63 enfants, et 20 décès ; — de 20 à 24 ans, 5,2« enfants, et 18,8 décès. Un résultat sollicitant à une conclusion dans le même sens, mais seulement en ce qui concerne la mortalité des enfants, a été rencontré dans les classes populaires, sur 2 870 enfantements à terme, observés par le docteur Granville : pour les mères mariées avant 16 ans, il y a eu à la vérité 5 accouchements à terme, mais avec 44 décès par 100 naissances^; de 16 à 21 ans, 3,* enfants par mariage, avec une mortalité de 43 pour 100 ; de 21 à 25 ans, 2,91 enfants, avec une mortalité de 42 ; enfin, au delà de 25 ans, 2,5 enfants par mariage, avec une mortalité de 40 pour 100.
Il résulte donc de ces recherches des savants anglais, que les mariages hâtifs sont préjudiciables à la vitalité..., et dès lors ils le sont certainement à la vigueur des enfants qui en sont issus. D'après l'ensemble de ces études spéciales, c'est de 25 à 30 ans pour les hommes, et après 20 ans pour les femmes que le mariage paraît le plus favorable. Nous verrons (§ 44 et suivants) avec quelle autorité la mortalité des gens mariés, comparée à chaque âge avec celle des célibataires, vient appuyer et préciser ces conclusions, s'élever contre les mariages précoces et contre les lois imprudentes qui les autorisent.
Voij. Natalité pour les autres influences de sexe, de vitalité des enfants selon l'état civil des parents. Yoy. aussi art. Bavière, tabl. X, §46, p. 017.
29. Mariages stériles. Il serait certainement bien important à tout point de vue de connaître le nombre, la distribution, les mouvements (accroissement ou diminution) et les principales circonstances de milieu (habitat, parenté, profession, aisance, âge, etc.) des époux sans enfants. L'enquête que nous proposons § 57, nous renseignerait avec la dernière précision ; mais, jusqu'à ce jour, nous ne connaissons aucun document sur ce point !
30. Influence de la vie conjugale sur la santé pJnjsique ou morale. Pour achever l'étude des époux pendant la durée du mariage, il me reste à étudier l'influence de la vie conjugale : sur la morbidité, soit de l'àme (psychique), soit du corps (physique) - ; la morbidité psychique ou animique peut se diviser en deux groupes : «, la perversion morale; ê, la perversion intellectuelle.
* Sans que Quételet, auquel j'emprunte ces résultats [Physique sociale, 2= édit., p. 182), ni, sans doute, l'auteur mêmedutravail, disent au bout de combien de temps cette mortalité considérable a été constatée.
- Hàtons-nous d'avouer que ces divisions, et surtout ces désignations, sont purement conventionnelles et relatives à d'anciennes habitudes mentales, qui se sont fixées dans le langage. Ce n'est pas nous qui prétendons que nos facultés, et plus généralement nos tonctions, puissent cire altérées sans que nos organes le soient, et que le psychique se
DICT. E.NC. 2" s. V. * 3
34 MARIAGE (démographie).
31. Influence du mariage sur la criminalité. En ce qui concerne laperversion morale ou criminalité, les fastes de la Justice criminelle nous fournissent d'importants documents qui seront appliqués ici, pour la première lois, je crois, à cette étude. Les relevés statistiques concernant les aliénés, les suicides, nous fournirons des documents non moins décisifs {voy. § 55 et 57-62).
a Pour que nos résultats soient plus solidement assis, pour nous mettre en garde contre les coïncidences fortuites et les conclusions erronées qu'elles sollicitent, nous avons fait nos recherches, pour la France, sur deux périodes assez éloignées l'une de l'autre (1840-45 et 1861-68), de sorte que si l'une et l'autre périodes conduisent aux mêmes rapports et par suite aux mêmes conclusions, nous pourrons certainement les tenir comme expressions fidèles de la raison des choses. Or cette similitude des rapports de l'une et l'autre époque a été presque complète sur tous les points. C'est pourquoi nous regardons nos conclusions comme solides, et, pour que le lecteur puisse juger par lui-même et partager notre conviction, nous rapportons dans le Tableau les chiffres des deux époques *.
La criminalité, celle que peut apprécier la démographie -, se mesure en divisant le nombre des accusés par la population qui les a fournis. La plupart des criminalistes ont, avec raison, pris les accusés de préférence aux condamnés, et ce pour deux motifs : le premier, c'est qu'un accusé suppose toujours un crime dont on cherche à découvrir l'auteur, l'acquittement prouve seulement : ou que l'innocence de la personne accusée a paru manifeste , ou, le plus souvent, que les preuves suffisantes pour entraîner la conviction dans l'esprit du jury ont manqué ; le second, c'est que la mise en accusation, dressée d'après certains us et coutumes de la magistrature, est moins sujette à varier que la condamnation ou l'acquittement par le jury fort inégal dans ses appréciations, suivant les temps et les lieux. Ce sera donc en divisant le nombre (moyen annuel) des accusés maiùés de chaque sexe par le nombre total des époux ou des épouses existant et dénoncés par les census, que nous apprécierons la criminalité des gens mariés. De même, en divisant les accusés, veufs ou veuves , par la population de chaque sexe en état de veuvage, nous aurons la criminalité du veuvage. De même pour les célibataires, mais avec cette restriction : qu'il y a lieu d'en distraire les enfants qui ne fournissent rien à la criminalité proprement dite. Ici, comme en toutes nos études, sans avoir égard à la lettre de la loi variable avec les temps et les lieux, nous avons relégué dans l'enfance toute la population au-dessous de
15 ans^.
soutienne sans le physique. La science va, de plus en plus, démontrant le contraire. Mais quoi qu'il en soit, nos fonctions cérébrales restent, à tout point de vue, assez distinctes, pour que, dans le cadre nosologlque, leurs perversions lassent un groupe à paît.
* Pour que le discours soit moins surchargé de chiffres, nous citerons plus particulièrement dans le texte courant la dernière époque 1861-68 ; et, quand nous croirons nécessaire d'en rapprocher les valeurs de l'époque antérieure 1840-45, nous les placerons, sans autre avertissement, entre deux crochets [ j ; il sera entendu que ces rapports sont ceux de l'ancienne période [1840-45].
- Il est manilesle que cette criminalité est toute relative, et dépendante du savoir-faire de l'administration pour la découverte des auteurs des crimes ; et, quoi qu'on en dise c'est un point qui laisse bien à désirer; beaucoup de crimes et plus encore de criminels restent ignorés.
^ .\insi, nous faisons encore la part trop belle aux céhbataires, car les jeunes gens de 15 à
16 ans, de 16 à 17, sont fort nombreux, et pourtant ne fournissent encore que peu de criminels. 11 y aura donc là une cause qui va diminuer notablement et artificiellement la criminaliié des célibataires; et nous serons loin d'avoir compensé cet amoindrissement, en attribuant, ainsi que nous l'avons fait, aux célibataires de plus de 15 ans, les quelques petits misérables qui, avant cet âge, sont déjà traduits en cours d'assise.
Mariage (démographie). 5
^ xp tableau. — france
'^t CRIMINALITÉ ET FRÉQUENCE COMPAREES PAR ÉTAT CIVIL ET PAR SEXE, A DEUX PÉRIODES, 1840-45 ET 1861-GS
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