L. Laveran
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Méningite cérébro-spinale épidémique. Synonymie : cérébro-spinite (Chauffard) ; Cérébroî-typhus [XWexmnàs) ; tifo apopJectito fetonico (Italiens); Epidémie Meninc/ilis (Américains) ; hjernfeber (Suédois) ; hjernebetœndelse (Norwégiens).
(Juelque intéressant qu'il soit de savoir si la méningite cérébro-spinale, observée d'une manière précise depuis 1857, est une maladie nouvelle, ou si son histoire se perd dans les énumérations confuses des épidémistes des siècles antérieurs, on essayerait en vain de fonder rigoureusement son histoire avec des traits à peine esquissés par P. Alpin, ou au moyen des documents pleins d'incertitude acceptés par Ozanam {Histoire des maladies épidémiqiœs, t. Il), ^ul doute que les phrenitides exitiosissimœ homines paucis Iwris perdentes (Alpino Prosper., De medicina Mgijptionim, lib. I, cap. xui, p. 49) ne rappellent les caractères principaux d'une maladie qui impressionne plus encore par la rapidité de ses coups que par le nombre des victimes; mais cela est trop peu précis et trouve une interprétation naturelle dans le fait de l'existence en Egypte du y.oEvïTiç d'Hippocrate, la fièvre rémittente pernicieuse. Il n'est même pas possible
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d'entrevoir d'une vue faible et confuse les traits principaux de la me'ningite cérébro-spinale dans P. Forestus, Ingrassias, F, Plater et Saalmann, cités par Ozanam.
P. Forestus {Opéra omnia, liv. VI, observ. VII, Francf., 1584, p. 156) cite une lettre familière de Livinus Baudrinus sur la maladie appelée trousse-galant. Voici le texte de l'auteur : a De febre pestilenti, Gallis dicta trousse-galant, qua, in Sabaudia potissimum, aliisque locis fiiiitissimis, in Gallia, anno 1545 grassabatur... qua et fortiores juvenes jugulabat.
« Âccidentia fere hsec sunt : aut continua vigilia, quae segrum ad phrenitidem tandem ducit, aut continuus sopor qui in lethargiam transit. Dolor plerumque capitisadestinprincipio et renum calor cum lassitudine totius corporis, verraium niaxima copia, qui ex putredine generantur, quique sursum repentes vivi per os evorauntur... plerisque et exanthemata erumpunt.
« Morbus bis plerumque quarto die terminatur aut undecimo. »
Sandrinus ne fait pas mention des accidents spinaux qui de nos jours ont fait appeler la maladie : mal de nuque, mal de dos, et il ajoute à sa description des traits qui appartiennent plus aux fièvres typbiques qu'à la méningite. J.-P. Ingrassias {Injormazione del pestifero et contacjioso morho, 1575); Félix Plater. {Praxeos medicinœ. Baie, 1656); F. Saalmann {Descriptio phrenitidis et paraphrenitidis in Westphalia circa médium mensis martii grassari incipientium ve)'e contagiosarum earumque factœ curatioms, Munster, 1788, in-4°), ne permettent pas d'affirmer davantage que les affections décrites sous le nom de céphalée, de baupwehe, de phrenitis, aient eu plus de rapport avec la méningite qu'avec les fièvres continues. Cette absence de documents permet-elle de conclure que la méningite cérébro-spinale épidémique est une maladie nouvelle, particulière à notre époque; ou, se fondant sur l'identité des lésions et des symptômes de la méningite épidémique et de la méningite sporadique, peut-on affirmer que l'inflammation des méninges a eu à toutes les époques sa place naturelle dans le cadre des maladies inflammatoires, le défaut d'observations précises et de connaissances anatomo-pathologiques l'ayant seul empêchée de l'occuper? Ces deux questions sont d'ailleurs également insolubles, et la dernière est entièrement subordonnée à l'idée qu'on se fait de la maladie, soit que celle-ci paraisse suffisamment déterminée par la lésion, ou qu'on prétende s'élever jusqu'à la notion de sa cause. Au premier point de vue, la méningite n'a pas plus d'histoire que la pleurite, la péricardite ; au second point de vue, elle a été rapprochée des maladies typbiques, et il est permis de croire que l'ensemble des conditions qui lui donnent naissance est particulier aux climats tempérés, froids, et à la vie sociale de notre époque.
Épidémies de méningite cÉRÉBRo-spiNAiE. La méningite cérébro-spinale, qui, à l'état sparodique, apparaît à de longs intervalles, se montre momentanément avec une fréquence inusitée (Axenfeld, Gaz. hebd., 17 octobre 1862), ou se produit à l'état de petite épidémie, pendant la saison froide, limitant son action à un quartier de ville, à une caserne, à une prison, rayonnant au dehors, souvent à de grandes distances. Les enfants, les jeunes gens subissent particulièrement les coups d'une maladie moins effrayante par le nombre des personnes frappées que par son invasion subite, sa marche rapide et sa terminaison fatale.
Sous le nom de fièvre cérébrale ataxique, Vieusseux {Journal de méd. de Corv., Ler. et Boy., t. XI, p. 164) a décrit une épidémie observée à Genève en 1805, pendant le mois de janvier, dans une famille composée d'une femme et de trois
enfants; deux de ces derniers sont atteints et meurent en moins de vingt-quatre heures. La maladie s'étend de proche en proche aux maisons voisines ; quatre enfants sur cinq sont atteints dans mie même maison, et succombent après quatorze à quinze heures de maladie. Les caractères indiqués sont : invasion brusque, vomissements, céphalalgie atroce, raideur dans l'épine dorsale, déglutition difficile convulsions... La mort survenait après douze heures à cinq jours de durée de la maladie. L'autopsie montre le cerveau gorgé de sang et l'absence d'altération des autres viscères.
J.-B. Comte (Recueil général de médecine, par Sédillot, t. LVilf, p, 221 , Paris, 1816) observa à Grenoble, pendant les mois de février, mars et avril 181 4, sur des soldats venus pour la plupart de l'armée du mont Blanc, une maladie caractérisée par la raideur du cou, la céphalalgie, le délire. A l'autopsie, le cerveau et la moelle présentaient des traces d'inflammation. M. Rampent {Journal gén. de méd., t. LV, p. 19) donne quatre observations particuhères recueillies à Metz en 1815. Les symptômes et les lésions sont caractéristiques de la méningite.
Ce n'est cependant qu'à dater de 1 857 que la méningite épidémique prit un développement qui commanda l'attention. Elle est d'abord siguulée par M. Lespès, médecin des épiilémies à Saint-Sever, comme ayant sévi au commencement de l'année, à Bayonne, à Dax, à Meigron, à Tartes. En même temps, l'épidémie se développe dans la garnison de Bayonne (janvier 1857), et, avec des apaisements complets dans la saison chaude, se continue pendant les hivers de 1838, de 1859 et de 1840.
Du foyer principal de son développement, l'épidémie jette des embranchements dans les garnisons voisines : Auch, Foix, Narbonne, qui ne présentent que des cas isolés.
Au nord, la maladie gagne Bordeaux (décembre 1837), la Rochelle {id.), Rochefort (5 janvier 1858).
A l'est et au sud, elle est signalée à Toulon en 1857, et elle éclate à Constantine le 17 décembre, sur les troupes qui ont pénétré de force dans la ville au mois d'octobre, et dont une partie arrivait des régions infectées : le 26^, de Perpignan; le 62^, de Montpellier. En Algérie, la méningite épidémique établit son foyer principal dans la province de Constantine, s'étend en 1840 jusqu'à Sétif et Batna, en même temps qu'elle frappe mortellement, au camp de Douera, 16 hommes sur 17 du 17® léger, régiment qui avait fait le siège de Constantine (Guyon, Mém. de méd. milit., t. LIX, p. 179).
En même temps, le foyer du midi de la Fraîice s'étend, vers la fin de 1859, jusqu'à Nîmes et Avignon, où l'épidémie continue pendant deux hivers. A Perpignan, l'épidémie sévit du 12 octobre 1840 au mois d'avril 1841. A la même époque, elle se déclare à Grenoble et au Pont-Sauit -Esprit. Elle éclate, le 24 novembre 1841, sur la population civile d'Aigues-Mortes, et se continue jusqu'au 4 mars 1842, atteint 160 personnes et en fait mourir 120.
Au mois de décembre 1841, le 5« bataillon du 62'^ de ligne, venant de Pont- Saint-Esprit, importe la maladie à Marseille.
En même temps que l'épidémie exerçait ses ravages dans les garnisons du Midi, d'autres centres de rayonnement épidémique établissaient leurs foyers au Nord-Ouest, au Centre et au Nord-Est.
Vers la fin de 1857, le 18*= léger quitte Bayonne pour Rochefort. Du 15 janvier 1858 au 8 février, 7 hommes de ce régiment sont atteints de méningite et 6 succombent. Le 14 décembre 1858, l'épidémie se manifeste parmi les forçats du
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bagne. Dès le 31 décembre, U forçats et 5 gardes-chiourmes avaient été atteints et presque tous avaient succombé : 2, avant leur entrée à l'hôpital ; 4, une heure après; 8, vingt-quatre heures après. Dans le courant de janvier 1859, la maladie frappe 68 forçats, 13 surveillants, et 25 ouvriers et autres individus.
De même que l'épidémie de Rochefort avait été importée par un régiment venu de Bayonne, de même ce régiment la transmet à la garnison de Versailles. Dès le mois de février 1859, 6 hommes du 18« léger, habitant la même chambre, sont frappés à peu de jours d'intervalle. A la fin de mars, deux compagnies, détachées à Chartres, fournissent dès leur arrivée 2 malades, qui succombent avec tous les symptômes de la maladie.
De Versitilles, la maladie s'étend à Saint-Cloud , à Rambouillet, à Laval (26 mars 1840), au Mans (ici.) ; à Chàteau-Gonthier, à Joiguy (avril à juin 1841); àCaen (1840); à Cherbourg (1841); à Tours, à Blois, à Poitiers (27 décembre 1840 au 25 février 1841); à Périgueux, à Tulle, à Ancenis (décembre 1841); à Nantes (28 janvier 1842).
A la même époque, un dernier foyer épidémique éclate dans les garnisons du Nord-Est. A Metz, l'épidémie règne de novembre 1839 à la fin de mars 1840, atteint 40 hommes de la garnison et fait 22 \ictimes. A Strasbourg, elle commence en octobre et dure jusqu'en mai 1841, frappe 184 militaires et en fait mourir 108.
A Nancy, elle se prolonge de janvier au 9 août 1841, atteint 28 hommes, dont 8 mortellement.
De Strasbourg, la maladie s'étend à Bouxwiller, à Illkirck et jusqu'à Wissembourg, en perdant de son intensité, à mesure qu'elle s'éloigne de son berceau. A Wassellone, lien de passage continuel de troupes, 8 habitants sont atteints. A Haguenau, l'épidémie épargne la maison centrale.
Schelestadt est atteint le 21 janvier ; Golmar, en février 1842 ; Toul, pendant l'épidémie de Nancy.
L'épidémie de méningite cérébro-spinale avait presque complètement disparu pendant les années 1843 et 1844, n'apparaissant que par cas isolés, lorsqu'elle apparut de nouveau en 1845, pour se continuer jusqu'en 1851, avec une extension plus générale que dans sa première irruption. A la fin de 1844, elle se développe dans la garnison de Constantine, où elle se continue pendant les hivers de 1845 et de 1846. Elle éclate le 24 décembre 1845, cà Philippeville, sévit presque exclusivement sur les Maltais, en épargnant la population arabe et la garnison.
En même temps, la maladie se déclare dans la province d'Alger : à Douera, en 1845; à Alger, en 1846, et dans la même année, à Medeah, à Orléanville. En 1847, elle règne à Medeah et se développe dans la population indigène.
A Avignon, l'épidémie apparaît en janvier 1845, et, avec des apaisements pendant la saison chaude, se continue en 1846 et 1847.
A Lyon, la méningite se manifeste vers la fin de 1846, reste limitée presque exclusivement au 61* de ligne, caserne au fort Lamotte. Sur 56 malades, 23 appartiennent à ce régiment. Les 14^ et IS*' d'artillerie et la population civile sont complètement épargnés.
A Orléans, du 1" décembre 1847 au 23 mars 1848, M. Gorbin compte 50 malades.
A Metz, l'épidémie débute le 13 décembre 1847, pour se prolonger jusqu'au mois d'avril 1849. Elle frappe 126 militaires et quelques personnes dans la population civile. On compte 66 décès dans la garnison. A Saint-Étienne, du 11 juin 1848 au 30 octobre, sur une garnison de 2,500
hommes, 107 sont atteints et 28 succombent. On ne compte que 5 cas clans la population civile.
A Paris, l'épidémie commence en décembre 1847 et se continue jusqu'au mois déniai l<-'49, sévit exclusivement dans la garnison et sur les détenus de la prison de la Force. M. Jacquemin y compte 10 décès sur 12 malades. Une petite épidémie atteint en même temps la colonie de Petit-Bourg.
A la même époque, la méningite sévit à Nîmes, à Saint-Hippolyte-du-Gard. Du 4 au 27 novembre 1848, sur une garnison de 261 hommes, on compte 14 malades et 10 décès.
A Cambrai, la maladie se déclare le 16 mars 1848, après l'arrivée du 5* léger venant d'Orléans, et d'une compagnie du géuie venant de Mttz; 2 hommes, appartenant à ces deux corps, meurent de méningite. La maladie s'étend au 9*^ cuirassiers. L'infanterie et la population civile sont épargnées.
A Lille, la méningite éclate le l^"' avril 1845 et se continue jusqu'au 12 juin. On compte 20 cas : 12 en avril, 7 en mai, 1 en juin; 12 se termment par la mort (le 57'^ donne 15 cas; le 74% 4; le 9« hussards, 1).
A LunévilJe, le 9* régiment de hussards, arrivé récemment de Lille, présente 4 cas de méningite.
A Dijon, le ii" de ligne, qui a été atteint à Verdun, envoie à l'hôpital, du 0 septembre au 27 novembre, o hommes atteints de méningite. La maladie s'élond aux hommes du dépôt du 68". Au 9'^ dragons, un seul homme est atteint. Dans la population civile, on compte 5 cas.
A Bourges, la maladie éclate au mois de février 1849 et se continue jusqu'au mois d'avril de la même année.
A Toulon, la maladie débute le 5 janvier 1851, chez un jeune soldat de la caserne du Jlourillou, atteint l'infanterie de marine le 25 janvier, les matelots le 7 février, la population civile le 4 mars. 116 malades et 55 morts :
L'ai-mée compte 54 malades el 24 décès.
L'infanterie de marine 46 — 23 —
Les maielots 5 — 2 —
La population ciTile 11 — 6 —
Italie. Pendant la première irruption épidémique de 1857 à 1842, la méningite cérébro-spinale régnait en Italie. Elle apparut pour la première fois pendant l'hiver de 1859 à 1840, dans plusieurs localités du royaume de Naples, et l'hiver suivant dans la Bomagne, où l'épidémie paraît s'être continuée jusqu'en 1845 (Hirsch, Handhuch der historisch-geographischen Path., t. II, p. 641).
Espagne. L'épidémie a été observée pendant l'hiver de 1 844, à Gibraltar. Elle a sévi presque exclusivement dans la population civile et fort peu sur les troupes anglaises.
Amérique du Nord. Nous devons également à Hirsch la connaissance des irruptions épidéniiques de la méningite dans l'Amérique du Nord. On l'y observa une première fois en 1842, dans le Tenessee et l'Alabama; de 1845 à 1847, dans rillinois, l'Alabama, le Wississipi, TArkansas, à la Nouvelle-Orléans; de 1842 à 1850, dans plusieurs p'jrties de la Pensylvanie occidentale ; en 1856 et 1857, à New- York et dans la Caroline du Nord; dans l'hiver de 1862 à 1865, dans ia Caroline du Nord et plusieurs États de l'Union.
En Danemark, la méningite règne de 1845 à 1848; en 1846, elle se montre dans quelques maisons de correction en Irlande, puis à Dublin et à Belfast.
En Suède, l'épidémie prit, de 1855 à 1860, une extension et une intensité qui
MENINGITE 651
méritent quelques détails que j'emprunte à T. Wistrand {Ofrersight af. heîso och Sjukrarden I Sverige, 1865, Stockholm).
Vers la fin de 1 854, une maladie, jusque-là inconnue en Suède, se déclara inopinément sur les côtes sud-est. Cette maladie, appelée, dans le langage vulgaire, fièvre cérébrale, maladie de Calmar, de Westeras, localités primitivement atteintes, régna d'abord dans le Blekinge, puis s'étendit dans la province de Calmar avec une telle intensité que, au mois de mars, on comptait 5,000 cas et 800 morts. La maladie disparut complètement pendant l'été, mais, l'hiver suivant, elle se montra de nouveau dans la province de Calmar et l'Ostergotland, et fut signalée plus au nord à l'état de cas fort disséminés. Comme l'année précédente, l'été suspendit sa marche, et, l'hiver suivant, on la vit s'avancer au nord dans l'Orebro et le Westergotland. Pendant l'hiver de 1848, elle régna principalement dans le Gestrikland et la province de Kronoberg. En 1859, elle atteignit la province de Gestrickland, n'épargnant que les deux provinces septentrionales. Elle atteignit principalement les enfants et les adolescents, marcha constamment du sud au nord, disparut pendant la saison chaude ; elle atteignit 458 communes, frappa 11,712 personnes et en fit mourir 4,158.
En Norwége, la méningite cérébro-spinale se montra pour la première fois de janvier à mars 1859 dans la ville d'Optal, province d'Hidemarken. Sur 29 malades il en mourut 14. En 1860 elle régnait d'après Hirsch à Ringsuker.
Pendant l'hiver de 1860 à 1861 des cas nombreux de méningite cérébro-spinale se montrèrent dans la garnison d'Arnhenz (Hollande).
En Allemagne, le docteur Rinecker a observé à Wurtzbourg (Wurtemberg), en 1851 des cas isolés de méningite cérébro-spinale.
M. le docteur Vallin {Gaz. hebd., 5 mai 1865), nous a fait connaître une épidémie qui a régné dans le duché de Bade de novembre 1864 à la fin d'avril.
Dans le district de Rastadt on aurait eu :
Dans la population civile 149 cas 43 décès.
Dans la population militaire. Badois: 7 1
— — Autrichiens 8 3
— — Prussiens 10 4
174 cas 51 décès.
D'après les indications empruntées aux différents journaux allemands (Vallin, Gai. hebd., 19 mai 1865).
En Silésie, dans le Neistethal, le docteur Hanerschke a observé du 21 novembre 1863 à la fin d'avril 1864, 24 cas de méningite cérébro-spinale.
A Bromberg, dans le duché de Posen, du 1" février 1864, au 15 juin de la même année, une épidémie de méningite a sévi sur des enfants de 8 mois à 14 ans et plus spécialement sur ceux de 2 à 7 ans. On compte 140 cas.
Ce sont principalement les provinces septentrionales de la Prusse, qui ont été le théâtre de ces épidémies, à Kœnigsberg, au voisinage deGraudenz (à 20 lieues sud-ouest de Dantzig, du 11 au 31 mars 1865, le docteur Zuelcbaut a constaté 20 cas et 6 décès.
Au 6 avril 1865, le gouvernement de Stralsund (port de la Baltique) faisait appel aux médecins, au sujet de l'apparition de la méningite épidémique dans les cercles de Fransburg, Griefswald et Grinmien.
La méningite régnait à Berlin en décembre 1864 et en janvier 1865, sans que les indications qui permettent d'affirmer l'existence de l'épidémie suffisent à en apprécier l'importance.
fi52 MÉNINGITE.
Jusqu'à 1865 la méningite n'avait pas été constatée dans les pays Slaves (Hirsch). A cetle époque elle se manifesta dans le gouvernement de Talouga, près de Moscou, en 1864 dans le Caucase, en 1867 à Moscou même.
De septembre à novembre 1869, il y eut une petite épidémie à Jassy (Moldavie) en juillet 1 869 à Pola. L'épidémie de Pola s'étendit à l'ile de Yissa où elle paraît avoir été importée par un matelot, qui fut la première personne atteinte. Sur 4,000 hommes de garnison, il y eut 20 malades, dont la moitié succombèrent.
Enfin, pendant la grande épidémie de Saint-Pétersbourg, Rudnew et Burzew (Virchow's Archiv, t. XLI, 1867, pag, 75) constatèrent les lésions de la méningite cérébro-spinale à l'institut anatomo-pathologique de l'Académie médico-chirurgicale de Saint-Pétersbourg: 1° trois fois sur 25 cadavres du 3 au 10 mars 1867 ; 2° sept fois sur 61 cadavres du 23 avril au 31 mai 1867, à part une fille âgée de 26 ans, tous les autres sujets étaient âgés d'au moins 55 ans, et appartenaient tous à l'armée. L'absence des indications relatives à la marche et aui symptômes laissent dans le doute la question de savoir s'il y a eu une épidémie de méningite cérébro-spinale ou des complications méningées de la fièvre à rechute.
Epidémiologie. Les épidémies de méningite ont présenté dans leur développement, leur évolution et leur extension un type, qui est resté le même dans tous les pays, où elles ont été observées.
Leur développement est successif; les cas se succédant comme si la maladie était transmise d'une personne à une autre, elle se limite à une famille dont plusieurs membres sont atteints (Genève, 1809, Aigues-Mortes, 1861). A un seul régiment au milieu d'une garnison nombreuse, le 61"= de ligne à Lyon eu 1846; le 15^ léger à Saint-Étienne ; le 9'' hussard à Lunéville , ou enfin à des travailleurs, vivant en commun (maison d'ouvriers d'Irlande, colonie de Petit-Bourg) ; aux détenus d'une maison de détention, à un bagne (prison de la Force, 1849; bagne de Procida à Naples, 1840; bagne de Rochefort, 1858).
Ce mode de développement limite les épidémies à une partie de la population (les Maltais, à Philippeville en 1 845 ; à Strasbourg, les ouvriers de l'arsenal) et les circonscrit dans la population civile ou la garnison.
En France sur 57 épidémies (Hirsch) :
39 ont régné exclusivement parmi les militaires ; 7 exclusivement dans la population civile ;
5 simultanément dans le civil et chez les militaires ;
6 fois l'épidémie s'est étendue de la garnison à la population civile.
En Suisse : l'épidémie ne régna que dans la population civile.
En Italie : également.
En Algérie : 3 fois exclusivement parmi les militaires ;
4 fois simultanément dans les deux populations ;
1 fois (Philippeville) exclusivement dans le civil.
Dans l'Amérique du Nord sur 19 épidémies :
17 ont sévi exclusivement dans la population civile; 2 exclusivement dans la population militaire. A Arnhem (Pays-Bas) la méningite est restée limitée à la garnison. A Gibraltar elle n'a atteint qu'un petit nombre de soldats anglais et a sévi particulièrement sur la population civile.
MÉiMNGlTE. 655
En Danemark, en Angleterre, en Suède, en Norwége, dans les provinces baitiques, les épidémies n'ont frappé que la population civile. L'épidémie du grandduché de Bade a atteint successivement la population militaire et civile.
Une fois développées, les épidémies de méningite cérébro-spinale se perpétuent par l'arrivée de nouveaux arrivés au milieu d'un foyer d'infection, ou par le transport de ce foyer d'un lieu à un autre.
A Laval, en 1840, sur 44 morts, il y eut 37 nouveaux soldats et les recrudescences furent toujours en rapport avec l'arrivée des recrues.
A Nancy (M. Rollet), la méningite se montra presque exclusivement chez les hommes nouvellement incorporés.
A Versailles (Faure), elle s'aggrava par l'arrivée d'un nouveau contingent.
C'est au danger de l'acclimatement des recrues dans un foyer oij règne la méningite qn'd faut rapporter l'élection de la maladie pour les hommes les moins anciens de service.
A Metz sur 48 malades :
10 hommes avaient moins de 3 mois de service.
-6 — de 5 mois à 1 au —
8 — de 1 an à 2 ans —
2 — de 2 ans à 3 ans —
— 4 ans -
1 — ...5 ans —
1 — 6 ans —
>' — 7 ans —
A Toulon 42 17 hommes de l'armée de terre, comptant plus d'un an de service donnent 41 malades, ou 9 sur 1000 ; 973 ayant moins d'un an, 12 ou 15 sur 1000.
Dans l'infanterie de marine, on compte 5 malades sur 1000 hommes, ayant plus d'un an de service et 80 sur 1000 pour les recrues.
Ce fait bien compris a permis d'arrêter l'épidémie dans son évolution. En 1863, uu des régiments d'artillerie de la garnison de Rennes reçut au commencement de l'automne les hommes de la réserve, un de ces hommes fut pris au polygone d'accidents auxquels il succomba après deux jours de maladie; à l'autopsie on trouva le cerveau et la moelle recouverts d'une couche de pus. Le lendemain un second artilleur du même régiment et également de la réserve présenta les mêmes accidents et succomba ; une dépêche fut adressée immédiatement au conseil de santé et le jour même arrivait l'ordre de renvoyer tous les hommes de la réserve dans leurs foyers. Dès lors aucun cas ne se présenta dans le régiment ni dans la garnison.
La persistance de la cause de la méningite au milieu d'une masse d'hommes vivant en commun est mise en évidence par un fait sur lequel Boudin ajustement insisté. En examinant les documents relatifs aux épidémies de méningite, les numéros des mêmes régiments figurent successivement dans plusieurs garnisons. En 1857, le 18'' léger, se rend deBayonne à Rochefort. Du 5 janvier au 8 février, 7 hommes de ce régiment sont atteints de méningite et 6 succombent. Vers la fin de 1848, ce même régiment quitte Rochefort pour se rendre à Versailles. Dès le mois de février 1839, six hommes, habitant la même chambre, sont frappés à peu de jours d'intervalle. Deux compagnies détachées à Chartres fournissent dès leur arrivée deux malades qui succombent.
Au mois de décembre 1841 , le o'"<= bataillon du 62' de hgne quitte Pont-Saint- Esprit, ou règne la méningite pour se rendre à Marseille ; plusieurs hommes sont atteints en route et la maladie continue d'exercer ses ravages dans ce bataillon.
après son arrivée dans cette dernière ville, sans atteindre le 20* léger, caserne à une certaine distance.
Le 5* léger et !e l" du génie sont atteints successivement, à Orléans et à Cambrai, à Metz et à Cambrai. Le 9* hussards, qui a été atteint à Lille, présente peu de temps après son arrivée à Lunéville 4 cas de méningite.
La méningite cérébro-spinale s'étend progressivement d'une maison, d'un qunrtier, aux maisons, aux quartiers du voisinage. Dans une garnison elle rayonne d'un régiment plus atteint sur d'autres, qui ne présentent que des cas isolés, ou s'étend à quelques personnes de la population civile. En Suède, cette progression s'est continuée du sud au nord, pendant six années. Le plus souvent, lorsque la méningite jette ses embranchements autour d'un foyer principal, elle ne se manifeste au dehors que par des cas isolés et va en perdant de sa puissance d'exten- .sion. En 1841, la méningite s'étend de Strasbourg à Bouxwiller, lllkirck jusqu'à Wissembourg, mais, dit M. Wunschendorf, à mesure qu'elle s'éloigne de son berceau, elle perd de son intensité.
Dans l'extension de l'épidémie dans un court rayon, ou dans sa migration à de grandes distances, on a pu constater ou soupçonner souvent son importation par un régiment infecté.
r>e 29* de ligne, dit M. Mistler, quitte Strasbourg le 20 janvier 1841 ; à Erstein il perd un t;imbour par suite de méningite; arrivé à Schelestadt, le 21, il envoie à l'hôpital un malade, atteint de cette même affection ; le 29 on constate dans la population civile le premier cas chez l'enfant d'un cabaretier, demeurant près de la caserne et dont la maison est exclusivement fréquentée par des soldat? du 29*. Le 6 février deux nouveaux cas se présentent sur les deux jeunes filles du boucher qui fournit la viande à la troupe. Peu à peu la maladie envahit tout le quartier, et, dans l'espace de deux à trois jours, on observe une trentaine de cas. Les habitants des autres quartiers sont épargnés ; dans la garnison la maladie continue ses progrès, mais le 29* en fait seul les frais.
La méningite paraît avoir été importée à Rochefort et à Versailles, par le 18* léger. A Dijon, par le 14* de ligne, à Constantine, en 1837, par deux régiments: le 26*, venant de Perpignan, le 61* de Montpellier. Dans le grand-duché de Bade, l'apparition de l'épidémie coïncida avec l'arrivée de recrues du contingent prussien, venant des environs de Kœnigsberg, ou régnait à cette époque la méningite épidémique.
Influences des milieux. La méningite cérébro-spinale n'a épargné que les régions tropicales, elle a régné du 60* degré nord au 36* degré sud (monts Aurez, Batna), Tennessee (Amérique du Nord), sans qu'on ait pu saisir aucune relation entre son développement et l'influence des climats et saisons. Un caractère commun aux épidémies de méningite cérébro-spinale, c'est de coïncider avec la saison froide, et lorsqu'elles se prolongent pendant plusieurs années comme en Suède, de disparaître pendant la saison chaude. Les exceptions relatives à cette règle générale, se rapportent à des épidémies secondaires qui prolongent au dehors les épidémies primitives. En France sur 54 épidémies primitives, 47 ont eu leur début dans la sdson froide, 8 en novembre, 15 en décembre, 16 en janvier, 10 en février.
En Italie, toutes les épidémies ont sévi pendant l'hiver.
En Amérique, d'après Hirsch, sur 16 épidémies, 6 ont régné pendant l'hiver, 5 pendant l'hiver et le printemps, 4 au printemps, 1 seule en automne. Il en a été de même à Gibraltar, en Hollande, dans le grand-duché de Bade, et pnucipa-
leraent en Suède, où ce caractère de la ménin;^ite s'est prononcé de la manière la plus frappante.
L'infldence du froid sur la marche et le développement de l'épidémie a été
signalée sur quelques points. En Suède, l'épidémie a pris naissance pendant un
hiver exceptionnel. A Douera, en 1845, le début de l'épidémie coïncida avec un
abaissement du thermomètre, au-dessous de 10 degrés, sa fin avec une élévation
) de la chaleur.
En Irlande, l'épidémie se réveilla pendant l'été de 1850, mais avec un caractère de bénignité qu'on ne lui connaissait pas. A Metz, l'abaissement de la température, le retour des vents du nord présageaient une aggravation ou un retour de l'épidémie. A Versailles, M. Faure insiste sur l'influence des exercices militaires, sur les avenues sillonnées par des courants d'air froid.
CoNDiTiOiNS INDIVIDUELLES. A Moutgommery et à la Nouvelle-Orléans, la méningite, d'après Fenner, a sévi exclusivement sur la race noire. Prédisposition qu'il l'aut faire rentrer très-probablement dans un fait commun à toutes les épidémies : leur action particulière sur les personnes vivant dans de mauvaises conditions d'hygiène.
Dans les épidémies, qui ont frappé la population civile, la méningite a sévi exclusivement ou particulièrement sur les enfants, comme à Genève, à Aignes- Mortes. En Suède, elle a atteint presque exclusivement les enfants et les adolescents. Dans l'épidémie de la colonie de Petit-Bourg, l'âge moyen des malades était 1-4 ans, le plus jeune avait 7 ans, le plus âgé 18, Dans l'épidémie des grandsduchés, elle a présenté les mêmes caractères, savoir :
Au-dessous de 3 an- 19 cas 8 décès.
De 3 à 10 ans 28 7
De 10 à 15 ans 11 5
De 15 à 20 ans 15 6
De 20 à 30 ans 8 2
De 30 à 53 ans 2 1
Eu Silésie, d'après le docteur Hanuschke :
De 1 à 10 ans 8 cas.
De 10 à 20 ans i
De 20 à 50 ans 7
De 30 à 40 ans 2
De 40 à 50 ans 0
De 50 à 60 ans 3
ABromberg, en Silésie, l'épidémie régnait sur les enfants de 8 mois h 14 ans, mais spécialement de 2 à 7 ans. A Belfort elle n'atteignit que les garçons de 7 à
12 ans.
Dans l'armée, la méningite sévit particulièrement sur les recrues, sans qu'on puisse déterminer si ce fait se rapporte à une prédisposition particulière de l'càge ou à l'inauence déjà signalée de l'acclimatement h la vie de garnison.
Le tableau suivant présente comparativement les rapports des hommes de différents âges dans l'armée, et les mêmes rapports sur les hommes atteints de méningite cérébro-spinale.
Un dernier caractère des épidémies de méningite se tire du petit nombre des personnes qu'elles atteignent. Aussi, avant que l'épidémie eût pris en Suède une extension telle, que pendant les années écoulées de 1855 à 1861, pouvait-on rejeter, sur l'impression produite par la rapidité de l'invasion et la violence des symptômes, la pensée de donner le nom d'épidémie à une affection qui prenait provisoirement sa place dans le cadre nosologique, sans amener de changements dans