‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.57Chapitre 15 sur 80 · SDR 1000 ACCISES DE CIIAQDE ÉTAT CIVIL EN 1861-G · texte numérisé non relu

SDR 1000 ACCISES DE CIIAQDE ÉTAT CIVIL EN 1861-G

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On lira donc ainsi chacune des trois parties du tableau :

I. Criminalité absolue : pendant la période 1861-68, sur ICOOOOOde célibataires il y a eu annuellement 105,2 accusés de crimes conlro les personnes et 155 contre les propriétés, donc ensemble 256 accusés cclihataires, et la criminalité respective de chaque sexe était telle, que pour 1 000 000 de chaque sexe il y avait par an 405 accusés et 88,5 accusées. Mais par million d'habitants de tout état civil pris ensemble, il y avait 70,4 accusés de crimes contre les personnes et 95,8 contre les propriétés ; ensemble 166,2 accusés par million, et la part de chaque sc\e était telle, que par million d'habitants de chaque sexe il y a eu 279,5 hommes et 55,6 femmes.

II. La criminalité comparée 1° des célibataires étant prise pour 100, celle des mariés devient 50, 75, celle des veufs 65, et celle des trois groupes pris ensemble 68,2 pour les crimes contre les personnes; si on prend pour 1()0 la criminalité générale (contre les personnes ou le> propriétés) de chaque sexe célibataire, celle des hommes mariés devient 49,5 et celle des épouses 40,8 ; mais si on fait égale à 100 la criminalité des célibataires des deux sexes pris ensemble, la criminalité des mariés sera 46,1 et celle des veufs et veuves 45,5. Enlin si, sans distinction de crime ni d'état civil, on fait la criminalité des hommes de 100, celle des femmes, fdles et veuves, sera de 19,2 et celle des deux sexes pris ensemble de 59,9.

III. Fréquence relative. Sur 1000 accusés de crimes contre les personnes, il y a eu 508,5 célibataires, 598,5 époux et 93 veufs ou veuves, etc. Mais sur 1000 accusés de chaque sexe il y avait : pour les hommes 566 célibataires, 400 époux et 54 veufs, etc.

Enlin sur 1000 époux ou épouses accusés de crimes contre les personnes, il y en avait 758 ayant des enfants et 242 qui n'en avaient pas, etc. Et sur 1000 accusés ayant des enfants, il y avait chez les époux 854 hommes et 146 femmes; mais sur -1000 époux sans enfants, il y avait 851 hommes et 169' femmes, etc.

36 MARIAGE (DÉMOcnArniE).

Cela convenu, on voit, par le Tableau ci-contre, soit clans la P^ partie, soit dans la 11*^ partie , combien la criminalité des gens mariés est inférieure à celle des célibataires et même (sauf une exception en 1861-68) à celle des veufs, malgré les impuissances de la sénilité. Par l'examen des colonnes A et B, on voit que cet avantage du mariage se poursuit, soit qu'il s'agisse des crimes contre les personnes, soit des crimes contre les propriétés. Ainsi (Il'= partie du tableau § l") la criminalité des célibataires étant 100, celle des époux n'est aujourd'hui que de 49,35 [et 55,3 en 1840-45] pour les crimes contre les personnes; elle descend encore au-dessous (46 à 45 aux deux époques) s'il s'agit de crimes contre la propriété, ce qui suppose toujours plus de réilexion. On remarquera sur la colonne C, que l'heureuse influence du mariage se poursuit pour chaque sexe, mais constamment plus prononcée pour la femme que pour l'homme. En effet, il résulte de cette colonne C [II*^] 2° §, que le même nombre de vivants, capables de fournir annuellement lOO accusés hommes mariés, en donne : 208 à une époque, t3î à l'autre ; lîO eu moyenne parmi les célibataires mâles, tandis que pour le sexe féminin, le nombre qui fournit lOO accusées, s'il s'agit des femmes mariées, fournit 245 accusées à une époque, 235 à l'autre s'il s'agit des fdles: en moyenne 240 filles accusées. Ainsi, ce rapport que l'on peut appeler le degré de préservation du crime par le fait du mariage, est de 1,9 (170 : 100) pour les hommes ; mais il s'élève à 2,45 (245 : 100) pour les femmes. Nous concluons qu'à ce point de vue la femme, pour atteindre le degré de perfection morale dont elle est capable, a encore plus besoin du mariage, de la raison conjugale, que l'homme. Remarquons encore, en comparant la P^ époque à la seconde, que la préservation du crime résultant du mariage paraît croître d'une époque à l'autre pour l'un et pour l'autre sexe ; mais surtout pour l'homme : de i.Sî à 2,02 pour l'homme, et seulement de 2,35 à 2,45 pour la femme. Certes, tous ces rapports, se retrouvant dans le même sens à l'une et l'autre époque, sont d'irrécusables témoins des salutaires influences du mariage. Et, il importe qu'on le remarque, c'est si bien à l'association conjugale qu'est dû ce progrès, cette plus grande élévation morale, que, l'association rompue par la mort de l'un des époux, il y a, malgré les impuissances de la sénilité, une tendance manifeste, chez l'un et l'autre époux survivant, à un retour vers la criminalité, qui s'élève de lOO à 120 environ ! Ainsi, quand la femme (je parle de l'être collectif) entre sous la raison conjugale... elle gagne, elle gagne plus que l'homme à cette association; mais elle déchoit, elle déchoit plus nécessairement que l'homme quand elle sort de cette raison. Cependant, soit par l'effet des impuissances de l'âge, soit par les vertus persistantes de l'association conjugale *, la rétro^fradation est légère et ne ramène jamais les veufs au niveau de la criminalité des célibataires.

52. L'enquête judiciaire nous donne une division des accusés mariés ou veufs suivant qu'ils ont ou n'ont pas de la paternité. Il y aurait donc là une fort intéressante constatation de l'influence de la paternité sur la criminalité. Mais pour qu'elle fût possible, il faudrait que nous sussions en même temps combien, dans la population, il existe de ménages avec ou sans enfants, et c'est un rapport absolument ignoré. Cependant, comme il y a nécessairement autant d'époux que d'é-

*■ Une étude simultanée par âge, par sexe, et par état civil, résoudrait ce dilemme; mais les documents judiciaires ne permettent pas cette utile analyse. En général, les Comptes rendus judiciaires négligent trop la division x»ar âge simultanément avec les autres di- Tisions.

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ponses, nous pouvons au moins comparer l'influence des enfants sur l'un et l'autre sexe. Ainsi, on voit, dans la partie III« du XF tableau, que, en 1861-68, sur 1000 accusés de chaque sexe ayant des enfants, il y a 854 pères [804] et 146 mères [i96]; mais que, sur 1000 accusés sans enfants, il y a 83t époux [îî»] et 169 épouses [227]. Ainsi le nombre relatif des femmes accusées augmente quand elles n'ont pas d'enfants. Il est donc manifeste que, à l'une et l'autre époque, la présence des enfants a une influence salutaire plus marquée sur la mère que sur le père ^ La comparaison des colonnes A et B montre que le mariage apporte un frein plus grand au crime contre les propriétés, toujours plus délibéré, qu'au crime contre les personnes : en effet, on voit (II, § 2), quand il s'agit des propriétés (col. B), que la criminalité des mariés est, aux deux époques, bien au-dessous de la moitié' de celle des. célibataires (223 ou [218] : lOO) ; tandis qu'elle est (col. A) moitié ou à peine moitié (203 ou [i8l] : lOO), quand il s'agit des personnes .

35. Le veuvage présente un fait singulier, qui se retrouve aux deux époques. 11 offre une diminution notable ( de lOO a 6» ) de la criminalité contre lapiopriété déjà diminuée de plus de moitié (203 : lOO) par le mariage, tandis que, en ce même veuvage, celle contre les personnes (surtout chez les lemmes) est notablement accrue! Enfin, si l'on compare la première période (1840- 45) à la seconde (1861-68), non-seulement on voit d'abord que la criminalité générale s'est considérablement atténuée, dans le rapport de 291 à 166 ou de lOO à 5î, mais on remarque encore que cette attéimation se retrouve à très-peu près dans le même rapport pour chaque sexe; enfin, elle est un peu moins prononcée pour les crimes contre les personnes (f OO : 81), toujours plus passionnels, que pour ceux contre les propriétés (lOO : 4î). Cependant, ce qui nous touclie davantage, cette criminalité d'une époque à l'autre s'est atténuée plus notablement, tant pour les personnes que pour les propriétés, chez les époux (et notamment chez les hommes) que chez les célibataires et les veufs. Ainsi, nonseulement le mariage diminue dans les plus larges proportions les crimes contre les propriétés et contre les personnes, mais son influence moralisatrice a été plus rapide que celle qui amène les progrès généraux : dans la diminution générale des accusés d'une époque à l'autre, c'est celle des époux qui est la plus prononcée.

34. Influence religieuse comparée à Vinfluence coyijugale. Un de nos plus illustres penseurs, Proudhon, a dit que le couple conjugal est, dans la société, l'organisme par excellence de la vertu, de la justice ; que, en général, l'homme n'arrive à la justice dont il est capable que par le mariage. Nous pensons que nos pages précédentes sont hautement confirmatives de la thèse du célèbre Franc- Comtois. Mais l'Église est bien loin de partager ces vues; nous ferons connaître (§ 109) avec quelle énergie elle s'est officiellement prononcée contre elles. Il serait donc fort instructif de savoir si, au moins chez elle, elle a pu se soustraire aux fruits amers que le célibat porte chez les laïques. Mais les faits ne sont pas faciles à trouver; cependant, M. Duruy a eu l'idée lumineuse, pour modérer l'orgueil pédagogique du clergé, de faire relever, dans les dossiers judiciaires, les crimes commis par les membres des divers ordres rehgieux enseignant, compara-

* Il n'est pas possible de faire la même recherche pour le veuvage ; car, si, dans la population, le rapport général des veufs aux veuves est comme 1000 : 1 913, nous ne savons pas si le rapport particuliei" des veufs aux veuves, ayant les uns et les autres des enfants, est le même, ni quel il est ; ce qu'il faudrait savoir pour que l'investigation ci-dessus restât légitime.

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tivement à ceux qui sont commis par les maîtres d'école laïques, c'est-à-dire pères de famille. 11 a trouvé, et publié dans le Moniteur (journal officiel), que dans un laps de 50 mois et en nombres absolus /

54 875 écoles laïques ont fourni aux parquets 19 crimes et 80 délits;

5 551 écoles congréganistes ont fourni 23 crimes et 32 délits.

Ainsi les écoles tenues par des religieux vivant dans le célibat ont compté 4 fois plus de délits et 12 fois (je dis bien douze fois !) plus de crimes que celles qui sont tenues par des pères de famille ! Et, par cette comparaison, je suppose naïvement que la poursuite se fait également pour les uns et pour les autres : on sait combien cette hypothèse est loin de la réalité , combien le clergé, qui surveille d'un œil sévère et jaloux le maître laïque, est, au contraire, ardent à soustraire les pécheurs congréganistes à la justice séculière. Nous avons vu le célibat doubler la criminalité chez les laïques, mais il paraît plus que décupler pour le clergé! de sorte que le célibat clérical donne une aptitude formidable pour le crime, et quel crime? la souillure de l'innocence même !

Les intéressés ont répondu que la statistique de M. Duruy avait été méchamment faite par école et non par tête ; que, dans chaque école, leur personnel étant plus nombreux, il était naturel qu'il y eût plus de paillards ; mais ils se sont gardés de baser leur réfulation sur des chiffres, car il aurait fallu établir qu'ils ont un personnel 12 fois plus nombreux ; d'ailleurs, le mal est bien plus en rap- ])ort avec le nombre des écoles souillées qu'avec celui des pédérastes.

ê, 35. Perversion intellectueUe ; aliénation dans ses rapports avec le mariage. Nous venons d'exposer ce qui concerne la perversion morale, voyons maintenant ce qui touche à la perversion intellectueUe ou aUénation (et au suicide, qui est sans doute une de ses formes ultimes). Les enquêtes administratives nous fournissent des documents précieux, mais bien incomplets ; elles nous disent l'état civil des personnes, mais il faudrait un relevé simultané ço-v état civil et par âge pour séparer entièrement la première influence de la seconde ; car, fatalement, cette confusion tend à augmenter fallacieusement le tribut d'aliénation propre aux gens mariés, puisque, pour la généralité des hommes, le danger de l'aliénation a son maximum entre 30 et 40 ans (Parchappe), qui est aussi l'âge d'élection du mariage. 11 résulte donc de cette coïncidence que, ne faisant pas la distinction des âges, si nous trouvons néanmoins l'aptitude des époux pour l'aliénation égale ou moindre chez les gens mariés, nous pourrons conclure avec certitude que l'association conjugale est un préservatif contre l'aliénation, puisque, par le seul lait de leur âge, ils se trouvent plus exposés. Cela posé, voici les faits pour la France :

Par 10 000 habitants de chaque sexe et de chaque catégorie d'état civil, on trouve : chez les célibataires mâles 3,95 aliénés; a,!» chez les hommes mariés; et 3 chez les veufs ; de même, par 10 000 femmes, on trouve 3,4 folles chez les fdles ; 1,9 chez les épouses ; et 3,13 chez les veuves. Si on prend les deux sexes ensemble, les trois rapports précédents deviennent : 3,68 chez les céhbataires ; a, OS chez les époux, et 3,1 pour les veufs et veuves^. Ainsi, la préservation que l'association conjugale exerce contrôla folie est si puissante qu'elle réduit le danger à près de moitié (environ dans le rapport de 0,55), quoique l'âge d'élection pour la folie soit précisément l'âge probable des époux. Il y a là, au profit du ma-

* Nous empruntons ces chiffres à une excellente monographie de M. le docteur Dufour . De l'encombrement des asiles d'aliénés, p. 14. Paris, 1870.

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riage, une influence préservatrice, évidemment très-considérable, mais que le manque d'ensemble dans les documents nous empêche malheureusement de mesurer avec précision. Enfin, le suicide pouvant être regardé comme le dénoûment d'une maladie mentale (aiguë ou chronique), l'influence du mariage sur ces meurtres pourrait trouver place ici ; mais comme le mariage est dissous du même coup, nous devons renvoyer cette étude aux paragraphes suivants (57-63).

36. Influence du mariage sur la santé' proprement dite.- Aucun document ne nous est connu sur ce sujet. Dans les mutualités ouvrières, il serait cependant bien facile de relever simultanément, avec le nombre des malades, leur sexe, âge et état civd, ainsi que la durée des maladies. Mais jusqu'ici, en France, il semble que l'on se soit appliqué à bannir des rapports officiels sur les sociétés de secours mutuels, tout document scientifique ayant trait à l'homme lui-même. Quelques faits ont été relevés timidement dans les premières années (1855 et 1856) ; mais on s'est empressé de supprimer une innovation apparemment peu prisée de ceux qui surveillent la rédaction de ces rapports, voués à une platitude remarquable.

Cependant, si, en l'absence de documents, nous n'avons aucun moyen de connaître l'influence sanitaire de l'association conjugale, nous avons un enseignement qui, pour être indirect, n'en est pas moins catégorique : c'est celui aui est tiré de la mortalité.

En effet, il y a un rapport prochain et nécessaire entre l'état de la santé et le tribut mortuaire ; et l'on peut admettre, je pense, sans erreur notable, que les mouvements de ces rapports sont parallèles ; que si le tribut mortuaire est ou devient léger, c'est que la santé des vivants est ou devient florissante, et réciproquement ; c'est donc ci-après, où nous établissons l'uifluence comparée du mariage sur la mortalité à chaque âge et pour chaque sexe, § 44 et suivants, que le lecteur trouvera du même coup la conclusion du présent paragraphe.

C. 37. Étude des époux lors de la rupture de l'union conjugale. Cette dissociation arrive, dans l'immense majorité des cas, par la mort d'un des époux et, dans des cas relativement rares, par le divorce, ou, son succédané catholique, la séparation de corps. 11 y aurait à relever, lors de cette dissolution du mariage : 1° les nombres annuels de ces désunions : (a) par rapport à la population mariée et [h] par rapport aux unions annuelles ; 2° le se.\e et l'âge de l'époux défaillant et du survivant; 3° la durée de l'association conjugale qui vient de se rom])re; 4° à noter, et pour le survivant et pour le défaillant, s'il était à son premier ou à son second, etc., mariage ; 5° le nombre et le sexe des enfants survenus pendant le mariage; le nombre, l'âge et le sexe des survivants lors de sa dissolution ; 6° et enfin, la parenté des époux, leur profession, et l'état d'aisance du ménage et de l'époux survivant.

Dans un Etat, dans une société désireuse de se connaître elle-même, afin de hâter ses progrès, rien de plus facile que cette enquête à faire lors de l'enregistrement de l'époux défaillant. Mais, aujourd'hui, de toutes ces notions, trois à peine sont conimes directement : le nombre, le sexe et l'âge, et seulement pour l'époux défaillant. Ce qui concerne la durée des mariages, le nombre des enfants, se détermine approximativement par un calcul qui n'est rien moins que précis.

Tout le reste est absolument inconnu.

38. Nombre des mariages dissous. Nous avons dit que le mariage était dissous, dans la grande majorité des cas, par la mort d'un des époux; et, dans

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des cas fort rares, par le juge (divorce ou séparation de corps) . Résumons d'abord, dans le petit tableau suivant, les faits que nous avons pu réunir.

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