‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V.59Chapitre 19 sur 74 · LUTZ · texte numérisé non relu

LUTZ

MÉTH¥LA1VILINE. L'aniline OU />/«e>îî7amme (C^^H^Az = H >Az)peut

H j échanger, par double décomposition, un ou deux atomes d'hydrogène pour du méthyle G'^H^, de manière à produire de nouveaux alcalis : la méthylaniline et la diméthylanihne.

On obtient la méthylaniline ou raéthylphénylamine, en faisant réagir l'iodure de méthyle sur de l'aniline dans un ballon fermé, à la température de 100°. Il se forme ainsi de l'iodhydrate de méthylaniline :

C«H» ] Cm\ I + Ci^H^Az = G'^H« (G^H^) Az. HI = C' HM Az. Hl.

lodure Aniline. U I

de méthyle. '

lodhydrate de méthylaniline.

On sépare la méthylaniline de son iodhydr.Ue par la potasse caustique, et on la rectifie après sa séparation.

oa o VII

570 MÉTBYLE.

C'est une huile odorante, bouillant à 192°, se combinant facilement avec les acides pour former des sels plus solubles en général que les sels correspondants de l'aniline.

En traitant la méthylaniline par l'iodure de méthyle, ou l'iodure d'éthyle, on obtient l'iodhydrate de la diméthylamine ou de la méthyléthylaniline ; par l'action de la potasse caustique on met ces deux bases en liberté.

La méthylaniline, traitée par des agents d'oxydation apiiropriés, se transforme en une magnifique couleur violette soluble dans l'eau (violet de méthylaniline).

LCTZ.

MÉI'lIifLATES. En traitant l'alcool méthylique (esprit de bois) par le potassium ou le sodium, il se dégase de l'hydrogène et le métal prend sa place •

7lO' + ^K = ^*}0. + H.

' Potassium. ^ Hvdrogène.

Alcool Métbylate

mélhylique. de potassium.

Par le refroidissement, le méthylate de potasse ou de soude se sépare en une masse cristalline, les cristaux ont la forme de tables rhombes.

L'alcool méthylique peut se combiner directement à certaines substances en jouant le rôle de l'eau de cristallisation. 11 dissout la baryte caustique avec un grand développemeiU de chaleur. Évaporée dans le vide, cette solution laisse déposer des aiguilles soyeuses, combinaison défmie d'alcool méthylique et de baryte.

Le chlorure de calcium se combine également à l'alcool méthylique, et la solution évaporée donne de grandes tables hexagonales ; ces combinaisons ont reçu le nom de méthijlates. L.

MÉTHILCIXCHOXIXE. L'iodure de méthyle se combine directement à la cinchonine pour former un iudhydrate dont l'alcali, à l'état libre, constitue de la cinchonine, dans laquelle un équivalent d'hydrogène est remplacé par le méthyle C^H^

On fait dissoudre la cinchonine dans de l'alcool, et l'on y ajoute l'iodure de méthyle; après quelques heures, il se dépose des cristaux d'iodhydrate de méthylcinchonine, dont la quantité augmente avec le temps. La solution de ces cristaux étant traitée par de l'oxyde d'argent, on obtient un précipité d'iodure d'argent, tandis que la méthylcinchonine reste en dissolution ; la liqueur, filtrée et évaporée au bain-marie, laisse la méthylcinchonine.

C'est une base très-puissante, attirant l'acide carbonique de l'air, précipitant les sels des sesquioxydes, et formant avec les différents acides des sels très-solubles dans l'eau et dans l'alcool, et qui ne s'obtiennent que très-difficilement à l'état cristallisé. L.

nÉTHTLE [(C^H')*]. C'est le radical des composés méthyliques. Le gaz méthyle prend naissance quand on fait réagir, dans un tube de verre scellé à la lampe, à une température de 150", du zinc métallique sur de l'iodure de méthyle ; il se forme d'abord, par double décomposition de l'iodure et du méthylure de zinc.

C^H^I + 2Zn = Znl -f- C^H^Zn

lodure ZÏQC lodure Méthyluré

de méthyle. ** de ziuc.

MÉTHVLMORPHINE. 571

Le métliylure de zinc formé réagit à son tour sur l'iodure de méthyle pour former encore de l'iodure de zinc et du métliylure de méthyle ou méthyle.

C^H'Zn 4- C^H^I = Zni -f- j ^*

Métliylure lodure lodure ^

de zinc. de méthyle. de ziuc. Méthyle.

Après la réaction, on trouve, dans le tube de verre, de l'iodure de zinc, du méthylure de zinc et du méthyle ; ce dernier se trouve à l'état de gaz très-comprimé, et peut être recueilli sur le mercure.

Le méthyle est un gaz incolore et inodore, presque insoluble dans l'eau et trèspeu soluble dans l'alcool; la densité est égale à 1 ,0565 ; il ne se condense pas à une température de — 16°. Il brûle avec une flamme bleuâtre ; l'acide sulfurique concentré, l'acide azotique fumant et la potasse caustique sont sans action sur lui.

En combinaison avec l'oxygène, le chlore, le brome, l'iode, il constitue les élhers méthylique, méthylchlorhydrique, bromhydrique, iodhydrique, etc. Voyez pour ces composés le mot Éthers, amsi que pour les éthers méthylazotique, acétique, oxalique, etc.

Le radical méthyle peut se substituer à un équivalent d'hydrogène dans un grand nombre de composés organiques; il en résulte un grand nombre de combinaisons nouvelles que l'on trouvera dans ce dictionnaire au mol de la substance dans laquelle le méthyle s'est substitué à l'hydrogène. {Voy. Méthylaniline,

MÉTHYLTOLCIDINE, MÉXHYLNAPHTHÏLâMINE, MÉTHÏLQUINIÎiE, MÉTHYLMORPHIJNE, etc,

etc.) L.

MÉTHYLÈNE ((?H*). Ce gaz s'obtient en faisant passer du chlorure de méthyle G^H^Gl à travers un tube de porcelaine chauffé au rouge ; il se forme de l'acide chlorhydrique et du méthylène.

C^H^Cl = HGl + C^H^

Clorure Acide Méthylène,

de mélhyle. chlorhydrique.

On agite le gaz à plusieurs reprises avec de l'eau pour le débarrasser de l'acide clilorhydrique formé et du chlorure de méthyle non décomposé.

Le méthylène est un gaz incolore, sans action sur les papiers réactifs. Le chlore n'agit pas sur lui dans l'ombre, mais sous l'inHuence des rayons solaires il s'y combine pour former le bichlorure de m-éthylène C^H^CP. L.

MÉTHTLIQL'E (Acide). Voy. FoRMiQUE (Acide).

StÉtHTLlQUE (Éther). Voy. Éthers.

BIÉTHTUIERCAPTiini. Voy. Mercaptan.

inÉTHTOlORPHliME. La méthylmorphine est de la morphine dans laquelle Un équivalent d'hydrogène est remplacé par le radical méthyle. On obtient facilement l'iodliydrate de cette base, en mettant en présence de l'iodure de méthyle de l'alcool et de la morphine

Q3iHi9AzO« + G^HM = C"(fl*«C2H5)AzO«.HI.

Morphine, lodure lodhydrate

de méthyle. de méthylmorphiDe.

372 MÉlilVLUUINlNE,

Ce sel est très-soluble dans l'eau chaude, il se dépose par le refroidissement en cristaux aiguillés incolores. La solution aqueuse n'est précipitée ni par la potasse, ni par l'ammoniaque. Pour mettre la base en liberté, il faut mettre la solution en présence de l'oxyde d'argent récemment précipité ; il se forme de l'iodure d'argent insoluble, et la métbylmorphine existe en dissolution ; la liqueur filtrée est colorée et donne par l'évaporation une masse amorphe très-foncée.

La métliylmorphine est une base très-puissante, très-caustique, elle attire l'acide carbonique de l'air et neutralise parfaitement les acides. L.

MÉTOYL!VA.PHTTl,AMll\'E. La naphtylamine se comporte avec l'iodure de méthyle comme l'aniline et la toluidine ; il y a combinaison et formation d'iodliydrate de méthylnaphtylamine, qui, traitée par la potasse, laisse la métliylnaphtylamine en liberté ; c'est une base butyreuse neutralisant parfaitement les acides.

MÉTHYL\ICOTl\E. La nicotine G'^irAz, mise en présence du bromure ou de l'iodure de méthyle, s'y combine directement, en produisant une combinaison qui correspond à un iodure ou bromure d"ammonium, dans lequel un équivalent d'hydrogène est remplacé par du méthyle, et les trois autres par le groupement triatomique C*ir (nicotyle). Pour isoler la méthylnicotine de sa combinaison avecl'iode, on traite une solution aqueuse d'iodhydrate de méth\lnicotine par de l'oxyde d'argent récemment précipité, il se forme de l'iodure d'argent insoluble et l'hydrate de méthylnicotine reste en solution ; cette solution filtrée et évaporée au bain-marie se fonce et laisse un résidu visqueux ne présentant aucun indice de cristallisation.

La solution de cette base est inodore, d'une saveur amère ; elle a une réaction fortement alcaline, elle est très-caustique et agit sur l'épiderme d'une manière analogue à la potasse caustique. Elle neutralise parfaitement les acides, et attire même l'acide carbonique de l'air. Elle précipite un grand nombre de sels métalliques, et dissout aisément les oxydes d'aluminium et de zinc récemment précipités.

Les sels que la méthylnicotine forme avec les différents acides sont, en général, très-solubles dans Peau. Le chlorure cristalHse très-difficilement. L'iodure s'obtient en traitant la nicotine par de l'iodure de méthyle. Le mélange s'échauffe vivement, et se prend, par le refroidissement, en une masse cristalline. On lave les cristaux avec de l'alcool, et on fait cristalliser dans l'eau bouillante. L'iodure se dépose sous forme de cristaux brillants.

Le sulfate et l'azotate sont déliquescents et cristallisent très-difficilement.

MËTHTLOlCAlfllDE. En traitant des cristaux d'éther oxalique par du gaz ammoniac, on obtient de l'alcool méthylique et del'oxaraate de méthyle ou méthyloxamide. La diméthyloxamide s'obtient en faisant réagir la méthylamine sur l'éther oxalique. La réaction se fait avec dégagement de chaleur; quand elle est terminée, on trouve un magma blanc formé d'aiguilles fines que l'on purifie par des cristaUisations dans l'eau chaude. Ces cristaux sont moins solubles dans l'alcool que dans l'eau. La potasse caustique les décompose en méthylamine et acide oxalique. L.

lfIÉTHTLQCii\iIlVE. La quinine C-^'H^^Az^O* se combine facilement avec l'iodure de méthyle, pour former l'iodure de méthylquinine. On fait dissoudre la

WÉTHYLTOLUIDINE, 575

quinine dans l'éther et on y ajoute l'iodure de méthyle à la solution. Âa bout de quelques heures, les cristaux d'iodure de méthylquinine se déposent, la quantité en augmente avec le temps. La solution de ces cristaux est traitée par l'oxyde d'argent récemment précipité ; il se forme de l'iodure d'argent insoluble, et de l'hydrate de méthylquinine sohihle ; la solution filtrée est évaporée dans le vide.

La méthylquinine est solubledans l'alcool ; l'éther la précipite de cette solution, en cristaux incolores. Elle absorbe rapidement l'acide carbonique de l'air, le carbonate qui en résulte est cristallisable et très-alcalin.

La mélbylquinine est une base très-puissante, elle précipite la plupart des sels métaUiques, elle dégage l'ammoniaque des sels ammoniacaux. Les sels qu'elle forme avec les acides ne sont pas décomposés par la potasse caustique. Seul, l'oxyde d'argent décompose l'iodure de méthylquinine. L.

MÉTHTLSPIROÏLIQUE (Acide). Nitro-salicylate de méthyle. L'essence employée en parfumerie sous le nom d'huile de Wintergreea est formée en grande partie par du salicylate de méthyle. Ce corps peut aussi être obtenu artificiellement en soumettant à la distillation un mélange de deux parties d'acide salicylique cristallisé, deux parties d'alcool méthyhque et une partie d'acide sulfuriquc.

L'acide nitrique fumant attaque vivement le salicylate de méthyle, et le transforme en nitro-salicylate de méthyle, ou acide méthylspiroïlique. A l'état de pureté, cet acide se présente sous forme d'aiguilles très-tînes, d'un blanc légèrement jaunâtre, fusibles à 90^ volatils sans décomposition par une chaleur trèsménagée. Il est presque insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool ; la potasse et la soude le dissolvent très-bien; l'ammoniaque le transforme à la longue ennitrosahcylamide. L.

MÉTHTLSULFATES. L'acide méthylsulfurique, acide monobasique, se combine avec une seule proportion d'un oxyde métallique pour constituer des sels qui sont tous solubles dans l'eau. Le sel de potasse S^O^C*Jr\K. forme des tables rhombes très-déliquescentes. Le sel de baryte forme de belles tables nacrées, fort solubles dans l'eau. Le sel de chaux donne des octaèdres anhydres très-solubles. Le sel de plomb forme de longs prismes fort solubles et déliquescents. En décomposant leur solution par l'hydrogène sulfuré, on obtient du sulture de plomb insoluble, et l'acide sulfométhylique reste en solution. L.

MÉTHTLSCLFIJBIQIJE (Acide) [S-^O^iC^H'iH]. Cet acide résulte de la substitution du méthyle à un équivalent d'hydrogène dans l'acide sulfurique S'H-C*. On l'obtient facilement en mélangeant une partie d'alcool méthylique avec deux parties d'acide sulfurique concentré; le mélange s'échaufte beaucoup. Parl'évaporation spontanée de la liqueur, on obtient souvent des cristaux d'acide méthylsulfurique. Pour l'obtenir à l'état de pureté, il faut saturer la liqueur par du carbonate de baryte. 11 se forme du sulfate de baryte insoluble et du métiiylsulfate de baryte soluble; la liqueur filtrée est décomposée avec précaution par de l'acide sulfurique. La liqueur filtrée et évaporée dans le vide, laisse déposer des cristaux d'acide méthylsulfurique. Ces cristaux constituent des aiguilles incolores, fort altérables, solubles dans l'eau et l'alcool. L.

MÉTHTLTOLiJiDiiVE. La toluidine, mise en présence de l'éther métlivliodhydrique, s'y combine pour former l'iodhydrate de raéthyltojuidine. Ce .sel est

distillé avec une solution concentrée de potasse. Le méthyltoluidine distille. C'est une base huileuse incolore qui neutralise parfaitement les acides et forme des sels qui cristallisent généralement très-bien. L.

MÉTIS (Anthropologie). On est loin d'être d'accord sur l'usage précis qu'il faut faire de ce mot. Pour les uns (de Quatrefages) , il désigne les produits du croisement des races ou des variétés constantes d'une même espèce; en sorte que les produits des croisements humains sont des métis, non des hybrides; pour les autres, qui considèrent qu'il existe dans les différentes races humaines des différences spécifiques, métis est à peu près synonyme à'hybride (Nott, d'Omalius d'Halloy, Vogt, Broca, Périer). Littré et Robin veulent appliquer exclusivement ce terme aux animaux et réserver pour les hommes la dénomination de croisevient, laquelle ne peut évidemment s'appliquer aux produits ; d'ailleurs sur ce point l'usage a prévalu, et dans les différentes langues de l'Europe il existe un terme distinct du mot hybride pour désigner la progéniture de deux types humains sensiblement, mais non spécifiquement différents (mongrel, messizzo, mesiço, etc.). Se plaçant à un autre point de vue, A. Sanson a proposé de donner le nom d'hybride aux produits notoirement inféconds des générations croisées, et métis à ceux qui paraissent indéfiniment féconds; le léporide serait un métis, le mulet un hybride. Pour quelques-uns, le métis devrait provenir de deux races voisines mais sensiblement distantes, telles que le seraient dans les races humaines l'écossaise et l'italienne, par exemple, tandis que l'hybride résulterait d'un croisement plus disparate, tel que celui du Chinois et du Nègre. La définition même de I'espèce est impliquée dans le sens que l'on veut attribuer au mot métis ; en effet, pour ceux qui ne voient entre les groupes humains que des diftérences de variétés, les métis doivent être indéfiniment féconds entre eux, puisque cette propriété serait l'un des traits caractéristiques de l'espèce, d'après la définition classique. L'hypothèse de l'unité d'espèce humahie ne repose, après toute analyse, que sur la supposition d'une fécondité indéfinie. Si l'infécondité des métis en l'absence de réversion était établie ou seulement probable, il y aurait un degré proportionnel de probabilité à l'hypothèse que les groupes humains forment autant d'espèces, car les différences morphologiques des races humaines sont beaucoup plus considérables que celles de nombre d'espèces animales, infécondes entre elles. Mais la discussion de ce sujet ne rentre pas dans les hraites du présent article ; nous nous bornerons à considérer la question indépendamment des problèmes doctrinaux qu'elle soulève.

Le professeur Broca, dans ses Recherches svr l'hybridité animale en général et sur Vhyhridité humahie en particulier {Journal de physiologie de Brown Séquard, t. I, II et III, tiré à part, 1860), a étudié cette question de la façon la plus large à la fois et la plus précise, en l'éclairant d'un jour nouveau. 11 a établi chez les animaux les conditions organiques du rapprochement, et il a distingué l'hybridité abortive, très-incertaine, donnant naissance à des avortons, des différents autres genres d'hybridité : ces derniers se rangent sous les chefs suivants :

\° Hjbridité agénésique. Métis de premier sang tout à fait inféconds entre eux, soit avec les espèces mères et ne pouvant produire par conséquent ni descendants directs, ni métis de second sang.

2° H. dysgénésique. Métis de premier sang presque entièrement stériles. Inféconds entre eux. Pouvant quelquefois, mais rarement, se croiser avec l'une ou l'autre des espèces mères.

3» H. paragénésique. Métis de premier sang possédant une fécondité partielle :

a. Peu ou point féconds entre eux, et, lorsqu'ils produisent des descendants directs, ceux-ci n'ont plus qu'une fécondité décroissante nécessairement épuisée au bout de quelques générations.

b. Ils se croisent aisément avec l'une au moins des deux espèces mères. Les métis de deuxième sang issus de ce deuxième croisement sont féconds eux et leurs descendants, soit entre eux, soit avec les métis de premier sang, soit avec l'espèce la plus voisine, soit avec les métis intermédiaires qui résultent de ces divers croisements.

4° H. eugénésique. Métis de premier sang tout à fait féconds.

Tous les métis humains rentrent évidemment dans les deux derniers genres de Broca.

Quelques années après la publication de ses recherches sur l'hybridité, le même auteur, dans ses Instructions générales pour l'anthropologie, a donné la méthode suivante pour l'étude des croisements humains : « L'union de deux individus A et B de races différentes constitue le premier croisement et produit des métis de premier sang. En s'aUiant avec la race A par un premier croisement de retour, les métis de premier sang donnent des viétis de second sang. Le second croisement de retour est celui qui s'effectue dans le même sens que le premier, entre les métis de second sang et la race A : il produirait des métis de troisième sang et ainsi de suite. Au bout d'un certain nombre de croisements de retour, toute trace de métissage disparaît, c'est-à-dire que les produits perdent entièrement l'empreinte de la raceB et se confondent parfaitement avec la race A. Les croisements de retour vers la race B se déterminent et se dénomment de la même manière ; ds donnent lieu comme les précédents à des métis de second sang, de troisième sang, etc., jusqu'à ce qu'enfin les produits reviennent au type de la race B. Le tableau suivant donnera une idée de ces dénominations et fournira au besoin un moyen de notation fort commode :

Races pures A et B.

Premier croisement AB métis de premier sang.

Premier croisement de retour A-B ou B*A métis du second sang.

Second croisement de retour A'B ou B'A — de troisième sang.

Troisième croisement de retour. . . . A*B ou B*A — de quatrième sang.

Retour à la race pure A ou B.

« Les métis de même sang, ajoute Broca, en s'alliant entre eux pendant un nombre quelconque de générations, produisent des métis de même nom qu'eux. Indépendamment de ces types de métissage on trouve, dans toute population mélangée, un grand nombre de métis issus de l'union de métis d'ordres différents ou de ceux-ci avec l'une ou l'aufre des deux races mères. Ces métis à généalo^-ie complexe ne sont en général caractérisés par aucune dénomination. Lorsqu'on voudra les désigner, on pourra aisément le faire à l'aide du tableau précédent : ainsi le produit d'un métis de premier sang AB et d'un métis de troisième san^^ A^B, pourra être noté AB + A^B, la notation du père étant placée la première. De même la note A ■+- WA désignerait un métis dont le père est de la race pure A, et dont la mère est issue du premier croisement de retour vers la race B. Dans les pays où trois races très-différentes sont mélangées, le tableau des métis se composera de trois séries A et B, B et C, A et C ; et les métis à trois sangs seront désignés par les deux termes empruntées à deux de ces séries. Ainsi au Mexique, le métis de l'Européen A et de la négresse B s'appelle mulâtre (AB), le métis dû nègre et de l'indienne s'appelle zambo (BC) ; AB + BC désigne donc le produit

du mulâlre et de la femme zambo, tandis que BC + AB désignerait le croisement inverse du zambo et de la mulâtresse. Si tous les cas étaient aussi simples que celui-là, la notation ne serait pas nécessaire ; mais lorsque la généalogie est plus compliquée ou lorsqu'il n'existe pas de nom dans la langue vulgaire pour désigner le degré de métissage des parents, on ne peut se passer d'un procédé de noiation métliodique empruntée une nomenclature régulière » (Mém de la Soc. d'anthrop., i. Il, p. 176).

Le même auteur précise ensuite en quinze questions les nojîibreux et intéressants problèmes se rattachant aux métis. Nous les résumerons ainsi qu'il suit : •

4" Les conditions sociales et politiques des deux races A et B sont-elles de nature à rendre les croisements rares ou fréquents ?

2° Quels sont pour un pays donné les chiffres des races pures et des métisrechercher ensuite si le dernier chiffre est en rapport avec la proportion des unions croisées ?

5" Y a-t-il des raisons de croire que les individus des races A et B sont plus ou moins féconds dans leurs unions directes que dans leurs unions croisées ?

■4° L'union du blanc et de la négresse ou, en général, des hommes de races supérieures avec les femmes de races inférieures est la règle. Mais le contraire s'observe quelquefois, et, en ce cas, est-il vrai que l'union est beaucoup moins productive ?

5° Viabilité des métis de premier sang.

6" Fécondité des métis de premier sang. On prétend qu'ils sont très -peu féconds entre eux, très féconds dans leurs croisements de retour vers le blanc ou le nègre.

7**^ Validité et vitalité des produits des métis de premier sang AB -f- AB.

« Le but de cette question et des trois précédentes, ajoute l'auteur, est de savoir si le croisement des races A et B est engénésique ou de savoir, en d'autres termes, si les métis de premier sang seraient capables de constituer, à eux seuls, une race croisée subsistant par elle-même sans le socours des deux races A et B et des métis issus des croisements de retour. Il y a des cas où cette question paraît devoir être résolue par l'affirmative ; mais il y en a d'autres où l'on a cru pouvoir la résoudre négativement. Nous appelons particubèrement sous ce point de vue l'attention des observateurs sur les croisements des races blondes de l'Europe avec les races noires aux cheveux laineux. C'est surtout à l'occasion de ces croisements que l'on a contesté aux métis de premier sang la fécondité illimitée qui permet à un groupe d'individus de perpétuer leur race, pure ou croisée, sans le concours d'individus d'une autre origine. )i

8" Les métis de premier sang présentent-ils un type intermédiaire ou participent-ils de l'une des races plus que de l'autre?

9° Différences entre les métis de premier sang issus de croisements inverses, c'est-à-dire d'uTv père blunc, par exemple, et d'une négresse, et d'autre part d'un père nègre et d'une blanche. Quelques faits tendent à établir que ces métis participent un peu plus de la race maternelle que de la race paternelle.

10° Au bout de combien de croisements les métis de premier sang reviennentils au type A ou B ? Ce nombre est-il le même du côté de la race A et du côté de la race B ?

H° Quelles sont les limites des variations de caractères dans les métis, caractères toujours plus variables que ceux des individus de race pure.^

MKTIS. '>.'

12° Quelle est, sous le rapport, intellectuel et moral, la valeur des métis comparés auv individus de la race pure ?

13» Certains métis offrent-ils des aptitudes intellectuelles qui manquent à leurs parents de race pure ?

14» Les races métisses offrent-elles une proportion d'infirmes (idiots, aliénés, aveugles, bègues, pieds-bots, etc.) supérieure à celle que l'on observe chez les races mères ?

15" Les aptitudes et les immunités pathologiques des races mères se transmettent-elles aux métis et jusqu'à quel degré?

On voit par le seul énoncé de ces questions auxquelles Broca n'a rien laissé à ajouter, quel puissant intérêt elles peuvent offrir non-seulement à l'anthropologiste et au médecin, mais encore au philosophe et au politique.

L'un des premiers instigateurs de cette question, le docteur Nott (de Philadelphie), a, dès 1842, publié un essai sur Vhybridité, absolument défavorable aux races métisses ; douze ans plus tard, il est revenu sur cette question et n maintenu avec rigueur ses premières conclusions sur l'instabilité des hybrides de nègre et de blanc et sur leur infériorité générale, sauf pour l'intelligence, qu'il considère comme de valeur intermédiaire. Waitz, dans son Anthropologie (1er Natw'vôlker (1858), a consacré un chapitre étendu aux mélanges des races. Il traite de la plupart des questions posées par Brocà, mais sans la méthode et la précision qui les caractérise. La plupart des voyageurs cités par Waitz semblent attribuer dans les croisements de races très-distantes une influence prédominante au type paternel, tout au moins en ce qui concerne la forme extérieure. La tête des métis serait généralement celle du père. Le nègre et la blanche produisent un enfant plus négroïde que le blanc et la négresse, et chez les enfants des mulâtres, le sang blanc prédomine. Toutefois il cite des témoignages contradictoires; c'est ainsi que chez les métis de nègres et d'américaines du Brésil, c'est le type indigène qui prévaut ; les métis de Hollandais et de Cingalaises tiennent plus du Cingalais que de l'Européen. Bien d'autres faits de même ordre semblent établir qu'aucune règle simple ne peut être déduite de faits très-complexes. En tous cas, l'indigénat joue dans la question un rôle important.

Quelquefois pourtant 1 hérédité semble être unilatérale à un degré singulier. Une femme mulâtre a donné à un nègre deux enfants mulâtres et onze vrais nègres ; une négresse a donné à un mulâtre neuf ou dix enfants noirs et deux mulâtres (Nott et Gliddon). Un nègre de Berlin a eu, d'une blanche, sept filles mulâtresses et quatre garçons blancs (Siebold).

Les métis américains de père espagnol et de mère indigène sont les sujets des mêmes contradictions. Au Mexique, ils semblent tenir en général de la mère. Au Pérou, ils ressemblent plus fréquemment à la souche paternelle. Mais les variations considérables des caractères offerts par les métis ne permettent pas d'autres conclusions que celles d'une extrême variété d'origine sans détermination proportionnelle.

Aux yeux de Waitz, les trois types qui offrent le plus de ténacité dans les mélanges, sont le Nègre, le Mongol et le Hottentot. Ce même auteur est un des rares défenseurs de la théorie de l'amélioration des races par le croisement. Il croit à leur reproduction indéfinie et à l'amélioration constante du type inférieur parle supérieur. 11 dit que si en quatre générations un mulâtre peut se transformer en blanc, en cinq générations il se transforme en noir, par un croisement de retour ininterrompu, et il suppose sans doute que le mulâtre qui a disparu s'est

réellement transformé en blanc. Ce n'est là, on le voit, qu'mie interprétation. Quoi qu'il en soit, Waitz soutient qu'un mulâtre est supérieur a un nègre ; qu'à ce titre ou les préfère comme domestiques ; qu'à la Guadeloupe ils ont tout le commerce en mains ; qu'au Pérou, les métis sont théologiens et médecins; qu'au Brésil, ils se montrent même supérieurs en intelligence et en talents, quoique inférieurs en moralité ; les mulâtres de la Guyane anglaise rivalisent en tous genres avec les blancs, mais, d'un autre côté, il reconnaît que les Zambos forment à Lima, comme à Caracas, comme à Mexico, la grande majorité de la population des prisons et capable des crimes les plus atroces. En sorte qu'après avoir pesé la grande masse de faits que Waitz accumule dans son travail, il est difficile de trouver des motifs suffisants pour son opinion très-absolue sur l'amélioration des races par le croisement, opinion déjà développée et soutenue par Serres.

On remarquera que les observations de Waitz n'apportent à ses thèses aucun argument décisif. Les questions de Broca (5°, 6° et 7") sur la stabilité des races métisses en l'absence de tout apport nouveau de sang pur (questions formulées à une date postérieure à l'ouvrage de Waitz), n'en reçoivent aucune solution satisfaisante ; elles sont diversement jugées par des témoignages contradictoires impartialement rapportés. Mais de Quatref'ages, dont les convictions en faveur de l'unité de l'espèce humaine et de la fécondité illimitée des métis entre eux sont plus arrêtées et plus vives que celles de l'auteur allemand, a trouvé trois faits, dont deux sont empruntés à Prichard, qu'il considère comme démonstratifs de cette dernière opinion. L'un se rapporte aux Cafusos, l'antre aux Griquas et le troisième aux Pitcairniens. Les Cafusos (ou cahourets) a sont des métis d'Indiens et de nègres qui ont fui les établissements européens et sont allés chercher la liberté dans les plaines de la forêt de Tamara (Brésil) dont ils ont peuplé les solitudes. Quoique de Quatrefages n'en dise rien de plus, on sait que ces Cafusos ont été décrits par Spix et Martius, qui ont donné une belle image de leurs caractères extérieurs, lesquels les rattachent plutôt aux nègres qu'aux Américains ; mais du reste nous n'en savons rien absolument, sinon qu'ils vivent dans un état absolument sauvage, probablement inférieur à l'état primitif des deux races mères. Quant aux Griquas, métis de Hollandais et de Hottentots, ils formaient, en 1857, une colonie de 10,000 âmes ayant un gouvernement régulier, construisant des maisons et des moulins, etc. » (Cazalis, cité par de Quatrefages).

Les Pitcairniens, dont l'histoire si dramatique est bien connue de tous, donnent l'exemple de neuf marins anglais, dix insulaires de Taïti et douze femmes de cette dernière île ayant donné naissance, de 1790 à 1856, à 189 individus dont 96 sujets masculins et 95 féminins. L'expérience est de date un peu récente et ne sera jamais décisive, car ces individus que l'île Pitcairn ne suffisait pas à nourrir ont été transportés à l'île Norfolk (en 1856), où ils se mêleront de nouveau soit à des Taïtiens, soit à des Anglais. Les trois faits cités par de Quatrefages ne sont donc pas à eux seuls démonstratifs ; ils donnent prise à toute espèce de critique; mais il faut en tenir compte pour l'avenir.

De Gobineau, dans son Essai sur VinégaUtê des races humaines, s'est efforcé d'établir, mais surfout à un point de vue historique, que le croisement des races pures produisait fatalement une dégénérescence physique et morale, qui constituait la cause principale de la ruine des empires. J.-N. Périer, dans ses quatre Mévioires sur les croisements ethniques, a développé une thèse analogue appuyée sur une rare érudition ; après avoir analysé et critiqué tous les

faits connus de croisements, il a abouti à la conclusion suivante : « ... 6° Les faits que présente l'étude des principales familles ou castes de métis ou d'hybrides, démontrent que les croisements ont été pour elles un moyen, non de progrès,^ mais au contraire de dégénération; quelques-unes paraissent même inférieures à 1 un et à l'autre des types générateurs. Elles sont d'autant plus abaissées ou avilies en f^énéral, qu'elles proviennent de races moins pures et surtout de souches plus bétéro"ènes entre elles» (troisième mémoire). Voyons maintenant les faits sur lesquels repose cette conclusion, non moins catégorique dans un sens contraire que celle de Waitz et de Quatrefages.

En Asie, Périer étudie d'abord les métis d'Anglais et d'Hindous, half caste, middle race, country boni, eurasiens (Europ-Asiens). Leur nombre qui devrait être considérable ne dépasse pas, d'après de "Waren, le chiffre de quarante mille. Le même auteur dit que les « half castes ont en général toute la lubricité de l'Indien et toute l'ivrognerie de l'Anglais, et que cette combinaison-là amène mi grand nombre à une fin prématurée et sans reproduction » . Des renseignements analogues sont fournis sur les Topas, métis de colons portugais, français ou hollandais avec les femmes indigènes, et sur les Portugais de Ceylan, qui paraissent avoir la même origine.

Dans la presqu'île de Malacca on trouve, d'après le docteur Yvan, les métis des Portugais et des femmes indigènes, infiniment supérieurs aux Malais d'origine pure. A Macao ces mêmes Portugais, croisés aux Chinoises, ne sont plus aujourd'hui, au rapport de Castano, qu'une réunion d'individus, sans force de résistance, adonnés à l'oisiveté et à tous les vices qu'engendrent les pays intertropicaux.Cependant les caractères extérieurs des hommes sont loin de correspondre à cette description morale.

En Océanie, Périer trouve les Tagals issus des Espagnols, des Chinois et des femmes tagales. Yvan et Hombron en tracent des images repoussantes Mais Jurien de la Gravière les traite plus favorablement, de même que Dumont d'Urville, surtout en ce qui touche à la population de l'île de Mindanao, qui s'est formée de Tagals, de Bisayas, de Mexicains et d'Espagnols.

A Java, on rencontre les Lippladens, métis de Hollandais et de femmes indigènes, qui se développent assez bien, au dire de Gœrz (cité par Waitz), jusqu'à l'âge de 15 ans et restent ensuite statioimaires. Ces Lippladens produiraient surtout des filles à la troisième génération et ces filles seraient stériles.

En Polynésie les métis sont rares. Aux îles Mariannes, Hombron put observer des métis mariano-chinois, qui constituent ce qu'il appelle un « vilain mélange « . Viennent ensuite les métis anglo-taïtiens, de Pitcairn, dons nous avons parlé plus haut.

Dans la Mélanésie, il existe de nombreux mélanges très-mal connus entre certaines races jaunes et les Papouas négroïdes. H ne paraît pas que les métis soient inférieurs au souches d'oii ils dérivent. H en est de même, selon de Rochas, pour les métis de la Nouvelle-Calédonie. Quant aux Papous-Malais, à tète de vadrouille, ils sont absolument inférieurs à leurs parents d'origine. Il constituent « une caste hybride, de petite taille, d'un type physique défectueux. Ils sont faibles, vicieux, esclaves et le penchant au meurtre les domine » (Périer).

En Afrique, outre les Griquas, dont nous avons parlé plus haut, il existe, d'après Sparzman, des Hottentots gonaques, issus des Cafres et des Hottentots, et au rapport de Levaillant, les Basters, métis de nègres et de Hottentotes, mieux doués que les précédents, mieux doués aussi que les basters provenant des blancs

et des Hotleiitotes. Quant aux Griquas, Périer nie à la fois leur stabilité en tant que race métisse et leur amélioration. Livingstone semble partager cette opinion, mais sans la développer.

On connaît en Adique, en Sénégambie, sons le nom de Foulahs et sous celui do Toucouleurs, des races généralement considérées comme métisses et provenant du croisement de certains nègres avec les Maures, ou d'autres croisements. Mais on ne sait rien de bien positif là-dessus. Les Kouloughlis ou Kotirouglis, issus des soldats turcs et des Mauresques, habitent la province d'Alger. Périer les considère comme meilleurs soldats que les Arabes, mais peu disciplinables et peu aptes à un travail sérieux. Us sont, d'après les moyennes prises par Serisiat {BvlL de la Société danthr , 1870, p. 552), plus petits que les Arabes et plus grands que les Berbers. Nous ne savons rien jusqu'à présent des métis franco-arabes assurément peu nombreux. Et cette lacune pourrait être promptenient réparée.

Broca considère comme métisse toute la population de l'Abyssinie ou Habesh, « Ge nest pas, dit-il, entre les Abyssins et les Asiatiques que s'est effectué le croisement, dont la population de l'Abyssinie porte aujourd'hui l'empreinte évidente, mais entre une population nègre, autochtbone et une autre population nfricaine d'un type différent de celui des nègres ; il est fort probable que le croisement a eu lieu longtemps avant l'arrivée des conquérants sémitiques et que la population abyssine ne diffère pas beaucoup aujo\ird'bui de ce qu'elle était avant cette invasion. » Cette population différente des nègres serait aujourd'hui représentée par les Gallas, Sommdis, Danakils, qui occupent l'angle oriental de l'Afrique.

C'est en Amérique que s'opère dans de vastes proportions le croisement des r«ces qui nécessite l'usage d'une nomenclature excessivement riche, mais trèsinconstante : « Les rejetons au premier degré produits des blancs et des indigènes américains, dit Périer, sont appelés en général dans les anciennes colonies espagnoles Mestizos; au Brésil, Mameîucos ; au Pérou, Cholos, de même que dans la république argentine ou sur le littoral on les nonnnait aussi Chinos, à Nicaragua Ladinos. » Suivent une foule d'autres appellations imaginées pour désigner les retours successifs du mélange des races dans un sens ou dans l'autre et qu'il serait fastidieux d'énumérer. Les mulâtres représentent le premier degré de la descendance des blancs et des nègres. Puis viennent les dénominations de quarterons et d'octavons, servant à caractériser les générations qui se produisent dans la série ascendante du noir au blanc et réciproquement celles intermédiaires au

blanc et au nègre On emploie aussi les termes tercerons, quarterons et

quinterons, auquel on ajoute le mot sultatras (saut en arrière) pour désigner le retour au sang nègre. Les noms de griffe, marabout et beaucoup d'autres, selon les divers lieux, marquent également les degrés dans la décroissance du type du blanc au noir... Enfin pour les hybrides entre Américains et Nègres, on les nomme au Mexique et dans la Nouvelle-Grenade Zamhos, ailleurs Lohos, souvent aussi Chinos, comme au Pérou. Au Brésil les hybrides négro-américains ont reçu le nom de Cafusos, Caboiirets.

La Renaudière (cité par de Quatrefages) mentionne quinze termes, usités au Mexique, pour désigner les produits du mélange des trois races, dites communément blanche, nègre et rouge. Presque aucun des termes cités plus haut n'y figure {Unité de l'espèce humaine, p. 291). On voit donc que tout un vocabulaire est en usage pour caractériser les degrés et la nature dn métissage et que, ftmte d'une notation rigoureuse, les observations que nous rapporterons ne seront pas toujours d'une exactitude absolue.

MÉÏIS. 5S1

Prenons d'abord les mulâtres, c'est-à-dire les métis de nègre et de blanc; il faut distinguer les mulâtres provenant d'un nègre et d'une femme blanche de ceux qui proviennent d'une négresse et d'un blanc. Les premiers, selon un grand nombie d'observateurs, sont « peu vigoureux et peu vivaces » (Broca), et Serres prétend même que les blanches sont, dans le croisement, ordinairement stériles, ce qu'il attribue à la disproportion des organes sexuels. Cependant on connaît nombre d'exemples du contraire. Le croisement inverse est à la première génération tout aussi técond que celui qui s'opère entre individus de même race (Broca). On sait également, dit le même auteur, que mulâtres et mulâtresses sont également féconds dans leurs croisements de retour avec les deux races mères.. . Mais il y a lieu de se demander si les mulâtres et mulâtresses de premier sang sont féconds entre eux, c'est-à-dire si ceLte hybridité est eugénésique. Mais c'est là une question dont la preuve expérimentale est difficile sinon impossible, et nous en sommes réduits, ajoute Broca, à recueillir les impressions ou plutôt les appréciatisns des observateurs. » Jacquinot, commandant la Zélée, dans le voyage de Dumont d'Urville, et zoologiste distingué, a le premier nié la fécondité des mulâtres inter se. Nolt, tout en reconnaissant qu'une grande différence devait être faite entre les mulâtres du Nord et ceux du Sud, et ce au prolit de ces derniers, constata également la diminution de fécondité. Long, auteur d'une Histoire de lajamdique, dit que quelques exemples ont pu se rencontrer, où le mariage de deux mulâtres a produit des enfants, qui" ont vécu jusqu'à l'âge aJulte, mais qu'il n'en avait jamais enten.du citer d'exemples (cité par Broca). Cette opinion a été pareillement soutenue par Van Amringe, Hamilton, Smith, Day (cités par Broca, Hybridité humaine, p. 651). A cette liste déjà longue, N. Périer a encore ajouté un grand nombre d'auteurs qui parlent non plus de stérilité, mais de retour graduel au type de l'une ou l'autre souche.

D'un autre côtéBachmann (cité par Wai(z) serait, au rapport de ce même anthropologiste, le seul auteur qui « dise avoir connu des familles mulâtres à la Caroline ou à New-York, qui sans avoir reçu un nouveau sang ont été fécondes pendant cinq générations et le sont encore. » Enfin, Prichard, Godron, Waitz, de Quatrefages et naturellement tous les partisans de l'unité spécifique de l'homme, croient à la vitalité des métis en toutes proportions. Mais il est évident, que cette croyance dogmatique, dont nous sommes imbus dès le berceau, peut intluencer considérablement certaines opinions, de même au surplus que l'Iiostilité à cette même croyance en entraîne certaines autres. 11 faut le dire, cependant, la grande masse des observateurs est tout à fait d'avis que les mulâtres ne sauraient subsister sans un fréquent retour à l'une des races mères. Rob. Knox, G. Pouchet et surtout Garlier, Rufz de Lavison et Simonot, qui ont étudié la question, .^oit aux Etats-Unis, soit à la Martinique (voy. Bullet. de la Soc. d\inthr., t. I, t. VI passim), sont très-catégoriques sur ce point. U est généralement admis aux États-Unis, dit Carlier, au Nord comme au Sud, que la constittttiou physique du mulâtre est inférieure à celle du blanc et du noir, et qu'il est moins apte que ceuxci à la fécondation (Acclim. de la race noire en Amérique, in Mémoires de la Soc. d'anthr., p. 65).

Un fait excessivement curieux a été rapporté par le docteur Thibaiîlt, qui en a été témoin oculaire, et vient à l'appui de cette thèse : il s'agit d'im traitant portugais nommé Da Souza, habitant le Dahomey, qui avait acquis une très-arande fortune par la traite des nègres et qui laissa à sa mort (1849) une centaine d'eufants, issus des quatre cents femmes de son harem. Ces enfants furent parqués

par le roi de Dahomey, hostile aux métis, dans une enceinte particulière et ne purent s'unir qu'entre eux. Eu 1863, on comptait des enfants de la troisième génération ; « la couleur de leur peau revenait rapidement au noir foncé, tout en conserumt quelques traits de l'Européen, leur ancêtre. « Us ne comptaient parmi eux d'infirmes d'aucun genre et cependant ils étaient menacés d'une extinction prochaine, « la misère, la débauche, la syphilis coopérant à leur destruction » {Mar, consanguins dans la race noire, in Arch. de médecine navale, 1864, p. 310). Le fait n'est pas assez simple pour être très-concluant au point de \ue de la durée des races métisses, mais il a une importance capitale en ce qui touche le retour au type nègre.

Si, pour trancher cette question, nous faisons appel aux documents statistisques, nous n'en trouvons qu'un seul qui nous en doime un aperçu numérique authentique. C'est le recensement de la population noire des États-Unis, en 1850. Le nombre de mulâtres était alors évalué à 405,751, c'est-à-dire à un huitième de la population noire libre ou esclave (CarHer, loc. cit., p. 64). Depuis lors la distinction des mulâtres et des Nègres n'a plus été faite par le bureau du cens ; mais il est bon de noter que la population noire qui semblait offrir avant l'abolition de l'esclavage une progression effrayante ne s'est accrue de 1860 à 1870 que de 4,441,850 à 4,480,009, soit 9,21 pour 100, tandis que la population blanche dans le même espace de temps et malgré les calamités de la guerre avait gagné 24,59 pour 100 (Borelli, Documents officiels du cens à Washington, in Bull, de la Soc. d'anthr., 1872, p. 168).

On remarquera donc que la proportion des mulâtres était en 1850 excessivement minime et que depuis que les nègres sont abandonnés à eux-mêmes, leur faible accroissement fait prévoir une prochaine réduction.

Quant aux métis d'Européens et d'Américaines mdigènes, nous en savons peu de choses. Le Rapport annuel des commissaires pour les indigènes de 1870, nous fait connaître qu'il existe en corps de nation des métis (half breeds Osages, p. 19), d'Osages et de blancs cantonnés dans le Kansas. Dans le même Rapport, un des chefs Gherokees déclare que sa nation compte environ 500 hommes blancs (métis?) et un certain nombrede femmes blanches mariées aux Gherokees (p.l 16). Or les Gherokees sont évalués à 16 ou 17,000, cantonnés au sud du Kansas. Ces Gherokees, très-civilisés, plus civihsables à coup sûr que les nègres de Haïti, ont reçu des nègres parmi eux, mais ne s'allient jamais à eux, tandis que la nation des Greeks s'est largement mêlée aux nègres . Le général Arbukle a prédit à ce propos, il y a trente ans, qu'en peu d'années les Gherokees seraient tous blancs et les Greeks tous noirs (p. 142). Sa prédiction ne s'est point réalisée et le nombre des métis est fort petit. Parmi les Seminoles, qui comptent plus de deux mille habitants, il n'existe qu'une seule famille de métis. Cependant les Seminoles ont admis aux droits de citoyens 400 nègres qui jamais ne se mêlent à eux par le mariage (p. 159).

Wilson (Prehistoric Man, p. 542, cité par Zumerbey), dit que du premier degré au plus éloigné,. on reconnaît le métis entre Européen et Peau-Rouge à la chevelure lisse et noire et à un regard particulier, luisant {watery glaze) comme chez le Bohémien d'Angleterre ; il ajoute comme traits caractéristiques « les hauts malaires, une bouche particulière et certains traits de caractère tenant de l'Indien. » « Les métis français sont plus vifs et plus francs que les anglais, ajoutet-il; ils forment une race grande et robuste, avec une plus grande force de résistance que n'en possède l'indigène pur. Ils conservent la chevelure grossière,

noire et lisse et la bouche massive, comme traits persévérants de lem- héritage maternel. »

Au Canada, Rameau a vu peu d'Indiens de race pure. L':;s métis restent à l'état de vagabondage et peuvent être comparés aux Bohémiens d'Europe {Bull. de la Soc. d'anthrop., 1861, p. 11). En résumé, nous manquons de renseignements sur les métis américains-européens de l'Amérique du Nord : leur nombre est en tous cas fort petit et n'est sensible qu'au Canada. Suivant Kolh (cité par Waitz), ces métis mariés entre eux produisent surtout des filles. Nous ne connaissons rien sur les croisements de noirs et d'indigènes, sauf ce que nous en avons dit plus haut à propos des Creeks.

Au Mexique, nous nous trouvons en face d'une population très-mêlée dès avant la conquête espagnole; mais on a depuis singulièrement exagéré le chiffre de la population métis-espagnole. Eu 1810, sur plus de 6 millions d'habitants, on comptait un peu plus d'un dixième de métis (Coindet, Études statistiques sur le Mexique, in Gaz. hebdom., 1864, p. 129). En 1862, les Bidl. de ta Soc. de géogr. de Mexico la portent, sur 8 millions d'habitants, à un peu plus de 4 millions, et Jourdanet l'évalue, en 1864, aux deux tiers de la population totale {Gaz. méd., 14 juillet 1864) ; enfin en 1869, sans fournir aucune sorte d'informations, un géologue, membre de la Commission scientifique du Mexique, Tarayre, la fixe à 6 millions et demi sur 8 millions ! {Exploration minéralogique des régions mexicaines, par Guillemin Tarayre, 1869, p. 294.) Un coup d'oeil jeté sur cette prodigieuse progression suffit pour la faire rejeter. 11 n'en est pas moins vrai, en tous cas, que les métis hispano-américains constituent une part très-considérable de la population du Mexique, sur laquelle il est fort regrettable que nous ne possédions aucun renseignement précis.

Dans l'Amérique du Sud, on constate le dépérissement régulier des indigènes purs et l'augmentation des métis ; mais aucun document sérieux ne nous édifie sur la valeur de cette augmentation. On peut dii-e néanmoins qu'au Brésil, au Clîib et même au Pérou, le fond de la population est métis ; mais ces métis se rapprochent beaucoup plus du type indigène que du type espagnol. Ceux qui paraissent dans les meilleures conditions sont les métis péruviens et chiliens, dont d'Orbigny parle très-favorablement. Martin de Moussy est aussi très-bien disposé en faveur des sang-mêlés de la Plata qui forment la grande majorité des populations agricoles.

D'autres observateurs, cités par Périer, Max Radiguet et Bosmilian, tracent du Cholo un tableau moins flatteur. « Il est, dit ce dernier, paresseux et rusé, doux et insouciant comme l'Indien » {Revue des Deux Mondes, 1"='" avril 1850). Pôppio- (cité par Waitz) dit que « la population métisse avec ses vices innés et sa haine des races pures d'oià elle est sortie, constitue un cancer perpétuel pour la société civile et politique du Sud-Amérique, et que toutes les nuances de métis sont hostiles les unes aux autres. » D'autres auteurs, et notamment Lisboa {Bull. Soc. ethnolog., 1847), disent qu'au Brésil, nombre de juristes, de médecins, d'hommes d'Etat et d'érudits appartiennent aux métis.

Voici maintenant ce que Waitz rapporte des Zambos : « Les Zambos (métis de nègres et d'Indiennes appelés au Pérou Chinos) sont d'une coloration bronze foncé ; ils ont des cheveux crépus et des yeux obliques (Castelnau), tandis qu'en certains pays leurs cheveux sont moins crépus que ceux des mulâtres ; ils ont le nez et la bouche du nègre moins le front, les yeux et les joues des indigènes. Leuit)hysio.iomie est plutôt africaine qu'américaine. Les pommettes ûe sont pas très-

proéminentes ; le nez est large mais relevé ; les lèvres épaisses mais non boursoullées; les cheveux demi-crépus, quelquefois seulement à l'extrémité. La couleur de la peau est cuivre foncé ou brun café; le corps est maigre mais musculeux.

Telle est aussi la description qu'en donne Schomburgh pour ceux de Guyane, où ils sont en petit nombre. «... Les Zambos du sud des États-Unis offrent parfois des clieveux crépus avec une couleur cuivrée de la peau et tous les autres traits caractéristiques de l'Indien ; quelquefois il a les cheveux grossiers de l'Indien sur une tète de nègre à peau noire. Il n'y a point ici de type intermédiaire produit par le mélange, mais il y a une agglomération irrégulière des traits cahictérisliqucs des parents. A ce type appartiennent les Cafusos, dont l'énorme chevelure s'élève pei pendiculairement du front jusqu'à un pied et demi, et est crépue à l'extrémité » (Waitz, op. cit., p. 174). Cette chevelure des Cafusos s'observe également chez les Papouas de la Nouvelle-Guinée (Papouas à tète de vadrouille) ; chez les insulaires de Fidji, et selon Harris, chez les Danakils d'Abyssiuie. Cette perruque, au dire de Waitz, devrait être considérée comme un trait de métissage, opinion que Périer ne croit pas suffisamment fondée.

Au Nicaragua, la population métisse égale 150,000 individus, tandis qu'on n'y compte que 10,000 blancs, 80,000 Indiens et 15,000 nègres (Scherzer, ^857). Plus récemment Peblo Levy fixe à 550 p. 1000 le chiffre des Indiens purs, et à 400 le chiffre des métis (1873). A la Nouvelle-Grenade, au Venezuela, les métis sont également en majorité. Mais l'effroyable état d'anarchie au sein duquel vivent ces républiques n'est pas fait pour nous rassurer sur l'avenir des races métisses. De Quatrefages a avancé que le croisement des races humaines donne le plus souvent des résultats avantageux : « Une race qui resterait complètement pure, ajoute-t-il , fournirait dans un temps donné une certaine somme d'idées et de progrès, puis elle resterait stationnaire ou tournerait toujours dans le même cercle. Le croisement retrempe les races, complète leurs instincts, développe leurs aptitudes, et quelquefois même enfante des aptitudes étrangères aux deux races primitives (Bull, de la Soc. d'anthr., 1860, p. 195). A coup sûr ce n'est pas en présence du spectacle que nous offrent les deux Amériques, que cette ojiinion peut se soutenir. Au nord oiî il y a peu de métis et o\x les conditions ( limatériques prises dans leur ensemble sont loin de valoir celles de l'Amérique du Sud, la colonisation, la civilisation, la population, se sont développées avec une rapidité et une grandeur inouïes. Au sud, tout au contraire, c'est à peine si l'on peut constater quelque progrès ; on n'a même pas les moyens de s'en i endre compte.

Topinard, dans ses Instruction^ pour l'Australie {Soc. d'anthr., février 1872), cite, d'après Stokes, une race de métis très-bien doués qui occuperaient les îles du détroit de Bass, et seraient issus du croisement de 1,800 femmes tasmamiennes avec des pêcheurs anglais. Mais ce renseignement manque de précision et paraît en tout cas remonter à 1825. Le même auteur cite encore les noms, mais les noms seulement de Dawson, de Murray, de Miles, de Beveridge qui ont vu fréquemment des métis anglo-australiens. L'un d'eux trouve qu'ils ressemblent aux Bohémiens d'Europe ; R. Lee dit qu'ils sont peu nombreux dans les villes, mais très-nombreux dans les campements. Ce dernier auteur est le seul que l'auteur des Instructions reproduise en deux lignes, et il faut bien l'avouer, ces lignes manquent de précision. L'histoire des métis du détroit de Bass, que Topinard rapporte à Stokes, est attribuée dans le journal de Peterman à une gazette australienne. Enfin la masse de documents numériques cités par Broca {Uijbrid.,

MÉTIS. 5Sb

p. 639) et par Périer (Crois, ethn., p. 221) établit sans contestations possibles l'extrême rareté des métis anglo-australiens. Il faut dire cependant que l'avortenient et l'infanticide des métis est pour quelque chose dans cette rareté.

Dans la Nouvelle-Calédonie, un observateur exercé, V. de Rochas, n'a vu que deux métis, tandis qu'il constatait l'habitude presque générale des blancs d'avoir des concubines indigènes. Bourgarel, tout en réservant son opinion sur les causes de ces mêmes faits, les a constatés [Mém., Société (Vanthr., II, p. 390 et 410).

A Taïti, Jacquinot et Alfonsi (cités par Périer) n'ont vu aucun métis, malgré la fréquence des rapports de la garnison française (de 400 hommes) avec les Taïtieunes. A Noukahiva, il n'y en avait qu'un seul. A la Nouvelle-Zélande on en comptait, en 1860, environ 500. Aux îles Sandwich, les métis de premier sang, selon Barnard-Davis, seraient très-nombreux entre les Européens et les femmes indigènes, mais l'on ne connaît aucun cas où l'union de ces métis entre eux ait été féconde {Bull, de la Société danthr., 1860, p. 509). En résumé le nombre des métis océaniens est tellement insigniliant, qu'il ne représentera aucun élément appréciable de résistance au sein de la rapide dépopulation de ses habitants indigènes.

Nous ne suivrons pas les auteurs qui ont poursuivi, jusqu'en Europe, l'étude du métissage humain. Les types primitifs de notre continent, non plus que les races qui leur ont succédé, ne sont encore jusqu'à ce jour assez bien définis pour qu'on puisse, avec un degré suftisant de probabilité, déterminer la nature des éléments ethniques qui se sont fusionnés pour former la population actuelle. Broca, qui considère la France comme peuplée de Celtes, de Kiniris, de Romains et de Germains, dit que, abstraction faite d'un petit nombre de localités trèsrestremtes, on chercberait vainement dans le reste de la France une grande collection d'individus présentant les caractères d'une race pure. Partout, ojoute-t-il, il y a des hommes grands et des hommes petits, partout il y a des blonds et des bruns, des tètes longues et des têtes rondes, des yeux noirs, bleus ou gris, des visages celtiques, kimriques, germaniques el même pélasgitjues. On trouve ces diverses variétés de taille, de forme ou de couleur dans la plupart des familles, souvent même parmi les enfants du même père et de la même uière; on observe très-fréquemment réunis en une seule personne des caractères appartenant manifestement à deux ou plusieurs races ; le nombre des individus qui représentent parfaitement le type des Celtes ou le type des Kimris est extrêmement restreint, et enfin, chose très-remarquable, ces individus qui paraissent de race pure sont souvent issus de parents qu'il serait impossible de rattacher à une race déterminée. La population de la France présente donc l'iustabihté ethnologique qui est l'indice assuré du mélange des races [Recherches sur l'ethnologie de la France, Mém. de la Soc. d'anthr., t. I).

Le chitfre total des métis humains n'est guère susceptible d'une appréciation rigoureuse. Cependant llumboldt (cité par Périer) l'a évalué, en 1825, à 6,500,000; Boudin, à 20,000,000; d'Omahus d'Halloy, à plus de 12,000,000. Ce dernier savant attribue à l'Asie 10,000 métis seulement, à l'Afrique 360,000, à l'Océanie 3,000 et à l'Amérique près de 12,000,000. Ce dernier chiffre est très-exagéré. On a vu en effet que le recensement des mulâtres de l'Amérique du Nord ne donnait pas, en 1850, un demi-million d'individus. La très-grande majorité des métis américains, c'est-à-dire 11 nùllions, appartiendrait donc à l'Amérique du Sud, où la population totale n'est que de 25 ou 28 millions, dont 17 lûillions pour les républiques hispaiio-américames et le reste pour le Brésil

DICT. ENC. 2* S. VU, 25

386 METIS.

où le métis lusitano-portugais peu prolifique, c'est-à-dire le mulâtre, est à coup sûr en très-petite minorité. La grande masse de métis porterait donc sur les républiques du Pacifique, où ils constitueraient plus de la moitié de la population totale. Ce résultat est tellement douteux que très-vraisemblablement le chiffre de Humboldt est resté dans la vérité. Or le chiffre total de la population du globe, d'après Fréd. Sluller (1871) , n'est pas inférieur à 1 ,350 millions. Quel que soit le chiffre que l'on adopte, celui des populations métisses reste donc relativement fort petit.

Résumé et conclusions. Nous espérons avoir mis impartialement sous les yeux des lecteurs la plupart des documents qui sont de nature à éclairer la question ; les deux courants d'opinion qui se sont produits depuis qu'elle est à l'étude, paraissent avoir certainement emprunté une partie de leur ténacité à des vues préconçues sur l'unité ou la pluralité d'origine des races humaines, ou à des conceptions philanthropiques ou mélancoliques sur l'avenir de l'humanité. C'est ainsi que, d'un côté, de Gobineau attribue aux résultats moraux du métissage tous les malheurs des empires, toutes les dégradations des races à leurs croisements ; Nott croit que la seule action des lois de l'hybridité généralisée amènemit l'extinction de l'humanité, et R. Knox, de même que Périer, reportent aux races les plus pures les grandes qualités qui seules propagent et perpétuent la civilisation.

D'un autre, côté, on a vu dans le croisement de fusion des races humaines uu moyen d'améliorer les hommes, et Bodichon a annoncé que c'est par là que l'ère universelle de paix et de fraternité se réaliserait sur la terre : Thévenot, Deschamps, Serres lui-même (cités par Périer, op. cit., p. 275), et avec plus de réserves et sans y insister, De Quatrefages, ont exprimé une opinion analogue reproduite plus haut.

Mais il est certain que les vues des uns et des autres ne sont qu'incomplètement supportées par les faits, ou même ne le sont point du tout. La question du métissage dans les races humaines ite parait offrir, quelle qu'en soit la solution, ni des dangers universels, ni de grandes espérances, et, sauf le fait incontestable de l'instabilité permanente des républiques hispano-américaines qui seules constituent un centre important de populations métisses , rien ne vient prouver que tous les croisements ethniques sont nécessairement fatals à l'humanité. Moins encore peut-on espérer dans ces mélanges un remède quelconque à nos imperfections. Tout, au contraire, donne à penser que, dans des circonstances égales, la supéiiorité restera aux races les plus homogènes, c'est-à-dire les plus aptes à l'organisation collective.

Un jour viendra où les grandes races de l'Asie seront en contact intime entre elles et avec celles de l'Einope. Le métissage pourra alors s'exercer dans des proportions gigantesques. Personne ne peut en prévoir les résultats. Si l'on a des raisons de croire que les half-casts de l'Inde ne valent pas leurs parents, personne ne sait ce que pourront valoir les métis indo-chinois et moins encore les chinois-européens. C'est sur ce point qu'il importerait de diriger l'attention des voyageurs et des anthropologisies, car tout porte à croire que les races chinoises donnent par le croisement des produits supérieurs à ceux des croisements européens et que le métissage s'opérera dans d'immenses proportions lorsque les bairières du Céleste-Empire seront définitivement tombées.

Que si maintenant nous nous replaçons au point de vue restreint de la reproduction par uiétissage, il nous a paru que les conclusions du mémoire de Broca,

MÊTKITE 587

sur l H ijbridité humaine (p. 655), restent à quelques réserves près l'expression de la vérité. Nous croyons donc avec l'cminent anthropologiste :

1^ Que certains croisements humains sont parfaitement eugénésiques;

2° Que d'autres le sont encore, mais à un moindre degré ;

3° Qu'il est au moins douteux que certains métis puissent, en s'alliant entre eux, perpétuer indéfiniment leur race ;

4" Et enfin, que certains premiers croisemoiils entre races très-distantes, sans être fatalement stériles [Australiens, Tasmaniens, Néo-Calédoniens) ne sont pas généralement féconds. E. Dally.

BiKLioGRAPHiE. — Broca. Rechevches sur l'hybridiié animale en général et sur l'hybrulité humaine en particulier. In Journal de jjhysiologie de Brown-Séquard, t. I, II et III, tiré à part, 1860. — Du même. Instructions générales pour l'anthropologie. In Mémoires de la Soc. d'ant/ir., t. II, p. 174. Croisements et métis (tiré à part). — Sur les Abyssins. In Bulletin delà Soc. d'ant/irop., 1869, p. 66; 1860, p. 190. — Cornât (J.-E.). Mém. sur le mélisme animal chez les esj)èces humaines, etc. Paris, 1863. — Crawfurt (J.). On the Commi.rture ofthe Races of Man. In Anlhropological lleuiew, nov. 1865, p. 105. — De Gouinead. Essai sur l'inégalité des races humaines, 183j, 4 vol. — Pablo-Levy. Notas sobre la Republica de Nicaragua. Paris, 1875. — De Liseoa. Notice sur la race noire et sur la race mulâtre au Brésil. In Société ethnologique, Bulletin, 1847, p. 5i et 55. — Knox (R.). Races of Men. London, 1850. — Nott (J.-C). Hybridity of Animais vicwed in Connection with the Natural History of Mankind. In Types of Mankind. Philadelphie, 1854, ch. xii. — Godiion. De l'espèce et des races dans les êtres organisés. Paris, 1859. — Quatrefages (De). Unité de l'espèce liumaine, 1861. In Rapport sur les progrés de l'anthropologie, 1867. — Périer (J.-N.). Essai sur les croisements etluiiques, 4 mémoires (tirés à part). In Mémoires de la Soc. d'anthr. de Paris, t. I, II et III. — Pucxer-Bey. Résultats de croisement entre les races humaines. \n Bull, de la Soc. d'anthr., 1804, p. 90. — Pouchet (G.). De la pluralilç des races humaines . Paris, 1858. — Sanson (A.). Sur Vhybridité. In Bull, de la Soc. d'Anthr., 1S68, p. 755. — Société d'Anthropologie. Discussions, 1860, de Quati;f,fages, Périer, Lagneau, Martin de Moussy, Boudi.v, Broca, d'Omalius d'IIalloy, etc. In Table générale des dix vo' limes de le première série, par A. Dureau, art. Métis, Métissage, Croisement, I'.aces. — Société d'Anthropologie de Londres. Discussion sur le mélange des races, MM. Crawfurt, "Wilson, Craft. In Anthropological Review, t I, p. 409; t. II. p. 518. — Vogt (C.) . Leçons sur l'homme, t. XIV et XV. ïrad. Ir. de Moulinié. — Waitz. Anthropologie der Naturvôlker, t. 1, sect. m. Trad. anglaise de CoUingwood. Londres, 1865. E. D.

METOPAGE (de pîTwTTov, front, et de Trayà;, uni). Genre de monstres doubles eusoinphaliens, caractérisé par l'union de deux individus à ombilic distincts réunis par leur extrémité céplialique, front à front et vertex à vertex. Ces individus se touchent donc par la partie antérieure du corps. M. Geoffroy Saint- Saint-Hilaire en rapporte un cas devenu célèbre au seizième siècle et relatif à un sujet bi-femelle, qui aurait vécu dix ans. Il cite d'ailleurs deux autres cas plus récents, chez l'homme. Dans cette monstruosité, les deux cavités crâniennes se réunissent en une seule, renfermant les deux encéphales. D.

METOPIEilI. D'après Dioscoride, on donne ce nom à l'arbre qui produit le Galbanum. « Lignum in quo Galbanum enascitur metopium. vocant » (Dioscoride, Mat. méd., 1. I, c. 60).

MÉTRlTE. La métrite est TmAammatiou de l'utérus. Suivant la nature des idées régnantes de pathologie générale, on en a, à diverses époques, âinguHèrement amoindri ou exagéré le rôle dans la pathologie utérine. Assurément elle y occupe une place importante, mais qu'il convient de limiter. Il est certain aussi queTinfiaramationdes annexes (ovaires et trompes) et celle des tissus péri-utérins (phlegmons péri-utérins, péritonite péri-titérine) sont des maladies fréquentes et dont le retentissement sur l'organisme est peut-être plus grand en^/cre que celui

388 JIÉTIUTE.

de la mélrite proprement dite. Enfin ces états morbides, à fond comnmn, à localisations diverses, s'enciiainent les uns aux autres et peuvent coexister ou se suc. céder chez une même malade. C'est une circonstance qu'il faut avoir toujouis présente à l'esprit quand on recueille les signes de la métrite ou quand ou en institue le traitement.

Limites. L'extension trop grande donnée de nos jours à la métrite dans la pathologie utérine, provient de ce que l'on ne distingue pas la métrile franclic, ou métrite proprement dite, de l'inflannuation totale ou partielle développée dans la matrice à l'occasion d'un autre état pathologique, à l'égard duquel elle peut être un retentissement sympathique, ou une réaction symptomatique, ou bien une simple coexistence. Prenons quelques exemples.

Qu'un herpès, un acné ou toute autre forme de maladie dartreuse devienne sur le col le point de départ d'un ulcère, un travail phlegraasique se dévelop|iera tout autour de lui, à la longue une inflammation du col pourra en résulter; mais, du moins pendant longtemps, et s'il n'y a pas d'autre cause directe d'irritation, l'inflammation proprement dite ne jouera aucun rôle.

Le catarrhe de la muqueuse utérine, très-fort, Irès-invétéré, ne siège pas impunément sur cette membrane, sans que l'irritation, l'activité de la sécrétion, l'altération de nature de cette sécrétion, etc., puissent déterminer dans toute la muqueuse, et même au delà de ses limites, un travail phlegmasique, comme elles peuvent y déterminer une fluxion, une congestion, un engorgement, une hypertrophie, des fongosités, etc. Mais l'inflammation proprement dite n'est ni la cause ordinaire, ni la compagne habituelle de cet état morbide auquel il convient de réserver le nom de flux ou de catarrhe utérin.

Le cancer détermine autour de lui non-seulement une irritation très-vive, di-s fluxions, une congestion de l'engorgement, mais même des actes phlegmasiques, qui s'emparent de sa masse comme des tissus environnants, y concentrent la chaleur, l'indurent ou la ramolhssent, la rendent douloureuse, saignante, finissent par l'ulcérer, etc., sans que jamais on puisse dire que c'est là une inflammation réelle soit de l'utérus, soit de quelque partie de l'organe.

Ainsi le catarrhe, les ulcères, les granulations, l'engorgement, fhypeitrophie de l'utérus ne me paraissent pas plus que le tubercule et le cancer de cet organe devoir être pris pour la métrite elle-même. Ils en sont souvent des conséquences, quelquefois ils peuvent en être des causes. Mais, qu'elle soit essentielle ou symplomatique, la métrite est autre chose : locale ou générale, elle suppose une nature à part, une nature inflammatoire. C'est d'elle seule que je m'occuperai, sans nier cependant, qu'au lieu de la trouver seule, on ne la rencontre quelquefois associée à d'autres états morbides et qu'on ne doive, pour simplifier, la combattre elle-même, avant ou concurremment avec l'appHcation à ces états divers des traitements qui peuvent leur convenir.

Voici d'ailleurs, ce me semble, une nouvelle preuve que l'extension trop grande donnée à la métrite n'est pas naturelle. La diversité des états morbides qu'on a fait rentrer sous la dénomination commune de métrite est si sensible, qu'on a été obligé de diviser ensuite la métrite en variétés qui correspondent justement à ces états morbides divers, et l'on reconnaît qu'elle en présente un si grand nombre, qu'il est impossible de tracer pour la métrite une description d'ensemble ou générale (Racle et Lorain, addition à la 4* édition du Guide du médecin praticien de Yalleix, t. V, p. 115. Paris, 1861). N'est-ce pas la meilleure critique du sens dans lequel on veut enlendie le mot inflammation utérine? Du moment que la

MÉTRITE. 389

congestion, l'engorgement, l'hypertrophie, les granulations, le catarrhe, tout ou presque tout rentre dans la raétrite et qu'on est obligé pourtant, pour caractériser des états morbides si différents, de distinguer une endométrite ou métrite interne, une idiométrite ou métrite moyenne, une paramétrito ou métrite superticielle, une périmétrite ou métro-péritonite, une métrite muqueuse et une métrite parencbymateuse, une métrite du col, appelée assez improjirement métrite externe, et une métrite du corps, une métrite aiguë et une métrite chronique, une métrite non puerpérale et une métrite puerpérale, et même une métrite post-puerpérale, je comprends qu'on se demande qu'est-ce que la métrite et qu'on ne puisse pas en faire une description générale. Sans doute il n'existe pas un type de la métrite, comme on voudrait le rencontrer pour la simplicité de la description. L'utérus est sujet à tant de variations par sa structure, par la nature même de ses fonctions, par la grossesse surtout, que l'inflammalion, en l'atteignant dans des conditions qui sont si différentes d'un sujet à l'autre, peut bien présenter aussi, dans ses manifestations, des différences dont les écarts sont plus grands que pour tout autre organe. Mais aiguë ou chronique, interne ou externe, muqueuse ou parencbymateuse, et même puerpérale ou non puerpérale, la métrite est toujours la métrite, et je ne pense pas qu'on doive confondre avec elle la leucorrhée, les ulcères, les granulations, les fongosités, les polypes, pas plus que la fluxion, la congestion, l'engorgement et l'hypertrophie.

Divisions. Ainsi que M. Gaillard l'a fait remarquer {Union médicale, 20 nov. 1866, Leçons cliniques sur les maladies des femmes, p. 148, 153, 172, etc. Paris, 1873), dans l'utérus comme dans le cœur, l'inflammation peut atteindre l'enveloppe e.xterne ou séreuse, le revêtement interne ou muqueux et le tissu intermédiaire, tissu propre ou parenchyme. La séreuse et la muqueuse sont trèssusceptibles de s'enflammer séparément, sans que le tissu musculaire qui les sépare participe à cette inflammation. 11 est beaucoup plus rare de voir les altérations anatomiques caractéristiques de l'inflammation porter exclusivement sur le parenchyme, cela ne se rencontre guère qu'à l'état aigu. A l'état chronique, la propagation de l'inflammation de la muqueuse au parenchyme, et réciproquement, est presque constante; toutefois il est rare que la mucjueuse ou le tissu propre ne soient pas plus profondément atteints l'un que l'autre. L'utérus n'est pas seulement composé de tissus très-différents, il est encore formé de deux segments, le corps et le col, qui diffèrent par l'aptitude morbide et la propagation des maladies de l'un à l'autre autant que par leur développement et leurs fonctions : le détroit qui sépare leurs cavités ou l'isthme qui unit leur tissu est souvent xme barrière à l'inflammation développée sur l'un ou sur l'autre de ces deux segments. D'ailleurs il est naturel que la métrite, quelle que soit son étendue, affecte, comme les inflammations de tous les autres organes, tantôt la forme aiguë, tantôt la forme chronique. Mais ce qui est spécial à l'utérus, c'est le caractère tout exceptionnel que peut revêtir cette inflammation lorsqu'elle s'empare de l'organe à la suite de l'accouchement ou dans l'état de puerpéralité. Enfin, on peut même regarder comme caractéristique la fréquence des complications qui peuvent accompagner la métrite par suite des connexions intimes de l'utérus avec ses annexes et surtout avec le péritoine. C'est sur ces diverses considérations que sont basées les divisions suivantes.

Eu égard à son siège et à son étendue, la métrite peut être générale ou locale, suivant qu'elle porte sur l'utérus entier ou seulement sur une de ses parties. 1° Au point de vue de la diversité histologique, on appelle endométrite ou mé-

•"i)0 MÉTRITE.

trite muqueuse l'inflammation qui porte sur la membrane muqueuse ; quelques auteurs l'ont appelée aussi métrite interne ou métrite catarrhale, la confondant avec le catarrhe utérin ; on nomme idiométrite (Hervieux) ou métrite parenchvmateuse celle qui envahit le tissu propre ou musculaire de l'organe; on peut nommer enfin exométrite (Hervieux) ou paramétrite (Math. Duncan) l'inflammation du tissu cellulaire qui entoure l'utérus ; mais ici la limite est difficile à tracer entre la métrite proprement dite et l'inflammation péri-utérine : généralement l'exométrite se propage facilement aux ligaments larges, au contraire souvent elle épargne le tissu propre de l'utérus ; ces deux circonstances nous ont porté à la rattacher de préférence à l'inflammation péri-utérine plutôt qu'à la métrite. 2° Au point de vue de la diversité des segments de l'utérus, la métrilo peut être totale ou -partielle. Quelques médecins, tels que MM. Scanzoni, Nonat, etc. , désignent sous le nom de métrite externe la métrite du col ; il faudrait affecter par contre la désignation d'interne à celle qui atteint le corps, ce qui n'a pas été fait. Il est certain pourtant que l'inflammation partielle peut se borner au col ou au corps soit qu'elle en atteigne le parenchyme, soit qu'elle en affecte la membrane muqueuse.

Eu égard à sa marche, la métrite peut être, dans l'un et l'autre cas, aiguë ou chronique. Celle qui survient après l'accouchement a ordinairement une marche aiguë. Celle qu'on rencontre le plus souvent dans la pratique hors de l'état de gestation est au contraire chronique. Elle débute même habituellement sous cette forme, affectant, dès le commencement, la marche et les allures d'une maladie chronique. Pourtant, on peut la rencontrer quelquefois avec une marche aiguë, surtout lorsqu'elle a été causée par un traumatisme, les excès des premières approches, la dysménorrhée de l'instauration, les fatigues continues d'un voyage de noces, la suppression brusque des règles, etc.

Eu égard à l'état puerpéral, qui entraîne dans la vitalité de la femme et dans le caractère des maladies qui peuvent l'atteindre tant de modifications lui appartenant exclusivement, on a divisé la métrite en puerpérale et non puerpérale. Chomel, allant plus loin, avait même distingué de la métrite puerpérale proprement dite, qui se manifeste immédiatement après l'accouchement, la métrite post-puerpérale cpii se développe seulement quelques jours après. Ces divisions me paraissent fondées sur des nuances, et j'avoue que je ne puis admettre, entre la métrite puerpérale et celle qui ne l'est pas, d'autre différence cpae celle qui résulte de la disposition extrême de la première à la suppuration et de la fréquence des complications, telles que la lymphangite, la phlébite, la péritonite, etc., qui en aggravent le pronostic. Il y a entre elles une diftérence de simplicité ou de complication, comme il peut s'en rencontrer, à un degré moindre, entre d'autres cas de métrite, comme il y a une différence de marche entre la métrite aiguë et la métrite chronique. Ces différences sont importantes à signaler; mais elles ne comportent pas précisément des descriptions spéciales pour deux formes d'un état morbide qui est fondamentalement le même et dont il convient dès lors de ne pas scinder l'histoire, si l'on veut en prendre une idée à la fois juste et complète. Je ne fais pas intervenir ici la question de la fièvre puerpérale, qui ne me paraît pas jugée. Toutefois, on doit reconnaître que, si des métrites puerpérales ont été englobées dans la description de la fièvre puerpérale et en ont altéré les traits, il a été constaté que de nouvelles accouchées peuvent succomber à une fièvre grave, qui détermine souvent des altérations dans l'utérus comme dans les antres organes, plus encore que dans les autres organes, mais qui peut

MÉTRITE. 51H

aussi ne laisser dans la matrice aucune trace de son passage, comme les autopsies en font loi S et qui n'est par conséquent pas une fièvre simplement symptomatiquo d'une métrite ou d une phlébite utérine. Mais nous avons assez de questions difficiles à soulever, sinon à résoudre, dans l'exposition de la métrite, pour ne pas en aborder ici une des plus obscures, celle de la fièvre puerpérale. Du reste, ce n'est pas l'existence de la fièvre puerpérale qui est pour nous en question, mais l'existence de la métrite puerpérale. Comme celle-ci ne peut être contestée et qu'il s'agit seulement de savoir s'il faut en faire un état morbide tout différent de l'inflammation de l'utérus à l'état de vacuité, ou si la métrite puerpérale et l'inflamm.ation utérine hors de l'état de gestation ne sont qu'une seule maladie avec plus ou moins de complications, nous pouvons passer outre et nous appliquer surtout au diagnostic et au traitement soit de la métrite, soit de ses complications.

Enfin, il est une dernière division importante à conserver pour le pronostic et pour le traitement : la métrite peut être simple ou compliquée. Les complications sont : l'inflammation de l'ovaire, celle de la trompe, l'intlammation périiitérine, la péritonite, les abcès ou phlegmons péri-utérins, pelviens, iliaques, enfin la lymphangite, la phlébite, la phlegmasia alba dolens, la résorption purulente, qui sont les comphcations les plus graves de la métrite, et surtout de la métrite puerpérale.

Je ne méconnais pas l'importance de ces distinctions entre les diverses formes d'un état morbide dont le fonds est commun. Mais, pour ne pas altérer l'exposition générale de la métrite, j'en ferai d'abord un tableau aussi complet que possible, et, pour donner satisfaction à la diversité d'indications qui résultent de la diversité des formes que je viens d'énumérer, je tracerai, à la fin, une esquisse de chacune de ces formes, avec les différences que chacune comporte pour le diagnostic et le traitement.

Causes. Il est probable qu'il en est de la métrite comme des maladies utérines en général, c'est-à-dire qu'elle est plus fréquente dans la période d'activité

* Beaucoup de médecins admettent que la fièvre puerpérale est une maladie essentielle, caractérisée par une altération du sang. Lors de la discussion qui eut lieu en 1858 à l'Académie de médecine, MM. Guérard et Depaul furent les défenseurs de cette opinion et apportèrent de nouveaux faits à l'appui. 11 me suffira de rappeler ici le cas de cette élève sagefemme, qui succomba à la fièvre puerpérale, ou du moins à une maladie qui en présentait tous les caractères, bien qu'elle fût vierge et qu'elle n'eût point alors ses règles. Je ferai observer encore que M . Lorain, dans sa thèse (De l'état puerpéral chez le fœtus et le nouveau-né. Paris, 1855), a démontré la solidarité qui existe, à cet épard, entre la mère et l'enfant. Du reste, il en est sans doute de la fièvre puerpérale comme de l'érysipèle contagieux et de l'infection purulente: 1° Elle peut se développer chez une femme récemment accouchée, par suite d'une phlébite ou d'une angioleucite utérines, de la résorption du pus, d'une métro-péritonite suppurée, d'une ovarite, d'un abcès des ligaments larges, d'une infection purulente consécutive, 2° Elle peut se propager ensuite par les miasmes nosocomiaux auxquels elle a donné naissance et déterminer la septicémie chez des femmes en puerpéraliié ou chez les opérées d'un hôpital, comme j'en ai vu des exemples. 5° Elle peut même, chez les femmes de cette deuxième catégorie, se localiser consécutivement sur l'utérus, cet organe étant disposé à cette invas'on par un accouchement récent ou se trouvant déjà lui-même un foyer de suppuration. 4° Elle peut enfin frapper de mort les malades d'autant plus sûrement qu'elle atteint doublement de septicémie : à la fois par l'infection purulente directe partant de l'utérus, et par l'intoxication indirecte ou épidémique. En résumé, nous admettons, comme M. Hervieux (Traité clinique et pratique des maladies puerpérales suites de couches, p. 82. Paris,. 1870), que l'agglomération de femmes en couches malades dans une localité déterminée et l'occupatirin permanente de cette localité sont les causes génératrices par excellence d'un principe miasmatique, et que la propagation de ce principe par voie d'infection ou de contagion produit l'empoisonnement puerpéral et la fièvre puerpérale.

592 MÉTRITE.

sexuelle, rt plus fréquente encore dans la portion de celte période où l'activité sexuelle est le plus en jeu. Il résulte des recherches faites par M. Nonat sur trois cents malades, que la plus grande fréquence des phlegmasies utérines est de 15 à 45 ans, c'est-à-dire pendant la période menstruelle, et que, dans cette période, 1 âge oiî la femme est le plus exposée à la métrite est celui de 20 à 50 ans, c'està-dire l'âge où les fonctions génératrices s'accomplissent avec le plus d'activité, 011 les rapports sexuels sont le plus fréquents et où les grossesses sont le plus nombreuses. Seulement il faut se rappeler que M. Nonat englobe dans la métrite plusieurs états morbides, tels que la leucorrhée, rengorgement et diverses maladies du col, que nous en séparons.

Les constitutions appauvries, les tempéraments lymphatiques paraissent plus disposés que les autres à la métrite, et surtout aux accidents morbides rattach s .\ la métrite par im lien quelconque, tels que l'engorgement, l'ulcération, etc. L'utérus en particuher parait disposé à s'enflammer, chez certaines femmes, iiar une sorte de faiblesse ou, de susceptibihté naturelle, d'après M. H. Bennet (Traité pratique de l'inflammation de l'utérus, de son col et de ses annexes, trad. par Aran, 1850, in-S"; nouvelle édition, trad. par Peter, Paris, 1864, p. 35). Mais je pense qu'il en est de cette susceptibilité naturelle de l'organe comme des aptitudes de famille dont parle M. Nonat, lesquelles disposent à toute autre maladie utérine autant qu'à la métrite.

Il est difficile de décider si le genre de vie des indigents ou des riches, si l'action continue de certains aliments, comme du café au lait, de certains vêtements, comme des corsets, de certaines intempéries comme de l'humidité, du froid brusque ou du froid prolongé, de certaines maladies comme de quelques états diathésiques, des maladies du cœur ou de l'estomac, de certains médicaments, tels que les injections vaginales ou les emraénagogues, prédisposent réellement à la métrite.

L'influence des causes déterminantes sur le développement de la métrite est plus évidente. Tout ce qui peut congestiomier ou irriter l'organe peut développer l'inflammation de l'utérus. Les troubles de la menstruation et surtout la suppression brusque des règles par une cause physique ou morale, l'accouchement naturel et artificiel avec les opérations qu'il comporte ou les accidents qui le suivent, tels que l'étention du placenta, déchirure du col, disparition des lochies ou de la sécrétion lactée , inflammation de la plaie placentaire, arrêt de l'involutiou histologique de l'utérus, etc., en sont les causes les plus fréquentes. Ainsi, la difficulté de l'instauration menstruelle et les accidents dysménorrhéiques chez les vierges, la répétition trop fréquente des rapprochements sexuels, les excès dans les rapports conjugaux (surtout chez les jeunes époux et dans les conditions, si défavorables à la santé, des voyages de noce), l'imprudence de se lever trop tôt ou la reprise précoce des rapports sexuels après l'accouchement, la disproportion du pénis, la masturbation, le séjour prolongé de corps solides, tels que pessaifes ou éponges, dans le vagin, les opérations pratiquées sur le corps ou le col de l'utérus, telles que les douches, l'introduction des corps dilatants pour provoquer l'avortement, l'abaissement de l'utérus pour faciliter l'extirpation d'un polype, le débridimen: du col Gu sa dilatation forcée, l'introduction du cathéter, le séjour à demeure du redresseur à tige, surtout avec les modifications apportées à cet instrument par Valleix, enfin la cautérisation même du col, peuvent être des causes de métrite. Je répéterai, à cette occasion, combien il est nécessaire de procéder à la cautérisation de la portion vaginale du col d'après les règle? que j'ai tracées. Autant cette

MÉTRITE. 595

opération est innocente et efficace, quand elle est bien pratiquée et surtout accompagnée de soins convenables, repos, réfrigérants, régime, propres à prévenir le développement de l'inflammation à sa suite, autant elle esi; dangereuse lorsqu'elle est mal faite ou que toutes les précautions dont je parle sont négligées. On est étonné de voir des médecins cautériser le col de l'utérus, même au fer rouge, dans leur cabinet, renvoyer ensuite leurs malades chez elles et les laisser marcher les jours suivants. Si une métrite aiguë n'écLate pas toujours à la suite de ces imprudence?, une inflammation chronique ne se développe pas moins peu à peu, prenant un nouvel accroissement après chaque opération, augmentant chaque l'ois les douleurs qu'on espère calmer, et, par suite, provoquant de nouvelles applications inopportunes d'un moyen qni, au lieu d'être un remède, finit par être la principale cause d'un nouveau mal dont les malades ont ensuite tant (le peine à guérir. J'ai vu bien des cas de cette espèce, et j'ai compris comment les opérations les mieux indiquées peuvent tomber, par l'abus, l'inopportunité on l'absence de toute précaution préventive, dans un discrédit immérité.

D'autres traumatismes, tels que les chutes sur le bassin ou sur le ventre, les coups, les chocs, les violences, les blessures reçues sur l'hypogastre ou dans le vagin, peuvent être aussi des causes déterminantes de métrite ; car, malgré la profondeur de sa situation dans l'excavation pelvienne, et l'épaisseur des parties dures et des parties molles qui le protègent, l'utérus est exposé non-seulement à des traumatismes indirects ou par contre-coup, mais à l'action directe de certaines causes vulnérantes qui, dans de rares occasions, sont parvenues à l'atteindre.

Les inflammations déjà existantes dans les organes voisins peuvent se propager à l'utérus ; telles sont l'ovarite, l'inflammation des trompes, la vaginite, et les phlegmons péri-utérins, qui agissent à la fois comme tumeurs gênant la circulation, comme centres de fluxion ou de congestion, et surtout comme foyers de propagation de l'inflammation par continuité de tissu. Quant au rectum et à la vessie, l'inflammation se propage plutôt de l'utérus vers ces organes, que de ces organes vers l'utérus.

Quelle influence faut-il attribuer aux déviations utérines, qui peuvent congestionner l'organe, aux tumeurs intra-utérines, telles que les polypes et les corps fibreux, aux tumeurs extra-utérines, à la constipation, etc., sur le développement de la métrite? 11 est difficile de la préciser. Néanmoins la coexistence de la métrite chronique avec la rétroflexion, par exemple, est trop fréquente pour ne pas Inïre présumer soit que les deux maladies sont survenues simultanément, à la suite de couches, soit que les difficultés apportées à l'excrétion menstruelle par ia rétroflexion ont amené peu à peu le développement de la métrite.

Les désirs non satisfaits, le célibat, les chagrins, les émotions morales, l'action du froid, la suppression d'un exutoire, etc., ne me paraissent pas être des causes de métrite plus que de toute autre maladie. Ces circonstances font partie d'une étiologie banale, dans laquelle on peut faire tout entrer, car il n'est j)as une condition étrangère aux conditions habituelles de la santé qui ne puisse devenir une cause de maladie. Ainsi les émotions morales agissent surtout indirectement en suspendant la menstruation; le froid peut être nuisible chez les femmes récemment accouchées, ou à l'époque de leurs règles, par exemple en provoquant la suspension de l'hémorrhagie menstruelle, comme le feraient un bain de pieds ou de siège froid, une injection froide, etc. Mais on voit que les vraies conditions du développement de la métrite sont moins le froid, les émotions morales, etc., que les troubles mensuels ou les accidents puerpéraux pro-

39^ METRITE.

duits par l'action de ces causes sur l'organisme et en particulier sur l'utérns.

En résumé, raccouchement, l'avortement, ou à leur suite le défaut de soins hygiéniques, les imprudences, comme celle de se lever trop tôt ; les manœuvres obstétricales, application du forceps, version, contusion et déchirures du col; les troubles de la menstruation, notamment la dysménorrhée mécanique ; les lésions traumatiques, et particulièrement celles qui sont causées par l'introduction de tiges dans l'utérus, la cautérisation, les pessaires ; les excès vénériens, surtout à l'époque menstruelle ou peu de temps après les couches ou l'avortement : telles sont les causes les plus fréquentes de la métrite. Rarement l'inflammation utérine se manifeste hors de ces conditions. Pourtant elle peut se développer même chez les vierges ; mais c'est le plus souvent à la suite de catarrhe, de fluxion et de congestion utérines, de difficultés d'instauration menstruelle, ou de désordres de la menstruation mal soignés et disposant la matrice à s'enflammer, ou sous l'influence d'imprudences, d'ébranlements, de marches forcées, de danses, de courses en voiture, etc. J'ai vu plusieurs fois des maladies utérines chez des liUes vierges, mais bien plus souvent des congestions ou des catarrhes que des inflammations. Du reste, celles-ci sont relativement rares chez" les femmes à l'état aigu, en dehors de l'état puerpéral. Les exemples cités par Lisfranc, par MM. Duparcque, Henri Bennet, Aran, iXonat, Gallard et autres, peuvent causer quelque méprise à cet égard ; mais il faut se rappeler que ces médecins ont donné à la métrite une extension qui nous a paru plus artificielle que naturelle. Ainsi que je le disais tout à l'heure, il en est de la métrite, à peu de chose près, comme des maladies utérines en général ; elle est plus fréquente chez les femmes que chez les filles, et plus fréquente chez les femmes qui ont eu des enfants que chez les femmes infécondes. Quant aux maladies confondues avec la mélrile proprement dite, la leucorrhée est plus fréquente que les autres états morbides de la portion vaginale du col chez les vierges, et ceux-ci plus fréquents que celle-là chez les femmes, surtout chez celles qui ont eu des enfants ; j'ai signalé cette diff'érence en parlant de la leucorrhée, j'y reviendrai en traitant des granulations et des ulcérations du col.

Marche. Elle est aiguë ou chronique.

La métrite débute le plus souvent à la suite des couches, ou immédiatement après, ou bien dix, quinze et même vingt jours après (métrite post-puerpérale), mais habituellement le troisième ou la quatrième jour. Elle débute alors sous forme aiguë, atteint la totalité de l'organe, se complique souvent d'accidents ou de suites graves, et peut se terminer rapidement par la mort ; souvent aussi elle persiste sous la forme chronique ou compliquée d'inflammation péri-utérine, d'inflammation des annexes ou de péritonite. D'autres fois elle débute et poursuit sa marche sous forme chronique : l'état de l'utérus après l'accouchement y dispose, les causes occasionnelles la déterminent, en agissant peu à peu sur cet organe encore volumineux, avant son retour complet aux conditions normales de la vacuité. Dans le premier cas, elle affecte plus souvent le parenchyme ; dans le second, elle affecte plus souvent la membrane muqueuse. La vaginite, la blennorrhagie, le catarrhe et les autres affections préexistantes, telles que les dartres, qui portent plus particuhèrement leur action sur la muqueuse, disposent aussi plus particulièrement à cette seconde espèce.

■ Que la métrite soit parenchymateuse ou qu'elle soit muqueuse, le col et le corps peuvent être pris ensemble ou séparément. On ne peut prouver que telle partie du corps soit enflammée à l'exclusion des autres. QuaiTt à l'inflammation

MÉTniTE, 395

du col seul, elle est évidemment favorisée par le coït et par conséquent s'observe surtout, comme je l'ai dit, chez les femmes mariées; j'ai été appelé à la traiter quelquefois chez de jeunes femmes nouvellement mariées qui portaient la peine de la salacité de leurs époux.

h'état ai^M de l'inflammation utérine peut être très-grave, à marche rapide, se terminer par suppuration ou par gangrène, ou bien se compliquer de phlébite, de lymphangite, ou de résorption purulente ou putride. Ces terminaisons et ces complications sont presque particulières à l'état puerpéral. C'est tout à fait exceptionnellement qu'on les observe dans l'utérus à l'état de vacuité, comme j'aurai l'occasion de le faire observer tout à l'heure en disant quelques mots des abcès de la matrice.

Mais d'autres complications sont assez fréquentes dans la métrite aiguë non puerpérale. Au premier rang il faut placer l'inllammation du péritoine, celle des annexes, et l'inflamliiation péri-utérine. Souvent en effet la métrite, au lien d'être simple, est une métro-péritonite, soit que, dès le début, la couche la plus superficielle du tissu propre de l'utérus et le feuillet séreux qui la revêt se soient enflammés simultanément, soit que le défaut de soin et les imprudences de la malade aient facilité la propagation de l'inflammation du tissu musculaire au tissu séreux. Il en est de même de l'inflammation des annexes, surtout de l'ovarite, que l'on rencontre assez souvent et quelquefois à un degré plus élevé que la métrite concomitante. L'inflammation péri-utérine, le phlegmon péri-utérin est une complication qui n'est pas non plus très-rare et qui aggrave assez la métrite pour réclamer plus d'énergie et plus de persistance dans le traitement.

L'existence même de la maladie ou de ses complications peut entraîner des complications nouvelles.

Ainsi l'inflammation de la muqueuse est-elle arrivée à un degré tel, que la membrane s'ulcère superficiellement sur quelques points, se dépouille de son épithélium et forme des surfaces saignantes, ces surfaces peuvent contracter des adhérences dans les points où elles sont en contact ou très-rapprochées. Quelque rare que soit cette terminaison de l'ulcération sur les muqueuses, j'en ai observé quelques exemples fort remarquables par l'oblitération partielle de la cavité utérine qui eu était la conséquence. J'en ai recueilli trois sur les utérus de trois vieilles femmes, portant des traces irrécusables de métrite ancienne; j'en ai rencontré un autre sur l'utérus d'une fille publique qui succomba à un érysipèle et qui avait présenté précédemment les symptômes d'un ulcère syphihtique primitif procédant de l'intérieur même de la matrice.

A l'orifice interne, dont l'occlusion normale est formée par l'emboîtement réciproque des deux colonnes qui terminent les troncs de l'arbre de vie du col, le contact est si intime, que l'altération de la muqueuse, dont je viens de parler, peut amener, par l'adhérence, l'occlusion définitive de l'orifice. Cet accident est habituellement prévenu par la présence de la sécrétion plus ou moins abondante de la muqueuse du corps dans la métrite interne, et par l'interposition continuelle de ce mucus entre les surfaces de l'isthme qui fait communiquer la cavité du corps, d'où il est expulsé, avec la cavité du col. Mais la longueur même de ce canal ou de ce détroit, car c'est le nom qui convient à cet orifice, sa longueur anormale surtout peut le disposer à s'oblitérer plus facilement ; c'est ce qui arrive quelquefois, lorsque la métrite interne a duré longtemps et que la maladie est arrivée à un âge on le resserrement naturel de cet orifice, équivalant à une occlusion complète, et même son oblitération ne sont pas très-rares. 11 en résulte, comme on

596 MÉTHITC.

le comprend aisément, nne distension de la cavité du corps par le mucus ou le muco-pus anormalement retenu. Le corps prend alors une forme de plus en plus globuleuse, et ses parois peuvent s'amincir.

L'orifice externe peut s'oblitérer aussi, quoique plus rarement. On voit alors ses deux lèvres unies par une adhérence membraneuse ou par une bride cellulotibreuse. La ca-vité du col se distend, le mucus qu'elle sécrète s'y accumule, l'orifice interne s'élargit, et les cavités du corps et du col communiquent librement l'une avec l'autre. Vn des cas les plus intéressants de ce genre d'oblitération est celui qu'a publié Voisin, de Limoges {Gazette médicale de Paris, 1835, p. 444). Cette oblitération ou ces rétrécissements de l'orifice externe sont produits souvent par les cautérisations multipliées ou profondes dont on abuse cliaque fois que le col présente des granulations ou des ulcérations superficielles, plutôt que par le progrès même des ulcérations et par les adhérences qu'elles contractent en se cicatrisant.

L'inflammation du péritoine expose encore plus que celle de la muqueuse utérine à des adhérences consécutives. Les muqueuses, en effet, protégées par leurs sécrétions, ont de la difficulté à contracter des adhérences à la suite même des opérations oîi on les recherche et où l'on a intérêt à les obtenir. C'est, au contraire, un caractère de l'inflammation des séreuses de les disposer tellement à l'adhésion, que celle-ci est presque inévitable. Aussi on ne saurait combattre trop énergiquement la métrite lorsqu'elle se complique de péritonite; car les conséquences à peu près fatales de celle-ci sont des adhérences entre le feuillet péritonéal qui revêt l'utérus et celui qui recouvre ses annexes ouïes organes voisins. De là, si la matrice se trouve défiée ou infléchie, fixité de cet organe dans une situation anormale, pouvant entretenir indéfiniment les maladies qui sont la conséquence de cette situation, telles que l'engorgement, la congestion, la dysménorrhée, etc. De là, des adhérences de la matrice avec le rectum et la double gène des fonctions de l'utérus et de cet intestin. De là, la perte de mobilité de la trompe et de son pavillon, l'union de l'utérus, tantôt avec cet organe, tantôt avec l'ovaire; des douleurs produites par la gêne de leurs fonctions, surtout aux époques menstruelles; l'impossibilité pour l'ovulation et le transport de l'œuf de s'accomplir normalement, et par suite la stérilité.

Lorsque la métrite aiguë poursuit son cours sans être aggravée par aucune de ces complications, elle se termine comme toutes les inflammations par la résolution. Celle-ci peut être complète ou incomplète.

Alors même que la résolution doit être complète, les symptômes inflammatoires ne commencent pas à décroître avant sept à huit jours, et ils ne peuvent pas disparaître avant quinze jours. Habituellement, ce n'est même qu'après le troisième septénaire qu'on peut espérer la disparition du mal. On ne peut pas compter d'ailleurs sur la résolution complète avant le retour de la prochaine menstruation. Si elle s'opère régulièrement, la guérison est assurée. Mais, si la fluxion et la congestion utérines réveillent les douleurs et surtout rallument la fièvre, la résolution n'est pas complète ; il y a à craindre une rechute ou le passage de la métrite à l'état chronique.

La résolution incomplète est habituellement la suite d'un mauvais traitement, du défaut de soins, des imprudences commises par les malades, comme de se lever trop tôt, de marcher, de reprendre les occupations du ménage, etc. ; mais elle dépend surtout de la disposition qu'y apportent les malades par leur débilité naturelle. Les femmes dont le tempérament est lymphatique, la constitution

. MÉTUITE. 59-;

faible, l'organisaliou détériorée ; celles qui sont déjà atteintes de quelque maladie, notamment d'une maladie diatliésique, telle que la scrofule, y sont particulièrement disposées. La résolu lion incomplète est le passage naturel de la métrite aiguë à la métrite chronique.

L'étai chronique de l'indammation utérine, soit qu'il provienne de Tétat aigu, soit qu'il ait débuté d'emblée sous celte forme, peut se raviver sous l'influence de diverses causes, notamment des causes traumatiques, et avoir, quoique rarement, une des terminaisons funestes ou une des complications de l'état aigu. Ou bien, il persiste indéfiniment, il amène le ramollissement de l'organe, favorise la durée indéfinie de la leucorrhée, facihte le développement des granulations et (les fougosités, fait passer ensuite le tissu de l'utérus du ramollissement à l'induration totale ou partielle, par l'organisation du plasma exsudé et interposé dans ses éléments, ou par la prolifération du tissu fibrillaire ou conjonctif, ou même par celle du tissu propre ou musculaire à fibres lisses, produit quelquefois un simple accroissement de nutrition et par suite une hypertrophie, et définitivement ne paraît pas spontanément curable. Il peut ofJrir les apparences de la guérison, c'est-à-dire une amélioration telle que tous les symptômes subjectifs de la maladie ont disparu et que les femmes se croient parfaitement guéries, tandis ijue l'examen permet de constater des lésions encore assez considérables; cet amendement des symptômes dure longtemps, quelquefois des années entières, jusqu'au moment où, sous l'influence d'une cause extérieure, d'une imprudence, d'un écart de régime, etc., tout le .cortège des symptômes antérieurs reparait avec plus ou moins d'intensité (Scanzoni, De la métrite chronique, p. ^'i? et 254). Même guéri, il peut laisser après lui de l'engorgement et des traces ineffaçables de son existence et de sa durée. La principale cause anatouiique de celte rareté de guérison de la métrile chronique est la persistance de la dilatation vasculaij e entretenue par une trop longue congestion et par la perte de la tonicité normale des parois artérielles et veineuses qui en est la conséquence.

Abcès du parenchyme de l'utérus. Avant de passer à l'anatomie pathologique et aux signes de la métrite, je dois mentiomier une des terminaisons les moins fréquentes de cette maladie : la lormation de pus et la présence d'un abcès dans le tissu utérin. Elle peut s'observer après les avortements, les accouchements ou les opérations pratiquées sur l'utérus et les organes génitaux. Mais elle est si rare à la suite de la métrite aiguë non puerpérale, qu'elle a été niée jiar quelques médecins.

Pourtant M. Depaul {Gaz. méd. de Paris, 1845, p. 645 ; Bull, de l'Acad. de méd., t. XIX, p. 658, Paris, 1854) a cité, d'après Frédéric Biid, un cas qui parait bien concluant. Une femme de trente-sept ans ayant succombé à une métrite chronique, on trouva que le fond de l'utérus avait trois fois son épaisseur normale ; un abcès, développé dans la paroi postérieure, s'ouvrait par un trajet étroit et court dans le rectum ; il ne communiquait pas avec la cavité utérine.

M. Scanzoni ^ en rapporte un autre dont il a été témoin. C'était chez une jeune femme, chez laquelle, après une suppression subite des règles, il s'était déclaré une métrite violente, que nous traitâmes, dit-il, pendant environ huit jours, sans obtenir une diminution des douleurs très-intenses ; bien au contraire, la sensibilité de la région utérine augmenta de plus en plus, des frissons se répétèrent

* Traité pratique des maladies des organes sexuels de la femme. Traduction française, Paris, 1858, p. 148. On consultera avec finit la remarquable monographie qui a été publiée par le même auteur: Die chronisc/ie Metrit>^. Wien, 1863. Traduction française. Paris, 18U6.

598 iMETKITE. .

plusieurs fois, et il se développa au-dessus de la portion lioiizontale du pubis droit une tumeur de la grosseur d'un œuf de poule, passablement résistante et nettement limitée. Le vingt-deuxième jour de la maladie, apparurent tout à coup les symptômes d'une péritonite violente et très-étendue, à laquelle la malade succomba le trente et unième jour. La nécropsie démontra que la cause de la mort était la rupture d'un abcès de la dimension d'un œuf d'oie, situé à la partie droite et supérieure de l'utérus, dont le pus s'était frayé un chemin à travers les couches externes de la substance de l'utérus et son enveloppe péritonéale K

Dans des cii'constances exceptionnelles, non-seulement la maladie affecte une marche chronique, mais encore la collection purulente peut atteindre des proportions très-considérables-.

J'ai recueilh, de mon côté, plusieurs observations d'abcès utérins, qui ne me laissent pas le moindre doute sur la possibilité, sinon sur la fréquence de cette terminaison. Les abcès du parenchyme ou du tissu propre sont naturellement les plus rares. J'ai pourtant rencontré un abcès interstitiel occupant le segment postérieur du corps de l'utérus, à peu près du volume d'un œuf de poule, rempli de pus bien lié, formant une tumeur qui bombait également vers le péritoine et vers la cavité utérine, soulevant la séreuse d'une part, la muqueuse de l'autre, mais séparé de l'une et de l'autre par une couche de tissu propre-, absolument comme un fibrome interstitiel : la malade était une femme de trente-sept ans atteinte de métrite d'abord aiguë, passée à l'état chronique, se ravivant par instants pour repasser à l'état aigu ; dans le cours d'un de ces retours d'acuité, elle succomba à un érysipèle épidémique et l'abcès ne fut reconnu qu'à l'autopsie. — J'ai traité une autre malade, âgée de trente et un ans, qui, mariée à vingt ans, avait eu six mois après son mariage, sans grossesse ni avortement, les symptômes d'une inflammation utérine ou pelvi-péritonéale aiguë, qui s'étaient dissipés peu à peu et avaient permis le rétablissement complet et le retour de l'embonpoint de la malade, mais en laissant persister depuis neuf à dix ans un écoulement vaginal purulent, fétide, qui avait complètement éloigné d'elle sou mari, et qui, étant prise pour une leucorrhée simple, à siège indéternuné, était traitée inutilement depuis ce temps par des injections de toute sorte, sans aucune amélioration. Un examen attentif me fit découvrir sur le col, à côté et à 1 millimètre au plus de l'orifice utérin, un pertuis duquel s'écoulait par moments une quantité considérable de pus ; un stylet jjénétra à travers ce pertuis et dans l'épaisseur de la paroi utérine, en arrière et à droite, à 7 à 8 centimètres environ ; l'utérus était mobile, il y avait de l'œdème dans la partie supérieure et latérale droite du vagin, et un peu de gonflement et d'induration de la paitie correspondante du ligament large. Je dilatai le pertuis avec de la laminaire, je le débridai, je cautérisai plusieurs fois la cavité de l'abcès avec le nitrate d'argent, et je fus assez heureux pour obtenir la guérison. — Chez une autre malade, c'est dans le col que l'abcès s'était ouvert, le pus sourdait de l'utérus même, il était fétide et avait fait croire à l'existence d'un cancer. Je fis sur la lèvre postérieure du col plusieurs incisions libératrices qui, me conduisant au foyer même de l'abcès, me permirent de le déterger, de le cautériser au nitrate d'argent, au perchlorure de fer, à cause des hémorrhagies, et même au fer rouge pour détruire quelques fon-

1 M. Lados a publié aussi ua fait de ce geoi-e [Gaz. méd. de Paris, 1869, p. 605).

2 M. Hervez de Chégoin a vu un abcès du tond de la matrice, entièrement clos, du volume d'un utérus à 5 mois de gestation, avec développement énorme des fibres charnues [Société de chirurgie, 2 décembre 1868).

MÊÏKirE. 599

gositésqui y avaient pris naissance, et d'obtenir, après trois mois de traitement, h guérison d'une maladie qui durait depuis quatre ans et avait amené un état de consomption générale des plus menaçants : depuis lors le rétablissement de la malade a été complet. — Les abcès qui se développent dans Y épaisseur de la muqueuse ou dans le tissu cellulaire sous-miiqueux sont moins rares ; ils s'ouvrent plus facilement soit spontanément, soit à l'aide d'un bistouri long et étroit, soit par la simple exploration à l'aide du catbéter utérin. Ils demandent néanmoins beaucoup d'attention pour être diagnostiqués avec précision et beaucouj) de soin pour être traités avec succès ; sans cela ils peuvent former encore des clapiers dont les parois, pour peu qu'elles soient étendues, ne se recollent que très-difficilement. — Quant aux abcès utérins sous-péritonéaux, terminaisons suppurées de l'exométrite ou paramétrite, ils se rattachent, comme cette dernière, à l'inflammation péri-utérine. Je ferai seulement observer ici que, dans certains cas, ces abcès, au lieu de s'étendre dans le tissu cellulaire péri-vagiual ou dans les ligaments larges, sont retenus tout contre le tissu propre de l'utérus, par la résistance, l'épaississement, l'induration inflammatoire du péritoine et des tissus péri-utérins. Ils peuvent déterminer alors de l'œdème dans le col de l'utérus et dans les parties périphériques du vagin ou du tissu cellulaire pelvien, mais ils ne fusent pas dans les ligaments larges, ils ne forment pas de tumeur considérable dans le cul-de-sac péritonéal retro-utérin, ils ne s'ouvrent ni dans le rectum, ni dans la vessie, ni dans l'aine, ni à l'échancrure sciatique, ni même sur !a paroi postérieure du vagin. Ils se font jour dans le sillon vaginal qui embrasse le col, tantôt dans un point, tantôt dans un autre. C'est à ces abcès qu'il faudrait réserver exclusivement ie nom de phlegmons péri-utéri7is, si abusivement étendu par M. Nonat à d'autres phiegmasies suppuratives péri-utérines. Quelquefois même ils peuvent, après avoir détruit le tissu cellulaire de l'utérus en arrière, se propager dans le tissu cellulaire d'un côté, puis en avant, puis de l'autre côté, absolument comme il arrive aux abcès ou aux phlegmons diffus chroniques, par des poussées successives, provoquées souvent par les fluxions utérines mensuelles, donnant lieu à de véritables redoublements inflammatoires et suppuratifs, avec retour de frissons, de fièvre, d'accès fébriles plus Ou moins périodiques, etc., jusqu'au moment où une nouvelle ouverture se produit et donne issue à du pus. La persistance de la suppuration peut amener elle-même la lièvre hectique. H y a quelques années, j'ai vu à Marseille, avec notre très-estimable confrère, le docteur Magail, une malade chez laquelle cinq ou six ouvertures s'étaient successivement produites autour de l'utérus, dans le fond du sillon utéro-vaginal, en arrière, sur les côtés, en avant, tout contre le col, par chacune desquelles du pus avait coulé plus ou moins de temps, au point de faire présumer que la maladie était jugée et terminée, lorsque, après les apparences d'une con^ valescence franche et d'un retour à la santé, de nouveaux symptômes de suppuration péri-utérine nécessitaient de nouveaux soins et se terminaient par l'ouverture spontanée d'un nouvel abcès. L'utérus, quoique tuméfié et œdématié, n'était évidemment pas le siège du mal : il conservait une certaine mobilité, le cathété^ risme n'en était pas douloureux, etc. ; de même le tissu cellulaire pelvien, les ligaments larges, le péritoine lui-même, quoique subissant le retentissement inévitable de cette phlegmasie persistante, n'étaient pas davantage le point de départ des accidents et n'y participaient même pas, à proprement parler. En un mot, les limites de l'inflammation au tissu cellulaire péri-utérin proprement dit et son extension à tout ce tissu cellulaire étaient des plus remarquables.

400 METRITE.

Les abcès utérins peuvent s'ouvrir spontanément ou être ouverts artificiellement, comme des obiervations le démontrent, dans la cavité utérine, dans le rectum, dans le vagin, dans la cavité abdominale, dans la vessie ou même au travers des parois abdominales, préalablement lénnies à l'utérus par le moyen d adhérences.

Lorsqu'un abcès utérin s'est formé, il peut y avoir beaucoup de diificulté à déterminer la nature de la tumeur due à cette cause. A la présence de la tumeur s'ajoutent la douleur, une fièvre intense, avec des irrégularités, quelquefois des irissons, de la transpiration, et tous les autres symptômes qui dénotent l'acuité de l'inilammation. M. Scanzoni pense que le diagnostic est possible seulement lorsque, après avoir observé les symptômes d'une mélrite aiguë, on peut démontrer avec sûreté, au travers de la paroi supéiùeure du vagin ou de la paroi antérieure de l'abdomen, la présence d'une tumeur augmentant rapidement de volume, d'abord dure, puis présentant plus tard une fluctuation. Mais, même dans de pareils cas, il faut convenir que, par suite de diverses circonstances, le diagnostic peut rester douteux, et que les doutes ne pourront être levés que lorsque le pus se sera spontanément Irayé une issue, ou bien lorsque sa présence auia été démontrée par une ponction exploratrice, que l'on ne fera jamais sans la plus grande précaution.

Les abcès de l'utérus, formés par une collection pumlente dans l'épaisseur de a paroi utérine ou entre l'utérus et son revêtement péritonéal, sont élroitemenl liés, par leurs symptômes et leur marche générale, aux abcès pelviens. La seule dilïérence est que, dans les cas du premier genre, la tumeur paraît être une tuméfaction de l'utérus lui-même, plus limitée et plus circonscrite que dans ceux de la seconde série.

Le pronostic, toujours très-réservé, peut être très-grave. Le traitement est celui de la métrite aiguë. Si l'abcès est accessible au bistouri, on peut faire préalablement une ponction exploratrice et le vider, lorsqu'on s'est assuré de la présence du pus.

Anatomie pathologique. Les lésions produites par la métrite sont les suivantes :

Augmentation de volume de l'organe, surtout dans le sens vertical et antéropostérieur. Rarement épaississement concentrique, le plus souvent, au contraire, tuméfaction excentrique de ses parois et dilatation de sa cavité, d'où forme globuleuse, llarement aussi la tuméfaction est bornée à un segment, mais elle peut être hmitée soit au corps, soit au col, et, dans ce dernier cas, celui-ci subit, par le fait même de cette tuméfaction, des altérations de forme très-sensibles. Intiltration de sucs dans l'interstice des éléments textulaires, et par suite ramollissement ou induration du tissu, suivant les cas et surtout suivant l'époque ou la période dans laquelle on observe la maladie. Infiltration de sucs sous le ieuiliet séreux, et par suite facilité à décoller le péritoine, qui est lui-même rouge, injecté, dépoli ou recouvert de fausses membranes ; car il est rare qu'il n'y ait pas un peu de péritonite avec la métrite. Hypérémie de la muqueuse et du tissu propre de l'organe. Dans ce dernier tissu, les capiHaires et les veines sont gorgés de sang. La muqueuse présente une couleur rouge pointillée, avec de rares arborisations. Dans les cas où la muqueuse seule est malade, à la rougeur plus forte, au pointillé, aux injections, aux arborisations vasculaires plus nombreuses, s'ajoutent une tuméfaction, un épaississement plus considérable de la membrane, dei espèces d'émiiieuces nuuuiUaires, des élevures partielles, l'apparence do papilles,

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la saillie des orifices folliculaires entourés d'un réseau vasculaire gorgé de sang, des ecchymoses, du ramollissement, des dénudations épithéliales et même des exulcérations, sans parler des granulations et des fongosités qui peuvent s'y développer aussi à l'état chronique. Quelquefois ces altérations s'arrêtent brusquement au niveau de l'orifice interne ou de l'isthme, tandis que la muqueuse du col est saine ou à peu près saine. Quelquefois, au contraire, la muqueuse du col est seule enflammée et ne tarde pas à se couvrir d'ulcérations folliculaires ou papillaires, de granulations, de fongosités, de polypes muqueux et d'un écoulement muco-purulent épais et abondant. Dans d'autres cas les altérations s'étendent également sur les muqueuses de ces deux segments, sans ligne de démarcation. D'ailleurs la métrite interne n'existe guère sans être accompagnée d'un peu de métrite parenchymateuse. Enfin les lésions tenant à la suppuration, à la phlébite, etc., aux suites et aux complications de l'inflammation dans tous les autres oi'ganes, peuvent s'observer dans l'utérus, à la suite de la métrite. On trouve quelquefois du pus dans la cavité utérine ou dans l'épaisseur du parenchyme. Mais il n'en est pas moins vrai que la suppuration est très-rare hors de l'état puerpéral. Encore est-il vrai de dire que, même dans la métrite puerpérale, le pus se trouve rarement dans le tissu musculaire, et seulement à sa surface, dans l'épaisseur de la nouvelle muqueuse, ou dans les lymphatiques ou dans les veines. 11 faut donc s'assurer s'il n'est pas resté quelques débris de membrane ou de placenta dans la cavité utérine, ou si le pus interstitiel ne s'est pas formé autour d'un caillot dans un sinus veineux, ou s'il ne provient pas de la dilatation d'un lymphatique. Dans les cas où il s'est produit un vrai abcès utérin, celui-ci a pu s'ouvrir dans la cavité utérine, le rectum, le vagin, etc. Mais en décrivant la marche de la métrite, j'ai déjà parlé de ces abcès, de leur terminaison, des symptômes qui permettent de les diagnostiquer.

Ces lésions anatomiqui s s'observent également dans la métrite aiguë et la métrite chronique. Seulement dans la métrite aiguë elles se dissipent plus vite, soit que la maladie se termine par résolution, soit qu'elle se termine jjai" suppuration, ce qui est très-rare. Aussi a-t-on des occasions plus fréquentes de les constater sur l'utérus atteint d'inflammation chronique.

Le ramollissement qui caractérise la première période de l'inflammation, et l'induration qui caractérise la seconde période de cette même inflammation dans tous les tissus, caractérisent également l'une et l'autre de ces deux périodes dans la métrite chronique.

M. Scanzoni {De la métrite chronique, p. 37 et suiv.), a distingué avec raison « une période de ramollissement ou d'infiltration, dans laquelle on observe une hypérémie plus ou moins étendue, une infiltration séro-sanguinolente du tissu utérin qui, à la suite de cette imbibition, devient mou, relâché, épaissi; et une deuxième période à' épaississement ou d'induration dans laquelle l'anémie "-énérale ou partielle de l'organe, la dessication, la fermeté et la dureté du tissu sont les lésions principales. » Je crois seulement qu'il se trompe quand il confond la première période de la métrite chronique avec la simple congestion, et la seconde avec l'engorgement et avec l'hypertrophie indurée, car dans un autre endroit de sonhvre (De la métrite chronique, p. 52), il n'a pu méconnaître lui-même cette confusion faite par un grand nombre d'auteurs, et il l'a signalée. « Le terme de métrite chronique, dit-il, ne s'apphque pas proprement à tous les cas auxquels on donne ce nom, beaucoup même des engorgements qu'on regarde comme inllammatoires ne possèdent rien d'inflammatoire dans le sens précis du mot ce

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sont des désordres de nutrition, comme on eu voit se former dans d'autres organes à la suite d'une hypérémie veineuse de longue durée. «

Dans la première période de ramollissement et d'hypérémie, il peut y avoir excès et altération des sécrétions des follicules muqueux, et par suite leucorrhée purulente, ou bien rétention de la sécrétion si le détroit cervico-utérin est obstrué par une fongosité, un petit ijolype muqueux, un simple gonflement et par suite hydrométrie, il peut surtout se former les néoplasmes de toute sorte si fréquents dans l'utéms, ou il peut se produire une hypertrophie générale de l'organe. Remarquons seulement qu'au lieu de ne reconnaître pour cause que l'inflammation, ces néoplasmes peuvent se développer par suite de la simple tendance hypertrophiqne du tissu, par une maladie toute locale du canal excréteur des glandes, des éléments fibro-plastiques de la muqueuse, des fibres lisses du tissu propre, etc., et que leur formation est favorisée non-seulement par l'inflammation, mais encore pai" la fluxion et par la congestion. L'inflammation n'eu détermine plus sûrement le développement qu'à cause des propriétés hyperplasiques, des tendances à la prolifération des tissus qui la caractérisent et qui s'ajoutent aux dispositions liypertrophiques particulières de l'utérus. On peut jusqu'à un certahi point reconnaître l'intervention de l'inflammation en ce que, au lieu déporter sur un point ou sur un seul tissu, les néoplasmes portent alors sur tous les points et sur tous les tisus à la fois et qu'ils sont multiples par leur siège comme par leur nature.

Dans la seconde période ou d'induration, au lieu de présenter une infiltration, de matière amorphe entre ses éléments, comme dans l'engorgement, le tissu de l'utérus s'endurcit. C'est l'indice de la résolution, mais d'uue résolution incomplète. L'hypérémie, le ramollissement disparaissent. L'anémie, l'endurcissement y succèdent. L'activité plastique inflammatoire s'éteint, mais la résorption des éléments néoplasraatiques n'est pas complète, elle ne porte pas sur le tissu conjonctif comme sur les autres éléments. Aussi l'induration, la sclérose de l'utérus, pour me servir de l'expression de M. Gallard, persiste-t-elle comme trace de la prolifération de ce tissu fibrillaire ; il reste dans l'utérus un réseau de tissu fibreux analogue à du tissu cicatriciel, il y a eu en quelque sorte formation d'un tissu de cicatrice intersticiel.

D'après M. Scanzoni [De la métrite chronique, p. 57 et suiv.), indépendamment de cette induration du tissu amenant l'anémie partielle ou générale de l'organe, la modification anatoniique la plus importante dans la métrite chronique est la congestion des vaisseaux dilatés par le sang qui les gorge. Cette congestion est due à la fois aux désordres qu'on observe dans la circulation des organes voisins, et à la diminution de la tonicité des parois des vaisseaux qui ne pré sentent plus assez de résistance pour pouvoir régler la circulation. 11 est évident que cette congestion est plus considérable pendant la période de ramollissement, mais elle persiste en partie pendant la période d'induration, surtout dans les premiers temps.

Diagnostic. Signes subjectifs. Le début delà métrite aiguë, surtout de la métrite puerpérale, est marqué par un frisson plus ou moins intense, plus ou moins prolongé. Ce frisson initial peut manquer dans la métrite aiguë non puerpérale, mais pas autant que le dit Âran, qui paraît avoir pris quelquefois la fluxion ou la simple congestion pour la métrite, car il assure que le début est toujours marqué par des phénomènes locaux, notamment par de la douleur, et jamais par des phénomènes généraux.

Ce frisson initial est suivi de fièvre, souvent de suspension des lochies, et de

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douleurs hypogastriques continues, différant des tianchées utérines, pouvant se propager dans les régions iliaques, surtout à gauche.

La fièvre est un symptôme général qui ne manque jamais dans la métrite aiguë. Dès que le pouls dépasse 100 à 120 pulsations chez une accouchée, il faut se méfier ; je dirai plus, il faut redouter et chercher la cause de la lièvre pour la coni battre dès le début. Si cette fièvre s'accompagne de frissons erratiques et plus tard de sueurs, il faut se tenir encore* plus sur ses gardes, car ces symptômes manquent rarement d'annoncer la phlébite.

Souvent les phénomènes locaux précèdent les symptômes généraux. De tous ces phénomènes le plus marqué est la douleur hypogastrique, douleur très- vive, lancinante, différant des tranchées utérines qui suivent l'accouchement en ce qu'elle est continue, s'exaspérant d'heure en heure, se produisant dans la métrite aiguë non puerpérale aussi bien que dans la métrite puerpérale, mais pouvant être accompagnée, notamment dans la métrite interne, do véritables tranchées ou douleurs expulsives, obligeant les malades à fléchir les jambes sur les cuisses, les cuisses sur le bassin et à se pelotonuer en quelque sorte sur elles-mêmes pour faire cesser toute tension des muscles abdominaux, laquelle suffit, comme la moindre pression, pour exaspérer la douleur. Il s'y joint souvent des battements artériels que le médecin peut même constater quelquefois en portant le doigt dans le sinus vaginal, à droite et à gauche du col, aussi profondément que possible.

Celte douleur se propage dans les régions iliaques, surtout du côté gauclie; elle se propage tout autour de l'utérus, dans tout l'hypogastre, ou vers le rectum, le vagin, la vessie, suivant que le péritoine ou les organes voisins participent plus ou moins à l'inflammation. Elle s'irradie vers les aines, les cuisses, l'ombilic, le sacrum, quelquefois les lombes. Elle peut s'accompagner ou non de pesanteur pelvienne, et en cela elle diffère de la douleur congestive.

La malade éprouve une chaleur ardente dans l'hypogastre ainsi qu'au vagin et à la vulve. Cette chaleur est, par sa nature et son intensité, caractéristique de l'état aigu de la métrite.

Il n'y a pas d'écoulement par le vagin, les lochies sont habituellement supprimées ; bientôt après apparaît une perte qui, de simplement muqueuse, devient rapidement mucoso-purulente, ou même sanguinolente, dans les métrites aiguës simples. Dans la métrite puerpérale, c'est un écoulement sanieux, grisâtre, purulent, souvent fétide. Quand la métrite aiguë apparaît en pleine menstruation, les règles cessent brusquement plutôt que de continuer. Quand elle existe avant l'arrivée des mois, elle est exaspérée par la fluxion que ramène l'époque menstruelle, d'autant plus qu'il y a alors suppression de l'écoulement sanguin périodique, bien plus souvent que ménorrhagie.

Les symptômes de voisinage sont des douleurs dans la miction, des urines rouges, peu abondantes, brûlantes ; de la constipation le plus souvent, quelquefois une diarrhée glaireuse, avec efforts, ténesme, douleur cuisante.

Les symptômes généraux sont : la fièvre, qui ne manque jamais et qui dure jusqu'à la résolution de la métrite ou jusqu'à son passage définitif à l'état clironiquBj l'anorexie, la langue chargée, la soif, le hoquet, quelquefois les vomissements qui peuvent être un symptôme de péritonite. Enfin, des symptômes généraux plus graves, la petitesse du pouls s'ajoutant à sa fréquence, des sueurs abondantes et visqueuses, du délire, etc., peuvent se joindre aux précédents et aggraver particulièrement le pronostic, car ils sont les signes de complications très-sérieuses, telles que la résorption purulente ou la fièvre puerpérale.

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Les mêmes signes, à un degré moindre, caractérisent la métrite aiguë non puerpérale.

A l'état chronique, la métrite se révèle par des signes à peu près identiques, mais moins accusés, surtout localement, et masqués par la prédominance des symptômes généraux, quelquefois à tel point qu'il peut en résulter pour les malades des méprises sur le siège et la nature de leur maladie.

Pourtant il y a toujours la douleur dans les régions que nous avons déjà désignées, ainsi qu'au lombes et ses diverses irradiations, quelquefois même l'irradiation vers le coccyx connue sous le nom de coccygodynie. Mais les douleurs hypogastrique et iliaque gauche l'emporleut sur les autres. Cette douleur iliaque gauche accompagne habituellement la douleur hypogastrique, et quelquelois même, lorsque la métrite est passée à l'état chronique, elle affecte la malade plus que la douleur hypogastrique, qui est en quelque sorte effacée par elle. 11 est plus difficile de l'expliquer que de la constater ; mais elle est un fait sinon constant, du moins très-fréquent, soit que la pression du rectum ou de l'S iliaque congestionne plus les annexes gauches que les droites ; soit que celles-ci, notamment l'ovaire, aient plus de disposition à participer à l'inflammation, comme l'orchite chez l'homme se développe plus souvent à gauche ; soit que l'utérus, s'inclinant par son fond à droite, provoque la douleur par le tiraillement des annexes gauches.

La douleur s'exaspère par les pressions, lesconstrictions, la marche, quelquefois la moindre secousse, le moindre ébranlement, par exemple celui que produit uu faux pas, ou une instabdité du pied reposant sur deux pavés d'inégale élévation, ou l'action de descendre un escalier, ou celle de s'asseoir un peu brusquement. Dans toutes les inflammations utérines ou péri-utérines, on voit souvent les malades ne s'asseoir qu'avec beaucoup de précautions, en commençant par prendre point d'appui avec leurs bras sur les bras d'un fauteuil, de même qu'elles protègent instinctivement l'hypogastre contre la moindre menace de choc ou de pression. La douleur s'exaspère encore plus par la course, le saut, les cahots, d'une voiture, l'équitation, les mouvements brusques, le coït, surtout quand le bout du pénis appuie trop fortement sur le col de l'utérus. Elle est augmentée aussi par la constipation, par la plénitude du rectum et de la vessie.

Cette douleur est continue, sourde ; elle est gravative, elle s'accompagne d'un sentiment d'embarras, de gène dans le petit bassin, de pesanteur au périnée, sur l'anus, sur le sacrum ; mais elle est accompagnée aussi d'élancements, comme ceux qui caractérisent la douleur de la métrite aiguë, revenant à des intervalles plus ou moins éloignés, et de battements artériels ressentis souvent par les malades, quelquefois par le médecin à droite et à gauche du col.

Il persiste dans le bas-ventre et surtout dans la région utérine une chaleur incommode, souvent étendue jusqu'à la vulve, avec prurit vulvaire, etc.

Quelquefois il y a de la sécheresse à la vulve et dans le vagin. D'autres fois il y a de la leucorrhée. Celle-ci peut être abondante, mucoso-purulente ou tout à fait purulente, sanieuse, plus ou moins acre, mais toujours moins que dans l'état aigu. Elle est accompagnée parfois de vaginite, mais c'est rare: la vaginite ue complique guère que la métrite externe ou l'inflammation superficielle du col, qui en est elle-même une extension naturelle.

Les altérations de la menstruation sont quelquefois nulles, sauf de légères douleurs à l'époque des mois. D'autres fois il y a de la dysménorrhée, des tranchées utérines à chaque retour menstruel, avec recrudescence des douleurs hypogas-

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triques, inguinales, et appnrition de douleurs lombaires. D'autres fois il y a des altérations qui consistent surtout en des irrégularités : irrégularité pour l'époque du retour des règles, irrégularité pour la quantité de sang évacué. Relativement à l'irrégularité du retour, on remarque tantôt que les règles sont plus rares (symptôme propre à la métrite parenchymateuse), tantôt qu'elles sont plus fréquentes (phénomène fréquent dans la métrite muqueuse). Relativement à l'irrégnlarité de la quantité, elles peuvent être diminuées ou supprimées (symptôme propre à la métrite parenchymateuse) ou augmentées au point de produire des ménorrhagies, et même de véritables métrorrhagies (phénomène se présentant dans les cas de métrite générale, et surtout dans ceux de métrite muqueuse).

La stérilité est une conséquence presque forcée de la métrite ; tantôt une conséquence mécanique, par l'oblitération des orifices, les adhérences, la fixité, les positions vicieuses contractées par les trompes, les ovaires et l'utérus dans leurs relations réciproques ou dans leurs rapports avec les autres organes ; tantôt, le plus souvent, une conséquence vitale, si je puis m'exprimer ainsi, par l'impossibilité où l'état d'inflammation place l'utérus d'accomplir les actes physiologiques nombreux et délicats qui président à la fécondation, à la conception, à la grossesse.

La métrite chronique est donc un obstacle à la conception. Cette règle m'a paru n^ souffrir que de très-rares exceptions : encore faut-il remarquer que, dans ce cas, la grossesse est interrompue de bonne heure par un avortement.

Mais la métrite peut-elle se développer ou s'exaspérer pendant le cours d'une grossesse? 11 semblerait de prime-abord qu'il n'en est rien; les actes que la grossesse détermine dans l'utérus, le travail particulier d'hypertrophie dont cet organe est le siège, semblent devoir faire tourner au profit de cette hypertrophie elle-même tous les éléments nutritifs que la fluxion y apporte, et le fait est que l'inflammation paraît devoir se développer très-rarement dans cette circonstance. Pourtant j'en ai recueilh un petit nombre d'exemples ; je rapporterai le suivant. Observation. Métrite au début d'une groasesse. Avortement. Évacuation de pus fétide. Symptômes d'infection purulente. Mort. « Malade forte, bien constituée, âgée de 55 ans, réglée à lo ans, mère dé trois enfants, et ayant eu deux fausses couches, leucorrhée abondante. Les règles diminuent insensiblement plusieurs mois de suite, enfin elles se suppriment pendant 2 mois. Les douleurs qui existaient depuis plusieurs mois et qui avaient fait soupçonner à la malade elle-même quelle avait une maladie de matrice, s'exaspèrent bientôt au point de l'obliger à garder le ht. La diminution graduelle des règles qui avait précédé leur suspension et l'aggravation continue des douleurs éloignaient de l'esprit de la malade tout soupçon de grossesse ; il n'en existait d'ailleurs aucun signe ou du moins les signes de gestation, s'ils existaient, étaient masqués par ceux d'une métrite subaiguë, plus intense que d'habitude: douleurs hypogastriques se propageant au bassin et aux cuisses, symptômes hystériformes très-alarmants, frissons suivis de chaleur et de sueur revenant tous les 5 ou 4 jours, comme des accès, mais sans véritable périodicité et aggravant singuhèremeut le pronostic. A l'examen direct, l'utérus avait un développement double du volume normal, il était très douloureux à la pression, très-rouge, très-chaud. Ces symptômes ne cédant à aucun moyen, tels que bains, cataplasmes, lavements laudanisés, frictions sur le ventre avec l'onguent napolitain, etc., je pensai devoir faire sur le col l'application de quelques sangsues; un soulagement marqué suivit l'emploi de ce moyen. Le retour des symptômes au bout de quelques jours me décida à

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y revenir; cette fois la malade n'en éprouva aucune amélioration. Quelques jours après un embryon de 50 jours environ, paraissant mort depuis deux semaines, fut expulsé ; néanmoins les symptômes ne subirent aucun amendement. Un pus fétide s'écoula de l'utérus. L'exploration la plus minutieuse ne me fit découvrir aucune altération. Malgré les soins les plus empressés et des injections détersives, faites jusque dans la cavité utérine, la malade ne tarda pas à succomber à des accidents de résorption purulente (frissons, fièvre, état typhique, délire), qui me firent admettre l'existence d'un abcès dans les parois utérines, et probablement d'une phlébite. Je pensai donc, que la conception avait eu lieu malgré une maladie utérine et qu'ime métrite s'était développée avec les caractères les plus graves malgré l'état de grossesse. Je ne pus m'expliquer les symptômes observés dans le courant de cette maladie que par le développement de la suppuration dans l'utérus enflammé, quoique en gestation, et par la formation d'un phlegmon utérin, laquelle avait été suivie, avant même l'avortement, des symptômes de la métrite puerpérale que Dugès et Boivin {Maladies utérines, t. Il, p. 252) désignaient sous le nom de métrite typhoïde. Du reste aucun traumatisme et encore moins aucune tentative d'avortement, d'après la moralité de la famille au-dessus de tout soupçon, ne pouvaient être invoqués comme cause de la métrite, dont le développement était tout spontané. »

Les symptômes de voisinage rappellent ceux de la métrite aiguë et de la congestion utérine : du côté du rectum, hémorrhoïdes, constipation, quelquefois avec besoin factice et incommode d'aller à la garde-robe, ténesme, parfois même entérite glaireuse ; du côté de la vessie, envies fréquentes d'uriner, ardeur de la miction, etc.

Enfin, les symptômes généraux sont maintes fois si développés, qu'ils laissent dans l'ombre les autres et peuvent, comme je l'ai dit, donner le change aux femmes sur le siège et la réalité même du mal. Souvent les malades entretiennent leur médecin de leur faiblesse, de leurs céphalalgies, de leur dyspepsie, et sont étonnées, après être venues le consulter pour ces prétendues maladies, de découvrir que le vrai siège du mal est la matrice, et que ces phénomènes si pénibles, qui les tourmentent et les font maigrir depuis tant de mois et quelquefois tant d'années, ne sont autre chose que des symptômes d'une métrite chronique.

Du côté des voies digestives, il y a des vomissements, de l'anorexie, surtout de la dyspepsie. M. Henri Bennet considère les nausées comme un symptôme caractéristique de l'inflammation du corps de l'utérus. Les troubles nerveux revêtent toutes les formes de l'hystérie, non qu'ils tieiment à l'hystérie véritable qui peut coïncider, quoique rarement, avec la métrite chronique, mais parce que chez la femme les altérations des fonctions du système nerveux, celles surtout dont l'utérus est le point de départ, prennent le plus souvent ce caractère. Ce sont des douleurs abdominales, des gastralgies, des constrictions pharyngiennes, des névralgies intercostales qui font croire quelquefois aux malades qu'elles ont une maladie du cœur ou des poumons, des céphalées ou des céphalalgies, des espèces de migraines ou des névralgies trifaciales plus ou moins limitées, très-caractérisées, enfin ce qu'on appelle le clou hystérique ; les névroses viscérales peuvent exister; quant aux névralgies des membres, elles sont plus rares (j'en ai vu une limitée au quatrième doigt et au quatrième orteil des deux côtés). Ces troubles digestifs et nerveux amènent comme toujours, plus que dans la plupart des autres maladies, l'appauvrissement du sang, et à la fois l'anémie, la chloro-anémie et l'affaiblissement plus ou moins prononcé des malades.

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Signes objectifs. La douleur, la tumeur, la chaleur, la rougeur, tous les signes objectifs de l'inflammation se laissent constater facilement dans la métrite, et, comme ils servent à distinguer vraiment la métrite des autres états morbides de l'utérus avec lesquels on peut la confondre, il importe d'apprendre à en déterminer avec une grande précision l'existence sur l'utérus enflammé.

La douleur est bien délimitée, elle siège dans l'utérus. Elle existe dans la métrite puerpérale et dans la métrite non puerpérale, dans l'inflammation aiguë et dans l'inflammation chronique, dans la métrite muqueuse et dans la paranchymateuse ; dans cette dernière surtout la constatation en est importante, puisque l'absence de leucorrhée purulente pourrait faire douter de l'existence de la métrite. Elle est précisée par la combinaison de la palpation abdominale et du toucher. La pression avec la main de l'hypogastre, de la fosse iliaque, du cùté gauche surtout, permet de limiter et de déterminer le siège réel de la douleur. La pression exercée avec le doigt introduit dans le vagin sur le corps ou le col, sur la portion vaginale ou sus-vaginale de ce dernier, provoque la douleur très-nettement dans l'utérus, à l'exclusion de toutes les parties voisines. La combinaison de la palpation hypogastrique avec le toucher est nécessaire ici pour déterminer de la manière la plus précise le siège et la nature de la douleur. Il importe en effet de distinguer la douleur provoquée par les mouvements imprimés à l'utérus de celle qui est produite par la pression qu'on exerce sur l'organe. Souvent on réveille une douleur chez une femme, en pressant avec le doigt sur un utérus simplement congestionné ou dévié, tandis qu'on n'en réveille aucune en essayant de presser sur un utérus atteint d'inflammation chronique, surtout si son élévation ou toute autre cause," comme cela arrive quelquefois, ne permet pas de l'atteindre facilement. En imprimant, avec le doigt indicateur introduit dans le vagin et appuyant sur le col, des mouvements d'élévation ou de bascule à l'utérus, on éveille souvent des douleurs, pour peu que l'organe soit congestionné, dévié ou fléchi, ou que les annexes, les organes voisins, les ligament» soient eux-mêmes le siège de quelque maladie. En pratiquant le toucher de la même manière dans le cas de métrite chronique peu douloureuse, chez une femme d'une sensibilité médiocre, et dont les organes péri-utérins sont en bon état, on peut n'éveiller aucune douleur ; cela tient à ce que l'utérus s'élève, bascule, ou fuit aisément devant le doigt qui le pousse et qu'il ne rencontre dans ses mouvements aucun organe douloureux. Au contraire, si une pression hypogastrique méthodique retient l'utérus dans le bassin, pendant que, par le toucher vaginal ou par le toucher rectal, on appuie sur le col, sur la face antérieure du corps ou sur sa face postérieure, et si l'on presse ainsi l'utérus entre la main et le doigt, on est sûr de ne comprimer que lui, de n'agir que sur lui. Or, dans les cas de métrite, même chronique et en apparence très-indolente, tandis que la pression sur tous les points voisins n'éveille aucune souffrance, celle que l'on exerce sur l'utérus détermine au contraire soudainement, une douleur aiguë, qui arrache un cri à la malade et qui est comparable à celle que produit la moindre pression sur un abcès chaud, sur un panaris, en un mot sur toute partie enflammée et douloureuse. Je le répète, cette précision dans la détermination du siège de la douleur, si difficile à obtenir quand on n'en a pas l'habitude et qu'on n'a pas bien réfléchi aux conditions qui permettent de l'atteindre, est de la dernière importance pour le diagnostic et le traitement de la métrite.

La tumeur ou l'augmentation de volume de l'organe est aisée à constater par les mêmes moyens. Dans la métrite puerpérale, cette tuméfiction est considè-

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rable ; l'utérus était déjà très-volumineux ; du moment qu'il s'enflamme, il ne se rétracte plus, l'évolution rétrograde s'arrête, et i'afUux des liquides contribue à lui faire reprendre les dimensions qu'il était en train de perdre. Dans la métrite non puerpérale, aiguë ou chronique, le fond dei'utérus, malgré sa tuméfaction, ne dépasse pas toujours le pubis.

- Il est important de noter que, malgré cette augmentation de volume, l'utérus conserve sa mobilité.

Cette tuméfaction détermine à l'hypogastre un gonflement variable suivant les malades ou l'espèce de métrite. Ainsi, dans la métrite parenchymateuse, le basveatre est médiocrement ballonné. Au contraire, dans l'inflammation de la muqueuse, comme dans plusieurs cas de leucorrhée, on remarque un ballonnement de la moitié inférieure de l'abdomen, dû en grande partie à une sorte de tympanite, très-variable dans son intensité.

La tuméfaction du col, de sa portion intra-vaginale et de sa portion sus-vaginale, ia tuméfaction du corps, constatée par la combinaison du loucher rectal et du toucher vaginal avec la pression hypogastrique, ne laissent pas de doute sur l'augmentation de volume de l'utérus. Cette tuméfaction est quelquefois assez forte pour déterminer l'abaissement de l'organe. Ou peut la mesurer en saisissant l'utérus entre le doigt d'une main, introduit dans le vagin, et la face palmaire de l'autre main pressant méthodiquement sur l'hypogastre, c'est-a-dire dans le même temps et par le même procédé qui sert à constater le siège de la douleur.

Enfin la portion vaginale du col est saillante, rebondie, et l'orifice est entr' ouvert ; cette disposition est remarqualtle en particulier dans le cas de métrite du col. Chez la fille vierge, le col, quoique tuméfié, conserve à peu de chose près sa forme conique, et même, lorsque l'inflammation ne l'atteint pas, il ne participe pas du tout à l'augmentation de volume du reste de l'organe, de sorte qu'à sa seule inspection, on pourrait se méprendre sur l'état réel du reste de l'utérus. L'orifice, tout en restant circulaire sur le col virginal enflammé, s'agrandit, et l'inégalité de tuméfaction du tissu qui le circonscrit y fait naître des espèces de plis radiés, partant du centre et se portant à une petite distance des bords. Chez la femme, il est plus rebondi, il affecte déjà la forme d'un tronc de cône dont la plus large base est inférieure, ses deux lèvres sont saillantes, déjetées, mamelonnées. Chez la femme mère, cette disposition est infiniment plus prononcée, et non-seulement le pourtour du col est mamelonné, mais encore il est comme entaillé par des cicatrices profondes, qui sont les traces des décliirures opérées pendant l'accouchement.

La chaleur est intense, surtout chez les nouvelles accouchées, chez qui on peut la percevoir en portant la main sur le bas-ventre. Dans les autres cas de métrite aiguë, elle peut être un peu moindre, mais, en appliquant la main à plat audessus de l'ombilic et descendant de là peu à peu jusqu'au pubis, de manière à parcourir lentement les régions hypogastrique et iliaque, on ne manque pas de la constater, à l'hypogastre surtout. Mais elle est bien autrement sensible dans le vagin et sur la portion vaginale du col, où elle est quelquefois extrêmement prononcée. Tantôt elle est accompagnée de sécheresse, tantôt, au contraire, souvent même, elle est accompagnée d'une sécrétion plus ou moins abondante.

La rougeur n'est pas facile à percevoir les premiers jours ; car il est des malades chez lesquelles le toucher lui-même est si douloureux, qu'il est presque impraticable ; à plus forte raison l'introduction du spéculum peut-elle être mo-

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mentanément impossible. Cependant ces cas me paraissent être très-rares : il taut, autant et aussitôt que possible, recourir à ces moyens d'exploration, d'abord parce qu'ils sont nécessaires pour confirmer le diagnostic et que, après les soins les plus urgents, il n'est pas indifférent de savoir, pour le traitement, si l'on a affaire à une métrite ou à une péritonile, à un phlegmon péri-utérin, etc. ; ensuite parce qu'à l'aide du spéculum seulement, on peut employer le moyen le plus efficace au début du traitement, je veux dire l'application des sangsues .sur le col.

Du reste, en emploiera les précautions que nous avons indiquées ailleurs pour l'introduction du spéculum, et Ton arrivera à la pratiquer sans trop de douleur, et de manière à se mettre en mesure de calmer cette douleur le plus tôt possible et par le moyen le plus avantageux, l'application locale des sangsues.

On peut constater ainsi que la rougeur est moins sombre, moins vineuse, moins violacée que dans la congestion, mais qu'elle est quelquefois très-vive et qu'elle s'accompagne d'une grande facilité de la muqueuse à saigner. A peine essuie-t-on avec un tampon de coton la surface du col, on dirait que l'épitbélium est enlevé par ce léger frottement, et le sang suinte par une multitude de déchirures des vaisseaux capillaires. Ce sang est souvent rouge, vermeil, bien diflérent de celui qu'on peut faire couler du col, congestionné et violacé comme le col caractéristique de la grossesse.

Quelquefois, sans avoir même essuyé le col, on y constate des surfaces privées d'épiderme, rouges, saignantes, en un mot de véritables érosions, des exulcérations et même des ulcérations à forme variable , granuleuses, fongueuses, etc.

Lorsque la portion vaginale du col n'est pas malade, mais que la membrane muqueuse de la cavité utérine est enflammée et que cette inflammation se propage près de l'orifice, le regard peut plonger par cet orifice jusque sur la partie de la muqueuse qui l'avoisine (le renversement des deux lèvres boursouflées et déjetées facilite encore l'observation) ; il découvre alors que cette muqueuse est atteinte d'une rougeur très-vive, qui contraste singulièrement avec sa couleur habituelle.

Une vaginite plus ou moins intense peut accompagner la métrite, et l'on voit alors la surface du vagin qui avoisine le col, teinte comme celui-ci d'une couleur rouge vif, hérissée même de granulations pressées, confluentes, petites (vaginite granuleuse) ou discrètes, plus volumineuses (folliculite du col).

Quelquefois la métrite parenchymateuse et même la métrite muqueuse ne portent pas sur les follicules, s'étendent plus profondément que les papilles qui produisent les granulations et atteignent le tissu fibro-plastique dont la tuméfaction hypertrophique donne naissance à des fongosités.

Enfin, de même que les ulcérations, les granulations, les fongosités, etc., un écoulement leucorrhéique, non-seulement vaginal, mais utérin, peut accompagner ou non la métrite, et il faut bien se garder de faire de cette leucoiihée, comme des quelques symptômes dont nous venons de parler, un signe réel de métrite ; car tous ces symptômes peuvent exister sans elle et elle peut exister sans eux.

Du reste, relativement à la leucorrhée, il faut constater si l'écoulement est superficiel et dû aux granulations, folliculeuses ou non, de la portion va'^inale, ou s'il est profond, s'il vient de la cavité du col ou de celle du corps, s'il est muqueux, épais, visqueux (venant du col), ou s'il est clair, aqueux, sanguino-

lent, mucoso-sanguin, rosé (venant du corps), ce qui peut très-bien être dû à un catarrhe, à une simple fluxion, etc., ou bien s'il est mucoso-purulent, franchement purulent, mêlé même de quelques globules de sang et de couleur blanc jaunâtre, très-jaune, jaune verdâtre, plus ou moins crémeux (ce qui est souvent un symptôme propre à la métrite, surtout à la métrite interne), pouvant éclairer le diagnostic de la métrite interne chronique. Encore faut-il bien savoir qu'une métrite peut exister avec un écoulement muqueux comme avec un écoulement purulent, et même sans aucune leucorrhée, et que ces écoulements eux-mêmes peuvent exister sans métrite et être symptomatiques d'un catarrhe utérin chronique ou de quelque autre maladie, notamment d'une altération organique de la muqueuse utérine.

Quelquefois le vagin, la vulve participent à l'inflammation de l'utérus ou du moins sont irrités par une influence de voisinage de la part de l'organe enflammé. 11 y a une rougeur plus ou moins vive, de la chaleur, des papilles saillantes, des érosions superficielles jusque sur la face interne des grandes lèvres.

Chez la plupart des malades, il faut s'abstenir de pratiquer le cathétérisme utérin : il est inutile, car tous les autres moyens d'exploration permettent suffisamment de porter le diagnostic; en outre il peut être très-dangereux, car on s'expose à trouver un utérus à la période de ramollissement inflammatoire, et, en poussant un peu vivement le cathéter dans une direction qui ne serait pas complètement celle de l'axe de cet organe, à en perforer le tissu de part en part. C'est seulement dans les cas douteux de métrite chronique bornée au corps ou dans les cas d'endométrite chronique que le cathétérisme utérin est praticable, toutefois avec une extrême prudence. Il mesure l'augmentation de longueur de l'utérus s'élevant quelquefois jusqu'à 80 et même 90 millimètres, l'augmentation de capacité de l'organe, l'instrument pouvant être facilement tourné dans tous les sens, par le fait de l 'hypertrophie excentrique qui s'observe habituellement dans la métrite, surtout dans la métrite interne chronique. En même temps, il permet de constater l'exaltation de la sensibilité de cet organe; car son introduction ne se fait pas sans déterminer une vive douleur, surtout au passage de l'orifice interne. Il donne une idée de la facilité de la muqueuse à saigner ; car il est souvent accompagné dans ce cas d'une hémorrhagie sans doute peu considérable, mais relativement assez forte, et qui peut faire présumer, ainsi que là difficulté éprouvée par le cathéter à parcourir régulièrement la surface interne de l'organe, l'existence dans sa cavité de fongosités utérines.

Diagnostic différentiel. Le diagnostic différentiel de la métrite, surtout de la métrite aiguë, est habituellement facile. Pourtant, il n'en est pas toujours ainsi. La métrite aiguë peut être confondue avec la fluxion utérine, la congestion utérine aiguë, le catarhe utérin, l'hystéralgie, l'ovarite, l'inflammation péri-utérine, l'hématocèle. La métrite chronique, surtout la métrite parenchymateuse chronique, peut être confondue avec la grossesse commençante, la congestion utérine chronique, l'engorgement, l'hypertrophie, les corps fibreux, les polypes, le cancer.

Pour la métrite, comme pour toutes les maladies, il faut donc avoir soin de faire reposer toujours le diagnostic sur l'ensemble des phénomènes de la maladie, plutôt que sur un ou deux signes prétendus pathognomoniques. Toutefois il est des traits saillants, des manifestations principales qui la caractérisent toujours de manière à la faire reconnaître. Une chaleur âore et brûlante du vagin et du col,

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une sensibilité extrêmement marquée et une douleur vive du tissu utérin à la pression directe, enfin des phénomènes fébriles et réactionnels, sont des symptômes propres à la métrite aiguë, et suffisent pour la faire distinguer de la fluxion et de la cou 'gestion. Les mêmes symptômes moins accusés et, à la place de la fièvre, l'allération des fonctions nerveuses et digestives, l'anémie et la faiblesse qui eu sont les conséquences, sont des symptômes propres à la métrite chronique, lesquels, ajoutés aux caractères du début et delà marche du mal, font distinguer cet état morbide de l'hypertrophie, du cancer, des tumeurs, etc.

Une trop grande extension me semble avoir été donnée au mot métrite. J'ai tenté de renfermer dans leurs limites naturelles et le mot et l'état morbide qu'il représente. Pour justifier mes restrictions, je crois devoir comparer la métrite à toutes les maladies (surtout à toutes les maladies utérines) avec lesquelles on pourrait absolument la confondre.

Pour ne rien omettre, il faut donc distinguer la métrite de deux ordres de maladies : i° des maladies des annexes ou péri-utérines ; 2° des maladies utérines proprement dites.

I. Signes distinctifs entre la métrite et les maladies des annexes ou les maladies pÉRi-DTÉRiNES. Ces maladies ressemblent à la métrite par l'acuité des douleurs, le développement de la réaction, la gravité des symptômes généraux, et, sous ce rapport, leur diagnostic différentiel est souvent difficile; mais elles s'en distinguent surtout par des symptômes objectifs très-accusés. ■ i" Inflammations et tumeurs des trompes et des ovaires. Malgré l'analogie des douleurs, quant à leur siège et à leur acuité, avec celles de la métrite, le développement de la péritonite concomitante, l'explosion de la fièvre et des autres phénomènes généraux de réaction, les caractères suivants empêchent de les confondre avec la métrite : la combinaison du toucher rectal et du toucher vaginal aveclapalpationhypogastrique etihaque fait reconnaître qu'il n'y a pas de tuméfaction et surtout pas de douleur utérine, à moins de participation de la matrice à l'inflammation, et qu'il y a au contraire, en arrière ou sur les côtés de cet organe, une tumeur sensible, tantôt sphérique, tantôt bosselée, ondulée, ou allongée en cordon, le plus souvent accessible au doigt dans le sinus utéro-vaginal. Le sie'ge de cette tume^ir devient très-évident si l'on associe le toucher à la palpation. II est habituellement borné à un seul côté. La pression y éveille des douleurs trèsaiguës.

2° Péritonite. Douleurs vives de l'abdomen, éveillées par le plus léger contact, ne permettent aucune exploration profonde, ni par le palper abdominal, ni par le toucher vaginal. Au lieu de simples nausées ou de vomissements de matières alimentaires, il se produit des vomissements bilieux, porracés, du hoquet, le ballonnement du ventre, etc. Face grippée, enfoncement des yeux dans les orbites, nez saillant et comme aminci, fréquence et petitesse du pouls, qui prend le caractère abdominal, refroidissement des extrémités, etc.

"5° Inflammations péri-utérines. Qu'il s'agisse d'un phlegmon du ligament large, ou d'une péritonite pelvienne, il y a toujours un signe distinctif qui ne laisse aucun doute. Le tissu de l'utérus n'est pas douloureux à la pression ; mais en cherchant à élever, incliner, balancer, ou faire basculer la matrice, on détermine des douleurs très-aiguës ; on en détermine aussi en comprimant la tumeur formée en arrière ou autour d'elle ou sur un de ses côtés ; la matrice elle-même est immobilisée, comme enclavée dans la tumeur qui s'est développée dans le petit bassin. Cette immobilité de l'utérus, que nous allons retrouver dans l'héma-

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tocèle, est un signe précieux et d'une grande importance ; elle contraste avec la mobilité que l'utérus conserve dans la métrite franchement bornée au tissu de l'organe. La mobilité, dans ce dernier cas, est caractéristique ; elle existe toujours, à moins de brides ou d'adhérences péritonéales, mais alors il y a eu une péritonite pelvienne.

4" Hëmatocèle. Rapidité de développement, le plus souvent à la suite d'une suppression menstruelle brusque. Symptômes générau>: d'hémorrhagie et de péritonite. Tumeur en arrière ou sur les côtés de la matrice, soulevant même le vagin. Utérus déplacé, porté le plus souvent en haut, derrière le pubis et immobilisé. Tels sont les symptômes qui ne permettent pas de méconnaître l'hématocèle.

h° Névralgies. Les névralgies lombo-abdominale, iléo-scrotale, etc., outre qu'elles sont rarement accompagnées de fièvre, de chaleur, etc., siègent presque toujours d'un seul côté et présentent des points douloureux bien déterminés, qui ne se trouvent ni dans la métrite, ni même dans l'ovarite simple.

II. Signes distinctifs emke la métrite et les autres maladies utérines.

A. Parmi les maladies utérines, proprement dites, les unes n'ont aucune relation intime avec la métrite, y sont complètement étrangères ou n'en empruntent les caractères qu'à titre de complication. Ce sont : les ulcérations, le catarrhe utérin, les corps fibreux, le cancer, les flexions et les déviations, l'hystéralgie, l'hématométrie, l'hydrométrie, et enfin la grossesse qui, sans être une maladie, peut la simuler. — B. Les autres s'enchaînent parfois entre elles et à rinilamniation utérine elle-même, dans l'évolution des affections de la matrice, au point d'être regardées par plusieurs auteurs comme inséparables, et ne constituant que les phases diverses et successives d'une seule et même maladie, la métrite ; ce sont : la fluxion et la congestion aiguë, que l'on peut confondre avec la métrite aiguë, la congestion chronique, l'engorgement, l'œdème, l'hypertroj^ne, l'arrêt d'involution, que l'on peut confondre avec la métrite chronique. J'ai cru devoir les séparer les uns des autres, comme autant d'états morbides distincts, parce qu'ils sont caractérisés par des lésions anatomiques et des symptômes objectifs trèsdifférents, et qu'ils donnent naissance à des indications thérapeutiques également différentes.

A. Maladies utérines étrangères a la métrite proprement dite. 1° Ulcérations. Visibles après qu'on a essuyé le col. État diathésique. Pas de fièvre. Elles peuvent d'ailleurs coexister avec l'inflammation ou en être la conséquence.

2" Catarrhe. Moins de douleur et plus de leucorrhée que dans la métrite interne. Écoulement plus muqueux et moins purulent. Même à l'état aigu, phénomènes généraux moins graves que ceux de la métrite. Le plus souvent il existe à l'état chronique. Il succède maintes fois à l'endométrite ou métrite interne.

0" Corps fibreux et polypes. Localisés le plus souvent sur l'une ou l'autre paroi de l'utérus, ce qui n'a pas lieu pour la "métrite. S'ils déterminent une tuméfaction, ou une apparence de tuméfaction générale, ils peuvent toujours être distingués par l'absence de phénomènes inflammatoires proprement dits, le retour plus ou moins fréquent des métrorrhagies, et la dilatabilité du col qui permet souvent l'introduction du doigt dans la cavité utérine et l'exploration directe.

4"» Cancer commençant, induration squirrheuse. Bosselures irrégulières

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très-résistantes, souvent placées sous la muqueuse plutôt que dans son épaisseur; séparées l'une de l'autre, non par des sillons cicatriciels au niveau des commissures, comme dans lamétrite du col, mais par la portion de muqueuse saine ou répondant à l'interstice de deux indurations voisines ; parfois pâles et blafardes, souvent violacées à leur surface, et cpielqucfois entourées d'une auréole de capillaires, formant à leur périphérie une riche arborisation; hémorrhagies souvent très-abondantes. Lenteur du développement. Rapidité du dépérissement et de la décoloration de la peau, teinte jaune paille du visage. — L'épithélium, végétant ou ulcéreux, est encore plus aisé à distinguer de la métrite fongueuse ou ulcérée du col.

5° Flexions, déviations. Augmentation de volume factice plutôt que réelle. Douleur éveillée par des mouvements, des balancements, ou l'élévation de l'organe, et non par la pression directe et exclusive du tissu utérin. Rapports réciproques du fond et du col mis en évidence par le loucher et le cathétérisme. Pas de symptômes généraux, sauf les symptômes nerveux.

6" Hysiéralgie. J'ai vu, notamment chez une nouvelle accouchée, un état douloureux de la matrice, suivant les tranchées utérines qui semblaient l'exaspérer d'instants en instants, mais d'ailleurs continu, augmentant par la pression, déterminant des crises de souffrance atroces, et pouvant certainement être confondu avec une métrite puerpérale au début. Heureusement, le frisson, la fièvre, les symptômes généraux manquaient. La maladie céda aux anesthésiques et aux narcotiques.

7° Hématométrie, hydroniétrie. Ces maladies pourraient être confondues avec la grossesse plutôt qu'avec l'inflammation. Sauf la tuméfaction de l'organe, les autres symptômes qui accompagnent l'inflammation font défaut. Par contre, on constate les contractions douloureuses et tous les symptômes des rétentions utérines.

8° Grossesse. Ramollissement du col, léger raccourcissement de cette partie chez les primipares, développement du corps, couleur rouge vineux du vagin et du col, signes généraux de présomption. Pourtant le diagnostic différentiel de la grossesse et de la métrite parenchymateuse chronique peut être quelquefois incertain, notamment chez les primipares, dans les deux premiers mois, d'autant plus que l'imprégnation peut avoir lieu chez des femmes dont l'utérus est déjà malade. Dans ce cas, le moindre dérangement des règles, l'aménorrhée, donne beaucoup à réfléchir au médecin. Il faut savoir attendre avant d'en venir à un traitement actif. Si d'une semame à l'autre l'utérus augmente de volume, il y a grossesse.

B. IMaLADIES utérines en RELA.TI0N plus ou MOINS INTIME AVEC LA MÉTRITE PRO- PREMENT DITE. Ce sont celles qu'on a le plus confondues dans ces derniers temps avec la métrite; Ja fluxion, la congestion de l'utérus ne seraient, d'après des cliniciens d'un très-grand mérite, que les premiers degrés de l'inflammation de cet organe (Gallard, Leçons cliniques sur les maladies des femmes, p. 154, Paris, 1873); l'hypertrophie, l'engorgement, l'induration n'en seraient que les dernières phases {id., id., p. 261); la métrorrhagie, la leucorrhée utérine, i'hydrométrie, les ulcérations folliculeuses et papillaires, les polypes rauqueux, n'en seraient que des manifestations {id., id., p. 174, 189, 194, 203, 280, 291, 550, 573). Ces diverses maladies, qui ne me paraissent pas liées aussi intimement à la métrite proprement dite, seront étudiées avec les développements qu'elles comportent à l'ai'ticle Utérus. Mais, en attendant, ce sont celles pour lesquelles il

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importe le plus de multiplier ici les signes distinctifs ; aussi n'ai-je pas hésité à faire appel à tous ces signes, même à ceux qui se tirent des etfets du traitement, en vertu de l'aphorisme : Naturam morborum ostendunt curationes. Comme ces maladies peuvent d'ailleurs succéder l'une à l'autre, je les ai rangées dans l'ordre de cette succession possible, en y comprenant la métrite ellemême.

i° Fluxion. — A^iatomie pathologique : Abord rapide du sang dans les vaisseaux. Réplétion plus ou moins brusque du système vasculaire sous l'influonce de ce mouvement, et souvent déplétion aussi brusque, pouvant se répéter coup sur coup. Cette réplétion disparaît après la mort. Hypérémie passagère.

— Marche : La fluxion est presque toujours primitive, toujours active ; elle suit une marche aiguë, se dissipe promptement. Elle est passagère et mobile, sujette à des retours, même fréquents : ce qui constitue la chronicité ou plutôt la persistance, non de l'état morbide, mais de l'acte pathologique. Elle peut conduire à la congestion ; elle jieut se reproduire à plusieurs reprises sur l'organe engorgé, hypertrophié, enflammé; produit des aggravations par accès et provoque parfois un travail passager d'hypersécrétion (leucorrhée), ou un écoulement de sang (métrorrhagie). Elle est plus fréquente que les autres maladies à la puberté et à la ménopause. — Syjnptômcs subjectifs : Débute brusquement : concentration, spasme, agacement, frisson. Douleurs lombo-sacrées gravatives, quelquefois pulsatives ; coliques obtuses, spasmodiques ; besoin douloureux de miction, de défécation. Chaleur. Douleurs locales du molimen. Parfois douleurs géi\érales, raptus sanguin vers d'autres organes. — Symptômes objectifs : Tuméfaction rénitente, douleur, rougeur, chaleur. Tous ces changements sont passagers, mais d'autant plus sensibles qu'ils viennent plus brusquement. Ils sont fugitifs, insaisissables à la nécropsie. — Traitement : Révulsifs, dérivatifs, déplétifs, suivant que la fluxion est commençante, récente ou ancienne. Toujours des révulsifs (cutanés ou intestinaux), passagers (purgatifs, pédiluves , vésicatoires) , ou soutenus (hydrothérapie, exercices gymnastiques, etc.). Tantôt combattre la pléthore. Tantôt combattre la faiblesse par des toniques pour rétabhr l'équilibre dans la circulation générale. Les sangsues sur le col, sur les grandes lèvres ou à l'anus, provoquent la fluxion tandis qu'elles dissipent la congestion et la métrite.

2° Congestion. — Anatomie pathologique : Pléthore et stase du sang. Plénitude du système sanguin de l'utérus, avec distension lente et continue des vaisseaux. Persiste après la mort; l'organe conserve sa rougeur, son augmentation de volume et de poids. Hypérémie persistante. — Marche : Souvent secondaire. Rarement active : conséquence de la répétition ou de la persistance de la fluxion. Tantôt passive : conséquence de l'atonie, du défaut de contractilité des vaisseaux. Tantôt mécanique, par obstacle à la circulation veineuse ou de retour. Essentiellement chronique. Peut naître spontanément, peut provenir d'une fluxion non dissipée ou de fluxions répétées. Essentiellement persistante. Ne disparaît pas facilement d'elle-même. Devient chronique par sa seule persistance. Peut amener l'hypertrophie. Plus fréquente chez les multipares,

— Symptômes subjectifs : Débute lentement ou succède à la fluxion. Sensation de chaleur, de, plénitude pelvienne, de douleur au sacrum, de pesanteur au périnée, aux lombes. Pas de mohmen ni de raptus sanguin. Irritation chronique de la vessie et du rectum, pas constante. Dyspepsie, altération de la nutrition et de l'innervation. Faciès utérin. — Symptômes objectifs : Tuméfaction, plus ou

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moins rénitente, quelquefois avec abaissement, quelque douleur et presque pas de chaleur, avec rougeur vineuse ; quelquefois localisée sur un segment de l'organe. Agrandissement de la cavité utérine, constaté par la mobilité du cathéter.

— Traitement : Avant tout, faire une déplétion directe de l'organe (sangsues sur le col); purgatifs, repos, bains, irrigations. Révulsifs cutanés (vésicatoires sur l'hypogastre). Résolutifs. Rains alcalins, hydrothérapie, bains de mer. Toniques, ferrugineux. Les sangsues sur le col, les grandes lèvres et l'anus, dissipent la congestion et la métrite, tandis qu'elles provoquent la fluxion.

5° Inflammation ou métrite proprement dite. — Anatomie patho' logique : 1° Pléthore vasculaire, couleur rouge foncé dans le tissu, romje vif h la surface; injections, arborisations. Facilité à décoller le péritoine. Tissu ramolli ou induré, suivant la période, 2° Actes plastiques, proliférants (hypersécrétions, granulations, fongosités, etc.), ou destructeurs (suppuration, ulcération, etc.).

— Marche : Apparition brusque après traumatisme, suppression menstruelle, avortement ou accouchement. D'autres fois l'inflammation se développe lentement et va en augmentant de jour en jour, par défaut de soins. Ainsi, il y a métrite aiguë et métrite chronique. Suivant le siège, il y a endométrite, métrite, paramétrite et périmétrite. Elle peut être totale ou pai'tielle (du col ou du corps). Toujours active. Persiste indéfiniment si elle n'est pas traitée. Éprouve une recrudescence à chaque menstruation. Peut s'observer chez toutes les femmes, surtout chez les primipares. Elle est le plus souvent suite de puerpéralité. — Symptômes subjectifs : Débute souvent brusquement par un frisson initial prolongé. Fièvre constante dans la métrite aiguë ; pas rare dans la métrite chronique. Douleur hypogastrique vive, lancinante, différant des tranchées, exaspérée par les mouvements, les pressions ; quelquefois dysménorrhée, leucorrhée. Symptômes de voisinage. Symptômes généraux l'emportant sur les symptômes locaux dans la métrite chronique; surtout dyspepsie, névro-anémie, faiblesse, irradiation de la douleur ; douleur lombaire dans la métrite du col, dyspepsie dans la métrite du corps. Chaleur ardente à l'hypogastre, au vagin, à la vulve. Douleurs pulsatiles. Faciès utérin. — Symptômes objectifs : Tumeur, rougeur très- vive, chaleur ardente, sensibilité extrême, douleur excessive à la pression sur l'hypogastre ou par le vagin. Persistance de tous ces symptômes. Rattements artériels perçus dans les sinus utérovaginaux. Mobilité de l'utérus, à moins de périmétrite. Souvent facilité de la muqueuse à saigner. — Traitement : Essentiellement antiphloyistique. Emissions sanguines, surtout locales. Repos absolu, émollients, délayants. Rains; irrigations tièdes, continues, prolongées. Révulsifs intestinaux; cutanés. Sédatifs. Résolutifs. Onguent napolitain. Rains alcalins. Hydrothérapie, comme moyen préventif des rechutes, plutôt que curatif. Les sangsues sur le col, les grandes lèvres ou l'anus dissipent la métrite et la congestion, tandis qu'elles provoquent la fluxion.

4° Engorgement. — Anatomie pathologique : Interposition entre les éléments anatomiques normaux de l'utérus (tissu propre et réseau vasculaire) de matière amorphe, hquide ou semi-liquide, qui ne s'organise pas, et de granulations moléculaires et graisseuses. — Marche : Le plus souvent secondaire; provient d'épanchement de plasma sous l'ùifluence de fluxions répétées, de congestion chronique, ou d'actes plastiques (inflammation) n'étant pas arrivés jusqu'à la prolifération ou à la formation des néoplasmes. Toujours j^jassi/". Essentiellement chronique. Souvent entretenu pai' une diathèse. Plus fi-équent chez les multipares. — Symptômes subjectifs : Débute lentement et est rarement

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primitif. Sensation de pesanteur et d'embarras pelvien; pas de chaleur; tiraillements lombaires et inguinaux; diminution plus souvent qu'augmentation des règles ; quelquefois dysménorrhée ou leucorrhée. Symptômes de voisinage ; à la longue, symptômes généraux. — Symptômes objectifs : Tuméfaction générale ou limitée à une section ; pâleur ou rougeur normale, parfois un peu d'hypérémie. Caractères négatifs : pas de chaleur, pas de douleur à la pression. Souvent inclinaison ou abaissement. Dureté, rénitence. Conservation de la mobilité. Pas d'autre maladie circonvoisine. Pas de phénomène de réaction. — Ti'aitement : Détourner les mouvements fluxionnaires. Dissiper les congestions. (Révulsifs cutanés et intestinaux, hydrothérapie, pas d'émissions sanguines). Acti/er dans l'organe et dans l'économie la résorption de l'engorgement. (Cautérisation du col. Fondants à l'intérieur, à la peau, sur le col, dans le rectum. Bains alcalins, Vichy, etc.). Combattre les diathèses qui entretiennent l'engorgement.

5° Œdème. — Anatomie pathologique : Infiltration de sérosité dans le tissu areb/aire (hyrlropisie interstitielle), notamment sous la muqueuse. Mélange de distension et de mollesse : le tissu garde l'empreinte du doigt. La section fait écouler la sérosité. — Marche : Toujours secondaire. Causée par une autre maladie qui met obstacle à la circulation (périmétrite , tumeurs péri-utérines, oblitérations veineuses des ligaments larges). Souvent symptomatique d'une suppuration, d'un abcès profond utérin, péri-utérin, ou péritonéo-pelvieii, comme l'œdème des membres est symptomatique d'abcès sous-aponévrotique. Toujours passif. Peut se dissiper après l'ouverture de l'abcès qui l'a causé. Aigu ou chronique, suivant qu'il est causé par un phlegmon aigu ou une maladie chronique. Souvent entretenu, comme la maladie qui le cause, par une diathèse. Plus fréquent chez les multipares, mais peut se rencontrer chez les nullipares. — Symptômes subjectifs : Se développe rapidement s'il est symptomatique d'un pldegmon; lentement s'il est symptomatique d'une maladie chronique qui entrave la circulation veineuse. Pas de symptômes subjectil's propres. Les symptômes sont effacés par ceux de la maladie qui les causent. Quelquefois leucorrhée. — Symptômes objectifs : Tuméfaction générale ou limitée, surtout au col ; tissu mou, conservant l'empreinte du doigt, après la pression. Pâleur. Signes d'une maladie utérine ou péri-utérine, à moins qu'il n'y ait anasarque étendu à l'utérus comme aux autres organes. — Traitement : Traiter la maladie qui en est la cause. Apphquer ensuite le traitement de l'engorgement, ou le traitement général des hydropisies , des œdèmes. Yésicatoires sur la portion vaginale du col, etc.

6° Hypertrophie. — Anatomie pathologique : Augmentation de nombre et de volume de tous les tissus et surtout des éléments propres de l'utérus, soit totale, soit partielle (muqueuse ou tissu propre, col ou corps, segment antérieur ou postérieur) . Condensation et souvent induration. — Marche : Rarement primitive. Habituellement consécutive. Succède à la congestion ou à la métrite chronique, ou même à l'arrêt d'involution, ou se développe spontanément par suite des tendances physiologiques du tissu utérin. Non-seulement elle peut être totale ou partielle, mais elle peut être générale (porter sur l'ensemble des tissus), ou localisée sur un tissu, sur Ja muqueuse (fongosités, polypes muqueux), sur le tissu propre (fibromes, polypes fibreux), etc. Ne guérit jamais spontanément. Rare chez les nullipares. — Symptômes subjectifs : Débute lentement. Gêne, embarras pelvien ou vulvairc (hypertrophie longitudinale du col). Carac-

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tèrcs négatifs, pas de phénomènes de réaction. Quelquefois diminution dai:3 l'abondance des règles. — Symptômes objectifs : Augmentation de volume coi.sidérable, quelquefois n'atteignant que le col, constatée par le cathéter. Indclence, pas d'élévation de température, souvent dureté, jamais ramollissement. Quelquefois déformation de l'utérus, suivant la partie hypertrophiée. — Trailement: Médication mo/î(^iï'e. Fondants, altérants (iode, mercure, alcalins, bain de vapeur, hydrothérapie, cura famis). Piévulsifs cutanés et intestinaux.

7° Arrêt d'involution. — Anatomie pathologique : Augmentation de nombre et de volume de tous les tissus, congestion, pléthore vasculaire. Mollesse et souplesse du tissu, analogue à celui de l'utérus en gestation ou trois semaines après l'accouchement. Ligaments habituellement relâchés. — Marche : Toujours consécutive à l'accouchement ou plutôt à de nombreux accouchements. Sorte d'hypertrophie physiologique par son origine, pathologique par sa penuanence. Elle n'empêche pas toujours une nouvelle grossesse, mais elle tend encore moins à la guérison après un nouvel accouchement. Ne se rencontre guère que chez les multipares. — Symptômes subjectifs : Pas de débuts ; la maladie succède toujours à un accouchement. Gêne anormale dans le bassin, endolorissement du bas-ventre, engourdissement des membres inférieurs. Par la marche, sensation de précipitation de l'utérus à la vulve, de tiraillements sur les lombes. Parfois les règles sont excessives ou trop fréquentes. — Symptômes objectifs : Tuméfaction; augmentation de la cavité constatée par le cathétérisme. Orifices béants. L'utérus est quelquefois fléchi, incliné ou abaissé. Pas de douleur, ni chaleur (caractères négatifs). Souplesse du tissu comme pendant la gestation. Augmentation de mobilité de l'organe par suite de laxité des ligaments. — Traitement : Toniques, rt'solutifs, révulsifs. Notamment bains de mer, hydrothérapie, douches sur les lombes, les aines, les flancs. Surtout provoquer les contractions utérines par le seigle ergoté, l'électricité ou le pessaire à tige galvanique.

Tels sont les principaux cara:ctères distinctifs de la raétrite et des maladies utérines qui, par leurs relations plus au moins intimes avec cette maladie, ont été regardées non-seulement comme pouvant en être quelquefois les causes ou les effets, mais encore comme n'en constituant que des degrés ou des phases diverses. J'espère qu'ds paraîtront suffisants pour justifier mon opinion sur la différence qui existe réellement entre ces états morbides. On doit attacher d'autant plus d'importance à la solution de cette question, qu'il ne s'agit pas seulement ici d'un point de vue théorique, mais de différences très-grandes, fondamentales, dans les indications et dans les moyens de traitement, différences essentiellement pratiques, sur lesquelles j'aurai l'occasion de revenir à l'article Utérus (fluxion, conc/estion, engorgement, hypertrophie de V).

Traitemeint. Le traitement de la métrite doit être énergique : essentiellement antiphlogistique dans la raétrite aiguë, également antiphlogistique dans la première période du traitement de la métrite clironique, s'adressant dans les périodes suivantes aux complications et prenant, à la fin, pour but principal la régularisation des fonctions utérines et la régénération de la constitution délabrée. En outre, il doit être soutenu jusqu'à l'entier rétablissement, et il faut se rappeler que celui-ci n'est pas assuré avant le .retour normal de l'époque menstruelle.

Les indications sont donc aisées à trouver, ou plutôt elles sont toutes posées par la détermination de la nature inflammatoire de la maladie et de ses suites naturelles.

Traitement de la métrite aiguë, I. Le traitemeut anliphiogistique de la mé MOT, %y^ 1- f.. Vif -27

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trite aiguë se compose d'émissions sanguines, d'émollients, de révulsifs, de sédatifs.

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