‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.58Chapitre 45 sur 50 · DE LA · texte numérisé non relu

DE LA

CLAS>E ouvniÈrE.

TOTAL

GÉ:<ÉRAL.

De 18 à 20 ans

De 21 à 24 ans

De 25 à 50 ans

De 51 à 54 ans

De 55 à 40 ans

De 41 à 45 ans

De 46 à 50 anj

De 51 à 55 ans

Total. . . .

On voit, d'après ce tableau, que l'âge commua de lu ménopause est compris entre 46 et 50 ans, et que les écarts constatés chez les femmes de la classe ouvrière sont beaucoup plus ])rononcés qu'on no l'observe dans les deux autres classes. Déjà, à propos de l'époque d'apparition des règles, nous avons signalé un fait semblable. Sur ce point, il y a donc une complète concordance, et l'on peut dire que les ouvrières s'écartent plus de l'uniformité, présentent plus de différences entili elles, sons le rapport de la fonction menstruelle, que les femmes placées dans d'autres conditions sociales.

Quant à l'influence du climat, elle paraît être ici moins évidente que nous ne l'avons vue dans la manifestation de la puberté. Il est vrai que la science possède peu de documents précis sur ce sujet.

Nous reproduisons ici un tableau, emprunté à Emile Bertin, qui tend v^ démontrer la réalité de cette influence.

AGB MOYEN DE LA CESSATION PAYS. AlITEUKS. DES RÈGLES.

Noi-wcgc Fayc 48,07

Pologne Lebrun 47,0S

France Racil)orsla et Bricrrc 45,16

Intics Cerise o''2,50

Java Gérard 50,00

Poitugal lioderic SO.OO

Déjà nous a\ons indiqué les diiïérencs qui existent entre l'âge moyen auquel survient la ménopause, en Norwége, et celui des femmes espagnoles au moment delà cessation de leurs règles. Ajoutons à ces données (que le nombre restreint des observatioiis rend assez peu certaines) le témoignage de Webb sur l'époque de la ménopause dans les Indes. Les renseignements lui ont été fournis par un étudiant en médecine du pays, qui lui affirma que, sur treize femmes bien connues, une avait cessé d'être menstruée à 50 ans, deux à 56 ans, puis une à chacun des âges suivants: 57, 58, 59, 60, 63, 64, 65, 67, 68 ans, et enfin une .autre à 80 ans. Si l'observation est exacte, on ne saurait disconvenir que la moyenne de l'âge correspondant à la ménopause se trouve singulièrement plus élevé aux Indes qu'en Europe. Et ce serait alors le cas de rappeler ici ce fait, sur lequel nous avons déjà insisté, à savoir : que vraisemblablement l'ovulation n'était pas toujours en rapport avec le flux sanguin, et que celui-ci, par Ihabitudc, pouvait bien se prolonger pendant plusieuis années sans qu'il fût accompagné des phénomènes ovariens, c'est-à-dire des actes les plus essentiels de la vraie raenstrr.ation. A ce titre, il s'agirait, dans un certain nombre de cas, d'Iiéniorrbagies plus ou moins périodiques, mais dépourvues en réalité du caractère menstruel. Quant à la possibilité d'une persistance si remarquable de la fonction ovarienne, nous ne la nions pas, puisque nous avons rapporté plus haut des exemples de grossesse tardive qui, jusqu'à 60 ans et ^ilus, la mettent hors de doute ; seulement, nous pensons que, pour considérer ces faits comme étant l'expression de ce qui se passe communément chez les femmes de l'Inde, il faudrait d'autres preuves que les affirmations de l'étudiant dont Webb a reproduit

la teneur.

Quoi qu'il en soit, ces résultats viennent à l'appui de diverses statistiques qui démontrent que l'époque de la ménopause n'est pas en corrélation directe avec celle de la puberté; que, dès lors, les femmes réglées de bonne heure ne sont point celles chez qui, d'ordinaire, l'âge de retour se manifeste d'une façon hâtive. Contrairement à une opinion naguère encore accréditée, il semblerait plutôt que

les femmes dont la puberté a été précoce, conservent phis longtemps que les autres le privilège de la fonction menstruelle; et réciproquement, que celles dont la pubei'té a été tardive sont, souvent aussi, celles dont la ménopause arrive prématurément. Cette circonstance constitue une preuve nouvelle de l'intluence qu'exerce, sur la menstruation, le tempérament génital ou le degré plus ou moins accusé de la vitalité primitive de l'appareil sexuel.

Comme cause particulière, propre à accélérer la ménopause, nous signalerons, d'après Lancereaux, l'alcoolisme qui provoquerait d'une façon hâtive l'atrophie des ovaires, surtout dans leur portion glandulaire.

La ménopause, en général, ne survient pas brusquement; elle s'annonce par divers phénomènes qui, joints à l'âge auquel est arrivée la femme, permettent d'en prévoir la prochaine manifestation. Ainsi, on constate souvent des irrégularités insolites dans, le flux menstruel. Tantôt celui-ci cesse de paraître pendant plusieurs mois, pour présenter à l'époque suivante une abondance héniorrhagique. Tantôt, ce sont des oscillations très-variables dans la durée de l'écoulement, la coloration du sang, son mélange avec des sécrétions leucorrhéiques, etc. L'hémorrliagie se prolonge parfois d'une époque à l'autre, et le sang est expulsé en caillots, ce qui toujours fait redouter l'existence de quelque maladie organique. Des congestions diverses se remarquent ordinairement dans l'intervalle des retours soit vers la tète, soit vers les organes pectoraux, soit plutôt vers le foie, la rate, l'estomac. La femme se plaint d'éprouver des chaleurs subites au visage, des étourdissements, parfois des tintements d'oreilles ou de la dureté de l'ouïe ; elle ressent des pesanteurs dans les hypochondres, des aigreurs d'estomac, de la lenteur dans les digestions, une certaine gène dans la respiration ; elle se fatigue aisément, redoute le mouvement, et se montre généralement triste, inquiète, très-soucieuse de cet état qu'elle croit être souvent l'indice d'une maladie ou d'une fin prochaine.

Du côté des organes génitaux, il se manifeste parfois une sorte d'excitation inaccoutumée; la femme sent renaître des désirs vénériens qui avaient disparu ou s'étaient très-affaibhs depuis plusieurs années. Elle éprouve des douleurs lombaires, un sentiment vague de malaise dans l'mtérieur du bassin. C'est dans ces conditions qu'il n'est pas très-rare de voir les femmes attribuer ces troubles à l'existence d'une grossesse. La crainte qu'elles ont généralement d'être encemtes ne fait que confirmer l'illusion en altérant leur jugement, et en favorisant en elles l'apparition de sensations analogues à celles qui accompagnent la gestation. Les règles se suppriment définitivement ; l'abdomen se développe, soit par le fait d'un léger météorisme, soit par l'accumulation de graisse dans ses parois; un flux leucorrhéique s'établit, avec des démangeaisons aux parties génitales; les seins grossissent, deviennent le siège de fourmillements et fournissent à la pression un peu de sérosité lactescente ; les contx'actions intestinales ou celles des muscles abdominaux provoquent des mouvements intérieurs que la femme prend pour ceux d'un enfant; bref, il n'est pas jusqu'aux perversions de l'appétit, aux changements dans le caractère et dans les dispositions morales qui ne simulent les phénomènes de la grossesse. Ce n'est qu'au bout d'un temps variable, six mois, neuf mois, un an que ces sensations étranges disparaissent et permettent ainsi à la patiente de reprendre sa manière d'être physiologique.

Pendant longtemps, les troubles qu'on remarque d'ordinaire dans l'état de la femme, à l'époque de la ménopause, ont été exclusivement attribués à la pléthore sanguine. On considérait celle-ci comme devant nécessairement succéder à la

suppression du flu\ mcastruel, et rien n'était plus naturel que d'expliquer par elle les divers symptômes qui accompagnent l'extinction des fonctions utéroovariennes.

Sans aucun doute, chez certaines femmes, îa pléthore joue un rôle incontcstahle, quelquefois même prépondérant , dans la production de ces accidents ou de ces trouhles. La cessation défmitive de l'hémorrhagie cataméniale, quoique généralement préparée par des irrégularités et des retards de plusieurs mois, ne constitue pas moins un fait considérahle dans l'économie de la femme. Une excrétion habituelle aussi importante que l'est celle des règles ne se supprime pas, après trente ans de durée, sans provoquer quelque perturbation dans l'équilibre des fonctions ; et cette perturbation offre, dans un certain nombre de cas, le caractère d'une surcharge sanguine, d'un trop-plein ou d'une pléthore que le moindre examen permet de reconnaître.

Mais la ménopause ne consiste pas seulement dans la disparition du flux sanguin périodique ; elle consiste aussi, et principalement, dans la cessation du travail ovarien, dans l'extinction de toute évolution folliculaire. Or, de même que la suppression de l'hémorrhagie engendre chez bon nombre de femmes un état manifeste de pléthore , de même chez un certain nombre d'autres, la suppression de la fonction ovarienne entraîne à sa suite une surcharge nerveuse dont les effets absorbent ceux de la pléthore sanguine , ou se combinent avec eux sans les annihiler. Il convient donc d'ajouter à l'explication des anciens, cet élément important et parfois capital de la pléthore nerveuse, pour interpréter, . d'une façon exacte, les symptômes très-complexes que l'on voit accompagner la ménopause.

Tantôt, en effet, la perturbation produite dans l'économie par la cessation des règles relève plus directement de la surcharge nerveuse ; tantôt, au contraire, elle dérive surtout de la pléthore sanguine ; tantôt enfin, elle résulte de l'action simultanée et à peu près également puissante de ces deux sources morbigènes. Comme le remarque avec raison Raciborski, qui a beaucoup insisté sur l'existence de la pléthore nerveuse, c'est particulièrement le système ganglionnaire qui en est le siège ou le réceptacle. Les fonctions ovariennes étant animées par le système nerveux viscéral, on conçoit que leur suppression retentisse spécialement sur la sphère du grand sympathique. Aussi, les troubles nerveux de la ménopause appartiennent-ils beaucoup plus à l'ordre des perturbations fonctionnelles du système ganglionnaire, qu'à celui des affections du système qui préside aux relations extérieures. « On dirait que l'innervation du grand sympathique, étant privée de l'important débouché que lui présentait périodiquement l'orgasme de l'ovulation, répand l'excédant de son activité sur d'autres fonctions de l'économie. Les troubles nés de cette manière ont une forme mal déterminée, n'ont que des caractères vagues, mobiles, et changent à tout moment d'aspect ; ils appartiennent, en un mot, à cet ordre de phénomènes nerveux qui a été désigné, il Y a une trentaine d'années, par Cerise, sous le nom de névropalhie protéiforme, que Sandras avait appelé état nerveux, et que Bouchut a décrit sous le nom de nervosisme » (Raciborski) .

Les divers symptômes qui accompagnent la cessation définitive de la menstruation ne sont que la conséquence, ou si l'on veut la traduction, d'autres phénomènes plus intimes qui ont pour théâtre les organes de la génération. Les ovaires s'atropbient rapidement, perdent en partie leur vascularisation et acquièrent plus de consistance. Ou les voit se flétrir et comme se ratatiner. Selon la remarque

de Puech, dans ce travail d'atrophie c'est le diamèlre antéro-poslérieur ou suivant Vépaisseur qui diminue le premier, puis vient le diamètre vertical ou suivant la largeur, et enfin le diamètre transversal ou suivant la longueur; c'est-à-dire que l'atrophie se nianiiesLe et se propage dans un ordre inverse de celui selon lequel l'organe s'était accru à l'époque de la puberté. L'augmentation selon l'épaisseur ayant été la dernière à s'effectuer, c'est ce même diamètre qui subit le premier un mouvement de décroissance. L'atrophie totale arrive parfois à un degré tel, que le poids de chaque ovaire tombe audessous d'un gramme. Les parois des ovisacs éprouvent une diminution analogue et deviennent plus fermes, plus fibreuses. Le contenu de la vésicule se résorbe en partie, tandis que la portion restante se concrète en membrane et forme une sorte de doubUire aux membranes primitives. La rétraction de ces dernières amène quel|uefois la tunique adventice jusqu'au contact réciproque de ses divers points, ce qui lui donne l'apparence d'un corps plein, sans presque aucun vestige persistant de la cavité ancienne. Quant aux corps jaunes, ils subissent une résorption totale et ne laissent bientôt plus de trace. Sappey, cependant, a prétendu que les corps pleins dont nous venons de parler n'étaient point le résultat de la transformation des o^^sacs, mais bien des vestiges d'anciens corps jauiics. Dans cette opinion, qui nous paraît la moins probable, les métoarions auraient une existence plus prolongée que les follicules non arrivés à maturité.

L'utérus, de même que l'ovaire (mais à un moindre degré que lui) s'atrophie, et ses artères s'incrustent de granulations calcaires qui en diminuent à la fois le calibre et la contractililé ; ses veines deviennent variqueuses, son col perd de sa longueur et s'oblitère ou tend à s'obhtérer. Les grandes lèvres se flétrissent, lu vulve prend une teinte vineuse, les poils du pubis blanchissent et tombent; enfin, les mamelles deviennent flasques et pendantes. La sexualité de la femme tend ainsi à s'elliicer, et ses habitudes, ses goûts, ses fonctions se rapprochent en partie de ceux de l'homme.

Longtemps on a cru (et cette croyance est encore aujourd'hui fort répandue) que l'âge de retour prédi!?posait à certaines maladies, surtout aux affections organiques de l'appareil sexuel. Qu'y a-t-il de fondé dans cette opinion? Est-elle complètement erronée ou partiellement exacte ? Divers observateurs se sont occupés, dans ces derniers temps, de la question ; et, comme pour !a plupart des problèmes relatifs à la menstruation, ils ont cherché à la résoudre parla statistique.

Leudet déclare que le cancer de l'utérus n'est pas plus fréquent à l'âge de la ménopause qu'aux antres époques de la vie delà femme. En ne tenant compte que des cas mortels, l'analyse de ses observations lui a donné :

Femmes de 36 à 45 ans, movles de cancer de l'utérus. ... 5 cas ; d'autres cancers. ... 6

— -il) à .-jd — — .... 4 cas; — .... 8

— 36 à 6j — — .... 5 cas; — .... 8

On pourrait objecter que ces chiffres sont bien restreints pour trancher le débat; mais d'autres observateurs ont obtenu des résultats analogues. Ainsi, sur 409 cas (le cancers de l'utérus qui ont été notés, dans l'espace de deux ans, par madame Boivin, on eu a trouvé :

l^ chez des femmes âgées de moins de 20 ans.

tjô — — de 20 à 50 ans.

•102 — — de 50 à 40

106 — — de 40 à 43

93 — — de 45 à 30

7 — — de 50 à 60

4 — — de GO à 10

Lisfraiii; prétend que c'est entre l'âge de vingt-cinq ans et celai de trente-cinq, que commence le pins grand nombre des affections de la matrice. Sur trente cas de maladies utérines, dont Ibciborski a recueilli l'histoire, quatre fois seulement les femmes étaient âgées de plus de cinquante ans ; deux fois, le mal avait débuté à l'âge critique, et tous les autres cas étaient relatifs à des femmes dont l'âge correspondait à la période d'activité génitale. Selon Malgaigne, les polypes utérins se rencontreraient surtout de trente à quarante ans, opinion que notre propre observation ne fait que confirmer. Enfin, d'après Lebert, Scanzoni, Duparque, etc., le cancer de l'utérus est moins fréquent après la ménopause que dans les dernières années de l'exercice menstruel.

Ajoutons que la mortalité des femmes, après l'âge critique, est proportionnellement moins grande que pendant la période qui correspond à la fonction utérooviirienne. C'est ce qui résulte des recherches statistiques très-étendues faites par Constant Saucerotte, qui a trouvé la mortalité par affections utérines, plus forte chez les femmes de trente à quarante ans, que chez celles de quarante-cinq à cinquante. Telle est aussi la conclusion d'un travail de Leudet, qui, sur 222 décès de femmes âgées de'30 à 60 ans, a trouvé que :

76 avaient eu lieu de 51 à 40 ans.

•J7 — de 41 il 50

69 — de 51 à 60

On voit, d'après les données qui précèdent, que la ménopause n'exerce pas sur la genèse des maladies mortelles eu général, ni sur celles des affections utérines en particulier, l'influence considérable qu'on lui a longtemps prêtée. Dans certaines circonstances, au contraire, par suite de la cessation des fluxions périodiijues qui entretenaient la vitalité de certaines tumeurs hypertrophiques, on voit celles-ci s'arrêter dans leur développement et, quelquefois même, participer à l'état d'atrophie et de dévascularisation qui s'empare des organes génitaux après la ménopause.

Cependant, s'il est vrai que la femme, à la période de l'âge critique, ne court pas des dangers de mort exceptionnels, il ne l'est pas moins que cette époque marque souvent, cbez elle, le début de diverses affections généralement exemples de gravité. L'économie, habituée à perdre chaque mois une quantité variable de sang, éprouve alors le besoin d'une décharge, et c'est d'ordinaire par la voie des muqueuses qu'elle s'exonère du trop-plein. Plus le sujet a été pléthorique, plus ce besoin paraît être impérieux. De là, les hémorrlioïdes ou les hématuries, la diarrhée, les liémoptysies, certaines éruptions cutanées, comme l'acné rosacé du visage, etc.

Chez un certain nombre de femmes, ce sont des congestions cérébrales qui apparaissent, et qui ne cèdent qu'à l'emploi de petites émis-ions sanguines ou de purgatifs répétés. l\Iais tous ces accidents, quelque variés qu'ils soient, sont ordinairement bénins et assez faciles à dissiper au moyens des évacuants, pourvu (jue leur existence ne se relie point à une autre cause que la pléthore ménopausique.

II. Rapports de la menstruation avec la féconbatio.n^ la grossesse, l'allaitement LES maladies aiguës ET LES MALADIES CHRONIQUES. 1° Avec la féconclalion. L'idée que la menstruation se relie d'une façon plus ou moins directe avec le premier des phénomènes essentiels de la reproduclion, c'est-à-dire avec la fécondation, est une idée aussi ancienne que la médecine. Hippocrate, déjà, connaissait

l'influence des époques emméniques sur la facilité des conceptions, et il conseillait aux époux stériles de cohabiter de préférence pendant ces époques. Plus prùs de nous (si le fait est exact), Fernel aurait invité le roi Henri H à procéder de même ; et Catherine de Médicis, sa femme, après onze ans d'infécondité serait promptement devenue enceinte. Boerhaave a exprimé une opinion semblable à celle d'Hippocrate, quand il a dit : Femines semper concipiunt post nilima menstruel et vix ullo alio tempore; et Haller l'a reproduite en d'autres termes dar^: cette phrase : A primo congressu post menses feminœ sanœ, possunms tempora graviditatis demetiri.

Ainsi ce fait était bien connu, et de longue date : la période emménique, les quelques jours qui la précèdent et les qiiehpies jours qui la suivent, constituent V époque la plus favorable pour la fécondation. L'observation moderne n'a fait, sous ce rapport, que confirmer l'observation des anciens. Mais tandis qu'Hippocrate expliquait la réalisation de cette loi physiologique par le mélange plus facile des semences mfde et femelle dans l'intérieur de la matrice, nous savons aujourd'hui que l'ouverture du col utérin au moment des règles ne représente qu'une condition très-accessoire de l'aptitude plus grande de la femme à concevoir, et que la condition importante, capitale, qui la prédispose à la fécondation aux époques menstruelles, c'est la matm-ité d'une vésicule ovarienne, et la chute facile, sinon déjfî accomplie, d'un ovule dans la trompe. C'est en eïïet au moment de la fl\ixion cataméniale de la matrice que le germe femelle se trouve le pins complètement développé et dans les conditions les plus propres à être fécondé.

Chez les femelles de mammifères, il existe une période analogue, qui prédispose d'une façon toute spéciale à la fécondation : c'est la période de rut ou d^; chaleur, pendant lafjuelle la femelle est instinctivement poussée à rechercher les approches du mâle. Les ovules alors sont arrivés à maturité, et tout prêts de se détacher des ovaires; ils offrent par conséquent les conditions les plus prop'ces pour la fécondation. Aussi, est-ce pendant cette période que celle-ci (quand ellu s'effectue) a toujours lieu, ne pouvant se réaliser que dans un temps strictemerd déterminé. Le rut une fois passé, elle devient impossible jusqu'cà la période suivante de chaleur, c'est-à-dire jusqu'à ce qu'un ou plusieurs ovules soient airivés à maturité et reproduisent les mêmes dispositions favorables qu'à l'époque précédente.

On voit qu'entre le rut chez les animaux et la période menstruelle chez la femme, il y a une grande analogie. De part et d'autre, l'aptitude à la fécondation est déterminée par le développement des germes et leur chute imminente des ovaires. Mais tandis que cliez les lemelles de mammifères, cette disposition à la fécondation est rigoureusement limitée à la période du rut, chez la femme, au contraire, il n'en est point ainsi pour la période cataméniale. Bien que les époques menstruelles soient reconnues comme étant les plus favorables à la conception, cependant celle-ci peut avoir lieu aussi dans leur intervalle.

Quoi qu'en ait dit Avrard (de la Rochelle), il n'existe pas, pour la femme, de période complètement agénésique. Le travail de maturation ovulaire, tout activé qu'il soit aux époques menstruelles, n'est pas exclusivement limité à ces époques; il peut s'effectuer aussi dans les temps intermédiaires, et selon toute apparence, se précipiter sous l'influence des rapprochements sexuels. Il semble que le développement vésiculaire, si nettement circonscrit à la période de rut chez les animaux, se trouve au contraire, chez la femme, comme disséminé et réparti sans limite exacte, sur toute la durée de la vie. génitale. En d'aaties termes, pour la

MENSTUUATION. 710

fcaime il existe, relativement à la fécondation, un temps d'élection, mais il n'existe [las de temps d'exclusion.

Ainsi se retrouve le piivilége de l'espèce humaine, de jouir de sa liberté même clans les actes qui ont le plus d'analogie avec ceux de la brute. Contrairement à la brute, la femme saine et bien conformée est, pendant toute la période d'activité génitale, apte à concevoir comme elle est apte aux rapprochements sexuels. Sans être communs, les faits confirmatifs de cette vérité ne sont pas absolument rares.

Sur quinze femmes qui ont pu assigner une date précise au début de leur grossesse, Raciborski en a trouvé cinq, c'est-à-dire un liers, chez qui la fécondation s'était effectuée deux ou trois jours avant l'époque habituelle des règles. Chez une, la conception avait eu lieu le premier jour de l'écoulement cataménial. Chez huit, la grossesse avait débuté à la suite d'un rapprochement sexuel un ou deux jours après la fin des règles. Enfin, chez la quinzième, la fécondation n'avait eu lieu que dix jours après la cessation du flux menstruel. Les faits que nous avons pu recueillir nous-mêmes sont tout à fait concordants avec ceux qui précèdent et viennent à l'appui de la proposition que nous venons d'avancer.

Si le temps des règles est le plus propice pour la fécondation, par contre, celle-ci se montre peu compatible avec la persistance du flux menstruel. Dès que la femme a conçu, l'écoulement s'arrête si la conceplion s'est opérée dans son cours ; et il ne paraît point, si elle a eu lieu quelques jours avant l'époque habituelle de son retour. Telle est la règle généralement observée. 11 n'est pas rare toutefois de constater des exceptions en vertu desquelles le sang, au lieu de cesser brusquement après la conception, continue de couler encore plusieurs heures et quelquefois pendant un ou deux jours ; ou bien le flux cataménial, au lieu de ne point se manifester soit le lendemain, soit le surlendemain d'un début de grossesse, apparaît à son époque ordinaire, comme si la fécondation n'avait pas eu lieu ; mais sa durée, de même que la quantité et la coloration du liquide excrété sont presque toujours très-amoindries. De telle sorte qu'on peut dire, d'une manière générale, que la fécondation annihile, ou, du moins, altère considérablement le phénomène des règles. L'ovule, en effet, après la fécondation, devient le centre d'activité des organes génitaux internes de la femme, et la matrice en particulier se prépare à le lecevoir en modifiant sa muqueuse d'une façon spéciale qui exclut plus ou moins l'hémorrhagie.

2° Avec la grossesse. Ce que nous venons de dire relativement .à la fécondation peut s'appliquer en grande partie à la grossesse, dont la lécondation ellemême marque le début. Comme loi générale, les règles cessent de paraître pendant la gestation ; et non-seulement les règles, mais aussi l'ovulation ou les phénomènes ovariens. L'utérus, réceptacle et organe nourricier de l'enfant, devient pendant l'exercice de cette fonction, l'organe prépondérant. Taudis que l'ovaire semble sommeiller, la matrice devient, au contraire, le siège d'une vitalité inaccoutumée, toute entière employée à son propre développement et à celui du fœtus. Il résulte de ce fait, que l'ovulation, comme l'excrétion sanguine qu'elle provoque, se trouve suspendue pendant tout le cours de la grossesse, et même durant un certain temps après.

Cette suspension, en ce qui concerne le flux sanguin, n'est toutefois pas constante ; car les exemples de femmes, qui en sont affectés pendant la gestation sont d'observation relativement assez fréquente. Mais, d'une part, le sang excrété en pareil cas, provient souvent d'une ulcération ou de quelques fongosités du col

72U JIENSTRUATION.

utérin, et ne saurait êlre regardé, dès lors, comme le résultat d'un vrai fluxcata. ménial; d'autant que son apparition, ses retours, la durée de récoulement et la qualité du liquide se montrent notablement différents de ce que la femme constate d'ordinaire à ses époques menstruelles. D'une autre part, même quand l'hémor rbagie ne reconnaît pas pour origine une lésion du col utérin ou un décollement partiel du placenta, elle offre le plus souvent ce caractère d'irrégularité dans la quantité, la durée, la qualité et les retours, que nous venons de signaler; ce qui constitue l'un des signes les moins incertains pour la distinguer d'une véritable héniorrbagie menstruelle. Son point de départ est alors, tantôt la surface interne de l'utérus (lorsque l'œuf ne remplit pas encore toute la cavité de cet organe), tantôt la surface interne du col ou sa muqueuse extérieure, tantôt enfin, la surface interne du vagin. La perte sanguine peut ainsi s'opérer par exhalation, ou plutôt à travers des ruptures microscopiques, faites aux capillaires superficiels de la muqueuse de l'utérus ou du vagiu ; mais l'hypersécrétion muqueuse qui précède et qui suit le flux menstruel ordinaire devient, dans les cas dont il s'agit, généralement très-abondante et prédomine par sa quantité sur l;i perte hémorrhagique. D'après Elsœsser, qui a relevé les détails de 50 observations, les règles, pendant la grossesse, s'observeraient plus fréquemment chez les multipares que chez les primipares, et presque toujours elles seraient moins abondantes que dans l'état de vacuité.

11 est, d'ailleurs, très-probable que ces règles plus ou moins altérées ne se manifestent une ou plusieurs fois, pendant la grossesse, que sous l'iiiûnence de l'habitude. Ce qui semble le proiîver, c'est que leur apparition s'observe particulièrement dans les premiers mois qui suivent la fécondation, alors que la tliixion périodique des organes génitaux tend à se reproduire comme :,ux époques qui ont précédé la conception. Les ovaires resteraient donc passifs et sav.s influence sur la manilestation du phénomène. Du moins, c'est ce qui parait résulter de l'absence de développement ovulaire dans la très-grande majorité des cas. Mais il n'est pas impossible que dans les deux premiers mois, et par une exception très-rare, quelque vésicule de Graaf entre en évolution et favorise ainsi la congestion, puis l'exhalation s:ingiiine de la muqueuse ntéro-vaginale. C'est là un point non encore résolu qui appelle des recherches spéciales.

Lorsque la grossesse s'est terminée par un accouchement à terme, ou bien quand, interrompue dans son cours, elle s'est terminée par l'expnlsion prématurée du produit de conception, la fonction menstruelle tend à se rétablir comme par le passé. L'ntéius ayant cessé d'être le centre du mouvement nutritif des organes génitaux, l'ovaire recouvre h la fois sa prépondérance et son action stiinulatrice ; ses follicules reprennent bientôt leur développemerit successif, et la chute d'un ovule arrivé à maturité marque l'époque de la première réapparition des règles ou du retour de couches. Celui-ci, d'ordniaire, s'effectue six semaines après l'évacuation de la matrice. Le travail vésiculaire, ou le réveil des ovaires, semble donc ne se manifester que quinze jours après cette déplétion, comme si le flux lochial , qui habituellement présente cette durée, tenait lieu d'un flux cataménial.

Mais cet intervalle de six semaines est loin d'exister toujours. Un grand nomb.e de circonstances peuvent, en eftet, influer sur la fonction ovarienne de même qne sur la fluxion ulériiie, soit f our en hàler, soit pour en retarder la manifestation. Le docteur Senx, fils, dans un travail intéressant, publié en 1868, a étudié cette question sons ses divers points de vue. Sur vingt et une femmes q'.ii n'avaient pas

MENSTRUATION. Vn

allailé et dont les suites de couches avait été exemptes de complication, ce laborieux et distingué médecin n'en trouva que quatre chez lesquelles les règles étaient .apparues six semaines après l'accouchement ; quatre autres les avaient eues entre la 5'"'' et la 6""^ semaine ; chez deux, elles étaient survenues au bout de 54 ou 55 jours ; entîn, chez quatre, le ilux sanguin s'était manifesté un mois après l'accoudienient. Le retour de couches avait eu lieu, chez la quinzième femme, au bout de 7 semaines ; chez la seizième, au bout de 2 mois et demi ; chez trois autres, au bout de 5, 6 et 9 mois. Enfin chez les deux dernières, une grossesse était survciuie, deux mois après l'accouchement, sans que les règles se fussent encore manifestées.

Ou le voif, les résultats de cette statistique s'écartent sensiblement de la moyenne de six semaines, qui est généralement regardée comme exprimant la réalité des laits. Aussi, l'auteur a-t-il quelque tendance à la répudier, et à admettre, entre l'accouchement et le retour des règles, un intervalle pour ainsi dire aussi variable que l'état des sujets eux-mêmes. Pour nous, tout eu reconnaissant que cette période intermédiaire peut offrir de grandes différences dans sa durée, selon les conditions de santé, de tempérament et d'hygiène dans lesquelles se trouvent les femmes, nous pensons néanmoins d'après notre propre observation, que le terme de six semaines représente bien réellement chez les femmes en santé l'époque hubiluelle du retour de couches.

5" Avec l'allaitement. La femme qui allaite, ne faisant qu'accomplir l'un des actes ultimes de la grande fonction de reproduction, il était naturel qu'une nouvelle fécondation ne se produisît point, tant que le fruit de la }irécédente n'aurait point son existence assurée. C'est là, en effet, une loi de la nature qu'il est assez rare de voir inobservée. Dans la grande majorité des cas, l'allaitement, pendant les huit ou dix premiers mois qui succèdent à la parturilion, n'est point accompagné de la menstruation. Il semble que les deux fonctions soient entre elles incompatibles. Mais il n'en est plus tout à fait de même au delà de la première année. A mesure que l'on s'éloigne du temps de l'accouchement, la fluxion des seins et la sécrétion laiteuse qui faisaient l'office d'une dérivation par lapport aux phénomènes de la menstruation, perdent de plus en plus de leur activité et bientôt ne s'opposent plus au retour du travail vésiculaire de l'ovaire. En général, l'enfant nourri au sein peut alors se passer de l'allaitement, et la fécondation souvent redevient possible chez la mère ; la menstruation, en un mot, est susceptible de reparaître ou, ce qui est non moins significatif, une conception nouvelle peut se produire. Cette réapparition des règles est généralement un indice que l'allaitement doit être cessé, soit pour prévenir un excès de fatigue chez la mère, soit pour éviter à l'enfant divers troubles de la nutrition, soit plutôt dans le but de les soustraire l'un et l'autre à ces éventualités.

11 convient de distinguer, en effet, deux classes de nourrices réglées : les unes, de beaucoup les plus nombreuses, ont déjà perdu en grande partie leur qualité lactifère au moment ou le flux sanguin se manifeste; les autres, au contraire, conservent malgré l'hémorrhagie une abondante sécrétion laiteuse. Chez les premières, c'est particulièrement l'enfant qui souffre de la prolongation de l'allaitement, 'car le produit des seins est devenu moins substantiel et surtout moins abondant qu'il ne convient pour constituer un bon aliment. Chez les secondes, le lait ne paraît avoir rien perdu de sa quantité, ni de ses qualités ; l'enfant prospère à peu près comme par le passé; mais bientôt la nourrice, ne pouvant suffire à îette double déperdition, s'affaiblit, s'épuise, devient anémique, et aboutit à la mcT. ENc. 2' s. Vi. ■ 40

722 ME'iNSTRUATlOiN. .

maladie si elle n'a supprimé assez tôt l'allailemeiit. Nous avons vu de jeunes mères obligées d'abandonner leur enfant à un sein étranger et forcées de suivre, pendant plusieurs mois, un traitement reconstituant, pour avoir persisté à nourrir, après la réapparition de leurs règles.

Telle est, selon notre observation, la manière dont la menstruation pendant l'allaitement doit être envisagée. Presque toujours, nous le répétons, elle constitue une circonstance défavorable soit pour l'enfant, soit pour la iiourrice, soit le plus souvent pour les deux. Mais, d'ordinaire, les effets fâcheux pour être très-manifestes exigent deux, trois ou quatre mois d'allaitement dans ces conditions et, de plus, que la perte sanguine soit notable à chaque mois, c'est-à-dire qu'elle se rapproche du degré qui est habituel à la femme. Quelques gouttes de sang, apparaissant de loin en loin, d'une façon irrégulière, chez une nourrice d'ailleurs bien portante, ne représentent pas une déperdition suffisante pour compromettre la santé de la femme, ni pour provoquer l'altération de son lait. Il est donc bien essentiel, lorsqu'il s'agit d'apprécier les quahtés actuelles d'une nourrice, de distinguer le vrai flux menstruel des apparitions sanguines légères dont elle peut être accidentellement affectée.

Avant d'aborder l'examen des altérations que le lait des nourrices menstruées est susceptible de subir, établissons par quelques données statistiques quelle est la proportion des femmes qui offrent cette particularité. Seux, fils, dans le travail que nous avons déjà cité, dit avoir questionné à ce point de vue vingt-neuf femmes qui, ayant toutes allaité leur propre enfant, n'avaient pas d'intérêt à dénaturer la vérité. Sur ce nombre, dix-neuf n'avaient eu leur retour de couches qu'après la cessation complète de l'allaitement ; mais les dix autres avaient vu revenir leurs règles pendant la lactation. Comme on voit, c'est une proportion de plus d'un tiers pour les femmes menstruées pendant qu'elles étaient encore nourrices. D'une autre part, Fâye (de Christiania), sur mille trois cent vingt-sept femmes qu'il a pu interroger à cet égard, en a trouvé cent vingt-cinq qui avaient été réglées pendant quelles allaitaient; ce qui constitue une proportion de 10 6/10 pour 100 de femmes menstruées pendant la période de lactation. De ces 125 femmes, 40 étaient mariées et 85 non mariées.

67 d'entre elles, ajoute Paye, ont clé réglées pendant leur lactation après la i" grossesse

27 — — — — après la 2" —

7 — — — — après la 5" —

4 — — -^ — après la 4* —

o -^ — — — après la 5" —

4 — — -^ — après la 6" —

2 — — — — après la 10* —

Plusieurs ont déclaré qu'elles avaient été réglées pendant des lactations successives, et qu'elles avaient conçu pendant qu'elles nourrissaient leurs enfants.

La durée de la lactation a varié entre quelques mois et deux ans et demi ; 60 femmes ont donné le sein de un à deux ans et au-dessus. L'âge des femmes était compris entre 19 ans et 45 ans. La plus jeune (19 ans) était mariée et venait d'accoucher de son second enfant, à la Maternité de Christiania. Elle avait allaité son premier enfant pendant deux ans et, dès le quatrième mois ses règles étaient apparues. Quant à la plus âgée (43 ans), accouchée pour la onzième fois, elle aurait eu, selon son dire, ses menstrues après tous les accouchements précédents, pendant qu'elle allaitait ses enfants.

Comment expliquer la difiérence considérable qui existe entre les résultats obtenus par Seux, et ceux que Faye a indiqués. Pour le premier de ces observateurs,

MI'.NSTIUJATION. 725

la piopoition des femmes nienstruées iiendant la lactation serait de plus d'un tieis, tandis que, pour le second, elle serait seulement d'un dixième ou un peu plus. Faut-il invoquer la diftorence des climats, les observations de Seux ayant ■■té faites à Paris et à Marseille, alors que celles de Fâye ont été recueillies en Norwége? Nous ne le pensons pas. Faut-il plutôt suspecter la rigueur des observations de l'un ou de l'autre, ou bien la petitesse du cbiffre de la statistique de Seux? Nous ne croyons pas davantage que là soit la cause principale d'une telle divergence de résultats. Il nous paraît plus vraisemblable que celle-ci provient de ce que Seux aura compte, comme femmes réglées, toutes celles qui lui ont affirmé avoir eu quelque apparition sanguine dans le cours de la lactation, tandis que Fâye n'aura considéré comme telles que celles chez lesquelles l'écoulement avait été répété et assez abondant. Nous croyons, en effet, que parmi les femmes qui nourrissent pendant un an ou dix-huit mois, il en est bien une sur trois qui présente, à une époque quelconque de l'allaitement, quelque perte plus ou moins notable de sang; mais, par contre, qu'il n'en est guère qu'un huitième ou un dixième qui soient véritablement raenstruées, c'est-à-dire qui, outre le travail vésiculaire de l'ovaire, offrent un écoulement sanguin périodique très-analogue, sinon semblable, à celui dont elles sont affectées dans les temps ordinaires.

Le lait des nourrices menslruées éprouve-t-il, en réalité, des altérations qui le rende nuisible à l'enfant? Nous avons déjà exprimé notre opinion sur ce point. Pour Donné, tantôt les règles exerceraient une influence fâcheuse sur les qualités du lait, tandis que, plus souvent, leur action serait nulle à cet égard. D'après Gendrin, la menstruation provoquerait une diminution dans l'activité de la sécrétion mammaire. Le lait serait alors toujours plus séreux et moins riche en principes alibiles ; les globules et les granulations, que le microscope permet d'y reconnaître, se présenteraient en moindre quantité ; ce liquide, en un mot, se rapprocherait, par sa composition et ses effets physiologiques sur l'enfant, de celui qu'on trouve dans les mamelles après l'accouchement et qu'on désigne sous le nom de colostrwn. Aussi, pour peu que Fenfant continue d'en faire usage, il se trouverait bientôt insuftisamment alimenté, et des troubles digestifs se manifesteraient en même temps qu'un amaigrissement général.

Raciborski, à la suite de recherches spéciales sur ce sujet, a émis cependant une opinion différente des précédentes. Pour ce sagace auteur, la seule altération qui serait réellement due à l'influence des règles consisterait dans une diminution des proportions de globules butyreux ou de la crème. Ainsi, dans l'une de ses observations, le lait ayant été examiné pendant deux époques menstruelles, on trouva que la crème était descendue de 8 et de 10 degrés à 5 degrés. Dans uue autre, la diminution fut plus marquée encore, puisque les proportions de crème, représentées par le chiffre 12 dans l'intervalle des époques menstruelles, descendirent au moment des règles jusqu'à i degrés. Cependant l'auteur ajoute que cette diminution des globules butyreux, constatée dans plus de moitié de ses expériences, ne s'étend jamais au delà des limites où elle constituerait un mauvais lait. Celui-ci est évidemment moins riche, mais il ne serait pas mauvais pour cela, surtout si Von considère qu'il reprend habituellement sa composition primitive après la période des règles.

Voici d'ailleurs les conclusions par lesquelles l'auteur termine son travail :

« 1» Le lait des nourrices qui contmuent à être menstruées pendant l'allaitement ne diffère pas sensiblement, sous le rapport de ses quahtés physiques, de sa réaction chimique et de son a::pi:ct microscopique, du lait des nourrices non

724 MEA'STKL'ATION.

réglées. L'hémcvrliagie mensti'uelle ne parait p is davantage modifier notablement la iiatiiro du lait.

2° La seule particularité que semble présenter les nourrices réglées consisie en ce que leur lait paraît ê(re généralement moins riche en crème, pendant la durée de l'évacuation menstruelle, que dans l'intervalle des époques des règles.

3° La continuation des règles chez une nourrice ne semble avoir aucune influence sensible sur la santé des enfants ; généralement ils ne se trouvent pas indisposés au moment du flux menstruel.

A" 11 ne nous semblerait pas raisonnable de refuser une nourrice par cette sewle considération qu'elle continuerait à être menstruée, les nourrices réglées n'étant pas du tout (toutes choses égales d'ailleurs) moins bonnes nourrices que celles qui ne sont pas nienstruées.

5° Eu égard à la surexcitation nerveuse qui accompagne généralement, quoique à différents degrés, les époques cataméniales, on doit surveiller davantage les nourrices menstruées pendant l'écoulement des règles, et les mettre à l'abri de toutes les impressions morales vives qui pourraient réagir, avec plus de force, sur le système nerveux des nourrissons. »

Nous avons reproduit intégralement ces conclusions, parce qu'elles émanent d'un observateur consciencieux et qu'elles sont le résultat des seules recherches coniplèles qui aient été entreprises jusqu'ici sur la matière. Au point de vue pratique, c'est-à-dire en ce qui concerne le choix et l'appréciation des qualités d'une nourrice, nous ne pouvons toutefois en adopter la teneur; car nous répétons que, d'après notre observation personnelle, les nourrices réellement menstruées deviennent, en général, bientôt de mauvaises nourrices. Nous croyons que l'enfant, dans mainte circonstance, représente un réactif plus sensible, plus délicat que les réactifs chimiques, et qu'il peut révéler, dans la constitution du lait qui lui sert d'aliment, l'existence d'altérations que les procédés chimiques ou l'examen microscopique seraient encore impuissants à démontrer. D'ailleurs, Raciborski lui-même semble atténuer ses conclusions lorsqu'il ajoute : « Plus d'une fois, depuis l'époque de nos recherches, nous avons vu des nourrices qui étaient réglées an bout d'un certain temps d'allaitement. Toutes les fois qu'elles n'étaient pas malades ou affaiblies, elles pouvaient nourrir, tout étant menstruées, sans inconvénient ni pour elles, ni pour les enfants. C'est à peine si l'on voit quelquefois les enfants Acs&mv plus pâles pendant ces époques. » Ce qui revient à dire, en déûnitive, que certaines nourrices, quoique réglées, sont capables de continuer avec succès l'allaitement qu'elles ont commencé. Mais reste à savoir quelle est la proportion de ces nourrices exceptionnelles. Pour nous, il s'agit d'une proportion minime qui ne saurait légitimer l'opinion trop favorable et trop générale que renferment les conclusions précédenles.

4° Avec les maladies aigxiës et chroniques. Certains états morbides de l'enfance sont susceptibles de modifier l'époque d'apparition habituelle de la puberté et de subir, en retour, divers cbangements dans leur évolution, à la suite de l'établissement de la menstruation. Telles sont, en particulier, la cachexie scrofuleuse et la chlorose. Ces deux affections, par l'action dépressive qu'elles exercent sur l'économie, de même que par l'atonie qu'elles entretiennent dans les organes génitaux, retardent généralement l'apparition du travail ovulaire et la première manifestation des règles. Ce retard est naturellement très-variable, suivant une foule de conditions, dont l'influence vient tantôt s'ajouter à celle de la maladie constitutionnelle, ou tantôt la combattre. Mais les jeunes filles clilorotiques ou scrofu-

leuses qui vivent sous le climat tle Paris, n'arrivent souvent à la puberté que plusieurs mois, un an ou deux ans plus tard que d'autres, qui vivent dans les ^ mêmes conditions et qui sont exemptes de ces affections. Les familles comprennent bien que la source de ce retard dépend de la maladie. Ce qu'elles admettent moins facuement, cest que l'apparition des règles ne soit pas toujours une circonstance favorable pour la guérison. Par suite d'un ancien préjugé qui, aujourd'hui encore, est très-répandu, on se représente que, pour liàter la terminaison de la chlorose ou l'amélioration des scrofules, il convient de recourir à l'emploi des emménagogues. Comme si les règles, ajoutant leur effet débilitant à la faiblesse générale de l'organisme, étaient capables de remédier à un tel état constitutionnel! La vérité est que les excitants propres des organes génitaux, employés dans de semblables conditions, restent le plus souvent sans résultat et ne précipitent nullement l'apparition du flux menslruelî circonstance d'ailleurs fort heureuse, puisqu'elle prévient les inconvénients d'une perte sanguine anticipée.

Pour être légitime et bienfaisante, l'hémorrhagie cataméniala doit succéder au développement folliculaire et se montrer comme la conséquence ou le complément du travail ovarien. C'est donc à piovoquer celui-ci que devrait tendre la médication, s'il était démontré que la menstruation vraie, celle qui s'accomplit à la fois dans l'ovaire et dans l'utérus, est propre à juger la maladie. Mais, tout au contraire, celle-ci ne fiùt ordinairement que s'aggraver sous l'intlueuce du flux périodique, lorsque l'apparition de l'hémorrhagie n'est pas due à une amélioration préalable de l'économie. D'où il suit que c'est par un traitement général, dirigé contre la maladie, que l'on arrivera plus sûrement à la faire disparaître comme à favoriser l'établissement de la menstruation.

D'après les recherches de Beau, de Laudouzy, de Briquet, etc., certaines névroses, telles que l'épilepsie et l'hyslérie, seraient ordinairement aggravées d'une façon notable, plutôt qu'améliorées, par la manifestation de la puberté et l'accomplissement de la fonction menstruelle. C'est du moins ce que tendent à démontrer les deux relevés suivants. Sur 109 épileptiques interrogées par Beau, 43 avaient été atteintes de la maladie entre six et douze ans ; 49, enlre douze et seize ans ; et 17 seulement, entre seize et vingt ans. Marotte a trouvé pareillement, entre la menstruation et l'épilepsie, une relation très-manifeste qu'il rapporte à trois modes différents : tantôt la menstruation n'est pour rien dans la produclion de la névrose, mais elle contribue à aggraver les attaques; tantôt l'épilepsie, quoique antérieure à la puberté, reçoit de la répétition des phénomènes menstruels une surexcitation évidente qui a pour effet d'augmenter le nombre des accès ; tantôt, enfin, la néviose, quoique due à d'autres influences que la menstruation, se relie si étroitement à celle-ci, que les attaques reviennent périodiquement aux époques cataméniales. D'une autre part, d'après une statistique dressée par Briquet, sur 821 hystériques :

71 avaient vu débuter la maladie avant lO ans.

157 — — entre 10 et 13 an

239 — — — 15 et 20

158 — - — 20 et i5

67 — — — 25 et 31)

47 — — — 30 cl ô3

2i — — — 55 et -iO

9 — — — 40 et 43

7 — — — 50 et 53

7 — — — 55 et 6;t

2 — — — 60 et SO

Ces chiffres, comme on voit, démontrent que la relation entre l'hystérie et la menstruation est bien réelle. C'est entre 10 et 50 ans, et particulièrement entre 15 et 20 ans, ainsi qu'il résulte des recherches de Landouzy et de Briquet, que cette affection apparaît pour la première fois dans la grande majorité des cas ; et, si l'on se rappelle que les accès d'hystérie se montrent de préférence à l'approche ou pendant les époques cataméniales, on se convaincra de l'existence d'une corrélation plus ou moins étroite entre la fonction menstruelle et l'excitalilité du centre nerveux cérébro-spinal. Pour le dire en passant, la manie, de même que les deux névroses précédentes, se trouve généralement influencée d'une façon défavorable par les retours périodiques de la menstruation.

Un fait non moins remarquable que ceux dont nous venons de parler et qui a frappé tous les observateurs, c'est que les déviations de la colonne vertébrale débutent ordinairement aux approches de la puberté. Quant à celles qui existaient déjà avant cette époque, loin de s'amender sous celte influence, elles ne font au contraire que s'accentuer davantage. De là, l'idée toute naturelle de rattacher cette aggravation à l'action débilitante de la perte sanguine. C'est, en effet, ce qu'ont pensé la plupart des auteurs qui se sont occupés du sujet ; et telle est aussi notre opinion. Raciborski, cependant, a combattu cette manière de voir. Pour lui, la fréquence plus grande dos déviations de la taille, au moment de la pubeité, serait due plutôt à un trouble dans la nutrition du système osseuv et, quelquefois peutêtre, à des contractions spasmodiques de certains muscles du dos. Nous ne contredirons pas, assurément, à celte interprétation, puisqu'elle exprime un lait généralement vrai ; mais nous demanderons quelle est la cause de celle altération nutritive qui affaiblit les os et les ligaments, si ce n'est la débilité qu'entraînent, en pareil cas, les manifestations de la puberté.

Parmi les affections aiguës ou chroniques dont les femmes peuvent être atteintes dans le cours de leur activité génitale, on conçoit que celles qui intéressent les ovaires on la matrice aient des rapports directs avec les phénomènes de la menstruation. C'est, en effet, ce que l'on observe communément. Nous avons déjà dit comment les altérations organiques de l'ovaire et l'inflammation suppurative de cet organe pouvaient entraver ou annihiler le travail vésiculaire; mais nous avons fait remarquer, en même temps, que toutes les fois qu'une portion, même minime, de la couche glanduleuse se trouvait conservée, le développement des follicules était par cela même possible encore, et, de lait, se constatait assez fréquemment. Ajoutons que, par contre, l'excitation provoquée dans l'ovaire au moment de l'évolution vésiculaire atteint parfois jusqu'à l'inflammation, et détermine les symptômes d'une véritable ovarite. Cette ovarite menstruelle, ainsi qu'elle a été désignée, ofi're comme caractères particuliers d'être extrêmement douloureuse, presque apyrétique, et généralement accompagnée de nombreux troubles nerveux ou cougestifs, tels que douleurs lombaires, spasmes du col vésical, névralgies crurales, vomissements, migraines, etc.

Quant aux altections utérines, ordinairement aggravées par la menstruation lorsqu'il existe un état inflammatoire plus ou moins prononcé ou une disposition aux congestions hémoirliagiques, elles ne subissent, au contraire, qu'à un faible degré l'influence défavorable de Thyperémie cataméniale, si elles consistent en de simples déviations, abaissements ou flexions de l'organe. Mais ces diverses affections, inflammatoires ou autres, rendent souvent l'hémoirhagie menstruelle plus facile et plus abondante ; parfois même, comme dans les c;is de polypes ou dt cancers, la perte sanguine devient telle, qu'elle constitue, pour la femme, un

danger menaçant. Après la ménopause, il en est tout autrement : les maladies de l'utérus, outre qu'elles sont plus rares, excitent beaucoup moins de perturbation dans l'économie; leuis symptômes sont moins apparents, leur marche moins rapide et leur pronostic, dès lors, sensiblement plus bénin.

Après 1 utérus et l'ovaire, les organes respiratoires sont ceux qui offrent, dans le cours de leurs altérations, le plus de rapports avec la fonction menstruelle. Ces rapports, toutefois, comme on va le voir, sont presque restreints aux affections chroniques. Plusieurs auteurs se sont occupés, dans ces derniers temps, de la question ; et Raciborski, l'un de ceux qui l'ont le mieux étudiée, résume ainsi ce que la science moderne possède de notions précises sur ce point :

« 1° Les phlegmasies aiguës des organes respiratoires n'exercent généralement aucune influence sur la marche des règles; dans la plupart des cas, on voit l'évacuation menstruelle s'opérer, comme à l'ordinaire, au début de ces phlegmasies.

« 2" Lorsque les phlegmasies aiguës des organes respiratoires débutent peu de temps après une époque menstruelle, la perte sanguine peut manquer ou être trèspeu abondante à l'époque suivante ; mais ce résultat ne doit pas être attribué à la nature de la maladie, il est dû aux émissions sanguines et à l'affaiblissement occasionné par la diète. La même conséquence se produit toutes les fois que ce traitement a été appliqué.

« 5" L'évacuation menstruelle qui arrive dans le cours des affections dont il s'agit, n'a aucune influence sur la marche de celles-ci ; par conséquent, on ne doit jamais, dans ces maladies, chercher à provoquer les menstrues, ni à favoriser leur retour quand elles ont été supprimées, en vue d'obtenir une amélioration. Il est vrai qu'on a cité des exemples de fluxions de poitrine qui se sont terminées d'une façon heureuse immédiatement après des hémorrhagies utérines. Mais il importe de ne pas confondre, ainsi que le fait observer Andral, ces sortes de métrorrhagies critiques avec le vrai flux menstruel.

« i" La suppression des règles, occasionnée par des émissions sanguines pratiquées pour combattre les phlegmasies aiguës des organes respiratoires, n'a jamais été suivie de résultats fâcheux; dès lors, l'existence des règles ne doit jamais servir de contre-indication pour les émissions sanguines lorsqu'on les aura jugées nécessaires. »

Cette dernière opinion de Raciborski nous paraît être trop absolue; car le nombre des observations rigoureusement recueillies n'est pas encore tel, qu'il permette de dire : jamais les règles ne devront, en ces circonstances, contre-indiquer la saignée. 11 existe, d'ailleurs, souvent une difficulté diagnostique touchant le vrai caractère de l'hémorrhagie (épistaxis utérine ou flux cataménial), qui jette nécessairement de l'obscurité sur les résultats et commande une certaine réserve dans les conclusions.

Quant aux affections chroniques des organes respiratoires, elles se comportent très-différemment eu égard aux évacuations menstruelles; les unes, comme l'emphysème et la bronchite, n'altérant pas, en général, la fonction utéro-ovarienne, tandis que les autres, comme la tuberculose, la supprimant au contraire très-communément. Sur quarante-quatre malades chez lesquelles Raciborski reconnut l'existence de la phthisie tuberculeuse à différents degrés, cet observateur comjita trente-huit cas d'aménorrhée. Dans les six autres, la menstruation se continuait à peu .près comme à l'état normal. Cette suppression des règles ne commence, d'ordinaire, qu'un certain temps après le début de la phthisie, c'est-àdire lorsque la maladie a déjà retenti d'une façon marquée sur l'état des forces.

Chez les femmes qui, exceplioDuellement, conservent leurs règles pendant près" que toute la datée de la maladie, cette circonstauce ne paraît exercer aucun rôle salutaire sur la niarclie de la tuberculose. Il semble même que plusieurs d'entre elles se trouvent plus rapidement affaiblies et plus oppressées par le fait de la continutiou de cette fonction.

Les affections cardiaques ei le rliumatisme articulaire aigu ne paraissent pas être notablement influencés pnr la menstruation, et celle-ci à son tour n'est pas généralement modifiée par ces maladies.

Relativement à la fièvre typhoïde, comme aux maladies aiguës fébriles prises en général, il résulte des observations de Hérard, de Raciborski, de Gubler, etc. : 1» que le flux menstruel vrai ne se manifeste ordinairement pas, quand la maladie a débuté environ une semaine après sa dernière apparition ; 2^ que son retour se fait même attendre plusieurs mois après la cessation de la fièvre; 5° que les règles, au contraire, coulent à peu près comme de coutume, lorsque l'invasion de la maladie ne précède que de quelques jours leur apparition régulière; 4° enfin, que, dans les cas exceptionnels où la menstruation se manifeste dans le cours de la fièvre typhoïde, elle n'imprime cà celle-ci aucune modification particulière ni en bien ni en mal, de telle sorte que le pronostic de la maladie ne s'en trouve ni atténué ni aggravé.

Enfin, les fièvres éruptives, de même que les affections aiguës dont il vient d'être question, sont assez souvent marquées, à leur début, par une hémorrhagie utérine plus ou moins abondante; mais ce serait une erreur de la rattacher toujours à une menstruation, c'est-à-dire de la regarder comme la conséquence d'un développement vésiculaire. Gubler a beaucoup insisté, et avec raison, sur la distinction importante qu'il convient de faire entre certaines hémorrhagics accidentelles de la muqueuse utérine et celles qui sont la manifestation extérieure du travail ovarien. Or la fièvre, par la suractivité qu'elle imprime à !a circulation, tend souvent par ce fait et par les congestions locales qui l'accompagnent, à provoquer une exhalation sanguine de cette muqueuse, de même que parfois des épistaxis ou hémorrhagies nasales.

m. Causes et utilité de l.-^ menstruation. Les anciens, faisant consister cette fonction dans le seul fait de l'hémorrhagie périodique, se bornèrent naturellement à rechercher quelle pouvait être la cause de celle-ci, et ils apportèrent à cette détermination les idées dominantes de leur époque. Généralement ils adoptèrent la doctrine de la pléthore, l'une des plus antiques de toute la médecine. On sait que, d'après cette théorie, la femme pour alimenter son fruit et satisfaire à son rôle de mère, se trouve douée par nature d'une sanguification exagérée ; l'enfant se développe et se nourrit du sang maternel qui va directement constituer ses organes. Mais, en dehors du temps des grossesses, l'excédant de liquide nourricier, n'ayant pas d'emploi déterminé, ne pourrait être que nuisible à la femme si la nature n'avai* sagement pourvu à cette éventualité en préparant une voie de décharge qui, chaque mois, débanasse l'organisme du superflu. Telle serait la cause des règles.

D'autres théories, moins importantes, eurent également cours : celle des ferments fut, en un temps, l'une des plus accréditées, et aujourd'hui encore le peuple conserve, de ces idées sur la menstruation, le préjugé que le sang des règles est vénéneux, malfaisant comme un poison. Nous passerons sur toutes ses hypothèses, que les progrès de la science contemporaine ont rendues plus ou

moins surannées, et nous nborderons immédiatement l'examen rapide des causes et de l'utilité de la menstiualion, telles que la physiologie de nos jours permet de les comprendre.

Reclierclier quelle est la cause première de la menstruation équivaudrait à déterminer sous quelle influence se produit, dans l'ovaire, l'évolution et la déhiscence spontanée des vésicules de Graaf. Le travail ovarien, nous l'avons vu, est en effet le premier et le plus important des actes qui caractérisent la menstruation, celui d'où dérivent le flux sanguin de la matrice et les divers phénomènes sympathiques qui le préccdeiit ou l'accompagdent. Or ce travail de développement et de maturation folliculaire dépend d'une loi primitive de l'organisation de la femme, au même titre que l'accroissement des organes, que l'ossification des cartilages, etc., dans le cours de l'enfance. Les phases lunaires, auxquelles on a voulu rattacher la périodicité de la menstruation, ne contribuent en rien au retour des manifestations de cette fonction. L'ovulation s'effectue pour rendre la femme apte à la reproduction, comme le poumon respire pour hématoser le sang, et comme le cœur bat pour répandre la vie dans les divers organes. Sans doute, nous sommes autorisés à penser que le système nerveux est le foyer d'où part l'incitation qui provoque les phénomènes ovariens ; mais nous ne pouvons pénétrer au delà, et nous ignorons même suivant quel mécanisme cette incitation se transmet.

La question se réduit donc, en définitive, à préciser quelle est la cause des phénomènes secondaires de la menstruation, et particulièrement de l'hémorrhagie utérine. Cette cause, nous l'avons déjà signalée et, maintes fois, nous y avons fait allusion dans le cours de cet article; elle réside dans l'ovaire et consiste dans le développement rapide d'une vésicule de Graaf. iNous ne reviendrons pas sur les preuves que nous en avons données ; il nous suftit de les rappeler ici. Ajoutons que les autres phénomènes qui accompagnent les règles, et que nous avons étudiés plus haut, sont dus également comme ces dernières à l'influence du travail ovarien, influence qui rayonne dans presque tout l'organisme par 1 intermédiaire des actions réflexes.

Nous avons vu aussi que, paifois, l'ovulation et l'hémorrhagie pouvaieut se dissocier et exister l'une Jans l'autre. Les exemples de celte dissociation, pour être exceptionnels, n'en sont pas moins incontestables et d'une signification qui mérite d'être connue. Aussi, sans parler de l'opinion ancienne qui regardait le sang des règles comme destiné à la nutrition du fœtus, devons-nous jeter ici un rapide coup d'œil sur quelques théories, émises par les modernes, touchant l'utilité du flux menstruel et le rôle qu'il remplit dans l'économie. L'excrétion utérine se produisant, dans quelques cas, pour ainsi dire spontanément, en dehors de l'incitalion ovarienne, on se trouve naturellement conduit à chercher la solution de ce problème physiologique. D'ailleurs, alors même que l'hémorrhagie se trouve dépendante du travail vésiculaire, la question s'impose encore, puisque chez les animaux ce même travail vésiculaire n'est pas accompagné d'une excrétion semblable. Certaines femelles de singes ou d'autres mammifères, pendant la période du rut, offrent bien une excrétion muqueuse ou muco-sanguinolente plus ou moins analogue à celle de la femme. Mais la perte est loin d'être comparable, sous le rapport de sa quantité et de sa nature, à celle qu'éprouve la femme aux époques cataméniales.

Pour Aran, l'iiémorrbagie menstruelle remplirait un rôle spécial dans l'organisme de la femme; elle constituerait une fonction jusqu'à un certain point in-

730 MEÎXSTRUATION.

dépendante de l'ovulution, et pour laquelle tout aurait été prévu et combiné d'avance. On sait que d'npiès les recherches d'Ândral eL Gavanet, !a quantité de carbone brûlé par l'homme, augmente progressivement jusqu'à l'âge de trente ans; tandis que chez la femme qui est menstruée, c'est-à-dire pendant toute la période d'activité génitale cette quantité reste la même et ne s'écarte pas sensiblement de la moyenne. Or, c'est en s'appuyant sur cette donnée que Aran a édifié sa théorie. A quoi peut tenir, dit-il, cette grande différence dans la consommation du carbone chez l'Iiomme et chez la femme, si ce n'est à ce que, chez celle-ci la balance est rétablie par l'écoulement menstruel.

Contrairement à Raciborski, qui nie que le llux cataincnial ail aucun rôle particulier à remplir dans l'économie, il ne nous répugne nullement d'admettre que cette excrétion serve à éliminer une certaine proportion de carbone ; d'autant qu'il nous paraît fort difficile, dans l'hypothèse contraire, de comprendre comment une relation si étroite existerait entre la menstruation et la q\iantité de carbone brûlé. 11 nous semble que la nature, toujours prévoyante dans ses œuvres, a dû au contraire attribuer au flux sanguin des femmes un rôle plus ou moins important. Qu'à défaut de cette excrétion, une autre fonction la supplée et remplisse l'office qui lui était dévolu, c'est ce que nous croyons volontiers et ce qui nous permet d'expliquer comment l'aménorrhée n'entraîne pas toujours à sa suite des troubles de la santé. Mais il n'en reste pas moins très-probable que l'hémorrhagie menstruelle remplît quelque rôle utile dans l'organisme féminin.

Selon Gubler, outre que l'exhalation sanguine est une cause de soulagement et qu'elle produit une détente dans l'appareil génital fortement congestionné, elle entraînerait encore deux conséquences bien autrement importantes. D'une part, en effet, elle empêcherait l'hypertrophie de la muqueuse utérine et la transformation de cette membrane eu caduque; tandis que, d'autre part, elle s'opposerait à l'introduction de l'ovule dans les cavités où il doit se greffer pour accomplir sa destinée. Nous ne refusons pas d'admettre qu'il en soit ainsi jusqu'à un certain point ; mais nous ne croyons pas, comme Gubler, que ces deux conséquences représentent en réalité le rôle capital que les règles sont appelées à jouer dans l'économie. Malgré les progrès considérables de la physiologie moderne, nous sommes trop ignorants encore des phénomènes intimes de la fécondation, pour dire avec ({uelque certitude : la métrorrhagie, en réduisant le canal de l'oviducte à sa plus simple expression, interdit l'entrée de la cavité utérine à l'ovule qui, dès lors, se trouve condamné à une perte presque certaine. L'existence des conceptions qui ont lieu soit sur la fin de l'écoulement, soit dans les jours qui suivent, vient contredire cette manière de voir, et l'on sait qu'elles s'effectuent précisément, dans la plupart des cas, à ces mêmes époques. Le rôle nttribné, par ce savant professeur, à l'hémorrhagie, qui s'opposerait à la formation d'une caduque utérine, ne nous paraît pas non plus à l'abri de toute objection. Toutefois, il résulte des considérations développées par Gubler, que, si le flux menstruel ne remplit pas toujours le double office qu'il lui reconnaît, on ne saurait nier d'autre part que la perte de certains ovules, comme l'absence de caduque, ne puisse eu être parfois la conséquence.

On a dit aussi que l'hémoirliagie cataméniale préservait les femmes des phénomènes du rut, auquel Jes femelles de mammifères sont assujetties. Mais, ainsi que le remarque Gubler : « Attribuer la réserve léminine à cette disposition physique, c'est trop ravaler notre espèce au niveau des bêtes. » D'ailleurs, n'est-il pas remarquable, en opposition avec cette opinion, que les singes, chez qui s'ob-

MKNSTRUATJO.N. 751

serve un écoulement sanguin com[jarablc aux règles de la femme, sont précisément les animaux les plus lascifs de la création. Nous ne pouvons donc souscrire à celte théorie.

Ajoutons, pour terminer ce court examen, que, selon nous, la foncliou menstruelle ne remplit pas dans l'économie un rôle unique, mais au contraire un office très-complexe, et, selon toute apparence, quelquefois variable. De même que les sécrétions cutanée, rénale, hépatique, etc., l'exhalation cataméniale est utilisée à plusieurs fins. Non-seulement elle décharge le système vasculaire d'une certaine quantité de sang qui, chez la femme pourvue d'une riche sanguification, deviendrait une cause de pléthore et de troubles congestifs, mais elle concourt encore à éliminer de l'organisme une portion de son cari one, à ramener le calme dans les organes génitaux, qu'une forte hyperémie avait vivement surexcités, et enfin à empêcher la transformation de la muqueuse utérine en caduque. Aucune de ces attributions, sans doute, ne parait étie indispensable à l'équilibre delà santé; lorsque les règles font défuut, d'autres organes ou appareils suppléeut la fonction utérine absente, de telle sorte qu'on a pu croire à l'inutilité de l'excrétion sanguine. Mais cette dernière opinion nous parait entachée d'erreur et inacceptable en ce que, d'une part, l'aménorrhée est loin d'être constamment exemiite d'inconvénient ou d'altération de la santé ; et, d'autre part, parce que bon nombre d'organes reconnus importants sont parfois, comme la muqueuse utérine, entravés dans l'accomplissement de leur office, sans qu'il en résulte un état morbide évident, la fonction manquante étant suppléée par quelque autre.

IV. Déviations od altérations pathologiques. L'étude des nombreuses altérations que peut subir la fonction menstruelle, pour être complètement exposée, exigerait presque l'étendue d'un volume et dépasserait, par conséquent, de beaucoup les limites dans lesquelles nous devons nous renfermer. Nous ne ferons, dès lors, qu'indiquer ici la plupart d'entre elles, d'autant qu'elles doivent être spécialement traitées dans d'autres articles, auxquels nous renverrons le lecteur. Remaïquons d'ailleurs que, par troubles ou altérations pathologiques de la menstruation, il faut entendre les troublés ou les altérations qui se produisent dans l'un de ses phénomènes principaux (l'excrétion sanguine), plutôt que dans la fonction ovarienne proprement chte. Aussi, serait-il plus exact de leur attribuer une qualification moins générale, en les désignant simplement sous le nom d'altérations du flux menstruel.

a. Suppression brusque des règles. L'excrétion cataméniale peut être interrompue ou brusquement supprimée par des causes diverses. Sans parler de la fécondation (cause toute physiologique), qui a pour effet habituel de mettre fin à l'hémorrhagie, quand elle s'effectue dans son cours, il est d'autres influences plus ou moins accidentelles, qui sont également suivies du même résultat. C'est en particulier ce que l'on observe dans les cas de saignée du bras ou de perle sanguine consécutive à un traumatisme. La dérivation produite par la plaie suspend alors l'exhalation utérine, ou la supprime d'une façon complète. Longtemps on a cru que cette suppression devait être chose grave pour la santé, car les qualités nuisibles que l'on prêtait au sang des règles ne pouvaient, par le fait de la rétention, que déterminer une sorte d'empoisonnement de l'organisme. Mais une observation plus éclairée et plus attentive a démontré que ces craintis n'étaient nullement fondées. D'abord, ainsi que nous l'avons vu, le liquide menstruel n'est point un poison ; sa portion sanguine est constituée par du sang qui ne diffère pas

sensiblement du sang ordinaire. Sa rétention dans l'appareil vasculaire ne pourrait donc être malfaisante que par la réplétion qu'elle y provoquerait. Or, la perte, résultant de la saignée ou de l'hémorrliagie par traumatisme accidentel, sufiit pleinement à prévenir cette conséquence. La crise cataméniale se termine dans une autre région et d'une foçon plus rapide : voilà presque la seule dilférence. Sans doute, les organes pelviens, l'utérus, les ovaires et les ligaments larges surtout, peuvent en éprouver une perturbation fonctionnelle par suite de l'état d'hyperémie dans lequel ils se trouvent, et parce que celle-ci ne se juge pas localement par une exhalation sanguine suffisante. Mais ce trouble est tout passager; lacircjilation reprend son équilibre, et bientôt l'état congestif se dissipe sans accident morbide.

Il n'en est plus exactement de même de la suppression des règles qui succède à une vive émotion morale, comme à une grande frayeur, ou à une forte colère. Souvent alors des accidents nerveux se manifestent, soit une attaque d'hystérie ou d'épilepsie, soit du nervosismc, du délire, quelquefois de la manie, etc. Pareillement, lorsque les règles ont été supprimées par le fait d'un refroidissement, on voit souvent apparaître diverses affections inflammatoires de la poitrine, de l'abdomen ou d'autres organes. La cause principale de ces accidents réside, à n'en pas douter, dans l'action du froid ; mais la rétention du sang menstruel concourt aussi, pour une part variable, à la production et à l'aggravation de ces phle^^masies. Ce qui le prouve, c'est la fréquence même de celles-ci dans les organes pelviens, à la suite des suppressions brusques de l'écoulement cataménial.

b. Rétention mécanique du liquide menstruel. L'arrêt subit des règles a pour conséiiuence, ou le conçoit, de retenir dans le système circulatoire la quantité de sang qu'il restait encore à exhaler au moment de la suppression. Cette sorte de rétention reconnaît pour cause immédiate un fait d'ordre purement vital : la contraction des capillaires sanguins de la muqueuse utérine, et l'oblitération des petites déchirures microscopiques qui livraient passage au sang. Mais il existe une autre espèce de rétention, d'origine toute mécanique, qui diffère essentiellement de la précédente et qui doit être menliomiée ici ; nous voulons parler de la rétention par oblitération complète d'une partie du conduit vulvovaginal. Dans celle-ci, en effet, le sang est extravasé et n'offre plus de connexion avec l'appareil circulatoire. Un obstacle s'oppose à son écoulement au dehors; dès lors, le sang et les sécrétions muqueuses s'accumulent, à chaque période menstruelle, derrière la membrane ou la portion de conduit oblitérée qui ferme le passage. L'entrée du vagin, le vagin lui-même et le col de l'utérus, sont les trois points où. siège habituellement l'atrésie. Pour les détails relatifs à cette affection, ordinairement congénitale, nous renvoyons d'ailleurs aux articles Imperforation, Utérus et Vacix.

c. Déviation des règles. L'hémorrliagie cataméniale, au lieu de s'eflectuer toujours parla muqueuse utérine, s'opère quelquefois sur différentes régions du corps. Souvent le llux sanguin des voies génitales n'est que diminué, et non complètement remplacé par le llux anormal; alors ce dernier reçoit le nom de règles supplémentaires [menstruatio vicaria), tandis que dans les cas où il constitue à lui seul l'hémorrliagie périodique on le désigne sous le nom de règles déviées. Du reste, que l'cxbalation qui a lieu par une région anormale représente la totalité, ou seulement une partie du sang menstruel, il s'agit, dans un cas comme dans l'autre, du même état pathologique. C'est un trouble, une perversion nerveuse qui opère ainsi la déviation du sang de ses voies naturelles, et ces

sortes d'altérations du flux menstruel s'observent particulièrement chez les femmes névropathiques. « Dans certains cas, dit Parrot, on peut placer sur la même ligne et regarder comme ayant une signification identique toutes les hémorrhagies qui se produisent, s'associent, se suppléent, chez les femmes, à l'époque de leurs règles. Il n'y a pas, au point de vue de la physiologie pathologique, de différence nolable entre l'hémorrhagie qui, dans ces conditions, s'opère par la muqueuse utérine, et celles qui ont lieu par d'autres surftices. Toutes ces hémorrhagies calaméniales, prises dans leur ensemble, depuis l'h.ématidrose supplémentaire, que l'on appellera des règles déviées, jusqu'au flux utérin, que l'on pourrait envisager comme une hématidrose utérine, tantôt s'accomplissent avec le calme et la régularité d'une fonction, tantôt revêtent, les unes et les autres, l'hémorrhagie utérine aussi bien que l'épistaxis oui' hématurie, les caractères d'un accident morbide, et elles rentrent alors dans la classe des hémorrhagies névropathiques. »

Ordinairement le flux sanguin s'opère, en pareil cas, par des régions où les tissus sont dé;ourvus de leur tégument naturel, c'est-à-dire par des plaies, des ulcères, des ruptures déveines variqueuses, etc. ; ou bien encore par des membranes muqueuses, comme celles de la bouche, du nez, des paupières, etc. Mais, en réalité, il n'est aucun point de la surface tégumentaire qui ne paraisse susceptible de devernr le siège de ces hémorrhagies supplémentaires. D'après une statistique de 200 cas relevés par Puech dans les différents auteurs, on voit que l'exhalation sanguine a eu lieu :

Pai- In cuif chevelu 6 fois.

Par le conduit auditif 6

Par les yens (paupières et caroncules lacrymales) 10

Par la muqueuse nasale 18

Far les joues 5

Par les alvéoles dentaires 10

Par la bouche ^

Par la muqueuse bronchique. . • 2-i

Par la muqueuse stomacale. ... 5"2

Par les mamelles 23 fois.

Par le tronc, les aisselles, le dos. 10

Par Tombilic 5

Par la muqueuse des voies uri-

naires 8

Par la muqueuse intestinale et des

liémorrhoidcs 10

Par les mains et les doigts. ... 7

Par les membres inférieurs. ... 15

Par des régions multiples 8

Il est à remarquer que, chez les jeunes filles sujettes à cette anomalie, les parties génitales sont toujours le siège d'un suintement muqueux ou mucosano-uinolent, pendant les époques correspondantes aux règles. De plus, les phénomènes ovariens semblent se produire comme dans la menstruation régulière; c'est du moins ce qui résulte d'un cas observé par Puech. En pratiquant l'autopsie d'une jeune fille qui avait offert pendant sa vie un exemple d'hémorrhagie déviée, cet observateur reconnut que l'ovulation s'était accomplie comme à l'ordinaire, et qu'une déchirure avait même eu lieu peu de temps auparavant. Ajoutons qu'une preuve plus cerlaiue encore de l'existence du travail folliculaire consiste dans la série des faiis de grossesse qui ont été observés chez les femmes atteintes de Yatcuvie menstruelle. 11 existe, selon Piaciborski, une vingtaine d'exemples de ce genre ; et, ce qui mérite d'être noté, c'est que pendant toute la durée de la gestation on ne constata aucune exhalation s.uiguine anormale. Il en fut de même chez les femmes qui donnèrent le sem à leur enfant : aucun flux san'^uin ne reparut pondant l'allaitement. Ainsi, comme on voit, la dénomination de règles déviées s'applique très-exactement à ces pertes sanguines, qui sont de véritables hémorrhagies cataméniales.

Dans les cas d'hématémèse, d'épistaxis, d'hémoptysie, d'hématurie, etc., d'où émane le sang? Est-il fourni, comme plusieurs auteurs modernes l'ont pensé

734 itIENSTRUAT(0>'.

(Pinel, Bricheteau, Cliomel, etc.), par les organes si:crclciirs? Voici, à cet égard, quelle est la conclusion de Parrot, qui s'est occupé du sujet dans son Mémoire sur la sueur de sang. Pour ce savant collègue, les hémorrhagies dont il s'agit se feraient, selon toute vraisemblance, dans les glandes qui avoisinent les cavités muqueuses ou qui font partie intégrante du tégument interne : glandes lacrymales, salivaires; cryptes muqueuses des voies digestives, respiratoires, urinaires, etc.

d. Dysménorrhée. On désigne ainsi les règles difficiles, douloureuses, accompagnées souvent de caillots sanguins, de lames rd)rineuses, et parfois même de l'exfoliation complète delà muqueuse utérine [voy. l'article Dïsjiékorrhée).

e. Aménorrhée (voy. ce mot).

f. Ménorrhagie. Contrairement à l'aménorrhée qui est caractérisée par une absence plus ou moins prolongée du flu\ menstruel, la ménorrhagie consiste, au contraire, dans une abondance exagérée de l'écoulement sanguin. Elle est syraptomatique ou idiopathique Dans le premier cas, elle résulte du surcroît de congestion que provoque, à chaque période menstruelle, une lésion de l'utérus ou des organes voisins, telle que la métrite, les fongosités, les polypes, les ulcéiations du col, les engorgements phlegraoneux des ligaments larges, etc., etc. Dans le second cas, elle paraît être indépendante de toute lésion et se produit vraisemblablement sous l'influence de quelques dispositions générales de l'économie.

Quoique la ménorrhagie se distingue de la métronhagie proprement dite en ce qu'elle se manifeste exclusivement aux époques menstruelles, tandis que celle-ci est susceptible de se montrer en tout temps, nous renvoyons néanmoins son histoire à l'article i^rt/'onV/ai/ze. parce que les règles surabondantes ne constituent, en définitive, qu'une forme de cette dernière, et qu'il y aurait inconvénient ré 1 à scinder la description de ces deux états morbides.

V. IiNDICATIO.NS ET COXTRE-INDICATIONS THÉRAPEUTIQUES. LiégCOis , daUS SOU

Traité de physiologie a très-bien résumé ce qui est relatif à cette (juestion ; nous lui empruuterojis presque textuellement les deux passages qu'il consacre: A, à la médication emménagogue dans ses rapports avec les données de la science contenqjoraiue ; B, à radmnnsfration des médicaments au moment des règles.

A. On appelle médication emménagogue, dit ce regretté collègue, la médication dirigée dans le but de faire apparaître ou réapparaître les règles. Cette médication a nécessairement suivi de tout temps le courant des théories régnantes sur la menstruation. Quand celle-ci était considérée comme un moyen employé par la nature pour débarrasser l'économie du sang qui y était eu excès, ou pour éva^ cuer des principes nuisibles ; quand on pensait, de plus, que la suspension des règles dans une maladie devait provoquer son aggravation, les emménagogues occupèrent naturellement une grande place dans la thérapeutique. Mais aujourd'hui qu'il est bien certain que les règles ne sont qu'une conséquence de l'ovulation, que généralement les maladies aiguës ou chroniques ne sont point aggravées par la cessation de l'écoulement meuïtruel, et qu'elles ne sont point améliorées par leur réapparition, la médication emménagogue perd chaque jour de son crédit. A l'époque actuelle, elle n'est plus guère réservée qu'cà deux cas : 1" quand des retards prolongi's sont dus à une sorte de torpeur, d'asthénie des ovaires 5 2° quand les règles sont déviées, c'est-à-dn^e quand l'écoulement^ au lieu de s'opérer par l'utérus, s'effectue à la surlace de divers organes placés en dehors de la Sphère génitale. Dans le premier casj on conçoit qu'il y ait indication de chercher à réveiller la fonction ovarique qui, comme les autres, a sa pari d'influence sur

Mli.NSTKUATION. 75J

i équilibre général de la sanlé. Dans le second cas, il est indiqué pareillement de s'attacher à rappeler la congestion utéro-ovarienne, dont l'absence est la cause de la déviation des règles.

Pour arriver à rétablir le travail ovarique, ajoute Liégeois, le médecin dispose des moyens suivants :

1» Des excitants généraux, destinés à activer la circulation générale et la chaleur, des boissons stimulantes, etc.

2° Des excitants dont l'action se fait particulièrement sentir sur la matrice, lu vessie, le rectum : la rue, la sabine, l'aloës, Vuva tirsi, l'apiol, l'ergot de seigle, le borax, les purgatifs. La congestion que ces agents sont susceptibles de déterminer sur les organes précités, peut retentir sur la circulation de l'ovaire et susciter par cela même le développement d'une vésicule de Graaf.

3° Des substances qui activent la nutrition : les toniques, le fer, le quinquina, l'iode, etc. Ajoutons l'influence d'une bonne hygiène, des bains de mer, de l'iivdrothérapie, etc.

4° Des substances qui diminuent la plasticité du sang et favorisent son écoulement : le bicarbonate de soude, l'acétate d'ammoniaque.

5° Des agents qui semblent stimuler directement l'ovulation : la température élevée d'un climat plus chaud, les rapports conjugaux, l'électricité, peut-être la strychnine.

B. L'habitude de considérer l'écoulement menstruel comme" étant destiné à évacuer chez la femme le trop-plein ou le nuisible, a entraîné l'habitude de n'administrer aucun médicament pendant cette époque. Et cette pratique est encore tellement enracinée, que l'on voit beaucoup de femmes refuser toute médication pendant la période des règles. Mais les observations modernes ont fait voir com bien ces craintes étaient exagérées. Ni les potions, ni les purgatifs, ni les vomitifs n'ont jamais provoqué d'accidents parce qu'ils étaient administrés.pendant le flux menstruel.

D'après Hérard et Racibor.>ki, les règles ne seraient même pas une contre-indication pour la saignée. Souvent celles-ci n'en sont pas modifiées et, quand elles diminuent ou s'arrêtent, c'est toujours sans importance pour l'état général du sujet. Nous en dirons autant des bains tièdes (si redoutés des femmes à cette époque), pourvu,vbien entendu, qu'elles ne subissent pas de refroidissement à leur suite. Mais une précaution, que le médecin doit prendre, quand il prescrit des médicaments pendant la période menstruelle, c'est de bien rassurer la malade sur les prétendus dangers que la thérapeutique employée pourrait entraîner avec elle. Chez certaines femmes, en effet, l'excitabilité générale est telle à ce moment, que, sous l'influence d'une vive émotion, il peut apparaître des troubles nerveux d'une certaine gravité. C'est ainsi que nous pavait devoir s'expliquer le cas, sans doute unique dans la science, d'une femme dont parle Maisonneuve, et qui devint épileptique après une saignée du bras pratiquée pendant l'écoulement des menstrues. Les accès reparurent ensuite chaque mois, quoique les règles ne revinssent plus.

Cette impressionnabilité de la femme, à cette époque, continue Liégeois, ne doit pas non plus être perdue de vue quand il s'agit d'opérations chirurgicales, d'administration de médicaments devant agir énergiquement sur le système nerveux, enfin d'applications froides sur le corps. Ces dernières peuvent entraîner avec elles des dangers, non-seulement en agissant sur les organes centraux, mais encore en provoquant des hémorrhagies du coté de la vésicule de Graaf, hénior-

rhagies qui dans ce cas deviennont souvent la source de Vhématocèîe pelvienne {voy. ce mot.j. Depa.ul et Guéxiot.

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inEiKTAGRE. Mentagva. — Sijeosis. Le mot mentagre, de mentiim, menton, et «ypa, prise, prœda, aurait été créé, selon le rapport de Pline l'Ancien, pour désigner cette maladie qui prit naissance sous le règne de Claude, sévit particulièrement en Italie et s'étendit même sur le reste de l'Europe, se traduisant par une éruption sur la face, notamment sur le menton, d'où le nom de mentagra donné à cette affection comme une sorte de moquerie par les contemporains. Nous reviendroHs plus loin avec détails sur cette mentagre spéciale.

Mais on est assez généralement d'accord sur ce point que l'éruption mentagreuse était anciennement connue, et bien avant l'apparition de l'épidémie dont parle Pline, décrite par les auteurs grecs et latins sous le nom de o-uxwo-fç, sycosis, de o-O/.ov, ficus, figue, en raison de sa prétendue ressemblance avecle parenchyme de la figue.

Celse consacre un chapitre à l'histoire du sycosis. Il admet deux variétés de sycosis : le tuberculeux {ulciis rotundum), et le sycosis humide [ulcus humidiim). Le premier siège particulièrement à la face et le second au cuir chevelu.

Il faut pourtant reconnaître que, si les anciens ont, en effet, décrit réruption mentagreuse sous le nom de sycosis, ils n'attachaient pas toujours à ce mot un sens bien défini, puisque nous voyons Galien, Paul d'Égine et Aétms s'en servir pour désigner des tumeurs des paupières.

Quoi qu'il en soit, l'étude historique de la mentagre nous apprend que plus on s'éloigne de l'époque où parut la mentagre de Pline, plus on voit la mentagre perdre sa signification spéciale pour se rapprocher du sycosis, et enfin se confondre tout à fait avec lui ; en telle sorte qu'aujourd'hui ces deux mots peuvent être regardés comme synonymes. Toutefois, le mot mentagre exprime une idée délocalisation qu'il semble bien difficile de négliger dans sa définition ; et l'on doime généralement la prélérence à celui de sycosis, mot grec latinisé, aujourd'hui accepté dans toutes les langues de l'Europe, et qui offre l'avantage de ne pas préciser le siège topographique de l'affection, l'éruption mentagreuse pouvant se montrer non-seulement à la face, mais encore sur toutes les régions velues.

Dans cet article, nous nous servirons indistinctement des mots sycosis etmentagro, apphquant plus particulièrement le mot mentagre au sycosis du menton (sycosis menti).

Les auteurs qui, depuis Galien, ont écrit sur la mentagre dans le but d'éclairer

ME-NTAGRE. 739

sa nature cl d'eu établir le diagnostic, peuvent être partagés en deux camjjs. Les uns ont tracé la \oie qui devait plus tard conduire à l'école de Lorry et d'Alibert: ils ont employé la méthode des naturalistes, s'occupant surtout des rapports de ressemblance entre la mentagre et les affections analogues. Aétius, Paul d'Égine, etc., ont assimilé la mentagre à la lèpre, à l'esthiomène, aux dartres, à la syphdis. Le savant Lorry, précurseur d'Alibert, n'a point d'article spécial pour la mentagre, qu'il s'elforce de rattacher aux herpetes. AHbert, que nous considérons comme le chef de cette école, décrit la mentagre, dans son premier ouvrage, sous le nom de dartre pustuleuse, et plus tard, dans sa monographie des Dermatoses, la maintient toujours dans la même famille (dermatoses dartreuses), mais en la rattachant au genre acné sous le nom de varus mentagra.

M. Hardy admet notre mentagre parasitaire, et ne voit dans les autres mentagres que de l'impétigo. — Ainsi donc, le maître avait commis une erreur de genre en rattachant la mentagre à l'acné; l'élève en commet une autre en la rattachant au genre impétigo, ou plutôt à l'eczéma, puisque, pour M. Hardy, l'impétigo et l'eczéma ne font qu'un.

Les auteurs qui ont devancé Willan ne se sont occupés que du soin de préciser les caractères de l'éruption mentagreuse ou sycosique, et l'on peut dire à bon droit que Celse est un des premiers qui ait imprimé cette direction aux recherches sur les affections cutanées, et en particulier sur le sycosis.

Batemanet Samuel Plumbeont parfaitement décrit l'éruption mentagreuse ; ils en ont fait une éruption élémenlairement tuberculeuse, tandis que Biett a cherché à démontrer que la pustule était la période d'état de la mentagre. La vérité est que cette éruption se compose à la fois de pustules et de tubercules ; mais il est rare que le tubercule se termine par résolution ; le plus souvent il suppure, et n'est alors qu'une pustule profonde.

Enfin, en 1841, M. Cazenave a mis un terme à toutes les discussions, en précisant mieux qu'on ne l'avait fait avant lui le siège anatoraique de la mentagre. — La mentagre est une inflammation suppurative du i'oîlicule pileux : tel est le point fondamental qui résulte de ses recherches. Si celte inflammation est bornée au conduit extérieur du poil, on a le sycosis pustuleux ; occupe-t-elle, au contraire, le cul-de-sac du follicule qui est situé dans les couches profondes de la peau ou même dans le tissu cellulaire sous-cutané, on aura le sycosis tuberculeux.

Nous définirons la mentagre ou sycosis: une éruption caractérisée à la période d'état par des pustules acuminées, situées à la base des poils, et consécutivement par la production d'indurations tuberculeuses cutanées ou sous-cutanées.

Cette étude comprendra trois chapitres. Le premier sera consacré à l'iùstoire du sycosis, considéré comme affection générique. — Dans le deuxième, nous exposerons le classement donné à cette affection par les auteurs, et les divisions qu'ils en ont admises. — Enfin, le troisième chapitre aura pour objet, d'abord la description nosographique des espèces comprises dans notre genre sycosis ou mentagre (seméiotique cutanée spéciale), et ensuite l'exposé des indications thérapeutiques fournies par le genre et les espèces.

I. Du SYCOSIS 00 JIEXTAGRE, CONSIDÉRÉ COMME AFFECTIOK GÉNÉRIQUE. SyJIPTO-

MATOLOGiE. L'inflammation du follicule pileux se traduit par trois ordres de phénomènes qui correspondent à trois périodes ou degrés du processus inflammatoire, à savoir: 1° par des pustules caractéristiques; 2° par des tubercules cutanés ou sous-cutanés; 3" enfin, et accessoirement, par des furoncles, et même par de véritables phlegmons du tissu cellulaire.

740 MENTAGRE.

C'est de la prédominance plus ou moins exclusive de l'un des phénomènes précités que dépendent surtout les variétés si nombreuses que peut présenter l'érup-

tion de la mentagre.

La pustide constitue l'élément le plus essentiel du sycosis ; elle est le seul dont l'existence soit à peu près constante, non-seulement au début, mais à toutes les périodes de l'aflèction. Il se forme d'abord de petites pustules superficielles, éphémères, isolées, disséminées sur les parties velues de la face. Le malade est averti de leur présence par un léger sentiment de chaleur, de prurit ou de tension douloureuse qui le sollicite à y porter la main. Un certain nombre de poussées semblables peuvent ainsi se produire pendant un laps de temj)S indéterminé. Cependant les éléments pustuleux deviennent sur quelques points plus persistants, plus douloureux ; ils s'enfoncent plus profondément dans la peau, et une induration commence à se faire sentir à leur base, en même temps que leiu- sommet acuminé s'élève. A cet état, la pustule mentagreuse se présente sous la forme d'un bouton conoïde, à base pa[)uleuse ronge et résistante, et dont le sommet vésiculeux donne passage à un. poil. L'extraction de ce poil fait apparaître une gouttelette d'un liquide séro-purulent à l'orifice béant du conduit foHiculaire. Examiné un peu plus tard, vers le quatrième ou cinquième jour à partir de sa naissance, le bouton a pris une teinte blanchâtre dans le tiers ou le quart supérieur de sa hauteur; plus tard eufin, il a disparu complètement sous une croûte brunâtre, épaisse au centre, mince et détachée sur ses bords. Ces pustules se multiplient lentement, tantôt isolées, éparges, tantôt réunies eu groupes dont l'évolution simultanée donne lieu à une croûte unique, épaisse, brune, traversée par les poils qu'elle a enveloppés au moment de sa formation. Aucune règle précise ne semble, en général, présider à la distribution des éléments éruplifs, et l'on trouve le plus souvent sur un même malade toutes les phases et tous les aspects de l'affection : ici quelques pustules isolées en voie d'évolution, là, des éléments recouverts de croûtes individuelles, plus loin une agglomération de bou' tons acuminés, douloureux, entourés d'une auréole enflammée, ailleurs, enfin, un groupe pustuleux à la période de dessiccation.

Telle est l'éruption mentagreuse à son premier degré. Elle peut s'y maintenir pendant lort longtemps, ou ne le dépasser que d'une manière accidentelle et passagère. Mais dans d'autres cas le mal progresse; l'inflammation, d'abord limitée à la partie la plus extérieure de la gaîne tubuleuse du poil, pénètre plus profondément, s'établit dans le follicule lui-même, se propage par voie de contiguïté aux aréoles dermiques et jusqu'au tissu cellulo-graisseux sous-cutané au milieu duquel plonge le cul-desac folliculaire. De là, des tubercules, des nodosités profondes, des furoncles, des abcès, enfin, toute une série nouvelle de phénomènes qu'il nous reste à décrire.

Les tubercules de la mentagre sont ordinairement consécutils à la forme précédente ; mais ils peuvent aussi se développer primitivement, c'est-tà-dire indépendamment de toute production pustuleuse antérieure sur le point où on les rencontre. Ils sont isolés, peu nombreux, séparés les uns des autres par des tissus parfaitement sains; ou bien si multipliés et si cohérents que la peau ne présente plus qu'une surface mamelonnée et livide. Leur volume est des plus variables; tantôt c'est un petit noyaux tuberculeux comme jjerdu dans l'épaisseur du derme, et qui ne semble être qu'un prolongement de la base indurée de la pustule; tantôt, au contraire, c'est une nodosité profonde, qui atteint et dépasse les dimensions d'une cerise ou même d'une noix. Ces tubercules sont d'abord fermes, so-

MENTAGRE. 741

lides, résistants; mais an delà d'un certain volume, ils se laissent facilement déprimer. Leur forme est arrondie, parfois aplatie, dans d'autres cas, conoïdeoupisiforme, selon les résistances opposées à leur développement. Il en est qui sont pour ainsi dire, enchâssés dans le tissu de la peau ; d'autres font un relief trèsmarqué au-dessus de cette membrane. Dans ce dernier cas, le tubercule constitue une éminence ordinairement rouge, sensible à la pression, quelquefois lisse, le plus souvent inégale, raboteuse, et dont la surface peut devenir le siège d'ulcérations fongueuses d'où s'écoule un liquide sanienx et d'odeur fétide.

A une certaine période de la mentagre, il n'est pas rare de voir les deux espèces de productions marcher d'un pas égal, et mêler confusément pustules et tubercules sur les régions affectées.

Enfin que l'on ajoute à ces lésions propres à la mentagre les croiites impétigineuses qui souvent les compliquent, la raréfaction des poils, l'épaississement et l'induration du tissu cellulaire autour des tubercules, les furoncles, les phlegmons, les abcès dermiques ou sous-dermiques qui en sont fréquemment la con- .séquence, et il sera facile d'imaginer jusqu'à quel point cette affection peut déformer le visage de l'homme.

Marche. Durée. Terminaisons de la mentagre ou sycosis. La marche du sycosis est irrégulière, sujette à de nombreuses variations suivant les cas. La période pustuleuse peut se prolonger plus ou moins longtemps par poussées successives, avant l'apparition des tubercules proprement dits. D'autres fois, au contraire, mais ceci est fort rare, la pustule semble manquer ou manque en léalité, et l'inflammation suppurative protonde est le premier phénomène qui s'oifre à l'observation. La vérité est que le tubercule n'olfre rien de constant ni dans son existence, ni surtout dans son développement : tantôt petit, discret, bien limité au follicule, appréciable au toucher seulement, tantôt large, diffus, à surface rouge et proéminente. Il se termine quelquefois par résolution, mais le plus souvent il suppure, et doit être considéré dans ce cas comme une pustule profonde.

La mentagre, comme beaucoup d'autres affections, peut éprouver des temps d'arrêt pendant lesquels on voit pustules et tubercules s'eftacer graduellement ; mais ce ne sont là presque toujours que des intermissions bientôt suivies de poussées nouvelles et souvent plus intenses.

La durée de la mentagre est indéterminée. Abandonnée à elle-même, cette affection persiste pendant des mois et des années. Certaines formes sont très-sujettes à récidiver.

Lorsque la guérison doit s'effectuer, on voit les tubercules diminuer de volume, s'affaisser, puis disparaître ; les poussées pustuleuses deviennent de plus en plus rares, et enfin cessent de se produire ; mais la peau reste longtemps rouge, luisante, violacée, et marquée sur certains points d'empreintes cicatricielles indélébiles.

Cette guérison peut se pi oduire spontanément, par les seules forces de la nature. Comment et par quel mécanisme ce résultat est-il obtenu? c'est ce que nous allons essayer de faire comprendre.

Lorsque l'inflammation, qu'elle soit de cause externe ou de cause interne, s'est cantonnée dans le follicule, elle y détermine à la longue des altérations de texture et des troubles fonctionnels qui en modifient profondément la vitalité. Les parois de cet organe s'épaississent, s'indurent et deviennent le siège d'une exsudation séro-purulcnte d'abord, puis complètement purulente; ce liijuide, incessamment renouvelé, ramollit, détruit, emporte toutes les productions quelconques,

742 MENTAGRE.

spores végétales, débris épidermiques, etc., qui ont pu s'accumuler dans la cavité folliculaire. La papille pilifère, baignée par le pus, ne tarde pas elle-même à participer au travail pathologique des tissus qui l'environnent. Dans de telles conditions, le poil devient à son tour pour ces tissus un véritable corps étranger, une cause permanente d'irritation, en même temps qu'il constitue par sa présence un obstacle à l'issue des liquides sécrétés. Dès lors, tout va tendre autour de lui à le repousser et à l'éliminer : ses adhérences au bulbe s'affaibliront de plus en plus, puis seront détruites, et le poil se détachera spontanément ou sous l'effort de la plus légère traction. Mais cette chute n'est que temporaire; un nouveau poil se reproduit, qui peut également subir le même sort, les conditions pathologiques restant les. mêmes. Et cet état de choses peut persister fort longtemps, avec des alternatives d'amélioration et d'aggravation. La guérison survient alors de deux façons : ou bien l'inflammation finit par s'éteindre dans le follicule, qui peu à peu se déterge, et dont la papille plus ou moins altérée continue à sécréter les éléments du poil ; ou bien il y a destruction complète de cette papille, et le follicule devenu inutile seiface et s'oblitère par le rapprochement de ses parois. Dans le premier cas, le poil est d'abord grêle, lanugineux, décoloré ou rougeàtre, mais il reprend tôt ou tard ses propriétés normales ; dans le second cas, la guérison ne s'obtient qu'au prix de sa disparition défmitive.

Donc la nature épile, et par ce moyen guérit le sycosis. Tel est l'enseignement qui se dégage de l'observation des faits. Mais que de temps, que d'efforts souvent infructueux lui sont nécessaires pour arriver à ce résultat ! Il faut donc l'y aider, imiter le procédé qu'elle emploie, en un mot arracher nous-mêmes à son exemple ce poil à la chute duquel on la voit travailler pendant des semaines et des mois.

Siège topographique du sycosis ou mentagre. Le sycosis peut se manifester sur toutes les parties velues du corps, sur la face, le cuir chevelu, le pubis, le creux axillaire, la nuque, la face externe des membres, la région sternale, le dos des mains, etc., mais son siège de prédilection est aux lèvres, au menton, aux bords maxillaires et à la région sus-hyoïdienne, et c est alors qu'il prend plus spécialement et à juste titre le nom de mentagre.

Les caractères du sycosis sont d'autant mieux accusés, toutes choses égales, que le système pileux est plus développé. On sait qu'd existe deux espèces de follicules : des follicules à poils rudimentaires, et dont l'extrémité profonde ne dépasse pas le derme ; des follicules à poils parfaits, dont le cul-de-sac plonge dans le tissu cellulo-graisseux sous-cutané. Pour apprécier l'iulluence que peuvent exercer sur cette affection des dispositions anatomiques aussi tranchées, il suffit de comparer, sur un même sujet, le sycosis du dos de la main et la mentagre pustulo-tuberculeuse qui en a été le point de départ.

Bateman a admis, en se plaçant au point de vue du siège topographique, deux variétés de sycosis, le sycosis menti et le sycosis capillitii. C'était reproduire les variétés de Celse. M. Devergie a adopté la même division, mais en substituant à l'expression de cajjz'/fâii celle àepilaris, afin, dit-il, de généraUser le sycosis capillitii que Bateman a décrit avec beaucoup de raison, mais qu'il n'a pu reconnaître qu'à la tête, tandis qu'd peut occuper toutes les régions velues du corps.

Je n'admets pas le sycosis capilHtii de Bateman, tel du moins que cet auteur l'entendait, pour des raisons que je donnerai plus loin ; mais le mot pihiris me paraît plus vicieux à tous égards que celui qu'il remplace. Cette épithète indique, en effet, non pas le siège topographique, mais le siège anatomique, qui n'a rien à

MENTAGRE. 745

faire dans la question, puisque tout sycosis, par cela seul qu'il est sycosis, implique l'aUération du follicule pileux, et qu'à ce litre, le sycosis du menton comme celui du cuir chevelu mériterait également la désignation de pilaris.

Étiologie de la mentagre. Le genre ne comporte qu'un petit nombre de considérations étiologiques.

Envisagé au point de vue de sa nature, le sycosis est de cause externe ou de cause interne. Nous reviendrons bientôt sur cette distinction fondamentale.

Le sycosis pustulo tuberculeux présente le caractère contagieux dans le plus grand nombre des cas.

La mentagre proprement dite est inconnue dans l'enfance ; mais c'est à cet âge ' que l'on observe surtout le sycosis du cuir chevelu. Les femmes se trouvent, relativement à la mentagre, à peu près dans les mêmes conditions que l'enfant; mais elles sont exposées au sycosis du pubis, des grandes lèvres, des régions axillaires.

Le sycosis, surtout lorsqu'il se place à la lèvre supérieure, affecte surtout les mdividus robustes, colorés, d'un tempérament sanguin.

La malpropreté exerce une action facile à comprendre. Alibert s'est exagéré l'importance de cette cause, qu'il considère comme l'une des plus fréquentes et des plus efficaces dans la production de la mentagre.

Une autre cause réelle, également notée par Alibert, et dont on a tant abusé depuis, est l'irritation produite par un mauvais rasoir.

Enfin, certaines professions prédisposent dans une certaine mesure au sycosis, ou contribuent à l'entretcmr chez les sujets qui en sont atteints. On l'observe fréquemment, par exemple, sur les forgerons, les fondeurs, les cuisiniers, qui sont exposés à un feu ardent; sur les cardeurs de matelas, les tileurs de coton, les chiffonniers, qui vivent dans une atmosphère chargée de poussières organiques plus ou moins irritantes.

Seméiotique. Diagnostic. Parmi les affections qui peuvent être confondues avec le sycosis, nous devons signaler l'impéligo, l'acné, l'ecthyma, le furoncle, le lichen, les abcès syniptoniatiques des caries dentaires, les syphilides circonscrites.

Impétigo. Les pustules n'ont pas spécialement et exclusivement pour siège la base des poils. Elles sont plus groupées, plus ramassées que dans la mentagre.

La pustule impétigineuse est purulente dans sa totalité, tandis que la pustule sycosique est papuleuse à la base et seulement purulente au sommet ; de plus, cette dernière est acuminée, caractère qui fait défaut dans la pustule

d'impétigo.

La durée des deux pustules est différente. Celle de l'impétigo se rompt après un temps très-court, vingt-quatre ou quarante-huit heures, tandis que celle du sycosis persiste cinq, six, sept jours même avant d'arriver à la période de dessiccation.

11 se produit, dans l'impétigo, un suintement séro-purulent souvent très-abondant et suivi de la formation de ci'oùtes molles, flavescentes, étendues sur de larf^es surfaces; le sycosis, au contraire, ne donne lieu qu'à une exsudation légère presque aussitôt coucrétée au sommet de ses pustules, sous forme de petites croûtes brunâtres, individuelles pour chaque élément éruptif.

Enfin, l'impétigo ne présente jamais, à aucune de ses phases, et si longtemps qu'il se prolonge, aucun phénomène que l'on puisse opposer aux tubercules, aux nodosités phlegmoneuses de la mentagre.

Acné. Les pustules de l'acné sont plus superficielles, plus enflammées ; elles

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suppurent plus incomplètement, et ne donnent jan.ais lieu aux croûte; parliculières de la mentagre. Elles se produisent d'une manière isolée, jamais en groupes. Leur siège habituel est sur les parties où abondent les glandes sébacées, le nez,, le front, les joues, tandis que la mentagre aftècte particulièrement le menton, les lèvres, les bords maxillaires, c'est-à-dire les régions ou le système pileux atteint son plus haut développement.

L'acné des glandes sébacées pileuses se distingue de la mentagre par la forme de sa pustule, qui est déprimée au centre.

Ecthijma et furoncle. L'ecthyma est rare à la face. Sa pustule est isolée, aplatie, large, entourée d'une auréole inflammatoire; elle donne lieu à une matière purulente plus copieuse, et qui se convertit en une croûte épaisse et saillante.

Le furoncle, lorsqu'il siège dans la barbe, pourrait faire naître l'idée de la mentagre. Mais la simplicité de la lésion, l'absence de groupes pustuleux et detuber' cules ne sauraient permettre l'incertitude.

Lichen. Le lichen de la face, le seul qui offre quelques traits communs avec la mentagre, en diffère par la vivacité et la persistance du prurit qui l'accompagne, par la forme de ses papules, qui n'ont pas exclusivement leur siège à la base des poils, et qui se développent sur le front et sur d'autres régions où ne s'observe pas la mentagre. Le lichen n'est pas associé à une éruption pustulo-furonculaire comme l'est le plus souvent la mentagre.

Abcès symptomatiques des caries dentaires. Ces petits abcès circonscrits, qui ont en quelque sorte leur siège dans l'épaisseur de la pean, attaquent les folhcules des poils, qui s'atrophient, se flétrissent, et tombent comme dans la mentagre. On conçoit dans ce cas, la possibilité d'une erreur. Mais un examen un peu attentif fera toujours distinguer ces petites tumeurs arrondies, si nettement limitées, molles ou fluctuantes dans toute leur étendue, des indurations de la mentagre.

Syphilides pustuleuse et tuberculeuse circonscrites. Lorsqu'elles siègent au visage, elles rappellent assez bien, l'une le sycosis pustuleux, l'autre le sycosis tuberculeux. Il importe donc de fixer ce double point de diagnostic.

Dans la syphilide pustuleuse, l'éruption est rarement limitée à la fiice, mais on la retrouve sur d'autres régions où la mentagre ne se montre jamais. Les pustules syphilitiques ne sont pas traversées par les poils ; elles se recouvrent de croûtes verdâtres ou brunâtres, épaisses, très-adhérentes ; une auréole sombre et de teinte cuivrée les entoure.

Quant aux tubercules syphilitiques, il est également peu ordinaire que la face en soit le siège exclusif; ils sont durs, indolents, ternes, de couleur bronzée ou d'un rouge obscur, peu volumineux ; ils ne dépassent presque jamais la face profonde de la peau, se recouvrent après ulcération de croûtes épaisses, noirâtres, vernissées, enchâssées dans le derme, et laissent à leur suite des cicatrices toujours reconnaissables. Ces caractères suffisent à les distinguer des tubercules sycosiques, qui ont un siège topographique spécial, une couleur rouge iuflanimatoire, des dimensions parfois considérables, et qui s'étendent presque toujours au tissu cellulaire sous-cutané.

Enfin, les syphilides ont été précédées ou s'accompagnent de pliénomènes qui ne laissent aucune place au doute, dans la grande majorité des cis.

Pronostic. Le sycosis doit être regardé comme une affection sérieuse en raison de sa durée souvent longue, des souffrances qu'il occasionne, et des obslacles

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