MER. S
vu des zones ronge carmin clans le Grand Océan. La cause du pliéiiomène est toujours la même : ce sont des animalcules ou des algues microscopiques flottant près de la surface. On rencontre souvent dans les mers polaires des bandes vertes très-étendues et nettement tranchées. Elles renferment des myriades de petites méduses. J'ai vu moi-même plusieurs milles carrés de la surface du golfe du Mexique, non loin du banc de (îampêche, colorés en jaune par des corpuscnles, qui me parurent être des monades.
« Dans la soirée du 17 juillet 1854, et à l'entrée du golfe du Bengale, le capitaine Kingman vit tout à coup l'eau changer de couleur autour de son navire. La sonde cependant n'accusait aucun fond. L'eau devenait de plus en plus blanchâtre. Il en fit puiser un seau qu'il examina avec soin et il reconnut qu'elle était remplie d'une infinité d'animalcules gélatineux. Au milieu de cette nappe blanche, longue de plus de 50 milles, le navire filait 9 nœuds sans que le remous du sillage produisit aucun bruit. Les flots de l'océan se déroulaient comme les sillons d'une vaste plaine couverte de neige. Bien qu'il n'y eût pas un nuage dans l'air, à plus de 10 degrés au-dessus de l'horizon, le ciel était sombre et sans étoiles ; la voie lactée avait disparu ; au zénith, les plus brillantes étoiles scintill.aient à peine. Le spectacle était d'un imposant effet : cette mer lumineuse sous un ciel de plomb rappelait les cercles de Dante et les visions de l'Apocalypse. Après qu'on eut franchi cette nappe phosphorescente, les cieux reprirent peu à peu leur limpidité, mais conservèrent à quelques degrés au-dessus de l'iiorizoa des reflets rougeàtres semblables à l'illumination qui indique le commencement d'une aurore boréale » (Julien).
Cette observation, à laquelle on pourrait reprocher peut-être de viser à l'effet, offre pourtant ceci de remarquable, qu'elle montre la relation entre les nappes colorantes de la mer vues de jour, et la phosphorescence qui se produit à leur place pendant la nuit, et enfin la coïncidence encore inexpliquée qui existe enln^ les grandes apparitions lumineuses à la surface de la mer et certains états diî l'atmosphère. La phosphorescence de la mer, attribuée jadis au phosphore, prétendument exister en solution dans l'eau, n'est due en réalité qu'à des substances animales et presque toujours à des masses de petits mollusques acéphales, voire de crustacés microscopiques qui nagent dans son épaisseur et que certains états électriques de l'atmosphère attirent de préférence à la surface. La vague qui se brise sur les rochers fait jaillir du sein des ténèbres une poussière lumineuse, la rame qui sort des flots abandonne une pluie d'étincelle, et le navire qui poursuit sa course au milieu d'une nuit obscure laisse au loin derrière lui un sillon phosphorescent, sorte de voie lactée étendue sur l'incommensurable et sombre abîme. Ces phénomènes sont surtout visibles dans les mers chaudes du globe .où la vie pullule, et c'est pour les temps d'orage et pour les nuits sans étoiles que les petits artificiers de l'onde réservent leurs plus féeriques illuminations. On sait de quels effrayants orages s'accompagnent parfois les Famperosdeh Plata. Après une de ces tempêtes, alors qu'un calme presque plat, succédant à la violence du vent, faisait de notre navire le jouet incertain d'une mer tourmentée, nous vîmes chaque crête de lame briller d'une lumière phosphorescente au milieu des ténèbres profondes dont nous étions enveloppés, pendant que s'échappaient des aigrettes lumineuses de l'extrémité des vergues. La tension électrique de l'atmosphère nous était révélée par ces feux de Saint-Elme : y avait-il une relation de cause à effet entre cette tension électrique et les lueurs qui s'échappaient du sein de la mer? De quelle nature étaient celles-ci? Autant
de questions auxquelles nous n'oserions répondre, mais qui doivent solliciter l'attention des futurs observateurs.
Qui sait si la lumière émise par les hôtes les plus infimes de l'océan n'est pas de nature électrique, comme ces décharges que produisent à volonté certains poissons ? Toujours est-il que c'est par les collisions de la vague, par le frottement du vaisseau, enfin par une excitation étrangère quelconque que la propriété lumineuse de ces êtres est mise en i-elief . Du reste, ce ne sont pas seulement les infiniment petits, mais de gros mollusques acéphales (méduses, béroës, biphores) qui roulent leur orbe étinceiant dans l'obscure profondeur des mers. Mais le maximum d'effet appartient aux infiniment petits, parce qu'inimaginable est leur nombre, inconcevable leur fécondité. La vie pullule dans la mer ; les atomes animés y fourmillent au point que chaque goutte d'eau en est comme imprégnée.
L'abondance de ces petits êtres vivants est si grande, nous dit Humboldl, qu'ils suffisent à l'ahmentation des plus gigantesques cétacés. Si loin que les recherches de l'horame aient pu pénétrer, si bas qu'il ait pu sonder les abîmes, il y a trouvé les traces de la vie ou tout au moins ses dépouilles représentées par de minuscules coquilles de foraminifères et de diastomacés, par des spicules d'épongé. « L'aspect de ces atomes immaculés, dit Maury, recueillis sous une nappe d'eau de plus de 8 kilomètres d'épaisseur, nous fait imaginer que, semblable aux épaisses nuées qui flottent sur nos têtes dans les journées d'hiver, la mer laisse tomber continuellement une pluie de coquilles qui s'amoncellent sur son lit et recouvrent les débris des naufrages comme les flocons de neige ensevelissent sous un linceul glacé le corps du voyageur perdu dans la tempête. Les cavités extrêmes de l'océan ressemblent aux sommets des montagnes. Comme eux elles dépassent la région des orages : comme eux elles disparaissent enveloppées d'un éternel linceul. » L'opinion que professe le savant américain sur la tranquillité des couches les plus profondes de l'océan, se base sur l'état de conservation parfaite des coquilles délicates que la sonde en relire. Leurs bords grêles seraient écornés et leurs angles saillants émoussés, comme dans les coquilles que la vague roule sur nos plages, si le lit oiî elles reposent subissait l'action des courants ou des tempêtes. Cependant la mer est soumise à une agitation permanente même alors que sa placide surface ne révèle à nos yeux qu'un calme parfait.
2. Marées et courants. Deux fois par jour l'océan se soulève et s'abaisse par un mouvement régulier d'oscillation. Les eaux montent pendant environ six heures, couvrant les plages qu'elles avaient abandonnées et se précipitent dans le lit des fleuves jusqu'à une distance de plusieurs lieues : c'est le flux ou mare'e montante. Après être parvenus à leur plus grande hauteur, elles restent quelques instants en repos : c'est la pleiiie mer ou mer étale. Bientôt elles commencent à descendre de la même quantité qu'elles sont montées, et pendant le même laps de temps, six heures : c'est le reflux ou marée descendante, ou jusant. Après un nouvel et court intervalle de repos qu'on appelle basse mer ou marée basse, le flux recommence et ainsi de suite. Ces mouvements résultent de l'attraction combinée du soleil et de la lune. Mais l'heure et l'élévation des marées varient beaucoup selon les parages : elles dépendent de la configuration des côtes, de la direction des courants, de la force et de la direction des vents généralement régnants et d'autres circonstances locales. Les méditerranées n'ont que peu ou point de marées, et il y a beaucoup de parages baignés par l'Atlantique et par le grand océan Pacifique où les marées sont peu sensibles.
L'action fies vagues, toujours si imposante pour le spectateur désintéressé du phénomène et quelquefois si menaçante pour le marin *, n'agite jamais la masse liquide au delà d'une médiocre profondeur. La plus grande vague remarquée par M. de Tessan, dans son voyage autour du monde, mesurait 7™,50 seulement. Dumont d'Urviile prétend en avoir observé de 30 mètres environ sur le banc des Aiguilles. Ce chiffre qui fut trop vivement critiqué par Arago, peut être, en effet, exagéré, mais nous croyons aussi que l'estimation de de Tessan est loin de représenter la hauteur maximum des lames. Nous nous figurons du moins eu avoir observé de beaucoup plus hautes dans l'océan Pacifique sud, entre le 52 et le 55*^ de latitude. Quoi qu'il en soit, les vagues ne sont qu'un accident de surface par rapport a l'énorme profondeur de l'océan, et c'est à un autre ordre de phé' nomènes qu'appartient le pouvoir de brasser en tous sens la masse imposante de ses eaux. Nous voulons parler des courants.
Les courants sont à la mer ce que les llcuves sont à la terre : je dirai même ce que le système circulatoire est au corps humain. Sans eux, l'Océan ne serait bientôt plus qu'une mer morte; pis que cela : un immense étang en corruption. Voici, par exemple, la Méditerranée, qui sert de réceptacle à toutes les eaux cor^ rompues, à tous les immondices d'un vaste bassin dont les côtes sont au nombre des plus chaudes du globe. Elle rend à l'atmosphère, sous forme de vapeurs, une quantité d'eau représentée par trois fois le volume de l'apport des rivières qui se jettent dans son sein. Qu'adviendrait-il si elle ne recevait aucun tribut de l'océan Atlantique et si elle ne lui renvoyait en échange ses eaux chargées de matières organiques et surtout de sel? (11 ne faut pas oublier que l'évaporation n'entraîne absolument que de l'eau douce) . Il adviendrait d'elle comme de la mer Morte, qui ne nourrit aucun poisson et dont le niveau, toujours décroissant, est aujourd'hui de 430 mètres au-dessous de celui de la Méditerranée. Mais les choses se passent autrement. Elle reçoit par toute la largeur du détroit de Gibraltar, un courant de surface dont la vitesse est de 5 milles à l'heure, tandis que ses eaux, rendues plus salées et par conséquent plus lourdes que celles de l'Océan, s'échappent pardessous. L'existence de ce courant sous-marin a été révélée, il y a près de deux siècles, par le fait suivant : Un brick coulé par un corsaire, dans le détroit, fut revu, quelques jours après, échoué sur la côte du Maroc, à plus de 12 milles dans l'ouest du point où il avait disparu sous les eaux, et par conséquent dans une direction contraire à celle du courant qui entre de l'océan dans la Méditerranée. Qui avait pu l'y porter, sinon un courant sous-marin ! D'autre part, on a recueilli, dans l'est de Gibraltar, de l'eau méditerranéenne puisée à plus de 1000 mètres de profondeur, qui, analysée par WoUaston, a fourni quatre fois plus de sel que l'eau prise à la surface. Nous sommes donc en présence d'un courant d'extraction tout à fait comparable à celui des chaudières à vapeur, et renfermant quatre fois plus de matière saline que le courant d'alimentation ou de surface, parce qu'il entraîne tous les sels abandonnés par l'évaporation dans le bassin méditerranéen. C'est ainsi que se maintiennent la composition et le niveau des eaux de la Méditerranée.
L'existence des courants dont nous venons de parler a reçu une nouvelle et plus irréfragable confirmation des expériences faites par l'expédition du Porcupine, en 1870. On s'en est assuré, non-seulement par des analyses chimiques,
* Suave, mari magno turbantibus aequora ventis, E terra, magnum alterius spectare laborem.
LccnÈCB,
mais par des procédés mécaniques, qu'il serait hors de propos de décrire ici, <iu'il nous suffise de dire que ces deux moyens d'investigation, se contrôlant l'un par l'autre., ont fourni une coïncidence remarquable dans leurs indications. Jusqu'alors l'existence du courant inférieur trouvait de nombreux incrédules, et le célèbre géologue Lyell le déclarait même impossible, à cause du barrage qui s'élève brusquement à l'extrémité 0. du détroit, comme un mur de séparation entre les deux mers , Mais le fait est que le courant inférieur remonte ce plan incliné de plusieurs centaines de brasses d'élévation, pour pénétrer dans l'Atlantique. C'est la force de la pesanteur qui lui donne cette puissance ; c'est elle qui lui donne l'impulsion. En effet, les deux mers, en libre communication par le détroit de Gibraltar, ont une densité fort différente. La conservation du. niveau de la Méditerranée, dont la densité est plus grande, au moyen du courant venu de l'Atlantique, trouble l'équilibre existant entre les colonnes d'eau, aux deux extréniités du détroit. La Méditerranée l'emportant par son poids, ses couches inférieures sont refoulées vers l'Atlantique, par la force de la pesanteur, aux dépens de son niveau, qui est aussitôt rétabli par le courant superficiel. L'abaissement du niveau méditerranéen par excès d'évaporation, et le dérangement de l'équilibre de densité, étant encore reproduits, la force de la pesanteur continuera à maintenir, avec la même constance, le courant de sortie et le courant d'introduction.
Ces phénomènes peuvent être représentés par la figure suivante, dont A représente l'Atlantique, M la Méditerranée, et m le niveau réduit de cette dernière. Les flèches indiquent la direction des courants.
Les deux colonnes ayant primitivement même hauteur et densité, par conséquent en équilibre, si le niveau de M s'abaisse en m, un courant s'établira de A
en M. Mais la colonne M n'ayant perdu par -A- îl évaporation que de l'eau douce, et reçu en
remplacement que de l'eau salée, il est évident qu'elle devient plus dense ou plus pesante que la colonne opposée qui ne peut plus lui faire équilibre. Cette différence dans Fig. 1. la pression dirigée de haut en bas causera
donc une sortie d'une portion de M en A, jusqu'à rétablissement de l'équilibre. Mais cette expulsion renouvellera la réduction du niveau de M, encore augmentée par ]'é\aporation, et les mêmes courants se reproduiront ou plutôt continueront.
Ce que nous venons de voir se passer sur une échelle relativement réduite, s'opère en grand entre les océans et même entre les diverses parties de chaque océan. « Toutes les fois (dit Julien), qu'un courant se manifeste d'une manière constante et régulière dans une partie quelconque de l'océan, il doit s'établir sur un autre point un courant équivalent et contraire destiné à maintenir l'équilibre des mers. » C'est, en effet, le seul moyen d'expliquer l'identité plus ou moins rigoureuse de composition et de niveau entre les diverses parties de la mer.
Voyez le Gulf-Stream, ce fleuve au sein de l'océan, comme parle Maury. « Nulle part, dans le monde, il n'existe un courant aussi majestueux. Il est plus rapide que l'Amazone, plus impétueux que le Mississipi, et la masse de ces deux fleuves ne représente pas la millième partie du volume d'eau qu'il déplace. » 11 s'échappe du golfe du Mexique, entre Cuba et la Floride, s'élance à travers l'océan vers le
nord, avec une vitesse de 2 lienes à l'heure, s'infléchit à l'est et vient baigner les côtes d'Europe, eu conservant intactes et distinctes, dans un trajet de plus de 1000 lieues, l'imposante masse de ses eaux. A sa sortie du golfe du Mexique, sa largeur est de 14 lieues, sa profondeur de 1000 pieds et sa température de 28 à 30" centigrades.
Une masse d'eau aussi énorme ne saurait se déplacer sans qu'il en résultât une différence de niveau entre la partie qui l'émet et celle qui la reçoit, si une quautité équivalente ne venait la remplacer et l'équilibrer. C'est ce qui a lieu, en effet. Un courant glacé, descendu des mers circumpolaires, rencontre le grantl courant mexicain à la hauteur des bancs de Terre-Neuve, et descend tout le long de la côte des États-Unis, jusque dans la zone tropicale, où il se perd eu se mariant aux eaux chaudes de cette région. D'autre part, le grand courant équatorial, dit aussi courant de rotation, parce qu'il marche de l'est à l'ouest entre les deux tropiques, poussé par le souifle constant de l'alizé, entraîne les eaux de la côte d'Afrique vers la mer des Antilles et le golfe du Mexique. Aussi le considère-t-on comme la principale source du Gult-Stream.
Ce n'est pas au seul point de vue de l'hydrographie que nous devons envisager les courants, c'est encore, et surtout au point de vue de la climalologic. A cet égard, leur influence est énorme, non-seulement sur la plaine liquide qu'ils traversent, mais encore sur la terre que nous habitons. Le Gulf-Stream, en particulier, a pour effet de soustraire au golfe du Mexique et, par propagation, aux côtes brûlantes qui l'enserrent une quantité de chaleur énorme. Sa température, à la sortie, est supérieure de 2" à celle des courants qui arrivent par la mer des Antilles. Grâce à cette différence et au continuel échange des eaux du golfe, celui-ci se débarrasse, chaque jour, d'une quautité totale de calorique, qui serait capable, dit Maury, de mettre en fusion des montagnes de fer, et qui pourrait alimenter des rivières de lave plus larges et plus profondes que le Mississipi. Ces trésors de chaleur, que le courant entraine à travers l'océan , arrivent presque sans perte jusque sur nos côtes, et même jusqu'à celles de Terre-Neuve, grâce à la rapidité de sa course, et à la mauvaise conductibilité du milieu qu'il traverse. « Au delà du 40® parallèle, lorsque l'atmosphère se refroidit parfois jusqu'audessous de la glace fondante, le Gulf-Stream se maintient à une température de 26° au-dessus. Dans de pareilles conditions, on comprend l'influence directe et dominante qu'il ne peut manquer d'exercer sur les phénomènes météorologiques des régions qu'il traverse et des continents qu'il avoisine » (Julien). C'est, en effet, au Gulf-Stream que l'Irlande et l'Angleterre doivent de voir le myrte et le laurier fleurir en leurs vertes campagnes sous un ciel nébuleux, comme nos côtes de Bretagne lui sont redevables de leurs hivers à la fois pluvieux et doux. C'est la distribution des courants, chauds sur les côtes d'Europe, froids sur celles des États-Unis, qui est la cause de ce phénomène plutôt énoncé qu'expliqué par les physiciens et les géographes : dans notre hémisphère, et à latitude égale, les côtes orientales des continents sont plus froides que les côtes occidentales. Ce principe est rigoureusement vrai, parce qu'il est applicable, non-seulement au bassin de l'Atlantique, que nous venons de passer en revue, mais à celui du Pacifique. Et c'est encore à la présence d'un grand courant, tout à fait comparable au Gulf-Stream, que les côtes de Vancouver, de l'Orégon et de la haute Californie doivent la douceur de leur climat, comme c'est au courant polaire, qui vient lui faire équilibre, en baignant les côtes de la Chine, que celles-ci sont rulevablps de leur climat extrême. Le courant chaud du Pacifique, découvert par
le savant, hytlrograplie de la Vénus, dont il porte le nom, sort, comme celui de l'Atlantique, d'un golfe profond et brûlant, la baie du Bengale. 11 pénètre par le détroit de Malacca, dans la mer de Chine, remonte au nord, s'écarte des côtes de la Chine, à la hauteur de Formose, pour baigner les côtes du Japon, 11 s'infléchit alors plus fortement à l'est pour traverser le Pacifique-Nord, et venir réchauffer de sa douce haleine la côte occidentale de l'Amérique, le long de laquelle il descend jusque dans la zone tropicale, où il se perd. Dans ce long trajet, le courant de Tessan présente la plus complète analogie avec son congénère du golfe du Mexique. La circulation océanique ne se borne pas aux grandes artères que nous venons de décrire. Les mêmes échanges de liquide ont lieu dans l'hémisphère sud, seulement elles y sont moins connues, parce que ses vastes mers ont été moins sillonnées par les marins. Humboldt y a découvert un courant, auquel on a donné son nom, et qui, parti de la mer glaciale antarctique, vient rafraîchir les côtes du Chdi et du Pérou. Les rivages d'Afrique sont baignés, à l'est, par le courant de LaguUas ou de Mozambique, qui se dirige du. golfe d'Arabie, où i jirend sa source, vers la zone glacée du sud. Nous pourrions en citer quelques antres, mais il doit nous suffire d'avoir montré par quel admirable mécanisme la nature maintient l'équiUbre des mers, et comment elle tend à égahser les climats, en adoucissant la rigueur des uns, et tempérant l'ardeur des autres. L'harmonieux ensemble des courants océaniques ne nous rappelle-t-il pas ces caloritères à circulation d'eau chaude, dont on se sert pour échauffer les différentes pièces d'un vaste bâtiment? De même que le liquide, après avoir distribué sur son parcours le calorique dont il était chargé, fait retour au foyer pour y puiser de nouvelles forces, et recommencer sa course, de même les brûlantes artères qui s'échappent de deux ou trois foyers des régions tropicales, font retour, sous forme de courants froids, vers les mêmes sources de chaleur, pour y faire les provisions d'un nouveau voyage. Maintenant, quels sont les agents de ces remarquables phénomènes, autrement dit, quelles sont les forces qui mettent les courants en mouvement? On a cité les vents, les marées, la rotation de la terre, la chaleur du soleil. Tous ces agents peuvent y avoir leur part, mais celui dont on comprend le mieux la puissance est, à coup sûr, le dernier. Si les eaux intertropicales se dilatent en s'échauffant, pendant que les eaux glaciales se contractent tant qu'elles n'arrivent pas à se congeler, il faut bien que les premières refluent sur les deuxièmes jusqu'au rétablissement de niveau. Mais alors cellesci, devenues plus denses, reflueront, à leur tour, vers les eaux tropicales, pour rrétablir l'équilibre détruit.
Soit A une colonne d'eau inter^opicale, et B une colonne d'eau polaire d'égale
hauteur et densité, et par conséquent en ^ équilibre. La chaleur tend constamment à élever ce niveau de la première par dilatation, et le froid à déprimer le niveau de la deuxième par contraction. Supposons que cette dénivellation est représentée par h : un
Fig. 2. courant s'établira de A en B, jusqu'à réta-
bUssement du niveau. Mais comme la colonne B n'a rien perdu de son poids en se contractant, elle reçoit un surcroît de densité par l'apport de la colonne A, et dès lors un courant inférieur s'établira de B en A, pour rétablir l'équiUbre entre les deux colonnes, c'est-à-dire que les couches basses de la colonne B, soumises à une pression plus forte que leurs
parallèles de la colonne A, glisseront sur le fond du bassin, pour passer do l'une à l'autre. Ce courant inférieur tendra, à son tour, à relever le niveau de la colonne A, déjà sollicité dans le même sens par la chaleur, et le circuit déjà décrit se reproduira.
W.-B. Carpenter a donné la démonstration de cette théorie par l'expérience suivante. A, B, C, D est un baquet de verre rempli d'eau jusqu'au bord. Une barre de métal ab est fixée en A, de manière qu'elle repose sur la surface de l'eau par sa plus grande partie, le reste dépassant le bord du baquet, pour être chauffé par une lampe à alcool. G est un morceau de glace déposé au bout opposé du baquet. L'eau subit donc une chaleur superficielle d'un côté, comme la mer équatoriale, et un froid superficiel de l'autre, comme la mer glaciale. Si,
maintenant, l'on verse quelques gouttes d'une liqueur bleue en D, et en b une liqueur rouge, on apercevra une circulation continue dans la direction indiquée par les flèches. La liqueur bleue, refroidie par la glace, descend directement vers C, puis marche lentement le long du fond vers B, monte peu à peu vers la barre chauffée, et de là rampe à la surface pour retourner en D. La liqueur rouge, au contraire, suit d'abord la surface de  en D, puis, refroidie par la glace, descend elle-même vers G, et marche ensuite lentement vers B, pour remonter enfin en A, son point de départ. Cette intéressante expérience nous donne bien une idée de la circulation de l'océan, dont les eaux sont soumises à un double mouvement de translation horizontal et vertical, de l'équateur au pôle, et, vice versa, en même temps que de la surface au fond, et réciproquement. C'est un circuit complet, dont les navigateurs ont trouvé, en maints endroits, les traces dans les courants froids et chauds superposés. Les courants glacés du nord tendent à gagner la surface, au fur et à mesure qu'ils se rapprochent des régions aimées du soleil, comme s'ils étaient attirés par les rayons de l'astre, parce qu'ils perdent de leur densité en se réchauffant. Les courants chauds des tropiques, en approchant des régions désolées du Groenland, ghssent sous les couches plus froides, mais plus légères cependant, parce qu'elles sont moins chargées de sels de la mer de Baffin. Us se dirigent sans doute vers cette mystérieuse Polynia de Kane (mer polaire), oii, renversant leur mouvement, ils reprendront la route de l'équateur, pour venir se réchauffer au coeur de la circulation océanique. Ainsi donc l'inégale répartition de la chaleur polaire, autrement dit le chaud à l'équateur et le froid au pôle, est la grande puissance motrice des courants; mais leur direction est influencée par la rotation de la terre, comme l'est celle des courants aériens, par le souffle de vents constants, tels que les alizés, enfin par la terre ferme. Voici, par exemple, l'alizé du nord-ouest qui refoule vigoureusement les eaux équatoriales de l'Afrique vers l'Amérique centrale ; alors la présence et la configuration des terres qui barrent le passage vers l'ouest, les forcent à entrer dans le goUe du Mexique, d'où elles sont re-
foulées, par vis a tergo, à travers les bancs de Baliama. Telle est l'origine du Gulf-Stream, indépendamment des conditions de température, de densité et de niveau, que nous avons fait connaître. Ce courant, une fois formé, se dirige vers le nord, en suivant l'arc de grand cercle, qui est la voie la plus courte. Indépendamment des agents moteurs dont nous avons fait connaître le rôle, il y a un ordre tout différent de phénomènes dont on a moins parlé, et dont la puissance est incalculable. Us constituent ce que j'appellerai la petite circulation, circulation capillaire, dont les réseaux, entre-croisés et multipliés à l'infini, préparent la grande circulation océanique. On sait de quelle prodigieuse quantité d'animaux et de plantes la mer est peuplée. Vides et désertes sont nos forêts, suivant Darwin, à côté de l'exubérance de sève que présente la végétation sous-marine, depuis les hydrophytes gigantesques qui s'élancent du fond de la mer dans les régions froides du globe, jusqu'aux prairies flottantes de fiicus nalans, qui couvrent la mer de Sargasse, dans les environs du cap Vert. Que dire des zoophytes coralliens qui, sous nos yeux, élèvent des îles, et sont en train d'édifier un continent en Océanie, comme les foraminifères ont construit une partie notable du nôtre! Le travail des foraminifères n'est pas suspendu dans la période géologique oii nous vivons. La sonde de Brooke nous a appris que le fond des abîmes est comme tapissé de leurs dépouilles, qui sont les éléments du sable moderne, de même que l'arène de nos rivages est à moitié composée des espèces fossiles. Et les infusoires à test siliceux, dont le microscope d'Ehrenberg nous a révélé tout à la fois l'extrême petitesse et l'infinie multiplicité! Ces microscopiques ouvriers comptent énormément plus dans la création que la tridacne géante (bénitier), dont une seule valve pèse 125 kilogrammes, parce que leur nom est légion. Eb bien, voyons-les à l'œuvre. La goutte d'eau, dans laquelle l'un d'eux s'agite pour en tirer l'atome calcaire ou siliceux, qui doit lui servir à bâtir sa demeure, devient dès lors plus légère, et remonte à la surface, pendant qu'une autre goutte, qui s'est saturée de sel sous les rayons du soleil, descend, en vertu de son poids, jusqu'à rencontrer son milieu d'équilibre. Voilà donc deux courants en miniature qui, multipliés par un nombre incalculable, constituent un mouvement général de haut en bas et de bas en haut. Qu'une autre force, comme celle d'un vent réguHer, la différence de température entre deux mers, vienne combiner son action avec celle-là, et la résultante pourra imprimer la direction à ces prodigieux déplacements de liquide, dont le génie de Maury nous a fait sonder l'étendue et la profondeur. Qu'est-il besoin à présent de parler de la multitude de courants éphémères ou inconstants qui se produisent sous des influences accidentelles, comme les grandes chutes d'eau pluviale ; ou des courants locaux, dus à la disposition des côtes, ou au voisinage des fleuves? Ce sont des phénomènes qui n'intéressent que le marin, et qui ne comptent pour rien dans l'harmonieux système de notre globe, tandis que la circulation, que j'ai essayé d'esquisser, y joue un rôle capital.
De même que dans le corps humain la circulation capillaire est l'intermédiaire de tous les échanges moléculaires, de même, dans ce grand organisme qu'on appelle la mer, c'est la petite circulation qui entretient la vie. Considérez l'énorme proportion de substances minérales arrachées à la terre par le lavage des rivières, et tenues, je ne dis pas en suspension, mais en dissolution dans leurs eaux. Tout cela va à la mer, dont la composition chimique ne change pas, pourtant. Pourquoi? parce que plantes et animaux concourent à les en extraire pour les mettre en œuvre. La chaux, la silice, la magnésie, sont les matériaux
qu'accaparent polypes, mollusques et iutusoires; la potasse, et surtout la soude, contenue en si grande quantité dans l'eau de mer, servent d'aliments aux forêts d'algues et aux prairies de mousse niarine. C'est ainsi que terre et mer se font de mutuels échanges. « Tous les fleuves vont à la mer, et la mer n'en est point remplie ; les fleuves retournent au lieu d'où ils étaient partis pour revenir dans la mer « (Ecoles., i, 7). En effet, les fleuves retournent sous forme de vapeur aux cimes des monts qui les avaient vus naître, et la pluie qui féconde les terres de l'intérieur des continents vient de la mer.
3. Météorologie. Comme la mer se refroidit moins en hiver que la terre, il s'ensuit que les vapeurs et les brouillards, que les vents de mer entraînent à de grandes distances sur le continent, se condensent au contact de l'atmosphère qui les baigne, et se résolvent en pluies d'autant plus abondantes, que le voisinage de la mer est plus immédiat. C'est la raison qui rend les vents d'ouest pluvieux en Europe, et particulièrement sur la côte, où les jours de pluie sont bien plus nombreux que dans l'intérieur.
Ce n'est pas seulement par les pluies dont elle est la source, que la mer agit sur le climat des continents; les vapeurs qui s'en dégagent, et qui imprègnent l'atmosphère, exercent une influence encore grande, même en restant à l'état latent. Tyndall a démontré que l'air sec se comportait comme le vide vis-à-vis du calorique rayonnant, c'est-à-dire qu'il se laissait traverser sans obstacle, et que l'air humide, au contraire, était doué d'une grande puissance d'absorption pour ce même calorique. Il tempère, par conséquent, l'ardeur des rayons solaires durant le jour, et entrave pendant la nuit le refroidissement de la croûte terrestre, puisqu'il met obstacle à l'émission de la chaleur absorbée dans la journée. De là vient, en partie du moins, pour l'Angleterre, dont l'air est particulièrement humide, la fraîcheur des étés et la clémence des hivers. C'est aux mêmes conditions atmosphériques que nous devons attribuer ce fait bien connu des navigateurs, qu'il ne fait jamais ni aussi froid, ni aussi chaud sur mer qu'à terre, sous une égale latitude. Pour rendre plus saisissant le phénomène dont nous nous occupons, Tyndall a dit que si l'air de l'Angleterre venait à être totalement privé d'humidité pendant l'espace d'une seule nuit d'été, il s'ensuivrait la destruction de toutes les plantes susceptibles d'être tuées par la gelée. Humboldt notait, sans pouvoir l'expliquer ni par la latitude ni par l'altitude, la basse température de certaines contrées de l'Asie centrale; car on ne connaissait pas encore de son temps, comme aujourd'hui, toute l'importance du rôle de la vapeur d'eau. Au Sahara, dont le « le ciel est de feu et le vent de flamme, » les variations nycthémérales, dans l'échelle thermométrique, sont énormes, et l'on voit quelquefois de la glace se former pendant la nuit. Cela vient de ce que l'atmosphère du désert est exceptionnellement sèche. De pareils écarts de température ne se montrent jamais dans les pays soumis aux effluves mannes. Mais ce n'est pas seulement au point de vue de l'humidité que la mer (ixerce une influence considérable sur le climat des continents, particulièrement sur celui des côtes et des îles. Son action sur les vents n'est pas moins remarquable. L'inégalité d'échauffement de la surface liquide et de la croûte terrestre est une cause permanente d'échanges atmosphériques entre l'une et l'autre. Le littoral brûlant des pays tropicaux bénéficie plus qu'aucun autre de ces échanges atmosphériques, qui s'y établissent avec une régularité et une périodicité inconnues ailleurs. Chaque jour, au lever du soleil, ou du moins peu de temps après, quand ses rayons ont déjà échauffé la campagne, la brise de terre s'évanouit. Le calme
14 MÉI\AN (station wÉnrcALE de).
est alors parfait sur terre comme sur mer. Mais bientôt a(ipuraisseiit à la surface de l'onde des rides azurées, qui annoncent l'approche de la brise du large. Celle-ci vient remplacer les couches d'air échauffées qui s'élèvent perpendiculairement dans les hautes régions. Bientôt elle s'établit et tempère, durant tout le jour, par son souffle rafraîchissant, l'ardeur dévorante d'un soleil de feu. Vers le soir, elle redouble d'intensité, comme si elle avait liàte d'achever sa carrière, et peu de temps après le coucher du soleil elle tombe et s'endort. Un calme, correspondant à celui du matin, s'établit alors, calme plus difficile à supporter, parce que la terre abandonne une énorme quantité de calorique, Mais quelques heures après, l'équilibre atmosphérique est rompu de nouveau, et c'est de la campagne qu'arrive, cette fois, la brise qui doit souffler toute la nuit dans la direction de la mer. La terre s'est refroidie plus vite, les couches d'air qui la baignent y sont plus denses, et tendent à remplir le vide relatif qui s'est formé à la surface des eaux.
Il faut avoir vécu dans les pays chauds pour connaître tout le bienfait de ces brises périodiques, et toute l'influence qu'elles exercent sur la température et la salubrité du cHmat.
4. Médecine. Les qualités hygiéniques et thérapeutiques de la mer ont été développées à l'article Atmosphère maritime, VII, 164, et à l'article Baijis de mer, VIII, 251.
L'usage médical de l'eau de mer, en dehors des bains, est très-restreint. Elle est cependant résolutive, ei: peut être employée à défaut d'eau blanche. On prépare des bains de mer artificiels qui ne valent pas, est-il besoin de le dire, les bains naturels. A l'intérieur, on a quelquefois administré l'eau de mer, comme fondant, contre des engorgements striimeux, et comme purgative, à la dose de 2 à 4 verres par jour.
L'eau de mer est impropre à la boisson habituelle, et il faut considérer comme erronée ou fantaisiste l'assertion de certains voyageurs, qui ont prétendu que des tribus sauvages de l'Océanie s'en abreuvaient. L'essai qu'en fit Pierre le Grand sur les enfants de ses matelots, qu'il voulait, dit Voltaire, habituer à cette boisson, ne fut pas heureux. Mais tout le monde sait qu'on peut la rendre potable, en la distillant, et qu'on en fait ainsi un usage journalier dans la marine {voy. Eaux de MER et Navigation) . De Rochas.
Bibliographie. — Maubt. Physical Geograjjhy of the Sea, 1861. — Juliea- (Félix). Ilarnio nies de la mer, etc., 1861. — Bory-de-Saint-Vincent. Les îles et l'Océan. In Univers pittoresque, 1840. — De Tessan. Relation physique du voyage de la Yénus, sous le commandement de M. Dnpctit-Tliouars, en 1836-59. — Ttndall (J.). Couleur de Veau de la mer. In Revue scietitifique, i812. — Garpentkr (W.-B.). L'expédition rfw Porcupine, en 1870. — Peterjiann. Mitt heilung en, \810; et quantités d'articles disséminés dans les relations de voyag-es maritimes. D. R.
MÉRAlW (Établissement hydrothêrapique de) . Station hivernale, cures de petit-lait et de raisin. Dans le Tyrol autrichien, à 20 kilomètres au delà de Botzen (chemin de fer de Paris à Munich et Innsbriick, d'oii une voiture publique conduit à Mérau en 15 heures). La route d'innsbriick àMéran est très-accidentée ; elle gravit le Brenner^ la plus haute montagne du Tyrol ; aussi les voyageurs ont^ ils le soin de se couvrir pour cette ascension de vêtements d'hiver, car la température est toujours très-basse et très-variable sur les points élevés, tandis qu'elle devient très-douce et très-constante dans la vallée où Méran est bâti. L'air sec et pur de cette petite ville de 2,800 habitants, qui se trouve sur la rive gauche de
MÉRAN (station médicale de). 15
TAdige, a attiré plusieurs malades venant demander au climat de Méran le rétablissement d'une santé qui se faisait trop longtemps attendre. Les promenades et les excursions sont nombreuses et variées : une de celles que les hôtes accidentels de Méran ne manquent pas de faire, est la belle cascade formée par les eaux de l'Adige.
La position de la vallée, bien abritée, exposée seulement aux vents du sud et du sud-est, donne à Méran de grandes pri-'tentions comme séjour d'hiver ; mais ou ne doit accepter cette prétention qu'avec de grandes réserves et placer Méian sur un niveau bien inférieur à la plus grande partie des stations dont il est question dans ce dictionnaire. Nous n'avons pas voulu cependant, en parlant des cures de raisin et surtout de petit-lait qui ont fait la réputation de Méran, passer complètement sous silence les avantages que les médecins qui pratiquent dans les pays voisins peuvent trouver à Méran pour certains malades qui souffrent d'affections où il est indiqué avant tout de ne pas les laisser exposés à des transitions trop brusques de la température.
Le Tyrol autrichien a peu de points où les vignes prospèrent ; les environs de Méran font exception, et la maturité et la qualité du raisin n'y laissent rien à dé-' sirer. On a mis à profit la bonne exposition des campagnes voisines de Méran, pour faire de cette ville le rendez-vous et le centre des personnes auxquelles les cures de raisin sont conseillées. Un bâtiment en forme de Triiikhalle, situé à l'extrémité du Wassermaner, la principale promenade de Méran, établie comme digue contre les débordements du Passeierbach, sert en automne à ceux qui suivent le traitement uval et qui, ne pouvant se rendre à la vigne même, ont besoin d'un abri contre le froid ou le mauvais temps.
Les plans de vignes qui entourent Méran ne sont pas disposés comme en France ; ils forment des treilles en amphithéâtre dont les plus élevées sont à environ 2 mètres du sol et les plus basses à 50 centimètres. C'est dans ces vignobles que se rendent les mangeurs de raisin qui doivent commencer leur cure dès que la maturité du raisin est parfaite et au moment où il est encore couvert de rosée. La dose quotidienne varie entre 1 et 2 kilogrammes pris le matin à jeun, 1 kilogramme ingéré en deux fois, la moitié après chaque repas principal, complète le traitement uval de Méran. Lorsque les malades ne peuvent pas se rendre dans la vigne, ils doivent manger leur raisin, soit au lit, soit dans leur appartement, soit dans la Trinkhalle de Wassermaner, où ils font une promenade qui favorise la digestion du raisin.
La cure par le petit-lait se fait plus particulièrement vers le printemps et le commencement de l'été ; elle consiste dans l'ingestion du petit-lait pur ou coupé avec les eaux minérales appropriées au tempérament du malade ou à l'état pathologique que l'on a à combattre. Ce n'est plus à Tyrol sur le Kùckelberg que le petit-lait est préparé ; c'est à Allgund qu'on apprête, avec le lait de chèvre et exceptionnellement avec le lait de vache, le petit-lait qu'on apporte tous les matins à la Trinkhalle de Méran. Il est renfermé dans des vases de terre vernissée, où il est tenu sans cesse à une température de 36° à 37° centigrade au moyen d'un baiu-^ marie dont l'eau est renouvelée à mesure qu'elle se refroidit.
Les buveurs de petit-lait fréquentent la Trinkhalle de six heures à huit heures du matin ; ils le prennent de quart d'heure en quart d'heure par tasses assez grandes, puisque chacune a un poids de 225 grammes ; la dose habituelle est de quatre» cinq tasses par jour. Un déjeuner léger, le plus ordinairement du café au lait, est permis une heure après l'ingestion du dernier verre. Les mets acides et
16 MEKAT 1)K VAl MARTOISE.
crus sont iiiloidits pendant tout le traitement séro-lacté. Le lait ordinaire, les fromages de toute sorte et le beurre ne doivent pas non plus paraître sur la table ou faire partie de la cuisine de ceux qui suivent une cure sévèrement appliquée. Les médecins de Méran expliquent l'exclusion des mets que nous venons d'indiquer, en disant qu'on dépouille le lait de ses parties grasses et solides pour n'administrer dans le petit-lait que ses parties sucrées et salines ; il est donc rationnel, selon eux, de ne pas donner, sous une autre forme, les principes constitutifs du lait dont on a privé le petit-lait. Nous rapportons cette opinion, sans garantir sa valeur, peut-être un peu trop théorique.
Il est enfin un mode d'administration du petit-lait tout à fait particulier à Méran; nous voulons parler de son emploi avec le suc d'herbes. Quelques personnes, en effet, prennent leurs tasses de petit-lait aux heures matinales que nous avons indiquées et ingèrent, de cinq à sept heures du soir, de 15 à 60 grammes de suc de cresson, de trèfle d'eau, de pissenlit, de véronique et de plantln. Le suc de ces herbes est mélangé ou composé d'une seule espèce de plante, suivant le conseil du médecin ou la théorie diathésique ou humorale du malade lui-même. La promenade à pas comptés est recommandée à Méran comme dans toutes les stations minérales, séro-lactées, uvales ou hydrothérapiques, mais on tient beaucoup à ce poste tyrolien à ce que les buveurs restent en repos, dans les j)remiers temps au moins, et ne njarchent qu'après les sept ou huit premiers jours de leur cure.
Les affections des voies respiratoires, qui, nous l'avons vu, trouvent dans la douceur et la constance du climat de Méran un soulagement ou une guérison, sont celles qui retirent le plus d'avantages des cures séro-lactées. Les congestions et les engorgements hépatiques, la gastrite chronique, certaines formes de dyspepsies, l'anémie et la chlorose sont encore, selon MM. les docteurs Pircher et Ludwig Kleinhauss, de la sphère d'action du petit-lait des chèvres de Méran. Ces deux confrères remarquent que c'est la cure du printemps qui doit être préférée alors.
On peut, enfin, suivre à Méran un traitement par l'eau froide; mais nous devons ajouter que, l'enveloppement dans un drap mouillé constituant le principal moyen hydrothérapique de Bléran, nous ne rangeons pas cette station au nombre des établissements hydrothérapiques proprement dits. Le séjour dans un linge humide peut avoir lieu partout, en effet. De l'eau de source pure et à un degré (jui ne varie pas trop suivant les saisons, et surtout une installation balnéaire un peu plus compliquée que celle de Méran, sont les éléments sans lesquels on ne peut former un étabUssement hydrothérapique digne de ce nom.
A. ROTUREAU.
Bibliographie, — Joanke (Ad.) et Le Pileur (A.). Les Bains de l'Europe, etc. Paris, 1860, ili-18, p. 523 et 525. — Rouuaud (Félix). Les cures de petit-lait en Suisse, en Allemagne, dans le Tyrol et la Sltjrie. Paris, 1S67, iu-S", c. vi, p. 30-36. A. R.
MÉRA.T DE YALMARTOISE (François-Victor) médecin naturaliste trèsdistingué, naquit cà Paris, le 16 juillet 1780. Dès ses premiers pas dans la carrière médicale, il se U\ra avec ardeur à l'étude des sciences naturelles, et, à peine âgé de 20 ans, il remporta le prix de botanique à l'École de pharmacie. Mais son amour pour les sciences ne nuisait en rien à ses études en médecine. Attaché, dès 1800, par Corvisart, à la clinique de la Charité, oiîles investigations diagnostiques et anatomo-pathologiques étaient cultivées avec le même soin, il recueillit
■ MERCADO (les) 17
beaucoup d'observations qui ont aidé son illustre maître dans la composition du Traité des maladies organiques du cœur. De son côté, profitant de sa présence à l'hôpital de la GliariLé où afiluaient les affections saturnines , il choisit ces maladies, alors assez peu connues, pour sujet de sa dissertation inaugurale, demeurée célèhre, qui lui fît obtenir le tilre de docteur en 1805. Malgré.un tirage très-considérable, Mérat dut, neuf ans plus tard, en faire une seconde édition augmentée de nouvelles recherches et d'un mémoire spécial sur le tremblement des doreurs. Il fut, en J808, attaché à l'infirmerie de la maison civile de Napoléon, et, en 18U, désigné par les tribunaux pour les expertises et les .rapports judiciaires. On lui doit l'active direction imjirimée au Grand dictionnaire des sciences médicales dont il fit paraître quarante volumes en six ans. Nonuné, presque dès l'origine, membre de l'Académie de médecine, ses collègues surent utiliser son esprit d'ordre et d'exactitude, en lui confiant les fonctions de trésorier de la compagnie, qu'il rempHt avec la plus sévère économie. Ces fonctions, des travaux scientifiques incessants, car il avait abandonné la clientèle d'assez bonne heure, remplirent la vie de Mérat jusqu'à l'époque de sa mort qui survint brusquement, au commencement de 1851 , par suite d'une attaque d'apoplexie.
Parmi les travaux qu'il a fait paraître, nous citerons : des Éléments de botanique qui furent longtemps le vade mecum des étudiants en médecine, la thèse dont nous avons parlé, mais surtout le Dictionnaire universel de matière médicale, fait en collaboration avec de Lens, pour les six volumes dont il se compose et dont le septième volume, supplémentaire, est de Mérat seul; oeuvre de recherches patientes, d'érudition et d'appréciations judicieuses.
Voici, au total, la liste de ses principales publications :
I. Dissert. sur la colique métallique, vulgairement appelée colique des peintres, des plombiers, etc. Tli. de Paris, 1805, in-8°; 2" édition sous le titre : Traité de la colique mélallique, avec un Mém. sur le tremblement des doreurs sur métaux. Paris, 1812, in-S". — II. Mém. sur ladipocire dans l'Iiomme vivant. In Mém. de la Soc. méd. d'émulation, t. VI. p. 400 ; 1800. — III. Mém. sur les exhalations sanguines. Ibid., t. "VII, p. 50 ; 1811. — IV. Nouveaux éléments de botanique d'après les leçons du professeur Desfontaines. Paris, 1812, in-12, nombr. édit. — V. Nouvelle flore des environs de Paris. Ibid., 1812, in-S" ; ')<= édil. Ibid., 1836, in-8°. — Vi. Bict. universel de matière médicale et de thérapeutique (avec de Lens). Ibid. 1829-54, in-8», 6 vol., et t. VII (Siippl.) de Méiut seul. Ibkl., 1846, in-8°. — VII. Revue de la Flore parisienne contenant, etc. (complément de la Nouvelle Flore). Ibid., 1845, in-S". — VIII. Du iœnia, ou ver solitaire et de sa cure radicale par l'écorce de grenadier. — IX. Manuel des eaux naturelles du Mont-Dore. Ibid., 1858, in-S". — X. Notice sur la possibilité de cultiver le thé, en pleine terre, et en grand en France. Ibid., 1841, in-S". — XI. Plusieurs mémoires dans différent recueils, et, dans le Dict. des sciences médicales des articles relatifs à la matière médicale et aux maladies des artisans, et dont le chiffre ne s'élève pas à moins de deux cent cinquante. E. Cgd.
niERCADO. Deux médecins espagnols, de mérite bien différent, ont porté ce nom.
Mercado (Pedro) naquit à Grenade, à la fin du quinzième siècle, et fit ses études en philosophie et en médecine à l'université de cette même ville, dans laquelle il obtint une chaire de physique. Désireux de doter son pays d'un traité de philosophie, tel que l'entendaient les anciens, il écrivit, sous forme de dia logues, Vtu ouvrage dans lequel il donne l'histoire des éléments, de la formation du monde, des phénomènes célestes et terrestres, etc., assez remarquable pour le temps. Dans un autre livre publié par lui, et qui nous touche da\antage, il se propose de donner une nouvelle classification des fièvres, dont il forme dix groupes DICT. ENC. 2° s. VII. 2
18 M ERG A DO (les).
jjriiicipaux. 11 a, du reste, suivi pas à pas les anciens qu'il cile pour ainsi dire à chaque ligue. On ignore l'époque précise de sa mort.
Voici l'indication des deux ouvrages dont nous venons de parler :
I, Dialogos de phllosofia natural y moral: 1° de la tierra y el agua; 2° del ayre y el ftiego; 3» de los orbes célestes, etc. Grenada, 1558, in-S" et Ibid., 1574. in-8°. — II. De f'ebrium differenciis , earumgue causis, signis, etc. Ibid., 1585; in-i", et Ibid. (en espagnol) 1592, in- 4°.
Hercado (Luiz) est avec Francisco Vallès, l'un des plus glorieux représuntants de la médecine espagnole au seizième siècle. Il naquit en 1520, à Valladolid, et, suivant toute probabilité, c'est là qu'il fit ses humanités et ses études médicales. Ses brillantes facultés, ses vastes coiniaissances le firent nommer à une chaire de médecine dans l'université de cette même ville, et l'éclat de son enseignement fut tel que Philippe II l'appela à la cour avec le titre de son médecin particulier, poste qu'il occupa pendant vingt années et que lui continua Philippe m.. Cet homme illustre, en qui les vertus privées s'alliaient au mérite le plus éminent, mourut en 1606, à l'âge de 86 ans.
Morejon et Chinchilla, dans leurs histoires de la médecine espagnole, ont vivement reproché à Sj)rengel (ils auraient pu remonter jusqu'à Ilaller), l'extrême sévérité qu'il a déployée à l'égard de Mercado, dont il signale les arguties, les abstractions, et qu'il appelle le saint Thomas d'Aquin des médecins ouïe premier des scholas tiques. lis conviennent bien des subtilités de sa dialectique et de la surcharge de ses argumentations dans la partie physiologique de ses œuvres, laquelle est, en effet, la plus défectueuse et la plus diffuse, mais ils relèvent dans la partie pratique, la sûreté de ses vues, la profondeur de ses observations et la préférence marquée, que, dans ses citations, il accorde à Hippocrate sur Gaiien et les Arabes.
On doit à Mercado, une bonne description de la syphilis dans laquelle il employait surtout les bois sudorifiques, attribuant au mercure des propriétés vénéneuses. Son traité des fièvres a obtenu un grand succès, il est surtout remarquable dans les chapitres consacrés aux fièvres intermittentes qu'il appelle pernicieuses, et qu'il traite aussi bien qu'on pouvait le faire avant la découverte du quinquina, insistant beaucoup plus sur les purgatifs que sur les émissions sanguines ; ayant recours aux amers, etc. Il est le premier, d'entre les auteurs espagnols, qui ait parlé de l'angine couenneuse ((/arrofi7/o), qu'il regarde comme très-différente des autres angines, et consistant en une inflammation malio^ne pestilentielle et gangreneuse de la gorge, qui détermine des ulcérations pha<Tédéniques des parties affectées. Il n'avait recours à la saignée et aux sangsues, ou aux scarifications de la langue ou du voile du palais que dans les premiers moments, il employait surtout les gargarismes acides ou astringents d'abord, puis toniques et antiputrides, et, enfin, la cautérisation. Mercado s'est encore occupé de la fièvre pétéchiale (tabardillo) dans le traitement de laquelle il se montre trèssobre d'évacuations sanguines. Enfin, il a publié, par ordre du roi, un très-bon traité de la peste en langue vulgaire et destiné aux personnes étranoères à la médecine.
C'est dans ces différents ouvrages que notre auteur se montre véritablement observateur habile et praticien consommé.
La liste des écrits de Mercado est donnée, par les bibliographes, d'une manière très-confuse et très-peu concordante tant pour les titres, que pour les lieux et dates de publication, mais comme la plupart de ces écrits ont été réunis en un
MERCAPTAN. 19
seul corps formant trois volumes in-folio, cette divergence perd beaucoup de sa gravité. La note suivante est tirée de Morejon.
I. De essentia, causis, signis et curatione febris malignœ in qua maculée rubentes similes morsibus pulicum per cutem erumpunt. Pintite (Valladolid), 1574, in-S"*. — II. de reclo prœsidiorum artis medicœusu. Ibid., 1574, iu-S" et Coloniae, 1588, in-8°. — III. De communibus muliernm affectionibus. Lib. primus: de virginum etviduarumaff.; lib. secundus: de sterilium et prœgnantium ; lib. tertius: de puerperarum et nutricum aff.; lib. qnartus, Ibid., 1579, in-4°. Venetiis, 1587, in-4°, etc. — IV. De motu cordis et arteriarum quem medici pulsum vacant. Ace. rnelhodiis universalts et compendiaria cuni partes affectas, tum ipsos affectiis dignoscendi et curandi, lib. II, Pintiœ, 1584, in-fol. Paduse, 1592, in-4°. —
V. De febrium essentia, differentiis, causis, dignotione et curatione, Pintiœ, 1586, in-S», —
VI. De internorum morbo^nim curatione. Matiùti, 1594, in-fol. — VII. Institutiones medicœ jussuregio, etc. Ibid., 1594, in-8°. — VIII. Institutiones chirurgicce jussu, etc. Ibid. 1594, iii.8o — IX. Institutiones que S. M. mando, etc., en las cuales se declaran las différencias que haij comjunturas y tos niodos que puede haber de desconcertarse . Asimismo cômo .se pueden xj deben redueir a su figura y lugér, etc. Ibid., 1599, in-4''. Trad. lat. par Ch. Lepois, sous ce titre : Institutiones ad usuni eorum qui luxatoriam exercent artem. Franco!., 1624, if[-fol. — X. Libro en que se trata cou claridad la naturaleza, causas providencia y verderado orden de curar la enfermedad vulgar, y peste que en estos anos se ha divulgado, etc. Madrid, 1599, in-8°; nombr. édit. — XI. De veritate et recta ratione principiorum t/teorematum ac rerum omnium admedicam facultatem spectantium, lib. III. Pintiœ, 1604, in-Col. — XII. De puerorum educatione, custodia et providentia. Ibid., 1611, 111-4°. — XIII. Consultationes morborum complicatorum et gravissimorum, cutn disputationibus necessariis, etc. Ace. tractatus unicus continens gravissitnorum atque difficilium et abditarum rermn dispulationes , etc. Francof., 1614, in-fol. (forme le tome IV des œuvres complètes). — XIV. Opéra omnia in très tomos divisa. Pintia, 1605, in-fol., 3 vol. ; Francof., 1608, in-fol., 3 vol.; Pintise, 1611, in-fol., 3 vol.; Francof. 1614, in-fol., 4 vol. (avec les cotisultationes] .
E. Bgd.
MERCAPTAN. G*H«S^ = C* j S^. Corps découvert par Zeise eu 1835
{Annales de Poggendorf^ t. XXI, p. 569), en distillant un sulfovinate terreux, ou alcalin avec une dissolution de suifhydrate de baryte. Dès qu'on eut reconnu la constitution chimique de ce composé, on trouva beaucoup de moyens de le préparer, dont le meilleur est le suivant. On sature une solution alcoolique de potasse par l'hydrogène sulfuré, et l'on fait arriver dans ce liquide de l'éther chlorhydrique en vapeur ; il se forme du chlorure de potassium qui se dépose et du mercaptan. On distille au bain-marie, on ajoute au liquide distillé de l'eau froide, qui sépare le mercaptan. On dessèche celui-ci sur du chlorure de calcium, et on le distille de nouveau.
Ce procédé est dû à M. ReguauU {Annales de Chimie et de Physique, t. LXXI, p. 390).
A l'état de pureté, le mercaptan est un hquide incolore, dont l'odeur rappelle celle de Vail et celle de Vassa fœtida. Sa saveur est à la fois sucrée et étliérée. Sa densité déterminée à 21 degrés par M, Liebig^ est de 0,835, et, déterminée à 15 degrés par Zeise, elle est de 0,842. La densité de sa vapeur a été trouvée, par M. Bunsen, égale à 2,11.
Le mercaptan bout entre 61" et 63", s'enflamme facilement et briile avec une flamme bleue ; il n'a aucune réaction, il est très-peu soluble dans l'eau et se dissout facilement dans l'alcool et dans l'éther. Une goutte, suspendue au bout d'une baguette qu'on agite vivement, se solidifie par le froid que produit l'évaporation.
Le potassium et le sodium mis en contact avec le mercaptan déterminent un
dégagement d'hydrogène, et phisieurs oxydes métalliques se combinent avec lui
.(BU donnant naissance à de l'eau et en formant des composés appelés mercaptides