‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.57Chapitre 74 sur 80 · JOURS · texte numérisé non relu

JOURS

Mercredi, Vendi'edi.

Lundi.

Lundi, Mercr., Vendr.

Lundi, Mercr. Vendr.

Lundi.

Mercredi, Vendredi.

Jeudi, Samedi, Mardi .

Mardi, Jeudi, Samedi.

Mardi, Jeudi, Samedi.

Mardi, Jeudi, Samedi.

Mardi.

Jeudi, Samedi

i la Charité, à la Cliarité, i l'Hôtel-Dieu, à la Pitié,

à r Hôtel-Dieu, à la Charité, à la Pitié, à l'hôpital des Cliniques de la Fa- * culte.

gés libres, chargés de ces cours, sont nommés pour trois ans. Les agrégés stagiaires n'exercent aucune fonction ; ils peuvent, cependant, être chargés des conférences instituées par décret du 22 août 1854. Ces conférences ont complètement échoué à la Faculté de Paris. Il y a à Paris trente-neuf agrégés, dont treize

stagiaires

Le chef des travaux anatomiques, nommé à la suite d'un concours et pour six ans diriffe les travaux de dissection ; il est secondé par les prosecteurs et les aides d'anatoraie, qui, comme lui, doivent leur position au concours. Les chefs de cli-

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nique, tous docteurs nommés au concours, interrogent les malades, et fournissent aux professeurs les renseignements qui peuvent leur être utiles. Ils ont, en outre, à diriger les élèves dans leurs études cliniques.

A côté de la Faculté existe l'École pratique, qui en fait partie; la création de cette Ecole pratique aurait été un vrai trait de génie, et son utilité eût été incalr culable, si, malheureusement, on ne s'en était, en quelque sorte, tenu qu'à sa création sur le papier; si, tout au moins, elle n'avait toujours été complètement négligée. L'institution, d'ailleurs, était viciée à sa base ; au lieu d'être obligatoire pour tous, l'instruction pratique n'était accordée, après concours, qu'à cent cinquante élèves de l'École, répartis en trois années. D'autre part, ces élèves n'ont jamais reçu les leçons particulières auxquelles ils avaient droit. Abandonnés à eux-mêmes et ne trouvant pas plus d'avantages que les autres élèves, ils délaissèrent aussitôt l'École qui ne leur donnait l'entrée d'aucun laboratoire. En 1865, un excellent arrêté, rendu sur la proposition du doyen Tardieu, leur offrit de sérieux avantages, mais l'arrêté, à peine rendu, lut mis de côté. Les exercices pratiques, qui comprenaient l'anatomie, la chimie, la physique et la botanique, et la clinique, ont si peu existé d'une façon sérieuse, que l'avis de tout le monde, aujourd'hui, est qu'il faut organiser des études pratiques parmi nous, si nous ne voulons pas que la médecine en France soit exposée à dégénérer de plus en plus. On sentait si bien l'utilité de l'École pratique, que des prix d'une certaine importance devaient être distribués tous les ans aux élèves de l'Ecole, à la suite d'un concours, dont le programme était parfaitement déterminé. Mais non-seulement ces concours étaient généralement très-faibles, mais encore les concurrents étaient fort peu nombreux. Nous le répétons, l'idée était excellente ; elle appartient à la France et, en particulier, à l'École de Paris, mais elle n'a jamais été appliquée avec cette suite, ce dévouement et cette intelligence qui, seuls, pouvaient en assurer le succès.

Enfin, depuis quatre ans environ, on a installé, à l'École pratique, des laboratoires d'anatomie, d'anatomie pathologique, d'histologie, de micrographie, d'anthropologie et de physiologie, dirigés par des professeurs habiles. Malheureusement, on n'a jamais su, en France, dépenser largement et intelligemment pour l'instruction pubhque ; il semblerait vraiment que l'éducation n'est pas le plus sérieux et le plus légitime souci d'une nation qui veut être et rester grande. Ces laboratoires se meublent lentement ; chaque instrument doit être enlevé à la parcimonie forcée du ministre de l'instruction publique, les maîtres et leurs quelques élèves ne se sentent point encouragés, et s'ils persistent, s'ils produisent des travaux déjà remarqués , nous leur devons une admiration d'autant plus grande.

Tel est l'enseignement officiel des facultés ; mais nous devons encore signaler un autre enseignement, plus utile assurément, c'est l'enseignement libre. A côté des professeurs, on rencontre, soit dans les salles de l'École pratique, soit dans des cliniques spéciales, des hommes souvent très-instruits, qui font, sur toutes les matières de l'enseignement, des cours vraiment adaptés aux besoins d'élèves qui cherchent vainement des guides dans leurs professeurs officiels, et qui, sans l'aide des professeurs de l'enseignement libre, perdraient souvent des années entières. Dans les hôpitaux également, un grand nombre de jeunes et intelligents médecins ont institué des cliniques libres, souvent très-suivies et, dans tous les cas, fort utiles. On peut dire que cet enseignement libre, qui comprend également des laboratoires et des salles de dissection, est certainement

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plus fi'cond que celui de la Faculté; ce n'est peut-être pas assez dire. Il n'est pas démontré qu'il sortit un seul médecin de la Faculté, si l'enseignement libre ne s'exerçait pas à côté d'elle. Cet enseignement libre, aujourd'hui un peu terne, a eu jadis un très-grand éclat, et les médecins, et même les professeurs 'les plus célèbres du dix-neuvième siècle, ont commencé par lui.

Études. Nous laisserons de côté les écoles préparatoires, qui n'ont d'importance qu'au point de vue des officiers de santé (sur lesquels nous reviendrons plus loin), pour ne nous occ\iper que des Facultés.

Nul étudiant n'est admis à prendre sa première inscription, s'il ne produit le diplôme de bachelier es lettres; et il ne pourra prendre la troisième, s'il ne possède pas celui de bachelier es sciences restreint. Nous avons déjà dit que tantôt on a exigé le diplôme de bachelier es sciences, et que tantôt les étudiants en médecine en ont été exemptés; quant au diplôme de bachelier es lettres, aucun ministre n'avait songé à y toucher quand M. Fortoul, ayant inventé la bifurcation des études, et supposé, sans doute, qu'une éducation libérale est imisible à un médecin, supprima net le baccalauréat es lettres, par arrêté du 7 septembre 1852. Il était impossible de réaliser une mesure plus maladroite et plus nuisible; elle a porté des fruits amers, mais, fort heureusement, elle n'a pas duré longtemps, et le baccalauréat es lettres a été de nouveau exigé, par décret du 23 août 1858, exécutoire dans toute sa teneur, à partir du l""" novembre 1861.

La durée des études est de quatre années, pendant lesquelles l'étudiant doit avoir pris seize inscriptions. La première inscription doit être prise au mois de novembre; le ministre de l'instruction publique peut, cependant, permettre de la prendre au mois de janvier ; mais, dans aucun cas, il n'est possible de la prendre passé cette époque ^ Jusqu'en 1862, les élèves en médecine devaient faire une année de stage dans les hôpitaux, à partir de la huitième inscription hbérée; un décret du 18 juin 1862 porte, avec juste raison, à deux ans la durée de ce stage.

Pour le bon ordre des études, pour rendre les progrès plus sensibles, pour que l'élève ne se perde et ne se décourage pas dans un dédale de cours, qu'il ne saurait apprécier, la Faculté lui fournit les indications suivantes, qui doivent le guider dans ses études. Malheureusement, il est bien rare que les élèves s'astreignent à l'ordre de ce programme.

hiver.

été.

Chimie médicale, l'hysique ipédicale.

1" année. ( | Histoire naturelle médicale.

Herborisations.

Exercice pratique au jardin botanique.

Manipulations chimiques.

Voici quels sont les frais d'études dans les Facultés :

Seize inscriptions à 30 fr. . . 480 fr.

Trois examens de fin d'année à 50 Ir. ... 90

Cinq examens de lin d'études à 50 fr. . . 230

Cinq certificats d'aptitude à 40 fr 200

Thèle 100

Certificat d'aptitude 40

Diplôme 100-1260fr.

l'V e aui aura remporté le prix d'honiieur au concours des lycées de Paris sera exempt de fraïd^étude dans la Faculté dont il suivra les cours; les fils de professeurs sont également exemptés de frais de réception dans les Facultés auxquelles leurs pères appartiennent.

MEDECINE (enseignement).

2° année.

liiver.

été.

hiver.

année.

été.

hiver.

4" année.

été.

Anatomie, Histologie.

Dissections.

Physiologie.

Pathologie interne.

— externe.

Exercices pratiques de physiologie.

Anatomie.

Histologie.

Dissections.

Opérations, appareils.

Pathologie interne et externe.

Clinique médicale et chirurgicale.

Physiologie.

Pathologie interne et externe.

Accouchements.

Opérations et appareils.

Thérapeutique et matière médicale.

Pharmacologie.

Anatomie pathologique.

Clinique médicale et chirurgicale.

Pathologie interne et externe.

Pathologie générale.

Cliniques médicale, chirurgicale, obstétricale.

Histoire de la médecine.

Pathologie interne et externe.

Accouchements.

Thérapeutique et matière médicale

Médecine légale.

Anatomie pathologique.

Hygiène.

Cliniques médicale, chirurgicale, obstétricale.

Exercices pratiques de médecine opératoire.

Examens. Diplôme. H y a déjà longtemps que la Faculté de Paris s'efforce de rendre les études plus sérieuses, de façon à faire des docteurs en médecine vraiment dignes de ce titre. Malheureusement, toutes les mesures n'aboutissent à rien; il semble qu'une fatalité s'acharne après nos Facultés ; cette fatalité, il est vrai, n'est autre que le laisser-aller, le mauvais vouloir, le manque d'entente et d'tmité. Apporter une ou plusieurs pierres à un vieil édifice vermoulu, ce n'est pas faire un édifice neuf, où tout soit proportionné, d'accord, et marche vers un but unique. Je ne puis assez m'étonner que la France, qui fait si facilement des révolutions, soit la nation la moins révolutionnaire dans le sens fécond du mot.

L'année 1846 vit naître une réforme assez heureuse; il fut décidé que, à partir du 1®"" novembre, tout élève en médecine devait passer un examen à la fin de la première, de la deuxième et de la troisième année d'études. Ces examens portent sur les matières qui auront fait l'objet des cours des années correspondanles. Ces examens se passent au mois d'août. L'élève refusé peut se représenter en novembre ; refusé une seconde fois, il ne peut pas prendre d'inscriptions, et perd, par conséquent, une année d'étude. Le jury des examens se compose d'un professeur et de deux agrégés. On peut soutenir les deux premiers examens de fin d'année dans les écoles réparatoires, sans être obligé de les soutenir de nouveau devant la Faculté ; il n'en est pas de même du troisième.

Quant aux examens de doctorat, ils ne peuvent être passés que devant une Faculté, et qu'après la seizième inscription révolue. Le jury est composé de deux professeurs et d'un agrégé. Ces examens sont au nombre de cinq, distribués ainsi qu'il suit :

Premier examen. Anatomie et physiologie, avec une épreuve de dissection.

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(Le candidat fait une préparation anatomique, et répond aux questions qui lui sont adressées sur la préparation.)

Deuxième examen. Pathologie interne et externe^ avec opérations. (L'élève subit une épreuve pratique de médecine opératoire. L'examen avec l'épreuve dure deux heures; deux candidats seulement y prennent part à la fois.)

Troisième EXAsrEN. Histoire naturelle médicale. Physique médicale. Chimie organique et pharmacie. (Le candidat répond démonstrativement aux questions qui lui sont adressées sur les substances chimiques et les plantes médicinales.)

Quatrième examen. Hygiène. Médecine légale. Matière médicale et thérapeutique. (Le candidat rédige, séance tenante, une formule de rapport sur un sujet de médecine légale indiqué.)

Cinquième examen. Clinique interne. Clinique externe. Clinique d'accou' chements. (Cet examen consiste : 1" en une composition en français sur une question médicale, chirurgicale, ou obstétricale, dont le sujet est tiré au sort; 2" en une triple épreuve pratique de clinique médicale , chirurgicale et obstétricale, à la suite de laquelle les candidats suloissent un examen oral, en français, dans lequel ils font connaître le diagnostic qu'ils auront porté, et le traitement qu'ils auront jugé convenable d'adopter.)

Ces examens passés d'une manière plus ou moins satisfaisante, le candidat reçu n'a plus qu'à soutenir sa thèse, pour avoir conquis le titre de docteur. Depuis le 1^'' juin 1842, les thèses consistent : 1° en une dissertation imprimée, dont le sujet a été choisi par le candidat, soit sur les propres observations médicales ou chirurgicales qu'il a faites^; 2" en une argumentation verbale sur le sujet même de la dissertation précitée, et sur d'autres sujets, au nombre de quatorze, correspondant aux diverses matières de l'enseignement de la Faculté, et qui, après avoir été tirés au sort par le candidat, sont transcrits sans développement à la suite de la dissertation imprimée. Le candidat choisit un des professeurs pour présider sa thèse. Le président examine le manuscrit, et devient ainsi garant des opinions émises, en ce qui concerne la religion, l'ordre public et les mœurs. Il y a quatre examinateurs à la thèse, y compris le président, savoir : deux professeurs et deux agrégés. Le président interroge comme les autres juges, et il a voix prépondérante, en cas d'égalité des suffrages.

Même quand il a subi tous ces examens, avec la note satisfecit, le candidat ne tient pas encore son diplôme. La Faculté a délivré un certificat d'aptitude, mais le recteur peut refuser son approbation ; le ministre , à son tour, peut refuser de délivrer le diplôme ; il peut aussi faire recommencer l'épeuve. Mais de tels cas sont fort rares. Le jeune médecin reçoit son diplôme et il a désormais le droit d'exercer son art sur tous les points du territoire de la république, après avoir rempli certaines formalités dont nous parlerons à propos de l'exercice de la médecine.

Officiers de santé. Il existe en France deux sortes de médecins, les docteurs et les officiers de santé, médecins d'un ordre inférieur, institués par la loi du 19 ventôse, an XI (10 mars 1803). Non-seulement on ne réclame pas de ces derniers une éducation médicale aussi complète que celle des docteurs, mais encore leur éducation universitaire est bien inférieure, et loin qu'on leur demande les diplômes de bachelier es lettres et es sciences, on se contente d'un certificat

* Les thèses deviennent de plus en plus faibles; il n'y a guère que les internes et quelques externes qui composent des thèses avec leurs propres observations ; le plus grand nombre des étudiants ne fait qu'une compilation insipide et sans intérêt.

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constatant que leur instruction est égale à celle d'un élève de quatrième dans les lycées. Si les jeunes gens qui se destinent à être officiers de santé ne sont pas pourvus de ce certificat, ils doivent subir un examen équivalent devant un jury spécial.

Les officiers de santé peuvent faire leurs études médicales soit dans une Faculté, soit dans une Ecole secondaire. Pour être reçus, il doivent justifier soit de douze inscriptions prises dans une Faculté, soit de quatorze dans une école préparatoire. Avant le décret du 22 août 1854 , qui fixe cette scolarité, les candidats au titre d'officier de santé pouvaient simplement justifier de six années d'études sous un docteur,ou de cinq années dans un hôpital. Les candidats au titre d'officier de santé, ont à subir deux examens de fin d'année et trois de réception. Les deux examens de fin d'année portent sur les matières qui ont dû faire l'objet de leurs études, la première et la deuxième année. Des trois examens de réception, le ■premier a pour objet l'anatomie en général et les éléments de la physiologie; l'élève fait sur le squelette la démonstration des objets sur lesquels il est interrogé. Le deuxième a lieu sur la pathologie interne, la pathologie externe et les accouchements. Le troisième se compose 1° d'une composition écrite portant sur une question de patliologie ; et sur trois formules thérapeutiques à fournir pour trois cas donnés ; 2° sur une épreuve pratique de clinique médicale et chirurgicale ; 5" enfin de la justification du diagnostic porté et de réponses, soit sur la clinique, soit sur la matière médicale et la thérapeutique. La durée de chaque examen total est fixée à trois quarts d'heures.

Dans les Facultés le jury d'examen est composé de deux professeurs et d'un agrégé ; dans les écoles préparatoires, de Irois professeurs titulaires ou adjoints et d'un professeur de Faculté président. On ne saurait se faire une idée de la faiblesse de ces examens, dans les Facultés principalement ; les examinateurs sont véritablement navrés et reconnaissent volontiers qu'ils devraient refuser tous les candidats sans exception. Ils ne le peuvent évidemment pas sous peine de rendre impossible l'exercice de la médecine en France, mais quel argument pour la suppression de ce second ordre de- médecins !

Oublions maintenant ce qui a trait aux officiers de santé et revenons aux docteurs et aux Facultés. On a vu quelle est l'organisation de la Faculté de médecine de Paris ; quels sont les moyens d'instruction mis à la portée des étudianis, quelles sont enfin les garanties offertes à la société. 11 semble qu'il y ait surabondance de leçons et de professeurs; que rien ne fasse défaut, au contraire; qu'il ne doive sortir enfin de cette Faculté si célèbre que des docteurs instruits, des praticiens capables, des hommes utiles. Hélas! combien ne faut-il pas rabattre de tout cela ! On peut dire de cette Faculté et des autres, en France, ce qu'on dit de ces gueux du grand monde, qui cachent leur misère sous du chnquant et des broderies. Tout le monde, professeurs, élèves, médecins sentent et disent aujourd'hui que l'enseignement médical doit être complètement transformé en France, qu'il faut prendre au plus vite une nouvelle route, sous peine de voir la médecine française descendre à un niveau presque humiliant. Il est vrai que le mal étant généralement reconnu, il est impossible que le remède ne soit pas bientôt trouvé; dans tous les cas, il est de notre devoir de le chercher ici.

Nous le répétons, la question est posée dans tous les bons esprits, beaucoup la résolvent, avec cette formule unique: substitution de ï enseignement libre à l'enseignement officiel. Nous sommes partisan déclaré de l'enseignement libre, cependant nous souhaitons que, au début tout au nicins de cette réforme,

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l'enseignement olficiel soit conservé à côté de l'enseignement libre ; mais, même dans 'ce cas, l'enseignement officiel devrait être profondément modifié. Il nous faut donc rechercher dans quel sens doivent être faites les réformes, dans cette perspective que l'enseignement libre de la médecine pourra être prochainement décrété. Si nous tenons à conserver encore l'enseignement officiel, c'est que nous tenons à élever le niveau des études médicales et non à l'abaisser. Que l'on proclame demain la liberté de l'enseignement, qu'arrivera-t-il? Il se créera un nombre considérable de cours isolés, dont les professeurs plus ou moins instruits et zélés enseigneront telle ou telle partie de la médecine, mais il n'y aura pas un véritable enseignement, une doctrine quelconque, rien qui se tienne et qui se lie, point d'ensemble. Mauvaises conditions, si je ne me trompe, pour faire de bons médecins. Mais, dira-t-on, il se créera bien vite des Facultés libres, comme en Belgique, par exemple.

C'est là une illusion que je ne partage pas ; la liberté est un tout et il n'est pas permis^ à un peuple d'en prendre telle partie et d'en laisser telle autre ; quand nous aurons l'enseignement supérieur libre, nous ne saurons pas nous en servir et serons trop heureux que l'État ait conservé les Facultés. Pourquoi donc la liberté de l'enseignement s'éleverait-elle florissante à côté de tant d'autres libertés absurdes? il n'y a qu'un moyen d'apprécier la liberté sur un point, c'est de la vouloir et de la pratiquer sur tous. Je crains qu'on ne voie pas en France une seule Faculté due à l'initiative des citoyens ou des communes. Je le déplore ; mais il en sera ainsi tant que, comme les hommes de race anglo-saxone, nous n'aurons pas mis au-dessus de tout la liberté, et pris la saine habitude d'agir par nousmêmes. D'un autre côté, il est bien probable qu'il se fondera en France une ou deux Facultés libres de médecine, qui seront l'œuvre et la propriété du clergé ou plutôt des jésuites, assez riches pour cela. Nous n'en sommes plus à savoir comment ils comprendront l'enseignement de la médecine, et nous serions bien surpris si nous leur devions de grands progrès dans les branches oii le progrès sera désormais possible et fécond. Donc nous estimons que, à tous les points de vue, l'enseignement officiel doit être conservé jusqu'à nouvel ordre. Mais nous l'avons déjà dit, l'enseignement actuel est foncièrement mauvais.

Les Ecoles secondaires de médecine, qui auraient pu rendre de grands services n'en rendent presque aucun ; la plupart comptent un très-petit nombre d'élèves, beaucoup ont un matériel à peu près nul ou insuffisant. Les professeurs ne se sentent pas stimulés, soit par un nombreux auditoire, soit par la conscience des services rendus ; il y a fort peu d'émulation parmi les élèves ; beaucoup de ceux-ci ne font que passer par l'École, le plus grand nombre est destiné à ne faire que des olficiers de santé, tout va mal, tout périchte et c'est à peine si cinq ou six de ces Écoles rendent de vrais et incontestables services.

Dans les Facultés c'est tout le contraire, mais le résultat est le même. Prenons toujours pour type la Faculté de Paris. Du côté du professeur, homme célèbre, peut-être illustre, impossibilité presque absolue de s'astreindre à un enseignement élémentaire, il se complaît et se perd dans des considérations et des réflexions, très-intéressantes, sans doute, mais auxquefles l'élève ne comprend rien et dont il se lasse à la seconde leçon. 11 est des professeurs qui s'imaginent que leur cours doit durer en quelque sorte indéfiniment ; la première année est consacrée

aux prolégomènes, la seconde, aux considérations générales, la troisième à et

le cours s'" chève, quand il peut, en cinq, en six ans ; l'élève qui a entendu la première leçon est depuis longtemps docteur, quand la dernière s'achève. En outre, iicT. liNC. r s. V. ^ -42

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depuis surtout que le concours est aboli, les chaires ont été trop souvent occupées par des hommes qui ne possédaient pas les dons qui font les professeurs écoutés. Enfin, la plupart n'acceptent une chaire qu'avec le désir bien arrêté de la changer le plus tôt possible. Dans ces derniers temps, l'habitude des permutations de chaire est devenu un vrai scandale. Ce ne serait rien si le cours était bien fait ; mais qui ne sait que les aptitudes d'un homme ne sont pas telles, qu'il puisse également bien posséder toutes les parties de la science. Et quel soin peut apporter à son cours un professeur qui le fait à regret, et n'attend qu'une occasion pour changer de chaire au plus vite. Aussi, peut-on dire avec juste raison, que, même aujourd'hui, les élèves n'apprennent pas la médecine à îa Faculté, mais uniquement dans les cours publics que font des agrégés ou des professeurs libres.

Du côté des étudiants, on peut noter peu d'exactitude, peu de zèle et, trop souvent, de la paresse. A Paris, ils sont trop nombreux , les professeurs ne les connaissent pas et n'ont aucune action sur eux. On a dû renoncer à l'appel nominal dans les cours. Dès lors rien ne les oblige à assister aux leçons de leurs professeurs et, en effet, ils n'y assistent pas ou ils s'y rendent avec une irrégularilé regrettable. Même dans les cliniques, ils suivent à peine la visite, n'examinent pas les malades et croient avoir accompli leur tâche quand ils ont assisté à la leçon du professeur, qu'ils ne peuvent pas comprendre, car elle n'est même pas pour eux une leçon de pathologie.

Restent à la vérité les examens soit de fin d'année, soit de doctorat ; si l'élève n'a pas travaillé, s'il ne sait pas ses matières, dira-t-on, il sera refusé et devra les apprendre. Malheureusement jamais examens ne furent moins probants que ceux que l'on subit à la Faculté de médecine de Paris; ne parlons que des examens de doctorat, les plus importants. Chacun d'eux, dure une demi-heure pour l'élève qui est. pendant ce temps, interrogé par trois professeurs et sur trois branches différentes de la médecine ou de la chirurgie. Ainsi en dix minutes, le professeur est tenu de s'assurer que l'élève sait ou l'hygiène, ou la pathologie, ou les accouchements, ou la thérapeutique, ou la physiologie, etc., etc. On voit que de pareils examens qui, sauf ceux d'anatomie et de chnique, ne sont accompagnés d'aucune épreuve pratique, on voit, dis-je, que de pareils examens, même convenablement subis, ne prouvent absolument rien et qu'ils laissent beaucoup trop de prise au hasard, à la chance? que sera-ce, si l'on fait attention qu'on peut être reçu avec la note passablement satisfaite et si nous ajoutons que des professeurs eux-mêmes avouent qu'ils reçoivent, sous peine de les refuser presque tous, des étudiants et plus tard des docteurs qu'ils tremblent de voir exercer la médecine.

Or, dans tout cela, la faute est à tout le monde, et elle n'est à personne ; c'est l'institution qui est mauvaise, c'est elle qu'il faut modifier. Bien des projets de réforme ont été proposés, mais nous nous garderons de les examiner tous.

Il faut partir de ce point que le plus grand embarras, c'est Paris et la Faculté de Paris, Pour mille raisons, l'attrait d'abord de la grande ville, puis les ressources qu'elle présente au point de vue du travail, la célébrité de la Faculté, l'ancienne renommée de ses professeurs, le rehef qu'offre encore le titre de docteur de Paris, enfin la facilité des communications entre la province et la capitale, tout cela fait que le plus grand nombre des étudiants viendra toujours à Paris, et que la Faculté de la grande ville' sera encombrée, alors que les autres Facultés et les Ecoles secondaires manqueront d'élèves. Il s'agit donc de trouver une combinaison qui, sans aucune contrainte, fasse que les étudiants se répandent un peu partout,

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dans une proportion à peu près égale, assez nombreux pour stimuler le zèle des professeurs et leur propre émulation, pas assez nombreux pour n'être pas toujours en quelque sorte sous l'œil de leur maître et à portée de ses conseils ; car le but final doit être de faire des élèves instruits et de bons médecins. Il est bien entendu qu'il faut, en même temps, conserver à Paris sa prééminence scientifique et lui rendre toute son ancienne splendeur.

M. Dechambre qui s'est, à plusieurs reprises occupé de cette question, propose la solution suivante : suppression radicale des Écoles secondaires , laquelle ne soiitfrirait aucune réelle difficulté pratique; création de cinq facultés dans les principales villes de la République. Les élèves apprendraient, dans ces Facultés, toute la médecine théorique et la clinique pendant quatre ans; ils viendraient ensuite à la Faculté de Paris, érigée euFaculté supérieure, et là, sous l'œil du maître, se livreraient à tous les exercices pratiques de la profession, pendant un an. Ils feraient de l'anatomie, de la chimie, de la physique, de la médecine légale, de la clinique, etc. Ces exercices constitueraient, en quelque sorte, des examens, et, d'avance, le professeur connaîtrait les jeunes gens dignes d'être reçus, et ne serait *amais exposé à recevoir un ignorant. Les examens probatoires de la fin seraient, pour ainsi dire le complément d'examens qui auraient duré toute l'année. M. Dechambre a calculé que le nombre des étudiants à Paris, cette réforme accomplie, serait tel, que la surveillance en serait toujours facile.

Ce projet qui suppose supprimée la Faculté de Paris, en tant que Faculté ordinaire, offre des avantages sérieux et dignes d'être pris en considération ; il se rapproche, par plus d'un point, de notre propre projet, seulement nous pensons que la Faculté de Paris doit avoir une autre destination.

M. le docteur Le Fort a également pubUé, dans la Gazette hebdomadaire, 1866, une série de savants articles sur l'enseignement et l'exercice de la médecine. M. Le Fort pense, comme nous, que l'État doit conserver l'enseignement officiel à côté de l'enseignement libre, mais que le premier doit être profondément modifié. M. Le Fort demande la suppression des Écoles secondaires et la création de sept ou huit Facultés ; il pense que de cette façon les élèves se répandront un peu partout et ne viendront pas exclusivement à Paris.

Les cours, dans les Facultés, dureraient quatre ans, les élèves, à la suite d'examens sévères, en sortiraient avec le titre de licencié, qui conférerait le droit d'exercer la médecine. Mais pour être docteur, il faudrait venir passer deux ans à une Faculté supérieure installée à Paris, à côté de la Faculté ordinaire. Cette Faculté ordinaire conservée à Paris gâte tout le projet de M. Le Fort, car elle absorbera fatalement toutes les autres Facultés et l'inconvénient sera celui que nous voyons aujourd'hui. Il n'est pas possible que M. Le Fort, esprit libéral, droit et logique ne l'ait pas compris ; mais il est préoccupé du service des hôpitaux et pense, à tort, qu'il ne pourrait pas être convenablement rempfi, si Paris n'avait qu'une Faculté supérieure.

Notre projet, que nous avons déjà exposé ailleurs, il y a six ans, se rapproche tout à la fois de celui de M. Dechambre et de celui de M. Le Fort. Comme eux, je me suis demandé quel était le moyen le plus efficace pour rendre les études plus fortes et, comme eux, je réponds qu'il laut multipHer les centres d'instruction éviter l'encombrement de certaines Facultés, exercer une action plus directe sur les étudiants, donner une grande extension aux exercices pratiques et faire subir des examens très-nombreux, très-sévères et réellement probatoires ; enfin, arriver à ne faire que de bons praticiens.

060 MÉDECINE (enseignement).

A notre avis, il faudrait conserver dix à douze Ecoles secondaires, celles qui offriraient le plus de ressources à tous les points de vue, et calculer, dans tous les cas, le nombre de ces Ecoles de telle façon que chacune d'elles fût suivie par 250 ù 500 étudiants. Qu'on leur conservât leur titre actuel ou qu'on les érigeât en Facultés, le nombre de leurs professeurs devrait être augmenté, en même temps que leurs ressources scientitiques, amphithéâtres, collections, làbUothèque, etc. La durée des études y serait de quatre ans, pendant lesquels les élèves parcourraient le cercle entier des connaissances médicales pratiques. C'est là, et non point à la Faculté supérieure, comme le demande M. Dechambre, que devraient être multipUées toutes les études pratiques et, il faut bien dire, hélas ! .que sous ce rapport nous n'aurions qu'à copier TMlemagne et, eu particulier, la Faculté de Vienne. Chaque Ecole devrait avoir un laboratoire de chimie, de physique, de micrographie où les élèves se livreraient directement à des exercices pratiques ; l'anatomie pathologique, la médecine légale, l'anatomie normale, la physiologie devraient être enseignées expérimentalement ; il faudrait, en un mot, installer dans ces Écoles ce que les Allemands possèdent sous le nom ' Instituts anatomiques, physiologiques et pathologiques. Les contacts du professeur et des étudiants seraient journaliers, continuels, la surveillance facile, les appels praticables chaque fois qu'on le jugerait à propos, les examens fréquents ; les profeseurs devraient s'ai'mer de cette juste sévérité, nécessaire eu médecine sous peine de complaisance coupable, et qui aurait pour résultat rapide de chasser de l'École l'étudiant paresseux qui n'aurait jamais fait qu'un mauvais médecin. Ces Écoles ou Facultés secondaires pourraient conférer les grades universitaires de bacheher et de licencié. Dans tous les cas, après ces quatre ans d'études, i'élève serait apte à pratiquer la médecine et pourrait l'exercer après avoir satisfait à l'examen dont nous parlerons tout à l'heure.

Les Facultés de Paris et de Montpellier deviendraient des Facultés supérieures, où l'on ne serait admis qu'avec le grade de licencié, mais il est de toute nécessité que ni Paris, ni MontpeUierne possèdent d'Ecole secondaire. Les Facultés, recevant dès lors des élèves déjà très-instruits, de véritables praticiens, n'auraient plus à s'occuper des parties élémentaires de la science ; leur rôle serait, au contraire, de considérer celle-ci au point de vue le plus élevé, le plus général, le plus philosophique. Les professeurs pourraient alors, sans danger, il devraient même n'envisager que les progrès de la science sous tous ses aspects, s'efforcer de déblayer le terrain, de tracer de nouvelles voies, d'élargir les horizons. Or, ce qui est un danger pour l'élève qui commence, serait de la plus grande utilité pour l'élève déjà instruit, capable de suivre et de comprendre de semblables leçons. Les esprits un peu supérieurs, parmi les médecins, sont obhgés, un jour ou l'autre, de se livrer, avec de grands efforts, à ces travaux que le professeur leur faciliterait et leur apprendrait même. L'École secondaire aurait pour mission de faire le bon praticien, la Faculté supérieure ferait le médecin savant. Ces cours supérieurs devraient durer quatre semestres et être suivis d'examens extrêmement sévères et suffisamment nombreux. La Faculté supérieure seule pourrait délivrer le titre purement universitaire de docteur. Ce titre qui ne conlérerait aucun droit au point de vue de la pratique serait, aux yeux du public, la preuve d'études plus longues et plus complètes et d'une science plus étendue. On pourrait, en outre, admettre que les professeurs, les médecins des hôpitaux, les membresdes corps savants, etc., ne seraient recrutés que parmi les seuls docteurs.

Dans le cas où il n'existerait pas, à côté de la Faculté supérieure de l'Etat,

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