SECTION DEUXIÈME
Études historiques relatives à l'influence de la médecine et des médecins sur le progrès
et la civilisation.
L Études générales en parcourant les principales époques.
1» Des médecins physiciens, chimistes, naturalistes. 2° Des médecins physiologistes, psychologistes.
I Pratique civile.
Médecins des hôpitaux.
Médecins militaires et de la marine.
Médecins des épidémies.
Médecins des rois.
4» Des médecins hygiénistes et légistes. 5» Des médecins économistes.
6° Des médecins historiens;
7» Des médecins philosophes (HippoCrâte, Œuvres philosophiques, et spécialement le traité De decenti ornatu; Bordeu, Recherches sur l'histoire de la médecine).
Si nous remplissions ce programme, en mettant la deuxième section en regard de la première, nous arriverions, historiquement, aux conclusions suivantes :
l»Les grands médecins ont parfaitement compris le vrai progrès, la vraie civilisation- ils se sont servis de toutes leurs lumières, de toute leur influence, pour pousser' et maintenir les hommes dans cette voie salutaire, pour tracer la route la meilleure, la plus sûre, en marchant avec eux et les devançant.
2° Ils se sont attachés surtout au progrès continu, calme, soutenu; ils en ont
donné l'exemple.
3° Ils ont montré dans quelle condition le progrès brusque peut devenir utile pourvu que l'on rentre bientôt dans le progrès continu et qu'on y réunisse toutes les conquêtes. Ils ont fait voir toute la valeur de la science traditionnelle qui s'accroît se développe, s'élabore par le travail assidu des siècles, et consacre toutes les vérités positives*
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4° Les méflecins ont contribué largement quoiqu'à des degrés divers, aux progrès de toutes les sciences, par leurs découvertes et leurs inventions.
5° Les services qu'ils leur ont rendus par leur vulgarisation, leurs applications, sont plus considérables encore.
Les diverses sciences fournissent les éléments de tous les progrès. Mais ces éléments, s'ils restent isolés, peuvent se nuire par leurs antagonismes. La médecine et l'économie sociale s'en emparent, les travaillent, déterminent leur place et leur valeur respectives, les unissent dans un tout harmonieux. Seules, elles en font des instruments réels, efficaces, du progrès d'ensemble, du véritable progrès social.
6° La médecine occupe un des premiers rangs parmi les sciences législatrices. Elle a eu des génies législateurs qui ont pu, comme Hippocrate, se placer sur ses hauteurs et embrasser de là les horizons les plus vastes.
7" La médecine, par ses modes divers (physiologie, hygiène, clinique, etc.), forme un vaste réseau qui enveloppe la société tout entière, la pénètre dans tous les sens, dans toutes les directions, s'y infdtre, se glisse dans ses replis les plus intimes, s'identifie avec elle en se portant des couches les plus inférieures jusqu'aux hommes qui la dominent par leurs talents, leur fortune, leurs mérites, leurs prestiges, leur puissance. Les vrais médecins ont toujours profité de cette magistrature sociale si spéciale, si profonde, si universelle, non-seulement pour guérir les malades, prévenir les maladies, empêcher et arrêter les épidémies, etc., mais aussi pour combattre une des plus grandes sources de nos maux, en déracinant les préjugés inhérents aux grands commeaux petits; pour attaquer dans leurs principes tous les fléaux de tous les genres, qui arrêtent ou brisent l'essor delà civilisation; pour enseigner en théorie et transporter dans la pratique les dogmes éternels, les vérités fondamentales qui assurent la stabilité des nations, et les font avancer d'un pas ferme dans la voie du progrès et de la civilisation. C'est la médecine qui, sous ses divers modes, dirige et surveille dans toutes ses périodes, l'éducation sociale de l'homme et de l'humanité. L'histoire nous montre partout ce travail incessant ; elle le révèle surtout dans les pays et dans les siècles où la civilisation vient lui prêter les secours qu'elle lui a souvent empruntés. L'étude historique de ces pays et de ces époques fournit sans effort des preuves éclatantes, évidentes, irrécusables, une démonstration expérimentale du rôle social de la médecine et des médecins, de leur influence réelle, pratique, profonde. Elle nous initie en même temps à leurs procédés également remarquables par leur variété, leur flexibilité, leur puissance. C'est là ce dont on peut se convaincre en méditant sur les grandes périodes historiques, et particulièrement sur celles qui sont le plus près de nous, sur le xvn°et le xviii^ siècles, sur notre époque même si difficile à apprécier, et que l'on peut néanmoins comprendre en la soumettant à une rigoureuse analyse.
Tels sont les enseignements de l'histoire. Ainsi, nous pouvons dire, en nous résumant :
I. La médecine considérée comme science et comme art a, par sa nature, le caractère le plus nécessairement, le plus éminemment social.
II. Ce caractère s'accentue avec la plus grande évidence dans les écrits et la vie de tous les vrais médecins. Aussi la médecine a-t-elle exercé dans tous les temps l'influence la plus heureuse et la plus profonde sur le progrès, la civilisation, l'état social. Cette influence s'accroît et devient plus manifeste depuis le xvii^ siècle jusqu'à nous.
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ni. Nous devons désirer : l^que la médecine reçoive une organisation plus forte qui multiplie le nombre des vrais médecins ; 2° qu'on lui donne les moyens de rendre son intervention plus étendue, plus efficace ; 3° qu'il établisse entre les médecins des divers pays des relations intimes qui leur permettent d'agir ensemble, dans l'intérêt commun de la civilisation. Sans sortir de leurs attributions, au nom de leur art, au milieu de leurs fonctions médicales dont on apprécierait les bienlaits, ils répandraient partout et chez tous, par leurs enseignements et par leurs exemples, les grands dogmes civilisateurs en harmonie avec l'expérience, la raison, les principes du christianisme. Ils contribueraient à vulgariser comme des apôtres, toutes les vérités pratiques qui consolident les États, concilient l'ordre et la liberté, assurent leur prospérité. Ils montreraient comment on peut, en utilisant tous les progrès, travailler le sol et ceux qui l'habitent, de manière à assainir, à fertiliser les uns et les autres. Par leurs soins unis à ceux d'une administration sage et habile, les grands problèmes sociaux seraient successivement résolus, non point d'après des vues arbitraires et des utopies, mais d'après des principes solides, d'une apjtlication constante, reposant sur la nature de l'homme, s'adaptant à elle pour la conduire et la diriger. C'est ainsi que, par un développement continu, les hommes de tous les pays, les nations les plus déshéritées aujourd'hui, participeraient aux bienfaits de la vraie civilisation, deviendraient sans cesse meilleurs au triple point de vue physique, intellectuel, moral, et seraient par cela même plus heureux. Le but final de la médecine, dit Ilippocrate, ce n'est pas seulement de guérir ou de prévenir les maladies, c'est de perfectionner les hommes et tout ce qui les entoure, et de les rendre plus heureux en les rendant meilleurs. L. Boyer (de Montpellier).
IHÉDECIIVE. (Enseignement et exercice.) 1 est évident que nous avons surtout à nous occuper ici de l'enseignement et de l'exercice de la médecine en France ; nous dirons cependant quelques mots de l'étranger afin que le lecteur puisse faire des comparaisons et tirer des conclusions utiles, à une époque où la réforme de l'enseignement est devenue plus que jamais nécessaire et préoccupe tous les bons esprits en France. Nous nous étendrons un peu plus sur l'enseignement médical en Angleterre et en Allemagne ; sur le premier parce que, étant complètement libre, il peut servir de modèle et permettre de juger la liberté de l'enseignement supérieur ; sur le second, parce que, au point de vue pratique, rien, il faut en convenir malheureusement, n'est plus complet ni mieux entendu que l'enseignement médical en Allemagne,
La médecine en Angleterre. En Angleterre, comme dans tous les pays de l'Europe, la médecine fut d'abord exercée par les prêtres, les charlatans et les devins. U n'existait ni écoles ni collèges; quelques prêtres, quelques moines avaient eu l'occasion de lire un ou deux traités de médecine, et cela avait suffi pour en faire des médecins. Jusqu'à l'époque du concile de Tours, H65, la chirurgie était également exercée par les prêtres ; mais le concile ayant défendu au prêtre de verser le sang (Ecclesia abhorret a sanguine) , la chirurgie devint l'apanage exclusif des maréchaux-ferrants et des barbiers. Cependant le médecin proprement dit était quelquefois appelé, non pas pour agir, mais pour dormer son
avis,
11 est probable qu'il se faisait ainsi de singulière médecine et d'étrange chirurgie, car, dès le treizième siècle, on sentit la nécessité impérieuse de mettre quelque ordre dans l'exercice de cet art. En 1272, une charte d'Édouai d 111 au-
PICT. ENC. -2 S. V. -iU
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torise les barbîers-chirurgiens à faire passer des examens, et les candidats qui auront répondu d'une manière satisfaisante seront seuls incorporés dans la confrérie. Mais il paraît que cet arrêté resta lettre morte, car, même sous Henri Vlil, la médecine et la chirurgie en Angleterre étaient presque exclusivement exercées par des charlatans sans titres d'aucune espèce, et, chose plus grave, sans aucune science ou valeur personnelle. Frappé de ces abus et des dangers qu'ils faisaient courir à la population, Linacre obtint d'Henri VIII, en 1518, la fondation du collège des médecins (Collège of Physicians) de Londres. Désormais nul ne put exercer la médecine à Londres, et dans un rayon de 7 milles, s'il n'avait été examiné et reçu par le collège. Ce fut un grand bienfait pour la cité, mais le reste du royaume ne s'en ressentit nullement. Or il ne faut pas oublier qu'à ce moment la Faculté de Paris était dans toute sa splendeur et que l'exercice de la médecine en France était parfaitement réglementé. Jusque dans les détails on retrouve la diversité d'esprit des deux nations ; les Anglais ont par-dessus tout l'amour de la liberté, et ce n'est pas moi qui les blâmerai, car c'est le seul stimulant des grandes choses.
Les barbiers et les chirurgiens proprement dits avaient vécu isolés et rivaux jusqu'en 1540 ; à cette date Henri VIH les réunit par une charte qui les constitua en une compagnie régie par quatre maîtres, deux barbiers et deux chirurgiens. Désormais nul ne put exercer la chirurgie à Londres, et à un mille à l'entour, s'il n'avait une licence de la compagnie et une enseigne à sa porte.
Quelques chirurgiens-barbiers, des droguistes, des herboristes avaient également des boutiques, plus ou moins bien garnies et achalandées, parmi lesquelles les plus importantes prirent le nom de dispensary ou apotheke. Les propriétaires de ces boutiques s'appelèrent apothecary, et une nouvelle classe de médecins se trouva ainsi créée. Elle fut à son tour réunie en corporation et chargée de surveiller la vente et la préparation des médicaments (1606-1617).
En 1745, les chirurgiens sont séparés des barbiers et forment une corporation sous le titre de « maîtres, gouverneurs et communauté de l'art et science des chirurgiens. »
Comme en France, et pendant nombre d'années, ce furent entre ces trois classes de médecins des querelles incessantes et de continuelles discussions. Peu à peu, cependant, un certain accord se fit ou, plutôt, une hiérarchie s'établit quij généralement respectée, fit cesser cet antagonisme et alors, comme encore aujourd'hui , le physician prit le haut du pavé, puis vint le surgeon^ puis enfin Yapothecary. Les honoraires sont toujours en rapport avec la classe à laquelle appartient le médecin que l'on appelle. Aujourd'hui voici quels sont les divers titres des médecins et leur hiérarchie. Ils sont très-nombreux. Nous remarquons: le bachelier en médecine et le bachelier en chirurgie, le docteur en médecine et le maître en chirurgie, grades spécialement conférés par les universités. Puis le fellow du collège de médecine, le membre (member) du collège, et le licencié. Le collège des chirurgiens a aussi ses fellows et ses membres. Les uns et les autres sont des praticiens distingués. Au-dessous , enfin, se trouve le gênerai practitionner qui fait de tout, médecine , chirurgie et pharmacie, à l'occasion , mais c'est un titre ancien qui ne se délivre plus depuis longtemps.
Rien, en Angleterre, ne ressemble ni à notre univei'sitè, ni à nos facultés et il est impossible de comparer l'enseignement et la pratique de la médecine chez les deux peuples. Jusqu'à ces dernières années, chez nos voisins, les examens ne prouvaient rien et les titres délivrés n'avaient pas une bien grande valeur. Un
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grand nombre de collèges, de corporations érigés en corps enseignants ou examinants délivraient des diplômes avec une facilité remarquable. Il n'existait d'ailleurs aucune unité dans les matières de l'examen et deux hommes portant le même titre, étaient souvent bien loin d'avoir passé parles mêmes épreuves. Seul le collège des médecins de Londres avait toujours apporté une grande sévérité dans les examens, aussi était-ce un titre d'honneur que d'être membre de ce collège. Frappé de cet état de choses, le parlement anglais, en 1848, chargea une commission, prise dans son sein, de s'occuper des études médicales et de les rendre unifoimes autant que possible dans tout le Royaume-Uni. Dix ans après, le parlement votait la loi ou act de 1858 , dont le but est de faire connaître au public les titres exacts des praticiens, la valeur de ces titres, par la source dont ils émanent ; en même temps que de surveiller l'enseignement des corps reconnus par ledit act.
Nous pallions tout à l'heure de l'amour du peuple anglais pour la liberté, il en a donné une preuve nouvelle dans ïact de 1858. 11 ne faudrait pas s'imaginer qu'on ait voulu exclusivement confier le soin de la santé publique à une classe de citoyens et empêcher toute autre personne d'exercer la médecine ; ce serait une erreur, et le parlement n'a jamais eu un pareil but. Son but unique a été celui-ci : faire de très-bons médecins, leur conférer un titre ou diplôme qui prouve leur capacité, prévenir la population de l'existence de ces médecins et prendre les plus strictes précautions pour qu'aucun individu ne puisse usiu^per un titre qui ne lui appartient pas. Après cela laisser à chacun le droit de se faire soigner par qui lui
plaît.
En conséquence, la loi de 1858 institue un Co7îseil général d'éducation médicale et d'enregistrement du Royaume Uni, avec des conseils spéciaux pour l'Anqleterre, l'Ecosse et F Irlande respectivement. C'est sur ce conseil et ses attributions que roule toute l'économie de la loi, dont nous allons citer quelques articles seulement.
Le conseil général se compose de 23 membres, tous médecins enregistrés, choisis par le gouvernement et par diverses corporations.
Art. 14. Les secrétaires sont chargés de tenir un registre des membres de la profession, d'effacer les noms de ceux qui sont décédés et d'effectuer sur les registres tous les changements de qualité et d'adresse.
Art 15. L'enrecristrement se fait à la demande de l'intéressé, contre payement d'un droit de 50 fr. au plus et sur présentation de ses diplômes.
Art 29. Tout crime public, toute conduite infâme, autorisent le conseil général à effacer du registre le nom du coupable.
Art 31. Toute personne enregistrée pourra, selon ses titres, exercer soit la médecine, soit la chirurgie, soit l'une et l'autre, dans toute l'étendue de l'empire britannique, poursuivre devant les tribunaux le payement de ses honoraires et du prie des médicaments fournis par elle...
Art 39 Quiconque se ferait enregistrer frauduleusement serait puni d'un emFisonnementd'unanauplusetd'une^amende.
Art 40 Celui qui se donne le titre de docteur ou de licencie, etc., sans y être autorisé pourra être oondarané à une amende de 500 fr. au maximum.
Voilà 'pour la pratique médicale; quant à l'enseignement, la loi établit d « 1 art 18 que le conseil général doit être tenu au courant des études et"derexamens et qu'il peut envoyer un de ses membres assister aux examens.
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Art. 20. Le conseil général peut adresser à la couronne ses plaintes au sujet de l'insuffisance des programmes ou des examens.
Art. 21. Le conseil privé de la couronne pourra alors ordonner que les titres conférés par un corps, dont l'insuffisance serait ainsi signalée, ne soient pas reçus comme valables pour l'enregistrement.
Nous n'avons pas besoin de dire que ces plaintes sont religieusement écoutées et qu'il y est immédiatement tait droit. D'ailleurs le conseil général a pris à cœur sa mission, il adresse des recommandations fréquentes aux corps enseignants et inspectants et, pour la session de 1869-70, entre autres, la recommandation est un véritable programme d'études médicales.
Les corps enseignants, en Angleterre, n'ont rien de commun avec nos facultés ; ils se confondent quelquefois avec les corps examinants, mais d'ordinaire ils en sont distincts. Ces corps enseignants sont presque toujours dans les hôpitaux des villes et quelques-uns ont une célébrité exceptionnelle, tels que Saint- Barthélémy, Saint-Thomas, l'hôpital de Guy et celui de Londres. Il existe 40 écoles de médecine, toutes libres et plus ou moins florissantes. Le prix des études varie selon l'importance de l'établissement et sa réputation. Le prix des études à l'hôpital Saint-Barthélémy, le plus cher de tous et qui compte 50 professeurs, est de 2,500 fr. pour quatre ans. Ce prix n'est pas le même, d'ailleurs, dans les diverses écoles et universités, et ce qui varie encore plus que le prix dans ces divers corps enseignants, c'est la matière de l'enseignement, la durée des études, le mode des examens, le zèle et la valeur des professeurs. L'institution du conseil général aura pour effet, dans un délai assez court, de faire disparaître d'aussi choquantes différences qui se traduisent par un danger pour la santé publique.
Les corps examinants, c'est-à-dire autorisés à examiner et à conférer des grades et, la plupart, à la fois, corps enseignants sont :
Les universités d'Oxford, de Cambridge, de Londres, de Durham, d'Edimbourg, de Glascow, d'Aberdeen, de Saint-André, deDubhn, de la Reine (Irlande).
Les collèges royaux des médecins de Londres, des chirurgiens d'Angleterre, des médecins d'Edimbourg, des médecins en Irlande, des cliirurgiens en Irlande.
La société des apothicaires à Londres, Vapothecarie's hall d'Irlande.
Comme corps examinant de l'Angleterre, l'université de Londres est la plus renommée, la plus sévère et celle qui fournit les médecins les plus instruits ; les examens y sont très-nombreux, fort longs et de nature à montrer la valeur réelle du candidat.
Cette université confère les grades ci-après : bachelier en médecine et docteur en médecine ; bachelier en chirurgie et maître en chirurgie. Le docteur en médecine doit être, au préalable, bachelier en médecine, le bachelier en chirurgie également et le maître en chirurgie doit justifier des deux baccalauréats.
Comme corps enseignant et examinant, l'université d'Edimbourg peut être considérée comme la faculté la plus complète et la meilleure de tout le Royaume- Uni. Elle ne confère que trois degrés : bachelier en médecine, docteur en médecine et maître en chirurgie.
Les collèges diffèrent des universités en ce qu'ils n'enseignent généralement pas et qu'ils constituent des corporations dont les fellovw, qui se recrutent euxmêmes, parmi les membres, sont les administrateurs.
Le diplôme de membre n'est délivré qu'après les examens ou la justification de titres d'autres universités ou collèges qui peuvent en tenir lieu. Les licences délivrées par les collèges donnent le droit à la pratique.
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Il est bon de faire remarquer, à cette occasion, que chaque collège, université ou école anglaise reconnaît comme équivalents certains titres délivrés par ses émules. Eir général, le prix des leçons payées par les élèves est partagé entre les professeurs qui reçoivent de très-minimes honoraires fixes. L'élève n'est pas astreint à suivre les cours complets d'une seule et même école-hôpital, il choisit à son gré ses écoles. Dans quelques universités , il peut même suivre les cours d'un professeur agrégé à l'université en le déclarant à l'avance et les certificats délivrés par le professeur sont acceptés. Les divers professeurs et examinateurs sonL nommés sur présentation de leurs titres soit par les conseils des universités soit par les gouverneurs des hôpitaux.
Telle est, très-brièvement résumée, l'organisation de la médecine en Angleterre ; elle prête à certaines critiques, et nous ne doutons pas que les Anglais ne modifient avant peu, pour l'améliorer, leur act de 1858 ; tel qu'il est, cependant, c'est un énorme progrès sur ce qui existait antérieurement. Il ne nous en coûte nullement de reconnaître que le corps médical anglais, dans les grandes villes est très-remarquable et qu'il égale, tout au moins, s'il ne surpasse en instruction théorique et pratique, le corps médical français.
La médecine en Allemagne. Les universités allemandes ne ressemblent en aucune façon aux universités d'Angleterre, pas plus qu'à l'Université française ; mais elles ont un assez grand rapport avec nos anciennes universités, avant la Révolution. Une université allemande est la réunion, dans une môme ville, des quatre facultés de théologie, de droit, de médecine et de philosophie. Comme on le voit, l'université allemande ne s'occupe pas de l'instruction élémentaire.
11 existe en Allemagne 25 universités, et par conséquent 25 facultés de médecine, plus ou moins florissantes. Ces universités et ces facultés sont parfaitement indépendantes l'une de l'autre, mais toutes relèvent du gouvernement et du ministre de l'instruction publique. Les modifications apportées récemment dans le système politique de l'Allemagne entraîneront sans doute des modifications corrélatives dans le système des universités. Actuellement, elles sont régies par un recteur, assisté d'un conseil académique; elles forment de véritables corporations, jouissant, comme les nôtres avant 1789, de certains privilèges, de prérogatives spéciales et de fonds particuliers, souvent considérables.
Quant aux facultés, et à la faculté de médecine en particulier, elles ont à leur tête un doyen, élu seulement pour un an, et non rééligible. Tous les professeurs titulaires de la faculté sont doyens à leur tour, et quelquefois même on ne se donne pas la peine d'élire le doyen, on le prend sur un tableau de roulement arrêté d'avance. Le doyen de la faculté fait, de droit, partie du conseil académique.
En Allemagne, c'est la faculté de médecine qui donne, et qui donne seule, tout l'enseignement théorique et pratique. 11 n'existe pas d'enseignement libre, à proprement parler, en ce sens qu'un docteur ne peut enseigner, s'il n'a un titre pour cela; mais, comme nous allons le voir, il y a plusieurs ordres de professeurs ; ceux-ci sont beaucoup plus nombreux qu'il ne serait absolument nécessaire, et, par le fait de leur organisation seule, l'émulation est telle parmi eux, que l'enseignement allemand ne ressemble en aucune façon à notre enseignement officiel, et qu'il a bien plus les allures d'un enseignement libre.
Dans les facultés de médecine, il existe trois classes distinctes de professeurs : 1"^ les professeurs ordinaires ; 2° les professeurs extraordinaires; 3° les maîtres particuliers, désignés sous le nom dePrivatdocenten. Les professeurs ordinaires
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sont choisis ou bien dans une autre faculté, ou bien parmi les professeurs extraordinaires ; quant aux Privatdocenten, ils sont nommés à la suite d'une sorte de concours ou plutôt d'examen. Ces trois ordres de professeurs sont également chargés de l'enseignemeni, et celui-ci est toujours combiné de telle sorte, qu'un coui-s ne puisse ni manquer, ni faire double emploi.
Le nombre des professeurs ordinaires est toujours assez restreint, de 8 à 13 par faculté ; le nombre des chaires est, au contraire, considérable, et les heures de cours vraiment prodigieuses. Grâce aux professeurs extraordinaires et aux maîtres particuliers, aucune chaire, même spéciale, ne reste inoccupée; et, comme tous les cours sont payés par les élèves, et d'autant plus cher, que les professeurs sont occupés un plus grand nombre d'heures par semaine, il y a là une cause très-efficace d'émulation, de travail, et maîtres et élèves en tirent grand profit. Pour ne citer qu'un seul exemple, la faculté de Vienne, qui est la première d'Allemagne, n'a que 13 professeurs ordinaires, et cependant quarante-trois cours variés y sont faits toute l'année, représentant trois cent dix-sept heures par semaine. Car chaque professeur doit faire au moins cinq heures de cours, et quelques-uns en font jusqu'à huit, dix, quinze, et davantage, et cela pendant toute l'année. Il est vrai, et le fait est capital, que les professeurs allemands, sauf ceux de clinique, ont complètement renoncé à la clientèle.
Les professeurs ordinaires touchent, seuls, un traitement fixe de l'Etat; mais ceux-ci, comme les professeurs extraordinaires et les Privatdoceyiten, sont, ainsi que nous l'avons dit, payés par les élèves.
La durée des études médicales varie un peu, selon les universités; elle est de quatre ans au moins, de cinq ans dans l'Autriche allemande. Les matières de l'enseignement sont extrêmement variées, et comprennent, outre ce qui constitue l'enseignement officiel en France, toutes les spécialités : l'ophthalmologie, l'odontologie, la syphiHs, la balnéologie, l'histoire de la médecine, etc., etc. Cependant, tous les cours ne sont pas obligatoires, mais certains le sont d'une façon expresse, et l'étudiant est tenu de fournir un certificat de présence. Ces cours obligatoires sont à peu près les mêmes dans toutes les universités. Ils comprennent :
La méthodologie médicale, l'anatomie spéciale, l'anàtomie générale, l'anatomie comparée, l'anatomie pathologique, la physiologie, la pathologie générale, la thérapeutique générale, la pharmacologie, la pathologie spéciale, la séméiotique, la thérapeutique spéciale, l'hygiène, l'histoire de la médecine, la chirurgie, l'ophthalmologie, l'obstétrique, les opérations et les bandages, la médecine légale, la police médicale, les épizooties, les cliniques médicale, chirurgicale, obstétricale et ophthalmologique. Tous ces cours sont faits d'une façon formelle, spéciale, complète, et non point, en quelque sorte, en passant, et comme au hasard, à propos d'un autre cours; il en résulte que, à la fin de leurs études, les élèves allemands ne peuvent rien ignorer de ce qu'il importe à un médecin de savoir.
La partie la plus importante de cet enseignement, celle qui est faite avec le plus de soin et d'intelligence, est la clinique médicale et chirurgicale ; peu à peu l'élève y devient, en quelque sorte, médecin traitant. Il ne suffit pas, en effet, de se promener dans une salle de clinique, d'examiner à peine un malade, et d'écouter une leçon presque inintelligible sur un malade qu'on n'a pas eu le temps d'examiner; chaque élève est inscrit dans une clinique, comme auxiliaire, pendant le premier semestre, puis comme pratiquant. Les lits sont répartis entre ces derniers, qui doivent recueillir les observations et, à tour de rôle,
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interroger publiquement le malade, établir le diagnostic, le pronostic, indiquer le traitement, et en suiwe les effets. Le professeur corrige, s'il y a lieu, les erreurs commises, complète les renseignements oubliés, discute les points importants. Quant à la leçon proprement dite, elle doit toujours être faite au lit du malade, en présence de tous les élèves. Les cliniques spéciales se font absolument de la même manière; mais il y a encore, en Allemagne, ce que l'on appelle la poli-clinique : c'est notre consultation publique, sérieusement organisée. Les malades sont interrogés par un élève pratiquant, surveillé par le professeur ou son aide, et le traitement est arrêté, prescrit et, avec l'observation du malade, inscrit sur un registre. C'est là la poli-clinique ambulante. Mais que le malade soit forcé de garder le lit, l'élève se transporte à son domicile, et lui donne ses soins. Chaque jour, il rend compte au professeur de l'état du malade, des changements survenus, des prescriptions ordonnées, etc. L'élève s'habitue ainsi à la pratique civile, sans détriment pour le patient, car si la maladie s'aggrave, ou si le malade le demande, le professeur se transporte auprès de lui.
La clinique ainsi comprise et les instituts pratiques constituent la partie vraiment originale et féconde de l'enseignement allemand. Il existe des instituts anatomiques, physiologiques, pathologiques, d'histologie, de chimie pathologique, etc., magnifiquement dotés, abondamment fournis de tous les produits et de tous les instruments nécessaires, qui commencent à peine à être imités en France, et qui sont, pour les élèves, le fonds où ils vont récolter à pleines mains la vraie science, celle qui ne s'oublie plus, parce qu'elle est fournie par l'expérience personnelle, car l'élève se livre, dans ces instituts, à tous les exercices pratiques. Il faut le dire, d'ailleurs, et c'est là le résumé de l'enseignement allemand actuel, les facultés poursuivent avant tout le but de faire des praticiens instruits et vraiment utiles.
Arrive, enfin, pour l'étudiant le moment de conquérir ses grades et son diplôme. Les examens de doctorat ne se passent pas de même dans toutes les facultés, et n'ont pas la même importance. A Vienne, comme cbez nous, l'élève qui a conquis son titre de docteur, peut désormais exercer son art, il est médecin praticien. En Prusse, et dans la plupart des autres universités, il n'en est pas de même ; celles-ci délivrent bien des titres et des diplômes, mais ils sont purement universitaires, et ne donnent aucun droit à pratiquer l'art de guérir; aussi, ces diplômes, à part deux ou trois exceptions, s'obtiennent-ils toujours assez facilement, et trop facilement dans quelques universités. Mais le mal n'est pas bien grajid, puisqu'ils ne confèrent aucun droit; il faut, pour pouvoir pratiquer la médecine, subir un nouvel examen, appelé examen d'État, et celui-ci est toujours très-sévère. Nous ne nous occuperons ici que de l'examen d'état, tel qu'il se passe en Prusse.
C'est toujours à Berlin que sont subis les examens d'État, sous les yeux d'une commission spéciale, composée de deux professeurs seulement, de médecins praticiens, et présidée par le médecin attaché au département des affaires médicales. Les examens roulent sur les matières suivantes :
i° Anatomie, physiologie, histologie; 2° clinique médicale; "ô" chirurgicale; 4" obstétricale; 5° examen oral final.
Les quatre premiers examens sont pratiques, et se passent à la salle d'anatomie ou dans les cliniques de l'hôpital. Le candidat doit suivre le malade pendant huit jours, le visiter matin et soir, et chaque fois faire l'histoire des changements survenus dans la maladie, et en indiquer et même en diriger le traitement.
632 MÉDECINE (enseignement).
L'examen de clinique obstétricale est tout aussi rigoureux. Puis vient, enfin, l'examen oral, qui porte sur les sciences naturelles : la pharmacologie, la pathologie générale, la thérapeutique, l'obstétrique et la chirurgie. Pour ce dernier examen, il n'y a plus que quatre juges, qui examinent pendant trois quarts d'heure chacun.
Quand l'étudiant a ainsi fait son temps de faculté (et je ne dois pas oublier de dire qu'il peut passer, à son gré, d'une faculté à l'autre, sans perdre aucun de ses droits acquis), quand il a subi ses examens académiques, et enfin l'examen d'État, pour lequel on ne peut pas être refusé plus de deux fois, on est en droit d'affirmer qu'il est devenu un véritable praticien, et on peut sans crainte lui confier le soin des malades. 11 reçoit alors ce qu'on appelle Yacte d'approbation, lequel mentionne qu'il a été reçu avec la note extrêmement bien, très-bien, ou bien (la note médiocrement entraîne le renvoi), et il peut désormais exercer l'art de guérir.
En Prusse, et dans la plus grande partie de l'Allemagne, il peut se fixer et exercer son art où bon lui semble ; il doit cependant prêter serment, et être toujours prêt à obéir aux réquisitions mihtaires ; mais ailleurs, en Hanovre, par exemple, le praticien ne peut s'établir en un lieu qu'avec l'autorisation^e l'administration, et ce lieu-là il ne doit plus le quitter ensuite sans une nouvelle autorisation. En Bavière, les médecins sont de véritables employés du gouvernement ; sans les consulter, on les envoie d'abord dans les districts les plus éloignés, dans les plus petits hameaux, et ils avancent tous les deux ou trois ans, allant dans un village un peu plus peuplé ou un peu plus riche, et ainsi de suite, jusqu'à la fin d'une carrière qu'en France nous appelons libérale. Les Allemands auraient dii s'apercevoir, ils s'apercevront mieux bientôt, que le sabre et la liberté ne marchent pas ensemble, et que c'est tant pis pour eux s'ils ont choisi le sabre. Pour moi, je ne demande à mon noble pays que d'adopter et de garder le culte de la liberté ; il n'aura bientôt plus rien à envier à l'Allemagne, pas même sous le rapport des études médicales.
Italie. Avant 4859, l'Italie présentait à peu près le même aspect que l'Allemagne. Elle possédait un grand nombre de centres universitaires, des universités libres, des jurys qui n'étaient pas formés de professeurs enseignants, ces professeurs passaient d'une université à une autre. Les étudiants réunis en corporations jouissaient de certains privilèges, etc. Depuis l'annexion, diverses lois et règlements ont essayé d'unifier le mode d'enseignement et d'examen des diverses écoles italiennes, mais cette unification n'est pas encore un fait accompli.
L'Italie ne délivre qu'un seul titre, celui de docteur en médecine et en chirurgie. La durée des études est de six ans, mais l'année scolaire se compose seulement de huit mois. Le prix de ces études est peu élevé, 875 francs dans les principales facultés. Il y a trois classes de professeurs : les ordinaires, les extraordinaires et les incaricati, que nous appellerions agrégés, en France. Les premiers sont nommés à vie, les autres pour un an seulement, mais ils peuvent être confirmés. La loi de 1862 a établi deux modes de concours, le concours par examen et le concours par titres, c'est-à-dire basé sur l'appréciation des travaux des candidats. Cependant, le ministre peut appeler à une chaire un savant que sa notoriété, diverses circonstances, auraient empêché de concourir. C'est une commission de trois professeurs qui est chargée de l'examen des candidats dans les cas de concours par titres ou autrement.
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A côté des universités de l'État, il existe quelques universités libres, à Ferrare, à Perouse, etc. Elles n'ont ni une grande importance, ni un très-grand succès.
Avant l'annexion, il existait en Italie un Institut célèbre, nous voulons parler de celui de Florence, qui a servi, sur bien des points, de type à la réorganisation actuelle des universités italiennes, et qui mérite d'être étudié. Nos lecteurs nous excuseront d'en dire quelques mots. S'ils lisent cet article en entier, ils verront que nos propres projets de réforme se rapprochent beaucoup de ceux qu'avait adoptés le grand-duc de Toscane, et que nous ne connaissons que depuis assez peu de temps.
Dans le duché de Toscane, les étudiants en médecine commençaient leurs études à Pise ou à Sienne, et les terminaient ^ Florence. Ils passaient cinq ans à Pise. Les deux premières années étaient consacrées à l'étude de l'histoire naturelle, de la chimie, de la physique, de la botanique, et des notions élémentaires d'anatomie et de physiologie. A la fin de chaque année, l'élève devait subir un examen sur les matières du cours . La troisième année était consacrée à l'anatomie, à la physiologie, à des notions élémentaires de pathologie interne et externe. L'examen de fin d'année roulait sur l'anatomie et la physiologie. Quatrième année : médecine, chirurgie, médecine légale, hygiène, thérapeutique. Examen sur ces diverses matières. La cinquième année était consacrée aux cliniques, aux accouchements, à l'histoire de la médecine. L'élève passait alors un dernier examen, à la suite duquel il était docteur.
Mais pour pouvoir exercer, il fallait ensuite faire un stage de deux ans à l'École de perfectionnement, à Florence. Elle est située dans le magnifique hôpital de Santa-Maria-Nuova, où sout réunis les amphithéâtres, les cliniques, les musées, les salles de dissection, la bibliothèque, etc. ; tout cela était et est magnifique, admirablement installé; il était facile de voir que le grand-duc était autrichien, et avait pris à Vienne quelques-unes de ses inspirations. On y professe la pathologie médicale et la pathologie chirurgicale, les accouchements, l'anatomie des régions, l'anatomie pathologique, l'embryologie, la thérapeutique générale, la chimie organique, les cliniques internes et externes, et les cliniques spéciales. L'élève doit suivre tous ces cours et n'en manquer aucun. Le professeur fait de fréquents appels et des interrogatoires sur les leçons précédentes, Ces appels et ces interrogatoires sont très-habituels dans les universités italiennes; et, autrefois, dans l'ancien royaume des Deux-Siciles, ils se faisaient avec une grande sévérité. Quand l'étudiant a passé deux ans à l'hôpital de Santa- Maria-Nuova, il doit subir les examens de la matricola, c'est-à-dire du libre exercice. Cet examen est passé devant un jury spécial, et se compose de trois épreuves : 1" une épreuve théorique, 2" une épreuve de clinique, 3* une thèse écrite.
Tout cela a dû se modifier sensiblement depuis l'annexion; l'institut de Florence est bien resté un institut des études supérieures pratiques et de perfectionnement^ mais voici quel y était le programme des cours de médecine pour l'année 1867. — 1» Clinique générale médicale; 2° Clinique générale chirurgicale ; 3° Clinique obstétricale ; 4" Clinique des maladies mentales ; 5° Clinique ophthalmologique ; 6° Clinique des maladies cutanées ; 7" Clinique des maladies vénériennes ; 8" Anatomie pathologique; 9° Anatomie topographique et histologie; 10" Chimie organico-pathologique ; 11° Toxicologie expérimentale; 12° Médecine légale; 15° Histoire de la médecine. Dans son rapport au gouvernement italien, M. le professeur
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Matteucci avait proposé de créer six instituts cliniques, sur le modèle de celui de Florence, près des grands hôpitaux de Bologne, Milan, Florence, Naples, Palerme, Turin, mais cette idée n'a pas été réalisée.
En Belgique, l'enseignement médical ressemble beaucoup à celui de Paris, et de ce côté rien d'intéressant ; mais la Belgique a, depuis longtemps, à côté de ses universités officielles, des universités libres, et par conséquent, des facultés libres de médecine, qui doivent nous arrêter un instant. Les universités officielles sont à Liège et à Gand, les universités libres à Louvain et à Bruxelles, celle-ci inspirée par les idées libérales les plus larges, celle-là sous la dépendance du clergé. En somme ces universités libres n'ont fait, en Belgique, ni bien ni mal et elles n'ont en aucune façon, élevé le niveau des études. Universités officielles, universités libres font, à peu près, des médecins de même valeur, quelques-uns très-distingués, d'autres médiocres. Ces quatre universités confèrent les grades de candidat, et de docteur en médecine, titres honorifiques, puisqu'ils ne donnent pas le droit d'exercice. Pour pouvoir exercer, il faut un autre diplôme décerné par les jurys mixtes, composés de professeurs d'une université libre et de professeurs d'une université de l'État. Chaque examen est combiné de telle manière que les deux tiers de sa durée appartiennent aux professeurs de l'université dont l'élève fait partie. La délibération a lieu à huis clos et le jury prononce à la majorité des voix. 11 existait autrefois un jury central composé de professeurs des quatre universités présidés par un médecin étranger à l'enseignement libre et officiel. Ce jury, nommé successivement par l'État, la Chambre des représentants et le Sénat, ne se réunissait qu'une fois par année à Bruxelles , et les élèves qui avaient échoué aux jurys ordinaires pouvaient se pi-ésenter devant lui : mais il ne fonctionne plus actuellement, au moins quant à la médecine.
Les professeurs de l'université de l'Etat sont nommés par le gouvernement, ceux des universités libres par l'administration supérieure de ces établissements. La durée des études est de quatre à cinq ans.
En Danemark, nous ne trouvons que deux titres : le médecin et le docteur. Encore le second est-il purement honorifique, les quelques privilèges qu'il comporte sont jusqu'alors d'ordre administratif. Il est recherché cependant par tous ceux qui aspirent à l'enseignement. Le titre de médecin donne le droit d'exercer la médecine et la chirurgie, et les accouchements, mais seulement , pour cette partie de l'art , après un stage passé à la Maternité et un examen spécial. Les jurys d'examen se composent en Danemark de deux membres, professeurs de la Faculté et de deux autres médecins , choisis en dehors et élus par le collège de santé, l/enseignement de la médecine est entièrement gratuit. Le modede recrutement des professeurs a lieu maintenant au concours. En dehors de la Faculté, il est bon de noter que, dans les hôpitaux, les médecins chefs de service et leurs adjoints sont tenus de faire des cours. Ces médecins sont généralement nommés pour six ans, leurs adjoints pour trois. La durée des études est quatre ans.
La Russie n'a pas moins de sept facultés attachées aux universités, outre l'Académie médico-chirurgicale de Saint-Pétersbourg, grand établissement de l'État, dans lequel l'enseignement est gratuit pour tous les élèves qui s'engagent à servir pendant deux ans dans un corps médical officiel quelconque, militaire ou civil. Il y a deux grades, le docteur et le médecin. Le premier est indispensable pour avoir droit aux positions élevées de l'art. Les places de médecins ou chirurgiens en chef des hôpitaux, de professeurs, etc.
Les professeurs des facultés reçoivent des honoraires fixes, plus élevés que par-
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tout ailleurs et partagent également, suivant le nombre de leurs leçons, les sommes que paient les élèves. Ils se divisent en trois classes : les ordinaires, les extraordinaires, nommés pour vingt-cinq ans et rééligibles de cinq en cinq ans, et les Privatdocenten, dont la position est plus transitoire. Us sont nommés au concours, le jury étant composé de professeurs qui proposent la nomination au conseil universitaire, ou au conseil académique pour l'Académie de Saint- Pétersbourg, La durée des études est de cinq ans et demi. Les cours des deux dernières années se font dans les cliniques des hôpitaux.
La Suisse possède trois facultés : Bâle, Berne et Zurich, mais l'enseignement étant donné en allemand, ces facultés ne sont fréquentées, à vrai dire, que par les étudiants qui ont l'intention de pratiquer dans les dix-sept cantons allemands. Le canton de langue italienne, le Tessin, envoie volontiers ses étudiants à Turin, ceux de langue française Genève , Vaud , le Valais et Neuchâtel se rendent en France. La durée des études est de quatre ans et demie à cinq ans. Les dix-sept cantons de langue allemande ont passé une sorte de concordat, dont la principale clause est la création de trois commissions spéciales chargées d'un examen capital (ou d'Etat), indispensable pour l'exercice de la médecine dans chacun de ces cantons. Ces commissions se tiennent au lieu même des facultés et sont composées : partie de professeurs de la faculté, partie de médecins non attachés à celleci. Les examinateurs membres de ces commissions sont nommés pour quatre ans, par une commission fédérale, composée de représentants de chaque canton et présidée par le directeur ou ministre de l'intérieur. — Les facultés ne délivrent donc que le diplôme honorifique d'un seul grade, celui de docteur. L'examen d'État est nécessaire pour pratiquer. Il est d'usage, pour les cantons de langue française et italienne, d'accepter comme valables les diplômes de ceux des autres Etats qui emportent avec eux le droit de pratique , le diplôme d'une faculté française, par exemple, mais non celui d'une faculté belge, si son titulaire n'a point passé l'examen combiné de Belgique.
L'enseignement de la médecine en Hollande est en voie de transformation. II offre actuellement une très-grande confusion de titres tous soumis à des examens différents. Ainsi, les docteurs en médecine, chirurgie et accouchements, ces deux derniers séparés, le docteur en pharmacie, le médecin-chirurgien-accoucheur (un seul titre) et l'officier de santé. Les professeurs divisés en ordinaires et extraordinaires sont distingués par leurs honoraires et par la restriction imposée aux premiers, de ne pas pratiquer la médecine. Tous ces professeurs sont nommés par le roi, sur la proposition du ministre de l'intérieur, mais ordinairement sur la présentation des professeurs.
Un examen d'État a été constitué en Hollande depuis 1866, mais il n'a rien de commun avec ceux des États allemands. C'est à la suite de cet examen que se délivre le diplôme de médecin-chirurgien-accoucheur à des candidats qui ont été dispensés des études plus complètes, au point de vue littéraire comme au point de vue scientique exigées pour le doctorat, dans les universités. Cet examen d'État est divisé en deux parties : examen de physique, examen de médecine. Le premier représente les sciences accessoires avec l'anatomie et la physiologie ; le second, l'anatomie pathologique, la matière médicale, l'hygiène publique, la médecine légale, la chirurgie, la médecine, l'obstétrique, la pharmacologie. Avant de passer ce dernier examen, le candidat doit présenter un certificat attestant qu'il a suivi pendant deux ans les cliniques médicale et chirurgicale d'un hôpital, et pendant un an la pratique d'un accoucheur. Ce serait à peu près
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notre ancien grade d'officier de santé, avant la loi de 1854, mais sans restrictions quant à la pratique de la chirurgie. L'examen d'État est passé devant un jury composé de professeurs officiels et de médecins non professeurs.
En Portugal, nous devons signaler le mode de recrutement des professeurs, qui a lieu à l'aide d'un concours public. Un jury spécial examine en premier lieu si le candidat peut être admis à concourir, et il fout pour cela réunir la majorité des suffrages, puis le jury de concours, composé de professeurs de la faculté ou de l'École (il y a en Portugal une faculté et deux écoles), propose la nomination. Le dossier du jury est transmis au conseil général de l'instruction publique, car il ne suffit pes de donner un nom, mais de faire connaître les résultats du concours. C'est en quelque sorte le procès-verbal exact de la séance. Sur l'avis du conseil, le gouvernement nomme le professeur, ou prescrit un nouveau concours, mais seulement dans le cas d'inobservance des prescriptions légales.
Le grade d'officier de santé vient d'être rétabli en Portugal malgré une assez vive opposition. Nous signalerons aussi une différence dans les titres. Ainsi, la faculté fait toujours des docteurs et des licenciés ; les écoles, des médecins chirurgiens. Le titre de docteur est d'ailleurs plus ou moins honorifique et chacun de ces grades donne le droit d'exercice. La durée des études est de cinq ans.
Nous renvoyons, pour les divers détails de l'organisation de la médecine en Europe, au travail de M. Dureau, publié dans la Gazette hebdomadaire de me'decine, année 1872.
Enfin, dans les États-Unis d'Amérique, tout est libre, l'enseignement comme l'exercice de la médecine; si l'enseignement a réalisé déjà d'assez notables progrès, il laisse encore beaucoup à désirer, et, pendant longtemps encore, les Américains vraiment désireux de s'instruire devront venir chercher en Europe un supplément d'instruction médicale. Les écoles de médecine américaines, appelées Collèges des médecins sont toutes de fondation récente; malheureusement on les a beaucoup trop prodiguées (il en existe une quarantaine), et on en a installé jusque dans des villes qui n'offrent aucune ressource sérieuse, soit comme dissection, soit comme clinique. Il est vrai de dire que, jusqu'à ces derniers temps, les dissections étaient partout très-difficiles, puisqu'elles étaient interdites par les lois.
Les meilleurs collèges de médecins comptent de six à dix professeurs, quelquesuns cinq, d'autres trois seulement. Dans les villes où on le peut, on dissèque beaucoup et on fait beaucoup de clinique; l'enseignement théorique est très-faible. 11 suffit de trois années d'étude et d'un simple examen pour obtenir le titre de docteur ! Les professeurs sont en général, rétribués par les élèves. Dans quelques collèges, les collections d'anatomie et d'histoire naturelle sont vraiment remarquables. 11 est rare qu'un jeune docteur américain ne vienne pas compléter ses études en Europe.
L Enseignement de la médecine en France. Nous diviserons ce travail en deux grandes époques ; enseignement de la médecine, 1° avant la Révolution ; 2" après la Révolution. Chacune de ces époques se divisera en périodes assez distinctes. Ce que nous dirons de la première période se rapportera surtout à la Faculté de Paris ; nous devrons cependant dire quelques mots de la Faculté de Montpellier et des autres universités et collèges provinciaux. Quant à la deuxième période, tout le monde sait que, à partir de la révolution de 89, renseignement et l'exercice de la médecine devinrent semblables sur toute l'étendue du territoire de la France.
A. Enseignement de la médecine avant la Révolution. — Faculté de Paris»
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{" Avant 1472. Malgré de nombreux travaux, il est assez difficile de débrouiller les oiigines de la Faculté de médecine de Paris. Dans un ouvrage comme celui-ci et pour des points qui n'offrent absolument qu'un intérêt historique, nous allons nous contenter d'esquisser rapidement les faits, renvoyant le lecteur aux pièces et documents originaux, que nous indiquerons à la bibliographie de cet article. Il est faux de faire remonter l'origine de notre Faculté, et môme de l'Université, aux écoles palatines de Charlemagne, qui n'eurent qu'une existence très-éphénière; la Faculté de médecine est de date beaucoup plus récente. Les écoles arabes, celles d'Orient et celles d'Espagne avaient acquis une grande" splendeur, l'école de Palerme elle-même était en possession d'une réputation justement méritée, qu'il n'existait aucune école à Paris, oi!i la médecine était uniquement exer- , cce par des prêtres et des moines, qui se conféraient entre eux le titre de médecin; les médecins des rois eux-mêmes n'étaient que des prêtres dans de semblables conditions. La renommée disait que tel clerc, tel moine avait étudié dans les livres de médecine ; une cure mettait le sceau à la réputation ébauchée, on passait ainsi médecin, et on acquérait souvent une réputation immense. Les rois et les grands seigneurs se prêtaient leurs médecins dans les cas graves, mais par faveur spéciale. Cependant, même avant la fondation de l'Université, il existait à Paris des écoles nombreuses, très-suivies, justement célèbres, au sein desquelles l'Université se trouva, en quelque sorte, créée d'elle-même au commencement du treizième siècle.
Jacques Mentel et Gabriel Naudé, le savant, font remonter au dixième ou au onzième siècle l'origine de la Faculté de médecine; c'est évidemment une erreur, il n'est même pas probable, que la Faculté de médecine existât dès la formation de l'Université; elle se confondait dans le principe avec la Faculté des arts, qu'elle ne quitta définitivement que vers 1280, au dire de Bertrand, de Chornel et d'Hazon. Il pourrait bien y avoir ici une erreur également, la Faculté de médecine existait assurément, avant cette époque, en tant que Faculté et comment dès lors n'aurait-elle pas été distincte de la Faculté des arts, puisqu'elle avait son doyen, ses maîtres, et très-probablement une organisation distincte. Dans sa lemarc[\iû)\e Histoire de l'Université, M. Ch. Jourdain cite des documents qui établissent, à n'en pouvoir douter, que la Faculté de médecine existait en 1261, ou tout au moins en 1268 *. D paraît certain que même avant ces époques on ne pouvait exercer la médecine à Paris, sans avoir passé quelques examens, sans offrir quelques garanties. Hazon parle d'un décret de l'officialité, de 1332, qui défend l'exercice de la médecine à quiconque n'a pas été approuvé par les maîtres de cet art et qui cite un autre décret rendu plus d'un siècle auparavant par le même tribunal.
Quoi qu'il en soit, la Faculté était fondée assurément dans la seconde moitié du
1 JÀttera Clemenfis papœ IV, aa provisorem pauperum magistrorum et îpsos magistros in theologica Facultate studentes in vico ad portas ante palatium de Thermis Parisiis, in quibus conventum eorum approbat, jubetque de provisore eligendo consentire archidiaconuin cancellariwn Parisiensem, magistros régentes in thcologice Facultate, decanos decretistaruni et medicorum, rectorctn universitalis, quatuorque nalioniim procuratores suadenle vobisgratia. Dat. Viterbii, etc., 25 7w«jfiH268 (Histoire de l'Université, Index, n" CCXX. M. Jourdain* cite tout au long, Index, n° XV (1213), un concordat inédit, dans lequel on voit fi"'urer les médecins, sous le nom dephysici, comme formant déjà une corporation distincte. «C'est donc à tort, dit-il, qu'on a prétendu quelquefois que la Faculté de médecine était moins ancienne que les autres, et qu'il n'existait aucune date certaine de son existence avant le milieu du treizième siècle. »
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treizième siècle, et désormais elle allait conférer des grades après avoir fait subir certaines épreuves. Elle était alors entièrement ecclésiastique et n'avait ni écoles distinctes ni lieu de réunion fixe. On enseignait probablement avec la Faculté des arts, rue du Fouarre, rue du Glos-Bruneaux, rue de la Bûcherie, etc., toute la journée depuis cinq heures du matin. La Faculté se réunissait tantôt dans uu lieu, tantôt dans un autre, surtout dans les églises, l'église cathédrale des Mathurins' Saint-Julien le Pauvre, Sainte-Geneviève des Ardents, etc., etc., quelquefois che.? le doyen lui-même. On s'occupait, dans ces réunions, des intérêts de la corporation et probablement y faisait-on passer des épreuves. Avant la réforme du cardinal d'Estouteville ceux-ci étaient un peu différents de ce qu'ils furent plus tard et nous ne nous occuperons dans cet article que de l'enseignement postérieurement à cette réforme. Celle-ci ne porta pas seulement sur l'enseignement, à partir de ce moment la Faculté cessa d'être exclusivement ecclésiastique; les bacheliers et les docteurs eurent le droit de se marier et, peu à peu, les prêtres mêmes abandonnèrent la Faculté et l'exercice de la médecine.
2° De 1472 à 1789. En 1472, la Faculté de médecine commença h jeter, rue de la Bûcherie, le fondement de ses écoles ; elles ne furent terminées qu'en 1477. A partir de ce moment, l'école avait enfin un lieu fixe pour ses réunions, pour ses leçons, pour l'accomplissement des actes ; tout désormais allait se passer avec une méthode et une régularité qu'il était impossible d'obtenir, tant que la Faculté se réunissait tantôt en un lieu et tantôt en un autre ^. D'ailleurs, à part quelques changements insignifiants dans les statuts, dans les cours, la Faculté de médecine restera toujours ce qu'elle a été, dès son origine et le jour où la révolution fermera ses portes, elle sera identiquement ce qu'elle était aux seizième et dix-septième siècles.
Il n'existe aucun rapport entre l'ancienne Faculté et celle d'aujourd'hui, sinon que l'une et l'autre ont pour but de faire des docteurs. L'ancienne Faculté de Paris se composait de tous les docteurs créés dans son sein, et, parmi ceux-ci, un certain nombre prenait le titre de docteurs régents ; c'étaient ceux qui, comme leur uom l'indique, fliisaient des leçons publiques, ou tout au moins avaient présidé publiquement une thèse quodlibétaire.
Les Professeurs. L'école était présidée par un doyen, qui fut d'abord le plus ancien docteur de l'école, et qui plus tard fut nommé à l'élection par ses collègues. Le doyen s'occupait de la pohce intérieure et extérieure de l'école et, en particulier, il avait a surveiller l'enseignement et les examens.
Les professeurs étaient également choisis par les docteurs et nommés pour deux ans seulement: mais ils pouvaient être réélus. Dans le principe et jusqu'en 1634, il n'y avait que deux professeurs à la Faculté de médecine. L'un qui traitait des choses naturelles et des choses non naturelles, c'est-à-dire l'anatomie et la physiologie, l'hygiène et la diététique ; l'autre qui traitait des choses contre nature, c'est-à-dire la pathologie, la matière médicale et la thérapeutique. Ita ut, disent les statuts, oui mane anno primo de rébus naturalihiis et non natura-
libiis, disseruerit, idem u,iino secundo de rehus prœter naturam disputet
et biennio cursum medicum conficiat. Le premier de ces cours se faisait à six heures du matin en été, à sept heures en hiver, et le second à midi ; l'un et l'autre avaient lieu tous les jours, excepté à l'époque des vacances et pendant les fêtes, d'ailleurs très-nombreuses, que chômait la Faculté. Au bout de deux ans, chaque
* Bientôt, en 1598, les statuts de la Faculté recueillis, mis en ordre, sont puDiiés par l'ordre de Henri IV et firent pour l'avenir les règles de ce que nous appelons la scolarité.
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professeur avait parcouru le cercle complet de toutes les matières que comportait son cours.
Au dix-septième siècle, au milieu de ses querelles avec les chirurgiens et les apothicaires, et bien plus dans son intérêt que dans celui des études, la Faculté créa, en 1654, un cours de chirurgie en latin, pour les seuls étudiants en médecine, et, en 1646, un cours de botanique. Il ne faudrait pas croire cependant que jusqu'alors elle n'enseignât ni la chirurgie ni la botanique, mais l'une et l'autre se trouvaient comprises dans les autres leçons, ou étaient enseignées par les bacheliers. Enfin la Faculté créa deux professeurs de pharmacie, bien moins chargés de faire un cours, que d'inspecter les boutiques des apothicaires dans Paris, et d'assister à la réception de ces derniers, tenus ainsi sous la tutelle.
Les professeurs régents n'étaient pas seuls chargés de faille des leçons, il y avait à la Faculté un nombre plus considérable de bacheliers (et nous dirons dans un instant ce qu'étaient ces bacheliers) chargés de faire des lectures sur divers ou^ vrages de médecine et d'en donner un commentaire. Les régents parlaient ex cathedra et donnaient à leurs cours la forme et le développement qu'ils voulaient avec l'approbation du doyen toutefois ; les bacheliers , au contraire, n'avaient le droit de s'occuper que d'un traité déterminé et ils devaient faire usage d'un commentaire adopté d'avance ; bien plus le nombre de leçons pour chaque traité était parfaitement déterminé d'avance. Il est curieux et vraiment intéressant de connaître les ouvrages adoptés par la Faculté ; il va sans dire que, dans le début surtout, aux treizième et quatorzième siècles, ils n'étaient ni très-nombreux, ni trèsvariés. La Faculté ne pensa pas par la suite qu'il fût utile d'y en ajouter un bien grand nombre.
Selon Ghomel, voici quelle était au treizième siècle la liste des auteurs et des commentateurs approuvés par la Faculté. En tête, tout naturellement Hippocrate: Aphorismes, Pronostics, Traité des maladies aiguës, etc. ; Y Introduction à l'art abrégé de Galien par Joannitius ; un Traité anatomique de Théophile, un Traité des urines, du même auteur ; un traité de Philarète (Théophile) sur le pouls; le Traité en vers, de Gilles de Corbeil, sur les urines et sur la différence du pouls. On hsait encore dans les écoles plusieurs traités de médecine théorique et pratique d'Isaac, médecin arabe du septième siècle. « A ces traités, par la suite, continue Ghomel, on ajouta les meilleurs auteurs arabes, Avicenne, Rhazès, Averrhoës, Albucasis ; les traités d'Hippocrate et de Galien, à mesure qu'on a pu en avoir de fidèles copies ; et ces livres ont servi aux enseignements des écoles jusqu'à Fernel, qui a eu le rare honneur de voir ses traités enseignés de son vivant. »
Les bacheliers avaient en quelque sorte la direction des écoliers ; ils devaient en dresser une liste très-exacte qu'ils communiquaient aux doyens ; ils les sur^ veillaient, s'assuraient de leur assiduité et prévenaient les professeurs et le doyen de tout ce qui pouvait les intéresser ou intéresser l'école.
L'article 2 des stdtuté porte : Medecince studiosi disputationibus et lectionibïïs publias fréquenter intersint. Là est, en effet, toute l'économie de l'ancienne Faculté 5 discuter, étudier dans les livres, s'en tenir à la théorie, tels sont les points importants; la pratique, au contraire, est complètement négligée K
Ainsi, il n'exista jamais un exercice qui, de près ou de loin, put ressembler à
1 La pauvreté n'est pas une cause d'exclusion pour les études médicales : des remises dé droits seront données à ceux dont la science et la probité auront été attestées et qui s'engageront à s'acquitter dès que les circonstances le leur permettront.
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une clinique proprement dite. Un très-petit nombre d'élèves suivaient la visite du médecin de THôtel-Dieu ; les autres s'attachaient à un docteur et voyaient avec lui sa clientèle. Cette laçon de faire, qui n'est pas absolument mauvaise, ne vaudra jamais la pratique hospitalière et devait d'ailleurs se pratiquer avec une grande négligence. Quelle perte de temps d'ailleurs ! et comment l'élève qui passait presque toute sa journée à l'école pouvait-il trouver le loisir d'aller visiter des malades aux quatre coins de Paris ? A partir du dix-septième siècle, la Faculté établit chez elle un service de consultations gratuites qui dut augmenter quelque peu le bagage clinique de nos jeunes docteurs. Mais tout cela était plus qu'insuffisant et nous explique très-bien que la médecine française soit demeurée pendant plusieurs siècles invariable, routinière et presque systématiquement opposée à .toutes les idées nouvelles et à toutes les grandes découvertes. Les écoliers disputeront
L'anatomie était aussi peu enseignée que la clinique, mais ici au moins la Faculté a une excuse : les cadavres manquaient. Elle n'avait à sa disposition que les corps de certains suppliciés, et il fallait attendre qu'un homme fût pendu pour faire, ce qu'on appelait, une anatomie. Elle se faisait d'ailleurs avec une trèsgrande pompe ; tous les docteurs étaient convoqués, les élèves appelés et de grands personnages ne dédaignaient pas d'assister à cette fête scientifique. La dissection durait sept jours; elle était habituellement faite par un chirurgien et exposée par le docteur en médecine, professeur d'anatomie. Quelques savants docteurs ne dédaignaient |jas toujours de disséquer eux-mêmes ; ils étaient trèsrares jusqu'à la fin du dix-septième siècle ^. Les étudiants retiraient de ces anatomies fort peu de profit ; elles étaient rares d'ailleurs et se renouvelaient, en moyenne, de trois à cinq fois par an.
L'enseignement de la botanique était plus complet, grâce à un jardin que la Faculté avait installé à côté de ses bâtiments et qui était fort bien tenu et trèscomplet pour l'époque. Avant la création de ce jardin botanique, il paraît que le professeur avait l'habitude de faire faire quelques herborisations à ses élèves autour de Paris.
Les élèves. Les examens. Nul ne pouvait étudier la médecine s'il ne prouvait d'abord qu'il était reçu maître es arts, dans l'Université de Paris ; ce qui voulait dire qu'il avait accompli avec succès ses humanités. La durée des études et des épreuves à la Faculté de Paris était de sept années, et sept années, comme nous allons le voir, parfaitement remplies.
Les écoliers devaient, dans une première période, suivre assidûment tous les cours de la Faculté et ceux du Collège de France se rapportant à la médecine, pendant quatre ans consécutifs. Ce temps était abrégé de moitié pour les fils de docteurs. Au bout de cette première période, l'élève était postulant au grade de