CO
MAlilAGE (démographii V 51
tuilioii eût été inhabile <à suiipçoniier. Doiinoiis une .i.itic lt>rnic à ce rapport. Si je repivseute par 100 le danger ou la probabilité du suicide des hommes mariés, celui des célibataires devient flfla,4, celui des veufs S56; eu d'autres termes, le même nombre de vivants, capables de fournir chaque aimée 100 suicides si ce sont des hommes mariés, en donnera itl,4 si ce sont des célibataires, et 256 si ce sont des veufs. Cependant l'aggravation, qui tient en propre' au célibat, est bien plus manifeste qu'elle ne [)araitici: dans notre tableau, eu effet, cette aggravation est singuhèrement allégée par une autre iniïuence qui y. est mêlée, ceUj de l'âge, dont la puissance est considérable. Tâchons de démêler, malgré l'insuUîsance des documents, ou tout au moins de faire pressentir la part de chaque inilueuce. 59. La propension au suicide à chaque âge étant mesurée par le nombre annuel des suicidés de chaque groupe d'àgc que fournirait un million de vivaiits aux mêmes groupes d'âge, il ressort des documents que, par an et par million d'habitants de chaque sexe et de chaque âge :
De 15-20 ans on compte 64 suicides hommes et 38 suicules femmes.
11 résulte invinciblement de cette succession que le danger du suicide augmente avec l'âge ; et, comme l'âge va régulièrement en augmentant des célibataires aux mariés, et de ceux-ci aux veufs, par cela même le nombre des suicidés devrait croître des uns aux autres. En effet, la majorité (exactement les 58 centièmes) des céhbataires mâles âgés de plus de 15 ans sont compris entre 15 et 20 ans, et leur âge mojeu est de 26,8 années ; de même la majorité (soit les 52 centièmes) des époux sont compris entre 50 et 50 ans, et nous avons vu § 22 que leur âge moyen est de 45,8; par consé ]uent, il est probable que l'aptitude au suicide de ceux du premier groupe (par le fait seul de leur âge) ne peut dépasser iS9, et que celle du second se trouve outre 200 et 500, environ 85©. Ainsi, je puis affirmer que, si l'influence de l'âge était la seule qui se fit sentir, non-seulement le danger du suicide serait beaucoup plus grand pour les époux que pour les célibataires; mais on peut estimer que le rapport de ces deux dangers serait plus grand que 250 : 139 ou de 10@ : 55,5. Or c'est le contraire qui s'observe; le danger du suicide chez les époux est moindre que chez les célibataires, dans le rapport de io® : fiti,4; par conséquent, l'influence du mariage, comme préservation du suicide, a dû être considérable, puisqu'elle a renversé un rapport aussi prononcé; et, d'après ces chiffres, ou peut estimer que l'iulluence de l'association conjugale a diminué de plus de moitié \e danger du suicide.
60. Cepeiidant l'aggravation si considérable qui résulte de l'âge va rendre bien plus difficile l'appréciation de l'influence du veuvage. On voil bien, par le tableau XIY*^, que le danger du suicide chez les veufs croît dans le rapport fiO© à 256, c'est-à-dire de plus de deux lois et demie ; mais il est certain que la seule influence de l'âge plus élevé des veufs a une grande part à cet accroissement. Essayons de présumer si cet âge peut expliquer toute l'aggravation. Yj'âcje moyen des veufs est 61 ans', leur âge probable environ 62 ans^ (c'est-à-dire qu'il y a
1 Calculé sur la liste des vivants et non sur une table théorique [voy. art, Mortai.ité et Vie hoïenne)
52 MAIvIAGE (hygiène matrimoniale).
autant de veurs au-dessus qu'au-dessous de 62 ans); enfin plus de la moitié des veufs sont compris dans la limite d'âge de 55 à 75 ans. Sur ces données, on peut inférer que, si la seule influence de l'âge aggravait le danger du suicide chez les veufs, ce danger serait compris entre 4©6 et Sflfl ; il ne saurait d'ailleurs s'élever à plus de 5H (par million), qui est le danger maxinnim, et cependant nous voyons, par le tableau, qu'il s'élève à 688 ; donc une autre influence, celle du veuvage, vient s'ajouter là celle de Tàge et accroître très-largement ce danger chez les hommes.
61 . Même raisonnement pour les filles : les 57 centièmes ont moins de 25 ans ; leur âge moyen est de 28,4 années ; par le seul fait de leur âge, leur a]jtit!!de au suicide ne devrait donc pas dépasser 48...; il s'élève à 60, qui est l'aptitude de celles qui ont dépassé 40 ans ; il faut donc qu'il se mêle une autre influence, celle du célibat. Même observation pour les veuves : la majorité des veuves est comprise entre 55 et 75 (51 ,5 pour 100) ; leur âge moyen est 60 ans, leur âge probable 60,-5 ; mais on voit que le danger moyen du suicide à cet âge est au-dessous de ll«; cependant, d'après les éléments rapportés ci-avant pour ces veuves, il s'élève à 833 ; il est donc bien vraisemblable que pour elles aussi le veuvage est par lui-même une cause prédisposante au suicide.
62. Ainsi les deux sexes sont poussés au suicide par le fait du célibat et par celui du veuvage. Nous pourrions mesurer avec certitude et précision cette influence, si nous avions les suicides analysés concurremment par l'état civil et par âge.
63. Influence de la présence des enfants sur la tendance au suicide des parents. Les comptes rendus judiciaires nous informent du nombre d'époux et de veufs suicidés ayant ou n'ayant pas d'enfants. Si les census nous instruisaient du nombre des époux et des veufs qui, dans la population générale, ont ou n'ont pas denfants, nous pourrions juger et même mesurer l'influence des enfants sur les déterminations des suicidés ; mais, ainsi que nous l'avons déjà vu, cette donnée nous manque ^ Au moins, pouvons-nous apprécier sur lequel des deux époux la présence des enfants a le plus d'efficacité. En effet, sur 1000 époux qui se suicident, il y en a îO-S ayant des enfants, et sur 1000 épouses se suicidant, 68© seulement sont mères; il est donc manifeste que la présence des enfants rattache plus à la vie la mère que le père. Nous avons déjà vu, § 32, que cette présence est un frein plus efficace pour la mère que pour le père contre la criminalité.
Quant aux veufs, nous avons expliqué précédemment pourquoi ce raisonnement ne leur est pas applicable {voy. § 52, note).
64. De ces faits concluons, contre toutes prévisions, que les charges, les soucis et les peines qui résultent de la famille sont moins puissants pour pousser l'homme ou la femme au désespoir et au suicide que ne sont fortes les salutaires influences du foyer conjugal pour les préserver; que c'est l'égoïsme, l'indifféiviice ou l'isolement du célibat, la triste solitude du veuvage, qui laissent l'esprit et le cœur sans appui pour résister à la funèbre tentation. ,
65. § II. Hygiène matrimoniale. Division du sujet. Nous dirons d'abord: [a] les conditions de santé, d'âge, de parenté, de type désirables entre les fian-
• Rapportons seulement les chiffres absolus qui pourront servir plus tard : sur les 1 875 époux suicidés en France, année moyenne (1863-68), 554 étaient sans enfanis; et sur les 472 épouses suicidées, 184 étaient sans enfants. Sur les 596 veufs suicidés, 205 étaient sans eniants; et sur les 242 veuves, 95 étaient sans enfants.
MARIAGE (iivGiÈNU matrimo.niai.e). Tjo
ces: soit {</.) en vue d'eux-mêmes, soit (6) en vue de lour descendance.
Enfin nous signalerons les vices de conformations qui apporlent une gène notable, soit aux rapports des sexes, soit à la fécondation, soit à raccouchement.
[b] Le mariage constitué, nous montrerons comment lu nature même de l'union conjugale, sa théorie, rend compte de sa merveilleuse efficacité pour fonder, développer, élever la moralité du couple conjugal, et comment, tant par suite de cette moralité supérieure que par sa vertu propre, le mariage devient aussi pour le corps le plus précieux gage de santé, assurant la vitalité et la longévité des époux. Nous dirons les préceptes de l'hygiène propres à le fortifier dans
cette voie, § 98.
[cl Enfin, et comme conclusions, nous déduirons de nos études précédentes riaflucnce sociale du célibat et du mariage ; les conditions de progrès ou de rétrogradation des collectivités ; nous montrerons que l'association conjugale est l'organe principal de ces mouvements ; enfin, nous signalerons les causes de dégénérescence qui menacent la société française et les moyens pratiques d'arrêter ce mouvement, d'en changer le sens, § 109.
[a] 6ô. Conditions prescrites aux fiancés : (a) e7i vue de leur propre avantage. Il y a des maladies contatjieuses : les unes, par simple contact physique, comme la syphilis, certains catarrhes purulents, les maladies parasitaires, peut-être la redoutable phthisie ; les autres peuvent le devenir par une sorte de contact sensorial, par imitation, par entraînement animique, comme les névroses, les affections convulsives, l'hypochoadrie ; les perversions morales, la faiblesse native ou acquise du sens moral, les pensées et les habitudes crapuleuses, Vicieuses, et, p'ar suite, la tendance à la criminalité ; et même les perversions intellectuelles , monomanies et aliénation.
Il y a des maladies antipathiques aux fins de l'union conjugale : les unes, répugnantes comme les affections catarrhales chroniques , la syphilis, la phthisie confirmée, la scrofule..., et enfin, il faut le dire, la sénihté ; les autres dégradantes, comme les perversions morales on intellectuelles déjà citées, et toutes autres incurables débilités , soit physiques, soit morales. Enfin, il y a des malaies dangereuses comme l'épilepsie, la fohe, etc. Toutes ces affections, au seul point de vue de la santé des époux, du respect, de la dignité et des fins du mariage doivent être, et pour les familles jalouses du bonheur des leurs, et pour les partis doués de quelque sens et de quelque délicatesse, des motifs d'incompatibilité absolue à l'association conjugale.
67. A peine si ces préceptes ont besoin d'être développés, ils s'imposent d'eux-mêmes à l'intelhgence ou à la conscience, et leur infraction portera une sanction terrible et méritée ; ceujc qui s'en seront affranchis, ne s'affranchiront ni de la juste mésestime publique, ni des amertumes incessantes de la vie intime. D'ailleurs, la plupart de ces infirmités apparaissent dans un des paragraphes suivants (75) comme empêchements au mariage encore plus im^^ératifs.
Cependant, il y a quelques-unes de ces maladies pour lesquelles on a osé conseiller le mariage comme moyen curatif (hypochondrie, hystérie, débilité sexuelle ou autres, etc.). Nous aurons à revenir sur cette médication qui, si elle a en vue de vrais malades, est aussi aventureuse pour l'époux à guérir que révoltante pour l'époux curatif {voy. g 102.).
68. Age d'élection du mariage (a) de V homme. C'est vers 24 ou 25 ans que le développement physique de l'homme est à peu près terminé; aussi tous les physiologistes placent vers celte époque l'âge désirable de son mariage : cepen-
54 MARIAGE (hygiène matrimoniale).
dant, tenant peu de compte de la physiologie, la loi permet le mariage : en France, à 18 ans, et en Angleterre, dès la 16" année révolue. Mais si le lecteur veut se rapporter à nos paragraphes 4S-5d et au Xlll* Tableau (p. 44 et suiv.), il y verra des résultats qui décident la question contre la loi. En effet, dans tous les pys qui relèvent leurs documents par état civil, nous avons vu les jeunes hommes qui se marient avant 20 ou 21 ans, être décimés par une mortalité considérable, deux à six fois plus forte que celle da leurs compagnons du même âge l'estés célibatiiires ! Et ce n'est pas seulement la perte annuelle résultant de cette mortalité, sextuple en France, qui doit attirer l'attention de l'hygiéniste et du législateur, mais plus encore, il me semble, l'usure précoce de tous ces jeunes épou.Y qui changent tout à coup la légère contribution mortuaire propre à leur âge, contre le lourd tribut funèbre de la sénilité. Quelle cruelle justification de ce mot de Huteland : o L'usage prématuré des organes génitaux est le plus siir moyen de s'inoculer la vieillesse. »
69. En effet, les excès vénérien?, même très-précoces, n'engendrent pas de maladies mortelles spéciales ; ils ne fout qu'énerver, que désarmer les organismes, leur enlever en quelques mois cette ivsistance vitale qui, normalement, ne s'use que peu à peu sous le long effort des années. Si donc nos jeunes époux au-dessous de 20 ans succombent comme des vieillards de 65 à 70 ans, c'est que les voluptés hâtives qu'ils ont goûtées les ont débilités à ce point qu'ils n'opposent plus aux maladies intercurrentes que les infirmes résistances de l'àge seuils. Ce n'est donc pas seulement 200 décès annuels dont cette mauvaise loi est responsable, c'est aussi de l'énervement qu'ds supposent chez toute cette population de trop jeunes époux, fatalement aussi impuissants au travail, aux devoirs de chef ds famille, qu'ils le sont devant la maladie et la mort. Et, d'autre part, n'avonsnous pas vu, paragraphe 28, qu'ds sont en même temps de médiocres pères, engendrant des enfants débiles, ces 8 000 jouvenceaux, qui, en France, chaque année, contractent ces mariages prématurés {voy. note du § 47).
Cependant, si nos recherches concluent avec une grande force contre c^s unions hâtives, on peut voir, au moins au point de vue de la sauté, que dès l'àge de majorité le mariage paraît plus favorable que le célibat. Que si, de 21 ou 22 ans à 25, nos jeunes époux ne donnent que 100 décès annuels, quand im même nombre de célibataires en fournissent 150, et 165 dans la période quinquennale suivante (25 à 50 ans) ; il est donc évident qu'au seul point de vue de l'hygiène et de la sauté pub'ique (pour ne parler que de ce qui est prouvé ici), l'hygiéniste et le législateur doivent encourager les mariages de nos jeuues hommes, et cela dès les premières années qui suivent leur majorité. Nous réaliserions ainsi une économie qui peut s'élever au tiers du tribut annuel que ces jeunes céhbataires (de 21 à 50 ans) payent à la mort, économie qui, pour ces seuls âges, ne s'élèverait pas à moins de 7 à 8 mille victimes annuelles de dissipations malsaines. Si l'on ajoute à cette épargne sur la mort une autre économie, celle des maladies que supposent 7 à 8 mille décès, que de deuils, que de soufiVances remplacés par les iêtes nuptiales ! que de dissipations, de temps perdu, remplacés par les fortifiantes joies du jeune foyer ; car c'est très-certainement en endiguant, en réglant, modérant le cours tumultueux des passions de la première virilité, que le mariage devient un si puissant élément de santé et de vitalité.
Nous concluons donc : i° que, selon les développements individuels, c'est entre la 22^ et la 25^ année qu'il est désirable de voir se contracter les mariages
MARIAGE (hygiène matrimoniale). 55
de nos jeunes hommes ; 2° qu'il est d'un intérêt social et individuel que la lo cesse d'autoriser leur mariage avant leur majorité (21 ans).
70. (b) Age d'élection du mariage de la femme. Nous avons expliqué (§49 et 50) comment nos documents démogra[ihiques, si catégoriques dans leurs enseignements sur l'âge d'élection de mariage du jeune homme, ne nous offraient plus la même clarté en ce qui concerne la jeune fdle. Nous voyons bien que la mortalité de nos jeunes femmes au-dessous de 20 ans est très -aggravée; mais il y a dans cette aggravation une part importante et, pour ainsi dire, légitime, presque inéluctable, résultant du danger du premier accouchement à quelque âge qu'il ait lieu ; il faudrait savoir, il est vrai, si ce danger n'est pas plus grand dans ces premières années de la nubilité ; savoir encore si, en dehors de la pucrpéralité, la ,eune femme, en goûtant trop tôt les délectations sexuelles, ne s'y énerve pas comme le jeune bomme et n'y perd pas sa force de résistance contre les maladies intercurrentes. Tous c^s problèmes seront faciles à résoudre par l'administration, quand nos législateurs auront compris que la démographie est la science par e.xcellence de l'homme d'Etat, et que la politique n'est que cette science appliquée. En attendant nous concluons, à titre provisoire, et en nous inspirant de la physiologie, que peu de femmes peuvent être sainement mariées avant 17 ans révolus, et que la 19^ ou la 20^ année nous parait, comme à la plupart des phy siologistes, être l'âge d'élection du mariage pour la femme, tant au point de vue physique qu'au point de vue moral.
71. Chez la fomme surtout le mariage tardif est préjudiciable: au point de vue purement fonctionnel, nous avons vu dans notre étude de la mortalité anglaise [voy. Bretagne (Grande), § 51] que lamortahté des accouchements tardifs paraissait accrue ; au point de vue moral, nul doute que la célibataire ne perde assez vite cette aimable et gracieuse souplesse de caractère et d'idée qui rend d'abord facile et intime l'association matrimoniale, dans laquelle se constitue, pour peu que le veuille l'époux, cette heureuse communauté de vues et de conscience qui fait du couple conjugal une si puissante unité..., non pas de chair, comme le dit assez crûment la Genèse : « ils seront deux en une chair, » mais unité d'esprit, de conscience, de sorte qu'i7s seront va en deux corps ; et cette unité constituera vraiment Vêlement de V organisme social.
72. Ainsi, de toutes nos recherches, nous co«c/?/o?25 avec Franklin que c'est dès le matin de la vie qu'il faut cimenter cette unité sociale, délectation des époux, forteresse la plus difficilement entamée par les misères de l'existence: forte, en effet, contre les suggestions criminelles (§ ol), ou insensées (§35); forte contre le désespoir (g 57) ; forte contre la maladie, contre la mort même (g 44) ! Et l'on peut dire, surtout chez la femme, que, pratiqué à son heure, l'hymen retarde la vieillesse et en allège les dangers (§ 50).
6 75. Préceptes en vue des enfants à venir. Les conseils qui précèdent n'ont en vue que de garantir de mal les jeunes époux; ils sont pour ainsi diie négatifs. Occupons-nous maintenant de l'assise durable de lew félicité, de ces petits êtres pleins de grâce et de tendresse qui, les confondant dans le même amour, vont, plus solidement que l'amour même, les rattacher l'un à l'autre par d'indissolubles liens, et les obhger à cette unité, à cette communauté de pensées et de conscience, sans laquelle il n'y a ni vrai mariage ni éducation possible. Si les -enfants sont bien doués, et de corps et d'esprit, ils assurent le bonheur des parents, j'allais dire leur glorieuse immortalité, puisque les parents se continuent en leurs enfants^ Mais c'est à eux, à ces jeunes époux, qu'incombe le devoir de
56 MARIAGE (hygiène matrimoniale).
tout faire, de tout préparer pour l'aire briller, daus leur descendance la santé et la beauté, l'intelligence et la conscience, fondement de leur propre gloire. Au temps jadis, nos pères, nos tendres mères invoquaient, sous des noms divers, le ténébreux Destin ; mais la science moderne a arraché le voile de cette mystérieuse divinité... 011 sait son secret... et, en fait de descendance, le Destin, c'est lancêlre! \oi\h. la vérité dont doivent se pénétrer les jeunes gens qui aspirent au mariage et à la palernilé. C'est donc eux et leurs aïeux qui vont doter le nouveau-né ; c'est la réalisation de ce conte gracieux où chaque fée, inclinant sa baguette magique sur un berceau, incarne au nouveau-né une vertu ou un vice. Voici un ancêtre qui donne sa taille ; celui-ci, sa chevelure ; cet autre, ses yeux; un autre, son mode intellectuel ; un autre, son caractère moral ; un autre, une aptitude pathologique et un autre..., etc., etc. Mais ces donateurs n'ont pas tous le même pouvoir : c'est au père et à la mère, je vais le montrer bientôt, qu'est réservé le plus gros lot... la plus grande influence, ensuite au giand-père et à la grand'mère de chacun des époux, ensuite aux bisaïeux et ainsi de suite {voy. Hérkoité). Il est vrai qu'assez souvent cet ordre normal est interverti; qu'un ancêtre, relativement éloigné, fait revivre, on ne sait pas encore par quelle puissance, une portion de lui-même plus importante que celle à laquelle son éloignement lui donnait droit {voy. Atavisme). Voilà les lois. Que le jeune homme qui aspire à avoir de b.'aux enfants choisisse donc pour épouse une belle fille sortant elle-même d'une belle famille, et si de son côté il offre les mêmes qualités, il est sûr d'une belle lignée ; s'il veut des entants bien doués intellectuellement, qu'il commence dès sa jeunesse par exercer son esprit, par développer ses passions intellectuelles, que sa compagne soit issue d'une famille richement douée sous ce rapport, qu'il prenne les mêmes soins pour le côté moral, il aura mis toutes les chances de son côté, l'instruction et Vediication feront le reste.
74. Mais arrivons au souhait que forme d'abord ce jeune homme ; il tient pardessus tout à une bonne santé pour ses enfants, parce qu'il sait que c'est la condition première de tout bonheur. En effet, on croit pouvoir compenser la laideur par la grâce, la grâce par les ajustements ; on se flatte de remédier aux faiblesses intellectuelles ou morales par l'instruction et l'éducation. Mais la mauvaise santé? les vices organiques héréditaires? La médecine élève de bii-n timides prétentions à les amender quelque peu. Efforçons-nous donc d'en préserver notre descendance, car, si la plupart des maladies aiguës viennent surtout de nous... de nos excès, de nos imprudences, ou des accidents cliniatologiques , les maladies chroniques viennent surtout de nos ancêtres ; elles ne sont pour ainsi dire que l'évolution fatale de l'organisme reçu et taillé sur un mauvais patron. 11 faut donc que les jeunes gens étudient avec soin leur ascendance et celle de leur future. Chaque faniilliî devrait avoir un registre où. seraient inscrits les principaux traits de santé et de maladies des ancêtres; le jour où la science aura imposé de telles mœurs, l'homme deviendra de plus eu plus niaitre de ses destinées. En attendant énonçons les maladies que l'observation a montrées le plus certainement héréditaires. Mais qu'on le sache, au fond toute maladie chronique, spontanée ou acquise (mais alors acquise avant la paternité) doit être tenue comme pouvant être héréditaire. Cependant, parmi elles, il en est dont l'observation a montré le danger plus imminent, la transmission plus probable.
75. D'abord les maladies nerveuses : certaines névralgies, comme la mi"raiih l'hystérie, l'épilepsie, l'hypochondrie, la surdi-mutité ; enfin et notamment toutci les formes de perversions mentales (intellectuelles ou morales) , depuis la sinip^
MAR'IAGE (HVG!f:>'E WATniMo.xi \i.e). 57
bizarrerie jusqu'à l'aliénation, la criminalité, les goûts crapuleux, l'imbécillité, l'idiotie.
Les maladies diathétiqiies sont héréditaires à un très-haut degré : scrofules, rachitisme, tubeicules, syphilis, herpi'tisme, rhumatisme, et surtout les affections goutteuses, graveleuses et calculeuses ; la diathèse cancéreuse avec tendance à envahir le même organe. Les maladies attaquent l'appared artério-veineux, et notamment la disposition aux hémorrhagics, au scorbut, aux ecchymoses, aux varices, aux apoplexies, notamment cérébrales, aux afiections organiques du cœur. Sont encore héréditaires les vices de conformation, les tendances aux hernies, les déviations : pieds bots, incurvation du rachis et gibbositcs ; les arrêts de développement, tel que le bec-de-lièvre (entre beaucoup d'exemples, la famille impériale d'Autriche) ; le sexdigilisme, etc. Les altérations de sécrétions : flux catairlieux, sueurs partielles excessives et odorantes ; diabète sucré et albuminurique. Enfin les dispositions et affections des organes des sens : la myopie, les cataî'acles, la dureté de l'ouïe, l'inaptitude à sai>ir l'harmonie. Sans doute toutes ces affections ne sont ni également graves ni également transmissibles. On remarquera un trait important de cette transmissibilité; c'est que dans la plupart des cas, l'enfant destiné à cet héritage morbide nait sain ; il hérite non d'une maladie faite, mais à venir ; d'une disposition morbide qui souvent ne fera son apparition qu'à l'âge où l'ancêtre lui-même a été atteint {hérédité à terme fixe). Ainsi l'héritage des aïeux nous poursuit, nous domine toute notre vie. Conçu par un père sain, mais destiné vingt ans plus tard à mourir d'un cancer à l'anus, un enfant naît plein de vigueur, et après 50 ans de bonne santé, il succombera, comme son père, à un cancer anal. (C'est l'histoire des Broussais et de tant d'autres.) Voilà l'hérédité, physiologique ou pathologique, c'e^t tout un ; c'est ainsi qu'on hérite aussi de la longévité.
Un des desiderata les plus urgents serait de savoir la fréquence de transmission de chaque disposition organique, soit par le père, soit par la mère, soit par les ascendants ; mais nous sommes loin d'une telle précision, que cependant il serait
lativement facile d'acquérir.
76. Disons pourtant que cette fréquence, cette probabihté de transmission dont il serait si important, lors d'une union projetée, de pouvoir supputer les chances, parait être sous la dépendance de deuc facteurs principaux.
1" Le nombre des ascendants qui présentent la particularité organique ou fonctionnelle transmissible, et en même temps la distance qui sépare ces ascendants du descendant qu'on a en vue ; autrement dit, si l'on suppose que le père transmet l'aliénation, par exemple dans la moitié des cas, le grand-père pourra ne la transmettre que dans le quart, le bisaïeul dans le huitième des cas ; de sorte que si le père et le grand-père ont été atteints par la vésanie, il y aura environ 5/4 de chance pour la transmission; si le bisaïeul, — 7/8 de chance; ainsi de suite. Il est bien entendu que je ne pose ici ces chiffres arbitraires que pour montrer comment, quand la science sera plus a\ancée, lorsqu'elle aura, par des collections nombreuses, déterminé pour chaque ancêtre la probabdité de chaque affection à transmettre, il sera possible de calculer la probabilité d'une transmission nouvelle, et, ce qui importe extrêmement, les influences qui diminuent ou aggravent cette probabilité. Mais il y aura aussi à déterminer la part d'influence du père et de la mère, des aïeux paternels et maternels, pour les garçons et pour les filles. C'est ainsi, par exemple, que, d'après Baillarger, la mère transmet la -folie à ses filles, deux fois plus souvent que le père, et celui-ci,
58 AIARIAGE (hygiène matrimoniale).
dont l'influence est de trois quarts moins redoutable que celle de la mère poui ses entants pris ensemble, exerce son influence à peu près également sur ses garçons et sur ses fdles. Cependant à part ce commencement, rien de fait à ce sujet ; notre savoir est en puissance du travail à venir.
77. Le second facteur qui paraît augmenter on diminuer les probabilités de transmissions, c'est la naf.iu'e des particularités à transmettre. Ainsi dans l'énumération que nous avons faite des affections les plus souvent béréditaiies, quoique nous les ayons rangées plutôt par système organique , cependant elles se trouvent ainsi rangées à peu près dans l'ordre décroissant de leur aptitude à se transmettre. C'est pourquoi nous avons commencé par les maladies du système et des centres nerveux qui paraissent jouir du triste privilège d'être les plus fatalement héréditaires. Et il importe bien qu'on le sache, tout est transmissible dans le système nerveux : sublimité et bassesse... Les aliénistes les connaissent ces familles vouées de père en fils aux bagnes, aux maisons centrales ou aux asiles d'aliénés, car manifestes et nombreuses sont les transformations de la dépravation à la criminalité, à l'aliénation, et inversement : elles sont si nombreuses, si évidentes, que le psychologue qui étudie ces métamorphoses avec indépendance, est amené à ne voir en ces ignominies diverses que transmission de perversions cérébrales fort voisines, et dont les manifestations protéiformes fournisseat suivant un processus inconnu, ici des aliénés, là des crapuleux ou des criminels... Je comprends l'effroi, l'objection du lecteur, et je ne m'y arrête pas ; je résume là les faits attestés, minutieusement décrits, contrôlés par les spécialités les plus recommandables de tous les pays, de toutes les opinions ; des faits qui ne sont pas contestables ; uion devoir est de résumer la science et non de lever les scrupules ou de leur trouver des accommodements. Heureusement qu'd n'y a pas que les vices de transaiissibles : l'honneur, la délicatesse d'âme, le courage... toutes les vertus sont aussi héréditaires :les preuves abondent... Que les nobles f;unillei qui ont la passion des vertus morales, n'admettent donc pas d'alliance qui puisse ternir leur pureté... Ces lois physiologiques ont leur tristesse, sans doute, mais elles ont aussi leur consolation; ainsi à l'article Hérédité on établira sur d'innombrables faits empruntés et à l'humanité et à la zootechnie que les vertus, les habitudes elles-mêmes, soit du corps, soit de l'esprit, acquises dès l'enfance, ;jar «ne ifon^we éducation, sonttransmissibles. Ils nous appartient donc d'élever de plus en plus nos familles vers le juste, vers le bien. Mais pour y parvenir, sachons que la volonté n'est pas tout, il y a aussi la fatalité de l'ancêtre ; ne compromettons pas nos efforts par l'intromission de membres nouveaux que menacent des perversions mentales héréditaires. Domptons la fatalité par la science, faisons-la servir à nos fins ; et alors volonté et fatalité concourront à nous élever verdie bien comme vers le beau.
78. Age absolu et âge respectif des époux. Nous avons vu (§ 28) qu'il paraît ressortir des trop rares et trop insuffisantes recherches de Sadler et quelques autres, que les trop jeunes époux donnent de? enfants peu vivaces. On verra à l'article Sexualité l'influence considérable de l'âge absolu et de l'âge re-, îatif des parents sur le sexe des enfants. Voici la conclusion de ces recherches : si l'âge du père l'emporte, il engendre plus de garçons que de fdles, et cette prédominance est d'autant plus grande que les âges des parents sont plus divergents; si, au coniraire, l'âge de la femme l'emporte, la sexualité féminine l'emporte d'autant ; enfin, si les conjoints sont de même âge; les filles sont encore un peu plus nombreuses. Ces résultats paraissent très-généraux, très-soli-
MARIAGE (hygiène matrimoniale). 59
des, car les observateurs les ont retrouvés en plusieurs pays et chez l'homme et chez les animaux. 11 est bon cependant d'ajouter que cette influence des âges relatifs des auteurs sur la sexualité des produits, n'est ijeut-ètre elle-même (comme le croit Lucas), cpi'une coïncidence, ou au moins qu'une cause seconde, et que la cause dominante, c'est la vigueur génératrice respective des conjoints {voy. Sexualité) , théorie qui rendrait compte de cet autre fait observé : c'est que très-jeunes ou très-vieux, les époux et surtout le père donnent plus de filles que de garçons.
79. Parenté des époux ou maricujes consantjuins. — Historique. On a attribué aux unions entre membres d'une même famille, soit chez l'homme, soit chez les animaux,, les propriétés les plus contradictoires ; et, chose étrange, des faits nombreux, incontestables, fort probants, ont été produits en faveur de chaque opinion. Il nous semble que ce premier point prouve clairement qu'il n'y rien de fatal, de nécessaire dans les effets bons ou mauvais des unions consani^nines.
Mais qu'est-ce d'abord qu'une union consanguine? à quel degré de parenté conservera-t-elle ce nom? Tous s'accordent pour regarder comme consanguines les unions entre les membres quelconques de la descendance directe, et aussi entre frère et sœur. Ce sont les seules alliances consanguines que les codes civils et les lois ecclésiastiques proscrivent de nos jours d'une façon absolue. Mais il n'en a pas été toujours ainsi, et plus on remonte dans le passé, plus on voit fleurir la consanguinité la plus étroite, l'inceste, de sorte qu'on peut dire que la consanguinité, telle qu'on la rencontre encore de nos jours chez les peuplades sauvages, a présidé à la naissance de l'humanité. Ainsi chez les Egyptiens, lés Perses, les Assyriens, les Mèdes, les Scythes, les Tartares, les Ethiopiens et aussi chez les Péruviens, le mariage était permis et fréquent entre frère et sœur ; et même la plupart des Orientaux cités épousaient fréquemment leurs filles ou leurs mères (Périer). Eu outre, on peut dire que, chez les animaux, l'accouplement entre frère et sœur est des plus fréquents, et souvent de règle, comme chez les colombes, les pigeons. Enfin, on sait qu'à Athènes on épousait sa demi-sœur paternelle, et à Sparte sa demi-sœur maternelle. Le mariage entre oncle et nièce, tante et neveu st également empêché par l'Église et par le Code, mais non absolument; et l'empôchement peut-être levé par le chef du pouvoir {voy. § 12). Entre collatéraux, cousins germains ou issus de germains, la loi civile presque partout, et notamment en France, permet le mariage, et l'Église, moyennant finance, accorde ses .dispenses. Il résulte de ces faits, quand il s'agit des hommes, que ces unions entre cousins germains et issus de germains, font la masse des unions consanguines observées par les auteurs ; ce sont elles qui sont dites funestes par les uns, innocentes par les autres. Mais quand il s'agit des animaux, on peut admettre que la seule consanguinité dont ou s'occupe est le fruit de l'inceste, soit des pères ou mères avec leurs enfants, soit des frères et sœurs entre eux, et cependant la solution du problème n'est pas plus facile, plus avancée que pour ce qui concerne l'humanité, et les mêmes faits contradictoires se rencontrent. S'il y a une dillérence, ce serait, au moins de nos jours, au détriment des mariages consanguins humains, dont quelques observateurs nous citent des exemples d'une nocuité extrême, qu'on chercherait vainement chez les animaux, dont la consanguinité est cependant infiniment plus rapprochée, et dont les résultats funestes devraient être, ce semble, d'autant plus accusés : et c'est le contraire que l'on observe! Cependant, dans les deux champs d'observations, on voit des produits remarquablement beaux, bien portants et vivaces, sortis d'une
CO MARIAGE (hïciè^e matrimoniale).
longue consanguinité, entre cousins chez les liommes, et directement de l'inceste chez les animaux.
80. Les législations antiques ne prouvent rien contre la consanguinité. Éliminons d'abord du débat une donnée que, suivant nous, on y a fait intervenir à tort, à savoir, le consensus, non pas universel, non pas, comme on l'a dit, celui des peuples les plus vivaces (rien de plus vivace que le Conte égyptien), mais enfin l'accord très-général des peuples civilisés pour apporter des empêchements législatifs plus ou moins étendus, plus ou moins absolus, aux mariages entre parents. C'est ainsi que Moïse institue des lois sévères contre ces unions, et que, si les peuples de l'Orient (Perses, Égyptiens, etc.) ont continué à pratiquer les mariages les plus étroitement consanguins; les peuples civilisés de l'Occident les ont généraleiiîent empêchés (Grecs, Romains). Mais, quand on recherche impartialement les motifs qui partout ont amené cetle législation, on ne tarde pas à voir que ce n'est point la consanguinité proprement dite que les législateurs avaient en vue, mais d'aboid la pureté du foyer. En effet, les frères et les sœurs, les filles et les pères, les mères elles fils, les tantes et les oncles, vivant sous le même toit, ces interdictions importent non-seulement à la paix, à l'harmonie des familles, mais aussi à la nécessité de mettre un frein à la promiscuité, à la lascivité, à l'énervement, qui résulteraient nécessairement d'une communauté déréglée, sans loi et sans mœurs; c'e^t la pureté qui résume ces idées et qui est alléguée par Moïse et par tous les législateurs antiques. C'est si bien là le but, que lejégislafeur ne distingue nullement entre les parents vraiment consanguins et les parents par alliance. Dans treize interdictions faites par Moïse, je n'en vois que six qui soient consanguines, concernant, pour l'Iiomme, l'interdiction d'épouser : mère, fille, petite-fille, sœur, tante paternelle ou maternelle ; et sept nullement distinguées des précédentes et se rapportant exclusivement aux femmes qui, par le fait des alhances, sont venues habiter sous le même toit : bellemère, belle-sœur (soit sœur de l'épouse, soit veuve du frère) , bellc-fillc (fille de l'épouse d'un autre lit), les tantes par alhance et les brus. A ces interdictions, Mahomet ajoute le mariage avec la nourrice, avec la sœur de lait et souvent avec la pupille. Il est manifeste que partout, entre les personnes qu'atteignent les restrictions de tous ces législateurs, il n'y a qu'une chose de commune, la communauté, non du sang, mais du domicile : tous demeurent sous le même toit. C'est donc bien là le point de vue déterminant, et ce but est d'autant plus manifeste que le législateur ne se met pas en peine de déroger à sa propre loi, quand uu intérêt de fortune le sollicite : c'est ainsi, et pour cette cause, qu'à Athènes on pouvait épouser sa sœur de père, et à Sparte la sœur de mère. En Judée, exception de même ordre pour que la fortune des filles ne sorte pas de la famille.
Il est clair que si c'était en vertu d'une loi physiologique reconnue qu'eussent été décrétés ces empêchements, d'une part le législateur n'avait pas à interdire les mariages entre albés, et de l'autre, la loi physiologique ne souflrant pas d'exceptions, le législateur ne se serait pas permis d'en faire, et de sacrifier à un intérêt de santé un intérêt de fortune. Je crois donc , contrairement à ce qui est généralement professé de notre temps (car, au siècle passé, on n'avait aucuiie idée de cette théorie hygiénique), que ceux qui accusent les mariages consanguins d'être redoutables pour la descendance ne peuvent tirer un argument de la législation antique, faite à un tout autre point de vue, très-juste d'ailleurs, hautement moral et sanitaire... mais sanitaire, parce qu'elle coupait court aux trop faciles promiscuités des gens d'une même famille. Il ne me serait pas plus
MARlAfiE (HYGlÎNt; iMATRIMOXI.VLG). »)i
difficile d'établir que, si les premiers clirétiens ont d'abord empêché les mariages dans la même famille à un degré inconnu jusqu'alors, c'était dans un but de propagande et d'extension du sentiment de la fiaternité humaine. Nous concluons que la physiologie n'a rien à apprendre dans ces législations ; c'est plus tard, bien plus tard, dans notre dix-neuvième siècle, quand l'observation a découvert des faits de consanguinité morbide, que les croyants ont eu l'idée de prouver, par les faits découverts a posteriori, la sagesse de leur législation religieuse; mais alors il fallait qu'ils fissent abandon de leurs dispenses et du profit qu'ils en tirent, car les lois (iliysiologiqucs ne s'y soumettent pas, et il est au moins maladroit de laisser voir aux croyants qu'on défend un mariage comme compromettant pour la descendance, mais qu'on le permet moyennant finance.
81. ha consanguinité est-elle dangereuse pour les collectivités? Débarrassé du secours que les adversaires systématiques de la consanguinité croyaient trouver dans les législations, efforçons-nous de formuler des conclusions qui conviennent aux faits aujourd'hui connus, quelque contradictoires qu'ils paraissent; car, ici, nous ne pouvons reproduire les faits, même partiellement; c'est affaiie de l'article CoASA.NGuiMTÉ. Disons cependant qu'il est des peuples entiers, comme le peuple juif, qui sont sortis de la consanguinité, non pas seulement avant les lois de Moïse, mais depuis, résultat nécessaire de la dissémination des Juifs en tout petits groupes ne pouvant se marier qu'entre eux; même consanguinité pour maintes bourgades isolées, pour de nombreuses populations insulaires, et qui toutes n'en sont pas moins en pleine prospérité (voy. Bull, de la Soc. d'anthrop.). On a prétendu que les Juifs sont en décrépitude. On verra, à l'article Juif, qu'il n'en est rien ; et bien loin de là, aucune race ne montre plus de vitalité, plus de résistance. Avouons cependant que cette prospérité des collectivités issues, en un temps très-long, de la consanguinité, même souvent superposée, prouve seulement une chose : c'est que, dans les conditions de temps ou de milieu où. elle s'est effectuée, il a enfin surgi de la consanguinité de beaux produits qui, par une sélection séculaire, ont pris naturellement le dessus sur les infirmes et les valétudinaires. Il a pu se passer là, par la suite des siècles, un phénomène de même ordre que celui qui s'est effectué dans la vie sauvage où, suivant la juste remarque de tous les voyageurs, il n'y a ni estropiés, ni m^dingres. Certes, il ne faut pas en conclure, à l'instar de J.-J. Rousseau, que la vie sauvage est défavorable aux productions pathologiques ; la vérité, c'est qu'elle ne leur permet pas de demeurer,- de se développer ; ces êtres, difformes, mal doués pour subvenir à leur laborieuse existence, succombent tous ; car il n'y a là ni charité, ni asile, ni hospice pour protéger ces typés dégradés, et, voire même, pour aider à leur reproduction; ils s'éteignent vile, sans jamais arriver seulement à l'âge nubile. Et ce lait a une application directe à la consanguinité, car la plupart de ces peuplades, elles aussi, pratiquent l'inceste en toute liberté. Peut-être ont-ils beaucoup de méchants produits dans leurs enfants, mais c'est un caput mortuum qui n'altère en rien la beauté des survivants. Donc une seule conclusion est à tirer des résistances constatées des collectivités à la consanguinité, c'est qu'elle n'est pas nécessairement fatale..., je ne dis pas seulement aux enfants, mais à la descendance ; et bien des faits porteraient à croire qu'elle est plutôt avantageuse. Cependant, à côté de ces exemples favorables, y a-t-il des peuples, des collectivités dégradées, anéanties par la consanguinité? On l'a avancé fort légèrement, mais la vérité est qu'on n'en a pas encore trouvé un seul exemple scientifiquement observé. Il est évident qn'il faut mettre hors de cause les
62 MARlAGI'l (HYCit>E matrimoniale).
colonies de' goitreux et de crétins qui doivent à des influences locales de milieux et aussi d'hérédité leur état pathologique. Cependant M. Devay cite, sans dire quelle étude on en a faite, les races dites maudites [cagot, liutters, sarrazin, coUihert) de France et d'Espagne, qui devraient à la consanguinité leur dégradation. Leur consanguinité est certaine, et elle est nu résultat nécessaire de l'ostracisme persévérant dont ces petits groupes humains sont l'objet; mais leur dégradation physique et intellectuelle est formellement contestée par ceux qui les ont vus de près, et notamment par MM. Cordier et Auzouy {Bull, de la Soc. d'anthr., 1867, p. 112). Ils paraissent être les victimes séculaires d'anciennes haines de race (les cagots seraient canes gothi, chiens de Goths), et leur conservation prouverait, au contraire, en faveur de l'innocuité de la consanguinité. Ainsi, aucun fait de collectivités s'éteignant par mariages consanguins ; preuves nombreuses du fait contraire : voilà la conclusion de cette rapide critique.
82. La consangxnnité est-elle dangereuse pour les familles? Cependant ces faits ne démontrent pas que la consanguinité ne soit point productive de plus de monstruosités, de stérilités, de cachexies rapidement destructives, que les mariages non consanguins; mais ils sembleraient indiquer senleraent que ces cas tératologiques ou pathologiques, s'ils existent, sont si accusés que les descendances (jui en sont atteintes ne font pas souche, ne tardent pas à s'éteindre. C'est sur le problème ainsi posé que les adversaires de la consanguinité paraissent reprendre l'avantage. Il ressort en effet de leurs enquêtes que les mariages consanguins seraient particulièrement producteurs : d'abord de la surdi-mutité et plus généralement de toutes les affections congénitales qui sont sous l'influence directe du système nerveux : épilepsie, chorée, idiotie, hydrocéphalie, imperfection sensoriale de la vue, de l'ouïe (surdi-niulité), ensuite quelques cachexies : lymphatisme exagéré, scrofule, rachitisme, débilité, moindre vitalité, enfin arrêt de développement, monstruosité et stérihté.
Si l'on passe à l'examen des faits particuliers, les contradictions les plus manifestes surgissent. Ainsi, je citerai, entre autres, la famille de M. le docteur Bourgeois , suivie depuis près de deux siècles , et composée en 1859 de quatre cent seize membres. Tous sont sortis de la consanguinité la plus rapprochée, légalement possible (troisième degré), et réitérée pour seize d'entre eux; cependant, tous les membres de cette remarquable famille, non-seulement ne comptent aucune des infirmités signalées, mais encore jouissent d'une excellente santé et d'une fécondité remarquable (Thèse 1859). On rencontre ainsi des familles, ou même des peuplades entières, issues de la consanguinité, et qui présentent une fécondité ou une vitalité hors ligne (les Juifs). Cependant, il importe dé le dire aussi, telles autres familles consanguines, et en grand nombre, ont une descendance déplorable d'infirmes, de cacochymes, de difformes, et aboutissent finalement à une extinction rapide et misérable. Il y a là toute une série de faits terribles pour la consanguinité. Mais il y a un côté faible à ces faits, c'est qu'un grand nombre (non pas tous) sont affirmés par des opposants systématiques à ces mariages : soit des opposants catholiques (comme M. Devay), qui, puisant leurs convictions à une autre source, selon eux, plus infaillible que l'observation, ne cherchent phis dans les faits que des arguments pour faire passer leurs convictions dans l'esprit des incrédules ; soit des prime-sautiers (comme le docteur Boudin), qui, ayant fixé leur opinion d'après les premiers faits dont leur esprit a été frappé (et quoi de plus frappant que les malheurs de quelques familles consanguines), n'interrogent plus les faits nouveaux que dans
MARIAGE (hygiène matrimoniale). 65
la vue de les faire concourir à étayer leur idée fixe , ou les rejettent s'ils sont trop contradictoires. Il finit donc l'avouer, ce n'est pas par la méthode qu'ont brillé les adversaires de la consanguinité, mais par la passion, par l'ardeur de leur conviction, par leur zèle à collectionner des faits terribles, amassés sans impartialité, sans critique; nombreux, toutefois, et s'imposant à l'examen.
85. La consanguinité diffère-t-elle de riierédité? Malgré ces vices de mélliode, il me parait ressortir de ces travaux que très-vraisemblablement le nombre des infirmes est notablement plus grand dans les familles consanguines que dans les autres. Ce j3oint admis, le problème de la consanguinité n'est pas encore résolu; 1 s'élève une question qui n'est pas seulement théorique, à savoir : estce la consanguinité qui, par une malignité propre, a fait naître les affections constatées, ou est-ce simplement un fait d'hérédité? Ainsi, deux cousins germains, parfaitement sains, issus d'aïeux sans reproche, contractent mariage; vont-ils, par le seul fait de leur parenté, engendrer des scrofuleux, dos épileptiques, des sourds-muets, etc. ? Là est, en effet, tout le problème de la consanguinité. Car, il faut le reconnaître, si une famille est entachée d'affections héréditaires, et que ses membres se marient entre eux, le vice héréditaire doit aller s'aggravant, et peut-être plus rapidement encore qu'il n'arriverait par le fait d'un mariage entre deux familles étrangères l'une à l'autre, mais entachées l'une et l'autre du même vice. En effet, dans ce dernier cas, l'identité des affections qui s'additionnent, sera toujours moins complète que dans des consanguinités où les tendances morbides des deux conjoints ont dans l'ancêtre leur source unique. Ici, vont s'additionner, non-seulement les deux influences principales, mais tous les accessoires de tempérament, d'idiosyncrasie, etc. Ce sont là des raisons sérieuses pour que l'hérédité morbide soit plus certaine, plus énergique dans le mariage consanguin. Cette considération nous paraît donner une explication plus plausible que la vertu qu'aurait la consanguinité de créer de toutes pièces toute \ine série d'unités morbides. Jîais enfin admettons, aussi bien les faits nous y obligent, admettons que certaines alliances consanguines, qui semblaient dans les meilleures conditions, voient surgir dans leur descendance des cas morbides sans précédents connus dans la famille. Il y a lieu d'abord de se demander si les mariages consanguins ont le privilège exclusif de donner naissance à des produits morbides, dont les ascendants connus ne présentent pas de trace ; et, si ce privilège exclusif est imaginaire, si ces fatalités se rencontrent sans la consanguinité, il faudra établir qu'elles sont plus fréquentes en elle que hors d'elle : c'est ce qui n'est pas fait. Les documents pour établir la fréquence relative ou ijrobabiHté de ces événements corrélatifs nous manquent absolument, et ils sont les vrais éléments du problème! Voilà où en est la science ! {Voy. Co.x-
SANGUi.MTÉ.)
84. c^snclusions 1" théoriques. Eiifin, pour résumer ce qui, d'après nous, résulte de l'état actuel de nos connaissances sur cette importante question, nous dirons qu'il semble prouvé que, soit chez rhom.me soit chez les animaux, les mariages consanguins ont pour résultat de faire disparaître promptement un certain nombre des familles ainsi formées, tandis qu'ils paraissent, au contraire, épanouir les autres avec une énergie nouvelle. H y a donc des fanulles mal douées et des familles bien douées pour la consanguinité : les premières s'éteignent vite, terrassées par l'étreinte des affections diverses et protéilormes susnommées; les secondes se multiplient indéfiniment, sans présenter les types morbides caractéristiques de la mauvaise consanguinité. Ce double phénomène,
64 MARIAGE (hygiène matrimoniale).
bien démontré par les observations de l'anthropologie et les expériences de la ootechnie, oxplif[ue parfaitement, d'une part, les apparentes contradictions des faits ft les conclusions opposées des observateurs; il rend compte aussi de cet autre fait, non moins certain en anthropologie et en zootechnie, de races, de groupes entiers, très-bien doués, et sortis tout entiers de la consanguinité. On peut résumer et synthétiser tous ces phénomènes par cette idée, que la consanguinité apparaît comme un moyen de sélection fort puissant à faire vite évoluer le fond et le trétond organique (pathologique ou sain) des ûmiilles : c'est une pierre de touche signalant tout de suite certaines impuretés d'un sang qui, sans cette épreuve redoutable, pouvais, par une sorte de diffusion, les entraîner dans la masse sociale, tandis que les familles indemnes de ces vices retrempent, doublent, au contraire, dans la consanguinité leur résistance et leur vertu, et en soitent plus fécondes, plus saines que jamais. Voiià la théorie provisoire qui nous semble résumer tous les faits.
85. 2'' Conclusions pratiques. Voyons maintenant ce qui importe à la pratique. Comment distinguer une famille que la consanguinité doit terrasser et celle qu'elle doit fortifier? Ici, oîi nous serions si intéressés à savoir, notre ignorance apparaît cruellement, et le mieux est de l'avouer, afin de stimuler nos efforts. Provisoirement nous pourrons présumer, d'accord avec les notions les plus certaines de la science, que le danger qui pèse sur toute alliance consanguine décroît avec le nombre des ascendants connus comme indemnes des affections propres à ïhérédité ou de toutes autres paraissant aptes à se transformer en l'une quelconque de ces affections. Cependant, malgré cette décroissance, nous ne prétendons pas que le danger s'annule jamais. Qni pourrait dire jusqu'à qu(l ancêtre un double atavisme peut remonter pour emprunter des caractères organiques? Il y a pourlant une connaissance facile à acquérir, et que notre ignorance, précédemment constatée, rendrait très-désirable : c'est la probabilité respective qu'une famille saine, qui affronte la consanguinité, a de s'y anéantir ou d'y prospérer; aujourd'hui, il n'est pas possible de répondre à cette quesrioi), qu'il sera bien facile de résoudre, quand le législateur aura imposé Yaddendum que j'ai proposé (§ 57), à V inscription du décès du premier époux défaillant.
86. 5° Conclusions législatives. De ces considérations, je crois pouvoir conclure que, devant les indéterminations de la science actuelle, devant les intérêts contradictoires des familles, les unes devant être anéanties, les autres devant être consolidées par la consanguinité; devant la collectivité qui continue à durer, à prospérer, et, bien plus, qui est purifiée peut-être par cette redoutable sélection, ou au moins reste désintéressée, le législateur ne doit encore intervenir ni pour ni contre, mais seulement organiser toutes les enquêtes publiques que lui seul a devoir et puissance de faire faire, et qui sont de nature à élucider cet important problème et familial et social.
87 . Vices de conformation fâcheux ou incompatibles avec le mariage. Nous n'avons en vue ici que les vices de conformation congénitaux, ou même acquis, qui apportent obstacle ou gène, soit aux rapports conjugaux, soit à la fécondation, soit à l'accouchement. -Encore laisserai-je de côté Timpuissaxce et la stérilité, qui auront leurs articles à part ; je ne parlerai pas non plus de tout vice assez manifeste ou assez prononcé pour rendre évidemment impossible tout rapport sexuel, tel que l'absence de vagin ou de pénis ; c'est peut-être affaire de chirurgie, certainement de TÉRATOLOGIE ct de MÉDEciiXE LÉGALE, uiais uou d'hygièuc.
88. Vices apportant unegèneplus ou moins notable au coit: 1" citez- la femme.
L'accident le plus fréquent, c'est la difficultc plus ou moins prononcée que rencontre le nouvel époux, soit par la résistance de la membrane de l'hymen, soit par l'étroitesse de la vulve, soit par les contractions et les mouvements désordonnés qu'une appréhension excessive détermine chez la jeune femme. La première chose à recommander à tout nouvel époux, c'est la douceur, la délicatesse envers sa jeune épouse. Il n'est pas rare, par suite de la brusquerie de l'époux ou d'une susceptibilité excessive de l'épouse que, la terreur, le dégoût et même une insurmontable aversion ne soit l'amer résultat que le mari recueille de sa première nuit de noce. Par plus de longanimité, l'époux eût évité des impressions aussi pénibles et quelquefois non sans danger pour l'avenir. Je vois, en France (§ 59), chaque année, trente à quarante demandes en séparation de corps qui ont lieu dès la première année du mariage (soit quatorze sur mille demandes), et j"ai des raisons de croire que la majorité de ces demandes est le fruit de ces premières brutalités d'un homme qui croit sottement devoir faire parade de sa lorce, ou qui ne sait pas maîtriser sa luxure. Cependant, après plusieurs semaines de tentatives infructueuses, les époux s'épargneront sans doute une plus longue angoisse en consultant leur médecin. 11 faut, d'ailleurs, que lu jeune épouse prenne de bonne heure la résolution de surmonter ses naturelles répugnances aux constatations de l'art; dans bien des cas, sa santé de jeune femme, sa fécondité, c'est-à-dire le bonlieur même de son ménage, sont à ce prix. Nous avons trouvé en province trop de médecins enchns à traiter, par à peu près et en aveugles, un mal dont on leur interdisait l'examen, et soignant ainsi pendant des années iine affection qui, mieux déterminée et traitée localement, eût cédé en quelques semaines. Par de telles condescendances pour des délicatesses, naturelles sans doute, mais qui doivent céder à un intérêt supérieur, ils compromettent à la l'ois l'art, la sanlé de leur cliente, et finalement leur propre réputation.
Cependant ces efforts infructueux de l'époux peuvent tenir, avons-nous dit, ou à la crainte exagérée, à l'agitation nerveuse d'une épouse quelquefois hystérique, ou à la résistance de l'hymen, ou à l'étroitesse de la vulve, ou encore au peu de profondeur du vagin, et quelquefois à plusieurs de ces causes réunies. Il faut demander au temps, à une hygiène appropriée, à la raison de l'épouse, à la longanimité de l'époux, l'espérance de vaincre la première cause. J'ai pourtant connu un couple où, après plus de dix ans de mariage, elle n'avait jamais été vaincue. Cependant le médecin consulté doit d'abord s'efforcer de constater si la seconde, la troisième ou la quatrième cause signalée, se viennent doubler et renforcer la première. Si cet examen ne peut être pratiqué à souhait, ou s'il est sans résulta4;, il y a lieu d'encourager les jeunes époux à persévérer. J'ai rencontré un cas où une jeune femme timorée n'avait pu s'abandonner que sous l'influence de l'ébriété. Peut-être, avec toute la prudence voulue, le sommeil que procure le chloroforme ou le chloral pourrait-il être mis à profita
89. Ce qui concerne la seconde et la troisième cause (la résistance de l'hymen, l'étroitesse de la vulve, ou, ce qui revient au même, le manque de proportion avec un membre viril exceptionnellement développé ) sont des défauts qui, le plus souvent, céderont à la persévérance des époux ou au moins céderont assez pour permettre une première grossesse. La parturition fera le reste.
90. Nous avons signalé un quatrième vice de conformation qui est assez fréquent,
1 En corrigeant mes épreuves, j'apprends, par une thèse sur le Vaginisme, de M. le D' Visca (1869), que le chloroforme a été employé avec succès.
DICT. ENC. 2" s. V. 5
00 iiIArilALiu itssuiEiii£t mtiinimuiiiAiJ&^B
c'est le peu de profondeur du vagin ; il peut même être acquis par l'abaissement de l'utérus. Nous avons rencontré cette conformation chez des femmes qui avaient eu plusieurs grossesses ; c'est donc un défaut persistant , et qui exige beaucoup de philosophie de la part des époux, car alors les rapports conjugaux deviennent douloureux pour la femme., rebutants pour le mari. Nous savons des époux qui ont cherché un palliatif par l'emploi d'un bourrelet circulaire dont l'épaisseur diminuait d'autant la longueur du membre viril. Hélas ! il est des cas où l'acceptation est la première des vertus.
Cependant l'étroitesse de la vulve et du vagin n'est pas toujours congéniale; ces contractures peuvent être acquises , se rencontrer après un ou plusieurs accouchements ; elles tiennent le plus souvent à un état spasmodique des sphincters du vagin, analogue à celui des sphincters de l'anus dans la fissure, et réclament le même traitement chirurgical (MarionSims) {voy. Vagin, Vaginisme).
91. 2" Défauts de conformation propres à l'homme. Du côté de l'homme^ quatre ou cinq vices de conformation peuvent être signalés. Un des plus fréquents, mais heureusement aussi des moins graves, parce qu'il est le plus curable, c'est l'excès de développement du prépuce. Dans son état normal, le prépuce doit recouvrir le gland pendant la flaccidité de la verge; mais l'ouverture du prépuce doit être assez large et assez souple pour que le gland et sa couronne soient toujours facilement et entièrement découverts, afin de permettre les soins de propreté; de plus, par le seul fait de l'érection, le gland doit être découvert en grande partie. Quand le prépuce est trofi long, le gland en reste toujours revêtu, quelquefois même pendant le coït. C'est là une cause qui prédispose extrêmement au phymosis, au paraphymosis, aux inflammations de la muqueuse prépuciale; souvent même il s'établit au fond de ce repli muqueux une sécrétion séro-purulente, chronique et fétide; de sorte que la conformation que nous signalons est la source de maintes petites misères qui exigeront comme moyens palliatifs des soins minutieux et quotidiens. Le plus court et surtout le plus sur pour le jeune homme sera d'avoir recours à la circoncision, pratiquée avec l'élégance qu'y apporte actuellement la chirurgie.
92. Un autre obstacle s'oppose souvent, chez les jeunes gens, à l'entier découvrement du gland, c'est l'exiguïté du frein. Mais, dans la grande majorité des cas, l'usage du coït allonge assez ce petit ligament pour qu'il n'y ait pas lieu de recourir à sa section. Si l'on croyait devoir la pratiquer, on se souviendrait que le frein est traversé par une petite artériole qui doit être fiée ou tordue, car elle donne lieu à des hémorrhagies persistantes.
93. Je signalerai seulement deux autres conformations exceptionnelles qui méritent à peine le nom de vicieuses : c'est, ou l'excessif développement, ou l'exiguïté du membre viril. La première anomahe peut pourtant devenir une source de douleur et d'amertume, si une femme, douée d'une disposition inverse, est échue à un tel homme. La seconde est un accident sans doute préjudiciable à la volupté, mais non à la fécondité des époux'. Dans l'état actuel de nos moeurs et de nos institutions, l'acceptation est encore le seul remède à de tels guignons. 3Iais il
1 Je rapporterai, à ce sujet, les deux renseignements suivants. Les nègres et, d'après mes observations sur nos turcos, les Arabes ont un membre viril extrêmement développé en tout sens. On sait qu'il n'y a aucim rapport entre les dimensions de la verge et la taille. Mais les Romains croyaient à une corrélation directe, que la physiologie ne répugne nullement à admettre, et que j'ai souvent trouvée confirmée par mes observations particulières, entre le développement du nez et celui du membre viril.
MAHIAGE (hygiène matrimoniale). 67
appartient aux hommes exceptionnellement conformés de ne pas s'engager à la légère dans une association aussi indissoluble que le mariage.
94. Un vice de conl'ormation plus grave, quand il est très-marqué, c'est l'hypospadias dans lequel l'urèthre, au lieu de s'ouvrir à l'extrémité de la verge, se termine à sa face inférieure en un point plus ou moins rapproché du sci'otum, de sorte que, si cette ouverture est assez près de la racine de la verge, la liqueur séminale sera versée soit à l'entrée du vagin, soit même eu dehors de l'anneau vulvaire. Bien peu de chance alors restera à la fécondation. Ce serait le cas sans doute d'essayer la fécondation artificielle, proposée et exécutée par Marion Siras, en reportant dans les profondeurs du vagin, au moyen d'une seringue appropriée, la liqueur répandue à la porte. Ajoutons que l'hypospadias prononcé est, en tératologie, un arrêt de développement et qu'il s'accompagne d'ordinaire d'une verge assez exiguë.
95. Un autre vice de conformation, qui dans certains cas peut n'être qu'une disgrâce intéressant seulement la coquetterie, ou, au contraire dans d'autres, devenir si grave qu'il est absolument incompatible avec le mariage, c'est l'absence ou l'atrophie, soit d'un, soit des deux testicules dans le scrotum. Ces testicules peuvent être restés dans l'abdomen et y avoir gardé leurs fonctions normales ; l'un d'eux ou tous deux peuvent ou manquer ou plus souvent avoir été atrophiés, soit dès le principe, soit parce que, arrêtés dans le canal inguinal, ils y ont éprouvé une constriclion qui en a déterminé l'atrophie partielle ou totale. Tous ces cas ont été observés et doivent donc être signalés ici au point de vue de leurs conséquences pratiques. Quand un homme a le scrotum vide, mais qu'il présente tous les signes de virilité, que le pénis est normalement développé, la barbe abondante, la voix grave, les traits virils, il y a tout Jieu de présumer que, par une persistance de l'état fœtal, les organes séminifères sont restés inclus dans la cavité péritonéale, et néanmoins s'y sont normalement constitués et sont aptes à remplir leur fonction. Cependant la ceriitude ne sera complète que lorsque des érections suivies d'éjaculation auront prouvé l'existence de la liqueur séminale, et que le microscope y aura montré les zoospermes vivants. Alors ce vice de conformation n'est qu'une légère difformité ; cependant elle sera tenue plus fâcheuse et plus grave si l'on sent manifestement les testicules encore inclus dans le canal inguinal, car cette situation les expose davantage aux contusions violentes et même à l'atrophie.
Mais si les traits de la virilité sont douteux, que la voix soit grêle ou aigre, la barbe rare, les traits efféminés ou ambigus, le pronostic doit être grave. Quand un pareil gendre se présente, non-seulement un père de famille doit employer son influence pour l'écarter, mais s'il n'y réussit pas, il a encore le devoir d'exiger rme visite médicale, minutieuse et sévère. Si le scrotum est vide, ou s'il ne renferme qu'un testicule, ou même deux, mais grêles et flasques, ce prétendu homme qui sollicite une épouse est un eunuque ou un demi-eunuque : peut-être est-il capable d'érection et de lascivité, mais non de vraie virilité, non d'embiassements féconds. C'est un être qui, s'il est doué de quelque sens et de quelque délicatesse (vertu rare chez ces ambigus), doit s'interdire le mariage.
96. En général, les jeunes gens qui aspirent à se marier doivent faire un sérieux examen... non-seulen:ient de conscience, pour savoir s'ils ont déjà, à un degré suffisant, les quahtés intellectuelles et morales : l'activité, le courage, la niora lité, assises fondamentales du bonlieur des époux ; mais encore un examen de leurs organes, pour savoir s'ils sont aptes à remplir dignement tous les devoirs conjugaux. Si un doute surgit dans leur esprit, ils doivent s'empresser de
68 • MARIAGE (hygiène MAiRiatOMAtE).
s'éclairei' auprès de leur médecin; et si malheureusement quelque ^^ce manifeste est révélé à l'un d'eux, qu'il s'arrête; si son cas est douteux, qu'il s'arrête encore ; il n'est pas loisible de jouer au hasard avec le bonheur d'autrui. Mais s'il ne peut se résoudre à un si grand sacriiice, au moins qu'il essaye une de ces associations moins graves, moins indissolubles que le mariage '.
97. Des formes extérieures de la femme, au point de vue de la maternité. 11 y a une conlormité bien digue de remarque entre nos goûts esthétiques sur la beauté du corps de la femme et les formes qui conviennent à la perfection fonctionnelle des organes. Une des beautés féminines qui émeut le plus nos sens, c'est certainement le riche et ample développement du bassin et celui des seins. Or la première perfection est justement celle qui assure des accouchemeiits faciles, peu laborieux pour la mère, peu dangereux pour le fœtus ; la seconde, qui promet au nouveau-né une nourriture abondante. 11 y a même, dans ces secrètes intuitions, une particularité plus singulière encore. Si je compare, en effet, les œuvres de nos artistes modernes, peintres et sculpteurs, aux œuvres des artistes de l'antiquité, il est manifeste que notre goût s'est prononcé, accentué en faveur de l'ampleur des formes féminines du bassin. Nos artistes leur domient aujourd'hui un développement, une puissance, qu'on ne rencontre pas dans l'antiquité. Pour l'hygiène comme pour l'anthropologie, cette modification du goût, dénoncée par nos artistes, est singulièrement louable {voy., sur ce sujet, l'art. A>ATOMiE DES BEAUX-ARTS, par M. Dechambre, t. IV, p. 245-). En effet, le cerveau humain doit certainement tendre au développement, car son volume est une des conditions de sa puissance {voy. Crake et cerveau) ; mais une fatalité congéniale pèse sur ce développement cérébral ; c'est la capacité du bassin de la femme, que la tète doit pouvoir traverser au neuvième mois de son développement. Tout fœtus, dont les diamètres céphaliques dépasseront alors ceux de la cavité pelvienne, est condamné à mort. On saisit de suite combien il importe, pour l'humanité, que se développe le bassin de la femme. Que, dans le choix d'une épouse, les jeunes hommes ne se défendent donc pas de ce goût, il les préservera du spectacle, si horriblement douloureux, de leur propre femme se débattant dans les longues angoisses d'un accouchement laborieux et dangereux ; il les garantira de la nécessité, plus terrible encore, de permettre que, du ventre de leur femme, on retire leur entant par lambeaux. Cependant, il est des jeunes fillts qui paraissent bien faites, mais dont le bassin a été déformé dès leur enfance par le rachitisme. L'alfection a été guérie, il y a des années, les articulations ont repris leur volume normal, la courbure des os longs de la jambe s'est eifacée, mais le bassin est resté difforme en quelque point peu discernable à l'extérieur. Et cependant, il peut être assez altéré dans ses contours intérieurs pour entraver sérieusement l'accouchement, ou même pour le rendre impossible. Sous ce rapport, toute jeune personne autrefois atteinte de rachitisme doit donc être sus-
* Le concubinat régulier s'est imposé de tout temps dans certaines conditions sociales : la loi romaine le reconnaissait ; l'Eglise catholique, plaçant la perfection, non dans le mariage, mais dans le célibat, distinguait à peine l'épouse de la concubine. Pour l'Eglise, la temrae (épouse ou concubine) n'a qu'une destination : apaiser la luxm'e de l'homme. .4ussi le concile de Tolède a déclaré : « Qui non habet uxorem, et concubinam pro uxore habet, a communione non repellatur, tantum ut unius mulieris, aut uxoris aut concubinse, ut ei placuerit, sit conjunctione contenlus. Cap. xvii. » Avec P. J. Proudon, nous regrettons, dans l'intérêt des enfants et de la femme, que la loi française, plus sévère que la loi romaine et que l'Eghse, n'ait rien fait en faveur du concubinat régulier; nous ne voudrions le voir confondu ni avec le mariage ni avec la débauche.
^ A la 46' ligne de cette page, au lieu de inférieure, lisez ; supérieure.
MARIAGE (hygiène matrimoniale). 69
pectéede diflormité pelvienne; les familles, avant de chercher à les marier, doivent les faire examiner scrupuleusement par un homme de l'art. De leur côté, les médecins des familles doivent être sur leurs gardes, et avertir les parents de l'extrême gravité du rachitisme chez les petites filles.
[b] 98. Hygiène des époux. S'il fallait, après Cabanis, prouver la puissante influence de la vie morale sur la santé pliysique, certes la mortalité si atténuée de l'homme marié, celle du veuf, au moins doublée, en fourniraient des preuves éclatantes. Je ne ferai donc que traduire les faits eu disant : Puisque le mariage apparaît comme un élément sanitaire si énergique, il aura cette vertu à un degré d'autant plus marqué que l'association conjugale sera plus intime, que le mariage sera plus complet; il l'aura d'autant moins, que cette société sera plus lâche et ressemblera plus cà un veuvage anticipé. Ainsi, ne voulant être qu'hygiéniste, je me trouve contraint, par la logique même de mon sujet, à rechercher les conditions qui assurent à l'association conjugale cette perfection dont elle tient sa \ertu sanitaire. Cette recherche, je l'ai faite par mes lectures, par mon expérience de la vie des autres et de la mienne propre, par mes persistantes méditations. Je pourrais, ce me semble, prouver qu'ici, non plus qu'ailleurs, mes conceptions n'ont pas été puisées aux fallacieux mirages du sentiment ou de l'imagination, mais tirées des entrailles mêmes des faits, et qu'elles sont l'expression exacte ' de la raison des choses. Il me paraît pourtant que, dans cet ouvrage, je dois m'abstenir de développer un tel sujet, trop compromis par les élégiaques, trop gâté par les utopistes, pour que je n'encoure pas le reproche de faire de la fantaisie, quand je prétends ne l'aire que de la sociologie au point de vue hygiénique, c'est-à-dire de la science, qui seule a place dans co Dictionnaire. Je supprime donc mes recherches, je m'en tiens à mes conclusions. Je la regrette pourtant, cette amputation, car il est évident que le mariage assurera d'autant mieux la puissante vitalité qui lui est propre qu'il sera plus parfait, et il sera d'autant plus parfait que les parties contractantes auront mieux compris sa nature, sa raison intime, et s'y seront conformées; les surprises, les mésintelligences, seront d'autant mieux évitées que les époux auront des idées plus saines, plus justes de l'union conjugale. Si, au contraire, les jeunes époux, troublés par les effluves de la sexualité, s'embarquent sans autre but que le plaisir, sans orientation que les perspectives fugitives de l'idéal, sans autre moteur que les bouffées du sentiment, certes ils risqueront fort de se heurter douloureusement, peut-être de se briser aux premiers récifs de la vie réelle. Ah! j'en ai la certitude, si je pouvais, dans ma statistique, ne considérer que les bons et heureux ménages, les conséquences sanitaires du mariage, déjà si extraordinaires, le seraient encore bien davantage.
99. Que faut-il donc pour assurer aux jeunes "époux ce bonheur de la vie intime qui, étant aussi le plus puissant élément de santé et de longévité que je connaisse, s'impose à mon sujet ? 11 faut une seule chose, avec l'amour de la justice, une étroite union, une communauté entière ; aux jeunes gens à se choisir de manière à ce qu'elle leur soit délectable ! Il importe médiocrement que le lit soit commun, mais il importe beaucoup que les préoccupations journalières le soient, et, s'il se peut, le travail quotidien, les plaisirs sans aucun doute, mais surtout les soucis journaliers, les chagrins, les souffrances. Ah! j'en ai connu de ces époux qui, par manque de confiance, peut-être par une inopportune tendresse, ont voulu prendre pour eux seuls les amertumes de la vie, et qui, tout déchirés par les ronces du chemin, ne rentraient au foyer qu'un sourire aux lèvres et des fleurs à la main. Héroïsme sot et injurieux, inconscient du plus beau rôle de la
70 MARIAGE (hygiène matrimoniale).
femme. Qu'il le sache bien, le jeune époux, c'est beaucoup plus par la communauté des pleurs que des rires, de la douleur que de la volupté, que l'on resserre les liens de cette sérieuse union. Cependant cette communauté de sensation est encore insuffisante; ce qui vraiment devient le caractère du mariage moderne, monogame, c'est la communauté des pensées, des aspirations, et par-dessus tout de la conscience, ut duo umim sint! Ah! je le sais, je suis loin de l'idéal de ceux qui attribuent le corps à l'époux et la conscience au directeur spirituel, et qui ont imaginé, pour moraliser la famille, d'enlever à son chef le stimulant le plus énergique, le plus élevé à la dignité, à la vertu que l'homme puisse rencontrer : la haute et exclusive direction morale des siens !
De même que l'obligation de nourrir sa famille est l'aiguillon incessant qui excite l'homme au travail, et sollicite son intelligence à rendre son labeur plus fructueux, de même l'obligation de conduire sa famille dans les voies de l'honneur et de la vertu (obligation dictée non-seulement par le sens moral, mais par le sens commun, par la nécessité de conserver l'estime publique et sa propre autorité), cette obhgation, dis-je, constitue le plus fort garant de la vertu du père de famille; c'est elle qui fait sa supériorité morale, constatée § 50. Elle a donc été bien mal inspirée, quelque respect que nous ayons pour l'opinion contraire, l'institution qui, en s'immisçant dans le ménage, s'est chargée de la direction morale de chacun des époux ; et, de même qu'on diminuerait singulièrement l'ardeur du travail, si on se chargeait de nourrir les familles, de même on diminue la moralité qui naît du mariage, en se chargeant de la direction morale des époux, en allégeant la grave responsabilité morale qui pèse sur tout père de famille. On a allégé d'autant son effort ; au point de vue moral, on l'a rapproché du célibataire ! Le vœu de l'hygiène du corps et de l'àme, c'est donc que les époux soient entièrement l'un à l'autre, je dis entièrement et exclusivement l'un à l'autre, de sorte que chacun ait à tout instant un témoin ému qui applaudisse à ses efforts, qui l'encourage dans ses luttes, partage ses triomphes, le réconforte dans ses chutes! Quand le bonheur même de l'époux a pour condition de conquérir, de conserver, de fortifier l'amour et surtout l'estime de l'épouse, qui donc, sous les yeux d'un si cher témoin, ne se relèverait vite de ses défaites? Voilà le secret de la supériorité des époux sur les célibataires et sur les veufs. Le mariage, ainsi conçu, apparaît comme une société de perfectionnement mutuel ; voilà pourquoi les époux de chaque sexe nous ont présenté une moralité et plus élevée et plus ferme, une résistance extraordinaire contre les tentations malsaines, contre le désespoir, contre les perversions de l'intelligence ou de la conscience; enfin, comme conséquence obligée de cette supériorité morale, une santé et une vitalité infiniment plus assurées. J'ajoute que cette conception du mariage n'est pas une vue de l'imagination, mais la théorie des faits et des tendances irrécusables du mariage moderne; qu'elle est réalisable, qu'elle se réalise déjà sous nos yeux, et se réahsera de plus en plus, qu'on le veuille ou non, parce que le bonheur, la santé physique et morale, la longévité des époux, comme la félicité et la gloire de l'humanité y sont également intéressées; mais elle évoluera plus vite si, connaissant notre voie, nous ne perdons pas notre temps à de fâcheux détours et à d'infructueuses tentatives.
100. Cependant, dans cette surveillance tendre et salutaire que les époux exercent l'un sur l'autre, dans cette touchante émulation que chacun met à paraître beau et digne aux yeux de son ami, il s'établit bientôt des spécialités, une sorte de division, non du travail, mais de tendres soins. C'est ainsi que la femme,
MARIAGE (hygiène MATRimoNiAiE). 73
par les soins délicats donnés à sa personne, dont elle sait que la grâce, la beauté, sont des attributs précieux, sera l'aimable émule qui stimulera l'époux, naturellement plus oublieux de ces délicatesses, aux quotidiennes ablutions aussi nécessaires à la santé qu'à la dignité du corps humain. Il est un usage assez nouvellement introduit chez nous et que je ne saurais trop vivement recommander aux époux (les jeunes époux s'y habitueront facilement), c'est chaque matin et en toute saison, en été souvent matin et soir, une ablution générale à grande eau froide, faite rapidement sur tout le corps avec une grosse éponge. Aucune pratique n'est plus favorable à la santé ; c'est une gymnastique quotidienne de la peau, des plus aptes à entretenir en même temps sa tonicité, et sa souplesse et sa netteté; aucun arcane n'est plus puissant pour maintenir l'éclat et la beauté du corps; aucun soin n'est donc plus naturellement indiqué aux époux, sans préjudice des quotidiennes ablutions, partielles et plus soignées, que réclament si impérieusement certaines parties du corps humain (organes du sexe, organes des sens, mains, pieds, dents, etc.) pour ne pas devenir une sentine d'impureté, fâcheusement odorante, et conséquemment objet de dégoût. Le premier témoignage et d'amour et de respect (je dirai même de sens commun) de chaque époux, ne doit-il pas être d'épargner à l'autre époux une impression aussi répugnante ? N'est-il pas certain que la beauté, la coquetterie même de l'épouse, le désir de lui plaire ou au moins le respect, obligeront et bientôt habitueront l'époux à ces salutaires soins de sa personne? Ils l'obligeront de même, et sans que j'aie besoin de m'étendre sur ce point, à la civihté du discours, à la délicatesse des manières. En tout cela, c'est l'épouse qui sera plutôt l'initiatrice ; c'est elle le grand maître des cérémonies.
101. De son côté, l'homme normalement plus âgé, plus expérimenté, plus instruit, doit être l'émule qui, dès les premiers jours, incitera sa jeune femme à la culture de son esprit et de sa conscience pour s'élever peu à peu avec elle, d'ordinaire un peu arriérée par son éducation, aux vues générales de la science et de la justice ; il sera son guide naturel pour affranchir son intelligence des préjugés et des méthodes de raisonnement qui les engendrent; il sera son aide discret et patient pour dégager sa conscience des dogmes surannés et notamment de la théorie mystique de la grâce, véritables souillures spirituelles. Il est clair d'ailleurs que ce partage ne sera pas aussi complet; que l'époux ne sera pas absolument d^nué du soin de sa personne, ni l'épouse de celui de son esprit et de sa conscience; mais, à chacune de ces cultures, dont l'ensemble seul assure à l'être humain sa symétrie et sa splendeur, chacun apportera un concours inégal. Sans cette heureuse dualité du ménage, qui compose l'unité sociale, chacun, même avec un progrès continu, fut resté insymétrique et difforme.
On voit donc que c'est de la théorie du mariage que surgit spontanément, et par la seule vertu de l'union conjugale, l'hygiène du corps et de l'âme, et l'explication des faits si nouveaux que nous a fournis l'enquête démographique Ce n'est pas que la pratique ré;dise déjà toutes les espérances de la théorie, mais elle y tend avec une constance, avec une énergie pleine de promesses.
102. Le mariage comme moyen curatifl 11 y a des gens du monde, il y a des médecins qui ont imaginé défaire de ce salubre sanctuaire du foyer conjugal une maison de santé pour les impotents de corps ou d'esprit. L'idée de river une jeune santé pleine de sève et d'ardeur aux débilités, aux disgrâces d'un malade ou d'un infirme, ne les a pas arrêtés. Ce remède a été entre autres conseillé aux moroses ! aux hypochondres ! Nous ne saurions mieux répondre que par les lignes suivantes
72 MARIAGE (hygiène matrimoniale).
de M. Devay : « Quant aux personnes fortement hypochondriaques, qui ont voué un culte exclusif à leur santé, pour lesquelles la moindre impression organique est un événement, engagées dans le mariage, elles y apporteront, au détnment du repos de leur compagne, cette somme d'inquiétudes puériles, d'agitation désordonnée, fléaux de deux vies quelquefois trop longues. Nous connaissons de ces déplorables unions demeurées stériles, oîi la victime s'est mise à l'unisson de la maladie importée par un des conjoints, où le mariage s'est résumé dans la comédie de deux malades imaginaires. »
On a aujsi conseillé le mariage aux femmes hystériques! Ah! si j'ai un conseil à donner aux jeunes hommes, c'est de fuir comme la peste le mariage avec ces filles, victimes d'une éducation physique et morale déplorables, et dont le sang débile est impuissant à enchaîner des manifestations déréglées de leur système nerveux; c'est un supplice intolérable auquel on n'échappe que par l'égoïsme ; mais avant qu'une longue habitude ait amené un jeune époux à ce point d'apathie, que de souffrances n'a-t-il pas à endurer auprès d'une compagne incapable de supporter sans crise nerveuse les moindres émotions de la vie. Chez la femme hystérique, joie ou peine, surprise, contrariété, tout, jusqu'aux caresses conjugales, deviennent sujets de larmes, de hoquets, de bâillements, lipothymie, de syncopes, de cris, de contorsions, de jactitations, de convulsions. Combien d'années ne faudra-t-il pas à un époux pour devenir le placide témoin des bruyantes souffrances de sa compagne ?
Quant à la prétention de guérir l'hystérie par le mariage, c'est un préjugé qu'entre plusieurs autres, les bons travaux de M. Briquet ont fait abandonner. On compte nombre de femmes qui sont devenues hystériques dans les bras d'un époux, beaucoup chez lesquelles l'hystérie s'est aggravée, et d'autres chez lesquelles elle est restée au moins stationnaire depuis leur mariage, mais extrêmement peu qui nient éprouvé quelque notable amélioration. C'est donc un moyen à rejeter absolument.
Dans cette voie de faire du ménage un hôpilal, on a été jusqu'à }iroposer le mariage comme un tonique aux hommes usés par les excès, aux tabescents, aux impuissants, à tous ces valétudinaires que désole une sénilité prématurée, et qui, après avoir vidé jusqu'à la lie la coupe des voluptés saines et malsaines, en arrivent, « pour faire une fin, » à convoiter une jeune fille appelée à faire un commencement ! Que le médecin au moins ne se fasse jamais complice de cet assassinat, que nous avons vu commettre à des mères !
Il est clair que la théorie que nous avons posée du mariage repousse de telles unions comme entachées d'indignité ; le mariage n'est pas une infirmerie, c'est une société d'aide, de protection, de tendresse, de respect et de perfectionnement mutuels. Arrière les infirmes, les valétudinaires ; s'ils sont doués de quelque sens ou de quelque délicatesse, qu'ils achètent les soins d'une garde-malade et non d'une épouse.
Quant à l'association matrimoniale de deux malades de corps ou d'esprit, pour être moins odieuse, elle n'est ni plus louable ni plus désirable pour le propre bonheur de chacun ; elle réalisera l'horrible définition que donnait du mariage ce Balzac, dont l'imagination saisissait surtout le laid : « Un échange de mauvaise humeur le jour, de mauvaise odeur la nuit ! >■<
Nous conclurons que, pour contracter mariage, il faut être sain, être beau de corps, d'esprit... et de conscience; c'est la dot indispensable qu'exigera tout père de famille, tout fiancé.
MARIAGE (hygiène matrimoniale). 75
103. Rapports conjugaux et conceptions. Un double phénomène bien digne de remarque et d'étude, c'est d'abord un certain air de famille que les enfants reflètent et qui frappe surtout l'étranger ; c'est ensuite, surtout aux yeux des parents, la dissemblance souvent considérable de chacun de leurs enfants. Nés d'un même père, d'une même mère, issns d'une même descendance dont, avonsnous dit, ils tiennent tout ce qu'ils sont, comment s'expliquer leur diversité physique, intellectuelle, morale, souvent si profonde? les infirmités, les disgrâces des uns, la santé, la beauté des autres? Peu de connaissances seraient aussi désirées, peu seraient aussi profitables aux familles; on lui a donné un nom : la callipédie oxxYart de faire de beaux enfants; mais, mettant à part les élucubrations des charlatans ou des rêveurs, peu de sujets ont été aussi rarement abordés. Résumons le peu qu'on en sait. Une seule chose diffère dans les circonstances qui ont présidé à la procréation de ces enfants : le temps de la conception, et celui de la gestation ; c'est donc à la disposition différente des auteurs pendant le temps de ces actes créateurs qu'il faut rapporter ces différences ^
104. Un autre fait d'obser\ation vient confirmer cette assertion, la ressemblance quelquefois extrême des jnmeaux. Ils diffèrent pourtant, et quelquefois beaucoup; mais l'expérience a appris qu'une femme ne conçoit pas nécessairement les jumeaux dans un même embrassement, peut-être même cette conception en deux coups est-elle de règle. On a vu des femmes accoucher de jumeaux l'un blanc, l'autre négrillon, et leurs aveux expliquaient cette double fécondation. Il est donc encore possible d'attribuer à deux conditions différentes des auteurs, au moment de la conception, les différences des jumeaux. Mais comme il n'est, pas admissible qu'une femme qui a conçu puisse, 7 à 8 jours étant écoulés, concevoir à nouveau, le temps très-court écoulé entre les deux conceptions d'une part, la simultanéité de la grossesse de l'autre, expliquent aussi la ressemblance plus fréquente et plus parfaite des jumeaux. Enfin des faits d'un autre ordre, dont on doit la connaissance surtout au docteur A. Morel, viennent donner une grande force à ces vues. C'est l'influence singulièrement funeste de l'ivresse sur la conception. Le plus souvent, peut-être toujours, les enfants conçus par des parents, soit le père, soit la mère, en état d'ébriété, sont frappés de dégradation, soit physique, soit intellectuelle, pouvant aller jusqu'à l'idiotie. Il résulte donc de tous ces faits que le moment de la conception décide en partie ou en totalité des qualités du produit. Sans doute chez les vivipares la santé physique et morale de la mère pendant la grossesse pourra avoir sa part d'influence, mais moins grande que le pubhc ne l'imagine ; en somme, la mère, pendant la grossesse, n'est que la couveuse et la nourrice de l'enfluit ; ce qu'elle lui donne pendant ce temps, c'est, suivant que la nourriture qu'elle reçoit et transmet est riche ou maigre, un développement plus ou moins considérable, mais non les traits, les formes, les aptitudes ; le père, qui n'intervient qu'un instant, paraît avoir, en cet instant, une influence égale sinon supérieure à la mère. Il me paraît établi par ces considérations, que l'influence maîtresse du devenir de l'enfant, c'est l'état organodynamique des parents cà l'instant de la conception. Il est di'jcà hors de doute que, non-seulement les maladies des parents, mais leurs aptitud'^i's pathologiques sont transmises en ce moment ; il est prouvé aussi que l'état d'ivresse du père ou de la mère marque de suite le produit d'un cachet dégradant. Là s'arrête, il est vrai, notre savoir positif, il ne tient qu'à nous de l'augmenter; mais en
* Il ressort encore de? expériences de M. Dareste, que la position de l'œuf, et, quand il s'agit des vivipares, celle du fœtus dans l'utérus n'est pas indiftérente.
74 MARIAGE (hygiène MATRiMONiAr-E).
attendant, nous sommes certainement autorisés à conclure que, très-vraisemblablement, toute autre ignominie ou noblesse, tous vices ou vertus dont les manifestations auront impressionné l'organisme des époux à une époque rapprochée de la conception, auront leur influence plus ou moins puissante sur l'être conçu en cet instant décisif. Si les époux, au lieu d'être plongés dans l'ignoble dégradation intellectuelle de l'ivresse, sont dans la splendeur de force, de vigueur, de beauté, que suscite en eux leur jeunesse, leur bonne santé, leur tempérance, ils transmettront des qualités de même ordre à leur fruit; s'ils ont pris l'habitude des hautes pensées, si, les jours qui précèdent la conception, cette activité cérébrale a été plus dominante, il y a toute chance pour que le produit de leur embrassement porte l'empreinte de leur dignité comme il eût porté celle de leur bassesse. Voilà aujourd'hui à quoi se réduit la callipédie ; ce n'est pas assez pour !a science, mais c'est assez pour qu'il soit du devoir des époux de mettre toutes les heureuses chances de leur côté.
105. Des époques les plus favorables à la conception. On a vu à notre article Belgiqur, on verra à l'article Natalité, qu'une très-notable différence, un peu variable avec les pays, sépare les mois sous le rapport du nombre des coifteptions : en Belgique, par exemple, les mois de mai, de juin, qui en ont le plus, comptent (pour 12 000 annuelles) 1 144 et 1 140 conceptions ; les mois d'octobre et novembre, qui en ont le moins, 897 et 915. Mais j'ai à parler d'un phénomène plus précis se rattachant à l'importante découverte de l'ovulation. La femme a une ponte mensuelle : c'est à l'issue de la menstruation, soit immédiatement après, soit un, deux, trois ou quatre jours après, que l'oeuf non fécondé, saisi par le pavillon de la trompe de Fallope, met de 2 à 6 jours pour cheminer le long de cet étroit canal et pour tomber dans l'utérus, d'oii il est expulsé avec l'exsudation utérine ou decidua, 10 à 12 jours après la cessation des règles. 11 résulte de là que la fécondation ne peut avoir lieu que dans les premiers jours qui suivent la menstruation, du premier au dixième ou douzième jour, et qu'après ce temps jusqu'au plus prochain retour menstruel, le coït sera infécond. Sans prétendre que cette règle ne souffre aucune exception, qu'un ovule ne puisse rester quelques jours de plus dans l'utérus, ou qu'une ovulation sans menstrue préventive api^réciable ne puisse s'effectuer, ou que les zoospermes ne puissent jamais atteindre l'ovule dans l'ovaire même , cependant on peut tenir que, dans l'immense majorité des cas, les rapports auront toute chance d'être féconds dans le septénaire qui suit les règles, et cesseront de l'être avant la fin du second septénaire.
106. Contrainte morale et reproduction volontaire. Ici se présente la scabreuse question de la contrainte, morale... ou non morale, qui a pour but de ne faire d'enfants qu'à bon escient ; c'est une proposition délicate qui excite les susceptibihtés de plusieurs, surtout si la sensualité humaine, ici comme dans un grand nombre de ses autres plaisirs, prétend cueillir les fleurs sans les fruits. On pourrait objecter ne pas comprendre pourquoi l'homme qui tient, pour sagesse, pour devoir de n'agir qu'après réflexion, qu'avec volonté et prévision des suites de ses actes, et qui répudie en toute chose l'abandon irréfléchi aux mouvements instinctifs de la passion, irait abandonner une règle qu'il tient pour sensée, quand il s'agit de l'acte le plus grave qu'il soit appelé à faire : la procréation d'un être humain, acte dont il aura à supporter les conséquences pendant toute sa vie. Je sais bien qu'il en est qui, comptant sur Dieu en toutes choses, ne s'embarrassent pas de tant ; qu'ils chantent avec le poëte:
MARIAGE (hygiène matrimoniale). 75
Aux pelils des oiseaux il donne la pâture, Et sa bonté s'étend sur toute la nature.
Mais il né paraît pas, à la façon dont vont les choses, que bourgeois ou paysans soient d'humeur à entendre de cette oreille; ils voient très-bien les petits oiseaux et les petits enfants mourir de faim, de froid ou de misère, quand le père et la mère manquent, ou qu'épuisés, ils ne suffisent pas à les sustenter ; et, malgré les exhortations, ils pratiquent la contrainte... Mais laquelle? Il en est qui, affrontant sans vergogne les mystères de l'alcove, soulèvent hardiment les couvertures ! Nous ne croyons pas utile de réclamer les mêmes privautés ; nous eussions volontiers laissé là ce sujet, si des médecins, trop enclins à remplacer les faits qui leur manquent par leurs hypothèses, n'eussent avancé que l'hygiène était très-intéressée au modus faciendi des époux ; qu'elle avait devoir de s'élever contre telle pratique qui avait déjà attiré la colère de Jéhova contre Onan {Semen fundehat in terram ne liberi nascerentur. Gen., ch. 58).
De nos jours, c'est M. Al. Mayer, c'est M. Devay, pour ne parler que de médecins, qui ont saisi le foudre vengeur, et c'est contre la femme qu'ils le lancent ; ils la menacent si, à la fin de l'orgasme vénérien, l'utérus « n'est pas rafraîchi, apaisé par le contact du sperme », de tout le cortège des affections utérines ; ils savent pertinemment que c'est à la privation de ce rafraîchissement qu'est dû la fréquence du cancer encéphaloïde du col, et de maintes autres affections qui se développent « sous l'influence de la volupté non éteinte par le sperme ! » Si vous demandez sur quoi ces médecins fondent des assertions aussi extraordinaires, ils Citeront quelques observations particulières à eux connues (et qui n'en peut citer en cette matière et pour toutes les conclusions?) ; puis, sentant la nullité des faits qu'ils produisent, ils s'écrient :
« Qui nous démontre, en effet, qu'il n'existe pas dans la liqueur fécondante quelque propriété spéciale , sui generis , qui fait , de sa projection sur le col utérin et de son contact avec cet organe, une condition indispensable à l'innocence du coït? » C'est nous qui soulignons afin d'attirer de suite l'attention du lecteur sur le fort de cette argumentation, et j'espère qu'il sera de notre avis quand nous conclurons que, lorsque des assertions aussi graves s'appuient exclusivement sur une logique de cette force, il n'y a qu'à passer. Il me semble, qu'à nous médecins, hygiénistes, en toutes ces délicates questions, notre rôle, notre unique fonction, est de dire d'abord ce qui est de science certaine, et encore, je l'accorde, les conséquences, les inductions tout à fait probables de notre savoir positif; mais que menacer de croquemitaine, celui qui, selon nous, manque même de convenance, de bon goût, n'est pas notre affaire ; laissons les époux en décider !
107. Disons-leur, si leur bon sens ne suffit pas pour le leur apprendre, qu'en ceci, comme en tout emploi de nos organes, ils doivent éviter l'excès : de même qu'il est nuisible de manger sans faim, de boire sans soif, il l'est encore plus de s'exciter à la volupté sans désir ; que, de même que nous avons vu les voluptés hâtives de nos trop jeunes époux si extraordinairement mortelles, de même les voluptés trop tardives ne doivent pas être moins funestes. Il n'est pas impossible que l'énorme aggravation de mortalité qui pèse sur les veufs (§ 51 ) ne soit due en partie à cette cause... Un vieil époux ne pèche pas par excès avec une vieille épouse ; sa tendresse, son respect pour elle et pour ses cheveux blancs le retient dans ses séniles velléités ; mais, veuf et privé de ce salutaire témoin, il se hvrera plus facilement à des fatigues, à des excès que son organisme usé, peut-
1Ô MARIAGE (HVGitNE matmmomale).
être déjà lésé en quelque point, ne subira pas vainement. — L'abbé Maury disait à Portai : « Je tiens pour certain que, passé 50 ans, un homme de sens doit renoncer aux plaisirs de l'amour ; chaque fois qu'il s'y livre, c'est une pelletée de terre qu'il se jette sur la tète. » D'autres accordent jusqu'à 00 ans.
Je conclurai plus généralement: quelque âge que l'on ait, si 1 on se soupçonne quelques lésions organiques, soit du cœur ou des gros vaisseaux, soit des voies urinaires, soit du système nerveux, il faut renoncer aux rapports sexuels. Si l'on a passé 50 ans et si l'on est certainement indemne de toutes ces lésions, il faut plus que jamais éloigner de soi toutes excitations factices et ne satisfaire qu'aux appétences spontanées et manifestes de l'organisme. Je répéterai d'ailleurs que ce précepte, de rigueur après 45 ou 50 ans, est salutaire à tous les
a "es
408. Quel conseil reste-t-il à donner aux époux? Que ceux qui ont quelque suscejitibilité spéciale, par exemple, des éruptions herpétiques sur le prépuce, se lavent après le coït ; qu'ils séparent le prépuce du gland par une petite bande de linge, imbibée de vin aromatique s'ils ont quelques excoriations ; qu'ils urinent immédiatement après le coït s'ils sont sujets à des uréthrites plus ou moins légères, mais toujours lâcheuses pour l'intégrité à venir du canal. Les jeunes hommes qui ont un prépuce trop long et trop étroit s'épargneront beaucoup de petites misères et peut-èlre de grands maux en se faisant circoncire. Enfin, que chaque sexe ait de ses organes des soins quotidiens de propreté.
[c] 109. Mariage et célibat au point de vue social. Si la démographie révélait que le tiers au moins du territoire français est occupé par une population tellement misérable que chaque âge est frappé par une mortalité une fois et demie à deux fois plus forte que le reste du territoire ; que ses naissances ne réparent que les 45 centièmes de ses pertes annuelles * ; si elle nous apprenait de plus que cette partie de la population française, comparée à l'autre, compte annuellement deux fois plus de cas d'aliénation, deux fois plus de suicides, deux fois plus d'attentats contre les propriétés, deux fois plus de meurtres ou de violences contre les personnes; que, par suite, l'administration doit pour elle entretenir deux fois plus de tribunaux, deux fois plus de prisons, deux fois plus d'asiles et d'hôpitaux, deux fois plus de croquemorts ; certes ce serait un grand émoi. D'un avis unanime, on demanderait à la science, à la loi, à l'instruction, à l'éducation, à l'impôt, à la faveur du souverain, aux mœurs, de s'employer pour diminuer un si humiliant et si onéreux supplément de mortalité et d'ignominie. Eh bien, nous avons prouvé que ce peuple misérable existe sur notre sol : seulement, au lieu d'occuper un territoire à part, les deux peuples sont mêlés intimement sur toute la surface; et, osteiisiblemeat, une seule chose les distingue: l'un vit sous le régime du mariage, l'autre sous celui du célibat. Mais, enfin, le mélange des deux peuples n'amoindrit pas la divergence de leur nature , il induit à penser, au contraire, qu'au fond elle est encore plus profonde qu'il ne semble ; car, par ce contact incessant avec les meilleurs, les mauvais doivent gagner quelque chose, mais les meilleurs à coup sûr doivent perdre aussi ; et il
* Nous supposons que les 76,000 naissances hors mariage (moy. an. de la période 1861ôo'i soient le fait de la population célibataire âgée de plus de 20 ans pour les garçons et de 17 ans pour les filles ; or, dans cette période, les premiers comptent annuellement 52 180 décès de plus de 20 ans, ce qui (au taux ordinaire) suppose 89 600 décès de tout âge; de même les tilles comptent 50 580 décès de plus de 17 ans, ce qui en suppose 80 000 de tout âge ; en tout 169 600 décès de tout âge pour 76 000 naissances, ou 100 décès pour 45 naissances.
MARIAGE (llïûiÈNB MATfilMONIALEJ. 77
n'est pas douteux que, si ces deux groupes pouvaient être séparés, les différences constatées seraient bien plus accusées et la vertu do l'uviion conjugale encore plus éclatante ! Que déraisons pour que la société fasse du mariage le devoir suprême ou mieux la condition même du citoyen ! L'adulte ne doit-il pas à la famille ce qu'il estime de meilleur en lui : sa vie, son éducation, ses vertus, son instruction, et souvent une partie de sa fortune, de son crédit et même de son honorabilité? S'il se refuse à constituer à son tour une famille, s'il reste célibataire, qu'ost-il autre chose qu'un débiteur, qui, de propos délibéré, refuse de rendre ce qu'il a reçu, se constitue insolvable et fait banqueroute à la société ? Je n'excepte guère que les deux cas suivants :
1» Les infirmes et les malades de corps ou d'esprit, et tous ceux que poursuit la fatalité de quelque terrible hérédité morbide ;
2» Ce fort petit nombre de céUbats féconds; les uns féconds en grandes œuvres (tels les Newton, les Pascal, lesKant); les autres, moins éminents, ont pourtant fait un pacte, un mariage, avec le travail incessant, quelquefois surhumain, qui les a pris tout entiers ; ils ont prouvé, par leur long et utile labeur, la légitimité de leur contrat. Les uns et les autres ont payé, et amplement payé leur dette. Et encore peut-on croire que, convenablement mariés, la plupart eussent été plus heureux et plus complets.
"Hors de là, hors la suprême misère et la suprême élévation, il n'y a place utile et honorable dans la société que pour l'époux... pour le père de famille; et, par un heureux accord, ce qui assure le bouheur individuel se trouve aussi être œuvre de bien pubhc. Quant au célibataire qui n'est ni ange ni bête, mais homme, nous avons montré et nous concluons que son existence constitue un danger social que les mœurs tout au moins doivent signaler à la suspicion publique, et que l'État doit tendre sans cesse à diminuer (au lieu de l'encourager par des subsides).
Nous voilà bien loin, je le sais, de l'idéal catholique, et je n'ignore pas que, par cette conclusion, je suis anathème! En effet, Tavant-dernier concile œcuménique a déclaré expressément : « Si quelqu un dit que l'état de mariage doit être préféré à celui de la virginité et du célibat, et que ce n'est pas quelque chose de meilleur et de plus heureux de demeurer dans la virginité et le célibat que de se marier, qu'il soit anathème ! » (Concile de Trente, sess. XXIV, can. X.) Je m'en console pourtant : car si je suis anathème, c'est avec l'humanité tout entière. « Par ce langage, dit en effet M. Henri Martin, le concile de Trente rompit décidément avec tout le mouvement de la moralité moderne, avec toute philosophie fondée sur le perfectionnement et non sur le renversement de la nature » {Hist. de France, t. IX, p. 175).
110. Le mariage comme agent de progrès social. Si les époux ont quelque éducation morale préalable et quelque sens, nous avons vu que le mariage devient de lui-même une école de perfectionnement mutuel, progrès qui atteint simultanément (nous l'avons d'abord prouvé par les faits, puis déduit de la théorie) la santé, l'intelligence et la conscience des époux ; mais ce progrès, fruit de leur intimité et source de leur bonheur intime, s'éteint sans doute avec eux. Il n'y a pas là une force sensible de progrès social. Nous croyons que ce dernier progrès a ses racines dans les conditions physiologiques plus que dans la volonté individuelle. D'une part, la zootechnie nous donne un grand enseignement : sous sa savante manutention, les espèces animales se sont profondément modifiées dans le sens qu'il lui a plu, et le secret de cette puissance est aussi simple qu'efficace ; il con-
78 MARIAGE (hygiène matrimoniale).
siste à saisir au passage les variétés spontanément produites (car la science n'a pas encore, que je sache, la puissance de faire surgir les variations désirées) et à les reproduii'e par des unions appropriées et notamment par la consanguinité. On a objecté que les variations ainsi fixées par nos zootechnistes n'étaient pas un vrai perfectionnement pour l'aninnd lui-même, mais seulement pour le bouclier. L'objection, serait-elle toujours fondée, qu'elle ne porterait pas : car dans ces cas le zootechniste ayant en vue, non le bien de la bête, mais le profit de l'homme, a obtenu ce qu'il cherchait ; et rien ne prouve qu'il n'eiit pas obtenu des modifications profitables à l'animal même, s'il les eût cherchées, mais chez d'autres animaux; chez le cheval, par exemple, il a pu développer des qualités qui ne sauraient être inutiles à l'animal, et que l'homme lui-même ne dédaignerait pas : la force musculaire chez les uns, la résistance chez d'autres ; chez d'autres encore la beauté des formes et de la robe, chez d'autres la rapidité ou encore, comme chez le cheval arabe, la vélocité et la sobriété, etc.
Cependant en ces matières, en ce qui touche le vrai perfectionnement, c'est-àdire l'adaptation de plus en plus parfaite de l'être à son milieu, le grand maître c'est la nature elle-même. Rien de plus instructif que l'étude à laquelle on commence à se livrer afin de surprendre les moyens que la nature emploie pour développer et pour maintenir les espèces douées des qualités les plus éminentes à ce haut point de perfection. Par quelques exemples, je vais montrer coajment se maintiennent et progressent le courage, la beauté, le talent, c'est-à-dire tout ce que l'homme adore !
111. « Le travail delà dentition, dit J. Gérard (le tueur de lions), fait périr un grand nombre de lionnes, de sorte que les mâles soiU toujours d'un tiers plus nombreux que les femelles. Aussi n'est-il pas rare de voir une de ces dames accompagnée de trois ou quatre prétendants qui se livrent entre eux des combats à outrance. Mais si ces luttes ne sont pas promptement décisives, la belle, ennuyée de voir que ses galants ne parviennent pas à s'étrangler j)our elle, les mène à un grand vieux lion dont elle a apprécié la valeur en l'entendant rugir. Les amoureux en prennent bravement leur parti, et arrivent avec la lionne près du rival préféré. Les pourparlers ne sont jamais longs ; le vieux lion attaqué par les trois imprudents, les reçoit sans broncher : du premier coup de gueule il étrangle celui-ci, du second il broie la jambe à celui-là ; et le troisième est bienheureux s'il s'en va avec un œil, laissant l'autre au bout de la griffe du vainqueur. La place une fois hbre, le noble animal secoue sa crinière, dont une partie s'envole au vent ; puis il va se coucher aux pieds de la lionne qui, pour premier gage d'affection, lèche d'un air câlin les blessures qu'il a reçues pour elle. »
Plus loin, J. Gérard conclut des faits et drames dont il a été témoin que ce dont la lionne est éprise, c'est d'un mâle adulte et vigoureux. Dès qu'un liou plus fort se présente, il est toujours le bienvenu. Bien plus elle cherche, elle excite ces terribles duels de lion à lion, durant lesquels, couchée sur le ventre, spectatrice attentive et ravie, elle agite sa queue en signe de contentement. Ainsi être le plus fort et le plus vaillant sera ici la condition de la paternité ; les faibles et les lâches ne sont pas appelés à faire souche !
112. Dans d'autres espèces, le prix de l'amour est à la beauté. C'est ainsi, racontent les voyageurs, que les oiseaux de paradis, dont nos femmes empruntent les brillantes parures, se rassemblent en grandes troupes au temps des amours : les mâles étalent tour à tour leur magnifique plumage, prennent les poses les plus extraordinaires devant leurs dames, qui, spectatrices et juges du concours, choi-
MARIAGE (hygiène matrimoniale). 79
sisseut, à la fui, le compagnon qui a su leur plaire; en effet, la représentation finie, les mâles s'envolent, chacun de son côté, suivi, qui de cinq à six femelles, qui de deux ou trois, suivant le degré de séduction que ses mines et l'éclat de son plumage ont su exercer sur ce sexe futile.
113. Toutes, cependant, même dans ce monde volage, ne se laissent pas prendre au plumage. On sait tivec quel soin quelques amateurs ont étudié les mœurs du rossignol. Voici comment se forment les couples. En avril, les rossignols nous arrivent, les mâles d'abord, et en nombre : ils se distribuent le pays, chacun revenant aux lieux qui Tout vu naître ; et aussitôt ils font retentir de leur chant les halliers choisis, appelant leurs amantes, toujours et volontairement attardées. Mais voilà que les frères, le père de la dernière couvée, se rencontrent rivaux, chacun voulant faire résonner le même bocage; de là, concours acharné, lutte ardente. Heureux le mieux doué, dont la voix éclatante couvre celle de ses rivaux! Enfin, arrivent les attendues, et toujours en nombre moindre ; il n'y en a pas pour tous... Alors la lutte recommence et plus fougueuse et plus vive; alors ils font vibrer l'air de « ces chants de combat avec leurs subites alternatives d'orgueil, de bravades, d'âpres et jalouses fureurs, )> tandis que la dame, sous la feuillée, écoute avec ravissement la lutte délirante dont elle est le juge et le pris. Car le vainqueur, c'est celui qui saura le mieux la charmer de ses chants pendairt la construction du nid, pendant les longues heures de la couvaison; et le vaincu? Il fuit sans amour et sans postérité; il ne transmettra à aucun son médiocre talent ! Dans cette lutte décisive, la beauté du plumage n'est comptée pour rien par la dame juge du tournois. Aussi celui du rossignol reste terne et uniforme.
H4. Les faits de cet oindre sont innombrables dans la république des bêtes; partout ceux qui possèdent à un haut degré les vertus nécessaires à la paternité sont seuls élus, les seuls appelés à transmettre avec leur sang ces mêmes qualités à leur descendance. Comment le courage, la beauté, le talent, déchoiraient-ils quand ils sont le prix, la condition même des amours et de la paternité? Nonseulement ils ne peuvent déchoir, mais il est nécessaire qu'avec le temps, incommensurable facteur de la nature, ces qualités atteignent, en chaque espèce, le développement maximum que comporte son organisme.
115. Cependant, nous venons de montrer comment les divers attributs du mâle sont entretenus. Je ferai deux remarques en passant : la première, c'est que, dans la nature, il n'y a aucun souci de la consanguinité ; les frères et sœurs sont, au contraire, les époux naturels et ordinaires ! dans un monde où les instincts sont si sûrs, il me semble certam que l'habitude des amours incestueux ne serait ni développée ni conservée s'il eût été une cause de dégénérescence. La seconde remarque, sur laquelle j'insiste, non sans intention, c'est que presque toujours les goûts de la femelle, en chaque espèce, sont les raisons déterminantes des qualités dominantes des mâles ; en un mot, c'est la femelle qui fait son mâle au gré de son idéal! Mais qui donc assurera les vertus de la femelle, sa vertu dominante, la tendresse maternelle? La maternité même! Toute mère, rossignole ou lionne j assez peu dévouée pour négliger ses devoirs, pour laisser pâtir ses petits, par cela seul, ne laissera pas une nombreuse et forte lignée, et son infirmité morale s'éteindra proniptement, tandis que des qualités opposées assureront une nombreuse descendance aux mères les plus empressées et les plus intelligentes dans leurs soins; beaucoup hériteront de cette tendresse maternelle.
Ainsi, dans ce monde animal, auquel nous touchons de si près, surtout par les
80 MAfilAGE (iiYGiÈiNE matrimomale).
conditions de la reproduction, toute imperfection individuelle ira nécessairement diminuant la probabilité d'une longue descendance, et d'autant plus vile que l'imperfection sera plus grave; au contraire, toutes qualités (ne sont comptées pour telles que celles qui augmentent les bonnes chances de la paternité), toutes qualités, dis-je, seront nécessairement maintenues, transmises et développées. De là, cette merveilleuse adaptation de chaque espèce à son miUeu, cette convenance qui excite à un si haut point notre admiration. Je sais que l'on a traité d'hypothèse sans fondement le fait de cette adaptation progressive. Les partisans des « causes finales » ont prétendu que ces rapports de convenance ont existé de tout temps au même degré de perfection. Mais l'observation a montré que ce sont eux qui ont fait l'hypothèse, et qu'au contraire, chaque fois qu'un être vivant, animal ou plante, change de milieu, ou il succombe, ou, devant nos yeux, ses mœurs se modifient, et son organisme lui-même s'adapte peu à peu à son nouveau milieu. Oui, il est incontestable que les races, que les collectivités peuvent ou progresser ou dégénérer, et que c'est dans la formation du couple conjugal que réside le secret de leurs élévations ou de leurs chutes ; l'histoire des peuples et des castes, si j'avais le loisir d'en faire ici la revue, m'en offrirait de mémorables exemples ; et ceux que nous venons de rapporter, erapruntt's aux animaux, me paraissent révéler une véritable loi de la nature.
i 16. Voyons donc si l'humanité a aujourd'hui les mêmes ressources que les animaux que nous venons de citer, pour aller sans cesse se surpassant elle-même par l'élection de ses meilleurs, ou seulement pour se préserver de toute dégénérescence? Je ne le crois pas. Sans doute, les jeunes désirent encore trouver dans leurs fiancés les qualités éminentes, qui sont les attributs de leur sexe respectif, et ce goût est, nous l'avons vu, le germe de tout progrès organique. Mais, en fait, sont-ce toujours ces qualités intrinsèques des personnes qui décident des unions? Non ; les quaUtés extrinsèques de fortune, de position sociale, de nom, ont usurpé les premières places, et malheureusement elles ne garantissent que rarement, soit la valeur morale, soit les qualités intellectuelles ou physiques des jeunes époux. Dès lors disparaît ou s'affaiblit singulièrement cette barrière puissante que l'élection des mieux doués mettait à la dégradation des espèces. On a souvent cherché la cause de l'abâtardissement des hautes familles, je la crois là tout entière. Plus on est élevé en fortune et en dignité, moins on se choisit, car moins on a de choix; ce n'est plus la personne qui est élue, mais la position, chose tout extérieure, qui ne promet aucune qualité aux enfants. Le secret instinct qui nous fait rechercher chez l'un la vigueur et le courage, chez l'autre la grâce et la beauté, est étouffé, et avec lui le génie protecteur qui veillait aux destinées des familles et, par suitç, à l'avenir de la patrie.
C'est pourquoi le système de la dot, plus spécial aux races latines, et plus développé, plus tyrannique en France que partout ailleurs, me paraît un danger imminent, qui pèse sur notre devenir. Une coxalgie strumeuse avait raccourci le membre inférieur de la fille d'un riche banquier ; la mère, scrofuleuse aussi, pensant aux difficultés de l'établissement de sa fille, se désolait. Bast ! reprit le père, une épaisse semelle en billets de banque rétablira avec avantage son équilibre; et il dit vrai! Ainsi vont les choses; les plus disgraciées sont les plus dotées, et dès lors appelées les premières à pourvoir aux générations à venir.
J'ai lu certains philosophes qui regardent la dot, appelée à faire accepter la fille, comme plus honorable pour elle, plus morale que l'achat de la fiancée à la
MARIAGE (hygiène matrimoniale). 81
rfjnille ou que son douaire. Je ne sais, mais bien certainement c'est une mstitulou désastreuse pour la postérité.
H7 . Pour l'autre sexe, une cause, sinon plus efficace, au moin plus manifeste et plus brutale, assure, dans la reproduction, la prépondérance aux débiles et aux infirmes. En effet, par la sélection militaire, les jeunes hommes sont divisés en deux catégories : les uns débiles, infirmes, jugés impropres à la défense du pays, sont renvoyés dans leurs foyers; ils peuvent immédiatement .contracter mariage, d'autant plus facilement qu'on les a débarrassés de leurs rivaux. Voilà ces raalingreux, ces estropiés, devenus la seule ressource des filles plus pressées que délicates. Car les autres, dont on a constaté la bonne santé et la bonne conformation, sont, pendant bon nombre d'années, obligés au cébbat.
C'est le contre-pied de ce que nous faisons pour nos animaux domestiques; c'est la sélection en sens inverse. Voilà des causes constantes, et par cela puissantes, qui pèsent plus particulièrement sur la nation française, et qui, si elles ne préparent sa déchéance, apportent certainement un grave obstacle à son progrès.
418. Les indications contre un tel état de choses se présentent d'elles-mêmes; mais se présentent-elles avec un caractère pratique ? 11 est bien facile et fort de mode aujourd'hui de dire : « Il laut changer nos mœurs... et chacun donne de fort bons conseils : sans aucun doute, il faut cesser de subordonner le mariage à la question d'argent ; il y a lieu, par une éducation élevée et hardie, de développer le sentiment éthique et esthétique qui porte naturellement les jeunes gens ^ers ce qui est noble, beau et fort ; il faut leur parler hardiment du mariage et de la famille comme du but de la vie de tout honnête homme, de toute honnête femme en bonne santé, comme de l'acte suprême oij se jugent le goût, la déhcatesse, l'honneur de chacun des contractants; et, pour atteindre ce but, il ne faut pas que des lycées, pensions, séminaires et autres méphitiques prisons commencent par déshabituer nos enfants de la vie de famille. Sans aucun doute, l'éducation de la jeune fille, si sottement négligée sous ce rapport, peut beaucoup en cette matière. On a vu de quelle puissante influence dispose le sexe féminin dans l'exaltation des vertus mascuhnes chez les espèces animales les plus éminemment douées. Il y a là, ce me semble, une indication fort apphcable à l'humanité elle-même. Mais, pour que ces vues ne restent pas les stériles vœux d'une impuissante sagesse, il faut que le législateur se décide à poursuivre comme ennemi public les deux chancres de la société, de la femme et du mariage : le séducteur et la fille dite de joie. Le séducteur, notre code français, ou mieux le code Napoléon (celui qui a été expurgé par le Premier consul), est pour lui plein de bénignité ! Âime-t-il les femmes mariées : il y a d'abord le patrem nuptiœ demonstrant, et si, par aventure, il est pris en flagrant délit, il en sera quitte pour quelque temps d'une fort douce prison. Préfère-t-il les jeunes filles : oh ! qu'il ne se gêne pas ; la loi, il est vrai, a prévu ses manœuvres, mais c'est pour les protéger ! Les promesses de mariages : il peut en faire, en écrire ; elles sont de nulle valeur ! Est-il père : qu'il ne s'émeuve pas, la loi interdit la recherche de la paternité ! Ah ! elle est admirable cette loi ! admirable pour les paillards, les débauchés, les suborneurs, les engeoleurs ! « Mariez-vous vite, bénets ! Faites des filles, petites gens; nous les aimons vos femmes et vos filles, et nous les débauchons! » chantent ces hommes de joie. Mais qu'ils épousent, eux, ces papelards ou ces viveurs! ces fils de millionnaires, avant d'être désemparés de santé et d'argent? Pourquoi se condamner à la portion congrue, quand la loi leur permet des les-
ÛICT. ENC. 2° S. Y. 6
S2 MARIAGE (iivgiène matrimoniale).
tins pantagruéliques ! Qui donc se soucierait de la propriété, si la recherche des voleurs était interdite, si la promesse des contrats était sans valeur, si la possession prouvait le propriétaire? Il faut donc d'abord que le législateur nous rende un code honnête homme, où toute promesse soit obligatoire, même celle faite à une femme ; une société où chacun soit responsable de ses actes ; une loi où le pire mal que l'on puisse faire à un mari ou à un père expose à la pire peine. .
Quant aux filles d'ignominie de toutes catégories, qui inoculent leur bassesse à nos jeunes hommes, qui pullulent sur nos trottoirs, dans nos cafés, dans nos promenades, je suis convaincu que la rétorme susindiquée de notre code en diminuerait beaucoup la cohue ; un grand nombre sont de misérables filles séduites et jetées à la voierie par leurs suborneurs; ce qui en resterait serait, ou des étrangères auxquelles on donnerait leur passe-port, ou des folles impures ou de lâches paresseuses, que l'on tiendrait rigoureusement parquées dans leurs asiles dévoués aux satyres qui ne savent où assouvir leur lubricité.
Alors nos jeunes hommes ne rencontrant plus sous leurs pas ces dangereuses et avilissantes diversions, reviendraient d'eux-mêmes aux honnêtes liaisons, d'autant plus que les pères de famille, protégés par les lois, ne craindraient plus de leur ouvrir la maison. Rien de plus hautement civilisateur et moral et profitable aux deux sexes, que ces libres relations des jeunes hommes et des jeunes filles comme elles se pratiquent en Angleterre et plus encore en Ecosse et en Amérique. Alors les jeunes hommes aspirent de bonne heure au mariage ; les jeunes filles, plus demandées, n'ont plus besoin, pour être acceptées, de ces dots folles dont leurs qualités personnelles ne sont chez nous que l'insignifiant appoint ; elles reprennent une valeur propre, intrinsèque, dont leur grâce, leur beauté, leur santé, leurs charmes et leurs vertus sont les gros coefficients, d'autant plus sûrement que, selon le désir de Franklin, on se marie dès le matin de la vie; et nous avons montré avec quel avantage pour l'hygiène, pour la moralité et pour la descendance.
Que mon lecteur le remarque bien, ces modifications profondes que je voudi'ais voir imprimer aux mœurs, je ne prétends ni les inspirer par de stériles sermons, ni les faire décréter par le souverain, tentative vaine ou odieuse : mais j'ai tâché de montrer qu'elles seront la conséquence naturelle, nécessaire de la justice ramenée dans notre code et de la décence rétablie dans la rue ; de la légitime défense, de la guerre à outrance, et contre les séducteurs, et contre les filles impures, ces deux pestes de notre société.
Les mesures si simples, si légitimes que je propose, ne sont-elles pas des modifications nécessaires, réparatrices, que le législateur doit à la répubUque? Elles ne sont d'ailleurs que le retour à l'honnête législation de la Convention; que la loi naturelle, nécessaire à toute république; conforme à la législation de la Suisse, à celle des États-Unis. Ce retour de nos lois à l'équité, de nos institutions à la décence combinée avec quelques modifications législatives, ayant, entre autres, pour objectif de rendre l'enfant, l'adolescent à la famille, au lieu de le caserner dans les pensions et dans les lycées, nous sauvera de la décadence morale et physique qui nous menace. J'espère en achever la preuve à l'article Éducation.
Nos jeunes hommes, habitués dès lors aux charmes et aux vertus de la vie de famille, et ne trouvant plus la débauche sous leurs pas, nos jeunes filles ayant recouvré leur sécurité et, par suite, leur liberté de séduction et de propagande
MARIAGE (médecine légale). SS
aux nonnctes amours, concourront à l'envi vers des mariages faits selon les vœux (le la nature et de la science, c'est-à-dire de bonne heure, et selon les salutaires sympathies de la jeunesse, et non celles de la vieillesse. Alors ces jeunes gens feront profiter le mai-iage et la famille de la vigueur, de la santé, de la pureté, de l'honnèté, qui sont innées dans la jeunesse sauve des précoces souillures, et qui sont les gardiennes des qualités de la descendance, la condition de ses progrès. Bertillon.
Bibliographie. — 1° Poar la démographie. En France : Statistique de Fiance, publiée imr le ministère de l'Agric, etc. ; et, plus particulièrement, Mouvement de la population française pendant la période 1861-65 et les ccnsus de 1856, 1861, 1866. — Comptes rendus de la justice criminelle, — civile, de 1841 à 1868. — En Belgique : Statistique officielle et, notamment, Exposé de la situation ou résumé décennal 1851-60; census 1856, et ainsi de suite toutes les publications officielles, touchant la statistique de population de chacun des États de l'Europe, qui seront énumérées à l'article Désiographie. — Statistique internationale [population], publiée par MM. Quételet et Heuschlixg, 1865. Physique sociale de Quételet, 2" édit., 2 vol., 1869.
2° Traites généraux. — De Ligsac. De l'/iotnme et de la femme considérés dans l'état de mariage, 1772, in-12. — ucas (Pierre). Traité de l'hérédité, 2 vol., 1847-50, in-S". — Michelet. Ix prêtre, la femme et la famille, 1847, iii-12. — SERiuiuEn. Bu mariage considéré dans ses rapports physiques et moraux, 1855, in-S». — Morel. Traité des dégénérescences physiques, intellectuelles et morales, 1857. — Maïer (Alex.). Des rapports conjugaux, 4^ édit., 1870. — Oevay (Fr.). Traité de l'hygiène des familles dans son rapport avec le mariage, 1 vol., 1858, in-8°. — Proudhon (P. J.). La justice dans l'Eglise et ans la Révolution, 5 vol. in-12. Pans, 1858 {voy. \' et XI" étude, ô" vol.). — Bodrgeois. Influence des mariages consanguins sur les générations. Th. de Paris, 1859, n° 91. — De- VAT (Fr.). Du danger des mariages consanguins, 1862, 1 vol. in-12. — Bodtteville. De la morale de l'Eglise et de la morale naturelle, 1866, p. 275-284. — Seraixe. De la santé des gens mariés, ln-18, Paris, 1866. — Micault. Influence du célibat sur la population. Th. de Paris, 186!^, n° 280. — Acollas (Emile), ^écess. de refondre nos Codes. Paris, 1866. — Manuel de droit civil, 1. 1". Paris, 1869. — Le droit de l'enfant né hors mariage, in-18, 2° éd., 1870.
— Trois leçons sur les principes philos, et jurid. du mariage, hroch. in-8°. Genève, 1871.
— Cadet (Ern.), docteur en droit. Le mariage en France, 1870. — Wolowski. La société conjugale. Paris, 18... — Ddpaxloop. Le mariage chrétien, 1871.
3° Articles et revues de journaos. — Ann. d'hygiène, 1855, t. XIY, p. 227. Étude stat. de Casper (de Berlin), sur la durée de la vie des gens mariés (travail erroné) ; 1865, t. XXIV, p. 50. — MiTCHEL (A.). Mariages consanguins. — Stabk (Jam). Influence du mariage sur la mortalité en Ecosse. — Mémoires de la Soc. d'Anthropologie et, entre autres quatre Mémoires du docteur Périer (N.), sur les croisements ethniques, 1860-70; et Nécessité du croisement des familles, du docteur Boi'wx, 1865. — Bull, de la Soc. d'Anthropologie, 1860-70, passim. La Gazette liebdomadaire a réuni tous les éléments de la question qui se sont produits depuis 1850 : je cite seulement, suivant l'ordre des années, les auteurs et les pages delà Gaz. des hôp. — 1856. Mexière, p. 514. — Dechambre, p. 883 et 914.
— 1857. Bemiss, p. 542. — Buxton, p. 582. — 1858. Devay (Fr.), p.- 661. — 1860. Bemis, p. 178. — Devay (Fr.), p. 593. — 1862. Child (W.) et Gilbert, p. 421. — Bocdin, p. 435, 714 et 826. — Brochard, p. 458. — Saxson, p. 491 et 584. — Dally, PP. 499, 513 (avec la rectification de la pag. 706), 551. — Beaudois, p. 521. — Gour.Dox (J), p. 538. — De Raxse, p. 588. — 1863. Balleï, p. 75 et 8U3: — Bourgeois, p. 88. — Magse, p. 324 — Cuipault, p. 569. — Séguin (aîné), p. 540. — Guipon, p. 640. — Cadiot, p. 856. — 1864. De Saint- Cricq-Caseaux, p. 12. — Anonyme, p. 15. — Ancelon, p. 75. — Coinpte rendu du Congrès médical de Lyon (1864), où la question a été contradictoirenient étudiée et bien résumée par MM. Morel, Piavillont, Sanson, ukck, Anderson, Smith, Hebier, etc. Voir le Compte rendu du Congrès et la Gaz. hebd,, p. 758. — 4865. Voisin (Aug.), p. 41 et 58. B.
§ 111. Médecine légale. La définition du mariage indique l'étendue des applications médico-légales qui s'y rapportent : c'est l'union des deux sexes, sous la sanction de la loi et de la rehgion, pour la reproduction de l'espèce, avec la mise en comiuun du bonheuf et du malheur de cette vie. Les jtirisconsultes romains avaient dit : « Nuptiœ sunt conjunctlo maris et fœminœ, et consortium omnis vitce divini et humant juris communicatio. » D'après le droit cauou, le
84 MARIAGE (médecine légale).
mariage (Etymologie, a matris munere, sive ut mater ^rt<), envisagé comme contrat serait : « Conventio qua vir et millier sibi miitiio leijitime corpora sua tradunt ad perpetuam vitœ societatem usum proUs suscipiendœ. . . » (Ligori) . La définition philosophique pourrait être : L'union perpétuelle de deux personnes de sexe différent pour imprimer un caractère de moralité à leur union sexuelle et aux rapports naturels qui en résulteront. Fodéré a l'ait ressortir le but physique, moral et social du mariage : « C'est la société de l'homme et de la femme qui s'unissent pour leur bonheur particulier, pour perpétuer leur espèce et pour s'aider par des secours mutuels à porter le poids de la vie, telle qu'elle sera. Eu d'autres termes le mariage doit être considéré sous trois rapports : sous celui des besoins physiques et personnels ; sous celui des enfants qui en naîtront, et, enfin, sous le rapport des droits et des devoirs que l'état social a attachés à cette institution. » Trois points de vue sont distingués dans le mariage : nln quantum est officium naturœ, statuiturjure natiirali; in quantum est officium communitatis , statuitur jure civili; in quantum est sacramentmn, statuitur jure divino)) (D. Thomas). L'institution se rattache au droit naturel, au droit civil et au droit canonique, et les données médicales sont nécessaires à chacun de ces points de vue. * Les lois relatives à la propagation de l'espèce ont toujours figuré parmi les plus importantes ; elles le sont par la nature des intérêts qu'elles règlent et par leur influence sur les mœurs et sur l'état de la société. Le mariage, base de la famille, a son principe dans les institutions religieuses ; ceci est vrai surtout pour le christianisme qui a donné aux questions de ce genre la solution la plus conforme aux intérêts sociaux et à la dignité de la nature humaine. Les connaissances médicales sont nécessairement consultées pour l'établissement^ et l'application de ces lois; la science approfondie de l'homme physique et de l'homme moral doit leur servir de base. Ici la médecine légale considère sa' tâche sous deux points de vue; dans une étude théorique, mais qui peut aussi aboutir à d'utiles réformes, elle examine si les institutions existantes sont conformes aux lois de la biologie ; le médecin a surtout un avis compétent dans les questions qui se rapportent à la génération. Le second point de vue, c'est l'application pratique, c'est le secours que les connaissances médicales prêtent à l'exécution de la loi.
Historique. L'hygiène jiublique s'est occupée du mariage bien avant la médecine légale ; à l'origine des sociétés, l'observation et le bon sens ont établi des règles que la science a justifiées plus tard. La faciUté avec laquelle les unions pouvaient se dissoudre rendaitmoins nécessaire la preuve juridique de certains faits médicaux et d'ailleurs la science, bien en arrière sur la législation, pendant de longues périodes, était hors d'état de fournir les données médicales qu'elle aurait pu réclamer. Dans les sociétés antiques, le mariage était en honneur ; le célibat était h'appé de réprobation ; le point de vue principal était la propagation de l'espèce. « Nulle législation n'avait encore imprimé au mariage un caractère aussi auguste que celle de Moïse. En faisant de la femme, non plus la chose, mais la compagne du mari (Genèse, II, 2 i), le mariage devint pour la première fois une véritable association. » La loi de Mo'ise recommandait le mariage ; elle l'encourageait par la dispense, pendant la première année, du service mihtaire et des charges publiques (Deutéronome, xxiv, 5), accordant même cette prérogative aux fiançailles. Acte purement civil, sans intervention des ministres du culte, le mariage était conclu en présence des parents et en invoquant l'Éternel ; le contrat était signé (Tobie, III, 15 et 16), mais le mariage n'existait qu'après l'introduction de la femme dans la chambre nuptiale ; « Solus concubitus facit nupiias. » Ici se place
MARIAGE (médecine légale). 85
une des premières applications d'un des signes de la virginité. Si le mari se plaignait que sa femme ne fut pas vierge, la cause était délérée devant les anciens de la ville par les parents de la jeune fille: « .. Noninveni filiam tiiam virginem etecce siint signa virginitatis filiœ meœ. Expandent vestimentum coramsenioribiis civitatis (Deutéronome, xxii, 17). » La preuve de la défloration est fournie par l'écoulement de sang, et ici l'argument médico-légal pèse d'un poids bien redoutable, car si le signe existe, le calomniateur sera sévèrement châtié (18 et 19), s'il manque, au contraire, la jeune fdle sera punie de mort. « Ejiciens eam extra fores domus patris siii, et lapidibus ohruent viri civitatis illiiis et niorietiir « (21). La facilité delà fraude tempérait sans doute la rigueur de la loi. Les alliances incestueuses sont prohibées par Moïse, et parmi les empêchements au mariage se trouvent la parenté et l'alliance à des degrés qui servent encore, dans les législations modernes, de limite aux prohibitions (Lévitique, xviii-6 à 18); la stérilité de la femme et l'impuissance du mari sont aussi indiquées. La veuve sans enfants avait le droit d'exiger que le frère de son mari l'épousât, et l'aîné des fils qui naîtrait d'elle devait porter le nom du défunt, afin que ce nom ne se perdît pas dans Israël (Deutéronome, xx, 5, 10). Le divorce était vu avec défaveur ; il n'était autorisé que de la part du mari ; il n'avait pas lieu sans formalité a Scribet lihellum repiidii ; » il pouvait se faire pour un défaut caché, livré à l'arbitraire du mari : « Si non inveneris gratiam ante ocidos ejus propter aliquam fœditatem » (Deut., XXIV, 1 à 4). L'adultère était puni de mort (Deut., xxii, 22). Une épreuve superstitieuse dans laquelle la femme buvait une eau amère, chargée de malé dictions, « sacrificitim zelotypice )> (Lévitique, v, 11 à 31), servait à calmer la jalousie du mari. La nature de cette eau est restée inconnue. Le prêtre n'épousera pas une femme qui ait été répudiée (Lévitique, xxi, 7 à 14) ; Malachie condamne le divorce (ch. ii, 14-15 à 16).
Le mariage chez les Grecs présentait beaucoup moins d'occasions aux applications médico-légales. A Sparte, le mariage était un devoir civique ; on faisait le procès à ceux, qui se mariaient tard ou mal. Obtenir des unions fécondes et une race vigoureuse, tel était le but du législateur qui ne reculait pas devant la promiscuité. Par des motifs de stérilité ou d'impuissance, le mariage était dissous, ou une substitution de personnes autorisées par la loi et par les mœurs, rendait à l'union sa fécondité. Avec une civilisât on plus élevée, Athènes eut des institutions plus conformes au droit naturel; mais la facilité de dissoudre les unions et le concubinat légal enlevaient toute idée de question médicale que la science du reste n'aurait pu résoudre. La parenté en ligne directe était un empêchement au mariage; en ligne collatéi^ale, la prohibition était très-limitée, oncle et nièce, frère et sœur consanguins pouvaient se marier ; l'union n'était défendue qu'entre frère et sœur utérins. Les Athéniens tenaient en haute estime les mariages entre membres de la même famille. Solon, d'après Plutarque, aurait autorisé des rapports en dehors du mariage, avec un des parents du mari, dans certains cas déterminés d'unions stériles, et, cependant, il permettait de tuer celui qu on surprenait en adultère; il s'était même occupé des devoirs conjugaux. La puissance maritale limitée ta Sparte, était très-étendue à Athènes, où les femmes, même non mariées, étaient tenues dans une dépendance perpétuelle ; la même différence existait pour la puissance paternelle qui n'a jamais eu en Grèce le caractère du pouvoir absolu, attribué au père de famille romain. Platon voulait que le nombre des mariages fût réglé de manière à ce que la perte se réparât sans surcharger la république ; d'après Aristote, la loi devait limiter le nombre des enfimts , la phi-
S6 MARIAGE (médecine légale).
osophie antique ne reculait pas devant l'avortement, pratiqué avant que le fœtus ne fût animé, suivant les doctrines alors régnantes.
Les Romains firent des lois pour la propagation de l'espèce et les censeurs veillaient sur les mariages ; suivant les besoins de la république, ils y engageaient par la honte et par les peines. La famille était organisée pour la société, et avec la puissance absolue du père, il n'y avait pas lieu à questions médicales. Auguste promulgua la loi qu'on appela de son nom Julia et Papia-Poppœa du nom des consuls d'une partie de cette année. Le célibat et la débauche étaient alors les fléaux de Rome, et la grandeur du mal, dit Montesquieu, se voit dans l'élection même des consuls dont cette loi porte le nom; Dion Cassius rapporte qu'ils n'étaient mariés ni l'un ni l'autre et qu'ils n'avaient pas d'enfants. Auguste fit un corps de loi et un code systématique de tous les règlements sur ce sujet ; c'est une des parties les plus remarquables des lois civiles de Rome. On accorda au mariage et au nombre des enfants des prérogatives analogues à celles qu'on avait données à l'âge ; on en attacha quelques-unes au mariage seul, indépendamment des enfants qui pouvaient naître; d'autres, plus considérables, furent accordées à ceux qui avaient deux enfants et de plus grandes à ceux qui en avaient trois. Des mesures analogues ont été prises parles rois de France; ainsi Louis XIV promit des pensions à ceux qui auraient dix enfants et de plus fortes à ceux qui en auraient douze ; mais pour encourager les mariages, il ne suffisait pas de récompenser des prodiges , il fallait, comme chez les Romains, des récompenses ou des peines générales. Les lois romaines étaient combinées de manière à empêcher les mariages stériles, les conditions d'âge étaient réglées dans ce but. Ainsi ou défendait à une femme de 50 ans d'épouser un homme de moins de 60 ; et à un homme de 60 ans d'épouser une femme de pkis de 50 ; ainsi la femme de 50 ans ne pouvait plus se marier. Tibère ajoute à la rigueur de la loi pajnnienne et il défend à un homme de 60 ans d'épouser une femme de moins de 50 ; il en résultait qu'un homme de 60 ans ne pouvcrit plus se marier ; cette disposition fut abrogée par Claude. Les peines dirigées contre ceux qui se mariaient malgré la défense de la loi étaient les mêmes que celles portées contre ceux qui ne se mariaient pas. Le divorce a été facultatif à Rome, mais ce qui montre la pureté des mœurs romaines, c'est que, d'après le témoignage des historiens, il s'écoula cinq cent vingt ans avant qu'on en fît usage ; on a même conservé le nom du premier citoyen qui répudia sa femme, c'était pour cause de stérilité. Le divorce ne s'exerçait pas d'ailleurs impunément ; il pouvait entraîner la confiscation des biens ou du moins la restitution de la dot, à moins de motifs graves. Plus tard, quand les mœurs romaines perdirent leur pureté, le divorce devint très-fréquent, et vers la fin de la république, les personnages les plus illustres en offrent des exemples remarquables par la frivolité ou par l'immoralité des motifs. Il n'y avait pas d'application médico-légale à l'occasion d'un lien si facile à briser. Sous l'influence des idées chrétiennes, les divorces tendent à diminuer et, peu à peu, se prépare la révolution religieuse qui doit modifier si profondément la constitution de la famille et ouvrir à la médecine légale un nouveau champ d'action. Constantin ôte les peines des lois papiniennes; en 551, il restreint le droit de divorce qu'il ne permet plus au moins que pour trois causes graves et constatées; il admet le consentement mutuel. Théodose le jeune abroge les lois qui donnaient une plus grande extension aux avantages réciproques que le mari et la femme pouvaient se faire suivant le nombre des enfants. En 449, le nombre des motifs de divorce est augmenté. Juslinien déclare valables les mariages que les lois papiniennes avaient défendus;
MARIAGE (médecine légale). 87
il accorde des avantages à ceux qui ne se remariaient pas ; il admet la clause eu gardant viduité. En 528, il ajoute aux causes du divorce l'impuissance, l'avortement provoqué par la fenmie, l'aphrodisie excessive, la stérilité, et il jette ainsi les bases des principales applications médico-légales relatives au mariage. Léon permit le divorce pour cause de folie après trois ans de maladie chez la femme, et cinq ans chez le mari.
C'est à la période du droit canon que se rattache en grande partie la médecine légale du mariage. En France, comme dans la plupart des États d'origine germanique, les doctrines du catholicisme sur le mariage avaient été consacrées par la puissance publique, et la législation de l'Église était devenue celle de l'État. Le principe de l'indissolubilité du mariage, posé dans l'Évangile (saint Mathieu, ch. V, 31 et 32, et saint Marc, ch. x, 2 à H), avait passé dans les mœurs, dans les décisions des conciles, dans les décrétales et dans les lois; le mariage étant indissoluble, on devait tout naturellement être plus sévère sur les conditions qui le caractérisaient ; l'action en nullité remplaçait le divorce, et elle était entourée de garanties bien autrement multipliées et sérieuses. De Charlemagne à Grégoire VII, 800 à 1073, la doctrine se forme; elle devient générale de 1073 à 1 303 ; elle reste dans toute sa force et se régularise en corps de doctrine de 1303 à 1535. Les nullités absolues du mariage, telles que le droit pontifical les avait établies, avaient déjà été converties en loi par l'édit de Charles le Chauve de 876. Le mariage n'est légitime et confirmé qu'autant qu'il est contracté par des personnes capables de prendre cet engagement et d'accomplir leur promesse. L'erreur ne vicie le contrat qu'autant qu'elle porte sur une des conditions essentielles, sur l'identité de la personne, sur la faculté génératrice. Les empêchements au mariage sont dirimauts ou prohibitifs ; les époux les font valoir euxmêmes, si d'autres n'y sont pas intéressés : Vt si mulier tain arcta sic ut cognosci necjiieal, vir tam frigidus ut coire non possit. La séparation peut être quoad thoriim ou quoad vinculum, et l'on rencontre ici des causes physiques, l'impuissance, la folie, les sévices, des actes contre nature, des faits qui ouvrent une application aux connaissances médicales. La science tarde bien à répondre à l'appel que lui fait la juridiction ecclésiastique ; les déclarations sous la foi du serment, les enquêtes, les témoignages, les visites, des épreuves scandaleuses ou bizarres, servent à trancher la question avant que la médecine soit assez autorisée pour résoudre les problèmes. Ainsi, l'institution du congrès, qui s'est introduite surtout en France comme le mode de constatation le plus logique de la puissance génitale [voy. Aphrodisie (médecine légale)], a duré depuis le treizième siècle jusqu'à la fin du dix-septième; c'est le 18 février 1677 que le parlement de Paris a aboli cette honteuse épreuve, sans supprimer les demandes en nullité pour impuissance. La visite par des experts compétents était le seul moyen de résoudre les questions douteuses ; les progrès de la science ont enfin assuré ce secours à la loi canonique; Fortunatus Fidelis, en 1602, et Zacchias, en 1628, répondent aux questions posées ; le traité de Zacchias est le monument le plus complet de la médecine légale appliquée au droit canon. Dans ses questions médico-légales : De œtatibus, de jmbertate, de partii legitimo et vitali, de similitudine et dissimilitudine natoriim, de impotentia coeundi et generandi, de virginitate, de débita conjugali, de dementia, etc., Zacchias présente dans tous leurs détails les questions médico-légales qui se rattachent au mariage considéré au point de vue du droit canon.
Le protestantisme rompt l'unité de doctrine établie par la loi catholique ; le
88 MARIAGE (médecine légale).
divorce reparaît, mais la médecine légale n'y perd pas de ses applications ; car les mêmes questions que soulevait la nullité du mariage se reproduisent à l'occasion du divorce. Ainsi certains codes germaniques {Pr. alUj. Landrecht, § 695, 696, 697) laissent toute latitude aux questions médico-légales relatives à l'impuissance et à l'exercice des devoirs conjugaux ; en Allemagne, les discussions de ce genre, si rares devant les tribunaux français, rentrent encore dans la médecine légale usuelle.
Jusqu'à la révolution de 1789, la jurisprudence du droit canon a été appliquée par les tribunaux français. La fréquence des causes en nullité pour impuissance a déshonoré, suivant l'expression de Fodéré, les dernières sessions des parlements. La constitution des 3 et 14 septembre 4791 a proclamé en principe que la loi ne considérait plus le mariage que comme un contrat civil, abstraction faite des croyances religieuses ; mais on admit cependant des dispositions empruii' tées à l'ancien droit sur les formalités de la célébration, sur les empêchements et sur la puissance maritale. La loi du 20 septembre 1792 abolit la séparation de corps et la remplace par le divorce ; c'était supprimer une situation intermédiaire qui a sa raison d'être et dont la conscience religieuse réclame le maintien ; la séparation a été en effet considérée comme le divorce des catholiques. Des lois du 8 nivôse et du 4 floréal an 11 modifièrent l'institution, remaniée encore en l'an m et en l'an V. Enfin, la loi définitive fut décrétée le 21 mars 1805 (50 ventôse an XI) et fit partie dn Code civil jusqu'à la. loi du 8 mai 1816, qui abolit le divorce; les dispositions du Code relatives au divorce pour causes déterminées sont déclarées applicables à la séparation. Les conditions essentielles du mariage sont la différence des sexes et le consentement. La jurisprudence a établi, après quelques variations, que l'impuissance ne pouvait plus être invoquée comme cause de nullité du mariage ; le champ des discussions médico-légales se trouve ainsi notablement diminué ; mais le mariage, base de la famille, présente encore des applications importantes : 1" l'opposition ad mariage, avec ses motifs légaux et médicaux, l'influence de l'âge, de la consanguinité, des maladies, l'hérédité physiologique et pathologique, le célibat; 2" la nullité, rapports avec le divorce, l'erreur dans la personne et le défaut de consentement; 5° la séparation de CORPS, la preuve de l'adultère et des sévices graves.
L L'opposition ad mariage. Nous comprenons sous ce titre les empêchements au mariage ; ils sont légaux ou médicaux ; la loi les a restreints dans les limites les plus étroites. Voici les articles du Code civil qui s'y rapportent :
1" L'âge. « L'homme, avant dix-huit ans révolus, la femme, avant quinze ans révolus, ne peuvent contracter mariage » (144). « Néanmoins, il est loisible au roi d'accorder des dispenses pour des motifs graves » (145). « Le fils qui n'a pas atteint l'âge de vingt-cinq ans accomplis, la fille qui n'a pas atteint l'âge de vingt et un ans accomplis, ne peuvent contracter mariage sans le consentement de leurs père et mère ; en cas de dissentiment, le consentement du père suffit » (148). « Les enfants de famille ayant atteint la majorité fixée par l'article 148 sont tenus, avant de contracter mariage, de demander par un acte respectueux et formel le conseil de leur père et de leur mère, ou celui de leurs aïeuls ou aïeules, lorsque leurs père et mère sont décédés ou dans l'impossibilité de manifester leur volonté » (151).. « Depuis la majorité fixée par l'article 148 jusqu'à l'âge de trente ans accomplis pour les fils, et de vingt-cinq ans accomplis pour les filles, l'acte respectueux prescrit par l'article précédent sera renouvelé deux autres fois... » (152). « Après l'âge de trente ans, il pourra être, à
MARIAGE (médecine légale). 89
défaut de consentement sur un acte respectueux, passé outre, un mois après, à la célébration du mariage » (153). « S'il n'y a ni père ni mère, ni aïeul ni aïeule, ou s'ils se trouvent dans l'impossibilité de manifester leur volonté, les fils ou filles mineurs de vingt et un ans ne peuvent contracter mariage sans le consentement du conseil de famille » (160). « Néanmoins, le mariage contracté par des époux qui n'avaient point encore Vâge requis, ou dont l'un n'avait point encore atteint cet âge, ne peut plus être attaqué : 1° lorsqu'il s'est écoulé six mois depuis que cet époux ou les époux ont atteint l'âge compétent; 2° lorsque la fi'mme, qui n'avait point cet âge, a conçu avant V échéance des six mois » (185). « Le père, et, à défaut du père, la mère, et, à défaut de père et mère, les aïeuls et aïeules, peuvenl^, /brmer opposition au mariage de leurs enfants et descendants, e:icore que ceux-ci aient vingt-cinq ans accomplis » (1 75) ;
2° La parenté. « En ligne directe, le mariage est prohibé entre tous les ascendants et descendants légitimes ou naturels, et les alliés de la même ligne » (161). « En ligne collatérale, le mariage est proliibé entre le frère et la sœur légitimes ou naturels, et les alliés au même degré » (162). « Le mariage est encore prohibé entre l'oncle et la nièce, la tante et le neveu » (165). « Néanmoins, il est loisible au roi de lever, pour causes graves, les prohibitions portées par l'article 162 aux mariages entre beaux-frères et belles-sœurs, et, par l'article 165, aux mariages entre l'oncle et la nièce, la tante et le neveu » (164 ; loi du 16 avril 1852) {voy. p. 16);
5° La démence. « A défaut d'aucun ascendant, le frère ou la sœur, l'oncle ou la tante, le cousin ou la cousine germaine majeurs, ne peuvent former aucune opposition que dans les deux cas suivants : 1° lorsque le consentement du conseil de famille requis par l'article 160 n'a pas été obtenu; 2° lorsque l'opposition est fondée sur l'état de démence du futur époux. Cette opposition... ne sera jamais reçue qu'à la charge par l'opposant de provoquer Viyiter diction... » (174).
L'âge, la parenté, la démence, tels sont les empêchements et les motifs d'opposition reconnus par la loi ; l'opposition pour un motit quelconque est accordée aux ascendants ;
¥ Seconds mariages. « La femme ne peut contracter un second mariage que dix mois révolus depuis la dissolution du mariage précédent » (228).
La loi française n'a retenu qu'un petit nombre des empêchements canoniques ; ceux-ci étaient dirimants ou simplement prohibitifs. Les premiers comprenaient la violence, la crainte, l'erreur, la parenté, le droit de l'honnêteté publique, le vœu solennel, les ordres sacrés, le crime, l'impuissance, la différence de religion; les seconds étaient la folie, l'interdiction, les (emps défendus, les fiançailles, le vœu simple de religion, le crime'. Cette énumération montre toute l'importance qu'avait la médecine légale dans le droit canonique.
1° L'âge fixé par la loi pour l'aptitude à contracter mariage est de 18 ans pour l'homme et de 15 ans pour la femme. Dans la discussion du Code civil au conseil d'État, on avait d'abord admis l'âge de 15 ans et de 13 ans. A Rome, c'était
• Ces impedimenta matrimonii ont été résumés dans ces singuliers hexamètres :
Error, conditio, votum, cognatio, crimen, Cultus disparitas, vis, ordo, ligamen, honestas, Mas, affinis, si clandestinus et impos, Si parociii et duplicis desit praesentia testis, Raptave sit mulier, nec parti reddita tutce, Hsec facienda vêtant connubia, facta retractant
90 MARIAGE (médecine légale).
14 et 42 ans, et les tîaiiçailles pouvaient se faire à 12 et à 10 ans. Le code prussien admet 18 et 14 ans ; la loi autricliienne 14 ans pour les deux sexes; une loi d'Oldenbourg recule ce terme jusqu'à 21 ans. En Angleterre, c'est 14 ans pour les garçons et 12 ans pour les filles. Cet âge est aussi celui qui est admis par les cours ecclésiastiques. « Piibertas autem habetur ex jure canonico pro fœminis œtate 12, annoriim completorum, pro marihus œtate 14 annorimi)) (Gury). aNisi tamen malitia suppléât œtatem, hoc est adsit polentia ad copulam, de quibiis judicare prudentium est. » Quelques auteurs sont d'avis qu'on doit plutôt faire attention aux signes de la puberté qu'au nombre des années, et ils attachent une importance particulière, soit à certains signes, soit à l'ensemble des caractères (Zacchias). a Eœc tamen signa non admittunlur nisi sponsi suit proximi ad pubertatem » (Liguori) . Si la jeune fille a déjà conçu, il est inique de séparer les époux. Une dispense poui' des motifs graves y peut même abaisser la limite établie en France, et, si par erreur, le mariage avait été contracté avant l'âge compétent, il ne pourrait plus être attaqué dans le cas où la femme aurait conçu avant l'échéance des six mois ; c'est une occasion d'expertise bien exceptionnelle .
En plaçant aussi bas la limite de l'âge, le législateur n'a pas entendu indiquer l'époque la plus favorable à l'union des deux sexes ; c'est un minimum qui peut s'abaisser encore puisque des dispenses sont accordées. On a des exemples de pubertés précoces à 12 ans, à 9 ans même et au-dessous. La présence des animalcules spermatiques et la menstruation sont les caractères admis pour prouver la faculté génératrice. L'union précoce a de graves inconvénients pour les conjoints et pour leur postérité ;* la loi y met obstacle en accordant aux parents le droit absolu de refuser leur consentement au mariage, avant que le fils n'ait atteint l'âge de 25 ans et la fille l'âge de 21 ans ; elle se rapproche ainsi de l'âge le plus convenable pour l'union sexuelle ; au-dessus de cette limite, le mariage peut être contracté contre le vœu des parents ; mais jusqu'à 30 ans pour l'homme, jusqu'à 25 ans pour la jeune fille, les formahtés nécessaires pour se passer de ce consentement montrent toute l'importance que le législateur y attache. Au-dessus de 50 et de 25 ans, l'homme et la femme étant arrivés à la plénitude de leur développement physique et moral, la formalité réduite à un seul acte respectueux n'est plus qu'un hommage rendu à la puissance paternelle.
Les médecins et les philosophes ont déterminé l'âge le plus propre au mariage et les rapports qui, à cet égard, doivent exister entre les deux sexes. Le climat a ici son influence, mais moins prononcée qu'on ne l'a cru ; on en a la preuve dans les tableaux relatifs à l'époque de la première menstruation; à cet égard, le séjour dans une grande ville a autant d'action que le climat. Hésiode voulait que l'âge des garçons ne fût pas trop au-dessous de 50 ans, et il fixait celui des filles à 15. Platon avait aussi choisi l'âge de 50 ans pour les hommes et celui de 15 à 20 pour les femmes. Suivant Aristote, les hommes doivent avoir environ 37 ans et les femmes à peu près 18. On croit qu'à Sparte, c'était 30 ans pour les hommes et 20 ans pour les femmes. Les Athéniens n'attendaient pas un âge aussi avancé; il paraît qu'ils se mariaient dès les premières années de la puberté (Fodéré). A Rome, ou était marié bien avant l'âge de la majorité, et, cependant, pour ne pas encourager les unions précoces, ou finit par reculer jusqu'à 25 ans pour les hommes et 20 ans pour les filles les avantages accordés par les lois poppéennes, pour chaque enfant qui naissait dans le mariage. Les Germains, dit Tacite, ne se mariaient que tard, pour ne pas épuiser leurs forces avant le temps, et les
MARIAGE {médkcjne légale). 91
filles elles-mêmes ne pouvaient se marier très-jeunes afin de devenir plus robustes. L'iiomme doit être plus âgé que la femme ; sans porter, comme Aristote, cette disproportion jusqu'à 20 ans, on peut fixer à 10 la différence d'âge entre les deux sexes. 25 à 30 ans pour les hommes, 20 à 25 ans pour les femmes semblent les limites les plus favorables. On n'a pas seulement à faire attention à la maturité sexuelle, mais encore à la force de la constitution et au développement moral. 11 est bon, d'ailleurs, que l'union ne soit pas tardive. Si le mariage est plus favorable à la régularité des mœurs, aux vertus privées et sociales, à la santé et à la longévité, c'est à la condition que son influence s'exerce de bonne heure ; trop loin e la puberté, les habitudes sont prises, et l'influence du mariage produira moins sûrement ses effets.
La loi n'a pas établi de limite d'âge au-dessus de laquelle le mariage ne peut plus être contracté, reconnaissant ainsi que cette union n'a pas seulement pour but la propagation de l'espèce. A Rome, il n'en était pas ainsi. Le sénatusconsulte calvisien déclarait illégal le mariage d'une femme qui avait plus de 50 ans 'avec un homme qui en avait moins de 60, et par la combinaison de dispositions restrictives,, on en était arrivé, sous Tibère, à ce résultat, qui dtu'a peu, que le mariage était interdit aux femmes de 50 ans et aux hommes au-dessus de 60. Pour les femmes en général, c'est le terme de la fécondité, bien qu'il y ait à cet égard de remarquables exceptions qui sont indiquées à l'article de la Grossesse. Pour l'homme même, on avait, à Rome, des exemples qui prouvaient combimi pouvait être tardive l'extinction du pouvoir générateur. Caton et Massinissa devinrent pères étant plus qu'octogénaires. Le droit canon ne s'oppose pas au mariage des vieillards : « Matrimonium autem senum, quantumcunque decrepitorum, validum est, modo possint copidam habere. » Zacchias a réuni plusieurs exemples de ces paternités tardives. Comparant les chances de fécon- ' dite- de l'époque qui précède la puberté à celle de la décrépitude, il les déclare plus grandes à cette dernière période : Comparata hac œtate, quce œtatem prœcedit pubertate proximam, cum decrepitate coito potentiam generandi, semper habilitas potius ex parte decrepitxitis prœsumenda cœteris paribus, quant ex parte tenerioris œtatis, cum a naturali via magis alienum sit puerum ante pubertatem, vel ante duodecimum annum in pluribus, quam senem ultra septuagesimum aut octogesimum generare. Le père de Féhx Plater, se mai'iant à 72 ans, eut six enfants et une fille encore à 82 ans ; son grand-père avait eu une fille à 100 ans. Schneider a constaté un fait de paternité à 86 ans; Mende cite un homme qui, ayant eu dix-neuf enfants pendant son mariage, à 89 ans, fut convaincu d'une paternité illégitime. L'observation d'mi vieillard de 84 ans, qui dut se remarier ne pouvant supporter le célibat, et qui devint père dans des conditions qui ne laissaient pas de doute sur la légitimité de l'enfant, a été communiquée à Wald. Ruttel raconte qu'un homme de 92 ans se maria et eut deux enfants. Le plus remarquable de ces faits est celui de Thomas Parr, qui, à l'âge de 118 ans fut l'objet d'une accusation d'adultère. Bacon croyait à la longévité des enfants provenant d'un homme âgé et d'une femme très-jeune. Zacchias, Fodéré, Mende, Friedreich, Wald, Taylor, ont réuni de nombreux exemples de ces paternités tardives. L'objection est facile contre de pareilles observations, mais les recherches anatomiques confirmant ces anciens récits, démontrent la longue persistance des animalcules spermatiques chez l'homme; tant qu'ils existent avec leur forme et leurs mouvements, la fécondation est possible; l'impuissance chez les vieillards dépend bien plus souvent
92 MARIAGE (médecine légale).
d'un obstacle à l'érection que d'une altération du sperme. Curling a trouvé les zoospermes chez des hommes au-dessus de 70 ans, et, dans an cas, à 78 ans; Casper, à 96 ans ; Wagner dit qu'ils se rencontrent habituellement entre 70 et 80 ans ; les recherches de M. Duplay ne laissent aucun doute sur la persistance du sperme normal à un âge avancé. La médecine légale doit s'occuper de ces cas exceptionnels, au point de vue de la recherche et du désaveu de la paternité; nous n'avons pas à apprécier les inconvénients de ces unions disproportionnées, pour les contractants eux-mêmes et pour les générations que produisent les fécondités tardives.
S'^ La parenté. Contrairement au savant collègue qui a traité précédemment des mariages au point de vue de l'hygiène publique {voj/. p. o9 et suiv.), je crois que les recherches nouvelles sur le danger des unions consanguines montrent toute la sagesse des lois religieuses qui proscrivaient les mariages entre parents. Indépendamment de l'intérêt des mœurs, disait déjà Fodéré, rien ne détériore autant l'espèce humaine que les mariages faits dans la même famille. On en a domié pour exemple ce qui se passait dans la noblesse portugaise et parmi les juifs d'Italie et de Berlin, observateurs scrupuleux du précepte mosaïque de préférer dans les mariages les parents aux étrangers. La statistique, basée sur des faits nombreux, n'a laissé aucun doute sur l'influence des mariages consanguins, au point de vue de la transmission des maladies héréditaires et du développement de certains vices d'organisation, tels que l'albinisme et la surdi-mutité. La loi française prohibe l'alliance en ligne directe entre tous les ascendants ou descendants naturels et légitimes, et les alliés dans la même ligne; en ligne collatérale, entre le frère et la sœur légitimes ou naturels, et les alliés au même degré. Le mariage est encore prohibé entre l'oncle et la nièce, le neveu et la tante. Ainsi le Code civil a restreint autant que possible les empêchements pour cause de parenté; la loi du 16 avril 1852, en permettant de lever pour des causes graves les prohibitions aux mariages • entre beaux-frères et belles-sœurs et entre oncle et nièce et tante et neveu, a réduit en fait l'empêchement aux mariages entre ascendants et descendants, en ligne directe, et entre frère et sœur. Le Code ne parle pas du mariage entre grand-oncle et petite-nièce ; ofi a pensé qu'il n'y avait pas empêchement dii'imant, quoiqu'il semble logique d'appliquer à ce cas la règle de l'article 145. Certes, la physiologie demandait davantage, et, à défaut de prescription légale, le médecin doit avertir les familles des inconvénients qu'entraînent ces unions souvent stériles ou accompagnées d'une dégénération de la race. Sans doute, on a pii dans l'art vétérinaire développer certaines quahtés et améliorer les produits sans croisement, mais on procédait par sélection, en n'admettant que des sujets vigoureux, et ici encore on doit craindre de rendre certaines quaUtés trop prédominantes. Le plus souvent ce sont les défauts qui se propagent en s'accroissant, et le mariage consanguin qui semble si bien répondre aux affections et aux intérêts de la famille, tourne au contraire à son détriment. On remarquera que les alliés dans la même ligne et au même degré sont assimilés aux parents.
Le droit canonique avait mis des restrictions autrement considérables aux mariages entre parents. 11 considère la parenté comme spirituelle, charnelle ou légale. La parenté charnelle résulte de la consanguinité et de l'affinité; à tous les degrés, le mariage est interdit en ligne directe; en ligne collatérale, l'interdiction s'étendait jusqu'au septième degré : elle ne va plus que jusqu'au quatrième ; mais ce quatrième degré représente le huitième du droit civil qui, en ligne collatérale (m linea œquali), double les degrés canonniques. L'affinité provenait des alliances
MARIAGE (médecine légale). 95
licites ou illicites; les degrés se comptaient comme pour la parenté naturelle ; l'affinité, par adultère, par exemple, kùl naître les mêmes empêchements que le mariage, mais elle ne le dissout pas ; l'époux uicestueux n'a plus le droit de réclamer le devoir conjugal, mais il n'est pas dispensé de l'obligation de l'accorder. Des dispenses peuvent aussi être demandées pour les mai'iages entre beaux-frères et belles-sœurs, oncles et tantes, neveux et nièces et cousins germains. Le code autricUien interdit encore le mariage entre cousins germains ; en général, les législations civiles des peuples européens ont les mêmes restrictions que le code français. Les affinités spirituelles établies par le droit canonique, dont les principales résultent du baptême, et qui ont joué un rôle dans les divorces historiques, ne sont plus admises par les lois civiles; le code russe tient encore compte de rempêcliement produit par la parenté spirituelle. L'affinité légale produite par l'adoption est un empêchement au mariage; ainsi, d'après le code français (art. 340), le mariage est interdit entre l'adoptant et l'adopté, leurs descendants et leurs conjoints, pai'allèlement aux dispositions restrictives étabfies pour la famille réelle {voy. Coksaîïgoixité).
3° La démence est le seul état pathologique admis par la loi comme motif d'opposition (174). L'opposant ne peut être qu'un des membres de la famille, à défont d'ascendant, le frère ou la sœur, l'oncle ou la tante, le cousin ou la cousine germaine; l'opposition ne sera jamais reçue qu'à la charge de provoquer l'interdiction. Les expi-essions de démence, d'imbécillité et de fureur n'ont pas le sens rigoureux que la science leur attribue : ce sont des termes généraux qui signifient folie, afiénation mentale, et qui s'appliquent à tout dérangement permanent de l'intelligence, qui ne permet plus de donner ini consentement valable à un contrat civil, quel qu'il soit, et en particulier à celui du mai'iage; car l'article 146 a établi qu'il n'y a point de mariage quand il n'y a point consentement. A Rome, l'aliéné était inhabile à contracter mariage, mais cette incapacité cessait pendant les intervalles lucides, et surtout les longs intervalles, « intervalla perfectissima. » Dans le droit canon, la folie était un empêchement purement prohibitif, elle ne permettait pas le consentement, mais il pouvait avoir lieu dans les intervalles lucides.
Le projet du Gode contenait une disposition qui déclarait l'interdit incapable de contracter mariage ; elle fut retranchée comme inutile, en présence de la règle (\\x\ exige le consentement. « Comme l'état de démence présente une infinité de degrés, et qu'un homme d'ailleurS' incapable de gérer ses affaires, peut, malgré la faiblesse de ses facultés intellectuelles, être en état de comprendre la nature et le but du mariage ; les tribunaux jouissent de la plus grande latitude pour apprécier si le consentement existe ou non de fait. « L'interdiction judiciaire n'a pas d'influence légale sur le sort du mariage contracté par l'interdit ; elle ne forme qu'un empêchement prohibitif, sauf le cas de non-existence du mariage, s'il n'a pas été célébré dans un intervalle lucide » (Aubry et Rau, Cours de droit civil français, t. IV, p. 11). On a prétendu que le mariage d'un interdit, même pendant un intervalle lucide, devait être réputé comme non existant, faute de consentement civilement valable, mais le fait moral du consentement est distingué de la capacité légale. L'interdiction ne suffit donc pas pour empêcher le mariage, il faut en outre prouver que l'interdit, à raison même de son aliénation mentale, est dans l'impossibilité de donner le consentement sans lecp.iel le mariage n'existe pas. De même, l'opposition est reçue, et le mariage est considéré comme n'existant pas, si la persomie est dans un état de fureui', d'iiubécillité ou de dé-
9,4 MARIAGE (médecine légale).
mence, quand même il n'y aurait pas eu interdiction. L'impossibilité de donner un consentement est le résultat d'un fait qui peut exister indépendamment de tout jugement antérieur d'interdiction. Mais l'opposition n'er* reçue qu'à la condition de provoquer cette interdiction. Par application du même principe, le mariage contracté pendant un intervalle ucide par une personne habituellement atteinte d'imbécillité, de démence et de fureur, serait considéré comme existant, quand même cette personne aurait été interdite, et, à plus forte raison, si elle ne l'était pas. Le fait moral du consentement domine toute la question de l'existence du mariage : dans l'opposition on recherche, si la personne est en état de donner le consentement: dans l'action en nullité, on établit que ce consentement n'a pu être donné au moment de l'acte, abstraction faite de la situation légale du contractant et de son état antérieur, qui ne sont appréciés que comme renseignement. La non-existence du mariage, distincte de la nullité, peut être invoquée en tout temps et par toute personne intéressée ; il en est ainsi pour le mariage contracté en état de démence, d'imbécillité ou de fureur. La nomination d'un conseil judiciaire ne met aucun obstacle au mariage; l'article 515 détermine les incapacités dont est frappé le prodigue ; il peut même contracter mariage sans l'assistance de son conseil.
Une infirmité physique peut mettre hors d'état de donner un consentement, de ce nombre est la surdi-mutité. A Rome, le sourd-muet était assimilé à l'interdit; les stipulations dépendaient surtout des paroles, et l'absence d'éducation pour les sourds-muets restreignait leurs connaissances, comme leurs moyens d'exprimer un consentement. Le droit canon résout ainsi cette question : « An consensus verbis exprimi dèbeat? » Les paroles sont nécessaires pour l'Église, quantum ad Ecclesiam, pour rendre la preuve du consentement plus facile, et non pour la substance de l'acte : « De jure naturali in contractu sufficit, ut consensus signo certo exprimatur. » Innocent III avait déclaré que les sourds-muets pouvaient contracter mariage, « per consensum sine verbis. » Liguori ajoute : nFormam vero esse mutuam acceptationem verbis aut signis expressam. » Dans le projet du Code, il existait un article qui déclarait les sourds-muets de naissance incapables de contracter mariage, à moins qu'ils ne fussent en état de manifester leur volonté. On renonça à cet article qui ne faisait que reproduire une disposition de droit commun. On eut alors l'intention de déterminer comment le sourd-muet devrait manifester cette volonté; on y renonça encore, et la jurisprudence admet aujourd'hui comme suffisante une manifestation de volonté par un moyen quelconque de communication. Si l'officier de l'état civil ne trouve pas dans les signes une manifestation suffisante de consentement, il doit se refuser à la célébration ; le tribunal sera alors saisi de la question ; des experts seront nommés, et la décision juridique déterminera l'aptitude à consentir.
L'expertise médico-légale a pour but l'appréciation du consentement. Le médecin peut être appelé par ta partie opposante à constater la démence de la personne qui veut contracter mariage ; il peut aussi, dans l'intérêt du défendeur, établir que la personne que l'on prétend en démence n'en présente aucun indice^ ou que l'état de ses facultés intellectuelles ne peut être qualifié de démence. En Allemagne, l'intervention du médecin est obligatoire dans toutes les causes d*iiiterdiction; en France, elle n'est que facultative, mais la force des choses tend à la généraliser : comment la justice se passerait-elle de la plus puissante des preuves, de celle qui résulte de l'avis des hommes compétents? Dans le cas d'opposition, on recherche s'il y a aptitude à donner un consentement; dans le cas
MAIUAGE (médecine légale). 95
de nullité ou de non-existence du mariage, si le consentement a pu être donné à l'époque de la célébration. C'est une question d'aliénation mentale qui est posée au médecin; il doit reconnaître le fait de la folie, sa nature, sa gravité, son degré, la forme de la maladie, pour aboutir à la conclusion principale qui se rapporte au consentement : l'état mental de la personne examinée lui permet-il àt} comprendre la nature et la portée de l'engagement, de manifester sciemment et librement sa volonté? lui laisse-t-il la liberté d'esprit nécessaire pour donner un consentement valable, tel que la loi l'exige par l'article 146 : « Il n'y a pas de mariage, lorsqu'il n'y a pas de consentement, f
4. Les maladies héréditaires et contagieuses sont un motif médical d'opposition au mariage ; la conscience et l'intérêt bien eutendu des parties doivent en tenir compte; quelques médecins ont regretté que le législateur n'ait pas puisé, dans cet ordre de faits, des motifs d'opposition légale. Il est des maladies dont le mariage précipite les progrès, qui se communiquent d'un époux à l'autre et qui se transmettent de génération en génération. Le plus sur moyen, dit Fodéré, de débarrasser l'espèce humaine de tant de maladies qui sont l'écueil de la médecine et qui se perpétuent par la génération, serait d'interdire le mariage à ceux qui en sont affectés ; mais ce serait une grave atteinte à la liberté civile et au bonheur individuel. Dans nos sociétés modernes, on n'a plus le même intérêt à priver les personnes valétudinaires des avantages qu'elles peuvent retirer du mariage, qui, d'ailleurs, n'a pas pour but exclusif la propagation de l'espèce. Les prohibitions deviendraient bien nombreuses, et une véritable inquisition s'exercerait sur les familles si l'on entrait dans cette voie. C'est à la raison publique qu'il faut s'adresser pour limiter les alliances de ce genre. Le célibat a sa raison d'être et son utilité, et certes il devient un devoir pour ceux à qui leurs parents ont légué le triste fardeau de ces maladies; le croisement des races, le changement de climat, le choix judicieux de l'autre conjoint, peuvent aussi lutter contre de fatales prédispositions. Fodéré conseille aux pères de famille d'user des articles 148 et 175 du Code civil pour mettre leurs entants à l'abri de ce danger, et il présente le tableau ■îles maladies qui légitiment cette opposition privée. Les affections scrofuleuses invétérées, la phthisie pulmonaire, l'aliénation mentale, l'épilepsie, le rachitisme à cause surtout de la viciation du bassin chez la femme, l'impuissance, tels sont les états pathologiques qui doivent figurer en première ligne sur cette liste d'empêchements; car si on y ajoutait toutes les maladies indiquées par les auteurs comme motifs d'exclusion, on verrait jusqu'où a entraîné un zèle exagéré pour la pureté de la race humaine. Fodéré range parmi les empêchements l'imbécillité, la fatuité, la manie, quoique légère, l'épilepsie, la danse de Saint^Guy et d'autres affections convulsives, le somnambulisme invétéré, l'hémoptysie, la phthisie pulmonaire, dangereuse pour l'autre époux comme pour les enfants, l'asthme, l'ané-' vrysme du cœur, l'hypochondrie, l'hystérie, les calculs, la colique néphrétique, le cancer, la goutte et le rhumatisme invéïérés, la consomption dorsale, le rachitisme, les dartres, la syphilis fréquemment répétée. On comprend, après cette énumération, la sagesse de la loi qui laisse à la prudence de chacun l'appréciation de ces cas multiples, et qui limite à la seule démence le motif légal d'opposition.
5. La femme ne peut contracter un second mariage que dix mois accomplis après la dissolution du mariage précédent. C'est un empêchement purement prohibitif, et s41 avait été négligé, malgré la disposition de la loi, deux paternités légales pourraient se trouver en colhsion. Dans le cas où l'enfant naîtrait avant la fin du trois centième jour depuis la dissolution du pi^emier mariage, et après le com
96 MARIAGE (médecine iécale).
meiicemeat du cent quatre-vingtième jour depuis le nouveau mariage, la conception pourrait avoir eu lieu légalement pendant la première comme pendant la seconde union; le tribunal se déciderait alors d'après les circonstances du fait et d'après le plus grand intérêt de l'enfant. Il y aurait place ici à une expertise médico-légah, portant sur le degré de maturité de l'enfant et sur les causes qui ont amené la dissolution du premier mariage.
Un motif d'opposition au mariage se trouvait autrefois dans la différence de couleur. Le Gode noir, édit de mars 1724, interdisait le mariage entre les blancs et les personnes de sang mêlé. Cette défense a été implicitement abrogée pour le territoire continental en 1791 ; mais on a essayé de la maintenir dans les colonies par une circulaire du 18 nivôse, an XI. Cette prohibition a été levée en 1851. C'était une des applications cux'ieuses de la médecine légale ancienne. La distinction du sang mêlé, les caractères de la race nègre, plus ou moins modifiés par des alliances successives avec les blancs, devaient être recherchés par le médecin.
IL Nullité DU mapjage. Les cas de nullité du mariage qui donnent lieu à des applications médico-légales, sont le défaut de consentement et l'erreur dans la personne.
« Le mariage qui a été contracté sans le consentement libre des deux époux, ou de l'un d'eux, ne peut être attaqué que par les époux ou par celui des deux dont le consentement n'a pas été libre. Lorsqu'il y a erreur dans la personne, le mariage ne peut être attaqué que par celui des deux épou.v qui a été induit en erreur (G. civ., 180). « Dans le cas de l'article précédent, la demande en nullité n'est plus recevable toutes les fois qu'il y a eu cohabitation continue pendant six mois, depuis que l'époux a acquis sa pleine liberté ou que l'erreur a été reconnue (181). »
Les autres nullités provenant de la contravention aux articles 144, 147, 161, 162 et 165, concernant l'âge et la parenté, sont résolues sans intervention médicale, si ce n'est pour le cas déjà indiqué de la grossesse survenue avant les six mois, lorsque la femme n'avait pas l'âge compétent (185).
C'est l'indissolubilité du m.ariage qui a donné de l'importance aux actions eu nullité; quand le divorce était facile, on avait peu à s'occuper des conditions essentielles d'un mariage que la volonté d'un seul ou le consentement nuituel pouvaient rompre. Il y avait, au contraire, le plus grand intérêt à s'assurer de l'existence ou de la vahdité d'un lien qui devenait indissoluble. « Le mariage devenait éternel dès qu'il était accompli ; l'homme et la femme ne pouvaient se séparer qu'en prouvant qu'il n'y avait entre eux qu'un simulacre de mariage, et que la loi et la religion n'avaient pu éterniser des nœuds que la nature ne leur avait pas donné le pouvoir de former. Telle est l'origine de toutes les accusations d'impuissance. Justinien, qui proscrivit le divorce par consentement mutuel, est aussi le premier empereur qui ait promulgué des lois sur l'impuissance. » Le droit canon a attaché une importance particulière aux questions de nullité de mariage. Toutes les conditions qui vicient le consentement, l'impuissance, les maladies contraires au but du mariage, les unions conclues au mépris des empêchements dirimants, fournissent des cas de nullité, dans l'interprétation desquels, la médecine légale, comme on le voit par Zacchias, a tenu une large place.
C'est au moyen des cas de nullité, sous la jurisprudence canonique, que les époux cherchaient à échapper à un heu qui leur était devenu insupportable ; la parenté spirituelle entre autres a été fréquemment invoquée, et, à dater du dixième siècle, les procédures pour impuissance se sont multipliées. On voulait
MARIAGE (MéDseiNB l^oaie). 97
d'ailleurs que l'impuissance eût précédé le mariage et qu'il se fût passé un certam temps (triennium) pour déterminer si cette impuissance était perpétuelle ou accidentelle, et si elle n'était pas durable, mais il fallait que l'impuissance eût précédé le mariage pour entraîner sa nullité.
Fodéré, appliquant au mariage la théorie des contrats, voit quatre conditions essentielles pour sa validité : le consentement de la partie qui s'oblige, sa capacité de contracter, un objet certain qui forme la matière de l'engagement, une cause licite dans l'obligation (art. 1108). « Ne doit-on pas en conclure, dit-il, que l'objet du mariage étant l'union des sexes et l'attente bien naturelle d'augmenter la félicité, il y a erreur sur la substance même de ce contrat, erreur sur la personne, cause principale de la convention, lorsque indépendamment du défaut d'identité, l'on se rencontre avec un époux d'un sexe autre que celui auquel on s'attendait, avec un impuissant, avec un individu portant le germe de maladies hideuses propres à faire passer une vie pleine de calamités, au lieu de ce surcroit de bonheur que l'on croyait trouver? » Mais ce n'est point dans des considérations philosophiques ni dans les règles établies pour les contrats, que la solution des questions de nullité doit être cherchée ; l'application médico-légale nous est fournie par l'article 180 relatif au mariage et qui n'admet comme causes de nullité que le défaut de cousentement et l'erreur dans la personne.
Le consentement doit être libre ; il n'y a pas de mariage quand il n'y a pas consentement (180-146). « Communis est sententia ministros kujus sacramenti esse ipsos contrahe^ites, et formani ipsorum verba consensum exprimentia » (Ligori, g 880). Ce consentement peut être extorqué par la violence, surpris par la ruse ; les formalités dont est entouré le mariage rendent peu possible aujourd'hui des faits de ce genre ; c'est juridiquement que cette violence est appréciée; on a égard, dit le code (1112), en cette matière, à l'âge, au sexe, à la condition des personnes. Tout au plus le médecin pourrait-il être appelé à constater la faiblesse de l'état mental. La seule crainte révérentielle envers le père et la mère, sans qu'il y ait eu de violence exercée, ne suffit pas pour annuler un contrat (llli); l'approbation tacite est bientôt acquise. L'interdiction du mariage clandestin est un obstacle à ces faits de ruse et de violence. Le mariage in extremis, au point de vue canonique, peut encore donner lieu à des abus ; il est recommandé au clergé de n'en faire usage qu'avec la plus extrême prudence. Nous connaissons un fait dans lequel un mariage de ce genre fut déterminé par une tentative de suicide au moyen d'un empoisonnement ; c'était une fraude ; elle compromit l'ecclésiastique trompé et le conjoint qui, croyant ne consoler qu'une mourante, s'imposait un lien perpétuel. Dans le mariage in extremis, une constatation médicale de la gravité réelle du mal et de l'imminence du danger -est de la plus haute importance.
C'est surtout de l'état de démence, d'imbécillité ou de fureur de l'un des époux que résulte le défaut de consentement. L'expertise médico-légale a pour but de déterminer l'état mental du conjoint, au moment où le mariage a été contracté, c'est-à-dire à une époque éloignée du moment de la visite médicale. En matière d'opposition, c'est l'état actuel qui est constaté. Dans les affaires de nuUité, la difficulté du diagnostic est plus grande ; il faut reconnaître si l'aliénation mentale remontait à l'époque du contrat et si elle était alors de nature à empêcher un consentement. Briand et Chaude lendent compte d'un jugement du tribunal delà Seine (18 août 1843) qui résout une question de ce genre ; c'était un second mariage ; l'examen médical et les témoignages établissent que le désordre profond
DicT. ESC. a° s. V. 7
98 MARIAGE (médecine légale).
des facultés intellectuelles survenu après la mort du premier mari s'était prolongé jusqu'au jour du second mariage, et que si la femme, au moment de la célébration de ce mariage, n'avait pas donné de signes évidents d'aliénation mentale, ce sommeil momentané de la démence était le résultat de la préoccupation puissante causée par la solennité, mais qu'il n'y en avait pas moins monomanie et absence de consentement valable ; en conséquence, il annula le mariage contracté,
L erreur sur la personne est la cause de nullité qui a donné lieu aux plus importantes discussions médico-légales. L'erreur doit porter sur la personne ellemême, sur son individualité, sur son identité et non sur ses qualités physiques, morales, civiles ou sociales. On admet encore que l'erreur qui concerne l'individualité civile, déterminée par le nom et par l'ensemble des qualités sociales qui individualisent une personne et la distinguent de toute autre du même nom, véritable substitution d'une personne civile à une autre, peut encore entraîner la dissolution du mariage, quand cette erreur sur la personne civile a été la cause déterminante de l'union. Les caractères de l'identité pourraient donner lieu à des recherches médico-légales, mais la question principale est ici celle de l'impuissance et de la différence des sexes.
Plusieurs médecins ont pensé que 1 erreur uans la personne s'appliquait aux cas d'impuissance et que le mariage n'existait pas ou était nul lorsque l'un des contractants manquait de la capacité de remplir l'objet certain de l'union. Fodéré a surtout cherché à faire prévaloir cette opinion qui a été partagée par Marc et par Orfila et qui a été admise dans quelques jugements et arrêts rendus peu après la promulgation du code civil. L'impuissance, dans l'ancien droit français, conforme en cela au droit canon, était un empêchement dirimant au mariage, puis un motif de nullité. « Nulhim est matrimonium inler eos qui nequeunt consumnmre 60 actu, quo ex se es§et possibilis generatio. Ut autem impotentia dirimat matrimonium débet esse perpétua et antecedens » (Ligori, t. 7, p. 285). On di.stinguait l'impuissance en certaine ou douteuse, manifeste ou cachée, antécédente ou consécutive, temporaire ou perpétuelle, naturelle ou accidentelle, absolue ou relative. Mais le code civil ne mentionne plus cette cause parmi celles qui autorisent à demander la nullité du mariage, et l'on ne trouve dans la discussion au conseil d'Etat du titre du mariage aucun indice de nature à faire supposer que l'intention des rédacteurs du code ait été de maintenir cette disposition de l'ancien droit. Une intention tout opposée résulte, au contraire, de la discussion des titres du divorce, de la paternité et de la filiation : Portalis et Tronchet énoncèrent que la grande difficulté de prouver l'impuissance et le scandale de cette preuve n'avaient pas permis d'admettre l'impuissance comme cause de nullité du mariage. « Ainsi le silence de la loi et les explications données à l'appui de ce silence s'opposent également à ce qu'on considère l'impuissance comme constituant par elle-même une cause de nullité du mariage » (Aubry et Rau). La jurisprudence a consacré cette doctrine ; l'erreur doit porter sur la personne et non sur ses qualités physiques ; l'impuissance résultant soit de la faiblesse des parties sexuelles, soit de la conformatien vicieuse ou de la mutilation de ces organes, ne s'oppose pas à l'existence du mariage, pourvu que le sexe soitreconnaissable et qu'il soit différent chez l'un et l'autre des contractants.
L'erreur portant sur le sexe a de toutes autres conséquences ; les personnes contractantes doivent être de sexe différent ; l'union qui serait célébrée entre deux individus de même sexe ne constituerait pas un mariage. Les jurisconsultes distinguent entre la non-existence et la nullité du mariage, et la différence des sexes
MARIAGE (médecine i,égale). 99
est évidemment une des conditions essentielles à l'existence de l'acte. On réunit sous le nom d'hermaplu'odisme les vices de conformation des organes génitaux qui donnent lieu à des erreurs de ce genre et dont les exemples ne sont pas rares. Ces erreurs commises dans la déclaration de naissance se révèlent plus tard, à l'époque de la conscription, à l'occasion d'un mariage ; le plus souvent les doutes peuvent être levés, mais, d'autres fois, il faut l'examen le plus attentif pour reconnaître le sexe, qui peut même rester indécis [voy. Hermaphrodisme). La jurisprudence a admis ce point de vue dans l'affaiie L... contre B... {Gazette des Tribunaux, 19 avril et 19 décembre 1834). Pour obtenir la déclaration de nullité, le demandeur alléguait que le mariage avait eu lieu entre deux femmes ; le tribunal autorisa la preuve; M. Dubois commis pour examiner le mari prétendu, déclara qu'il était réellement du sexe masculin, mais qu'il était atteint d'un vice de conformation qui entraînait une impuissance irrémédiable ; le tribunal repoussa le moyen d'annulation, parce que c'était un homme. Wald rapporte d'après Tourtual, un fait analogue: un mariage fut annulé en 1847 par un tribunal ecclésiastique, sur la déclaration du médecin que la femme prétendue était un hermaphrodite, avec prédominance du type masculin, et que d'ailleurs l'impuissance était absolue et irrémédiable. D'après le droit canon, le mariage d'un hermaphrodite est valable, s'il possède la puissance génitale. « Si aller sexus emicat secundum illum tantum valebit, si ulerque sit par, optio illis dalur, iitrolibet utantiir, ita tamen, ut quem semel elegerint, semper retineant. » Dans les cas de ce genre l'expert doit constater le sexe, abstraction faite de toute question de puissance génitale, car si les deux conjoints sont du même sexe, le mariai-e n'existe pas.
11 peut arriver que la détermination du sexe soit impossible (hermaphrodisme anatomiquement neutre) ; la réunion sur le même individu d'organes appartenant aux deux sexes (l'hermaphrodisme mixte superposé ou latéral, avec ou sans excès) peut se faire dans une proportion telle, qu'aucun sexe ne prédomine. Le fait de Marie Derrier, qui a attiré l'attention de plusieurs médecins célèbres, peut être placé à cet égard parmi les cas rares de la médecine légale. Derrier, né en \ 780 fut d'abord baptisé comme fille ; à vingt ans, il eut trois fois un écoulement sanguin par les parties génitales et plus tard des hémorrhoides. Hufeland, qui l'examina en 1801, se prononça pour la prédominance du sexe féminin. Derrier parcourt la France, l'Allemagne, l'Angleterre, il est visité par un grand nombre de médecms, et une dissidence remarquable s'élève entre leurs avis. Kopp, Mursina, RosenmuUer, Osiander, Lawrence, Griin, des professeurs de la Faculté de Paris, le déclarent du sexe masculin ; Hufeland, Brooks, Gall, adoptent l'opinion opposée ; Schraitzmuller, Ritgen, Lauth (de Strasbourg) , crurent, au contraire, qu'il n'appartenait à aucun sexe. Derrier adopte la première opinion, vit en homme, trahissant parfois des inclinations féminines. Il mourut à Bonn en 1855. L'autopsie pratiquée par le professeur Meyer, fit reconnaître dans le système osseux comme dans les organes génitaux, un mélange de caractères et d'organes appartenant aux deux sexes, et dans ime proportion telle, que la détermination du sexe, impossible pendant la vie, l'était encore après les recherches analomiques. Dans ces cas douteux « ex mixtione sexus, » l'expert réunit tous les indices du sexe qui prédomine, il montre au moins que les deux sexes sont réunis, imparfaits l'un et l'autre; c'est le Lribunal, juge du fait, qui détermine si ce mélange des sexes sur la même personne n'altère pas la condition essentielle du mariage, la différence des sexes entre les contractants.
100 MARUorB ^wêOECIïNE i4i!;Gàï.8).
m. La séparation de corps. La séparation de corps avant la révolution française était régie par le droit canon comme les autres parties du mariage ; la loi du 20 septembre 1792 abolit la séparation de corps et y substitua le divorce. Le code civil du 21 mars 1805, maintient la séparation de corps en même temps que le divorce, comme une situation juridique intermédiaire qui doit être laissée à la convenance des intéressés. La loi du 8 mai 1816 abolit le divorce et applique à la séparation les dispositions relatives au divorce pour causes déterminées :
« Dans le cas où il y a lieu à la demande en divorce pour cause déterminée, il sera libre aux époux de former la demande en séparation de corps » (306). « Le mari pourra demander le divorce (séparation de corps) pour cause d'adultère de sa femme » (229). « La Temme pourra demander le divorce pour cause d'adultère de son mari, lorsqu'il aura tenu sa concubine dans la maison commune » (250). « La femme contre laquelle la séparation de corps sera prononcée pour cause d'adultère, sera condamnée, par le même jugement, à la réclusion dans une maison de correction, qui ne pourra être moindre de trois mois, ni excéder deux années » (308). « Les éppux pourront respectivement demander le divorce pour excès, sévices ou injures graves, de l'un d'eux envers l'autre » (251). « L'action eu divorce sera éteinte par la réconciliation des époux... » (272). « Si le demandeur en divorce nie qu'il y ait eu réconciliation, le défendeur en fait preuve soit par écrit, soit/jar témoins... » (274).
L'adultère et les mauvais traitements, la condamnation à une peine infamante (232), sont les causes de la séparation de corps; le code civil n'admettait pas d'autres motifs déterminés pour le divorce, mais il y ajoutait le consentement mutuel. Dans le droit canonique et dans d'autres pays, les causes du divorce sont bien plus nombreuses ; on les distingue en physiques ou morales, et parmi elles figurent l'impuissance et toutes les maladies qui empêchent la cohabitation. D'après Tiiéodose et Valentinien, la femme pouvait faire valoir treize cas de divorce et l'homme dix-sept : l'adultère, l'homicide, l'empoisonnement, le complot contre la vie du conjoint, les sévices, les tentatives de corruption, le sacrilège et d'autres raisons plus ou moins graves. Sous Justinien, l'impuissance devient la cause principale, et les sévices entraînent la séparation qui prive de la faculté de convoler à un second mariage. Quant à l'adultère, il fallait qu'il fût évident, et les maris s'exposaient peu aux chances qu'ils couraient en étant déclarés calomniateurs.
Le droit canon admet aussi la simple séparation « qiioad torum » et la séparation emportant dissolution, séparation « quoad vinculum. » « Manente vinculo matrimonii, licite fit divortium et separatio quoad torum et cohabitationem ad tempus, vel in perpetuum, oh gravem et jiistam causant qualis est adulteriim conjugis, scevitia alterius, si aller trahat eum in peccatum, oh mutuum consensum » (Ligori). Les codes des nations qui acceptent le divorce diffèrent sur les motifs : « Le code danois n'admet que l'adultère et la désertion malicieuse ; les lois suédoises, prussiennes, autrichiennes (en ce qui concerne les sujets non catholiques) admettent jusqu'à l'aversion mutuelle et invincible des époux. Le code prussien compte quatorze motifs au nombre desquels figurent le changement de rehgion, la dissipation et la prodigahté » (Tissot, p. 154). D'après ce dernier code (§ 696 et 697), l'impossibiUté absolue et incurable de remplir le devoir conjugal, survenue même pendant le mariage, motive la séparation ; elle est justifiée aussi par une infirmité corporelle incurable qui excite le dégoût et l'aversion ou qui empêche entièrement de remphr le but du mariage.
MARIAGE (médec/ne légale). 101
L'impuissance et la mesure du devoir conjugal deviennent encore l'occasion d'expertises. Toutes les questions de ce genre sont prévues dans le droit canon, la fréquence des rapports anonpeccat negans, quando aller immoderate petit, ter aut qiiater eadem 7iocte, » leur légitimité dans les différents états physiologiques ou pathologiques, la grossesse, la lactation, les maladies, s'il y a un danger de mort ou un inconvénient grave, d'après l'avis d'un médecin prudent. « Actus conjîigalis per se honestus omnino et licitus, modo debito fine exerceatur. » Casper cite des rapports dans lesquels il a eu à apprécier les exigences de conjoints relativement aux devoirs conjugaux. On peut trouver dans Zacchias, dans Fodéré, dansFriedreich, des renseignements plus que suffisants et inutiles à reproduire sur la fréquence fort variable exigée pour ces rapports. Le lien du mariage s'avilit par la facilité avec laquelle il se dissout, et par la nature même des motifs qu'on invoque pour le rompre. Sur cette pente, on arrive aux unions temporaires, et à terme fixe, au concubinat légal, à l'égalité absolue entre les enfants légitimes et illégitimes, à la maternité transmettant seule le nom et l'héritage, parce qu'elle est plus certaine que la paternité.
Une question morale dans laquelle le médecin peut intervenir est celle de savoir si la cohabitation dans le mariage est permise, quand la certitude est acquise qu'elle sera stérile. Pour les uns, ce genre de relation est contraire à la dignité humaine ; pour les autres, c'est l'expression d'une tendresse mutuelle, recommandée même par Solon (Plutarque), et l'usage raisonné et prudent d'un instinct qui a ses exigences et ses lois. La certitude de l'inefficacité des relations n'est d'ailleurs pas absolue. « Slerilibus licitus est itstis matrimonii, tum quia nuUa lex in oppositiim ostendi potest, tum quia stériles per se idonei sunt ad actiim conjugalem perficiendiim ; qnod si generatio nulla sequatur id per accidens omnino fit^ alii autem fines honesti, prœter generationem, haberi possunt » (Gury). D'après le droit canon, une condition qui serait contraire à l'essence même du mariage, celle, par exemple, d'éviter d'avoir des enfants, annulerait le contrat. A cette question se rattache celle des fraudes génésiques signalées dans un ouvrage récent, et qui, ayant pour but direct de rendre les relations infécondes, altèrent la santé, démoralisent l'union conjugale, soulèvent des malentendus et des discordes qui sont aussi le point de départ de séparations et d'actes dans lesquels la médecine légale peut intervenir.
La loi a limité à deux les motifs de la séparation : à l'adultère, aux injures et aux sévices graves ; dans ces conditions, le nombre des demandes en séparation s'est élevé, pour la France, en moyenne, à 1,219 par année, dans la période qui est comprise entre 1840 et 1862. Le nombre moyen des mariages a été de 265,050 de 1817 à 1860, et de 503,654 de 1861 à 1866. Les séparations sont demandées à toutes les époques de la vie conjugale ; le maximum paraît êlre entre cinq et dix ans de mariage, mais de un à cinq et de dix à vingt ans, la proportion est encore considérable. Le département de la Seine présente à peu près le dixième du nombre total des séparations demandées en France; elles suivent en général la même loi que le suicide, dont la plus forte proportion s'observe aussi à Paris. La loi du 22 juillet 1852 sur l'assistance judiciaire a augmenté le nombre des séparations en les rendant accessibles à la population indigente. Ce sont les femmes qui forment le plus grand nombre de demandes en séparation; ainsi, en 1860, sur 2,266 demandes, 1,972 étaient faites par des femmes et 179 seulement par des hommes; 115 étaient reconventionnelles. Les demandes sont plus fréquentes dans les mariages sans enfants. Le tableau des motifs montre que les excès, sévices et
102 MARIAGE {médecine légale).
injures graves sont la plus habituelle des causes : ainsi, pour la même année 1860, les sévices étaient au nombre de 1 ,998, pour 159 adultères de la femme et 100 du mari ; et cette proportion se soutient dans la statistique de vingt-trois ans. Un neuvième des demandes est rejeté, un sixième est retiré avant le jugement, ce qui réduit les séparations admises aux deux tiers environ de celles qui sont demandées.
L'application médico-légale la plus ordinaire est celle qui se rapporte aux excès, sévices ou injures graves. Nous avons alors à apprécier la nature, la gravité, le nombre, la répétition successive des blessures, les violences habituelles, l'intention outrageante que révèlent la nature et le siège des lésions. Le tribunal apprécie, d'après les conditions sociales, les circonstances de la cause, la provocation, si les sévices ont le caractère de gravité exigé par la loi pour déterminer la séparation de corps. Sous l'empire de l'ancien droit, la question de eavoir si la démence et les actes de fureur qu'elle engendre étaient des motifs légitimes de séparation, avait été résolue en sens opposés parles parlements, mais, aujourd'hui, la question est tranchée par le code, qui ne place pas la démence parmi les motits de séparation; c'est une infirmité qui impose à l'autre conjoint le devoir plus étroit du secours et de l'assistance ; pour se préserver, il a l'intwdiction et le placement dans un asile d'aliénés. Un jugement du tribunal de Lure du 14înars 1863 rejette cette cause de séparation, tout en constatant que les sévices éprouvés par la femme sont de nature ta rendre la vie commune insupportable. Mais si la folie n'est pas en elle-même un motif légal de séparation, il est clair, suivant la remarque de M. Linas, que l'aliénation mentale, étant une cause souvent méconnue de désordres et de prodigalités ruineuses, conduit à des excès, à des injures, à des sévices graves, et devient ainsi la source indirecte et lointaine de plus d'une instance en séparation.
La communication de la maladie vénérienne par l'un des époux à l'autre doitelle être considérée comme un excès, sévice ou injure grave devant entraîner la séparation de corps ? Il y a eu des doutes à cet égard sous l'ancienne jurisprudence. « Le mal vénérien, dit Pothier, quoiqu'il y ait de fortes raisons de croire que le mari se l'est attiré par ses débauches, ne peut servir de fondement à une demande en séparation, ce mal n'étant plus aujourd'hui un mal incurable, mais un de ceux que tous les chirurgiens savent guérir. » Linguet, en 1771, considérait, au contraire, cette communication comme l'abus du plus sacré des liens; mais pour admettre ce motif de rupture, il faut que la vérité des faits ne soit pas problématique, que l'origine du mal ne soit pas douteuse. La justice doit être arrêtée non par l'insuffisance du moyen, mais par celle de la preuve. Sous l'empire des codes nouveaux, la question a aussi été controversée, et l'on a argué du silence de la loi, pour en conclure que la transmission de la syphilis ne pouvait être placée parmi les motifs de séparation. Des arrêts ont été rendus en ce sens, mais la jurisprudence n'a pas tardé à établir que si la communication du mal vénérien n'est pas par elle-même une injure grave, elle peut le devenir par les circonstances dont elle est accompagnée. Un arrêt de la cour de Lyon du 18 avril 1818 pose les principes en cette matière : « Attendu que, considérée en elle-même et isolément de toute circonstance particulière, la communication du mal vénérien ne saurait être appréciée par les tribunaux comme une injure grave dans le sens de la loi, parce que, le plus souvent, elle peut être involontaire, l'époux n'ayant pas une connaissance suffisante de son état, et parce que, d'ailleurs, il est le plus souvent difficile de savoir quel est le véritable auteur de cette communication
MARIA.GE (MÉDECINE légale). ' 103
mystérieuse et clandestine de sa nature; mais attendu que, dans l'espèce, toutes les circonstances présentent le caractère de l'injure la plus grave, de l'attentat le plus affligeant pour les mœurs, le plus effrayant pour les familles, puisqu'il s'agit d'un homme qui, sciemment infecté du poison honteux de la déhanche, aurait eu l'infamie d'en souiller la couche nuptiale, le jour même où il y a été admis ; d'un homme qui aurait versé, avec pleine connaissance de cause, le germe de cette honteuse maladie dans le sein de la malheureuse dont il aurait trompé la foi, qui aurait flétri, dès le début de la vie conjugale, son existence physique et morale... La cour, confirmant un premier jugement, admet à faire la preuve de la communication de la maladie vénérienne. » La cour de Paris, par un arrêt du 27 avril 1861, a reconnu que la communication d'une maladie vénérienne à la femme était une injure grave et une cause de séparation, que le mari en ait été affecté avant ou après le mariage, lorsqu'il savait qu'il en était atteint et qu'il en connaissait la nature contagieuse.
Les médecins ont partagé cette opinion. Zacchias considérait la maladie vénérienne, non-seulement comme une dispense de remplir le devoir conjugal, mais comme une cause légitime de dissolution du mariage, s'appuyant sur l'opinion de Sanchez et des jurisconsultes de son temps; et l'on voit, par une de ses consultations, datée de 1650, que les demandes de ce genre étaient d'usage alors. Fodéré soutient aussi la légitimité de cette cause, au nom de la santé des époux, de la conservation des enfants, de la paix des familles et de l'intérêt des mœurs. Dans un procès en séparation de corp?, le médecin peut donc être appelé, par les parties ou par le tribunal, a constater l'existence d'une maladie vénérienne. L'expertise médico-légale est la base nécessaire des décisions dans une affaire de ce genre. Le médecin devra donc constater 1" s'il existe une maladie vénérienne, et distinguer les accidents de ce genre de ceux qui peuvent les simuler; 2° si l'accident vénérien est communicable, ce qui n'otfre aucun doute pour les phénomènes primitifs, chancres et blennorrhagie ; ce qui est encore admissible pour certaines affections secondaires ; 3° s'il y a identité de nature entre les accidents présentés par les deux conjoints, de telle sorte que la communication puisse être démontrée; 4° quel est le rapport de date entre les deux affections, et si l'ancienneté relative est telle, que l'on puisse déterminer lequel des deux conjoints a infecté l'autre. C'est à l'occasion de la syphilis (médecine légale) et du viol que ces questions sont discutées. On voit toute l'importance et la difficulté de l'expertise, et les connaissances spéciales qu'elle exige ; il faut ici s'attacher aux faits rigoureusement démontrés, sans se laisser influencer par les doctrines qui restreignent ou qui étendent d'une manière indéfinie l'influence de la sypliihs.
L'adultère peut aussi être établi au moyen de preuves médicales, telles que la transmission de la sy(jhilis, l'impuissance du mari et le fait d'une grossesse; la faculté de se refuser à une visite restreint ces applications. Elles pouvaient avoir une grande importance dans les législations anciennes qui frappaient l'adultère des peines les plus cruelles ; aujourd'hui, la législation s'est adoucie ; ce n'est plus qu'une peine correctionnelle prononcée contre la femme et contre son complice, que le mari peut faire cesser en consentant à reprendre sa femme. La loi traite la femme avec plus de sévérité que le mari, ce qui peut conduire celui-ci à employer ce moyen de séparation. En présence d'une répression inégale et affaiblie, on s'est demandé si l'adultère devait continuer à être considéré comme un délit ou être seulement envisagé comme une faute morale, du ressort de la conscience et de la religion.
104 MAP.IAKO SANTO.
La réconciliation arrête l'instance en séparation de corps; une grossesse survenue peut être donnée comme preuve de cette réconciliation. L'expertise, dans ce cas, aurait pour but de démontrer la grossesse et d'apprécier l'allégation du mari qui, niant en être l'auteur, affirmerait l'impossibilité physique de la cohabitation, dans les délais établis par l'article 512. D'après le code civil primitif, la séparation de corps n'affaiblissait pas la présomption de paternité, et le mari, séparé judiciairement de sa femme, restait sous le coup du principe : pater ù est qiiem niiptiœ demonsirant. « Le mari est réputé père de l'enfant conçu pendant le mariage » (312). Il n'avait pour ressource que le désaveu dans les formes ordinaires et la preuve diificile de l'impossibilité de cohabitation. La loi du 6 décembre 1850 a singulièrement affaibli cette présomption légale de paternité, en la faisant disparaître devant un simple désaveu qui 'est péremptoire sans autre preuve. La dis[,osition suivante a été ajoutée à l'article 5Jo : « En cas de séparation prononcée ou demandée, le mari peut désavouer l'enfant qui sera né trois cents jours après l'ordonnance du président, rendue aux termes de l'article 876 (Pr. c. } , et moins de cent quatre-vingls jours depuis le rejet définitif de la demande ou depuis la rtconcUiation. » L'action en désaveu n'est pas admise s'il y a eu réunion de fait.
La médecine légale du mariage vient d'être examinée à ses points de vue principaux ; d'autres questions s'y rapportent encore, plus ou moins directement ; elles exigent des détails particuliers , qui sont exposés aux articles Anapf.rodisie, Aphrodisie, Hermaphrodisme, Impuissance, Naissances précoces et tardives, Paternité. G. Tourdes.
BiBLioGRAreiE, — C'est dans les répertoires de jurisprudence, Merlin, Toullier. etc., et dans les journaux judiciaires, que l'on trouve les plus riches matériaux pour la médecine légale du mariage. Zacchias est d'une grande importance en ce qui concerne la période du droit caDOD. Fodéré, dans un remarquable historique, Orfila, Devergie, Trébuchet, discutent les questions du droit commun. Le manuel complet de Briandet Chaude [Paris, 1869), contient de nombreux renseignements. >"ous ciierons particulièrement les ouvrages suivants :
Zacchias. Qiiœstionefi medico-legales : lib. I, tit. II, Je Aetatibus; lib. 111, tit. I, de Impotentia coeundi et generandi; lib. VII. tit. III, de Débita conjugali; iiber nomts et decimus et decisiones sacrœ rotœ romanœ : lib. IX, tit. X, de Bissolutione matrimonii, divortio et tori separationc, de dissolutione spoiisalium, tit. X, consil. 28, C8, 70, 82. 83. Avignon, 4660, et Lyon, 1671. — De Ligorio (.\lph.). T/ieologia moralvs, t. YII, complectens traetatiim dematrimo7iio, § 882, 888, 909 à 954, 1095 à 1104. 1-2= édit. Malines, 1822. — Gurt. Compend. theolog. moralis, t. II, p. 5-21. Paris et Lyon 1850. — Fodéré. Traité de médecine légale, t. I, p. 528. Paris, 1815. — Dn même. Article Mariage, Dict. des sciences médicales, en 60 volumes, t. XXXI, p. 26. Paris, 1819. — Raige-Delorjie. Article Mariage, Dict. répert. des sciences médicales, 1" édit., t. XIU, p. 544. Paris, 1825; et 2» édit., t. XIX, p. 157. Paris, 1859. — IIost. Ausfiiltrl. Encycloi edie der gesamjiit Arzneikunde . .\rticles Ehe, Eiielosigkeit, Ehebrucli, Ehescheidung . Leipzig, 1838. •»- Friedreich. Handbuch der gerichtl. Praxis, t. ï, p. 198, 222, 262. Regensburg, 1845. — Reich. GeschiclUe, Natiir und Gesundheitslehre des elielichen Lebens. Cassel, 1864. — Adbrt et Rad. Cours de droit civil français, t. IV. Paris, 1861. 4= édit. — Eschbach. Cours d'introduction à l'histoire du droit. 2' édit. Paris, 1856. — Bergeret. Des fraudes dans ï accomplissement des fonctions génératr'wes ; dangers et inconvénients de ces fraudes pour les individus, la famille et la société. Paris, 1868, et 2° édit. 1870. — De Bonald. Du divorce considéré au dix-neuvième siècle relativement à l'état domestique et à l'état public de la société. Paris, 180j et 1818. — TissoT. Le mariage, la séparation et le divorce, considérés au point de vue du droit naturel, du droit civil, du droit ecclésiastique et de la morale. Paris, 1868. G. T.
MAKIARUWES. Yoy. Polynésie.
inARlA..\0 SAiKTO ou en latin MABlAxMJS SAMCTîJîS est un chirurgien très-célèbre, surtout comme lithotomiste, qui vivait dans la première moitié du
MARIE (SAI.NTE-) (eaux minérales de). 105
seizième siècle. Il était né, vers 1450, à Barletta, clans le royaume de Napies ; il étudia d'abord à ÏN'aples, puis à P.ome, et là il eut pour maîtres le célèbre Jean de Vigo et Giovanni de Romani, chirurgien originaire de Crémone, plus connu, chez nous, sous le nom de Jean des Romains. Après qu'il eut pris le bonnet de docteur à Padoue, d'autres disent à Rome, nous voyons successivement Mariano à Barletta, sa ville natale, où il composa son Comvendium qu'il dédia au sénat de son pays ; de là il passe à Napies, puis à Raguse, à Pérouse, à Yemse et enfin à Rome d'où il retourne à Venise. On ignore l'époque de sa mort qui eut lieu certainement après 1550. Egalement instruit en médecine et en chirurgie, Mariano Santo s'était surtout adonné à la lithotomie qu'il pratiquait suivant une nouvelle méthode dont il devait la connaissance à Jean des Romains. C'est cette manière spéciale d'opérer la taille que l'on appela longtemps Mariana methodus, d'après le nom de celui qui l'avait vulgarisée, et que l'on désigna ensuite sous le nom de grand appareil à cause du nombre des instruments nécessaires pour la pratiquer {voy. Taille). On doit, ici, à Mariano Santo un double éloge, et pour la loyauté avec laquelle il a restitué à son maître l'honneur de la découverte de cette nouvelle méthode, et pour le désintéressement qu'il a mis à la faire connaître dans tous ses détails à une époque où, trop souvent, les chirurgiens faisaient un secret de leurs procédés. Mariano n'a pas seulement écrit sur ce sujet, on lui doit encore d'intéressants commentaires sur certaines parties de la chirurgie d'Avicenne, mais particulièrement sur les plaies de tète où il se montre observateur exact et chirur.ïien prudent. Dans certains cas de rétention d'urine, quand le cathéter ne pouvait pénétrer dans la vessie, il avait imaginé de dilater le canal à l'aide d'une sonde courbe à deux branches susceptibles de s'écarter lune de l'autre.
Sa pratique et ses doctrines sont consignées dans les ouvrages suivants :
I. Commentaria in Avicennœ textiim de apostematibits calidis; de contusione et attritione, etc. Ronice, 152G, in-4°. — II Compendium in chirurgia (avec la Practica de Vigo). Lyon, 1531, in-8° ; ibid., 1558. — III. De lapide ex vesica pei- incisioiic7n extrahenda. Yenetiis, 1535, in-8° ; Parisiis, 1540, 1:1-4°. — IV. De lapide vesicœ libellus. Venetiis, 1555, in-8°; Parisiis, 1540, in-4''. — V. Libellus quidditativus de modo examinandi medicos et cliirurgos (réuni aux trois précédents). Venetiis, 1545, in-4"'. Ces mêmes quatre opuscules se trouvent dans la collection de Conrad Gesner. — VI. De ardorc urinœ et difficultate iirinandi Libellas. Venetiis, 1558, in-8». E. Bgd.
IffiARlAlVO (Andréa). Médecin italien, né à Bologne, qui professa avec succès la médecine à Pise et à Mantoue dans la première moitié du dix-septième siècle. Il mourut en 1661 . On ne connaît de lui que l'ouvrage suivant :
De peste anni 1630, cujus generis fuerit, et an ab aère? Bononiœ, 1651, in-4°.
E. Bgd.
MARIE (SAIMTE-) (Eaux MINÉRALES de) (Cantal). Athermales, bicarbonatées ferrugineuses faibles., carboniques fortes. Dans le département du Cantal, dans l'arrondissement de Saint-Flour, à égale distance des villages de Sainte-Marie et du Rouvelet, dont elles portent aussi le nom, près du cours de la Truyère, et non loin du pont de Tréboul, au nord de Sainte-Marie, émergent de la roche primitive, et dans un pays très-pittoresque, mais sauvage, les deux sources que l'on désigne sous les noms de Vieille Source ou source Vidalenc, et de source Teisset.
La Vieille Source ou sotirce Vidalenc, la plus anciennement connue et celle qui a fait la réputation de la station, est captée sous un pavillon rustique; safon-
106 MARIE (SAINTE-) (eaux minérales de).
taine est entourée d'une grille qui en défend l'accès aux buveurs qui ne sont pas autorisés à en venir puiser l'eau . La Vieille Source se divise en deux filets reçus isolément dans un petit bassin creusé dans la roche schisteuse. Le plus abondant, quoiqu'il ne fournisse pas plus de 1,200 litres d'eau en vingt-quatre heures, est uniquement employé en boisson ; le plus petit est réservé pour l'usage externe et sert aux lotions que les pajsans viennent faire sur leurs plaies et surtout sur leurs paupières quand ils souffrent d'ophthalmies aiguës on chroniques. L'eau de la source Yidalenc est limpide, sans odeur, d'une saveur piquante et agréable; elle est incessamment traversée par des bulles d'un gaz qui n'est autre chose que de l'acide carbonique; sa température est de 12°, 7 centigrade; elle rougit instantanément les préparations de tournesol. M. le docteur Nivet, professeur à l'école de médecine de Clermont-Ferrand, en a fait l'analyse approximative en 1844; il a trouvé que 1,000 grammes de la Vieille Source de Sainte-Marie contiennent :
Carbonate de soude , 0,270
— chaux 0,085
— 1er 0,045
— magnésie traces.
ClilorurL' de sodium 0,080
Silice et apocrénate de fer O.OiO
Sulfate de soude traces.
Total cts iiAXiiiiiiis ïi.s.iis O'^td
La source Teîsset n'a pas son griffon à plus de 10 mètres de la source Yidalenc; elle a été découverte dans la propriété Teisset ; elle est incomplètement captée, aussi son eau se mêle-t-elle à l'eau du ruisseau qui déborde ou à celle qui résulte des pluies. Ses propriétés physiques et chimiques sont les mêmes que celles de la Vieille Source.
Emploi thérapeutique. L'eau des deux sources de Sainte-Marie, et particulièrement celle de la source Yidalenc, est employée en boisson et en topique par plus de quinze cents malades qui accourent des départements de la Lozère, du Cantal et de l'Aveyron surtout, pour se guérir des affections que nous allons bientôt énuniérer. Mais, comme il n'y a, à Sainte-Marie, ni à Rouvelet d'étabhssement public, ni même d'auberge, les buveurs s'installent chez les paysans du voisinage, (i'oùils vont chaque jour, quelquefois d'une distance assez éloignée et par des chemins impraticables, suivre leur traitement aux sources et remplir d'eau les vases dont ils font aux repas leur boisson principale. Ces eaux se prennent à la source, à la dose de six à huit verres, le matin à jeun, à quinze ou vingt minutes d'intervalle. On les boit pures, en mangeant la plupart du temps; les personnes aisées les coupent de vin : elles s'administrent le plus ordinairement dans les cas d'atonie du tube digestif, dans les inflaiumations chroniques des organes de l'appareil génito-urinaire, dans l'anémie, dans la chlorose et dans les états pathologiques qui l'accompagnent. Elles font disparaître, dit M. le docteur Grassal, cité par M. le professeur Nivet, les troubles dyspeptiques, les vomissements glaireux, les embarras gastriques avec vertiges, céphalalgie et teinte ictérique de la peau.
La durée de la cure est de trente jours.
On exporte ions \es ans, dans les environs, plus de 5,000 litres d'eau des sources de Sainte-Marie.
Bibliographie. — Grassal, Dessadbet, Mouegdte, Teilhard, Bonniol. f^otes manuscrites et in Annuaire du département du Cantal. — Kivet (V.). Dictionnaire des eaux minérales du département du Cantal. Clermont-Ferrand, 1840, in-S», p. 35-37. A. R.
MARlEiN'BAD (eaux minérales de). 107
. MARIE (sainte-) (Eaux minérales de) (Hautes-Pyrénées). Protothermales, sulfatées calciqnes moyennes, carboniques faibl-es. Dans le département des Hautes.Pyrénées,dans l'arrondissement et à 48 kilomètres de Bagnères-de-Bigorre, émergent les quatre sources de Sainte-Marie, dont l'eau claire, limpide et transparente, sans odeur et presque sans saveur, d'une température de 17°,2 centigrade, traversée par des bulles gazeuses, grosses et rares qui éteignent les corps en ignition, a été incomplètement analysée par M. Save, qui a trouvé que 1,000 grammes contiennent :
Sulfate de chaux 1,450
— magnésie 0,o80
Carbonate de chaux 0,5"0
— magnésie O.OJO
Total des «aiièkes fixes 2,400
Gaz acide carbonique libre 0 litre 160
L'eau des sources de Sainte-Marie des Pyrénées est employée en boisson, en bains et en douches dans le petit établissement de ce nom. Elle réussit à l'intérieur surtout dans les dyspepsies, dans les engorgements hépatiques, spléniques, pancréatiques et mésenthériques qui accompagnent ou qui suivent les accès de fièvres intermittentes. En boisson aussi, mais principalement en bains et en douches, elles semblent jouir -d'une efficacité marquée contre les éphélides de la peau, si réfractaires ordinairement à tous les moyens de la matière médicale, y compris les sources minérales, quels que soient la composition élémentaire et le degré de thermalité de leurs eaux. A. Rotcreau.
IMARI£\BAD (Eaux MINÉRALES ET BOCES de) , atkermales, sulfatées sodiques moyennes, carboniques fortes, en Bohème, dans le cercle de Pilsen, à 644 mètres au-dessus du niveau de la mer, est une petite ville peuplée d'environ 2,000 habitants. Les maisons qui bordent le parc composent cette station minérale; elles sont presque toutes de construction récente et bien bâties. Les plus agréablement placées sont celles qui sont à mi-côte et qui dominent la pelouse. Elles sont presque toutes destinées aux baigneurs et aux étrangers. Un cercle de collines, garnies d'arbres verts, borne l'horizon à une petite distance et garantit Marienbad des vents du nord, de l'est et de l'ouest; la vallée est ouverte au midi seulement. Les variations de la température sont très-peu sensibles pendant I été surtout. Le point le plus élevé que l'on peut découvrir des hauteurs de Marienbad est le Pfauenberg, qui est éloigné de plus de 50 kilomètres, et dont le sommet est couronné par les ruines d'un vieux château fort (Chemin de fer de l'Est, Heidelberg, Wurtzbourg, Bamberg, Égra, d'oii une malle-poste conduit à Marienbad en quatre heures. La voie ferrée ira incessamment jusqu'à la station même.)
Quoique les eaux de Marienbad soient connues depuis le quatorzième siècle, il y a soixante ans à peine qu'elles sont mises en usage par d'autres malades que par ceux de la contrée. Les pavillons des sources principales de Marienbad sont situés dans un jardin anglais, et dts allées plantées de beaux arbres conduisent à chacun d'eux. La saison commence à la.fin du mois de mai et finit dans la dernière quinzaine d'octobre. Il existe à Marienbad ou dans les environs huit sources qui appartiennent aux moines de Tepel, de l'ordre de Prémontré. Ces sources portent les noms de : 1° Carolinenbrunnen (source de Carohne), 2° -4mbrosiusbninnen (source d'Ambroise), 3° Kreuzbrunnen (source de la Croix),
^08 MARIENBAD (eaux minérales de).
4" Marienquelle (source de Marie), 5" Waldquelle (source du Cois), G° Fcrdincmdsbrunnen (source de Ferdinand), 7° Rudofsquelle (source de Rodolphe), 8*^ Moorlagerbrunnen (source du Dépôt des boues).
1° Carolinenbrunnen. Elle émergea la partie la plus basse du parc; son bassin est entouré d'une margelle de granit recouverte d'un couvercle pendant les heures qui ne sont pas consacrées à !a buvette. Le niveau de feau de cette fontaine, exclusivement, employée en boisson, est de près de 2 mètres en contrebas du sol; aussi deux jeunes filles occupent-elles le prétoire de la source d'où elles emplissent les verres des buveurs au moyen du gobelet à hampe qu'elles peuvent plonger dans le bouillon de la source. Ce réservoir, dont la paroi inté rieure doublée de bois blanc, selon la fâcheuse habitude, suivie surtout en Bohême, est tapissé par une couche épaisse de rouille que l'on est obligé d'enlever souvent. Une claie de bois, chargée de pierres entre lesquelles passent les eaux de la source, constitue le fond u bassin. L'eau est claire, Hmpide, traversée par des bulles gazeuses assez rares; elle est sans odeur, mais son goût est à la fois très-ferrugineux, amer et salé. Il n'est pourtant pas assez désagréable pour que de jeunes enfants ne puissent la boire. Elle rougit fortement la teinture de tournesol. La température extérieure étant de 15° centigrade à l'ombre, le thermomètre, laissé pendant trois minutes en contact avec l'eau de cette source, descend à 8" centigrade. La moyenne de la densité de l'eau de toutes les sources de Marienbad est de 1,00462. Nous donnons l'analyse chimique de l'eau de la source de Caroline avec celle de la source de Marie.
2" Amhrosiushrunnen. Son griffon se trouve aussi dans la partie inférieure du parc, sous un pavillon dallé de granit. Le niveau de l'eau est à 2 mètres au-dessous du sol ; cette eau n'est employée à l'intérieur que par les paysans du voisinage, q\ii croient lui avoir reconnu une efficacité plus grande qu'à celle des autres sources de Marienbad. Un nombre plus considérable de bulles gazeuses vient s'éî>anouir à sa surface; son goût est franchement ferrugineux. Elle vire au rouge la teiiiture et le papier de tournesol ; la température de l'air étant de 1 7° centi- ' grade, celle de l'eau est de 8°,5 centigrade. Son analyse chimique est comprise dans le tableau qui suit la description de la Marienquelle.
5" Kreuzbrunnen. L'élégance du pavillon élevé sur cette fontaine, la galerie qui le précède, font reconnaître immédiatement que cette source est la plus suivie de la station. Aussi, le matin, à l'heure de la buvette, les malades sont-ils forcés, pour y accéder, de suivre un des côtés de la galerie, pour ressortir par l'autre. Celte source sert exclusivement en boisson. Le point d'émergence de la Kreuzbrunnen occupe le point central de la station de Marienbad et se trouve au bout de la belle allée qui conduit à la CaroHnenbrunnen. Le prétoire de cette source est dallé de pierres et son bassin est entouré d'une grille de fer. C'est dans l'intérieur de cette grille que se tiennent les jeunes filles qui donnent les verres aux buveurs et l'employé qui met en activité la machine destinée à monter l'eau minérale. Le niveau de feau étant à environ 5 mètres au-dessous de la mareelle du puits, il a fallu installer une pompe foulante dont le piston fait monter l'eau dans un réservoir supérieur, au-dessous duquel viennent aboutir quatre tuvaux qui conduisent l'eau, sans aucune déperdition de ses principes fixes ou gazeux à autant de robinets qui s'ouvrent et se ferment à volonté. La Kreuzbrunnen- est fréquentée tous les matins de quatre à neuf heures, et tous les soirs de cinq à sept heures ; car Marienbad est un des postes thermaux oij les médecins conseillent le plus les cures du matin et du soir. On boit pure et froide le plus souvent
MARIENBAO (eaux mj-nékaies de).
im
l'eau de la Kreuzbrunnen, à laquelle on ajoute quelquefois cependant une certaine quantité d'un sel neutre, lorsqu'il est indiqué d'obtenir une purgation marquée. L'eau de cette source a à peu près les mêmes propriétés physiques et chimiques que celle des autres sources de Marienbad. Son eau est traversée par des bulles de gaz qui se dégagent principalement sur ses côtés, à une petite distance des parois de son tonneau de captage. Elle n'a pas d'odeur; sa saveur est agréable, quoiqu'elle ait un arrière-goùt styptique, salé et légèrement amer. KUe rougit les préparations de tournesol. Sa température est de 8°, 5 centigrade, l'air extérieur étant à 20" centigrade. Son analyse est avec celle de la source suivante.
A" Marienquelle. Son débit est le plus abondant des sources de Marienbad. Son eau n'est pas employée en boisson; elle alimente exclusivement l'établissement ancien des bains d'eau et de boues, près duquel elle émerge. Un bâtiment important recouvre le vaste bassin de la Marienquelle. Il s'en dégage une si grande quantité de bulles gazeuses, qu'il est prudent d'attendre quelques instants avant d'entrer sous son pavillon, afin que l'air respirable y ait pénétré, et permette d'y séjourner sans malaise. Les yeux et l'odorat suffisent pour faire constater le dégagement abondant de gaz acide carbonique qui s'échappe de l'eau de cette source. Le préposé à la Marienquelle fait, pour chaque visiteur l'expérience de la bougie allumée dont la flamme se ternit à 1 mètre de l'eau et s'éteint tout à fait à 50 ou 60 centimètres. Les bulles de savon s'arrêtent à 50 centimètres de la surface do l'eau de la Marienquelle, comme fixées sur un plan solide; elles ne peuvent jamais franchir la couche épaisse d'acide carbonique et arriver jusqu'à la surface de l'eau de la fontaine. Partout, du reste, où l'on creuse le sol à Marienbad, et a;ix environs, i\ se dégage du gaz acide carbonique pur ou mélangé à de l'hj^drogène carboné. Ainsi, dans toutes les caves, dans toutes les fosses, on en peut constater la présence. Il s'en fait un dégagement considérable par les fissures naturelles ou accidentelles du sol de cette partie de la Bohême.
L'eau de la Marienquelle est assez trouble, elle est recouverte d'une pellicule irisée et les parois de son bassin sont tachées de rouille. Elle a l'odeur piquanie du gaz acide carbonique ; son goût, peu agréable, est surtout styptique et ferrugineux. Elle rougit fortement le papier et la teinture de tournesol ; la température extérieure étant de 16°, 5 centigrade, celle de l'eau est de 11°, 5 centigrade. M. le professeur Kersten a fait, en 1844, l'analyse chimique des sources de Garolinenbrunnen, d'Ambrosiusbrunnen, de Kreuzbrunnen et de Marienquelle ; il a trouvé dans 1000 grammes d'eau, les principes suivants :
Sulfate de soude
— potasse
Chlorure de sodium
Carboiiale de soude
chaux
— magnésie. . . .
— alumine ....
— lithine. ....
— strontiane . . .
— oxyde de fer . .
— manganèse. . .
Phosphate basique d'alumine .
— chaux. . .
Silice
Matières extractives
Bromures et fluorures ....
Total des matières fixes . . . 1,960
CAROLINEX-
AUBROMCS-
BREDZ-
BRCiNNEN'.
BRnXSEN
BRDNNE-V.
MARIENQUELLE
traces.
traces.
traces.
410 MARIENBAD (eadx minérales de}.
pouces cubes. p- c. p. c. P- c.
Gaï adde carbonique libre . . . . 18.082 lo,4"2 14,058 9,217
= b04cc,414 =417cr,7i4 =ô79cc,o66 =203cc,8o9
5° Waldquelle. Elle émerge à un kilomètre à peine au nord-ouest de Marienbad. On s'y rend par une belle allée taillée dans un bois de sapins, au bout de laquelle on trouve une plate-forme oîi l'on a bâti le pavillon de la source du Bois dont l'eau est à un mètre plus bas que le sol. Elle est exclusivement, quoique rarement employée à l'intérieur, par les baigneurs étrangers au pays, mais les habitants des environs de Marienbad viennent y boire tous les dimanches matin et croient à sa grande efficacité. Son eau a une saveur fraîche, agréable, quoique légèrement styptique. Elle n'a aucune odeur et elle ne laisse dégager que peu de gaz; elle rougit cependant assez promptement les préparations du tournesol. La température extérieure étant à l'ombre de 17" centigrade, celle de l'eau de la Waldquelle fait descendre la colonne thermométrique à 7°, 5 centigrade. Nous donnons son analyse chimique après la description de la dernière source de Marienbad.
6° Ferdinandshrunnen. Cette source est à deux kilomètres de Marienbad ; on s'y rend par un chemin planté d'arbres ; son point d'émergence est au bord de la prairie d'Auschowitz ; son eau est reçue dans un bassin octogonal dont les parois intérieures sont de bois. La surface dé l'eau est à trois mètres au-dessous du niveau du sol, de sorte qu'on est obligé de la puiser au moyen de vases à hampe avant delà verser dans les verres des buveurs. Cette pratique permet le dégagement d une partie des gaz qui traversent l'eau avec un bruit qui se perçoit à distance. Elle est sans odeiu", mais elle pique le nez lorsqu'on l'ingère de suite. Son goût est agréable, quoiqu'il soit styptique et un peu salé ; elle rougit instantanément les préparatioHs de tournesol. L'air extérieur étant à 16° centigrade, l'eau de la Ferdinandshrunnen fait descendre la colonne du thermomètre à 10'' centigrade. Son analyse chimique est indiquée au tableau qui suit la Moorlagerbruunen.
7° RudoIfsqueUe. Cette source a remplacé la Wiesenquelle qui n'est plus fréquentée du tout aujourd'hui. L'émergence de la source de Rodolphe est à deux cents mètres plus loin que le bassin de la Ferdinandshrunnen ; son eau est styptique, piquante et aigrelette ; elle n'a pas d'odeur ; elle rougit les préparations de tournesol. Sa température est de 10°, 2 centigrade, l'air extérieur étant à 18°,o centigrade. Son analyse est reportée au tableau qui suit la Moorlagerbrunuen. Elle est exclusivement employée en boisson [)ar les baigneurs qui dirigent souvent leur promenade de ce côté pendant les heures qui précèdent le souper.
8° Moorlagerbrunnen. Son pavillon rustique est à 1500 mètres de Marienbad ; comme il est garni de bancs et situé dans une belle éclaircie de la foret, il est assez souvent visité par les hôtes accidentels de Marienbad ; ils sont à peu près les seuls à boire l'eau de cette source, qui sert plutôt à étaucher leur soif qu'à guérir leurs maladies. Cette eau a un goût agréable, très-légèrement ferrugineux, quoiqu'elle laisse déposer une certaine quantité de rouille. Elle semble peu gazeuse et pourtant elle rougit assez fortement la teinture et le papier de tournesol. Sa température est de 18° centigrade, celle de l'air extérieur étant de 15° centigrade. Son analyse chimique n'a pohit encore été faite.
Ragsky a fait en 1864 l'analyse de la Waldquelle ; Kersten, en iSM, celle de la Ferdinandshrunnen ; Lersch, en 1866, celle de la RudoIfsqueUe.
MARIENBAD (eaux minérales de). 11)
FERDINASDS- WALDQDELIE. BRU.N.NEN. RDDOFSQDELLE.
Sulfate de soude 1,06 5,050 0,11
— potasse 0,-20 O.OiO 0,02
Chlorure de sodium 0,57 2 000 0,06
Bicaibonate de soude 1,00 1/J80 0,U
— chaux. 0,Ô8 0,540 1,12
— magnésie 0,40 0,430 0,67
— oxyde de fer 0,02 0,080 0,04
— stroatiane » 0,008 »
— lithine » ,009 »
— manganèse traces. 0,015 0,07
Phosphate basique d'alumine » 0,019 0,03
, — neutre de chaux » 0,020 »
Acide silicique 0,10 0,096 0,01
Bromures, fluorures, lithine, strontiane, (
arsenic j '^^''«'s- traces. traces.
Total des matières fixes 3,35 9,607 2,27
Gaz acide carbonique libre 1,67 gr. 1,93 gr. 1,22 gr.
Boue. Elle provenait autrefois d'une tourbière située aux environs du gritïou de la Marienquelle. De vastes hangars abritaient cette tourbe marécageuse niaiuf.enant épuisée, et beaucoup moins riche en principes minéralisateurs que celle dont on se sert aujourd'hui, ainsi que le démontre l'analyse chimique que Brandes en avait fait connaître. La boue que l'on emploie actuellement à Marienbad, provient d'un filon que l'on a découvert en 1855, à 50 mètres du pavillon de la Moorlagerbrunnen. Son gisement commence au-dessous du sol d'une prairie qui occupe le versant d'un coteau ; il se continue jusqu'à une profondeur de quatre ou de cinq mètres. Des ouvriers extraient cette tourbe avec des bêches; aussitôt qu'ils l'ont retirée, elle est remplacée par de l'eau dans laquelle l'analyse constate, comme nous le verrons tout à l'heure, la présence des sels contenus dans les sources, de sorte qu'elle macère dans l'eau minérale. Les morceaux de cette tourbe restent exposés à l'air et au soleil, pendant une année entière après laquelle elle est employée. Lehmann a démontré en 1856 que la terre de Marienbad exposée à l'air libre pendant plusieurs mois et remuée de temps en temps, subit une transformation complète: par une sorte d'oxydation ou de combustion lente, les matières insolubles deviennent solubles, l'oxyde de fer se change en sulfate d'oxydule ; d se forme des acides formique, acétique et autres, aux dépens de la matière humique. Suivant le même chimiste, un bain, préparé avec la terre oxydée, renferme par mètre cube un kilogramme et demi de sulfate de fer soluble et près de 90 grammes d'acide formique. Ce n'est pas tout : il affirme que, si la terre était complètement décomposée, elle contiendrait de matières solubles cent fois autant que la terre fraîche non desséchée.... (Labat, Etude sur la station et les eaux de Marienbad ^ page 22).
Voici l'analyse chimique, faite par Ragsky, en 1854, de 1000 parties de terie fraîche de Marienbad.
MATIÈRES SOLUBLES DANS l'eAU.
Sulfate de potasse 8,78
— soude 6,05
— chaux 4,15
— magnésie 2,24
— alumine 0,96
— oxydule de fer 4,93
Acide crénique 4,63
Silice • 0,92
Matière extraclive , 2,55
Eau d'hydrates 0,58
Perte 1,54
lis MARIENBAD (raux miserais» bk).
MATIÈRES INSOLDELES DANS l'eAU.
Bisulfure de fer -^'f.SO
Phosphate d'oxyde de fer 13,68
Hydrate d'oxyde de fer 12t),ol
Chaux '2.14
Magnésie l'^'^
Silice l'S<^
Acide ulmique oii.li-
Charbon humique 4-2,46
Substances cireuses -o,3^ ^
— résineuses •''"''
Sable mica 6-*''
Restes organiq[ue3 108,80 ^
Établissements thermaux. Ils sont au nombi^e de trois, qui se nomment : YAltesbadhaus, le Neuesbadliaiis et le Gasbad. Das Âltesbadhaus (la Maison du vieux bain) est un grand bâtiment rectangulaire dont les deux façades principales regardent la ville, les deux autres côtés sont adossés à la montagne. Le premier étage est occupé par les logements des malades que leurs inlirmités ou leur affections empêchent de sortir de la maison. Le rez-de-chaussée est tout entier consacré aux bains d'eau alimentés par la Marienquelle, artificiellement chauffée. On les prend dans cinquante-deux cabinets dont dix ont deux baignoires. Ces baignoires d'étain, à moitié enfoncées dans l'aire des salles de bains, contiennent riOO litres d'eau minérale, quoiqu'elles ne soient jamais reniplies qu'aux deux tiers. Le gaz acide carbonique libre que laisse dégager l'eau delà Marienquelle à sa température native, rend indispensable cette précaution. La cour intérieure de l'Altesbadhaus sert à la préparation des bains de boue. La tourbe minéralisée est délayée avec l'eau de la Marienquelle dans une chaudière chauffée au moyen de la vapeur jusqu'à 400° centigrade ; elle est réduite par ce moyen en une boue semi-liquide que des robinets à fort calibre vei'sent dans des baignoires de bois à roulettes. On ajoute de nouvelle tourbe et de l'eau minérale froide, jusqu'à consistance et température convenables. Lorsque le bain est préparé, un employé roule la baignoire dans un des vingt-huit cabinets, dont deux seulement ont une baignoire double, affectés à la division des bains de boue. L'Altesbad renferme encore une salle de douches et une salle de bains de vapeur.
Das Neuesbadhaus (la Maison du Nouveau-Bain) a été construite à côté du Kursaal, à l'extrémùté du beau jardin anglais qui l'environne. Le Neuesbadliaus ou Stahlbâder [Bains ferrugineux) reçoit presque toute son eau de la source de Carolinenbrunnen qui, émergeant dans un point plus élevé que le bassin du Nouveau -Bain, se rend en vertu de la déclivité du terrain au réservoir de cette maison.
L'Ambrosiusbrunnen alimente aussi l'établissement nouveau. Le bâtiment consacré au Neuesbad est moins important que celui de l'Altesbad, mais il est beaucoup plus luxueusement agencé. Il se compose d'une salle d'attente conduisant aux 22 cabinets de bains d'eau, dont deux ont un double baignoire. C'est par le chauffage direct à la vapeur, qui arrive par une ouverture latérale placée à la partie inférieure delà paroi interne de la baignoire, qu'on élève la température de l'eau des bains de cet établissement. Une nouvelle division, pareille à celle que nous venons de décrire, doublera bientôt les moyens balnéaires du jN'euesbadhaus.
Le Gasbad {Bain de gaz) est un pavillon bâti près du vieil établissement; il renferme quatre grandes baignoires dont la paroi inférieure est constituée par le sol,
MARIENBAD (eaux minérales de). 113
dont les fissures natui^elles laissent dégager le gaz acide carbonique au milieu duquel les baigneurs sont plongés. A Morienbad comme dans les autres stations allemandes, les bains d'acide carbonique sont aujourd'hui beaucoup moins suivis qu'ils ne l'étaient au commencement de ce siècle. Ils sont fréquentés cependant à Marienbad par une soixantaine de malades chaque année. Lorsque nous aurons signalé l'existence de la maison d'expédition des eaux minérales et celle du petit local où se fabriquent les sels de Marienbad, nous aurons complété l'énumération de toutes les parties des établissements qui servent à l'application thérapeutique des eaux, des boues et des sels de Marienbad.
Mode d'administration et doses. Les eaux des sources de Marienbad sont surtout employées en boisson. Cependant presque tous les malades sont soumis à un traitement externe et prennent des bains ou des douches avec les eaux chauffées de la Marienquelle ou de l'Ambrosinsbrunnen, des bains de boue, des bains ou des douches de vapeur minérale, et enfin des bains généraux ou locaux de gaz acide carbonique m^lé à une certaine quantité d'hydrogène carboné. L'eau des trois sources qui est le plus souvent administrée à l'intérieur est, sans contredit, celle de la Kreuzbrunnen, de la Ferdinaudsbrunnen et de l'Ambrosinsbrunnen. Il sultitde connaître l'action physiologique et l'action thérapeutique de l'eau de ces trois sources pour se rendre un compte très-exact des états pathologiques auxquels conviennent les eaux de toutes les sources de Marienbad, qui ont d'ailleurs une composition chimique à peu près pareille, comme on a pu le remarquer en étudiant les tableaux de leur analyse. Nous n'avons qu'une seule observation particulière à faire à propos des sources qui, comme la Carolinenbrunnen , l'Ambrosiusbrunnen et la Ferdinaudsbrunnen, sont usitées pour reconstituer l'économie par la notable proportion de carbonate de protoxyde de fer que leurs eaux renferment. C'est qu'au lieu de porter à la constipation les personnes auxquelles elles sont prescrites, et qui y sont prédisposées par leur genre d'affection, ces eaux ont, au contraire, une action laxative et maintiennent le ventre fibre, ou donnent une légère diarrhée pendant tout le temps delà cure. Leurs sulfates et leurs chlorures expliquent parfaitement cet effet.
L'eau de la Kreuzbrunnen la plus souvent usitée à Marienbad, est le plus ordinairement administrée à la dose d'un à six verres chaque matin à jeun, pris de quart d'heure en quart d'heure. Quelques personnes doivent en boire un ou deux verres deux heures avant le dîner, ou même en couper leur vin pendant les repas. Les quantités de l'eau des sources de Carohne, d'Ambroise ou de Ferdinand sont un peu moins considérables que celles de l'eau de la source de la Croix. Ces eaux principalement ferrugineuses s'ordonnent à la dose moyenne de quatre verres par jour, le matin à jeun, les malades devant aussi en faire usage pendant qu'ils sont à table. La durée des bains d'eau artificiellement chauffée est en général d'une heure ; celle des douches d'eau est de dix à quinze minutes. Les personnes auxquelles les bains de boue ont été recommandés doivent y rester pendant vingt minutes ou une demi-heure. Les bains de vapeur" se prennent presque toujours pendant quinze ou vingt minutes ; les douches de vapeur ne se conseillent guère pendant plus d'un quart d'heure lorsqu'elles sont générales, et de dix minutes lorsqu'elles sont locales. Les bains totaux de gaz acide carbonique ont, comme dans toutes les stations où ce moyen est en usage, une durée de vingt à trente minutes. Les douches partielles sont rarement prescrites à Marienbad.
Emploi thérapeutique. Il est rare qu'un appétit plus vif et un seuliment de bien-être ne suivent pas, dès les premiers jours, l'ingestion de l'eau de sources
t)ia. lixc. -i" s. V. 8
114 MARIENBAD (eaux minérales de)
de Marienbad, et en particulier de celle de la Kreuzbrunnen. Les buveurs éprouvent une sensation de fraîcheur au creux épigastrique et même dans tout le ventre. La vertu diurétique de l'eau de la source de la Croix est assez prononcée. Lorsqu'on prend quatre ou six verres de cette eau, un toutes les dix ou quinze minutes, elle produit un effet purgatif; mais il est moins marqué sur les personnes dont les fonctions intestinales se font régulièrement que sur celles qui ont une constipation habituelle. Elle augmente les sécrétions de l'estomac, du pancréas et du foie, ce qui rend les fèces toujours moins consistantes que d'habitude, et fait qu'elles sont suivies de Texpulsion de mucus presque pur ou de bile parfaitement reconnaissable. Ceux qui font un exercice assez actif après avoir bu, constatent aussi qu'ds transpirent plus facilement que dans leur état normal. Lorsqu'on tient à un etfet laxatif ou purgatif, il ne faut pas garder un repos absolu, mais on doit éviter les promenades longues et précipitées. Plus la peau exerce activement ses fonctions, moins l'effet dérivatif sur l'intestin est accentué. Les selles changent presque toujours de couleur, elles deviennent ordinairement verdàtres et quelquefois noires. Elles peuvent ressembler à du goudron, à du jaune d'œuf, à de la lie de bière, elles peuvent enfin être glaireuses, gélatineuses ou aqueuses. Lorsqu'elles présentent ce dernier caractère, il est d'expérience qu'on doit se délier du bon résultat de la cure. Lorsqu'elles sont noires, elles peuvent contenir une sorte de sable qui ressemble à de l'ardoise pilée ou en être recouvertes. Dans ce cas, elles sont ordinairement rondes et dures comme des pierres et elles renferment souvent des calculs biliaires. Il est remarquable que la coloration noirâtre des matières s'observe beaucoup plus communément ctez ceux qui font la cure interne à la Kreuzbrunnen que chez ceux auxquels les eaux de l'Ambrosiusbrunnen ou de la Carolinenbrunnen ont été conseillées en boisson ; ce qui démontre que ce n'est point seulement le fer que contiennent ces sources qui peut expliquer cette couleur, puisque la Kreuzbrunnen est la moins ferru chineuse de toutes. Il arrive quelquefois que ceux qui fréquentent cette dernière source ne constatent aucuns changements dans leurs excrétions intestinales, mais il n'en est pas ainsi ordinairement. L'effet de la Kreuzbrunnen sur la circulation sanguine n'est pas, en général, très-tranché; cependant chez les sujets pléthoriques, des maux de tète, des étourdissements, de l'oppression, le développement et l'accélération du pouls, indiquent qu'il est prudent d'en suspendre l'usage, ou du moins d'en modérer la dose, si un intérêt majeur commande de ne pas interrompre la cure. Il faut conseiller, dans ce cas, de laisser à l'air le verre rempli de l'eau de cette source, afin qu'elle perde une partie de son acide carbonique, ou même de la faire chauffer un peu pour que le dégagement du gaz soit encore plus complet. L'eau de la Kreuzbrunnen augmente le flux cataménial chez les femmes et le flux hémorrhoidaire chez les personnes des deux sexes ; mais l'eau de cette source ne modifie pas assez ces écoulements pour qu'd soit utile d'en suspendre l'emploi pendant l'époque des menstrues ou des hémorrhoïdes. Il est d'usage seulement de ne laisser prendre les eaux de la Kreuzbrunnen qu'à demidose pendant la durée des règles ou du flux hémorrhoïdal. L'eau de la source de la Croix calme le système nerveux des sujets irritables. Elle semble agir comme un antispasmodique sur les hystériques, par exemple. Elle augmente la sécrétion de la membrane muqueuse de l'appareil respiratoire, et les crachats sont plus faciles et plus abondants chez les buveurs qui ont une affection du larynx et des bronches. Cette observation appartient à la physiologie pathologique, mais le médecin doit y être initié en face des personnes qui surtout sont affectées de cataiThes pulmo-
MARIENBAD (eaux minébalks de) H5
naires, en même temps que d'autres maladies dont elles viennent se traiter à Marienbad. Il arrive quelquefois aussi qu'un traitement par les eaux de la Kreuzbrunnen en boisson seulement fasse apparaître la poussée, ou même des furoncles sur dilférentes parties du corps. Il convient d'ajouter que ces accidents surviennent beaucoup plus ordinairement à la suite de l'administration interne et externe des eaux et des boues de Marienbad. Le médecin doit interrompre la cure ou même l'arrêter tout à fait , lorsqu'il est en présence de ces manifestations cutanées.
L'eau des sources d' A mbrosiusbrunnen et deCarolinenbrunnen agit sur l'homme en santé et sur les malades comme les eaux franchement ferrugineuses , à la différence qu'au lieu de constiper, elles entretiennent le plus souvent la liberté du ventre, ce qui est un grand avantage puisque les anémiques, les chlorotiques et les dyspeptiques, auxquels elle convient surtout, ont presque toujours beaucoup de difficulté à aller à la garde-robe. Ce que nous disons des sources d'Ambroise et de Caroline s'applique à l'eau des autres sources de Marienbad utilisées à Tintérieur; nous croyons donc inutile de nous y arrêter davantage. L'action physiologique et curative des bains et des douches avec l'eau de Marienbad , l'effet des vapeurs et des gaz n'a rien de spécial non plus à ce poste minéral.
Les boues de Marienbad, délayées dans l'eau minérale chauffée de la Marienquelle, sont administrées en bains, qui doivent être prolongés pendant vingt ou trente minutes, ou en cataplasmes, si l'on ne veut agir que sur un point circonscrit. Les bains où tout le corps est plongé nécessitent des indications précises et une constitution qui ne fasse pas craindre une congestion ou une héniorrhagie du cerveau ou de ses enveloppes. Lorsque l'immersion est générale, à l'exception, bien entendu, de la face et du crâne, deux phénomènes principaux se produisent aussitôt : une dyspnée, souvent très-difficile à supporter, et une rougeur du visage, accompagnée de sueur, qui vient plus de la difficulté qu'ont les muscles inspirateurs et expirateurs à fonctionner, que de la chaleur ou de l'excitation directe du bain. Ceux auxquels on ordonne les bains de boue, prennent en les quittant un bain général dans l'eau minérale tiède ; on n'a d'autre but alors que de nettoyer leur peau de la tourbe qui y adhère.
Nous venons de passer en revue les différents effets physiologiques des eaux des principales sources de Marienbad, à l'intérieur, sur les étrangers à cette localité, car elles n'ont aucune action sur les habitants, qui assaisonnent leurs ahments avec l'eau puisée aux fontaines minérales, et qui n'ont jamais eu d'autre boisson principale à leurs repas, quoiqu'il existe des sources nombreuses et abondantes d'eau potable ordinaire. Cet usage habituel et irréfléchi d'eaux fortement minéralisées n'est-il pas la cause des accidents hémorrhoïdaux plus nombreux qui s'observent à Marienbad et aux environs?
Ce que nous avons dit en traitant de l'action physiologique de l'eau des sources ferrugineuses de Carolinenbrunnen, d'Ambrosiusbrunnen et de Ferdinandsbrunnen, nous dispense de revenir sur les affections pathologiques auxquelles elle doit être administrée en boisson. Dire que les eaux de ces trois sources sont avant tout reconstituantes, c'est assez préciser leurs indications.
Lorsqu'on vient à étudier l'action thérapeutique de la Kreuzbrunnen, on est très-embarrassé de s'expliquer les effets de cette source sur l'homme malade, en se reportant aux éléments que l'analyse chimique a signalés. On se trouve placé en face d'une eau minérale polymétallite, ou tenant en dissolution plusieurs principes actifs différents, qui possède une efficacité thérapeutique, dont ces
Jt6 MA.IUENBAD (eaux minérales de).
priuciijes niinéialisatenrs, isolés ou associés, ne peuvent donner une explication satisfaisante. C'est l'action de l'eau de la source de la Croix que l'on a presque toujours en vue, lorsqu'il s'agit de la station de Marienbad, et c'est à cette lontaiue que se rendeutles trois quarts au moins des malades qui viennent chercher la santé dans ce poste de la Bohême. Aussi, devons-nous l'étudier avec un grand soin. Hufeland prétendait que la Kreuzbrunnen était le Sprudel de Karlsbad refroidi. Selon nous, et selon les médecins qui exercent à Marienbad, il y a dans ce rapprochement une exagération manifeste [voij. Karlsbad (Eaux minérales de)]. S'il est constant que les eaux de Karlsbad et de Marienbad modifient favorablement la constitution générale des buveurs et augmentent la circulation veineuse de leur abdomen, il n'en est pas moins vrai qu'il est impossible de comparer les résultats obtenus à l'un et à l'autre de ces postes hydromiuéraux de l'Autriche. De ce que les eaux hyperthermales du Sprudel de Karlsbad et les eaux athermales de la Kreuzbrunnen de Marienbad agissent sur la membrane muqueuse de l'intestin, dont, prises à une certaine dose, elles activent la sécrétion, de ce qu'elles agissent sur le foie et rendent l'écoulement de la bile plus abondant et plus facile, il ne faut pas conclure qu'elles ont une action analogue contre les affections intestinales ou hépatiques. Ce qu'a avancé Hufeland, et ce que tant d'autres n'ont fait que reproduire sans contrôle après lui, est une de ces erreurs qui se ré[jaudent avec une facilité d'autant plus prompte, que leur auteur est plussavaut et plus célèbre. Il est si facile, d'ailleurs, de se laisser séduire par un rapprochement qui aide la mémoire, qui plaît à l'esprit, et qui présente, au premier abord, une apparence de réalité. La comparaison des effets physiologiques, et surtout, des effets thérapeutiques des eaux des deux sources principales de Karlsbad et de Marienbad, doit donc être reléguée parmi les erreurs hydrologiques.
La Kreuzbrunnen a une action très-favorable dans les maladies chroniques des organes qui servent à la digestion. Ainsi elle convient surtout dans les troubles nombreux des fonctions de l'estomac et de l'intestin. Ceux qui éprouvent des accidents qui empêchent une assimilation complète, et qui entravent la nulritioii, voient leur digestion devenir meilleure à la suite de l'usage interne de la source de la Croix. Les dyspepsies, qu'elles soient flatulentes, gastralgiques, entéralgiques, boulimiques, acides ou alcalines, en un mot, quelles que soient leur forme et leur nature, pourvu qu'elles ne soient pas dépendantes d'une affection organique, sont heureusement modifiées, et, dès les premiers jours, par l'eau de la Krcuzbruuncu en boisson. Si les malades sont arrivés à la maigreur et même à l'apparence cachectique, qui accompagne presque toujours ce genre d'accidents, ils ne tardent pas à reprendre des forces, de la coloration, de la vie, car, en même temps que leur appétit revient, ils recouvrent les conditions nécessaires à une élaboration convenable de leurs ahments. C'est le lieu d'indiquer ici l'effet de la Kreuzbrunnen chez les personnes devenues malades par l'abus des liqueurs fortes, ou qui, douées du meUleur estomac, se seraient impunément peut-être livrées à des excès de table journahers, si elles n'avaient vu survenir quelquefois très-vite, un embonpoint, sans lequel elles n'auraient jamais été soumises à une cure par les eaux minérales. La Kreuzbrunnen est, de toutes les sources qui ont la prétention de faire diminuer le tissu graisseux, celle qui a la réputation la plus légitimement acquise. M. le docteur Schindler assure avoir- vu, à plusieurs reprises, dans une cure de réduction de sis semaines, se fondre avec l'eau de la Kreuzbrunnen ou de la Ferdinandsbrunnen cinquante ou soixante hvres de graisse, sans aucun préjudice pour la santé. Ce confrère accompagne le traite-
MARIENBAD (eaux minérales de). 117
ment hydrominéral de l'usage interne de l'iode, de la digitale, de la scillc, du savon médicinal et de pilules alcalines. Les cliloro-anémiques doivent ingérer l'eau de la Carolinenbrunnen, de l'Ambrosiasbrunnen, de la Waldquelle ou de la Rudolfsquelle, prendre des bains ferrugineux, des bains de boues, de vapeur quelquelbis, et même d'une décoction concentrée des pointes des pins qui entourent la ville. Ceux qui font la cure dite de réduction à Marienbad, justifient cette remarque de Granvilie, qui a voulu donner, sous une formule concise, un aperçu de l'action curative des quatre principaux établissements de la Bohême, en disant : Franzenshad, aux faibles; Marienbad, aux obèses ; Karbsbad , aux jaunes, et Teplitz, aux rhumatisants et aux goutteux. Les eaux de la Kreuzbrunnen semblent être excitantes chez les hémorrhoïdaires et chez ceux qui sont menacés de congestions vers la tête. Elles ramènent, en effet, des flux hémorrhoïdaux supprimés quelquefois depuis longtemps ; elles en occasionnent même chez ceux qui n'en ont jamais eu, et elles doivent être maniées avec une grande prudence chez les malades dont il importe de ne pas trop activer la circulation cérébrale. Une cure à cette source semble, au contraire, calmer, hyposthéniser ceux qui ont le système nerveux pathologiquement surexcité. Ainsi les hystériques, les hypochondriaques , les maniaques à leur période d'excitation, se trouvent bien d'une cure interne à la Kreuzbrunnen, et des bains à l'eau des sources employées à l'extérieur. De toutes les sources que nous connaissons, celles de Marienbad, au dire des médecins de cette localité qui ont la conviction la plus profonde à cet égard, ont une puissante efficacité et une grande énergie sur les malades affectés d'une ahénation mentale existant depuis longtemps quelquefois. Tous assurent avoir vu s'amender ou guérir les troubles de l'inteUigence les plus variés et les plus réfractaires, tels que la lypémanie, la manie suicide ou homicide, la mélancohe, etc. Nous avons envoyé nous-même trois malades de cette nature aux eaux de Marienbad, et nous affirmons que les médecins de cette station n'ont rien dit d'exagéré. On comprendra que nous insistions sur des résultats qui ne s'observent presque qu'à Marienbad, et qui doivent être connus et mis à profit dans des affections presque toujours rebelles à tous les traitements.
Des malades, tourmentés par des migraines insupportables et fréquentes, constatent quelquefois la cessation d'un état si pénible, en allant boire à la Kreuzbrunnen. 11 n'est pas d'eau qui soit mieux indiquée que celle de cette source dans les accidents qui précèdent, accompagnent ou suivent la ménopause. Les femmes qui alors éprouvent les bouffées d'une chaleur gênante accompagnées de sueur, se trouvent, eu général, soulagées à la suite de l'emploi de la Kreuzbrunnen. Enfin, en disant que la source de la Croix est aussi une pierre de touche qui assure si la syphilis ne peut plus avoir de manifestations graves; qu'elle ramène des accès de fièvre intermittente guérie depuis longtemps, mais ayant laissé des troubles dont il est difficile de trouver la cause véritable, nous aurons fini les indications thérapeutiques des principales sources de Marienbad. Nous ajoutons que les eaux de ce poste minéral sont contre-indiquées plus que toutes peut-être chez les personnes qui ont des vices organiques du cœur et des vaisseaux qui en partent ou y viennent aboutir.
On voit que l'eau de la Kreuzbrunnen en boisson constitue le traitement principal à Marienbad. Les bains et les douches d'eau chauffée de la Marienquelle, les biins et les douches de gaz acide carbonique, les bains de boue sont presque toujours employés comme adjuvants. N'ayant rien de particulier à dire de Taction curative des bains et des douches d'eau, des bains et des douches du gaz de
118 MARIENRAD (eaux minérales de).
Marienbad, nous nous contentons d'indiquer les circonstances où les bains de boue rendent d'utiles services. On les prescrit surtout dans les affections où l'on veut agir sur toute la périphérie du corps, en appelant à la peau une stimulation énergique avec l'intention, soit de déplacer une douleur profonde, comme dans les rhumatismes et quelques névralgies ; soit de ramener des mouvements abolis, comme dans les paralysies qui ont apparu à la suite de ces dernières maladies ; soit dans d'autres états pathologiques, comme plusieurs névroses, dans lesquelles il convient de tonifier.
Durée de la cure, de quatre à six semaines.
On exporte beaucoup l'eau de la Kreuzbrunnen, 600,000 bouteilles par an, et un peu celle de l'Ambrosiusbrunnen. On se procure aussi à Marienbad, et dans plusieurs stations allemandes, le sel de Marienbad, dont presque tous les buveurs rapportent une provision à leur retour des eaux. A. Roturbau.
Bibliographie. — Zacschener (J.-B.). Dissertatio inauguralis medica de elementis et viribus medicis trium aquarumTeplensium. Prags'. 1766, in-8°. — Schneider. 3/«r)VH&û!f7, einCyclus von Gedichteu. Wien, 1812. — Do même. Marienbad, ein Cycliis von Gedichten, an den finf Quellen geschrieben im Sommer 1817, 181S, 1819. Prag, 1819,. in-8". — Nehr (Ch.-J.). Beschreibung der mmcralischen Quellen zu Marienbad. Kadsbad, 1813, in-8° ; 1" édit-, 1817. — Reuss (J.-A.). Das Marienbad bei Amtcfiowilz, aiif der Herrscliaft Tepl, jihysicalisch, chemisch und uwdicinisch gcpriift iind dargestelit. Prag, 1818, 1819, in-8°. — ScHMn)T.(M.). Anleitung zum Gebrauch der Mineralwàsser. Ei)i Buch fur Jedermann, welcher die Mineralwasser und besonders jenes des Marienbader Kreuzbrunnens gebrauchen will. Wien, 1818, in-8°. — IIeidler (C.-J.). Ueber die Gasbàder in Marienbad, 7iebst einer skizzirten Beschreibung dièses Kiirortes. Wien, 1819, in-8°. — Du même. Marienbad, nack einigenbisherigen Beobachtungen und Ansicitten, àrztlich dargestellt . Wien, 1822, in-S". (Il existe en outre cinq ou six brochures du même auteur sur les eaux de Jlyrienbad). — Sartori (F.) Taschenbuch fur Marienbads Curgàsle, oder vollstândige Beschreibung dièses Heilorts und seiner Umgebungen in topographischer, pittoresker, geschichtlicher, jiaturhistorischer und inedicinisclier Hinsicht. Wien, 1819, in-8''. — Ziegler. Bemerkungen ûber Marienbad in Bôhmeu, vorzûglich ûber das von dorther verschiekte Kreuzbrunnenwasser und dessen medicinischen Gebrauch. Regensburg, 1820, in- 8°. — Steinmann (J.-J,). Pfnjsikalisch-chemische Untersuchiing der Ferdinandsquelle zii Marienbad, mit einem Anhange iiber die Ileilkrâfte dieser Quelle, v. J.-V. Krombholz. Prag, 1821,in-8°. — Richter (F.-L.). Marienbad, ein Handbuch fiir diejenigen , ivelche diesen Curort besuchen. Prag, 1821, in-12*; 2" édit. Eger, 1828. — Schec (F.). Meine Beobachtungen ûber die eigenthûmlichen Wirkungen der Bâder in Marienbad. Prag, 1822; 2^ édit., 1824, in-8°, et quelques autres brochures du même. — Wetzler (J.-E.). Ueber Gesundbrunnen und Heilbàder ; 5. Band, ûber die vorzftglichsten Gesundbrunnen und Heilbàder in Bôhmen, als Marienbad, etc. Mainz, 1825. — Gerle (W.-A.). Die Quellen und Bàder von Marienbad in topographischer, naturgeschichtlicher, jnttoreskei- und medicinischer Hinsicht dargestellt. Prag, 1828, in-12'' ; 2= édition. Pilsen, 1838, in-12''. — ScmFFER (F.-L.). Dissertatio inauguralis medica de fontibus soteriis Marianis. Vindob., 1831, in-8°.— Eichler (A.-C). Der Damenfûhrer nach Teplitz, Carlsbad, Franzensbad und Marienbad. Teplitz, 1831, in-S». — Frankl (J.-A.). Marienbad, seine Heilquellen und Umgebungen. Prag, 1857, in-8°. — Du même. Das bôhmische Kleeblatt : Teplitz, Carlsbad, Franzensbad, Marienbad. Leipzig, 1858, in-8''. — Scmnors-GER (A.). Wegweiser fur Marienbads Curgâste. Prag, 1858, in-8% en français, 1858, in-8''. — Herzig (L.). Die Hedung der Krankheiten mit Hilfe des Kreuzbrunnens zu Marienbad. Prag, 1840, in 8°. — Do même. rhe Minerai Waters and Batfis of Marienbad. Prag, 1846, in-8°. — Daszer (A -E.). Geschichte jon Marienbad. 1842, in-8°, et quelques brochures du même. — Lucka (S.-B.). Der Kreuzbrunnen und seine Heilwirkungen. Prag, 1844, in-S" ; 2^ édit., 1848 ; 5= édit., Leipzig, 1858, in-8''. — Du MÊME. Der absolute und relative Eisengehalt in den Trink- und Badcquellen und Moorerden von Marienbad. Prag, 1860, in-8°. — KERsrEN(C.-M.). Der Kreuz und Ferdinandsbrunnen in Marienbad, von neuem chemisch Untersuc/tt. Leipzig, 1845, in-12°. — Kratzhasn (Emil). Historische, statistiscli-topographische und medicinische Notizen ûber Marienbad. Carlsbad, 1848, in-8°, et autres brochures du même. — Hickl (A.-E.). Bilder und Klânge aus Marienbad, Gedichte. Eger, 1854, in-16».— Kapper (Siegfr.) Die bohmischen Bàder [HI. Marienbad). Leipzig, 1857, in-8°. — Grômng (W). Marienbad. Illustrirter Wegweiser fiir Lustreisende und Curgâste Berlin, 1859, in-S". — Muhlbkfels (E.-V.). Poetischcs Gedenkbuch fiir Marienbad. Dresden, 1859, in-S". — Opitz (F. J.). Die neue Fassung des Kreu3-