MÉDECINE (ENSEIGNEMENT
une Faculté supérieure libre, les examens seraient passés uniquement par les prolesseurs de la Faculté. Mais s'il existait une Faculté libre qui, elle-même, put conférer le titre de docteur, les examens seraient passés devant un jury composé de : 2 professeurs de la Faculté de l'État, 2 professeurs de la Faculté de médecine, o membres de l'Académie de médecine dont 1 vétérinaire, 4 membre de l'Institut, président avec voix prépondérante. Ces quatre derniers ne devraient être professeurs ni de l'une ni de l'autre université. Gomme il s'agirait ici d'un simple titre universitaire, conférant seulement des droits et des privilèges trèsenviables, le professeur n'aurait plus à se préoccuper de cette considération, qu'il empêchera peut-être un malheureux de gagner son pain, qu'il peut réduire une famille à la misère ; en effet, le licencié exerce la médecine dans toute sa plénitude comme le docteur; le jury pourrait, dès lors, sans scrupule, user d'une juste sévérité et ne conférer qu'à bon escient ce titre envié de docteur. Ce serait d'ailleurs le meilleur moyen de donner aux Facultés et à la médecine françaises, une renommée légitime qui ne tarderait pas à être appréciée dans le monde entier.
Mais pour que ces réformes portent tout leur fruit, il est nécessaire de prendre les deux mesures suivantes que nous ne faisons qu'indiquer : rétablir le concours pour tous les professeurs de Facultés et d'Écoles secondaires ; payer trèslionorablement ces professeurs, et leur interdire la pratique civile et même les consultations chez eux. Je ne ferais d'exception, comme en Allemagne, que pour les professeurs de clinique qui pourraient seulement être appelés en consultation par leurs confrères. Nous demandons, en outre, que, comme en Allemagne, les élèves payent au professeur une somme déterminée pour chaque cours. Ce système est juste, il stimule le zèle du professeur, il rend les élèves beaucoup plus assidus et attentifs, il permet enfin d'élever moins haut les appointements payés par l'État au professeur.
Que l'enseignement libre de la médecine soit ou ne soit pas proclamé, que, à côté des Facultés officielles, existent ou n'existent pas des Facultés libres ou tout au moins des cours libres; voici comment nous entendons que doivent être passés les examens qui conféreront le droit d'exercer la médecine. Jusqu'ici nous avons admis que les Facultés et les Écoles secondaires pourraient conférer des titres universitaires ; les Facultés hbres devront jouir du même droit, mais il faudra, pour pouvoir exercer la médecine, subir des examens devant un jury spécial, que nous désignerons sous le nom de jury d'État.
Ce jury devra être formé spécialement par le ministre de l'instruction publique, et pris en dehors des professeurs de l'enseignement officiel ou de l'enseignement libre ; cette condition nous paraît de rigueur absolue pour assurer l'impartialité et la sincérité des examens. Le ministre décidera quels hommes devront faire partie de ce jury permanent, placé sous son autorité, et qui aura pour unique mission de s'assurer par des examens sérieux, pratiques le plus souvent, que le candidat connaît à fond l'art médical et qu'il fera un bon praticien.
Ce jury sera censé n'avoir à examiner que des élèves ayant conquis, soit dans les Facultés du gouvernement, soit dans les Facultés libres, le titre de licencié, des praticiens, en un mot ; l'enseignement supérieur n'ayant pas à figurer dans le programme de ses examens. Ce jury délivrerait une patente de licencié qui donnerait le droit de pratiquer la médecine sur tous les points du territoire indistinctement. Le titre de docteur deviendrait un titre universitaire, d'honneur, en quelque sorte, que nul ne pourrait usurper sans encourir une peine. Je suis
662 MÉDECINE (enseignement).
d'ailleurs convaincu que, dans ce système, le nombre des docteurs diminuerait sans doute, mais qu'il serait encore très-considérable.
Tel est le système d'enseignement et d'organisation qui nous paraît le meilleur et le plus facilement réalisable. Le lecteur comprendra que, dans cet article, nous n'ayons pas pu nous livrer à de plus longues considérations et il suppléera aisément à ce que nous n'avons fait qu'indiquer. Si, dans cet exposé, nous n'avons pas parlé des officiers de santé, c'est que, à notre avis, ils doivent promptement disparaître et que notre système les supprimerait par le fait seul de son application. Les licenciés, médecins instruits, remplaceraient bientôt les officiers de santé. D'ailleurs nous allons revenir sur cette question dans le paragraphe suivant.
On peut se demander, en finissant, si l'enseignement libre sera utile ou nuisible aux progrès de la science et à la force des études médicales. Pourvu que l'on conserve l'enseignement officiel, l'enseignement libre ne saurait avoir que de bons résultats.
Il ne peut manquer de s'établir une grande émulation entre les écoles officielles et les écoles libres, et il ne saurait exister un plus grand stimulant pour réveiller des professeurs aciuellement endormis. Les examens se passeront en dehors de l'Ecole, les juges seront désintéressés et impartiaux. Le public saura bien vite où se font les meilleurs médecins et c'est là qu'il ira, et il lui importera peu que ce soit dans une pauvre École libre ou dans une pompeuse Faculté. Les professeurs libres deviendront une pépinière naturellement organisée pour fournir, s'ils y trouvent quelque profit, les meilleurs professeurs de l'enseignement officiel. L'habitude de faire payer les cours stimulera tout le monde, puisque chacun gagnera d'autant plus que les cours seront plus suivis, c'est-àdire qu'ils auront plus de retentissement et de succès. Nous pensons donc que, à tous les points de vue, l'enseignement libre est une bonne chose ; nous estimons qu'on ne saurait trop se hâter de décréter la liberté de l'enseignement de la médecine, et nous faisons des vœux pour que cette réforme réussisse au delà même de nos désirs.
Nous allons résumer en deux tableaux les idées précédentes, le lecteur comprejxJra mieux ainsi notre pensée. Il est bien entendu qu'il s'agit là d'une simple ébauche ; de pareilles réformes germent bien dans la tête d'un seul homme, mais pour les rendre vraiment pratiques et complètes il faut qu'elles deviennent l'œuvre collective de quelques hommes spéciaux réunis en commission.