‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.57Chapitre 70 sur 80 · VA · texte numérisé non relu

VA

642 MÉDECINE (enseignement).

Martin, présider, extra ordinem, une question quodlibitaire, et célébrer un acte pastillaire dans lequel un candidat à la licence répond à une question posée par le nouveau docteur.

Tel était le long et pénible cercle que les étudiants en médecine avaient à parcourir dans leur études : mais à y regarder de près que de temps et de peines perdus ! Tout était sacrifié à la théorie, les études pratiques étaient à peu près nulles; que pouvait-on gagner à toutes ces disputes, à ces discussions sans fin sur les questions les plus insignifiantes du monde ? rien ou à peu près rien. Aussi qu'a été la médecine pratique en France jusqu'à la fin du siècle dernier?... Ce trop court exposé des études médicales suffit cependant pour nous faire comprendre l'esprit de routine de l'ancienne Faculté et nous expliquer son opposition insensée à toutes le» découvertes qui se faisaient en dehors d'elle, la circulation du sang, Fantimoine, le quinquina. Quelles institutions, hélas! n'ont leur défaut? Nous allons bientôt faire l'histoire de la nouvelle Faculté ; nous y trouverons également bien des choses à reprendre.

Faculté de Montpellier. L'École de Montpellier est depuis plusieurs siècles justement célèbre, et son illustration a toujours été telle, que, de tous temps, elle a eu l'honneur de fournir des médecins aux rois de France et aux princes de sang royal. Nous n'avons pas ici, et fort heureusement, à établir ses origines qui, selon quelques auteurs, se perdent dans la nuit des temps, et qu'Astruc luimême s'efforce de reporter le plus loin qu'il le peut. Avec du Boulay nous reconnaîtrons que la Faculté de médecine de Montpellier a été instituée par une bulle du pape Nicolas IV (1289). Cette ville alors n'appartenait pas directement à la France, elle fut achetée en 1549 par Philippe le Bel.

Jusqu'à la fin du quinzième siècle, la Faculté de Montpellier, comme celle de Paris, se composait de tous les docteurs vivants reçus dans son sein, et chacun y pouvait faire des leçons. Cette organisation, qui se conserva dans la capitale, produisit à MontpeUier de tels résultats, que la Faculté dut être tout différemment organisée et sur un pied qui présente une assez grande analogie avec nos facultés modernes.

Par une ordonnance de Louis XII, quatre professeurs à vie furent attachés à la Faculté, et chargés de l'instruction des élèves. Ils s'adjoignirent deux suppléants, qui portèrent le titre d'agrégés. Ce nombre de professeurs fut reconnu insuffisant ; Henri IV créa deux nouvelles chaires, l'une d'anatomie et de botanique, l'autre de chirurgie et de pharmacie. Louis XIV, à l'instigation de Daquin, institua plus tard, et au grand scandale de l'École de Paris, une chaire de chimie; le premier professeur fut agrégé. Enfin, en 1715, on supprima le second agrégé pour en faire aussi un professeur. Dès lors, la Faculté se trouva définitivement composée de huit professeurs chargés d'enseigner toutes les parties de la science médicale.

A la tête de l'École se trouvait un chancelier chef, recteur et modérateur de l'École ; il fait observer les stituts, il signe les lettres de degrés, il assemble les professeurs, etc. Vient ensuite le doyen qui règle le temps et la durée des études, prescrit la matière des cours, surveille les élèves, etc. Le chancelier et le doyen sont nommés à vie. Deux des professeurs étaient aussi procureurs et, à ce titre, chargés des affaires de la Faculté et de l'immatriculation des élèves. Voici, selon Astruc, quels étaient les devoirs des professeurs :

« 1° Ils doivent faire des leçons publiques dans les écoles sur la matière de médecine que chacun a choisie. F*our régler ce choix, on tient, environ à la Saint-Luc, une assemblée solennelle qu'on appelle congrégation per fideni) où

MÉDECINE (enseignemem). 645

chacun opte à son tour le traité qu'il veut enseigner, et l'heure qui lui convient pour l'enseigner. On a soin de faire que les huit traités qu'on se propose d'expliquer, et qui doivent faire pour cette année toute l'occupation académique, renferment ce qu'il y a de plus essentiel. Ainsi, dans la Faculté de Montpellier, le cours entier de médecine commence et finit toutes les années...

« Six mois après la Saint-Luc, c'est-à-dire environ à Pâques, on fait une seconde assemblée ou congrégation per fidem où l'on examine si chaque professeur a satisfait à ses engagements » (mesure très-sage mais qui vit et meurt sur le papier sans recevoir jamais aucune application), « et où l'on règle les cours de chimie et de botanique, qu'on a accoutumé de faire dans le semestre d'été.

« 2° Ils sont obligés d'assister aux actes ou examens, qui sont de deux sortes ; les uns sont appelés magistraux, tels que le baccalauréat, le point rigoureux et le doctorat, et à ceux-là tous les professeurs sont tenus de se trouver. Les autres sont moins solennels, comme les examens per intentionem et les Triduanes, et ceux-là se font sous un seul professeur et à tour de rôle. »

Un fait vraiment digne de remarque, c'est que, selon les règlements, les professeurs devaient être nommés au concours ; malheureusement cette obligation fut presque toujours violée, le professeur désignant ou présentant un survivant toujours accepté. Disons enfin que ces professeurs étaient très-mesquinement payés (600 livres) et qu'Astruc lui-même, le panégyriste partial de l'École de Montpellier est forcé d'avouer que « une aussi modique somme loin d'exciter leur zèle et leur émulation pour l'instruction des écoliers et pour l'avancement de leurs études, ne peut pas même les mettre en état de soutenir les travaux indispensables, auxquels leur emploi les engage. »

11 s'agissait pour l'étudiant, à Montpellier comme à Paris, de devenir docteur. Avant d'être immatriculé il doit fournir la preuve qu'il possède ses lettres de maître es arts ou une attestation régulière du cours de philosophie. Il doit ensuite subir seize examens différents, espacés de la sorte, pendant le cours de ses études :

Le premier examen est celui du baccalauréat ; on le subit après trois ans d'études. 11 est présidé par un professeur et dure de huit heures du matin à midi. Pendant tout ce temps, le candidat est argumenté par tous les professeurs de l'École sur l'explication d'une maladie ou sur une question de physiologie, au choix du président. Le lecteur voudra bien nous dispenser de parler ici de la robe de Rabelais ; le temps nous manque pour cela. Le bachelier reçu suit pendant trois mois des cours sous l'œil d'un professeur et sur le sujet déterminé par le doyen. Les trois mois expirés, le bacheUer est admis à passer les quatre examens ad intentionem (sous-entendez : adipiscendi licentiam) . Ils roulent sur quatre maladies différentes ; le sujet est donné la veille, et, le lendemain, il faut apporter une thèse concernant la maladie donnée et sur laquelle roulera la discussion. Ces examens se font de deux jours l'un et durent une heure au moins. Huit jours après viennent les points rigoureux ; le sort va les déterminer. Avec une épingle on pique au hasard un livre chez le chancelier et un autre chez le doyen. On a ainsi à traiter une maladie et à expliquer un aphorisme d'Hippocrate. L'exposition et les discussions durent de midi à quatre heures. Tout cela accompli, le bachelier est apte à être licencié, et il va, dans la huitaine, demander cette licence à l'évêque de Montpellier, en présence de deux professeurs députés par la Faculté. Le nouveau licencié a encore à subir les triduanes, examens moins importants et ainsi nommés parce qu'ils consistent en six examens qu'il doit subir soir et

644 MÉDECINE (enseignf.iient).

matin pendant trois jours, mais en présence d'un seul professeur seulement. Le licencié présente une liste de douze maladies, le chancelier et le doyen en choisissent chacun trois que le candidat n'ait pas encore traitées. Chacun de ces six examens dure au moins une heure.

Si l'on veut bien y faire attention, ces examens si longs, si répétés, si importants en apparence, ont encore lïioins de valeur que ceux que nous avons vu subir, à la Faculté de Paris; ils leur ressemblent beaucoup, d'ailleurs : discussions, argumentations, gymnastique intellectuelle, voilà tout; le plus célèbre docteur était celui qui, parlant bien, ne se déconcertant pas, au. risque de quelques accrocs à la vérité, argumentait le plus fort, le mieux et le plus serré. A Paris, il y avait au moins un semblant d'examen pratique ; rien de pareil à Montpellier, toutes les épreuves y sont théoriques. Cela est étonnant, [)uisqu'il y avait dans cette Faculté des cours d'anatomie, de chimie et de botanique, et probablement de bons services d'hôpital.

Le doctorat, à Montpellier, s'appelait l'acte du triomphe; c'est dépeindre d'un mot toute l'importance de la cérémonie, que nous nous garderons bien de décrire. Ce n'est pas, d'ailleurs, un examen; le professeur qui préside se contente de prononcer un discours, et de remettre au nouveau docteur, toujours avec un petit discours explicatif du symbole : 1° le bonnet; 2° une bague d'or; 5° une ceinture d'or; 4° il lui présentait le livre d'Hippocrate, sur lequel le jeune docteur prêtait son serment ; 5" il le faisait asseoir dans la chaire, à côté de lui ; 6° il l'embrassait; et, enfui, 7° lui donnait sa bénédiction.

Les examens de la Faculté de Montpellier, il faut bien le dire, n'offraient pas toujours une garantie suffisante de sévérité, et il est certain qu'il n'y a, sous ce rapport, aucune relation à établir entre les deux écoles rivales. 11 paraît même que les examens étaient fort différents, selon que le candidat devait exercer dans la ville et sa banlieue, ou au loin. Dans ce dernier cas, les examens étaient vraiment dérisoires, et ressemblaient à ceux que faisaient passer les petites universités, dispersées sur tout le sol du royaume.

Universités PROVINCIALES. Collèges de médecine. En laissant de côté Paris et Montpellier, il y avait encore en France vingt-trois universités, plus ou moins florissantes, et, par conséquent, vingt-trois facultés de médecine. Aucune d'elles ne jouit jamais d'un grand renom. Nous nous garderons bien d'en retracer l'histoire, même succinctement; à l'heure qu'il est, ce serait vraiment faire de l'archéologie. Nous pouvons dire seulement que, d'une façon uniforme, toutes ces petites facultés de provinces, malgré leurs statuts, n'exigeaient, en général, que des études dérisoires, recevaient des médecins qui n'avaient qu'une instruction proffessionnelle insignifiante, et que, dans quelques-unes mêmes, il suffisait de payer le diplôme, pour l'obtenir, sans l'avoir gagné par aucune épreuve. Certaines de ces Facultés avaient trois et quatre professeurs; d'autres n'en avaient qu'un seul; et d'autres, enfin, avaient à peine quelques élèves. Avec de tels éléments, on devine, du reste, ce que devait être le corps médical en France.

Nous n'aurions point à parler des collèges de médecine répandus sur toute la surface du territoire (et dont il serait peut-être impossible aujourd'hui de déterminer exactement le nombre) , si quelques-uns d'entre eux n'avaient été des corps enseignants, quoiqu'ils n'eussent, dans aucun cas, le droit de conférer des grades. On ne saurait se faire l'idée d'un enseignement pareil ; heureux quand le professeur se bornait à lire quelque bon auteur, sans l'interpréter lui-même. La véritable mission des collèges de médecine était d'agréger à leur corps les

MÉDECINE (enseignement). 645

médecins qui venaient s'établir dans leur ressort, et qui avaient fait leurs études dans une université étrangère. Au grand scandale d'Âstruc, ces petits collèges de province avaient la prétention de faire subir des épreuves mêmes aux docteurs de Montpellier et de Paris.

B. La Faculté après la Révolution. i° Époque de transition de 1794 à 1808. La loi du 18 août 1792, en supprimant les corporations et les associations, avait emporté la vieille Faculté de médecine, sans la remplacer par aucune institution. Malheureusement, la République française se trouva bientôt en guerre avec toute l'Europe ; par un hasard assez singulier, le corps des officiers de santé près les armées fut très-cruellement éprouvé. Fourcroy, dans son rapport, estime à plus de six cents le nombre des médecins morts depuis le commencement de la lutte. Il fallait, de toute nécessité, les remplacer, et cependant nulle part on ne faisait de nouveaux médecins. La Convention comprit le danger, et ordonna à son comité d'instruction publique d'y porter immédiatement remède. Fourcroy, qui en faisait partie, fut chargé de présenter un rapport.

Ce rapport, presque tout entier l'œuvre de Chaussier, que Fourcroy avait appelé près de lui, ce rapport, dis-je, est remarquable à plus d'un titre. On y sent la main d'hommes supérieurs, animés par le souffle du patriotisme et de la liberté. Il s'en faut bien que la loi de l'an III soit une œuvre parfaite, elle contient cependant assez dé bons éléments, pour que, sous cette organisation improvisée, la Faculté de médecine de Paris ^ ait parcouru sa période la plus brillante. La théorie est remplacée par les études pratiques, on se croirait à plusieurs siècles déjà de l'ancienne Faculté.

Et, cependant, cette loi du 14 frimaire, an III 4 décembre 1794), a moin pour but de faire des docteurs réellement instruits, que des chirurgiens militaires rapidement utiles. En voici les principaux articles relatifs à l'enseignement.

Article 1". Il sera établi une École de santé à Paris, à Montpellier et à Strasbourg ; ces trois écoles seront destinées à former des officiers de santé pour le service des hôpitaux, et spécialement des hôpitaux mihtaires et de marine.

Art. 3. On y enseignera aux élèves l'organisation et la physique de l'homme, les signes et les caractères de ses maladies, d'après l'observation, les moyens curatifs connus, les propriétés des plantes et des drogues usuelles, la chimie médicinale, les procédés des opérations, l'application des appareils, et l'usage des instruments, enfin les devoirs publics des officiers de santé. Les cours sur cette partie de l'instruction seront ouverts au public, en même temps qu'aux élèves dont il sera parlé ci-après.

Art. 4. Outre cette première partie de l'enseignement, les élèves pratiqueront les opérations anatomiques, chirurgicales et chimiques; ils observeront la nature des maladies au lit des malades, et en suivront le traitement dans les hospices voisins de l'École.

Art. 5. L'enseignement théorique et pratique sera donné par huit professeurs à Montpellier, six à Strasbourg, et douze à Paris. Chacun de ces professeurs aura un adjoint, pour que les leçons et les travaux relatifs à l'instruction et au perfectionnement de l'art de guérir ne puissent jamais être interrompus. Ces professeurs seront nommés par le comité d'instruction publique, sur la présentation de la commission d'instruction pubhque.

* Jusqu'en 1808, les Écoles de médecine portèrent le nom bizarre d'Écoles de santé.

016 MÉDECINE (enseignement).

Art. 6. Chacune des Écoles aura une bibliothèque, un cabinet d'anatomie, une suite d'instruments et d'appareils de chirurgie, une collection d'iiistoire naturelle médicinale. Il y aura, dans chacune, des salles et des laboratoires destinés aux exercices pratiques des élèves, dans les arts qui doivent assurer leur succès.

Art. 9. Il sera appelé, de chaque district de la République, un citoyen, âgé de dix-sept à vingt-six ans, parmi ceux qui ne sont pas compris dans la première réquisition.

Trois cents de ces élèves seront destinés pour l'École de Paris, cent cinquante pour celle de Montpellier, et cent pour celle de Strasbourg.

Art. 13. Les élèves recevront par chaque année un traitement égal à celui des élèves de l'École centrale des travaux publics. Ce traitement ne durera que pendant trois ans.

C'est le 14 messidor (2 juillet 1796) que fut édicté ce règlement par le Directoire exécutif.

Quelques jours après, les professeurs de la nouvelle École, réunis eu assemblée spéciale, réglèrent, de la manière suivante, les cours et la matière de ces cours : Anatomie et physiologie ; chimie et pharmacie ; physique et hygiène; pathologie externe ; pathologie interne ; histoire naturelle médicale ; médecine opératoire ; clinique externe; chnique interne; clinique de perfectionnement; accouchements ; médecine légale et histoire de la médecine. Les élèves durent rester trois ans à l'École ; les cours furent distribués de telle sorte, que tous les élèves pussent les suivre; la présence de ces derniers était constatée d'une façon très-sévère. Le professeur devait parcourir dans l'année toute la matière de son enseignement ^.

Ce programme était déjà très-complet, et c'est à peine s'il a varié depuis lors à la Faculté de Paris. Quel pas immense n'avait-on pas fait du premier coup, si on le compare à celui de l'ancienne Faculté. Les nouveaux professeurs comprennent déjà l'importance extrême de l'enseignement pratique, et c'est vers la clinique que la Faculté porte surtout ses regards; un peu plus tard, en 1799, Corvisart installera, à la Charité, l'enseignement clinique le plus retentissant et le plus fécond. Deux ans auparavant, le 19 thermidor, an V (7 août 1797), la Faculté avait décidé la création de son Ecole pratique, institution excellente, appelée à rendre les plus grands services à la science médicale, mais qui, pour des causes diverses, et toujours très-fàcheuses, n'a jamais reçu une sérieuse appUcation chez nous. Si l'École pratique, telle que l'avait conçue la Faculté, eût été largement organisée, qu'elle se fût développée et agrandie avec les conquêtes elles-mêmes de la science, la médecine française n'aurait rien à envier à l'Allemagne, et c'est elle qui eût donné l'exemple, et tracé la voie que la science moderne doit suivre. Nous retrouverons plus tard cette institution, quand nous nous occuperons de la Faculté actuelle*.

* Chacune des branches de l'art ainsi divisée est l'objet d'un cours particulier ; renseignement en sera fait jjar un professeur et un professeur-adjoint (art. 2 du règlement du 2 juillet 1796). — Aujourd'hui l'agrégé, quand il fait un cours, ne vise qu'à faire connaître le résultat de ses travaux personnels. Le professeur emploie deux ou trois ans pour compléter le cadre de son enseignement que les élèves finissent par abandonner, car ils ne peuvent attendre pendant trois ans la lin du cours d'anatomie ou de pathologie; dès lors, ils visent aux examens, et, s'ils ont quelques ressources, ils prennent, à côté de la Faculté, des maîtres libres, qu'ils payent, et qui parcourent en un an, jusqu'à deux fois, les matières de tel ou tel examen.

- L'hospice de perfectionnement que M. Wurtz a retrouvé en Allemagne et qui n'existe plus chez nous, étant institué, dit le règlement de 1796, non-seulement pour l'instruction

MÉDECINE (enseignement). 647

A part quelques modifications insignifiantes, l'enseignement delà Faculté resta à peu près le même jusqu'en 1808; cependant, son but avait complètement changé. Dans les premiers temps, on l'appliqua surtout à faire des chirurgiens capables de panser les blessés sur le champ de bataille; peu à peu on s'avisa qu'il fallait faire de bons médecins et de bons chirurgiens, capables de rendre des services à toutes les classes de la société. Le fait le plus remarquable peut-être, c'est que les élèves sortaient de l'École, sans avoir reçu aucun diplôme; on était, à la vérité, à une époque, où beaucoup de personnes admettaient que l'exercice de toutes les professions, la médecine comprise, devait être complètement libre. Les choses ne pouvaient pas rester ainsi très-longtemps, et la loi du 19 ventôse, au XI, décide que nul ne pourra, à l'avenir, exercer la médecine, s'il n'a subi des examens probatoires.

Les candidats ne pouvaient se présenter qu'après quatre ans d'études dans une faculté, et ils devaient subir cinq examens : le premier, sur l'anatomie et la physiologie; le second, sur la pathologie et la nosologie; le troisième, sur la matière médicale, la chimie et la pharmacie ; le quatrième, sur l'hygiène et la médecmc légale ; le cinquième, sur la clinique interne ou externe, suivant que l'aspirant concourait pour le titre de médecin ou de chirurgien. C'est cette même loi de l'an XI; qui institue les officiers de santé ; nous y reviendrons plus tard.

Les Facultés de médecine, pendant la période transitoire que nous venons de parcourir relevaient et du comité de l'instruction publique et du ministre de 1 intérieur; nous arrivons à la fondation de l'Université de France, les Facultés vont désormais dépendre du grand-maitre, qui deviendra plus tard ministre de l'instruction publique. Cette période, oii beaucoup fut laissé à l'initiative individuelle et à celle de la Faculté, en corps, fut peut-être la plus brillante de la médecine française; les hommes de cette époque, au milieu d'exagérations funestes quelquefois, étaient possédés de l'amour des grandes choses, et poussés parle souffle toujours fécond de la liberté; l'émulation était extrême, et chacun voulait surpasser les autres, et se surpasser lui-même. Fourcroy, membre de la Convention et du comité de l'instruction publique, donnait tout à la fois l'exemple et l'impulsion ; autour de lui, les Chaussier, les Boyer, les Dubois, les Halle, les Pelletan, les Sabatier, les Percy, les Pinel, etc., se dévouaient à l'enseignement de la jeunesse, et, autour d'eux, commençaient déjà à se révéler des hommes qui seront à jamais l'honneur de la médecine et de la chirurgie françaises, Dupuytren, Laënnec, Bichat, Béclard, Bicherand, Alibert, etc., etc. Non, jamais période ne fut plus brillante et plus remarquable ; pour nous, cela ne nous surprend pas, tels sont les fruits de la liberté chez un peuple encore plein de sève et de vigueur. 2'^ De 1808 à 1872. Pohtiquement, nous voici arrivés à l'époque la plus autoritaire que la France ait jamais connue; il s'agissait de mettre d'accord toutes les institutions de l'Empire, et de les rapprocher toutes de cette centralisation, tout à la fois puissante et énervante, qui fut l'idéal de Napoléon I". Cette idée politique et administrative engendra l'Université de France, un des plus actifs soutiens du despotisme. L'Université de France, dont je n'ai pas à m'occuper, ressemble en rien aux anciennes universités, seulement elle rétablit les anciennes facultés, et les Écoles de santé reprirent le nom de Facultés de médecine.

des élèves, mais encore pour procurer à tous les professeurs les moyens de reculer les bornes de l'art ; on n'y admettra que les maladies rares, celles qui paraitront susceptibles de l'application des remèdes nouveaux, celles qui pourront donner occasion à un traitement peu usité ou à des observations nouvelles.

648 MÉDECINE (enseignement).

Toutefois, l'organisation intérieure de ces écoles, leur enseignement, reçurent très-peu de modifications ; nous allons les signaler rapidement, pour arriver à l'époque actuelle et à l'organisation de la Faculté, telle qu'elle existe aujourd'hui. Les statuts universitaires de 1809 et 1810 instituèrent et réglèrent le concours pour les places de professeurs. La Restauration le supprima, et refusa de le rétablir en 1818, malgré les vœux de la Faculté elle-même. L'ordonnance royale du 5 juillet 1820 exige que les étudiants soient pourvus des titres de bachelier es lettres et de bachelier es sciences. Celui-ci fut supprimé par ordonnance du 18 janvier 1851, et de nouveau rétabli en 1858.

Nous n'avons pas à nous occuper du petit coup d'État, qui, sous le titre d'ordonnance du 21 novembre 1822, décrétait la suppression et la fermeture de la Faculté de médecine de Paris; mais sa réorganisation, 2 février 1823, nous intéresse, parce que c'est à cette même époque que fut institué l'ordre des professeurs agrégés. Trente-six agrégés furent attachés à la Faculté, parmi lesquels vingt-quatre en exercice, et douze stagiaires. Le stage fut fixé à trois ans, l'exercice à six. Les agrégés étaient chargés de suppléer les professeurs ; eux seuls avaient le droit défaire des cours libres; enfin, les professeurs devaient être exclusivement pris parmi eux. Ce privilège leur fut enlevé par l'ordonnance du 5 octobre 1830, qui rétablissait en même temps le concours public pour le professorat, et ne leur a jamais été rendu ; sous le second Empire, il fut décrété (22 août 1854) qu'il suffisait, pour pouvoir être nommé professeur, d'être âgé de 30 ans, d'être docteur et d'avoir fait un cours, soit officiel, soit particulier, pendant deux ans au moins.

Nous avons hâte d'arriver au moment présent, et nous allons exposer, avec quelques détails, l 'organisation actuelle de l'enseignement médical en France; nous aurons à juger cet enseignement, à en faire voir les côtés faibles, et à discuter les mesures diverses proposées pour son amélioration.

L'enseignement médical est donné, soit dans les écoles préparatoires de médecine, soit dans les Facultés qui, seules, donnent l'enseignement complet, et confèrent les grades.

Écoles préparatoires. Ces Écoles, longtemps nommées Écoles secondaires, sont au nombre de vingt-deux, et installées dans les principales villes de la République. L'institution de ces écoles remonte au premier Empire; elles sont la transformation des anciens hôpitaux d'instruction, existant déjà dans les mêmes locaUtés. Elles ne donnent qu'une instruction élémentaire; les élèves qui se destinent au doctorat ne doivent passer que trois ans et demie (14 trimestres) au plus dans ces Écoles ; elles reçoivent les officiers de santé. Les objets d'enseignement dans les Écoles préparatoires sont : 1** chimie et pharmacie; 2" histoire naturelle médicale, et matière médicale; o° anatomie et physiologie; 4" clinique interne et pathologie interne; 5° clinique externe et pathologie externe; 6" accouchements, maladies des femmes et des enfants. Cet enseignement, beaucoup trop complet sur certains points, très-incomplet sur d'autres, est donné, dans chaque école , par six professeurs titulaires , et deux professeurs adjoints. Il pourra être nommé des professeurs suppléants chaque fois qu'il y aura utilité à le faire.

Le programme des cours est arrêté, au commencement de chaque année, en assemblée des professeurs, qui fixent en même temps les jours et heures des leçons. La durée totale de chaque cours est déterminée d'avance; le cours d'anatomie doit être fait tous les jours, les autres cinq fois par semaine; l'enseignement de la clinique a lieu toute l'année. A la fin de chaque année, les élèves sont

MÉDECINE (enseignement). 649

interrogés sur les matières des cours et, si leurs réponses sont satisfaisantes, admis à passer en seconde ou troisième année; ceux qui n'ont pas répondu d'une manière satisfaisante sont renvoyés à trois mois.

Les inscriptions prises dans les Écoles préparatoires peuvent être échangées pour des inscriptions de Facultés, avec cette condition, cependant, qu'un élève d'Ecole préparatoire, quel que soit le nombre de ses inscriptions, ne peut recevoir (jue douze inscriptions de Faculté. Il n'est fait qu'une exception en faveur des internes des hôpitaux, élus au concours, lesquels, après avoir justifié de quatorze inscriptions, converties en douze de Faculté, et de quinze mois de bons services, peuvent obtenir, à titre onéreux, la concession supplémentaire de deux inscriptions de Faculté.

Enfin, les Écoles secondaires de médecine, comme les Facultés, reçoivent les officiers de santé.

Facultés. Avant les désastres de la dernière guerre, il existait en France trois Facultés de médecine : l'une à Paris, l'autre à Montpellier, la troisième à Strasbourg. L'Alsace, hélas! n'appartient plus à la France, et nous ne savons pas encore dans quelle ville sera transportée l'ancienne et célèbre Faculté de Strasbourg. Quoi qu'il en soit, les Facultés, seules, en France, donnent l'enseignement médical complet, et délivrent le diplôme de docteur, c'est-à-dire le droit d'exercer la médecine sur tous les points de la République. Nous aurons surtout en vue, dans cet article, la Faculté de Paris, la plus importante et la plus célèbre des trois.

L'enseignement est donné par les professeurs titulaires, les professeurs agrégés, le chef des travaux anatomiquès , les prosecteurs et aides d'anatomie, et les chefs de clinique.

Les professeurs sont nommés par le chef de l'État, parmi les docteurs âgés de trente ans au moins, sur une double liste de présentation, fournie par la Faculté et par le Conseil académique. 11 faut que le gouvernement actuel ait en vue une réorganisation prochaine et radicale des Facultés, pour que le ministre de l'Instruction publique, M. Jules Simon, n'ait pas encore rétabli le concours.

Vingt-sept professeurs à Paris, dix-sept à Montpellier, et quatorze à Strasbourg, sont chargés de distribuer l'enseignement aux élèves. A Paris, dix-neuf cours sur les matières suivantes comprennent tout l'enseignement : 1" anatomie; 2" anatomie pathologique ; 3° physiologie ; 4° chimie organique ; 5" pharmacie et toxicologie; 6° physique médicale; 7° histoire naturelle médicale; S" opérations et appareils; 9° pathologie chirurgicale ; 10° pathologie médicale; 11° pathologie et thérapeutique générales; 12° hygiène; 13° thérapeutique et matière médicale; 14° médecine légale; 15° accouchements, maladies des femmes en couches et des enfants nouveau-nés ; iè° cliniques médicales; 17°chniques chirurgicales; 18° clinique d'accouchement; 19° histologie ; 20° histoire de la médecine.

Tous les cours de la Faculté sont semestriels, et les professeurs ne sont astreints, par semaine, qu'à trois leçons d'une heure chacune. Nous croyons bien faire, en rapportant les deux tableaux officiels suivants, ils montreront comment les professeurs de la Faculté de Paris entendent la distribution des matières de leurs cours ; ils donneront, en outre, la composition actuelle de la Faculté.

* La chaire d'histologie est toute récente; elle fut instituée par décret impérial du 19 avril 1862; le même décret instituait une chaire àe médecine comparée, qui n'a jamais été sérieusement occupée, et qui est remplacée aujourd'hui par une chaire de pathologie expérimentale et comparée, occupée par M. Brown-Séquard.

650 MÉDECINE (enseignement).

4870, — lES COURS d'été de la faculté auront lieo dans l'ordre suivant ;

Page 1