‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.58Chapitre 46 sur 50 · MENT AG RE · texte numérisé non relu

MENT AG RE

qu'il apporte quelquefois à l'accomplissemeut de certaines fonctions, notamment à l'exercice de la parole et à la fonction delà mastication.

La mentagre pustuleuse, lorsqu'elle persiste sous cette forme, est pîus grave que la mentagre trancliement pustulo-tuberculeuse et furonculaire. Nous verrons, en effet, que la première est d'origine constitutionnelle, tandis que la seconde se trouve sous la dépendance d'une cause extérieure et locale dont il est toujours possible d'obtenir la complète disparition.

Le sycosis est d'autant plus fâcheux et plus opiniâtre que le système pileux de la région atteinte est plus développé.

Le degré d'ancienneté du mal, son état de complication ne sont pas toujours pour le pronostic des éléments d'aggravation. Nous aurons l'occasion de revenir sur ce fait, déjà contenu implicitement dans quelques-unes des considérations présentées sur la marche et les terminaisons de la mentagre.

Enfin, le sycosis, quelle que soit son intensité, ne met jamais en péril la vie des malades.

II. Classement du sycosis ou mentagre selon les auteurs. Espèces et variétés qu'ils en oiNT ADMISES. 1° École (le Willan. Bateman a rangé le sycosis dans l'ordre des tubercules, à côté de l'acné. A l'exemple de Gelse, il en admet deux variétés, le sycosis menti et le sycosis capillitii.

« Le sycosis capillitii, dit Bateman, apour siège l'occiput, le front, les tempes. Les tubercules se réunissent entre eux, deviennent circuldires, s'élèvent en forme de pointe et présentent plus de mollesse que ceux du menton; ils suppurent tous dans l'espace de huit à dix jours, deviennent confluents, soulèvent la peau, et donnent lieu sur la surface à un état d'ulcération qui lui fait prendre l'aspect granulé et le fait ressembler à l'intérieur d'une figue. »

Cette prétendue ressemblance avec la figue, rappelée ici par Bateman, n'estelle pas la raison principale qui a déterminé l'auteur anglais à ranger cette variété sous Je titre de sycosis ? Il est permis de le supposer ; quoi qu'il en soit, la description qu"il en donne s'applique certainement bien plutôt à une acné pilaris qu'à un sycosis.

Samuel Plumbe fait également du sycosis une lésion élémentairement tuberculeuse.

Biett et M. Cazenave le placent dans l'ordre des pustules : « La mentagre, dit M. Cazenave, est essentiellement pustuleuse, et ce caractère est facile à observer ; il a été cependant méconnu par plusieui's pathologistes anglais, Willan, Bateman, Samuel Plumbe, qui regardent les tubercules comme l'élément primitif, tandis qu'ils ne sont que consécutifs, qu'ils sont loin d'exister dans tous les cas, et qu'enfin c'est constamment par les pustules que la maladie débute. »

Ajoutons que M. Cazenave n'a décrit qu'une seule variété du sycosis : le sycosis menti; et que s'il a contribué plus que tout autre à éclairer la question du siège anatomique de cette affection, il n'a trouvé à lui assigner que des causes étiologiques banales, telles que l'action irritante du mauvais rasoir, les excès de boissons, l'exposition au feu, l'influence de l'âge, du sexe, du tempérament, des saisons, etc.

Bayer place le sycosis dans l'ordre des intlammations pustuleuses. Il en admet une variété seulement, mais il mentionne le sycosis capillitii de Bateman. Il est intéressant de lire dans le chapitre que Rayer consacre au sycosis, les lignes suivantes : « Je ne crois pas que le sycosis soit contagieux ; cependant M. Foville a vu plusieurs aliénés à Rouen qui ont été atteints du sycosis pour avoir fait usage

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du même rasoir ; il se pourrait donc que le sycosis fut contagieux. » Ce passage, nous apprend d'abord que déjà, à cette époque, des faits bien évidents de contagion du sycosis s'étaient présentés à l'attention des observateurs ; mais il nous montre aussi, par son incohérence et les contrariétés qu'on y rencontre, l'état d'incertitude dans lequel se trouvaient alors les esprits sur cette importante question.

Gibert rassemble, sous le nom générique d'acné, dans l'ordre des pustules, l'acné proprement dite, la mentagre et la couperose ; comme Rayer et M. Cazeiiave il ne reconnaît qu'une variété de sycosis; mais il s'en sépare {Traité pratique des maladies de la peau, 2^ édit.), en admettant la nature parasitaire de cette affection, et les rapports intimes qu'elle présente avec l'herpès circiné et le pityriasis alba. Toutefois, Gibert ajoute qu'il ne peut s'empêcher de croire à l'existence d'une variété du sycosis non parasitaire, donnant ainsi à entendre que j'ai pu commettre une semblable confusion. J'ai répondu ailleurs à ce reproche, qui ne repose en réalité que sur une erreur d'interprétation ou plutôt sur une connaissance incomplète des opinions que j'ai toujours et formellement professées sur ce sujet.

Le classement donné par Gibert à la mentagre semblait la désigner comme une affection essentiellement pustuleuse; et cependant, par une inconséquence bien difficile à concevoir, il attribue à cette affection trois formes principales ; 4° une forme furfuracée ou pityriasique ; 1" une forme herpétique ; 5° une terme acnéique. On se demande alors quel est le sens du mot mentagre, tel que l'a compris Gibert. 11 ne s'agit pas, assurément, d'une simple affection de la peau, car les cndres willaniques ne sauraient donner place à une dermatose qui peut tour à tour signiiier vésicule, squame ou pustule. 11 faut donc chercher ailleurs, et en effet, si j'entends bien la pensée de Gibert, sa mentagre n'est rien moins qu'une maladie, c'est-à-dire un ensemble d'afrections différentes par la forme, identiques par la nature, et ce terme devient ainsi synonyme de teigne tonsurante de la face. Je n'insiste pas sur cette opinion pour le moins singulière, mais qui est restée jusqu'ici complètement personnelle à son auteur.

Pour M. Devergie, enfin, il y a un sycosis pustuleux et un sycosis tuberculeux, le premier appartenant à l'ordre des pustules, et le deuxième à l'ordre des tubercules.

M. Devergie admet les deux variétés de Bateman : « Bateman, dit-il, est le seul auteur qui ait donné une description exacte de cette affection; tous ceux qui l'ont suivi ne nous ont tracé qu'une description incomplète ou confuse de cette maladie; tous l'ont rapprochée ou confondue avec l'acné, dont elle diffère ; aucun d'eux n'a parlé du sycosis capillitii, dont Bateman avait cependant retiacé les caractères . avec assez de soin pour faire voir qu'il s'agissait d'une forme morbide à part. Essayons de suppléer à ces lacunes. »

Et après avoir décrit le sycosis menti, il arrive au sycosis pilaris, variété qui répond, comme nous l'avons dit plus haut, au sycosis capillitii de Bateman, J'ai déjà fait remarquer toute l'impropriété de cette expression pilaris, appliquée au mot svcosis. Voyons maintenant ce que c"est que l'affection elle-même.

Voici les caractères assignés par M. Devergie au sycosis pilaris : 11 apparaît à l'âge critique, vers quarante-cinq ou cinquante ans, occupe le sommet de la tête, le front au niveau de la racine des cheveux, les tempes, l'occiput, quelquefois le pubis, le sternum, etc. Insidieux à son début, il se présente sous la forme de un ou de deux boutons qui amènent une sensation de chaleur, ou donnent naissance

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à des élancements et à des picotements; ces boutons acquièrent le volume d'une très-petite lentille, sont durs, peu inflammatoires, semblent s'entr ouvrir à leur sommet, bien qu'ils aient une forme plate; on aperçoit à leur centre une petite sécrétion jaune grisâtre, formant une croûte de niveau avec le reste de l'engorgejment. Leur aspect a une teinte jaune rougeàtre cuivrée qui tend à les rapprocher des pustules du corona Veneris. Comme on le voit, conclut l'auteur, il n'existe dans cette variété de sycosis pilaris aucune analogie avec l'acné.

J'affirme, au contraire, que ce prétendu sycosis n'est rien moins, sous un autre nom, que notre acné pilaris de nature arthritique. L'identité est complète, et le tableau qu'en fait M. Devergie répond, trîîit par trait, et avec une fidélité bien remarquable, à celui que nous avons depuis tracé nous-mème de cette dernière affection^ Or celle-ci, tout au moins, n'est pas un sycosis.

Indépendamment des variétés de siège, M, Devergie admet encore des variétés déforme et des variétés composées.

Les vai iétés de forme sont le sycosis pustuleux et le sycosis tuberculeux. J'ai montré que le sycosis est primitivement pustuleux; que les tubercules ne se produisent que consécutivement aux pustules, dans l'immense majorité des cas ; et qu'en conséquence ces deurc formes ne doivent pas être conçues comme tout à fait distinctes et séparées dans l'étude.

j'arrive aux variétés composées, qui sont l'impétigo sycosiforme et l'herpès sycosifoi'me.

« L'impétigo sycosiforme, dit M. Devergie, siège ordinairement au milieu de la lèvre supérieure, immédiatement au-dessous de la cloison du nez, et il apparaît en une ou plusieurs pustules dont la concrétion donne lieu à une croûte d'un gris jaune sale... qui tombe et se renouvelle, et ainsi pendant des mois et des années. L'affection ne fait que des progrès extrêmement lents en surface, mais persiste avec une grande ténacité, etc. Elle diffère de l'impétigo, dont l'élément primitif, la pustule, est superficiel, tandis qu'elle est caractérisée par une pustule plus profonde et entourée d'un engorgement inflammatoire qui constitue la moitié ou les trois quarts de la pustule, engorgement moins considérable d'ailleurs que celui de la pustule du sycosis menti. — Il existe deux variétés de cette forme morbide par rapport au point de départ de l'affection : l'une est essentiellement scrofuleuse, survient dans la jeunesse, est pi'écédée d'un écoulement nasal, etc. L'autre est accidentelle et attribuée presque toujours par le malade à l'emploi du rasoir. »

Tel est pour M. Devergie l'impétigo sycosiforme, qu'il me reproche bien à tort de considérer comme toujours dû à l'existence du tfichophyton. Je pense au contraire qu'il a compris et confondu sous ce titre des affections très-différentes, cà savoir; 1" des impétigos scrofuleux; 2° des sycosis arthritiques ; 5° des sycosis parasitaires.

Quant à l'herpès sycosiforme, dont M. Devergie n'a rencontré qu'un seul exemple, c'est une atfection bizarre dont il semble assez difficile de préciser le genre

et la nature.

2° École d'Alibert. Alibert n'admet qu'une seule mentagre, qu'il désigne sous le nom de varus mentagra. Le varus est le quatrième genre de ses dermatoses dartreuses, lequel renferme lui-même quatre variétés : disseminatus {acné pustuleuse) ; hordeolatus ; rosea (couperose) ; et mentagra (mentagre).

Joseph Franck a décrit le sycosis sous le nom d'herpès rongeant, qui comprend le lupus, le porrigo favosa de la face, le sycosis menti, le lichen pilaris. L'herpès

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de Joseph Franck, envisagé au point de vue de sa nature, reconnaît pour causes, selon ce médecin, l'action d'agents irritants, ou les diathèses arthritique, scorbutique, syphilitique, scrofuleuse, carcinomateuse.

M. Gintrac (de Bordeaux) a classé le sycosis ou nientagre dans sa section des maladies cutanées chroniques phyto-parasituires, entre l'herpès circiné chronique et l'herpès tonsurant, d'une part, et le chloasnia ou pityriasis versicolor, d'autre part. Il pense que cette affection est due exclusivement à la présence d'un cryptogame parasite, et rejette par conséquent le sycosis de nature arthritique. 11 se sépare de nous encore sur un autre fait capital en refusant de reconnaître l'identité de nature qui existe entre l'herpès circiné, l'herpès tonsurant et le sycosis.

Pour ce qui a trait au sycosis arthritique, la description que j'en donnerai plus loin suffira pour en établir la réalité, et je me contente d'y renvoyer le lecteur.

Mais le deuxième point demande à être sérieusement discuté et examiné. Voici d'abord les raisons sur lesquelles le médecin de Bordeaux fonde son opposition :

« Au point de vue clinique, dit-il, on peut assurer qu'il existe une dissemblance évidente entre l'herpès tonsurant et le sycosis. 1° Celui-ci ne présente que par exception la forme circulaire qui fait le caractère essentiel de celui-là ; 2" l'un est légèrement vésiculeux et n'offre que momentanément de petites pustules, l'autre se compose de pustules très-développées ; 5° ce dernier est en outre caractérisé par des papules, des saillies, des tubérosités, qui se montrent dès les premiers temps, et que l'on ne trouve à aucune période de l'herpès tonsurant, pas même après un an de progrès ; 4" l'un détermine la brisure des cheveux, l'autre la chute et non la rupture des poils ; 5" l'un aune marche continue, l'autre un accroissement par saccades ou par poussées ; 6° l'un est fréquent dans l'enfance, l'autre ne s'observe que chez les adultes ; 7° l'un ne cède que fort lentement, soit aux moyens anciennement employés, soit même à l'épilation, l'autre guérit par ce dernier procédé avec une merveilleuse promptitude; 8° enfin, on ne voit pas les enfants atteints d'herpès donner à leurs parents le sycosis, ni celui-ci passer, sous la forme d'herpès, de la barbe du père sur le cuir chevelu des enfants, à la manière des herpès tonsurant et circiné chronique, dont la transformation de l'un en l'autre est si commune.

« Le svcosis et l'herpès tonsurant, couclut M. Gintrac, ne sont donc pas des maladies identiques, et je ne pense pas que l'on puisse les regarder comme de simples degrés ou comme des périodes différentes d'un même état morbide, »

Remarquons d'abord que toute cette argumentation repose principalement sur ce principe, dont la fausseté est évidente, qr.e la similitude des caractères de deux affections est la marque infaillil'le et la condition sine quâ non de leur identité de nature.

Oui, sans doute, l'herpès circiné chronique, l'herpès tonsurant et le sycosis sont des affections très-dissemblables ; qui songe à le nier? Mais il n'en résulte nullement (]u'elles ne puissent être rattachées à une commune origme.

Il s'agit tout simplement de se rendre compte de ces différences.

Or tout s'explique sans difficulté dès que l'on considère, d'une part, la situation relative occupée par le parasite dans chacun de ces cas, et, d'autre part, les différences qui résultent, pour la lésion, du siège topographique (face ou cuir chevelu) .

Le parasite, est-il superficiel, sous-épidermique, il donne heu à la production de vésicules, de papules, de pustules superficielles, et a cette forme circulaire qui nvarque si bien son mode de germination à la surface de la peau ; plus tard, il

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forme autour des poils ces gaînes blanches qui constituent le pityriasis alba; plus tard enfin, lorsqu'il a pénétré dans l'intérieur du follicule, on a les pustules profondes, les saillies, les tubérosités de la mentagre.

Ces trois phases peuvent exister isolément ou se rencontrer à la fois sur un même sujet. Dans certains cas, le développement trichophytique s'arrête à sa première ou à sa deuxième période, et s'y maintient d'une manière indéfinie ; des coiicljtions di3 terrain, d'aptitude individuelle suffisent à expliquer ces variations.

Il importe aussi, dans l'appréciation de ces faits, de tenir compte des différences apportées par le siège topographique. C'est en vain, par exemple, qu'on chercherait à retrouver complètement, soit dans le sycosis du cair chevelu, cet engorgement profond et cet aspect tuméfié et mamelonné qui constituent le cachet spécial de la mentagre parasitaire, soit au contraire dans la mentagre ces toitsures si bien arrondies, à teinte ardoisée, qui sont les caractères de l'herpès tonsurant et du sycosis du cuir chevelu. La lésion se modifie et change d'aspect, selon les conditions anatomiques ou les différences de texture que présente le tégument cutané de la face et du crâne. Cependant, hàtons-nous de le dire, un observateur attentif reconnaîtra toujours dans l'une des deux variétés de l'affection sycosique quelques vestiges ou rudiments des caractères les plus saillants de l'autre variété.

La brisure des poils existe dans le sycosis parasitaire comme dans l'herpès tonsurant ; mais elle fait défaut dans le sycosis arthritique, méconnu par M. Gintiac.

La différence dans la marche, qui est continue dans l'un, et saccadée ou par poussées dans l'autre, s'explique par les différences qui résultent, dans l'un et l'autre cas, soit du siège anatomiqae du parasite, soit de la forme que revêt l'affection en conséquence de son siège topographique.

La fréquence relative de l'herpès tonsurant dans l'enfance tient manifestement aux circonstances nombreuses qui peuvent à cet âge favoriser le transport de la matière parasitaire et propager ainsi, d'une tète à une autre tête, le principe contagieux. Et si la mentagre se montre exclusivement chez les hommes, est-il besoin de le dire, c'est qu'alors seulement cette affection rencontre les conditions nécessaires à son développement.

L'herpès circiné, l'herpès tonsurant sont souvent très-rebelles, ce qui tient à la difficulté de l'extraction des poils à ces deux périodes de l'évolution trichophytique. Mais, lorsque le sycosis existe depuis un certain temps, lorsque surtout il a vieilli et que le pus s'est en partie chargé de détruire le parasite, une seule épilation suffit souvent pour obtenir la guérison. L'épilation fait également merveille dans le sycosis arthritique, et d'autant mieux qu'il est plus ancien.

Enfin, dit M. Gintrac en terminant, on ne voit jamais les enfants atteints d'herpès donner à leurs parents le sycosis, ni celui-ci passer, sous la forme d'herpès, delà barbe du père sur le cuir chevelu des enflmts. — Cette double contan^ion est en effet peu ordinaire, mais nous possédons des exemples qui ne permettent pas de la révoquer en doute. Son peu de fréquence s'explique, du reste, par la rareté des contacts et l'absence des agents de transmission. On sait, de plus, que le pouvoir contagieux de la teigne tonsurante, d'abord très-actif, va s'affaiblissant de plus en plus à mesure que le champignon s'enfonce plus profondément dans la peau, et qu'il finit même par s'éteindre à peu près complètement dans le sycosis arrivé k sa période pustulo-furonculaire.

Je viens de répondre aux diverses et nombreuses objections élevées par 5L Gintrac contre l'identité de nature de l'herpès circiné, du pityriasis alba et du sycosis, et i'esuère en avoir montré toute la faiblesse sans quitter le terrain sur lequel

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s'élait placé le pathologiste de Bordejux. Mais il est une autre preuve par moi omise à dessein, et contre laquelle ne saurait prévaloir aucune argumentation, je veux p[irler de la preuve décisive tirée de l'examen microscopique. Oui ou non, est-il vrai que les trois affections aient pour cause la présence d'un même végétal parasite, 'le trichophytou ? Telle est la question, question de fait; et l'expérience de chaque jour y répond par l'affirmative. !

M. Hardy a admis complètement notre opinion sur le sycosis parasitaire et ses relations avec l'herpès circiné et le pityriasis alba. Mais il ne reconnaît que cette seule espèce, et confond toutes les autres sous le nom d'impétigo sycosiforme, ce qui lui permet de les annexer à l'eczéma, et par conséquent à sa diathèse dartreuse. *

m. De la mektagre considérée comme affection spéciale. Les affections mentagreuses ou sycosiques doivent être partagées, comme toutes les affections cutanées, en affections de cause externe et affections de cause interne.

1" Mentagres artificielles ou de cause externe. La plus intéressante, la plus importante à connaître est la mentagre parasitaire. C'est par elle que nous commencerons l'étude des mentagres de cause externe.

A. Mentagre parasitaire. Cette affection était-elle connue des anciens? Nous n'hésitons pas à répondre à cette-question par l'affirmative. Déjà, dans nos leçons sur les affections génériques de la peau {Leçons théoriques et cliniques sur les affections génériques de la peau, recueillies et publiées par le docteur Baudot), nous avons attiré l'attention de nos auditeurs sur la ressemblance frappante qui existe entre la mentagre romaine ou l'épidémie de Pline et la mentagre parasitaire. L'analogie ou plutôt l'identité de ces deux affections est aussi évidente que possible, et, si elle n'a pas été admise par tous les auteurs, cela tient sans nul doute à la confusion qu'ils ont faite de toutes les espèces de mentagres, et surtout du sycosis arthritique avec la mentagre parasitaire.

Comparons les traits principaux des deux affections, et je suis convaincu que tout lecteur impartial se rendra comme nous à l'évidence qui doit ressortir de ce parallèle.

« Le visage de l'homme, dit Pline, eut à subir les outrages d'un mal jusqu'alors inconnu,... et qui, sans causer de douleur, sans mettre la vie en péril, occasionnait de si hideuses difformités que la mort, sous quelque forme qu'elle se présentât, eût été préférable. »

Ne savons-nous pas que la mentagre parasitaire ne cause jamais la mort, qu'elle est peu douloui'euse. Mais le sycosis donne à la figure un aspect repoussant par suite de la tuméfaction de la face, de son bourgeonnement ; le pus et la matière ichoreuse qui s'en échappent répandent une odeur fétide, a La mort, dit -il, était préférable. » Oui sans doute, quand on songe que le traitement consistait à cautériser jusqu'aux os les surfaces malades. Pline ne ferait plus aujourd'hui ces sombres réflexions.

« La forme la plus grave de cette affection, continue Pline, reçut la dénomination grecque de lichen ; mais elle fut en même temps désignée en langue latine sous le nom de mentagra, à cause de son siège ordinaire au menton, et ce mot, d'abord employé dans un sens dérisoire et moqueur (tant les hommes sont généralement enclins à se rire du malheur d'autrui), ne tarda pas à prendre droit de domicile dans le langage usuel. »

Ce passage est curieux en ce qu'il nous fait assister, en quelque sorte, à la naissance et au mode de formation du mot mentagre.

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« Celte maladie occupait fréquemment le visage tout entier, les yeux seuls restant indemnes, descendait sur le cou, envahissait la poitrine et les mains, qu'elle couvrait de hideuses écailles. »

Il en est encore ainsi aujourd'hui; et j'ai depuis longtemps démontré que le trichophyton ne respecte aucune partie du corps, qu'il peut se développer partout, et que le malade, notamment en se frottant la joue avec le dos de sa main, y transporte souvent le parasite, et avec lui les éruptions qu'il détermine.

« Cette cruelle maladie (lues) était inconnue de nos ancêtres et de nos pères. »

Pline insiste et revient sur ce fait, déjà signalé par lui, mais auquel il attache sans doute une grande importance. Il nous en donne aussitôt la raison.

« Elle se montra pour la première fois en Italie vers le milieu du règne de Tibère Claude César ; ce fut un certain Persinus, chevalier romain, secrétaire aux gages d'un questeur, qui rapporta d'Asie, où il l'avait pris, ce mal contagieux. »

Pline, comme on voit, ne met pas en doute un seul instant la nature contagieuse de l'affection qu'il décrit. Mais qui doute aujourd'hui de la contagion de notre mentagre parasitaire?

« Elle se transmettait par les baisers dont les chevaliers et les nobles avaient l'habitude de se saluer. »

Ce mode de contagion n'a plus lieu que du père à la mère, ou du père aux enfants. La contagion directe par les baisers est aujourd'hui remplacée par la contagion indirecte. C'est dans la boutique du barbier que se transmet la mentagre par le rasoir, le pinceau à barbe, les serviettes et les doigts du barbier, la salutation des chevahers romains étant aujourd'hui remplacée par le coup de chapeau, qui ne peut propager la contagion trichophy tique.

(( Le peuple et la classe moyenne en furent exempts, » ce qui ne doit pas étonner, puisque les nobles se saluaient eiitre eux seulement et que la contagion s'effectuait par les baisers.

« Le traitement laissait chez ceux qui s'étaient résignés à le supporter des cicatrices plus horribles encore que la maladie elle-même, car on la traitait par les caustiques, et il était nécessaire de brûler les tissus jusqu'aux os pour triompher d'un mal aussi rebelle. »

Il s'agissait en vérité d'un mal singulièrement tenace ; mais, sans remonter jusqu'au temps de Pline, notre sycosis parasitaire l'était-il moins il y a vingt ans à peine? Quant à la médication parles caustiques, jugée si sévèrement par l'auteur latin, ce n'est pas malheureusement le dernier exemple de l'abus qu on en a fait.

« Cette cruelle ressource (la cautérisation) fut la seule qu'apportèrent d'Egypte des médecins venus tout exprès de ce pays, et qui s'enrichirent à nos dépens. >>

Telle est la relation de Pline, dégagée des obscurités qu'on s'était plu à y rencontrer. Nous y retrouvons, fortement indiqués, tous les traits essentiels de notre sycosis ou mentagre : siège initial au menton, extension possible et même fré^ quente aux diverses régions du corps, aspect hideux et repoussant, caractère éminemment contagieux, nul danger pour la vie, mais résistance extrême aux moyens thérapeutiques ordinaires. La démonstration est complète. Il n'est pas jusqu'au chevalier Persinus que nous ne retrouvions dans l'histoire de notre mentagre parasitaire.

J'ai eu, en effet, l'occasion d'observer un fait semblable. Un cultivateur de Fontenay-aux-Roses, étant venu se faire raser à Paris, y prit chez un barbier le trichophyton, qu'il emporta dans sa localité, et une véritable épidémie de mentagre ne tarda pas à s'y manifester.

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Rien ne manque donc au tableau; l'jdentitc des deux menlagres nous semble indiscutable.

Si les anciens ont connu la mentagre parasitaire, ils en ont complètement ignoré le traitement rationnel. La cautérisation jusqu'aux os, dont ils faisaient usage pour guérir la mentagre, me ra| pelle ce que disait Lorry en paz'lant de la guérison du favus : tineâ hene curatâ, semper sequitur calvities.

La relation de Pline est le seul document important que nous ait légué l'antiquité sur la mentagre. Ce mot reparait au moyen âge, mais pour y perdre sa si«nilication première, ou n'en retenir tout au plus que l'indication de siège fournie par son sens étymologique. Les auteurs l'appliquent à des formes cutanées diverses, sans doute d'après les faits qu'ils ont sous les yeux. Au quinzième siècle, par exemple, quelques auteurs décrivent sous le nom de mentagre certaines affections syphilitiques du menton, en croyant reconnaître dans ces affections les caractères de l'épidémie romaine.

La mentagre spéciale que nous décrivons est restée confondue avec les autres espèces de sycosis jusqu'en 1842, époque à laquelle le docteur Gruby fit part à l'Académie des sciences de la découverte qu'il venait de faire d'un mycoderme, le microsporon mentagrophytes, dans une espèce particulière de mentagre^ sans donner les caractères cliniques de cette afleclion spéciale. Cette découverte, ainsi que celle qu'il lit, deux ans plus tard, du champignon de l'herpès tonsurant, resta stérile jusqu'en 1850, époque où commencent nos recherches sur les affections parasitaires, qui ne furent publiées qu'en 1855 (Recherches sur la nature et le traitement des teignes), et 1854 [Considérations sur la mentagre elles teignes de la face).

Nous avons démontré, par l'observation clinique et le microscope, que le champignon de la mentagre est le même que celui de l'herpès tonsurant et de l'herpès circiné; de plus, nous avons fait connaître les caractères cliniques spéciaux qui distinguent la mentagre parasitaire des autres variétés de sycosis. A'ous avons établi que les trois affections décrites par les willanistes sous les noms d'herpès circiné, tonsurant et sycosis, n'étaient que trois états successifs d'un même état morbide ; que le siège du champignon sur tel ou tel élément cutané explique pourquoi on a de l'herpès circiné, ou de l'herpès tonsurant, ou du sycosis [voij. Teigne To^sDRAjNTE).

Ces faits sont aujourd'hui ii peu près généralement admis, et, s'il s'est trouvé des médecins assez peu honnêtes pour nous contester la priorité de ces découvertes et les rapporter aux Allemands, nous devons dire que pleine et entière justice nous a été tout d'abord rendue par nos collègues de l'hôpital Saint-Louis, Gibert et Hardy, et par des médecins étrangers, parmi lesquels je me plais à citer les professeurs Kobner (de Berlin) et Anderson (d'Edimbourg).

Sijniptomatologie. Dix-neuf fois sur vingt, la mentagre parasitaire est précédée d'herpès circiné et d'herpès tonsurant.

L'herpès ciixiné comprend les lenticules, les disques érythémateux, les anneaux herj étiques, les lignes festonnées, sinueuses, formées par des arcs de cercle réunis qui encadrent le visage, les éruptions pustuleuses miliaires également groupées en cercles complets ou incomplets. C'est à la fin de cette période que se manifestent les altérations des poils, qui changent de couleur, deviennent ternes, secs, et qui se brisent spontanément à quelques ligues de la surlace tégamentaire.

La péiiode pltyiiasique est caractérisée par l'apparition du parasite à la surface

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de la peau. Sur les poils, il forme une gaîne amiantacée, d'un blanc mat, au centre de laquelle se voit un point noir qui répond h l'extrémité libre du poil cassé. Sur l'épidèrme, c'est une substance floconneuse ou lamelleuse, remarquable par sa couleur d'un blanc mat.

Le passage de la période pityriasique à la période sycosique est marqué par la production de pustules acuminées, situées à la base des poils, et qui ont pour effet de masquer d'abord, puis bientôt de détruire les gaines et les lamelles. Ces pustules sont remplacées par de petites croûtes jaunâtres ou brunâtres qui peuvent rester individuelles ou former par leur réunion de larges concrétions au travers desquelles on voit souvent passer quelques poils flétris et décolorés.

Dès ce moment, le sycosis existe. Le champignon a pénétré dans la cavité folliculaire, atteint la capsule, et se trouve eu contact avec le bulbe pilifère, qu'il irrite et enflamme. De petits noyaux d'induration commencent à se faire sentir dans la partie profonde de la peau. Ces noyaux se multiplient, augmentent de volume, forment même sur quelques points de légères proéminences. Jusque-là, tout se passe ou semble se passer dans le follicule pileux ; mais les tissus qui l'environnent ne tardent pas à participer au travail morbide dont il est le siège. Autour de lui le tissu cellulaire s'engorge et s'indure, les aréoles dermiques se transforment en petits foyers phlegmoneus, et l'on voit apparaître des nodosités profondes, des tubercules cutanés ou sous-cutanés, quelquefois même de véritables furoncles qui s'ouvrent à l'extérieur et donnent lieu fréquemment à la production de petites végétations fongueuses et saillantes à la surface du tégument. Ces tubercules, ces nodosités, ces furoncles sont tantôt rares et isolés, tantôt nombreux, agglomérés sur d'étroites surfaces, et, dans ce dernier cas, une tuméfaction considérable résulte de leur présence, les traits sont déformés, parfois méconnaissables, et les mouvements de la mâchoire inférieure peuvent être entravés au point de gêner l'exercice de la parole et de rendre la fonction de la mastication impossible.

J'ai indiqué plus haut, dans l'histoire du genre, les phénomènes qui se produisent dans le follicule enflammé ; j'ai montré le poil miné peu à peu par le pus qui le baigne, puis enfin déraciné et se détachant des parois folliculaires ; mais le sycosis parasitaire présente en outre une particularité que j'ai dû réserver : je veux parler du parasite lui-même, ou plutôt de ses rapports avec le travail morbide qu'il a suscité autour de lui. Chose bien remarquable ! le pus sécrété joue, à son éf^ard, le rôle d'un agent parasiticide, et ce champignon, cause première de tout°le mal, est détruit à son tour, emporté par la suppuration, à ce point qu'il est parfois très-difticile d'en retrouver les éléments sur les poils.

Ce fait est capital, et je me suis appliqué à en faire ressortir toute l'importance dans mon cours écrit de 1858 {Leçons théoriques et cliniques sur les affections cutanées parasitaires), alors que j'étais à peu près seul à admettre la teigne tonsurante comme unité pathologique, et que j'avais à lutter contre les préventions sans nombre qui accueillent presque nécessairement toute idée nouvelle. Ce lait explique comment certains observateurs, cherchant le trichophyton dans des sycosis véritablement parasitaires, ne l'ont cependant pas rencontré : c'est qu'ils ont voulu le trouver là où il n'était pas ; c'est qu'ils sont allé prendre, pour vérifier nos assertions, tel poil flétri, jaunâtre, passant au centre d'une pustule, parce qu'ils l'ont cru plus malade que les poils environnants. Or ce champignon, qui a existé autrefois et qui peut-être existe encore, ne se trouve p.us aujourd'hui sur le poil examiné. Par sa présence, il a provoqué aans le follicule une sécrétion

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754 MENTAGRE.

purulente dont il a été la victime. Ce n'est donc pas ce poil qu'il faut prendre, si l'on veut découvrir au microscope les éléments caractéristiques du végétal parasite, mais un autre des environs qui ne sera point encore entouré par une pustule, et qui n'offrira que les altérations rattachées par nous à la deuxième période de la maladie.

Cette destruction du parasite par le pus nous fait en même temps comprendre comment la guérison peut quelquefois arriver dans la mentagre ; guérison bien rare, quoique possible, toujours extrêmement lente à venir, et parfois suivie d'une calvitie irrémédiable.

Marche. Durée. Terminaisons. Le tableau que je viens de tracer de la mentagre parasitaire me laisse peu de chose à dire sur sa marche, sa durée, ses terminaisons.

Sa marche est rarement uniforme. Souvent, après un état chronique longtemps prolongé, l'inllammation se réveille tout à coup, et une véritable poussée aiguë de pustules, de tubercules ou de furoncles vient modifier profondément l'aspect et l'allure de l'affection. Et ces alternatives peuvent se répéter un grand nombre de fois, sous l'influence de causes locales ou générales dont le secret souvent nous échappe.

La mentagre parasitaire peut se limiter d'abord à une partie peu étendue du visage, au menton, à la lèvre supérieure, à l'une des régions maxillaires, etc., et s'y maintenir indélininient. Dans d'autres cas, elle envahit la presque totalité de la face, mais alors même il est toujours des points oij elle tend à prédominer davantage. Quelquefois enfin, principalement à son début, la mentagre coexiste avec des symptômes qui appartiennent à la première ou à la deuxième période de la teigne tonsui"ante, c'est-à-dire avec des cercles d'herpès et du pityriasis alba.

Le sycosis parasitaire peut se montrer sur toutes les régions à la suite de l'herpès tonsurant. C'est ainsi qu'on l'observe assez souvent chez les mentagreux sur le dos des mains, précédé d'un herpès transmis directement par le frottement du dos des mains sur la face, frottement exercé par le malade dans le but de calmer la démangeaison qu'il ressent à la figure ; et comme on se sert habituellement de la main droite, celle-ci est plus souvent atteinte que la gauche : c'est le contraire qui arrive pour les gauchers.

La mentagre parasitaire abandonnée aux seules ressources de la nature peut persister d'une manière indéfinie, et il nous a été donné de voir, à notre consultation de l'hôpital Saint-Louis, de vieilles mentagres qui ne comptaient pas moins de dix, quinze et même vingt années d'existence. Ces exemples sont aujourd'hui, grâce à notre nouvelle méthode de traitement, du domaine de l'histoire.

Pour ce qui a trait aux récidives, il importe de distinguer (ce qui n'est pas toujours facile) entre la réapparition d'une mentagre parasitaire incomplètement guérie, et le retour de l'affection après sa cure radicale. Toute véritable récidive doit être attribuée à une contagion nouvelle : le retour de la même cause amène nécessairement les mêmes effets. Il va sans dire que la lésion ne pourrait se pro* duire sur des surfaces rendues complètement glabres par les ravages d'une mentagre antérieure.

La terminaison peut survenir de deux manières bien différentes : par la gué-

■ rison spontanée, nous savons comment et à quel prix ; par le fait du traitement

rationnel et toujours efficace dont nous avons formulé les règles et qui consiste

essentiellement dans l'emploi combiné de l'épilation et des agents parasiticides.

MENTAGRE. 755

Étiotogie. Le mycoderme appelé trichophy ton tonsurant est la cause efficiente de la mentagre parasitaire, mais il n'en est pas l'unique cause : tons les irritants peuvent favoriser le développement de l'éruption pustulo-tuberculeuse. Parmi ces dernières causes, il en est une surtout qui a une immense puissance d'action : c'est l'application des cataplasmes sur la face, et principalement des cataplasmes de farine de graine de lin plus ou moins ferraentée. Combien de fois n'avonsnous pas vu des teignes tonsurantes de la figure rester longtemps à la période herpétique papulo-squameuse, qui passaient à l'état d'éruption pustulo-tuberculeuse dès que l'on venait à appliquer des cataplasmes de farine de lin sur les parties affectées ! Que se passe-t-il dans ces cas ? Le voici : le champignon renfermé dans les follicules pileux, sous l'influence de l'humidité et de la fermentation, prend tout à coup un excès de développement qui provoque l'inflammation des canaux folliculaires et des bulbes pileux ; et de là l'appaiùtion des pustules, tubercules, furoncles et phlegmons.

Au nombre des causes accessoires qui peuvent déterminer l'aggravation de la mentagre ou même son apparition sur un sujet atteint d'herpès circinéou tonsurant, nous devons signaler encore la malpropreté, les traitements intempestifs, les applications de topiques irritants, tels que pommades diverses, cathérétiques et caustiques, l'influence exercée par certaines professions, etc.

La mentagre est contagieuse, le fait est incontestable, mais elle ne l'est pas au même degré que l'herpès circiné et le pityriasis alba ; elle l'est d'autant moins qu'elle s'éloigne davantage de son début, et un moment arrive où elle peut perdre complètement cette propriété. La raison de ce fait se trouve, comme je l'ai dit, dans la destruction progressive du parasite par le pus : les spores deviennent de plus en plus rares et finissent même par disparaître des surfaces malades ; ou si l'oîi en trouve sur quelques pods moins profondément altérés dans leur texture et leurs caractères physiques, ces spores sont plus petites, inégales et mêlées à un plus grand nombre de tubes de mycéhum. Ce sont ces éléments vieiUis et dégénérés du parasite que M. Gruby, trompé par l'apparence, avait considérés comme un nouveau cryptogame, différent du trichophyton, et par lui désigné sous le nom de microsporon mentagropJujtes.

Je termine cet article étiologique par une courte citation relative au caractère contao-ieux de la mentagre ; c'est Âlibert qui parle : « Des observations bien faites sur un f^rand nombre de malades prouvent, de nos jours, que les auteurs n'ont parlé de" la contagion de la mentagre que pour ajouter du merveilleux à leurs descriptions » {Monographie des dermatoses, p. 595).

Voilà ce que disait sur ce point, il y a quelque trente ans, un des coryphées de la dermatologie moderne. . ce

Diagnostic. La mentagre parasitaire peut être confondue, soit avec des affections cutanées différentes par leur forme et leur modalité pathogénique, soit avec les autres espèces comprises dans le genre sycosis.

J'ai indiqué précédemment les caractères qui servent à distmguer le genre sycosis, et par conséquent toutes ses espèces, des autres affections de la peau lyov. Diagnostic du genre). ^

Ouant au diagnostic de la mentagre parasitaire envisagée dans ses rapports avec les autres espèces congénères, il ne saurait être logiquement établi qu'au fur et à mesure de la description de celles-ci, la condition première de tout jugement étant la connaissance préalable des objets qu'il s'agit de comparer.

Je me bornerai donc ici à quelques considérations séméiotiques d'ordre surtout

Î56 MEÎ^TAGRE.

spéculatif, considérations qui nous serviront plus tard lorsque le moment sera venu d'en faire l'application.

Et d'abord, le sycosis parasitaire est-il ou non facile à reconnaître? Il est des cas où il suffit de regarder pour acqaérii" aussitôt toute certitude ; il en est d'autres oij les difficultés sont telles, que le praticien le plus instruit, le plus habitué à ce genre de recherches, se voit contraint de rester pendant quelque temps dans le doute.

Comment l'erreur serait-elle possible lorsque, sur un homme atteint de sycosis menti, on constate sur d'autres parties du visage ou du cou la présence de débris de cercles ou des plaques indurées circulaires ; lorsque ces plaques ou ces cercles présentent des poils brisés à quelques millimètres de la surface de la peau, enveloppés de leur gaîne blanche complète ou incomplète ; lorsque l'on trouve enfin de l'herpès lichénoïde sur le dos des mains ou sur les avaiit-bras.

Les signes qui peuvent éclairer le diagnostic de la mentagre parasitaire se tirent principalement :

1° Des caractères actuels de l'affection, considérée dans sa forme, dans son siège, dans son intensité, dans les phénomènes dont elle s'accompagne, etc. Une éruption pustulo-croùteuse de la face, avec production de tubercules, de nodosités, d'engorgement du tissu cellulaire, de furoncles, éveille aussitôt l'idée du parasite ;

2° De la coexistence, soit sur la face, soit sur d'autres régions du corps, et notamment sur la partie dorsale des mains et des poignets, des lésions appartenant à la première ou à la deuxième période de l'évolution trichophy tique ;

3" Du commémoratif qui fait connaître, soit les circonstances dans lesquelles le mal s'est produit, c'est-à-dire la source oiî h contagion a pu être puisée (rasure), soit les phénomènes qui ont précédé l'apparition de la mentagre (herpès circiné, pityriasis alba) ;

4" Enfin, de l'examen microscopique qui nous permet en quelque sorte de prendre la cause sur le fait, de la saisir directement sur l'organe malade.

Ces signes sont plus ou moins accentués, plus ou moins nombreux, d'une valeur très-inégale et sujette à varier selon les circonstances. Un seul d'entre eux, bien constaté, suffit parfois pour assurer le diagnostic : tel est, pour n'en citer qu'un exemple, celui qui résulte de la présence sur le dos des mains d'une plaque arrondie, érythémateuse, herpétique ou lichénoïde, postérieure à l'alfection du visage. Dans d'autres cas, c'est par la réunion et la concordance de plusieurs signes que se fait l'évidence. Ailleurs enfin, tout est vague, sans précision, mal déterminé : on constate une éruption dépourvue de caractère propre, de phénomène prédominant : rien qui rappelle les périodes herpétique et pityriasique ; le commémoratif interrogé ne fournit que des notions nulles ou incertaines. Je ne connais alors que le microscope qui puisse trancher la question.

Les difficultés du diagnostic sont en outre relatives à l'âge de l'affection, à son siège copographique, aux modifications ou aux transformations qu'elle a pu éprouver sous l'influence des causes locales ou générales.

J'ai dit comment la mentagre parasitaire, à mesure qu'elle s'éloigne de son début, tend à se dépouiller peu à peu des caractères spéciaux que lui avait d'abord imprimés sa nature. Le parasite lui-même peut disparaître à son tour au point de n'être plus retrouvé sur les poils, et le diagnostic, privé de cette ressource suprême et dernière, ne peut alors être établi d'une manière certaine et rigoureuse. Observons pourtant que cette absence actuelle du parasite constitue

MENTÂGRE. 757

un fait important, et que s'il est impossible d'en inférer ce qui a pu exister antérieurement, on se trouve ainsi en possession d'une donnée véritablement positive et très-utile à acquérir sur l'état présent de l'aitection considérée.

Relativement au siège topograpliique, on comprend que le sycosis parasitaire ne soit pas facile à reconnaître lorsqu'il se localise aux régions axillaires ou génitales, par exemple, et qu'il faut se décider d'après les seuls caractères objectifs de l'éruption pustulo-tuberculeuse.

Enfin, des causes locales ou générales peuvent modifier le sycosis parasitaire au point de le rendre tout à fait méconnaissable.

Parmi les causes locales, nous signalerons particulièrement l'abus des topiques irritants, trop souvent conseillés par l'empirisme, et qui ont pour premier effet de masquer ou de dénaturer l'affection parasitaire en la compliquant de poussées artificielles. Il est alors impossible dans bien des cas de poser un diagnostic immédiat. II faut donc attendre, recommander au malade de cesser toute pommade, tout onguent, et le sycosis ne tardera pas à reparaître avec des caractères de plus en plus accusés.

Les causes générales sont toutes les maladies à déterminations morbides sur le système tégumentaire. La face, siège ordinaire de la mentagre parasitaire, est aussi la région qu'affectent plus particulièrement un très-grand nombre de dermatoses constitutionnelles, arihritides, syphilides circonscrites, scrofulides bénignes et malignes. De là, des combinaisons ou associations toujours possibles, et au milieu desquelles il est souvent très-difficile de se reconnaître. Qu'une syphilide, par exemple, vienne à jeter ses éléments pustuleux ou tuberculeux au milieu des pustules et des tubercules de la mentagre parasitaire, comment faire la part qui revient à chacune des affections composâmes? Le problème, pour être fort complexe, n'est pourtant pas nécessairement insoluble, et, si quelques signes ont pu trahir la syphilis pour un œil exercé, si l'on a même simplement conçu la possibihté de son existence, l'hésitation ne saurait dès lors se prolonger bien longtemps ; il suffit, en effet, de soumettre le malade à une médication spécifique pour faire aussitôt rétrograder, puis disparaître l'éruption de cause interne, et ainsi restituer à la mentagre parasitaire, restée seule in situ, son aspect caractéristique.

L'hypothèse dans laquelle je viens de me placer relativement à la syphilis peut également se réaliser à l'égard de l'arthritis ; on a, dans ce cas, sur un même point, une mentagre qui est à la fois, si Ion peut ainsi dire, arthritique et parasitaire. La question devient ici plus épineuse encore, s'il est possible, et souvent, il faut l'avouer, nous ne pensons à la maladie constitutionnelle qu'en voyant l'affection mentagreuse récidiver ou résister aux agents parasiticides et à l'épilation bien et longtemps employés.

Pronostic. La mentagre parasitaire, décrite par Pline l'Ancien sous des couleurs si sombres, considérée, il y a quelques années à peine,» comme un mal presque redoutable par sa ténacité, n'est plus aujourd'hui qu'une affection sans

gravité.

Le pronostic varie selon le siège de l'affection, son étendue, son âge ; selon qu'elle est simple ou compliquée d'autres espèces morbides.

Le siège, les conditions anatomiques exercent une influence incontestable. Le jugement porté sera d'autant plus sévère que la région affectée sera plus abondamment pourvue de poils (cuir chevelu, face chez l'homme, parties sexuelles, région axillaire).

758 MENTAGRE.

La guérison est plus difficile à obtenir lorsque les surfaces atteintes sont plus étendues. Un élément d'aggravation résulte en outre de la nécessité, dans ce cas, de multiplier les séances d'épilation.

Le degré d'ancienneté de la mentagre est une circonstance plutôt favorable, si l'on tient compte, et on le doit, de l'influence des moyens thérapeutiques. Les mentagres invétérées guérissent beaucoup plus facilement et plus vite que les mentagres récentes : une seule épilation suffit souvent pour les premières-, les autres en exigent deux, trois et parfois davantage. C'est que dans les unes le parasite a été détruit, ou a vieilli, dégénéré, tandis qu'il est encore jeune, vivace et abondant dans les autres.

Le sycosis sera jugé d'autant moms sérieux, toutes choses égales (c'est-à-dire dans les mêmes conditions de siège, d'ancienneté, d'étendue), que les phénomènes inflammatoires seront moins intenses, mieux limités aux follicules pileux. L'apparition des tubérosités, des furoncles, des phlegmons, ne fait qu'augmenter sans compensation la gêne des mouvements de la face et les souffrances du malade.

Enfin, c'est dans les cas de mentagres compliquées in situ d'éruptions constitutionnelles que le pronostic acquiert surtout une gravité réelle; en effet, s'il est souvent très-difficile d'établir le diagnostic complet des éléments en présence, les difficultés ne sont pas moins épineuses lorsqu'il s'agit d'appliquer à chacun de ces éléments supposés bien reconnus les moyens thérapeutiques qui leur conviennent.

B. Mentagres de cause externe non parasitaire. Nous devons surtout eu signaler quatre variétés : 1° les mentagres traumatiques; 2° les mentagres médicamenteuses, parmi lesquelles figure en première ligne le sycosis cadique; 5° les mentagres provoquées par des produits de sécrétion physiologique ou morbide ; ¥ les mentagres provoquées par les circumfusa, qui comprennent les variétés professionnelles.

\° Mentagre traumatique. C'est celle qui peut être produite ou entretenue par l'action d'un mauvais rasoir. Cette cause, signalée par Alibert, considérée par quelques auteurs comme la seule importante, est assurément très-réelle. On conçoit très-bien que le passage plus ou moins rude d'un instrument ébréché sur les orifices des foUicules pileux, que le tiraillement, l'ébranlement des poils au moment de leur section, et peut-être aussi un certain degré de contusion des parois folliculaires, puissent donner lieu aune irritation inflammatoire, et par suite aux phénomènes du sycosis. Un pinceau trop dur, un savon mal préparé agissent dans le même sens. La première phase de cette dermite a reçu un nom bien connu dans le langage vulgaire, celui de feu du rasoir. La peau est d'abord rouge, chaude, cuisante; puis se montrent de petites papulo-pustules, disséminées, superficielles, à évolution rapide, presque aussitôt converties en croûtes. Ces pustules disparaissent sans retoin^ si le malade a soin d'en supprimer la cause; dans le cas contraire, elles sont remplacées par de nouvelles poussées d'autant plus nombreuses et intenses que le traumatisme est lui-même répété davantage. La persistance, non suffisamment expliquée, des phénomènes éruptifs porterait à rechercher l'existence d'une autre cause, qui d'ailleurs ne tarderait pas à se réiéler d'ellemême, soit par la production de tubercules profonds, d'engorgements souscutanés, soit par la manifestation de tout autre signe caractéristique.

La mentagre d'origine traumatique représente l'inflammation du folliculû pileuY à son degré le plus simple.

MENTAGRE. 759

2" Mentagres médicamenteuses. L'afïecfion que j'ai le premier mentionnée et décrite sous le nom de sycosis cadique n'est pas autre chose qu'une inflammation des follicules pileux produite par l'action de l'huile de cade. Lorsque cet agent est employé en frictions sur la peau, on ne tarde pas à constater la présence de petites papulo-pustules disséminées ou réunies en groupes peu confluents, à base largement papuleuse, et dont le sommet acuminé donne constamment passage à un poil. Ces éléments s'implantent assez profondément dans la peau; ils sont durs, solides, généralement rouges, quelquefois blanchâtres à leur partie culminante. Ils ne suppurent que difficilement, sous l'influence de frictions répétées, et dans ce cas même la suppuration se localise au sommet et n'envahit jamais la totalité du bouton.

L'éruption déterminée par l'imile de cade a évidemment pour siège anatomique les follicules pileux, dont elle constitue une lésion toute spéciale; aussi les caractères de ce sycosis sont-ils d'autant plus nets et mieux accusés que le système pileux est plus développé sur la région oii on le rencontre.

D'autres substances irritantes paraissent également porter plus spécialement leur action sur les follicules pileux ; tels sont les composés arsenicaux et l'acide azotique.

L'action des composés arsenicaux (j'ai surtout expérimenté le vert de Scheele et l'iodure d'arsenic, tous deux incorporés à l'axonge dans la proportion de 8 pour 30) se traduit d'abord par des rougeurs érythémateuses diffuses, sur lesquelles s'élèvent ensuite de petites pustules à base rouge, enflammée, entourée d'une vive auréole, et couronnées à leur sommet d'un point purulent jaunâtre. Ces pustules, observées par nous avec soin, nous ont semblé presque toutes donner issue à un poil. Nous avons de plus constaté autour d'elles et dans leurs intervalles l'existence de petites saillies très-multipliées, évidemment dues à l'érection des follicules pileux plus ou moins enflammés.

L'acide azotique étendu nous a présenté des phénomènes à peu près semblables ; dès la première ou la deuxième Iriction, la peau se couvrait, dans tous les points touchés par l'acide, d'une rougeur diffuse, sur laquelle se détachaient de très-petites élevures comparables dans leur ensemble au phénomène de la chair de poule. A la quatrième friction, les élevures s'étaient élargies et transformées en pustules ; celles-ci, après une durée courte, donnaient lieu à de petites ulcérations circulaires, extrêmement superficielles, et constituées, au centre, par un espace de couleur brune d'où émergeait un poil pour la plupart d'entre elles ; autour de cet espace, par une zone blanchâtre d'aspect pseudo-membraneux ; plus en dehors enfin, et concentriquement, par une auréole rouge et enflammée, bien limitée en dedans, et se perdant en dehors, soit dans les rougeurs voisines, soit dans la coloration générale de la région.

3« Mentagres provoquées par des produits de sécrétion normale ou anormale dévosés à la surface de la peau. Nous en avons un exemple dans le sycosis de la lèvre supérieure, si fréquent chez les arthritiques, mais qui peut aussi se maniiestcr sans l'intervention de cette cause interne, et par le seul fait de l'irritation déterminée localement au contact des mucosités nasales. Cette variété de sycosis provoqué disparaît généralement avec la cause qui l'a fait naître.

Le sycosis peut aussi compliquer l'intertrigo dans les régions abondamment pourvues de poils et où la peau s'adosse et se trouve en contact avec elle-même : tels sont les régions axillaires, les plis génito-cruraux.

A" Mentagres provoquées par les circumfusa. Mentagres professionnelles.

760 MENTAGRE.

.le range sous ce titre les mentagres provoquées par la malpropreté, par l'exposition habituelle au rayonnement d'uu feu ardent, par l'accumulation dans la barbe et au niveau de l'implantation des poils de toutes sortes de poussières irritantes, etc. De là, la fréquence remarquée du sycosis chez les cuisiniers, les forgerons, les fondeurs en métaux; chez les brosseurs, les cardeurs de matelas, les fileurs de coton, les commis de nouveautés, les balayeurs des docks, les chilfonniers, les palefreniers, les boulangers, etc.

Mais, répétons-le en terminant, toute menlagre purement artificielle a pour caractère constant de disparaître après la Suppression de sa cause; et le seul fait de la persistance d'une éruption supposée artiticielle, mais en réalité arthritique ou parasitaire, ne saurait longtemps permettre l'incertitude ou l'erreur sur sa nature.

2" Mentagres constitutionnelles ou sycosis de cause interne. A. Mentagre arthritique. Le sycosis arthritique a été confondu par les auteurs avec la mentagre parasitaire, dont il se distingue facilement dans l'immense majorité des cas, par tout un ensemble de caractères spéciaux que nous allons retrouver dans son siège, dans ses symptômes, dans sa marche, dans son étiologie, etc.

Nosographie. La mentagre arthritique peut se rencontrer sur toutes les régions velues de la face et du cou, mais c'est à la lèvre supérieure, de chaque côté du sillon naso-labial, qu'elle se fixe le plus ordinairement. Cette sorte de préférence relativement au siège s'explique par la fréquence des coryzas chez les sujets arthritiques ; l'irritation continue ou fréquemment répétée qui résulte, pour la lèvre supérieure, de l'écoulement des mucosités nasales agit comme cause déterminante de la lésion constitutionnelle.

Les éléments sycosiques sont tantôt et le plus souvent groupés, rassemblés sur des surfaces bien circonscrites, soit à la lèvre supérieure, soit au menton, soit sur une joue ; tantôt disséminés sur les poils des favoris. Les sommets pustuleux, d'abord acuminés, se couvrent rapidement d'une croûte jaunâtre ou brunâtre, sèche, fragmentée, assez fortement adhérente. Au-dessous de ces croûtes, qui tombent et se reproduisent, persiste une induration tubeiculeuse plus ou moins profonde, sans relief bien marqué, rarement étendue au tissu cellulaire souscutané, et dont le volume peut atteindre les dimensions d'un petit pois. Les volumineux tubercules, les nodosités sous-cutanées, les furoncles, les phlegmons, lorsqu'il en existe, ne sont généralement que le résultat de causes accidentelles, c'est-à-dire complètement étrangères à la nature de l'affection mentagreuse.

Les poils conservent longtemps leur adhérence normale et leurs caractères physiologiques. Cependant l'inflammation du follicule pileux finit, en se prolongeant, par porter atteinte à la nutrition de ces appendices, qui changent de couleur, s'atrophient et s'arrachent avec la plus grande tacihté. Ces poils, ainsi détachés, apparaissent humides dans leur partie intia-folliculaire. La chute spontanée peut également avoir lieu, mais partiellement, çà et là, sur quelques poils qui ne tardent guère à se reproduire, et il faut bien des années pour qu'une véritable dénudation soit la conséquence du sycosis arthritique.

Les sensations éprouvées par les malades ont surtout le caractère d'élancements et de picotements parfois très-accusés. Dans certains cas, et principalement à la lèvre supérieure, la mentagre artliritique s'accompagne de fissures douloureuses, entretenues et continuellement irritées par le contact des mucosités nasales, et quelquefois par celu du tabac chez les personnes pour qui l'habitude de priser est un besoin impérieux et irrésistible.

MENTÂGRE. 761

Le sycosis arthritique offre souvent dans sa marche une remarquable intermittence en rapport avec les saisons. Use montre habituellement pendant l'automne et l'hiver, s'amende ou disparaît dans le printemps et l'été pour se reproduire de nouveau à l'automne de l'année suivante. Il peut ainsi récidiver un certain nombre de fois, soit sur le même point, ce qui est la règle, soit sur d'autres régions du corps.

I Affection transitoire, quoique tenace et rebelle, la mentagre arthritique guérit presque nécessairement par le fait de l'évolution morbide dont elle fait partie ; mais le médecin ne saurait compter sur ce mode de terminaison, qui peut se faire attendre pendant de longues années.

Étiologie. Le sycosis arthritique se montre à peu près exclusivement dans le sexe masculin, à l'âge adulte et dans la vieillesse, toutes conditions en rapport avec le développement du système pileux.

On a remarqué que le sycosis affecte souvent les personnes robustes, d'un tempérament sanguin, ayant le visage vivement coloré; qu'il est fréquent cliez les individus exposés aux congestions cérébrales (Gintrac, t. V, p. 409). Selon Alibert, les sujets atteints de pléthore bdieuse, de dyspepsie, y seraient particulièrement prédisposés. Ces diverses circonstances se rapportent évidemment à notre mentagre de nature arthritique.

Toutes les causes irritantes, malpropreté, contact des mucosités nasales, abus de pommades, onguents, l'exposition habituelle à un feu ardent, etc., peuvent devenir le point de départ de la mentagre arthritique.

Considérée dans les rapports qu'elle présente avec 1 évolution de la maladie constitutionnelle, cette affection appartient à notre deuxième classe d'arthritides, ou arthritides secondaires, circonscrites, intermédiaires {voy. Arthritides).

Diagnostic. Un seul point, mais fondamental, doit nous arrêter ici : le diagnostic de la mentagre arthritique et de la mentagre parasitaire.

Comparons successivement ces deux espèces au point de vue des symptômes objectifs, des affections concomitantes, du commémoratif, et enfin des données fournies par l'examen microscopique.

Si la mentagre est arthritique, nous trouvons, soit à la lèvre supérieure, soit au menton, soit sur une pnrtie d'une joue, une plaque bien circonscrite, couverte de croûtes sèches ou de pustules jaunâtres. Cette plaque ne fait pas de saillie bien apparente ; si on y porte le doigt, on sent qu'elle est formée par une multitude de petits tubercules contenus et comme enchâssés dans l'épaisseur même de la peau. Elle supporte des poils qui résistent fortement à la traction, ou qui, s'arrachant facilement, ont conservé leur structure normale si l'affection est récente, et sont atrophiés, grêles, jaunâtres, lorsque l'intlammation du follicule pileux date depuis longtemps.

La mentagre parasitaire est plus diffuse, plus difficile à limiter exactement. Le menton est son siège initial le plus ordinaire, mais il est rare qu'elle s'y arrête, qu'elle ne tende pas à se propager sur d'autres régions du visage. Les surfaces sont visiblement tuméfiées, mais d'une manière inégale, ce qui leur donne un aspect mamelonné, et le doigt constate que ces proéminences répondent à de volumineux tubercules, à des nodosités, à de profondes indurations qui s'étendent au travers de la peau jusqu'au tissu cellulaire sous-cutané. Les poils qui végètent sur ces surfaces sont tortillés, déformés, souvent brisés, et suivent le premier effort que l'on fait pour les extraire.

La mentagre athritique coexiste fréquemment avec d'autres aifections de même

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nature, telles que la couperose, l'acné rosacea, l'acné pilaris sur la face elle-même, telles que l'eczéma circonscrit, l'intertrigo, sur d'autres régions du corps, etc., et ce fait devient alors un élément précieux de diagnostic.

Mais c'est dans la mentagre parasitaire que les signes tirés de la coexistence d'affections de même nature sont susceptibles d'acquérir une valeur extrême, et je dirai même tout à fait pathognomonique. Comment l'hésitation serait-elle possible lorsque, autour d'un sycosis plus ou moins nettement caractérisé, on découvre des débris de cercles herpétiques, des poils cassés et munis de gaines blanches trichophytiques ! lorsque le malade nous montre sur le dos d'une main ou d'un poignet la preuve manifeste d'une action contagieuse !

Relativement au commémoratif, les deux espèces ne présentent pas des moindres différences.

Dans l'uue, l'espèce arthritique, le malade nous dira que c'est pour la deuxième ou troisième fois, à une époque déterminée de l'année, que son sycosis s'est montré ; qu'il a été précédé de coryza, de migraines, d'étoui'dissements, de dyspepsie, d'arthropathies rhumatismales ou goutteuses.

Et le malade affecté de l'espèce parasitaire nous apprendra, s'il est intelligent, qu'il a vu apparaître les premiers symptômes de son mal après s'être fait raser; que ces symptômes consistaient en des cercles rouges auxquels ont succédé des dartres farineuses suivies plus tard elles-mêmes des boutons sycosiques.

Enfin, si tous les signes que je viens d'énumérer pouvaient laisser quelque doute, le microscope viendrait trancher souverainement la question.

Je termine par l'examen d'une difficulté très-sérieuse, et qui n'est pas rare dans la pratique : je veux parler de la transformation in situ d'une mentagre parasitaire en une mentagre arthritique. Cette transformation peut être complète ou incomplète; le trichophyton peut exister encore, bien que rare et dégénéré, ou bien avoir complètement disparu. Dans le premier cas, le microscope fera jusqu'à un certain point la part du parasite ; mais alors s'agit-il bien, en effet, d'un sycosis en voie de transformation ? Et si le parasite n'est pas retrouvé, comment reconnaître qu'il a existé à l'origine? Pour avoir raison de cette double difficulté, il faut alors réunir toutes les données, faire appel à tous les renseignements, puiser à toutes les sources du diagnostic. Après avoir étudié avec le plus' grand soin l'état présent de l'affection, par tous les moyens d'exploration, on s'enquerra de son passé, de son mode de début, de sa marche, de ses phases d'évolution ; on cherchera dans la constitution du malade, dans ses antécédents morbides, dans les affections concomitantes, si une cause interne ne doit pas être soupçonnée. Enfin, et selon qu'on aura cru devoir incliner dans un sens ou dans l'autre, les résultats de la thérapeutique viendront infirmer ou sanctionner le diagnostic.

Pronostic. Le sycosis arthritique est sérieux en raison de sa ténacité et de sa tendance à récidiver. Il comporte à ce double titre un pronostic beaucoup plus sévère que la mentagre parasitaire.

B. Mentagres ou sTjcosis composés. La scrofule et la syphilis peuvent se traduire sur la peau par des éruptions pustulo-tuberculeuses auxquelles participent les follicules pileux plus ou moins profondément altérés; mais l'éruption n'a jamais exclusivement pour siège les bulbes des poils, et par conséquent ne saurait être appelée sycosis. Je renvoie le lecteur pour l'histoire de q,es sycosis composés aux mots scrofulide et syphilide pustulo-crustacées.

D'un autre côté, les syphihdes et les scrofuhdes peuvent se compliquer de mentagre parasitaire : alors, sur le bord des ulcères, le sycosis trichophytique

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apparaît avec tous les caractères qui lui sont propres, et, dans ces cas, il faut ajouter au traitement spécial de la scrofule et de la syphilis, l'emploi des parasiticides et de l'épilation.

Traitement. La nientagre doit-elle être exclusivement traitée par des moyens locaux? c'est l'opinion de MxAI. Hardy et Gintrac qui n'admettent que la mentagre parasitaire. Mais pour nous, qui voyons dans le sycosis tantôt une affection de cause externe, et d'autres fois une affection de cause interne, nous pensons qu'il est parfois nécessaire de combiner les deux traitements pour arriver à une guérison radicale de l'éruption mentagreuse.

1° Indications fournies par le genre. Le genre mentagre, indépendamment de sa cause et de sa nature, donne lieu à quelques indications qu'il importe de connaître, les seules qu'aient enseignées les médecins qui ont confondu la modalité pathogénique avec la nature d'une affection.

Contre cette inflammation suppurative et plus ou moins profondedes follicules pileux, on a conseillé les antiphlogistiques, sangsues, cataplasmes d'amidon, de fécule de pommes de terre, de riz, etc., les lotions mudlagineuses, de guimauve, de décoction de pavot, d'eau tiède animée par l'addition de quelques gouttes d'eau de lavande, de vinaigre de saturne, d'eau-de-vie ; — les bains locaux d'eau tiède, d'eau de guimauve, de pavot, les lotions d'eau de riz, d'eau d'amidon, de petit-lait, les douches simples et aromatiques, les onctions avec le blanc de baleine, le beurre de cacao, etc.

Si la mentagre passe à l'étal chronique et devient rebelle aux moyens ordinaires de traitement, on remplace les antipldogistiques par les substitutifs. C'est dans ces cas que l'on a proposé les solutions de potasse caustique, d'acide nitrique, de nitrate acide de mercure, les pommades merciu'ielles ou sulfureuses, les cautérisations avec le nitrate d'argent.

L'épilation a été recommandée par Samuel Plumbe. Il est curieux de voir comment l'auteur parle de celte pratique.

Samuel Plumbe, Praciical T réalise on Deseases of the Skin (London 1824), cliap. II, du Sycosis, p. 59, s'exprime ainsi : « L'existence du poil, son influence aggravante sur le développement de l'inflammation : telle est la seide dilférence de l'acné et du sycosis. » — Il recommande l'épilation de quelques poils çà et là sur le cuir chevelu atteint de sycosis (p. 40). Chaque petit tubercule doit être ponctionné à son début, et le poil sera extrait sans causer beaucoup de douleur. Cette pratique, ajoute l'auteur anglais, dispense de recourir aux moyens internes. Aussi se borne-t-il à conseiller les lotions émolUentes et résolutives après l'extraction du poil.

Ce passage méritait d'être signalé. Il indique chez son auteur un rare talent d'observation, et s'il n'a pas été donné à Samuel Plumbe d'établir sur des bases positives la méthode par l'épilation, on peut dire qu'il en a pressenti toute l'importance.

Les cautérisations soit avec le nitrate d'argent, soit avec d'autres caustiques sont toujours plus nuisibles qu'utiles.

Indépendamment de sa nature, le siège et la forme du sycosis donnent lieu à quelques indications thérapeutiques.

Le sycosis capillitii, très-fréquent chez les enfants atteints de teigne tonsurante irrationnellement traitée par les cataplasmes et les agents substitutifs, plus rare chez les sujets adultes comme traduction de l'arthritis, réclame dans tous les cas l'épilation et les lotions phéniquées.

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