‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.58Chapitre 41 sur 50 · ÎID.I · texte numérisé non relu

ÎID.I

Ovaire droit (vésicule).

— gauche.

— gauche (vésicule).

— droit.

— droit (vésicule).

— gauche.

avec ceux de 55, 16 et 13 millimètres qui correspondent aux mêmes diamètres de l'ovaire gauche pondant la même période.

Après l'ovaire, l'utérus est l'organe qui joue, dans la fonction menstruelle, le rôle le plus important et le plus manifeste. Comme l'ovaire, il se congestionne et acquiert temporairement des dimensions plus grandes; son volume augmenle ainsi d'un quart ou d'un tiers, et quelquefois plus encore. De là, assez fréquemment, la possibilité d'explorer le fond de l'organe par la palpation hypogastrique. Le tissu utérin, si riche en vaisseaux, se gorge de sang et entre, selon la remarque de Rouget, dans une sorte d'érection; ses fibres plus humides semblent s'assouplir et présenter moins de résistance. Le poids de l'organe, s' accroissant en proportion du volume, détermine d'ordinaire un léger abaissement du col et rend cette partie plus accessible. La muqueuse de ce dernier devient plus molle ; elle se colore en ronge sombre on en rouge violacé ; souvent, de même qu'au début lie la grossesse, elle donne au doigt une sensation analogue à celle que provoque le contact d'un tissu fin de velours. L'orifice interne, qui est habituellement fermé, s'entr 'ouvre pour livrer une issue aux liquides de la cavité du corps. Celle-ci, faiblement agrandie par le fait de la turgescence des parois, offre une muqueuse épaissie, fortement hyperémiéc. D'une étendue exubérante par rapport à la couche musculaire qui lui sert de soutien, cette muqueuse se plisse, se mamelonné et rappelle par ses saillies et ses anfractuosités l'aspect des circonvolutions cérébrales. Ses glandes en état de suractivité sécrètent abondamment un liquide muqueux, prélude de l'exhalation sanguine ; leurs conduits deviennent ainsi plus apparents, de même que le réseau vasculaire qui entoure leurs orifices sous la forme de petites mailles losangiques. La membrane interne de l'utérus, selon la comparaison de Coste, revçt alors l'apparence d'un crible. Bientôt l'épitliéliam qui la tapisse se desquame et les parcelles nombreuses qui s'en détachent se mêlent aux produits d'excrétion pour être charriées avec eux au dehors. Les capillaires sanguins, privés de cet appui, cèdent à la pression du flnide qui les distend ; leurs parois se rompent en une multitude de points comme on le voit sur la muqueuse pituitaire dans l'épistaxis, et le sang s'échappe à travers d'innombrables ouvertures microscopiques. Telle est l'origine du liquide menstruel composé de sang, de sécrétion muqueuse et de débris d'épithélium.

Les divers points de la muqueuse utérine ne concourent pas, pour une part égale, à l'excrétion cataméniale. La muqueuse du col y reste généralement presque étrangère; et, dans la muqueuse du corps, c'est surtout la région du fond et de la partie supérieure qui en représente le véritable foyer. On a même remarqué que le côté correspondant à l'ovaire qui doit fournir l'ovule était plus spécialement le siège des phénomènes que nous venons de signaler, et subissait à un plus haut degré les modifications propres à la fonction.

Les trompes utérines, les ligaments larges, le vagin, la vulve, les seins euxmêmes, ainsi que nous l'avons déjà fait pressentir, ne restent pas étrangers au travail de la menstruation.

Les premières deviennent le siège d'une circulation plus active, d'une sorte de mouvement fluxionnaire ; leurs vaisseaux s'injectent, leurs parois s'épaississent et s'érigent. Grâce à une disposition spéciale de certains faisceaux musculaires qui a été indiquée par Rouget, les franges de leurs pavillons se déploient, se tendent, puis bientôt s'appliquent sur les ovaires, de façon à recueillir l'ovule qid doit en être expulsé. La turgescence de leur muqueuse accentue les plis que celle-ci présenté naturellement; de là résultent des sillons longitudinaux qui, selon toute

apparence, favorisent la progiession de l'ovule vers la malrice. Leur canal renferme quelquefois du sang et paraît être, au moins dans certains cas, le siège d'une hémorrliagie capillaire dont le produit concourt à former l'excrétion menstruelle.

Les ligaments larges, qui renferment les plexus veineux utérin et sous ovarique, non-seulement se congestionnent et prennent de l'extension; mais, par la contraction de leurs fibres musculaires, ils apportent à la circulation en retour un obstacle véritable, qui reste au contraire sans influence sur l'ondée artérielle. De là, dans l'utérus et l'ovaire, accroissement de la pression sanguine, érection de ces deux organes, et finalement rupture des capillaires superficiels de la muqueuse utérine.

Quant au vagin et à la vulve, de même que les organes situés plus profondément, ils offrent une circulation plus riche, plus active; leur température augmente ; leurs artères battent avec plus d'énergie. Par le fait de cette réplétion de leur appareil vasculaire, la muqueuse qui les revêt prend une teinte plus foncée qui rappelle la coloration bleuâtre des ùssus congestionnés. Leur sécrétion augmente et acquiert une odeur plus pénétrante, susceptible de révéler à distance l'état particulier dans lequel se trouve la femme. Un sentiment de tension et de chaleur survient dans ces parties, ainsi que dans l'intérieur du bassin. 11 se produit des besoins plus fréquents d'uriner, un léger prurit à la vulve; et les lombes, les aines, les cuisses, deviennent le siège d'une lassitude ou d'une pesanteur inaccoutumée.

Enfin, les seins ordinairement se gonflent, acquièrent plus de sensibilité et de tension ; la femme éprouve dans leur intérieur, particulièrement dans la région du mamelon, des picotements plus ou moins désagréables.

Comme on le voit, aucun des organes de la génération n'échappe à l'influence de la menstruation, depuis l'ovaire, qui en est le point de départ, jusqu'aux mamelles qui, par leur éloignement, sembleraient pouvoir le mieux s'y soustraire. Sous l'impulsion du travail vésiculaire, tous se trouvent synergiquement sollicités à concourir soit au dénoûment, soit à l'expression de la crise cataméniale. Bien plus, les grandes fonctions de l'organisme éprouvent elles-mêmes de ce travail une impression plus ou moins sensible ; de telle sorte que l'économie entière de la femme paraît en subir le retentissement.

C'est ainsi que l'appétit parfois diminue ou se montre plus capricieux ; que l'intestin se météorise à un faible degré, et qu'il se manifeste un peu de diarrhée. Le système nerveux devient plus susceptible, plus excitable ; si la personne est névropathique, il lui survient des douleurs fugaces ou des névralgies plus ou moins violentes. Il semble que le cœur batte avec plus de force et de fréquence. Le visage se colore d'une manière inégale ; des rougeurs apparaissent quelquefois en divers points ; les yeux sont plus vifs au début, et au contraire plus afiaissés sur la fin de la crise. En général, les mouvements sont moins libres et suivis plus promptement de fatigue ; la femme éprouve un besoin plus marqué de calme et de repos.

Il n'est pas jusqu'aux facultés morales qui, souvent, ne se ressentent d'une façon passagère de l'accomplissement de la fonction menstruelle. On remarque, en effet, que la femme est alors plus impressionnable, plus sensible et plus irritable qu'en d'autres temps.

Tel est le tableau, rapidement esquissé, des actes physiologiques dont l'ensemble caractérise la menstruation. Nous avons dû, pour en faire l'exposé, les envisager d'une manière successive; mais, en réalité, la plupart d'entre eux

s'accomplissent simultanément, et les divers organes mis enjeu fonctionnent sous une impulsion commune qui part de l'ovaire. Celui-ci offre donc seul une antériorité d'action certaine et nécessaire.

Les manifestations dont il s'agit sont d'ailleurs loin de se montrer identiques chez tous les sujets. Quoique conservant leur caractère physiologique, elles peuvent présenter et présentent en fut de nombreuses variétés propres aux individus. Ainsi, telle femme éprouve à un haut degré toutes les modilications fonctionnelles que suscite le travail vésiculaire, alors que telle autre ne les subit que faiblement, d'une façon incomplète ou même presque nulle. Chez celle-ci, la réaction de l'ovaire semble être moins puissants que chez celle-là; ou bien c'est l'organisme de la première qui se révèle plus impressionnable, moins résistant aux influences sympathiques que celui de la seconde.

Parmi les actes élémentaires de la fonction cataméniale, il en est deux toutefois qui, contrairement aux autres, se montrent peu susceptibles de faire défaut; ce sont les deux phénomènes fondamentaux de la fonction : l'ovulation spontanée et l'excrétion sanguine connue sous le nom de règles. Leur manifestation est, en effet, à peu près constante; et jamais, à moins qu'il n'existe un état pathologique, on ne les voit manquer en même temps. Mais sous le rapport de leurs caractères ou de leur modaUté, ils n'échappent pas plus que ceux d'un ordre secondaire aux influences de la constitution individuelle. Quoique l'un paraisse être en corrélation parfaite et nécessaire avec l'autre, puisque les règles sont pour ainsi dire la traduction extérieure du travail ovarien, des faits exceptionnels mais aujourd'hui assez nombreux démontrent que cette subordination du flux menstruel est limitée, et que la dépendance des phénomènes utérins n'est ni constante ni absolue. C'est d'ailleurs ce qui ressortira de l'étude plus détaillée de ces deux actes physiologiques, dont il nous importe maintenant de compléter l'histoire.

1" Ovulation spontanée. Déjà dans le siècle dernier on savait que, chez les animaux ovipares, particulièrement chez ceux des classes inférieures, la ponte peut s'effectuer spontanément, c'est-à-dire sans que les œufs aient été fécondés par des rapprochements sexuels. Cette vérité ne fit que se confirmer, en se développant, dans le premier quart de notre siècle. Mais on était loin encore de croire que chez les mammifères, et surtout chez la femme, les choses pussent se passer ainsi. Pour établir le fait, il était du reste nécessaire de démontrer d'abord l'existence des œufs humains, ce cjui n'eut lieu qu'en 1827, à l'époque où Baër découvrit, après Dumas et Prévost, l'ovule des mammifères dans les vésicules de Graaf. Celles-ci, dès lors, furent dépossédées du rôle qu'on leur attribuait généralement ; on cessa de les regarder comme étant des œufs, et on leur reconnut pour destination de servir de réceptacles aux ovules.

Sans doute, en consultant les écrits de plusieurs médecins ou naturalistes des siècles précédents, il eût été possible de recueillir certaines données propres à éclaircir la question. Ainsi, Vallisnieri rapporte qu'ayant examiné les ovaires d'une chienne en rut, qui n'avait pas été couverte, il trouva sur l'un de ces organes deux tumeurs ou corps glanduleux, portant à leur sommet une fente étroite. L'un de ces corps, insufflé par la petite ouverture, se laissa distendre et acquit un volume assez considérable. Nul doute qu'il ne s'agît, dans ce cas, d'un exemple de déhiscence vésiculaire et de chute spontanée de l'ovule. Malpiglii, Bertrandi,Gruikshanks, etc. avaient également consigné des observations analogues,

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recueillies la plupart sur des femelles de mammifères domestiques, et quelquesunes sur des tilles vierges. Mais tous ces faits, disséminés et plus ou moins incomplets, devaient rester lettre morte jusqu'au jom' où les recherches contemporaines nous en révélèrent la \raie signification.

En 1857, Coste avait avancé qu'à l'époque du rut chez les mammifères, les œufs tombent spontanément de l'ovaire.

Cependant, en général, on supposait si peu qu'il en fût ainsi, que Carus, cette même année 1857, regardait encore l'œuf mîir comme devant rester en état de « vie latente, jusqu'à ce que par l'acte de la fécondation il fiit appelé à un développement ultérieur. » C'est ainsi également que Grimaud (de Caux) écrivait à la même date : « Quand l'œuf des mammifères se détache de l'ovaire, c'est presque toujours le résultat de la fécondation. Je dis ])resque toujours, et )ion pas constamment, parce que, pour l'espèce humaine surtout, il y a des cas oîi l'ovaire est provoqué au détachement des œufs par des causes autres que la fécondation. » Et l'auteur entendait, par ces causes exceptionnelles, principalement les excitations vénériennes.

Le concours ouvert en 1858, par l'Académie de médecine de Paris, sur la question de la menstruation considérée en elle-même et dans ses rapports avec les maladies, n'apporta à la solution du problème aucun élément important. Raciborski, toutefois, l'un des deux auteurs couronnés, émit l'opinion que les rapports sexuels ne devraient pas être indispensables pour que l'application des trompes se lit sur les ovaires ; que la nature seule, à l'aide d'un jniissant orgasme vasculane, pouvait vraisemblablement se suffire pour cet objet. C'était là une vérité, mais une vérité sans grande conséquence, déjà implicitement produite par Coste, et, d'ailleurs, énoncée trop timidement pour frapper les esprits.

En réalité, c'est seulement en 1859 que, pour la première fois, la doctrine de l'ovulation spontanée chez la femme filt nettement formulée. Gendrin, qui en était l'auteur, chercha à démontrer que le flux menstruel est immédiatement lié à une fonction des ovaires amenant tous les mois une vésicule de Graaf à maturité et à déhiscence. De son côté. Négrier (d'Angers) enseignait alors depuis plusieurs années une opinion semblable, non moins clairement exprimée et, de plus, appuyée sur le résultat de divers examens cadavériques. Quoique ce médecin distingué n'ait publié son mémoire qu'en 1840, c'est-à-dire un an après l'ouvrage de Gendrin, il semble donc que la priorité de la découverte devrait lui appartenir, si l'équité ne commandait plutôt d'en attribuer le mérite, non pas exclusivement à un seul, mais simultanément à plusieurs.

On ne peut nier que Gendrin et iXégrier aient été les premiers à bien préciser les termes de la question, en avançant formellement que chaque mois une vésicule de Graaf se rompt pour émettre son ovule, et que ce travail ovarien est la cause incitatrice de l'hémorrhagie utérine. Mais il faut reconnaître, d'autre part, que ces auteurs ont eu dans cette voie des précurseurs, et qu'ils n'ont pas donné, de la doctrine exposée par eux, une démonstration absolument convaincante. Les cas d'autopsie, relatés par Négrier, constituaient les seules preuves matérielles et directes apportées à l'appui de la nouvelle théorie ; et encore convient-il de remarquer que, dans le nombre, il en est plusieurs d'une signification fort douteuse. Un complément de recherches et d'observations devenait donc indispensable ; ce fut l'œuvre de trois savants distingués qui, presque en même temps et chacun isolément, produisirent en 1 842 le résultat de leurs travaux. Pouchet, d'abord, publia son mémoire sur la Théorie positive de la fécondation, etc.,

dans lequel il proclame l'ovulation spontanée comme une loi générale de tout le règne animal. Quelques mois plus tard, Raciborski présentait à l'Académie des sciences un travail tendant à prouver que : « à chaque menstruation, un follicule vient former une saillie à la surface de l'ovaire; que là, il subit ensuite une rupture et se vide de son contenu sans qu'il y ait besoin pour cela, comme le prétendaient Graaf et Haller, d'aucune excitation vénérienne ». Cet observateur avait trouvé des vésicules de Graaf complètement développées, ainsi que des corps jaunes sur les ovaires de deux filles vierges, âgées l'une de 26 ans et l'autre de 19 ans.

Pendant la même séance, l'Académie reçut communication de recherches expérimentales, faites par Bischoff, sur les animaux. Ce physiologiste avait enlevé à des chiennes, à des lapines, à des truies, etc., soit l'utérus tout entier, soit seulement l'une des cornes de cet organe. Tous les animaux ayant survécu à cette mutilation avaient été soigneusement séparés des mâles, de façon à ce que tout rapport avec eux fût impossible. Enfin, sacrifiés dans les derniers jours du rut, ils avaient permis à Bischoft de constater que les vésicules ovariennes s'étaient rompues, que les ovules étaient arrêtés dans les oviductes au-dessus des ligatures apposées sur ces conduits, et que des corps jaunes s'étaient formés comme dans les circonstances ordinaires.

On ne pouvait confirmer d'une façon plus éclatante les faits précédemment annoncés. Aussi, cet ensemble de travaux concordants fut-il jugé décisif, et, à partir de cette époque, \ ovulation spontanée chez les mammifères, de même que chez la femme, passa au nombre des vérités scientifiques les mieux démontrées.

Mais était-il permis de conclure de même, au sujet des rapports de cette fonction avec la manifestation des règles? Sans aucun doute, ainsi que nous le verrons bientôt. Quoique les preuves de cette causahté fussent moins directes et moins nombreuses, il était aisé néanmoins de se convaincre que l'hyperémie utérine et le flux menstruel dérivent bien réellement de l'incitation ovarienne.

Déjà nous avons fait connaître en partie le travail vésiculaire qui prépare la déhiscence du follicule et ])rovoque l'expulsion de l'ovule. Quelques détails nouveaux suffiront à compléter cette étude de la ponte spontanée.

Nous avons dit que le développement rapide de la vésicule, au moment de sa maturation, est principalement dû à sa distension par le liquide qu'elle renferme. Il convient d'ajouter que, des deux membranes qui composent ses parois, l'interne très-vasculaire commence à s'hypertrophier dans les derniers temps et concourt ainsi à l'accroissement du follicule. Dès cette époque elle prend une légère teinte jaune qui, après la rupture, se prononcera davantage.

Chose remarquable et encore inexpliquée, l'ovule paraît occuper presque toujours la partie la plus saillante de la vésicule, c'est-à-dire le pomt où les parois sont amincies et où doit s'effectuer la rupture. On comprend de la sorte comment son ex[)ulsion se trouve assurée; le licpide intra-folhculaire, en s'échappant, le pousse dans l'intérieur de la trompe en même temps que la masse celluleuse qui l'entoure (JisçMe/jro^ére). ,• , , »

Exceptionnellement, il arrive que la vésicule de Graaf, quoique bien développée ot ayant parcouru les diverses phases de sa maturation, conserve ses parois intactes. La ponte alors n'a pas heu, et, selon toute apparence, le réceptacle de l'ovule se résorbe peu à peu ou se transforme en kyste, comme le pense Raciborski, ou bien encore donne naissance, après la résorption du liquida, a une sorte de corps jaune.

Quant au sang qui s'épanche dans la cavité vésiculaire à l'approche de la dé hiscence et surtout au moment de la rupture, quelques auteurs, Coste principalement, le regardent comme la conséquence d'un état pathologique ou comme un fait très-exceptionnel. Mais cette opiuion du célèbre embryogéniste ne paraît guère acceptable aujourd'hui, depuis que des observations nombreuses ont mis l'hémorrhagie intra-vésiculaire hors de doute, du moins dans l'immense majorité des cas. 11 est donc permis de rechercher quelle est l'origine de ce sang extravasé. La tunique interne du follicule en est certainement le point de départ; mais provient-il simplement de la lésion des capillaires encore existant au niveau de la déchirure? Est-il, en d'autres termes, le résultat d'une sorte de traumatisme des vaisseaux, ou bien sa présence ne se rattache-t-elle pas à quelque autre phénomène d'un ordre plus élevé, et n'émane-t-il pas des autres points de la membrane propre du follicule?

Pour Raciborski, dont l'attention s'est'portée sur ce sujet, la dernière opinion serait la plus conforme aux faits observés. Si l'on considère, d'une part, que du sang apparaît déjà dans la vésicule avant sa rupture; et, d'autre part, que la ponte accompagnée de fécondation n'est pas, comme la chute spontanée de l'ovule, suivie d'un épancliement sanguin iiitra-folliculaire (quoique dans les deux cas le traumatisme des parois soit le même), on sera en effet conduit à admettre que l'hémorrhagie doit reconnaître une autre cause que celle de la déchirure de la membrane propre. Il parait donc probable que quand la ponte a lieu en dehors de la fécondation, la vésicule ovarienne est le siège d'une excrétion sanguine tout à fait analogue à celle qu'on observe dans la matrice; et, de même que l'hémorrhagie utérine résout l'orgasme menstruel, cette hémorrhagie folliculaire a vraisemblablement pour objet d'opérer une détente, âc mettre fin à l'éréthisme vasculaire de l'ovaire. La fécondation, au contraire s' est-elle effectuée? C'est l'ovide qui devient le centre de cette suractivité organique, qui la modifie, la transforme et la détourne à son profit. Ainsi dérivée et utilisée, elle ne doit plus dès lors s'épuiser ou se résoudre dans un phénomène critique comme l'hémorrhagie, et celle-ci ne se produit pas. Telle nous semble être la raison de l'absence ou de l'existence de l'épanchement sanguin dans l'intérieur de l'ovisac à la suite de sa déhiscence.

Dès que la vésicule de Graaf a expulsé son contenu, un corps particulier, connu sous le nom de corps jaune, se forme de ses débris et en occupe la place. Cette production organisée a été aussi désignée sous les noms doariule (oiapiow, petit œuf; oy),v7, cicatrice — Robin) et de métoario7i{[j.zrâ, après; Mpiov, ovule — Raciborski) , qui ne préjugent rien de sa couleur, laquelle est en réalité assez variable dans les différentes espèces de mammifères. La tunique interne, déjà un peu épaissie et légèrement teintée de jaune à l'approche de la rupture, s'épaissit de plus en plus après la déhiscence ; elle s'hypertrophie, se plisse sur elle-même et prend une coloration jaune citron plus accusée. Au bout de quelques jours, elle représente ainsi une sorte de sac chiffonné et plissé contenu dans un autre de moindre capacité. Ces replis arrivant au contact les uns des autres donnent à la coupe du métoarion un aspect rayonné et sinueux qui rappelle celui des circonvolutions cérébrales. Suivant la période d'évolution à laquelle on l'observe, ce corps a la forme d'un petit organe variable en volume, depuis celui d'une noisette jusqu'à celui d'un grain de millet. On y remarque souvent une cavité centrale^ rcmjjlic de sang ou de sérosité qui ne disparaît complètement qu'avec la

résorption du corps lui-même. Le caillot primitif se décolore assez promptemeut, se rapetisse à mesure que les roplis de la uieuibraue iuterae envahissent la cavité, et finit enfin par être entièrement résorbé. Quelquefois, cependant, au lieu d'une décoloration rapide, c'est une teinte brune plus ou moins foncée que l'on observe, et qui dépend d'une altération particulière de l'hématosine persistante.

Quant à la couleur jaune du métoarion, elle est due, non point à une imbibi- ) tien sanguine ou ecchymotique, comme divers observateurs l'avaient d'abord pensé, mais bien au développement de granulations graisseuses dans l'épaisseur de la membrane interne. Cette question a été définitivement résolue par les examens microscopiques; et, d'ailleurs, Raciborski, qui s'était fait le promoteur de la première opinion, a reconnu lui-même que, chez certaines femelles de mammifères, le métoarion n'offre point la coloration jaune, quoique le caillot sanguin intra-vésiculaire soit volumineux.

Que la ponte ait été spontanée ou qu'elle ait été accompagnée de fécondation, le corps jaune qui lui succède se compose des mêmes éléments anatomiques et des mêmes matières organiques (grandes celhiles à noyau nucléole, granulations oraisseuses, parfois gouttes d'huile libres et, enfin, débris du caillot); mais son volume, son évolution et sa durée, ainsi que Coste l'a démontré, ne sont pas identiques dans les deux cas. 11 convient donc de distinguer, à ce triple point de vue, le métoarion de la grossesse et celui de la menstruation. Les différences commencent à se manifester vers le dixième jour, et c'est sur elles que Coste a tenté d'établir, pour certaines recherches médico-légales, un signe anatomique de conception ou de vacuité.

Lorsque l'ovule a été fécondé, le corps jaune devient volumineux et atteint quelquefois des dimensions presque égales à celles de l'ovaire. Son accroissement se produit jusque dans le quatrième mois de la grossesse. Il s'atrophie ensuite progressivement, et de telle façon qu'à l'époque de l'accouchement il a perdu environ les deux tiers de son volume. Il représente alors un corps de 7 à 8 millimètres de diamètre, qui décroît ensuite rapidement. Deux ou trois mois après l'accouchement, il n'en reste d'autre trace qu'une cicatrice ou dépression irrégidière à la surface de l'ovaire. Si, au contraire, la fécondation n'a pas eu heu, le métoarion se développe beaucoup moins et n'atteint jamais les proportions de celui de la grossesse. 11 décroît aussi plus rapidement. Au bout d'un mois ou de cinq semaines il est réduit à un petit tubercule dur, formé de tissu lamineux et de matière amorphe ; puis, quelques jours plus tard, il disparaît complètement et n'est désormais représenté que par une cicatrice.

Quelque importantes qu'elles soient, ces différences, il faut l'avouer, ne sont pas assez essentielles, ni d'une constance assez démontrée, pour constituer à elles seules une preuve irrécusable qu'une femme avait ou n'avait pas conçu. Témoin cette observation de Négrier, dans laquelle il est dit qu'une fille pubhque ayant succombé, on trouva à son autopsie un métoarion volumineux, se rapprochant beaucoup de ceux de la grossesse et ne ressemblant, au contraire, nullement à ceux de la menstruation, quoique cependant on n'ait pu constater aucun signe de gestation. Lors donc que, dans une autopsie judiciaire, on reconnaît très-nettement à un corps jaune les caractères de l'un ou de l'autre état, on peut en déduire une opinion probable, mais non une conclusion affirmative.

L'historique des corps jaunes offre un véritable intérêt, mais ce n'est pas ici le lieu d'entrer à ce sujet dans de longs détails. 11 nous suffira de dire que les premiers observateurs, qui en constatèrent la présence dans l'otaire, attribuèrent

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la formation de ces corps à des conceptions antérieures. Confondant parfois, sous cette dénomination de corps jaunes, et les vésicules de Graaf et les anciennes cicatrices résultant de leur disparition, et enfin, les métoarions proprement dits, quelques-uns d'entre eux. les regardèrent comme jouant uu rôle considérable dans la fonction de reproduction. En réalité, ce n'est qu'à dater de la découverte de l'ovulation spontanée, et depuis que le microscope nous a révélé la constitution intime de ces corps, que leur origine et leur destination probable nous sont en très-grande parties connues.

2" Excrétion sakguike ou règles. Déjà nous avons indiqué, dans notre description générale, le siège et le mécanisme de l'exhalation sanguine, de même que les modifications anatomiques qui la préparent ou l'accompagnent. 11 nous reste, pour compléter l'étude de ce pliénomène, à faire connaître les caractères physiques et chimiques du sang expulsé, puis à envisager l'excrétion menstruelle au triple point de vue de sa marclie, de sa durée et de sa périodicité.

a. Caractères physiques et chimiques du liquide menstruel. La quantité àe sang perdu à chaque époque menstruelle est tellement variable suivant les femmes, et p;\rfois chez une même femme à des périodes différentes de son existence, qu'il est réellement impossible d'en donner une idée exacte en la représentant par une moyenne. Anssi, les auteurs qui ont tenté d'exprimer celle-ci par des chiffres, sont-ils en complet désaccord : les uns, comme Hippocrate, Galien, Hunter, iudiquent les poids de 600, de 550 et de 500 grammes; tandis que les autres, comme Mauriceau, Haller, Baudelocque, évaluent cette quantité à 200 grammes, 120 grammes et même seulement à 100 grammes. Ces divergences considérables dans l'appréciation d'un fait physique s'expliqueront sans peine, si l'on réfléchit que, indépendamment des variations individuelles, le sang des règles se montre toujours plus ou moins additionné des sécrélious muqueuses de l'utérus et du vagin, ce tjui rend fort difficile une évaluation, même approximative, de son poids. Et, si l'on ajoute à ces causes d'erreur la répugnance bien naturelle que les femmes éprouvent à se prêter à des recherches de ce genre, de même que la difficulté de -trouver un moyen exact de constatation, on arrivera à celte conclusion, que la quantité de sang exhalé pendant la menstruation ne comporte pas la détermination d'une formule unique pour l'exprimer. Dans la pratique, une telle rigueur n'est d'ailleurs nullement nécessaire ; il sulfit de savoir que telle femme, d'après sa constitution, ses forces, ses antécédents, etc., perd trop ou trop peu ; que ce trouble de la fonction entraîne des inconvénients plus ou moias graves, et que, dès lors, il importe d'y remédier.

En réalité, on observe parfois, dans le cours de la menstruation, des écoulements sanguins extrêmement différents quant à eur quantité, et qui ne cessent pas d'être compatibles avec un bon état de santé. Ils présentent par conséquent, malgré leur diversité, un caractère physiologique. Depuis la femme qui ne perd, à chaque époque, que quelques grammes de sang, jusqu'à celle qui offre, au contraire, un flux abondant de 500 à 600 grammes, on rencontre en effet tous les degrés intermédiaires. Par contre, selon les conditions d'organisation, de tempérament et d'habitudes de la femme, il peut se faire qu'une hémorrhagie menstruelle très-modérée soit néanmoins excessive, de même qu'une perte abondante serait, en d'autres cas, plutôt insuffisante que démesurée. Disons, toutefois, qu'au milieu de cette variété presque infinie de modalités, il est dans l'excrétion sanguine une forme intermédiaire, la plus communément observée chez les femmes en état de santé, et qui peut être prise, non pas comme type unique,

MENSTRUATION. • 6s'J

mais comme type général. C'est cette forme que les auteurs ont eu particulièrement en vue lorsqu'ils ont comparé les degrés extrêmes de l'écoulement sanguin à son degré moyen ; c'est elle qui, au point de vue de la quantité de sang perdu, a été représenté par les chiffres 100, 120, 150 et 200 grammes ; c'est elle enfin dont on cherche à se rapprocher par l'emploi de moyens thérapeutiques, lorsque des troubles de la santé paraissent résulter d'un excès ou d'une insuffisance de Vhémorrhagie périodique .

La quantité de sang perdu à chaque époque est, en effet, susceptible de se modifier chez une même personne, non-seulement sous l'influence de remèdes soit internes, soit externes, mais encore sous l'influence du régime, de l'hygiène et du climat. Une alimentation tonique, excitante; des exercices musculaires exagérés, l'habitation dans les pays chauds, sont autant de causes qui, généralement, rendent le flux menstruel plus abondant. Il en est de même de l'abus des rapports sexuels. Des conditions d'existence, inverses des précédentes, semblent au contraire produire souvent une diminution dans l'hémorrhagie cataméniale. Il n'est pas rare également que la grossesse, surtout quand elle est répétée, provoque des modifications en plus ou en moins dans le degré de l'écoulement.

Enfin, la quantité de sang est ordinairement moindre pendant les premières éruptions menstruelles ; puis, après s'être maintenue à un degré physiologique pendant la plus grande partie da la vie génitale, elle augmente ou diminue notablement quand approche l'âge de la ménopause.

Considéré vers le milieu d'une époque cataméniale, c'est-à-dire au moment où le flux menstruel atteint son summum, le sang des règles est rouge, liquide, légèrement visqueux et d'une odeur sui generis assez marquée. Sa coloration, ordinairement foncée, lui donne l'apparence du sang veineux plutôt que celle du sang artériel. Sa viscosité, de même que son odeur plus ou moins pénétrante, sont dues au mélange des liquides sécrétés par les organes génitaux. Au microscope, il présente des globules sanguins nombreux et non altérés, des cellules épithéliales provenant des muqueuses utérine et vaginale, et enfin des globules de mucus émanés des mêmes organes.

Au commencement de chaque époque, les mucosités prédominent et le sang n'existe qu'en faible proportion dans le liquide excrété. Puis, celui-ci se colore de plus en plus, et bientôt il se trouve constitué par du sang presque pur. Au bout d'un jour à trois jours, la diminution progressive des globules sanguins et la persistance des sécrétions muqueuses lui restituent son caractère primitif, c'està-dire son aspect de liquide blanc ou blanc jaunâtre teinté de rose. Mais les choses ne se passent pas toujours ainsi. Quelquefois, dès le début, le flux menstruel consiste dans un écoulement sanguin bien caractérisé, et celui-ci conserve jusqu'à la fin cette proportion prédominante de sang.

Divers auteurs ont avancé que le sang menstruel différait du sang ordinaire surtout par deux caractères : la viscosité et le défaut de coagulabilité. Le fait est généralement exact et dépend, comme nous l'avons vu, de la présence des sécrétions muqueuses de l'utérus et du vagin. En expliquant le défaut de coagulabilité du sang des règles par la perte de la vitalité de ce sang au moment de son exhalation, Hunter a donc attribué à ce phénomène une fausse origine. Brande et Lavagna en ont donné également une interprétation inexacte, lorsqu'ils l'ont rattaché à l'absence de fibrine ; car les analyses de sang menstruel démontrent que la librine est, comme pour le sang orchnaire, un de ses principes constituants. Ce serait, d'ailleurs, une erreur de croire que la viscosité et le défaut de coagu-

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