DICT. E.\C. 2'' .S, VI
labilité sont des propriétés constantes de ce liqiiide. Ordinairement très-accusée? an débnt et à la fin de la crise cataméniale, elles deviennent, au contraire, d'autant moins conetatables cpie l'hémorrhaaie est plus abondante, et que l'on se rapprocbe davantage du summum de l'écoulement.
De son coté, Ret/ius, de Copenhague, a expliqué la non-coagulabilité du sang par son acidité, qui serait due à la présence des acides pbosphorique et lactique. Après l'évacuation du sang acide, si le liquide continue à couler, comme dans la méuorrhagie, il deviendrait coagulable parce que les acides n'auraient pas eu le temps de se former. Mais il résulte des expériences tentées sur plusieurs femmes, par Brierre de Coismont, que le sang des règles est, au contraire, alcalin; et, si l'on ajoute à ce résultat que, d'après les recherches de Donné, le mucus vaginal offre un caractère nettement acide, on comprendra sans peine comment le liquide des règles peut être trouvé alcalin ou acide, selon la quantité de mucus qu'il renferme. Il reste ainsi démontré que l'acidité appartient en propre au mucus et non au sang, et que, par conséquent, celui-ci ne doit pas son défaut de coagulabilité à une propriété qui lui serait inhérente.
Longtemps on a regardé le sang des règles comme un liquide vénéneux; on lui a prêté les propriétés les plus maltaisantes, et ses seules émanations étaient capables, croyait-oii, d'exercer une influence toxique sur les êtres vivants, hommes, animaux et plantes. Mais ces erreurs ont été détruites par l'observation, de même que par des analyses chimiques d'où il ressort, que le sang menstruel ne diffère pas sensiblement du sang ordinaire. Voici, en effet, ce que nous apprend Denis (de Gommercy) :
« La quantité de sang menstruel recueilH est de 60 grammes, en deux portions. Il est d'un rouge assez obscur, et verdit légèrement le sirop de violettes; il n'offre pas une masse coagulée analogue à celle du sang tiré des veines ou des artères, mais il présente de gros grumeaux mous, rassemblés au fond du vase. Il s'y forme cependant du sérum à la surface ; on distingue des glaires parmi les grumeaux. Son odeur est nauséabonde, sui genens, très-forte.
« J'en ai tiré :
Eau 8,2o0
Fibrine 0,5
Hématosine 6,34
Mucus 4,33
.Mbumine 4,83
Oxyde de fer 0,03
Graisse phosphorique rouge.. . , 0,39
Osmazome et cruoiine, âà , . . . . 0,11
Sous-carbonate de soude
Hydrochlorate de soude J âà 0,93
— de potasse Carbonate de chaux Phosphate de chaux
— de magnésie traces
j âa 0,23
Il était donc composé de : parties aqueuses 12,50
— parties en suspension ou en globules. 10,90
— parties en solution 6,58. »
D'une autre part, Bouchardat, ayant eu l'occasion d'analyser environ 52 grammes de sang menstruel, trouva les éléments suivants :
Eau 90,08
Matières fixes 6,92
Ces matières, divisées en 100 parties pour établir leurs proportions relatives, ont iourni le résultat consigné dans ce tableau :
Fibrine, albumine, matière colorante 75 27
Matières extractives 9*42
— grasses 2 ''1
Sels '....' s'il
Pour recueillir ce sang, on avait dû maintenir pendant dix heures le spéculum étroitement appliqué autour du col utérin. Sans cette précaution, remarque Brierre de Boismont, le sang aurait pu se trouver mélangé à une grande proportion de mucosités vaginales et même à de l'urine, ainsi que le prouvent les cristaux de phosphate ammoniaco-magnésien qui y ont été rencontrés lorsqu'on n'avait point eu recours au spéculum. Brierre ajoute que la personne de qui il avait obtenu cet acte de complaisance et de patience, était une dame âgée de 55 ans, mère de plusieurs enfants. « Ses règles coulaient huit jours, à des époques régulières; sa constitution était délicate, quoiqu'elle n'eût jamais foit de maladie ; son tempérament était lymphatico-sanguin, avec prédominance nerveuse; l'écoulement menstruel, autrefois très-abondant, avait diminué depuis les accouchements; sa nourriture était plutôt végétale qu'animale; sa boisson habituelle était le lait d {De la menstruation, in-S", Paris, 1842, par Brierre de Boismont). Telles sont les circonstances qui peuvent expliquer la forte proportion d'eau trouvée à l'analyse de son sang menstruel.
S'il est vrai que l'excrétion cataméniale ne présente pas ce caractère vénéneux qui lui a été si longtemps attribué, et que le vulgaire considère encore comme une réahté, il n'en faut pas moins reconnaître que l'élément muqueux qu'elle renferme acquiert parfois des qualités irritantes et nuisibles. Diday (de Lyon) a en effet décrit chez l'homme une forme particulière d'uréthrorrhée chronique, qui paraît être causée par le coït pendant les règles. Douze faits, recueillis avec détails, servent de démonstration à cette opinion. « L'uréthrorrhée, conclut cet observateur, résulte certainement du contact du sang menstruel, et peut-être aussi de quelques autres sécrétions de la muqueuse génitale. « Raciborski, de son côté, dit avoir rencontré bon nombre d'individus affectés d'échauffeinent de l'urèthre, qui, après avoir recueilli leurs souvenirs, finissaient par avouer qu'ils avaient eu récemment commerce avec des femmes en état de menstruation. Selon toute apparence, c'est bien aux sécrétions muqueuses qui se mêlent au sang, qu'il convient de rapporter ces qualités nocives; car, nous l'avons vu, le sang menstruel par lui-même ne diffère pas d'une façon notable du sang ordinaire, et celui-ci ne présente pas de propriété irritante. Quoi qu'il en soit, si dans notre climat le liquide des règles est susceptible de produire de tels effets, on conçoit comment, à plus forte raison, dans les climats chauds, il peut engendrer certaines affections de l'urèthre chez l'homme qui cohabite avec la femme pendant une époque cataméniale. Et l'on s'explique ainsi toute la sagesse des préceptes d'hygiène qu'on trouve à ce sujet clans le livre de Moïse. En Egypte, la chaleur très-élevée du climat était bien propre à donner au liquide menstruel des propriétés irritantes, que l'excitation du coït ne pouvait rendre que plus dangereuses et plus nuisibles.
b. Marche et durée du flux cataménial. L'écoulement des règles est ordinairement continu, et les trois phases plus ou moins distinctes que nous avons
signalées dans chaque époque menstruelle, la pliase initiale ou d'augment, la phase moyenne ou d'état, et la phase terminale ou de déclin, se succèdent généralement sans aucune interruption. 11 peut arriver, néanmoins, que le flux menstruel n'offre pas cet enchaînement, et que la quantité de même que la coloration du liquide varient ou oscillent d'un jour à l'autre, soit parce que l'exhalation sanguine est réellement moins active, soit parce que son produit se trouve lemporairement retenu par une cause quelconque dans les voies génitales. Mais les cas de ce genre sont très-exceptionnels dans l'état pliysiologique, et l'on |)eut dire qu'en fait la crise menstruelle est une ou progressive dans son évolution.
La durée de l'excrétion cataméniale est le plus ordinairement de trois jours à six jours. Mais il n'est pas rare de trouver des exceptions à celte règle, et de voir l'écoulement rester en deçà ou s'étendre au delà de ces limites. Ainsi, chez quekjues femmes, le flux menstruel se borne à une apparition de deux jours, d'un jour, et même seulement de quelques heures ou de moins encore; chez d'autres, au contraire, il se prolonge pend;int dix ou douze jours et même davantage. Enfin, entre ces deux extrêmes, on peut observer tous les degrés intermédiaires, ainsi que le démontre le tableau suivant, que nous empruntons à P. Dubois :
TABLEAU INDIQUANT LA DURÉE DES ÉPOQUES MENSTRUELLES CHEZ SU CENTS FEMMES Réglées pendant 1 jour 11
Réglées pendant
7 jours..
Réglées irrégulit
rement . .
A propos' du chiffre 115, qui figure dans ce tableau d'une façon assez inattendue entre les chiffres 1 et 4, P. Dubois remarque avec raison qu'une telle indication serait propre à induire en erreur si l'on n'en recherchait la vraie signification. Selon toute pi'obabilité, le nombre 115 exprime à la fois la durée de huit jours et celle de sept, ce qui résulte d'une forme vicieuse et habituelle de langage. C'est à tort, en effet, que généralement on exprime par huit jours la révolution d'une semaine qui, en réalité, n'en renferme que sept.
Cette réflexion est entièrement applicable au chiffre 1 72 que l'on trouve dans un autre tableau, dû à Brierre de Boismont. Ici, l'observation a porté sur 562 femmes :
DUREE DES REGLES DEPUIS UN JOUR JUSQU A DIX, CHEZ CINQ CENT SOIXAKTE-DEUX FEMMES
Femmes réglées pendant Ijoiir . .
Femmes réglées pendant 6 jours.
D'après ce résumé, on voit que les époques menstruelles peuvent être ainsi classées, au point de vue de la durée :
8 jours.
2 jours.
6 jours.
C'est là sensiblement le même ordre que celui qui résulterait du tableau de P. Dubois, dans lequel on trouve également 8 jours, 5 jours et 4 jours, comme exprimant la durée la plus commune des époques menstruelles. Nous avons dit
déjà ce qu'il fallait penser de l'indication de 8 jours qui, presque certainement, est erronée. Quant à celles de 5 jours et de 4 jours, elles semblent, au contraire, teprésenter réellement la durée la plus ordinaire du flux cataménial.
Du reste, nous pourrions répéter ici ce que nous avons dit au svqeldeh quantité du. liquide excrété. Rien n'est plus variable, plus mobile, plus difficile à exprimer par une moyenne exacte, que la durée du flux menstruel; et cela, nonseulement en considérant l'ensemble des individus, mais parfois même en n'ayant égard qu'à un seul. Ainsi, il n'est pas très-rare de voir chez certaines femmes une époque menstruelle plus abondante et plus longue succéder à une autre époque moins abondante et plus courte. En général, les variations dans la durée correspondent à des variations analogues dans la quantité; de telle sorte que les règles abondantes sont presque toujours plus on moins prolongées, et qu'un flux discret correspond d'ordinaire à une époque de faible durée.
Pendant longtemps on a cru que la haute température des pays chauds rendait l'écoulement des règles plus long, et que les régions froides du Nord exerçaient sur ce phénomène une influence opposée. Cette croyance était surtout basée sur l'ancienne théorie de la menstruation, qui considérait celle-ci comme le résultat de la pléthore. « Il semblait tout naturel, dit Raciborski, de supposer que la grande chaleur, qui dispose en général aux hémorrhagies, devait aussi rendre plus abondante celle qui constitue les règles, et que le froid devait produire un effet contraire. Aujourd'hui que nous savons que l'hémorrhagie menstruelle est régie par des conditions anatomiques et physiologiques infiniment moins mobiles que la circulation du sang, on se sent déjà tout disposé à rabattre de ces opinions. L'observation attentive, i'aite sur les lieux mêmes, est venue d'ailleurs confirmer entièrement ces prévisions inspirées par la nouvelle théorie de la menstruation. Déjà, en 1839, les docteurs Paye (de Christiania) etPeixoto (de Rio-Janeiro) nous avaient déclaré que les femmes de ces pays présentent absolument les mêmes variations sous le rapport de la durée des époques menstruelles et de l'abondance des règles que les femmes de notre climat. La même chose nous a été affirmée par le docteur Magnus Huss (de Stockholm), tant en son nom qu'en celui du docteur Wistrand, qui a exercé longtemps en Laponie. Les règles des femmes de ces deux pays septentrionaux ne diffèrent guère, sous ces deux rapports, de ce que nous voyons dans l'Europe centrale. »
Au congrès international qui eut lieu à Paris en 1867, le professeur Faye (de Christiania) et le docteur Vogt, son ancien chef de clinique, produisirent de nouveaux documents sur la question. 11 résulte des tableaux dressés par ces deux médecins distingués que le flux menstruel durait de 5 à 4 jours dans les 26 centièmes des cas, de 2 à 5 jours dans les 16 centièmes des cas, de 1 à 8 jours dans les 14 centièmes, de 4 à 5 jours dans les 8 centièmes, etc. (Faye, Tableau dressé d'après l'examen de 2,160 Norvégiennes). De son côté, le docteur H. Vogt indique comme durée moyerme de l'écoulement, chez 4,448 femmes des diverses provinces de la Norwége, 5 jours 7/10, moyenne générale qui se trouve être identique à la moyenne spéciale de la préfecture de Christiania. Ajoutons que les observations de Faye et de Vogt démontrent que dans les pays froids, comme dans nos régions tempérées, les variations dans la durée de l'écoulement des règles sont extrêmement nombreuses. Faye, sur les 2,160 femmes qui ont fait le sujet de son étude, a trouvé que, sous ce rapport, les différences étaient comprises entre 12 heures et 14 jours.
c. Périodicité du flux menstruel Un des traits les plus remarquables et les
plus essentiels de l'excrétion cataméniale consiste dans son intermittence et sa périodicité. Ici encore, nous allons constater des variétés nombreuses touchant l'intervalle des retours de l'iiémorrhagie. Ces variations, toutefois, sont beaucoup moins prononcées que celles qui intéressent la quantité et la durée de l'écoulement. Dans la très-grande généralité des cas, l'intervalle dont il s'agit est de 25 à 50 jours, et ce n'est que par exception, relativement rare, que les retours se montrent plus rapprochés ou plus éloignés, en dehors bien entendu de tout état pathologique. Les femmes disent alors q\ï elles avancent ou quelles retav' dent d'un nombre déterminé de jours.
D'après Dubois el Courty, l'intervalle type serait d'un mois solaire ou de 50 jours, et non d'un mois lunaire ou de 28 jours, comme on l'admet assez généralement. Mais cette question paraîtra dénuée d'importance, si l'on a égard aux variétés nombreuses de l'état physiologique. En effet, au début comme à la fin de la fonction menstruelle, c'est-à-dire à la puberté comme à la ménopause, les irrégularités des retours sont tellement habituelles qu'elles constituent, pour ainsi dire, le fait normal. Dans le cours de la vie génitale, il n'est pas rare non plus de voir le type primitif se modifier ; de telle sorte que l'intervalle des menstruations augmente ou diminue de quelques jours. Des grossesses plus ou moins nombreuses, un changement notable et prolongé dans les habitudes, certaines modifications organiques dépendantes de l'âge, sont autant de causes qui provoquent parfois la transformation dont il s'agit. Tout ce que l'on peut dire au sujet de la périodicité des règles, c'est donc qu'elle existe d'une manière évidente, incontestable, et qu'il est permis d'eu apprécier le mode d'expression avec une certaine exactitude, mais non avec cette précision rigoureuse que divers auteurs ont vainement recherchée.
Les retours de la menstruation ne paraissent être, d'ailleurs, nullement influencés par les climats. Dans les contrées chaudes, comme dans les régions septentrionales, ils se produisent de la même façon que dans les pays tempérés. Sur 115 observations recueillies à ce point de vue en Norwége, par Faye et Vogt, 102 fois les règles revenaient toutes les quatre semaines; 4 fois, toutes les trois semaines; une lois, toutes les deux à trois semaines ; une autre fois, au bout de cinq semaines ; et, enfin, une fois la réapparition avait lieu entre quatre et huit semaines. Quoique nous ne possédions pas sur ce sujet des données aussi précises en ce qui concerne les contrées méridionales, cependant tout concourt à faire admettre que les retours mensuels s'y effectuent comme sous les climats froids.
Ajoutons que chez un certain nombre de femmes, sans que les époques mensuelles soient troublées dans leur manifestation, on observe habituellement vers le milieu de l'espace intermenstruel des signes de fluxion utérine et ovariemie tout à fait comparables à ceux qui accompagnent le flux cataménial. L'écoulement, toutefois, ne se produit pas; il semble que la congestion reste incomplète, que l'éréthisme utérin soit insulfîsant pour le déterminer. « Dans ce moment, dit Courty, on voit la coloration rouge des muqueuses de l'utérus et du vagin devenir plus foncée ; la sécrétion muqueuse utérine apparaître ou s'accroître ; la température, le poids, le volume de l'utérus et des ovaires, constatés par le toucher, être manifestement augmentés, comme à la veille ou au moment d'une vraie menstruation; la chaleur, la tension de l'hypogastre, les tiraillements lombaires, surtout l'éréthisme nerveux et les phénomènes hystériques, se développer. » Tous les praticiens ont observé des faits de ce genre. Il est vrai que ces phénomènes sont surtout marqués chez des femm^es atteintes de quelque disposition patholo-
gique, et qu'on pourrait alors les écarter de l'étude de la menstruation vraiment normale. Mais leur existence n'est point particulière à ces sortes de femmes, et elle se constate aussi, quoique d'une manière moins tranchée, chez des femmes en état de parfaite santé. Dans un petit nombre de cas, ce molimen est même accorapagué dhémorrhagie et constitue ainsi de véritables règles surnuméraires. Négrier, frappé de ces faits, a cherché à les expliquer en disant que les menstruations ainsi rapprochées étaient l'indice d'un fonctionnement alternatif des deux ovaires; que le travail de l'ovaire droit provoquait l'une des excrétions mensuelles, et que celui de l'ovaire gauche déterminait l'autre. Mais, dans la menstruation typique, il ne paraît pas qu'il en soit autrement : la vésicule ovarienne, en voie d'évolution, siège tantôt dans l'ovaire droit, tantôt dans l'ovaire gauche, et cependant le flux sanguin, de même que les phénomènes de congestion utéroovarienne, ne se produisent qu'une fois par mois. On ne peut donc voir, dans cette seule circonstance, la cause réelle du mode menstruel particulier que nous étudions.
De longue date, la périodicité des règles a été rattachée aux révolutions lunaires. Mais cette vieille opinion, déjà combattue par Haller, n'est plus soutenable aujourd'hui. Le flux menstruel, en effet, s'observe à toutes les phases de la lune, sans qu'il en soit nullement modifié. Brierre de Boismont a démontré jusqu'à l'évidence que cette croyance, longtemps populaire, était absolument dénuée de fondement. D'après Haller, les retours menstruels seraient subordonnés au temps nécessaire à chaque femme pour reconstituer sa masse sanguine ; de telle sorte qu'ils seraient plus rapprochés ou plus éloignés, selon que la réparation se montrerait plus prompte ou plus lente. Mais cette théorie, comme la précédente, n'est plus défendable de nos jours ; car, si quelques laits tendent à la justifier, le pins grand nombre, au contraire, l'infirment complètement. Nous savons, du reste, que la manifestation du flux cataménial est sous la dépendance du travail ovarien ; et, dès lors, que la cause véritable de la périodicité des règles n'est autre que celle qui détermine la périodicité des l'hénomènes vésiculaires. Or cette cause, pour le dire par anticipaiion, nous est totalement inconnue dans ses caractères intimes : il ne paraît guère douteux qu'elle résulte d'une loi primitive de l'organisation, au même titre que celles d'où dépendent îa durée normale de la vie, les formes générales du corps, la limite physiologique de la taille, etc., etc. Rapports de l'excrétion menstruelle avec l'ovulation spontanée. Avant que l'existence des ovules eût été démontrée dans les ovaires de la temme, et surtout avant que leur expulsion spontanée nous eût été révélée comme un fait normal, il est évident qu'on ne pouvait rattacher à cette dernière cause l'hémorrhagie périodique qui constitue les règles. Toute autre influence que la vraie était alors invoquée (nous aurons à en dire quelques mots à propos des causes de la menstruation). Cependant, d'après les observations relatées çà et là dans les auteurs, les rapports étroits qui unissent le flux cataménial au travail ovarien, de même que l'action incontestable que celui-ci exerce sur tout l'appareil de la génération, se trouvaient déjà suffisamment indiqués, pour qu'il fût possible de pressentir les démonstrations précises que la physiologie moderne devait en donner.
En effet, dès le dix-septième siècle, Harvey, Kerkringius et d'autres avaient exprimé, d'une façon vague il est vrai, l'idée d'une certaine corrélation entre les fonctions de l'ovaire et celles de l'utérus ; entre la menstruation d'une part, et d'autre part la ponte des oiseaux qui n'ont pas subi les approches du mâle. Dans le siècle suivant, CuUen, plus explicite, avait dit : « Comme un certain état des
ovaires prépare et dispose les femmes à raccomplissement de l'acte vénérien à l'approche du moment où les règles doivent apparaître, il est présumable que l'état des ovaires et celui des vaisseaux utérins sont liés l'un à l'autre dans une certaine mesure ; et, comme généralement les signes d'une modification dans les premiers se montrent avant ceux qui dénotent un changement dans les seconds, il est permis d'en conclure que l'état des ovaires contribue pour une bonne part à exciter les fonctions des vaisseaux utérins » {First Lines of the Pradice of Physic, 1001). Selon P. Dubois^ Béciai'd professait la même opinion dans ses leçons publiques de 1816 à 1820. Enfin, John Power, et, en 1851, Piobert Lee approchèrent davantage encore de la vérité, le premier d'après des conceptions théoriques, et le second, par l'examen cadavérique de plusieurs femmes qui avaient succombé pendant ou immédiatement après une époque menstruelle. Des recherches nombreuses et variées restaient néanmoins nécessaires pour mettre hors de doute ces données trop vagues et trop générales, pour consacrer, en un mot, la découverte dans ses plus importants détails. Ce fut l'œuvre de plusieurs hommes laborieux et distingués, dont les noms sont désormais attachés à cette belle conquête de la physiologie modeine.
« Une doctrine nouvelle, dit P. Dubois, apparaît rarement dans les sciences sans que les esprits y aient été plus ou moins préparés. Presque toujours celui qui la propose a suivi, sans qu'il s'en soit rendu compte, un certain courant d'idées dans lequel d'autres étaient engagés comme lui. Il en résulte qu'au moment où cette doctrine se manifeste au grand jour, de nombreux prétendants surgissent et qu'elle paraît être alors, non pas l'oeuvre exclusive de celui qui, le premier, s'en déclare l'auteur, mais aussi celle d'une foule de collaborateurs qui se sont ignorés les uns les autres, et presque toujours chacun d'eux revendique la meilleure part dans la découverte » ( Trailé complet de l'art des accouchements, t. I, p. 312). On ne saurait exprimer en meilleurs termes ce qui advint au sujet de la théorie moderne de la menstruation.
Déjà nous avons fait connaître, à propos de l'ovulation spontanée, les observateurs à qui l'on doit la découverte de cette fonction. Ce sont les mêmes qui, dans une mesure inégale, ont concouru à édifier la doctrine régnante de la menstruation. La ponte spontanée se relie, en effet, d'une façon si intime avec le phénomène de l'hémorrhagie cataméniale que la connaissance de l'une conduisait, par un enchaînement presque nécessaire, à l'explication étiologique de l'autre. L'exposé des faits qui servent de base à la nouvelle théorie va le démontrer surabondamment.
a. Si l'on examine les ovaires d'une femme morte pendant une période menstruelle, on trouve presque toujours sur l'un ou l'autre de ces organes une vésicule très-développée, proéminente, et dont la rupture paraît devoir être très-prochaine. Si la mort a eu heu quelques jours après la cessation du flux cataménial, la vésicule est ordinairement déchirée; elie se montre affaissée sur elle-même par le fait de l'évacuation de son contenu, et sa cavité renferme un caillot sanguin, mêlé à une quantité variable de sérosité. L'expulsion de l'ovule s'est-elle accomplie un peu plus longtemps avant la mort de la femme, on retrouve alors à la place du follicule un corps qui offre tous les caractères du métoarion. De telles observations, aujourd'hui multipliées, paraissent bien démontrer que l'hémorrhagie menstruelle se relie essentiellement à la maturation et à la rupture d'un ovisac ou, en d'autres termes, à l'ovulation spontanée.
Si de l'ovaire de la femme on passe à celui des femelles de mammifères, on
trouve que ce dernier prôseiite, à l'époque du rut, des particularités tout à fait analogues à celles que nous avons signalées dans l'ovaire de l'espèce humaine pendant les époques menstruelles. Ainsi, on reconnaît que cet organe renferme un certain nombre de vésicules de Graaf prêtes à se rompre ou déjà rompues, selon que l'examen concorde avec la période même du rut ou qu'il lui est postérieur de quelques jours. Puis, dans ce dernier cas, on constate la présence dans les trompes d'un nombre d'œufs généralement égal à celui des follicules évacués.
g. Chez la femme, l'ablation des ovaires a déjcà été pratiquée bon nombre de fois, surtout depuis que l'ovariotomie est entrée dans la pratique chirurgicale. Or, à la suite de cette opération, la suppression du flux menstruel est à peu près constante. Nombre d'auteurs ont reproduit l'histoire de celte femme dont parle Percival Pott : deux tumeurs inguinales étaient tellement douloureuses qu'elles mettaient la malade dans l'impossibilité de vaquer à son travail. On résolut de les enlever. Pendant qu'on procédait à l'opération, on s'aperçut qu'il s'agissait des ovaires. Ceux-ci n'en furent pas moins extirpés, et la femme guérit ; mais ses menstrues, qui jusque-là avaient été régulières, ne reparui"ent point; les seins s'ail'aissèrent ; le corps s'amaigrit et présenta une apparence plus musculaire; enfin, on vit se produire dans l'ensemble de l'économie des modificatious qui rappelaient plus ou moins les traits de l'organisme masculin. Le docteur Roberts, chargé d'une mission dans l'Asie centrale, a rencontré aux environs de Bombay les vestiges d'une pratique cruelle des temps anciens, qui consistait à châtrer les femmes pour les préparer à la garde du sérail. Ces femmes, connues sous le nom de hecljeras, u avaient point de mamelles ; leurs hanches étaient grêles, leurs fesses aplaties et leur pubis complètement dénudé ; elles présentaient quelque chose de viril dans l'attitude comme dans la voix ; enfin, elles n'étaient sujettes ni aux écoulements menstruels, ni aux désirs vénériens. Ajoutons que Mo rgagni, Simon, Pienauldin, ont signalé, avec beaucoup d'autres, l'absence de menstruation chez les femmes qui manquaient congénitalement d'ovaires. Ce fait est aujourd'hui établi sur un grand nombre d'observations d'une parfaite authenticité.
7. L'examen des ovaires de jeunes filles non encore menstruées, de même que celui des ovaires de femmes ayant cessé de l'être, ne révèle dans ces organes aucune vésicule qui soit notablement développée, et dont l'aspect puisse rappeler ce que l'on observe sur des ovaires de femmes réglées au moment des époques menstruelles. Quoique d'un caractère négatif, cette donnée constitue néanmoins une preuve saisissante à l'appui de l'existence d'une relation entre le travail vésicidaire et i'hémorrhagie cataméniale. Ajoutons, d'ailleurs, que la première manifestation de l'ovulation coïncide, chez la jeune fille, avec l'apparition de la puberté, de même que l'atrophie des follicules de Graaf coïncide, chez la femme qui a vieilli, avec la cessation du flux menstruel et l'inaptitude à la reproduction.
§. Enfin, lorsque, par une cause quelconque les vésicules de Graaf ont disparu ou se trouvent dans l'impossibilité d'évoluer , on remarque que les règles font défaut. C'est ce qui arrive, par exemple, dans certains cas d'atrophie due, soit à une dégénérescence morbide, soit à la cachexie tuberculeuse; si la couche ovigène est complètement détruite ou atrophiée dans les deux ovaires, le flux menstruel sera presque nécessairement supprimé. Tel est le résultat de l'observation.
On voit parce court exposé que des faits nombreux et variés établissent, d'une façon incontestable, que les phénomènes ovariens d'une part, et l'excrétion sanguine de l'autre, sont dans une étroite corrélation, puisque l'absence des premiers
entraîne ordinairement l'absence de la seconde. Ils démontrent, en outre, que dans l'accomplissement de la fonction c'est l'ovaire qui jouelerôle piépoudéraut, et que l'iiémorrliagic utérine est subordonnée au travail dont cet organe devient périodiquement le siège. Cependant, ce serait une erreur de croire qu'il en est toujours et invariablement ainsi ; que le flux cataménial se trouve toujours et absolument dépendant de l'évolution d'un follicule de Graaf ; enfin, que toujours et nécessairement l'apparition des menstrues est l'indice d'une incitation préalable de l'ovaire. Les exceptions à la règle générale que nous avons indiquée, sont maintenant trop nombreuses et trop certaines pour qu'on en conteste la valeur, et qu'on s'abstienne d'en recbercher la signification.
Ainsi, dans un certain nombre de cas autlientiques, on n'a pas trouvé sur les ovaires la trace d'une ovulation récente, quoique les femmes fussent mortes peu de temps après une époque menstruelle. Sur une jeune fille morte quinze jours après les règles, Coste reconnut, il est vrai, des vestiges de corps jaunes dans les ovaires; mais ces débris de follicules étaient manifestement trop avancés dans leur évolution pour qu'on pût les rapporter à la dernière excrétion cataménials. Cbez une femme réglée depuis trois ans, Godard ne rencontra qu'une seule cicatrice qui correspondait ûla dernière époque, survenue quinze jours avant la mort. Pareillement, Girwood affirme n'avoir compté que 34 cicatrices sur les ovaires d'une femme qui avait eu 56 menstruations, et seulement '■22, chez une autre qui avait été réglée 24 lois. De son côté, Giraudet, de Tours, a relaté neuf observations de femmes ou de jeunes filles ayant été bien menstruées jusqu'à leur mort, et chez lesquelles il trouva les ovaires tantôt « réduits au volume d'un haricot entièrement cartilagineux, et ne contenant aucune trace de corps jaune », tantôt lisses et fort petits, sans aucune apparence de métoarions ou de cicatrices ; tantôt transformés en kystes hématiques ou purulents ; tantôt, eiifin, affectés d'une atrophie complète ou de dégénérescence cancéreuse.
Le même auteur, dans une autre série de sept observations, a trouvé, au contraire, sur les deux ovaires des vésicules de Graaf à leurs diverses périodes d'évolution, ainsi que des cicatrices récentes et des corps jaunes ; et cependant, ces ovaires avaient appartenu à des filles ou à des femmes dont les unes n'avaient jamais été réglées, et dont les autres ne l'étaient plus depuis plusieurs années. Négrier a aussi rencontré des cicatrices sur des ovaires de jeunes filles qui n'avaient point encore été réglées. Enfin, Gubler a publié l'observation d'une femme de vingt-trois ans qui n'avait point eu encore ses règles, et dont, néanmoins, les ovaires portaient dix-sept cicatrices. L'ovaire gauche en présentait une toute récente, et le follicule renfermait encore un caillot sanguin du volume d'une lentille.
Que conclure de ces faits? Leur authenticité ne saurait être contestée, il s'agit donc de les interpréter. Faut-il, à la manière de quelques auteurs, de Giraudet en particulier, les considérer comme infirmant les faits positifs, et admettre que ceux-ci ne justifient point la théorie nouvelle de la menstruation? Telle n'est pas notre opinion. Comme l'a très-justement remarqué Cl, Bernard, des résultats contraires ne détruisent en rien d'autres résultats précédempient obtenus, « et en présence de l'incertitude qu'ils peuvent jeter sur des conclusions trop affirmatives, le moyen d'arriver à la vérité n'est pas de nier les résultats positifs au nom des résultats négatifs, ou réciproquement, mais bien de chercher la raison de leur divergence. »
Or, relativement aux femmes réglées dont les ovaires ont été trouvés dépourvus
de corps jaune, ou dont le nombre des cicatrices était inférieur à celui des héraorrhagies antécédentes, il importe de ne pas oublier que la muqueuse utérine, en tant que membrane délicate et très-vasculiire, est parfaitement susceptible de donner lieu à un écoulement sanguin propre à simuler les règles, alors que cependant il ne représente en rien cet acte physiologique. Gubler a particulièrement insisté sur ce fait, et avec raison, puisque aux preuves qu'il a donné de son existence, chaque jour vient en ajouter de nouvelles et de non moins décisives. La dénomination à'épistaxis utérines qu'il a imposée à ces hémorrhagies non menstruelles mérite d'être conservée, comme rappelant leur vrai caractère, c'est-à-dire le caractère critique ou morbide des hémorrhagies nasales. Si donc, partant de cette donnée aujourd'hui acquise, on analyse avec soin les observations de femmes qui auraient été réglées, un plus grand nombre de fois que ne le représente le nombre des cicatrices trouvées sur leurs ovaires, on arrive à se convaincre qu'une partie notable de ces observations doit être écartée comme appartenant à la catégorie des faits d'épistaxis utérines. Peut-être, dans quelques autres cas, pourrait-on invoquer la disparition insolite des cicatrices ovariennes. Puech, en effet, croit à la possibilité de cette disparition dans le cours des deux premières aimées qui suivent l'établissement de la menstruation. Mais cette opinion est encore trop hypothétique pour nous fournir un sohde appui. Il n'est pas impossible, d'ailleurs, que Puech ait considéré comme exemples de disparition de cicatrices des exemples d'épistaxis utérines, d'autant que la démonstration rigoureuse de ces deux ordres de phénomènes présente de très-grandes dilficultés. Quoi qu'il en soit, ce qui ressort de ces considérations, c'est que le désaccord qui existe parfois entre le nombre des époques , dites menstruelles , et celui des cicatrices ovariennes, ne prouve nullement que pendant les menstruations vraies, riiémorrhagie utérine ne soit pas étroitement liée à l'évolution d'une vésicule de Graaf.
Pour les cas d'atrophie ou de dégénérescence des ovaires, sur lesquels Giraudet a surtout insisté, il paraît facile, au premier examen, de les conciher avec la continuation des règles qui a été constatée ; car, on sait que la couche corticale ou ovigène de ces organes, si restreinte qu'elle soit, peut permettre encore aux follicules de se développer. On pourrait donc admettre, semble-t-il, qu-e l'altération des ovaires, quoique très-avancée, n'était pas telle cependant, qu'elle n'en eût épargné une portion plus ou moins notable. Mais l'auteur, dans plusieurs de ses observations, a pris soin de mentionner, outre la lésion organique des ovaires, l'absence complète de corps jaunes ou de cicatrices à leur surface, de telle sorte que l'hypothèse qu'une parcelle survivante de ces organes aurait pu provoquer l'excrétion sanguine, se trouve par là même détruite. Bien qu'une certaine influence due à la conservation d'une partie restreinte des ovaires ne soit pas im possible, même en dehors du travail vésiculaire proprement dit, cependant jusqu'ici elle n'a pas été démontrée et, dès lors, nous ne sommes pas autorisés à en admettre la réalité. Les écoulements sanguins observés en pareils cas ne peuvent, en conséquence, s'expliquer en dehors de la menstruation, que par le lait d'une exhalation critique ou morbide, ou bien encore par l'habitude de la muqueuse à fournir périodiquement une excrétion sanguine.
C'est cette même puissance de l'habitude qui rend compte également de la persistance des règles après une double ovariotomie, et même après l'ablation simultanée des ovaires et d'une partie de la matrice. L. Le Fort et Kœberlé ont rapporté chacun un exemple de ce genre. Dans le cas de Kœberlé, le flux cata-
ménial avait continué régulièrement avec ses symptômes géne'raux habituels : douleurs lombaires, sensation de pesanteur et de chaleur dans le bas-ventre, fatigue physique et morale. Le docteur Storer a également relaté dans les Archives de physiologie normale et pathologique, deux faits semblables, dont l'un s'était produit chez une femme à laquelle on avait retranché à la fois les ovaires et presque toute la matrice.
Après avoir cité ces cas exceptionnels, Liégeois se demande « si les chirurgiens ont réellement enlevé les ovaires, comme ils l'ont cru»; puis il conteste à l'hémorrhagie, qui a pour siège le col, le caractère de véritables règles, attendu qu'il est bien avéré que le flux sanguin physiologique n'émane point de cette partie. Sans révoquer en doute, avec Liégeois, les affirmations des chirurgiens qui déclarent avoir enlevé les deux ovaires, nous dirons comme ce regretté collègue que, dans les cas d'hémorrhagie par le col utérin, l'anomalie du siège semble bien impliquer une anomalie <le cause, et qu'il est difficile de reconnaître à ce flux sanguin le caractère d'un vrai flux menstruel.
On a opposé encore à la nouvelle théorie de la menstruation, ces exemples assez nombreux de femmes âgées de 50 à 60 ans et plus, chez lesquelles les règles persistaient comme par le passé. Mais, outre que parmi ces femmes il en est certainement une proportion notable qui n'avaient que des hémorrhagies plus ou moins périodiques, entretenues par diverses lésions, il convient de se rappeler aussi que, parfois, la menstruation vraie, c'est-à-dire celle qui est provoquée par l'évolution d'un follicule de Graaf, se rencontre à un âge fort avancé. Plusieurs faits consignés dans la science en témoignent d'une façon iucoalestable. Capuron a cité l'exemple d'une Parisienne, habitante de la rue de la Harpe, qui accoucha à 73 ans d'un enfant qu'elle pût allaiter (? ?) . Symes a rapporté un fait semblable, relatif à une négresse qui devint grosse à 60 ans. Renauldin et le docteur Tilt, de Londres, ont signalé également des cas du même genre. La possibilité d'uû travail ovarien à l'âge de soixante ans et au delà se trouve donc suffisamment démontrée ; et nul doute qu'il ne faille rattacher, à cette cause exceptionnelle, quelques-unes des menstruations tardives qu'on supposait indépendantes de tout développement vésiculaire. Ajoutons enfin que, d.ins plusieurs faits de cet ordre, l'habitude, dont nous rappelions plus haut l'intluence, doit jouer aussi un rôle prépondérant.
Cette cause, au contraire, ne saurait être invoquée pour expliquer les exemples de règles précoces qui ont été observées à l'âge de huit ans, de cinq ans et même de deux ans ou au-dessous. Ici, l'habitude n'était pas encore créée; et les états pathologiques de l'utérus ou des annexes sont assez rares dans l'enfance, pour qu'on ne puisse également attribuer à cette influence une grande part dans l'explication cherchée. Ce qui est certain, c'est qu'il n'est pas absolument rai'e de constater des cas d'évolution précoce des vésicules de Graaf. Il s'agit là d'une exception en sens inverse de celle dont nous avons cité des exemples à propos de la menstruation chez les vieilles femmes. Symes, en effet, dit avoir vu, à Boston, une jeune fille de dix ans qui était enceinte et avait été réglée un certain temps auparavant. Carus a relaté l'observation d'une femme qui, réglée dès l'âge de deux ans, avait eu une première grossesse à huit ans. Ces faits et d'autres semblables prouvent que le développement des vésicules ovariennes peut s'effectuer d'une manière précoce et provoquer l'apparition du tlux menstruel. Pour quelques observateurs, cette prcéocité serait même plus commune qu'on ne pense, et nous croyons nous-mêmes que leur opinion est parfaitement fondée. Raci-
horsl?]', examinant des ovaires de petites filles, dit en avoir rencontré un appartenant à un enfant né prématurément, qui renfermait déjà un follicule de Graaf bien formé et visible cà l'œil nu. Chez une petite lille fortement coustituée, morte de la variole à l'âge de quatre ans, le même auteur put compter quinze follicules de 2 à 3 millimètres et même au-dessus. Sur sept jeunes enfants de deux ans dont il examina les ovaires, Liéseois dit « avoir rencontré deu"v fois des vésicules de Graaf Irès-développées, aussi volumineuses qu'un grain de chène\is et contenant chacune, dans leur intérieur, un œuf ayant presque le volume d'un ovule d'une femme de vingt-cinq ans, qu'il avait alors sous les yeux. » Dans un ovaire d'un de ces sept sujets, il put même distinguer nettement trois corps jaunes, dont deux avaient un aspect franchement cicatriciel, ne faisant pas de saillie à l'extérieur; le troisième faisait an contraire une sailhe assez notable, et était plissé dans son intérieur. Nous-mêmes avons été plus d'une fois frappés, dans des autopsies de nouveau-nés, de trouver à la surface des ovaires de grosses vésicules à contenu transparent, qui contrastaient par leur développement avec la petitesse de ces organes. Mais n'en ayant pas fait l'examen microscopique, nous ne pouvons dire quel caractère présentait l'ovule.
Quoi qu'il en soit, ces exemples démontrent que la manifestation des menstrues, chez des enfants très-jeunes, peut très-bien être la conséquence d'un développement vésiculaire anticipé, et par conséquent, que l'apparition précoce des règles n'infirme pas plus la théorie nouvelle de la menstruation qu'elle ne sert à la confirmer. Mais il convient d'ajouter que, malgré toutes les éhminatioiis que nous venons de faire, en rattachant soit aux effets de l'habitude, soit aux héniorrhagies dues à des lésions organiques, soit enfin, aux épistaxis utérines, un bon nombre de faits qui avaient été opposés à la docirine, comme étant des exemples de vraie menstruation ; en écartant, disons-nous, bon nombre de ces cas faussement interprétés, il n'en reste pas moins une certaine proportion de faits qui échippent, à titre exceptionnel, à la loi qui régit les rapports de l'ovulation spontanée avec l'hémorrhagie cataméniale.
Que signifient ces exceptions, et quelle cause convient-il de leur attribuer? On peut les grouper sous deux chefs, à savoir: celles qui consistent dans des menstrues véritables, non provoquées ou non accompagnées par le travail d'ovulation ; et réciproquement, celles que caractérise l'ovulation seule, sans coexistence de flux sanguin.
Relativement à celle-ci, nous pensons qu'elles dépendent d'une constitution imparfaite de la muqueuse utérine qui ne répond pas physiologiquement à l'incitation partie de l'ovaire. Pour que la fonction menstruelle s'accomplisse dans toute sa plénitude, il faut, comme le remari|ue judicieusement Liégeois, que l'appareil qui la dessert ait acquis un certain développement, que la sensibilité de l'ovaire, le pouvoir réflexe de la moelle, la contractilité de l'utérus, des ligaments larges, soient parvenus à un certain degré, degré qui exige les progrès de l'âge et qui, même avec cette condition, ne se ivalise pas toujours.
Quant aux exceptions contraires, c'est-à-dire aux cas de flux périodique sans ovulation, elles nous paraissent résulter d'un certain état d'indépendance fonctionnelle de l'utérus, indépendance limitée, il est vrai, mais qui se révèle néanmoins d'une façon non douteuse, précisément dans ces cas d'hémorrliagie périodique ou de règles sans concomitance de travail ovarien.
Ainsi, les deux phénomènes principaux de la menstruation, tout enchaînés qu'ils soient l'un à l'autre et tout simultanés qu'ils doivent être dans l'ordre
'■m MENSTRUATION.
physiologique, peuvent, se trouver parfois dissociés, incomplets par l'absence de l'un ou de l'autre. La torpeur de l'ovaire ou sa destruction, de même que l'inactivité de la mviqiieuse utérine semblent être les causes de ce défaut de réaction de l'un ou de l'autre de ces organes. Mais la théorie que nous avons exposée n'en reste pas moins fondée. Les anomalies rares dont il s'agit ne sauraient, en effet, annuler la loi de concordance et de subordination établie entre le flux menstruel et le travail vésiculaire des ovaires.
Des circonstances qui influent sur la. première apparition des règles ou sur la MANIFESTATION DE LA PUBERTÉ. Déjà, daiis le paragraphe précédent, nous avons mentionné quelques exemples dérègles exceptionnellement précoces, ainsi que des cas de développement très-hàtif des vésicules de Graaf. L'existence de ces faits, quoique mise en doute par divers auteurs, est aujourd'hui suffisamment démontrée pour qu'il ne soit plus permis de la contester. Bien plus, on ne saurait nier que souvent, dès les premières années de la vie, les variétés de volume et de développement des ovaires, de même que l'évolution plus ou moins avancée de leurs follicules, révèlent dans les divers individus des dispositions fort difi'érentes au point de vue de l'activité future de ces organes. L'étude anatomique de la matrice, faite aux diverses périodes de Tenfance, conduit également à des conclusions analogues. Ce que l'on désigne sous le nom de tempérament génital n'est donc pas une fiction, mais bien une réalité qui se traduit, dès la première enfance, par des particularités anatomiques et, à un âge plus avancé, par un état fonctionnel propre à chaque individu.
Comme nous le verrons bientôt, il résulte des nombreux travaux entrepris pour déterminer l'époque de la puberté que la grande majorité des femmes du globe sont menstruées de treize à seize ans. Mais les exceptions à cette loi ne sont pas rares, soit que le flux sanguin se manifeste d'une façon hâtive, soit, au contraire, qu'il apparaisse seulement à l'âge de vingt, vingt-deux et même vingt-cinq ans chez des sujets jouissant, d'ailleurs, de toutes les apparences de la santé.
A. Influence des dispositions organiques originelles. Menstruation précoce. Avant d'entrer dans l'examen des circonstances extérieures qui modifient, à un certain degré, l'époque de la première apparition des règles, il importe d'être bien fixé sur l'influence beaucoup plus considérable que présente, à ce point de vue, l'activité originelle de l'appareil génital. Les variations si nombreuses de la taille chez les divers individus de même race, comme les variétés si marquées qu'on observe chez les jeunes enfants dans la première dentition, sont des faits qui reconnaissent, pour cause principale, une influence analogue (c'est-à-dire le degré variable de la vitalité originelle des appareils) et qui permettent de pressentir les différences que l'on constate dans l'établissement de la menstruation, en \ertu des dispositions innées de chaque sujet. « Quand on étudie attentivement le jeu des différents appareils de l'économie, dit Raciborski, on est bientôt frappé de voir que tous ne sont pas montés au même diapason chez les mêmes individus. Chez les uns, ce seront les organes respiratoires et ceux de l'appareil circulatoire qui se distingueront par leur activité ; chez d'autres, ce sera le cerveau qui paraîtra le plus richement doté ; chez d'autres, ce sera l'appareil locomoteur ou le système sensorial, etc. ; c'est ce qui constitue la puissance relative de chaque système de l'économie ou le véritable tempérament. Parmi les femmes, il y en a qui, dès leurs naissance, se distinguent par la puissance génitale plus élevée que d'autres ; ces femmes, toutes choses étant égales d'ailleurs, seront réglées de meilleure heure. C'est dans les ovaires que se trouvent, chez les jeunes filles, le
titre de la puissance génitale, et particulièrement, en ce qui est relatif à la première menstruation. »
Il est à remarquer, en effet, que les variétés de développement, constatées dans les ovaires de nouveau-nés, ne font que s'accentuer de plus en plus avec l'âge et impriment à la fonction menstruelle des différences correspondantes. Chez une fille de 14 ans, délicale et dont les seins n'étaient pas encore développés, Raciborski ne trouva, dans les deux ovaires, que vingt ovisacs visibles à l'œil nu : ils mesuraient pour la plupart 2 millimètres de diamètre ; quatre seulement avaient 3 millimètres. Chez une autre jeune fille, au contraire, qui ava^t un an de moins que la précédente et qui était morte de pneumonie en quelques jours, on put compter dans les deas. ovaires au moins vingt-quatre follicules, dont le plus grand nombre mesuraient entre 4 et 7 millimètres. 11 n'est pas douteux que l'activité génitale était plus puissante chez le second sujet que chez le premier ; et, en effet, les seins étaient déjà volumineux et le pubis couvert de poils. Mais ni l'un ni l'autre n'avaient encore présenté de flux sanguin.
Chez certaines petites filles, quoique moins avancées en âge, le tempérament génital est tellement accentué, que les règles apparaissent, au contraire, d'une façon très-précoce, c'est-à-dire, cotnme nous l'avons vu déjà , à six ans, à trois ans, à deux ans et même au-dessous ; elles se montrent alors accompagnées d'un développement insolite des seins et des organes sexuels, ce qui est un indice certain d'une activité hâtive de tout l'appareil générateur. On trouvera dans un travail de Dezeimeris, relatif à ce sujet, bon nombre d'exemples de ce genre {Journal r Expérience, t. II, p. 12). Bornons-nous à lui en emprunter quelquesuns des plus remarquables et des plus authentiques.
On trouve dans l'ancien Dictionnaire des sciences médicales , à l'article PoBERTÉ, l'observation suivante qui a été communiquée à l'auteur par le docteur Comarmond (de Lyon). Un enfant du sexe féminin présenta à l'âge de trois mois un développement des seins dont la mère conçut de l'inquiétude. « Cette inquiétude devint plus grande lorsqu'on vit les parties génitales se couvrir de poils noirs, crépus, épais, et les aisselles offrir la même particularité. Bientôt les règles coulèrent comme chez une femme bien formée, et elles ont reparu avec régularité jusqu'à présent que cette enfant est âgée de vingt-sept mois. Le docteur Comarmond l'a vue pour la première fois à l'âge de sept mois ; il fut étonné de l'expression du visage, dont les traits étaient prononcés et n'avaient rien d'enfantin, et surtout de la vivacité des yeux, qui semblaient exprimer des désirs. La gorge a continué à prendre du développement ; elle est ferme et bien placée; en un mot, cette petite fille présente, à son âge actuel de vingt-sept mois, tous les signes physiques de la puberté, qui ont commencé à se manifester après la naissance. »
Au rapport du docteur J. Le Beau, Mathilde H..., née à la Nouvelle-Orléans le 51 septembre 1827, vint au monde avec des seins complètement développés, le mont de Vénus couvert de poils, comme une fille de treize ou quatorze ans. A l'âge de trois ans, ses règles parurent et continuèrent de revenir périodiquement tous les mois avec la même abondance que chez une femme adulte. Chaque époque durait trois jours. A l'âge de quatre ans, cette enfant avait déjà l'n,25 de hauteur. Elle était bien constituée, ses seins avaient la grosseur d'une forte orange; enfin, les dimensions du bassin étaient de beaucoup supérieures à celles qui sont propres à son âge.
D'Outreuont cite le fait d'une fille très-précoce qui, à l'âge de deux semaines,
avait quatre dents et qui commença à être menstruée à neuf mois. Elle avait alors de longs cheveux noirs et les seins très-développés. Les règles revinrent exactement tous les mois jusqu'à neuf ans, époque à laquelle l'observation fut discontinu ée.
Enfin, le docteur Susewind déclare avoir connu une fille de vingt-sept mois, rachitique, qui avait été réglée dès l'âge d'un an. Le flux sanguin se reproduisait régulièrement tous les mois et était, chaque fois, accompagné des symptômes de congestion qu'on observe habituellement chez les femmes en temps de menstruation. Les seins et le mont de Vénus offraient, chez cette petite fille, le développement qu'on rencontre d'ordinaire vers l'jîge de quatorze ou quinze ans.
Sans doute, les observations que nous venons de citer constituent, selon l'expression de Raciborski, de véritable monstruosités emméniques ; mais elles n'en démontrent pas moins ce que nous avancions au début de ce chapitre, à savoir: que l'activité ou la puissance génitale est très-variable selon les individus et qu'elle exerce sur la première apparition des règles une influence considérable, bien plus marquée que celle des circonstances extérieures, telles que le climat, les latitudes le régime, etc. Aussi, quoique généralement la menstruation se manifeste plus tôt chez les filles des pays chauds, que chez les habitantes des pays froids, trouverons-nous cependant des exemples de menstruation précoce dans ceux-ci et des cas de menstruation tardive dans ceux-là.
B. Hérédité. Races. L'influence des races sur la menstruation dérive si naturellement de celle qui émane de la constitution primitive de la femme, qu'on pouvait déjà en pressentir l'existence à la lecture des pages précédentes. L'hérédité, eu effet, semble être une conséquence toute physiologique de ces degrés variables de puissance que nous avons constatés dans le système génital des divers individus ; et de fait, l'hérédité se manifeste dans quelques cas d'une façon remarquable. Courty cite l'exemple d'une famille dans laquelle la mère et ses huit filles avaient été réglées à l'âge de onze ans. Le docteur Tilt, quoique peu disposé à reconnaître l'influence de la race, rapporte néanmoins le témoignage du docteur Webb qui, pendant longtemps, a exercé la médecine à Calcutta, et qui prétend que, chez les filles nées aux Indes de parents européens, la menstruation ne débute guère avant l'âge de treize ans, et souvent même seulement à l'âge de i6, 17 et 18 ans.
Or on sait que chez les jeunes Indiennes, qui vivent dans des conditions trèsanalogues, les règles sont notablement plus précoces.
D'après le docteur Schukitz, la première apparition des règles offrirait des différences marquées dans les diverses provinces de l'Autriche, puisqu'elle aurait lieu généralement à 16 ans et 8 mois, en Bohême ; à 15 ans et 9 mois, en Silésie; à 16 ans et 8 mois, en Moravie; à 16 ans et 2 mois, dans l'Archiduché, et seulement à 14 ans et 1 mois, dans la Hongrie. Or cette différence de plus de deux ans, qui existe entre les Hongroises et les habitantes des autres provinces, n'est nullement en raj^ort avec la dilférence des climats et des latitudes. Il est donc probable qu'elle dépend en grande partie de la race magyare qui, sous beaucoup de rapports, se distingue des races germaine et slave.
Lagneau, exagérant peut-être cette intluence, a cherché à expliquer les différences constatées entre l'époque de la puberté à Paris et à Strasbourg par le mélange de deux races formant la masse des populations du Bas-Khin. Puis opposant, sous le rapport de leur importance, les races aux climats, le même auteur dans une séance du congrès médical de Paris, s'est efforcé de démontrer
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la prééminence des premières sur les seconds. C'est ainsi que les femmes du Labrador seraient relativement plus précoces que les Daiioises qui, cependant, vivent sous un climat moins froid; que les Juives de Varsovie offriraient une puberté plus hâtive de quatre mois que celle des femmes slaves ; que les négresses dts Antilles, vivant sous la zone torride seraient moins précoces que les femmes du Bengale, et même que les Françaises ou les Anglaises; enfin, que le plus souvent la puberté se manifesterait chez les femmes d'origine portugaise, nées à Madère, à 15 ans, 4 mois et 27 jours, quoique la température moyenne soit d'environ 4 degrés supérieure à celle de Lisbonne.
D'une autre part, Raciborski a fonrni en faveur de l'influence de la race un document qui paraît être d'une grande valeur. Après avoir lait remarquer qu'on Pologne, les Juifs ne se marient qu'entre eux et que le méhuige de cette raoe avec la race slave est à peu près nu), il donne le tableau comparatif suivant, dont les éléments ont été recueillis par le docteur Lebrun, médecin à Varsovie.
CATHO- LIQUES. JUIVES.
/ 13 uns 1 12
lu 15 U
Age de la première éruption i IS 27 20
des règles chez 100 femmes I 10 55 55
juives et cliez 100 femmes \ 1'' 15 1^
d'origine slave J ^^ ^ '
D'après ces données, l'époque de la puberté correspondrait, en Pologne, à l'âge de 15 ans, 9 mois pour les femmes catholiques, et à l'âge de 15 ans, 5 mois et 26 jours pour les femmes d'origine sémitique, ce qui constitue à l'avantage de ces dernières une diiférence de 5 mois et 4 jours.
11 convient d'ajouter que, d'après Tourdes et Stœber, 29 juives de Strasbourg n'auraient pas été réglées plus tôt que les autres filles du pays appartenant à d'autres races, et que, selon Tilt, plusieurs juives de Londres n'auraient pas non plus offert de précocité marquée à cet égard. Mais ces faits négatifs sont en trop petit nombre pour infirmer la démonstration des faits positifs. D'où il résulte que la réalité de l'inlluence exercée par la race sur l'apparilion de la puberté ne saurait être, sans de nouvelles preuves, légitimement contestée.
C. Latitude géographique; température; climat. C'est une opinion depuis lonotemps répandue que dans les contrées chaudes, la menstruation se montre plus précoce que dans les régions tempérées. Quelques faits exceptionnels, trop vite (vénéralisés, ont môme conduit à exagérer singulièrement l'inlluence du climat *et de la température moyenne sur l'apparition de la puberté. On sait que beaucoup d'auteurs, répétant en cela le dire des voyageurs, ont avancé que les femmes arabes et turques étaient habituellement réglées dès l'âge de huit ou neuf ans. A l'appui de cette assertion, ils citaient l'exemple de Mahomet, qui aurait épousé Kadisja, à l'âge de cinq ans et l'aurait admise à cohabiter vers l'àge dj huit ans. Or ces bistoires que Haller, Montesquieu, et antres écrivains du siècle dernier ont tant contribué à accréditer, se trouvent aujourd'hui complètement infirmées par des observations plus sévères et plus nombreuses. 11 en est de même des exagérations relatives à l'époque tardive de la puberté chez les femmes de la Laiionie''. Ce qu'a dit à ce sujet Cabanis est actuellement démontré inexact. La précocité artificielle résultant, selon lui, de l'habitude que prennent les enfants de se tenir constamment au voisinage de poêles très-chauds, dans certaines ré-
DICT- ESC. 2' s Vi. ^^
gions du nord de la Russie, n'est pas mieux établie et p;;s plus vraisemblMble que lalfirmation d'un relard considérable chez les femmes d'Esquimaux. Tout en admettant l'existence d'une action exercée par la température, action que démontrent les diverses statistiques entreprises dans ces derniers temps, il convient donc de ne point en exagérer la puissance.
D'une autre part, le docteur Robertson (de Manchester), trop frappé sans doute de ces exagérations, s'est lui-même écarté de la vérité, en cherchant à prouver que l'influence de la température, sur la première éruption des règles, était si restreinte qu'on pourrait presque la regarder comme nulle. Raciborski, dont l'attention s'est particulièrement portée sur cet objet, et qui a réuni en les comparant la plupart des travaux publiés sur la matière, est parvenu, en effet, à dresser un tableau de 25,592 observations, duquel il résulte très-nettement que les diverses latitudes et surtout les températures moyennes, ou (d'une façon plus conipréhensive et plus exacte) les climats exercent une action plus ou moins marquée sur les premières manifestations de la puberté. Les climats chauds rendent ces manifestations plus précoces ; les climats froids, au contraire, les rendent plus tardives. Cette vérité ressort, d'une façon évidente, du tableau suivant que nous empruntons au même auteur.
TABLEAU REPRESENTANT LE RAPPORT DE lA TEMPEHATURE MOYENNE DE L ANKEE ET DE LA LATITUDE GÉOGRAPHIQUE AVEC T.'aGE DE LA PUBEr.îÉ , BASÉ SUR DES OBSERVATIONS PRISES DANS LES DIFFÉRENTES PARTIES DE l'aSIE MÉRIDIONALE ET DE l'eUROPE, DEPUiS 18° ET 20' jusqu'à 68° ET 70° DE LATITUDE.